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Sir Keir Starmer: futur Premier ministre britannique?

Après une convention annuelle réussie à Liverpool, la semaine dernière, le leader du Parti travailliste britannique, Keir Starmer, se rêve en futur Premier ministre de la Grande-Bretagne. Portrait.


Keir Starmer est la figure politique montante de la Grande-Bretagne. Cet avocat pénaliste, élu député en 2015 puis président du Labour en 2020, après la défaite historique de son parti aux élections législatives de décembre 2019, est en position de force face au Parti conservateur (Tories), usé par ses treize années au pouvoir. L’allocution finale du leader travailliste à Liverpool, devant un amphithéâtre comble fut une partie de plaisir, malgré l’irruption impromptue d’un militant à la tribune, qui a arrosé le chef du Labour de paillettes au début de son discours. Le message de Starmer était clair : le parti travailliste gagnera sûrement les prochaines élections et doit se préparer à gouverner. Mais il a averti ses militants : la tâche à relever sera rude ! « Vous pensez que notre travail en 1997 a consisté à reconstruire un service public en ruines ? Qu’en 1964, il a consisté à moderniser notre économie dépassée ? Et en 1945, à reconstruire une nouvelle Grande-Bretagne pour la sortir du traumatisme du sacrifice collectif ? Eh bien, en 2024, ce devra être les trois à la fois !» Pas de pitié, donc, pour le bilan des conservateurs.

Sunak : le Macron britannique ?

Sir Keir Starmer a vu juste dans son discours, en accusant ses opposants de ne rien comprendre aux problèmes du peuple : « Rishi Sunak et les hommes et femmes superficiels de Westminster sont incapables de voir, incapables d’écouter, incapables de se mettre à votre place et de servir ce pays. Et ils ne changeront pas. Ils n’ont pas même changé durant la pandémie lorsque notre pays s’est rassemblé pour suivre les règles : celles qu’ils ont eux-mêmes fixées et brisées. » L’image des conservateurs est effectivement bien ternie depuis les révélations de fêtes et de réceptions organisées au 10 Downing Street durant le confinement de 2020, lorsque Boris Johnson était Premier ministre. En plus de cela, Keir Starmer souligne bien la réputation hautaine et dépensière de ses opposants, dès le début de son discours : « Le champion auto-proclamé des automobilistes, qui a dû emprunter la voiture d’un employé de magasin pour sa séance de photo. Un homme qui porte un regard attentif à la crise de l’inflation – depuis son hélicoptère de proximité. » Les rires éclatent alors dans l’assistance, où plusieurs se souviennent des critiques émises par les travaillistes à l’encontre du Premier ministre Rishi Sunak et de son chancelier Jeremy Hunt, à cause de leur usage de jets ou d’hélicoptères pour leurs déplacements en Grande-Bretagne. D’ailleurs, le Premier ministre s’est rendu à Manchester en avion au début du mois, pour la conférence annuelle des Tories, alors que le même jour il annonçait l’annulation du projet HS2 (High speed 2), qui devait relier Birmingham à Manchester par un train à grande vitesse… Milliardaire, Rishi Sunak peine encore à démontrer sa proximité avec les Britanniques « ordinaires » et Starmer, en bon travailliste en profite pour le décrédibiliser : rien de plus facile.

Objectif croissance

Keir Starmer veut y croire : son parti est prêt à remplacer les Tories d’ici la prochaine élection, prévue au plus tard en janvier 2025 – et qui pourrait avoir lieu à la fin de l’année prochaine. Au-delà de son discours offensif à l’égard des conservateurs, il a souhaité s’imposer comme le candidat du vrai changement : « Il est temps de construire un million et demi de nouvelles maisons à travers le pays. De créer des opportunités pour tous les primo-accédants dans chaque localité. De développer de nouvelles corporations avec le pouvoir d’éliminer les blocages. D’avoir de nouvelles infrastructures pour permettre aux familles et aux communautés de s’agrandir. D’avoir des routes, des tunnels et des centrales électriques – construits plus rapidement et pour moins cher. »

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Bref, Starmer souhaite montrer aux Britanniques que contrairement aux conservateurs, il possède la vision et l’ambition pour donner un nouveau dynamisme à son pays. Il souhaite ramener la croissance économique par la relance, en appliquant la bonne vieille doctrine keynésienne – dont les conservateurs sont souvent tout aussi adeptes. Mais attention, ce n’est pas le keynésianisme des Tories, fait de « réponses faciles » ou de « réductions d’impôts pour les riches », mais une économie qui profite à tous, en particulier aux « travailleurs ».

Émouvoir

Par ses références récurrentes à sa famille, d’origine effectivement modeste, Starmer a souhaité regagner les classes populaires, après la razzia de Boris Johnson en 2019 : « J’essaie de mon mieux de ne pas mentionner la maison où j’ai grandi. Mais sérieusement : cette maison en crépi représentait tout pour ma famille. Elle nous a donné de la stabilité pendant la crise de l’inflation des années 1970. Ella a servi de tremplin pour le voyage que j’ai entrepris durant ma vie. Et je crois que chaque famille mérite la même chose. » Starmer a grandi dans le comté de Surrey, au sud de la capitale. Sa mère était infirmière et son père ouvrier d’usine. Mais, au-delà de ces considérations familiales, le leader travailliste doit encore expliquer comment il compte financer son million et demi de maisons, alors que la dette britannique s’élève à plus de 2 600 milliards d’euros et que le taux directeur de la banque d’Angleterre s’établit à 5,25%. La chancelière du cabinet fantôme, Rachel Reeves, ex-économiste de la Banque d’Angleterre, l’a bien rappelé dans son discours, l’heure n’est pas à la dépense : « Je ne sous-estime pas l’ampleur de la tâche qui nous attend, ni les problèmes dont nous hériterions au gouvernement. Ils exigeront un travail dur, de la détermination et des décisions courageuses. » Le programme économique du Labour, encore très sommaire, mérite donc des précisions…

Gagner chaque vote et de la crédibilité…

Le Labour doit désormais faire face à un défi : démontrer sa crédibilité. Pour cela, il faut aussi des membres compétents pour le futur gouvernement. Et hormis la probable future chancelière de l’échiquier, Rachel Reeves, la compétence des membres du gouvernement fantôme de Starmer laisse songeur. Diane Abbott, Ministre de l’Intérieur du cabinet fantôme, un poste clé, est connue pour ses propos anti-blancs répétés depuis les années 1990 et ses positions ambigües sur l’antisémitisme au mois d’avril, cette année. Ils lui ont d’ailleurs valu une suspension de son poste pendant quelques jours, à la suite d’une interview sur Sky News, avant qu’elle ne se rétracte. Le combat du leader travailliste depuis son arrivée en poste est précisément de mettre fin à une phase sombre de l’histoire du parti, où les figures antisémites ne manquaient pas, à commencer par l’ancien maire travailliste de Londres, Ken Livingston.

Pourtant, le dernier sondage de l’institut YouGov, en date du 12 octobre, donne le Labour largement en tête des intentions de vote, avec 45%, contre 29% pour le parti conservateur. Les travaillistes ont donc de fortes chances de remporter une majorité absolue aux Communes (environ 343 sièges sur 650). Mais de tels sondages révèlent surtout d’un rejet du parti au pouvoir et le Labour doit désormais susciter un vote d’adhésion. « Get Britain’s future back » est l’actuel slogan de campagne de Starmer. D’accord, mais on attend son programme.

«Killers of the flower moon»: un grand Scorsese, un grand De Niro, un très grand film

Après la projection à Cannes de Killers of the flower moon, le public s’était levé pour une standing ovation de cinq minutes à Scorsese et à ses acteurs. Etait-ce mérité, ou était-ce juste l’hommage obligé des professionnels de la profession à un octogénaire qui a beaucoup donné au cinéma ? Notre chroniqueur est allé hier mercredi à la première heure se rendre compte de ce qu’il en était. Il en est revenu conquis.


Lire aussi, dans notre magazine en kiosques, la critique de Jean Chauvet • 

Scorsese aurait rêvé toute sa vie de faire un western, paraît-il. Eh bien le voici — ce qui nous amène à expliciter ce qu’est le western.

Rappelez-vous How the West was won — un titre édulcoré en français par La Conquête de l’Ouest (1962). Le film, en 70mm, avait mobilisé trois réalisateurs familiers du western — Ford, Hathaway et Marshall —, et une pléiade d’acteurs qui s’étaient illustrés depuis trente ans dans les films les plus célèbres du genre — Henry Fonda, Gregory Peck, James Stewart, John Wayne, Eli Wallach et j’en passe. Pesez bien le sens du titre américain : Comment l’Ouest fut conquis. Conquis sur qui ?

Fleurs de sang

Le film de Scorsese, immense film politique s’il en fut, répond à la question : la terre fut conquise sur les Indiens. Les Indiens de toutes origines et de toutes tribus, passés en un siècle de plusieurs dizaines de millions à moins de 100 000.

Et ça ne s’est pas arrêté aux années 1880. Scorsese raconte l’histoire vraie du massacre des indiens Osage, parqués dans une réserve d’Oklahoma — mais le traité stipulait qu’ils étaient propriétaires des ressources du sol et du sous-sol, que l’on pensait bien pauvres. Fatalitas ! Ça regorgeait de pétrole, et voilà nos sauvages riches à millions.

Oui, mais le Blanc n’est pas partageux. Alors il en tua quelques dizaines, pour récupérer leurs titres de propriété. C’est cette éradication tribale que raconte Killers of the flower moon (la « flower moon » est celle du mois de mai, quand la prairie fleurit — très beau plan d’iris sauvages blancs et bleus, à ceci près que les fleurs cultivées par les protagonistes blancs sont plutôt des fleurs de sang).

Et à ce jeu du vilain absolu, Robert De Niro, qui s’était ces dernières années égaré dans des productions lucratives et lamentables, fournit une prestation stupéfiante. Il ne gesticule pas, ne se lance pas dans de grands discours : il regarde, simplement, et ce qui passe dans son regard est de la haine et de la cruauté à l’état brut.

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Quand on écoute des interviews de De Niro, on est frappé par la pauvreté de ses propos. En fait, il illustre à merveille la théorie de Diderot et son Paradoxe du comédien : « C’est l’extrême sensibilité qui fait les acteurs médiocres : c’est la sensibilité médiocre qui fait la multitude des mauvais acteurs ; et c’est le manque absolu de sensibilité qui prépare les acteurs sublimes. » Voilà : De Niro (et à un moindre degré Di Caprio, qui a depuis longtemps compris que se cantonner dans les rôles de petite gouape à belle gueule ne le mènerait pas bien loin, et qui s’est épaissi, malmené, défiguré, jusqu’à ne plus être qu’un bloc de granit susceptible de toutes les expressions) ne joue pas, il devient à chaque fois le personnage qu’il incarne. Il disparaît derrière son personnage. Cybill Shepherd, sa partenaire de Taxi Driver, a raconté que dans une scène où il la menace, elle avait tellement cru à sa violence qu’elle tourne la tête, malgré elle, vers l’équipe de tournage pour quêter une aide, au cas où. C’est bien pire ici : ce que De Niro fait passer à chaque plan est une préfiguration de l’Enfer.

3h 1/2 de splendeur

Le film est long, il n’est pas trop long : l’enfer ne s’ouvre pas du jour au lendemain, il fallut près d’une soixantaine de morts avant que le FBI, que Hoover venait de créer, se décide à enquêter. Pendant ce temps, les Osages, diabétiques à force de manger comme les Blancs (à Marseille, le principal centre anti-diabétique est à la limite des quartiers musulmans du Nord, parce que le régime Coca / sodas, en sus du couscous, induit des pathologies « blanches » dans des organismes qui n’étaient pas préparés aux poisons de la civilisation avancée qu’est la nôtre), meurent à petit feu. Lily Gladstone, vraie indienne qui pourrait bien être la première « native » nominée pour un Oscar, joue splendidement le rôle de la fleur de prairie qui s’étiole et voit mourir sa famille autour d’elle, de façon plus ou moins violente.

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L’Ouest fut « gagné » par la poudre, et pas autrement. Les États-Unis aiment le sang, ils aiment la guerre, qui sert leurs intérêts commerciaux. Il n’y a aucun conflit — y compris les deux guerres mondiales — où ils soient entrés avec une autre idée que de se tailler des empires commerciaux.

C’est l’effet biblique assumé. Dieu leur a donné des territoires prétendument vierges — qu’ils se sont chargés d’assainir des tiques à peaux rouges qui les peuplaient. Killers of the flower moon tire la leçon ultime de cette conception religieuse de la propriété — et rassurez-vous, quoique condamnés, les tueurs n’ont pas fini leur vie en prison.

Prévoyez 3h1/2 de splendeur. Vous ne serez pas déçus, chaque plan est maîtrisé dans le moindre détail. L’insertion de photos noir et blanc, de fragments de films muets, donne le sentiment du temps qui passe sans peser sur le spectateur. C’est une merveille, comme seul le cinéma américain, quand il est maîtrisé par un très grand cinéaste, sait les élaborer. Et tant pis pour les p’tits jeunes qui se croient acteurs ou cinéastes. Qu’ils aillent prendre quelques leçons, et nous reviennent humbles — mais là, je crois que je rêve.


Les fossoyeurs du français, et les autres

À contrecourant de la tendance actuelle prônant le ratatinement de notre langue et sa simplification à outrance, un ouvrage se propose, lui, d’enrichir notre vocabulaire. Et c’est succulent. 200 mots rares et savoureux pour briller, de Marion Navenant (Éditions De Boeck Supérieur, 2023).


Une tribune publiée dans Le Monde le 15 octobre nous a appris l’existence du collectif Les linguistes atterré(e)s, ainsi que leur revendication : « il est urgent de mettre à jour notre orthographe » !

Des gens très sérieux, tel le linguiste Claude Hagège, du Collège de France, ou encore des autrices et des auteures (je n’ai pas compris la différence), telles Geneviève Brisac, Annie Ernaux ou Marie Desplechin font front commun pour moderniser notre orthographe[1]. Parmi leurs arguments chocs : 1878, date antédiluvienne à laquelle remontent les règles qui régissent notre langue actuelle. Les signataires appellent à mettre fin à cet obscurantisme à l’origine de « l’opacité de notre orthographe […] et du temps passé à enseigner ses bizarreries et incohérences au détriment de l’écriture créative » (sic). Ces gens très sérieux appellent à retrouver « une liberté de choix », quitte à s’acoquiner avec quelques incohérences. Si « l’idée n’est pas de tout simplifier ni d’écrire en phonétique », il est, selon eux, légitime d’écrire « ognon » et « nénufar ». La même honnêteté intellectuelle leur dicte : « la paresse et le moindre effort seraient de ne rien changer » (re-sic). Parce qu’ils débordent donc d’énergie, ils estiment que les pluriels en « -s » doivent systématiquement remplacer ceux en « -x », même s’ils reconnaissent qu’ « on ne distinguera plus « lieux » et « lieus », ni « feux » et « feus » ». À ce petit détail, les signataires renvoient au « contexte » de la phrase. Ces auteures, autrices et autres linguistes ont bénéficié d’un enseignement général leur permettant de savoir ce que veut dire le mot contexte. Or, les preuves ne manquent pas pour affirmer sans risque que nombre d’écoliers, aujourd’hui, doivent ignorer ce mot ; ce mot comme tant d’autres.

Dans ce contexte, si je suis dire, d’effondrement du niveau d’orthographe comme de vocabulaire, à l’école comme dans la vie publique et professionnelle, il est rassurant de voir que nous ne sommes pas qu’entourés de fossoyeurs de la langue française. Tout le monde ne souhaite pas être enterré avec elle.

L’essayiste Marion Navenant. D.R.

Ainsi Marion Navenant nous offre-t-elle un ouvrage réjouissant : 200 mots rares et savoureux pour briller. Pour briller où ? À une réunion de famille, au bureau, au restaurant, chez le médecin, devant ses enfants, devant son chat (!), en vacances, en voiture, entre amis, sur les réseaux sociaux, à un rendez-vous amoureux, à la maison… Autant de chapitres débordants chacun d’une quinzaine de mots, avec leur étymologie, leur définition et des exemples pour les employer en société.

On pioche avec régal : fourchon. Désigne une dent de fourchette. Cuilleron, la partie creuse d’une cuillère… Ailurophile, du grec ailouros, employé pour désigner un animal qui remue la queue… Pour faire le malin, ne dites plus « j’ai attrapé un coup de soleil », mais « j’ai attrapé une actinite », et apprenez aux ignares allongés au bord de la piscine que ce mot est formé de l’affixe d’origine grecque actino-, « radiation », et –ite, « inflammation ». Une inflammation due aux rayons de soleil, quoi !

Connaître quelques bribes de la richesse de notre vocabulaire permet aussi de dire tout ce qu’on pense. « Ce type me canule » fait meilleur effet que « ce type me fait ch*er » (explication p. 129). On peut aussi lancer, sans craindre les contresens : « Je vous invite à poculer ! » Pour ceux qui n’entendent rien au latin, poculum est un « coup à boire ». 

Grâce à nos auteures, autrices et autres linguistes atterré(e)s, les élèves de France penseront encore longtemps que controuvé est une méchante insulte, si ce mot arrive un jour à leurs oreilles. Les lecteurs de causeur.fr et de Marion Navenant apprendront, s’ils ne le savent déjà, que cela désigne quelque chose d’inventé. Une rumeur ou une fausse nouvelle n’est autre qu’une « histoire controuvée ».

Quoi que nous racontent Annie Ernaux et ses amis dans cette tribune du 15 octobre, tous font bien l’éloge de l’acédie. Définition page 77 !


200 mots rares et savoureux pour briller, de Marion Navenant, Éditions De Boeck Supérieur, 2023.

Chez le même éditeur :

49 petites histoires dans l’histoire de France, de Marc Lefrançois.

49 petites histoires dans l’histoire de l’Antiquité, de Clothilde Chamussy et Lucas Pacotte.


[1] https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/10/15/pourquoi-il-est-urgent-de-mettre-a-jour-notre-orthographe_6194603_3232.html

Hôpital Al-Ahli Arabi à Gaza: une bavure médiatique

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La frappe sur l’hôpital de Gaza nous rappelle que la guerre entre Israël et le Hamas se joue aussi sur le front de l’information et des images.


Même si on n’a pas de certitude absolue sur les faits, on peut déjà parler d’une immense bavure médiatique. Mardi, dès 20 heures, quelques minutes après les faits, des médias français et occidentaux annoncent 200, puis 500 morts, « dans une frappe israélienne sur un hôpital de Gaza ». J’aurais pu commettre la même bourde, tant cette conclusion semblait évidente, puisque c’est Israël qui bombarde Gaza. Mais très vite, l’armée israélienne dément toute responsabilité et fournit des éléments probants, y compris à Joe Biden, dont l’enregistrement d’une conversation entre deux membres du Hamas, étayant la thèse d’un tir raté du Jihad islamique. De plus, si le tir était parti d’Israël, il est difficile d’expliquer que les journalistes qui grouillent au sud du pays n’aient rien vu. Hier soir, la plupart des médias, soudainement très prudents, expliquaient qu’il y avait de la propagande partout, et qu’on ne pouvait rien savoir. Il y a de la propagande, évidemment, mais aussi des faits.

La responsabilité des médias est plus lourde que jamais

Et attention, nous ne sommes pas ici dans un débat théorique sur la guerre de l’information. Car un reportage diffusé à Paris ou Gaza peut entraîner des morts à Londres ou Arras. Et en l’occurrence, cette information (des Israéliens tuent des centaines de civils dans un hôpital) a déjà provoqué des manifestations devant plusieurs de nos ambassades. Résultat : tout le monde craint désormais la contagion émeutière, des chancelleries occidentales aux palais présidentiels des régimes de pays musulmans.


Est-ce alors la faute des médias occidentaux ? Non, soyons honnêtes. Les médias peuvent inspirer ou conforter un assassin d’opportunité dans nos villes. Mais pour les foules qui ont manifesté hier, cela ne change pas grand-chose. Elles vivent déjà à l’ère de la post-vérité.

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Même si on leur montrait des photos de membres du jihad envoyant le missile, elles resteraient convaincues que c’est un coup des sionistes. La haine d’Israël, attisée par l’ignorance, est manipulée par tous les pouvoirs. Et le mensonge de 2003 sur les armes irakiennes a durablement discrédité la parole américaine et occidentale, y compris dans les élites arabes.

Il est vain d’interdire la haine

Les manifestations ne se déroulent pas seulement à Téhéran ou à Tunis; il pourrait aussi s’en produire à Sarcelles ou Vénissieux.

Pourtant, il ne faut pas interdire ces manifestations à mon avis, même si elles sont clairement pro-Hamas, sauf quand le risque de trouble à l’ordre public est absolument manifeste. C’est d’ailleurs la position assez sage du Conseil d’État qui n’interdit pas d’interdire, mais exige du cas par cas sous la houlette des préfets plutôt qu’une directive ministérielle générale. Oui, on risque d’entendre des slogans écœurants, et il faudra les sanctionner. Mais ce n’est pas en interdisant la haine des juifs et d’Israël qu’on la fera disparaître.


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez notre directrice de la rédaction du lundi au jeudi dans la matinale de Patrick Roger

Rompre le silence musulman face à la barbarie du Hamas

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Les musulmans oseront-ils protester, en France, contre la barbarie islamiste du Hamas ? Oseront-ils se désolidariser de la haine qui se déverse sur les juifs indésirables ? Force est d’observer le phénomène inverse.

Cela n’a rien à voir avec l’islam ?

La « rue arabe » était même appelée par le Hezbollah, ce mercredi, à participer à un « jour de colère sans précédent », après le bombardement d’un hôpital de Gaza mardi soir. Le Hamas a immédiatement désigné Israël comme responsable de ce tir contre des civils, accusation reprise dans la foulée par l’extrême gauche française dévouée à la cause islamiste et à sa « résistance ».


Il semblait néanmoins, hier matin, que cette version soit démentie par les images: elles montreraient un tir raté provenant du jihad islamique. Quoi qu’il en soit, Israël demeure l’unique coupable aux yeux du monde musulman qui, depuis le 7 octobre, montre son soutien à la barbarie du Hamas. En dépit des horreurs indicibles commises au nom d’Allah contre des bébés, des femmes, des vieillards et des civils pacifistes plus généralement, c’est l’État hébreu qui est désigné par la foule comme « assassin » et « terroriste ». La sauvagerie contre des Israéliens (1400 morts), qui aurait dû être un repoussoir pour la cause palestinienne, a été excusée au nom d’un antisionisme fanatique, cautionné par Jean-Luc Mélenchon, travesti désormais en grand mufti de la Seine-Saint-Denis, perdu dans sa quête électoraliste.


« Ceci n’est pas l’islam », répètent ceux des musulmans qui s’horrifient des massacres mais qui n’entendent pas les dénoncer publiquement. Ce leitmotiv est constant depuis les premiers attentats islamistes en France[1]. En 2012, après les meurtres de Mohamed Merah, nous n’étions pas cent, place de la Bastille, à avoir répondu à l’appel de l’imam Chalghoumi pour protester contre ce terrorisme islamique. Pour avoir moi-même, le soir du massacre à Charlie-Hebdo, le 7 janvier 2015, intimé aux musulmans, sur RTL, de faire connaître leur désapprobation, j’ai dû essuyer les foudres de militants islamistes s’estimant insultés par ma demande.

Hassen Chalghoumi et Abdennour Bidar bien seuls

Après l’agression du Hamas, puis le meurtre de l’enseignant Dominique Bernard et enfin l’assassinat de deux Suédois à Bruxelles, l’imam Chalghoumi est resté le seul de sa communauté à s’indigner de ces crimes. Ni la Fondation de l’islam de France, ni le Conseil français du culte musulman, ni la Grande mosquée de Paris n’ont jugé bon de manifester publiquement ; au risque d’amalgamer dans l’opinion l’islamisme conquérant à l’islam vécu comme une religion intime.

Dans Le Monde de lundi[2], le philosophe musulman Abdennour Bidar invite à son tour, urgemment à « une parole claire, forte, responsable et courageuse des représentants de la communauté musulmane de France ! Des intellectuels, des engagés, des citoyens de culture musulmane ! ». Il explique : « Cette parole est indispensable, requise, cruciale tandis qu’à l’inverse demeurer dans le silence serait inexcusable. » Cependant, le silence musulman reste, hélas, assourdissant.


[1] Voir mon blog du 29 septembre 2014, Les faux résistants à l’Etat islamique

[2] https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/10/13/le-philosophe-abdennour-bidar-sur-l-attaque-du-hamas-contre-israel-vite-une-parole-claire-et-forte-des-representants-de-la-communaute-musulmane-de-france_6194215_3232.html

Encore une loi pour rien!

Le projet de loi concocté par le gouvernement ne permettra pas de mieux contrôler l’immigration. Les timides réformes administratives et judiciaires qu’il propose ne tiennent pas compte de l’évolution des flux d’arrivants et, surtout, n’ont rien de dissuasif pour quiconque les contournerait.


Cinq ans après l’adoption de la loi « Pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie », Emmanuel Macron et son gouvernement remettent leur ouvrage sur le métier[1], avec le projet de loi « Pour contrôler l’immigration, améliorer l’intégration ». Avec 137 000 nouvelles demandes d’asile et 320 000 primo-délivrances de titres de séjour enregistrées en 2022, la loi du 10 septembre 2018 est loin d’avoir atteint son objectif de « maîtrise de l’immigration ». Le nouveau projet de loi a-t-il des chances sérieuses de mieux faire ? C’est ce que prétend le gouvernement, qui propose pour cela quatre séries de mesures : réforme de l’asile, expulsion des étrangers qui menacent l’ordre public facilitée, sanction du travail illégal et renforcement des conditions d’accès au séjour.

Une réforme à la marge du système de l’asile, qui ne corrige aucun dysfonctionnement majeur

La réforme proposée comporte, d’un côté, des mesures concernant la gestion administrative de l’asile, et de l’autre des mesures relatives à l’énorme contentieux généré par les demandeurs (plus de 40 % des affaires traitées par les tribunaux administratifs en 2019).

S’agissant de la gestion administrative, le projet de loi propose de créer des guichets uniques « France Asile » regroupant les services des préfectures, de l’Office français de l’immigration et de l’intégration et de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le projet de loi modifie également les procédures – nombreuses et complexes –du contentieux de l’asile.

Concernant les procédures devant la Cour nationale du droit d’asile, le point le plus notable consiste en l’institution du juge unique pour examiner les recours. S’agissant des procédures devant le juge administratif, elles sont réduites au nombre de quatre, en fonction de l’urgence à statuer. Enfin, devant le juge des libertés et de la détention, la seule modification procédurale consiste en l’ajout d’un nouveau motif permettant de porter le délai de jugement des requêtes à quarante-huit heures (contre vingt-quatre), et de maintenir l’étranger en zone d’attente au-delà de quatre jours. Directement inspiré de l’affaire de l’Ocean Viking qui avait accosté à Toulon avec 234 demandeurs d’asile en novembre 2022, ce nouveau motif est le « placement en zone d’attente simultané d’un nombre important d’étrangers au regard des contraintes du service juridictionnel ». Il est toutefois à craindre que cette disposition devienne rapidement obsolète, tant il paraît improbable que le juge des libertés et de la détention, déjà débordé, parvienne à traiter en quarante-huit heures un contentieux dont la masse l’a empêché de se prononcer en vingt-quatre, dans un contexte d’inflation continue des arrivées.

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En supposant que ces mesures permettent de mieux administrer le système de l’asile, elles ne sont de nature ni à réduire le nombre de demandes d’asile, ni à améliorer le taux d’exécution des mesures d’éloignement des déboutés. Cet éloignement effectif dépend en effet du bon vouloir des pays d’origine. Ainsi, en 2021, plus de 120 000 obligations de quitter le territoire français ont été prononcées, et moins de 15 000 réalisés, un taux d’exécution de 12,5 %, l’un des plus faibles d’Europe.

En outre, aucune disposition du projet de loi n’a pour objet de dissuader les demandes d’asile infondées, alors même qu’une minorité de demandeurs seulement se voit octroyer la protection internationale. Au contraire, certaines mesures ne visent qu’à mieux préparer le système de l’asile à absorber un nombre croissant et massif de demandes, via l’extension du délai de jugement des décisions de placement en zone d’attente. Rien n’est donc fait pour corriger les principaux défauts du système : un taux d’exécution calamiteux des mesures d’éloignement conjugué à une absence de mesures dissuasives à l’égard des demandes infondées. Dans le projet de loi, les déboutés de l’asile ont donc toujours plus de chances de se maintenir sur le territoire national que de le quitter.

De timides mesures visant à mieux sanctionner les étrangers qui menacent gravement l’ordre public

En l’état actuel du droit, les étrangers ne peuvent être expulsés[2] que s’ils représentent une menace grave pour l’ordre public (article L631-1 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ou CESEDA) et s’ils ne bénéficient pas de l’une des nombreuses protections mentionnées aux articles L631-2 et L631-3.

Ainsi, l’article L631-2 ne permet l’expulsion d’un étranger parent d’enfant français mineur, conjoint de Français, résidant en France depuis plus de dix ans ou titulaire d’une rente d’accident du travail ou de maladie professionnelle, que si son maintien sur le territoire national menace la sûreté de l’État ou la sécurité publique. Deux exceptions sont toutefois prévues à ces protections : l’étranger condamné à une peine d’emprisonnement ferme d’au moins cinq ans et l’étranger vivant en situation de polygamie.

L’article L631-3 va plus loin et ne permet l’expulsion de certains étrangers – résidant habituellement en France depuis l’âge de 13 ans ; depuis plus de vingt ans ; depuis plus de dix ans et marié depuis quatre ans avec un Français ou un étranger vivant en France depuis l’âge de 13 ans ; depuis plus de dix ans et parent d’un enfant français mineur ; étranger malade ne pouvant bénéficier d’un traitement approprié dans son pays d’origine – qu’en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence. Les étrangers visés à cet article L631-3 peuvent toutefois être éloignés s’ils vivent en situation de polygamie ou si les faits à l’origine de la décision d’expulsion ont été commis à l’encontre de leur conjoint ou de leurs enfants.

Le projet de loi vient réduire l’étendue de ces protections : ce n’est plus la durée de la peine de prison effectivement infligée par le juge qui permet de prononcer une expulsion, mais la durée encourue. Le juge ne peut donc plus protéger d’une expulsion un étranger menaçant la sûreté de l’État ou la sécurité publique en le condamnant à une faible peine de prison.

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Il convient toutefois de relativiser la portée de ces dispositions. Pour tous les faits punis de moins de cinq ans de prison, l’étranger continue de bénéficier des protections des articles L631-2 et L631-3. En outre, la peine de prison d’au moins cinq ans n’est pas un motif suffisant d’expulsion, encore faut-il que l’État prouve que l’étranger continue de représenter une menace grave pour l’ordre public. Enfin, lorsqu’il est saisi d’une décision d’expulsion, le juge apprécie sa nécessité et sa proportionnalité, notamment à l’aune de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui protège le droit de toute personne « au respect de la vie privée et familiale » et a donné lieu à une abondante jurisprudence très protectrice des étrangers faisant l’objet de mesures d’expulsion.

On peut trouver surprenant qu’il existe des « protections » pour empêcher l’expulsion des étrangers menaçant l’ordre public, voire dont le comportement est de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État, ce qui laisse penser que l’État est plus soucieux de préserver le droit au séjour d’un étranger dangereux que la sécurité de ses propres citoyens.Vu l’étendue de ces protections, que le projet de loi préserve, l’expulsion devrait donc rester une mesure de police exceptionnelle (en 2022, seuls 341 arrêtés d’expulsion ont été ordonnés).

Lutter contre le recours au travail illégal et, « en même temps », régulariser les clandestins travaillant dans les métiers en tension

Le projet de loi crée une amende, pouvant aller jusqu’à 4 000 euros par travailleur, à l’égard des personnes qui emploieraient des étrangers n’ayant pas le droit de travailler. Il introduit « en même temps », à titre expérimental jusqu’en 2026, une carte de séjour temporaire mention « travail dans les métiers en tension », valant autorisation de travail. Pour bénéficier de cette carte, l’étranger devra exercer ou avoir exercé pendant au moins huit mois au cours des vingt-quatre derniers mois une activité salariée dans un métier ou une zone géographique en tension.

Ainsi, le gouvernement concocte-t-il un texte qui parvientà la fois à renforcer les sanctions contre le travail illégal et à permettre la régularisation des clandestins travaillant dans les métiers en tension, ce qui aura pour conséquence un recours accru au travail illégal. Bien loin de l’objectif de mieux contrôler l’immigration, ou d’améliorer l’intégration, le projet de loi crée ainsi une raison de plus de tenter d’entrer et de se maintenir irrégulièrement sur le territoire.

Un timide renforcement du contrôle de l’intégration des étrangers

Pour « améliorer l’intégration », le gouvernement propose d’obliger l’étranger qui demande un titre de séjour à s’engager à respecter une série de principes dits républicains – liberté personnelle, liberté d’expression et de conscience, égalité entre les femmes et les hommes, dignité de la personne humaine, devise et symboles de la République –, et à ne pas se prévaloir de ses croyances ou convictions pour s’affranchir des règles communes régissant les relations entre les services publics et les particuliers.

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Cette disposition, déjà prévue pour la carte de séjour pluriannuelle et la carte de résident, est étendue à la carte de séjour temporaire (annuelle). Toutefois, la délivrance de ce titre n’étant soumise à aucun prérequis linguistique, il est probable qu’un certain nombre d’étrangers signeront cet engagement sans en comprendre la lettre et encore moins l’esprit. En outre, les sanctions (refus, retrait ou non-renouvellement du titre) ne peuvent être prises qu’à des conditions très restrictives : manquements suffisamment graves et caractérisés et décision prise après avis de la commission du titre de séjour. Surtout, la sanction encourue doit être mise en balance avec le respect de la vie privée et familiale du demandeur, qui reste prioritaire.

Les locaux de la police aux frontières de Menton, près de la frontière italienne, 16 février 2023. Credit:Lionel Urman/SIPA

Le projet de loi conditionne également la délivrance de la carte de séjour pluriannuelle à un niveau minimal de connaissance de la langue française, là où cette délivrance n’est aujourd’hui conditionnée qu’à la participation assidue aux formations prévues dans le contrat d’intégration républicaine (CIR). Cette simple exigence d’assiduité explique qu’environ un quart des signataires du CIR n’atteigne pas le niveau A1 (le plus faible) à l’issue de son parcours, sans que cela fasse obstacle à la délivrance d’une carte de séjour pluriannuelle.

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Le niveau attendu pour la délivrance de cette carte doit être fixé par décret, mais il est peu probable qu’il soit supérieur à A1.À titre de comparaison, l’Italie exige un niveau A2 après deux ans de séjour, qui peuvent être prolongés d’un an, avant que le titre de séjour soit retiré et que l’étranger puisse faire l’objet d’une mesure d’éloignement. Même avec l’introduction de cette exigence linguistique – qui peut être contournée par la multiplication des cartes de séjour temporaires comme le suggère le directeur de l’OFII[3]–, la France resterait donc l’un des pays les moins exigeants d’Europe pour l’admission au séjour.

Comme en 2018, ce projet de loi relatif à l’immigration manque d’ambition, et ne peut être considéré comme permettant sérieusement de mieux « contrôler l’immigration » ni d’« améliorer l’intégration ». Les mesures proposées sont d’autant plus décevantes que plusieurs démocraties occidentales (Danemark, Royaume-Uni, États-Unis) ont proposé des réformes innovantes et efficaces de leurs politiques migratoires dans la période récente, dont la France aurait pu s’inspirer : externalisation de la gestion de l’asile à des pays tiers, restrictions du regroupement familial, instauration de quotas annuels… Dans ce contexte, les très timides mesures proposées, qui éludent totalement les sujets essentiels de l’acquisition de la nationalité et de l’immigration familiale, témoignent davantage d’un souhait de continuité de la politique actuelle que d’une volonté de réforme authentique. Le président de la République ne s’en cache d’ailleurs pas, lorsqu’il affirme, dans un entretien au Figaro du 2 août 2023, que la France « continuera d’être un pays d’immigration », et qu’il souhaite y conduire une « politique de peuplement ».


[1]Cette analyse porte sur la dernière version connue du PJL Immigrationprésentée par le Gouvernement au 1er semestre 2023

[2]. L’expulsion, à ne pas confondre avec l’éloignement, est une mesure de police administrative ne visant que les étrangers – en situation régulière ou non – représentant une menace pour l’ordre public.

[3]. Entretien au Figaro du 13 mars 2023.

Machiavel aux commandes

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La pièce de théâtre Piège pour un homme seul, de Robert Thomas (1927-1989), se joue actuellement à La Michodière, dans une mise en scène signée Michel Fau. Réjouissant!


Créée pour la première fois en 1960, aux Bouffes Parisiens, cette comédie policière connut un succès immédiat. La télévision s’en empara à deux reprises. Tout d’abord, ce fut Honeymoon with a stranger, en 1969, avec la resplendissante Janet Leigh, puis One of my wives is missing, en 1976. Alfred Hitchcock, le métaphysicien du cinéma, en racheta les droits, car l’intrigue correspondait à l’image qu’il se faisait de la précarité de l’homme face à l’adversité. Mais le maître disparut avant de pouvoir finaliser l’adaptation.

Pas le temps de souffler

De quoi parle la pièce riche en rebondissements et écrite avec la fluidité qu’impose le théâtre ? Daniel Corban est marié depuis trois mois. Il aime sa femme mais il y a déjà des tensions dans le couple. Lors d’une dispute, la femme fugue. Elle ne revient pas. Corban prévient la police et un commissaire de police atrabilaire et pointilleux mène l’enquête. Dans un chalet près de Chamonix, l’époux attend, se calmant les nerfs en buvant du Cognac. L’abbé Maximin, qui ressemble davantage à un catcheur qu’à un homme de Dieu, nouveau dans la paroisse, finit par ramener l’épouse contrariée. L’inspecteur va clore son enquête. Mais le mari ne reconnaît pas sa femme. Tandis que l’épouse reconnaît son mari. Qui dit vrai, qui ment ? Le spectateur hésite à prendre parti pour l’un des deux protagonistes. Parfois, il change d’avis. Le curé semble suspect, la femme connaît pourtant par cœur les détails de son mariage. Corban, quant à lui, se défend si mal… Malgré sa bonne bouille, on décèle dans son regard une certaine déraison. Il est dépressif, agité, un peu alcoolique sur les bords.

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La folie Fau

Corban est-il une victime ou est-ce un dangereux psychopathe qui mérite la camisole chimique ? De quel côté est la manipulation ? Michel Fau (Daniel Corban) donne au personnage cette dimension ambiguë qui rend perplexe le spectateur. Il est tantôt énervant, tantôt touchant. Parfois ses yeux ronds et noirs nous font penser à ceux de Michel Serrault dans le rôle du docteur Petiot (le film de Christian de Chalonge). La mise en scène est efficace, il n’y a jamais de temps mort, ce qui nous empêche de réfléchir et d’échafauder une hypothèse crédible.

Un conseil : laissez-vous emporter par la folie Fau, elle vous conduira à la vérité.

Piège pour un homme seul, de Robert Thomas, au Théâtre de La Michodière, mise en scène Michel Fau, avec Michel Fau, Régis Laspalès et Caterina Murino, à l’affiche jusqu’au 30 décembre 2023.

Le « oui mais » de Joe Biden aux Israéliens

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Le président Biden arrive aujourd’hui en Israël, où on va le voir poser devant les photographes avec le Premier ministre israélien. Il devait également se rendre en Jordanie. Mais la poignée de main prévue avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, les Jordaniens et les Égyptiens a été annulée, suite au dramatique bombardement sur un hôpital à Gaza (dont Tsahal assure ce matin qu’il va apporter les preuves de la responsabilité du Djihad islamique). La visite surprise de Biden au Proche-Orient démontre que les Américains n’ont pas confiance en Netanyahou. Washington veut conserver sa politique arabe, et tente d’empêcher ce dernier de la gâcher.


Joe Biden a annoncé, à la dernière minute, lundi soir, qu’il se rendrait en Israël et en Jordanie ce mercredi. Ce type de visite diplomatique surprise, et à haut risque, n’est pas dans les habitudes. Quels sont les objectifs de Joe Biden avec ce déplacement exceptionnel ? Un président américain qui se déplace dans un pays en guerre, sur lequel les missiles et roquettes tombent, est effectivement rare. Même si ce fut déjà le cas à Kiev l’année dernière.

Pourquoi Netanyahou est obligé de tenir compte de ce que Biden vient lui dire

Le président Biden doit montrer l’attachement absolu des États-Unis à l’État d’Israël, car son parti compte une petite faction pro-palestinienne, et une certaine opinion américaine commence à se dessiner en faveur des Palestiniens. L’Amérique a aussi été choquée par un crime de haine, près de Chicago, dans lequel un petit garçon musulman de 6 ans a été tué à coups de couteaux. Biden doit également réfréner Israël, empêcher que Tsahal investisse Gaza entièrement. La raison en est double : s’il y a trop de morts palestiniennes, alors la charge de la cruauté pourrait basculer sur Israël, et le sentiment pro-palestinien s’en nourrir. En se rendant sur place, en dépêchant une flotte américaine, et en expédiant des munitions et des moyens de lutte anti-aérienne, et donc quelques personnels militaires américains, Biden rend un service à Israël d’une telle magnitude que Netanyahou ne peut balayer la position américaine. Et le vaste sentiment pro-israélien sera conforté.

Biden craint-il une guerre mondiale ?

Enfin, Biden a peur qu’une confrontation militaire avec l’Iran déclenche une guerre plus grande, entre Israël et l’Iran. Pendant la Guerre du Golfe, en 1991, Israël a essuyé des SCUDs de Saddam Hussein, sans réagir, car la pression américaine en faveur de la retenue était énorme. Washington veut conserver sa politique arabe, et tente d’empêcher Netanyahou de la gâcher.

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Après avoir rappelé dans un premier temps son soutien indéfectible, et estimé que l’État hébreu pouvait riposter face au mal « à l’état pur », le président Biden peut-il réellement obtenir des concessions des Israéliens pour épargner des vies à Gaza ? C’est certain que Biden peut faire pression. Éventuellement, il pourrait même être un alibi pour Netanyahou, en donnant l’impression de forcer le Premier ministre à la retenue. Les Israéliens sont conscients qu’ils n’ont que les États-Unis comme ami majeur, les soutiens britannique, français et allemand ne faisant pas le poids. L’amitié chinoise et russe ne joue plus du tout, et les accords d’Abraham pourraient tomber à l’eau, si Israël envahissait Gaza et ne laissait pas les Gazaouis revenir après la guerre.

L’inimitié entre Téhéran et pratiquement tous les pays arabes est un atout. Si Biden transforme son intervention diplomatique et sa menace militaire en un exercice anti-iranien, personne ne le fustigera, bien au contraire. Donc c’est avec les Européens que Biden va réfréner Israël à Gaza, tout en bombant le torse face à l’Iran. Une unanimité de points de vue diplomatique. Les pays arabes lui sauront gré d’avoir empêché Israël de raser Gaza Nord, car ces mêmes pays, Arabie Saoudite en tête, pourront s’abriter derrière les États-Unis pour justifier leur hostilité au « Glaive de Fer », du nom de l’opération israélienne. De plus, Biden pourrait éventuellement révéler que le Hezbollah n’est pas un factotum absolu de Téhéran. En effet, si une guerre généralisée de la part du Hezbollah devait avoir lieu, le groupe libanais y survivrait-il ? N’est-ce pas un trop gros risque à prendre pour le Hezbollah ? En 2006 le Hezbollah a eu sa guerre. Mais en 2023 c’est la guerre de Téhéran. Et il n’y a pas de grandes retombées à espérer pour le Hebzbollah. Un affrontement Washington – Téhéran ferait plaisir à presque tous les régimes arabes.

L’issue diplomatique est décidément la plus rentable pour Washington. Le monde retient son souffle.

Pau: tyrannie trans sur un gynécologue

Le lynchage sur les réseaux sociaux d’un gynécologue qui a refusé d’examiner une femme « en transition de genre » témoigne de la terreur que les militants transsexuels font régner dans notre société. Il révèle aussi cette guerre plus ou moins sourde qu’ils livrent à la gent féminine. Récit.


Jets d’excréments sur des universitaires appelant à une approche vigilante et mesurée des questions de genre pour les mineurs, collégiens traités de « transphobes » parce qu’ils invoquent leur liberté de conscience face au prosélytisme transactiviste d’une association militant en classe, insultes contre l’Être Trans, collectif de personnes trans opposé au traitement des enfants, diffusion en milieu scolaire, via le Planning familial, d’une novlangue bannissant les mots mâle, femelle, masculin, féminin, changer de genre ou changer de sexe : nous assistons sans la voir à l’ascension d’une véritable trans-tyrannie.

Blasphème

En témoigne la mésaventure de Victor Acharian, gynécologue-obstétricien à Pau depuis une trentaine d’années. Début septembre, sa secrétaire accueille une nouvelle patiente arrivée par Doctolib. La dame, accompagnée de son partenaire, se plaint d’une douleur à la poitrine. Elle précise qu’elle est une femme en transition de genre sous traitement hormonal – ce qui explique probablement sa douleur. La secrétaire informe le docteur avec embarras que la patiente est en réalité un patient et que le motif du rendez-vous est une néo-poitrine douloureuse. Le docteur fait répondre qu’il n’est pas compétent pour les hommes et qu’il convient de consulter des services spécialisés dans ces traitements. La secrétaire rend compte de sa réponse. Le ton monte rapidement. La secrétaire est agressée verbalement et traitée de transphobe. Le couple éconduit repart furieux. Il se lâche sur le compte en ligne du praticien. Ce dernier répond sur le même ton : « Je n’ai aucune compétence pour m’occuper des hommes, même s’ils viennent dire à ma secrétaire qu’ils sont devenus femmes. Je ne soigne que les vraies femmes. » Erreur magistrale !

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Manifestement, on ne parle pas la novlangue trans en Béarn. Le médecin ignorait qu’il est aujourd’hui blasphématoire d’affirmer que l’espèce humaine est partagée en deux sexes définis par leur fonction reproductrice. Prétendre que la gynécologie est une médecine réservée aux femmes vaut lynchage en place publique. C’est ce qui s’est passé. Le nom de Victor Acharian de Pau est jeté en pâture sur les réseaux, attirant les vautours et leur haine. Une association connue pour être la Lucky Luke de la plainte pour transphobie annonce fièrement qu’elle porte l’affaire devant les tribunaux. En quelques heures, le profil professionnel du docteur Acharian est inondé d’avis négatifs, suscitant une contre-offensive vigoureuse de ses patientes. Face à cette fureur déchaînée, le gynécologue porte plainte contre le patient initial et contre la personne qui l’a balancé sur les réseaux sociaux. Tout ça pour une douleur à la poitrine d’un homme biologique exigeant d’être soigné comme une femme !

On ne peut pas nier la biologie

Cette histoire est symptomatique du transactivisme, violent, égocentrique, qui veut s’imposer dans des espaces réservés aux femmes. Pour la majorité des transsexuels qui veulent vivre leur vie sans s’exhiber ni se cacher, ce militantisme de la terreur dessert leur cause. C’est ce qu’explique Maddy, fondatrice de l’Être Trans : « Être une personne trans est un chemin exigeant à tout point de vue. Il faut beaucoup de courage pour trouver sa place et s’aimer soi-même. Dans l’affaire de ce gynécologue, il est incompréhensible que la personne sous traitement n’ait pas contacté son endocrinologue, qui était évidemment le mieux placé pour lui répondre ou l’adresser à un confrère. » Loin d’être anodin, le traitement hormonal requiert un suivi par un médecin expert, insiste Maddy : « Toutes les personnes trans savent qu’il est essentiel de comprendre les signes cliniques de son corps et l’impact du traitement. Les œstrogènespeuvent faire naître une poitrine susceptible de se développer avec l’âge, mais avec de fortes variations. Il y a forcément des désagréments, des douleurs en cours de pousse, une certaine rigidité pendant les phases d’hyperœstrogénie… Je ne m’explique pas que cette personne n’en ait pas été informée, et qu’elle ne soit pas suivie pour son traitement. »

Un esprit soupçonneux pourrait penser qu’il s’agissait d’un coup monté, d’agit-prop victimaire. Maddy s’interroge : « À peine le couple était-il sorti du cabinet que toute la transosphère était informée, SOS Homophobie était sur le coup pour déposer plainte. Pourquoi tant de haine et d’acharnement contre ce gynécologue qui a eu l’honnêteté de se déclarer incompétent pour aider un homme sous traitement féminisant ? Pourquoi choisir un gynécologue quand c’est un endocrinologue qui peut vous guérir? »

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L’épisode est aussi le dernier avatar de la guerre plus ou moins sourde que se livrent militants trans et féministes, les premiers exigeant que les transsexuelles puissent concourir dans les épreuves sportives féminines ou être incarcérées dans des prisons de femmes, ce qui a donné lieu à plusieurs agressions sexuelles. Là encore, le discours de Maddy tranche avec celui des associations sanctifiées par les médias : « L’espace gynécologique appartient aux femmes, pas aux transexuelles. On ne peut pas nier la biologie, elle s’impose à nous ! Chercher à s’imposer là où nous n’avons pas notre place n’a aucun sens. Cette attitude agressive et irrespectueuse dessert la cause des personnes trans. L’humilité et la persévérance sont les qualités essentielles d’une vie de transsexuelle. »

La clef, c’est que Maddy ne cherche pas à s’approprier le signifiant femme comme un fétiche : « À 8 ans j’étais convaincue d’être une fille alors qu’un pénis me poussait entre les jambes. J’ai été une adolescente enfermée dans un corps de garçon, puis une femme transsexuelle. Cela ne fait pas de moi une femme biologique. Dans une conversation de femmes, je suis la seule qui ne peut pas se référer au vécu d’une enfance façonnée par le fait d’être née fille. Être trans, c’est accepter cette réalité. C’est accepter que changer de sexe n’est pas possible, tout au plus peut-on rapprocher de l’apparence et de la fonctionnalité sexuelle. La vaginoplastie n’a de vagin que le nom ! Notre sexe est une zone morte, une plaie ouverte et tapissée.Du plaisir, nous ne ressentons que celui donné à la personne qu’on aime. C’est déjà beaucoup. Impossible d’avoir un enfant. Voilà la réalité d’être une femme trans. Malgré tout, je me sens femme et solidaire de la cause des femmes. S’il faut lutter contre l’activisme trans qui nie l’identité des femmes et sabote leurs droits, je serai du côté des féministes. C’est pourquoi je me tiens aujourd’hui au côté du docteur Acharian et de ses patientes. »

En France, les droites unies derrière Israël

Les droites françaises estiment qu’Israël a le droit de se défendre. Et estiment les démocraties occidentales également menacées. Mais elles se défendent de toute récupération politique… Analyses.


Les actes terroristes islamistes sanguinaires perpétrés par le Hamas sur la terre d’Israël ont fait des émules, comme on pouvait le craindre.
Vendredi dernier, en France, à Arras, le professeur Dominique Bernard a été poignardé dans son établissement scolaire par un sectateur de l’islam radical, tandis que Bruxelles vient d’être frappée lundi soir par une attaque terroriste.
Cette violence barbare vise à exterminer les Juifs et, plus largement, œuvre pour la faillite de la civilisation occidentale.

Complaisances : la gauche sur le banc des accusés

Alors qu’on est en pleine tragédie, la macronie est frileuse et peine à admettre, à la différence d’un Éric Zemmour, qu’une guerre de civilisation se profile. Même si c’est assez vigoureusement que le gouvernement a condamné la propension des « insoumis » à caresser l’islamisme dans le sens de la barbe.

Les partis de la droite dite « extrême » ou « nationale », Rassemblement national et « Reconquête », sans pour autant s’allier, ont évidemment les mots les plus offensifs. Ces partis proposent également les solutions les plus fermes pour fermer nos frontières aux ennemis de la France, et ils fustigent à qui mieux mieux la funeste collusion de LFI avec l’islamisme. Quant à l’aile conservatrice des Républicains, plus mesurée dans la forme, elle n’en alerte pas moins sur le danger que représente pour notre pays cet islamisme invasif, et condamne aussi la liaison dangereuse qu’entretient LFI avec ledit islamisme – et entend désormais proposer des solutions claires pour enrayer une immigration devenue débridée.

La macronie bousculée

Dans ce combat, la macronie ne propose, elle, que ses habituelles formules creuses et racoleuses, et en profite pour tenter de refourguer un projet de loi sur l’immigration dont beaucoup craignent qu’il soit inopérant.

Après l’acte terroriste d’Arras, notre Résistant de la République a réitéré son exhortation à rester « unis et debout » et à faire le « choix de ne pas céder à la terreur et de rien laisser nous diviser ». Quant à la fusillade meurtrière de Bruxelles, elle lui a inspiré cette pénétrante constatation : « Notre Europe est bousculée. »

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Alors que la barbarie investit l’école, Brigitte Macron, dont on connaît l’implication en matière d’éducation, épaule vaillamment son époux dans son combat contre un obscurantisme aussi violent que sanglant, et a annoncé des mesures de nature à rasséréner, à coup sûr, parents, élèves et professeurs : « Il y aura de plus en plus de formations à la tolérance, à la bienveillance. » Il s’agira de « rassurer » les élèves, de « leur dire le monde sans les angoisser ». Gérald Darmanin, lui, affirme la nécessité d’adopter urgemment l’idéal projet de loi sur l’immigration proposé par le gouvernement ; projet dont on sait qu’il allie « l’humanité », avec la régularisation des étrangers pour les « métiers en tension », à « la fermeté » requise pour lutter contre l’immigration illégale. On a bien compris que ce projet de loi ne saurait fermer nos frontières à une immigration illégale protégée par la jurisprudence, la complexité normative et les cours internationales. La macronie veut continuer à paraître, dans la posture comme dans l’imposture. Il s’agit de préserver avec des incantations qui tiennent lieu d’action le mirage d’un vivre-ensemble éculé et de proposer, pour faire mine d’enrayer l’immigration exponentielle, quelques solutions qui font figure d’emplâtres destinés à une jambe de bois…

RN et « Reconquête » à l’offensive

Après les attentats terroristes du Hamas sur le sol israélien, Éric Zemmour, chef du parti « Reconquête », a assuré Israël de son soutien indéfectible puis, l’un des premiers, a évoqué l’éventualité d’une guerre de civilisation menée à l’identique sur le sol français. Les exactions du Hamas n’allaient pas manquer d’inspirer une frange de la population arabo-musulmane importée massivement sur notre sol depuis une quarantaine d’année, encouragée par la politique démagogue de LFI à son égard[1]. Éric Zemmour a rappelé : « il y a eu, en 2022, lors de la campagne pour l’élection présidentielle, l’émergence, l’accouchement d’un peuple islamo-gauchiste, sous les auspices de Jean-Luc Mélenchon. » Après l’assassinat du professeur Dominique Bernard, Éric Zemmour s’est à nouveau exprimé, toujours sans mâcher ses mots : « Les politiciens ont importé la mort sur notre sol. L’immigration porte la guerre de civilisation comme la nuée porte l’orage. Semaine après semaine, je vous alerte. » Il a poursuivi : « Tirons enfin les leçons, arrêtons l’immigration, interdisons les Frères musulmans, expulsons les fichés S islamistes. »

Marine Le Pen, pas plus qu’Éric Zemmour, n’édulcore son propos. Dans l’émission Les 4 vérités, sur France 2, elle souligne, sans langue de bois, la gageure que constitue l’union nationale préconisée en pareil contexte politique : « On va faire l’union nationale avec qui ? Avec la France insoumise ? Avec un gouvernement qui met en place une loi sur l’immigration qui crée une nouvelle filière d’immigration en régularisant les clandestins qui travaillent ? »  Elle ajoute, claire : « Il faut que toute personne étrangère soit expulsée de notre territoire quand elle fraye avec l’islamisme. » Dans l’hémicycle, on a pu également voir la patronne du Rassemblement national rappeler à Mathilde Panot les accointances sordides de LFI avec les islamistes : « Vos amis (…), Madame Panot, jettent le corps des femmes derrière les pickups et ils crachent dessus après les avoir violées et les avoir démembrées. »


La droite, affaiblie, se ralliera-t-elle à Darmanin ou à la droite nationale ?

À droite, la branche conservatrice des Républicains semble partager les positions de la droite qualifiée « d’extrême » par ses détracteurs. François-Xavier Bellamy, dont on se souvient qu’il avait parrainé Éric Zemmour lors de la présidentielle et assuré qu’il voterait pour le candidat de « Reconquête » s’il était au second tour face à Emmanuel Macron, s’est exprimé sur l’antenne de Sud Radio. Il y a posément dénoncé la faiblesse du pouvoir en place, l’indécente irresponsabilité des « Insoumis », et souligné la vanité du projet de loi de Gérald Darmanin qui, en aucun cas, ne nous rendrait la maîtrise de nos frontières, et a conclu : « Nous devons refondre notre politique migratoire en rendant la parole aux Français, par référendum. »

Face aux menaces contre notre civilisation, les droites auraient peut-être intérêt à s’allier pour faire front contre la politique du « en même temps » qui, en raison de sa faiblesse, a favorisé l’expansion de l’islamisme en France. Unies, elles pourraient également contrer Jean-Luc Mélenchon et ses affidés islamo-gauchistes qui concourent à déstabiliser le pays.

Quant à nous, Français, relisons les écrits de Raymond Aron. Ils pourront éclairer utilement, en ces temps troublés, nos choix politiques. Dans le contexte historique actuel, où la fragilité des démocraties est à nouveau évidente, la pensée de celui qui affirma : « Nulle doctrine n’est plus utopique que celle qui rassemble des éléments raisonnables (…) Inversement, la pensée totalitaire qui prétendrait ramener une société entière à un principe unique, verserait dans un fanatisme plus redoutable encore » peut nous servir de phare. Celui qui fut philosophe, sociologue, politologue, professeur et journaliste avait également dit : « Quand les hommes ne choisissent pas, les évènements choisissent pour eux », nous y voilà.


[1] À ce propos, on relèvera la dernière marque d’allégeance à l’islamisme donnée par LFI : l’« Insoumise » Danièle Obono vient de s’illustrer en qualifiant mardi le Hamas « de mouvement de résistance ».

Sir Keir Starmer: futur Premier ministre britannique?

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Sir Keir Starmer à la Conférence annuelle du Parti travailliste, à Liverpool, le 10 octobre 2023 © Michael Bowles /Shutterstock/SIPA

Après une convention annuelle réussie à Liverpool, la semaine dernière, le leader du Parti travailliste britannique, Keir Starmer, se rêve en futur Premier ministre de la Grande-Bretagne. Portrait.


Keir Starmer est la figure politique montante de la Grande-Bretagne. Cet avocat pénaliste, élu député en 2015 puis président du Labour en 2020, après la défaite historique de son parti aux élections législatives de décembre 2019, est en position de force face au Parti conservateur (Tories), usé par ses treize années au pouvoir. L’allocution finale du leader travailliste à Liverpool, devant un amphithéâtre comble fut une partie de plaisir, malgré l’irruption impromptue d’un militant à la tribune, qui a arrosé le chef du Labour de paillettes au début de son discours. Le message de Starmer était clair : le parti travailliste gagnera sûrement les prochaines élections et doit se préparer à gouverner. Mais il a averti ses militants : la tâche à relever sera rude ! « Vous pensez que notre travail en 1997 a consisté à reconstruire un service public en ruines ? Qu’en 1964, il a consisté à moderniser notre économie dépassée ? Et en 1945, à reconstruire une nouvelle Grande-Bretagne pour la sortir du traumatisme du sacrifice collectif ? Eh bien, en 2024, ce devra être les trois à la fois !» Pas de pitié, donc, pour le bilan des conservateurs.

Sunak : le Macron britannique ?

Sir Keir Starmer a vu juste dans son discours, en accusant ses opposants de ne rien comprendre aux problèmes du peuple : « Rishi Sunak et les hommes et femmes superficiels de Westminster sont incapables de voir, incapables d’écouter, incapables de se mettre à votre place et de servir ce pays. Et ils ne changeront pas. Ils n’ont pas même changé durant la pandémie lorsque notre pays s’est rassemblé pour suivre les règles : celles qu’ils ont eux-mêmes fixées et brisées. » L’image des conservateurs est effectivement bien ternie depuis les révélations de fêtes et de réceptions organisées au 10 Downing Street durant le confinement de 2020, lorsque Boris Johnson était Premier ministre. En plus de cela, Keir Starmer souligne bien la réputation hautaine et dépensière de ses opposants, dès le début de son discours : « Le champion auto-proclamé des automobilistes, qui a dû emprunter la voiture d’un employé de magasin pour sa séance de photo. Un homme qui porte un regard attentif à la crise de l’inflation – depuis son hélicoptère de proximité. » Les rires éclatent alors dans l’assistance, où plusieurs se souviennent des critiques émises par les travaillistes à l’encontre du Premier ministre Rishi Sunak et de son chancelier Jeremy Hunt, à cause de leur usage de jets ou d’hélicoptères pour leurs déplacements en Grande-Bretagne. D’ailleurs, le Premier ministre s’est rendu à Manchester en avion au début du mois, pour la conférence annuelle des Tories, alors que le même jour il annonçait l’annulation du projet HS2 (High speed 2), qui devait relier Birmingham à Manchester par un train à grande vitesse… Milliardaire, Rishi Sunak peine encore à démontrer sa proximité avec les Britanniques « ordinaires » et Starmer, en bon travailliste en profite pour le décrédibiliser : rien de plus facile.

Objectif croissance

Keir Starmer veut y croire : son parti est prêt à remplacer les Tories d’ici la prochaine élection, prévue au plus tard en janvier 2025 – et qui pourrait avoir lieu à la fin de l’année prochaine. Au-delà de son discours offensif à l’égard des conservateurs, il a souhaité s’imposer comme le candidat du vrai changement : « Il est temps de construire un million et demi de nouvelles maisons à travers le pays. De créer des opportunités pour tous les primo-accédants dans chaque localité. De développer de nouvelles corporations avec le pouvoir d’éliminer les blocages. D’avoir de nouvelles infrastructures pour permettre aux familles et aux communautés de s’agrandir. D’avoir des routes, des tunnels et des centrales électriques – construits plus rapidement et pour moins cher. »

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Bref, Starmer souhaite montrer aux Britanniques que contrairement aux conservateurs, il possède la vision et l’ambition pour donner un nouveau dynamisme à son pays. Il souhaite ramener la croissance économique par la relance, en appliquant la bonne vieille doctrine keynésienne – dont les conservateurs sont souvent tout aussi adeptes. Mais attention, ce n’est pas le keynésianisme des Tories, fait de « réponses faciles » ou de « réductions d’impôts pour les riches », mais une économie qui profite à tous, en particulier aux « travailleurs ».

Émouvoir

Par ses références récurrentes à sa famille, d’origine effectivement modeste, Starmer a souhaité regagner les classes populaires, après la razzia de Boris Johnson en 2019 : « J’essaie de mon mieux de ne pas mentionner la maison où j’ai grandi. Mais sérieusement : cette maison en crépi représentait tout pour ma famille. Elle nous a donné de la stabilité pendant la crise de l’inflation des années 1970. Ella a servi de tremplin pour le voyage que j’ai entrepris durant ma vie. Et je crois que chaque famille mérite la même chose. » Starmer a grandi dans le comté de Surrey, au sud de la capitale. Sa mère était infirmière et son père ouvrier d’usine. Mais, au-delà de ces considérations familiales, le leader travailliste doit encore expliquer comment il compte financer son million et demi de maisons, alors que la dette britannique s’élève à plus de 2 600 milliards d’euros et que le taux directeur de la banque d’Angleterre s’établit à 5,25%. La chancelière du cabinet fantôme, Rachel Reeves, ex-économiste de la Banque d’Angleterre, l’a bien rappelé dans son discours, l’heure n’est pas à la dépense : « Je ne sous-estime pas l’ampleur de la tâche qui nous attend, ni les problèmes dont nous hériterions au gouvernement. Ils exigeront un travail dur, de la détermination et des décisions courageuses. » Le programme économique du Labour, encore très sommaire, mérite donc des précisions…

Gagner chaque vote et de la crédibilité…

Le Labour doit désormais faire face à un défi : démontrer sa crédibilité. Pour cela, il faut aussi des membres compétents pour le futur gouvernement. Et hormis la probable future chancelière de l’échiquier, Rachel Reeves, la compétence des membres du gouvernement fantôme de Starmer laisse songeur. Diane Abbott, Ministre de l’Intérieur du cabinet fantôme, un poste clé, est connue pour ses propos anti-blancs répétés depuis les années 1990 et ses positions ambigües sur l’antisémitisme au mois d’avril, cette année. Ils lui ont d’ailleurs valu une suspension de son poste pendant quelques jours, à la suite d’une interview sur Sky News, avant qu’elle ne se rétracte. Le combat du leader travailliste depuis son arrivée en poste est précisément de mettre fin à une phase sombre de l’histoire du parti, où les figures antisémites ne manquaient pas, à commencer par l’ancien maire travailliste de Londres, Ken Livingston.

Pourtant, le dernier sondage de l’institut YouGov, en date du 12 octobre, donne le Labour largement en tête des intentions de vote, avec 45%, contre 29% pour le parti conservateur. Les travaillistes ont donc de fortes chances de remporter une majorité absolue aux Communes (environ 343 sièges sur 650). Mais de tels sondages révèlent surtout d’un rejet du parti au pouvoir et le Labour doit désormais susciter un vote d’adhésion. « Get Britain’s future back » est l’actuel slogan de campagne de Starmer. D’accord, mais on attend son programme.

«Killers of the flower moon»: un grand Scorsese, un grand De Niro, un très grand film

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Robert De Niro et Leonardo DiCaprio dans « Killers of the Flower Moon » (2023) de Martin Scorsese © AppleTV+

Après la projection à Cannes de Killers of the flower moon, le public s’était levé pour une standing ovation de cinq minutes à Scorsese et à ses acteurs. Etait-ce mérité, ou était-ce juste l’hommage obligé des professionnels de la profession à un octogénaire qui a beaucoup donné au cinéma ? Notre chroniqueur est allé hier mercredi à la première heure se rendre compte de ce qu’il en était. Il en est revenu conquis.


Lire aussi, dans notre magazine en kiosques, la critique de Jean Chauvet • 

Scorsese aurait rêvé toute sa vie de faire un western, paraît-il. Eh bien le voici — ce qui nous amène à expliciter ce qu’est le western.

Rappelez-vous How the West was won — un titre édulcoré en français par La Conquête de l’Ouest (1962). Le film, en 70mm, avait mobilisé trois réalisateurs familiers du western — Ford, Hathaway et Marshall —, et une pléiade d’acteurs qui s’étaient illustrés depuis trente ans dans les films les plus célèbres du genre — Henry Fonda, Gregory Peck, James Stewart, John Wayne, Eli Wallach et j’en passe. Pesez bien le sens du titre américain : Comment l’Ouest fut conquis. Conquis sur qui ?

Fleurs de sang

Le film de Scorsese, immense film politique s’il en fut, répond à la question : la terre fut conquise sur les Indiens. Les Indiens de toutes origines et de toutes tribus, passés en un siècle de plusieurs dizaines de millions à moins de 100 000.

Et ça ne s’est pas arrêté aux années 1880. Scorsese raconte l’histoire vraie du massacre des indiens Osage, parqués dans une réserve d’Oklahoma — mais le traité stipulait qu’ils étaient propriétaires des ressources du sol et du sous-sol, que l’on pensait bien pauvres. Fatalitas ! Ça regorgeait de pétrole, et voilà nos sauvages riches à millions.

Oui, mais le Blanc n’est pas partageux. Alors il en tua quelques dizaines, pour récupérer leurs titres de propriété. C’est cette éradication tribale que raconte Killers of the flower moon (la « flower moon » est celle du mois de mai, quand la prairie fleurit — très beau plan d’iris sauvages blancs et bleus, à ceci près que les fleurs cultivées par les protagonistes blancs sont plutôt des fleurs de sang).

Et à ce jeu du vilain absolu, Robert De Niro, qui s’était ces dernières années égaré dans des productions lucratives et lamentables, fournit une prestation stupéfiante. Il ne gesticule pas, ne se lance pas dans de grands discours : il regarde, simplement, et ce qui passe dans son regard est de la haine et de la cruauté à l’état brut.

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Quand on écoute des interviews de De Niro, on est frappé par la pauvreté de ses propos. En fait, il illustre à merveille la théorie de Diderot et son Paradoxe du comédien : « C’est l’extrême sensibilité qui fait les acteurs médiocres : c’est la sensibilité médiocre qui fait la multitude des mauvais acteurs ; et c’est le manque absolu de sensibilité qui prépare les acteurs sublimes. » Voilà : De Niro (et à un moindre degré Di Caprio, qui a depuis longtemps compris que se cantonner dans les rôles de petite gouape à belle gueule ne le mènerait pas bien loin, et qui s’est épaissi, malmené, défiguré, jusqu’à ne plus être qu’un bloc de granit susceptible de toutes les expressions) ne joue pas, il devient à chaque fois le personnage qu’il incarne. Il disparaît derrière son personnage. Cybill Shepherd, sa partenaire de Taxi Driver, a raconté que dans une scène où il la menace, elle avait tellement cru à sa violence qu’elle tourne la tête, malgré elle, vers l’équipe de tournage pour quêter une aide, au cas où. C’est bien pire ici : ce que De Niro fait passer à chaque plan est une préfiguration de l’Enfer.

3h 1/2 de splendeur

Le film est long, il n’est pas trop long : l’enfer ne s’ouvre pas du jour au lendemain, il fallut près d’une soixantaine de morts avant que le FBI, que Hoover venait de créer, se décide à enquêter. Pendant ce temps, les Osages, diabétiques à force de manger comme les Blancs (à Marseille, le principal centre anti-diabétique est à la limite des quartiers musulmans du Nord, parce que le régime Coca / sodas, en sus du couscous, induit des pathologies « blanches » dans des organismes qui n’étaient pas préparés aux poisons de la civilisation avancée qu’est la nôtre), meurent à petit feu. Lily Gladstone, vraie indienne qui pourrait bien être la première « native » nominée pour un Oscar, joue splendidement le rôle de la fleur de prairie qui s’étiole et voit mourir sa famille autour d’elle, de façon plus ou moins violente.

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L’Ouest fut « gagné » par la poudre, et pas autrement. Les États-Unis aiment le sang, ils aiment la guerre, qui sert leurs intérêts commerciaux. Il n’y a aucun conflit — y compris les deux guerres mondiales — où ils soient entrés avec une autre idée que de se tailler des empires commerciaux.

C’est l’effet biblique assumé. Dieu leur a donné des territoires prétendument vierges — qu’ils se sont chargés d’assainir des tiques à peaux rouges qui les peuplaient. Killers of the flower moon tire la leçon ultime de cette conception religieuse de la propriété — et rassurez-vous, quoique condamnés, les tueurs n’ont pas fini leur vie en prison.

Prévoyez 3h1/2 de splendeur. Vous ne serez pas déçus, chaque plan est maîtrisé dans le moindre détail. L’insertion de photos noir et blanc, de fragments de films muets, donne le sentiment du temps qui passe sans peser sur le spectateur. C’est une merveille, comme seul le cinéma américain, quand il est maîtrisé par un très grand cinéaste, sait les élaborer. Et tant pis pour les p’tits jeunes qui se croient acteurs ou cinéastes. Qu’ils aillent prendre quelques leçons, et nous reviennent humbles — mais là, je crois que je rêve.


Les fossoyeurs du français, et les autres

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Le prix Nobel de littérature Annie Ernaux, ici photographiée en décembre 1996, aimerait bien simplifier la langue française, décidément bien trop compliquée © ANDERSEN ULF/SIPA

À contrecourant de la tendance actuelle prônant le ratatinement de notre langue et sa simplification à outrance, un ouvrage se propose, lui, d’enrichir notre vocabulaire. Et c’est succulent. 200 mots rares et savoureux pour briller, de Marion Navenant (Éditions De Boeck Supérieur, 2023).


Une tribune publiée dans Le Monde le 15 octobre nous a appris l’existence du collectif Les linguistes atterré(e)s, ainsi que leur revendication : « il est urgent de mettre à jour notre orthographe » !

Des gens très sérieux, tel le linguiste Claude Hagège, du Collège de France, ou encore des autrices et des auteures (je n’ai pas compris la différence), telles Geneviève Brisac, Annie Ernaux ou Marie Desplechin font front commun pour moderniser notre orthographe[1]. Parmi leurs arguments chocs : 1878, date antédiluvienne à laquelle remontent les règles qui régissent notre langue actuelle. Les signataires appellent à mettre fin à cet obscurantisme à l’origine de « l’opacité de notre orthographe […] et du temps passé à enseigner ses bizarreries et incohérences au détriment de l’écriture créative » (sic). Ces gens très sérieux appellent à retrouver « une liberté de choix », quitte à s’acoquiner avec quelques incohérences. Si « l’idée n’est pas de tout simplifier ni d’écrire en phonétique », il est, selon eux, légitime d’écrire « ognon » et « nénufar ». La même honnêteté intellectuelle leur dicte : « la paresse et le moindre effort seraient de ne rien changer » (re-sic). Parce qu’ils débordent donc d’énergie, ils estiment que les pluriels en « -s » doivent systématiquement remplacer ceux en « -x », même s’ils reconnaissent qu’ « on ne distinguera plus « lieux » et « lieus », ni « feux » et « feus » ». À ce petit détail, les signataires renvoient au « contexte » de la phrase. Ces auteures, autrices et autres linguistes ont bénéficié d’un enseignement général leur permettant de savoir ce que veut dire le mot contexte. Or, les preuves ne manquent pas pour affirmer sans risque que nombre d’écoliers, aujourd’hui, doivent ignorer ce mot ; ce mot comme tant d’autres.

Dans ce contexte, si je suis dire, d’effondrement du niveau d’orthographe comme de vocabulaire, à l’école comme dans la vie publique et professionnelle, il est rassurant de voir que nous ne sommes pas qu’entourés de fossoyeurs de la langue française. Tout le monde ne souhaite pas être enterré avec elle.

L’essayiste Marion Navenant. D.R.

Ainsi Marion Navenant nous offre-t-elle un ouvrage réjouissant : 200 mots rares et savoureux pour briller. Pour briller où ? À une réunion de famille, au bureau, au restaurant, chez le médecin, devant ses enfants, devant son chat (!), en vacances, en voiture, entre amis, sur les réseaux sociaux, à un rendez-vous amoureux, à la maison… Autant de chapitres débordants chacun d’une quinzaine de mots, avec leur étymologie, leur définition et des exemples pour les employer en société.

On pioche avec régal : fourchon. Désigne une dent de fourchette. Cuilleron, la partie creuse d’une cuillère… Ailurophile, du grec ailouros, employé pour désigner un animal qui remue la queue… Pour faire le malin, ne dites plus « j’ai attrapé un coup de soleil », mais « j’ai attrapé une actinite », et apprenez aux ignares allongés au bord de la piscine que ce mot est formé de l’affixe d’origine grecque actino-, « radiation », et –ite, « inflammation ». Une inflammation due aux rayons de soleil, quoi !

Connaître quelques bribes de la richesse de notre vocabulaire permet aussi de dire tout ce qu’on pense. « Ce type me canule » fait meilleur effet que « ce type me fait ch*er » (explication p. 129). On peut aussi lancer, sans craindre les contresens : « Je vous invite à poculer ! » Pour ceux qui n’entendent rien au latin, poculum est un « coup à boire ». 

Grâce à nos auteures, autrices et autres linguistes atterré(e)s, les élèves de France penseront encore longtemps que controuvé est une méchante insulte, si ce mot arrive un jour à leurs oreilles. Les lecteurs de causeur.fr et de Marion Navenant apprendront, s’ils ne le savent déjà, que cela désigne quelque chose d’inventé. Une rumeur ou une fausse nouvelle n’est autre qu’une « histoire controuvée ».

Quoi que nous racontent Annie Ernaux et ses amis dans cette tribune du 15 octobre, tous font bien l’éloge de l’acédie. Définition page 77 !


200 mots rares et savoureux pour briller, de Marion Navenant, Éditions De Boeck Supérieur, 2023.

Chez le même éditeur :

49 petites histoires dans l’histoire de France, de Marc Lefrançois.

49 petites histoires dans l’histoire de l’Antiquité, de Clothilde Chamussy et Lucas Pacotte.


[1] https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/10/15/pourquoi-il-est-urgent-de-mettre-a-jour-notre-orthographe_6194603_3232.html

Hôpital Al-Ahli Arabi à Gaza: une bavure médiatique

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Hopital Al-Ahli Arabi, Gaza, 18 octobre 2023 © Atia Darwish apaimages/SIPA

La frappe sur l’hôpital de Gaza nous rappelle que la guerre entre Israël et le Hamas se joue aussi sur le front de l’information et des images.


Même si on n’a pas de certitude absolue sur les faits, on peut déjà parler d’une immense bavure médiatique. Mardi, dès 20 heures, quelques minutes après les faits, des médias français et occidentaux annoncent 200, puis 500 morts, « dans une frappe israélienne sur un hôpital de Gaza ». J’aurais pu commettre la même bourde, tant cette conclusion semblait évidente, puisque c’est Israël qui bombarde Gaza. Mais très vite, l’armée israélienne dément toute responsabilité et fournit des éléments probants, y compris à Joe Biden, dont l’enregistrement d’une conversation entre deux membres du Hamas, étayant la thèse d’un tir raté du Jihad islamique. De plus, si le tir était parti d’Israël, il est difficile d’expliquer que les journalistes qui grouillent au sud du pays n’aient rien vu. Hier soir, la plupart des médias, soudainement très prudents, expliquaient qu’il y avait de la propagande partout, et qu’on ne pouvait rien savoir. Il y a de la propagande, évidemment, mais aussi des faits.

La responsabilité des médias est plus lourde que jamais

Et attention, nous ne sommes pas ici dans un débat théorique sur la guerre de l’information. Car un reportage diffusé à Paris ou Gaza peut entraîner des morts à Londres ou Arras. Et en l’occurrence, cette information (des Israéliens tuent des centaines de civils dans un hôpital) a déjà provoqué des manifestations devant plusieurs de nos ambassades. Résultat : tout le monde craint désormais la contagion émeutière, des chancelleries occidentales aux palais présidentiels des régimes de pays musulmans.


Est-ce alors la faute des médias occidentaux ? Non, soyons honnêtes. Les médias peuvent inspirer ou conforter un assassin d’opportunité dans nos villes. Mais pour les foules qui ont manifesté hier, cela ne change pas grand-chose. Elles vivent déjà à l’ère de la post-vérité.

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Même si on leur montrait des photos de membres du jihad envoyant le missile, elles resteraient convaincues que c’est un coup des sionistes. La haine d’Israël, attisée par l’ignorance, est manipulée par tous les pouvoirs. Et le mensonge de 2003 sur les armes irakiennes a durablement discrédité la parole américaine et occidentale, y compris dans les élites arabes.

Il est vain d’interdire la haine

Les manifestations ne se déroulent pas seulement à Téhéran ou à Tunis; il pourrait aussi s’en produire à Sarcelles ou Vénissieux.

Pourtant, il ne faut pas interdire ces manifestations à mon avis, même si elles sont clairement pro-Hamas, sauf quand le risque de trouble à l’ordre public est absolument manifeste. C’est d’ailleurs la position assez sage du Conseil d’État qui n’interdit pas d’interdire, mais exige du cas par cas sous la houlette des préfets plutôt qu’une directive ministérielle générale. Oui, on risque d’entendre des slogans écœurants, et il faudra les sanctionner. Mais ce n’est pas en interdisant la haine des juifs et d’Israël qu’on la fera disparaître.


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez notre directrice de la rédaction du lundi au jeudi dans la matinale de Patrick Roger

Rompre le silence musulman face à la barbarie du Hamas

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Tel Aviv, 18 octobre 2023 © Petros Giannakouris/AP/SIPA

Les musulmans oseront-ils protester, en France, contre la barbarie islamiste du Hamas ? Oseront-ils se désolidariser de la haine qui se déverse sur les juifs indésirables ? Force est d’observer le phénomène inverse.

Cela n’a rien à voir avec l’islam ?

La « rue arabe » était même appelée par le Hezbollah, ce mercredi, à participer à un « jour de colère sans précédent », après le bombardement d’un hôpital de Gaza mardi soir. Le Hamas a immédiatement désigné Israël comme responsable de ce tir contre des civils, accusation reprise dans la foulée par l’extrême gauche française dévouée à la cause islamiste et à sa « résistance ».


Il semblait néanmoins, hier matin, que cette version soit démentie par les images: elles montreraient un tir raté provenant du jihad islamique. Quoi qu’il en soit, Israël demeure l’unique coupable aux yeux du monde musulman qui, depuis le 7 octobre, montre son soutien à la barbarie du Hamas. En dépit des horreurs indicibles commises au nom d’Allah contre des bébés, des femmes, des vieillards et des civils pacifistes plus généralement, c’est l’État hébreu qui est désigné par la foule comme « assassin » et « terroriste ». La sauvagerie contre des Israéliens (1400 morts), qui aurait dû être un repoussoir pour la cause palestinienne, a été excusée au nom d’un antisionisme fanatique, cautionné par Jean-Luc Mélenchon, travesti désormais en grand mufti de la Seine-Saint-Denis, perdu dans sa quête électoraliste.


« Ceci n’est pas l’islam », répètent ceux des musulmans qui s’horrifient des massacres mais qui n’entendent pas les dénoncer publiquement. Ce leitmotiv est constant depuis les premiers attentats islamistes en France[1]. En 2012, après les meurtres de Mohamed Merah, nous n’étions pas cent, place de la Bastille, à avoir répondu à l’appel de l’imam Chalghoumi pour protester contre ce terrorisme islamique. Pour avoir moi-même, le soir du massacre à Charlie-Hebdo, le 7 janvier 2015, intimé aux musulmans, sur RTL, de faire connaître leur désapprobation, j’ai dû essuyer les foudres de militants islamistes s’estimant insultés par ma demande.

Hassen Chalghoumi et Abdennour Bidar bien seuls

Après l’agression du Hamas, puis le meurtre de l’enseignant Dominique Bernard et enfin l’assassinat de deux Suédois à Bruxelles, l’imam Chalghoumi est resté le seul de sa communauté à s’indigner de ces crimes. Ni la Fondation de l’islam de France, ni le Conseil français du culte musulman, ni la Grande mosquée de Paris n’ont jugé bon de manifester publiquement ; au risque d’amalgamer dans l’opinion l’islamisme conquérant à l’islam vécu comme une religion intime.

Dans Le Monde de lundi[2], le philosophe musulman Abdennour Bidar invite à son tour, urgemment à « une parole claire, forte, responsable et courageuse des représentants de la communauté musulmane de France ! Des intellectuels, des engagés, des citoyens de culture musulmane ! ». Il explique : « Cette parole est indispensable, requise, cruciale tandis qu’à l’inverse demeurer dans le silence serait inexcusable. » Cependant, le silence musulman reste, hélas, assourdissant.


[1] Voir mon blog du 29 septembre 2014, Les faux résistants à l’Etat islamique

[2] https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/10/13/le-philosophe-abdennour-bidar-sur-l-attaque-du-hamas-contre-israel-vite-une-parole-claire-et-forte-des-representants-de-la-communaute-musulmane-de-france_6194215_3232.html

Encore une loi pour rien!

Gérald Darmanin lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, 26 septembre 2023. © Jacques Witt/SIPA

Le projet de loi concocté par le gouvernement ne permettra pas de mieux contrôler l’immigration. Les timides réformes administratives et judiciaires qu’il propose ne tiennent pas compte de l’évolution des flux d’arrivants et, surtout, n’ont rien de dissuasif pour quiconque les contournerait.


Cinq ans après l’adoption de la loi « Pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie », Emmanuel Macron et son gouvernement remettent leur ouvrage sur le métier[1], avec le projet de loi « Pour contrôler l’immigration, améliorer l’intégration ». Avec 137 000 nouvelles demandes d’asile et 320 000 primo-délivrances de titres de séjour enregistrées en 2022, la loi du 10 septembre 2018 est loin d’avoir atteint son objectif de « maîtrise de l’immigration ». Le nouveau projet de loi a-t-il des chances sérieuses de mieux faire ? C’est ce que prétend le gouvernement, qui propose pour cela quatre séries de mesures : réforme de l’asile, expulsion des étrangers qui menacent l’ordre public facilitée, sanction du travail illégal et renforcement des conditions d’accès au séjour.

Une réforme à la marge du système de l’asile, qui ne corrige aucun dysfonctionnement majeur

La réforme proposée comporte, d’un côté, des mesures concernant la gestion administrative de l’asile, et de l’autre des mesures relatives à l’énorme contentieux généré par les demandeurs (plus de 40 % des affaires traitées par les tribunaux administratifs en 2019).

S’agissant de la gestion administrative, le projet de loi propose de créer des guichets uniques « France Asile » regroupant les services des préfectures, de l’Office français de l’immigration et de l’intégration et de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le projet de loi modifie également les procédures – nombreuses et complexes –du contentieux de l’asile.

Concernant les procédures devant la Cour nationale du droit d’asile, le point le plus notable consiste en l’institution du juge unique pour examiner les recours. S’agissant des procédures devant le juge administratif, elles sont réduites au nombre de quatre, en fonction de l’urgence à statuer. Enfin, devant le juge des libertés et de la détention, la seule modification procédurale consiste en l’ajout d’un nouveau motif permettant de porter le délai de jugement des requêtes à quarante-huit heures (contre vingt-quatre), et de maintenir l’étranger en zone d’attente au-delà de quatre jours. Directement inspiré de l’affaire de l’Ocean Viking qui avait accosté à Toulon avec 234 demandeurs d’asile en novembre 2022, ce nouveau motif est le « placement en zone d’attente simultané d’un nombre important d’étrangers au regard des contraintes du service juridictionnel ». Il est toutefois à craindre que cette disposition devienne rapidement obsolète, tant il paraît improbable que le juge des libertés et de la détention, déjà débordé, parvienne à traiter en quarante-huit heures un contentieux dont la masse l’a empêché de se prononcer en vingt-quatre, dans un contexte d’inflation continue des arrivées.

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En supposant que ces mesures permettent de mieux administrer le système de l’asile, elles ne sont de nature ni à réduire le nombre de demandes d’asile, ni à améliorer le taux d’exécution des mesures d’éloignement des déboutés. Cet éloignement effectif dépend en effet du bon vouloir des pays d’origine. Ainsi, en 2021, plus de 120 000 obligations de quitter le territoire français ont été prononcées, et moins de 15 000 réalisés, un taux d’exécution de 12,5 %, l’un des plus faibles d’Europe.

En outre, aucune disposition du projet de loi n’a pour objet de dissuader les demandes d’asile infondées, alors même qu’une minorité de demandeurs seulement se voit octroyer la protection internationale. Au contraire, certaines mesures ne visent qu’à mieux préparer le système de l’asile à absorber un nombre croissant et massif de demandes, via l’extension du délai de jugement des décisions de placement en zone d’attente. Rien n’est donc fait pour corriger les principaux défauts du système : un taux d’exécution calamiteux des mesures d’éloignement conjugué à une absence de mesures dissuasives à l’égard des demandes infondées. Dans le projet de loi, les déboutés de l’asile ont donc toujours plus de chances de se maintenir sur le territoire national que de le quitter.

De timides mesures visant à mieux sanctionner les étrangers qui menacent gravement l’ordre public

En l’état actuel du droit, les étrangers ne peuvent être expulsés[2] que s’ils représentent une menace grave pour l’ordre public (article L631-1 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ou CESEDA) et s’ils ne bénéficient pas de l’une des nombreuses protections mentionnées aux articles L631-2 et L631-3.

Ainsi, l’article L631-2 ne permet l’expulsion d’un étranger parent d’enfant français mineur, conjoint de Français, résidant en France depuis plus de dix ans ou titulaire d’une rente d’accident du travail ou de maladie professionnelle, que si son maintien sur le territoire national menace la sûreté de l’État ou la sécurité publique. Deux exceptions sont toutefois prévues à ces protections : l’étranger condamné à une peine d’emprisonnement ferme d’au moins cinq ans et l’étranger vivant en situation de polygamie.

L’article L631-3 va plus loin et ne permet l’expulsion de certains étrangers – résidant habituellement en France depuis l’âge de 13 ans ; depuis plus de vingt ans ; depuis plus de dix ans et marié depuis quatre ans avec un Français ou un étranger vivant en France depuis l’âge de 13 ans ; depuis plus de dix ans et parent d’un enfant français mineur ; étranger malade ne pouvant bénéficier d’un traitement approprié dans son pays d’origine – qu’en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence. Les étrangers visés à cet article L631-3 peuvent toutefois être éloignés s’ils vivent en situation de polygamie ou si les faits à l’origine de la décision d’expulsion ont été commis à l’encontre de leur conjoint ou de leurs enfants.

Le projet de loi vient réduire l’étendue de ces protections : ce n’est plus la durée de la peine de prison effectivement infligée par le juge qui permet de prononcer une expulsion, mais la durée encourue. Le juge ne peut donc plus protéger d’une expulsion un étranger menaçant la sûreté de l’État ou la sécurité publique en le condamnant à une faible peine de prison.

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Il convient toutefois de relativiser la portée de ces dispositions. Pour tous les faits punis de moins de cinq ans de prison, l’étranger continue de bénéficier des protections des articles L631-2 et L631-3. En outre, la peine de prison d’au moins cinq ans n’est pas un motif suffisant d’expulsion, encore faut-il que l’État prouve que l’étranger continue de représenter une menace grave pour l’ordre public. Enfin, lorsqu’il est saisi d’une décision d’expulsion, le juge apprécie sa nécessité et sa proportionnalité, notamment à l’aune de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui protège le droit de toute personne « au respect de la vie privée et familiale » et a donné lieu à une abondante jurisprudence très protectrice des étrangers faisant l’objet de mesures d’expulsion.

On peut trouver surprenant qu’il existe des « protections » pour empêcher l’expulsion des étrangers menaçant l’ordre public, voire dont le comportement est de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État, ce qui laisse penser que l’État est plus soucieux de préserver le droit au séjour d’un étranger dangereux que la sécurité de ses propres citoyens.Vu l’étendue de ces protections, que le projet de loi préserve, l’expulsion devrait donc rester une mesure de police exceptionnelle (en 2022, seuls 341 arrêtés d’expulsion ont été ordonnés).

Lutter contre le recours au travail illégal et, « en même temps », régulariser les clandestins travaillant dans les métiers en tension

Le projet de loi crée une amende, pouvant aller jusqu’à 4 000 euros par travailleur, à l’égard des personnes qui emploieraient des étrangers n’ayant pas le droit de travailler. Il introduit « en même temps », à titre expérimental jusqu’en 2026, une carte de séjour temporaire mention « travail dans les métiers en tension », valant autorisation de travail. Pour bénéficier de cette carte, l’étranger devra exercer ou avoir exercé pendant au moins huit mois au cours des vingt-quatre derniers mois une activité salariée dans un métier ou une zone géographique en tension.

Ainsi, le gouvernement concocte-t-il un texte qui parvientà la fois à renforcer les sanctions contre le travail illégal et à permettre la régularisation des clandestins travaillant dans les métiers en tension, ce qui aura pour conséquence un recours accru au travail illégal. Bien loin de l’objectif de mieux contrôler l’immigration, ou d’améliorer l’intégration, le projet de loi crée ainsi une raison de plus de tenter d’entrer et de se maintenir irrégulièrement sur le territoire.

Un timide renforcement du contrôle de l’intégration des étrangers

Pour « améliorer l’intégration », le gouvernement propose d’obliger l’étranger qui demande un titre de séjour à s’engager à respecter une série de principes dits républicains – liberté personnelle, liberté d’expression et de conscience, égalité entre les femmes et les hommes, dignité de la personne humaine, devise et symboles de la République –, et à ne pas se prévaloir de ses croyances ou convictions pour s’affranchir des règles communes régissant les relations entre les services publics et les particuliers.

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Cette disposition, déjà prévue pour la carte de séjour pluriannuelle et la carte de résident, est étendue à la carte de séjour temporaire (annuelle). Toutefois, la délivrance de ce titre n’étant soumise à aucun prérequis linguistique, il est probable qu’un certain nombre d’étrangers signeront cet engagement sans en comprendre la lettre et encore moins l’esprit. En outre, les sanctions (refus, retrait ou non-renouvellement du titre) ne peuvent être prises qu’à des conditions très restrictives : manquements suffisamment graves et caractérisés et décision prise après avis de la commission du titre de séjour. Surtout, la sanction encourue doit être mise en balance avec le respect de la vie privée et familiale du demandeur, qui reste prioritaire.

Les locaux de la police aux frontières de Menton, près de la frontière italienne, 16 février 2023. Credit:Lionel Urman/SIPA

Le projet de loi conditionne également la délivrance de la carte de séjour pluriannuelle à un niveau minimal de connaissance de la langue française, là où cette délivrance n’est aujourd’hui conditionnée qu’à la participation assidue aux formations prévues dans le contrat d’intégration républicaine (CIR). Cette simple exigence d’assiduité explique qu’environ un quart des signataires du CIR n’atteigne pas le niveau A1 (le plus faible) à l’issue de son parcours, sans que cela fasse obstacle à la délivrance d’une carte de séjour pluriannuelle.

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Le niveau attendu pour la délivrance de cette carte doit être fixé par décret, mais il est peu probable qu’il soit supérieur à A1.À titre de comparaison, l’Italie exige un niveau A2 après deux ans de séjour, qui peuvent être prolongés d’un an, avant que le titre de séjour soit retiré et que l’étranger puisse faire l’objet d’une mesure d’éloignement. Même avec l’introduction de cette exigence linguistique – qui peut être contournée par la multiplication des cartes de séjour temporaires comme le suggère le directeur de l’OFII[3]–, la France resterait donc l’un des pays les moins exigeants d’Europe pour l’admission au séjour.

Comme en 2018, ce projet de loi relatif à l’immigration manque d’ambition, et ne peut être considéré comme permettant sérieusement de mieux « contrôler l’immigration » ni d’« améliorer l’intégration ». Les mesures proposées sont d’autant plus décevantes que plusieurs démocraties occidentales (Danemark, Royaume-Uni, États-Unis) ont proposé des réformes innovantes et efficaces de leurs politiques migratoires dans la période récente, dont la France aurait pu s’inspirer : externalisation de la gestion de l’asile à des pays tiers, restrictions du regroupement familial, instauration de quotas annuels… Dans ce contexte, les très timides mesures proposées, qui éludent totalement les sujets essentiels de l’acquisition de la nationalité et de l’immigration familiale, témoignent davantage d’un souhait de continuité de la politique actuelle que d’une volonté de réforme authentique. Le président de la République ne s’en cache d’ailleurs pas, lorsqu’il affirme, dans un entretien au Figaro du 2 août 2023, que la France « continuera d’être un pays d’immigration », et qu’il souhaite y conduire une « politique de peuplement ».


[1]Cette analyse porte sur la dernière version connue du PJL Immigrationprésentée par le Gouvernement au 1er semestre 2023

[2]. L’expulsion, à ne pas confondre avec l’éloignement, est une mesure de police administrative ne visant que les étrangers – en situation régulière ou non – représentant une menace pour l’ordre public.

[3]. Entretien au Figaro du 13 mars 2023.

Machiavel aux commandes

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Michel Fau et Régis Laspalès, "Piège pour un homme seul", Théâtre de la Michodière © Marcel Hartmann

La pièce de théâtre Piège pour un homme seul, de Robert Thomas (1927-1989), se joue actuellement à La Michodière, dans une mise en scène signée Michel Fau. Réjouissant!


Créée pour la première fois en 1960, aux Bouffes Parisiens, cette comédie policière connut un succès immédiat. La télévision s’en empara à deux reprises. Tout d’abord, ce fut Honeymoon with a stranger, en 1969, avec la resplendissante Janet Leigh, puis One of my wives is missing, en 1976. Alfred Hitchcock, le métaphysicien du cinéma, en racheta les droits, car l’intrigue correspondait à l’image qu’il se faisait de la précarité de l’homme face à l’adversité. Mais le maître disparut avant de pouvoir finaliser l’adaptation.

Pas le temps de souffler

De quoi parle la pièce riche en rebondissements et écrite avec la fluidité qu’impose le théâtre ? Daniel Corban est marié depuis trois mois. Il aime sa femme mais il y a déjà des tensions dans le couple. Lors d’une dispute, la femme fugue. Elle ne revient pas. Corban prévient la police et un commissaire de police atrabilaire et pointilleux mène l’enquête. Dans un chalet près de Chamonix, l’époux attend, se calmant les nerfs en buvant du Cognac. L’abbé Maximin, qui ressemble davantage à un catcheur qu’à un homme de Dieu, nouveau dans la paroisse, finit par ramener l’épouse contrariée. L’inspecteur va clore son enquête. Mais le mari ne reconnaît pas sa femme. Tandis que l’épouse reconnaît son mari. Qui dit vrai, qui ment ? Le spectateur hésite à prendre parti pour l’un des deux protagonistes. Parfois, il change d’avis. Le curé semble suspect, la femme connaît pourtant par cœur les détails de son mariage. Corban, quant à lui, se défend si mal… Malgré sa bonne bouille, on décèle dans son regard une certaine déraison. Il est dépressif, agité, un peu alcoolique sur les bords.

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La folie Fau

Corban est-il une victime ou est-ce un dangereux psychopathe qui mérite la camisole chimique ? De quel côté est la manipulation ? Michel Fau (Daniel Corban) donne au personnage cette dimension ambiguë qui rend perplexe le spectateur. Il est tantôt énervant, tantôt touchant. Parfois ses yeux ronds et noirs nous font penser à ceux de Michel Serrault dans le rôle du docteur Petiot (le film de Christian de Chalonge). La mise en scène est efficace, il n’y a jamais de temps mort, ce qui nous empêche de réfléchir et d’échafauder une hypothèse crédible.

Un conseil : laissez-vous emporter par la folie Fau, elle vous conduira à la vérité.

Piège pour un homme seul, de Robert Thomas, au Théâtre de La Michodière, mise en scène Michel Fau, avec Michel Fau, Régis Laspalès et Caterina Murino, à l’affiche jusqu’au 30 décembre 2023.

Le « oui mais » de Joe Biden aux Israéliens

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Le président américain décolle pour Israël, 17 octobre 2023, Washington © UPI/Newscom/SIPA

Le président Biden arrive aujourd’hui en Israël, où on va le voir poser devant les photographes avec le Premier ministre israélien. Il devait également se rendre en Jordanie. Mais la poignée de main prévue avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, les Jordaniens et les Égyptiens a été annulée, suite au dramatique bombardement sur un hôpital à Gaza (dont Tsahal assure ce matin qu’il va apporter les preuves de la responsabilité du Djihad islamique). La visite surprise de Biden au Proche-Orient démontre que les Américains n’ont pas confiance en Netanyahou. Washington veut conserver sa politique arabe, et tente d’empêcher ce dernier de la gâcher.


Joe Biden a annoncé, à la dernière minute, lundi soir, qu’il se rendrait en Israël et en Jordanie ce mercredi. Ce type de visite diplomatique surprise, et à haut risque, n’est pas dans les habitudes. Quels sont les objectifs de Joe Biden avec ce déplacement exceptionnel ? Un président américain qui se déplace dans un pays en guerre, sur lequel les missiles et roquettes tombent, est effectivement rare. Même si ce fut déjà le cas à Kiev l’année dernière.

Pourquoi Netanyahou est obligé de tenir compte de ce que Biden vient lui dire

Le président Biden doit montrer l’attachement absolu des États-Unis à l’État d’Israël, car son parti compte une petite faction pro-palestinienne, et une certaine opinion américaine commence à se dessiner en faveur des Palestiniens. L’Amérique a aussi été choquée par un crime de haine, près de Chicago, dans lequel un petit garçon musulman de 6 ans a été tué à coups de couteaux. Biden doit également réfréner Israël, empêcher que Tsahal investisse Gaza entièrement. La raison en est double : s’il y a trop de morts palestiniennes, alors la charge de la cruauté pourrait basculer sur Israël, et le sentiment pro-palestinien s’en nourrir. En se rendant sur place, en dépêchant une flotte américaine, et en expédiant des munitions et des moyens de lutte anti-aérienne, et donc quelques personnels militaires américains, Biden rend un service à Israël d’une telle magnitude que Netanyahou ne peut balayer la position américaine. Et le vaste sentiment pro-israélien sera conforté.

Biden craint-il une guerre mondiale ?

Enfin, Biden a peur qu’une confrontation militaire avec l’Iran déclenche une guerre plus grande, entre Israël et l’Iran. Pendant la Guerre du Golfe, en 1991, Israël a essuyé des SCUDs de Saddam Hussein, sans réagir, car la pression américaine en faveur de la retenue était énorme. Washington veut conserver sa politique arabe, et tente d’empêcher Netanyahou de la gâcher.

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Après avoir rappelé dans un premier temps son soutien indéfectible, et estimé que l’État hébreu pouvait riposter face au mal « à l’état pur », le président Biden peut-il réellement obtenir des concessions des Israéliens pour épargner des vies à Gaza ? C’est certain que Biden peut faire pression. Éventuellement, il pourrait même être un alibi pour Netanyahou, en donnant l’impression de forcer le Premier ministre à la retenue. Les Israéliens sont conscients qu’ils n’ont que les États-Unis comme ami majeur, les soutiens britannique, français et allemand ne faisant pas le poids. L’amitié chinoise et russe ne joue plus du tout, et les accords d’Abraham pourraient tomber à l’eau, si Israël envahissait Gaza et ne laissait pas les Gazaouis revenir après la guerre.

L’inimitié entre Téhéran et pratiquement tous les pays arabes est un atout. Si Biden transforme son intervention diplomatique et sa menace militaire en un exercice anti-iranien, personne ne le fustigera, bien au contraire. Donc c’est avec les Européens que Biden va réfréner Israël à Gaza, tout en bombant le torse face à l’Iran. Une unanimité de points de vue diplomatique. Les pays arabes lui sauront gré d’avoir empêché Israël de raser Gaza Nord, car ces mêmes pays, Arabie Saoudite en tête, pourront s’abriter derrière les États-Unis pour justifier leur hostilité au « Glaive de Fer », du nom de l’opération israélienne. De plus, Biden pourrait éventuellement révéler que le Hezbollah n’est pas un factotum absolu de Téhéran. En effet, si une guerre généralisée de la part du Hezbollah devait avoir lieu, le groupe libanais y survivrait-il ? N’est-ce pas un trop gros risque à prendre pour le Hezbollah ? En 2006 le Hezbollah a eu sa guerre. Mais en 2023 c’est la guerre de Téhéran. Et il n’y a pas de grandes retombées à espérer pour le Hebzbollah. Un affrontement Washington – Téhéran ferait plaisir à presque tous les régimes arabes.

L’issue diplomatique est décidément la plus rentable pour Washington. Le monde retient son souffle.

Pau: tyrannie trans sur un gynécologue

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La militante transgenre Olivia Ciappa, invitée dans l’émission « Touche pas à mon poste » pour s’exprimer sur l’histoire du gynécologue ayant refusé de recevoir une femme trans lors d’une consultation, 12 septembre 2023. D.R.

Le lynchage sur les réseaux sociaux d’un gynécologue qui a refusé d’examiner une femme « en transition de genre » témoigne de la terreur que les militants transsexuels font régner dans notre société. Il révèle aussi cette guerre plus ou moins sourde qu’ils livrent à la gent féminine. Récit.


Jets d’excréments sur des universitaires appelant à une approche vigilante et mesurée des questions de genre pour les mineurs, collégiens traités de « transphobes » parce qu’ils invoquent leur liberté de conscience face au prosélytisme transactiviste d’une association militant en classe, insultes contre l’Être Trans, collectif de personnes trans opposé au traitement des enfants, diffusion en milieu scolaire, via le Planning familial, d’une novlangue bannissant les mots mâle, femelle, masculin, féminin, changer de genre ou changer de sexe : nous assistons sans la voir à l’ascension d’une véritable trans-tyrannie.

Blasphème

En témoigne la mésaventure de Victor Acharian, gynécologue-obstétricien à Pau depuis une trentaine d’années. Début septembre, sa secrétaire accueille une nouvelle patiente arrivée par Doctolib. La dame, accompagnée de son partenaire, se plaint d’une douleur à la poitrine. Elle précise qu’elle est une femme en transition de genre sous traitement hormonal – ce qui explique probablement sa douleur. La secrétaire informe le docteur avec embarras que la patiente est en réalité un patient et que le motif du rendez-vous est une néo-poitrine douloureuse. Le docteur fait répondre qu’il n’est pas compétent pour les hommes et qu’il convient de consulter des services spécialisés dans ces traitements. La secrétaire rend compte de sa réponse. Le ton monte rapidement. La secrétaire est agressée verbalement et traitée de transphobe. Le couple éconduit repart furieux. Il se lâche sur le compte en ligne du praticien. Ce dernier répond sur le même ton : « Je n’ai aucune compétence pour m’occuper des hommes, même s’ils viennent dire à ma secrétaire qu’ils sont devenus femmes. Je ne soigne que les vraies femmes. » Erreur magistrale !

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Manifestement, on ne parle pas la novlangue trans en Béarn. Le médecin ignorait qu’il est aujourd’hui blasphématoire d’affirmer que l’espèce humaine est partagée en deux sexes définis par leur fonction reproductrice. Prétendre que la gynécologie est une médecine réservée aux femmes vaut lynchage en place publique. C’est ce qui s’est passé. Le nom de Victor Acharian de Pau est jeté en pâture sur les réseaux, attirant les vautours et leur haine. Une association connue pour être la Lucky Luke de la plainte pour transphobie annonce fièrement qu’elle porte l’affaire devant les tribunaux. En quelques heures, le profil professionnel du docteur Acharian est inondé d’avis négatifs, suscitant une contre-offensive vigoureuse de ses patientes. Face à cette fureur déchaînée, le gynécologue porte plainte contre le patient initial et contre la personne qui l’a balancé sur les réseaux sociaux. Tout ça pour une douleur à la poitrine d’un homme biologique exigeant d’être soigné comme une femme !

On ne peut pas nier la biologie

Cette histoire est symptomatique du transactivisme, violent, égocentrique, qui veut s’imposer dans des espaces réservés aux femmes. Pour la majorité des transsexuels qui veulent vivre leur vie sans s’exhiber ni se cacher, ce militantisme de la terreur dessert leur cause. C’est ce qu’explique Maddy, fondatrice de l’Être Trans : « Être une personne trans est un chemin exigeant à tout point de vue. Il faut beaucoup de courage pour trouver sa place et s’aimer soi-même. Dans l’affaire de ce gynécologue, il est incompréhensible que la personne sous traitement n’ait pas contacté son endocrinologue, qui était évidemment le mieux placé pour lui répondre ou l’adresser à un confrère. » Loin d’être anodin, le traitement hormonal requiert un suivi par un médecin expert, insiste Maddy : « Toutes les personnes trans savent qu’il est essentiel de comprendre les signes cliniques de son corps et l’impact du traitement. Les œstrogènespeuvent faire naître une poitrine susceptible de se développer avec l’âge, mais avec de fortes variations. Il y a forcément des désagréments, des douleurs en cours de pousse, une certaine rigidité pendant les phases d’hyperœstrogénie… Je ne m’explique pas que cette personne n’en ait pas été informée, et qu’elle ne soit pas suivie pour son traitement. »

Un esprit soupçonneux pourrait penser qu’il s’agissait d’un coup monté, d’agit-prop victimaire. Maddy s’interroge : « À peine le couple était-il sorti du cabinet que toute la transosphère était informée, SOS Homophobie était sur le coup pour déposer plainte. Pourquoi tant de haine et d’acharnement contre ce gynécologue qui a eu l’honnêteté de se déclarer incompétent pour aider un homme sous traitement féminisant ? Pourquoi choisir un gynécologue quand c’est un endocrinologue qui peut vous guérir? »

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L’épisode est aussi le dernier avatar de la guerre plus ou moins sourde que se livrent militants trans et féministes, les premiers exigeant que les transsexuelles puissent concourir dans les épreuves sportives féminines ou être incarcérées dans des prisons de femmes, ce qui a donné lieu à plusieurs agressions sexuelles. Là encore, le discours de Maddy tranche avec celui des associations sanctifiées par les médias : « L’espace gynécologique appartient aux femmes, pas aux transexuelles. On ne peut pas nier la biologie, elle s’impose à nous ! Chercher à s’imposer là où nous n’avons pas notre place n’a aucun sens. Cette attitude agressive et irrespectueuse dessert la cause des personnes trans. L’humilité et la persévérance sont les qualités essentielles d’une vie de transsexuelle. »

La clef, c’est que Maddy ne cherche pas à s’approprier le signifiant femme comme un fétiche : « À 8 ans j’étais convaincue d’être une fille alors qu’un pénis me poussait entre les jambes. J’ai été une adolescente enfermée dans un corps de garçon, puis une femme transsexuelle. Cela ne fait pas de moi une femme biologique. Dans une conversation de femmes, je suis la seule qui ne peut pas se référer au vécu d’une enfance façonnée par le fait d’être née fille. Être trans, c’est accepter cette réalité. C’est accepter que changer de sexe n’est pas possible, tout au plus peut-on rapprocher de l’apparence et de la fonctionnalité sexuelle. La vaginoplastie n’a de vagin que le nom ! Notre sexe est une zone morte, une plaie ouverte et tapissée.Du plaisir, nous ne ressentons que celui donné à la personne qu’on aime. C’est déjà beaucoup. Impossible d’avoir un enfant. Voilà la réalité d’être une femme trans. Malgré tout, je me sens femme et solidaire de la cause des femmes. S’il faut lutter contre l’activisme trans qui nie l’identité des femmes et sabote leurs droits, je serai du côté des féministes. C’est pourquoi je me tiens aujourd’hui au côté du docteur Acharian et de ses patientes. »

En France, les droites unies derrière Israël

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Marine Le Pen à l'Assemblée nationale, 17 octobre 2023 © Jacques Witt/SIPA

Les droites françaises estiment qu’Israël a le droit de se défendre. Et estiment les démocraties occidentales également menacées. Mais elles se défendent de toute récupération politique… Analyses.


Les actes terroristes islamistes sanguinaires perpétrés par le Hamas sur la terre d’Israël ont fait des émules, comme on pouvait le craindre.
Vendredi dernier, en France, à Arras, le professeur Dominique Bernard a été poignardé dans son établissement scolaire par un sectateur de l’islam radical, tandis que Bruxelles vient d’être frappée lundi soir par une attaque terroriste.
Cette violence barbare vise à exterminer les Juifs et, plus largement, œuvre pour la faillite de la civilisation occidentale.

Complaisances : la gauche sur le banc des accusés

Alors qu’on est en pleine tragédie, la macronie est frileuse et peine à admettre, à la différence d’un Éric Zemmour, qu’une guerre de civilisation se profile. Même si c’est assez vigoureusement que le gouvernement a condamné la propension des « insoumis » à caresser l’islamisme dans le sens de la barbe.

Les partis de la droite dite « extrême » ou « nationale », Rassemblement national et « Reconquête », sans pour autant s’allier, ont évidemment les mots les plus offensifs. Ces partis proposent également les solutions les plus fermes pour fermer nos frontières aux ennemis de la France, et ils fustigent à qui mieux mieux la funeste collusion de LFI avec l’islamisme. Quant à l’aile conservatrice des Républicains, plus mesurée dans la forme, elle n’en alerte pas moins sur le danger que représente pour notre pays cet islamisme invasif, et condamne aussi la liaison dangereuse qu’entretient LFI avec ledit islamisme – et entend désormais proposer des solutions claires pour enrayer une immigration devenue débridée.

La macronie bousculée

Dans ce combat, la macronie ne propose, elle, que ses habituelles formules creuses et racoleuses, et en profite pour tenter de refourguer un projet de loi sur l’immigration dont beaucoup craignent qu’il soit inopérant.

Après l’acte terroriste d’Arras, notre Résistant de la République a réitéré son exhortation à rester « unis et debout » et à faire le « choix de ne pas céder à la terreur et de rien laisser nous diviser ». Quant à la fusillade meurtrière de Bruxelles, elle lui a inspiré cette pénétrante constatation : « Notre Europe est bousculée. »

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Alors que la barbarie investit l’école, Brigitte Macron, dont on connaît l’implication en matière d’éducation, épaule vaillamment son époux dans son combat contre un obscurantisme aussi violent que sanglant, et a annoncé des mesures de nature à rasséréner, à coup sûr, parents, élèves et professeurs : « Il y aura de plus en plus de formations à la tolérance, à la bienveillance. » Il s’agira de « rassurer » les élèves, de « leur dire le monde sans les angoisser ». Gérald Darmanin, lui, affirme la nécessité d’adopter urgemment l’idéal projet de loi sur l’immigration proposé par le gouvernement ; projet dont on sait qu’il allie « l’humanité », avec la régularisation des étrangers pour les « métiers en tension », à « la fermeté » requise pour lutter contre l’immigration illégale. On a bien compris que ce projet de loi ne saurait fermer nos frontières à une immigration illégale protégée par la jurisprudence, la complexité normative et les cours internationales. La macronie veut continuer à paraître, dans la posture comme dans l’imposture. Il s’agit de préserver avec des incantations qui tiennent lieu d’action le mirage d’un vivre-ensemble éculé et de proposer, pour faire mine d’enrayer l’immigration exponentielle, quelques solutions qui font figure d’emplâtres destinés à une jambe de bois…

RN et « Reconquête » à l’offensive

Après les attentats terroristes du Hamas sur le sol israélien, Éric Zemmour, chef du parti « Reconquête », a assuré Israël de son soutien indéfectible puis, l’un des premiers, a évoqué l’éventualité d’une guerre de civilisation menée à l’identique sur le sol français. Les exactions du Hamas n’allaient pas manquer d’inspirer une frange de la population arabo-musulmane importée massivement sur notre sol depuis une quarantaine d’année, encouragée par la politique démagogue de LFI à son égard[1]. Éric Zemmour a rappelé : « il y a eu, en 2022, lors de la campagne pour l’élection présidentielle, l’émergence, l’accouchement d’un peuple islamo-gauchiste, sous les auspices de Jean-Luc Mélenchon. » Après l’assassinat du professeur Dominique Bernard, Éric Zemmour s’est à nouveau exprimé, toujours sans mâcher ses mots : « Les politiciens ont importé la mort sur notre sol. L’immigration porte la guerre de civilisation comme la nuée porte l’orage. Semaine après semaine, je vous alerte. » Il a poursuivi : « Tirons enfin les leçons, arrêtons l’immigration, interdisons les Frères musulmans, expulsons les fichés S islamistes. »

Marine Le Pen, pas plus qu’Éric Zemmour, n’édulcore son propos. Dans l’émission Les 4 vérités, sur France 2, elle souligne, sans langue de bois, la gageure que constitue l’union nationale préconisée en pareil contexte politique : « On va faire l’union nationale avec qui ? Avec la France insoumise ? Avec un gouvernement qui met en place une loi sur l’immigration qui crée une nouvelle filière d’immigration en régularisant les clandestins qui travaillent ? »  Elle ajoute, claire : « Il faut que toute personne étrangère soit expulsée de notre territoire quand elle fraye avec l’islamisme. » Dans l’hémicycle, on a pu également voir la patronne du Rassemblement national rappeler à Mathilde Panot les accointances sordides de LFI avec les islamistes : « Vos amis (…), Madame Panot, jettent le corps des femmes derrière les pickups et ils crachent dessus après les avoir violées et les avoir démembrées. »


La droite, affaiblie, se ralliera-t-elle à Darmanin ou à la droite nationale ?

À droite, la branche conservatrice des Républicains semble partager les positions de la droite qualifiée « d’extrême » par ses détracteurs. François-Xavier Bellamy, dont on se souvient qu’il avait parrainé Éric Zemmour lors de la présidentielle et assuré qu’il voterait pour le candidat de « Reconquête » s’il était au second tour face à Emmanuel Macron, s’est exprimé sur l’antenne de Sud Radio. Il y a posément dénoncé la faiblesse du pouvoir en place, l’indécente irresponsabilité des « Insoumis », et souligné la vanité du projet de loi de Gérald Darmanin qui, en aucun cas, ne nous rendrait la maîtrise de nos frontières, et a conclu : « Nous devons refondre notre politique migratoire en rendant la parole aux Français, par référendum. »

Face aux menaces contre notre civilisation, les droites auraient peut-être intérêt à s’allier pour faire front contre la politique du « en même temps » qui, en raison de sa faiblesse, a favorisé l’expansion de l’islamisme en France. Unies, elles pourraient également contrer Jean-Luc Mélenchon et ses affidés islamo-gauchistes qui concourent à déstabiliser le pays.

Quant à nous, Français, relisons les écrits de Raymond Aron. Ils pourront éclairer utilement, en ces temps troublés, nos choix politiques. Dans le contexte historique actuel, où la fragilité des démocraties est à nouveau évidente, la pensée de celui qui affirma : « Nulle doctrine n’est plus utopique que celle qui rassemble des éléments raisonnables (…) Inversement, la pensée totalitaire qui prétendrait ramener une société entière à un principe unique, verserait dans un fanatisme plus redoutable encore » peut nous servir de phare. Celui qui fut philosophe, sociologue, politologue, professeur et journaliste avait également dit : « Quand les hommes ne choisissent pas, les évènements choisissent pour eux », nous y voilà.


[1] À ce propos, on relèvera la dernière marque d’allégeance à l’islamisme donnée par LFI : l’« Insoumise » Danièle Obono vient de s’illustrer en qualifiant mardi le Hamas « de mouvement de résistance ».