Récemment, Arte a diffusé une rétrospective sur le mouvement punk, sans doute pour fêter les 31 ans et 10 mois de son apparition. Oui : sur Arte, ils aiment beaucoup le punk-rock. Depuis toujours ou, au minimum, depuis plusieurs mois. En vertu de quoi, donc, on a pu revoir, entre deux clips vidéo, la tête sympathique de Captain Sensible (ex-guitariste des Damned) ou le masque botoxé du pathétique Billy Idol (ex-chanteur de Generation X), venus nous narrer quelques anecdotes du bon vieux temps.

Parce que le punk-rock n’aura jamais été autant à la mode qu’aujourd’hui. Maintenant, tout le monde est punk, tout le monde est fan des Sex Pistols, tout le monde porte un T-shirt des Ramones, excepté ma concierge qui préfère Graham Parker et Dave Edmunds.

Bon, après tout, pourquoi pas ? On trouve bien des trentenaires bac+6 qui se retrouvent régulièrement le vendredi soir pour des pyjama-parties, à se goinfrer de fraises Tagada devant des épisodes de l’Ile aux Enfants. Nous sommes à l’époque du vintage : certains achètent à prix d’or les affreux blousons à cols pelle à tarte que nous portions au collège, et que nous pensions légitimement disparus dans les poubelles de l’Histoire; manque de pot : ils nous reviennent à la gueule, via Guerrisold ou Hedi Slimane.

Mais la fascination occasionnée par le mouvement punk ne relève pas de ce type de nostalgie : « Punk’s not Dead ! » disait le philosophe grec. « Enlève ta main de ma cuisse ! » lui répondait l’éphèbe impénétrable au concept d’immortalité. Car au nom de quoi ce courant musical devrait-il voir le temps suspendre son vol et les heures propices suspendre leur cours ? Serait-il donné éternellement à des teenagers sur le retour d’être destroy ? Voilà la question.

Les archéologues sont quasiment unanimes pour affirmer que le premier disque punk fut New Rose des Damned, sorti en 1976. D’autres groupes furent illico de la fête. De cette première époque, on retiendra principalement The Sex Pistols, The Clash, Stiff Little Fingers, The Buzzcocks, Angelic Upstarts, Sham 69, ou encore Generation X. Ces précurseurs furent bientôt suivis par une seconde vague, au tout début des années 80 : GBH, The Exploited, Peter and The Test Tube Babies, The Toy Dolls, etc. Désormais, on jouait plus fort et plus vite. A la joyeuse créativité vestimentaire du début (pensons aux tenues loufoques de Captain Sensible ou aux chemises peintes des Clash) avait succédé un style qui virait à l’uniforme : la panoplie Doc Martens/Perfecto/crête d’iroquois était la tenue camouflage idéale pour passer inaperçu au milieu de cette faune. Jean-Paul Sartre aurait finalement pu s’inspirer de ce punk des années 80 pour expliquer l’existentialisme, au lieu de prendre le stupide exemple du garçon de café. Lorsqu’on lui fit cette remarque, il répondit que c’était trop tard puisqu’il venait de mourir.

Maintenant, on est en 2008 ou 2009, je ne sais plus trop, et il m’arrive encore d’entendre des rebelz’ qui fuckent la society. J’ose rarement les prévenir que Jack Lang a quitté le pouvoir : ça pourrait créer chez eux un choc émotionnel. De même, j’hésite à leur expliquer que les groupes qu’ils voient sur MTV – Rancid, Less Than Jake, Sum 41, Good Charlotte ou Blink 182 , c’est pour « faire genre ». Mais ce n’est plus du punk-rock. Même si ça en a le goût. Au contraire, ces amuse-bouches mal décongelés sont le signe incontestable que c’est bien fini.

C’est fini, mais pas parce que MTV diffuse ces groupes entre un clip vidéo de Britney Spears et un de Madonna, que non ! Car, à son époque, la célèbre émission anglaise Top of the Pops avait elle-même accueilli la plupart des groupes phares du mouvement punk naissant. Aussi, ce qui nous envoie le signe fort d’une fin réalisée, puisque inéluctable, c’est justement la dégaine des membres de ces actuels boys-bands à la rebellitude marketing : ils sont déguisés. Sous les kilomètres carrés de tatouages qu’ils portent comme une armure, on reconnaît bien les minets qu’ils sont restés. Ils grimacent et gesticulent comme une meute de chihuahuas sortant d’un institut de beauté canine. Et dans leurs vidéos, ils vont même jusqu’à poser leurs chaussures sur les banquettes du wagon de métro – qu’ils ont loué – afin qu’on comprenne bien que… ouais. Ouais, mais non. Ils en font trop. La crédibilité ne s’achète pas…

Remarquons qu’il est encore possible de voir tourner quelques uns des groupes old-school, à l’heure actuelle. Trente kilos de plus et une calvitie qui aura eu raison de leurs fantaisies capillaires passées, mais toujours là. Car la réinsertion est moins facile pour eux que pour un footballeur qui marque un but contre le Brésil. Alors, ils reviennent pour des rappels qui semblent n’en plus finir. Au fond, toutes ces années de bons et loyaux services peuvent leur donner quelques privilèges. Les nostalgiques de l’âge d’or viennent, eux, y vivre les derniers moments d’une époque qui appartient déjà à l’Histoire. Il n’y aura ni résurrection ni réincarnation. Que des souvenirs et des disques…

Punk is dead. Définitivement et méchamment dead.

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