La nouvelle vient d’éclater, semblable à un sinistre coup de tonnerre dans le ciel de la charcuterie mondiale : l’andouillette américaine, la clef de voûte du Système Charcutier Global (S.C.G.), vient de perdre son quintuple A.

L’Association Amicale des Amateurs d’Andouillette Authentique (AAAAA) vient de rétrograder la reine américaine en lui attribuant un humiliant AAAA+ – qui signifie, pour qui sait décrypter le jargon bègue de la charcuterie, un cinglant « au revoir et merci ! » C’est avec une rare exultation, on s’en doute, dans un tonnerre de hourras et d’applaudissements, que l’Association Antipathique des Adversaires de l’Andouillette Authentique a salué le long râle d’agonie de l’andouillette américaine.

Le secteur charcutier, qui peinait déjà à se remettre de l’explosion, en 2003, de la bulle spéculative dite « des Rillettes aux tulipes néerlandaises », ressemble désormais, selon les spécialistes les plus lucides – et Dieu sait s’il s’en trouve maintenant ! – à un « champ de ruines prêt à tomber dans un gouffre sans retour ». Nul ne sera véritablement surpris lorsque le typhon qui s’abat actuellement sur l’andouillette américaine fera s’effondrer dans un effet domino classique, dans les heures qui viennent, la saucisse norvégienne et les tripoux brésiliens, qui entraîneront eux-mêmes inexorablement dans leur chute le pied de porc islandais, le tablier de sapeur chinois et la mortadelle saoudienne.

De fil en aiguille, d’andouille en andouillette et d’andouillette en aloyaux, le nouveau désastre qui frappe la Charcuterie Planétaire (C.P.) ne laissera pas pierre sur pierre ni terrine sur pâté.

Le remue-ménage qui a agité ce week-end les Hautes Autorités Charcutières (H.A.Ch.) et leurs alarmants appels au calme réitérés laissent craindre que la peur de la contagion ne tourne en eau de boudin et n’accouche d’une panique charcutière mondiale qui ne serait pas du meilleur aloi. La déclaration, hier soir, du porte-parole masqué des A.A. (Alcooliques Anonymes) et sa proposition généreuse de céder tous ses A aux andouillettes américaines pour restabiliser la Donne Charcutière Globale (D.C.G.) pourraient s’avérer elles aussi insuffisantes.

Ce matin, une timide lueur d’espoir a brillé avec les nouvelles promesses de dons de A émanant fraternellement de l’Association des Astronomes Amateurs d’Auvergne, de l’American Association Against Acronyms, de l’American Association of Advertising Agencies et de la courageuse Association des Amis des Archives d’Anjou. L’Aachener Aal und Aas Gesellschaaft (Société d’anguille et de charogne d’Aix-la-Chapelle) a en revanche plongé l’Allemagne dans la stupeur en refusant de faire le moindre geste.

Un lâcher de saucisses solidaires attachées aux « ballons de la confiance », accompli simultanément sur les rives des rivières Aa du Nord-Pas-de-Calais, de Westphalie, de Suisse et de Russie, devrait constituer demain un acte symbolique extrêmement fort qui est désormais l’ultime espoir de l’Hyper-Caaapitalisme Chaaarcutier Mondial (H.C.C.M.).

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Bruno Maillé
est un paria timide.Ecrivain fantôme en voie de matérialisation, il gravite depuis quinze ans entre diverses revues antimodernes, notamment  L’Atelier du roman.Depuis qu’il écrit à rebrousse-poil dans Causeur, sa conscience politique vient enfin de dépasser d’une courte tête celle de la limace ordinaire. 
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