Alors que l’époque est marquée par une américanisation des débats et que fleurissent sur Internet des fake news, l’information demeure une ressource capitale, et un terrain d’affrontements où le pluralisme est davantage garanti par le choix offert aux téléspectateurs que par des règles de représentativité inapplicables – car ne tenant plus compte des réalités idéologiques.
Qu’est-ce que le « pluralisme » ? Notion molle, le « pluralisme » revient constamment sur le devant de la scène. Véritable mantra de la vie politico-médiatique, et pas seulement, le pluralisme semble l’horizon indépassable des sociétés plurielles. Mais qu’entend-on par-là exactement ? En saisissant la justice administrative à propos de la chaîne CNews en 2022, l’ONG Reporters sans frontières (RSF) a ouvert un débat qui risque peut-être de lui échapper.
Valeurs actuelles, février 2024Libération, juin 2021
En novembre 2021, RSF demandait à ce qui était alors le CSA (devenu Arcom en janvier 2022) de mettre en demeure CNews sur le fondement de la loi du 30 septembre 1986 portant sur la liberté de communication. Ce texte détermine que les chaînes de télévision doivent « assurer l’honnêteté, le pluralisme et l’indépendance de l’information ». Le bureau exécutif de RSF estimait alors que le CSA-Arcom devait obliger CNews à respecter ses « obligations légales » et que la chaîne n’était désormais plus un média d’information mais d’opinion. L’Arcom ayant refusé, RSF a saisi le Conseil d’État qui s’est finalement prononcé sur les principes du contrôle exercé par l’Arcom en la matière.
Le cadeau empoisonné du Conseil d’État à l’Arcom
Rendue mardi 13 février, la décision du Conseil d’Etat présente une interprétation discutée et discutable de la loi de 1986, puisque la haute autorité administrative a ordonné à l’Arcom de « réexaminer dans un délai de six mois le respect par la chaîne CNews de ses obligations ». L’innovation de la décision tient dans les critères choisis par le juge administratif pour qualifier « la diversité des courants de pensée et d’opinions». Alors que l’Arcom ne décompte que le temps de paroles des personnalités politiques de métier, le Conseil d’Etat a affirmé que le contrôle du respect du pluralisme devait aussi s’appliquer aux « chroniqueurs, animateurs et invités » des émissions.
Sont notamment visées en filigrane des personnalités telles qu’Éric Zemmour, qui avait tardé à se déclarer candidat à la présidentielle à l’automne 2021, ou encore Philippe de Villiers désormais retraité de la politique et reconverti comme chroniqueur. Mais alors, pourquoi ne viser que CNews ? Roselyne Bachelot occupe sur BFMTV une position similaire à celle de Philippe de Villiers, par exemple, sans que grand monde ne s’en émeuve. En outre, les positions politiques peuvent évoluer avec le temps. Jacques Toubon était un homme de droite affirmé dans les années 1980, souvent directement confronté à un Julien Dray sorti du Parti socialiste et qui a glissé vers le centre au fil du temps.
Débat du jour: pourra-t-on encore débattre demain ?
De même, s’il est aisé de déterminer la sensibilité des politiques de métier, puisqu’ils sont encartés, il n’en est absolument pas de même avec les chroniqueurs et journalistes. A fortiori de nos jours, où les sujets transversaux sont légion et écartèlent le champ politique. Qui est aujourd’hui d’une gauche ou d’une droite chimiquement pures ? Qui peut dire s’il y a des points de vue de « droite » et de « gauche » parfaitement identifiables sur des questions aussi sensibles que l’écologie, les relations internationales, les mœurs ou l’économie ? Les sociétés liquides créent des cercles idéologiques rhizomatiques qui se croisent. Il est tout à fait possible d’être très à droite sur les questions d’immigration et aligné avec Raphaël Glucksman en affaires internationales. De la même manière, des partisans de la décroissance économique et écologique peuvent être de parfaits conservateurs de droite sur tous les autres sujets.
L’authentique pluralisme de 2024 ne correspond absolument plus aux critères des années 1980, désormais parfaitement anachroniques. Le Conseil d’Etat a ouvert une boite de Pandore qui pourrait entrainer une reconfiguration majeure des médias audiovisuels classiques et profiter aux plateformes numériques. Car, CNews est en effet une chaine d’information présentant une sensibilité plus proche de la « droite », comme France Inter est un média d’information du service public dont la majorité des chroniqueurs sont plus proches de la « gauche ».
L’apparition des réseaux sociaux et l’américanisation progressive du débat public, lui-même radicalisé lors de la campagne présidentielle de 2016 ayant opposé Donald Trump à Hillary Clinton, ont créé des bulles informationnelles asymétriques. L’information n’est plus un monopole d’Etat comme du temps de l’ORTF, mais bien une ressource capitale et un terrain d’affrontements où le pluralisme est garanti par le choix offert aux téléspectateurs plus que par des règles de représentativité inapplicables, car ne tenant plus compte des réalités. Le seul sujet valable qui devrait concerner les autorités en la matière est la lutte contre les fausses informations et la rétention d’informations. La composition des plateaux est du ressort des patrons de chaines et des programmateurs dans une société libérale, hors politiques de métier.
Les chancelleries occidentales ont beau émettre dernièrement des doutes quant aux dernières actions de Tsahal à Gaza, elles savent très bien qu’Israël fait le sale boulot. L’analyse de Liliane Messika.
Pendant que les dirigeants occidentaux font du crowdfunding de suffrages, Israël continue de se poser en rempart de notre civilisation devant la barbarie des ennemis auxquels ils font les yeux doux.
Les méchants sont ceux qui sauvent les otages et fournissent l’électricité
Deux cent mille manifestants pro-Hamas à Londres, ça a dû faire jaunir de jalousie les compañeros amateurs de « Judios no Pasaran ! » En France, nous sommes plus modérés : le soutien à l’agressé israélien s’est fait du bout des lèvres et l’entrain des supporters de l’équipe Shoah – 2 est plutôt mou dans la population générale.
Pendant ce temps, sur le terrain, les Forces de défense israéliennes avancent au sud de la Bande de Gaza et divulguent de nouvelles preuves de la bestialité du Hamas.
« Les Israéliens ne respectent rien, ils attaquent même les hôpitaux » scandent les Bisounours noctambules[1]. En Lisa Macheiner (coordinatrice de projet de Médecins sans frontières à Gaza) dans le texte : « Les hôpitaux devraient être considérés comme des lieux sûrs et ne devraient jamais avoir à être évacués »[2].
De fait, sans cesser de traquer les terroristes qui opèrent depuis l’intérieur de l’hôpital Nasser à Khan Younis, Tsahal a fourni, le 16 février, de la nourriture, du carburant et de l’eau à cet hôpital, ainsi qu’un générateur alternatif pour assurer son alimentation électrique en attendant que son propre générateur soit réparé[3].
Le porte-parole de l’armée, Daniel Hagari, a déclaré que les troupes y avaient également trouvé des explosifs, des grenades et des mortiers et que, au mois de janvier, une roquette avait été tirée depuis l’intérieur de l’établissement hospitalier. Les Israéliens y ont aussi mis à jour une salle de commandement, un complexe de renseignements et d’interrogatoires et un poste de police.[4]
À l’appui, ils ont diffusé des images de l’interrogatoire d’un agent du Hamas capturé, avouant que 10 otages minimum avaient été détenus dans l’enceinte de l’hôpital[5].
Le porte-parole a rappelé les découvertes dans les hôpitaux al-Shifa, Rantisi, et al-Amal, qui font de l’hôpital Nasser une énième preuve que « le Hamas utilise systématiquement les hôpitaux comme plaques tournantes du terrorisme. … Selon les évaluations des services de renseignement et les informations que nous avons recueillies sur le terrain, plus de 85 % des principaux établissements médicaux de Gaza ont été utilisés par le Hamas pour des opérations terroristes. [6] »
Les deux photos ci-dessous légendent en blanc, les installations médicales et en rouge, les installations militaires qui se partageaient l’hôpital de Khan Younis[7].
Tartarin se fâchera si les médicaments n’arrivent pas à leurs destinataires
En fouillant l’hôpital Nasser, les soldats israéliens n’ont pas trouvé que des armes, mais aussi des médicaments. Dans un hôpital, cela n’a rien d’anormal, sauf que ceux-là portaient des étiquettes aux noms des otages.
Ces médicaments, plusieurs dizaines de caisses, provenaient soit du stock envoyé par les proches d’otages kidnappés au kibboutz Nir Oz,[8] soit de la fourniture de la France via le Qatar : « L’origine des médicaments et leur utilisation font l’objet d’une enquête », a expliqué le porte-parole de Tsahal.
On n’a pas oublié l’engagement de notre ministre des Affaires étrangères : « la non-délivrance de ces médicaments pourrait avoir de « graves conséquences »[9]. La non précision sur le type de preuves de délivrance attendues et des « graves conséquences » lui laisse une large marge de manœuvre pour plaider la responsabilité sans culpabilité (ou vice versa), mais c’est silence radio après la découverte des médicaments non livrés.
Pinocchio prétend vouloir diriger les non-opérations sur le terrain
Israël ne doit pas lancer d’opération militaire à Rafah, sans un plan « crédible » de protection des civils, a expliqué le stratège Joe Biden à Benjamin Netanyahu, le 11 février 2024[10].
Côté égyptien, la frontière avec Gaza a été lourdement fortifiée par des murs de béton en surface et en sous-sol et par une zone tampon de 5 kilomètres de large. L’Égypte a aussi menacé de suspendre son traité de paix avec Israël si des troupes israéliennes entraient dans Rafah.
Les Palestinolâtres qui s’imaginent voir là une défense des intérêts de leurs mascottes se trompent lourdement. Si le blocus est plus rigoureux du côté égyptien qu’israélien, c’est parce que le raïs Abdel Fattah al-Sissi, instruit par l’expérience et insensible à l’opinion des Gentils Organisateurs occidentaux de manifs, applique une politique zéro-Palestinien de son côté du poste frontière de Rafah. Les fortifications en témoignent.
Biden n’est pas dupe, il sait bien que ses menaces n’empêcheront pas Netanyahou de poursuivre sa guerre d’éradication du Hamas. Cette offensive a, d’ailleurs, permis à Israël de libérer deux otages à Rafah même, le lendemain de la déclaration de Biden.
Cet appel ne s’adressait, en réalité pas à Israël, mais à la gauche de la gauche du parti démocrate, qui est à la démocratie américaine ce que LFI est à la française : un fossoyeur.
Le président américain a raison de prendre au sérieux les agitatrices Rashida Tlaib, Ilhan Omar et leurs copines en hidjab, car il a son Saint-Denis, qui se nomme Dearborn, dans son 93, alias le Michigan. Le 5 février 2024, le maire de la riante cité de Dearborn, Abdullah Hammoud, a organisé un rassemblement pour la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien.
On y a entendu le président être traité de « cancer dans notre pays »…
… et une promesse de victoire, « ici à Washington et là-bas en Palestine ».
Biden sait très bien ce que veut dire le slogan « From the river to the sea, Palestine will be free », du fleuve à la mer, la Palestine sera libérée. Traduction US : « From New York to San Francisco, Islamerica will be free », ce qui donne en français « De Calais à Marseille, la France sera décolonisée. »
Dans l’espoir d’éviter cela, au moins pendant la durée de son mandat, Biden fait comme Macron : des caresses aux dictateurs ennemis en présentiel et des menaces aux alliés objectifs démocratiques en distanciel.
Angélisme
Les Israéliens ont longtemps voulu croire que s’ils étaient très très gentils avec leurs ennemis, ceux-ci leur pardonneraient d’exister. Cette illusion n’a pas dépassé le 7 octobre : elle ne peut perdurer que dans les pays européens où la force n’a pas encore anéanti une part suffisante de la population.
« L’endiguement et la retenue au fil du temps traduisent une aversion à l’usage de la force, mais dans une région où la culture politique valorise l’usage de la force, ce comportement est vu comme une faiblesse.[11] » Cette analyse est celle du Professeur Efraïm Inbar, président de l’Institut d’Études sur la Sécurité et les Stratégies de Jérusalem (JISS). Cela dit, point n’est besoin de sortir de Saint-Cyr pour comprendre que la grenouille n’a aucune chance contre le scorpion, si elle l’autorise à monter sur son dos.
Les Français en sont conscients. Leurs dirigeants probablement aussi, mais ils préfèrent passer pour les gentils aux yeux de la gauche, qu’avoir raison avec Aron. Combien de professeurs le paieront de leur vie, combien de Français s’exileront pour ne plus en subir les conséquences ? Vous le saurez, chers lecteurs, en regardant les résultats des élections européennes le 9 juin prochain.
Le paysage médiatique fantasmé par Christophe Deloire, directeur de Reporters sans Frontières et garde-chiourme du politiquement admis, existe déjà aux frontières de l’Hexagone : en Belgique francophone, le petit milieu qui s’accapare les plateaux télévisés, les radios et les colonnes des gazettes, pense exactement la même chose sur à peu près tous les sujets. La nuance déjà est d’extrême droite. Et donc interdite.
Un « débat » ressemble à peu près à ceci sur la RTBF (radio-télévision publique) ou sur RTL (chaîne privée) : autour d’un animateur mielleux et complaisant, parlementent le président du Parti socialiste, son homologue libéral (adepte du « en même temps » : un coup au centre-gauche, pour ne pas fâcher ses partenaires de coalition, un coup au centre-droit, c’est-à-dire aux confins du fascisme), un « centriste engagé » (catégorie politique qui existe bel et bien en Wallonie !), une néo-féministe également écolo-islamo-wokiste et un journaliste progressiste. Parfois, le ton monte, pour « montrer sa différence » qui n’existe que dans cet éphémère éclat de voix.
Tous ronronnent leur progressisme, leur tropisme immigrationniste, leur préoccupation pour la planète, leur amour de la diversité, leurs critiques plus ou moins larvées envers Israël quand il ne s’agit pas de leur complaisance pour le Hamas, et, par-dessus tout (le combat des combats), leur crainte de voir l’extrême droite rompre les digues qui l’isolent du monde fréquentable. Tous gouverneront ensemble dans une coalition multipartite, y compris le journaliste qui finira, pour respecter une tradition belge, par rejoindre le parti traditionnel le plus offrant.
En revanche, en raison du sacro-saint cordon sanitaire, vous ne verrez, ni n’entendrez, ni ne lirez, dans les médias, des personnalités comme Drieu Godefridi, intellectuel francophone, Alain Destexhe, auteur d’essais et ancien élu libéral-conservateur qui a lancé sa formation en 2019 avant de se retirer de la politique active, Jérôme Munier, président du parti Chez Nous, ou moi-même. J’ose croire, avec un brin d’immodestie, que nous avons chacun de quoi élever le niveau de la discussion avec nos spécificités, nos intelligences, notre verve, parfois notre humour, et, surtout, notre son de cloche qui risquerait de réveiller les bien-pensants.
La conséquence, quand tous les bretteurs sont acquis aux mêmes idées, est la baisse en qualité du débat, dénué de fulgurances, d’éloquence, de culture. La bêtise y règne en souveraine. Le nivellement se fait par le très bas et le consensus. Les invités, entend-on souvent chez l’homme de la rue, sont « toujours les mêmes ». Et quand on est un citoyen, il vaut forcément mieux, pour avoir l’oreille des journalistes, être clandestin, casseur antifa, se sentir discriminé, ou créer la gare de Mons avec des allumettes (à défaut que le vraie soit terminée), que se revendiquer patriote, conservateur ou populiste.
Tout le petit monde acquis au politiquement correct s’étonne de la baisse des audiences et du désintérêt du grand public, mais n’a pas à s’en inquiéter. C’est que les médias sont grassement subventionnés : rien que la RTBF mobilise 300 millions d’argent public chaque année. Le nouveau-venu LN24, chaîne d’information en continu, préfère se contenter d’audiences catastrophiques et de finances peu reluisantes, qu’oser la pluralité et être un CNews à la belge.
Au bout du compte, dans ce monde où Saint-Just aurait triomphé de Voltaire, il demeure une impression de vivre dans une tyrannie de la pensée unique, avec ses ordonnateurs et ses petits flics hyperactifs sur les réseaux sociaux, chassant tous en meute, et surjouant leurs fausses indignations pour ne pas être, à leur tour, victimes de la curée. Et pour les mal-pensants, une impression, en guise de consolation, celle d’être des belluaires des temps modernes.
La droite nationale ou patriote, obnubilée par la question migratoire, doit rapidement se pencher sur les autres problèmes de la jeunesse française, paupérisée et en proie à des injonctions contradictoires dingues et vertigineuses.
La droite patriote, toutes étiquettes confondues, a fait le plein sur l’immigration. Le message est passé : les Français qui devaient comprendre ont compris, les autres ne sont pas encore prêts ou ne le seront jamais.
Le grand déclassement
Il est temps de rajouter une autre corde à son arc et de parler à d’autres Français, ceux qui sont touchés de plein fouet par le déclassement social et par le mal-être émotionnel. Personne ne leur parle vraiment à ces Français, jeunes souvent, qui voient le monde se retourner contre eux pour les broyer. Petits-fils de boomers, ils sont nés vingt ans trop tard. Ils ont beau avoir des diplômes, ils n’ont décidément pas le même pouvoir d’achat que leurs parents. Ils ont le plus grand mal à se loger, certains ont même du mal à se nourrir correctement : ils gagnent leur vie certes mais pas assez pour manger une nourriture saine, s’acheter des fruits et des légumes. Certains sont BAC+4 ou BAC+5, mais ils occupent des emplois inutiles où ils n’ont aucune marge de manœuvre. Ils ont beau être cadres intermédiaires ou cadres supérieurs, ils sont pieds et poings liés par le CRM et la « compliance » qui en font de simples exécutants. On leur a dit qu’ils seraient une élite s’ils travaillaient beaucoup et bien, et ils se retrouvent, la trentaine passée, en train de remplir des questionnaires d’évaluation 360°.
Ils participent d’un moment incroyable de notre civilisation : ces hommes et ces femmes peuvent changer de sexe, ils peuvent échanger des nudes avec des inconnus, mais ils n’auront probablement pas de quoi s’acheter un appartement. Ils ont beau étudier, ils n’auront pas accès à la classe moyenne. Classe moyenne qui disparaît au passage, ouvrant la voie devant une France où ne subsisteront plus que les gagnants et les perdants. Autre définition du tiers-monde. Sauf que notre tiers-monde à nous n’a que le mot jouissance à la bouche, une jouissance impossible sans argent et sans carrière véritable.
Génération Prozac
De quoi devenir dingue. Et ils sont en train de le devenir. L’épidémie de la dépression est là mais personne ne veut la voir en face, car elle inflige un terrible camouflet à notre époque qui rend les gens malheureux. Les dépressions commencent de plus en plus tôt, même des enfants en souffrent maintenant. Même des enfants se suicident. Notre société va mal. Elle souffre d’un problème mental inédit : l’effondrement des défenses mentales qui rendaient la vie acceptable, voire désirable, à nos parents et grands-parents.
Nous vivons un grand massacre. Les femmes sont laminées par les injonctions contradictoires. Elles doivent s’amuser à fond et réussir professionnellement. Elles doivent être « faciles » et dominer les hommes. Elles doivent multiplier les partenaires et vivre intensément le grand amour. Elles doivent être « bonnes » et cesser de s’épiler. Elles doivent être « girly » et agressives. Leurs ancêtres ne devaient pas résoudre une équation aussi compliquée. Elles vivaient leur féminité tout simplement, elles pouvaient compter sur les hommes pour cela.
À partir de cette ligne, Sandrine Rousseau arrête de lire
Or, les hommes aujourd’hui tombent comme les poilus dans la Somme, sous le coup d’un gaz moutarde d’un genre nouveau. Le venin est hormonal désormais : ils doivent être des hommes déconstruits, fragiles et niais, mais on attend d’eux qu’ils aient le charisme du mâle alpha. Ils doivent réussir dans la vie mais on leur interdit les vertus viriles comme l’ambition et l’honneur. Ils apprennent à faire l’amour en regardant des viols nommés films pornos, mais le spectre d’un #metoo les poursuivra tant qu’ils auront une vie sexuelle actuelle. On leur parle d’égalité homme-femme mais ils voient bien que leur parole ne vaut rien face à une femme qui les accuse sauf s’ils sont ministres ou trafiquants de drogue. Dans les deux cas, les femmes supposément battues ou molestées se rétractent et les magistrats s’abstiennent. Enfin, ils sont inutiles à leurs femmes qu’ils sont incapables de défendre contre les agressions, par manque de vigueur physique mais aussi parce que les magistrats ne supportent pas la légitime défense : aux yeux d’un juge, il vaut mieux être mort que traduit en justice pour avoir tué son assaillant.
La crise culturelle
Les deux, hommes et femmes, sont privés de culture. Hanouna a remplacé Pivot. Il n’y a plus de transmission. Les jeunes d’aujourd’hui grandissent dans un pays neuf, né de la dernière pluie. Ils sont privés des nourritures spirituelles de leurs ancêtres, ils ne trouvent plus la sérénité en regardant les paysages de leur beau pays, ils ne ressentent plus l’impression douce et consolante d’être chez-soi quand ils marchent à l’ombre des monuments. Ils sont largués dans le monde comme des enfants abandonnés dans un orphelinat soviétique. Comment peuvent-ils être heureux ?
Tout, absolument tout, peut les terrasser car ils sont creux et secs. Ils sont à jeun de tout ce qui importe, de tout ce qui rend fort.
Il n’y a pas que le grand remplacement dans la vie. Il y a aussi le grand désenchantement, mélange du grand déclassement et du grand effondrement mental. En ressort une tristesse immense qui peut être un ingrédient politique de premier plan pour la conquête du pouvoir.
Ces jeunes qui souffrent ne connaissent des idées patriotes que la lutte identitaire et la souveraineté. Or, leur identité est la souffrance elle-même. Et la souveraineté est une notion exotique à leurs yeux, sachant qu’ils ne sont même pas souverains d’eux-mêmes.
La plupart ne vote probablement pas. Certains font n’importe quoi comme voter LFI ou écologistes : ils donnent des coups de poing dans le vide. Inutiles de leur en tenir rigueur, ils ont besoin d’empathie et de douceur.
Il n’y a aucune fatalité. Ils rejoindront le camp patriote le jour où il les convaincra que leur cause est entendue. Leur cause personnelle, égoïste et intime, pas la cause française.
Un bon point de départ pour se rapprocher de cet univers souterrain qui forme la musique de fond de notre société est de lire Marion Messina. Son roman Faux Départ rend compte avec brio de la détresse d’une jeune Grenobloise anéantie, en quelques mois, par une université en faillite et un marché du travail inhumain.
80 ans après son exécution par les nazis, le résistant Missak Manouchian va entrer au Panthéon, mercredi 21 février, aux côtés de son épouse Mélinée. La cérémonie d’hommage, présidée par Emmanuel Macron, commencera peu après 18 heures, en présence du Premier ministre arménien Nikol Pachinian.
En France, les « résistants » en chaise longue plastronnent. Mais ils affrontent des ombres, en alertant sur un fascisme fantasmé. Le ridicule leur est promis. N’est pas Alexeï Navalny qui veut. Qu’on l’apprécie ou pas, l’opposant russe a laissé sa vie, dans sa prison-goulag, pour s’opposer à Vladimir Poutine et à sa dérive autocratique. Le courage de Navalny ne peut lui être enlevé. Son épouse, Ioulia Navalnaïa, est également remarquable. Elle s’est engagée à poursuivre le combat de son mari en rappelant ses mots : « Ce n’est pas honteux de faire peu. C’est honteux de ne rien faire, ou de vous laisser intimider ». Le lanceur d’alerte Julian Assange, incarcéré en Grande-Bretagne, fait partie de ces personalités dont on devine qu’elles ne reculeront pas face aux pressions et à l’adversité. En comparaison, les guignolades de ceux qui, en France, hurlent en meute au retour de l’extrême droite et de la bête immonde révèlent l’effondrement de l’esprit critique. La presse de gauche se garde, majoritairement, de barrer la route au totalitarisme islamiste et à son entreprise de conquête. Elle est en revanche intarissable contre la droite, quand elle se rend coupable de dire des vérités interdites. Pour s’être cru dépositaire d’une vigilance démocratique appliquée à l’audiovisuel, Christophe Deloire, patron de Reporters sans Frontières, s’est transformé, sous les applaudissements de la caste, en dénonciateur de la liberté d’expression sur CNews et en valet des intérêts d’Emmanuel Macron dans l’organisation des futurs états-généraux de l’information, voulus par le président. Ce dernier s’inquiète notamment de la « commoditisation » (sic) (entendre : banalisation) du journalisme. Tout est bidon chez ces résistants d’opérette.
Le chef de l’Etat fait partie de ces poseurs, bras ballants devant les vrais dangers. Son choix d’exclure le RN et Reconquête de « l’arc républicain » (L’Humanité, lundi) relève du procédé stalinien de la diabolisation.
Son appel à la « décence », pour dissuader (en vain) Marine Le Pen d’assister ce mercredi à la panthéonisation de Missak et Mélinée Manouchian, est une autre manière de traquer des fantômes pour faire passer le RN pour un mouvement fascistoïde. Ces manipulations disent la petitesse du pouvoir. Les trucages invitent à relativiser la résistance du Parti communiste, qui pactisa avec l’Allemagne nazie de 1939 à 1941. Faut-il rappeler à L’Humanité, qui se rengorge de l’hommage rendu ainsi aux résistants communistes et étrangers, la démarche initiée par Jacques Duclos en juin 1940 auprès d’Otto Abetz, proche d’Hitler, pour refaire paraître le journal, au nom notamment de la lutte contre le « juif Mandel » ? Faut-il rappeler ses dithyrambes après la mort de Staline ? Et les dizaines de millions de morts jamais expiés, aucun équivalent du procès de Nuremberg n’étant venu demander des comptes à cette idéologie totalitaire ? Ce mercredi dans Le Figaro[1], l’historien du communisme, Stéphane Courtois, rappelle que Manouchian fut un « modeste résistant » dont « la vraie patrie était l’URSS ». Reste la question : les vrais résistants, s’il en reste, sauront-ils enfin se faire entendre ?
Selon l’essayiste québécois, les néoféministes ne cherchent pas simplement à bannir le sexisme. Elles rêvent de proscrire la sexualité, voire d’abolir la différence des sexes. C’est aussi ça, Le Totalitarisme sans le goulag.
Causeur. Le titre de votre livre appelle une question évidente : le totalitarisme sans le goulag, c’est mieux qu’avec, non ?
Mathieu Bock-Coté. Naturellement, cela va de soi, mais c’est du totalitarisme quand même, pour peu qu’on comprenne que ce dernier est inscrit dans la matrice de la modernité et en représente une tentation insurmontable. La modernité génère la tentation totalitaire et la tentation totalitaire génère l’esprit de procès. Nous pensions le totalitarisme intrinsèquement dépendant des techniques de domination monstrueuse propres au XXe siècle. Aujourd’hui, il n’a pas besoin de tuer, il lui suffit d’imposer comme un Bien ultime la transparence sociale intégrale, qui légitime le contrôle des pensées, des arrière-pensées, des discours, des comportements au quotidien, en plus de transformer la société en camp de rééducation à ciel ouvert. Cela donne une conception standardisée, interchangeable, ennuyeuse de l’existence.
En vous lisant, j’ai été frappée par les similitudes entre le régime diversitaire et l’un de ses alliés, qu’on peut appeler le « régime féminitaire », ainsi que par les similitudes entre eux et leur ancêtre soviétique. Mais vous traitez plus longuement le militantisme trans…
Ce qui m’intéresse, ce sont les zones de friction, où l’idéologie dominante se révèle dans sa radicalité violente. Le néoféminisme est omniprésent, avec le soupçon généralisé jeté sur le désir entre les sexes – et je l’aborde dans mon livre. Toutefois, là où le régime veut nous forcer à franchir les barrières de la logique, c’est sur la question du genre. Nous obliger à dire qu’un homme peut être enceint revient, comme le disait Orwell, à nous imposer de croire que « deux plus deux égale cinq ».
En tout cas, ces luttes convergent dans la haine du même ennemi : l’extrême droite, incarnée par l’homme blanc.
Dans mon précédent livre, La Révolution racialiste, je citais Pauline Harmange, auteur de Moi les hommes, je les déteste, pour qui la détestation des hommes est une condition essentielle de l’émancipation. En effet, l’immigrationnisme et le néoféminisme maudissent la même figure : l’homme blanc de plus de 50 ans qui ne cherche pas à devenir un allié. D’ailleurs, même le repenti/converti qui veut devenir l’allié des minorités – c’est un titre à part entière – est à jamais marqué par une tache indélébile, sa couleur de peau et son sexe biologique. Et le couperet peut s’abattre sur des hommes de gauche. Je n’ai pas une sympathie exagérée pour Julien Bayou, mais il a été la proie d’un comité de la terreur militante…
D’un club d’ex qui se montaient le bourrichon.
On oublie, dans ces affaires, que l’être humain est fondamentalement vengeur, mesquin, capable du pire. La présomption d’innocence est au contraire fondée sur une connaissance intime du cœur humain. Si les militants veulent la faire tomber, c’est parce qu’elle est le dernier pilier libéral de notre système juridique auquel ils veulent substituer quelque chose ressemblant terriblement à la justice révolutionnaire. À la limite, ils admettent la présomption d’innocence devant les tribunaux, mais cela ne vaut pas pour la société. Voyez l’enthousiasme qu’ils mettent à faire tomber des têtes, surtout quand il s’agit de gloires déclinantes.
L’étendard des femmes masque évidemment une haine du désir masculin – pas seulement hétérosexuel d’ailleurs.
Sur le plan symbolique, le désir masculin hétérosexuel est tout de même spécifiquement ciblé, frappé d’illégitimité constitutive. La logique coloniale est appliquée aux rapports entre hommes et femmes. Les femmes doivent se décoloniser. Le désir est l’amorce du viol. Je me souviens d’un article dans Libé où une jeune fille célébrait la sexualité sans pénétration, ce que son copain disait respecter, et qui s’en faisait même une fierté. Ils appelaient ça, si je me souviens bien, une sexualité n’étant plus phallocentrée. Je leur souhaite bien de la joie.
Des Blancs qui font repentance restent assez rares chez nous où la vision raciale du monde peine à s’implanter. En revanche, les hommes qui clament leur adoration pour Metoo sont légion.
Parce que c’est une condition de survie en société. De plus, chacun se demande s’il n’a pas un vague crime sur la conscience dans une société qui a inventé le retrait de consentement a posteriori. Le périmètre de la liberté d’expression se réfracte. Dans l’espace public qui est le nôtre, un homme peut à la limite dénoncer les dérives de Metoo, mais seules les femmes peuvent en critiquer le principe. Ce mouvement nous oblige à dire ce qui va de soi, alors je le dirai aussi : je condamne, comme tous les êtres civilisés du monde, les agressions, le non-respect du consentement. Et ainsi de suite.
Mais vous savez qu’il ne s’agit pas de ça ! Diriez-vous que Metoo est un bloc ?
Dès l’origine, le cri de ralliement de Metoo a été « on vous croit », qui abolit les règles élémentaires de la société libérale. Dans la foulée, on a confondu dans le même opprobre le dragueur lourd, aussi peu recommandable soit-il, et Weinstein. Enfin, d’un point de vue anthropologique et philosophique, ce mouvement veut en finir avec la part sombre et inavouable du désir et de l’amour. Les nouveaux chiens de garde rêvent d’une humanité programmable, délivrée des passions. En effet, les passions sont dangereuses. Et excitantes. J’ajoute que je ne suis toujours pas parvenu à comprendre le concept d’emprise. Je le croyais indissociable de l’amour. Mais dans un monde qui rêve de rapports transparents, aseptisés et hygiéniques entre les sexes, ce n’est plus le cas.
Dans votre précédent livre, vous considériez qu’avec l’affaire George Floyd, le régime diversitaire connaissait son « moment 1793 ». La guillotine féministe n’est pas en reste.
Et elle n’est pas sans efficacité. La figure inaugurale des guillotinés, le « porc zéro », c’est Éric Brion. Il a évidemment été grossier et ses remarques à Sandra Muller étaient plus que déplacées. Cela dit, il a été rayé de la société pour cela – pour grossièreté. À ceux qui disent qu’il n’y a pas de révolution sans victimes collatérales, je réponds qu’il n’est pas anecdotique que dès l’origine de cette révolution, on trouve une confusion entre la grossièreté et l’agression.
Aujourd’hui, vous pouvez être excommunié pour une pétition. Raison pour laquelle les signataires de la tribune Depardieu se sont débinés en bande organisée.
Quand Emmanuel Macron a pris la défense de Depardieu, le récit public a tangué. D’autant qu’avec raison, ils furent nombreux, car c’était là l’essentiel, à se porter à la défense de la filmographie de Depardieu, contre ceux qui rêvaient de l’effacer de la grande histoire du cinéma. Pour ce qui est des signataires de la tribune à laquelle vous faites référence, ils ont oublié que la morale d’hier, leur morale, n’avait plus cours. C’est le drame de beaucoup d’hommes de gauche. S’ils restent fidèles à leurs valeurs les plus essentielles, ils sont expulsés de la gauche – la gauche est une purge permanente. Alors pour demeurer à gauche, beaucoup adoptent la nouvelle religion avec un fanatisme redoublé. Après un « dérapage » raciste ou sexiste, le rituel de réintroduction dans la cité exige que le repenti soit plus virulent que ses dénonciateurs. En Amérique du Nord, c’est un classique. J’ai déjà évoqué ce chanteur qui avait dit : « Je me contrefiche de la parité, je veux les meilleurs musiciens. » Il a dû s’excuser. D’abord, « je suis un homme blanc », ensuite « mes amies féministes m’ont fait prendre conscience de mes privilèges, mais c’est déjà difficile d’être une femme aujourd’hui donc je vais me rééduquer moi-même et devenir un allié ».
Toutes les nuances de la droite sont hostiles au régime diversitaire, alors qu’elles sont divisées sur les enjeux de Metoo. Mes amis de la droite catho se méfient de la liberté des mœurs.
Vous êtes un peu sévère, la droite catho a une connaissance intime de la bête humaine, et si elle croit à la vertu civilisatrice des mœurs, elle ne se fait pas trop d’illusion non plus sur la bête humaine – j’ajouterais que sachant l’homme habité par le péché, elle n’est pas surprise de le voir pécheur. Nous avons, je crois, les mêmes amis dans la droite catho, mais ils me semblent bien plus conscients de la complexité humaine que vous ne le suggérez. J’ajoute qu’ils ne sont pas hostiles aux blagues grivoises, ce qui tombe bien, car je les aime bien aussi !
Parallèlement à l’extension continue du domaine du racisme, on assiste à l’extension continue du domaine du viol.
Nous avons perdu le sens du « pas d’amalgame » : nous entrons dans la même catégorie le regard insistant, la drague, la drague lourde, l’agression et le viol. Donc si je vous ai regardée quinze secondes de trop, et que vous y avez détecté la possibilité d’un désir, nous sommes déjà engagés dans un processus de viol. Surtout en milieu professionnel, où c’est assimilable à une tentative d’intimidation et d’asservissement. Ces gens-là nous condamnent à un monde désexualisé, puritain, désagréable et insultant.
Comme dans les pays communistes ou islamistes, on se cachera pour vivre normalement.
Impossible quand l’intime est considéré comme du public occulté. Cela dit, permettez-moi de vous raconter un souvenir : dans les suites du mouvement Metoo, je me souviens d’une jeune femme expliquant qu’un homme s’engageant dans une histoire avec une femme sans lui dire qu’il était déjà en couple pouvait être accusé d’avoir falsifié les règles du consentement, car il n’avait pas été parfaitement clair sur sa situation – il y aurait, dans cette histoire, un vice de consentement.
Cela fait des siècles que les hommes mentent pour avoir du sexe.
C’est fini ! Nous vivons sous le règne de la transparence intégrale.
La vraie vie va continuer comme avant.
Non, cette révolution emporte tout, la jeune génération a basculé dans un néopuritanisme véritable. Vous me direz que le sens commun suffit à déconstruire ces âneries, mais quand le sens commun n’est pas soutenu par un discours philosophique ou idéologique, il finit par s’effriter.
Fournir une armature intellectuelle à la résistance naturelle de la vie concrète, vous vous y employez. Mais pourquoi la société s’écrase-t-elle devant des minorités militantes ?
Ce sont les minorités fanatiques qui font les révolutions. La radicalisation féministe et la radicalisation diversitaire sont l’œuvre d’avant-gardes. Quand je parle de totalitarisme, ce n’est pas une métaphore : des dissidents, nous en avons, nous aurons des enfants qui dénonceront leurs parents. Et déjà, les journalistes qui se vouent à traquer le surgissement, dans le vocabulaire, de termes non autorisés font office de commissaires politiques.
Les révolutions précédentes avaient des moyens de coercition.
En une journée, on peut perdre sa vie, sa carrière, sa femme, ses enfants, ses amis, son emploi, ce n’est pas rien comme répression. Cela peut conduire au suicide.
Tous les totalitarismes ont fini par s’écrouler. Que faire ? comme disait Lénine…
Je crois à la politique et à la dissidence. La contre-société qui s’organise sous le signe de l’amitié a créé les premiers espaces de liberté véritables. Des gens peuvent se rassembler et vivre dans les interstices de la société. Et il suffit par ailleurs de quelques médias libres pour redonner une impulsion démocratique à une société.
La société française semble avoir un peu plus d’anticorps que les sociétés nord-américaines.
La société québécoise n’a pas du tout le même rapport au désir : il ne circule pas aussi librement dans la société qu’en France. C’est le drame d’une société sans État indépendant, la fonction verticale régalienne a été occupée par des Anglais, leurs serviles serviteurs locaux ou des prêtres en robe. Résultat, la virilité ne s’est jamais particulièrement développée au Québec, sauf à travers la figure du bûcheron taiseux. Ici, des femmes partagent votre manière de voir le monde, la vie et les hommes : au Québec, celles qui pensent comme vous sont condamnées au chuchotement. Cela dit, on voit aussi monter une droite masculiniste affligeante. Sans virilité, il ne reste que la masculinité primitive. Comme idiots utiles, on ne fait pas mieux.
Une société délivrée de la sexualité, cela me paraissait impossible, mais Muray avait raison. Le féminisme pudibond veut sortir de l’Histoire et revenir à l’humanité d’avant la Chute – d’où son acharnement à nier la différence des sexes.
En effet, il n’y a plus ni hommes, ni bêtes mais un magma de vivant indifférencié, l’être humain étant le plus toxique des êtres vivants. L’humanité délivrée de la fracture inaugurale entre sexes, entre civilisations, entre peuples, entre nations, c’est le fantasme de toutes les révolutions, et elles sont prêtes à aller très loin pour l’imposer.
Que répondez-vous à ceux qui disent que ça passera ?
Que ça ne passe pas du tout. Alors peut-être que, dans un siècle, ce sera passé, mais pour les générations actuelles, cette norme sociale est étouffante.
Tout de même, on ne risque pas la mort physique. Avons-nous perdu l’amour de la liberté ?
Dans tous mes livres depuis 2007, ma grande question est celle de l’identité. Dans celui-là, pour la première fois, la grande question est celle de la liberté. Car c’est elle qui est aujourd’hui piétinée.
Mathieu Bock-Côté, Le Totalitarisme sans le goulag, Stock, 2023.
Notre contributrice aimerait pouvoir dire à l’actrice Judith Godrèche que l’asymétrie et l’emprise ne sont pas synonymes, et que de son côté c’est un homme de plus de 60 ans qui lui a appris à dire non. Concernant la psychanalyse, elle le reconnait, elle est partiale sur le sujet. Elle n’a pas trop aimé terminer chez un lacanien en blouse blanche…
Judith Godrèche n’a pas eu de chance. Elle aurait pu naitre dans les quartiers HLM de Tourcoing d’un père alcoolique et d’une mère victime d’inceste, s’échapper d’une famille de la petite classe moyenne embourgeoisée. Fuguer en Allemagne avec son amoureux – un crétin de son âge, ce qui aurait tout changé. Elle aurait pu finir bonne, dans le Triangle d’or, pour des Koweïtiens pratiquant les châtiments corporels ou terminer vendeuse chez Sephora. Mais non. Judith n’a pas eu de chance. Avoir deux parents psychanalystes est une tare dont on ne se relève pas.
Freudy and co
Baignant dans la fumisterie semi-savante de Freudy and co, Judith Godrèche a appris à s’allonger… sur le divan. Pour février, de Miller au cinéma français, #metoo met en scène des petits meurtres entre freudo-lacaniens. Appelez-moi quand ils seront tous morts. Je viendrai chanter un requiem. Un requiem à la Gainsbourg.
Il paraît que Sandrine Rousseau a honte d’avoir cru en Gérard Miller.«Si même les alliés s’avèrent être des agresseurs ou des violeurs potentiels, sur qui s’appuyer ? C’est un combat dans lequel on ne peut compter sur aucun homme». Ce combat concerne beaucoup d’hommes, surtout ceux que metoo, au mieux, indiffère. Mais il ne faut compter sur aucun psychanalyste. La doctrine psychanalytique, hystériquement obsédée par « le phallus symbolique » est un miroir inversé assez flagrant de Sandrine et de ses obsessions pour les clitoris en pâte à sel, ou autre geste en triangle avec ses mains, censé représenter une vulve dans l’Assemblée nationale. Gérard Miller et Freud ont-ils créé Sandrine Rousseau ? En tout cas, la ressemblance est troublante.
La psychanalyse ou la fabrique du non-consentement
Qu’est-ce que la psychanalyse en pratique ? C’est une doctrine dogmatique assez simple. Vous dites noir, le psychanalyste dit blanc, et inversement. Un homme ne vous a pas violé, le psychanalyste prendra plaisir à en faire un coupable. Un homme vous a violé, le psychanalyste prendra plaisir à vous culpabiliser. Une fois folle de cette inversion perverse, il dira que la folie vient d’un traumatisme inconnu lié à pôpa et môman. La mécanique est bien rodée[1].
Toute leur doctrine est une protection contre la peur des femmes. Lederer[2] expliquait en 1970 que les théories freudiennes projetaient les désirs de pères incestueux sur leurs enfants. Il recevait des patients terrorisés de voir les seins de leurs filles pousser. De temps en temps, un praticien sort du bois pour expliquer que Freud a d’abord eu raison sur les violences sexuelles avant de rebrousser chemin pour parler de fantasme de l’enfant. La psychanalyse s’est historiquement construite dans le déni de la réalité du viol, mais aussi de la sexualité des femmes. Peut-être est-il temps de se demander avec quelles méthodes sont soignées les traumatismes dans ce pays pour stopper metoo.
Patiente, patiente, dis-moi qui est le plus beau ?
La psychanalyse est une mafia cultureuse faite pour que des hommes mal dans leur peau se croient désirés. Vous vous rappelez les femmes savantes de Molière ? Il faut s’imaginer Gérard Miller jouant la vieille Belise dans la scène IV de l’acte I face à Clitandre. Il lui demande de l’aide pour épouser Henriette. Elle le croit secrètement amoureuse de lui.
Clitandre
Souffrez, pour vous parler, Madame, qu’un amant Prenne l’occasion de cet heureux moment, Et se découvre à vous de la sincère flamme….
Belise
Ah tout beau, gardez-vous de m’ouvrir trop votre âme : Si je vous ai su mettre au rang de mes amants, Contentez-vous des yeux pour vos seuls truchements, Et ne m’expliquez point par un autre langage Des désirs qui chez moi passent pour un outrage ; Aimez-moi, soupirez, brûlez pour mes appas, Mais qu’il me soit permis de ne le savoir pas »
Le petit chat est mort ? Votre grand-mère est malade ? Votre plan cul de la veille est extraordinaire ? Vous vous faites harceler ? Peu importe. Tout pourrait se résumer à ce dialogue de sourd visant, pour le psychanalyste, à se croire tout-puissant et l’objet des désirs de la patiente.
Entre la réalité et le divan, il faut choisir. Gérard Miller a reconnu des « relations asymétriques » mais « n’avoir contraint personne ». L’état de conscience modifié n’interdit en rien le sexe si les partenaires sont prévenues. Sans quoi, l’état de surprise tel que défini dans l’article 222-23 du Code pénal sur le viol peut être retenu.
Qui sait… Le goût de certains anciens Mao pour Lacan a sans doute une justification doctrinale dans leur amour historique pour la démocratie participative. Miller, l’homme de la barricade qui préfère le divan au lit. Quelle drôlerie de voir la gauche radicale plaider l’asymétrie ? C’est à croire que l’emprise est la maladie des tartufes de l’Égalité.
De même, je ne serais pas étonnée que Godrèche ait mis 15 ans de psychanalyse pour transformer une relation asymétrique avec une mineure émancipée, et faire de Jacquot un coupable pervers. Contrairement à ce que dit la droite, l’emprise est dans le Code pénal comme un « état de suggestion psychologique ». La dépendance amoureuse et la suggestion… deux mondes. Jacquot est peut-être pervers. Je n’en sais rien. Je sais seulement que là où la psychanalyse passe, la vérité s’étouffe, et les comptes en banque se vident.
L’abus de morale est dangereux pour la santé
Judith. Il arrive que les hommes âgés violent, et l’emprise détruit. Mais souvent ils sauvent et réparent ce que d’autres ont cherché à détruire. Certains apprennent à dire non aux jeunes femmes sans en abuser. Et que faire de celles qui s’en sont sorties grâce à eux ? Faut-il les envoyer de force chez un psy afin qu’elles pensent comme il est désormais obligé de penser : que toute asymétrie est un abus.
Depuis le début de metoo, ce constat me hante. Combien d’hommes se sont vu reprocher des agressions inventées dans un cabinet feutré par un psy lacanien, pudibond et malsain? Combien de patientes ont été massacrées par les mêmes cinglés obsédés par leur âge ? Fabriquer de la culpabilité pour créer des victimes est au mieux idiot. Godrèche explique avoir été un objet sexuel adolescente. Je ne sais pas. Elle a désormais un visage de cire, celle d’un objet analysé.
En faisant tourner sa propre fille dans sa série sur Arte, Godrèche rallume une forme de lutte des classes. Avant, les producteurs lançaient les actrices en couchant avec elles, désormais les actrices lancent leur fille en contactant les producteurs. Metoo dans le cinéma un enjeu de pouvoir ? Indirectement, metoo fabrique des nepobaby, fils et filles de célèbres, souhaitant suivre les pas de leurs parents. Les débutants confrontés à ces passes-droits dans le cinéma apprécieront la psychanalyse de Godrèche.
[1] « La psychanalyse est-elle une secte » – Sophie Robert
« Les illusions de la psychanalyse » – Jacques Van Rillaert
Avec l’entrée des Manouchian ce mercredi au Panthéon, le récit d’une extrême droite collabo opposée à une Résistance venue essentiellement de l’autre bord est benoîtement relayé, jusqu’au plus haut sommet de l’État. La réalité historique est tout autre.
« Les forces d’extrême droite seraient inspirées de ne pas être présentes, compte tenu de la nature du combat de Manouchian. » C’est par cette formule lapidaire que le président Macron a commenté dimanche dernier, dans les colonnes de L’Humanité, l’entrée au Panthéon du résistant communiste d’origine arménienne Missak Manouchian. Parce que Vichy et son « travail, famille, patrie », c’est l’extrême droite ? Parce que Jean Moulin, Pierre Brossolette, les Aubrac et consorts viennent de la gauche ? Parce que les communistes incarnent le parti des 75 000 fusillés ? Ou un peu moins si l’on en croit les historiens, qui estiment à environ 4 000 le nombre global de fusillés en France, sous l’Occupation.
Rappels historiques
Les faits étant têtus et parfois déplaisants sur ce sujet clivant, il semble bon d’en rappeler un certain nombre, que l’on pourrait ainsi résumer à grand trait : les premiers à rallier le général de Gaulle à Londres à partir de juin 1940 viennent pour la plupart de l’extrême droite (par patriotisme et par haine de l’Allemagne), les figures marquantes de la collaboration sont bien plus souvent qu’on ne le pense issues de la gauche (par pacifisme ou par opportunisme) et les communistes sont alliés avec les nazis jusqu’en juin 1941, Pacte germano-soviétique oblige !
Commençons par l’extrême droite, concept de plus en plus fumeux par les temps qui courent. De par leurs propos ou leurs prises de positions, les deux figures emblématiques qui se sont opposées à Hitler en Europe, à savoir Winston Churchill et le général de Gaulle, seraient de nos jours rejetées à la droite de l’extrême droite et feraient presque passer Éric Zemmour ou Marine Le Pen pour des gauchistes bien-pensants. Comme le montre notamment l’historien israélien (et de gauche) Simon Epstein dans son passionnant livre Un paradoxe français : Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, la France libre à l’été 1940 ne penche pas vraiment à gauche. Et même pas du tout. À l’instar de Daniel Cordier – le futur secrétaire clandestin de Jean Moulin – et du Colonel Rémy, l’homme du 18 juin accueille surtout dans les premières semaines, à Londres, des jeunes militants de l’Action française. Ce ne sont pas les seuls grands résistants à afficher leur sympathie pour Maurras ou Drumont. Emmanuel d’Astier de la Vigerie, qui va fonder le mouvement Libération-Sud puis le journal éponyme, flirte avec l’Action française avant la guerre, la presse collaborationniste ne se privant pas d’exhumer les textes antijuifs du futur compagnon de route du Parti communiste. Le créateur du réseau de renseignement la Confrérie Notre Dame, Louis de la Bardonnie, et Raymond Triboulet, qui s’engage dans l’action clandestine au sein de Ceux de la Résistance, partagent les mêmes affinités « extrême-droitières », tout comme Honoré d’Estienne d’Orves. Fusillé au mont Valérien en août 1941, ce martyr de la Résistance est proche de l’Action française durant ses années lycéennes. Cela suffira d’ailleurs à susciter l’indignation de conseillers régionaux socialistes et de syndicats enseignants d’un autre siècle, qui refusent en octobre 2018 que le département de Loire-Atlantique donne le nom de cet illustre officier de marine au lycée de Carquefou[1].
Le membre fondateur du Conseil national de la Résistance (CNR), Jacques Debû-Bridel, ainsi que des jeunes résistants nommés Pierre Messmer et Pierre de Bénouville sont des anciens Camelots du roi. Paul Dungler est quant à lui un cumulard : ancien dirigeant de l’Action française en Alsace, à la fois Camelot du roi et Cagoulard, il fonde en septembre 1940 le premier réseau antiallemand dans le Haut-Rhin (la 7e colonne d’Alsace), composé essentiellement de militants d’extrême droite. Luc Robet, qui dirige l’Organisation de résistance de l’armée (ORA) dans le Finistère, le sulfureux docteur Henri Martin, qui prend le maquis et participe à la libération de la France avec la 7e armée américaine du général Patch, ont eux aussi un passé cagoulard, tout comme semble-t-il le général Giraud, que Roosevelt va mettre dans les pattes du général de Gaulle en Afrique du Nord. L’un des principaux chefs de la Résistance, Pierre Fresnay, n’est pas non plus un gauchiste. Le fondateur du mouvement Combat fait publier en 1940 un manifeste incluant une clause discriminatoire pour les Juifs, ainsi qu’un tract fustigeant « la finance juive » qui prend dans l’économie nationale « une place intolérable ». À l’origine de l’un des plus importants réseaux clandestins (l’Alliance), le très anticommuniste général Loustaunau-Lacau ne se montre guère plus philosémite. Maurice Ripoche, fondateur du groupe Ceux de la Libération, non plus. Arrêté par les Allemands en 1943, cet ancien Croix-de-Feu sera décapité à Cologne l’année suivante. Dans cette gigantesque zone grise qu’est la France occupée, un homme est parrainé par deux membres de la Cagoule pour être décoré de la Francisque : François Mitterrand. La cérémonie a lieu en mars 1943, soit tout de même neuf mois après la rafle du Vél D’Hiv. Il faudra attendre quelques mois de plus pour voir le futur président de la République s’envoler pour Londres, puis basculer dans la clandestinité, peut-être par conviction, peut-être aussi pour assurer ses arrières, la Wehrmacht étant en train de reculer sur tous les fronts. Le général de Gaulle, qui juge sans doute cette intrépidité un peu trop tardive, rayera l’ancien vichyssois de la liste des Compagnons de la Libération qu’on lui soumet au lendemain de la guerre. La carrière politique de François Mitterrand peut tout de même démarrer, et ce sera désormais à gauche.
Il n’y a pas que des Jean Moulin à gauche
La gauche justement. Sous l’Occupation, elle donne quelques grands résistants, à commencer par Jean Moulin. Elle donne aussi quelques grands collabos, et non des moindres. Les trois chefs du gouvernement qui se succèdent à Vichy sont à l’origine des hommes gauche. Ancien membre de la SFIO, Pierre Laval brigue un siège de député sous la bannière socialiste jusqu’au milieu des années 1920. Chef du cabinet militaire de Georges Leygues durant la Troisième République, fils d’un ancien ministre de la Justice dreyfusard et franc-maçon, l’amiral Darlan est étiqueté radical-socialiste avant la guerre. Ancien président du Conseil (en 1934-1935), Pierre-Étienne Flandin fait partie de la Fédération des gauches quand il entre à la Chambre pendant la Première Guerre mondiale, avant de devenir une figure de la droite modérée. De nombreux ministres du régime de Vichy voguent eux aussi à bâbord avant 1940. Pierre Cathala, ministre à l’Économie nationale et aux Finances puis secrétaire d’État à l’Agriculture et au Ravitaillement, est radical-socialiste. Tout comme Raymond Grasset, le très anti-avortement ministre de la Santé de Pierre Laval, Jean Filippi, secrétaire général aux Questions économiques à partir de juillet 1941 et futur secrétaire d’État au Budget de Guy Mollet en 1956, ou encore un certain René Bousquet. Le secrétaire général de la Police nationale de Pierre Laval et organisateur de la rafle du Vél D’Hiv se voit confier la responsabilité du fichier central à la Sûreté nationale sous le Front populaire, en raison de ses opinions de gauche. Le ministre des Transports de Darlan, Jean Berthelot, et le ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement de Laval, Max Bonnafous, sont d’anciens membres de la SFIO, la figure la plus emblématique restant Adrien Marquet. Le maire socialiste de Bordeaux, rallié au Front Populaire, pousse une grande majorité des parlementaires de la SFIO à voter les pleins pouvoirs à Pétain, en juillet 1940. Éphémère ministre de l’Intérieur sous Vichy, il est le premier homme politique français à parler de « collaboration » avec l’Allemagne à la radio. Il participe par ailleurs à la création du Rassemblement national populaire de Marcel Déat et accueille dans sa ville des expositions antisémites et à la gloire du Troisième Reich.
L’ancien sénateur de la Gauche démocratique, Henri Lémery, est nommé ministre aux Colonies du premier gouvernement Laval. Ministre des Communications en juillet 1940, François Piétri siégeait quelques jours plus tôt à la Chambre des députés parmi les républicains de gauche. Le secrétaire général à l’Information et à la Propagande Paul Marion a avant la guerre la carte du Parti, communiste puis socialiste, à l’instar de François Chasseigne, commissaire général au Service du travail obligatoire puis secrétaire d’État à l’Agriculture et au Ravitaillement. Avant de devenir le premier des ministres de la Guerre de la France occupée, le général Louis Colson envoie des armes aux républicains espagnols. Jean Jardel, secrétaire général de l’amiral Darlan puis du maréchal Pétain, est directeur du budget sous le Front populaire. Les responsables de la CGT ont également leur rond de serviette auprès du vainqueur de Verdun, à l’image de René Belin, ministre du Travail, et de Francis Million, secrétaire général à la Main-d’œuvre. De nombreux anciens ministres de gauche, et non des moindres, se fourvoient pendant l’Occupation. C’est entre autres le cas des radicaux-socialistes Camille Chautemps, président du Conseil à trois reprises sous la Troisième, et de l’ancien ministre des Affaires étrangères Georges Bonnet, qui signe les tristement célèbres accords de Munich. Parmi les socialistes, l’ancien président du Conseil Fernand Bouisson ne chante pas non plus le chant des partisans sous la douche, loin s’en faut. Charles Spinasse, l’homme de la semaine des 40 heures et des accords de Matignon dans le gouvernement Léon Blum, va croupir quelques mois en prison à la Libération et est exclu de la SFIO pour « félonie ». L’ancien secrétaire général du Parti socialiste et ministre du Front populaire Paul Faure (à ne surtout pas confondre avec Olivier Faure) subit le même sort. Sur 17 anciens ministres socialistes encore en vie en 1944, 12 sont exclus de leur parti au vu de leur comportement pendant la guerre. La proportion parle d’elle-même.
Compromissions à degrés divers
Mieux encore, ou pire c’est selon, les deux dirigeants des deux principaux partis collaborationnistes, le Parti populaire français (PPF) et le Rassemblement national populaire (RNP) sont fondés et dirigés par un ancien communiste (Jacques Doriot) et un ancien socialiste (Marcel Déat). Accusés de complicité de crime contre l’humanité bien après la guerre, René Bousquet on l’a vu et Maurice Papon sont proches des radicaux-socialistes, peu avant la guerre. Comme l’écrit cruellement Simon Epstein dans l’avant-propos de son livre : « Jacques Doriot, Marcel Déat, Gaston Bergery, Jean Luchaire, Simon Sabiani, Georges Dumoulin et tant d’autres ont eu, en leur temps, d’excellents rapports avec la LICA. Drieu la Rochelle, Fernand de Brinon, Georges Suarez ont eu, chacun en son style, leur période d’indignation antiraciste. » Car au-delà des politiques, toute une partie de l’intelligentsia issue de la gauche ne prend pas le maquis pendant les années sombres. Georges Suarez, Pierre Drieu la Rochelle, Jean Luchaire, Alphonse de Chateaubriand, Jean Cocteau, Marcel Aymé, Jean Giono, Alain, Bertrand de Jouvenel, Marc Augier alias Saint-Loup, Marcelle Capy, Armand Charpentier, Marguerite Duras, Jean de la Hire, Camille Mauclair, Jean-Michel Renaitour, Romain Rolland, André Salmon, Robert Hersant (la liste n’est pas exhaustive)… tous se compromettent, à des degrés divers, du temps où la croix gammée flotte sur la Tour Eiffel. Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre sont loin d’être irréprochables eux aussi. La première anime en 1943 une émission musicale sur Radio-Vichy, entre deux diatribes de Philippe Henriot contre les Juifs, les Alliés ou la Résistance. « Il fallait bien vivre », expliquera-t-elle laconiquement dans ses Mémoires. Le second remplace au lycée Condorcet à Paris un enseignant juif évincé, en toute connaissance de cause. Il travaille lui aussi pour Radio-Vichy début 1944 et fait jouer deux de ses pièces, Les Mouches puis Huis clos, devant un parterre d’officiers allemands invités pour la première représentation.
Restent enfin les communistes, qui paient il est vrai un lourd tribut à la Résistance. Après le 22 juin 1941. Avant l’invasion de l’URSS par l’Allemagne nazie, c’est une autre histoire, moins glorieuse. Beaucoup moins glorieuse. À la suite du Pacte germano-soviétique, signé à la surprise générale le 23 août 1939, le gouvernement Daladier fait aussitôt interdire le quotidien L’Humanité (celui où le président Macron vient de donner son interview), puis le Parti communiste une fois la guerre déclarée. Membre du Comité central du PCF et futur secrétaire général de la CGT, Benoît Frachon propose pendant ce temps à son syndicat une motion saluant la signature du Pacte entre Staline et Hitler. Alors que des militants de la CGT et du Parti multiplient les sabotages dans les usines d’armement, pas moins de 27 députés communistes sont condamnés par le tribunal militaire de Paris à cinq ans de prison pour avoir approuvé le Pacte et reconstitué une ligue dissoute[2]. Parmi eux, Étienne Fajon, qui justifie l’invasion de la Finlande par l’URSS à la Chambre des députés, en janvier 1940, au milieu des cris et des invectives. Alfred Costes, lui, écrit depuis sa cellule au maréchal Pétain afin de « solliciter l’honneur » de témoigner au procès de Riom… contre Léon Blum. Parmi les prisonniers également, Ambroise Croizat, qui sera le ministre du Travail à l’origine de la sécurité sociale au lendemain de la guerre. Le parlementaire stalinien, qui a applaudi des deux mains le Pacte germano-soviétique, visite pas moins de 14 prisons différentes et est libéré en février 1943, amaigri de 30 kilos. Le futur secrétaire général du PCF Waldeck Rochet sort libre au même moment, presque dix ans jour pour jour avant les obsèques de Staline, auxquels il assistera aux premières loges, sur la place Rouge. Julien Racamond retrouve un peu plus tôt la liberté, puisqu’il négocie sa libération avec la Gestapo en échange d’une condamnation des « attentats individuels » contre les soldats allemands. Député communiste durant l’entre-deux-guerres, André Marty s’enfuit à Moscou après avoir publié en octobre 1939 une lettre ouverte à Léon Blum, dans laquelle il renvoie dos à dos la France et l’Allemagne nazie et dénonce la « guerre impérialiste ». « Le boucher d’Albacete », comme le surnomment ses camarades des Brigades internationales depuis la guerre civile espagnole, est déchu de la nationalité française et condamné par contumace à quatre ans de travaux forcés pour appel à la désertion.
Parmi les têtes d’affiche du Parti communiste, c’est encore moins glorieux. Mobilisé avec le 3e régiment de génie à Arras, Maurice Thorez se fait la malle au bout d’un mois. Condamné à six ans de prison pour « désertion en temps de guerre », puis déchu de la nationalité française, l’indéboulonnable secrétaire général du Parti pendant plus de trente ans passe la guerre bien au froid en Union Soviétique avec sa compagne, Jeannette Vermeersch. Responsable du PCF clandestin sous l’Occupation, Jacques Duclos n’hésite pas à prendre contact avec les Allemands afin de faire reparaître légalement L’Humanité, journal dans lequel il fustige régulièrement le « Juif Mandel ». Au risque de ne pas déplaire à l’occupant, L’Humanité clandestine appelle rapidement à la fraternisation entre ouvriers français et soldats allemands, tandis que notre fidèle Stalinien (et futur candidat communiste à l’élection présidentielle en 1969) rédige en personne « l’Appel du 10 Juillet », un tract qui s’en prend pêle-mêle aux impérialistes, aux Anglais, à Blum, à Pétain et au général de Gaulle, dont il condamne l’Appel du 18 juin.
Le directeur de L’Humanité, Marcel Cachin, s’associe à la requête du PC clandestin auprès des autorités allemandes pour faire reparaître son journal. En 1941, sous la pression de la Gestapo (il est incarcéré quelques semaines en Bretagne avant d’être relâché), il signe une lettre de 19 pages désavouant les attentats contre l’armée allemande. Sa condamnation des « actes individuels » commis contre les soldats de la Wehrmacht est ostensiblement affichée sur les murs de Paris par l’occupant. Ce n’est pas du goût de ses « camarades », qui assènent que « la classe ouvrière vomira ce vieillard sénile » dans un faux numéro de La Vie ouvrière. Après la guerre, tout sera pardonné pour ce Stalinien de la première et de la dernière heure. En 1949, le Petit Père des peuples souhaite même publiquement un bon anniversaire au patron de L’Humanité, qui fête alors ses 80 ans. Et puis, il y a Georges Marchais. Le truculent secrétaire général du Parti communiste français sous Giscard et Mitterrand, et c’est un scandale, exerce dès novembre 1940 ses talents de métallo à l’Aktiengesellschaft-Ott, une société située dans l’Essonne spécialisée dans la réparation des avions de chasse de la Lutwaffe. En décembre 1942, il part travailler au cœur du Troisième Reich dans les usines de Messerchmitt en Bavière, où il est affecté à la construction du chasseur Focke Wulf 190. Pour sa défense, Marchais affirmera des décennies plus tard qu’il n’avait pas le choix en raison du STO. Sauf que le Service du travail obligatoire est instauré par les nazis à partir de février 1943. Le premier secrétaire du PCF prétendra également s’être évadé en mai-juin 1943, avant d’aller vivre clandestinement avec sa famille en Normandie jusqu’à la Libération. Sauf que des archives allemandes publiées par L’Express en 1980 démontrent qu’il est resté en Allemagne jusqu’à la fin de la guerre.
Manouchian entre donc (avec sa femme) au Panthéon, ce mercredi 21 février 2024. Passons sur le fait que ce héros de la Résistance, au courage indéniable, a combattu une idéologie mortifère au nom d’une autre idéologie tout aussi mortifère. Une question se pose néanmoins : ce militant communiste, comme d’autres, serait-il devenu un grand résistant si Hitler était resté l’allié de Staline pendant la guerre ?
À l’Oriental était la plus ancienne boutique du Palais-Royal. Ouverte depuis 1818, cette caverne d’Ali Baba vendait des articles pour fumeurs. Le Conseil constitutionnel s’apprête à la raser pour créer une salle d’attente…
Avec précipitation et discrétion, le Centre des Monuments Nationaux (CMN) a expulsé en janvier 2024 la plus ancienne boutique du Palais-Royal encore en activité. À l’Oriental avait ouvert ses portes en 1818 et vendait, depuis, des pipes et des tabatières, des fume-cigarettes et quantité d’objets précieux ou fantaisistes en lien avec le tabac. Cette institution de quelques mètres carrés, connue dans le monde entier, comptait parmi ses clients les rois d’Espagne et du Maroc, des capitaines d’industrie, de hauts magistrats et des artistes, chanteurs, comédiens, réalisateurs, mais aussi une foultitude d’anonymes qui, en entrant dans cette caverne d’Ali Baba, accomplissaient un petit rituel, venaient y respirer le parfum du Paris d’autrefois. Ses volumes intacts témoignaient de la vie au cœur de la capitale au début du XIXe siècle : local étroit et haut de plafond, escalier à vis, entresol… Le parfait exemple du « patrimoine du quotidien ».
Images DR.
Raison d’État !
Le CMN, garant de notre patrimoine en général et du Paris-Royal en particulier, n’est pas à l’initiative de cette expulsion scandaleuse. Il a été le funeste exécuteur des volontés du Conseil constitutionnel. Depuis sa nomination, son président ne cesse de pousser les murs de son palais, annexant là une cave de la Comédie-Française, là une échoppe… et lorgnait sur À l’Oriental, son voisin immédiat, afin de le raser pour agrandir sa boutique de souvenirs et créer une salle d’attente. Raison d’État. C’est ainsi que le CMN n’a même pas cherché à sauver le condamné face à d’aussi grotesques convoitises. Pour complaire au président des Sages, il a livré sur un plateau ce morceau du patrimoine des Parisiens.
Et dans cette affaire, la honte se mêle à l’abjection. Pressé, très pressé de vendre des mugs estampillés CC et de faire assoir ses nobles visiteurs, le Conseil a réussi à faire expulser la gérante des lieux en un temps record. Les pires squatters à chiens sont traités avec plus d’égards. Rakel van Kote tenait boutique depuis près de trente ans et avait payé d’avance ses loyers pour l’année en cours. En quelques jours, ses serrures ont été changées, des scellés ont été posés et un échafaudage dressé devant ses vitrines pour camoufler le déménagement auquel elle n’a pas eu le droit d’assister. Sans inventaire préalable, et à l’abri des regards, quelque 250 cartons ont été remplis puis envoyés dans un garde-meubles loin de Paris – à ses frais. Durant cette opération, l’association SOS Paris a pu voler quelques images, à l’aide d’une caméra fixée sur une perche. Dès le lendemain de leur diffusion sur X, l’échafaudage était rehaussé ! Raison d’État.
Signez la pétition !
C’est ainsi que le garant de notre patrimoine peut nous en priver, le plus légalement du monde. Il est toujours possible de soutenir À l’Oriental en signant cette pétition. C’est désormais une question de morale, un principe d’honneur, cette valeur que certains ont abandonnée depuis longtemps.
Joseph Tayefeh, Secrétaire général du Syndicat de la plasturgie et des composites Plastalliance, s’inquiète des recentes mesures gouvernementales annoncées contre le plastique, et envie les agriculteurs.
Alors que le secteur agricole, pris jusqu’à présent en étau par les différentes mesures franco-françaises de surtranspositions, voit, peut-être, le bout du tunnel réglementaire au prix d’une mobilisation sans précédent, voici que le gouvernement s’est trouvé un nouveau secteur à abattre, celui de la plasturgie.
En cela, ce secteur fort de 3000 entreprises et près de 120 000 salariés sur le territoire national partage avec l’Europe un grand point en commun : celui d’être désigné comme bouc émissaire idéal pour tenter de faire oublier certaines mauvaises décisions bien nationales où l’injonction contradictoire est devenue le fil directeur politique.
Dans son discours de politique générale, le Premier ministre Gabriel Attal déclarait avec grande justesse que « certains voudraient une écologie de la brutalité, pour eux l’écologie doit être punitive, douloureuse, passer par la désignation de boucs émissaires et par la décroissance. La décroissance, je vous le dis, c’est la fin de notre modèle social, c’est la pauvreté de masse, jamais je ne l’accepterai », pour annoncer dans le même discours une future initiative « contre la pollution plastique pour les 50 sites qui mettent le plus d’emballages plastiques sur le marché ». La pollution dans les océans par des déchets plastiques mal ou pas gérés, la France en est responsable à hauteur de 0,02% quand l’Asie de l’Est l’est à près de 81% (avec un pays comme les Philippines qui représente 36% à elle seule de cette pollution). Cette annonce de Gabriel Attal ne pouvait que susciter l’émoi auprès de ces 50 grandes entreprises, souvent des groupes ou des Entreprises de taille intermédiaire (ETI) présents parfois à l’international et notamment dans d’autres pays de l’Union européenne. Union qui n’a jamais considéré l’industrie plastique présente sur son sol (50 000 entreprises, un million cinq cent mille salariés) comme un ennemi. Union qui n’a jamais prévu dans aucun texte la fin des emballages plastiques à usage unique en 2040 comme le souhaite la France depuis la fameuse loi « AGEC » de 2020.
Contenter les agriculteurs ne pouvait que quelque peu mécontenter les apôtres de la décroissance. Leur offrir sur un plateau l’une des têtes de l’industrie française de la plasturgie (3e Européenne en taille) est le moyen tout trouvé pour calmer les déçus verts de rage des mesures prises au profit de l’agriculture française. Dès le lendemain du discours du Premier ministre, le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, triplait la mise en matière d’attaque contre des secteurs industriels stratégiques. Le ministre souhaite ainsi « travailler avec les 50 industriels les plus dépendants des matières plastiques » dans une démarche en vue notamment « d’une réduction des usages » dans les secteurs « de l’emballage mais également du secteur du bâtiment, de l’automobile… ». En visant les trois premiers secteurs de la plasturgie, soit 70% de la production industrielle en la matière, le ministre ne réduira pas la pollution plastique. Il réussira en revanche à coup sûr à nettoyer la France de son industrie. C’est une réduction de notre souveraineté, de nos emplois, de notre tissu industriel et l’augmentation de notre déficit commercial qui attendra la France si les vœux ministériels deviennent réalité. C’est une mise en dépendance de la France aux matières plastiques importées car les usages que le ministre souhaite interdire seront autorisés en Europe.
C’est une perspective inflationniste car le plastique est le matériau bon marché par excellence comparé à ses substituts et ce, sans compter les effets collatéraux comme l’augmentation du poids des véhicules privés de plastique, augmentation qui fera au moins la joie des finances publiques avec le malus au poids en vigueur. La méthode française, c’est nettoyer 0,02% de sa maison et faire croire que toute la maison est devenue propre. C’est faire supporter aux industriels français les errements de contrées où la poubelle de tri, c’est la rue ! C’est en définitive vouloir sacrifier un secteur industriel au prix d’une efficacité écologique nulle mais d’une augmentation des prix qui ne le sera pas.
Alors que l’époque est marquée par une américanisation des débats et que fleurissent sur Internet des fake news, l’information demeure une ressource capitale, et un terrain d’affrontements où le pluralisme est davantage garanti par le choix offert aux téléspectateurs que par des règles de représentativité inapplicables – car ne tenant plus compte des réalités idéologiques.
Qu’est-ce que le « pluralisme » ? Notion molle, le « pluralisme » revient constamment sur le devant de la scène. Véritable mantra de la vie politico-médiatique, et pas seulement, le pluralisme semble l’horizon indépassable des sociétés plurielles. Mais qu’entend-on par-là exactement ? En saisissant la justice administrative à propos de la chaîne CNews en 2022, l’ONG Reporters sans frontières (RSF) a ouvert un débat qui risque peut-être de lui échapper.
Valeurs actuelles, février 2024Libération, juin 2021
En novembre 2021, RSF demandait à ce qui était alors le CSA (devenu Arcom en janvier 2022) de mettre en demeure CNews sur le fondement de la loi du 30 septembre 1986 portant sur la liberté de communication. Ce texte détermine que les chaînes de télévision doivent « assurer l’honnêteté, le pluralisme et l’indépendance de l’information ». Le bureau exécutif de RSF estimait alors que le CSA-Arcom devait obliger CNews à respecter ses « obligations légales » et que la chaîne n’était désormais plus un média d’information mais d’opinion. L’Arcom ayant refusé, RSF a saisi le Conseil d’État qui s’est finalement prononcé sur les principes du contrôle exercé par l’Arcom en la matière.
Le cadeau empoisonné du Conseil d’État à l’Arcom
Rendue mardi 13 février, la décision du Conseil d’Etat présente une interprétation discutée et discutable de la loi de 1986, puisque la haute autorité administrative a ordonné à l’Arcom de « réexaminer dans un délai de six mois le respect par la chaîne CNews de ses obligations ». L’innovation de la décision tient dans les critères choisis par le juge administratif pour qualifier « la diversité des courants de pensée et d’opinions». Alors que l’Arcom ne décompte que le temps de paroles des personnalités politiques de métier, le Conseil d’Etat a affirmé que le contrôle du respect du pluralisme devait aussi s’appliquer aux « chroniqueurs, animateurs et invités » des émissions.
Sont notamment visées en filigrane des personnalités telles qu’Éric Zemmour, qui avait tardé à se déclarer candidat à la présidentielle à l’automne 2021, ou encore Philippe de Villiers désormais retraité de la politique et reconverti comme chroniqueur. Mais alors, pourquoi ne viser que CNews ? Roselyne Bachelot occupe sur BFMTV une position similaire à celle de Philippe de Villiers, par exemple, sans que grand monde ne s’en émeuve. En outre, les positions politiques peuvent évoluer avec le temps. Jacques Toubon était un homme de droite affirmé dans les années 1980, souvent directement confronté à un Julien Dray sorti du Parti socialiste et qui a glissé vers le centre au fil du temps.
Débat du jour: pourra-t-on encore débattre demain ?
De même, s’il est aisé de déterminer la sensibilité des politiques de métier, puisqu’ils sont encartés, il n’en est absolument pas de même avec les chroniqueurs et journalistes. A fortiori de nos jours, où les sujets transversaux sont légion et écartèlent le champ politique. Qui est aujourd’hui d’une gauche ou d’une droite chimiquement pures ? Qui peut dire s’il y a des points de vue de « droite » et de « gauche » parfaitement identifiables sur des questions aussi sensibles que l’écologie, les relations internationales, les mœurs ou l’économie ? Les sociétés liquides créent des cercles idéologiques rhizomatiques qui se croisent. Il est tout à fait possible d’être très à droite sur les questions d’immigration et aligné avec Raphaël Glucksman en affaires internationales. De la même manière, des partisans de la décroissance économique et écologique peuvent être de parfaits conservateurs de droite sur tous les autres sujets.
L’authentique pluralisme de 2024 ne correspond absolument plus aux critères des années 1980, désormais parfaitement anachroniques. Le Conseil d’Etat a ouvert une boite de Pandore qui pourrait entrainer une reconfiguration majeure des médias audiovisuels classiques et profiter aux plateformes numériques. Car, CNews est en effet une chaine d’information présentant une sensibilité plus proche de la « droite », comme France Inter est un média d’information du service public dont la majorité des chroniqueurs sont plus proches de la « gauche ».
L’apparition des réseaux sociaux et l’américanisation progressive du débat public, lui-même radicalisé lors de la campagne présidentielle de 2016 ayant opposé Donald Trump à Hillary Clinton, ont créé des bulles informationnelles asymétriques. L’information n’est plus un monopole d’Etat comme du temps de l’ORTF, mais bien une ressource capitale et un terrain d’affrontements où le pluralisme est garanti par le choix offert aux téléspectateurs plus que par des règles de représentativité inapplicables, car ne tenant plus compte des réalités. Le seul sujet valable qui devrait concerner les autorités en la matière est la lutte contre les fausses informations et la rétention d’informations. La composition des plateaux est du ressort des patrons de chaines et des programmateurs dans une société libérale, hors politiques de métier.
Les chancelleries occidentales ont beau émettre dernièrement des doutes quant aux dernières actions de Tsahal à Gaza, elles savent très bien qu’Israël fait le sale boulot. L’analyse de Liliane Messika.
Pendant que les dirigeants occidentaux font du crowdfunding de suffrages, Israël continue de se poser en rempart de notre civilisation devant la barbarie des ennemis auxquels ils font les yeux doux.
Les méchants sont ceux qui sauvent les otages et fournissent l’électricité
Deux cent mille manifestants pro-Hamas à Londres, ça a dû faire jaunir de jalousie les compañeros amateurs de « Judios no Pasaran ! » En France, nous sommes plus modérés : le soutien à l’agressé israélien s’est fait du bout des lèvres et l’entrain des supporters de l’équipe Shoah – 2 est plutôt mou dans la population générale.
Pendant ce temps, sur le terrain, les Forces de défense israéliennes avancent au sud de la Bande de Gaza et divulguent de nouvelles preuves de la bestialité du Hamas.
« Les Israéliens ne respectent rien, ils attaquent même les hôpitaux » scandent les Bisounours noctambules[1]. En Lisa Macheiner (coordinatrice de projet de Médecins sans frontières à Gaza) dans le texte : « Les hôpitaux devraient être considérés comme des lieux sûrs et ne devraient jamais avoir à être évacués »[2].
De fait, sans cesser de traquer les terroristes qui opèrent depuis l’intérieur de l’hôpital Nasser à Khan Younis, Tsahal a fourni, le 16 février, de la nourriture, du carburant et de l’eau à cet hôpital, ainsi qu’un générateur alternatif pour assurer son alimentation électrique en attendant que son propre générateur soit réparé[3].
Le porte-parole de l’armée, Daniel Hagari, a déclaré que les troupes y avaient également trouvé des explosifs, des grenades et des mortiers et que, au mois de janvier, une roquette avait été tirée depuis l’intérieur de l’établissement hospitalier. Les Israéliens y ont aussi mis à jour une salle de commandement, un complexe de renseignements et d’interrogatoires et un poste de police.[4]
À l’appui, ils ont diffusé des images de l’interrogatoire d’un agent du Hamas capturé, avouant que 10 otages minimum avaient été détenus dans l’enceinte de l’hôpital[5].
Le porte-parole a rappelé les découvertes dans les hôpitaux al-Shifa, Rantisi, et al-Amal, qui font de l’hôpital Nasser une énième preuve que « le Hamas utilise systématiquement les hôpitaux comme plaques tournantes du terrorisme. … Selon les évaluations des services de renseignement et les informations que nous avons recueillies sur le terrain, plus de 85 % des principaux établissements médicaux de Gaza ont été utilisés par le Hamas pour des opérations terroristes. [6] »
Les deux photos ci-dessous légendent en blanc, les installations médicales et en rouge, les installations militaires qui se partageaient l’hôpital de Khan Younis[7].
Tartarin se fâchera si les médicaments n’arrivent pas à leurs destinataires
En fouillant l’hôpital Nasser, les soldats israéliens n’ont pas trouvé que des armes, mais aussi des médicaments. Dans un hôpital, cela n’a rien d’anormal, sauf que ceux-là portaient des étiquettes aux noms des otages.
Ces médicaments, plusieurs dizaines de caisses, provenaient soit du stock envoyé par les proches d’otages kidnappés au kibboutz Nir Oz,[8] soit de la fourniture de la France via le Qatar : « L’origine des médicaments et leur utilisation font l’objet d’une enquête », a expliqué le porte-parole de Tsahal.
On n’a pas oublié l’engagement de notre ministre des Affaires étrangères : « la non-délivrance de ces médicaments pourrait avoir de « graves conséquences »[9]. La non précision sur le type de preuves de délivrance attendues et des « graves conséquences » lui laisse une large marge de manœuvre pour plaider la responsabilité sans culpabilité (ou vice versa), mais c’est silence radio après la découverte des médicaments non livrés.
Pinocchio prétend vouloir diriger les non-opérations sur le terrain
Israël ne doit pas lancer d’opération militaire à Rafah, sans un plan « crédible » de protection des civils, a expliqué le stratège Joe Biden à Benjamin Netanyahu, le 11 février 2024[10].
Côté égyptien, la frontière avec Gaza a été lourdement fortifiée par des murs de béton en surface et en sous-sol et par une zone tampon de 5 kilomètres de large. L’Égypte a aussi menacé de suspendre son traité de paix avec Israël si des troupes israéliennes entraient dans Rafah.
Les Palestinolâtres qui s’imaginent voir là une défense des intérêts de leurs mascottes se trompent lourdement. Si le blocus est plus rigoureux du côté égyptien qu’israélien, c’est parce que le raïs Abdel Fattah al-Sissi, instruit par l’expérience et insensible à l’opinion des Gentils Organisateurs occidentaux de manifs, applique une politique zéro-Palestinien de son côté du poste frontière de Rafah. Les fortifications en témoignent.
Biden n’est pas dupe, il sait bien que ses menaces n’empêcheront pas Netanyahou de poursuivre sa guerre d’éradication du Hamas. Cette offensive a, d’ailleurs, permis à Israël de libérer deux otages à Rafah même, le lendemain de la déclaration de Biden.
Cet appel ne s’adressait, en réalité pas à Israël, mais à la gauche de la gauche du parti démocrate, qui est à la démocratie américaine ce que LFI est à la française : un fossoyeur.
Le président américain a raison de prendre au sérieux les agitatrices Rashida Tlaib, Ilhan Omar et leurs copines en hidjab, car il a son Saint-Denis, qui se nomme Dearborn, dans son 93, alias le Michigan. Le 5 février 2024, le maire de la riante cité de Dearborn, Abdullah Hammoud, a organisé un rassemblement pour la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien.
On y a entendu le président être traité de « cancer dans notre pays »…
… et une promesse de victoire, « ici à Washington et là-bas en Palestine ».
Biden sait très bien ce que veut dire le slogan « From the river to the sea, Palestine will be free », du fleuve à la mer, la Palestine sera libérée. Traduction US : « From New York to San Francisco, Islamerica will be free », ce qui donne en français « De Calais à Marseille, la France sera décolonisée. »
Dans l’espoir d’éviter cela, au moins pendant la durée de son mandat, Biden fait comme Macron : des caresses aux dictateurs ennemis en présentiel et des menaces aux alliés objectifs démocratiques en distanciel.
Angélisme
Les Israéliens ont longtemps voulu croire que s’ils étaient très très gentils avec leurs ennemis, ceux-ci leur pardonneraient d’exister. Cette illusion n’a pas dépassé le 7 octobre : elle ne peut perdurer que dans les pays européens où la force n’a pas encore anéanti une part suffisante de la population.
« L’endiguement et la retenue au fil du temps traduisent une aversion à l’usage de la force, mais dans une région où la culture politique valorise l’usage de la force, ce comportement est vu comme une faiblesse.[11] » Cette analyse est celle du Professeur Efraïm Inbar, président de l’Institut d’Études sur la Sécurité et les Stratégies de Jérusalem (JISS). Cela dit, point n’est besoin de sortir de Saint-Cyr pour comprendre que la grenouille n’a aucune chance contre le scorpion, si elle l’autorise à monter sur son dos.
Les Français en sont conscients. Leurs dirigeants probablement aussi, mais ils préfèrent passer pour les gentils aux yeux de la gauche, qu’avoir raison avec Aron. Combien de professeurs le paieront de leur vie, combien de Français s’exileront pour ne plus en subir les conséquences ? Vous le saurez, chers lecteurs, en regardant les résultats des élections européennes le 9 juin prochain.
Le paysage médiatique fantasmé par Christophe Deloire, directeur de Reporters sans Frontières et garde-chiourme du politiquement admis, existe déjà aux frontières de l’Hexagone : en Belgique francophone, le petit milieu qui s’accapare les plateaux télévisés, les radios et les colonnes des gazettes, pense exactement la même chose sur à peu près tous les sujets. La nuance déjà est d’extrême droite. Et donc interdite.
Un « débat » ressemble à peu près à ceci sur la RTBF (radio-télévision publique) ou sur RTL (chaîne privée) : autour d’un animateur mielleux et complaisant, parlementent le président du Parti socialiste, son homologue libéral (adepte du « en même temps » : un coup au centre-gauche, pour ne pas fâcher ses partenaires de coalition, un coup au centre-droit, c’est-à-dire aux confins du fascisme), un « centriste engagé » (catégorie politique qui existe bel et bien en Wallonie !), une néo-féministe également écolo-islamo-wokiste et un journaliste progressiste. Parfois, le ton monte, pour « montrer sa différence » qui n’existe que dans cet éphémère éclat de voix.
Tous ronronnent leur progressisme, leur tropisme immigrationniste, leur préoccupation pour la planète, leur amour de la diversité, leurs critiques plus ou moins larvées envers Israël quand il ne s’agit pas de leur complaisance pour le Hamas, et, par-dessus tout (le combat des combats), leur crainte de voir l’extrême droite rompre les digues qui l’isolent du monde fréquentable. Tous gouverneront ensemble dans une coalition multipartite, y compris le journaliste qui finira, pour respecter une tradition belge, par rejoindre le parti traditionnel le plus offrant.
En revanche, en raison du sacro-saint cordon sanitaire, vous ne verrez, ni n’entendrez, ni ne lirez, dans les médias, des personnalités comme Drieu Godefridi, intellectuel francophone, Alain Destexhe, auteur d’essais et ancien élu libéral-conservateur qui a lancé sa formation en 2019 avant de se retirer de la politique active, Jérôme Munier, président du parti Chez Nous, ou moi-même. J’ose croire, avec un brin d’immodestie, que nous avons chacun de quoi élever le niveau de la discussion avec nos spécificités, nos intelligences, notre verve, parfois notre humour, et, surtout, notre son de cloche qui risquerait de réveiller les bien-pensants.
La conséquence, quand tous les bretteurs sont acquis aux mêmes idées, est la baisse en qualité du débat, dénué de fulgurances, d’éloquence, de culture. La bêtise y règne en souveraine. Le nivellement se fait par le très bas et le consensus. Les invités, entend-on souvent chez l’homme de la rue, sont « toujours les mêmes ». Et quand on est un citoyen, il vaut forcément mieux, pour avoir l’oreille des journalistes, être clandestin, casseur antifa, se sentir discriminé, ou créer la gare de Mons avec des allumettes (à défaut que le vraie soit terminée), que se revendiquer patriote, conservateur ou populiste.
Tout le petit monde acquis au politiquement correct s’étonne de la baisse des audiences et du désintérêt du grand public, mais n’a pas à s’en inquiéter. C’est que les médias sont grassement subventionnés : rien que la RTBF mobilise 300 millions d’argent public chaque année. Le nouveau-venu LN24, chaîne d’information en continu, préfère se contenter d’audiences catastrophiques et de finances peu reluisantes, qu’oser la pluralité et être un CNews à la belge.
Au bout du compte, dans ce monde où Saint-Just aurait triomphé de Voltaire, il demeure une impression de vivre dans une tyrannie de la pensée unique, avec ses ordonnateurs et ses petits flics hyperactifs sur les réseaux sociaux, chassant tous en meute, et surjouant leurs fausses indignations pour ne pas être, à leur tour, victimes de la curée. Et pour les mal-pensants, une impression, en guise de consolation, celle d’être des belluaires des temps modernes.
La droite nationale ou patriote, obnubilée par la question migratoire, doit rapidement se pencher sur les autres problèmes de la jeunesse française, paupérisée et en proie à des injonctions contradictoires dingues et vertigineuses.
La droite patriote, toutes étiquettes confondues, a fait le plein sur l’immigration. Le message est passé : les Français qui devaient comprendre ont compris, les autres ne sont pas encore prêts ou ne le seront jamais.
Le grand déclassement
Il est temps de rajouter une autre corde à son arc et de parler à d’autres Français, ceux qui sont touchés de plein fouet par le déclassement social et par le mal-être émotionnel. Personne ne leur parle vraiment à ces Français, jeunes souvent, qui voient le monde se retourner contre eux pour les broyer. Petits-fils de boomers, ils sont nés vingt ans trop tard. Ils ont beau avoir des diplômes, ils n’ont décidément pas le même pouvoir d’achat que leurs parents. Ils ont le plus grand mal à se loger, certains ont même du mal à se nourrir correctement : ils gagnent leur vie certes mais pas assez pour manger une nourriture saine, s’acheter des fruits et des légumes. Certains sont BAC+4 ou BAC+5, mais ils occupent des emplois inutiles où ils n’ont aucune marge de manœuvre. Ils ont beau être cadres intermédiaires ou cadres supérieurs, ils sont pieds et poings liés par le CRM et la « compliance » qui en font de simples exécutants. On leur a dit qu’ils seraient une élite s’ils travaillaient beaucoup et bien, et ils se retrouvent, la trentaine passée, en train de remplir des questionnaires d’évaluation 360°.
Ils participent d’un moment incroyable de notre civilisation : ces hommes et ces femmes peuvent changer de sexe, ils peuvent échanger des nudes avec des inconnus, mais ils n’auront probablement pas de quoi s’acheter un appartement. Ils ont beau étudier, ils n’auront pas accès à la classe moyenne. Classe moyenne qui disparaît au passage, ouvrant la voie devant une France où ne subsisteront plus que les gagnants et les perdants. Autre définition du tiers-monde. Sauf que notre tiers-monde à nous n’a que le mot jouissance à la bouche, une jouissance impossible sans argent et sans carrière véritable.
Génération Prozac
De quoi devenir dingue. Et ils sont en train de le devenir. L’épidémie de la dépression est là mais personne ne veut la voir en face, car elle inflige un terrible camouflet à notre époque qui rend les gens malheureux. Les dépressions commencent de plus en plus tôt, même des enfants en souffrent maintenant. Même des enfants se suicident. Notre société va mal. Elle souffre d’un problème mental inédit : l’effondrement des défenses mentales qui rendaient la vie acceptable, voire désirable, à nos parents et grands-parents.
Nous vivons un grand massacre. Les femmes sont laminées par les injonctions contradictoires. Elles doivent s’amuser à fond et réussir professionnellement. Elles doivent être « faciles » et dominer les hommes. Elles doivent multiplier les partenaires et vivre intensément le grand amour. Elles doivent être « bonnes » et cesser de s’épiler. Elles doivent être « girly » et agressives. Leurs ancêtres ne devaient pas résoudre une équation aussi compliquée. Elles vivaient leur féminité tout simplement, elles pouvaient compter sur les hommes pour cela.
À partir de cette ligne, Sandrine Rousseau arrête de lire
Or, les hommes aujourd’hui tombent comme les poilus dans la Somme, sous le coup d’un gaz moutarde d’un genre nouveau. Le venin est hormonal désormais : ils doivent être des hommes déconstruits, fragiles et niais, mais on attend d’eux qu’ils aient le charisme du mâle alpha. Ils doivent réussir dans la vie mais on leur interdit les vertus viriles comme l’ambition et l’honneur. Ils apprennent à faire l’amour en regardant des viols nommés films pornos, mais le spectre d’un #metoo les poursuivra tant qu’ils auront une vie sexuelle actuelle. On leur parle d’égalité homme-femme mais ils voient bien que leur parole ne vaut rien face à une femme qui les accuse sauf s’ils sont ministres ou trafiquants de drogue. Dans les deux cas, les femmes supposément battues ou molestées se rétractent et les magistrats s’abstiennent. Enfin, ils sont inutiles à leurs femmes qu’ils sont incapables de défendre contre les agressions, par manque de vigueur physique mais aussi parce que les magistrats ne supportent pas la légitime défense : aux yeux d’un juge, il vaut mieux être mort que traduit en justice pour avoir tué son assaillant.
La crise culturelle
Les deux, hommes et femmes, sont privés de culture. Hanouna a remplacé Pivot. Il n’y a plus de transmission. Les jeunes d’aujourd’hui grandissent dans un pays neuf, né de la dernière pluie. Ils sont privés des nourritures spirituelles de leurs ancêtres, ils ne trouvent plus la sérénité en regardant les paysages de leur beau pays, ils ne ressentent plus l’impression douce et consolante d’être chez-soi quand ils marchent à l’ombre des monuments. Ils sont largués dans le monde comme des enfants abandonnés dans un orphelinat soviétique. Comment peuvent-ils être heureux ?
Tout, absolument tout, peut les terrasser car ils sont creux et secs. Ils sont à jeun de tout ce qui importe, de tout ce qui rend fort.
Il n’y a pas que le grand remplacement dans la vie. Il y a aussi le grand désenchantement, mélange du grand déclassement et du grand effondrement mental. En ressort une tristesse immense qui peut être un ingrédient politique de premier plan pour la conquête du pouvoir.
Ces jeunes qui souffrent ne connaissent des idées patriotes que la lutte identitaire et la souveraineté. Or, leur identité est la souffrance elle-même. Et la souveraineté est une notion exotique à leurs yeux, sachant qu’ils ne sont même pas souverains d’eux-mêmes.
La plupart ne vote probablement pas. Certains font n’importe quoi comme voter LFI ou écologistes : ils donnent des coups de poing dans le vide. Inutiles de leur en tenir rigueur, ils ont besoin d’empathie et de douceur.
Il n’y a aucune fatalité. Ils rejoindront le camp patriote le jour où il les convaincra que leur cause est entendue. Leur cause personnelle, égoïste et intime, pas la cause française.
Un bon point de départ pour se rapprocher de cet univers souterrain qui forme la musique de fond de notre société est de lire Marion Messina. Son roman Faux Départ rend compte avec brio de la détresse d’une jeune Grenobloise anéantie, en quelques mois, par une université en faillite et un marché du travail inhumain.
80 ans après son exécution par les nazis, le résistant Missak Manouchian va entrer au Panthéon, mercredi 21 février, aux côtés de son épouse Mélinée. La cérémonie d’hommage, présidée par Emmanuel Macron, commencera peu après 18 heures, en présence du Premier ministre arménien Nikol Pachinian.
En France, les « résistants » en chaise longue plastronnent. Mais ils affrontent des ombres, en alertant sur un fascisme fantasmé. Le ridicule leur est promis. N’est pas Alexeï Navalny qui veut. Qu’on l’apprécie ou pas, l’opposant russe a laissé sa vie, dans sa prison-goulag, pour s’opposer à Vladimir Poutine et à sa dérive autocratique. Le courage de Navalny ne peut lui être enlevé. Son épouse, Ioulia Navalnaïa, est également remarquable. Elle s’est engagée à poursuivre le combat de son mari en rappelant ses mots : « Ce n’est pas honteux de faire peu. C’est honteux de ne rien faire, ou de vous laisser intimider ». Le lanceur d’alerte Julian Assange, incarcéré en Grande-Bretagne, fait partie de ces personalités dont on devine qu’elles ne reculeront pas face aux pressions et à l’adversité. En comparaison, les guignolades de ceux qui, en France, hurlent en meute au retour de l’extrême droite et de la bête immonde révèlent l’effondrement de l’esprit critique. La presse de gauche se garde, majoritairement, de barrer la route au totalitarisme islamiste et à son entreprise de conquête. Elle est en revanche intarissable contre la droite, quand elle se rend coupable de dire des vérités interdites. Pour s’être cru dépositaire d’une vigilance démocratique appliquée à l’audiovisuel, Christophe Deloire, patron de Reporters sans Frontières, s’est transformé, sous les applaudissements de la caste, en dénonciateur de la liberté d’expression sur CNews et en valet des intérêts d’Emmanuel Macron dans l’organisation des futurs états-généraux de l’information, voulus par le président. Ce dernier s’inquiète notamment de la « commoditisation » (sic) (entendre : banalisation) du journalisme. Tout est bidon chez ces résistants d’opérette.
Le chef de l’Etat fait partie de ces poseurs, bras ballants devant les vrais dangers. Son choix d’exclure le RN et Reconquête de « l’arc républicain » (L’Humanité, lundi) relève du procédé stalinien de la diabolisation.
Son appel à la « décence », pour dissuader (en vain) Marine Le Pen d’assister ce mercredi à la panthéonisation de Missak et Mélinée Manouchian, est une autre manière de traquer des fantômes pour faire passer le RN pour un mouvement fascistoïde. Ces manipulations disent la petitesse du pouvoir. Les trucages invitent à relativiser la résistance du Parti communiste, qui pactisa avec l’Allemagne nazie de 1939 à 1941. Faut-il rappeler à L’Humanité, qui se rengorge de l’hommage rendu ainsi aux résistants communistes et étrangers, la démarche initiée par Jacques Duclos en juin 1940 auprès d’Otto Abetz, proche d’Hitler, pour refaire paraître le journal, au nom notamment de la lutte contre le « juif Mandel » ? Faut-il rappeler ses dithyrambes après la mort de Staline ? Et les dizaines de millions de morts jamais expiés, aucun équivalent du procès de Nuremberg n’étant venu demander des comptes à cette idéologie totalitaire ? Ce mercredi dans Le Figaro[1], l’historien du communisme, Stéphane Courtois, rappelle que Manouchian fut un « modeste résistant » dont « la vraie patrie était l’URSS ». Reste la question : les vrais résistants, s’il en reste, sauront-ils enfin se faire entendre ?
Selon l’essayiste québécois, les néoféministes ne cherchent pas simplement à bannir le sexisme. Elles rêvent de proscrire la sexualité, voire d’abolir la différence des sexes. C’est aussi ça, Le Totalitarisme sans le goulag.
Causeur. Le titre de votre livre appelle une question évidente : le totalitarisme sans le goulag, c’est mieux qu’avec, non ?
Mathieu Bock-Coté. Naturellement, cela va de soi, mais c’est du totalitarisme quand même, pour peu qu’on comprenne que ce dernier est inscrit dans la matrice de la modernité et en représente une tentation insurmontable. La modernité génère la tentation totalitaire et la tentation totalitaire génère l’esprit de procès. Nous pensions le totalitarisme intrinsèquement dépendant des techniques de domination monstrueuse propres au XXe siècle. Aujourd’hui, il n’a pas besoin de tuer, il lui suffit d’imposer comme un Bien ultime la transparence sociale intégrale, qui légitime le contrôle des pensées, des arrière-pensées, des discours, des comportements au quotidien, en plus de transformer la société en camp de rééducation à ciel ouvert. Cela donne une conception standardisée, interchangeable, ennuyeuse de l’existence.
En vous lisant, j’ai été frappée par les similitudes entre le régime diversitaire et l’un de ses alliés, qu’on peut appeler le « régime féminitaire », ainsi que par les similitudes entre eux et leur ancêtre soviétique. Mais vous traitez plus longuement le militantisme trans…
Ce qui m’intéresse, ce sont les zones de friction, où l’idéologie dominante se révèle dans sa radicalité violente. Le néoféminisme est omniprésent, avec le soupçon généralisé jeté sur le désir entre les sexes – et je l’aborde dans mon livre. Toutefois, là où le régime veut nous forcer à franchir les barrières de la logique, c’est sur la question du genre. Nous obliger à dire qu’un homme peut être enceint revient, comme le disait Orwell, à nous imposer de croire que « deux plus deux égale cinq ».
En tout cas, ces luttes convergent dans la haine du même ennemi : l’extrême droite, incarnée par l’homme blanc.
Dans mon précédent livre, La Révolution racialiste, je citais Pauline Harmange, auteur de Moi les hommes, je les déteste, pour qui la détestation des hommes est une condition essentielle de l’émancipation. En effet, l’immigrationnisme et le néoféminisme maudissent la même figure : l’homme blanc de plus de 50 ans qui ne cherche pas à devenir un allié. D’ailleurs, même le repenti/converti qui veut devenir l’allié des minorités – c’est un titre à part entière – est à jamais marqué par une tache indélébile, sa couleur de peau et son sexe biologique. Et le couperet peut s’abattre sur des hommes de gauche. Je n’ai pas une sympathie exagérée pour Julien Bayou, mais il a été la proie d’un comité de la terreur militante…
D’un club d’ex qui se montaient le bourrichon.
On oublie, dans ces affaires, que l’être humain est fondamentalement vengeur, mesquin, capable du pire. La présomption d’innocence est au contraire fondée sur une connaissance intime du cœur humain. Si les militants veulent la faire tomber, c’est parce qu’elle est le dernier pilier libéral de notre système juridique auquel ils veulent substituer quelque chose ressemblant terriblement à la justice révolutionnaire. À la limite, ils admettent la présomption d’innocence devant les tribunaux, mais cela ne vaut pas pour la société. Voyez l’enthousiasme qu’ils mettent à faire tomber des têtes, surtout quand il s’agit de gloires déclinantes.
L’étendard des femmes masque évidemment une haine du désir masculin – pas seulement hétérosexuel d’ailleurs.
Sur le plan symbolique, le désir masculin hétérosexuel est tout de même spécifiquement ciblé, frappé d’illégitimité constitutive. La logique coloniale est appliquée aux rapports entre hommes et femmes. Les femmes doivent se décoloniser. Le désir est l’amorce du viol. Je me souviens d’un article dans Libé où une jeune fille célébrait la sexualité sans pénétration, ce que son copain disait respecter, et qui s’en faisait même une fierté. Ils appelaient ça, si je me souviens bien, une sexualité n’étant plus phallocentrée. Je leur souhaite bien de la joie.
Des Blancs qui font repentance restent assez rares chez nous où la vision raciale du monde peine à s’implanter. En revanche, les hommes qui clament leur adoration pour Metoo sont légion.
Parce que c’est une condition de survie en société. De plus, chacun se demande s’il n’a pas un vague crime sur la conscience dans une société qui a inventé le retrait de consentement a posteriori. Le périmètre de la liberté d’expression se réfracte. Dans l’espace public qui est le nôtre, un homme peut à la limite dénoncer les dérives de Metoo, mais seules les femmes peuvent en critiquer le principe. Ce mouvement nous oblige à dire ce qui va de soi, alors je le dirai aussi : je condamne, comme tous les êtres civilisés du monde, les agressions, le non-respect du consentement. Et ainsi de suite.
Mais vous savez qu’il ne s’agit pas de ça ! Diriez-vous que Metoo est un bloc ?
Dès l’origine, le cri de ralliement de Metoo a été « on vous croit », qui abolit les règles élémentaires de la société libérale. Dans la foulée, on a confondu dans le même opprobre le dragueur lourd, aussi peu recommandable soit-il, et Weinstein. Enfin, d’un point de vue anthropologique et philosophique, ce mouvement veut en finir avec la part sombre et inavouable du désir et de l’amour. Les nouveaux chiens de garde rêvent d’une humanité programmable, délivrée des passions. En effet, les passions sont dangereuses. Et excitantes. J’ajoute que je ne suis toujours pas parvenu à comprendre le concept d’emprise. Je le croyais indissociable de l’amour. Mais dans un monde qui rêve de rapports transparents, aseptisés et hygiéniques entre les sexes, ce n’est plus le cas.
Dans votre précédent livre, vous considériez qu’avec l’affaire George Floyd, le régime diversitaire connaissait son « moment 1793 ». La guillotine féministe n’est pas en reste.
Et elle n’est pas sans efficacité. La figure inaugurale des guillotinés, le « porc zéro », c’est Éric Brion. Il a évidemment été grossier et ses remarques à Sandra Muller étaient plus que déplacées. Cela dit, il a été rayé de la société pour cela – pour grossièreté. À ceux qui disent qu’il n’y a pas de révolution sans victimes collatérales, je réponds qu’il n’est pas anecdotique que dès l’origine de cette révolution, on trouve une confusion entre la grossièreté et l’agression.
Aujourd’hui, vous pouvez être excommunié pour une pétition. Raison pour laquelle les signataires de la tribune Depardieu se sont débinés en bande organisée.
Quand Emmanuel Macron a pris la défense de Depardieu, le récit public a tangué. D’autant qu’avec raison, ils furent nombreux, car c’était là l’essentiel, à se porter à la défense de la filmographie de Depardieu, contre ceux qui rêvaient de l’effacer de la grande histoire du cinéma. Pour ce qui est des signataires de la tribune à laquelle vous faites référence, ils ont oublié que la morale d’hier, leur morale, n’avait plus cours. C’est le drame de beaucoup d’hommes de gauche. S’ils restent fidèles à leurs valeurs les plus essentielles, ils sont expulsés de la gauche – la gauche est une purge permanente. Alors pour demeurer à gauche, beaucoup adoptent la nouvelle religion avec un fanatisme redoublé. Après un « dérapage » raciste ou sexiste, le rituel de réintroduction dans la cité exige que le repenti soit plus virulent que ses dénonciateurs. En Amérique du Nord, c’est un classique. J’ai déjà évoqué ce chanteur qui avait dit : « Je me contrefiche de la parité, je veux les meilleurs musiciens. » Il a dû s’excuser. D’abord, « je suis un homme blanc », ensuite « mes amies féministes m’ont fait prendre conscience de mes privilèges, mais c’est déjà difficile d’être une femme aujourd’hui donc je vais me rééduquer moi-même et devenir un allié ».
Toutes les nuances de la droite sont hostiles au régime diversitaire, alors qu’elles sont divisées sur les enjeux de Metoo. Mes amis de la droite catho se méfient de la liberté des mœurs.
Vous êtes un peu sévère, la droite catho a une connaissance intime de la bête humaine, et si elle croit à la vertu civilisatrice des mœurs, elle ne se fait pas trop d’illusion non plus sur la bête humaine – j’ajouterais que sachant l’homme habité par le péché, elle n’est pas surprise de le voir pécheur. Nous avons, je crois, les mêmes amis dans la droite catho, mais ils me semblent bien plus conscients de la complexité humaine que vous ne le suggérez. J’ajoute qu’ils ne sont pas hostiles aux blagues grivoises, ce qui tombe bien, car je les aime bien aussi !
Parallèlement à l’extension continue du domaine du racisme, on assiste à l’extension continue du domaine du viol.
Nous avons perdu le sens du « pas d’amalgame » : nous entrons dans la même catégorie le regard insistant, la drague, la drague lourde, l’agression et le viol. Donc si je vous ai regardée quinze secondes de trop, et que vous y avez détecté la possibilité d’un désir, nous sommes déjà engagés dans un processus de viol. Surtout en milieu professionnel, où c’est assimilable à une tentative d’intimidation et d’asservissement. Ces gens-là nous condamnent à un monde désexualisé, puritain, désagréable et insultant.
Comme dans les pays communistes ou islamistes, on se cachera pour vivre normalement.
Impossible quand l’intime est considéré comme du public occulté. Cela dit, permettez-moi de vous raconter un souvenir : dans les suites du mouvement Metoo, je me souviens d’une jeune femme expliquant qu’un homme s’engageant dans une histoire avec une femme sans lui dire qu’il était déjà en couple pouvait être accusé d’avoir falsifié les règles du consentement, car il n’avait pas été parfaitement clair sur sa situation – il y aurait, dans cette histoire, un vice de consentement.
Cela fait des siècles que les hommes mentent pour avoir du sexe.
C’est fini ! Nous vivons sous le règne de la transparence intégrale.
La vraie vie va continuer comme avant.
Non, cette révolution emporte tout, la jeune génération a basculé dans un néopuritanisme véritable. Vous me direz que le sens commun suffit à déconstruire ces âneries, mais quand le sens commun n’est pas soutenu par un discours philosophique ou idéologique, il finit par s’effriter.
Fournir une armature intellectuelle à la résistance naturelle de la vie concrète, vous vous y employez. Mais pourquoi la société s’écrase-t-elle devant des minorités militantes ?
Ce sont les minorités fanatiques qui font les révolutions. La radicalisation féministe et la radicalisation diversitaire sont l’œuvre d’avant-gardes. Quand je parle de totalitarisme, ce n’est pas une métaphore : des dissidents, nous en avons, nous aurons des enfants qui dénonceront leurs parents. Et déjà, les journalistes qui se vouent à traquer le surgissement, dans le vocabulaire, de termes non autorisés font office de commissaires politiques.
Les révolutions précédentes avaient des moyens de coercition.
En une journée, on peut perdre sa vie, sa carrière, sa femme, ses enfants, ses amis, son emploi, ce n’est pas rien comme répression. Cela peut conduire au suicide.
Tous les totalitarismes ont fini par s’écrouler. Que faire ? comme disait Lénine…
Je crois à la politique et à la dissidence. La contre-société qui s’organise sous le signe de l’amitié a créé les premiers espaces de liberté véritables. Des gens peuvent se rassembler et vivre dans les interstices de la société. Et il suffit par ailleurs de quelques médias libres pour redonner une impulsion démocratique à une société.
La société française semble avoir un peu plus d’anticorps que les sociétés nord-américaines.
La société québécoise n’a pas du tout le même rapport au désir : il ne circule pas aussi librement dans la société qu’en France. C’est le drame d’une société sans État indépendant, la fonction verticale régalienne a été occupée par des Anglais, leurs serviles serviteurs locaux ou des prêtres en robe. Résultat, la virilité ne s’est jamais particulièrement développée au Québec, sauf à travers la figure du bûcheron taiseux. Ici, des femmes partagent votre manière de voir le monde, la vie et les hommes : au Québec, celles qui pensent comme vous sont condamnées au chuchotement. Cela dit, on voit aussi monter une droite masculiniste affligeante. Sans virilité, il ne reste que la masculinité primitive. Comme idiots utiles, on ne fait pas mieux.
Une société délivrée de la sexualité, cela me paraissait impossible, mais Muray avait raison. Le féminisme pudibond veut sortir de l’Histoire et revenir à l’humanité d’avant la Chute – d’où son acharnement à nier la différence des sexes.
En effet, il n’y a plus ni hommes, ni bêtes mais un magma de vivant indifférencié, l’être humain étant le plus toxique des êtres vivants. L’humanité délivrée de la fracture inaugurale entre sexes, entre civilisations, entre peuples, entre nations, c’est le fantasme de toutes les révolutions, et elles sont prêtes à aller très loin pour l’imposer.
Que répondez-vous à ceux qui disent que ça passera ?
Que ça ne passe pas du tout. Alors peut-être que, dans un siècle, ce sera passé, mais pour les générations actuelles, cette norme sociale est étouffante.
Tout de même, on ne risque pas la mort physique. Avons-nous perdu l’amour de la liberté ?
Dans tous mes livres depuis 2007, ma grande question est celle de l’identité. Dans celui-là, pour la première fois, la grande question est celle de la liberté. Car c’est elle qui est aujourd’hui piétinée.
Mathieu Bock-Côté, Le Totalitarisme sans le goulag, Stock, 2023.
Notre contributrice aimerait pouvoir dire à l’actrice Judith Godrèche que l’asymétrie et l’emprise ne sont pas synonymes, et que de son côté c’est un homme de plus de 60 ans qui lui a appris à dire non. Concernant la psychanalyse, elle le reconnait, elle est partiale sur le sujet. Elle n’a pas trop aimé terminer chez un lacanien en blouse blanche…
Judith Godrèche n’a pas eu de chance. Elle aurait pu naitre dans les quartiers HLM de Tourcoing d’un père alcoolique et d’une mère victime d’inceste, s’échapper d’une famille de la petite classe moyenne embourgeoisée. Fuguer en Allemagne avec son amoureux – un crétin de son âge, ce qui aurait tout changé. Elle aurait pu finir bonne, dans le Triangle d’or, pour des Koweïtiens pratiquant les châtiments corporels ou terminer vendeuse chez Sephora. Mais non. Judith n’a pas eu de chance. Avoir deux parents psychanalystes est une tare dont on ne se relève pas.
Freudy and co
Baignant dans la fumisterie semi-savante de Freudy and co, Judith Godrèche a appris à s’allonger… sur le divan. Pour février, de Miller au cinéma français, #metoo met en scène des petits meurtres entre freudo-lacaniens. Appelez-moi quand ils seront tous morts. Je viendrai chanter un requiem. Un requiem à la Gainsbourg.
Il paraît que Sandrine Rousseau a honte d’avoir cru en Gérard Miller.«Si même les alliés s’avèrent être des agresseurs ou des violeurs potentiels, sur qui s’appuyer ? C’est un combat dans lequel on ne peut compter sur aucun homme». Ce combat concerne beaucoup d’hommes, surtout ceux que metoo, au mieux, indiffère. Mais il ne faut compter sur aucun psychanalyste. La doctrine psychanalytique, hystériquement obsédée par « le phallus symbolique » est un miroir inversé assez flagrant de Sandrine et de ses obsessions pour les clitoris en pâte à sel, ou autre geste en triangle avec ses mains, censé représenter une vulve dans l’Assemblée nationale. Gérard Miller et Freud ont-ils créé Sandrine Rousseau ? En tout cas, la ressemblance est troublante.
La psychanalyse ou la fabrique du non-consentement
Qu’est-ce que la psychanalyse en pratique ? C’est une doctrine dogmatique assez simple. Vous dites noir, le psychanalyste dit blanc, et inversement. Un homme ne vous a pas violé, le psychanalyste prendra plaisir à en faire un coupable. Un homme vous a violé, le psychanalyste prendra plaisir à vous culpabiliser. Une fois folle de cette inversion perverse, il dira que la folie vient d’un traumatisme inconnu lié à pôpa et môman. La mécanique est bien rodée[1].
Toute leur doctrine est une protection contre la peur des femmes. Lederer[2] expliquait en 1970 que les théories freudiennes projetaient les désirs de pères incestueux sur leurs enfants. Il recevait des patients terrorisés de voir les seins de leurs filles pousser. De temps en temps, un praticien sort du bois pour expliquer que Freud a d’abord eu raison sur les violences sexuelles avant de rebrousser chemin pour parler de fantasme de l’enfant. La psychanalyse s’est historiquement construite dans le déni de la réalité du viol, mais aussi de la sexualité des femmes. Peut-être est-il temps de se demander avec quelles méthodes sont soignées les traumatismes dans ce pays pour stopper metoo.
Patiente, patiente, dis-moi qui est le plus beau ?
La psychanalyse est une mafia cultureuse faite pour que des hommes mal dans leur peau se croient désirés. Vous vous rappelez les femmes savantes de Molière ? Il faut s’imaginer Gérard Miller jouant la vieille Belise dans la scène IV de l’acte I face à Clitandre. Il lui demande de l’aide pour épouser Henriette. Elle le croit secrètement amoureuse de lui.
Clitandre
Souffrez, pour vous parler, Madame, qu’un amant Prenne l’occasion de cet heureux moment, Et se découvre à vous de la sincère flamme….
Belise
Ah tout beau, gardez-vous de m’ouvrir trop votre âme : Si je vous ai su mettre au rang de mes amants, Contentez-vous des yeux pour vos seuls truchements, Et ne m’expliquez point par un autre langage Des désirs qui chez moi passent pour un outrage ; Aimez-moi, soupirez, brûlez pour mes appas, Mais qu’il me soit permis de ne le savoir pas »
Le petit chat est mort ? Votre grand-mère est malade ? Votre plan cul de la veille est extraordinaire ? Vous vous faites harceler ? Peu importe. Tout pourrait se résumer à ce dialogue de sourd visant, pour le psychanalyste, à se croire tout-puissant et l’objet des désirs de la patiente.
Entre la réalité et le divan, il faut choisir. Gérard Miller a reconnu des « relations asymétriques » mais « n’avoir contraint personne ». L’état de conscience modifié n’interdit en rien le sexe si les partenaires sont prévenues. Sans quoi, l’état de surprise tel que défini dans l’article 222-23 du Code pénal sur le viol peut être retenu.
Qui sait… Le goût de certains anciens Mao pour Lacan a sans doute une justification doctrinale dans leur amour historique pour la démocratie participative. Miller, l’homme de la barricade qui préfère le divan au lit. Quelle drôlerie de voir la gauche radicale plaider l’asymétrie ? C’est à croire que l’emprise est la maladie des tartufes de l’Égalité.
De même, je ne serais pas étonnée que Godrèche ait mis 15 ans de psychanalyse pour transformer une relation asymétrique avec une mineure émancipée, et faire de Jacquot un coupable pervers. Contrairement à ce que dit la droite, l’emprise est dans le Code pénal comme un « état de suggestion psychologique ». La dépendance amoureuse et la suggestion… deux mondes. Jacquot est peut-être pervers. Je n’en sais rien. Je sais seulement que là où la psychanalyse passe, la vérité s’étouffe, et les comptes en banque se vident.
L’abus de morale est dangereux pour la santé
Judith. Il arrive que les hommes âgés violent, et l’emprise détruit. Mais souvent ils sauvent et réparent ce que d’autres ont cherché à détruire. Certains apprennent à dire non aux jeunes femmes sans en abuser. Et que faire de celles qui s’en sont sorties grâce à eux ? Faut-il les envoyer de force chez un psy afin qu’elles pensent comme il est désormais obligé de penser : que toute asymétrie est un abus.
Depuis le début de metoo, ce constat me hante. Combien d’hommes se sont vu reprocher des agressions inventées dans un cabinet feutré par un psy lacanien, pudibond et malsain? Combien de patientes ont été massacrées par les mêmes cinglés obsédés par leur âge ? Fabriquer de la culpabilité pour créer des victimes est au mieux idiot. Godrèche explique avoir été un objet sexuel adolescente. Je ne sais pas. Elle a désormais un visage de cire, celle d’un objet analysé.
En faisant tourner sa propre fille dans sa série sur Arte, Godrèche rallume une forme de lutte des classes. Avant, les producteurs lançaient les actrices en couchant avec elles, désormais les actrices lancent leur fille en contactant les producteurs. Metoo dans le cinéma un enjeu de pouvoir ? Indirectement, metoo fabrique des nepobaby, fils et filles de célèbres, souhaitant suivre les pas de leurs parents. Les débutants confrontés à ces passes-droits dans le cinéma apprécieront la psychanalyse de Godrèche.
[1] « La psychanalyse est-elle une secte » – Sophie Robert
« Les illusions de la psychanalyse » – Jacques Van Rillaert
Avec l’entrée des Manouchian ce mercredi au Panthéon, le récit d’une extrême droite collabo opposée à une Résistance venue essentiellement de l’autre bord est benoîtement relayé, jusqu’au plus haut sommet de l’État. La réalité historique est tout autre.
« Les forces d’extrême droite seraient inspirées de ne pas être présentes, compte tenu de la nature du combat de Manouchian. » C’est par cette formule lapidaire que le président Macron a commenté dimanche dernier, dans les colonnes de L’Humanité, l’entrée au Panthéon du résistant communiste d’origine arménienne Missak Manouchian. Parce que Vichy et son « travail, famille, patrie », c’est l’extrême droite ? Parce que Jean Moulin, Pierre Brossolette, les Aubrac et consorts viennent de la gauche ? Parce que les communistes incarnent le parti des 75 000 fusillés ? Ou un peu moins si l’on en croit les historiens, qui estiment à environ 4 000 le nombre global de fusillés en France, sous l’Occupation.
Rappels historiques
Les faits étant têtus et parfois déplaisants sur ce sujet clivant, il semble bon d’en rappeler un certain nombre, que l’on pourrait ainsi résumer à grand trait : les premiers à rallier le général de Gaulle à Londres à partir de juin 1940 viennent pour la plupart de l’extrême droite (par patriotisme et par haine de l’Allemagne), les figures marquantes de la collaboration sont bien plus souvent qu’on ne le pense issues de la gauche (par pacifisme ou par opportunisme) et les communistes sont alliés avec les nazis jusqu’en juin 1941, Pacte germano-soviétique oblige !
Commençons par l’extrême droite, concept de plus en plus fumeux par les temps qui courent. De par leurs propos ou leurs prises de positions, les deux figures emblématiques qui se sont opposées à Hitler en Europe, à savoir Winston Churchill et le général de Gaulle, seraient de nos jours rejetées à la droite de l’extrême droite et feraient presque passer Éric Zemmour ou Marine Le Pen pour des gauchistes bien-pensants. Comme le montre notamment l’historien israélien (et de gauche) Simon Epstein dans son passionnant livre Un paradoxe français : Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, la France libre à l’été 1940 ne penche pas vraiment à gauche. Et même pas du tout. À l’instar de Daniel Cordier – le futur secrétaire clandestin de Jean Moulin – et du Colonel Rémy, l’homme du 18 juin accueille surtout dans les premières semaines, à Londres, des jeunes militants de l’Action française. Ce ne sont pas les seuls grands résistants à afficher leur sympathie pour Maurras ou Drumont. Emmanuel d’Astier de la Vigerie, qui va fonder le mouvement Libération-Sud puis le journal éponyme, flirte avec l’Action française avant la guerre, la presse collaborationniste ne se privant pas d’exhumer les textes antijuifs du futur compagnon de route du Parti communiste. Le créateur du réseau de renseignement la Confrérie Notre Dame, Louis de la Bardonnie, et Raymond Triboulet, qui s’engage dans l’action clandestine au sein de Ceux de la Résistance, partagent les mêmes affinités « extrême-droitières », tout comme Honoré d’Estienne d’Orves. Fusillé au mont Valérien en août 1941, ce martyr de la Résistance est proche de l’Action française durant ses années lycéennes. Cela suffira d’ailleurs à susciter l’indignation de conseillers régionaux socialistes et de syndicats enseignants d’un autre siècle, qui refusent en octobre 2018 que le département de Loire-Atlantique donne le nom de cet illustre officier de marine au lycée de Carquefou[1].
Le membre fondateur du Conseil national de la Résistance (CNR), Jacques Debû-Bridel, ainsi que des jeunes résistants nommés Pierre Messmer et Pierre de Bénouville sont des anciens Camelots du roi. Paul Dungler est quant à lui un cumulard : ancien dirigeant de l’Action française en Alsace, à la fois Camelot du roi et Cagoulard, il fonde en septembre 1940 le premier réseau antiallemand dans le Haut-Rhin (la 7e colonne d’Alsace), composé essentiellement de militants d’extrême droite. Luc Robet, qui dirige l’Organisation de résistance de l’armée (ORA) dans le Finistère, le sulfureux docteur Henri Martin, qui prend le maquis et participe à la libération de la France avec la 7e armée américaine du général Patch, ont eux aussi un passé cagoulard, tout comme semble-t-il le général Giraud, que Roosevelt va mettre dans les pattes du général de Gaulle en Afrique du Nord. L’un des principaux chefs de la Résistance, Pierre Fresnay, n’est pas non plus un gauchiste. Le fondateur du mouvement Combat fait publier en 1940 un manifeste incluant une clause discriminatoire pour les Juifs, ainsi qu’un tract fustigeant « la finance juive » qui prend dans l’économie nationale « une place intolérable ». À l’origine de l’un des plus importants réseaux clandestins (l’Alliance), le très anticommuniste général Loustaunau-Lacau ne se montre guère plus philosémite. Maurice Ripoche, fondateur du groupe Ceux de la Libération, non plus. Arrêté par les Allemands en 1943, cet ancien Croix-de-Feu sera décapité à Cologne l’année suivante. Dans cette gigantesque zone grise qu’est la France occupée, un homme est parrainé par deux membres de la Cagoule pour être décoré de la Francisque : François Mitterrand. La cérémonie a lieu en mars 1943, soit tout de même neuf mois après la rafle du Vél D’Hiv. Il faudra attendre quelques mois de plus pour voir le futur président de la République s’envoler pour Londres, puis basculer dans la clandestinité, peut-être par conviction, peut-être aussi pour assurer ses arrières, la Wehrmacht étant en train de reculer sur tous les fronts. Le général de Gaulle, qui juge sans doute cette intrépidité un peu trop tardive, rayera l’ancien vichyssois de la liste des Compagnons de la Libération qu’on lui soumet au lendemain de la guerre. La carrière politique de François Mitterrand peut tout de même démarrer, et ce sera désormais à gauche.
Il n’y a pas que des Jean Moulin à gauche
La gauche justement. Sous l’Occupation, elle donne quelques grands résistants, à commencer par Jean Moulin. Elle donne aussi quelques grands collabos, et non des moindres. Les trois chefs du gouvernement qui se succèdent à Vichy sont à l’origine des hommes gauche. Ancien membre de la SFIO, Pierre Laval brigue un siège de député sous la bannière socialiste jusqu’au milieu des années 1920. Chef du cabinet militaire de Georges Leygues durant la Troisième République, fils d’un ancien ministre de la Justice dreyfusard et franc-maçon, l’amiral Darlan est étiqueté radical-socialiste avant la guerre. Ancien président du Conseil (en 1934-1935), Pierre-Étienne Flandin fait partie de la Fédération des gauches quand il entre à la Chambre pendant la Première Guerre mondiale, avant de devenir une figure de la droite modérée. De nombreux ministres du régime de Vichy voguent eux aussi à bâbord avant 1940. Pierre Cathala, ministre à l’Économie nationale et aux Finances puis secrétaire d’État à l’Agriculture et au Ravitaillement, est radical-socialiste. Tout comme Raymond Grasset, le très anti-avortement ministre de la Santé de Pierre Laval, Jean Filippi, secrétaire général aux Questions économiques à partir de juillet 1941 et futur secrétaire d’État au Budget de Guy Mollet en 1956, ou encore un certain René Bousquet. Le secrétaire général de la Police nationale de Pierre Laval et organisateur de la rafle du Vél D’Hiv se voit confier la responsabilité du fichier central à la Sûreté nationale sous le Front populaire, en raison de ses opinions de gauche. Le ministre des Transports de Darlan, Jean Berthelot, et le ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement de Laval, Max Bonnafous, sont d’anciens membres de la SFIO, la figure la plus emblématique restant Adrien Marquet. Le maire socialiste de Bordeaux, rallié au Front Populaire, pousse une grande majorité des parlementaires de la SFIO à voter les pleins pouvoirs à Pétain, en juillet 1940. Éphémère ministre de l’Intérieur sous Vichy, il est le premier homme politique français à parler de « collaboration » avec l’Allemagne à la radio. Il participe par ailleurs à la création du Rassemblement national populaire de Marcel Déat et accueille dans sa ville des expositions antisémites et à la gloire du Troisième Reich.
L’ancien sénateur de la Gauche démocratique, Henri Lémery, est nommé ministre aux Colonies du premier gouvernement Laval. Ministre des Communications en juillet 1940, François Piétri siégeait quelques jours plus tôt à la Chambre des députés parmi les républicains de gauche. Le secrétaire général à l’Information et à la Propagande Paul Marion a avant la guerre la carte du Parti, communiste puis socialiste, à l’instar de François Chasseigne, commissaire général au Service du travail obligatoire puis secrétaire d’État à l’Agriculture et au Ravitaillement. Avant de devenir le premier des ministres de la Guerre de la France occupée, le général Louis Colson envoie des armes aux républicains espagnols. Jean Jardel, secrétaire général de l’amiral Darlan puis du maréchal Pétain, est directeur du budget sous le Front populaire. Les responsables de la CGT ont également leur rond de serviette auprès du vainqueur de Verdun, à l’image de René Belin, ministre du Travail, et de Francis Million, secrétaire général à la Main-d’œuvre. De nombreux anciens ministres de gauche, et non des moindres, se fourvoient pendant l’Occupation. C’est entre autres le cas des radicaux-socialistes Camille Chautemps, président du Conseil à trois reprises sous la Troisième, et de l’ancien ministre des Affaires étrangères Georges Bonnet, qui signe les tristement célèbres accords de Munich. Parmi les socialistes, l’ancien président du Conseil Fernand Bouisson ne chante pas non plus le chant des partisans sous la douche, loin s’en faut. Charles Spinasse, l’homme de la semaine des 40 heures et des accords de Matignon dans le gouvernement Léon Blum, va croupir quelques mois en prison à la Libération et est exclu de la SFIO pour « félonie ». L’ancien secrétaire général du Parti socialiste et ministre du Front populaire Paul Faure (à ne surtout pas confondre avec Olivier Faure) subit le même sort. Sur 17 anciens ministres socialistes encore en vie en 1944, 12 sont exclus de leur parti au vu de leur comportement pendant la guerre. La proportion parle d’elle-même.
Compromissions à degrés divers
Mieux encore, ou pire c’est selon, les deux dirigeants des deux principaux partis collaborationnistes, le Parti populaire français (PPF) et le Rassemblement national populaire (RNP) sont fondés et dirigés par un ancien communiste (Jacques Doriot) et un ancien socialiste (Marcel Déat). Accusés de complicité de crime contre l’humanité bien après la guerre, René Bousquet on l’a vu et Maurice Papon sont proches des radicaux-socialistes, peu avant la guerre. Comme l’écrit cruellement Simon Epstein dans l’avant-propos de son livre : « Jacques Doriot, Marcel Déat, Gaston Bergery, Jean Luchaire, Simon Sabiani, Georges Dumoulin et tant d’autres ont eu, en leur temps, d’excellents rapports avec la LICA. Drieu la Rochelle, Fernand de Brinon, Georges Suarez ont eu, chacun en son style, leur période d’indignation antiraciste. » Car au-delà des politiques, toute une partie de l’intelligentsia issue de la gauche ne prend pas le maquis pendant les années sombres. Georges Suarez, Pierre Drieu la Rochelle, Jean Luchaire, Alphonse de Chateaubriand, Jean Cocteau, Marcel Aymé, Jean Giono, Alain, Bertrand de Jouvenel, Marc Augier alias Saint-Loup, Marcelle Capy, Armand Charpentier, Marguerite Duras, Jean de la Hire, Camille Mauclair, Jean-Michel Renaitour, Romain Rolland, André Salmon, Robert Hersant (la liste n’est pas exhaustive)… tous se compromettent, à des degrés divers, du temps où la croix gammée flotte sur la Tour Eiffel. Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre sont loin d’être irréprochables eux aussi. La première anime en 1943 une émission musicale sur Radio-Vichy, entre deux diatribes de Philippe Henriot contre les Juifs, les Alliés ou la Résistance. « Il fallait bien vivre », expliquera-t-elle laconiquement dans ses Mémoires. Le second remplace au lycée Condorcet à Paris un enseignant juif évincé, en toute connaissance de cause. Il travaille lui aussi pour Radio-Vichy début 1944 et fait jouer deux de ses pièces, Les Mouches puis Huis clos, devant un parterre d’officiers allemands invités pour la première représentation.
Restent enfin les communistes, qui paient il est vrai un lourd tribut à la Résistance. Après le 22 juin 1941. Avant l’invasion de l’URSS par l’Allemagne nazie, c’est une autre histoire, moins glorieuse. Beaucoup moins glorieuse. À la suite du Pacte germano-soviétique, signé à la surprise générale le 23 août 1939, le gouvernement Daladier fait aussitôt interdire le quotidien L’Humanité (celui où le président Macron vient de donner son interview), puis le Parti communiste une fois la guerre déclarée. Membre du Comité central du PCF et futur secrétaire général de la CGT, Benoît Frachon propose pendant ce temps à son syndicat une motion saluant la signature du Pacte entre Staline et Hitler. Alors que des militants de la CGT et du Parti multiplient les sabotages dans les usines d’armement, pas moins de 27 députés communistes sont condamnés par le tribunal militaire de Paris à cinq ans de prison pour avoir approuvé le Pacte et reconstitué une ligue dissoute[2]. Parmi eux, Étienne Fajon, qui justifie l’invasion de la Finlande par l’URSS à la Chambre des députés, en janvier 1940, au milieu des cris et des invectives. Alfred Costes, lui, écrit depuis sa cellule au maréchal Pétain afin de « solliciter l’honneur » de témoigner au procès de Riom… contre Léon Blum. Parmi les prisonniers également, Ambroise Croizat, qui sera le ministre du Travail à l’origine de la sécurité sociale au lendemain de la guerre. Le parlementaire stalinien, qui a applaudi des deux mains le Pacte germano-soviétique, visite pas moins de 14 prisons différentes et est libéré en février 1943, amaigri de 30 kilos. Le futur secrétaire général du PCF Waldeck Rochet sort libre au même moment, presque dix ans jour pour jour avant les obsèques de Staline, auxquels il assistera aux premières loges, sur la place Rouge. Julien Racamond retrouve un peu plus tôt la liberté, puisqu’il négocie sa libération avec la Gestapo en échange d’une condamnation des « attentats individuels » contre les soldats allemands. Député communiste durant l’entre-deux-guerres, André Marty s’enfuit à Moscou après avoir publié en octobre 1939 une lettre ouverte à Léon Blum, dans laquelle il renvoie dos à dos la France et l’Allemagne nazie et dénonce la « guerre impérialiste ». « Le boucher d’Albacete », comme le surnomment ses camarades des Brigades internationales depuis la guerre civile espagnole, est déchu de la nationalité française et condamné par contumace à quatre ans de travaux forcés pour appel à la désertion.
Parmi les têtes d’affiche du Parti communiste, c’est encore moins glorieux. Mobilisé avec le 3e régiment de génie à Arras, Maurice Thorez se fait la malle au bout d’un mois. Condamné à six ans de prison pour « désertion en temps de guerre », puis déchu de la nationalité française, l’indéboulonnable secrétaire général du Parti pendant plus de trente ans passe la guerre bien au froid en Union Soviétique avec sa compagne, Jeannette Vermeersch. Responsable du PCF clandestin sous l’Occupation, Jacques Duclos n’hésite pas à prendre contact avec les Allemands afin de faire reparaître légalement L’Humanité, journal dans lequel il fustige régulièrement le « Juif Mandel ». Au risque de ne pas déplaire à l’occupant, L’Humanité clandestine appelle rapidement à la fraternisation entre ouvriers français et soldats allemands, tandis que notre fidèle Stalinien (et futur candidat communiste à l’élection présidentielle en 1969) rédige en personne « l’Appel du 10 Juillet », un tract qui s’en prend pêle-mêle aux impérialistes, aux Anglais, à Blum, à Pétain et au général de Gaulle, dont il condamne l’Appel du 18 juin.
Le directeur de L’Humanité, Marcel Cachin, s’associe à la requête du PC clandestin auprès des autorités allemandes pour faire reparaître son journal. En 1941, sous la pression de la Gestapo (il est incarcéré quelques semaines en Bretagne avant d’être relâché), il signe une lettre de 19 pages désavouant les attentats contre l’armée allemande. Sa condamnation des « actes individuels » commis contre les soldats de la Wehrmacht est ostensiblement affichée sur les murs de Paris par l’occupant. Ce n’est pas du goût de ses « camarades », qui assènent que « la classe ouvrière vomira ce vieillard sénile » dans un faux numéro de La Vie ouvrière. Après la guerre, tout sera pardonné pour ce Stalinien de la première et de la dernière heure. En 1949, le Petit Père des peuples souhaite même publiquement un bon anniversaire au patron de L’Humanité, qui fête alors ses 80 ans. Et puis, il y a Georges Marchais. Le truculent secrétaire général du Parti communiste français sous Giscard et Mitterrand, et c’est un scandale, exerce dès novembre 1940 ses talents de métallo à l’Aktiengesellschaft-Ott, une société située dans l’Essonne spécialisée dans la réparation des avions de chasse de la Lutwaffe. En décembre 1942, il part travailler au cœur du Troisième Reich dans les usines de Messerchmitt en Bavière, où il est affecté à la construction du chasseur Focke Wulf 190. Pour sa défense, Marchais affirmera des décennies plus tard qu’il n’avait pas le choix en raison du STO. Sauf que le Service du travail obligatoire est instauré par les nazis à partir de février 1943. Le premier secrétaire du PCF prétendra également s’être évadé en mai-juin 1943, avant d’aller vivre clandestinement avec sa famille en Normandie jusqu’à la Libération. Sauf que des archives allemandes publiées par L’Express en 1980 démontrent qu’il est resté en Allemagne jusqu’à la fin de la guerre.
Manouchian entre donc (avec sa femme) au Panthéon, ce mercredi 21 février 2024. Passons sur le fait que ce héros de la Résistance, au courage indéniable, a combattu une idéologie mortifère au nom d’une autre idéologie tout aussi mortifère. Une question se pose néanmoins : ce militant communiste, comme d’autres, serait-il devenu un grand résistant si Hitler était resté l’allié de Staline pendant la guerre ?
Soutenez à l'Oriental, boutique parisienne depuis 1818 ! DR.
À l’Oriental était la plus ancienne boutique du Palais-Royal. Ouverte depuis 1818, cette caverne d’Ali Baba vendait des articles pour fumeurs. Le Conseil constitutionnel s’apprête à la raser pour créer une salle d’attente…
Avec précipitation et discrétion, le Centre des Monuments Nationaux (CMN) a expulsé en janvier 2024 la plus ancienne boutique du Palais-Royal encore en activité. À l’Oriental avait ouvert ses portes en 1818 et vendait, depuis, des pipes et des tabatières, des fume-cigarettes et quantité d’objets précieux ou fantaisistes en lien avec le tabac. Cette institution de quelques mètres carrés, connue dans le monde entier, comptait parmi ses clients les rois d’Espagne et du Maroc, des capitaines d’industrie, de hauts magistrats et des artistes, chanteurs, comédiens, réalisateurs, mais aussi une foultitude d’anonymes qui, en entrant dans cette caverne d’Ali Baba, accomplissaient un petit rituel, venaient y respirer le parfum du Paris d’autrefois. Ses volumes intacts témoignaient de la vie au cœur de la capitale au début du XIXe siècle : local étroit et haut de plafond, escalier à vis, entresol… Le parfait exemple du « patrimoine du quotidien ».
Images DR.
Raison d’État !
Le CMN, garant de notre patrimoine en général et du Paris-Royal en particulier, n’est pas à l’initiative de cette expulsion scandaleuse. Il a été le funeste exécuteur des volontés du Conseil constitutionnel. Depuis sa nomination, son président ne cesse de pousser les murs de son palais, annexant là une cave de la Comédie-Française, là une échoppe… et lorgnait sur À l’Oriental, son voisin immédiat, afin de le raser pour agrandir sa boutique de souvenirs et créer une salle d’attente. Raison d’État. C’est ainsi que le CMN n’a même pas cherché à sauver le condamné face à d’aussi grotesques convoitises. Pour complaire au président des Sages, il a livré sur un plateau ce morceau du patrimoine des Parisiens.
Et dans cette affaire, la honte se mêle à l’abjection. Pressé, très pressé de vendre des mugs estampillés CC et de faire assoir ses nobles visiteurs, le Conseil a réussi à faire expulser la gérante des lieux en un temps record. Les pires squatters à chiens sont traités avec plus d’égards. Rakel van Kote tenait boutique depuis près de trente ans et avait payé d’avance ses loyers pour l’année en cours. En quelques jours, ses serrures ont été changées, des scellés ont été posés et un échafaudage dressé devant ses vitrines pour camoufler le déménagement auquel elle n’a pas eu le droit d’assister. Sans inventaire préalable, et à l’abri des regards, quelque 250 cartons ont été remplis puis envoyés dans un garde-meubles loin de Paris – à ses frais. Durant cette opération, l’association SOS Paris a pu voler quelques images, à l’aide d’une caméra fixée sur une perche. Dès le lendemain de leur diffusion sur X, l’échafaudage était rehaussé ! Raison d’État.
Signez la pétition !
C’est ainsi que le garant de notre patrimoine peut nous en priver, le plus légalement du monde. Il est toujours possible de soutenir À l’Oriental en signant cette pétition. C’est désormais une question de morale, un principe d’honneur, cette valeur que certains ont abandonnée depuis longtemps.
Joseph Tayefeh, Secrétaire général du Syndicat de la plasturgie et des composites Plastalliance, s’inquiète des recentes mesures gouvernementales annoncées contre le plastique, et envie les agriculteurs.
Alors que le secteur agricole, pris jusqu’à présent en étau par les différentes mesures franco-françaises de surtranspositions, voit, peut-être, le bout du tunnel réglementaire au prix d’une mobilisation sans précédent, voici que le gouvernement s’est trouvé un nouveau secteur à abattre, celui de la plasturgie.
En cela, ce secteur fort de 3000 entreprises et près de 120 000 salariés sur le territoire national partage avec l’Europe un grand point en commun : celui d’être désigné comme bouc émissaire idéal pour tenter de faire oublier certaines mauvaises décisions bien nationales où l’injonction contradictoire est devenue le fil directeur politique.
Dans son discours de politique générale, le Premier ministre Gabriel Attal déclarait avec grande justesse que « certains voudraient une écologie de la brutalité, pour eux l’écologie doit être punitive, douloureuse, passer par la désignation de boucs émissaires et par la décroissance. La décroissance, je vous le dis, c’est la fin de notre modèle social, c’est la pauvreté de masse, jamais je ne l’accepterai », pour annoncer dans le même discours une future initiative « contre la pollution plastique pour les 50 sites qui mettent le plus d’emballages plastiques sur le marché ». La pollution dans les océans par des déchets plastiques mal ou pas gérés, la France en est responsable à hauteur de 0,02% quand l’Asie de l’Est l’est à près de 81% (avec un pays comme les Philippines qui représente 36% à elle seule de cette pollution). Cette annonce de Gabriel Attal ne pouvait que susciter l’émoi auprès de ces 50 grandes entreprises, souvent des groupes ou des Entreprises de taille intermédiaire (ETI) présents parfois à l’international et notamment dans d’autres pays de l’Union européenne. Union qui n’a jamais considéré l’industrie plastique présente sur son sol (50 000 entreprises, un million cinq cent mille salariés) comme un ennemi. Union qui n’a jamais prévu dans aucun texte la fin des emballages plastiques à usage unique en 2040 comme le souhaite la France depuis la fameuse loi « AGEC » de 2020.
Contenter les agriculteurs ne pouvait que quelque peu mécontenter les apôtres de la décroissance. Leur offrir sur un plateau l’une des têtes de l’industrie française de la plasturgie (3e Européenne en taille) est le moyen tout trouvé pour calmer les déçus verts de rage des mesures prises au profit de l’agriculture française. Dès le lendemain du discours du Premier ministre, le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, triplait la mise en matière d’attaque contre des secteurs industriels stratégiques. Le ministre souhaite ainsi « travailler avec les 50 industriels les plus dépendants des matières plastiques » dans une démarche en vue notamment « d’une réduction des usages » dans les secteurs « de l’emballage mais également du secteur du bâtiment, de l’automobile… ». En visant les trois premiers secteurs de la plasturgie, soit 70% de la production industrielle en la matière, le ministre ne réduira pas la pollution plastique. Il réussira en revanche à coup sûr à nettoyer la France de son industrie. C’est une réduction de notre souveraineté, de nos emplois, de notre tissu industriel et l’augmentation de notre déficit commercial qui attendra la France si les vœux ministériels deviennent réalité. C’est une mise en dépendance de la France aux matières plastiques importées car les usages que le ministre souhaite interdire seront autorisés en Europe.
C’est une perspective inflationniste car le plastique est le matériau bon marché par excellence comparé à ses substituts et ce, sans compter les effets collatéraux comme l’augmentation du poids des véhicules privés de plastique, augmentation qui fera au moins la joie des finances publiques avec le malus au poids en vigueur. La méthode française, c’est nettoyer 0,02% de sa maison et faire croire que toute la maison est devenue propre. C’est faire supporter aux industriels français les errements de contrées où la poubelle de tri, c’est la rue ! C’est en définitive vouloir sacrifier un secteur industriel au prix d’une efficacité écologique nulle mais d’une augmentation des prix qui ne le sera pas.