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Richard Millet, Journal du fiché S des lettres

Richard Millet publie le tome IV de son journal qui couvre la période 2003-2011


Entre 2003 et 2011, Millet est éditeur chez Gallimard, « la banque centrale » pour reprendre l’appellation de Philippe Sollers. Il faudra donc encore un peu attendre pour l’année 2012, et les dessous, en partie connus, de « l’affaire Millet », affaire qui servit de prétexte aux fonctionnaires du culturel, Annie Ernaux en tête, pour condamner le citoyen Millet à la mort sociale, suite à son pamphlet Éloge littéraire d’Anders Breivik, dont la plupart n’avaient lu que le titre. 

Mais le petit monde germanopratin avait décidé depuis belle lurette de lui faire la peau. Il avait un contrat sur la tête, comme le dit l’ostracisé lui-même. Ce journal témoigne de sa position fragile chez Gallimard. Il est sous surveillance, jalousé ; ses propos dérangent le clergé progressiste. Il aggrave son cas en étant à l’origine de deux prix Goncourt (Jonathan Littell et Alexis Jenni), et surtout en mettant en pratique une totale liberté d’action. Il n’aime pas l’esprit de sérieux, ne recherche aucunement les honneurs ; il ne pose pas car, depuis le collège, il a le sentiment d’être déplacé. Bref, il ne joue pas le jeu, et devient le fiché S du petit monde des lettres. 

Le métier d’éditeur

Dans son journal, Millet évoque son métier d’éditeur avec netteté : « Jamais je n’aurais pensé, il y a 30 ans, faire partie du comité de lecture de Gallimard, ni que ce serait si peu de chose, en fin de compte. » Dans un autre passage, il « désacralise » la fonction : « Être ‘’éditeur’’ : très ennuyeux, voire délétère pour un écrivain. Pas une vocation. Déprimant. Je gagne ma vie. Me fous du ‘’prestige’’, encore plus du pouvoir, lequel est illusoire. » Il ajoute que son travail « relève de l’insignifiance, la France étant sortie de l’Histoire littéraire. La langue française désormais sans prestige, en France comme à l’étranger. » 

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On retrouve les thèmes chers à l’écrivain : fatigue du sens, appauvrissement de la langue française, disparition programmée de la culture… Il prétend que « la banque centrale » fabrique de « la fausse monnaie », que l’ignorance y est abyssale (« Qui a lu Faulkner ? »). Pendant ce temps, le milieu complote, boit et fume beaucoup, ourdit de misérables stratagèmes pour récompenser l’un et punir l’autre. Millet résume : « Ce que murmure aux auteurs la bouche d’ombre éditoriale : ‘’Écrivains, taisez-vous : écrivez en ne disant rien ; conformez-vous au mensonge planétaire : continuez à sommeiller dans une langue insignifiante à destination des zombies post-culturels’’… » La vraie littérature, celle où l’on met sa peau en jeu, semble révolue. 

Les Bienveillantes

Millet revient sur le travail colossal effectué en amont des Bienveillantes, de Jonathan Littell. « Un travail harassant », affirme-t-il. Littell fait de la résistance. Il tient tête à Millet qui s’agace, car son texte est « masturbatoire, narcissique, assez ennuyeux. » L’ex-éditeur confesse, brisant la séculaire loi du silence : « Gardé des photocopies de mon travail sur les livres de Littell, de Compagnon et de quelques autres. Pour servir, un jour, à l’histoire de la falsification générale. »

Peu d’écrivains trouvent grâce aux yeux de Millet. Son journal est comparable à un passe-boules. Il a la formule assassine, notamment à propos de Houellebecq : « un Paul Bourget d’aujourd’hui. » Sollers n’échappe pas au sniper Millet. Mais, parfois, il l’épargne. Ainsi: « Sollers publie, chaque année, un livre où il rassemble ses notes de lecture sur tel écrivain, peintre, philosophe, les ficelle dans une vague histoire d’espions et de femmes fatales, et intitule ça ‘’roman’’. Ces carnets de lecture sont cependant bien plus intéressants que la production romanesque ordinaire. » 

Puisqu’on parle de Sollers, évoquons les femmes, mais vues par Millet. Ce sont de petites allusions rafraîchissantes qui nous éloignent du vaste et sombre tableau de l’époque brossé par le diariste. Cet aveu, au hasard : « Mon goût exclusif pour les brunes ? Une légende. Anne-Eva était blonde (à demi-tchèque). Et une actrice comme Naomi Watts me fait beaucoup d’effet, tout comme autrefois Lana Turner. Et les rousses, mon Dieu, les belles rousses… » Ou encore : « La Du Barry se parfumait le sexe à l’ambre. » Et la belle Astrid : « Petite, brune méridionale, beaux petits seins, corps ferme, se donnant magnifiquement. » 

Littérature au couteau

Millet revient également sur son roman La confession négative, que je place en tête de son œuvre. Il cite un passage retranché dans la version publiée que je vous laisse découvrir (p. 434). Il rappelle les attaques dont le roman fut l’objet à sa sortie. Millet, colère froide : « J’eusse été du côté des Palestiniens, j’aurais eu le Goncourt. » Défendre les chrétiens libanais, durant la guerre civile de 1975-90, impardonnable, en revanche.

Ce journal est, comme toujours avec les écrits de Richard Millet, sans fard, ni complaisance aucune. C’est ce que je nomme la littérature au couteau. Sans oublier le souffle du style. Exemple: « Nous marchions entre des cyprès, le soir, sur la route poudreuse, parmi les fantômes à venir… »

Conclusion avec Georges Bataille, empruntée au Coupable, que cite Millet : « Ce que j’appelle la nuit diffère de l’obscurité de la pensée : la nuit a la violence de la lumière. »

Richard Millet, Journal 2003-2011 tome IV, Les provinciales, 760 p.

Journal. 2003-2011 chez Gallimard

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Un bœuf clandestin dans la boite à livres

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Il faudra, peut-être, écrire un jour sur les boites à livres qui ont surgi depuis quelques années dans les interstices des villes ou près des syndicats d’initiatives des petites stations balnéaires. Ces édicules ressemblent parfois à des nichoirs pour oiseaux ou sont d’anciennes cabines téléphoniques miraculées, reconverties en bibliothèque de poche pour éviter une réforme définitive. 

Avec vingt ou trente ans de retard, parfois plus, elles sont souvent un témoignage de ce que pouvaient lire les Français. Les livres de poche de Rosamond Lehman côtoient les éditions clubs des romans de Françoise-Mallet Joris et un manuel de Michel le jardinier une édition scolaire de Tartuffe. On pourra aussi de demander d’où viennent les livres : déposés par des particuliers qui se débarrassent de ce qu’ils considèrent comme des vieilleries ou livres lus le temps d’un séjour de vacances et qu’on ne rapporte pas avec soi -surreprésentation de thrillers ou encore reste des désherbages périodiques des médiathèques -c’est dans ce dernier cas que je retrouve des romans qui n’intéressent plus que quelques maniaques dans mon genre: Vidalie, Brenner, Curtis, Hériat, Pierre Benoit…

Je viens ainsi de tomber sur Le Bœuf clandestin de Marcel Aymé alors que j’en ai parlé la semaine dernière avec un ami (hasard objectif), dans une réédition défraichie de la NRF. On n’en avait pas forcément gardé un grand souvenir alors que Marcel Aymé fait pourtant partie de nos auteurs fétiches, et nous avons pris le volume taché d’humidité. Le soleil s’était soudain décidé, en ce printemps frisquet à briller sur cette petite station balnéaire de la côte picarde. Avec une paresse inexcusable mais voluptueuse, plutôt que la longue marche prévue sur l’immense plage, nous nous sommes assis sur un banc et nous avons commencé à lire. Quand nous avons relevé les yeux, trois heures plus tard, le soleil était toujours là, mais la matinée avait passé et nous avions un coup de soleil sur le front. Et nous nous sentions heureux, comme lorsque l’on sait qu’on a volé du temps mais qu’on ne l’a pas perdu.

C’est la magie de Marcel Aymé, son art du sortilège. Un roman de Marcel Aymé commencé est un roman terminé. Et si nous n’avions pas gardé un grand souvenir de celui-ci, nous avions eu tort. On ne le placera toujours pas à la hauteur d’Uranus, de Travelingue, du Chemin des Ecoliers, de La Vouivre ou de La Jument verte, mais c’est le problème avec les grands écrivains, même leurs textes que l’on juge de manière subjective « moins bons » sont à cent coudées au-dessus du tout venant.

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Le Bœuf clandestin fait partie de ce qu’on appelle les romans parisiens de Marcel Aymé, c’est une aimable comédie bourgeoise où Aymé se moque, comme souvent, de la capacité d’une classe sociale à retomber sur ses pieds tout en foulant ses principes mais en en offrant toujours le portrait de la probité parfaite. Et comme d’habitude, Marcel Aymé ne dénonce pas, il sourit. Et ce sourire est infiniment plus efficace que des cris d’orfraie. Comme d’habitude, chez lui, quand il n’utilise pas un postulat fantastique, c’est un infime détail de la vie quotidienne qui va dérégler la belle machinerie. À ce titre, il n’est pas loin de la méthode de son confrère, Georges Simenon, dans ses romans durs. Pas de crise spectaculaire mais un malaise qui s’installe. On signalera au passage que Marcel Aymé voyait en Simenon un égal et qu’il écrivit manifestement son roman Le Moulin de la Sourdine en pensant à lui. Dans Le Bœuf Clandestin, il est question d’un cadre supérieur, dirait-on aujourd’hui, qui travaille dans une banque. Il est végétarien. On ne sait pas trop pourquoi, – le lecteur découvrira pourquoi plus tard et c’est assez croquignolet- mais la famille Berthaud respecte ce choix et même lui trouve une forme d’originalité. Mais voilà qu’un dimanche, un de ces dimanches bourgeois de l’Ouest Parisien qui faisaient déjà cauchemarder Jules Laforgue et Charles Trenet, merveilleusement décrit dans son tragique ennui par Marcel Aymé, se produit l’accident. Alors que la famille Berthaud, à l’exception du père qui doit travailler ses dossiers, va rendre visite à une autre famille bourgeoise pour préparer le mariage de Roberte, la fille de la maison, avec un jeune polytechnicien mal dégrossi, à l’hygiène douteuse mais plein d’avenir, cette même Roberte ayant oublié quelque chose, revient dans l’appartement et surprend son père dans la cuisine attablé devant un bifteck bien saignant.

Elle ne dira rien mais le mal est fait. L’ère du soupçon règne. Berthaud, pour éviter les regards de sa fille, prend ses repas à l’extérieur et on croit qu’il a une maitresse. Ajoutez à cela un frère qui décide de déserter, un général à la retraite fantasque et libidineux mais qui s’occupe de sa sœur handicapée comme un saint, un pharmacien inventeur de la Régulatine dont les laboratoires sont menacés par la concurrence et ne sachant que faire d’une fille un peu nymphomane mais pleine de gentillesse, un garçon de bonne famille qui fréquente une apprentie actrice et vous aurez l’humanité selon Aymé, complexe et ridicule, mais jamais haïssable. Cet anticonformiste était, finalement un humaniste blessé, affolé par une époque où les idéologies allaient s’affronter à mort. 
Comme le témoignage involontaire des jours heureux, Le bœuf clandestin paraît d’ailleurs en… juin 1939 et l’Histoire se chargera de relativiser tout cela par la tragédie, la vraie.

Le Boeuf clandestin

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Fête chambriste à « Cortot »

La Musikfest, qui se tient cette année du 23 au 25 mai, à Paris, permet de marier l’architecture de Perret, constructeur de la Salle Cortot, à un programme de musique de chambre incarnant toute la richesse du répertoire du XXe siècle.


En 1929, le pianiste Alfred Cortot (1877-1962) sollicite l’architecte Auguste Perret pour construire la salle de concert de l’Ecole Normale de Musique de Paris – l’actuelle Salle Cortot de la rue Cardinet. Classée Monument historique et restaurée en 2015, c’est un joyau, tant sur le plan acoustique qu’architectural. Perret, ne l’oublions pas, n’est pas seulement le bâtisseur de la ville du Havre en béton armé suite à son bombardement en 1944, érigée dès lors selon les canons d’un classicisme paradoxalement enté sur le mouvement moderne. C’est à lui qu’on doit, bien avant cela, le sublime Théâtre des Champs-Elysées, cet édifice immaculé de l’avenue Montaigne qui, dès 1913, préfigure l’Art déco. Le palais d’Iéna (actuel Conseil économique, social et environnemental), entre Palais de Tokyo et Palais de Chaillot,  dans le 16ème arrondissement – c’est encore Perret !

Bref, il n’est pas indifférent que pour sa 4ème édition sous le patronage artistique de la jeune violoniste bulgare, Liya Petrova, La Musikfest se tienne, comme l’an passé, dans l’intimité de cet écrin mythique de la Salle Cortot qui vaut, en soi, le déplacement. Après un millésime 2021 à l’enseigne du répertoire chambriste de Brahms, puis une édition 2022 placée sous le signe de la Belle Epoque, on retrouve la quinzaine de jeunes musiciens de haut vol, bardés de prix – Alexandre Kantorov, Eric Le Sage, Adam Laloum et Théo Fouchenneret, Jean-Frédéric Neuburger au piano ; Clémence de Forceville, Charlotte Julliard et… Liya Petrova au violon ; Gregoire Vecchioni à l’alto ; Victor Julien-Laferrière, Ivan Karizna, Aurélien Pascal, Christophe Morin au violoncelle ; Paul Meyer à la clarinette ; ou encore le Quatuor Agathe à qui l’on doit cette année le coffret d’une intégrale des quatuors de Brahms.

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Mais cette fois, c’est par le prisme des partitions nées à l’ombre des conflits du XXème siècle que se décline le programme, sur trois soirées… Programme dont on lui souhaite, par les temps qui courent, qu’il ne revête aucun caractère prémonitoire en termes guerriers. De Chostakovitch à Messiaen, de Weinberg à Gideon Klein en passant par Stravinsky, de Maurice Ravel à Louis Vierne, de Respighi à Elgar, le spectre chambriste ratisse assez large, cette année, pour filer un programme d’une grande richesse, plus prometteur que jamais.

Et comme en France le niveau de l’éducation est carrément en berne s’il faut en croire les évaluations les plus récentes, il convient de saluer comme une sorte de miracle les trois mini-concerts offerts, le matin, aux classes d’école primaire du 11ème arrondissement. Les vocations, en musique « savante », n’attendent jamais le nombre des années, comme il serait bon qu’on le sache davantage, dans l’Education nationale.    


La Musikfest parisienne. 23, 24, 25 mai 2023. Salle Cortot, 78 rue Cardinet 75017 Paris. Programme détaillé et réservations sur : https://lamusikfestparisienne.com/ (Gratuit pour les moins de 18 ans et pour les étudiants).   

Maïwenn et Johnny Depp : le scandale du festival de Cannes

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« Nous vivons une époque étrange, dans laquelle on ne peut plus être soi-même, mais je serai toujours moi-même. » Ainsi s’est exprimé, en substance, Johnny Depp, lors de la conférence de presse donnée par l’équipe du film Jeanne du Barry de la réalisatrice Maïwenn, et présenté en ouverture du festival de Cannes.


Ce film fait scandale pour de mauvaises raisons : c’est à dire la présence au casting de Johnny Depp, qui sort d’un procès qu’il a qualifié lui-même de fictionnel, après avoir été accusé de violences conjugales par son ex-compagne : Amber Heard. Il fut « cancellé » aussi sec par le tribunal de la terreur woke qu’est devenu Hollywood. Maïwenn, la culottée – ou la provocatrice – tente de le réhabiliter en lui offrant le rôle de Louis XV dans son dernier film, qu’elle dit porter en elle depuis seize ans : Jeanne du Barry.

Evidemment, la presse de gauche se déchaîne, étrille le film avec des arguments sans intérêt (j’y reviendrai). C’est désormais la routine, plus personne ne sait lire, analyser, regarder une œuvre, qu’elle soit littéraire ou cinématographique, sans chausser des lunettes idéologiques, et ce, à gauche comme à droite.

On entrevoit cependant quelques lueurs d’intelligence au Figaro, sous la plume d’Eric Neuhoff, qui trouve une certaine fraîcheur au film, et de Noémie Halioua, qui affirme que Maïwenn est plus féministe que toutes les féministes qui l’attaquent. Ce en quoi je la rejoins totalement. Et j’irai même plus loin. Maïwenn a des couilles. Maïwenn est un mec. Maïwenn n’a peur de rien.

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Après l’épisode Besson, qu’elle a épousé à l’âge de 15 ans (d’aucuns affirmeront que c’est pour cela qu’elle s’identifie tant à la du Barry), elle ne tomba pas en disgrâce, mais construisit sa carrière pierre par pierre, seule, avec une ténacité exemplaire. En effet, en 2003, elle écrit et interprète un one-woman-show : Le pois chiche, inspiré de son enfance chaotique. À la manière de Philippe Caubère, elle interprète tous les personnages. Ce spectacle est à son image : impudique et intense, et bénéficia d’un excellent bouche-à-oreille. Suite à cela, on ne l’arrête plus.  En 2006 sort Pardonnez moi, qu’elle filme caméra au poing, à fleur de peau. Jusqu’à son œuvre la plus aboutie : Polisse, qui connaît un succès critique et public. Maïwenn continue de déranger, elle est âpre, têtue, on la sent toujours prête à exploser, un peu à l’image de Pialat. Mais elle devient une réalisatrice qui compte. Et qui est respectée.

Bande-annonce de Jeanne du Barry (2023)

Certains critiques ont craché leur venin en qualifiant Jeanne du Barry d’ego trip. Et quand bien même ? Les artistes sont par essence égocentriques. Aurait-on reproché à Pialat (je ne compare évidemment pas le talent indéniable de Maïwenn au génie de Pialat, mais la comparaison s’est immédiatement imposée à moi), aurait-on donc reproché à Pialat de s’être payé un ego trip avec son film Van Gogh, à qui il s’identifiait, lui dont la peinture fut la première vocation ? Certainement pas, mais Pialat fut, de son vivant, car il était trop libre, un réprouvé.

Et puis, article après article, se sont enchaînés les poncifs, toujours les mêmes, comme si les journalistes s’étaient repassé leurs copies. Le film a été qualifié de « sous Barry Lindon ».  Effectivement, comme dans le film de Kubrick, des scènes sont éclairées à la bougie. Voyons-y plutôt un hommage. Et l’argument stupide et rabâché de l’accent de Johnny Depp, qui n’est d’ailleurs pas si prononcé. Il donne même une certaine distance intéressante au personnage de Louis XV, fort bien campé, au demeurant, par l’acteur : un roi fatigué, désabusé, à qui la du Barry – avec sa candeur et sa spontanéité – redonne un peu de vie.

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Personne, il me semble, n’a su repérer l’aspect qui est pour moi le plus intéressant du film. Il est intimiste, à mille lieux du cup cake géant qu’est le Marie-Antoinette de Sofia Coppola. En effet, la réalisatrice s’attache aux objets pour signifier les moments importants du film. Une crinoline abandonnée sur le sol, une bague représentant un portrait du roi, une assiette de fraises annonciatrice d’un coït à venir. A part la galerie des glaces, filmée comme un théâtre, Maïwenn ne montre jamais l’intérieur de Versailles dans sa magnificence. La chambre du roi est banale, petite et sombre.

Les vêtements de la favorite ont également une importance capitale. Nous savons qu’elle a imposé un style, et qu’elle faisait scandale avec ses tenues d’homme et ses robes à rayures. En effet, depuis le Moyen-Age, les rayures symbolisaient la liberté et la marginalité. Ce motif un peu maudit symbolise, finalement, Jeanne du Barry. Cette créature, comme l’appelaient les courtisans.

Autre chose. Au sein du couple qu’elle formait avec Louis XV, les rôles me semblent inversés. L’homme c’est Jeanne, c’est elle qui prend des initiatives. Celles de l’embrasser la première, de le regarder longuement dans les yeux devant la cour, scandalisée et médusée.

Jeanne, avec sa liberté, à l’image de Maïwenn, était un mec. La métaphore est un peu facile, mais au XVIIIème ce comportement faisait scandale à Versailles. Aujourd’hui il fait scandale à Cannes.

Marine Tondelier : on ne doit pas dire ça !

Questionnée par Patrick Roger, dans la Matinale de Sud Radio le 17 mai, sur l’odieuse agression du petit-neveu de Brigitte Macron, Jean-Baptiste Trogneux, Marine Tondelier a d’abord répondu : « La violence répond à la violence » puis, dans le cours de l’entretien, à nouveau sollicitée, elle l’a condamnée du bout des lèvres et est vite passée à autre chose.


Il me semble que, même s’il y a matière à charge à l’encontre de la secrétaire générale d’EELV – ses propos sur Fukushima, ses délires partisans à propos de CNews et Valeurs actuelles notamment -, rien n’égale la perversion intellectuelle et politique de sa première réaction sur le tabassage du jeune homme par un groupe d’environ six jeunes gens invoquant la détestation du président de la République après son entretien sur TF1.

Comme il est évident que Marine Tondelier ne fait pas référence à la « violence » de l’extrême gauche ni à ses propres abus de langage, il faut comprendre que celle à laquelle l’agression aurait « répondu » est présidentielle ou proférée par ses soutiens.

On peut dire tout ce qu’on veut des saillies, des expressions improvisées, des apparentes moqueries et dérisions du président de la République – qui a dénié, sans convaincre grand monde, être « méprisant » – et des outrances polémiques de ses partisans, mais les unes et les autres n’ont rigoureusement à voir avec la violence physique qui s’est abattue sur Jean-Baptiste Trogneux.

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C’est gravement banaliser cette dernière, inédite dans l’Histoire de la Ve République, sur un membre de la famille présidentielle, que d’oser la mettre sur le même plan que les excès verbaux ou les perfidies, les insinuations de l’oralité politique ou parlementaire.

Cette banalisation participe de l’absolue dégradation du débat public, cherchant à faire accroire que frapper est comme dire, massacrer à plusieurs comme contester et que tout est permis puisque le président serait responsable de tout, même de ce qui l’accable, l’affecte indirectement et bouleverse son épouse.

Si Marine Tondelier était de bonne foi, elle accepterait l’idée du président selon laquelle la violence verbale peut engendrer la violence physique, surtout de la part de citoyens dévoyés dont la bêtise est le fort.

Je ne me fais aucune illusion. Tondelier elle est, Tondelier elle restera.

Gare au gorille !

Les personnels des sociétés produisant des fictions pour la télé, le cinéma et les jeux vidéo doivent désormais se plier à un stage pour « prévenir et agir contre les violences sexistes et sexuelles dans l’art et la culture ». Certains voient derrière cette belle intention une censure à peine déguisée dans un milieu déjà travaillé par la culture woke.


Madame Rima Abdul Malak, ministre de la Culture de notre beau pays, est-elle en train de devenir la mère fouettarde de la production audiovisuelle ? Satisfaire les canons des nouveaux conformismes est devenu le sommet de son art politique. Après s’être montrée menaçante sur les retraits de fréquence des chaînes de télé qui ne traverseraient pas dans ses clous, elle a décidé d’inculquer avec fermeté aux professionnels de la production les vertus de l’autodiscipline.

Désormais, toute société de production de fiction télé, cinéma et jeux vidéo est priée de se soumettre à un stage destiné à « prévenir et agir contre les violences sexistes et sexuelles dans l’art et la culture ». Les espaces de travail et de tournage, lieux de perdition supposés, sont concernés.

L’étouffement par la subvention

Selon la brochure du Centre national du cinéma (CNC), l’organisme chargé par la ministre de l’application de cette formation, celle-ci est « non obligatoire mais indispensable ». Qu’en termes choisis… Pour les professionnels, la nuance est de pure forme. Ceux qui n’obtempéreront pas seront privés de toute aide ou subvention (et on sait qu’elles abondent) délivrée par le CNC. Dans les faits, c’est l’équivalent d’une condamnation à la faillite.

Passons sur le flou des mots qui décrivent la mission (qu’est-ce au juste que « prévenir une violence », où cela commence-t-il précisément ?). Il n’en reste pas moins que pourfendre la violence sexiste est une cause indiscutable, de même que sa prévention. À ce titre, ne serait-il donc pas logique de faire de cette protection contre les abus une cause universelle ? Les producteurs d’émissions de flux (le direct) échappent pour le moment au dispositif. Mais aussi les cirques, l’opéra, les festivals de musique, les carnavals, les maisons d’édition, les foires aux livres, les expositions, tout comme – au hasard – une bonne partie du personnel politique, celui des écoles, des universités, des colonies de vacances, les membres des clergés… Pourquoi limiter ainsi l’éducation des masses potentiellement harceleuses ? Pour quelle raison ces travailleurs ne bénéficieraient-ils pas de telles mesures rééducatives ?

Posons plutôt la question dans l’autre sens : pourquoi choisir de montrer du doigt tout particulièrement cet univers-là ? Pourquoi désigner comme présumée coupable la production de fictions, au point qu’une telle « formation » lui soit strictement réservée ? Plus que largement médiatisés, les sorts des Weinstein, Polanski et Woody Allen ont pourtant joué un rôle de sensibilisation et de dissuasion considérable. Les consciences ont été copieusement éveillées, et l’opinion n’a de cesse de poursuivre ou d’incarcérer les méchants désignés. Alors pourquoi cet acharnement des institutions à aménager contre la fiction ce régime de défaveur ?

Dans le viseur, un secteur déjà frileux

Des professionnels de la création audiovisuelle redoutent que ces dispositions qui leur sont spécifiquement adressées encouragent l’autocensure des œuvres elles-mêmes. Au-delà des pratiques, ce seraient les contenus qui seraient visés : un nouveau tour de vis, une étape de plus vers la frilosité.

La production française sort pourtant rarement des sentiers battus et ne brille plus depuis belle lurette par son originalité ou ses impertinences. Mais la bien-pensance en réclame toujours plus ; c’est-à-dire toujours moins. La véritable irrévérence semble aujourd’hui bannie.

« Certes pour les âneries à base de gros gags et les comédies gentillettes, il y a toujours de la place, mais dès qu’on veut élever le débat, aujourd’hui, tout va dans le même sens. Les chaînes publiques et privées, les institutions du secteur, la majorité des médias et critiques veillent au grain », commente tristement un producteur qui préfère rester anonyme. Sont privilégiés les sujets sociétaux limités qui repassent les mêmes plats : la condition féminine, la repentance coloniale, les injustices sociales, l’exclusion, etc. » Silence, on tourne en rond.

« Pas une chaîne ne prendrait aujourd’hui le risque de soutenir les films de Bertrand Blier ou de Jean-Pierre Mocky, et des œuvres comme Portier de nuit ou La Grande Bouffe seraient jugées trop dérangeantes », conclut le producteur. Le vrai scandale, finalement, c’est l’absence de scandale.

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À l’étranger, c’est pire encore. Les Anglo-Saxons s’adonnent de façon ahurissante à ce révisionnisme. Disney a déjà purgé certaines de ses créations de tout ce qui pourrait gêner la woke-culture. Chez Netflix, on réfléchit aussi activement au sujet. Et l’affaire des livres de Roald Dahl, d’Agatha Christie et de Ian Fleming rewrités pour satisfaire la nouvelle doxa puritaine fait froid dans le dos. Un siècle après l’instauration du code Hays qui régissait les vertus des films hollywoodiens et interdisait les propos violents, les scènes de consommations d’alcool et les baisers de plus de deux secondes, une pudibonderie nouvelle fait son entrée sur scène. La fameuse autodiscipline cède insidieusement la place à une réelle autocensure.

Dans ce climat de chasse aux prédateurs – dangereux, potentiels ou supposés –, il est encore possible de sourire : imposant d’un côté la lutte contre les « violences sexistes et sexuelles », Rima Abdul Malak a, de l’autre, récemment confirmé dans ses fonctions Dominique Boutonnat, le président du CNC, accusé d’agression sexuelle sur son filleul âgé de 20 ans. Le jugement est à venir, mais l’on peut se demander où Madame la ministre puise l’inspiration de ses directives.

Le wokisme dans le sport féminin : à la fin, ce sont les hommes qui gagnent !

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Au nom de l’inclusion, principe apparemment cher au gouvernement actuel, on permet de plus en plus à des femmes transgenres (nées hommes) de participer aux épreuves sportives féminines. Cette tendance donne un avantage déloyal à des athlètes qui ont fait leur transition après la puberté et empêche les femmes de s’épanouir dans les compétitions de haut niveau. Tribune de Julien Odoul, député RN de la 3e circonscription de l’Yonne et conseiller régional de Bourgogne-Franche-Comté.


Mercredi 17 mai, la ministre des sports et des Jeux olympiques et paralympiques, Amélie Oudéa-Castéra, a annoncé la création d’un groupe d’experts pour « favoriser l’inclusion » des personnes transgenres dans le sport de haut niveau. Cette déclaration inquiétante sonne l’extinction prochaine des femmes dans les grandes compétitions sportives.

En effet, depuis plusieurs années, principalement aux Etats-Unis, les femmes sont victimes d’attaques idéologiques au sein de leurs fédérations sportives avec un bouleversement sans précédent au niveau des résultats et des performances. En septembre 2021, après avoir concouru chez les hommes, l’athlète transgenre Lia Thomas a intégré l’équipe féminine de natation américaine et a explosé, logiquement mais injustement, tous les records. Comme beaucoup, sa transition avait été entamée après la puberté, favorisant les inégalités biologiques et anatomiques.

Malheureusement, ces dérives wokistes dans le sport ou ailleurs arrivent en France. Certaines fédérations sportives ne se plient pas toutes à la religion de la déconstruction et entament actuellement une résistance légitime pour protéger leurs athlètes féminines.

Ainsi, en mars dernier, la fédération internationale d’athlétisme a décidé de sortir les personnes transgenres de la catégorie féminine. A la suite de cette mesure de justice, l’athlète français transgenre, Halba Diouf, s’est vu refuser les championnats régionaux et nationaux. Pur produit du wokisme et de la « cancel culture », ce sportif se revendiquant lui-même comme « femme trans, noire et musulmane » avait dénoncé « l’exclusion des femmes trans dans le sport ».

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Ces situations, de plus en plus fréquentes, font reculer les progrès réalisés en matière de sport féminin, et la multiplication des athlètes transgenres, nés biologiquement hommes, s’apparente à une nouvelle forme de dopage légale. En clair, la société assiste à une véritable entreprise d’effacement, où sous couvert de défendre la diversité et l’égalité des droits, des hommes prennent la place et les médailles de championnes méritantes et talentueuses.

Ce phénomène est un véritable pied-de-nez au combat féministe et vient anéantir toute chance pour les femmes de s’épanouir pleinement dans le sport et de remporter des compétitions nationales ou internationales.

Dans ce domaine comme dans bien d’autres, le « et en même temps » macroniste est impossible. Pour protéger le sport féminin et nos championnes, il faudra exclure le wokisme !

Urticaire sémantique et sociétale 

Un dirigeant – politique ou d’entreprise – ne devrait pas dire ça ! Les nouvelles modes langagières, branchées ou progressistes, témoignent de notre incapacité à faire face au réel. N’y cédons pas ! Tribune de Sophie de Menthon.

Nous sommes tous plus ou moins exaspérés par les tics de langage, les mots inventés par nos ados et qui nous contaminent, du « vachement » d’autrefois au « cool » qui a définitivement viré toute tentative d’exprimer une satisfaction avec un vocabulaire un peu varié… Heureusement, il y a le « trop cool » qui permet de doser le degré de coolitude, grâce à une faute grammaticale essentielle et définitivement passée dans les mœurs.

Mais bien au-delà, ces tics témoignent de la pénétration d’un vocabulaire qui reflète notre société de façon inquiétante et qui menace même nos dirigeants de toutes sortes qui cèdent à tous les renoncements ; ainsi l’écriture inclusive pénètre-t-elle lentement mais sûrement, donnant le sentiment que l’on ne peut pas lutter contre l’absurde et le vertige des modes décadentes, sous prétexte de progrès sociétal.

On peut se réjouir que la faculté de Grenoble soit contrainte (enfin !) de réécrire son règlement en termes compréhensibles, après combien de démarches ? Mais la volonté persistante de traduire l’égalité des sexes par des attentions syntaxiques est effondrante ; et que soit votée par le conseil municipale d’une ville comme Toulouse la décision d’utiliser cette écriture inclusive avec la création d’un « atelier d’initiation à cette écriture » (sic) laisse sans voix. Un soupçon de bon sens a permis à Grenoble (il a aussi fallu recourir à la justice) d’annuler les statuts de l’université littéralement incompréhensibles. Ce qui est insensé c’est que le 16 mai 2020 paressait la circulaire du Premier ministre Edouard Philippe interdisant ce jargon à l’administration… Les décrets sont votés, les décisions s’enchaînent, et on passe outre ! 

« La langue française est un élément fondamental de la personnalité et du patrimoine de la France », selon la loi du 4 août 1994, mais qui est chargé d’y veiller ? Notre chère Académie Française est larguée, ce n’est pas maintenant que l’on va écouter les vieilles dames talentueuses, d’autant que les hommes politiques font volontairement des fautes de français pour faire populaire et faire oublier qu’ils sortent de l’ENA…  

A lire aussi: Et avez-vous un peu pensé aux patrons?!

Symbolique aussi, l’utilisation pour tout et n’importe quoi du concept « d’inclusif » destiné à affirmer que l’on intègre, que l’on met fin à l’exclusion, afin de contribuer à la création d’une société solidaire. Un vœux pieu mais un formidable argument marketing, surtout dans les entreprises : point de salut sans inclusif qui va de l’intention salutaire du recrutement des handicapés, en passant par la promotion des femmes… jusqu’au menu de la cantine, inclusif car il contient des fruits et légumes. J’ai appris que je faisais du yoga inclusif parce qu’il y avait aussi des abdos. Un comportement inclusif crée un sentiment d’appartenance paraît-il ; le logement est inclusif s’il est assorti d’un projet de vie sociale… l’ascenseur est donc forcément inclusif !

Le « bio » est inclusif dans la mesure où si tous n’en sont pas morts, tous en sont atteints au nom de la planète et de notre santé : les produits de beauté, les jus de fruits, les yaourts, le poulet, les croquettes pour chien, les t-shirts en coton, les fraises, etc. Tout y passe. C’est bio on vous dit, et c’est surtout souvent bidon sauf que c’est inclusivement plus cher. Sur les marchés bios, rien de plus inquiétant pour moi que l’absence revendiquée de conservateurs qui ont sauvé des populations entières d’intoxications alimentaires… Pauvres agriculteurs qui voient périr leurs betteraves (interdiction d’un insecticide). La mode des « légumes moches » en revanche est très sympathique : plus ils sont moches, rabougris et non normés (avant vous les jetiez), plus on a l’impression qu’on étend la volonté de ne pas discriminer aux carottes et aux poires blettes.

Mais vous n’êtes pas au point si vous n’ajoutez pas du « convivial » à votre vie, c’est la cerise sur le gâteau qui réchauffe l’inclusif en étant cool, les pieds sur la table, « venez comme vous êtes », plus d’efforts vous avez droit à tout… « Prenez soin de vous ! »

C’est Hannah Arendt qui parlait de: « La dégradante obligation d’être de son temps »…

La France sens dessus dessous !: Les caprices de Marianne

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L’Homme de Picardie

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Sur tous les fronts éditoriaux, Philippe Lacoche, écrivain et critique littéraire des Hauts-de-France, est actuellement d’une productivité remarquable. En plus d’une pièce de théâtre coup de poing sortie en novembre, il vient de publier un roman buissonnier et un essai régional.


Drôle de zèbre que ce Picard à galurin, aussi fugace qu’une truite arc-en-ciel, toujours prêt à dégainer un livre de saison, au printemps ou à l’automne, et parfois même trois à quelques semaines d’intervalle, graphomane libertin des provinces du Nord de la France, frayant dans les bibliothèques, le museau à l’air libre, entre Roger Vailland et Jacques Perret, entre le communisme cheminot et l’anarchisme de droite, un jour Gaulliste social, un autre, marquis empourpré. Insaisissable gentilhomme ouvriériste qui a débuté sa carrière dans la presse musicale. Bringuebalant et laborieux. Gamin et sentimental. Matou et marlou. Rocker et glaiseux. Séducteur et perdu. Se moquant des modes et des procès en illégitimité. Refusant les cases et les camisoles ; ne faisant pas carrière dans les Lettres comme on grimpe les échelons dans la fonction publique ; n’écoutant que ses élans du cœur forcément contradictoires. Capable d’aimer sincèrement deux France qui s’ignorent ou qui s’opposent habituellement dans les manuels et les cénacles. Nous sommes loin des écrivains à plans de carrière, cochant toutes les cases d’un progressisme asphyxiant et s’agenouillant devant la première victime venue. Philippe Lacoche est l’un des derniers mohicans de la presse régionale. Il officie au Courrier Picard et y tient un feuilleton depuis des années, il y parle des livres sur le ton badin qui sied aux grands spécialistes, il s’aventure dans les bars d’Amiens à la découverte d’un groupe aux sonorités nouvelles, court les expos et les scènes ouvertes, s’enthousiasme, peste, tombe sous le charme d’un auteur réprouvé ou fustige un décret liberticide.

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Il est entier comme le sont les enfants tristes ; bienveillant sans être mièvre ; attentif au style et aux fragrances originales, c’est-à-dire à une forme d’écriture qui tend à disparaître sous l’édredon du confort intellectuel. Il se méfie des donneurs de leçon et des livres à vocation inquisitoriale. Il est intrinsèquement de gauche, sans être sectaire, ce qui en fait un spécimen plutôt rare dans le biotope du monde culturel actuel. Tous les gens qui publient à Paris, savent que, du côté d’Amiens, il existe un critique qui regardera leur œuvre avec discernement sans œillères idéologiques, sans morgue et sans fatigue morale. Croyez-moi, chers amis, c’est précieux en ces temps de ségrégation éditoriale de rencontrer l’Homme de Picardie sur son chemin de croix. Il appartient à une longue lignée ancienne qui traite encore l’actualité littéraire dans les colonnes de la PQR. Il y a quelques années, nous avions Gérard Guégan à Sud-Ouest ou l’ami Christian Authier à Toulouse. Ne subsistent que Christian Laborde, le Bahamontes des Pyrénées, et Philippe Lacoche qui, de Creil aux frontières belges, promène son carnet à spirales « à l’encre bleue aux vertus sympathiques ». Nombreux sont les écrivains, académiciens ou jeunes loups germanopratins, à se damner pour avoir quelques lignes de Lacoche sur leur CV. Ça vaut sauf-conduit et légion d’honneur à la boutonnière. Avant l’été, sa productivité a été, semble-t-il, décuplée par les événements extérieurs, il se venge des confinements et des désordres sociaux, en publiant un roman d’errance (sur la liste de Printemps du Prix Renaudot), un essai spirituel sur son identité picarde, préfacé par le regretté Philippe Tesson, et une pièce de théâtre outrancière et fracassante.

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On ne peut rien lui refuser car il possède une courtoisie d’ancien régime, une bienséance que l’on ne retrouve que dans les familles aimantes et la noblesse d’épée. Pourquoi le lire dans ses différents exercices assez éloignés les uns des autres ? Parce que son ton est inhabituel dans le concert des larmoiements et des bonnes consciences. Parce que sa veine populiste a été, peu à peu, exclue des catalogues. Parce qu’il est d’inspiration bistrotière, il fait ronronner les mobs sur une route poussiéreuse. Parce qu’il n’instrumentalise pas sa prose et qu’il tente le mariage contre-nature entre la fraternité du zinc et une langue souple aux accents d’éternité. Parce qu’il n’a tout simplement pas peur des mots.

Les Ombres des Mohicans

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Je suis picard mais je me soigne

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Pourriture !

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« C’est une prime aux plus radicaux »

À l’instar de la municipalité, Sciences-Po Grenoble est un vivier de militants islamo-gauchistes. Les syndicats étudiants y exercent un régime de terreur sur les professeurs et la direction qui préfèrent ne pas moufeter, par opportunisme ou conviction. Vue l’ambiance, mieux vaut ne pas déplaire. Les professeurs Vincent Tournier et Klaus Kinzler en ont fait les frais. Deuxième partie: témoignage de Klaus Kinzler, professeur agrégé de civilisation et de langue allemandes


Causeur. Vous attendiez-vous à ces insultes et à cet affichage public contre vous ?

Klaus Kinzler. Absolument pas. Je suis un libéral, autant économiquement et socialement. Cela fait de moi un oiseau rare dans un milieu où les gens sont majoritairement à gauche. Mais je ne m’attendais pas à être traité de fasciste. D’habitude pour m’insulter on me traitait plutôt d’« ultralibéral. »

Vous vous souvenez de signes avant-coureurs de cette emprise de l’extrême gauche à Sciences-Po Grenoble ?

C’est difficile à dire. Je crois que c’est surtout une question de génération. Avant, les professeurs avaient été formés à la vieille école, c’était des savants, ils avaient une conception exigeante de la science. Leur départ à la retraite a créé un appel d’air et beaucoup de jeunes professeurs ont été alors recrutés. Une partie de ceux-là sont très extrémistes dans leurs idées politiques et mélangent trop souvent recherche et militantisme. Or, l’affaire de Sciences-Po Grenoble a montré le pouvoir de ces enseignants et surtout l’emprise qu’ils exercent sur des gens qui ne sont pas radicaux, mais n’arrivent pas à trouver le courage de leur résister.

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Vous n’avez guère été soutenu par la direction ?

Disons qu’après la condamnation de l’affichage, le ton a vite changé, renvoyant tout le monde dos à dos. Il serait cependant faux de dire que la direction administrative de l’IEP est d’extrême gauche. La directrice de l’IEP, par exemple, est une personnalité modérée et je crois qu’elle aurait voulu refaire de l’IEP un lieu ouvert et de débats. Mais elle n’avait pas de majorité au conseil d’administration pour défendre ses vues raisonnables. En fait, son autorité était très faible et elle dépendait, et dépend, encore des « grandes gueules » de l’extrême gauche de l’institut, dont l’influence pèse sur le CA. Quand la crise est arrivée, elle a essayé d’amadouer tout le monde. Or déjà avec l’affaire dite « Sciences-Porc », on avait pu mesurer combien cette pondération frôlait la lâcheté. Cette initiative, qui appelait à la dénonciation sur les réseaux sociaux d’étudiants considérés comme sexistes, avait généré beaucoup d’abus. À cette occasion, la directrice avait déjà sacrifié ses convictions pour ne fâcher personne au sein du conseil d’administration. Là encore pas de sanction des abus, pas de débat. Le problème c’est que ce genre d’attitude offre une prime aux plus radicaux, qui ne sont souvent pas les plus représentatifs. À Sciences-Po Grenoble, il y a environ 70 professeurs permanents. J’estime à une vingtaine seulement les extrémistes. Le reste est raisonnablement de gauche, comme tout universitaire qui se respecte. Mais la majorité se tait, car s’ils contredisent ceux qui ont le pouvoir dans les CA, ils peuvent s’attirer beaucoup d’ennuis ; cela peut aller jusqu’à la perte des financements pour leur recherche. La plupart des profs se retirent du fonctionnement de l’IEP et se centrent sur leurs recherches.

Cette affaire a-t-elle nui à l’influence des enseignants-chercheurs situés à l’extrême gauche ?

Au contraire, cela les a renforcés. Il faut dire que Vincent Tournier et moi-même avons vu nos carrières affectées par cette histoire. Vincent a perdu son cours, j’ai été suspendu, nous avons dû nous battre en justice. Pendant ce temps, les étudiants ont été relaxés par le conseil de discipline, et personne au ministère n’a suggéré à la directrice, dont la gestion de la crise a été calamiteuse, de démissionner. Cela ne donne pas envie de résister puisque quand vous êtes victimes d’actes violents, non seulement vous perdez votre statut mais en plus, on finit par faire de vous un coupable, responsable de ce qui lui arrive. En réalité, l’urgence pour la direction de l’IEP était d’enjamber la crise, de faire croire que cette affaire était un accident qui ne disait rien de la réalité de ce qui se passe à Sciences-Po Grenoble. Il n’y a eu aucun retour sur la violence de cet affichage ou sur le climat de peur relevé par l’inspection lors de son enquête sur l’école. Lorsque la directrice évoque cette affaire, c’est pour la réduire – sans rire – à une campagne nauséabonde des médias nationaux et des réseaux sociaux visant à salir gratuitement l’image de l’institution. Il n’y a eu aucune remise en cause, pas de sanctions prononcées sinon à mon encontre. Le débat sur les retraites a montré à quel point l’emprise de l’extrême gauche restait puissante. Nombre d’étudiants actuels expliquent qu’ils ne disent jamais ce qu’ils pensent vraiment si ce n’est pas compatible avec la doxa de l’extrême gauche. Ils n’ont pas envie de faire l’objet de représailles sur les réseaux sociaux ou de devoir assumer le qualificatif de fasciste.

Quelles ont été les conséquences pour vous ?

J’ai simplement été mis à l’écart de l’IEP, « annulé ». D’abord à cause des menaces qui ont abouti à une mise sous protection policière. J’ai ensuite été suspendu puis j’ai subi le lot d’humiliations administratives dégradantes qui visent à vous éloigner en faisant en sorte que ce soit vous qui renonciez. Le rectorat m’a donc proposé un poste de professeur remplaçant dans un collège à 200 km de chez moi. Comme j’ai décliné cette proposition, on a fini par me caser dans un placard. On m’a confié une mission pour développer l’école à l’international, notamment en approfondissant les relations avec l’Allemagne, sauf que je n’ai le droit de parler avec aucun membre des universités allemandes. Dernière petite humiliation, j’ai obtenu la protection fonctionnelle en 2021. Celle-ci oblige normalement l’école à rembourser mes frais de justice. Or, alors que la procédure en première instance m’a déjà coûté plus d’une dizaine de milliers d’euros, l’IEP ignore mes demandes de remboursement. Il a pourtant déjà remboursé les frais de mon collègue, Vincent Tournier. Il est difficile de ne pas voir ce traitement comme une mesure de rétorsion. Dans ces conditions, je pense faire valoir mes droits à la retraite, car cette histoire finira par avoir des conséquences pour ma santé.

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Portrait des musulmans d'Europe: unité dans la diversité

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Ces biens essentiels

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Richard Millet, Journal du fiché S des lettres

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Richard Millet en 2005. Photographe : Hannah Assouline

Richard Millet publie le tome IV de son journal qui couvre la période 2003-2011


Entre 2003 et 2011, Millet est éditeur chez Gallimard, « la banque centrale » pour reprendre l’appellation de Philippe Sollers. Il faudra donc encore un peu attendre pour l’année 2012, et les dessous, en partie connus, de « l’affaire Millet », affaire qui servit de prétexte aux fonctionnaires du culturel, Annie Ernaux en tête, pour condamner le citoyen Millet à la mort sociale, suite à son pamphlet Éloge littéraire d’Anders Breivik, dont la plupart n’avaient lu que le titre. 

Mais le petit monde germanopratin avait décidé depuis belle lurette de lui faire la peau. Il avait un contrat sur la tête, comme le dit l’ostracisé lui-même. Ce journal témoigne de sa position fragile chez Gallimard. Il est sous surveillance, jalousé ; ses propos dérangent le clergé progressiste. Il aggrave son cas en étant à l’origine de deux prix Goncourt (Jonathan Littell et Alexis Jenni), et surtout en mettant en pratique une totale liberté d’action. Il n’aime pas l’esprit de sérieux, ne recherche aucunement les honneurs ; il ne pose pas car, depuis le collège, il a le sentiment d’être déplacé. Bref, il ne joue pas le jeu, et devient le fiché S du petit monde des lettres. 

Le métier d’éditeur

Dans son journal, Millet évoque son métier d’éditeur avec netteté : « Jamais je n’aurais pensé, il y a 30 ans, faire partie du comité de lecture de Gallimard, ni que ce serait si peu de chose, en fin de compte. » Dans un autre passage, il « désacralise » la fonction : « Être ‘’éditeur’’ : très ennuyeux, voire délétère pour un écrivain. Pas une vocation. Déprimant. Je gagne ma vie. Me fous du ‘’prestige’’, encore plus du pouvoir, lequel est illusoire. » Il ajoute que son travail « relève de l’insignifiance, la France étant sortie de l’Histoire littéraire. La langue française désormais sans prestige, en France comme à l’étranger. » 

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On retrouve les thèmes chers à l’écrivain : fatigue du sens, appauvrissement de la langue française, disparition programmée de la culture… Il prétend que « la banque centrale » fabrique de « la fausse monnaie », que l’ignorance y est abyssale (« Qui a lu Faulkner ? »). Pendant ce temps, le milieu complote, boit et fume beaucoup, ourdit de misérables stratagèmes pour récompenser l’un et punir l’autre. Millet résume : « Ce que murmure aux auteurs la bouche d’ombre éditoriale : ‘’Écrivains, taisez-vous : écrivez en ne disant rien ; conformez-vous au mensonge planétaire : continuez à sommeiller dans une langue insignifiante à destination des zombies post-culturels’’… » La vraie littérature, celle où l’on met sa peau en jeu, semble révolue. 

Les Bienveillantes

Millet revient sur le travail colossal effectué en amont des Bienveillantes, de Jonathan Littell. « Un travail harassant », affirme-t-il. Littell fait de la résistance. Il tient tête à Millet qui s’agace, car son texte est « masturbatoire, narcissique, assez ennuyeux. » L’ex-éditeur confesse, brisant la séculaire loi du silence : « Gardé des photocopies de mon travail sur les livres de Littell, de Compagnon et de quelques autres. Pour servir, un jour, à l’histoire de la falsification générale. »

Peu d’écrivains trouvent grâce aux yeux de Millet. Son journal est comparable à un passe-boules. Il a la formule assassine, notamment à propos de Houellebecq : « un Paul Bourget d’aujourd’hui. » Sollers n’échappe pas au sniper Millet. Mais, parfois, il l’épargne. Ainsi: « Sollers publie, chaque année, un livre où il rassemble ses notes de lecture sur tel écrivain, peintre, philosophe, les ficelle dans une vague histoire d’espions et de femmes fatales, et intitule ça ‘’roman’’. Ces carnets de lecture sont cependant bien plus intéressants que la production romanesque ordinaire. » 

Puisqu’on parle de Sollers, évoquons les femmes, mais vues par Millet. Ce sont de petites allusions rafraîchissantes qui nous éloignent du vaste et sombre tableau de l’époque brossé par le diariste. Cet aveu, au hasard : « Mon goût exclusif pour les brunes ? Une légende. Anne-Eva était blonde (à demi-tchèque). Et une actrice comme Naomi Watts me fait beaucoup d’effet, tout comme autrefois Lana Turner. Et les rousses, mon Dieu, les belles rousses… » Ou encore : « La Du Barry se parfumait le sexe à l’ambre. » Et la belle Astrid : « Petite, brune méridionale, beaux petits seins, corps ferme, se donnant magnifiquement. » 

Littérature au couteau

Millet revient également sur son roman La confession négative, que je place en tête de son œuvre. Il cite un passage retranché dans la version publiée que je vous laisse découvrir (p. 434). Il rappelle les attaques dont le roman fut l’objet à sa sortie. Millet, colère froide : « J’eusse été du côté des Palestiniens, j’aurais eu le Goncourt. » Défendre les chrétiens libanais, durant la guerre civile de 1975-90, impardonnable, en revanche.

Ce journal est, comme toujours avec les écrits de Richard Millet, sans fard, ni complaisance aucune. C’est ce que je nomme la littérature au couteau. Sans oublier le souffle du style. Exemple: « Nous marchions entre des cyprès, le soir, sur la route poudreuse, parmi les fantômes à venir… »

Conclusion avec Georges Bataille, empruntée au Coupable, que cite Millet : « Ce que j’appelle la nuit diffère de l’obscurité de la pensée : la nuit a la violence de la lumière. »

Richard Millet, Journal 2003-2011 tome IV, Les provinciales, 760 p.

Journal. 2003-2011 chez Gallimard

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Un bœuf clandestin dans la boite à livres

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marcel ayme rue sans nom
L'écrivain Marcel Aymé (1902/1967) STF / AFP

Il faudra, peut-être, écrire un jour sur les boites à livres qui ont surgi depuis quelques années dans les interstices des villes ou près des syndicats d’initiatives des petites stations balnéaires. Ces édicules ressemblent parfois à des nichoirs pour oiseaux ou sont d’anciennes cabines téléphoniques miraculées, reconverties en bibliothèque de poche pour éviter une réforme définitive. 

Avec vingt ou trente ans de retard, parfois plus, elles sont souvent un témoignage de ce que pouvaient lire les Français. Les livres de poche de Rosamond Lehman côtoient les éditions clubs des romans de Françoise-Mallet Joris et un manuel de Michel le jardinier une édition scolaire de Tartuffe. On pourra aussi de demander d’où viennent les livres : déposés par des particuliers qui se débarrassent de ce qu’ils considèrent comme des vieilleries ou livres lus le temps d’un séjour de vacances et qu’on ne rapporte pas avec soi -surreprésentation de thrillers ou encore reste des désherbages périodiques des médiathèques -c’est dans ce dernier cas que je retrouve des romans qui n’intéressent plus que quelques maniaques dans mon genre: Vidalie, Brenner, Curtis, Hériat, Pierre Benoit…

Je viens ainsi de tomber sur Le Bœuf clandestin de Marcel Aymé alors que j’en ai parlé la semaine dernière avec un ami (hasard objectif), dans une réédition défraichie de la NRF. On n’en avait pas forcément gardé un grand souvenir alors que Marcel Aymé fait pourtant partie de nos auteurs fétiches, et nous avons pris le volume taché d’humidité. Le soleil s’était soudain décidé, en ce printemps frisquet à briller sur cette petite station balnéaire de la côte picarde. Avec une paresse inexcusable mais voluptueuse, plutôt que la longue marche prévue sur l’immense plage, nous nous sommes assis sur un banc et nous avons commencé à lire. Quand nous avons relevé les yeux, trois heures plus tard, le soleil était toujours là, mais la matinée avait passé et nous avions un coup de soleil sur le front. Et nous nous sentions heureux, comme lorsque l’on sait qu’on a volé du temps mais qu’on ne l’a pas perdu.

C’est la magie de Marcel Aymé, son art du sortilège. Un roman de Marcel Aymé commencé est un roman terminé. Et si nous n’avions pas gardé un grand souvenir de celui-ci, nous avions eu tort. On ne le placera toujours pas à la hauteur d’Uranus, de Travelingue, du Chemin des Ecoliers, de La Vouivre ou de La Jument verte, mais c’est le problème avec les grands écrivains, même leurs textes que l’on juge de manière subjective « moins bons » sont à cent coudées au-dessus du tout venant.

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Le Bœuf clandestin fait partie de ce qu’on appelle les romans parisiens de Marcel Aymé, c’est une aimable comédie bourgeoise où Aymé se moque, comme souvent, de la capacité d’une classe sociale à retomber sur ses pieds tout en foulant ses principes mais en en offrant toujours le portrait de la probité parfaite. Et comme d’habitude, Marcel Aymé ne dénonce pas, il sourit. Et ce sourire est infiniment plus efficace que des cris d’orfraie. Comme d’habitude, chez lui, quand il n’utilise pas un postulat fantastique, c’est un infime détail de la vie quotidienne qui va dérégler la belle machinerie. À ce titre, il n’est pas loin de la méthode de son confrère, Georges Simenon, dans ses romans durs. Pas de crise spectaculaire mais un malaise qui s’installe. On signalera au passage que Marcel Aymé voyait en Simenon un égal et qu’il écrivit manifestement son roman Le Moulin de la Sourdine en pensant à lui. Dans Le Bœuf Clandestin, il est question d’un cadre supérieur, dirait-on aujourd’hui, qui travaille dans une banque. Il est végétarien. On ne sait pas trop pourquoi, – le lecteur découvrira pourquoi plus tard et c’est assez croquignolet- mais la famille Berthaud respecte ce choix et même lui trouve une forme d’originalité. Mais voilà qu’un dimanche, un de ces dimanches bourgeois de l’Ouest Parisien qui faisaient déjà cauchemarder Jules Laforgue et Charles Trenet, merveilleusement décrit dans son tragique ennui par Marcel Aymé, se produit l’accident. Alors que la famille Berthaud, à l’exception du père qui doit travailler ses dossiers, va rendre visite à une autre famille bourgeoise pour préparer le mariage de Roberte, la fille de la maison, avec un jeune polytechnicien mal dégrossi, à l’hygiène douteuse mais plein d’avenir, cette même Roberte ayant oublié quelque chose, revient dans l’appartement et surprend son père dans la cuisine attablé devant un bifteck bien saignant.

Elle ne dira rien mais le mal est fait. L’ère du soupçon règne. Berthaud, pour éviter les regards de sa fille, prend ses repas à l’extérieur et on croit qu’il a une maitresse. Ajoutez à cela un frère qui décide de déserter, un général à la retraite fantasque et libidineux mais qui s’occupe de sa sœur handicapée comme un saint, un pharmacien inventeur de la Régulatine dont les laboratoires sont menacés par la concurrence et ne sachant que faire d’une fille un peu nymphomane mais pleine de gentillesse, un garçon de bonne famille qui fréquente une apprentie actrice et vous aurez l’humanité selon Aymé, complexe et ridicule, mais jamais haïssable. Cet anticonformiste était, finalement un humaniste blessé, affolé par une époque où les idéologies allaient s’affronter à mort. 
Comme le témoignage involontaire des jours heureux, Le bœuf clandestin paraît d’ailleurs en… juin 1939 et l’Histoire se chargera de relativiser tout cela par la tragédie, la vraie.

Le Boeuf clandestin

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Fête chambriste à « Cortot »

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Liya Petrova © Marco Borggreve

La Musikfest, qui se tient cette année du 23 au 25 mai, à Paris, permet de marier l’architecture de Perret, constructeur de la Salle Cortot, à un programme de musique de chambre incarnant toute la richesse du répertoire du XXe siècle.


En 1929, le pianiste Alfred Cortot (1877-1962) sollicite l’architecte Auguste Perret pour construire la salle de concert de l’Ecole Normale de Musique de Paris – l’actuelle Salle Cortot de la rue Cardinet. Classée Monument historique et restaurée en 2015, c’est un joyau, tant sur le plan acoustique qu’architectural. Perret, ne l’oublions pas, n’est pas seulement le bâtisseur de la ville du Havre en béton armé suite à son bombardement en 1944, érigée dès lors selon les canons d’un classicisme paradoxalement enté sur le mouvement moderne. C’est à lui qu’on doit, bien avant cela, le sublime Théâtre des Champs-Elysées, cet édifice immaculé de l’avenue Montaigne qui, dès 1913, préfigure l’Art déco. Le palais d’Iéna (actuel Conseil économique, social et environnemental), entre Palais de Tokyo et Palais de Chaillot,  dans le 16ème arrondissement – c’est encore Perret !

Bref, il n’est pas indifférent que pour sa 4ème édition sous le patronage artistique de la jeune violoniste bulgare, Liya Petrova, La Musikfest se tienne, comme l’an passé, dans l’intimité de cet écrin mythique de la Salle Cortot qui vaut, en soi, le déplacement. Après un millésime 2021 à l’enseigne du répertoire chambriste de Brahms, puis une édition 2022 placée sous le signe de la Belle Epoque, on retrouve la quinzaine de jeunes musiciens de haut vol, bardés de prix – Alexandre Kantorov, Eric Le Sage, Adam Laloum et Théo Fouchenneret, Jean-Frédéric Neuburger au piano ; Clémence de Forceville, Charlotte Julliard et… Liya Petrova au violon ; Gregoire Vecchioni à l’alto ; Victor Julien-Laferrière, Ivan Karizna, Aurélien Pascal, Christophe Morin au violoncelle ; Paul Meyer à la clarinette ; ou encore le Quatuor Agathe à qui l’on doit cette année le coffret d’une intégrale des quatuors de Brahms.

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Mais cette fois, c’est par le prisme des partitions nées à l’ombre des conflits du XXème siècle que se décline le programme, sur trois soirées… Programme dont on lui souhaite, par les temps qui courent, qu’il ne revête aucun caractère prémonitoire en termes guerriers. De Chostakovitch à Messiaen, de Weinberg à Gideon Klein en passant par Stravinsky, de Maurice Ravel à Louis Vierne, de Respighi à Elgar, le spectre chambriste ratisse assez large, cette année, pour filer un programme d’une grande richesse, plus prometteur que jamais.

Et comme en France le niveau de l’éducation est carrément en berne s’il faut en croire les évaluations les plus récentes, il convient de saluer comme une sorte de miracle les trois mini-concerts offerts, le matin, aux classes d’école primaire du 11ème arrondissement. Les vocations, en musique « savante », n’attendent jamais le nombre des années, comme il serait bon qu’on le sache davantage, dans l’Education nationale.    


La Musikfest parisienne. 23, 24, 25 mai 2023. Salle Cortot, 78 rue Cardinet 75017 Paris. Programme détaillé et réservations sur : https://lamusikfestparisienne.com/ (Gratuit pour les moins de 18 ans et pour les étudiants).   

Maïwenn et Johnny Depp : le scandale du festival de Cannes

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L'actrice, réalisatrice et scénariste française Maïwenn et l'acteur américain Johnny Depp au Festival de Cannes 2023. © Rocco Spaziani/SIPA

« Nous vivons une époque étrange, dans laquelle on ne peut plus être soi-même, mais je serai toujours moi-même. » Ainsi s’est exprimé, en substance, Johnny Depp, lors de la conférence de presse donnée par l’équipe du film Jeanne du Barry de la réalisatrice Maïwenn, et présenté en ouverture du festival de Cannes.


Ce film fait scandale pour de mauvaises raisons : c’est à dire la présence au casting de Johnny Depp, qui sort d’un procès qu’il a qualifié lui-même de fictionnel, après avoir été accusé de violences conjugales par son ex-compagne : Amber Heard. Il fut « cancellé » aussi sec par le tribunal de la terreur woke qu’est devenu Hollywood. Maïwenn, la culottée – ou la provocatrice – tente de le réhabiliter en lui offrant le rôle de Louis XV dans son dernier film, qu’elle dit porter en elle depuis seize ans : Jeanne du Barry.

Evidemment, la presse de gauche se déchaîne, étrille le film avec des arguments sans intérêt (j’y reviendrai). C’est désormais la routine, plus personne ne sait lire, analyser, regarder une œuvre, qu’elle soit littéraire ou cinématographique, sans chausser des lunettes idéologiques, et ce, à gauche comme à droite.

On entrevoit cependant quelques lueurs d’intelligence au Figaro, sous la plume d’Eric Neuhoff, qui trouve une certaine fraîcheur au film, et de Noémie Halioua, qui affirme que Maïwenn est plus féministe que toutes les féministes qui l’attaquent. Ce en quoi je la rejoins totalement. Et j’irai même plus loin. Maïwenn a des couilles. Maïwenn est un mec. Maïwenn n’a peur de rien.

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Après l’épisode Besson, qu’elle a épousé à l’âge de 15 ans (d’aucuns affirmeront que c’est pour cela qu’elle s’identifie tant à la du Barry), elle ne tomba pas en disgrâce, mais construisit sa carrière pierre par pierre, seule, avec une ténacité exemplaire. En effet, en 2003, elle écrit et interprète un one-woman-show : Le pois chiche, inspiré de son enfance chaotique. À la manière de Philippe Caubère, elle interprète tous les personnages. Ce spectacle est à son image : impudique et intense, et bénéficia d’un excellent bouche-à-oreille. Suite à cela, on ne l’arrête plus.  En 2006 sort Pardonnez moi, qu’elle filme caméra au poing, à fleur de peau. Jusqu’à son œuvre la plus aboutie : Polisse, qui connaît un succès critique et public. Maïwenn continue de déranger, elle est âpre, têtue, on la sent toujours prête à exploser, un peu à l’image de Pialat. Mais elle devient une réalisatrice qui compte. Et qui est respectée.

Bande-annonce de Jeanne du Barry (2023)

Certains critiques ont craché leur venin en qualifiant Jeanne du Barry d’ego trip. Et quand bien même ? Les artistes sont par essence égocentriques. Aurait-on reproché à Pialat (je ne compare évidemment pas le talent indéniable de Maïwenn au génie de Pialat, mais la comparaison s’est immédiatement imposée à moi), aurait-on donc reproché à Pialat de s’être payé un ego trip avec son film Van Gogh, à qui il s’identifiait, lui dont la peinture fut la première vocation ? Certainement pas, mais Pialat fut, de son vivant, car il était trop libre, un réprouvé.

Et puis, article après article, se sont enchaînés les poncifs, toujours les mêmes, comme si les journalistes s’étaient repassé leurs copies. Le film a été qualifié de « sous Barry Lindon ».  Effectivement, comme dans le film de Kubrick, des scènes sont éclairées à la bougie. Voyons-y plutôt un hommage. Et l’argument stupide et rabâché de l’accent de Johnny Depp, qui n’est d’ailleurs pas si prononcé. Il donne même une certaine distance intéressante au personnage de Louis XV, fort bien campé, au demeurant, par l’acteur : un roi fatigué, désabusé, à qui la du Barry – avec sa candeur et sa spontanéité – redonne un peu de vie.

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Personne, il me semble, n’a su repérer l’aspect qui est pour moi le plus intéressant du film. Il est intimiste, à mille lieux du cup cake géant qu’est le Marie-Antoinette de Sofia Coppola. En effet, la réalisatrice s’attache aux objets pour signifier les moments importants du film. Une crinoline abandonnée sur le sol, une bague représentant un portrait du roi, une assiette de fraises annonciatrice d’un coït à venir. A part la galerie des glaces, filmée comme un théâtre, Maïwenn ne montre jamais l’intérieur de Versailles dans sa magnificence. La chambre du roi est banale, petite et sombre.

Les vêtements de la favorite ont également une importance capitale. Nous savons qu’elle a imposé un style, et qu’elle faisait scandale avec ses tenues d’homme et ses robes à rayures. En effet, depuis le Moyen-Age, les rayures symbolisaient la liberté et la marginalité. Ce motif un peu maudit symbolise, finalement, Jeanne du Barry. Cette créature, comme l’appelaient les courtisans.

Autre chose. Au sein du couple qu’elle formait avec Louis XV, les rôles me semblent inversés. L’homme c’est Jeanne, c’est elle qui prend des initiatives. Celles de l’embrasser la première, de le regarder longuement dans les yeux devant la cour, scandalisée et médusée.

Jeanne, avec sa liberté, à l’image de Maïwenn, était un mec. La métaphore est un peu facile, mais au XVIIIème ce comportement faisait scandale à Versailles. Aujourd’hui il fait scandale à Cannes.

Marine Tondelier : on ne doit pas dire ça !

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Conférence de presse d' Europe Ecologie Les Verts avec Marine Tondelier, Secrétaire nationale du parti, à Paris le 10/05/2023 © ISA HARSIN/SIPA

Questionnée par Patrick Roger, dans la Matinale de Sud Radio le 17 mai, sur l’odieuse agression du petit-neveu de Brigitte Macron, Jean-Baptiste Trogneux, Marine Tondelier a d’abord répondu : « La violence répond à la violence » puis, dans le cours de l’entretien, à nouveau sollicitée, elle l’a condamnée du bout des lèvres et est vite passée à autre chose.


Il me semble que, même s’il y a matière à charge à l’encontre de la secrétaire générale d’EELV – ses propos sur Fukushima, ses délires partisans à propos de CNews et Valeurs actuelles notamment -, rien n’égale la perversion intellectuelle et politique de sa première réaction sur le tabassage du jeune homme par un groupe d’environ six jeunes gens invoquant la détestation du président de la République après son entretien sur TF1.

Comme il est évident que Marine Tondelier ne fait pas référence à la « violence » de l’extrême gauche ni à ses propres abus de langage, il faut comprendre que celle à laquelle l’agression aurait « répondu » est présidentielle ou proférée par ses soutiens.

On peut dire tout ce qu’on veut des saillies, des expressions improvisées, des apparentes moqueries et dérisions du président de la République – qui a dénié, sans convaincre grand monde, être « méprisant » – et des outrances polémiques de ses partisans, mais les unes et les autres n’ont rigoureusement à voir avec la violence physique qui s’est abattue sur Jean-Baptiste Trogneux.

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C’est gravement banaliser cette dernière, inédite dans l’Histoire de la Ve République, sur un membre de la famille présidentielle, que d’oser la mettre sur le même plan que les excès verbaux ou les perfidies, les insinuations de l’oralité politique ou parlementaire.

Cette banalisation participe de l’absolue dégradation du débat public, cherchant à faire accroire que frapper est comme dire, massacrer à plusieurs comme contester et que tout est permis puisque le président serait responsable de tout, même de ce qui l’accable, l’affecte indirectement et bouleverse son épouse.

Si Marine Tondelier était de bonne foi, elle accepterait l’idée du président selon laquelle la violence verbale peut engendrer la violence physique, surtout de la part de citoyens dévoyés dont la bêtise est le fort.

Je ne me fais aucune illusion. Tondelier elle est, Tondelier elle restera.

Gare au gorille !

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Rima Abdul Malak à la sortie du Conseil des ministres, Palais de l’Élysée, 19 avril 2023 © Clement Tissot/SIPA

Les personnels des sociétés produisant des fictions pour la télé, le cinéma et les jeux vidéo doivent désormais se plier à un stage pour « prévenir et agir contre les violences sexistes et sexuelles dans l’art et la culture ». Certains voient derrière cette belle intention une censure à peine déguisée dans un milieu déjà travaillé par la culture woke.


Madame Rima Abdul Malak, ministre de la Culture de notre beau pays, est-elle en train de devenir la mère fouettarde de la production audiovisuelle ? Satisfaire les canons des nouveaux conformismes est devenu le sommet de son art politique. Après s’être montrée menaçante sur les retraits de fréquence des chaînes de télé qui ne traverseraient pas dans ses clous, elle a décidé d’inculquer avec fermeté aux professionnels de la production les vertus de l’autodiscipline.

Désormais, toute société de production de fiction télé, cinéma et jeux vidéo est priée de se soumettre à un stage destiné à « prévenir et agir contre les violences sexistes et sexuelles dans l’art et la culture ». Les espaces de travail et de tournage, lieux de perdition supposés, sont concernés.

L’étouffement par la subvention

Selon la brochure du Centre national du cinéma (CNC), l’organisme chargé par la ministre de l’application de cette formation, celle-ci est « non obligatoire mais indispensable ». Qu’en termes choisis… Pour les professionnels, la nuance est de pure forme. Ceux qui n’obtempéreront pas seront privés de toute aide ou subvention (et on sait qu’elles abondent) délivrée par le CNC. Dans les faits, c’est l’équivalent d’une condamnation à la faillite.

Passons sur le flou des mots qui décrivent la mission (qu’est-ce au juste que « prévenir une violence », où cela commence-t-il précisément ?). Il n’en reste pas moins que pourfendre la violence sexiste est une cause indiscutable, de même que sa prévention. À ce titre, ne serait-il donc pas logique de faire de cette protection contre les abus une cause universelle ? Les producteurs d’émissions de flux (le direct) échappent pour le moment au dispositif. Mais aussi les cirques, l’opéra, les festivals de musique, les carnavals, les maisons d’édition, les foires aux livres, les expositions, tout comme – au hasard – une bonne partie du personnel politique, celui des écoles, des universités, des colonies de vacances, les membres des clergés… Pourquoi limiter ainsi l’éducation des masses potentiellement harceleuses ? Pour quelle raison ces travailleurs ne bénéficieraient-ils pas de telles mesures rééducatives ?

Posons plutôt la question dans l’autre sens : pourquoi choisir de montrer du doigt tout particulièrement cet univers-là ? Pourquoi désigner comme présumée coupable la production de fictions, au point qu’une telle « formation » lui soit strictement réservée ? Plus que largement médiatisés, les sorts des Weinstein, Polanski et Woody Allen ont pourtant joué un rôle de sensibilisation et de dissuasion considérable. Les consciences ont été copieusement éveillées, et l’opinion n’a de cesse de poursuivre ou d’incarcérer les méchants désignés. Alors pourquoi cet acharnement des institutions à aménager contre la fiction ce régime de défaveur ?

Dans le viseur, un secteur déjà frileux

Des professionnels de la création audiovisuelle redoutent que ces dispositions qui leur sont spécifiquement adressées encouragent l’autocensure des œuvres elles-mêmes. Au-delà des pratiques, ce seraient les contenus qui seraient visés : un nouveau tour de vis, une étape de plus vers la frilosité.

La production française sort pourtant rarement des sentiers battus et ne brille plus depuis belle lurette par son originalité ou ses impertinences. Mais la bien-pensance en réclame toujours plus ; c’est-à-dire toujours moins. La véritable irrévérence semble aujourd’hui bannie.

« Certes pour les âneries à base de gros gags et les comédies gentillettes, il y a toujours de la place, mais dès qu’on veut élever le débat, aujourd’hui, tout va dans le même sens. Les chaînes publiques et privées, les institutions du secteur, la majorité des médias et critiques veillent au grain », commente tristement un producteur qui préfère rester anonyme. Sont privilégiés les sujets sociétaux limités qui repassent les mêmes plats : la condition féminine, la repentance coloniale, les injustices sociales, l’exclusion, etc. » Silence, on tourne en rond.

« Pas une chaîne ne prendrait aujourd’hui le risque de soutenir les films de Bertrand Blier ou de Jean-Pierre Mocky, et des œuvres comme Portier de nuit ou La Grande Bouffe seraient jugées trop dérangeantes », conclut le producteur. Le vrai scandale, finalement, c’est l’absence de scandale.

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À l’étranger, c’est pire encore. Les Anglo-Saxons s’adonnent de façon ahurissante à ce révisionnisme. Disney a déjà purgé certaines de ses créations de tout ce qui pourrait gêner la woke-culture. Chez Netflix, on réfléchit aussi activement au sujet. Et l’affaire des livres de Roald Dahl, d’Agatha Christie et de Ian Fleming rewrités pour satisfaire la nouvelle doxa puritaine fait froid dans le dos. Un siècle après l’instauration du code Hays qui régissait les vertus des films hollywoodiens et interdisait les propos violents, les scènes de consommations d’alcool et les baisers de plus de deux secondes, une pudibonderie nouvelle fait son entrée sur scène. La fameuse autodiscipline cède insidieusement la place à une réelle autocensure.

Dans ce climat de chasse aux prédateurs – dangereux, potentiels ou supposés –, il est encore possible de sourire : imposant d’un côté la lutte contre les « violences sexistes et sexuelles », Rima Abdul Malak a, de l’autre, récemment confirmé dans ses fonctions Dominique Boutonnat, le président du CNC, accusé d’agression sexuelle sur son filleul âgé de 20 ans. Le jugement est à venir, mais l’on peut se demander où Madame la ministre puise l’inspiration de ses directives.

Le wokisme dans le sport féminin : à la fin, ce sont les hommes qui gagnent !

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Julien Odoul DR

Au nom de l’inclusion, principe apparemment cher au gouvernement actuel, on permet de plus en plus à des femmes transgenres (nées hommes) de participer aux épreuves sportives féminines. Cette tendance donne un avantage déloyal à des athlètes qui ont fait leur transition après la puberté et empêche les femmes de s’épanouir dans les compétitions de haut niveau. Tribune de Julien Odoul, député RN de la 3e circonscription de l’Yonne et conseiller régional de Bourgogne-Franche-Comté.


Mercredi 17 mai, la ministre des sports et des Jeux olympiques et paralympiques, Amélie Oudéa-Castéra, a annoncé la création d’un groupe d’experts pour « favoriser l’inclusion » des personnes transgenres dans le sport de haut niveau. Cette déclaration inquiétante sonne l’extinction prochaine des femmes dans les grandes compétitions sportives.

En effet, depuis plusieurs années, principalement aux Etats-Unis, les femmes sont victimes d’attaques idéologiques au sein de leurs fédérations sportives avec un bouleversement sans précédent au niveau des résultats et des performances. En septembre 2021, après avoir concouru chez les hommes, l’athlète transgenre Lia Thomas a intégré l’équipe féminine de natation américaine et a explosé, logiquement mais injustement, tous les records. Comme beaucoup, sa transition avait été entamée après la puberté, favorisant les inégalités biologiques et anatomiques.

Malheureusement, ces dérives wokistes dans le sport ou ailleurs arrivent en France. Certaines fédérations sportives ne se plient pas toutes à la religion de la déconstruction et entament actuellement une résistance légitime pour protéger leurs athlètes féminines.

Ainsi, en mars dernier, la fédération internationale d’athlétisme a décidé de sortir les personnes transgenres de la catégorie féminine. A la suite de cette mesure de justice, l’athlète français transgenre, Halba Diouf, s’est vu refuser les championnats régionaux et nationaux. Pur produit du wokisme et de la « cancel culture », ce sportif se revendiquant lui-même comme « femme trans, noire et musulmane » avait dénoncé « l’exclusion des femmes trans dans le sport ».

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Ces situations, de plus en plus fréquentes, font reculer les progrès réalisés en matière de sport féminin, et la multiplication des athlètes transgenres, nés biologiquement hommes, s’apparente à une nouvelle forme de dopage légale. En clair, la société assiste à une véritable entreprise d’effacement, où sous couvert de défendre la diversité et l’égalité des droits, des hommes prennent la place et les médailles de championnes méritantes et talentueuses.

Ce phénomène est un véritable pied-de-nez au combat féministe et vient anéantir toute chance pour les femmes de s’épanouir pleinement dans le sport et de remporter des compétitions nationales ou internationales.

Dans ce domaine comme dans bien d’autres, le « et en même temps » macroniste est impossible. Pour protéger le sport féminin et nos championnes, il faudra exclure le wokisme !

Urticaire sémantique et sociétale 

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Sophie de Menthon IBO/SIPA

Un dirigeant – politique ou d’entreprise – ne devrait pas dire ça ! Les nouvelles modes langagières, branchées ou progressistes, témoignent de notre incapacité à faire face au réel. N’y cédons pas ! Tribune de Sophie de Menthon.

Nous sommes tous plus ou moins exaspérés par les tics de langage, les mots inventés par nos ados et qui nous contaminent, du « vachement » d’autrefois au « cool » qui a définitivement viré toute tentative d’exprimer une satisfaction avec un vocabulaire un peu varié… Heureusement, il y a le « trop cool » qui permet de doser le degré de coolitude, grâce à une faute grammaticale essentielle et définitivement passée dans les mœurs.

Mais bien au-delà, ces tics témoignent de la pénétration d’un vocabulaire qui reflète notre société de façon inquiétante et qui menace même nos dirigeants de toutes sortes qui cèdent à tous les renoncements ; ainsi l’écriture inclusive pénètre-t-elle lentement mais sûrement, donnant le sentiment que l’on ne peut pas lutter contre l’absurde et le vertige des modes décadentes, sous prétexte de progrès sociétal.

On peut se réjouir que la faculté de Grenoble soit contrainte (enfin !) de réécrire son règlement en termes compréhensibles, après combien de démarches ? Mais la volonté persistante de traduire l’égalité des sexes par des attentions syntaxiques est effondrante ; et que soit votée par le conseil municipale d’une ville comme Toulouse la décision d’utiliser cette écriture inclusive avec la création d’un « atelier d’initiation à cette écriture » (sic) laisse sans voix. Un soupçon de bon sens a permis à Grenoble (il a aussi fallu recourir à la justice) d’annuler les statuts de l’université littéralement incompréhensibles. Ce qui est insensé c’est que le 16 mai 2020 paressait la circulaire du Premier ministre Edouard Philippe interdisant ce jargon à l’administration… Les décrets sont votés, les décisions s’enchaînent, et on passe outre ! 

« La langue française est un élément fondamental de la personnalité et du patrimoine de la France », selon la loi du 4 août 1994, mais qui est chargé d’y veiller ? Notre chère Académie Française est larguée, ce n’est pas maintenant que l’on va écouter les vieilles dames talentueuses, d’autant que les hommes politiques font volontairement des fautes de français pour faire populaire et faire oublier qu’ils sortent de l’ENA…  

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Symbolique aussi, l’utilisation pour tout et n’importe quoi du concept « d’inclusif » destiné à affirmer que l’on intègre, que l’on met fin à l’exclusion, afin de contribuer à la création d’une société solidaire. Un vœux pieu mais un formidable argument marketing, surtout dans les entreprises : point de salut sans inclusif qui va de l’intention salutaire du recrutement des handicapés, en passant par la promotion des femmes… jusqu’au menu de la cantine, inclusif car il contient des fruits et légumes. J’ai appris que je faisais du yoga inclusif parce qu’il y avait aussi des abdos. Un comportement inclusif crée un sentiment d’appartenance paraît-il ; le logement est inclusif s’il est assorti d’un projet de vie sociale… l’ascenseur est donc forcément inclusif !

Le « bio » est inclusif dans la mesure où si tous n’en sont pas morts, tous en sont atteints au nom de la planète et de notre santé : les produits de beauté, les jus de fruits, les yaourts, le poulet, les croquettes pour chien, les t-shirts en coton, les fraises, etc. Tout y passe. C’est bio on vous dit, et c’est surtout souvent bidon sauf que c’est inclusivement plus cher. Sur les marchés bios, rien de plus inquiétant pour moi que l’absence revendiquée de conservateurs qui ont sauvé des populations entières d’intoxications alimentaires… Pauvres agriculteurs qui voient périr leurs betteraves (interdiction d’un insecticide). La mode des « légumes moches » en revanche est très sympathique : plus ils sont moches, rabougris et non normés (avant vous les jetiez), plus on a l’impression qu’on étend la volonté de ne pas discriminer aux carottes et aux poires blettes.

Mais vous n’êtes pas au point si vous n’ajoutez pas du « convivial » à votre vie, c’est la cerise sur le gâteau qui réchauffe l’inclusif en étant cool, les pieds sur la table, « venez comme vous êtes », plus d’efforts vous avez droit à tout… « Prenez soin de vous ! »

C’est Hannah Arendt qui parlait de: « La dégradante obligation d’être de son temps »…

La France sens dessus dessous !: Les caprices de Marianne

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L’Homme de Picardie

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Philippe Lacoche photographié en, 2019 © Guillaume Clément

Sur tous les fronts éditoriaux, Philippe Lacoche, écrivain et critique littéraire des Hauts-de-France, est actuellement d’une productivité remarquable. En plus d’une pièce de théâtre coup de poing sortie en novembre, il vient de publier un roman buissonnier et un essai régional.


Drôle de zèbre que ce Picard à galurin, aussi fugace qu’une truite arc-en-ciel, toujours prêt à dégainer un livre de saison, au printemps ou à l’automne, et parfois même trois à quelques semaines d’intervalle, graphomane libertin des provinces du Nord de la France, frayant dans les bibliothèques, le museau à l’air libre, entre Roger Vailland et Jacques Perret, entre le communisme cheminot et l’anarchisme de droite, un jour Gaulliste social, un autre, marquis empourpré. Insaisissable gentilhomme ouvriériste qui a débuté sa carrière dans la presse musicale. Bringuebalant et laborieux. Gamin et sentimental. Matou et marlou. Rocker et glaiseux. Séducteur et perdu. Se moquant des modes et des procès en illégitimité. Refusant les cases et les camisoles ; ne faisant pas carrière dans les Lettres comme on grimpe les échelons dans la fonction publique ; n’écoutant que ses élans du cœur forcément contradictoires. Capable d’aimer sincèrement deux France qui s’ignorent ou qui s’opposent habituellement dans les manuels et les cénacles. Nous sommes loin des écrivains à plans de carrière, cochant toutes les cases d’un progressisme asphyxiant et s’agenouillant devant la première victime venue. Philippe Lacoche est l’un des derniers mohicans de la presse régionale. Il officie au Courrier Picard et y tient un feuilleton depuis des années, il y parle des livres sur le ton badin qui sied aux grands spécialistes, il s’aventure dans les bars d’Amiens à la découverte d’un groupe aux sonorités nouvelles, court les expos et les scènes ouvertes, s’enthousiasme, peste, tombe sous le charme d’un auteur réprouvé ou fustige un décret liberticide.

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Il est entier comme le sont les enfants tristes ; bienveillant sans être mièvre ; attentif au style et aux fragrances originales, c’est-à-dire à une forme d’écriture qui tend à disparaître sous l’édredon du confort intellectuel. Il se méfie des donneurs de leçon et des livres à vocation inquisitoriale. Il est intrinsèquement de gauche, sans être sectaire, ce qui en fait un spécimen plutôt rare dans le biotope du monde culturel actuel. Tous les gens qui publient à Paris, savent que, du côté d’Amiens, il existe un critique qui regardera leur œuvre avec discernement sans œillères idéologiques, sans morgue et sans fatigue morale. Croyez-moi, chers amis, c’est précieux en ces temps de ségrégation éditoriale de rencontrer l’Homme de Picardie sur son chemin de croix. Il appartient à une longue lignée ancienne qui traite encore l’actualité littéraire dans les colonnes de la PQR. Il y a quelques années, nous avions Gérard Guégan à Sud-Ouest ou l’ami Christian Authier à Toulouse. Ne subsistent que Christian Laborde, le Bahamontes des Pyrénées, et Philippe Lacoche qui, de Creil aux frontières belges, promène son carnet à spirales « à l’encre bleue aux vertus sympathiques ». Nombreux sont les écrivains, académiciens ou jeunes loups germanopratins, à se damner pour avoir quelques lignes de Lacoche sur leur CV. Ça vaut sauf-conduit et légion d’honneur à la boutonnière. Avant l’été, sa productivité a été, semble-t-il, décuplée par les événements extérieurs, il se venge des confinements et des désordres sociaux, en publiant un roman d’errance (sur la liste de Printemps du Prix Renaudot), un essai spirituel sur son identité picarde, préfacé par le regretté Philippe Tesson, et une pièce de théâtre outrancière et fracassante.

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On ne peut rien lui refuser car il possède une courtoisie d’ancien régime, une bienséance que l’on ne retrouve que dans les familles aimantes et la noblesse d’épée. Pourquoi le lire dans ses différents exercices assez éloignés les uns des autres ? Parce que son ton est inhabituel dans le concert des larmoiements et des bonnes consciences. Parce que sa veine populiste a été, peu à peu, exclue des catalogues. Parce qu’il est d’inspiration bistrotière, il fait ronronner les mobs sur une route poussiéreuse. Parce qu’il n’instrumentalise pas sa prose et qu’il tente le mariage contre-nature entre la fraternité du zinc et une langue souple aux accents d’éternité. Parce qu’il n’a tout simplement pas peur des mots.

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Je suis picard mais je me soigne

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« C’est une prime aux plus radicaux »

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Klaus Kinzler © D.R.

À l’instar de la municipalité, Sciences-Po Grenoble est un vivier de militants islamo-gauchistes. Les syndicats étudiants y exercent un régime de terreur sur les professeurs et la direction qui préfèrent ne pas moufeter, par opportunisme ou conviction. Vue l’ambiance, mieux vaut ne pas déplaire. Les professeurs Vincent Tournier et Klaus Kinzler en ont fait les frais. Deuxième partie: témoignage de Klaus Kinzler, professeur agrégé de civilisation et de langue allemandes


Causeur. Vous attendiez-vous à ces insultes et à cet affichage public contre vous ?

Klaus Kinzler. Absolument pas. Je suis un libéral, autant économiquement et socialement. Cela fait de moi un oiseau rare dans un milieu où les gens sont majoritairement à gauche. Mais je ne m’attendais pas à être traité de fasciste. D’habitude pour m’insulter on me traitait plutôt d’« ultralibéral. »

Vous vous souvenez de signes avant-coureurs de cette emprise de l’extrême gauche à Sciences-Po Grenoble ?

C’est difficile à dire. Je crois que c’est surtout une question de génération. Avant, les professeurs avaient été formés à la vieille école, c’était des savants, ils avaient une conception exigeante de la science. Leur départ à la retraite a créé un appel d’air et beaucoup de jeunes professeurs ont été alors recrutés. Une partie de ceux-là sont très extrémistes dans leurs idées politiques et mélangent trop souvent recherche et militantisme. Or, l’affaire de Sciences-Po Grenoble a montré le pouvoir de ces enseignants et surtout l’emprise qu’ils exercent sur des gens qui ne sont pas radicaux, mais n’arrivent pas à trouver le courage de leur résister.

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Vous n’avez guère été soutenu par la direction ?

Disons qu’après la condamnation de l’affichage, le ton a vite changé, renvoyant tout le monde dos à dos. Il serait cependant faux de dire que la direction administrative de l’IEP est d’extrême gauche. La directrice de l’IEP, par exemple, est une personnalité modérée et je crois qu’elle aurait voulu refaire de l’IEP un lieu ouvert et de débats. Mais elle n’avait pas de majorité au conseil d’administration pour défendre ses vues raisonnables. En fait, son autorité était très faible et elle dépendait, et dépend, encore des « grandes gueules » de l’extrême gauche de l’institut, dont l’influence pèse sur le CA. Quand la crise est arrivée, elle a essayé d’amadouer tout le monde. Or déjà avec l’affaire dite « Sciences-Porc », on avait pu mesurer combien cette pondération frôlait la lâcheté. Cette initiative, qui appelait à la dénonciation sur les réseaux sociaux d’étudiants considérés comme sexistes, avait généré beaucoup d’abus. À cette occasion, la directrice avait déjà sacrifié ses convictions pour ne fâcher personne au sein du conseil d’administration. Là encore pas de sanction des abus, pas de débat. Le problème c’est que ce genre d’attitude offre une prime aux plus radicaux, qui ne sont souvent pas les plus représentatifs. À Sciences-Po Grenoble, il y a environ 70 professeurs permanents. J’estime à une vingtaine seulement les extrémistes. Le reste est raisonnablement de gauche, comme tout universitaire qui se respecte. Mais la majorité se tait, car s’ils contredisent ceux qui ont le pouvoir dans les CA, ils peuvent s’attirer beaucoup d’ennuis ; cela peut aller jusqu’à la perte des financements pour leur recherche. La plupart des profs se retirent du fonctionnement de l’IEP et se centrent sur leurs recherches.

Cette affaire a-t-elle nui à l’influence des enseignants-chercheurs situés à l’extrême gauche ?

Au contraire, cela les a renforcés. Il faut dire que Vincent Tournier et moi-même avons vu nos carrières affectées par cette histoire. Vincent a perdu son cours, j’ai été suspendu, nous avons dû nous battre en justice. Pendant ce temps, les étudiants ont été relaxés par le conseil de discipline, et personne au ministère n’a suggéré à la directrice, dont la gestion de la crise a été calamiteuse, de démissionner. Cela ne donne pas envie de résister puisque quand vous êtes victimes d’actes violents, non seulement vous perdez votre statut mais en plus, on finit par faire de vous un coupable, responsable de ce qui lui arrive. En réalité, l’urgence pour la direction de l’IEP était d’enjamber la crise, de faire croire que cette affaire était un accident qui ne disait rien de la réalité de ce qui se passe à Sciences-Po Grenoble. Il n’y a eu aucun retour sur la violence de cet affichage ou sur le climat de peur relevé par l’inspection lors de son enquête sur l’école. Lorsque la directrice évoque cette affaire, c’est pour la réduire – sans rire – à une campagne nauséabonde des médias nationaux et des réseaux sociaux visant à salir gratuitement l’image de l’institution. Il n’y a eu aucune remise en cause, pas de sanctions prononcées sinon à mon encontre. Le débat sur les retraites a montré à quel point l’emprise de l’extrême gauche restait puissante. Nombre d’étudiants actuels expliquent qu’ils ne disent jamais ce qu’ils pensent vraiment si ce n’est pas compatible avec la doxa de l’extrême gauche. Ils n’ont pas envie de faire l’objet de représailles sur les réseaux sociaux ou de devoir assumer le qualificatif de fasciste.

Quelles ont été les conséquences pour vous ?

J’ai simplement été mis à l’écart de l’IEP, « annulé ». D’abord à cause des menaces qui ont abouti à une mise sous protection policière. J’ai ensuite été suspendu puis j’ai subi le lot d’humiliations administratives dégradantes qui visent à vous éloigner en faisant en sorte que ce soit vous qui renonciez. Le rectorat m’a donc proposé un poste de professeur remplaçant dans un collège à 200 km de chez moi. Comme j’ai décliné cette proposition, on a fini par me caser dans un placard. On m’a confié une mission pour développer l’école à l’international, notamment en approfondissant les relations avec l’Allemagne, sauf que je n’ai le droit de parler avec aucun membre des universités allemandes. Dernière petite humiliation, j’ai obtenu la protection fonctionnelle en 2021. Celle-ci oblige normalement l’école à rembourser mes frais de justice. Or, alors que la procédure en première instance m’a déjà coûté plus d’une dizaine de milliers d’euros, l’IEP ignore mes demandes de remboursement. Il a pourtant déjà remboursé les frais de mon collègue, Vincent Tournier. Il est difficile de ne pas voir ce traitement comme une mesure de rétorsion. Dans ces conditions, je pense faire valoir mes droits à la retraite, car cette histoire finira par avoir des conséquences pour ma santé.

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