Suite à l’affaire de la mosquée Eyyub Sultan à Strasbourg, certains – surtout à gauche – se sont empressés d’exiger la fin du Concordat d’Alsace-Moselle, parfois avec les meilleures intentions du monde. C’est pourtant une fausse bonne idée, qui repose sur l’illusion dangereuse qu’il faudrait traiter toutes les religions de la même façon.


Céline Pina a clairement décrit la situation strasbourgeoise, et le soutien financier colossal que la mairie EELV a décidé d’octroyer à une association islamiste pour bâtir ce qui doit être le double symbole de la conquête progressive de l’Europe par l’islam, et de l’impérialisme turc. Je n’y reviens donc pas.

Ce qui m’intéresse ici, c’est d’analyser les réactions qui partent de ce constat pour demander la fin du Concordat, régime juridique spécifique à l’Alsace-Moselle et dérogatoire de la loi de 1905 relative à la séparation des églises et de l’État.

Un compromis historique pour les anciens sujets du Kaiser

Pour mémoire, ce Concordat est le fruit de circonstances historiques particulières. En 1905,  l’Alsace et la Moselle étaient allemandes : le Reichsland Elsaß-Lothringen. Contrairement à ce que pourraient laisser croire les dessins charmants mais militants de l’Oncle Hansi, la reconquête par la France à l’issue de la première guerre mondiale ne se déroula pas sans heurts : il fallut faire des compromis et des concessions pour que les anciens sujets du Kaiser adoptent (plus ou moins volontiers) leur nouvelle identité de citoyens de la République. Conformément à une promesse du Général Joffre puis du Président Poincarré, l’Alsace-Moselle concerva donc un régime des cultes qui lui est propre, à savoir celui du concordat napoléonien complété par quelques lois allemandes prises pendant la période 1871-1918.

Outre divers particularismes juridiques ouverts à tous (par exemple une version locale du droit d’association, la loi de 1901 ne s’appliquant pas), le Concordat stricto-sensus concerne spécifiquement quatre cultes : catholique, luthérien, réformé, et israélite. Contrairement à ce que l’on imagine parfois, ni les autres églises protestantes (évangéliques, mennonites….) ni les églises orthodoxes (russe, roumaine, grecque….) n’en bénéficient.

L’islam ne fait pas partie des religions concordataires

On peut évidemment critiquer le Concordat pour de nombreuses et légitimes raisons, à condition qu’elles soient cohérentes. Notamment, l’argument naturel selon lequel la loi doit s’appliquer de la même manière sur tout le territoire national devra-t-il intégrer les Outre-Mers et leurs particularismes dans sa réflexion. On peut aussi aspirer à une évolution de ce système : ainsi, à titre personnel je ne verrais aucun inconvénient à ce qu’il soit étendu par exemple au bouddhisme ou aux églises orthodoxes, parfaitement assimilées, ou encore aux associations de libres-penseurs.

Mais partir du cas précis de la compromission d’une municipalité EELV vis-à-vis de l’islamisme pour attaquer le Concordat n’a pas de sens, et voici pourquoi.

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D’abord, il est faux de croire que le régime juridique concordataire serait nécessaire au clientélisme. Les cas sont hélas nombreux qui montrent que des municipalités de tous les bords ou presque trouvent d

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