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Tant qu’il y aura des films

Quand la fiction fait défaut, on peut toujours se tourner vers le documentaire, source inépuisable de pépites en tous genres, du plus sérieux jusqu’au réjouissant poisson d’avril.


Fantôme

L’Œuvre invisible, d’Avril Tembouret et Vladimir Rodionov
Sortie le 8 avril

Connaissez-vous le cinéaste Alexandre Trannoy ? Non, et c’est bien compréhensible. Après trente ans de projets et de tournages inachevés, aucun de ses films n’a vu le jour. L’Œuvre invisible est donc, selon ses deux auteurs Avril Tembouret et Vladimir Riodionov, « une enquête haletante sur un rêveur sublime ». Leur objectif est parfaitement atteint, avec ce qu’il faut d’enquête et ce qu’il faut de rêve…Tout a commencé, nous dit-on, avec Jean Rochefort qui a été l’ami de Trannoy dans sa jeunesse. L’acteur lance les deux réalisateurs sur sa piste. Ils sont alors convaincus d’avoir mis la main sur une sorte de trésor caché du cinéma français. Avec un paradoxe des plus stimulants à la clé : plus l’enquête progresse, plus les témoins abondent, moins les traces cinématographiques émergent. On ne trouve pas la moindre bobine de ses films avortés. Rien. Des bribes de vie apparaissent au fil des entretiens : il aurait tourné avec Belmondo et avec Ventura. Trannoy aurait fait un passage remarqué en Italie. Il serait même passé par Hollywood. « C’était, racontent les auteurs, comme découvrir un continent oublié, impression renforcée par l’absence du personnage, disparu depuis longtemps. » Le temps s’est d’ailleurs invité dans la partie puisque le tournage a duré quinze ans ! Le projet a plusieurs fois été arrêté, faute de financement notamment, car les producteurs trouvaient décourageant de retracer le destin d’un perdant. Les réalisateurs le trouvaient au contraire « magnifique dans son excès d’échecs », n’hésitant pas à le qualifier de « Don Quichotte du cinéma ». Il semble d’ailleurs que c’est aussi là-dessus que s’est construite sa carrière, sur une zone de fantasmes qu’il parvenait à créer dans l’esprit de chacun, producteurs, comédiens ou critiques. À l’époque, dans les années 1960, tout le monde savait que Trannoy n’arrivait pas à terminer ses films. Mais les gens le suivaient malgré tout : il parvenait à les convaincre avec autre chose que ses films eux-mêmes. Avec du charme, de la ferveur, voire une sorte de folie communicative proche de l’inconscience.

Un incroyable casting vient appuyer cette enquête. Au premier rang se trouve donc Jean Rochefort, qui témoigne face caméra de son amitié pour Trannoy qui lui avait juré qu’il serait l’acteur principal de tous ses films. Promesse non tenue, comme bien d’autres. Mais le comédien ne paraît pas amer, tout juste nostalgique, et c’est le souvenir d’un ami qu’il a emporté dans sa tombe. D’autres disparus témoignent ainsi de leur amitié ou de leur lien professionnel avec Trannoy. C’est le cas de l’actrice Anouk Aimée, contactée pour jouer dans un film qui ne sera jamais tourné. On croise également le scénariste Jean-Claude Carrière, ravi de parler de Trannoy avec, comme toujours, un fond de malice dans les yeux. Ou encore l’acteur et producteur Jacques Perrin. Sans oublier le très regretté critique Michel Boujut qui avait mis une fois pour toutes les rieurs de son côté en adoptant cette phrase sublime comme viatique : « Je ne vais pas voir les films dont je parle, ça pourrait m’influencer. » Dans le cas de Trannoy, cela prend tout son relief. En parrain inoxydable du cinéma français, Claude Lelouch se souvient aussi du cinéaste fantôme. Et cerise sur le gâteau, il revient à Édouard Baer de parachever l’ensemble avec son tourbillonnant « bavardage » propre à rafler définitivement la mise. En une heure et 11 minutes, L’Œuvre invisible fait ainsi le tour d’une personnalité à nulle autre pareille, et pour cause. Étrange situation en vérité que de parler d’un film bien visible sur une filmographie qui ne l’est pas. Les surréalistes auraient assurément adoré cette sorte de « cadavre exquis » dont chaque contribution chasse la précédente tout en la prolongeant… Peut-être même auraient-ils été sensibles à sa date de sortie, un 8 avril, sept jours après la date fatidique du 1er. Le temps, dit-on, de créer un monde.


Disparus

Holding Liat, de Brandon Kramer
Sortie le 1er avril

Le 7 octobre 2023, Liat Beirin Atzili, une institutrice, épouse et mère de famille, est enlevée avec son mari Aviv dans le kibboutz de Nir Oz où ils habitent. C’est le point de départ de Holding Liat, documentaire bouleversant réalisé par l’Américain Brandon Kramer. Passé la sidération de l’annonce de l’enlèvement terroriste, commence pour la famille de Liat (ses parents, sa sœur et son fils) une angoissante course contre la montre. Refusant un pathos trop facile, le film révèle rapidement l’assassinat d’Aviv et la libération potentielle de son épouse Liat. C’est le combat pour cette libération qui est ici raconté avec son lot de doutes, de contradictions et de frictions familiales inévitables – notamment entre un père aux fortes convictions pacifistes qui se démène et va aux États-Unis pour rencontrer des parlementaires de tous bords et un fils dévasté et débordant de colère. Le mot de la fin revient à Liat, elle-même, et c’est une parole qu’il faut impérativement entendre.


Fantôme (bis)

The Mad Dog of Europe, de Rubika Shah
Sortie le 15 avril

Derrière le génial scénario de Citizen Kane réalisé par Orson Welles se cache un scénariste, Herman J. Mankiewicz (le frère du cinéaste Joseph L. Mankiewicz). En 1932, il écrit un script intitulé The Mad Dog of Europe, soit un texte absolument visionnaire, dénonçant la nocivité de la montée du nazisme en Allemagne. Reprenant ce même titre, le documentaire de Rubika Shah s’avère passionnant. Il lève le voile de ce scénario qui est hélas resté dans les cartons. Entre pressions diplomatiques attentistes et intérêts économiques bien compris, les studios hollywoodiens ont préféré enterrer sans bruit un tel projet iconoclaste. Les censeurs de l’époque ne reculèrent devant rien pour empêcher le film de se faire, allant même jusqu’à évoquer l’antisémitisme ambiant, comme dans cette note écrite à l’époque : « On accusera les Juifs, en tant que groupe, d’être à l’origine d’un film antihitlérien et d’utiliser le cinéma à des fins de propagande personnelle. » Glaçant.

Élise Thiébaut: la ménopause contre le fascisme

Grace à L’Humanité et Élise Thiébaut, un écoféminisme critique du patriarcat a enfin voix au chapitre! La penseuse entend réhabiliter les expériences corporelles des femmes (règles, ménopause, et autres joyeusetés) pour faire la révolution, et libérer les femmes des tabous et de toutes ces affreuses normes sociales construites par les hommes.


L’Humanité verse de plus en plus dans le wokisme le plus délirant, mais également le plus cocasse.

Après avoir offert à ses lecteurs un dossier complet sur « l’offensive viriliste » et « l’hostilité masculiniste », deux piliers de la « bataille culturelle menée par l’extrême droite », selon Sandrine Rousseau, le journal a ouvert ses colonnes à Élise Thiébaut, une essayiste spécialiste de tout ce qui concerne les femmes, les titres de ses ouvrages sont là pour en attester : Les règles… quelle aventure ! ; Au bonheur des vulves ; Ceci est mon sang : petite histoire des règles ; Vierges, la folle histoire de la virginité. Le dernier en date s’intitule Chaudes : la folle histoire de la ménopause et se présente sous la forme d’une BD.Mme Thiébaut en est convaincue : la bataille culturelle, « c’est nous les féministes, nous les queers, les écologistes, les antiracistes, les animalistes, les trans et les anticapitalistes qui l’avons gagnée », s’enthousiasme-t-elle dans le quotidien communiste. Oh ! bien sûr, il y a bien encore ici où là de méchants réacs agitant le « bâton viriliste et raciste », de cruelles « fémino-nationalistes revendiquées de type Némésis » et même d’impardonnables « féministes libérales » prêtes à « sombrer dans un bain nauséabond orchestré par des médias vendus à l’extrême droite » – mais, globalement, le féminisme progressiste se porte de mieux en mieux et le fascisme recule grâce aux « femmes qui, de plus en plus nombreuses, refusent de mettre au monde des enfants ». Car si le ventre d’où peut sortir la bête immonde est toujours fécond, « il y a bien des façons d’empêcher sa fertilité », assure Mme Thiébaut. Parmi celles-ci, « la contraception, l’IVG, le sexe non reproductif et, bien sûr, le meilleur : la ménopause ! » On se demande d’abord où cette dame va chercher tout ça ; puis on tombe sur une de ses déclarations, qui semble sortie tout droit d’un nouveau manuel psychiatrique conforme à cette époque baroque : « Souffrir de maladie mentale aujourd’hui, c’est être sain d’esprit. »

Vu comme ça, évidemment…

En vue de 2027, la grande tambouille

Ce qui s’annonce, à gauche, à droite, au centre, a tout d’un épisode grand format de l’émission TV Cauchemar en cuisine. Sauf qu’on ne voit pas se profiler pour l’instant de costaud du genre d’Etchebest capable d’y mettre bon ordre. C’est que dans chacun de ces camps, on se prend à croire à ses chances de se voir couronné chef trois étoiles du palace élyséen…


Dès les résultats des municipales, on avait compris que ça se bousculerait au portillon. Tous, en effet, n’ont cessé de brailler sur l’air des lampions: « C’est nous qu’on a gagné ! » Considérant que la situation était moins grave que si elle avait été pire, on a vite fait de bomber le torse et de se hausser du col dans les arrière-cuisines de ces officines, même si quelque 43% des citoyens appelés aux urnes avaient préféré la pêche à la ligne ou la belote coinchée. Abstention record – hors Covid – pour les élections de proximité par excellence que sont les municipales.

Flanby au dessert ?

À gauche, la grande question est de faire figurer ou non au menu, en entrée avant le plat principal, une de ces bonnes vieilles primaires dont on y a le secret. Il y a ceux qui sont pour, ceux qui sont contre, ceux qui sont également contre mais qui font semblant d’être pour afin de ne pas se tirer dès à présent une balle dans le pied et se voir privés de dessert avant même d’être passés à table. Délicate affaire, la primaire. Le combat fratricide qui laisse des traces de gnons parfois indélébiles. Il est arrivé que ça ait marché. Le flamboyant François Hollande est passé par la case primaire avant d’accéder à l’Élysée. Il arrive aussi que ça foire lamentablement, comme la fois d’après. Alors, on se tâte… Pour LFI et son prince régnant Mélenchon, la messe est dite. Lui et lui seul ira, vu que lui et lui seul est en mesure de l’emporter. C’est lui qui le dit, alors pourquoi chercher à discuter ? À LFI, discuter n’est pas un banal aspect de la vie démocratique d’un mouvement politique, mais un fait de haute trahison doublé d’un crime de lèse-majesté. Donc, point de primaire. Des primaires, on en a envoyé assez comme ça sur les bancs de l’Assemblée et dans des conseils municipaux. Des primaires très primaires, parfois, donc on a déjà donné. Merci beaucoup.

A ne pas manquer, notre nouveau magazine: Causeur # 144 Marcel Gauchet « Un spectre hante l’Europe: le populisme »

Raphaël Glucksmann lui aussi n’est pas pour. Hollande non plus, qui peut-être ne se souvient pas bien que c’est par cette voie-là qu’il est arrivé au sommet où il a pu mettre en œuvre, pour cinq belles années, son incomparable incompétence. 

Reconquêtes

Lucie Castets, qui n’abandonne sans doute pas ses vues sur Matignon, en attendant maire du XIIème arrondissement de Paris, est pour le jeu des chaises musicales de la primaire, avec grand rassemblement de la gauche, sans LFI, mais avec toute le reste de la clique. Celle qui n’a tout de même fait que 28% au premier tour des législatives de 2024. Voilà qui risque de ne pas suffire, d’autant que le parti communiste et Fabien Roussel croient en leur chance en se la jouant solo. On oublie évidemment le faramineux score aux présidentielles de 2022 du sieur Roussel : 2,8 %. Voilà qui est de nature à stimuler les ambitions. Cette fois nous aurons au programme, non pas le communisme tout venant, usé jusqu’à la corde mais « un communisme de conquêtes » (sic). Au pluriel, conquêtes. Ils ont bien pensé à « reconquête » en souvenir des très hauts scores de jadis, mais le label était déjà pris.

La primaire des losers ? A Tours, le 24 janvier 2026, la gauche annonce une élection primaire cette année pour un candidat unique à la présidentielle. Avec de gauche à droite, Lucie Castets, Marine Tondelier, Laurent Baumel, Olivier Faure, Alexis Corbiere, Clementine Autain et Francois Ruffin © ISA HARSIN/SIPA

François Ruffin, ex-LFI, candidat pour une présidence au SMIC, est lui aussi favorable au grand pugilat façon tour de chauffe. Quant aux écolos, on ne sait pas bien. Leur « C’est nous qu’on a gagné » d’après les municipales n’a guère été audible. Il est vrai que le plein succès n’a pas été au rendez-vous, avec les municipalités perdues de Bordeaux, Poitiers, Besançon ou Strasbourg. Mais Madame Tondelier a toute raison de croire qu’un heureux événement lui sera offert dans un avenir prochain. Familial à défaut d’être politique.

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Quant à l’éblouissant M. Faure, qui est probablement contre mais garde ça pour lui, il prétend être encore une phase réflexion. Et quand Faure réfléchit, à la sortie on a du lourd du très lourd. Du subtil aussi, entre pas d’accord national et accords locaux dans tout le pays, comme pour les municipales. Ça c’est du Faure au mieux de sa forme. Il paraît qu’un sein de son parti peau de chagrin tout le monde ne parvient pas à suivre. On comprend.

À droite, ce n’est guère mieux

Edouard Philippe se verrait bien y aller en solitaire. Cependant, il n’est pas pressé de partir en campagne. Il demeure fidèle au ralenti des 80 km / heure d’enchanteresse mémoire… Donc, pas de primaire pour lui. On aime la boxe certes, mais avec modération quand même. Un mauvais coup est si vite attrapé. Pas de primaire afin de « ne pas être prisonnier des partis politiques, » affirme-t-il. C’est beau, non ? Venant de lui qui n’a jamais craint de voter communiste aux élections départementales, de faire cause commune avec ce qu’il prétend combattre lors des dernières consultations nationales. Oui, c’est beau. Une chose est certaine, M. Philippe ne sera pas prisonnier de ses convictions, n’en ayant aucune.

En embuscade, trois mousquetaires en carton-pâte – en attendant mieux, le guichet n’est pas encore fermé – Retailleau et son grand ami, son merveilleux alter ego, Wauquiez ainsi que le fabuleux, l’irremplaçable Xavier Bertrand. Retailleau est contre les primaires, Wauquiez, pour une primaire élargie, s’étendant jusqu’à Sarah Knafo et Reconquête. Mais attention, n’allons pas nous méprendre, sans le RN, le parti du diable. Il y a, dans le catéchisme de M. Wauquiez, extrême droite et extrême droite. Se méfier de toute confusion hâtive, prêche-t-il avec ce sens de la cohérence qu’on lui connaît et que chacun est à même d’admirer. Et puis, au milieu du marigot, il y a Gabriel Attal, qui se voit, lui, en rescapé insubmersible du naufrage macroniste. Il y croit, fanfaronnant à la tête de son lambeau de parti. C’est beau, ça aussi. Beau d’être jeune, beau de conserver ses illusions des temps heureux.

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Enfin, il reste nous autres, les citoyens. Quantité négligeable, il est vrai. Durant toute l’année qui nous sépare de l’élection présidentielle nous allons être gavés – archi gavés – de cette tambouille indigeste, nauséabonde, de ce ragoût d’ambitions personnelles à la sauce avariée. Je dois cependant à l’honnêteté de reconnaître à une personnalité politique le mérite d’avoir su donner à tous, oui à tous, gauche, droite, centre confondus, une ligne de conduite inspirée d’une indéniable sagesse, marquée au coin de la pertinence politique la plus indiscutable. Il s’agit de Clémentine Autain qui, admirable de lucidité a lancé ces quelques mots dont tous – tous absolument, je le redis – devraient s’inspirer : « Arrêtez les conneries ! »

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Disparition inquiétante: Raphaël Arnault ne répond plus

Le député lfiste, dont des assistants seraient impliqués dans la mort de Quentin Deranque, ne se présente plus à l’Assemblée. Mal à l’aise, son parti affirme qu’il reviendra et qu’il ne compte absolument pas démissionner. Reste une question à laquelle il n’a toujours pas répondu à la presse: savait-il que ses proches étaient présents à Lyon, lors de la bagarre mortelle avec le militant nationaliste ?


Notre contributeur F. Magellan vient de publier « Le sport à l’épreuve des idéologies: Des chemises noires aux brassards arc-en-ciel » (FYP éditions) que nous vous recommandonsLa rédaction.

Il avait été la vedette des législatives de 2024, auréolé de ses trois fiches S, et la révélation de la XVIIe législature. Pourtant, depuis le drame du 12 février 2026 et la mort de Quentin Deranque, Raphaël Arnault a disparu des radars. Filmé pour la dernière fois à l’Assemblée nationale quelques heures après l’événement, le député du Vaucluse a publié un dernier tweet légèrement hypocrite (« J’apprends ce décès avec horreur et dégoût. Ce que je redoute depuis des années à Lyon se perpétue »), puis a disparu pendant près de deux mois.

Raphaël ? Absent !

Depuis le 12 février, Raphaël Arnault ne répond plus aux SMS des journalistes, ne se rend plus dans l’hémicycle ni en commission. Le 26 février, il faisait encore déléguer ses votes. Puis plus rien. Silenzio stampa. Suffisant pour inquiéter la rédaction de Quotidien hier soir.

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L’histoire de France a offert quelques grandes disparitions. Après la fusillade du Champ-de-Mars en juillet 1791, et alors qu’un mandat d’arrêt court contre lui, Jean-Paul Marat prend l’habitude de se cacher dans les égouts de Paris, ce qui n’arrange rien à ses problèmes de peau. En pleine Fronde, Mazarin doit s’exiler à deux reprises, d’abord à Saint-Germain-en-Laye, puis à Brühl, en Allemagne. Plus proche de nous, Jacques Vergès disparut entre 1970 et 1978, et est peut-être passé alors chez Pol Pot.

Etiam mortuus redeo

Sur les réseaux, ses collègues viennent à la rescousse. Antoine Léaument interpelle Quotidien : « Vous vous rendez compte que même Frontières n’a pas fait ça comme sujet ? Vous êtes au courant que, pendant les municipales, il y avait trois semaines de pause parlementaire et que, donc, il n’était pas plus absent que n’importe lequel d’entre nous ? Vous devriez avoir honte de ce que vous faites. » Comme si l’Assemblée nationale avait été complètement fermée pendant deux mois…

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Et soudain, il revint ! Au petit matin du 1er avril, Raphaël Arnault redonna signe de vie. Répondant dans un entretien à Blast, média proche de l’extrême gauche, le cofondateur de la Jeune Garde s’explique sur son long silence : « Je n’avais pas le sentiment que prendre la parole dans ce moment aurait été très opportun pour apaiser les choses », et exprime sa « peur affreuse que la violence s’embrase dans le pays ». Emu, il ne prononce pas une fois le nom de Quentin Deranque pendant une heure d’interview.


Tour Montparnasse: le projet secret du nouveau maire


La Tour Montparnasse, le deuxième plus haut édifice parisien avec ses 209m d’altitude, a fermé ses portes mardi 31 mars au soir en raison de très importants travaux de rénovation.

Confiés au célèbre architecte Renzo Piano, père du Centre Pompidou, prix Pritzker (le Nobel d’architecture) et sénateur à vie dans son pays, ils devraient durer au mieux quatre ans.

Ses 600 000 visiteurs annuels, soit une moyenne de plus de 1500 par jour, seront privés d’une vue incomparable sur 360°, depuis son toit où a été aménagé un observatoire, sur la capitale. De cette terrasse située au-dessus de son 59ème et dernier étage, on peut même voir le décollage des avions de l’aéroport d’Orly, distant de 13,5 km, par temps clair.

En se jetant de là, trois individus ont mis fin à leurs jours en ses 52 ans d’existence du bâtiment.

Au cours de la décennie écoulée, sa fréquentation a chuté de moitié. Dans les années 2010, ils étaient 1 200 000 à visiter son sommet.

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Un bar restaurant panoramique occupe son 56ème étage. Il est surtout prisé des touristes et très peu des Parisiens. Depuis son inauguration en 1973, elle est en effet la mal-aimée de ces derniers qui la considèrent comme une grosse verrue au milieu du visage. Conséquence, le centre commercial situé à ses pieds, qui ressemble à un sinistre bunker, est un cuisant échec. Toutes les boutiques, en particulier celles des grandes marques qui auraient dû attirer le chaland, l’ont quitté…

C’est André Malraux, ministre de la Culture d’alors, qui délivra le permis de construire en 1968. L’année suivante, à peine élu, le président Georges Pompidou donne l’ordre de commencer sa construction, faisant fi d’une très vive contestation. Ce qui ne l’empêchera pas de persévérer, en 1971, faisant démarrer la construction du centre qui porte aujourd’hui son nom.  Son décès à 62 ans, en 1974, a sûrement sauvé Paris d’une défiguration irréversible. Se voulant grand modernisateur, Pompidou avait l’ambition, en outre, de strier la capitale d’autoroutes qui auraient relié les gares Saint-Lazare, de l’Est et Montparnasse. Il voulait également recouvrir le canal Saint Martin pour en faire une autre. Il déménagea les Halles, dites le ventre de Paris, à Rungis et ouvrit les voies sur berges à la circulation des automobiles, aujourd’hui fermées.

Tour The Link à Puteaux, dans l’ouest parisien. DR.

A son inauguration, la Tour Montparnasse était la plus haute d’Europe, titre qu’elle perdra en 1990 au profit de la Messeturm à Francfort. Puis en 2011, en France, elle sera détrônée par la tour First à la Défense qui la dépassera de 32m et elle-même reléguée en 2011 au 2ème rang après l’inauguration de la tour Link de Total-énergie qui la domine de 10 m, culminant grâce à une flèche à 241 m.

Aujourd’hui, la tour Montparnasse n’est plus que la 25ème la plus élevée d’Europe et, à l’échelle mondiale, elle fait figure de naine surtout par rapport à la géante planétaire, la Burj Kalifa et ses 828 m, à Dubaï.

Elle pèse 130 000 tonnes, repose sur 56 piliers de 70m et 3,5 m de diamètre enfoncés dans le sous-sol très friable de cette partie de Paris. Elle offre 100 000 m² plancher, soit 1 700 m² par étage. Ce qui lui permet d’héberger entre 12 000 à 13 000 bureaux desservis par 25 ascenseurs dont le plus rapide se déplace à 25m par seconde, soit près 20km/h. Ses façades, formées d’un vitrage sombre, ont une superficie totale de 40 000 m² et comptent 7200 fenêtres dont aucune n’est ouvrante.

Les travaux de rénovation visent à la rendre transparente, à lui donner une apparence de légèreté, à rendre plus convivial le centre commercial en y créant des façades vitrées, en plantant 151 arbres, et en installant des bistrots avec de vastes terrasses. Ils devraient commencer en septembre après un période de préparation. Mais rien n’est moins sûr depuis l’élection d’Emmanuel Grégoire à la tête de Paris.

D’après une source proche de ce dernier, digne de foi, le nouveau maire a exhumé un vieux projet porté à son époque par son prédécesseur, Betrand Delanoë (2001-2014) auprès duquel, étant membre de son cabinet, il a fait ses premières armes politiques : raser la tour pour la remplacer par une forêt urbaine et par un imposant aquarium. Sa démolition avait été au programme de Bernard Debré quand en 2008, il avait été candidat à maire, idem avec Nathalie KoscinKo-Morizet, en 2014, quand elle-même avait fait acte de candidature. Par ailleurs, rappelons que lorsque Emmanuel Grégoire était l’adjoint d’Anne Hidalgo, il a été l’homme de la piétonisation des berges de Seine.

Déconstruire une tour de cette hauteur en plein milieu urbain est tout à fait possible, a expliqué Lucien Demonteur à Causeur, le directeur de la société spécialisée dans cette activité de BTP, Rasetout.Co. de renommée mondiale.

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 « En gros, a-t-il dit, il existe deux techniques, le foudroyage qui consiste à miner les bases de l’édifice et des étages intermédiaires névralgiques, et l’écrêtage, qui lui repose dans la démolition mécanique étage par étage. Ces deux techniques aujourd’hui sont très bien maîtrisées. Les risques sont nuls. Concernant la Tour Montparnasse, on aurait recours aux deux. L’écrêtage pour la réduire jusqu’à 20 étages puis le foudroyage qui lui serait pratiqué de nuit. Les vingt derniers étages survivants seraient bâchés pour contenir la poussière. Au petit matin, les habitants du quartier découvriraient une place nette. Dans la nuit, les insomniaques n’auront entendu qu’une sourde rumeur de quelques secondes ».

Les raisons qui poussent Emmanuel Grégoire à raser à la tour ne sont pas seulement esthétiques. Elle a été classée par un site américain, Virtual tourism, comme le second édifice le plus laid du monde après l’hôtel de ville de Boston. La raison est essentiellement écologique. Elle s’inscrit dans la politique contre le réchauffement climatique qu’il entend mener « avec la plus grande fermeté car il ne veut en la matière se contenter de parole », a confié la source. Son système d’aération et de climatisation sont de gros pulvérisateurs de CO2. La raison est aussi économique. L’agglomération regorge de bureaux inoccupés. A la Défense 6 millions de mètres carrés sont vides.

Le coût de la démolition ne serait en rien prohibitif. Il avait été estimé par Delanoë à un milliard d’euros avec indemnisation des 300 propriétaires. Le coût de la rénovation serait au minimun de 600 millions. Or on sait qu’il y a toujours des dépassements conséquents car il n’y a jamais rénovation sans surprises.

D’après la source, le nouveau maire a eu des contacts très discrets indirects avec ses potentielles oppositions pendant la campagne. Elles se seraient montrées très favorables au projet, y compris Rachi Dati. Dès lors, son intention serait de le soumettre à référendum avant la fin de l’année pour ne pas interférer avec la présidentielle. Un premier sondage secret indique que les Parisiens ainsi que les habitants de la dite petite couronne ne seraient pas hostiles, voire même très favorables.

Le projet, outre la plantation d’une forêt aux multiples essences pour lui donner un côté amazonien, consisterait aussi à donner à la façade la gare Montparnasse un aspect haussmannien. Mais le point d’attraction serait, au milieu de la forêt qui occuperait toute l’esplanade devant la gare, un gigantesque aquarium, à moitié en sous-sol entouré d’une galerie marchande qui relierait aussi les différentes lignes de métro, et à moitié au-dessus du sol. Il hébergerait toutes les espèces de poissons peuplant l’Atlantique y compris ceux d’avril.

Le dindon de la Perse?

L’affrontement entre l’Iran et les États-Unis n’a jamais cessé depuis 1979. L’offensive américaine de 2026 n’est que le dernier épisode d’un conflit où chaque phase prépare la suivante. Washington cherche à fragiliser le régime et Téhéran cible l’économie mondiale. Deux stratégies qui s’inscrivent dans le temps long.


« Je ne vais pas commencer une guerre. Je vais mettre fin à des guerres. » Donald Trump s’est clairement engagé au cours la campagne électorale de 2024 à ne pas impliquer son pays dans un nouveau conflit. En attaquant l’Iran, le 28 février, il semble avoir trahi sa promesse. Certes Trump n’est pas le premier président américain à se faire élire en pacifiste avant de gouverner en belliciste (son modèle, McKinley en est un exemple flagrant) mais son électorat, affecté par l’inflation provoquée par le conflit, pourrait ne pas le lui pardonner. À sa décharge, il peut soutenir que son offensive contre le régime des mollahs n’est que le prolongement d’une guerre qui a commencé en 1979. Cette guerre est passée par des phases plus froides ou plus chaudes. Aujourd’hui, sa température a atteint son niveau le plus élevé. Est-ce le début de la fin ou simplement une nouvelle phase transitoire ?

Résistance à l’impérialisme occidental

Lors de la chute du régime du shah en 1979, les États-Unis ont perdu un allié sur lequel ils comptaient, depuis dix ans, pour stabiliser le Moyen-Orient. Cette complicité a nourri chez les révolutionnaires iraniens le mythe de la « main étrangère » – britannique, puis américaine – qui aurait manipulé et exploité l’Iran depuis des décennies. Cette main aurait été seule responsable du coup d’État de 1953 qui a permis au shah de consolider son pouvoir. Ainsi, le futur guide suprême, l’ayatollah Khomeini, était obsédé par le principe d’esteqlal ou « indépendance ». Pour lui, celle de l’Iran était menacée en permanence par les États-Unis et l’impérialisme occidental contre lequel il fallait organiser la résistance. Il partageait les buts de ses corévolutionnaires de gauche, mais les exprimait dans un langage religieux. La prise d’otage à l’ambassade américaine de Téhéran lui a permis d’évincer ses rivaux laïques, d’imposer le régime des mollahs et de réunir le pays autour d’une stratégie antiaméricaine devenue la pièce maîtresse de sa politique étrangère. Pour les Américains, l’Iran était désormais une force déstabilisatrice dans une région vitale pour l’économie mondiale.

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Les épisodes de cet affrontement sont connus : la crise des otages et l’imposition de sanctions contre l’Iran ; le soutien américain à Saddam Hussein dans la guerre Iran-Irak de 1980 à 1988 ; la campagne d’attentats contre les Américains au Liban et ailleurs par les proxys de l’Iran dans les années 1980 et 1990 ; la mort de plus de 600 militaires américains tués en Irak, entre 2003 et 2011, par des milices chiites armées par l’Iran… jusqu’à des tentatives – déjouées – d’assassiner Trump en 2024 et la guerre des Douze Jours en 2025. L’Iran espérait-il vaincre les États-Unis ? En 2015 à New York, Henry Kissinger a rencontré de manière informelle Ali Larijani, le même dirigeant influent qui vient d’être éliminé le 17 mars. Larijani a expliqué que son objectif stratégique était d’épuiser les Américains pour que, las, ils quittent le Moyen-Orient et laissent l’Iran en paix.

Effet d’usure

Afin d’atteindre cet objectif, les Iraniens comptent depuis toujours sur un effet d’usure : tôt ou tard, harcelés de toutes parts, les Américains décideront que le jeu ne vaut plus la chandelle et renonceront à s’immiscer dans les affaires de la région. À cette fin et en attendant l’acquisition de la menace suprême, la bombe nucléaire, l’Iran a adopté des méthodes de guerre asymétriques, particulièrement le terrorisme et la guérilla. Dans l’espoir d’affaiblir durablement l’Iran, les États-Unis ont essentiellement répondu par des méthodes plus classiques : troupes au sol, frappes aériennes et bombardements navals. Toutefois, en même temps, ils ont développé, en coopération avec Israël, leur propre réponse asymétrique conjuguant pression économique, guerre cyber et opérations secrètes.

Imaginaires antagonistes

Aujourd’hui, nous assistons à une épreuve de force non seulement entre deux nations, mais entre deux stratégies totalement opposées, portées par des imaginaires antagonistes. Du côté iranien, le régime mise beaucoup sur le culte du martyr qui structure la mentalité chiite depuis le massacre de Hussein, petit-fils de Mahomet et prétendant au califat, ainsi que de son entourage, en 680. Ce culte a joué un rôle central dans les sacrifices de soldats iraniens dans la guerre contre l’Irak. Il a inspiré les campagnes d’attentats-suicides contre des Américains, Français et Israéliens. Aujourd’hui, il est invoqué pour glorifier les dirigeants du régime qui viennent d’être éliminés, comme Ali Khamenei. L’idée du sacrifice de soi est parfaitement adaptée à la stratégie de guerre asymétrique. Le régime iranien croit avoir un seuil de tolérance à la douleur beaucoup plus élevé que celui des Américains. Il peut donc se laisser pulvériser presque indéfiniment (au moins tant que la majorité antirégime qui en paie le prix reste plus au moins docile), pendant qu’il utilise drones, missiles et mines à bas coût pour bloquer le détroit d’Ormuz et bombarder l’infrastructure des pays pétroliers du Golfe. C’est ainsi que, par la force des faibles, l’Iran est en train de provoquer un nouveau choc pétrolier pire que celui de 1973.

A lire aussi, Gil Mihaely: Chiites et sunnites, les Frères musulmans en armes

Du côté américain, Trump semble appliquer ce qu’on appelle « la théorie du fou », approche développée par des théoriciens du conflit nucléaire, adaptée par Henry Kissinger et adoptée – avec un succès mitigé – par Richard Nixon dans ses relations avec l’Union soviétique et le Vietnam du Nord. Selon cette théorie, un dirigeant qui paraît capable de faire n’importe quoi peut déstabiliser son adversaire et le faire reculer. Selon certains, Trump a utilisé cette approche avec succès dans ses relations avec l’UE et l’OTAN, et avec moins de bonheur avec la Chine et la Corée du Nord, ce qui suggère que cela marche surtout avec des alliés. Aujourd’hui, il fait preuve d’imprévisibilité dans ses déclarations sur les objectifs, la durée et les tactiques de la guerre. La Maison-Blanche parle d’« ambiguïté stratégique délibérée ». Cette approche doit s’accompagner d’une cohérence sous-jacente dans les actions, cohérence fournie par Israël dans sa maîtrise du renseignement et son rôle dans l’élimination des chefs du régime des mollahs.

Malheureusement, à ces deux approches correspondent maintenant deux guerres. Celle que livrent Trump le « fou » et un Netanyahou beaucoup moins fou pour neutraliser les capacités nucléaires et balistiques de l’Iran et, si possible, faire tomber le régime. Et celle que l’Iran a déclarée à l’économie globale en étranglant les sources d’approvisionnement en énergie. Pour mettre fin à cette deuxième guerre, il faudra, coûte que coûte, mettre fin définitivement à la première.

Dans les coulisses des best-sellers français: ce que disent vraiment les chiffres

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En 2025‑2026, les ventes françaises se concentrent sur l’intime et l’émotionnel. La fiction ambitieuse recule, et seuls quelques auteurs franchissent encore les frontières pour rappeler que la littérature peut dépasser le miroir du quotidien.


La fiction recule en France. En 2025‑2026, les chiffres de ventes dessinent un portrait paradoxal : Marie NDiaye se hisse sur la shortlist du Booker Prize, traduite et saluée hors de nos frontières, tandis que le marché national s’agite autour de récits domestiques et émotionnellement calibrés. Les auteurs qui dominent vraiment les ventes – Virginie Grimaldi, Mélissa Da Costa, Morgane Moncomble, David Foenkinos – ne traversent presque jamais l’Hexagone. Guillaume Musso et Agnès Martin‑Lugand, eux, s’imposent à l’international grâce à des intrigues universelles et lisibles, vendus à des millions d’exemplaires, mais ils n’occupent pas le cœur de l’attention nationale.

Têtes de gondole

Dans ce paysage, certains auteurs incarnent encore une fiction ambitieuse, structurée, qui explore des enjeux sociaux et politiques, mais ils restent rares, isolés. Leur existence rappelle que la littérature française peut encore dépasser le miroir domestique, mais ces voix sont marginales face au flux dominant.

Le Top 10 national ne raconte pas le monde, il reflète l’intérieur. Grimaldi distribue ruptures et résilience comme des kleenex ; Da Costa compose des micro-univers sentimentaux ; Moncomble polit l’intime jusqu’à ce qu’il devienne miroir du lecteur ; Foenkinos tisse des intrigues accessoires où l’émotion prime sur la structure. Ensemble, ces auteurs cumulent plus de huit millions d’exemplaires vendus, concentrant l’essentiel de la consommation et écrasant la diversité du reste du marché.

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La concentration est nette : quelques têtes de gondole absorbent l’essentiel de la consommation tandis que l’édition, silencieuse, réorganise ses choix. Le format poche joue un rôle central : il impose lisibilité, accessibilité, circulation rapide. Les textes plus complexes, expérimentaux ou hétérodoxes y ont peu de chances. L’autofiction omniprésente illustre cette tendance : diluée, elle consolide l’intime sans créer de trajectoires inédites.

Le roman noir français : comme tous les autres !

Le contraste avec l’étranger est révélateur. Les polars et thrillers – Franck Thilliez, Michel Bussi – se vendent et se traduisent grâce à des structures claires et universelles. Les succès domestiques français, eux, restent largement invisibles hors de France. Certains auteurs continuent d’être lus au‑delà de nos frontières grâce à l’universalité de leur intrigue ou à la force de leur voix narrative, mais ces succès exportables se comptent sur les doigts d’une main.

Le recul de la fiction classique se lit partout : elle se replie sur l’intime, sur l’identification immédiate, perd sa capacité à structurer des récits complexes, à construire des univers, à confronter le lecteur. La littérature française dominante ne traverse plus le monde : elle confirme, reproduit, stabilise l’intérieur.

L’invention s’efface derrière le familier, le conflit narratif cède au miroir émotionnel, et la fiction ambitieuse (Patrice Jean, Patrick Modiano, Pascal Quignard, par exemple) survit comme un phare discret dans l’océan des best-sellers : visible, nécessaire, mais bien trop isolée pour imposer sa lumière.

À Fresnes, la casse du troisième tour

Ensauvagement. La mairie de la commune de 30000 âmes située dans le Val-de-Marne a été saccagée par les voyous après le résultat de l’élection municipale


Bien connue pour sa prison, la bonne ville de Fresnes (Val-de- Marne) l’est désormais pour la vingtaine de citoyens-sauvageons dont on espère bien qu’ils auront au plus vite l’honneur et l’avantage d’y effectuer un séjour, si possible de longue durée.

Ces dynamiques jeunes gens sont mécontents du résultat des élections municipales dans leur cité et le font donc savoir. À leur manière. Idiote, violente, haineuse. Ils ont attaqué la mairie, la maison commune. Carrément.

Il faut dire que, à Fresnes, le résultat des urnes a effectivement de quoi contrarier un petit milieu bien installé dans ses habitudes et ses pratiques lucratives. Lucratives et prohibées par les lois de la République, on s’en doute.

Après quatre-vingt-deux années de ronronnante gouvernance de gauche, voilà bien que ces urnes ont accouché d’un maire LR[1] qui, avec une audace sans pareille, n’a pas craint d’afficher et d’annoncer urbi et orbi ses très mauvaises intentions : renforcement de la sécurité, installation d’un réseau de caméras de surveillance, montée en puissance également de la police municipale. Bref il s’agit de s’efforcer de faire en sorte que la population se sente enfin protégée et puisse retrouver, dans son quotidien, une once de sérénité.

En d’autres termes, le nouveau maire n’a pas craint de donner dans la provocation. Non mais, où va-t-on ! se sont insurgés ces jeunes citoyens devant un tel déploiement de mauvaises manières. Voudrait-on faire de la ville de Fresnes tout entière une annexe de la prison ? Ou un ilot de répression fasciste généralisée, pour dire les choses telles qu’elles sont ? Alors, ces lascars n’ont fait ni une ni deux et sont entrés en Résistance, comme on dit dans ces cas-là. Avec passage à l’acte immédiat. Attaque de la mairie, saccage du premier étage, bris de vitrines, y compris de commerces voisins. Tout vite fait bien fait histoire de montrer qu’on n’est pas là pour rigoler. Et que la vie de la nouvelle municipalité sera tout ce qu’on voudra sauf un long fleuve tranquille.

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Bien entendu, devant une telle situation le ministre de l’Intérieur et le président de la République ont fait les gros yeux. Probablement, les casseurs de Fresnes en ont-ils été terrifiés au point de s’oublier dans leur froc. On peut rêver[2].

Le message adressé au maire nouvellement élu est des plus clairs. Sa sécurité, ses policiers municipaux, ses caméras, pas de ça chez nous ! Tout est dans le « chez nous », vous l’aurez compris. « Chez moi, ils sont chez eux », disait Mitterrand évoquant les nouveaux venus débarqués en France d’horizons lointains. Comment s’étonner que, à Fresnes comme ailleurs, certains l’aient pris au mot ?

Ils se seront dit que les mauvaises intentions du maire élu seraient sans doute très préjudiciables au bon fonctionnement de leur petit commerce de farces et attrapes en tout genre, ce négoce de moins en moins à la sauvette qui prospère certes à Fresnes mais désormais à peu près partout en France. Oser déranger, entraver l’initiative économique de sa jeunesse locale, voilà ce que le nouveau maire se permet ! A-t-on idée ? Ne devrait-il pas plutôt applaudir devant le dynamisme entrepreneurial dont ces jeunes font preuve, justement ? Et transformer la mairie de Fresnes en point de libre-échange, avec l’organisation d’un grand salon annuel de présentation des dernières innovations flippantes, le tout placé sous la protection de brigades composées d’une main d’œuvre de proximité, les taulards de l’établissement tout proche recrutés dans le cadre d’une politique vigoureuse et enfin efficace de réinsertion ? Voilà qui serait, vous l’aurez compris, de beaucoup préférable à ces ridicules provocations de lendemain d’élection.

Hélas, mes bons amis, à Fresnes, le vivre ensemble façon ultra-gauche libertarienne devra donc attendre encore un peu. Nous en sommes bien tristes, non ?


[1] Christophe Carlier NDLR

[2] Neuf mineurs ont été interpellés ce mardi 31 mars dans la matinée, et placés en garde à vue.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Marcel Gauchet « Un spectre hante l’Europe: le populisme »

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Découvrez le sommaire de notre numéro d’avril


Pour Marx et Engels, le spectre qui hantait l’Europe en 1848, c’était le communisme. Aujourd’hui, selon Marcel Gauchet, c’est le populisme. Tel est le jugement de celui qui vient de publier Comment pensent les démocraties chez Albin Michel. Il explique à Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques que nos pensées ne naissent pas nues dans le ciel des idées. Elles reposent sur des structures forgées à partir des réalités sociales. Tel est le sens du mot « idéologie ». Celle du temps présent est « néo-libérale ». Macron est un néolibéral de droite, Mélenchon un néolibéral de gauche. Les deux détestent les frontières et vénèrent l’individu-roi, mais pas de la même manière. En France après les élections municipales, la plupart des commentateurs ne parlent que de Jean-Luc Mélenchon. Mais pour Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, qui présentent notre dossier sur le populisme, la véritable reine du jeu s’appelle Marine Le Pen. Tout en incarnant le populisme, le RN surplombe la vie politique française et a plus de chance que LFI d’être présent au second tour en 2027. Face à la colère démocratique, pas sûr que les appels au barrage ou au cordon sanitaire soient alors entendus. Pierre Vermeren analyse la distribution démographique du vote aux municipales : abstention massive, surtout des jeunes, réduction spectaculaire de l’offre électorale dans les villages… ces élections dessinent une France politique désarticulée. LFI fait de bons scores dans de grandes agglomérations, le RN s’impose dans les villes moyennes, mais le pays profond reste attaché à ses élus appartenant aux vieux partis que l’on disait autrefois de gouvernement. Pour Charles Rojzman, les classes populaires ne se reconnaissent plus dans ceux qui les gouvernent. Leur parole a été confisquée par une classe politico-médiatique qui refuse de dénoncer les maux qui rongent le pays à petit feu. Le vote est leur ultime moyen d’expression, et elles votent RN. Davantage par lassitude que par colère.

Le nouveau numéro est disponible aujourd’hui sur le kiosque numérique, et demain mercredi 1er chez votre marchand de journaux.

Renaud Camus est-il contagieux ? Notre deuxième dossier du mois commence par un entretien avec l’homme lui-même qui est lourdement attaqué dans L’Homme par qui la peste arriva. L’écrivain n’ayant guère la possibilité de s’exprimer dans les médias, Causeur lui a proposé de répondre à ces accusations. L’occasion de savoir aussi ce qu’il pense des polémiques qu’il suscite, et jusqu’où il est possible de le suivre. Ses propos ont été recueillis par Élisabeth Lévy, Jean-Baptiste Roques et Jonathan Siksou. Ce sont deux journalistes de M le mag qui ont écrit cette « biographie » furieusement à charge. Sans avoir lu son œuvre bien sûr. Le sujet ne manquait pourtant pas d’intérêt. Quentin Verwaerde, l’assistant de l’auteur du Grand Remplacement, qui a passé deux ans auprès de lui, nous livre sa fiche de lecture. De son côté, Cyril Bennasar essaie de faire comprendre Renaud Camus à ses parents. Difficile pour ces vieux Juifs d’accepter son emploi du mot génocide. Pour expliquer le grand remplacement, il est passé par Walt Disney. Mais pour la décolonisation, sujet du dernier essai de Renaud Camus, ces vieux pieds-noirs n’ont pas besoin qu’il leur fasse un dessin.

Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy analyse ce biais cognitif qui nous fait croire que ce sont les autres qui sont biaisés et jamais nous-mêmes. Elle raconte comment elle a refusé de croire les affirmations de la gauche sur le prétendu « fascisme » de Quentin Deranque. Après les révélations de l’enquête de Mediapart, notre directrice de la rédaction est tombée de sa chaise. Plusieurs confrères ont prêté au nouveau maire de Saint-Denis des propos odieux mais qui se sont révélés faux. Dans ces deux cas, la faute que nous avons commise en trouvant plausibles des affirmations qui étaient erronées jettera un discrédit sur nos propos quand nous aurons de bonnes raisons de critiquer l’extrême-gauche.

Gil Mihaely raconte la guerre feutrée que, depuis des décennies, Israël et les États-Unis mènent contre l’Iran. Leurs services de renseignement et des unités spéciales multiplient les sabotages et les éliminations ciblées afin de déstabiliser le régime en permanence. Ces opérations « non militaires » ont tout du film d’action. Je présente l’offensive américaine de 2026 comme le dernier épisode d’un conflit qui dure depuis 1979 et dont chaque phase prépare la suivante. Washington cherche à fragiliser le régime et Téhéran cible l’économie mondiale. Deux stratégies qui s’inscrivent dans le temps long. Alain Neurohr dénonce l’autosuffisance et les erreurs de ces légions de généraux et de diplomates à la retraite qui commentent la guerre sur les plateaux de télé.

Paris, c’est fini ! C’est la conclusion de Jonathan Siksou. Au chaos Hidalgo succède le laminoir Grégoire. Le nouveau maire de Paris veut poursuivre la piétonnisation à marche forcée, continuer d’accueillir la misère du monde, et, plus encore, bouleverser la sociologie de la capitale en imposant 40% de logements sociaux. Bienvenue à Paris-banlieue. Causeur n’est jamais fermé à ceux qui expriment des opinions contraires. Nous publions la lettre ouverte d’une électrice LFI, prof d’histoire-géo dans un lycée en zone prioritaire, qui explique pourquoi elle a voté Chikirou aux municipales et continue de soutenir Jean-Luc Mélenchon malgré ses outrances et saillies antisémites. La France est une irresponsable qui danse sur un volcan, nous explique Stéphane Germain. L’Hexagone de 2026 se rapproche de la Grèce de 2008. Le monstrueux déficit budgétaire de l’État risque de tout engloutir, mais aucun candidat à la présidentielle n’aura les tripes d’en parler. De toute façon, les Français ne veulent pas le savoir.

Parmi nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles tire sa conclusion des dernières élections municipales : elles ont prouvé qu’aucun parti ne se distingue clairement pour unir des Français profondément divisés. Selon Ivan Rioufol, l’offensive israélo-américaine en Iran confirme la lâcheté des dirigeants européens quand il faut s’attaquer à l’islamisme.  Emmanuelle Ménard rappelle qu’à Béziers, Robert Ménard et son équipe (dont elle fait partie) ont savouré leur 65,6 % au soir du 15 mars. Elle revient sur une campagne souvent agressive mais qui s’est terminée en beauté. Gilles-William Goldnadel a analysé la couverture du Proche-Orient par France-Inter : comme dans son traitement de l’actualité française, l’odieux visuel public pratique en permanence un double standard moral.

Une bonne nouvelle pour la culture en France ! Éric Naulleau a été nommé à la tête de la rédaction de Lui. L’ancien « magazine de l’homme moderne » peut-il résister face à la pudeur ambiante et à la crise du genre ? Dans un entretien avec Elisabeth Lévy, le président du Parti foutuiste annonce que « tous les dissidents du nouvel ordre amoureux peuvent trouver refuge sous la couverture de Lui, nous leur accorderons bien volontiers l’asile érotique ». Nous qui sommes nombreux à posséder une âme ample et généreuse, il nous faut un « sentiment de la nature », fruit d’une curiosité amoureuse pour les plantes, les bêtes et les paysages. Georgia Ray nous invite à visiter une exposition des ciels de Paul Huet et une autre des herbiers de Rousseau qui nous rappellent que l’écologie véritable est le contraire de notre insensible décompte du CO².

Cambriolages, incendies, fuites d’eau : le patrimoine français est victime de décennies de négligence. Mais le ministère de la Culture se préoccupe davantage de séduire de nouveaux publics que de conserver musées et monuments. Dans son nouveau livre, Maryvonne de Saint-Pulgent tire la sonnette d’alarme. Elle se confie à Bérénice Levet.

François Kasbi nous fait découvrir la vie de Louise Rachel Franck, figure de la bourgeoisie juive parisienne, qui a été l’épouse de Fernand de Brinon, un ultra de la Collaboration, et lui est restée fidèle toute sa vie. Son parcours contre-nature a été raconté par son fils, ancien résistant. Dans Debout comme une reine, la journaliste Emily Barnett tente de percer les zones d’ombres qui planent toujours autour de l’assassinat de Sophie Toscan du Plantier. Un roman troublant et émouvant, selon Alexandra Lemasson. Jusqu’à présent, la question culinaire dans les rangs nazis se réduisait à quelques anecdotes, – nous raconte Julien San Frax – comme le végétarisme de Hitler ou la gourmandise de Göring. Mais en ouvrant les portes des salles à manger et des celliers du IIIe Reich, Les nazis à table d’Antoine Dreyfus révèle tout un pan encore méconnu de la Seconde Guerre mondiale et des camps de la mort. Enfin, Jean Chauvet nous a choisi le meilleur des nouveautés cinématographiques. Il nous rappelle que quand la fiction fait défaut, on peut toujours se tourner vers le documentaire, source inépuisable de pépites en tous genres, du plus sérieux jusqu’au réjouissant poisson d’avril. Certes, le nouveau numéro de Causeur paraît en kiosque le premier de ce mois, mais c’est tout sauf un poisson d’avril !

Debout, comme une reine

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Alerte sur le patrimoine

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Affaire Bagayoko/CNews: quand la meute crie au loup

Ce week-end, Michel Onfray, philosophe et directeur de la rédaction de Front Populaire, a été vivement attaqué sur les réseaux sociaux. Ses propos sur le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko ont été jugés racistes. Une accusation fallacieuse qu’il s’agit de démonter.


En mai 2025, deux journalistes publiaient un livre d’enquête sur La France insoumise intitulé La Meute. Il faut reconnaître que le titre était bien choisi… Car c’est bien à un phénomène de meute numérique qu’ont donné lieu, ce samedi 28 mars, les propos – évidemment décontextualisés – tenus par Michel Onfray sur l’antenne de CNews, dans l’émission de Laurence Ferrari Face à Michel Onfray. Ces éternels offusqués volontaires – journalistes, politiques, militants LFI, anonymes – s’en sont donné à cœur joie. Quand on veut tuer son chien…

« Est-ce que je déforme les propos de Michel Onfray tenus sur CNews devant Laurence Ferrari à propos de Bally Bagayoko en disant qu’ils sont grossièrement racistes ? Tribu primitive, j’aurai les femelles… c’est inouï, c’est ignoble, c’est Onfray », s’est grossièrement indigné le journaliste Jean-Michel Aphatie, rompu à cet exercice de la dénonciation hargneuse. « L’élection d’un maire noir à Saint-Denis fait dégoupiller tous les racistes qui nous expliquent à longueur d’émissions qu’ils ne sont pas racistes », a estimé le journaliste politique chez Libération, Sylvain Chazot. Le secrétaire du PS, Olivier Faure, a quant à lui qualifié les propos de « dérapage raciste  ». Du côté de la France insoumise, les députés du groupe en ont évidemment profité par en appeler à la fermeture de la chaîne CNews (rien que ça). Et nous vous faisons grâce des milliers d’autres messages d’insultes et de menaces, fonds diffus habituel du web.

L’honnêteté, c’est le contexte

À l’origine de la polémique, le philosophe réagissait à cette déclaration en conseil municipal du nouveau maire élu de Saint-Denis, Bally Bagayoko (LFI) : « Les urnes ont parlé. Moi, je suis issu du milieu sportif. Même si l’on s’est entraîné pendant des mois, lorsque le résultat tombe, nous faisons allégeance. Nous avons besoin de toutes celles et ceux qui ne vont pas regarder dans le rétroviseur, pas celles et ceux qui vont tenter de remettre un programme qui a été battu dans les urnes. Et donc ces personnes-là, si c’est votre (sic) projet, nous n’aurons pas d’autres solutions que, bien sûr, nous en séparer ». Interrogé par la journaliste Laurence Ferrari sur l’emploi objectivement douteux du mot « allégeance », Michel Onfray a fait part de sa sidération et a alors critiqué cette vision rétrograde du pouvoir. « Il y a quelque chose de clair dans cette profession de foi, c’est que ces gens-là n’ont pas le sens de l’intérêt général et du bien public. C’est la bande. La bande a gagné, donc la bande va imposer sa loi. Et la bande qui a imposé sa loi dit : maintenant, c’est allégeance. Mais ça, c’est très tribal ». Et de poursuivre, « On fait l’allégeance au mâle dominant. Ce monsieur n’est pas un mâle dominant, enfin, je ne sache pas. Ce monsieur, il est un élu et en tant qu’élu, il est normalement le représentant de la totalité de la cité, y compris de ceux qui n’ont pas voté ».

Les propos sont pourtant clairs, mais explicitons pour les malcomprenants : la notion d’« allégeance » appartient à l’univers grégaire, qu’il soit tribal, puis féodal jusque sous l’Ancien régime. Elle suppose un lien de dépendance personnelle et d’inégalité constitutive qu’on retrouve dans la nature (allégeance au mâle dominant) et dans le monde culturel (chef tribal, seigneur féodal). À ce titre, le chef d’un gang qui règne sur un territoire n’est jamais qu’un prolongement de la logique naturelle du mâle dominant qui perdure dans le monde social. Nous sommes des animaux territoriaux sophistiqués. Nous sommes autre chose, bien sûr, mais nous sommes aussi cela. Depuis la Révolution française, notre imaginaire politique a déplacé la notion d’allégeance des rapports interpersonnels vers une idée abstraite, la nation, sur la base du contrat social. Et Michel Onfray de préciser que M. Bagayoko, en tant qu’élu, est précisément un représentant de la nation et doit se comporter comme tel et non comme un chef de bande.

C’est dans le sillage de cette réflexion que Michel Onfray a prononcé les propos qui ont donné lieu à un court extrait de 15 secondes relayé en masse sur les réseaux sociaux. « Mais on n’est pas dans une tribu primitive comme l’a décrit Darwin en disant: vous avez le mâle dominant qui est là, qui décide et qui dit : c’est moi qui décide. Toi, tu auras à manger, toi, tu n’auras pas à manger. Moi, j’aurai les femelles, toi, tu n’auras pas les femelles. Nous allons attaquer, nous n’allons pas attaquer la tribu d’en face ou je ne sais quoi. Ça, ça va bien, il y a des milliers d’années que c’était comme ça, mais c’est plus du tout comme ça maintenant. » Il est bien question de critiquer une logique tribale d’un autre temps objectivement contenue dans la notion d’« allégeance ».

Darwin et l’éthologie

Isolé, donc privé de contexte, l’extrait a été vu et relayé par des militants dont l’honnêteté intellectuelle n’est pas la première qualité mais dont l’objectif éternel est de nuire. Nuire, en éludant tout le développement qui précède et aussi celui qui suit. Bien que rien ne fasse ici allusion à la couleur de peau de qui que ce soit, les élus de la France Insoumise ont hurlé au scandale.

Croyant dans un premier temps que ses propos pouvaient avoir été mal compris par des gens de bonne foi – car il en reste encore, heureusement, même sur les réseaux sociaux, Michel Onfray s’est expliqué dans une vidéo diffusée sur le compte X de Front populaire, renvoyant toujours à Darwin : « j’ai beaucoup parlé du mâle dominant. J’ai beaucoup parlé des tribus primitives parce que je renvoie un philosophe important pour moi qui s’appelle Darwin, qui estime qu’il n’y a pas de différences de nature, mais une différence de degrés entre les hommes et les animaux. Ça ne veut pas dire que j’animalise les hommes, mais simplement que je n’oublie pas que nous sommes des animaux. Donc, j’ai juste dit que quand on renvoyait au concept d’allégeance, on se trouvait dans des logiques éthologiques, des logiques animales qui n’étaient pas celles qu’il fallait privilégier ». Et de conclure, « ça n’a rien à voir avec la couleur de peau de monsieur Bagayoko  ». D’après l’institut Jane Goodall, l’éthologie, étymologiquement « étude des mœurs », correspond à «  l’étude scientifique du comportement des espèces animales, y compris l’humain, dans leur milieu naturel ou dans un environnement expérimental, par des méthodes scientifiques d’observation et de quantification des comportements animaux  ». Cet institut serait-il raciste en ce qu’il inclut l’homme dans les espèces animales ? Non car, que l’homme soit un animal, c’est précisément Darwin qui le démontre avec la publication de L’Origine des espèces, en 1859. Un processus évolutif bien connu de Jean-Luc Mélenchon lui-même, puisque ce dernier en a donné une interprétation personnelle dans un récent meeting, mercredi 18 mars : « Il a bien fallu un jour qu’il y en ait un ou une qui se mette debout sur ses pattes à l’autre bout du continent africain pour qu’à la fin vous soyez ici en train de faire les malins, tout blancs, tout moches que vous êtes ». « Sur ses pattes »… Personne pour relever ? Sans parler du reste.

L’œuvre ne ment jamais  

Michel Onfray aurait-il sorti de son chapeau un livre d’éthologie pour esquiver la polémique ? Ce serait oublier son œuvre, qui parle pour lui : Dans Miroir du nihilisme : Houellebecq Éducateur (2017), le philosophe écrit de l’écrivain que son livre Soumission (2015) est « le grand roman de la collaboration. La soumission aux puissants du moment relève de l’éthologie : elle suppose la fascination des âmes en peine pour la puissance qui les méprise et veut leur sujétion ».

En 2014, sur un podcast France Culture — émission louée alors à l’époque par toute l’intelligentsia qui le conspue aujourd’hui — consacré à « une éthique sans morale », il en rappelle les principes : « savoir que l’homme et l’animal diffèrent en degrés, pas en nature ». Il ajoute qu’il convient de « faire de l’éthologie la première science de l’homme ». Allons chercher bien plus loin dans le temps encore. Dans un entretien datant de 2002 dans la revue Le Philosophoire, il explique à Vincent Citot que « le rire (…) est une spécificité de l’Homo Sapiens » et que « la psychanalyse, entre autres, l’éthologie également, permettent d’appréhender le corps en matérialiste ». Réponse des militants de mauvaise foi : le problème est de parler de « tribus primitives » à propos d’un responsable politique noir ! On croit rêver. À bien les comprendre donc, il faudrait exclure les noirs de toute référence à l’éthologie et à l’anthropologie pour ne pas prêter le flanc à de potentielles conceptions racistes. Les racialistes ne sont-ils pas précisément ceux qui créent un lien entre la notion de tribalisme et la couleur de peau de la personne visée ? Les tribus primitives, c’est l’enfance du monde et elle concerne de fait l’humanité entière. Dans L’art d’être français (2021), Michel Onfray note : « L’histoire de France, des tribus primitives de Lascaux à sa christianisation, est une aventure de plusieurs millénaires ». Est-ce du racisme anti-français ? Un peu de sérieux ne nuirait pas. Dans Cosmos (2015), premier tome de la trilogie Une brève histoire du monde, le philosophe consacre des pages admiratives au continent africain et rend hommage à « la grande santé animiste africaine », à un « génie africain » dévitalisé par l’Occident, à un art africain qui « a subi la loi du Veau d’or, loi de l’Occident ». On a connu propos plus racistes. Dans les faits, les lecteurs de Michel Onfray, qui ne se contentent pas – gloire leur soit rendue – d’extraits digitaux de 15 secondes, savent bien que les accusations portées contre lui sont absurdes. Dans Esthétique du pôle Nord (2002), il fait l’éloge des Inuits et de leur manière d’être au monde sans arrière-mondes. Dans Théorie du voyage (2007), il fait l’éloge des voyageurs nomades, des Touaregs aux Gitans. Dans Inframince (2024), il médite l’être au monde japonais, sa tradition, sa vie ritualisée, sa spiritualité sans dieu, son acceptation de l’impermanence des choses. On pourrait continuer ainsi longtemps. Tout une partie de l’œuvre onfrayen est consacré à faire l’éloge du divers, donc à une condamnation en miroir de l’ethnocentrisme. On peut tronquer une émission de télé ; pas une bibliographie à trois chiffres.

Une critique républicaine

Mais revenons une dernière fois à l’émission justement. Quinze petites secondes peuvent-elles suffire à résumer un propos complexe ? À l’évidence, non. Le raisonnement de Michel Onfray ne s’est pas arrêté là, au contraire d’une vidéo coupée au mauvais moment, dans une volonté assumée de nuire. La suite éclaire le discours global : « Il faudra dire à ce monsieur qu’on n’est pas dans une théocratie (…) la théocratie, c’est fini, le pouvoir d’un seul, c’est fini, une espèce de domination tyrannique d’un individu qui dira : il va y avoir une allégeance. Il y a eu de l’allégeance jadis, quand il y avait des chevaliers, quand il y avait des suzerains, quand il y avait des vassaux ». Et de conclure : « Si ce monsieur veut restaurer la féodalité et la théocratie, qu’il nous le dise ». Encore une fois, l’argument d’un Michel Onfray faisait une référence à la couleur de peau tombe à l’eau.

Un peu plus tard dans la même émission, Michel Onfray évoquera le sort des musulmans en France. Estimant qu’il « nous faut des gens qui défendent la nation, qui défendent la patrie, qui défendent le peuple français, qui défendent la souveraineté nationale et pas des gens qui attaquent les musulmans parce qu’ils seraient musulmans », il ajoutera : « un musulman qui a envie d’être français, il est, pour moi, préférable à quelqu’un qui sera, je ne sais pas, un agnostique qui ne voudrait pas être français. La question n’est pas la religion, la question est le désir de refaire la France ». Un propos d’un républicanisme inattaquable qui semble ne pas avoir beaucoup intéressé les cadres de LFI.

Ces deux séquences permettent de démontrer à nouveau que le fil conducteur du raisonnement de Michel Onfray est bien la défense du cadre politique républicain. La demande d’allégeance de Bally Bagayoko, en admettant même qu’elle puisse être surinterprétée, charrie un imaginaire clanique, féodal, tribal, comme on voudra, mais quoi qu’il en soit anti-républicain. Il n’y a rien d’anormal à ce qu’un intellectuel en fasse l’analyse et en pointe la dangerosité potentielle, qu’on souscrive ou pas aux références mobilisées.

La stratégie du contre-feu

Ce lundi, en s’appuyant sur les propos – eux aussi taxés de racisme – du psychologue Jean Doridot et prononcés le jour précédent (vendredi 27 mars) sur CNews, Bally Bagayoko a appelé à une manifestation « contre le racisme et contre le fascisme » en prévision du samedi suivant. Un « rassemblement populaire, citoyen », avec pour objectif de dénoncer « le racisme, les discriminations et la haine de l’autre ». Il a également annoncé le dépôt d’une plainte contre CNews. Des députés LFI, comme Mathilde Panot, ont annoncé saisir l’Arcom, dénonçant un racisme «  crasse et décomplexé  ». De son côté Jean-Luc Mélenchon a critiqué « les médias, les sondages », qui «  manipulent, mentent, alimentent un racisme à vomir et prennent continuellement notre peuple pour un bétail sans mémoire ni pensée ».

Pour la France Insoumise, la séquence médiatique actuelle est une aubaine. Elle permet de faire oublier Raphaël Arnault, les sorties polémiques de Jean-Luc Mélenchon sur les « blancs moches », la « nouvelle France », et les scènes houleuses de passation de pouvoir au sein des communes municipales incluant des membres de LFI. Dans plusieurs villes, les maires sortants ont quitté l’hôtel de ville sous les huées et les insultes, et parfois même sous escorte policière. Assurément une belle leçon de républicanisme et de lutte contre « la haine de l’autre ».

Tant qu’il y aura des films

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Holding Liat © L'Atelier Distribution

Quand la fiction fait défaut, on peut toujours se tourner vers le documentaire, source inépuisable de pépites en tous genres, du plus sérieux jusqu’au réjouissant poisson d’avril.


Fantôme

L’Œuvre invisible, d’Avril Tembouret et Vladimir Rodionov
Sortie le 8 avril

Connaissez-vous le cinéaste Alexandre Trannoy ? Non, et c’est bien compréhensible. Après trente ans de projets et de tournages inachevés, aucun de ses films n’a vu le jour. L’Œuvre invisible est donc, selon ses deux auteurs Avril Tembouret et Vladimir Riodionov, « une enquête haletante sur un rêveur sublime ». Leur objectif est parfaitement atteint, avec ce qu’il faut d’enquête et ce qu’il faut de rêve…Tout a commencé, nous dit-on, avec Jean Rochefort qui a été l’ami de Trannoy dans sa jeunesse. L’acteur lance les deux réalisateurs sur sa piste. Ils sont alors convaincus d’avoir mis la main sur une sorte de trésor caché du cinéma français. Avec un paradoxe des plus stimulants à la clé : plus l’enquête progresse, plus les témoins abondent, moins les traces cinématographiques émergent. On ne trouve pas la moindre bobine de ses films avortés. Rien. Des bribes de vie apparaissent au fil des entretiens : il aurait tourné avec Belmondo et avec Ventura. Trannoy aurait fait un passage remarqué en Italie. Il serait même passé par Hollywood. « C’était, racontent les auteurs, comme découvrir un continent oublié, impression renforcée par l’absence du personnage, disparu depuis longtemps. » Le temps s’est d’ailleurs invité dans la partie puisque le tournage a duré quinze ans ! Le projet a plusieurs fois été arrêté, faute de financement notamment, car les producteurs trouvaient décourageant de retracer le destin d’un perdant. Les réalisateurs le trouvaient au contraire « magnifique dans son excès d’échecs », n’hésitant pas à le qualifier de « Don Quichotte du cinéma ». Il semble d’ailleurs que c’est aussi là-dessus que s’est construite sa carrière, sur une zone de fantasmes qu’il parvenait à créer dans l’esprit de chacun, producteurs, comédiens ou critiques. À l’époque, dans les années 1960, tout le monde savait que Trannoy n’arrivait pas à terminer ses films. Mais les gens le suivaient malgré tout : il parvenait à les convaincre avec autre chose que ses films eux-mêmes. Avec du charme, de la ferveur, voire une sorte de folie communicative proche de l’inconscience.

Un incroyable casting vient appuyer cette enquête. Au premier rang se trouve donc Jean Rochefort, qui témoigne face caméra de son amitié pour Trannoy qui lui avait juré qu’il serait l’acteur principal de tous ses films. Promesse non tenue, comme bien d’autres. Mais le comédien ne paraît pas amer, tout juste nostalgique, et c’est le souvenir d’un ami qu’il a emporté dans sa tombe. D’autres disparus témoignent ainsi de leur amitié ou de leur lien professionnel avec Trannoy. C’est le cas de l’actrice Anouk Aimée, contactée pour jouer dans un film qui ne sera jamais tourné. On croise également le scénariste Jean-Claude Carrière, ravi de parler de Trannoy avec, comme toujours, un fond de malice dans les yeux. Ou encore l’acteur et producteur Jacques Perrin. Sans oublier le très regretté critique Michel Boujut qui avait mis une fois pour toutes les rieurs de son côté en adoptant cette phrase sublime comme viatique : « Je ne vais pas voir les films dont je parle, ça pourrait m’influencer. » Dans le cas de Trannoy, cela prend tout son relief. En parrain inoxydable du cinéma français, Claude Lelouch se souvient aussi du cinéaste fantôme. Et cerise sur le gâteau, il revient à Édouard Baer de parachever l’ensemble avec son tourbillonnant « bavardage » propre à rafler définitivement la mise. En une heure et 11 minutes, L’Œuvre invisible fait ainsi le tour d’une personnalité à nulle autre pareille, et pour cause. Étrange situation en vérité que de parler d’un film bien visible sur une filmographie qui ne l’est pas. Les surréalistes auraient assurément adoré cette sorte de « cadavre exquis » dont chaque contribution chasse la précédente tout en la prolongeant… Peut-être même auraient-ils été sensibles à sa date de sortie, un 8 avril, sept jours après la date fatidique du 1er. Le temps, dit-on, de créer un monde.


Disparus

Holding Liat, de Brandon Kramer
Sortie le 1er avril

Le 7 octobre 2023, Liat Beirin Atzili, une institutrice, épouse et mère de famille, est enlevée avec son mari Aviv dans le kibboutz de Nir Oz où ils habitent. C’est le point de départ de Holding Liat, documentaire bouleversant réalisé par l’Américain Brandon Kramer. Passé la sidération de l’annonce de l’enlèvement terroriste, commence pour la famille de Liat (ses parents, sa sœur et son fils) une angoissante course contre la montre. Refusant un pathos trop facile, le film révèle rapidement l’assassinat d’Aviv et la libération potentielle de son épouse Liat. C’est le combat pour cette libération qui est ici raconté avec son lot de doutes, de contradictions et de frictions familiales inévitables – notamment entre un père aux fortes convictions pacifistes qui se démène et va aux États-Unis pour rencontrer des parlementaires de tous bords et un fils dévasté et débordant de colère. Le mot de la fin revient à Liat, elle-même, et c’est une parole qu’il faut impérativement entendre.


Fantôme (bis)

The Mad Dog of Europe, de Rubika Shah
Sortie le 15 avril

Derrière le génial scénario de Citizen Kane réalisé par Orson Welles se cache un scénariste, Herman J. Mankiewicz (le frère du cinéaste Joseph L. Mankiewicz). En 1932, il écrit un script intitulé The Mad Dog of Europe, soit un texte absolument visionnaire, dénonçant la nocivité de la montée du nazisme en Allemagne. Reprenant ce même titre, le documentaire de Rubika Shah s’avère passionnant. Il lève le voile de ce scénario qui est hélas resté dans les cartons. Entre pressions diplomatiques attentistes et intérêts économiques bien compris, les studios hollywoodiens ont préféré enterrer sans bruit un tel projet iconoclaste. Les censeurs de l’époque ne reculèrent devant rien pour empêcher le film de se faire, allant même jusqu’à évoquer l’antisémitisme ambiant, comme dans cette note écrite à l’époque : « On accusera les Juifs, en tant que groupe, d’être à l’origine d’un film antihitlérien et d’utiliser le cinéma à des fins de propagande personnelle. » Glaçant.

Élise Thiébaut: la ménopause contre le fascisme

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DR.

Grace à L’Humanité et Élise Thiébaut, un écoféminisme critique du patriarcat a enfin voix au chapitre! La penseuse entend réhabiliter les expériences corporelles des femmes (règles, ménopause, et autres joyeusetés) pour faire la révolution, et libérer les femmes des tabous et de toutes ces affreuses normes sociales construites par les hommes.


L’Humanité verse de plus en plus dans le wokisme le plus délirant, mais également le plus cocasse.

Après avoir offert à ses lecteurs un dossier complet sur « l’offensive viriliste » et « l’hostilité masculiniste », deux piliers de la « bataille culturelle menée par l’extrême droite », selon Sandrine Rousseau, le journal a ouvert ses colonnes à Élise Thiébaut, une essayiste spécialiste de tout ce qui concerne les femmes, les titres de ses ouvrages sont là pour en attester : Les règles… quelle aventure ! ; Au bonheur des vulves ; Ceci est mon sang : petite histoire des règles ; Vierges, la folle histoire de la virginité. Le dernier en date s’intitule Chaudes : la folle histoire de la ménopause et se présente sous la forme d’une BD.Mme Thiébaut en est convaincue : la bataille culturelle, « c’est nous les féministes, nous les queers, les écologistes, les antiracistes, les animalistes, les trans et les anticapitalistes qui l’avons gagnée », s’enthousiasme-t-elle dans le quotidien communiste. Oh ! bien sûr, il y a bien encore ici où là de méchants réacs agitant le « bâton viriliste et raciste », de cruelles « fémino-nationalistes revendiquées de type Némésis » et même d’impardonnables « féministes libérales » prêtes à « sombrer dans un bain nauséabond orchestré par des médias vendus à l’extrême droite » – mais, globalement, le féminisme progressiste se porte de mieux en mieux et le fascisme recule grâce aux « femmes qui, de plus en plus nombreuses, refusent de mettre au monde des enfants ». Car si le ventre d’où peut sortir la bête immonde est toujours fécond, « il y a bien des façons d’empêcher sa fertilité », assure Mme Thiébaut. Parmi celles-ci, « la contraception, l’IVG, le sexe non reproductif et, bien sûr, le meilleur : la ménopause ! » On se demande d’abord où cette dame va chercher tout ça ; puis on tombe sur une de ses déclarations, qui semble sortie tout droit d’un nouveau manuel psychiatrique conforme à cette époque baroque : « Souffrir de maladie mentale aujourd’hui, c’est être sain d’esprit. »

Vu comme ça, évidemment…

En vue de 2027, la grande tambouille

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De gauche à droite : François Hollande, Jérôme Guedj et Boris Vallaud, Assemblée nationale, 29 aoctobre 2025 © Stephane Lemouton/SIPA

Ce qui s’annonce, à gauche, à droite, au centre, a tout d’un épisode grand format de l’émission TV Cauchemar en cuisine. Sauf qu’on ne voit pas se profiler pour l’instant de costaud du genre d’Etchebest capable d’y mettre bon ordre. C’est que dans chacun de ces camps, on se prend à croire à ses chances de se voir couronné chef trois étoiles du palace élyséen…


Dès les résultats des municipales, on avait compris que ça se bousculerait au portillon. Tous, en effet, n’ont cessé de brailler sur l’air des lampions: « C’est nous qu’on a gagné ! » Considérant que la situation était moins grave que si elle avait été pire, on a vite fait de bomber le torse et de se hausser du col dans les arrière-cuisines de ces officines, même si quelque 43% des citoyens appelés aux urnes avaient préféré la pêche à la ligne ou la belote coinchée. Abstention record – hors Covid – pour les élections de proximité par excellence que sont les municipales.

Flanby au dessert ?

À gauche, la grande question est de faire figurer ou non au menu, en entrée avant le plat principal, une de ces bonnes vieilles primaires dont on y a le secret. Il y a ceux qui sont pour, ceux qui sont contre, ceux qui sont également contre mais qui font semblant d’être pour afin de ne pas se tirer dès à présent une balle dans le pied et se voir privés de dessert avant même d’être passés à table. Délicate affaire, la primaire. Le combat fratricide qui laisse des traces de gnons parfois indélébiles. Il est arrivé que ça ait marché. Le flamboyant François Hollande est passé par la case primaire avant d’accéder à l’Élysée. Il arrive aussi que ça foire lamentablement, comme la fois d’après. Alors, on se tâte… Pour LFI et son prince régnant Mélenchon, la messe est dite. Lui et lui seul ira, vu que lui et lui seul est en mesure de l’emporter. C’est lui qui le dit, alors pourquoi chercher à discuter ? À LFI, discuter n’est pas un banal aspect de la vie démocratique d’un mouvement politique, mais un fait de haute trahison doublé d’un crime de lèse-majesté. Donc, point de primaire. Des primaires, on en a envoyé assez comme ça sur les bancs de l’Assemblée et dans des conseils municipaux. Des primaires très primaires, parfois, donc on a déjà donné. Merci beaucoup.

A ne pas manquer, notre nouveau magazine: Causeur # 144 Marcel Gauchet « Un spectre hante l’Europe: le populisme »

Raphaël Glucksmann lui aussi n’est pas pour. Hollande non plus, qui peut-être ne se souvient pas bien que c’est par cette voie-là qu’il est arrivé au sommet où il a pu mettre en œuvre, pour cinq belles années, son incomparable incompétence. 

Reconquêtes

Lucie Castets, qui n’abandonne sans doute pas ses vues sur Matignon, en attendant maire du XIIème arrondissement de Paris, est pour le jeu des chaises musicales de la primaire, avec grand rassemblement de la gauche, sans LFI, mais avec toute le reste de la clique. Celle qui n’a tout de même fait que 28% au premier tour des législatives de 2024. Voilà qui risque de ne pas suffire, d’autant que le parti communiste et Fabien Roussel croient en leur chance en se la jouant solo. On oublie évidemment le faramineux score aux présidentielles de 2022 du sieur Roussel : 2,8 %. Voilà qui est de nature à stimuler les ambitions. Cette fois nous aurons au programme, non pas le communisme tout venant, usé jusqu’à la corde mais « un communisme de conquêtes » (sic). Au pluriel, conquêtes. Ils ont bien pensé à « reconquête » en souvenir des très hauts scores de jadis, mais le label était déjà pris.

La primaire des losers ? A Tours, le 24 janvier 2026, la gauche annonce une élection primaire cette année pour un candidat unique à la présidentielle. Avec de gauche à droite, Lucie Castets, Marine Tondelier, Laurent Baumel, Olivier Faure, Alexis Corbiere, Clementine Autain et Francois Ruffin © ISA HARSIN/SIPA

François Ruffin, ex-LFI, candidat pour une présidence au SMIC, est lui aussi favorable au grand pugilat façon tour de chauffe. Quant aux écolos, on ne sait pas bien. Leur « C’est nous qu’on a gagné » d’après les municipales n’a guère été audible. Il est vrai que le plein succès n’a pas été au rendez-vous, avec les municipalités perdues de Bordeaux, Poitiers, Besançon ou Strasbourg. Mais Madame Tondelier a toute raison de croire qu’un heureux événement lui sera offert dans un avenir prochain. Familial à défaut d’être politique.

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Quant à l’éblouissant M. Faure, qui est probablement contre mais garde ça pour lui, il prétend être encore une phase réflexion. Et quand Faure réfléchit, à la sortie on a du lourd du très lourd. Du subtil aussi, entre pas d’accord national et accords locaux dans tout le pays, comme pour les municipales. Ça c’est du Faure au mieux de sa forme. Il paraît qu’un sein de son parti peau de chagrin tout le monde ne parvient pas à suivre. On comprend.

À droite, ce n’est guère mieux

Edouard Philippe se verrait bien y aller en solitaire. Cependant, il n’est pas pressé de partir en campagne. Il demeure fidèle au ralenti des 80 km / heure d’enchanteresse mémoire… Donc, pas de primaire pour lui. On aime la boxe certes, mais avec modération quand même. Un mauvais coup est si vite attrapé. Pas de primaire afin de « ne pas être prisonnier des partis politiques, » affirme-t-il. C’est beau, non ? Venant de lui qui n’a jamais craint de voter communiste aux élections départementales, de faire cause commune avec ce qu’il prétend combattre lors des dernières consultations nationales. Oui, c’est beau. Une chose est certaine, M. Philippe ne sera pas prisonnier de ses convictions, n’en ayant aucune.

En embuscade, trois mousquetaires en carton-pâte – en attendant mieux, le guichet n’est pas encore fermé – Retailleau et son grand ami, son merveilleux alter ego, Wauquiez ainsi que le fabuleux, l’irremplaçable Xavier Bertrand. Retailleau est contre les primaires, Wauquiez, pour une primaire élargie, s’étendant jusqu’à Sarah Knafo et Reconquête. Mais attention, n’allons pas nous méprendre, sans le RN, le parti du diable. Il y a, dans le catéchisme de M. Wauquiez, extrême droite et extrême droite. Se méfier de toute confusion hâtive, prêche-t-il avec ce sens de la cohérence qu’on lui connaît et que chacun est à même d’admirer. Et puis, au milieu du marigot, il y a Gabriel Attal, qui se voit, lui, en rescapé insubmersible du naufrage macroniste. Il y croit, fanfaronnant à la tête de son lambeau de parti. C’est beau, ça aussi. Beau d’être jeune, beau de conserver ses illusions des temps heureux.

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Enfin, il reste nous autres, les citoyens. Quantité négligeable, il est vrai. Durant toute l’année qui nous sépare de l’élection présidentielle nous allons être gavés – archi gavés – de cette tambouille indigeste, nauséabonde, de ce ragoût d’ambitions personnelles à la sauce avariée. Je dois cependant à l’honnêteté de reconnaître à une personnalité politique le mérite d’avoir su donner à tous, oui à tous, gauche, droite, centre confondus, une ligne de conduite inspirée d’une indéniable sagesse, marquée au coin de la pertinence politique la plus indiscutable. Il s’agit de Clémentine Autain qui, admirable de lucidité a lancé ces quelques mots dont tous – tous absolument, je le redis – devraient s’inspirer : « Arrêtez les conneries ! »

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Disparition inquiétante: Raphaël Arnault ne répond plus

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Le député d'extrème gauche Raphaël Arnault répond aux questions du média "Blast", qui dénonce un "récit officiel" dans le cadre de l'affaire des "antifas" à Lyon. Capture YouTube / Blast.

Le député lfiste, dont des assistants seraient impliqués dans la mort de Quentin Deranque, ne se présente plus à l’Assemblée. Mal à l’aise, son parti affirme qu’il reviendra et qu’il ne compte absolument pas démissionner. Reste une question à laquelle il n’a toujours pas répondu à la presse: savait-il que ses proches étaient présents à Lyon, lors de la bagarre mortelle avec le militant nationaliste ?


Notre contributeur F. Magellan vient de publier « Le sport à l’épreuve des idéologies: Des chemises noires aux brassards arc-en-ciel » (FYP éditions) que nous vous recommandonsLa rédaction.

Il avait été la vedette des législatives de 2024, auréolé de ses trois fiches S, et la révélation de la XVIIe législature. Pourtant, depuis le drame du 12 février 2026 et la mort de Quentin Deranque, Raphaël Arnault a disparu des radars. Filmé pour la dernière fois à l’Assemblée nationale quelques heures après l’événement, le député du Vaucluse a publié un dernier tweet légèrement hypocrite (« J’apprends ce décès avec horreur et dégoût. Ce que je redoute depuis des années à Lyon se perpétue »), puis a disparu pendant près de deux mois.

Raphaël ? Absent !

Depuis le 12 février, Raphaël Arnault ne répond plus aux SMS des journalistes, ne se rend plus dans l’hémicycle ni en commission. Le 26 février, il faisait encore déléguer ses votes. Puis plus rien. Silenzio stampa. Suffisant pour inquiéter la rédaction de Quotidien hier soir.

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L’histoire de France a offert quelques grandes disparitions. Après la fusillade du Champ-de-Mars en juillet 1791, et alors qu’un mandat d’arrêt court contre lui, Jean-Paul Marat prend l’habitude de se cacher dans les égouts de Paris, ce qui n’arrange rien à ses problèmes de peau. En pleine Fronde, Mazarin doit s’exiler à deux reprises, d’abord à Saint-Germain-en-Laye, puis à Brühl, en Allemagne. Plus proche de nous, Jacques Vergès disparut entre 1970 et 1978, et est peut-être passé alors chez Pol Pot.

Etiam mortuus redeo

Sur les réseaux, ses collègues viennent à la rescousse. Antoine Léaument interpelle Quotidien : « Vous vous rendez compte que même Frontières n’a pas fait ça comme sujet ? Vous êtes au courant que, pendant les municipales, il y avait trois semaines de pause parlementaire et que, donc, il n’était pas plus absent que n’importe lequel d’entre nous ? Vous devriez avoir honte de ce que vous faites. » Comme si l’Assemblée nationale avait été complètement fermée pendant deux mois…

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Et soudain, il revint ! Au petit matin du 1er avril, Raphaël Arnault redonna signe de vie. Répondant dans un entretien à Blast, média proche de l’extrême gauche, le cofondateur de la Jeune Garde s’explique sur son long silence : « Je n’avais pas le sentiment que prendre la parole dans ce moment aurait été très opportun pour apaiser les choses », et exprime sa « peur affreuse que la violence s’embrase dans le pays ». Emu, il ne prononce pas une fois le nom de Quentin Deranque pendant une heure d’interview.


Tour Montparnasse: le projet secret du nouveau maire

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© HOUPLINE-RENARD/SIPA

La Tour Montparnasse, le deuxième plus haut édifice parisien avec ses 209m d’altitude, a fermé ses portes mardi 31 mars au soir en raison de très importants travaux de rénovation.

Confiés au célèbre architecte Renzo Piano, père du Centre Pompidou, prix Pritzker (le Nobel d’architecture) et sénateur à vie dans son pays, ils devraient durer au mieux quatre ans.

Ses 600 000 visiteurs annuels, soit une moyenne de plus de 1500 par jour, seront privés d’une vue incomparable sur 360°, depuis son toit où a été aménagé un observatoire, sur la capitale. De cette terrasse située au-dessus de son 59ème et dernier étage, on peut même voir le décollage des avions de l’aéroport d’Orly, distant de 13,5 km, par temps clair.

En se jetant de là, trois individus ont mis fin à leurs jours en ses 52 ans d’existence du bâtiment.

Au cours de la décennie écoulée, sa fréquentation a chuté de moitié. Dans les années 2010, ils étaient 1 200 000 à visiter son sommet.

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Un bar restaurant panoramique occupe son 56ème étage. Il est surtout prisé des touristes et très peu des Parisiens. Depuis son inauguration en 1973, elle est en effet la mal-aimée de ces derniers qui la considèrent comme une grosse verrue au milieu du visage. Conséquence, le centre commercial situé à ses pieds, qui ressemble à un sinistre bunker, est un cuisant échec. Toutes les boutiques, en particulier celles des grandes marques qui auraient dû attirer le chaland, l’ont quitté…

C’est André Malraux, ministre de la Culture d’alors, qui délivra le permis de construire en 1968. L’année suivante, à peine élu, le président Georges Pompidou donne l’ordre de commencer sa construction, faisant fi d’une très vive contestation. Ce qui ne l’empêchera pas de persévérer, en 1971, faisant démarrer la construction du centre qui porte aujourd’hui son nom.  Son décès à 62 ans, en 1974, a sûrement sauvé Paris d’une défiguration irréversible. Se voulant grand modernisateur, Pompidou avait l’ambition, en outre, de strier la capitale d’autoroutes qui auraient relié les gares Saint-Lazare, de l’Est et Montparnasse. Il voulait également recouvrir le canal Saint Martin pour en faire une autre. Il déménagea les Halles, dites le ventre de Paris, à Rungis et ouvrit les voies sur berges à la circulation des automobiles, aujourd’hui fermées.

Tour The Link à Puteaux, dans l’ouest parisien. DR.

A son inauguration, la Tour Montparnasse était la plus haute d’Europe, titre qu’elle perdra en 1990 au profit de la Messeturm à Francfort. Puis en 2011, en France, elle sera détrônée par la tour First à la Défense qui la dépassera de 32m et elle-même reléguée en 2011 au 2ème rang après l’inauguration de la tour Link de Total-énergie qui la domine de 10 m, culminant grâce à une flèche à 241 m.

Aujourd’hui, la tour Montparnasse n’est plus que la 25ème la plus élevée d’Europe et, à l’échelle mondiale, elle fait figure de naine surtout par rapport à la géante planétaire, la Burj Kalifa et ses 828 m, à Dubaï.

Elle pèse 130 000 tonnes, repose sur 56 piliers de 70m et 3,5 m de diamètre enfoncés dans le sous-sol très friable de cette partie de Paris. Elle offre 100 000 m² plancher, soit 1 700 m² par étage. Ce qui lui permet d’héberger entre 12 000 à 13 000 bureaux desservis par 25 ascenseurs dont le plus rapide se déplace à 25m par seconde, soit près 20km/h. Ses façades, formées d’un vitrage sombre, ont une superficie totale de 40 000 m² et comptent 7200 fenêtres dont aucune n’est ouvrante.

Les travaux de rénovation visent à la rendre transparente, à lui donner une apparence de légèreté, à rendre plus convivial le centre commercial en y créant des façades vitrées, en plantant 151 arbres, et en installant des bistrots avec de vastes terrasses. Ils devraient commencer en septembre après un période de préparation. Mais rien n’est moins sûr depuis l’élection d’Emmanuel Grégoire à la tête de Paris.

D’après une source proche de ce dernier, digne de foi, le nouveau maire a exhumé un vieux projet porté à son époque par son prédécesseur, Betrand Delanoë (2001-2014) auprès duquel, étant membre de son cabinet, il a fait ses premières armes politiques : raser la tour pour la remplacer par une forêt urbaine et par un imposant aquarium. Sa démolition avait été au programme de Bernard Debré quand en 2008, il avait été candidat à maire, idem avec Nathalie KoscinKo-Morizet, en 2014, quand elle-même avait fait acte de candidature. Par ailleurs, rappelons que lorsque Emmanuel Grégoire était l’adjoint d’Anne Hidalgo, il a été l’homme de la piétonisation des berges de Seine.

Déconstruire une tour de cette hauteur en plein milieu urbain est tout à fait possible, a expliqué Lucien Demonteur à Causeur, le directeur de la société spécialisée dans cette activité de BTP, Rasetout.Co. de renommée mondiale.

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 « En gros, a-t-il dit, il existe deux techniques, le foudroyage qui consiste à miner les bases de l’édifice et des étages intermédiaires névralgiques, et l’écrêtage, qui lui repose dans la démolition mécanique étage par étage. Ces deux techniques aujourd’hui sont très bien maîtrisées. Les risques sont nuls. Concernant la Tour Montparnasse, on aurait recours aux deux. L’écrêtage pour la réduire jusqu’à 20 étages puis le foudroyage qui lui serait pratiqué de nuit. Les vingt derniers étages survivants seraient bâchés pour contenir la poussière. Au petit matin, les habitants du quartier découvriraient une place nette. Dans la nuit, les insomniaques n’auront entendu qu’une sourde rumeur de quelques secondes ».

Les raisons qui poussent Emmanuel Grégoire à raser à la tour ne sont pas seulement esthétiques. Elle a été classée par un site américain, Virtual tourism, comme le second édifice le plus laid du monde après l’hôtel de ville de Boston. La raison est essentiellement écologique. Elle s’inscrit dans la politique contre le réchauffement climatique qu’il entend mener « avec la plus grande fermeté car il ne veut en la matière se contenter de parole », a confié la source. Son système d’aération et de climatisation sont de gros pulvérisateurs de CO2. La raison est aussi économique. L’agglomération regorge de bureaux inoccupés. A la Défense 6 millions de mètres carrés sont vides.

Le coût de la démolition ne serait en rien prohibitif. Il avait été estimé par Delanoë à un milliard d’euros avec indemnisation des 300 propriétaires. Le coût de la rénovation serait au minimun de 600 millions. Or on sait qu’il y a toujours des dépassements conséquents car il n’y a jamais rénovation sans surprises.

D’après la source, le nouveau maire a eu des contacts très discrets indirects avec ses potentielles oppositions pendant la campagne. Elles se seraient montrées très favorables au projet, y compris Rachi Dati. Dès lors, son intention serait de le soumettre à référendum avant la fin de l’année pour ne pas interférer avec la présidentielle. Un premier sondage secret indique que les Parisiens ainsi que les habitants de la dite petite couronne ne seraient pas hostiles, voire même très favorables.

Le projet, outre la plantation d’une forêt aux multiples essences pour lui donner un côté amazonien, consisterait aussi à donner à la façade la gare Montparnasse un aspect haussmannien. Mais le point d’attraction serait, au milieu de la forêt qui occuperait toute l’esplanade devant la gare, un gigantesque aquarium, à moitié en sous-sol entouré d’une galerie marchande qui relierait aussi les différentes lignes de métro, et à moitié au-dessus du sol. Il hébergerait toutes les espèces de poissons peuplant l’Atlantique y compris ceux d’avril.

Le dindon de la Perse?

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Donald Trump accueille Benyamin Netanyahou à Mar-a-Lago, Palm Beach, 29 décembre 2025 © Amos Ben Gershom/ZUMA Press Wire/SIPA

L’affrontement entre l’Iran et les États-Unis n’a jamais cessé depuis 1979. L’offensive américaine de 2026 n’est que le dernier épisode d’un conflit où chaque phase prépare la suivante. Washington cherche à fragiliser le régime et Téhéran cible l’économie mondiale. Deux stratégies qui s’inscrivent dans le temps long.


« Je ne vais pas commencer une guerre. Je vais mettre fin à des guerres. » Donald Trump s’est clairement engagé au cours la campagne électorale de 2024 à ne pas impliquer son pays dans un nouveau conflit. En attaquant l’Iran, le 28 février, il semble avoir trahi sa promesse. Certes Trump n’est pas le premier président américain à se faire élire en pacifiste avant de gouverner en belliciste (son modèle, McKinley en est un exemple flagrant) mais son électorat, affecté par l’inflation provoquée par le conflit, pourrait ne pas le lui pardonner. À sa décharge, il peut soutenir que son offensive contre le régime des mollahs n’est que le prolongement d’une guerre qui a commencé en 1979. Cette guerre est passée par des phases plus froides ou plus chaudes. Aujourd’hui, sa température a atteint son niveau le plus élevé. Est-ce le début de la fin ou simplement une nouvelle phase transitoire ?

Résistance à l’impérialisme occidental

Lors de la chute du régime du shah en 1979, les États-Unis ont perdu un allié sur lequel ils comptaient, depuis dix ans, pour stabiliser le Moyen-Orient. Cette complicité a nourri chez les révolutionnaires iraniens le mythe de la « main étrangère » – britannique, puis américaine – qui aurait manipulé et exploité l’Iran depuis des décennies. Cette main aurait été seule responsable du coup d’État de 1953 qui a permis au shah de consolider son pouvoir. Ainsi, le futur guide suprême, l’ayatollah Khomeini, était obsédé par le principe d’esteqlal ou « indépendance ». Pour lui, celle de l’Iran était menacée en permanence par les États-Unis et l’impérialisme occidental contre lequel il fallait organiser la résistance. Il partageait les buts de ses corévolutionnaires de gauche, mais les exprimait dans un langage religieux. La prise d’otage à l’ambassade américaine de Téhéran lui a permis d’évincer ses rivaux laïques, d’imposer le régime des mollahs et de réunir le pays autour d’une stratégie antiaméricaine devenue la pièce maîtresse de sa politique étrangère. Pour les Américains, l’Iran était désormais une force déstabilisatrice dans une région vitale pour l’économie mondiale.

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Les épisodes de cet affrontement sont connus : la crise des otages et l’imposition de sanctions contre l’Iran ; le soutien américain à Saddam Hussein dans la guerre Iran-Irak de 1980 à 1988 ; la campagne d’attentats contre les Américains au Liban et ailleurs par les proxys de l’Iran dans les années 1980 et 1990 ; la mort de plus de 600 militaires américains tués en Irak, entre 2003 et 2011, par des milices chiites armées par l’Iran… jusqu’à des tentatives – déjouées – d’assassiner Trump en 2024 et la guerre des Douze Jours en 2025. L’Iran espérait-il vaincre les États-Unis ? En 2015 à New York, Henry Kissinger a rencontré de manière informelle Ali Larijani, le même dirigeant influent qui vient d’être éliminé le 17 mars. Larijani a expliqué que son objectif stratégique était d’épuiser les Américains pour que, las, ils quittent le Moyen-Orient et laissent l’Iran en paix.

Effet d’usure

Afin d’atteindre cet objectif, les Iraniens comptent depuis toujours sur un effet d’usure : tôt ou tard, harcelés de toutes parts, les Américains décideront que le jeu ne vaut plus la chandelle et renonceront à s’immiscer dans les affaires de la région. À cette fin et en attendant l’acquisition de la menace suprême, la bombe nucléaire, l’Iran a adopté des méthodes de guerre asymétriques, particulièrement le terrorisme et la guérilla. Dans l’espoir d’affaiblir durablement l’Iran, les États-Unis ont essentiellement répondu par des méthodes plus classiques : troupes au sol, frappes aériennes et bombardements navals. Toutefois, en même temps, ils ont développé, en coopération avec Israël, leur propre réponse asymétrique conjuguant pression économique, guerre cyber et opérations secrètes.

Imaginaires antagonistes

Aujourd’hui, nous assistons à une épreuve de force non seulement entre deux nations, mais entre deux stratégies totalement opposées, portées par des imaginaires antagonistes. Du côté iranien, le régime mise beaucoup sur le culte du martyr qui structure la mentalité chiite depuis le massacre de Hussein, petit-fils de Mahomet et prétendant au califat, ainsi que de son entourage, en 680. Ce culte a joué un rôle central dans les sacrifices de soldats iraniens dans la guerre contre l’Irak. Il a inspiré les campagnes d’attentats-suicides contre des Américains, Français et Israéliens. Aujourd’hui, il est invoqué pour glorifier les dirigeants du régime qui viennent d’être éliminés, comme Ali Khamenei. L’idée du sacrifice de soi est parfaitement adaptée à la stratégie de guerre asymétrique. Le régime iranien croit avoir un seuil de tolérance à la douleur beaucoup plus élevé que celui des Américains. Il peut donc se laisser pulvériser presque indéfiniment (au moins tant que la majorité antirégime qui en paie le prix reste plus au moins docile), pendant qu’il utilise drones, missiles et mines à bas coût pour bloquer le détroit d’Ormuz et bombarder l’infrastructure des pays pétroliers du Golfe. C’est ainsi que, par la force des faibles, l’Iran est en train de provoquer un nouveau choc pétrolier pire que celui de 1973.

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Du côté américain, Trump semble appliquer ce qu’on appelle « la théorie du fou », approche développée par des théoriciens du conflit nucléaire, adaptée par Henry Kissinger et adoptée – avec un succès mitigé – par Richard Nixon dans ses relations avec l’Union soviétique et le Vietnam du Nord. Selon cette théorie, un dirigeant qui paraît capable de faire n’importe quoi peut déstabiliser son adversaire et le faire reculer. Selon certains, Trump a utilisé cette approche avec succès dans ses relations avec l’UE et l’OTAN, et avec moins de bonheur avec la Chine et la Corée du Nord, ce qui suggère que cela marche surtout avec des alliés. Aujourd’hui, il fait preuve d’imprévisibilité dans ses déclarations sur les objectifs, la durée et les tactiques de la guerre. La Maison-Blanche parle d’« ambiguïté stratégique délibérée ». Cette approche doit s’accompagner d’une cohérence sous-jacente dans les actions, cohérence fournie par Israël dans sa maîtrise du renseignement et son rôle dans l’élimination des chefs du régime des mollahs.

Malheureusement, à ces deux approches correspondent maintenant deux guerres. Celle que livrent Trump le « fou » et un Netanyahou beaucoup moins fou pour neutraliser les capacités nucléaires et balistiques de l’Iran et, si possible, faire tomber le régime. Et celle que l’Iran a déclarée à l’économie globale en étranglant les sources d’approvisionnement en énergie. Pour mettre fin à cette deuxième guerre, il faudra, coûte que coûte, mettre fin définitivement à la première.

Dans les coulisses des best-sellers français: ce que disent vraiment les chiffres

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L'écrivain Marie NDiaye, ici photographiée en 2022 est en lice pour le prix "International Booker Prize 2026" pour "La Sorcière" © SADAKA EDMOND/SIPA

En 2025‑2026, les ventes françaises se concentrent sur l’intime et l’émotionnel. La fiction ambitieuse recule, et seuls quelques auteurs franchissent encore les frontières pour rappeler que la littérature peut dépasser le miroir du quotidien.


La fiction recule en France. En 2025‑2026, les chiffres de ventes dessinent un portrait paradoxal : Marie NDiaye se hisse sur la shortlist du Booker Prize, traduite et saluée hors de nos frontières, tandis que le marché national s’agite autour de récits domestiques et émotionnellement calibrés. Les auteurs qui dominent vraiment les ventes – Virginie Grimaldi, Mélissa Da Costa, Morgane Moncomble, David Foenkinos – ne traversent presque jamais l’Hexagone. Guillaume Musso et Agnès Martin‑Lugand, eux, s’imposent à l’international grâce à des intrigues universelles et lisibles, vendus à des millions d’exemplaires, mais ils n’occupent pas le cœur de l’attention nationale.

Têtes de gondole

Dans ce paysage, certains auteurs incarnent encore une fiction ambitieuse, structurée, qui explore des enjeux sociaux et politiques, mais ils restent rares, isolés. Leur existence rappelle que la littérature française peut encore dépasser le miroir domestique, mais ces voix sont marginales face au flux dominant.

Le Top 10 national ne raconte pas le monde, il reflète l’intérieur. Grimaldi distribue ruptures et résilience comme des kleenex ; Da Costa compose des micro-univers sentimentaux ; Moncomble polit l’intime jusqu’à ce qu’il devienne miroir du lecteur ; Foenkinos tisse des intrigues accessoires où l’émotion prime sur la structure. Ensemble, ces auteurs cumulent plus de huit millions d’exemplaires vendus, concentrant l’essentiel de la consommation et écrasant la diversité du reste du marché.

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La concentration est nette : quelques têtes de gondole absorbent l’essentiel de la consommation tandis que l’édition, silencieuse, réorganise ses choix. Le format poche joue un rôle central : il impose lisibilité, accessibilité, circulation rapide. Les textes plus complexes, expérimentaux ou hétérodoxes y ont peu de chances. L’autofiction omniprésente illustre cette tendance : diluée, elle consolide l’intime sans créer de trajectoires inédites.

Le roman noir français : comme tous les autres !

Le contraste avec l’étranger est révélateur. Les polars et thrillers – Franck Thilliez, Michel Bussi – se vendent et se traduisent grâce à des structures claires et universelles. Les succès domestiques français, eux, restent largement invisibles hors de France. Certains auteurs continuent d’être lus au‑delà de nos frontières grâce à l’universalité de leur intrigue ou à la force de leur voix narrative, mais ces succès exportables se comptent sur les doigts d’une main.

Le recul de la fiction classique se lit partout : elle se replie sur l’intime, sur l’identification immédiate, perd sa capacité à structurer des récits complexes, à construire des univers, à confronter le lecteur. La littérature française dominante ne traverse plus le monde : elle confirme, reproduit, stabilise l’intérieur.

L’invention s’efface derrière le familier, le conflit narratif cède au miroir émotionnel, et la fiction ambitieuse (Patrice Jean, Patrick Modiano, Pascal Quignard, par exemple) survit comme un phare discret dans l’océan des best-sellers : visible, nécessaire, mais bien trop isolée pour imposer sa lumière.

À Fresnes, la casse du troisième tour

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Vidéosurveillance à Fresnes (94) dans la nuit du 27 au 28 mars 2026. DR.

Ensauvagement. La mairie de la commune de 30000 âmes située dans le Val-de-Marne a été saccagée par les voyous après le résultat de l’élection municipale


Bien connue pour sa prison, la bonne ville de Fresnes (Val-de- Marne) l’est désormais pour la vingtaine de citoyens-sauvageons dont on espère bien qu’ils auront au plus vite l’honneur et l’avantage d’y effectuer un séjour, si possible de longue durée.

Ces dynamiques jeunes gens sont mécontents du résultat des élections municipales dans leur cité et le font donc savoir. À leur manière. Idiote, violente, haineuse. Ils ont attaqué la mairie, la maison commune. Carrément.

Il faut dire que, à Fresnes, le résultat des urnes a effectivement de quoi contrarier un petit milieu bien installé dans ses habitudes et ses pratiques lucratives. Lucratives et prohibées par les lois de la République, on s’en doute.

Après quatre-vingt-deux années de ronronnante gouvernance de gauche, voilà bien que ces urnes ont accouché d’un maire LR[1] qui, avec une audace sans pareille, n’a pas craint d’afficher et d’annoncer urbi et orbi ses très mauvaises intentions : renforcement de la sécurité, installation d’un réseau de caméras de surveillance, montée en puissance également de la police municipale. Bref il s’agit de s’efforcer de faire en sorte que la population se sente enfin protégée et puisse retrouver, dans son quotidien, une once de sérénité.

En d’autres termes, le nouveau maire n’a pas craint de donner dans la provocation. Non mais, où va-t-on ! se sont insurgés ces jeunes citoyens devant un tel déploiement de mauvaises manières. Voudrait-on faire de la ville de Fresnes tout entière une annexe de la prison ? Ou un ilot de répression fasciste généralisée, pour dire les choses telles qu’elles sont ? Alors, ces lascars n’ont fait ni une ni deux et sont entrés en Résistance, comme on dit dans ces cas-là. Avec passage à l’acte immédiat. Attaque de la mairie, saccage du premier étage, bris de vitrines, y compris de commerces voisins. Tout vite fait bien fait histoire de montrer qu’on n’est pas là pour rigoler. Et que la vie de la nouvelle municipalité sera tout ce qu’on voudra sauf un long fleuve tranquille.

A ne pas manquer Causeur #144 : Marcel Gauchet « Un spectre hante l’Europe: le populisme »

Bien entendu, devant une telle situation le ministre de l’Intérieur et le président de la République ont fait les gros yeux. Probablement, les casseurs de Fresnes en ont-ils été terrifiés au point de s’oublier dans leur froc. On peut rêver[2].

Le message adressé au maire nouvellement élu est des plus clairs. Sa sécurité, ses policiers municipaux, ses caméras, pas de ça chez nous ! Tout est dans le « chez nous », vous l’aurez compris. « Chez moi, ils sont chez eux », disait Mitterrand évoquant les nouveaux venus débarqués en France d’horizons lointains. Comment s’étonner que, à Fresnes comme ailleurs, certains l’aient pris au mot ?

Ils se seront dit que les mauvaises intentions du maire élu seraient sans doute très préjudiciables au bon fonctionnement de leur petit commerce de farces et attrapes en tout genre, ce négoce de moins en moins à la sauvette qui prospère certes à Fresnes mais désormais à peu près partout en France. Oser déranger, entraver l’initiative économique de sa jeunesse locale, voilà ce que le nouveau maire se permet ! A-t-on idée ? Ne devrait-il pas plutôt applaudir devant le dynamisme entrepreneurial dont ces jeunes font preuve, justement ? Et transformer la mairie de Fresnes en point de libre-échange, avec l’organisation d’un grand salon annuel de présentation des dernières innovations flippantes, le tout placé sous la protection de brigades composées d’une main d’œuvre de proximité, les taulards de l’établissement tout proche recrutés dans le cadre d’une politique vigoureuse et enfin efficace de réinsertion ? Voilà qui serait, vous l’aurez compris, de beaucoup préférable à ces ridicules provocations de lendemain d’élection.

Hélas, mes bons amis, à Fresnes, le vivre ensemble façon ultra-gauche libertarienne devra donc attendre encore un peu. Nous en sommes bien tristes, non ?


[1] Christophe Carlier NDLR

[2] Neuf mineurs ont été interpellés ce mardi 31 mars dans la matinée, et placés en garde à vue.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Marcel Gauchet « Un spectre hante l’Europe: le populisme »

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© Causeur

Découvrez le sommaire de notre numéro d’avril


Pour Marx et Engels, le spectre qui hantait l’Europe en 1848, c’était le communisme. Aujourd’hui, selon Marcel Gauchet, c’est le populisme. Tel est le jugement de celui qui vient de publier Comment pensent les démocraties chez Albin Michel. Il explique à Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques que nos pensées ne naissent pas nues dans le ciel des idées. Elles reposent sur des structures forgées à partir des réalités sociales. Tel est le sens du mot « idéologie ». Celle du temps présent est « néo-libérale ». Macron est un néolibéral de droite, Mélenchon un néolibéral de gauche. Les deux détestent les frontières et vénèrent l’individu-roi, mais pas de la même manière. En France après les élections municipales, la plupart des commentateurs ne parlent que de Jean-Luc Mélenchon. Mais pour Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, qui présentent notre dossier sur le populisme, la véritable reine du jeu s’appelle Marine Le Pen. Tout en incarnant le populisme, le RN surplombe la vie politique française et a plus de chance que LFI d’être présent au second tour en 2027. Face à la colère démocratique, pas sûr que les appels au barrage ou au cordon sanitaire soient alors entendus. Pierre Vermeren analyse la distribution démographique du vote aux municipales : abstention massive, surtout des jeunes, réduction spectaculaire de l’offre électorale dans les villages… ces élections dessinent une France politique désarticulée. LFI fait de bons scores dans de grandes agglomérations, le RN s’impose dans les villes moyennes, mais le pays profond reste attaché à ses élus appartenant aux vieux partis que l’on disait autrefois de gouvernement. Pour Charles Rojzman, les classes populaires ne se reconnaissent plus dans ceux qui les gouvernent. Leur parole a été confisquée par une classe politico-médiatique qui refuse de dénoncer les maux qui rongent le pays à petit feu. Le vote est leur ultime moyen d’expression, et elles votent RN. Davantage par lassitude que par colère.

Le nouveau numéro est disponible aujourd’hui sur le kiosque numérique, et demain mercredi 1er chez votre marchand de journaux.

Renaud Camus est-il contagieux ? Notre deuxième dossier du mois commence par un entretien avec l’homme lui-même qui est lourdement attaqué dans L’Homme par qui la peste arriva. L’écrivain n’ayant guère la possibilité de s’exprimer dans les médias, Causeur lui a proposé de répondre à ces accusations. L’occasion de savoir aussi ce qu’il pense des polémiques qu’il suscite, et jusqu’où il est possible de le suivre. Ses propos ont été recueillis par Élisabeth Lévy, Jean-Baptiste Roques et Jonathan Siksou. Ce sont deux journalistes de M le mag qui ont écrit cette « biographie » furieusement à charge. Sans avoir lu son œuvre bien sûr. Le sujet ne manquait pourtant pas d’intérêt. Quentin Verwaerde, l’assistant de l’auteur du Grand Remplacement, qui a passé deux ans auprès de lui, nous livre sa fiche de lecture. De son côté, Cyril Bennasar essaie de faire comprendre Renaud Camus à ses parents. Difficile pour ces vieux Juifs d’accepter son emploi du mot génocide. Pour expliquer le grand remplacement, il est passé par Walt Disney. Mais pour la décolonisation, sujet du dernier essai de Renaud Camus, ces vieux pieds-noirs n’ont pas besoin qu’il leur fasse un dessin.

Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy analyse ce biais cognitif qui nous fait croire que ce sont les autres qui sont biaisés et jamais nous-mêmes. Elle raconte comment elle a refusé de croire les affirmations de la gauche sur le prétendu « fascisme » de Quentin Deranque. Après les révélations de l’enquête de Mediapart, notre directrice de la rédaction est tombée de sa chaise. Plusieurs confrères ont prêté au nouveau maire de Saint-Denis des propos odieux mais qui se sont révélés faux. Dans ces deux cas, la faute que nous avons commise en trouvant plausibles des affirmations qui étaient erronées jettera un discrédit sur nos propos quand nous aurons de bonnes raisons de critiquer l’extrême-gauche.

Gil Mihaely raconte la guerre feutrée que, depuis des décennies, Israël et les États-Unis mènent contre l’Iran. Leurs services de renseignement et des unités spéciales multiplient les sabotages et les éliminations ciblées afin de déstabiliser le régime en permanence. Ces opérations « non militaires » ont tout du film d’action. Je présente l’offensive américaine de 2026 comme le dernier épisode d’un conflit qui dure depuis 1979 et dont chaque phase prépare la suivante. Washington cherche à fragiliser le régime et Téhéran cible l’économie mondiale. Deux stratégies qui s’inscrivent dans le temps long. Alain Neurohr dénonce l’autosuffisance et les erreurs de ces légions de généraux et de diplomates à la retraite qui commentent la guerre sur les plateaux de télé.

Paris, c’est fini ! C’est la conclusion de Jonathan Siksou. Au chaos Hidalgo succède le laminoir Grégoire. Le nouveau maire de Paris veut poursuivre la piétonnisation à marche forcée, continuer d’accueillir la misère du monde, et, plus encore, bouleverser la sociologie de la capitale en imposant 40% de logements sociaux. Bienvenue à Paris-banlieue. Causeur n’est jamais fermé à ceux qui expriment des opinions contraires. Nous publions la lettre ouverte d’une électrice LFI, prof d’histoire-géo dans un lycée en zone prioritaire, qui explique pourquoi elle a voté Chikirou aux municipales et continue de soutenir Jean-Luc Mélenchon malgré ses outrances et saillies antisémites. La France est une irresponsable qui danse sur un volcan, nous explique Stéphane Germain. L’Hexagone de 2026 se rapproche de la Grèce de 2008. Le monstrueux déficit budgétaire de l’État risque de tout engloutir, mais aucun candidat à la présidentielle n’aura les tripes d’en parler. De toute façon, les Français ne veulent pas le savoir.

Parmi nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles tire sa conclusion des dernières élections municipales : elles ont prouvé qu’aucun parti ne se distingue clairement pour unir des Français profondément divisés. Selon Ivan Rioufol, l’offensive israélo-américaine en Iran confirme la lâcheté des dirigeants européens quand il faut s’attaquer à l’islamisme.  Emmanuelle Ménard rappelle qu’à Béziers, Robert Ménard et son équipe (dont elle fait partie) ont savouré leur 65,6 % au soir du 15 mars. Elle revient sur une campagne souvent agressive mais qui s’est terminée en beauté. Gilles-William Goldnadel a analysé la couverture du Proche-Orient par France-Inter : comme dans son traitement de l’actualité française, l’odieux visuel public pratique en permanence un double standard moral.

Une bonne nouvelle pour la culture en France ! Éric Naulleau a été nommé à la tête de la rédaction de Lui. L’ancien « magazine de l’homme moderne » peut-il résister face à la pudeur ambiante et à la crise du genre ? Dans un entretien avec Elisabeth Lévy, le président du Parti foutuiste annonce que « tous les dissidents du nouvel ordre amoureux peuvent trouver refuge sous la couverture de Lui, nous leur accorderons bien volontiers l’asile érotique ». Nous qui sommes nombreux à posséder une âme ample et généreuse, il nous faut un « sentiment de la nature », fruit d’une curiosité amoureuse pour les plantes, les bêtes et les paysages. Georgia Ray nous invite à visiter une exposition des ciels de Paul Huet et une autre des herbiers de Rousseau qui nous rappellent que l’écologie véritable est le contraire de notre insensible décompte du CO².

Cambriolages, incendies, fuites d’eau : le patrimoine français est victime de décennies de négligence. Mais le ministère de la Culture se préoccupe davantage de séduire de nouveaux publics que de conserver musées et monuments. Dans son nouveau livre, Maryvonne de Saint-Pulgent tire la sonnette d’alarme. Elle se confie à Bérénice Levet.

François Kasbi nous fait découvrir la vie de Louise Rachel Franck, figure de la bourgeoisie juive parisienne, qui a été l’épouse de Fernand de Brinon, un ultra de la Collaboration, et lui est restée fidèle toute sa vie. Son parcours contre-nature a été raconté par son fils, ancien résistant. Dans Debout comme une reine, la journaliste Emily Barnett tente de percer les zones d’ombres qui planent toujours autour de l’assassinat de Sophie Toscan du Plantier. Un roman troublant et émouvant, selon Alexandra Lemasson. Jusqu’à présent, la question culinaire dans les rangs nazis se réduisait à quelques anecdotes, – nous raconte Julien San Frax – comme le végétarisme de Hitler ou la gourmandise de Göring. Mais en ouvrant les portes des salles à manger et des celliers du IIIe Reich, Les nazis à table d’Antoine Dreyfus révèle tout un pan encore méconnu de la Seconde Guerre mondiale et des camps de la mort. Enfin, Jean Chauvet nous a choisi le meilleur des nouveautés cinématographiques. Il nous rappelle que quand la fiction fait défaut, on peut toujours se tourner vers le documentaire, source inépuisable de pépites en tous genres, du plus sérieux jusqu’au réjouissant poisson d’avril. Certes, le nouveau numéro de Causeur paraît en kiosque le premier de ce mois, mais c’est tout sauf un poisson d’avril !

Debout, comme une reine

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Alerte sur le patrimoine

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Affaire Bagayoko/CNews: quand la meute crie au loup

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L'émission "Quotidien" accuse CNews de verser dans le "racisme décomplexé". Capture TF1 / TMC.

Ce week-end, Michel Onfray, philosophe et directeur de la rédaction de Front Populaire, a été vivement attaqué sur les réseaux sociaux. Ses propos sur le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko ont été jugés racistes. Une accusation fallacieuse qu’il s’agit de démonter.


En mai 2025, deux journalistes publiaient un livre d’enquête sur La France insoumise intitulé La Meute. Il faut reconnaître que le titre était bien choisi… Car c’est bien à un phénomène de meute numérique qu’ont donné lieu, ce samedi 28 mars, les propos – évidemment décontextualisés – tenus par Michel Onfray sur l’antenne de CNews, dans l’émission de Laurence Ferrari Face à Michel Onfray. Ces éternels offusqués volontaires – journalistes, politiques, militants LFI, anonymes – s’en sont donné à cœur joie. Quand on veut tuer son chien…

« Est-ce que je déforme les propos de Michel Onfray tenus sur CNews devant Laurence Ferrari à propos de Bally Bagayoko en disant qu’ils sont grossièrement racistes ? Tribu primitive, j’aurai les femelles… c’est inouï, c’est ignoble, c’est Onfray », s’est grossièrement indigné le journaliste Jean-Michel Aphatie, rompu à cet exercice de la dénonciation hargneuse. « L’élection d’un maire noir à Saint-Denis fait dégoupiller tous les racistes qui nous expliquent à longueur d’émissions qu’ils ne sont pas racistes », a estimé le journaliste politique chez Libération, Sylvain Chazot. Le secrétaire du PS, Olivier Faure, a quant à lui qualifié les propos de « dérapage raciste  ». Du côté de la France insoumise, les députés du groupe en ont évidemment profité par en appeler à la fermeture de la chaîne CNews (rien que ça). Et nous vous faisons grâce des milliers d’autres messages d’insultes et de menaces, fonds diffus habituel du web.

L’honnêteté, c’est le contexte

À l’origine de la polémique, le philosophe réagissait à cette déclaration en conseil municipal du nouveau maire élu de Saint-Denis, Bally Bagayoko (LFI) : « Les urnes ont parlé. Moi, je suis issu du milieu sportif. Même si l’on s’est entraîné pendant des mois, lorsque le résultat tombe, nous faisons allégeance. Nous avons besoin de toutes celles et ceux qui ne vont pas regarder dans le rétroviseur, pas celles et ceux qui vont tenter de remettre un programme qui a été battu dans les urnes. Et donc ces personnes-là, si c’est votre (sic) projet, nous n’aurons pas d’autres solutions que, bien sûr, nous en séparer ». Interrogé par la journaliste Laurence Ferrari sur l’emploi objectivement douteux du mot « allégeance », Michel Onfray a fait part de sa sidération et a alors critiqué cette vision rétrograde du pouvoir. « Il y a quelque chose de clair dans cette profession de foi, c’est que ces gens-là n’ont pas le sens de l’intérêt général et du bien public. C’est la bande. La bande a gagné, donc la bande va imposer sa loi. Et la bande qui a imposé sa loi dit : maintenant, c’est allégeance. Mais ça, c’est très tribal ». Et de poursuivre, « On fait l’allégeance au mâle dominant. Ce monsieur n’est pas un mâle dominant, enfin, je ne sache pas. Ce monsieur, il est un élu et en tant qu’élu, il est normalement le représentant de la totalité de la cité, y compris de ceux qui n’ont pas voté ».

Les propos sont pourtant clairs, mais explicitons pour les malcomprenants : la notion d’« allégeance » appartient à l’univers grégaire, qu’il soit tribal, puis féodal jusque sous l’Ancien régime. Elle suppose un lien de dépendance personnelle et d’inégalité constitutive qu’on retrouve dans la nature (allégeance au mâle dominant) et dans le monde culturel (chef tribal, seigneur féodal). À ce titre, le chef d’un gang qui règne sur un territoire n’est jamais qu’un prolongement de la logique naturelle du mâle dominant qui perdure dans le monde social. Nous sommes des animaux territoriaux sophistiqués. Nous sommes autre chose, bien sûr, mais nous sommes aussi cela. Depuis la Révolution française, notre imaginaire politique a déplacé la notion d’allégeance des rapports interpersonnels vers une idée abstraite, la nation, sur la base du contrat social. Et Michel Onfray de préciser que M. Bagayoko, en tant qu’élu, est précisément un représentant de la nation et doit se comporter comme tel et non comme un chef de bande.

C’est dans le sillage de cette réflexion que Michel Onfray a prononcé les propos qui ont donné lieu à un court extrait de 15 secondes relayé en masse sur les réseaux sociaux. « Mais on n’est pas dans une tribu primitive comme l’a décrit Darwin en disant: vous avez le mâle dominant qui est là, qui décide et qui dit : c’est moi qui décide. Toi, tu auras à manger, toi, tu n’auras pas à manger. Moi, j’aurai les femelles, toi, tu n’auras pas les femelles. Nous allons attaquer, nous n’allons pas attaquer la tribu d’en face ou je ne sais quoi. Ça, ça va bien, il y a des milliers d’années que c’était comme ça, mais c’est plus du tout comme ça maintenant. » Il est bien question de critiquer une logique tribale d’un autre temps objectivement contenue dans la notion d’« allégeance ».

Darwin et l’éthologie

Isolé, donc privé de contexte, l’extrait a été vu et relayé par des militants dont l’honnêteté intellectuelle n’est pas la première qualité mais dont l’objectif éternel est de nuire. Nuire, en éludant tout le développement qui précède et aussi celui qui suit. Bien que rien ne fasse ici allusion à la couleur de peau de qui que ce soit, les élus de la France Insoumise ont hurlé au scandale.

Croyant dans un premier temps que ses propos pouvaient avoir été mal compris par des gens de bonne foi – car il en reste encore, heureusement, même sur les réseaux sociaux, Michel Onfray s’est expliqué dans une vidéo diffusée sur le compte X de Front populaire, renvoyant toujours à Darwin : « j’ai beaucoup parlé du mâle dominant. J’ai beaucoup parlé des tribus primitives parce que je renvoie un philosophe important pour moi qui s’appelle Darwin, qui estime qu’il n’y a pas de différences de nature, mais une différence de degrés entre les hommes et les animaux. Ça ne veut pas dire que j’animalise les hommes, mais simplement que je n’oublie pas que nous sommes des animaux. Donc, j’ai juste dit que quand on renvoyait au concept d’allégeance, on se trouvait dans des logiques éthologiques, des logiques animales qui n’étaient pas celles qu’il fallait privilégier ». Et de conclure, « ça n’a rien à voir avec la couleur de peau de monsieur Bagayoko  ». D’après l’institut Jane Goodall, l’éthologie, étymologiquement « étude des mœurs », correspond à «  l’étude scientifique du comportement des espèces animales, y compris l’humain, dans leur milieu naturel ou dans un environnement expérimental, par des méthodes scientifiques d’observation et de quantification des comportements animaux  ». Cet institut serait-il raciste en ce qu’il inclut l’homme dans les espèces animales ? Non car, que l’homme soit un animal, c’est précisément Darwin qui le démontre avec la publication de L’Origine des espèces, en 1859. Un processus évolutif bien connu de Jean-Luc Mélenchon lui-même, puisque ce dernier en a donné une interprétation personnelle dans un récent meeting, mercredi 18 mars : « Il a bien fallu un jour qu’il y en ait un ou une qui se mette debout sur ses pattes à l’autre bout du continent africain pour qu’à la fin vous soyez ici en train de faire les malins, tout blancs, tout moches que vous êtes ». « Sur ses pattes »… Personne pour relever ? Sans parler du reste.

L’œuvre ne ment jamais  

Michel Onfray aurait-il sorti de son chapeau un livre d’éthologie pour esquiver la polémique ? Ce serait oublier son œuvre, qui parle pour lui : Dans Miroir du nihilisme : Houellebecq Éducateur (2017), le philosophe écrit de l’écrivain que son livre Soumission (2015) est « le grand roman de la collaboration. La soumission aux puissants du moment relève de l’éthologie : elle suppose la fascination des âmes en peine pour la puissance qui les méprise et veut leur sujétion ».

En 2014, sur un podcast France Culture — émission louée alors à l’époque par toute l’intelligentsia qui le conspue aujourd’hui — consacré à « une éthique sans morale », il en rappelle les principes : « savoir que l’homme et l’animal diffèrent en degrés, pas en nature ». Il ajoute qu’il convient de « faire de l’éthologie la première science de l’homme ». Allons chercher bien plus loin dans le temps encore. Dans un entretien datant de 2002 dans la revue Le Philosophoire, il explique à Vincent Citot que « le rire (…) est une spécificité de l’Homo Sapiens » et que « la psychanalyse, entre autres, l’éthologie également, permettent d’appréhender le corps en matérialiste ». Réponse des militants de mauvaise foi : le problème est de parler de « tribus primitives » à propos d’un responsable politique noir ! On croit rêver. À bien les comprendre donc, il faudrait exclure les noirs de toute référence à l’éthologie et à l’anthropologie pour ne pas prêter le flanc à de potentielles conceptions racistes. Les racialistes ne sont-ils pas précisément ceux qui créent un lien entre la notion de tribalisme et la couleur de peau de la personne visée ? Les tribus primitives, c’est l’enfance du monde et elle concerne de fait l’humanité entière. Dans L’art d’être français (2021), Michel Onfray note : « L’histoire de France, des tribus primitives de Lascaux à sa christianisation, est une aventure de plusieurs millénaires ». Est-ce du racisme anti-français ? Un peu de sérieux ne nuirait pas. Dans Cosmos (2015), premier tome de la trilogie Une brève histoire du monde, le philosophe consacre des pages admiratives au continent africain et rend hommage à « la grande santé animiste africaine », à un « génie africain » dévitalisé par l’Occident, à un art africain qui « a subi la loi du Veau d’or, loi de l’Occident ». On a connu propos plus racistes. Dans les faits, les lecteurs de Michel Onfray, qui ne se contentent pas – gloire leur soit rendue – d’extraits digitaux de 15 secondes, savent bien que les accusations portées contre lui sont absurdes. Dans Esthétique du pôle Nord (2002), il fait l’éloge des Inuits et de leur manière d’être au monde sans arrière-mondes. Dans Théorie du voyage (2007), il fait l’éloge des voyageurs nomades, des Touaregs aux Gitans. Dans Inframince (2024), il médite l’être au monde japonais, sa tradition, sa vie ritualisée, sa spiritualité sans dieu, son acceptation de l’impermanence des choses. On pourrait continuer ainsi longtemps. Tout une partie de l’œuvre onfrayen est consacré à faire l’éloge du divers, donc à une condamnation en miroir de l’ethnocentrisme. On peut tronquer une émission de télé ; pas une bibliographie à trois chiffres.

Une critique républicaine

Mais revenons une dernière fois à l’émission justement. Quinze petites secondes peuvent-elles suffire à résumer un propos complexe ? À l’évidence, non. Le raisonnement de Michel Onfray ne s’est pas arrêté là, au contraire d’une vidéo coupée au mauvais moment, dans une volonté assumée de nuire. La suite éclaire le discours global : « Il faudra dire à ce monsieur qu’on n’est pas dans une théocratie (…) la théocratie, c’est fini, le pouvoir d’un seul, c’est fini, une espèce de domination tyrannique d’un individu qui dira : il va y avoir une allégeance. Il y a eu de l’allégeance jadis, quand il y avait des chevaliers, quand il y avait des suzerains, quand il y avait des vassaux ». Et de conclure : « Si ce monsieur veut restaurer la féodalité et la théocratie, qu’il nous le dise ». Encore une fois, l’argument d’un Michel Onfray faisait une référence à la couleur de peau tombe à l’eau.

Un peu plus tard dans la même émission, Michel Onfray évoquera le sort des musulmans en France. Estimant qu’il « nous faut des gens qui défendent la nation, qui défendent la patrie, qui défendent le peuple français, qui défendent la souveraineté nationale et pas des gens qui attaquent les musulmans parce qu’ils seraient musulmans », il ajoutera : « un musulman qui a envie d’être français, il est, pour moi, préférable à quelqu’un qui sera, je ne sais pas, un agnostique qui ne voudrait pas être français. La question n’est pas la religion, la question est le désir de refaire la France ». Un propos d’un républicanisme inattaquable qui semble ne pas avoir beaucoup intéressé les cadres de LFI.

Ces deux séquences permettent de démontrer à nouveau que le fil conducteur du raisonnement de Michel Onfray est bien la défense du cadre politique républicain. La demande d’allégeance de Bally Bagayoko, en admettant même qu’elle puisse être surinterprétée, charrie un imaginaire clanique, féodal, tribal, comme on voudra, mais quoi qu’il en soit anti-républicain. Il n’y a rien d’anormal à ce qu’un intellectuel en fasse l’analyse et en pointe la dangerosité potentielle, qu’on souscrive ou pas aux références mobilisées.

La stratégie du contre-feu

Ce lundi, en s’appuyant sur les propos – eux aussi taxés de racisme – du psychologue Jean Doridot et prononcés le jour précédent (vendredi 27 mars) sur CNews, Bally Bagayoko a appelé à une manifestation « contre le racisme et contre le fascisme » en prévision du samedi suivant. Un « rassemblement populaire, citoyen », avec pour objectif de dénoncer « le racisme, les discriminations et la haine de l’autre ». Il a également annoncé le dépôt d’une plainte contre CNews. Des députés LFI, comme Mathilde Panot, ont annoncé saisir l’Arcom, dénonçant un racisme «  crasse et décomplexé  ». De son côté Jean-Luc Mélenchon a critiqué « les médias, les sondages », qui «  manipulent, mentent, alimentent un racisme à vomir et prennent continuellement notre peuple pour un bétail sans mémoire ni pensée ».

Pour la France Insoumise, la séquence médiatique actuelle est une aubaine. Elle permet de faire oublier Raphaël Arnault, les sorties polémiques de Jean-Luc Mélenchon sur les « blancs moches », la « nouvelle France », et les scènes houleuses de passation de pouvoir au sein des communes municipales incluant des membres de LFI. Dans plusieurs villes, les maires sortants ont quitté l’hôtel de ville sous les huées et les insultes, et parfois même sous escorte policière. Assurément une belle leçon de républicanisme et de lutte contre « la haine de l’autre ».