Le pape François a comparé, mercredi, l’avortement au recours à des « tueurs à gages ». Ces propos illustrent, une nouvelle fois, la totale incompréhension entre les « pro » et les « anti » IVG. 


Il y a toujours quelque chose de tragique à voir des personnes de bonne volonté s’opposer parce qu’elles sont incapables de se comprendre.

Nul n’ignore que l’Église condamne l’avortement. Nul n’ignore non plus que nombre de défenseurs des droits des femmes condamnent cette condamnation. Mais, de part et d’autre, il semble bien que rares sont ceux qui prennent le temps d’écouter les arguments adverses. Ils verraient, sinon, qu’ils s’opposent avant tout parce qu’ils ne parlent absolument pas de la même chose.

Personne ne parle de la même chose

On reproche au pape de remettre en cause le droit des femmes à disposer de leur corps. Incontestablement, il a bien du mal à dissocier sexualité et reproduction, ce qui concerne d’ailleurs les hommes comme les femmes, et le reproche évoqué serait parfaitement fondé au sujet de son opposition à la contraception.

Mais dans le cas précis de l’avortement, du point de vue de l’Église ce n’est absolument pas de cela dont il est question. Pour le magistère, il s’agit du droit d’une femme à disposer du corps (et de la vie) de son enfant.

Or, les défenseurs du droit à l’avortement ne sont pas les défenseurs d’un hypothétique droit à l’infanticide ! C’est bien la raison pour laquelle il est aussi injurieux qu’absurde de les comparer aux nazis ou aux commanditaires de « tueurs à gages ». C’est pourtant ce qu’a fait le pape François, mercredi: « Se débarrasser d’un être humain, c’est comme avoir recours à un tueur à gages pour résoudre un problème », a-t-il assuré lors d’une homélie.

Comme les tueurs à gages, les nazis savaient très bien que leurs victimes étaient des personnes. Quoi qu’ait pu prétendre leur propre idéologie, ils ne se seraient pas donné tant de mal pour déshumaniser les prisonniers des camps s’ils n’avaient pas été intensément conscients de l’humanité de ces prisonniers, et c’est bien ce qui fait l’ampleur de leur monstruosité, plus que le nombre pourtant colossal de leurs victimes.

N’en déplaise à François, il n’a de légitimité qu’en tant que représentant de quelqu’un qui a dit « pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Quand bien même on admettrait que l’œuf fécondé serait déjà une personne, il faudrait reconnaître que les défenseurs du droit à l’avortement ne le savent pas, puisqu’ils sont même sincèrement persuadés du contraire ! J’en veux pour preuve le fait qu’ils ne remettent nullement en cause le fait que l’avortement n’est pas autorisé à n’importe quel moment de la grossesse (sauf cas particuliers médicaux où il s’agit de choisir entre la vie de la mère et celle de l’enfant). La moindre des corrections serait donc d’en tenir compte dans les propos que l’on tient à leur sujet.

Clarifions le débat

En face, si je puis dire, il serait bon également de s’astreindre à clarifier le point de désaccord. Si le pape estime qu’il ne peut y avoir de sexualité que dans un but de reproduction, critiquons-le pour ça ! S’il veut enfermer les femmes dans un rôle social figé et uniquement centré autour de la maternité, critiquons-le pour ça !

Mais si le point d’achoppement est que le pape considère tout avortement comme un infanticide, alors la seule question qui vaille question est de savoir à partir de quel moment un embryon humain est une personne. Et cette question-là, qui touche à ce qui fait l’humanité de l’homme, ni l’Église ni les défenseurs du droit à l’avortement ne nient son importance.

A lire aussi: IVG: pourquoi pro et anti ne se comprennent pas

Elle mérite mieux que les invectives et les jugements à l’emporte-pièce. Elle mérite que tous fassent au moins l’effort de clarifier leurs opinions et leurs arguments, de se parler, et de s’écouter.

Après tout, si le droit de débattre librement est ce qui distingue la civilisation de la tyrannie, la capacité à le faire est ce qui la distingue de la barbarie.

Lire la suite