À une époque où chacun est libre de choisir son destin, et même son appartenance sexuelle, indépendamment de ses origines, on ne contestera pas à un enfant né de juifs le droit de changer de bord.
Shlomo Sand n’est pas le premier à en avoir plus que marre d’être juif aux yeux des autres. Les juifs plein pot le disent eux-mêmes en soupirant : « C’est dur d’être juif ! »
Avant Shlomo Sand, le dénommé Karl Marx avait fait beaucoup plus fort : plutôt que chercher à « cesser d’être juif », Karl fit comme s’il ne l’avait jamais été. Il ne mentionna jamais ni son rapport ni son non-rapport à la judéité. Motus et bouche cousue pour lui et son entourage. Pourtant, à cette époque où un enfant n’avait que quatre grands-parents, les quatre grands-parents de Karl Marx étaient juifs. Certes, son père s’était converti et l’avait converti à une religion chrétienne, par obligation professionnelle. Heine l’a écrit : « Pour les juifs, la conversion est le ticket d’entrée dans la société. »
N’empêche. Comme Mallarmé aurait aimé l’écrire, jamais la conversion n’abolira l’origine.
Karl Marx se vécut et s’exprima toute sa vie en ennemi des juifs, au point de définir son objectif ultime, l’émancipation humaine, par le désenjuivement de l’humanité.

Comment j’ai cessé d’être juif, Shlomo Sand, Flammarion, 2013.

*Photo : ygurvitz.

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