En feuilletant le nouvel album d’Olivier Ranson, on est saisi d’une étrange impression. J’ai beau ne jamais rater un seul de ses dessins dans les colonnes du Parisien, les voir tous réunis donne le sentiment d’un voyage dans le temps.

En effet, si chacune des caricatures du livre nous parle d’actualité (attentats islamistes, crèches de Noël dans les mairies, Euro 2016, loi El Khomri…), leur esprit est radicalement vintage. L’air de rien, quel que soit le sujet, Ranson nous emmène en loucedé entre Belleville et Ménilmontant au beau mitan des années 1950.

En compagnie de l’artiste, on voit le monde à travers les lunettes d’un prolo parisien, d’un personnage de Papa, maman, la bonne et moi, de cette faune pouilleuse, gouailleuse et orgueilleuse qui peuplait le Paris d’avant le Vélib’ et les Starbucks – et qu’on traite de ramassis de beaufs depuis qu’on l’a délocalisée dans le 77 ou le 95. Les dessins de Ranson redonnent vie à ce petit peuple de gauche old school renvoyé de l’école pour indiscipline.

Homme de tradition, Ranson l’est aussi en matière religieuse. Ce mécréant observant ne rate jamais un Yom Kippour, qu’il célèbre en dégustant un pied de cochon dans l’estaminet éponyme, qui est fifties à donf, ça va sans dire. Et bien sûr, chez Ranson, comme chez ses personnages, il n’y a pas de bon repas sans bons copains, bonnes bouteilles et bonnes blagues (quoique la plupart de celles-ci ne feraient pas rire Caroline de Haas).

« Caricature » vient étymologiquement d’un mot italien signifiant « image chargée ». Les dessins de Ranson sont donc de parfaites caricatures tant ils sont chargés d’histoire. Une histoire drôle, bien sûr !

C’est encore meilleur quand c’est pas drôle d’Olivier Ranson, Michel Lafon

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