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Monsieur Morel et l’hypothèse de la bêtise : Ukraine, Covid, Palestine, immigration, islam, écologie…

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Le débat démocratique à notre époque est miné par la bêtise qui n’est pas l’ignorance mais le refus péremptoire de toute discussion.


Il est habituel de critiquer les idéologies qui sont contraires à nos propres convictions. Pourtant, rien de plus naturel que de croire en ce qu’on pense et de l’affirmer avec force pour convaincre et gagner sur le plan des idées dans les controverses qui agitent l’époque : guerre en Ukraine, politique sanitaire, Palestine, islam, écologie … 

Le débat est nécessaire et il est une des caractéristiques de la vie démocratique. Certes. Mais il est une hypothèse qui n’est jamais évoquée: celle de la bêtise. On se souvient de la série Les Deschiens et de son personnage principal monsieur Morel, joué par l’acteur François Morel. 

Monsieur Morel ne sait rien ou plutôt pas grand-chose, mais il prétend savoir et il affirme avec aplomb ses points de vue et ses certitudes. En un mot, il est péremptoire. Pour moi, il est l’incarnation de la bêtise qui consiste à parler avec aplomb de ce qu’on ne sait pas ou de ce qu’on croit savoir par ouï-dire, en suivant aveuglément les préjugés de l’époque ou ceux d’un milieu. La bêtise n’est pas dans cette certitude, dans cette conviction, mais dans son caractère péremptoire qui ne souffre pas de discussion et qui n’accepte pas le débat. Elle peut être présente chez des personnes très instruites car elle ne dépend pas du niveau d’études, et parfois au contraire, elle y est davantage présente, car les connaissances obtenues dans le système éducatif peuvent servir d’aplomb à cette bêtise péremptoire et sûre d’elle-même. 

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En réalité, la bêtise n’existe pas ou plutôt elle n’est pas une affaire de nature. L’enfant n’est jamais bête : il réfléchit à partir de ce qu’il voit, de ce qu’il sent, de ce qu’il entend. La pensée est une fonction naturelle de l’esprit mais cette pensée peut être empêchée, bloquée par un flux d’émotions, par des peurs elles-mêmes générées dans l’enfance dans le milieu familial et social, par une violence subie d’humiliation, de maltraitance, de culpabilisation. 

La bêtise est héritée à la fois de préjugés transmis mais aussi des préjugés qui sont construits par l’adulte pour retrouver un sens à ce qu’il vit. Malheureusement ce sens est déformé par le besoin de certitude et la peur d’affronter le réel. La croyance idéaliste en des héros intouchables : Hitler, Mussolini, Mao, Zelinsky, Arafat, Mahomet prépare et assure le triomphe des totalitarismes. 

Cette bêtise héritée de la violence infligée à l’enfant persiste chez l’adulte et explique cet esprit moutonnier qui ne remet jamais en question des dirigeants ou des gourous. Ce n’est pas la religion qui est responsable de la soumission et de la violence contre les contradicteurs, les blasphémateurs ou les infidèles mais la bêtise qui accepte et diffuse les superstitions et les croyances des idéologies manichéennes, qu’elles soient religieuses ou athées. La bêtise triomphe quand l’esprit critique et le bon sens disparaissent. Elle prépare les esprits à l’acceptation de la dictature et du totalitarisme. Nous n’en sommes pas loin.

La Thérapie Sociale

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Hommage woke à la Reine

Quand la reine d’Angleterre est décédée, sa mémoire n’a pas été saluée positivement par tout le monde. Enragée par l’hommage général rendu à une femme blanche, les wokistes n’ont pas pu se retenir.


Quand la reine d’Angleterre est décédée le 8 septembre, sa mémoire, son exemple et son action diplomatique ont été salués par de très nombreuses personnalités politiques et intellectuelles, ainsi que par des citoyens ordinaires, à travers la planète. Cet hommage rendu à une femme blanche, d’une lignée très ancienne, apparemment riche (bien que la plupart de ses possessions appartiennent à la monarchie et non pas à elle), était parfaitement calculé pour provoquer une crise d’urticaire sans nom chez l’élite wokiste qui n’acceptait ni qu’un tel personnage puisse avoir exercé une influence positive dans le monde ni qu’il puisse inspirer un sentiment d’unité à autant de femmes et d’hommes si divers. De tous les apôtres de l’antiracisme, confortablement installés dans leurs chaires universitaires, qui ont déversé leur fiel sur les réseaux sociaux, le prix de la hargne grossière appartient à une spécialiste de la linguistique de Carnegie Mellon aux États-Unis. Uju Anya, une Américano-Nigériane, a tweeté : « La monarque-en-chef d’un empire génocidaire qui a volé et violé va enfin mourir. Que ses souffrances soient atroces », ou encore : « Qu’elle crève dans la douleur ». C’en était trop, même pour le réseau social si politiquement correct. Les messages ont été supprimés, mais pas avant le déclenchement d’un tollé de protestations réclamant des sanctions contre Anya. Son université a déclaré publiquement que les tweets étaient injurieux et choquants, mais a défendu la liberté d’expression de la chercheuse. Cette dernière a offensé l’histoire autant que la bienséance. Elizabeth II, à la différence de son père George VI, n’a jamais été à la tête d’un empire ; elle était le chef du Commonwealth, et c’est au sein de cette organisation qu’elle a exercé une pression pour que la Rhodésie sous un régime blanc devienne le Zimbabwe sous un gouvernement noir et pour que l’Afrique du Sud mette fin à l’apartheid. Nelson Mandela s’est toujours adressé à elle en l’appelant « Elizabeth », une infraction au protocole, mais le témoignage d’une grande affection.

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Réponse à Illana Weizman: oui les Juifs sont aussi des hommes blancs !

Dans un livre récent, Des Blancs comme les autres?, la militante féministe et antiraciste, Illana Weizman, développe une « nouvelle » théorie sur l’antisémitisme, aussi légère et bancale que dangereuse.


Le nom d’Illana Weizman ne vous dit probablement rien. Cette militante féministe franco-israélienne a pourtant connu récemment son petit quart d’heure de célébrité sur Twitter, en lançant le hashtag #MonPostPartum. Dans un essai récemment paru en France sous le titre Des blancs comme les autres, Les Juifs, angle mort de l’antiracisme, elle explique que « les Juifs ne sont pas blancs », précisant : « Pourquoi les Juifs sont-ils trop souvent perçus, dans les camps militants de gauche, comme blancs et privilégiés ? L’adjectif blanc n’a ici rien à voir avec la carnation ou le taux de mélanine, mais renvoie aux whiteness studies anglo-saxonnes, la blanchité (sic) entendue comme hégémonie sociale et culturelle à laquelle sont confrontées les minorités ethno-raciales. Autrement dit, le terme blanc renvoie dans mon propos à une position dominante dans la société ».

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Le propos pourrait presque faire rire, s’il ne renvoyait à un sujet très sérieux et souvent dramatique. Effectivement, des Juifs sont attaqués, violentés et assassinés en France aujourd’hui, parce qu’ils sont perçus comme représentants d’une élite, d’une classe dominante, voire comme l’incarnation des « dominants » par excellence. Weizman rappelle à cet égard l’assassinat d’Ilan Halimi, dont le tortionnaire pensait pouvoir rançonner les Juifs, supposés riches et solidaires de leur coreligionnaire. A ce sujet, elle conteste la notion de « Nouvel antisémitisme » (d’origine musulmane), en expliquant : « Lorsque Youssouf Fofana, chef proclamé du gang des barbares, torture et tue Ilan Halimi, son antisémitisme n’est pas spécifiquement « musulman » mais s’enracine dans des idées antisémites traditionnelles, à savoir que les Juifs auraient de l’argent et qu’il pourrait ainsi tirer une rançon de son crime ».

Au passage, Weizman en profite pour tacler des intellectuels aussi différents que Bernard-Henri Lévy, Pierre-André Taguieff ou Elisabeth Lévy, qu’elle qualifie tous de « conservateurs ». Elisabeth Lévy, notamment, est prise à partie pour avoir déclaré sur CNews en septembre 2021 : « Il reste un peu du vieil antisémitisme français, sauf que celui-là il casse pas la gueule aux enfants juifs. Je ne connais pas un Juif qui ait quitté la France à cause du Rassemblement national. […] Je connais beaucoup de Juifs qui quittent la France à cause de l’antisémitisme des banlieues ». Cette déclaration, somme toute assez banale, est qualifiée par Weizman de « sortie ahurissante ».

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Par-delà la polémique, l’analyse d’Illana Weizman sur l’antisémitisme est un peu courte. Que le « Nouvel antisémitisme » recycle les thèmes traditionnels de l’antisémitisme séculaire ne s’oppose nullement au fait qu’il constitue une nouveauté, en raison de l’origine sociologique et ethnique de ceux qui le professent. De même, dire que l’antisionisme est un des nouveaux visages de l’antisémitisme (comme je le montre dans mon livre Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain) n’est nullement contradictoire avec la persistance d’un antisémitisme traditionnel, à fondement religieux.

Mais le propos d’Illana Weizman est également contestable, voire dangereux pour une autre raison, plus fondamentale. En prétendant que « les Juifs ne sont pas blancs », elle espère disculper une partie du peuple Juif de l’accusation d’assumer une position dominante et d’appartenir aux classes sociales privilégiées, honnies du nouveau Lumpenproletariat incarné par les « banlieues ». Dans la foulée, elle explique au Bondy Blog  : « Tous les racismes proviennent d’une même essence, notre ennemi commun c’est l’hégémonie blanche, qu’on soit juif, musulman ou noir ».

Cette attitude n’a rien de nouveau à l’époque moderne : régulièrement, des Juifs de gauche ont voulu montrer patte blanche, en étalant les preuves du caractère soi-disant « progressiste » et révolutionnaire du judaïsme ou des « bonnes origines de classe » de leurs coreligionnaires. Cela n’a aucunement protégé les Juifs contre l’antisémitisme de gauche, et notamment stalinien. Ainsi, seule la mort providentielle de Staline en 1953 (le jour de la fête juive de Pourim) a empêché celui-ci de mettre à exécution ses sinistres projets envers les Juifs d’Union soviétique.

Les Juifs, en tant que peuple, appartiennent à toutes les classes sociales et ils ne peuvent aucunement incarner une « minorité ethno-raciale », au sens où l’entendent les partisans du néo-progressisme. Ce n’est pas en « déconstruisant » l’identité juive ou le peuple Juif qu’on combattra efficacement l’antisémitisme, de même que le féminisme radical déconstructeur n’a jamais fait avancer la cause des femmes. Les Juifs n’appartiennent à aucune race, à aucune classe sociale et à aucun parti politique de manière exclusive. Il est d’ailleurs troublant de constater que la parole juive est aujourd’hui représentée en France presque exclusivement par des femmes « progressistes », comme Illana Weizman ou Delphine Horvilleur, comme si les médias entendaient annexer le judaïsme au camp « progressiste » et féministe. Il est donc utile de rappeler que les Juifs sont aussi des hommes blancs.

LES MYTHES FONDATEURS DE L’ANTISIONISME CONTEMPORAIN

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Énergie : comment l’UE compte remplacer le gaz russe

L’Union européenne multiplie les sources d’approvisionnement et accélère le déploiement des énergies renouvelables, mais la situation restera difficile jusqu’en 2023.


L’invasion de l’Ukraine par la Russie a profondément réorienté la politique énergétique en Europe. Quelles mesures les gouvernements de l’Union européenne ont-ils prises pour faire face à la crise ? Un nouvel ensemble de données préparé par le ThinkTank Bruegel (un centre de réflexion pro-européen basé à Bruxelles et présidé par Jean-Claude Trichet) fournit un premier aperçu des réponses : promouvoir la diversification des sources d’approvisionnement du gaz, le changement de combustibles, les économies d’énergie, l’encouragement d’énergies renouvelables et des mesures d’efficacité énergétique.

Regazéification à tous les étages

Pour l’approvisionnement en gaz, l’Italie est de loin le pays qui a signé le plus de nouveaux contrats, notamment grâce à ses réseaux établis avec plusieurs fournisseurs africains. D’autres pays, en particulier l’Allemagne, n’ont pas encore conclu d’accords substantiels. En revanche, concernant les infrastructures gazières, l’Allemagne est en tête pour les ajouts de capacité de FSRU. Il s’agit des Unités flottantes de stockage et de regazéification (en anglais : Floating Storage and Regasification Unit, terminal méthanier flottant). Un navire amarré joue le rôle d’un petit port méthanier dont la fonction est de recevoir du GNL (gaz naturel liquéfié) transbordé depuis des méthaniers, de le stocker, de le ramener à l’état gazeux, et de l’injecter dans le réseau de transport et gaz. D’ici fin 2023, ces infrastructures temporaires et souples fourniront à l’Europe un total environ de 50 milliards de mètres cubes par an et de nouvelles capacités de regazéification. Pour avoir un ordre de grandeur, l’Union européenne consommait 400 milliards de mètres cubes de gaz en 2021, et donc sans être une panacée, 50 milliards de mètres cubes représentent une capacité non négligeable. Plusieurs pays font également évoluer les gazoducs, avec de nouvelles interconnexions dont certaines déjà mises en opération en 2022. C’est notamment le cas du gaz d’origine azerbaïdjanaise acheminé via la Turquie vers l’Italie et la Grèce.  

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L’utilisation du charbon dans la production d’électricité en Europe a quant à elle augmenté de plus de 37 térawatt-heure (en année pleine) au cours des neuf premiers mois de 2022. Sans remplacer le gaz russe, le charbon a essentiellement contribué à compenser des productions hydroélectriques et nucléaires nettement plus faibles – surtout en France à cause des raisons climatiques (un été particulièrement sec) et des problèmes de maintenance aggravés par un mouvement de grève.

Report de la fermeture de réacteurs nucléaires

Par ailleurs, l’Allemagne vient de décider de maintenir trois (en non pas deux) réacteurs nucléaires en fonctionnement jusqu’en avril 2023 et la Belgique a décidé de reporter la fermeture de deux réacteurs. L’ensemble de ces mesures pourraient conduire à des économies potentielles de gaz d’environ 7 milliards de mètres cubes par an. Autrement dit, même pas la consommation d’une semaine hivernale.

Concernant l’économie d’énergie, les pays de l’Union européenne se sont mis d’accord sur des objectifs de réduction de la demande de gaz et d’électricité, avec quelques dérogations et certaines obligations. C’est sur ce levier que les gouvernements pourraient agir à court et à très court terme. Chaque pays prépare sa liste de mesures, de bâtons et de carottes.

Les Etats-membres de l’Union européenne ont également accéléré le déploiement des énergies renouvelables, notamment en assouplissant les règles liées à leur extension et en simplifiant les procédures d’appel d’offres pour accélérer les processus d’autorisation. Première conséquence quasi immédiate : l’importation de panneaux photovoltaïques fabriqués en Chine explose… tous les pays ont accéléré la mise en œuvre des mesures d’efficacité énergétique souvent focalisées sur les secteurs du bâtiment et de l’industrie. C’est un gisement intéressant, car ces mesures pourraient permettre de réaliser d’importantes économies de gaz de 36 milliards de mètres cubes d’ici fin 2023 et jusqu’à 120 milliards de mètres cubes par an d’ici 2030. La situation est donc tendue, au moins jusqu’au printemps prochain, voire fin 2023.  

Lola: les incuries du pouvoir régalien

Philippe Bilger replace le curseur de l’indécence sur les carences de l’Etat.


Face à des crimes atroces, on a le droit de formuler quelques observations dont le mérite, je l’espère, sera d’être déconnecté de la mauvaise foi partisane.

J’espère que l’indignation et la compassion face aux horreurs commises, au martyre de cette malheureuse petite victime de 12 ans et à la douleur de ses parents sont sincères et profondes chez tous. Qu’elles ne vont pas s’effacer, à peine ressenties.

J’espère que le président de la République qui a reçu les parents de Lola pour les assurer de « son soutien » et de « sa solidarité » – et il a bien fait en l’occurrence – saura ne plus s’impliquer seulement quand l’effervescence médiatique suscitée par l’ignoble le mobilisera mais en veillant à une sorte d’équité dans son écoute et ses rencontres de type régalien.

J’espère que dans les débats on échappera à la relation simpliste, globale, paresseuse et biaisée entre l’immigration, la délinquance et la criminalité. On n’a pas le droit de faire passer des tragédies singulières pour un phénomène de masse. Il y a des faits qui sont suffisamment odieux en eux-mêmes sans qu’on soit obligé de les amplifier artificiellement.

J’espère qu’après la mise en examen de cette Algérienne de 24 ans, qui dans les derniers temps aurait manifesté des signes de déséquilibre, on laissera l’instruction se dérouler aussi sereinement que possible. Et que surtout on ne poussera pas de hauts cris si, à la suite d’expertises, elle était déclarée irresponsable. Ce ne serait pas signifier qu’elle est innocente mais que lors de la commission des horreurs, elle n’était plus, au sens propre, en possession d’elle-même. Je ne me fais aucune illusion. Si jamais de telles conclusions s’imposaient – l’une des bases de l’état de droit -, je forme le voeu qu’au moins les controverses soient moindres, moins intenses, moins ignorantes que lors d’autres.

J’espère qu’on cessera d’apposer sur ces vrais crimes de fausses polémiques pour tenter non pas de diminuer leur horreur – c’est impossible – mais, avec des circuits de dérivation, de faire peser, au-delà de la mise en cause (présumée innocente), des responsabilités sur d’autres que le pouvoir lui-même. Pour Gérald Darmanin, en première ligne pour cette tentative de détournement, il y aurait « de l’indécence dans la récupération politique » de la part de l’extrême droite et de la droite (BFMTV) !

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Ce n’est pas parce que l’indécence est devenue un terme à la mode, comme « nauséabond » et « amalgame », qu’il convient de l’applaudir à tout coup. En général, c’est plutôt le signe d’une défaite de l’argumentation !

À bien y réfléchir, cette dénonciation par le ministre de l’Intérieur est absurde et je suis persuadé que le Darmanin d’avant Emmanuel Macron ne l’aurait pas validée.

Prise à la lettre, elle interdirait en effet aux oppositions – après la perpétration de crimes, l’indignation, la colère et la pitié suscitées par eux – de pointer des défaillances de l’Etat, l’inexécution des sanctions, le taux dérisoire d’obligations de quitter le territoire concrétisées, tout ce qui, de près ou de loin, si nous avions eu une politique régalienne ferme et efficace, aurait dû être accompli et donc aurait permis d’éviter le viol et le meurtre de Lola.

Nous ne sommes pas loin d’une configuration qui, face à des catastrophes et à des tragédies, contraindrait, par une prétendue décence, à laisser des responsables politiques dans une totale immunité et impunité ! Le malheur des autres les protégerait : inconcevable !

C’est un constat. Dahbia B, depuis août 2019, était en situation irrégulière dans notre pays mais y demeurait de sorte que le pire a pu être commis à cause d’elle mais aussi grâce à ce maintien. C’est tellement vrai que si nous avions une démocratie et une classe politique lucides et responsables, tous les députés, sans exception, auraient dû s’accorder sur le scandale de décisions capitales d’éloignement si médiocrement effectives. Cette faillite relevant d’une autorité de l’Etat, infirme, devrait par son caractère objectif susciter une réaction unanime de contestation et d’opprobre.

Sauf si on considère – ce que je suppute – que gauche et extrême gauche se retrouvent naturellement accordées avec le pouvoir pour préférer dénoncer, par une idéologie se trompant de cible, ceux qui mettent en cause la responsabilité de celui-ci plutôt que les incuries éclatantes de la politique régalienne en cours depuis 2017 et, malgré quelques apparences contraires, en continuation depuis 2022.

L’indécence n’est donc pas de relever que des crimes étaient évitables si nous avions eu un Etat digne de ce nom mais dans les terrifiantes carences de ce dernier. L’indécence se trouve en amont des crimes, pas en aval.

On pleure Lola mais notre émotion ne vaut pas quitus pour le pouvoir. Il ne parviendra pas à nous donner mauvaise conscience : qu’il s’incrimine d’abord lui-même. La jeune Algérienne criminelle maintenue en France, c’est lui et personne d’autre.

Contre la justice laxiste

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Les K.O-logie

Si la cause écolo n’est qu’un prétexte de plus aux jeunes écervelés pour étaler leur égocentrisme sur les réseaux sociaux, elle révèle aussi leur envie de répression et d’interdits. Un nouvel ordre moral qui leur permet de fuir leurs responsabilités et demeurer d’éternels adolescents.


L’écologique écho traverse les oreilles de nos jeunes oisifs aux mille lubies dont la dernière en date est de cesser de procréer – « vivre pollue ! » Vous l’ignoriez peut-être mais un égrégore objectivement nihiliste embrume la vitalité d’une frange massive des jeunesses écolo-boboïsées. Vivre tue, et par adoration pour ce néojansénisme écologique, ils jurent qu’ils ne feront plus d’enfants car ce n’est pas un comportement de « citoyen responsable, moral et altruiste ».

Cette affirmation est hypocrite. Sa motivation réelle est de se soustraire à la contrainte de devenir adulte. Il s’agit de fuir le lot de responsabilités qui accompagne le monde des grands pour demeurer des adulescents éternels… et éventuellement finir en Ehpad à 135 ans, perfusés à Netflix et à la réalité virtuelle. Le pire dans cette antivolonté de descendance réside dans ce paradoxe comique : comment peut-on aimer l’écologie, la nature et le fleurissement de celle-ci, tout en s’autoproclamant branches mortes de l’arbre de sa généalogie, sans rougir sous le regard interrogateur de nos aïeux qui trimèrent pour en arriver là ?

Il faut croire que certains prétendent aimer théoriquement la nature à la mesure de leur détestation de l’humain, et à travers l’humain, d’eux-mêmes, si tant est que l’on puisse qualifier d’humain le foisonnement d’idées bizarres qui macèrent dans le psychisme de certains milléniaux. Quand on leur demande s’ils seraient prêts, pour aller au bout de leurs idées et sauver la planète, à imposer une dictature écologique au monde entier qui pollue un peu plus que le citoyen écoresponsable de centre-ville et n’a que faire de la moraline écolo, ils pâlissent, de peur d’opprimer. Verts de rage, ils ne peuvent que s’opprimer eux-mêmes, se stériliser eux-mêmes, s’amenuiser et s’anéantir eux-mêmes, en contradiction totale avec les prescriptions de mère Nature qui ne connaît que l’accroissement, la lutte et la prolifération. Le discours antinataliste s’accompagne le plus souvent d’une volonté suspecte d’adopter un Vietnamien ou un Thaïlandais parce que « ça sert à rien d’en faire, vu qu’il y a déjà tant d’enfants qui n’ont pas de famille » : ainsi établissent-ils un lien ontologique entre refus de procréation et pseudo-charité consistant à élever les enfants des autres. Ou bien peut-être que la volonté de kidnapper les bambins du tiers-monde est une manière pour nos jeunes de les éduquer dans un dernier petit relent colonialiste à peine conscient !

On ne compte plus le nombre de gamines qui se prévalent de l’écologie par mode, en se gardant bien de cesser de se peinturlurer le visage et de débrancher les connexions de leurs myriades de comptes et réseaux sans lesquels elles feraient une crise de déréalisation. Certains influenceurs qui se piquent d’expérimenter un retour à la vie sauvage se sentent absolument obligés de créer un compte Instagram pour relater leurs exploits et périples. Sans doute peuvent-ils ainsi bénéficier de la sollicitude que ne leur prodiguent pas les pumas et autres sangliers qu’ils pourraient croiser. Autant dire que leur écologie sonne fabriqué, faux, postmoderne et synthétique.

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Restons dans le sujet en évoquant le Code de la route qui se mue d’année en année en pathétique catéchisme vert. La moitié de ce que l’on apprend est un pinaillage quasi insignifiant pour nous sensibiliser à la gravité d’oublier d’éteindre son moteur au feu rouge et autres broutilles du genre, plutôt que de nous apprendre à rester en vie sur la route. Mais n’ayons crainte, les limitations de vitesse seront telles que même les escargots les plus apathiques n’auront plus de soucis à se faire pour esquiver nos véhicules.

L’empressement fayot de toutes les institutions et des citadins éclairés à célébrer en chœur et dévotement, voire hystériquement, leurs gestes écolos a quelque chose de nombriliste et de présomptueux. Ils se rêvent en bienfaiteurs de la nature, comme si sa pérennité tenait à leur bon vouloir, alors que la France ne représente que 1 % des émissions de CO2 dans le monde. Ils sont convaincus que leur oubli de trier les déchets est périlleux pour l’écosystème alors que, quoiqu’ils fassent, un an après la disparition de l’homme sur cette terre, si cela devait advenir, la vie naturelle reprendrait ses droits – comme on a pu le constater pendant les confinements durant lesquels des bêtes de toute nature vagabondaient dans les rues, où les oiseaux roucoulaient des symphonies nouvelles. L’homme n’enterre pas la terre. Mbappé n’aura donc pas besoin de passer son permis de conduire de char à voile pour jouer le prochain match du PSG à l’extérieur.

On pressent tous, à différents niveaux, qu’il existe quelque chose de vicié dans l’écologie punitive, culpabilisatrice et masochiste qui s’apparente à une suite d’injonctions perverses de diminution progressive de tout ce qui fait la hardiesse de l’homme : rouler moins vite ou mieux, ne marcher qu’à pied, ne plus s’éclairer ni se chauffer, ne plus se doucher, ne manger que des larves humiliantes, consommer à minima, cesser de faire l’amour parce que le préservatif pollue et que sans lui y’a des gosses… bref, ne plus jouir ni se réjouir. Le plus infâme est que le sabordage de l’ego nécessaire du peuple par ce nouvel ordre moral, est mis en scène par des enfants autistes et joufflus ou des vieilles hystériques sectaires et puritaines, soit des Thunberg et des Rousseau, qu’une bande de gamins décérébrés célèbrent comme les nouvelles déesses d’un Olympe mortifère aux valeurs inversées : nous méprisions les rats rebaptisés surmulots et nous allons vivre comme des cafards surnommés écolos.

Alors, si le CO2 c’est odieux, aux dieux d’en juger.

Le drame Lola ravive les tensions

L’assassinat de la petite Lola, en plein jour à Paris, a bouleversé les Français. Les tortures subies par l’enfant, les traces d’égorgement, le fait que la meurtrière, en situation irrégulière, soit sous le coup d’une Obligation de quitter le territoire français (OQTF), son absence de remords… Tous ces éléments ont ravivé les tensions qui agitent notre pays.


Les Français se sont projetés dans les parents de Lola parce qu’ils pensent que cela aurait pu leur arriver. Si ce drame résonne autant dans la psyché collective, c’est qu’il est en phase avec les représentations que les gens ont de l’état de leur pays. C’est parce que cette résonance est particulièrement forte qu’un fait divers atroce se transforme en fait de société et acquiert une signification qui dépasse le caractère particulier et unique de l’acte en cause. La récurrence de la violence gratuite, des actes d’égorgement, le fait que cette violence n’épargne pas les enfants, tout cet enchainement est en train de faire système et ce qui est arrivé à cet enfant parle d’une insécurité qui ne cesse de monter et dont on se demande si elle est combattue autrement qu’en paroles ou en tweets.

Terrorisme et violences gratuites ont amené l’idée que nous vivions des temps barbares, ce qui est déjà difficile à accepter. Mais il y a pire que la montée de la barbarie, c’est le sentiment que de surcroît nos dirigeants sont dans le déni et incapables de prendre les décisions fortes et efficaces qui s’imposent pour assurer la protection de la population. La barbarie se nourrit et se déploie quand l’Etat ne sait plus être le garant de l’ordre et de la loi.

C’est ici que la question des OQTF (Obligation de quitter le territoire français) prend toute sa dimension. D’abord, parce que certains meurtres ou affaires qui ont frappé l’opinion, comme l’assassinat du prêtre vendéen ou le refus d’obtempérer qui fit une victime à Grenoble, ont été commis par des personnes sous OQTF parfois depuis des années. Or, la non-exécution des OQTF est un problème récurrent auquel aucun pouvoir ne s’attelle car cela signifierait revenir sur les accords particuliers passés avec certains pays, en premier lieu l’Algérie. L’impuissance de l’Etat parait ainsi découler de l’incapacité des gouvernants et de leur indifférence envers leur propre peuple. Les habitants non seulement ne se sentent pas protégés mais peuvent s’imaginer sacrifiés, non pour une obscure raison d’Etat, mais parce que leurs représentants sont incapables de prendre les décisions qui s’imposent par peur d’être traités de racistes ou de xénophobes ou par incapacité à faire respecter leur pays dans le cadre de négociations internationales.

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L’embarras du gouvernement sur ces questions est palpable. Le silence du président et des ministres alors même que la tragédie réveillait l’émotion collective du peuple a été ressenti comme choquant. C’est Gérald Darmanin tweetant sur un spectacle musical au moment même où les détails atroces s’accumulaient sur le meurtre de la fillette. C’est Emmanuel Macron félicitant Karim Benzema pour son ballon d’or alors qu’il n’a pas eu un mot pour la fillette (il a depuis communiqué pour dire qu’il avait reçu les parents). C’est Eric Dupond-Moretti à l’Assemblée nationale qui, interpellé par un député Rassemblement National sur la non-exécution des OQTF et le lien entre immigration massive et montée de l’ensauvagement, ferme tout débat en disant : « Vous vous servez du cercueil d’une petite fille de 12 ans pour en faire un marchepied ». Pour étouffer toute polémique et empêcher le débat sur la question des OQTF et de la politique migratoire, le gouvernement Macron ressort l’éternel accusation « d’instrumentalisation d’une tragédie » par la droite et l’extrême-droite. Ce faisant, il ajoute sa pierre à la logique d’instrumentalisation en brandissant la référence au petit cercueil de Lola pour empêcher d’être mis à mal sur la question des OQTF.

L’instrumentalisation fonctionne ici dans les deux sens. Sur une partie de l’échiquier politique, il s’agit de dire que cette tragédie parle de la montée en puissance d’une barbarie liée à la présence sur notre sol d’une immigration trop massive pour être intégrée, qui amène une violence décomplexée et des passages à l’acte récurrents qui ne correspondent ni à nos mœurs ni à notre civilisation. De l’autre, il s’agit de faire taire ses adversaires en utilisant un bâillon moral, ce qui permet à la fois d’évacuer toute demande de comptes sur l’inaction constatée et de continuer à ne pas agir sur le fond du dossier immigration-OQTF, soit par impuissance soit par manque de volonté.

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Or, le fait que la montée de la barbarie constatée se traduise en France par la multiplication des égorgements, que ce soit dans un cadre terroriste ou de droit commun, a installé la représentation qu’une partie des violences constatées était liée à la montée d’une culture tribale qui nie tout universalisme et dans laquelle il n’y a plus de référence au Bien ou au Mal mais à ce qui est bon ou mauvais pour le groupe auquel on appartient. Dans ce type de société, le seul lien politique constitué n’est pas un lien d’égalité mais de sujétion. Les sociétés tribales sont des sociétés féodales basées sur la loyauté et non sur le libre arbitre. « Qui je domine? », « à qui je suis soumis? », « quel est mon rang dans la pyramide de la domination? », voilà les questions qui se posent. L’égalité en droit n’existe pas, seul compte la question des positions de pouvoir. Dans ce type de culture, il n’y a pas d’égalité entre les hommes à raison de leur dignité commune mais une logique de domination à l’intérieur du groupe et une concurrence entre groupes constitués. Le multiculturalisme est la traduction en droit de cette organisation sociale. A cela s’ajoute le déploiement d’un discours politique qui tend à déshumaniser l’adversaire, une propagande accusant la France de persécution à l’égard des musulmans et de racisme systémique, et on voit les racines qui expliquent la montée de la haine dans la société et le sentiment de menace chez les Français. Un sentiment de menace que le crime gratuit commis sur une enfant a porté à son paroxysme au moment même où l’on rendait hommage à Samuel Paty.

La concomitance des deux événements avait de quoi désespérer. Nous voudrions tous que la mort de Lola amène à une prise de conscience. Mais il n’en sera rien. On avait cru la même chose lors de l’assassinat de Samuel Paty mais après la mise en scène des larmes, le bal des lâches continue à l’Education nationale. Il en sera probablement de même sur la question des OQTF. « Quand rien ne change, c’est que rien n’est fait », disait Mickaëlle Paty en rendant hommage à son frère dans la cour de la Sorbonne. Une phrase qui s’adapte parfaitement à la montée de la barbarie dans notre pays.

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Loup Viallet : « En Afrique, la Russie se présente comme un ours et agit comme une hyène »

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Entretien avec Loup Viallet, spécialiste de l’économie et de la géopolitique du continent africain.


CAUSEUR : Le récent putsch au Burkina Faso s’est fait sous fond d’opposition à la France. Comment les Russes ont-ils fait pour convaincre les Burkinabés qu’ils étaient la solution pour combattre le terrorisme ?

VIALLET: En Afrique la Russie se présente comme un ours et se comporte comme une hyène. Si la propagande du Kremlin cible en priorité des pays issus de l’ancien empire colonial français, c’est d’abord pour y exploiter un imaginaire politique datant de la guerre froide, qui infuse encore parmi certains courants d’opinions. Mais les actions de déstabilisation menées par le Kremlin concernent en priorité les pays les plus fragiles parmi ces derniers : ceux dont les Etats sont déjà en lambeaux et dont les populations peinent à survivre. C’était le cas en République centrafricaine, au Mali et maintenant au Burkina Faso, pays enclavé du Sahel sans accès à la mer, très vulnérable au réchauffement climatique et qui compte parmi les plus pauvres du continent. Sa situation sécuritaire s’est fortement dégradée, notamment depuis les putschs à répétition au Mali voisin (et depuis l’arrivée de Wagner, qui a contribué à fragiliser davantage la frontière Mali/Burkina), et sa situation économique a empiré, notamment du fait du blocus russe des denrées alimentaires ukrainiennes en mer Noire, dont une partie n’a pas pu être exportée auprès des populations sahéliennes.

Il y a 9 mois, lorsque Roch Kaboré, le président légal du Burkina Faso, a été déposé par un premier putsch, le Kremlin s’était précipité pour saluer le coup d’Etat et avait cherché à établir un partenariat plus resserré avec la nouvelle junte au pouvoir. Contrairement à son homologue malien, le lieutenant-colonel Damiba a poursuivi le partenariat de son pays avec la force Barkhane et a même donné des gages à la CEDEAO (à la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, c’est-à-dire aux Etats voisins du Burkina) garantissant le retour du pouvoir politique aux mains de civils au bout de 24 mois.

Ces six derniers mois, dans la séquence où Barkhane quittait le Mali et se repositionnait dans la sous-région, le Kremlin semble avoir été particulièrement pro-actif (et pas seulement sur les réseaux sociaux) pour favoriser un nouveau putschiste qui dépende davantage de Moscou pour accéder et se maintenir au pouvoir, à l’instar d’Assimi Goita au Mali qui ne semble pas prévoir de « rendre le pouvoir au peuple » comme il l’avait promis en se hissant à la tête de la transition. Courant septembre, Damiba s’est entretenu en marge de l’assemblée générale des Nations Unies avec Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires Etrangères de la Fédération de Russie, en vue de resserrer la coopération militaire russo-burkinabè. Il faut croire que la position de Damiba était intenable. Si les détails de l’implication du Kremlin dans le putsch du 30 septembre doivent encore être minutieusement étudiés, les traces d’ingérence du régime de Poutine et de ses chiens de guerre sont partout : des drapeaux russes brandis par les manifestants pro-putsch au passage de Kemi Seba, l’influenceur adoubé par Alexandre Douguine en mai dernier pour agiter la paranoïa anti-française à Ouagadougou et fragiliser le régime, aux déclarations des faucons de Poutine, Sergueï Markov et Evgueni Prigogine (le tristement célèbre parrain de Wagner) survenues au moment du coup d’Etat pour revendiquer le rôle joué par la Russie dans la prise de pouvoir du capitaine Traoré, et pour saluer une « victoire de la décolonisation » (sic !).

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Dimanche 16 octobre, les internautes ont pu assister à une passe d’armes entre Kémi Seba et vous-même. Qu’est-ce qui a l’a déclenchée et pourquoi le leader panafricaniste vous a-t-il ciblé ?

Le 15 octobre dernier, le gouvernement français a informé Nathalie Yamb, propagandiste pro-russe connue pour son travail de désinformation sur la France en Afrique, de son interdiction d’entrée et de séjour sur le territoire français. J’ai salué cette initiative et réitéré mon appel, lancé quelques jours plus tôt dans la revue Conflits, à sanctionner également Kémi Séba, qui jouit d’un passeport français tout en vivant des haines qu’il agite contre la France sur le sol européen et africain. Jusqu’à présent, il avait déjà été expulsé du Sénégal, du Burkina Faso, interpellé au Bénin et interdit d’entrée sur le territoire malien (en 2020) parce qu’il représentait une menace à l’ordre public, mais les gouvernements français successifs se montraient plutôt passifs, sous-estimant l’influence désastreuse de sa propagande auprès des diasporas et des Français d’origine africaine. Combien de conférences et de manifestations a-t-il organisées, au cours desquelles il appelait ses « frères et sœurs » à rentrer dans une lutte enragée contre une France dépeinte comme l’« ennemi » ? En février dernier, il faisait encore salle comble à Fleury Mérogis.

Kémi Séba est en train de sentir que le vent tourne : le temps de l’impunité est fini. Son comportement à mon égard révèle une fébrilité jusqu’alors insoupçonnée : des insultes, un très long message débridé mêlant une tentative de justification lunaire à des propos complètement ahurissants et calomnieux… Puis il m’a courageusement bloqué. Il n’a manifestement ni l’habitude d’assumer les conséquences de ses actes, ni l’habitude de se voir porter une contradiction argumentée.

Comme de nombreux propagandistes, Seba n’est jamais plus à l’aise que face à des individus déjà conquis ou ignorants des sujets sur lesquels il s’exprime, à l’image des interviews-fleuve qu’il donne dans des médias acquis à sa cause, qui ne lui opposent aucune contradiction sérieuse. Le 24 octobre prochain, celui qui se présente comme un grand révolutionnaire anticolonialiste sera invité à l’Institut d’Etat des Relations Internationales de Moscou pour intervenir sur « le rôle du panafricanisme dans la résistance (sic) à l’Occident ». Celui qui a soutenu le putsch du 30 septembre au Burkina Faso en déclarant aux diplomates français qui s’indignaient de l’incendie de l’ambassade de France, « Les terroristes, c’est vous », s’est bien gardé 5 jours plus tard de dénoncer l’oukaze colonialiste de Vladimir qui annexait quatre régions d’Ukraine depuis le Kremlin.

L’avocat Juan Branco s’est fait le défenseur de Kemi Seba en intervenant dans la polémique que nous évoquions. Il vous a interpellé en vous posant la question suivante, que je reproduis ici : « Vous voulez interdire (sic) un citoyen français de rentrer sur le territoire français ? ». Que lui répondez-vous ?

J’ai trouvé particulièrement comique que Juan Branco, qui est connu pour ses postures radicales, fasse preuve d’un tel laxisme concernant un agitateur qui sert de caution africaine à la stratégie impérialiste de Vladimir Poutine et de caisse de résonance aux rumeurs les plus abjectes sur la France. Ses discours et ses actions sont de nature à menacer l’ordre public et à mettre en danger la sécurité de nos concitoyens sur les deux continents.

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Le monde est parfois bien fait et Juan Branco pourra se reporter aux articles 25 à 25-1 du Code civil, qui prévoient la déchéance de la nationalité française. Il constatera que le cas de Kémi Séba correspond tout à fait aux conditions qu’il est nécessaire de réunir pour enclencher cette procédure : il est binational, ne vit plus en France, ne se décrit pas comme Français et commet des actes préjudiciables aux intérêts de la France. Le gouvernement serait bien inspiré de prendre cette initiative le 24 octobre prochain ! Si Juan Branco veut continuer à le défendre, je lui souhaite bien du courage : ce qui est paradoxal dans cette affaire, ce n’est pas qu’on émette l’idée de déchoir Kémi Séba de sa nationalité française, c’est plutôt que Kémi Séba n’ait pas de lui-même renoncé depuis longtemps à cette nationalité qu’il conspue tant par souci de cohérence idéologique…

En France, une partie de la droite se fait l’écho d’une petite musique qui monte de plus en plus : il faut laisser les Africains se débrouiller seuls, couper tous les liens avec le continent africain, notamment pour endiguer l’immigration en provenance d’Afrique. A l’opposé du spectre politique, une partie de la gauche condamne l’impérialisme français dans le Continent Noir. La France peut-elle se passer de l’Afrique ? 

Tourner le dos au continent africain, voilà précisément ce qu’espèrent de la France et des pays européens les puissances qui cherchent à tirer parti des faiblesses africaines pour mieux faire pression sur le Vieux Continent. Ignorer les liens d’interdépendance sécuritaires, climatiques, économiques, qui régissent nos relations serait la pire des bêtises. A gauche comme à droite la source commune de ces refrains dogmatiques et totalement déconnectés des réalités est un héritage idéologique commun : le logiciel tiers-mondiste, qui est partagé par des décoloniaux d’extrême gauche comme Maboula Soumahoro ou des souveraino-tiers-mondistes comme Pierre-Yves Rougeyron.

La fin du franc CFA

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Après la paix: Défis français

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Lola: prière de pleurer, rien de plus

Le gouvernement n’apprécie pas d’entendre que le meurtre de la petite Lola, 12 ans, aurait pu être évité si les OQTF étaient correctement appliquées. À l’écouter, l’émotion ne doit pas laisser place à la raison.


Le meurtre lâche et sordide de la petite Lola, 12 ans, suscite légitimement une forte émotion dans l’opinion publique et révèle dramatiquement, une nouvelle fois, les dysfonctionnements de notre administration. L’Algérienne de 24 ans qui a torturé et assassiné la jeune fille était en situation irrégulière et s’était vu remettre une obligation de quitter le territoire français depuis deux mois. Cette expulsion, comme quelques dizaines de milliers d’autres, n’a pas été appliquée. Pour camoufler son incurie, le gouvernement n’a eu de cesse, en réponse à toute question, d’afficher son « émotion » et sommé qu’on fasse de même.

Mardi à l’Assemblée nationale, Marine Le Pen a rappelé que « trop de crimes et de délits sont commis par des immigrés clandestins qu’on n’a pas voulu ou pas su renvoyer chez eux » et demandé à Élisabeth Borne ce qu’elle comptait faire. Réponse du Premier ministre : « Un peu de décence Mme la présidente Le Pen. Un peu de décence et respectez la douleur de la famille. Bien sûr, il n’y a pas de mots pour exprimer la douleur d’une famille face à la perte d’un enfant. Le président de la République a reçu ce matin les parents de Lola et il a pu leur exprimer toute l’émotion et toute la solidarité de la nation ». Et à l’instar du Garde des Sceaux et du PS, elle a pointé une scandaleuse « instrumentalisation » de cette affaire par la droite et l’extrême droite. Lorsqu’il pointe un dysfonctionnement systémique et souhaite en débattre devant les députés, un responsable politique, quel qu’il soit, fait donc uniquement de l’ « instrumentalisation » ? À quoi peut bien ressembler un débat, une réflexion, dès lors qu’on ne peut poser les termes d’un problème ?

La majorité a multiplié toute la journée les appels à la « décence » et a trouvé, mercredi, un synonyme pour poursuivre sa charge contre ceux qui leur demandent des comptes : la dignité.

On va bientôt apprendre que s’il y a des assassins en France, c’est parce qu’il y a des partis « antirépublicains ».

Ainsi, au sortir du Conseil des ministres hier, Olivier Véran a déclaré : « Les leçons à tirer sur le plan politique : chacun en sortirait grandi par la dignité dont il fait preuve dans la douleur de tout un peuple et dans la confiance renouvelée dans les institutions de notre République. Notre réponse c’est la République, c’est l’ordre républicain, et quiconque souhaiterait s’en affranchir en trahirait de fait la promesse ». On va bientôt apprendre que s’il y a des assassins en France, c’est parce qu’il y a des partis « antirépublicains ». Demander de continuer à croire en des institutions qui prouvent « affaire » après « affaire » leur faillite est un programme un peu osé, mais Olivier Véran semble y croire. Cela permet surtout de ne pas changer de discours et de cacher les vrais problèmes avec le même mouchoir qui a servi à sécher des larmes. Aussi, pour ses prochaines sorties, puisqu’il va le répéter, on peut souffler au porte-parole du gouvernement quelques synonymes de « décence » : retenue, pudeur, réserve, tenue, tact, convenance, respect, sagesse, délicatesse…

Cinq jours après le drame, il a tout de même reconnu, au détour d’une phrase, que « nous travaillons d’arrache-pied pour faire en sorte que les expulsions soient suivies d’effets. Nous devons évidemment faire mieux ». Un peu court comme auto-critique mais c’est encourageant. Au fait, s’il en a besoin, les synonymes de dignité sont : honneur, fierté, honorabilité, honnêteté, respectabilité, distinction, élévation… tout pour définir notre gouvernement.

Sois sobre et tais-toi

Difficile de dissocier la « sobriété énergétique » de la sobriété tout court. Or rien ni personne n’a préparé les Français à devenir autre chose que des consommateurs sans modération. Les injonctions du gouvernement sonnent comme un programme de rééducation.


On pensait la sobriété réservée à quelques ascètes décharnés, zadistes chevelus, écologistes puritains et radicaux ; autant dire à tous les adeptes de la décroissance en rupture de ban avec la société d’abondance, de profits et de gâchis. C’était non seulement se méprendre sur le sens du mot, qu’on jugeait désuet et moralisateur, mais aussi sur l’aptitude de notre société à inverser la tendance et à transformer ce dont on se moquait hier en injonction sociétale, en mot d’ordre censé fédérer toutes les classes sociales et sauver l’humanité d’un désastre annoncé. Car personne ne peut désormais l’ignorer, guerre en Ukraine oblige, la tendance de l’hiver sera à la « sobriété énergétique » ; les pouvoirs publics se montrant aussi rassurants que possible en circonscrivant la zone sinistrée : réduisez votre consommation de gaz et d’électricité, limitez vos déplacements et on ne vous demandera pas, en plus, d’être sobres à la manière des philosophes antiques, des Pères du désert et de tous les réfractaires aux jouissances extrêmes et spectaculaires. De cette sobriété-là, qui d’ailleurs se souvient encore aujourd’hui ?

En effet, la sobriété était dans le vieux monde une affaire qui ne regardait que soi, et une manière de préserver son « quant-à-soi ». On n’était pas sobre en vertu d’un entraînement collectif mais d’une discipline personnelle, d’un renoncement librement consenti aux excès qui empêchent finalement de jouir sereinement de la vie. C’était à chacun(e) de savoir quel était son penchant le plus irrésistible et comment modérer, tempérer cette accointance avec le pire dont les conséquences pouvaient être aussi bien individuelles que collectives. Chacun sait par exemple que Socrate restait sobre en dépit de son attirance pour les beaux garçons, et l’on n’aurait pu concevoir qu’un philosophe dérogeât à la règle qu’il s’était lui-même fixée en matière de frugalité alimentaire, et de pondération dans ses jugements et comportements. Ainsi l’homme sobre était-il moins un puritain qu’un épicurien averti, converti aux bienfaits de la sobriété qui, lorsqu’elle est elle-même tempérée, met en valeur les nuances sans interdire qu’on exprime sa désapprobation. Aussi la sobriété façonnait-elle des êtres solidement ancrés en eux-mêmes et discrets, et qui ne se résigneraient pas, s’ils vivaient aujourd’hui, à ce que leur modération soit tournée en ridicule par les chantres du Progrès qui n’y voient plus que frustration et fadeur. Or, c’est justement de ce type humain que la modernité s’est détournée, lui préférant un histrionisme parfaitement incarné par certains animateurs de télévision avant que des hommes politiques à leur tour s’en inspirent. Alors que la sobriété permettait l’émergence d’un style, l’excès favorise au mieux l’apparition éphémère d’un look.

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C’est que la modernité n’a jamais été sobre et ne pourrait le devenir qu’en se reniant elle-même. La démesure lui est inhérente [1], l’excitation est son carburant et la vénération de l’énergie sa religion. Aurait-on oublié avec quel enthousiasme la plupart des artistes modernes ont célébré, au début du XXe siècle, la montée en puissance d’un dynamisme appelé à devenir planétaire et qui semblait alors se jouer des clivages politiques ? Des images comparables, montrant le travailleur transformé en héros des Temps modernes par sa contribution à la mécanisation du monde [2], circulaient autant chez les fascistes que les bolcheviks, tous fascinés par la puissance des machines auxquelles le corps humain se devait de ressembler. En appelant à une réduction drastique des dépenses énergétiques, on touche donc le cœur même du dispositif technique – ce que Heidegger nommait le Gestell – dans lequel la modernité a mis tous ses espoirs et investi toutes ses ressources matérielles et psychiques. Que sera-t-elle capable de proposer une fois les machines à l’arrêt par manque de carburant et le travailleur ne sachant plus que faire de sa force de travail ? Si donc l’énergie est le moteur de l’économie, et l’économie le poumon d’une société qui par ailleurs s’asphyxie, quelle marge de manœuvre reste-t-il pour rendre attractive et significative la sobriété à laquelle on aura de gré ou de force consenti ?

Parler de « sobriété énergétique » est donc un trompe-l’œil censé masquer l’ampleur du problème et rendre moins amère la potion qu’il va bien falloir avaler alors que les consommateurs, auxquels on a jusqu’alors recommandé de consommer sans modération, n’y sont pas préparés et que les « décideurs », qui s’attribuent aujourd’hui le mérite de la clairvoyance et du courage politique, ont tout fait pour écarter les gêneurs qui tiraient la sonnette d’alarme depuis quelques décennies. Or, la plupart de ces lanceurs d’alerte ne se faisaient aucune illusion sur la possibilité de dissocier la sobriété « énergétique » de la sobriété tout court, autant dire d’un changement radical de mode de pensée et de vie, quitte à devoir critiquer vertement la mentalité moderne comme l’ont fait Hans Jonas (Le Principe responsabilité, 1979) et, dans un tout autre style, Pierre Rabhi (Vers la sobriété heureuse, 2010), trop indifférents l’un et l’autre aux modes intellectuelles pour redouter les fatwas qu’on n’a cessé de prononcer contre les partisans de cette « sagesse ancestrale » jugée liberticide et ennemie du Progrès.

Le plus grand risque est donc que l’appel à la « sobriété énergétique » soit perçu comme un programme de rééducation forcée, impliquant qu’il faille mettre les bouchées doubles après des années d’imprévoyance et de lâcheté politiques. La frugalité conseillée ne serait plus alors, pour les plus démunis, que pauvreté et précarité ; et la sobriété une accumulation de restrictions et de privations tôt ou tard explosives. Il n’y a pas de sobriété heureuse sans une meilleure régulation des ressources énergétiques, et surtout sans que les populations aient elles-mêmes redéfini ce dont elles ont réellement besoin au regard de ce nouvel idéal de vie. Mais comment le sauraient-elles après qu’on leur a sans vergogne mâché la besogne ? Au « populisme » supposé des peuples lassés qu’on décide pour eux de leur destin pourrait bien répondre, sous peu, une désobéissance civile consistant à se soustraire par tous les moyens à l’emprise grandissante des distributeurs d’énergie, d’autant plus puissants qu’elle viendra à manquer ou que sa distribution sera l’occasion d’exercer pressions et chantages, comme c’est déjà le cas avec la Russie, et à un moindre degré, avec l’Algérie.

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Mais comment effectuer le passage du statut de consommateur téléguidé dans ses choix à celui d’acteur de sa propre vie placée sous le signe d’une sobriété retrouvée ? Les arguments déployés avec emphase par les acteurs de la vie politique sont-ils suffisamment convaincants ? Des arguments qui jouent pour l’heure sur le double registre de la solidarité et de la peur : solidarité avec tous les peuples de la terre soumis aux mêmes restrictions énergétiques, alors que la sobriété serait pour certains d’entre eux un luxe au regard des pénuries qu’ils doivent d’ores et déjà supporter ; et peur collective de devoir bientôt disparaître en tant qu’espèce si les ressources naturelles s’épuisent et si la planète devient inhabitable. On ne restaurera donc une sobriété collective vivable et durable qu’avec le consentement des peuples, convaincus qu’ils œuvrent à leur propre bien-être en changeant de mentalité et de mode de vie ; mais ce virage sera d’autant plus difficile que leurs ressources intérieures ont été asséchées, taries par l’endoctrinement consumériste qu’ils ont subi, et que l’énergie spirituelle a cessé d’être considérée comme le plus puissant des carburants et le seul qui donne du sens à la vie.

La crise actuelle de l’énergie a cependant ceci de positif qu’elle a réveillé le goût de l’autonomie, et que se sont multipliées les initiatives permettant de se soustraire aux impératifs de consommation comme au chantage à la privation. Mais il subsiste un nœud gordien qui n’est pas près de se défaire : à supposer qu’une sobriété énergétique retrouvée permette à la civilisation occidentale de ne pas sombrer, cela sera-t-il suffisant pour que ce sauvetage ne soit pas un simple sursis ? Car la vie d’une civilisation, c’est aussi la dépense somptuaire, la consumation gratuite plus que la consommation triviale, comme l’a montré Georges Bataille (La Part maudite, 1949). La sobriété a beau être une vertu cardinale selon le christianisme avec la prudence, la force et la justice, elle ne redeviendra un facteur de civilisation que si elle est capable de réguler une force de vie existante. Or, n’est-ce pas justement cette force qui fait défaut à une culture aussi vieille, aussi fatiguée que celle de l’Europe ?

La perfection de la technique

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[1]. Cf. Jean-François Mattéi, Le Sens de la démesure, Paris, Sulliver, 2009.

[2]. Question abordée par Ernst Jünger dans Le Travailleur (Christian Bourgois, 2001) et par son frère cadet Friedrich-Georg dans La Perfection de la technique (Allia, 2018).

Monsieur Morel et l’hypothèse de la bêtise : Ukraine, Covid, Palestine, immigration, islam, écologie…

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François Morel, le 8/10/22 à l'occasion du Festival du livre de Mouans Sartoux / PHOTO: Frederic DIDES/SIPA / 01090532_000003

Le débat démocratique à notre époque est miné par la bêtise qui n’est pas l’ignorance mais le refus péremptoire de toute discussion.


Il est habituel de critiquer les idéologies qui sont contraires à nos propres convictions. Pourtant, rien de plus naturel que de croire en ce qu’on pense et de l’affirmer avec force pour convaincre et gagner sur le plan des idées dans les controverses qui agitent l’époque : guerre en Ukraine, politique sanitaire, Palestine, islam, écologie … 

Le débat est nécessaire et il est une des caractéristiques de la vie démocratique. Certes. Mais il est une hypothèse qui n’est jamais évoquée: celle de la bêtise. On se souvient de la série Les Deschiens et de son personnage principal monsieur Morel, joué par l’acteur François Morel. 

Monsieur Morel ne sait rien ou plutôt pas grand-chose, mais il prétend savoir et il affirme avec aplomb ses points de vue et ses certitudes. En un mot, il est péremptoire. Pour moi, il est l’incarnation de la bêtise qui consiste à parler avec aplomb de ce qu’on ne sait pas ou de ce qu’on croit savoir par ouï-dire, en suivant aveuglément les préjugés de l’époque ou ceux d’un milieu. La bêtise n’est pas dans cette certitude, dans cette conviction, mais dans son caractère péremptoire qui ne souffre pas de discussion et qui n’accepte pas le débat. Elle peut être présente chez des personnes très instruites car elle ne dépend pas du niveau d’études, et parfois au contraire, elle y est davantage présente, car les connaissances obtenues dans le système éducatif peuvent servir d’aplomb à cette bêtise péremptoire et sûre d’elle-même. 

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En réalité, la bêtise n’existe pas ou plutôt elle n’est pas une affaire de nature. L’enfant n’est jamais bête : il réfléchit à partir de ce qu’il voit, de ce qu’il sent, de ce qu’il entend. La pensée est une fonction naturelle de l’esprit mais cette pensée peut être empêchée, bloquée par un flux d’émotions, par des peurs elles-mêmes générées dans l’enfance dans le milieu familial et social, par une violence subie d’humiliation, de maltraitance, de culpabilisation. 

La bêtise est héritée à la fois de préjugés transmis mais aussi des préjugés qui sont construits par l’adulte pour retrouver un sens à ce qu’il vit. Malheureusement ce sens est déformé par le besoin de certitude et la peur d’affronter le réel. La croyance idéaliste en des héros intouchables : Hitler, Mussolini, Mao, Zelinsky, Arafat, Mahomet prépare et assure le triomphe des totalitarismes. 

Cette bêtise héritée de la violence infligée à l’enfant persiste chez l’adulte et explique cet esprit moutonnier qui ne remet jamais en question des dirigeants ou des gourous. Ce n’est pas la religion qui est responsable de la soumission et de la violence contre les contradicteurs, les blasphémateurs ou les infidèles mais la bêtise qui accepte et diffuse les superstitions et les croyances des idéologies manichéennes, qu’elles soient religieuses ou athées. La bêtise triomphe quand l’esprit critique et le bon sens disparaissent. Elle prépare les esprits à l’acceptation de la dictature et du totalitarisme. Nous n’en sommes pas loin.

La Thérapie Sociale

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Hommage woke à la Reine

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Le président Sud Africain et la Reine Elizabeth II. (Photo D.R - JOHN STILLWELL / POOL / AFP)

Quand la reine d’Angleterre est décédée, sa mémoire n’a pas été saluée positivement par tout le monde. Enragée par l’hommage général rendu à une femme blanche, les wokistes n’ont pas pu se retenir.


Quand la reine d’Angleterre est décédée le 8 septembre, sa mémoire, son exemple et son action diplomatique ont été salués par de très nombreuses personnalités politiques et intellectuelles, ainsi que par des citoyens ordinaires, à travers la planète. Cet hommage rendu à une femme blanche, d’une lignée très ancienne, apparemment riche (bien que la plupart de ses possessions appartiennent à la monarchie et non pas à elle), était parfaitement calculé pour provoquer une crise d’urticaire sans nom chez l’élite wokiste qui n’acceptait ni qu’un tel personnage puisse avoir exercé une influence positive dans le monde ni qu’il puisse inspirer un sentiment d’unité à autant de femmes et d’hommes si divers. De tous les apôtres de l’antiracisme, confortablement installés dans leurs chaires universitaires, qui ont déversé leur fiel sur les réseaux sociaux, le prix de la hargne grossière appartient à une spécialiste de la linguistique de Carnegie Mellon aux États-Unis. Uju Anya, une Américano-Nigériane, a tweeté : « La monarque-en-chef d’un empire génocidaire qui a volé et violé va enfin mourir. Que ses souffrances soient atroces », ou encore : « Qu’elle crève dans la douleur ». C’en était trop, même pour le réseau social si politiquement correct. Les messages ont été supprimés, mais pas avant le déclenchement d’un tollé de protestations réclamant des sanctions contre Anya. Son université a déclaré publiquement que les tweets étaient injurieux et choquants, mais a défendu la liberté d’expression de la chercheuse. Cette dernière a offensé l’histoire autant que la bienséance. Elizabeth II, à la différence de son père George VI, n’a jamais été à la tête d’un empire ; elle était le chef du Commonwealth, et c’est au sein de cette organisation qu’elle a exercé une pression pour que la Rhodésie sous un régime blanc devienne le Zimbabwe sous un gouvernement noir et pour que l’Afrique du Sud mette fin à l’apartheid. Nelson Mandela s’est toujours adressé à elle en l’appelant « Elizabeth », une infraction au protocole, mais le témoignage d’une grande affection.

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Réponse à Illana Weizman: oui les Juifs sont aussi des hommes blancs !

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Illana Weizman, 28/01/21 pour France 24 / Capture d'écran YouTube

Dans un livre récent, Des Blancs comme les autres?, la militante féministe et antiraciste, Illana Weizman, développe une « nouvelle » théorie sur l’antisémitisme, aussi légère et bancale que dangereuse.


Le nom d’Illana Weizman ne vous dit probablement rien. Cette militante féministe franco-israélienne a pourtant connu récemment son petit quart d’heure de célébrité sur Twitter, en lançant le hashtag #MonPostPartum. Dans un essai récemment paru en France sous le titre Des blancs comme les autres, Les Juifs, angle mort de l’antiracisme, elle explique que « les Juifs ne sont pas blancs », précisant : « Pourquoi les Juifs sont-ils trop souvent perçus, dans les camps militants de gauche, comme blancs et privilégiés ? L’adjectif blanc n’a ici rien à voir avec la carnation ou le taux de mélanine, mais renvoie aux whiteness studies anglo-saxonnes, la blanchité (sic) entendue comme hégémonie sociale et culturelle à laquelle sont confrontées les minorités ethno-raciales. Autrement dit, le terme blanc renvoie dans mon propos à une position dominante dans la société ».

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Le propos pourrait presque faire rire, s’il ne renvoyait à un sujet très sérieux et souvent dramatique. Effectivement, des Juifs sont attaqués, violentés et assassinés en France aujourd’hui, parce qu’ils sont perçus comme représentants d’une élite, d’une classe dominante, voire comme l’incarnation des « dominants » par excellence. Weizman rappelle à cet égard l’assassinat d’Ilan Halimi, dont le tortionnaire pensait pouvoir rançonner les Juifs, supposés riches et solidaires de leur coreligionnaire. A ce sujet, elle conteste la notion de « Nouvel antisémitisme » (d’origine musulmane), en expliquant : « Lorsque Youssouf Fofana, chef proclamé du gang des barbares, torture et tue Ilan Halimi, son antisémitisme n’est pas spécifiquement « musulman » mais s’enracine dans des idées antisémites traditionnelles, à savoir que les Juifs auraient de l’argent et qu’il pourrait ainsi tirer une rançon de son crime ».

Au passage, Weizman en profite pour tacler des intellectuels aussi différents que Bernard-Henri Lévy, Pierre-André Taguieff ou Elisabeth Lévy, qu’elle qualifie tous de « conservateurs ». Elisabeth Lévy, notamment, est prise à partie pour avoir déclaré sur CNews en septembre 2021 : « Il reste un peu du vieil antisémitisme français, sauf que celui-là il casse pas la gueule aux enfants juifs. Je ne connais pas un Juif qui ait quitté la France à cause du Rassemblement national. […] Je connais beaucoup de Juifs qui quittent la France à cause de l’antisémitisme des banlieues ». Cette déclaration, somme toute assez banale, est qualifiée par Weizman de « sortie ahurissante ».

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Par-delà la polémique, l’analyse d’Illana Weizman sur l’antisémitisme est un peu courte. Que le « Nouvel antisémitisme » recycle les thèmes traditionnels de l’antisémitisme séculaire ne s’oppose nullement au fait qu’il constitue une nouveauté, en raison de l’origine sociologique et ethnique de ceux qui le professent. De même, dire que l’antisionisme est un des nouveaux visages de l’antisémitisme (comme je le montre dans mon livre Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain) n’est nullement contradictoire avec la persistance d’un antisémitisme traditionnel, à fondement religieux.

Mais le propos d’Illana Weizman est également contestable, voire dangereux pour une autre raison, plus fondamentale. En prétendant que « les Juifs ne sont pas blancs », elle espère disculper une partie du peuple Juif de l’accusation d’assumer une position dominante et d’appartenir aux classes sociales privilégiées, honnies du nouveau Lumpenproletariat incarné par les « banlieues ». Dans la foulée, elle explique au Bondy Blog  : « Tous les racismes proviennent d’une même essence, notre ennemi commun c’est l’hégémonie blanche, qu’on soit juif, musulman ou noir ».

Cette attitude n’a rien de nouveau à l’époque moderne : régulièrement, des Juifs de gauche ont voulu montrer patte blanche, en étalant les preuves du caractère soi-disant « progressiste » et révolutionnaire du judaïsme ou des « bonnes origines de classe » de leurs coreligionnaires. Cela n’a aucunement protégé les Juifs contre l’antisémitisme de gauche, et notamment stalinien. Ainsi, seule la mort providentielle de Staline en 1953 (le jour de la fête juive de Pourim) a empêché celui-ci de mettre à exécution ses sinistres projets envers les Juifs d’Union soviétique.

Les Juifs, en tant que peuple, appartiennent à toutes les classes sociales et ils ne peuvent aucunement incarner une « minorité ethno-raciale », au sens où l’entendent les partisans du néo-progressisme. Ce n’est pas en « déconstruisant » l’identité juive ou le peuple Juif qu’on combattra efficacement l’antisémitisme, de même que le féminisme radical déconstructeur n’a jamais fait avancer la cause des femmes. Les Juifs n’appartiennent à aucune race, à aucune classe sociale et à aucun parti politique de manière exclusive. Il est d’ailleurs troublant de constater que la parole juive est aujourd’hui représentée en France presque exclusivement par des femmes « progressistes », comme Illana Weizman ou Delphine Horvilleur, comme si les médias entendaient annexer le judaïsme au camp « progressiste » et féministe. Il est donc utile de rappeler que les Juifs sont aussi des hommes blancs.

LES MYTHES FONDATEURS DE L’ANTISIONISME CONTEMPORAIN

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Énergie : comment l’UE compte remplacer le gaz russe

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Bateau méthanier (en vert et jaune), Loire Atlantique, Pays de la Loire France, 17/04/2019// PHOTO : GILE MICHEL/SIPA / 00918216_000001

L’Union européenne multiplie les sources d’approvisionnement et accélère le déploiement des énergies renouvelables, mais la situation restera difficile jusqu’en 2023.


L’invasion de l’Ukraine par la Russie a profondément réorienté la politique énergétique en Europe. Quelles mesures les gouvernements de l’Union européenne ont-ils prises pour faire face à la crise ? Un nouvel ensemble de données préparé par le ThinkTank Bruegel (un centre de réflexion pro-européen basé à Bruxelles et présidé par Jean-Claude Trichet) fournit un premier aperçu des réponses : promouvoir la diversification des sources d’approvisionnement du gaz, le changement de combustibles, les économies d’énergie, l’encouragement d’énergies renouvelables et des mesures d’efficacité énergétique.

Regazéification à tous les étages

Pour l’approvisionnement en gaz, l’Italie est de loin le pays qui a signé le plus de nouveaux contrats, notamment grâce à ses réseaux établis avec plusieurs fournisseurs africains. D’autres pays, en particulier l’Allemagne, n’ont pas encore conclu d’accords substantiels. En revanche, concernant les infrastructures gazières, l’Allemagne est en tête pour les ajouts de capacité de FSRU. Il s’agit des Unités flottantes de stockage et de regazéification (en anglais : Floating Storage and Regasification Unit, terminal méthanier flottant). Un navire amarré joue le rôle d’un petit port méthanier dont la fonction est de recevoir du GNL (gaz naturel liquéfié) transbordé depuis des méthaniers, de le stocker, de le ramener à l’état gazeux, et de l’injecter dans le réseau de transport et gaz. D’ici fin 2023, ces infrastructures temporaires et souples fourniront à l’Europe un total environ de 50 milliards de mètres cubes par an et de nouvelles capacités de regazéification. Pour avoir un ordre de grandeur, l’Union européenne consommait 400 milliards de mètres cubes de gaz en 2021, et donc sans être une panacée, 50 milliards de mètres cubes représentent une capacité non négligeable. Plusieurs pays font également évoluer les gazoducs, avec de nouvelles interconnexions dont certaines déjà mises en opération en 2022. C’est notamment le cas du gaz d’origine azerbaïdjanaise acheminé via la Turquie vers l’Italie et la Grèce.  

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L’utilisation du charbon dans la production d’électricité en Europe a quant à elle augmenté de plus de 37 térawatt-heure (en année pleine) au cours des neuf premiers mois de 2022. Sans remplacer le gaz russe, le charbon a essentiellement contribué à compenser des productions hydroélectriques et nucléaires nettement plus faibles – surtout en France à cause des raisons climatiques (un été particulièrement sec) et des problèmes de maintenance aggravés par un mouvement de grève.

Report de la fermeture de réacteurs nucléaires

Par ailleurs, l’Allemagne vient de décider de maintenir trois (en non pas deux) réacteurs nucléaires en fonctionnement jusqu’en avril 2023 et la Belgique a décidé de reporter la fermeture de deux réacteurs. L’ensemble de ces mesures pourraient conduire à des économies potentielles de gaz d’environ 7 milliards de mètres cubes par an. Autrement dit, même pas la consommation d’une semaine hivernale.

Concernant l’économie d’énergie, les pays de l’Union européenne se sont mis d’accord sur des objectifs de réduction de la demande de gaz et d’électricité, avec quelques dérogations et certaines obligations. C’est sur ce levier que les gouvernements pourraient agir à court et à très court terme. Chaque pays prépare sa liste de mesures, de bâtons et de carottes.

Les Etats-membres de l’Union européenne ont également accéléré le déploiement des énergies renouvelables, notamment en assouplissant les règles liées à leur extension et en simplifiant les procédures d’appel d’offres pour accélérer les processus d’autorisation. Première conséquence quasi immédiate : l’importation de panneaux photovoltaïques fabriqués en Chine explose… tous les pays ont accéléré la mise en œuvre des mesures d’efficacité énergétique souvent focalisées sur les secteurs du bâtiment et de l’industrie. C’est un gisement intéressant, car ces mesures pourraient permettre de réaliser d’importantes économies de gaz de 36 milliards de mètres cubes d’ici fin 2023 et jusqu’à 120 milliards de mètres cubes par an d’ici 2030. La situation est donc tendue, au moins jusqu’au printemps prochain, voire fin 2023.  

Lola: les incuries du pouvoir régalien

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Gérald Darmanin, ministre de l interieur et des Outre mer, questions au Gouvernement à l'Assemblée nationale, le 18 octobre 2022 JEANNE ACCORSINI/SIPA 01091609_000053

Philippe Bilger replace le curseur de l’indécence sur les carences de l’Etat.


Face à des crimes atroces, on a le droit de formuler quelques observations dont le mérite, je l’espère, sera d’être déconnecté de la mauvaise foi partisane.

J’espère que l’indignation et la compassion face aux horreurs commises, au martyre de cette malheureuse petite victime de 12 ans et à la douleur de ses parents sont sincères et profondes chez tous. Qu’elles ne vont pas s’effacer, à peine ressenties.

J’espère que le président de la République qui a reçu les parents de Lola pour les assurer de « son soutien » et de « sa solidarité » – et il a bien fait en l’occurrence – saura ne plus s’impliquer seulement quand l’effervescence médiatique suscitée par l’ignoble le mobilisera mais en veillant à une sorte d’équité dans son écoute et ses rencontres de type régalien.

J’espère que dans les débats on échappera à la relation simpliste, globale, paresseuse et biaisée entre l’immigration, la délinquance et la criminalité. On n’a pas le droit de faire passer des tragédies singulières pour un phénomène de masse. Il y a des faits qui sont suffisamment odieux en eux-mêmes sans qu’on soit obligé de les amplifier artificiellement.

J’espère qu’après la mise en examen de cette Algérienne de 24 ans, qui dans les derniers temps aurait manifesté des signes de déséquilibre, on laissera l’instruction se dérouler aussi sereinement que possible. Et que surtout on ne poussera pas de hauts cris si, à la suite d’expertises, elle était déclarée irresponsable. Ce ne serait pas signifier qu’elle est innocente mais que lors de la commission des horreurs, elle n’était plus, au sens propre, en possession d’elle-même. Je ne me fais aucune illusion. Si jamais de telles conclusions s’imposaient – l’une des bases de l’état de droit -, je forme le voeu qu’au moins les controverses soient moindres, moins intenses, moins ignorantes que lors d’autres.

J’espère qu’on cessera d’apposer sur ces vrais crimes de fausses polémiques pour tenter non pas de diminuer leur horreur – c’est impossible – mais, avec des circuits de dérivation, de faire peser, au-delà de la mise en cause (présumée innocente), des responsabilités sur d’autres que le pouvoir lui-même. Pour Gérald Darmanin, en première ligne pour cette tentative de détournement, il y aurait « de l’indécence dans la récupération politique » de la part de l’extrême droite et de la droite (BFMTV) !

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Ce n’est pas parce que l’indécence est devenue un terme à la mode, comme « nauséabond » et « amalgame », qu’il convient de l’applaudir à tout coup. En général, c’est plutôt le signe d’une défaite de l’argumentation !

À bien y réfléchir, cette dénonciation par le ministre de l’Intérieur est absurde et je suis persuadé que le Darmanin d’avant Emmanuel Macron ne l’aurait pas validée.

Prise à la lettre, elle interdirait en effet aux oppositions – après la perpétration de crimes, l’indignation, la colère et la pitié suscitées par eux – de pointer des défaillances de l’Etat, l’inexécution des sanctions, le taux dérisoire d’obligations de quitter le territoire concrétisées, tout ce qui, de près ou de loin, si nous avions eu une politique régalienne ferme et efficace, aurait dû être accompli et donc aurait permis d’éviter le viol et le meurtre de Lola.

Nous ne sommes pas loin d’une configuration qui, face à des catastrophes et à des tragédies, contraindrait, par une prétendue décence, à laisser des responsables politiques dans une totale immunité et impunité ! Le malheur des autres les protégerait : inconcevable !

C’est un constat. Dahbia B, depuis août 2019, était en situation irrégulière dans notre pays mais y demeurait de sorte que le pire a pu être commis à cause d’elle mais aussi grâce à ce maintien. C’est tellement vrai que si nous avions une démocratie et une classe politique lucides et responsables, tous les députés, sans exception, auraient dû s’accorder sur le scandale de décisions capitales d’éloignement si médiocrement effectives. Cette faillite relevant d’une autorité de l’Etat, infirme, devrait par son caractère objectif susciter une réaction unanime de contestation et d’opprobre.

Sauf si on considère – ce que je suppute – que gauche et extrême gauche se retrouvent naturellement accordées avec le pouvoir pour préférer dénoncer, par une idéologie se trompant de cible, ceux qui mettent en cause la responsabilité de celui-ci plutôt que les incuries éclatantes de la politique régalienne en cours depuis 2017 et, malgré quelques apparences contraires, en continuation depuis 2022.

L’indécence n’est donc pas de relever que des crimes étaient évitables si nous avions eu un Etat digne de ce nom mais dans les terrifiantes carences de ce dernier. L’indécence se trouve en amont des crimes, pas en aval.

On pleure Lola mais notre émotion ne vaut pas quitus pour le pouvoir. Il ne parviendra pas à nous donner mauvaise conscience : qu’il s’incrimine d’abord lui-même. La jeune Algérienne criminelle maintenue en France, c’est lui et personne d’autre.

Contre la justice laxiste

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Les K.O-logie

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Si la cause écolo n’est qu’un prétexte de plus aux jeunes écervelés pour étaler leur égocentrisme sur les réseaux sociaux, elle révèle aussi leur envie de répression et d’interdits. Un nouvel ordre moral qui leur permet de fuir leurs responsabilités et demeurer d’éternels adolescents.


L’écologique écho traverse les oreilles de nos jeunes oisifs aux mille lubies dont la dernière en date est de cesser de procréer – « vivre pollue ! » Vous l’ignoriez peut-être mais un égrégore objectivement nihiliste embrume la vitalité d’une frange massive des jeunesses écolo-boboïsées. Vivre tue, et par adoration pour ce néojansénisme écologique, ils jurent qu’ils ne feront plus d’enfants car ce n’est pas un comportement de « citoyen responsable, moral et altruiste ».

Cette affirmation est hypocrite. Sa motivation réelle est de se soustraire à la contrainte de devenir adulte. Il s’agit de fuir le lot de responsabilités qui accompagne le monde des grands pour demeurer des adulescents éternels… et éventuellement finir en Ehpad à 135 ans, perfusés à Netflix et à la réalité virtuelle. Le pire dans cette antivolonté de descendance réside dans ce paradoxe comique : comment peut-on aimer l’écologie, la nature et le fleurissement de celle-ci, tout en s’autoproclamant branches mortes de l’arbre de sa généalogie, sans rougir sous le regard interrogateur de nos aïeux qui trimèrent pour en arriver là ?

Il faut croire que certains prétendent aimer théoriquement la nature à la mesure de leur détestation de l’humain, et à travers l’humain, d’eux-mêmes, si tant est que l’on puisse qualifier d’humain le foisonnement d’idées bizarres qui macèrent dans le psychisme de certains milléniaux. Quand on leur demande s’ils seraient prêts, pour aller au bout de leurs idées et sauver la planète, à imposer une dictature écologique au monde entier qui pollue un peu plus que le citoyen écoresponsable de centre-ville et n’a que faire de la moraline écolo, ils pâlissent, de peur d’opprimer. Verts de rage, ils ne peuvent que s’opprimer eux-mêmes, se stériliser eux-mêmes, s’amenuiser et s’anéantir eux-mêmes, en contradiction totale avec les prescriptions de mère Nature qui ne connaît que l’accroissement, la lutte et la prolifération. Le discours antinataliste s’accompagne le plus souvent d’une volonté suspecte d’adopter un Vietnamien ou un Thaïlandais parce que « ça sert à rien d’en faire, vu qu’il y a déjà tant d’enfants qui n’ont pas de famille » : ainsi établissent-ils un lien ontologique entre refus de procréation et pseudo-charité consistant à élever les enfants des autres. Ou bien peut-être que la volonté de kidnapper les bambins du tiers-monde est une manière pour nos jeunes de les éduquer dans un dernier petit relent colonialiste à peine conscient !

On ne compte plus le nombre de gamines qui se prévalent de l’écologie par mode, en se gardant bien de cesser de se peinturlurer le visage et de débrancher les connexions de leurs myriades de comptes et réseaux sans lesquels elles feraient une crise de déréalisation. Certains influenceurs qui se piquent d’expérimenter un retour à la vie sauvage se sentent absolument obligés de créer un compte Instagram pour relater leurs exploits et périples. Sans doute peuvent-ils ainsi bénéficier de la sollicitude que ne leur prodiguent pas les pumas et autres sangliers qu’ils pourraient croiser. Autant dire que leur écologie sonne fabriqué, faux, postmoderne et synthétique.

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Restons dans le sujet en évoquant le Code de la route qui se mue d’année en année en pathétique catéchisme vert. La moitié de ce que l’on apprend est un pinaillage quasi insignifiant pour nous sensibiliser à la gravité d’oublier d’éteindre son moteur au feu rouge et autres broutilles du genre, plutôt que de nous apprendre à rester en vie sur la route. Mais n’ayons crainte, les limitations de vitesse seront telles que même les escargots les plus apathiques n’auront plus de soucis à se faire pour esquiver nos véhicules.

L’empressement fayot de toutes les institutions et des citadins éclairés à célébrer en chœur et dévotement, voire hystériquement, leurs gestes écolos a quelque chose de nombriliste et de présomptueux. Ils se rêvent en bienfaiteurs de la nature, comme si sa pérennité tenait à leur bon vouloir, alors que la France ne représente que 1 % des émissions de CO2 dans le monde. Ils sont convaincus que leur oubli de trier les déchets est périlleux pour l’écosystème alors que, quoiqu’ils fassent, un an après la disparition de l’homme sur cette terre, si cela devait advenir, la vie naturelle reprendrait ses droits – comme on a pu le constater pendant les confinements durant lesquels des bêtes de toute nature vagabondaient dans les rues, où les oiseaux roucoulaient des symphonies nouvelles. L’homme n’enterre pas la terre. Mbappé n’aura donc pas besoin de passer son permis de conduire de char à voile pour jouer le prochain match du PSG à l’extérieur.

On pressent tous, à différents niveaux, qu’il existe quelque chose de vicié dans l’écologie punitive, culpabilisatrice et masochiste qui s’apparente à une suite d’injonctions perverses de diminution progressive de tout ce qui fait la hardiesse de l’homme : rouler moins vite ou mieux, ne marcher qu’à pied, ne plus s’éclairer ni se chauffer, ne plus se doucher, ne manger que des larves humiliantes, consommer à minima, cesser de faire l’amour parce que le préservatif pollue et que sans lui y’a des gosses… bref, ne plus jouir ni se réjouir. Le plus infâme est que le sabordage de l’ego nécessaire du peuple par ce nouvel ordre moral, est mis en scène par des enfants autistes et joufflus ou des vieilles hystériques sectaires et puritaines, soit des Thunberg et des Rousseau, qu’une bande de gamins décérébrés célèbrent comme les nouvelles déesses d’un Olympe mortifère aux valeurs inversées : nous méprisions les rats rebaptisés surmulots et nous allons vivre comme des cafards surnommés écolos.

Alors, si le CO2 c’est odieux, aux dieux d’en juger.

Le drame Lola ravive les tensions

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Lola / Capture d'écran YouTube d'une vidéo de la chaine TF1 Info en date du 18/10/22

L’assassinat de la petite Lola, en plein jour à Paris, a bouleversé les Français. Les tortures subies par l’enfant, les traces d’égorgement, le fait que la meurtrière, en situation irrégulière, soit sous le coup d’une Obligation de quitter le territoire français (OQTF), son absence de remords… Tous ces éléments ont ravivé les tensions qui agitent notre pays.


Les Français se sont projetés dans les parents de Lola parce qu’ils pensent que cela aurait pu leur arriver. Si ce drame résonne autant dans la psyché collective, c’est qu’il est en phase avec les représentations que les gens ont de l’état de leur pays. C’est parce que cette résonance est particulièrement forte qu’un fait divers atroce se transforme en fait de société et acquiert une signification qui dépasse le caractère particulier et unique de l’acte en cause. La récurrence de la violence gratuite, des actes d’égorgement, le fait que cette violence n’épargne pas les enfants, tout cet enchainement est en train de faire système et ce qui est arrivé à cet enfant parle d’une insécurité qui ne cesse de monter et dont on se demande si elle est combattue autrement qu’en paroles ou en tweets.

Terrorisme et violences gratuites ont amené l’idée que nous vivions des temps barbares, ce qui est déjà difficile à accepter. Mais il y a pire que la montée de la barbarie, c’est le sentiment que de surcroît nos dirigeants sont dans le déni et incapables de prendre les décisions fortes et efficaces qui s’imposent pour assurer la protection de la population. La barbarie se nourrit et se déploie quand l’Etat ne sait plus être le garant de l’ordre et de la loi.

C’est ici que la question des OQTF (Obligation de quitter le territoire français) prend toute sa dimension. D’abord, parce que certains meurtres ou affaires qui ont frappé l’opinion, comme l’assassinat du prêtre vendéen ou le refus d’obtempérer qui fit une victime à Grenoble, ont été commis par des personnes sous OQTF parfois depuis des années. Or, la non-exécution des OQTF est un problème récurrent auquel aucun pouvoir ne s’attelle car cela signifierait revenir sur les accords particuliers passés avec certains pays, en premier lieu l’Algérie. L’impuissance de l’Etat parait ainsi découler de l’incapacité des gouvernants et de leur indifférence envers leur propre peuple. Les habitants non seulement ne se sentent pas protégés mais peuvent s’imaginer sacrifiés, non pour une obscure raison d’Etat, mais parce que leurs représentants sont incapables de prendre les décisions qui s’imposent par peur d’être traités de racistes ou de xénophobes ou par incapacité à faire respecter leur pays dans le cadre de négociations internationales.

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L’embarras du gouvernement sur ces questions est palpable. Le silence du président et des ministres alors même que la tragédie réveillait l’émotion collective du peuple a été ressenti comme choquant. C’est Gérald Darmanin tweetant sur un spectacle musical au moment même où les détails atroces s’accumulaient sur le meurtre de la fillette. C’est Emmanuel Macron félicitant Karim Benzema pour son ballon d’or alors qu’il n’a pas eu un mot pour la fillette (il a depuis communiqué pour dire qu’il avait reçu les parents). C’est Eric Dupond-Moretti à l’Assemblée nationale qui, interpellé par un député Rassemblement National sur la non-exécution des OQTF et le lien entre immigration massive et montée de l’ensauvagement, ferme tout débat en disant : « Vous vous servez du cercueil d’une petite fille de 12 ans pour en faire un marchepied ». Pour étouffer toute polémique et empêcher le débat sur la question des OQTF et de la politique migratoire, le gouvernement Macron ressort l’éternel accusation « d’instrumentalisation d’une tragédie » par la droite et l’extrême-droite. Ce faisant, il ajoute sa pierre à la logique d’instrumentalisation en brandissant la référence au petit cercueil de Lola pour empêcher d’être mis à mal sur la question des OQTF.

L’instrumentalisation fonctionne ici dans les deux sens. Sur une partie de l’échiquier politique, il s’agit de dire que cette tragédie parle de la montée en puissance d’une barbarie liée à la présence sur notre sol d’une immigration trop massive pour être intégrée, qui amène une violence décomplexée et des passages à l’acte récurrents qui ne correspondent ni à nos mœurs ni à notre civilisation. De l’autre, il s’agit de faire taire ses adversaires en utilisant un bâillon moral, ce qui permet à la fois d’évacuer toute demande de comptes sur l’inaction constatée et de continuer à ne pas agir sur le fond du dossier immigration-OQTF, soit par impuissance soit par manque de volonté.

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Or, le fait que la montée de la barbarie constatée se traduise en France par la multiplication des égorgements, que ce soit dans un cadre terroriste ou de droit commun, a installé la représentation qu’une partie des violences constatées était liée à la montée d’une culture tribale qui nie tout universalisme et dans laquelle il n’y a plus de référence au Bien ou au Mal mais à ce qui est bon ou mauvais pour le groupe auquel on appartient. Dans ce type de société, le seul lien politique constitué n’est pas un lien d’égalité mais de sujétion. Les sociétés tribales sont des sociétés féodales basées sur la loyauté et non sur le libre arbitre. « Qui je domine? », « à qui je suis soumis? », « quel est mon rang dans la pyramide de la domination? », voilà les questions qui se posent. L’égalité en droit n’existe pas, seul compte la question des positions de pouvoir. Dans ce type de culture, il n’y a pas d’égalité entre les hommes à raison de leur dignité commune mais une logique de domination à l’intérieur du groupe et une concurrence entre groupes constitués. Le multiculturalisme est la traduction en droit de cette organisation sociale. A cela s’ajoute le déploiement d’un discours politique qui tend à déshumaniser l’adversaire, une propagande accusant la France de persécution à l’égard des musulmans et de racisme systémique, et on voit les racines qui expliquent la montée de la haine dans la société et le sentiment de menace chez les Français. Un sentiment de menace que le crime gratuit commis sur une enfant a porté à son paroxysme au moment même où l’on rendait hommage à Samuel Paty.

La concomitance des deux événements avait de quoi désespérer. Nous voudrions tous que la mort de Lola amène à une prise de conscience. Mais il n’en sera rien. On avait cru la même chose lors de l’assassinat de Samuel Paty mais après la mise en scène des larmes, le bal des lâches continue à l’Education nationale. Il en sera probablement de même sur la question des OQTF. « Quand rien ne change, c’est que rien n’est fait », disait Mickaëlle Paty en rendant hommage à son frère dans la cour de la Sorbonne. Une phrase qui s’adapte parfaitement à la montée de la barbarie dans notre pays.

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Loup Viallet : « En Afrique, la Russie se présente comme un ours et agit comme une hyène »

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Loup Viallet / Capture d'écran YouTube

Entretien avec Loup Viallet, spécialiste de l’économie et de la géopolitique du continent africain.


CAUSEUR : Le récent putsch au Burkina Faso s’est fait sous fond d’opposition à la France. Comment les Russes ont-ils fait pour convaincre les Burkinabés qu’ils étaient la solution pour combattre le terrorisme ?

VIALLET: En Afrique la Russie se présente comme un ours et se comporte comme une hyène. Si la propagande du Kremlin cible en priorité des pays issus de l’ancien empire colonial français, c’est d’abord pour y exploiter un imaginaire politique datant de la guerre froide, qui infuse encore parmi certains courants d’opinions. Mais les actions de déstabilisation menées par le Kremlin concernent en priorité les pays les plus fragiles parmi ces derniers : ceux dont les Etats sont déjà en lambeaux et dont les populations peinent à survivre. C’était le cas en République centrafricaine, au Mali et maintenant au Burkina Faso, pays enclavé du Sahel sans accès à la mer, très vulnérable au réchauffement climatique et qui compte parmi les plus pauvres du continent. Sa situation sécuritaire s’est fortement dégradée, notamment depuis les putschs à répétition au Mali voisin (et depuis l’arrivée de Wagner, qui a contribué à fragiliser davantage la frontière Mali/Burkina), et sa situation économique a empiré, notamment du fait du blocus russe des denrées alimentaires ukrainiennes en mer Noire, dont une partie n’a pas pu être exportée auprès des populations sahéliennes.

Il y a 9 mois, lorsque Roch Kaboré, le président légal du Burkina Faso, a été déposé par un premier putsch, le Kremlin s’était précipité pour saluer le coup d’Etat et avait cherché à établir un partenariat plus resserré avec la nouvelle junte au pouvoir. Contrairement à son homologue malien, le lieutenant-colonel Damiba a poursuivi le partenariat de son pays avec la force Barkhane et a même donné des gages à la CEDEAO (à la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, c’est-à-dire aux Etats voisins du Burkina) garantissant le retour du pouvoir politique aux mains de civils au bout de 24 mois.

Ces six derniers mois, dans la séquence où Barkhane quittait le Mali et se repositionnait dans la sous-région, le Kremlin semble avoir été particulièrement pro-actif (et pas seulement sur les réseaux sociaux) pour favoriser un nouveau putschiste qui dépende davantage de Moscou pour accéder et se maintenir au pouvoir, à l’instar d’Assimi Goita au Mali qui ne semble pas prévoir de « rendre le pouvoir au peuple » comme il l’avait promis en se hissant à la tête de la transition. Courant septembre, Damiba s’est entretenu en marge de l’assemblée générale des Nations Unies avec Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires Etrangères de la Fédération de Russie, en vue de resserrer la coopération militaire russo-burkinabè. Il faut croire que la position de Damiba était intenable. Si les détails de l’implication du Kremlin dans le putsch du 30 septembre doivent encore être minutieusement étudiés, les traces d’ingérence du régime de Poutine et de ses chiens de guerre sont partout : des drapeaux russes brandis par les manifestants pro-putsch au passage de Kemi Seba, l’influenceur adoubé par Alexandre Douguine en mai dernier pour agiter la paranoïa anti-française à Ouagadougou et fragiliser le régime, aux déclarations des faucons de Poutine, Sergueï Markov et Evgueni Prigogine (le tristement célèbre parrain de Wagner) survenues au moment du coup d’Etat pour revendiquer le rôle joué par la Russie dans la prise de pouvoir du capitaine Traoré, et pour saluer une « victoire de la décolonisation » (sic !).

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Dimanche 16 octobre, les internautes ont pu assister à une passe d’armes entre Kémi Seba et vous-même. Qu’est-ce qui a l’a déclenchée et pourquoi le leader panafricaniste vous a-t-il ciblé ?

Le 15 octobre dernier, le gouvernement français a informé Nathalie Yamb, propagandiste pro-russe connue pour son travail de désinformation sur la France en Afrique, de son interdiction d’entrée et de séjour sur le territoire français. J’ai salué cette initiative et réitéré mon appel, lancé quelques jours plus tôt dans la revue Conflits, à sanctionner également Kémi Séba, qui jouit d’un passeport français tout en vivant des haines qu’il agite contre la France sur le sol européen et africain. Jusqu’à présent, il avait déjà été expulsé du Sénégal, du Burkina Faso, interpellé au Bénin et interdit d’entrée sur le territoire malien (en 2020) parce qu’il représentait une menace à l’ordre public, mais les gouvernements français successifs se montraient plutôt passifs, sous-estimant l’influence désastreuse de sa propagande auprès des diasporas et des Français d’origine africaine. Combien de conférences et de manifestations a-t-il organisées, au cours desquelles il appelait ses « frères et sœurs » à rentrer dans une lutte enragée contre une France dépeinte comme l’« ennemi » ? En février dernier, il faisait encore salle comble à Fleury Mérogis.

Kémi Séba est en train de sentir que le vent tourne : le temps de l’impunité est fini. Son comportement à mon égard révèle une fébrilité jusqu’alors insoupçonnée : des insultes, un très long message débridé mêlant une tentative de justification lunaire à des propos complètement ahurissants et calomnieux… Puis il m’a courageusement bloqué. Il n’a manifestement ni l’habitude d’assumer les conséquences de ses actes, ni l’habitude de se voir porter une contradiction argumentée.

Comme de nombreux propagandistes, Seba n’est jamais plus à l’aise que face à des individus déjà conquis ou ignorants des sujets sur lesquels il s’exprime, à l’image des interviews-fleuve qu’il donne dans des médias acquis à sa cause, qui ne lui opposent aucune contradiction sérieuse. Le 24 octobre prochain, celui qui se présente comme un grand révolutionnaire anticolonialiste sera invité à l’Institut d’Etat des Relations Internationales de Moscou pour intervenir sur « le rôle du panafricanisme dans la résistance (sic) à l’Occident ». Celui qui a soutenu le putsch du 30 septembre au Burkina Faso en déclarant aux diplomates français qui s’indignaient de l’incendie de l’ambassade de France, « Les terroristes, c’est vous », s’est bien gardé 5 jours plus tard de dénoncer l’oukaze colonialiste de Vladimir qui annexait quatre régions d’Ukraine depuis le Kremlin.

L’avocat Juan Branco s’est fait le défenseur de Kemi Seba en intervenant dans la polémique que nous évoquions. Il vous a interpellé en vous posant la question suivante, que je reproduis ici : « Vous voulez interdire (sic) un citoyen français de rentrer sur le territoire français ? ». Que lui répondez-vous ?

J’ai trouvé particulièrement comique que Juan Branco, qui est connu pour ses postures radicales, fasse preuve d’un tel laxisme concernant un agitateur qui sert de caution africaine à la stratégie impérialiste de Vladimir Poutine et de caisse de résonance aux rumeurs les plus abjectes sur la France. Ses discours et ses actions sont de nature à menacer l’ordre public et à mettre en danger la sécurité de nos concitoyens sur les deux continents.

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Le monde est parfois bien fait et Juan Branco pourra se reporter aux articles 25 à 25-1 du Code civil, qui prévoient la déchéance de la nationalité française. Il constatera que le cas de Kémi Séba correspond tout à fait aux conditions qu’il est nécessaire de réunir pour enclencher cette procédure : il est binational, ne vit plus en France, ne se décrit pas comme Français et commet des actes préjudiciables aux intérêts de la France. Le gouvernement serait bien inspiré de prendre cette initiative le 24 octobre prochain ! Si Juan Branco veut continuer à le défendre, je lui souhaite bien du courage : ce qui est paradoxal dans cette affaire, ce n’est pas qu’on émette l’idée de déchoir Kémi Séba de sa nationalité française, c’est plutôt que Kémi Séba n’ait pas de lui-même renoncé depuis longtemps à cette nationalité qu’il conspue tant par souci de cohérence idéologique…

En France, une partie de la droite se fait l’écho d’une petite musique qui monte de plus en plus : il faut laisser les Africains se débrouiller seuls, couper tous les liens avec le continent africain, notamment pour endiguer l’immigration en provenance d’Afrique. A l’opposé du spectre politique, une partie de la gauche condamne l’impérialisme français dans le Continent Noir. La France peut-elle se passer de l’Afrique ? 

Tourner le dos au continent africain, voilà précisément ce qu’espèrent de la France et des pays européens les puissances qui cherchent à tirer parti des faiblesses africaines pour mieux faire pression sur le Vieux Continent. Ignorer les liens d’interdépendance sécuritaires, climatiques, économiques, qui régissent nos relations serait la pire des bêtises. A gauche comme à droite la source commune de ces refrains dogmatiques et totalement déconnectés des réalités est un héritage idéologique commun : le logiciel tiers-mondiste, qui est partagé par des décoloniaux d’extrême gauche comme Maboula Soumahoro ou des souveraino-tiers-mondistes comme Pierre-Yves Rougeyron.

La fin du franc CFA

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Après la paix: Défis français

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Lola: prière de pleurer, rien de plus

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Hommage à Lola, devant l'immeuble où son cadavre a été trouvé, Paris le 19 octobre 2022 Michel Euler/AP/SIPA AP22731284_000006

Le gouvernement n’apprécie pas d’entendre que le meurtre de la petite Lola, 12 ans, aurait pu être évité si les OQTF étaient correctement appliquées. À l’écouter, l’émotion ne doit pas laisser place à la raison.


Le meurtre lâche et sordide de la petite Lola, 12 ans, suscite légitimement une forte émotion dans l’opinion publique et révèle dramatiquement, une nouvelle fois, les dysfonctionnements de notre administration. L’Algérienne de 24 ans qui a torturé et assassiné la jeune fille était en situation irrégulière et s’était vu remettre une obligation de quitter le territoire français depuis deux mois. Cette expulsion, comme quelques dizaines de milliers d’autres, n’a pas été appliquée. Pour camoufler son incurie, le gouvernement n’a eu de cesse, en réponse à toute question, d’afficher son « émotion » et sommé qu’on fasse de même.

Mardi à l’Assemblée nationale, Marine Le Pen a rappelé que « trop de crimes et de délits sont commis par des immigrés clandestins qu’on n’a pas voulu ou pas su renvoyer chez eux » et demandé à Élisabeth Borne ce qu’elle comptait faire. Réponse du Premier ministre : « Un peu de décence Mme la présidente Le Pen. Un peu de décence et respectez la douleur de la famille. Bien sûr, il n’y a pas de mots pour exprimer la douleur d’une famille face à la perte d’un enfant. Le président de la République a reçu ce matin les parents de Lola et il a pu leur exprimer toute l’émotion et toute la solidarité de la nation ». Et à l’instar du Garde des Sceaux et du PS, elle a pointé une scandaleuse « instrumentalisation » de cette affaire par la droite et l’extrême droite. Lorsqu’il pointe un dysfonctionnement systémique et souhaite en débattre devant les députés, un responsable politique, quel qu’il soit, fait donc uniquement de l’ « instrumentalisation » ? À quoi peut bien ressembler un débat, une réflexion, dès lors qu’on ne peut poser les termes d’un problème ?

La majorité a multiplié toute la journée les appels à la « décence » et a trouvé, mercredi, un synonyme pour poursuivre sa charge contre ceux qui leur demandent des comptes : la dignité.

On va bientôt apprendre que s’il y a des assassins en France, c’est parce qu’il y a des partis « antirépublicains ».

Ainsi, au sortir du Conseil des ministres hier, Olivier Véran a déclaré : « Les leçons à tirer sur le plan politique : chacun en sortirait grandi par la dignité dont il fait preuve dans la douleur de tout un peuple et dans la confiance renouvelée dans les institutions de notre République. Notre réponse c’est la République, c’est l’ordre républicain, et quiconque souhaiterait s’en affranchir en trahirait de fait la promesse ». On va bientôt apprendre que s’il y a des assassins en France, c’est parce qu’il y a des partis « antirépublicains ». Demander de continuer à croire en des institutions qui prouvent « affaire » après « affaire » leur faillite est un programme un peu osé, mais Olivier Véran semble y croire. Cela permet surtout de ne pas changer de discours et de cacher les vrais problèmes avec le même mouchoir qui a servi à sécher des larmes. Aussi, pour ses prochaines sorties, puisqu’il va le répéter, on peut souffler au porte-parole du gouvernement quelques synonymes de « décence » : retenue, pudeur, réserve, tenue, tact, convenance, respect, sagesse, délicatesse…

Cinq jours après le drame, il a tout de même reconnu, au détour d’une phrase, que « nous travaillons d’arrache-pied pour faire en sorte que les expulsions soient suivies d’effets. Nous devons évidemment faire mieux ». Un peu court comme auto-critique mais c’est encourageant. Au fait, s’il en a besoin, les synonymes de dignité sont : honneur, fierté, honorabilité, honnêteté, respectabilité, distinction, élévation… tout pour définir notre gouvernement.

Sois sobre et tais-toi

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Diogène de Sinope savait y faire en matière de sobriété. miniature tirée d'un manuscrit du Livre des bonnes moeurs de Jacques Legrand, XIVème siècle / © Musée Condé, Chantilly.

Difficile de dissocier la « sobriété énergétique » de la sobriété tout court. Or rien ni personne n’a préparé les Français à devenir autre chose que des consommateurs sans modération. Les injonctions du gouvernement sonnent comme un programme de rééducation.


On pensait la sobriété réservée à quelques ascètes décharnés, zadistes chevelus, écologistes puritains et radicaux ; autant dire à tous les adeptes de la décroissance en rupture de ban avec la société d’abondance, de profits et de gâchis. C’était non seulement se méprendre sur le sens du mot, qu’on jugeait désuet et moralisateur, mais aussi sur l’aptitude de notre société à inverser la tendance et à transformer ce dont on se moquait hier en injonction sociétale, en mot d’ordre censé fédérer toutes les classes sociales et sauver l’humanité d’un désastre annoncé. Car personne ne peut désormais l’ignorer, guerre en Ukraine oblige, la tendance de l’hiver sera à la « sobriété énergétique » ; les pouvoirs publics se montrant aussi rassurants que possible en circonscrivant la zone sinistrée : réduisez votre consommation de gaz et d’électricité, limitez vos déplacements et on ne vous demandera pas, en plus, d’être sobres à la manière des philosophes antiques, des Pères du désert et de tous les réfractaires aux jouissances extrêmes et spectaculaires. De cette sobriété-là, qui d’ailleurs se souvient encore aujourd’hui ?

En effet, la sobriété était dans le vieux monde une affaire qui ne regardait que soi, et une manière de préserver son « quant-à-soi ». On n’était pas sobre en vertu d’un entraînement collectif mais d’une discipline personnelle, d’un renoncement librement consenti aux excès qui empêchent finalement de jouir sereinement de la vie. C’était à chacun(e) de savoir quel était son penchant le plus irrésistible et comment modérer, tempérer cette accointance avec le pire dont les conséquences pouvaient être aussi bien individuelles que collectives. Chacun sait par exemple que Socrate restait sobre en dépit de son attirance pour les beaux garçons, et l’on n’aurait pu concevoir qu’un philosophe dérogeât à la règle qu’il s’était lui-même fixée en matière de frugalité alimentaire, et de pondération dans ses jugements et comportements. Ainsi l’homme sobre était-il moins un puritain qu’un épicurien averti, converti aux bienfaits de la sobriété qui, lorsqu’elle est elle-même tempérée, met en valeur les nuances sans interdire qu’on exprime sa désapprobation. Aussi la sobriété façonnait-elle des êtres solidement ancrés en eux-mêmes et discrets, et qui ne se résigneraient pas, s’ils vivaient aujourd’hui, à ce que leur modération soit tournée en ridicule par les chantres du Progrès qui n’y voient plus que frustration et fadeur. Or, c’est justement de ce type humain que la modernité s’est détournée, lui préférant un histrionisme parfaitement incarné par certains animateurs de télévision avant que des hommes politiques à leur tour s’en inspirent. Alors que la sobriété permettait l’émergence d’un style, l’excès favorise au mieux l’apparition éphémère d’un look.

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C’est que la modernité n’a jamais été sobre et ne pourrait le devenir qu’en se reniant elle-même. La démesure lui est inhérente [1], l’excitation est son carburant et la vénération de l’énergie sa religion. Aurait-on oublié avec quel enthousiasme la plupart des artistes modernes ont célébré, au début du XXe siècle, la montée en puissance d’un dynamisme appelé à devenir planétaire et qui semblait alors se jouer des clivages politiques ? Des images comparables, montrant le travailleur transformé en héros des Temps modernes par sa contribution à la mécanisation du monde [2], circulaient autant chez les fascistes que les bolcheviks, tous fascinés par la puissance des machines auxquelles le corps humain se devait de ressembler. En appelant à une réduction drastique des dépenses énergétiques, on touche donc le cœur même du dispositif technique – ce que Heidegger nommait le Gestell – dans lequel la modernité a mis tous ses espoirs et investi toutes ses ressources matérielles et psychiques. Que sera-t-elle capable de proposer une fois les machines à l’arrêt par manque de carburant et le travailleur ne sachant plus que faire de sa force de travail ? Si donc l’énergie est le moteur de l’économie, et l’économie le poumon d’une société qui par ailleurs s’asphyxie, quelle marge de manœuvre reste-t-il pour rendre attractive et significative la sobriété à laquelle on aura de gré ou de force consenti ?

Parler de « sobriété énergétique » est donc un trompe-l’œil censé masquer l’ampleur du problème et rendre moins amère la potion qu’il va bien falloir avaler alors que les consommateurs, auxquels on a jusqu’alors recommandé de consommer sans modération, n’y sont pas préparés et que les « décideurs », qui s’attribuent aujourd’hui le mérite de la clairvoyance et du courage politique, ont tout fait pour écarter les gêneurs qui tiraient la sonnette d’alarme depuis quelques décennies. Or, la plupart de ces lanceurs d’alerte ne se faisaient aucune illusion sur la possibilité de dissocier la sobriété « énergétique » de la sobriété tout court, autant dire d’un changement radical de mode de pensée et de vie, quitte à devoir critiquer vertement la mentalité moderne comme l’ont fait Hans Jonas (Le Principe responsabilité, 1979) et, dans un tout autre style, Pierre Rabhi (Vers la sobriété heureuse, 2010), trop indifférents l’un et l’autre aux modes intellectuelles pour redouter les fatwas qu’on n’a cessé de prononcer contre les partisans de cette « sagesse ancestrale » jugée liberticide et ennemie du Progrès.

Le plus grand risque est donc que l’appel à la « sobriété énergétique » soit perçu comme un programme de rééducation forcée, impliquant qu’il faille mettre les bouchées doubles après des années d’imprévoyance et de lâcheté politiques. La frugalité conseillée ne serait plus alors, pour les plus démunis, que pauvreté et précarité ; et la sobriété une accumulation de restrictions et de privations tôt ou tard explosives. Il n’y a pas de sobriété heureuse sans une meilleure régulation des ressources énergétiques, et surtout sans que les populations aient elles-mêmes redéfini ce dont elles ont réellement besoin au regard de ce nouvel idéal de vie. Mais comment le sauraient-elles après qu’on leur a sans vergogne mâché la besogne ? Au « populisme » supposé des peuples lassés qu’on décide pour eux de leur destin pourrait bien répondre, sous peu, une désobéissance civile consistant à se soustraire par tous les moyens à l’emprise grandissante des distributeurs d’énergie, d’autant plus puissants qu’elle viendra à manquer ou que sa distribution sera l’occasion d’exercer pressions et chantages, comme c’est déjà le cas avec la Russie, et à un moindre degré, avec l’Algérie.

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Mais comment effectuer le passage du statut de consommateur téléguidé dans ses choix à celui d’acteur de sa propre vie placée sous le signe d’une sobriété retrouvée ? Les arguments déployés avec emphase par les acteurs de la vie politique sont-ils suffisamment convaincants ? Des arguments qui jouent pour l’heure sur le double registre de la solidarité et de la peur : solidarité avec tous les peuples de la terre soumis aux mêmes restrictions énergétiques, alors que la sobriété serait pour certains d’entre eux un luxe au regard des pénuries qu’ils doivent d’ores et déjà supporter ; et peur collective de devoir bientôt disparaître en tant qu’espèce si les ressources naturelles s’épuisent et si la planète devient inhabitable. On ne restaurera donc une sobriété collective vivable et durable qu’avec le consentement des peuples, convaincus qu’ils œuvrent à leur propre bien-être en changeant de mentalité et de mode de vie ; mais ce virage sera d’autant plus difficile que leurs ressources intérieures ont été asséchées, taries par l’endoctrinement consumériste qu’ils ont subi, et que l’énergie spirituelle a cessé d’être considérée comme le plus puissant des carburants et le seul qui donne du sens à la vie.

La crise actuelle de l’énergie a cependant ceci de positif qu’elle a réveillé le goût de l’autonomie, et que se sont multipliées les initiatives permettant de se soustraire aux impératifs de consommation comme au chantage à la privation. Mais il subsiste un nœud gordien qui n’est pas près de se défaire : à supposer qu’une sobriété énergétique retrouvée permette à la civilisation occidentale de ne pas sombrer, cela sera-t-il suffisant pour que ce sauvetage ne soit pas un simple sursis ? Car la vie d’une civilisation, c’est aussi la dépense somptuaire, la consumation gratuite plus que la consommation triviale, comme l’a montré Georges Bataille (La Part maudite, 1949). La sobriété a beau être une vertu cardinale selon le christianisme avec la prudence, la force et la justice, elle ne redeviendra un facteur de civilisation que si elle est capable de réguler une force de vie existante. Or, n’est-ce pas justement cette force qui fait défaut à une culture aussi vieille, aussi fatiguée que celle de l’Europe ?

La perfection de la technique

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[1]. Cf. Jean-François Mattéi, Le Sens de la démesure, Paris, Sulliver, 2009.

[2]. Question abordée par Ernst Jünger dans Le Travailleur (Christian Bourgois, 2001) et par son frère cadet Friedrich-Georg dans La Perfection de la technique (Allia, 2018).