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Ces résistants d’opérette qui saluent Manouchian

80 ans après son exécution par les nazis, le résistant Missak Manouchian va entrer au Panthéon, mercredi 21 février, aux côtés de son épouse Mélinée. La cérémonie d’hommage, présidée par Emmanuel Macron, commencera peu après 18 heures, en présence du Premier ministre arménien Nikol Pachinian.


En France, les « résistants » en chaise longue plastronnent. Mais ils affrontent des ombres, en alertant sur un fascisme fantasmé. Le ridicule leur est promis. N’est pas Alexeï Navalny qui veut. Qu’on l’apprécie ou pas, l’opposant russe a laissé sa vie, dans sa prison-goulag, pour s’opposer à Vladimir Poutine et à sa dérive autocratique. Le courage de Navalny ne peut lui être enlevé. Son épouse, Ioulia Navalnaïa, est également remarquable. Elle s’est engagée à poursuivre le combat de son mari en rappelant ses mots : « Ce n’est pas honteux de faire peu. C’est honteux de ne rien faire, ou de vous laisser intimider ». Le lanceur d’alerte Julian Assange, incarcéré en Grande-Bretagne, fait partie de ces personalités dont on devine qu’elles ne reculeront pas face aux pressions et à l’adversité. En comparaison, les guignolades de ceux qui, en France, hurlent en meute au retour de l’extrême droite et de la bête immonde révèlent l’effondrement de l’esprit critique. La presse de gauche se garde, majoritairement, de barrer la route au totalitarisme islamiste et à son entreprise de conquête. Elle est en revanche intarissable contre la droite, quand elle se rend coupable de dire des vérités interdites. Pour s’être cru dépositaire d’une vigilance démocratique appliquée à l’audiovisuel, Christophe Deloire, patron de Reporters sans Frontières, s’est transformé, sous les applaudissements de la caste, en dénonciateur de la liberté d’expression sur CNews et en valet des intérêts d’Emmanuel Macron dans l’organisation des futurs états-généraux de l’information, voulus par le président. Ce dernier s’inquiète notamment de la « commoditisation » (sic) (entendre : banalisation) du journalisme. Tout est bidon chez ces résistants d’opérette.

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Le chef de l’Etat fait partie de ces poseurs, bras ballants devant les vrais dangers. Son choix d’exclure le RN et Reconquête de « l’arc républicain » (L’Humanité, lundi) relève du procédé stalinien de la diabolisation.

 Son appel à la « décence », pour dissuader (en vain) Marine Le Pen d’assister ce mercredi à la panthéonisation de Missak et Mélinée Manouchian, est une autre manière de traquer des fantômes pour faire passer le RN pour un mouvement fascistoïde. Ces manipulations disent la petitesse du pouvoir. Les trucages invitent à relativiser la résistance du Parti communiste, qui pactisa avec l’Allemagne nazie de 1939 à 1941. Faut-il rappeler à L’Humanité, qui se rengorge de l’hommage rendu ainsi aux résistants communistes et étrangers, la démarche initiée par Jacques Duclos en juin 1940 auprès d’Otto Abetz, proche d’Hitler, pour refaire paraître le journal, au nom notamment de la lutte contre le « juif Mandel » ? Faut-il rappeler ses dithyrambes après la mort de Staline ? Et les dizaines de millions de morts jamais expiés, aucun équivalent du procès de Nuremberg n’étant venu demander des comptes à cette idéologie totalitaire ? Ce mercredi dans Le Figaro[1], l’historien du communisme, Stéphane Courtois, rappelle que Manouchian fut un « modeste résistant » dont « la vraie patrie était l’URSS ». Reste la question : les vrais résistants, s’il en reste, sauront-ils enfin se faire entendre ?


[1] https://www.lefigaro.fr/vox/histoire/stephane-courtois-la-mort-de-missak-manouchian-suscite-l-admiration-mais-son-heroisation-a-ete-construite-par-le-pcf-20240220

«On nous condamne à un monde désexualisé, puritain et insultant»

Selon l’essayiste québécois, les néoféministes ne cherchent pas simplement à bannir le sexisme. Elles rêvent de proscrire la sexualité, voire d’abolir la différence des sexes. C’est aussi ça, Le Totalitarisme sans le goulag.


Causeur. Le titre de votre livre appelle une question évidente : le totalitarisme sans le goulag, c’est mieux qu’avec, non ?

Mathieu Bock-Coté. Naturellement, cela va de soi, mais c’est du totalitarisme quand même, pour peu qu’on comprenne que ce dernier est inscrit dans la matrice de la modernité et en représente une tentation insurmontable. La modernité génère la tentation totalitaire et la tentation totalitaire génère l’esprit de procès. Nous pensions le totalitarisme intrinsèquement dépendant des techniques de domination monstrueuse propres au XXe siècle. Aujourd’hui, il n’a pas besoin de tuer, il lui suffit d’imposer comme un Bien ultime la transparence sociale intégrale, qui légitime le contrôle des pensées, des arrière-pensées, des discours, des comportements au quotidien, en plus de transformer la société en camp de rééducation à ciel ouvert. Cela donne une conception standardisée, interchangeable, ennuyeuse de l’existence.

En vous lisant, j’ai été frappée par les similitudes entre le régime diversitaire et l’un de ses alliés, qu’on peut appeler le « régime féminitaire », ainsi que par les similitudes entre eux et leur ancêtre soviétique. Mais vous traitez plus longuement le militantisme trans…

Ce qui m’intéresse, ce sont les zones de friction, où l’idéologie dominante se révèle dans sa radicalité violente. Le néoféminisme est omniprésent, avec le soupçon généralisé jeté sur le désir entre les sexes – et je l’aborde dans mon livre. Toutefois, là où le régime veut nous forcer à franchir les barrières de la logique, c’est sur la question du genre. Nous obliger à dire qu’un homme peut être enceint revient, comme le disait Orwell, à nous imposer de croire que « deux plus deux égale cinq ».

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En tout cas, ces luttes convergent dans la haine du même ennemi : l’extrême droite, incarnée par l’homme blanc.

Dans mon précédent livre, La Révolution racialiste, je citais Pauline Harmange, auteur de Moi les hommes, je les déteste, pour qui la détestation des hommes est une condition essentielle de l’émancipation. En effet, l’immigrationnisme et le néoféminisme maudissent la même figure : l’homme blanc de plus de 50 ans qui ne cherche pas à devenir un allié. D’ailleurs, même le repenti/converti qui veut devenir l’allié des minorités – c’est un titre à part entière – est à jamais marqué par une tache indélébile, sa couleur de peau et son sexe biologique. Et le couperet peut s’abattre sur des hommes de gauche. Je n’ai pas une sympathie exagérée pour Julien Bayou, mais il a été la proie d’un comité de la terreur militante…

D’un club d’ex qui se montaient le bourrichon.

On oublie, dans ces affaires, que l’être humain est fondamentalement vengeur, mesquin, capable du pire. La présomption d’innocence est au contraire fondée sur une connaissance intime du cœur humain. Si les militants veulent la faire tomber, c’est parce qu’elle est le dernier pilier libéral de notre système juridique auquel ils veulent substituer quelque chose ressemblant terriblement à la justice révolutionnaire. À la limite, ils admettent la présomption d’innocence devant les tribunaux, mais cela ne vaut pas pour la société. Voyez l’enthousiasme qu’ils mettent à faire tomber des têtes, surtout quand il s’agit de gloires déclinantes.

L’étendard des femmes masque évidemment une haine du désir masculin – pas seulement hétérosexuel d’ailleurs.

Sur le plan symbolique, le désir masculin hétérosexuel est tout de même spécifiquement ciblé, frappé d’illégitimité constitutive. La logique coloniale est appliquée aux rapports entre hommes et femmes. Les femmes doivent se décoloniser. Le désir est l’amorce du viol. Je me souviens d’un article dans Libé où une jeune fille célébrait la sexualité sans pénétration, ce que son copain disait respecter, et qui s’en faisait même une fierté. Ils appelaient ça, si je me souviens bien, une sexualité n’étant plus phallocentrée. Je leur souhaite bien de la joie.

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Des Blancs qui font repentance restent assez rares chez nous où la vision raciale du monde peine à s’implanter. En revanche, les hommes qui clament leur adoration pour Metoo sont légion.

Parce que c’est une condition de survie en société. De plus, chacun se demande s’il n’a pas un vague crime sur la conscience dans une société qui a inventé le retrait de consentement a posteriori. Le périmètre de la liberté d’expression se réfracte. Dans l’espace public qui est le nôtre, un homme peut à la limite dénoncer les dérives de Metoo, mais seules les femmes peuvent en critiquer le principe. Ce mouvement nous oblige à dire ce qui va de soi, alors je le dirai aussi : je condamne, comme tous les êtres civilisés du monde, les agressions, le non-respect du consentement. Et ainsi de suite.

Mais vous savez qu’il ne s’agit pas de ça ! Diriez-vous que Metoo est un bloc ?

Dès l’origine, le cri de ralliement de Metoo a été « on vous croit », qui abolit les règles élémentaires de la société libérale. Dans la foulée, on a confondu dans le même opprobre le dragueur lourd, aussi peu recommandable soit-il, et Weinstein. Enfin, d’un point de vue anthropologique et philosophique, ce mouvement veut en finir avec la part sombre et inavouable du désir et de l’amour. Les nouveaux chiens de garde rêvent d’une humanité programmable, délivrée des passions. En effet, les passions sont dangereuses. Et excitantes. J’ajoute que je ne suis toujours pas parvenu à comprendre le concept d’emprise. Je le croyais indissociable de l’amour. Mais dans un monde qui rêve de rapports transparents, aseptisés et hygiéniques entre les sexes, ce n’est plus le cas.

Dans votre précédent livre, vous considériez qu’avec l’affaire George Floyd, le régime diversitaire connaissait son « moment 1793 ». La guillotine féministe n’est pas en reste.

Et elle n’est pas sans efficacité. La figure inaugurale des guillotinés, le « porc zéro », c’est Éric Brion. Il a évidemment été grossier et ses remarques à Sandra Muller étaient plus que déplacées. Cela dit, il a été rayé de la société pour cela – pour grossièreté. À ceux qui disent qu’il n’y a pas de révolution sans victimes collatérales, je réponds qu’il n’est pas anecdotique que dès l’origine de cette révolution, on trouve une confusion entre la grossièreté et l’agression.

Aujourd’hui, vous pouvez être excommunié pour une pétition. Raison pour laquelle les signataires de la tribune Depardieu se sont débinés en bande organisée.

Quand Emmanuel Macron a pris la défense de Depardieu, le récit public a tangué. D’autant qu’avec raison, ils furent nombreux, car c’était là l’essentiel, à se porter à la défense de la filmographie de Depardieu, contre ceux qui rêvaient de l’effacer de la grande histoire du cinéma. Pour ce qui est des signataires de la tribune à laquelle vous faites référence, ils ont oublié que la morale d’hier, leur morale, n’avait plus cours. C’est le drame de beaucoup d’hommes de gauche. S’ils restent fidèles à leurs valeurs les plus essentielles, ils sont expulsés de la gauche – la gauche est une purge permanente. Alors pour demeurer à gauche, beaucoup adoptent la nouvelle religion avec un fanatisme redoublé. Après un « dérapage » raciste ou sexiste, le rituel de réintroduction dans la cité exige que le repenti soit plus virulent que ses dénonciateurs. En Amérique du Nord, c’est un classique. J’ai déjà évoqué ce chanteur qui avait dit : « Je me contrefiche de la parité, je veux les meilleurs musiciens. » Il a dû s’excuser. D’abord, « je suis un homme blanc », ensuite « mes amies féministes m’ont fait prendre conscience de mes privilèges, mais c’est déjà difficile d’être une femme aujourd’hui donc je vais me rééduquer moi-même et devenir un allié ».

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Toutes les nuances de la droite sont hostiles au régime diversitaire, alors qu’elles sont divisées sur les enjeux de Metoo. Mes amis de la droite catho se méfient de la liberté des mœurs.

Vous êtes un peu sévère, la droite catho a une connaissance intime de la bête humaine, et si elle croit à la vertu civilisatrice des mœurs, elle ne se fait pas trop d’illusion non plus sur la bête humaine – j’ajouterais que sachant l’homme habité par le péché, elle n’est pas surprise de le voir pécheur. Nous avons, je crois, les mêmes amis dans la droite catho, mais ils me semblent bien plus conscients de la complexité humaine que vous ne le suggérez. J’ajoute qu’ils ne sont pas hostiles aux blagues grivoises, ce qui tombe bien, car je les aime bien aussi !

Parallèlement à l’extension continue du domaine du racisme, on assiste à l’extension continue du domaine du viol.

Nous avons perdu le sens du « pas d’amalgame » : nous entrons dans la même catégorie le regard insistant, la drague, la drague lourde, l’agression et le viol. Donc si je vous ai regardée quinze secondes de trop, et que vous y avez détecté la possibilité d’un désir, nous sommes déjà engagés dans un processus de viol. Surtout en milieu professionnel, où c’est assimilable à une tentative d’intimidation et d’asservissement. Ces gens-là nous condamnent à un monde désexualisé, puritain, désagréable et insultant.

Comme dans les pays communistes ou islamistes, on se cachera pour vivre normalement.

Impossible quand l’intime est considéré comme du public occulté. Cela dit, permettez-moi de vous raconter un souvenir : dans les suites du mouvement Metoo, je me souviens d’une jeune femme expliquant qu’un homme s’engageant dans une histoire avec une femme sans lui dire qu’il était déjà en couple pouvait être accusé d’avoir falsifié les règles du consentement, car il n’avait pas été parfaitement clair sur sa situation – il y aurait, dans cette histoire, un vice de consentement.

Cela fait des siècles que les hommes mentent pour avoir du sexe.

C’est fini ! Nous vivons sous le règne de la transparence intégrale.

La vraie vie va continuer comme avant.

Non, cette révolution emporte tout, la jeune génération a basculé dans un néopuritanisme véritable. Vous me direz que le sens commun suffit à déconstruire ces âneries, mais quand le sens commun n’est pas soutenu par un discours philosophique ou idéologique, il finit par s’effriter.

Journée Internationale des droits des Femmes, Paris, 8 mars 2021. L’extension continue du domaine du viol nous condamne à un monde désexualisé, puritain, désagréable. © Alex Milan Tracy/Sipa

Fournir une armature intellectuelle à la résistance naturelle de la vie concrète, vous vous y employez. Mais pourquoi la société s’écrase-t-elle devant des minorités militantes ?

Ce sont les minorités fanatiques qui font les révolutions. La radicalisation féministe et la radicalisation diversitaire sont l’œuvre d’avant-gardes. Quand je parle de totalitarisme, ce n’est pas une métaphore : des dissidents, nous en avons, nous aurons des enfants qui dénonceront leurs parents. Et déjà, les journalistes qui se vouent à traquer le surgissement, dans le vocabulaire, de termes non autorisés font office de commissaires politiques.

Les révolutions précédentes avaient des moyens de coercition.

En une journée, on peut perdre sa vie, sa carrière, sa femme, ses enfants, ses amis, son emploi, ce n’est pas rien comme répression. Cela peut conduire au suicide.

Tous les totalitarismes ont fini par s’écrouler. Que faire ? comme disait Lénine…

Je crois à la politique et à la dissidence. La contre-société qui s’organise sous le signe de l’amitié a créé les premiers espaces de liberté véritables. Des gens peuvent se rassembler et vivre dans les interstices de la société. Et il suffit par ailleurs de quelques médias libres pour redonner une impulsion démocratique à une société.

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La société française semble avoir un peu plus d’anticorps que les sociétés nord-américaines.

La société québécoise n’a pas du tout le même rapport au désir : il ne circule pas aussi librement dans la société qu’en France. C’est le drame d’une société sans État indépendant, la fonction verticale régalienne a été occupée par des Anglais, leurs serviles serviteurs locaux ou des prêtres en robe. Résultat, la virilité ne s’est jamais particulièrement développée au Québec, sauf à travers la figure du bûcheron taiseux. Ici, des femmes partagent votre manière de voir le monde, la vie et les hommes : au Québec, celles qui pensent comme vous sont condamnées au chuchotement. Cela dit, on voit aussi monter une droite masculiniste affligeante. Sans virilité, il ne reste que la masculinité primitive. Comme idiots utiles, on ne fait pas mieux.

Une société délivrée de la sexualité, cela me paraissait impossible, mais Muray avait raison. Le féminisme pudibond veut sortir de l’Histoire et revenir à l’humanité d’avant la Chute – d’où son acharnement à nier la différence des sexes.

En effet, il n’y a plus ni hommes, ni bêtes mais un magma de vivant indifférencié, l’être humain étant le plus toxique des êtres vivants. L’humanité délivrée de la fracture inaugurale entre sexes, entre civilisations, entre peuples, entre nations, c’est le fantasme de toutes les révolutions, et elles sont prêtes à aller très loin pour l’imposer.

Que répondez-vous à ceux qui disent que ça passera ?

Que ça ne passe pas du tout. Alors peut-être que, dans un siècle, ce sera passé, mais pour les générations actuelles, cette norme sociale est étouffante.

Tout de même, on ne risque pas la mort physique. Avons-nous perdu l’amour de la liberté ?

Dans tous mes livres depuis 2007, ma grande question est celle de l’identité. Dans celui-là, pour la première fois, la grande question est celle de la liberté. Car c’est elle qui est aujourd’hui piétinée.

Mathieu Bock-Côté, Le Totalitarisme sans le goulag, Stock, 2023.

Le Totalitarisme sans le goulag

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La psychanalyse ou l’excision mentale

Notre contributrice aimerait pouvoir dire à l’actrice Judith Godrèche que l’asymétrie et l’emprise ne sont pas synonymes, et que de son côté c’est un homme de plus de 60 ans qui lui a appris à dire non. Concernant la psychanalyse, elle le reconnait, elle est partiale sur le sujet. Elle n’a pas trop aimé terminer chez un lacanien en blouse blanche…


Judith Godrèche n’a pas eu de chance. Elle aurait pu naitre dans les quartiers HLM de Tourcoing d’un père alcoolique et d’une mère victime d’inceste, s’échapper d’une famille de la petite classe moyenne embourgeoisée. Fuguer en Allemagne avec son amoureux – un crétin de son âge, ce qui aurait tout changé. Elle aurait pu finir bonne, dans le Triangle d’or, pour des Koweïtiens pratiquant les châtiments corporels ou terminer vendeuse chez Sephora. Mais non. Judith n’a pas eu de chance. Avoir deux parents psychanalystes est une tare dont on ne se relève pas.

Freudy and co

Baignant dans la fumisterie semi-savante de Freudy and co, Judith Godrèche a appris à s’allonger… sur le divan. Pour février, de Miller au cinéma français, #metoo met en scène des petits meurtres entre freudo-lacaniens. Appelez-moi quand ils seront tous morts. Je viendrai chanter un requiem. Un requiem à la Gainsbourg.

Il paraît que Sandrine Rousseau a honte d’avoir cru en Gérard Miller. «Si même les alliés s’avèrent être des agresseurs ou des violeurs potentiels, sur qui s’appuyer ? C’est un combat dans lequel on ne peut compter sur aucun homme». Ce combat concerne beaucoup d’hommes, surtout ceux que metoo, au mieux, indiffère. Mais il ne faut compter sur aucun psychanalyste. La doctrine psychanalytique, hystériquement obsédée par « le phallus symbolique » est un miroir inversé assez flagrant de Sandrine et de ses obsessions pour les clitoris en pâte à sel, ou autre geste en triangle avec ses mains, censé représenter une vulve dans l’Assemblée nationale. Gérard Miller et Freud ont-ils créé Sandrine Rousseau ? En tout cas, la ressemblance est troublante.

La psychanalyse ou la fabrique du non-consentement

Qu’est-ce que la psychanalyse en pratique ? C’est une doctrine dogmatique assez simple. Vous dites noir, le psychanalyste dit blanc, et inversement. Un homme ne vous a pas violé, le psychanalyste prendra plaisir à en faire un coupable. Un homme vous a violé, le psychanalyste prendra plaisir à vous culpabiliser. Une fois folle de cette inversion perverse, il dira que la folie vient d’un traumatisme inconnu lié à pôpa et môman. La mécanique est bien rodée[1].

Toute leur doctrine est une protection contre la peur des femmes. Lederer[2] expliquait en 1970 que les théories freudiennes projetaient les désirs de pères incestueux sur leurs enfants. Il recevait des patients terrorisés de voir les seins de leurs filles pousser. De temps en temps, un praticien sort du bois pour expliquer que Freud a d’abord eu raison sur les violences sexuelles avant de rebrousser chemin pour parler de fantasme de l’enfant. La psychanalyse s’est historiquement construite dans le déni de la réalité du viol, mais aussi de la sexualité des femmes. Peut-être est-il temps de se demander avec quelles méthodes sont soignées les traumatismes dans ce pays pour stopper metoo.

Patiente, patiente, dis-moi qui est le plus beau ?

La psychanalyse est une mafia cultureuse faite pour que des hommes mal dans leur peau se croient désirés. Vous vous rappelez les femmes savantes de Molière ? Il faut s’imaginer Gérard Miller jouant la vieille Belise dans la scène IV de l’acte I face à Clitandre. Il lui demande de l’aide pour épouser Henriette. Elle le croit secrètement amoureuse de lui.

Clitandre

Souffrez, pour vous parler, Madame, qu’un amant
Prenne l’occasion de cet heureux moment,
Et se découvre à vous de la sincère flamme….

Belise

Ah tout beau, gardez-vous de m’ouvrir trop votre âme :
Si je vous ai su mettre au rang de mes amants,
Contentez-vous des yeux pour vos seuls truchements,
Et ne m’expliquez point par un autre langage
Des désirs qui chez moi passent pour un outrage ;
Aimez-moi, soupirez, brûlez pour mes appas,
Mais qu’il me soit permis de ne le savoir pas »

Le petit chat est mort ? Votre grand-mère est malade ? Votre plan cul de la veille est extraordinaire ? Vous vous faites harceler ? Peu importe. Tout pourrait se résumer à ce dialogue de sourd visant, pour le psychanalyste, à se croire tout-puissant et l’objet des désirs de la patiente.

Entre la réalité et le divan, il faut choisir. Gérard Miller a reconnu des « relations asymétriques » mais « n’avoir contraint personne ». L’état de conscience modifié n’interdit en rien le sexe si les partenaires sont prévenues. Sans quoi, l’état de surprise tel que défini dans l’article 222-23 du Code pénal sur le viol peut être retenu.

Qui sait… Le goût de certains anciens Mao pour Lacan a sans doute une justification doctrinale dans leur amour historique pour la démocratie participative. Miller, l’homme de la barricade qui préfère le divan au lit. Quelle drôlerie de voir la gauche radicale plaider l’asymétrie ? C’est à croire que l’emprise est la maladie des tartufes de l’Égalité.

De même, je ne serais pas étonnée que Godrèche ait mis 15 ans de psychanalyse pour transformer une relation asymétrique avec une mineure émancipée, et faire de Jacquot un coupable pervers. Contrairement à ce que dit la droite, l’emprise est dans le Code pénal comme un « état de suggestion psychologique ». La dépendance amoureuse et la suggestion… deux mondes. Jacquot est peut-être pervers. Je n’en sais rien. Je sais seulement que là où la psychanalyse passe, la vérité s’étouffe, et les comptes en banque se vident.

L’abus de morale est dangereux pour la santé

Judith. Il arrive que les hommes âgés violent, et l’emprise détruit. Mais souvent ils sauvent et réparent ce que d’autres ont cherché à détruire. Certains apprennent à dire non aux jeunes femmes sans en abuser. Et que faire de celles qui s’en sont sorties grâce à eux ? Faut-il les envoyer de force chez un psy afin qu’elles pensent comme il est désormais obligé de penser : que toute asymétrie est un abus.

Depuis le début de metoo, ce constat me hante. Combien d’hommes se sont vu reprocher des agressions inventées dans un cabinet feutré par un psy lacanien, pudibond et malsain? Combien de patientes ont été massacrées par les mêmes cinglés obsédés par leur âge ? Fabriquer de la culpabilité pour créer des victimes est au mieux idiot. Godrèche explique avoir été un objet sexuel adolescente. Je ne sais pas. Elle a désormais un visage de cire, celle d’un objet analysé.

En faisant tourner sa propre fille dans sa série sur Arte, Godrèche rallume une forme de lutte des classes. Avant, les producteurs lançaient les actrices en couchant avec elles, désormais les actrices lancent leur fille en contactant les producteurs. Metoo dans le cinéma un enjeu de pouvoir ? Indirectement, metoo fabrique des nepobaby, fils et filles de célèbres, souhaitant suivre les pas de leurs parents. Les débutants confrontés à ces passes-droits dans le cinéma apprécieront la psychanalyse de Godrèche.


[1] « La psychanalyse est-elle une secte » – Sophie Robert

« Les illusions de la psychanalyse » – Jacques Van Rillaert

[2] « La peur des femmes »- ed Payot – 1970

Manouchian et l’extrême droite: les pieds dans le plat de Résistance

Avec l’entrée des Manouchian ce mercredi au Panthéon, le récit d’une extrême droite collabo opposée à une Résistance venue essentiellement de l’autre bord est benoîtement relayé, jusqu’au plus haut sommet de l’État. La réalité historique est tout autre.


« Les forces d’extrême droite seraient inspirées de ne pas être présentes, compte tenu de la nature du combat de Manouchian. » C’est par cette formule lapidaire que le président Macron a commenté dimanche dernier, dans les colonnes de L’Humanité, l’entrée au Panthéon du résistant communiste d’origine arménienne Missak Manouchian. Parce que Vichy et son « travail, famille, patrie », c’est l’extrême droite ? Parce que Jean Moulin, Pierre Brossolette, les Aubrac et consorts viennent de la gauche ? Parce que les communistes incarnent le parti des 75 000 fusillés ? Ou un peu moins si l’on en croit les historiens, qui estiment à environ 4 000 le nombre global de fusillés en France, sous l’Occupation.

Rappels historiques

Les faits étant têtus et parfois déplaisants sur ce sujet clivant, il semble bon d’en rappeler un certain nombre, que l’on pourrait ainsi résumer à grand trait : les premiers à rallier le général de Gaulle à Londres à partir de juin 1940 viennent pour la plupart de l’extrême droite (par patriotisme et par haine de l’Allemagne), les figures marquantes de la collaboration sont bien plus souvent qu’on ne le pense issues de la gauche (par pacifisme ou par opportunisme) et les communistes sont alliés avec les nazis jusqu’en juin 1941, Pacte germano-soviétique oblige !

Commençons par l’extrême droite, concept de plus en plus fumeux par les temps qui courent. De par leurs propos ou leurs prises de positions, les deux figures emblématiques qui se sont opposées à Hitler en Europe, à savoir Winston Churchill et le général de Gaulle, seraient de nos jours rejetées à la droite de l’extrême droite et feraient presque passer Éric Zemmour ou Marine Le Pen pour des gauchistes bien-pensants. Comme le montre notamment l’historien israélien (et de gauche) Simon Epstein dans son passionnant livre Un paradoxe français : Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, la France libre à l’été 1940 ne penche pas vraiment à gauche. Et même pas du tout. À l’instar de Daniel Cordier – le futur secrétaire clandestin de Jean Moulin – et du Colonel Rémy, l’homme du 18 juin accueille surtout dans les premières semaines, à Londres, des jeunes militants de l’Action française. Ce ne sont pas les seuls grands résistants à afficher leur sympathie pour Maurras ou Drumont. Emmanuel d’Astier de la Vigerie, qui va fonder le mouvement Libération-Sud puis le journal éponyme, flirte avec l’Action française avant la guerre, la presse collaborationniste ne se privant pas d’exhumer les textes antijuifs du futur compagnon de route du Parti communiste. Le créateur du réseau de renseignement la Confrérie Notre Dame, Louis de la Bardonnie, et Raymond Triboulet, qui s’engage dans l’action clandestine au sein de Ceux de la Résistance, partagent les mêmes affinités « extrême-droitières », tout comme Honoré d’Estienne d’Orves. Fusillé au mont Valérien en août 1941, ce martyr de la Résistance est proche de l’Action française durant ses années lycéennes. Cela suffira d’ailleurs à susciter l’indignation de conseillers régionaux socialistes et de syndicats enseignants d’un autre siècle, qui refusent en octobre 2018 que le département de Loire-Atlantique donne le nom de cet illustre officier de marine au lycée de Carquefou[1].

Le membre fondateur du Conseil national de la Résistance (CNR), Jacques Debû-Bridel, ainsi que des jeunes résistants nommés Pierre Messmer et Pierre de Bénouville sont des anciens Camelots du roi. Paul Dungler est quant à lui un cumulard : ancien dirigeant de l’Action française en Alsace, à la fois Camelot du roi et Cagoulard, il fonde en septembre 1940 le premier réseau antiallemand dans le Haut-Rhin (la 7e colonne d’Alsace), composé essentiellement de militants d’extrême droite. Luc Robet, qui dirige l’Organisation de résistance de l’armée (ORA) dans le Finistère, le sulfureux docteur Henri Martin, qui prend le maquis et participe à la libération de la France avec la 7e armée américaine du général Patch, ont eux aussi un passé cagoulard, tout comme semble-t-il le général Giraud, que Roosevelt va mettre dans les pattes du général de Gaulle en Afrique du Nord. L’un des principaux chefs de la Résistance, Pierre Fresnay, n’est pas non plus un gauchiste. Le fondateur du mouvement Combat fait publier en 1940 un manifeste incluant une clause discriminatoire pour les Juifs, ainsi qu’un tract fustigeant « la finance juive » qui prend dans l’économie nationale « une place intolérable ». À l’origine de l’un des plus importants réseaux clandestins (l’Alliance), le très anticommuniste général Loustaunau-Lacau ne se montre guère plus philosémite. Maurice Ripoche, fondateur du groupe Ceux de la Libération, non plus. Arrêté par les Allemands en 1943, cet ancien Croix-de-Feu sera décapité à Cologne l’année suivante. Dans cette gigantesque zone grise qu’est la France occupée, un homme est parrainé par deux membres de la Cagoule pour être décoré de la Francisque : François Mitterrand. La cérémonie a lieu en mars 1943, soit tout de même neuf mois après la rafle du Vél D’Hiv. Il faudra attendre quelques mois de plus pour voir le futur président de la République s’envoler pour Londres, puis basculer dans la clandestinité, peut-être par conviction, peut-être aussi pour assurer ses arrières, la Wehrmacht étant en train de reculer sur tous les fronts. Le général de Gaulle, qui juge sans doute cette intrépidité un peu trop tardive, rayera l’ancien vichyssois de la liste des Compagnons de la Libération qu’on lui soumet au lendemain de la guerre. La carrière politique de François Mitterrand peut tout de même démarrer, et ce sera désormais à gauche.

Il n’y a pas que des Jean Moulin à gauche

La gauche justement. Sous l’Occupation, elle donne quelques grands résistants, à commencer par Jean Moulin. Elle donne aussi quelques grands collabos, et non des moindres. Les trois chefs du gouvernement qui se succèdent à Vichy sont à l’origine des hommes gauche. Ancien membre de la SFIO, Pierre Laval brigue un siège de député sous la bannière socialiste jusqu’au milieu des années 1920. Chef du cabinet militaire de Georges Leygues durant la Troisième République, fils d’un ancien ministre de la Justice dreyfusard et franc-maçon, l’amiral Darlan est étiqueté radical-socialiste avant la guerre. Ancien président du Conseil (en 1934-1935), Pierre-Étienne Flandin fait partie de la Fédération des gauches quand il entre à la Chambre pendant la Première Guerre mondiale, avant de devenir une figure de la droite modérée. De nombreux ministres du régime de Vichy voguent eux aussi à bâbord avant 1940. Pierre Cathala, ministre à l’Économie nationale et aux Finances puis secrétaire d’État à l’Agriculture et au Ravitaillement, est radical-socialiste. Tout comme Raymond Grasset, le très anti-avortement ministre de la Santé de Pierre Laval, Jean Filippi, secrétaire général aux Questions économiques à partir de juillet 1941 et futur secrétaire d’État au Budget de Guy Mollet en 1956, ou encore un certain René Bousquet. Le secrétaire général de la Police nationale de Pierre Laval et organisateur de la rafle du Vél D’Hiv se voit confier la responsabilité du fichier central à la Sûreté nationale sous le Front populaire, en raison de ses opinions de gauche. Le ministre des Transports de Darlan, Jean Berthelot, et le ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement de Laval, Max Bonnafous, sont d’anciens membres de la SFIO, la figure la plus emblématique restant Adrien Marquet. Le maire socialiste de Bordeaux, rallié au Front Populaire, pousse une grande majorité des parlementaires de la SFIO à voter les pleins pouvoirs à Pétain, en juillet 1940. Éphémère ministre de l’Intérieur sous Vichy, il est le premier homme politique français à parler de « collaboration » avec l’Allemagne à la radio. Il participe par ailleurs à la création du Rassemblement national populaire de Marcel Déat et accueille dans sa ville des expositions antisémites et à la gloire du Troisième Reich.

L’ancien sénateur de la Gauche démocratique, Henri Lémery, est nommé ministre aux Colonies du premier gouvernement Laval. Ministre des Communications en juillet 1940, François Piétri siégeait quelques jours plus tôt à la Chambre des députés parmi les républicains de gauche. Le secrétaire général à l’Information et à la Propagande Paul Marion a avant la guerre la carte du Parti, communiste puis socialiste, à l’instar de François Chasseigne, commissaire général au Service du travail obligatoire puis secrétaire d’État à l’Agriculture et au Ravitaillement. Avant de devenir le premier des ministres de la Guerre de la France occupée, le général Louis Colson envoie des armes aux républicains espagnols. Jean Jardel, secrétaire général de l’amiral Darlan puis du maréchal Pétain, est directeur du budget sous le Front populaire. Les responsables de la CGT ont également leur rond de serviette auprès du vainqueur de Verdun, à l’image de René Belin, ministre du Travail, et de Francis Million, secrétaire général à la Main-d’œuvre. De nombreux anciens ministres de gauche, et non des moindres, se fourvoient pendant l’Occupation. C’est entre autres le cas des radicaux-socialistes Camille Chautemps, président du Conseil à trois reprises sous la Troisième, et de l’ancien ministre des Affaires étrangères Georges Bonnet, qui signe les tristement célèbres accords de Munich. Parmi les socialistes, l’ancien président du Conseil Fernand Bouisson ne chante pas non plus le chant des partisans sous la douche, loin s’en faut. Charles Spinasse, l’homme de la semaine des 40 heures et des accords de Matignon dans le gouvernement Léon Blum, va croupir quelques mois en prison à la Libération et est exclu de la SFIO pour « félonie ». L’ancien secrétaire général du Parti socialiste et ministre du Front populaire Paul Faure (à ne surtout pas confondre avec Olivier Faure) subit le même sort. Sur 17 anciens ministres socialistes encore en vie en 1944, 12 sont exclus de leur parti au vu de leur comportement pendant la guerre. La proportion parle d’elle-même.

Compromissions à degrés divers

Mieux encore, ou pire c’est selon, les deux dirigeants des deux principaux partis collaborationnistes, le Parti populaire français (PPF) et le Rassemblement national populaire (RNP) sont fondés et dirigés par un ancien communiste (Jacques Doriot) et un ancien socialiste (Marcel Déat). Accusés de complicité de crime contre l’humanité bien après la guerre, René Bousquet on l’a vu et Maurice Papon sont proches des radicaux-socialistes, peu avant la guerre. Comme l’écrit cruellement Simon Epstein dans l’avant-propos de son livre : « Jacques Doriot, Marcel Déat, Gaston Bergery, Jean Luchaire, Simon Sabiani, Georges Dumoulin et tant d’autres ont eu, en leur temps, d’excellents rapports avec la LICA. Drieu la Rochelle, Fernand de Brinon, Georges Suarez ont eu, chacun en son style, leur période d’indignation antiraciste. » Car au-delà des politiques, toute une partie de l’intelligentsia issue de la gauche ne prend pas le maquis pendant les années sombres. Georges Suarez, Pierre Drieu la Rochelle, Jean Luchaire, Alphonse de Chateaubriand, Jean Cocteau, Marcel Aymé, Jean Giono, Alain, Bertrand de Jouvenel, Marc Augier alias Saint-Loup, Marcelle Capy, Armand Charpentier, Marguerite Duras, Jean de la Hire, Camille Mauclair, Jean-Michel Renaitour, Romain Rolland, André Salmon, Robert Hersant (la liste n’est pas exhaustive)… tous se compromettent, à des degrés divers, du temps où la croix gammée flotte sur la Tour Eiffel. Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre sont loin d’être irréprochables eux aussi. La première anime en 1943 une émission musicale sur Radio-Vichy, entre deux diatribes de Philippe Henriot contre les Juifs, les Alliés ou la Résistance. « Il fallait bien vivre », expliquera-t-elle laconiquement dans ses Mémoires. Le second remplace au lycée Condorcet à Paris un enseignant juif évincé, en toute connaissance de cause. Il travaille lui aussi pour Radio-Vichy début 1944 et fait jouer deux de ses pièces, Les Mouches puis Huis clos, devant un parterre d’officiers allemands invités pour la première représentation.

Restent enfin les communistes, qui paient il est vrai un lourd tribut à la Résistance. Après le 22 juin 1941. Avant l’invasion de l’URSS par l’Allemagne nazie, c’est une autre histoire, moins glorieuse. Beaucoup moins glorieuse. À la suite du Pacte germano-soviétique, signé à la surprise générale le 23 août 1939, le gouvernement Daladier fait aussitôt interdire le quotidien L’Humanité (celui où le président Macron vient de donner son interview), puis le Parti communiste une fois la guerre déclarée. Membre du Comité central du PCF et futur secrétaire général de la CGT, Benoît Frachon propose pendant ce temps à son syndicat une motion saluant la signature du Pacte entre Staline et Hitler. Alors que des militants de la CGT et du Parti multiplient les sabotages dans les usines d’armement, pas moins de 27 députés communistes sont condamnés par le tribunal militaire de Paris à cinq ans de prison pour avoir approuvé le Pacte et reconstitué une ligue dissoute[2]. Parmi eux, Étienne Fajon, qui justifie l’invasion de la Finlande par l’URSS à la Chambre des députés, en janvier 1940, au milieu des cris et des invectives. Alfred Costes, lui, écrit depuis sa cellule au maréchal Pétain afin de « solliciter l’honneur » de témoigner au procès de Riom… contre Léon Blum. Parmi les prisonniers également, Ambroise Croizat, qui sera le ministre du Travail à l’origine de la sécurité sociale au lendemain de la guerre. Le parlementaire stalinien, qui a applaudi des deux mains le Pacte germano-soviétique, visite pas moins de 14 prisons différentes et est libéré en février 1943, amaigri de 30 kilos. Le futur secrétaire général du PCF Waldeck Rochet sort libre au même moment, presque dix ans jour pour jour avant les obsèques de Staline, auxquels il assistera aux premières loges, sur la place Rouge. Julien Racamond retrouve un peu plus tôt la liberté, puisqu’il négocie sa libération avec la Gestapo en échange d’une condamnation des « attentats individuels » contre les soldats allemands. Député communiste durant l’entre-deux-guerres, André Marty s’enfuit à Moscou après avoir publié en octobre 1939 une lettre ouverte à Léon Blum, dans laquelle il renvoie dos à dos la France et l’Allemagne nazie et dénonce la « guerre impérialiste ». « Le boucher d’Albacete », comme le surnomment ses camarades des Brigades internationales depuis la guerre civile espagnole, est déchu de la nationalité française et condamné par contumace à quatre ans de travaux forcés pour appel à la désertion.

Parmi les têtes d’affiche du Parti communiste, c’est encore moins glorieux. Mobilisé avec le 3régiment de génie à Arras, Maurice Thorez se fait la malle au bout d’un mois. Condamné à six ans de prison pour « désertion en temps de guerre », puis déchu de la nationalité française, l’indéboulonnable secrétaire général du Parti pendant plus de trente ans passe la guerre bien au froid en Union Soviétique avec sa compagne, Jeannette Vermeersch. Responsable du PCF clandestin sous l’Occupation, Jacques Duclos n’hésite pas à prendre contact avec les Allemands afin de faire reparaître légalement L’Humanité, journal dans lequel il fustige régulièrement le « Juif Mandel ». Au risque de ne pas déplaire à l’occupant, L’Humanité clandestine appelle rapidement à la fraternisation entre ouvriers français et soldats allemands, tandis que notre fidèle Stalinien (et futur candidat communiste à l’élection présidentielle en 1969) rédige en personne « l’Appel du 10 Juillet », un tract qui s’en prend pêle-mêle aux impérialistes, aux Anglais, à Blum, à Pétain et au général de Gaulle, dont il condamne l’Appel du 18 juin.

Le directeur de L’Humanité, Marcel Cachin, s’associe à la requête du PC clandestin auprès des autorités allemandes pour faire reparaître son journal. En 1941, sous la pression de la Gestapo (il est incarcéré quelques semaines en Bretagne avant d’être relâché), il signe une lettre de 19 pages désavouant les attentats contre l’armée allemande. Sa condamnation des « actes individuels » commis contre les soldats de la Wehrmacht est ostensiblement affichée sur les murs de Paris par l’occupant. Ce n’est pas du goût de ses « camarades », qui assènent que « la classe ouvrière vomira ce vieillard sénile » dans un faux numéro de La Vie ouvrière. Après la guerre, tout sera pardonné pour ce Stalinien de la première et de la dernière heure. En 1949, le Petit Père des peuples souhaite même publiquement un bon anniversaire au patron de L’Humanité, qui fête alors ses 80 ans. Et puis, il y a Georges Marchais. Le truculent secrétaire général du Parti communiste français sous Giscard et Mitterrand, et c’est un scandale, exerce dès novembre 1940 ses talents de métallo à l’Aktiengesellschaft-Ott, une société située dans l’Essonne spécialisée dans la réparation des avions de chasse de la Lutwaffe. En décembre 1942, il part travailler au cœur du Troisième Reich dans les usines de Messerchmitt en Bavière, où il est affecté à la construction du chasseur Focke Wulf 190. Pour sa défense, Marchais affirmera des décennies plus tard qu’il n’avait pas le choix en raison du STO. Sauf que le Service du travail obligatoire est instauré par les nazis à partir de février 1943. Le premier secrétaire du PCF prétendra également s’être évadé en mai-juin 1943, avant d’aller vivre clandestinement avec sa famille en Normandie jusqu’à la Libération. Sauf que des archives allemandes publiées par L’Express en 1980 démontrent qu’il est resté en Allemagne jusqu’à la fin de la guerre.

Manouchian entre donc (avec sa femme) au Panthéon, ce mercredi 21 février 2024. Passons sur le fait que ce héros de la Résistance, au courage indéniable, a combattu une idéologie mortifère au nom d’une autre idéologie tout aussi mortifère. Une question se pose néanmoins : ce militant communiste, comme d’autres, serait-il devenu un grand résistant si Hitler était resté l’allié de Staline pendant la guerre ?


[1] « Ce lycée qui refuse de porter le nom d’un résistant », Nicolas Lévine dans Causeur du 15 octobre 2018.

[2] Le Groupe ouvrier et paysan français à la place du Parti communiste, interdit depuis septembre 1939.

Après la honte

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À l’Oriental était la plus ancienne boutique du Palais-Royal. Ouverte depuis 1818, cette caverne d’Ali Baba vendait des articles pour fumeurs. Le Conseil constitutionnel s’apprête à la raser pour créer une salle d’attente…


Avec précipitation et discrétion, le Centre des Monuments Nationaux (CMN) a expulsé en janvier 2024 la plus ancienne boutique du Palais-Royal encore en activité. À l’Oriental avait ouvert ses portes en 1818 et vendait, depuis, des pipes et des tabatières, des fume-cigarettes et quantité d’objets précieux ou fantaisistes en lien avec le tabac. Cette institution de quelques mètres carrés, connue dans le monde entier, comptait parmi ses clients les rois d’Espagne et du Maroc, des capitaines d’industrie, de hauts magistrats et des artistes, chanteurs, comédiens, réalisateurs, mais aussi une foultitude d’anonymes qui, en entrant dans cette caverne d’Ali Baba, accomplissaient un petit rituel, venaient y respirer le parfum du Paris d’autrefois. Ses volumes intacts témoignaient de la vie au cœur de la capitale au début du XIXe siècle : local étroit et haut de plafond, escalier à vis, entresol… Le parfait exemple du « patrimoine du quotidien ».

Raison d’État !

Le CMN, garant de notre patrimoine en général et du Paris-Royal en particulier, n’est pas à l’initiative de cette expulsion scandaleuse. Il a été le funeste exécuteur des volontés du Conseil constitutionnel.
Depuis sa nomination, son président ne cesse de pousser les murs de son palais, annexant là une cave de la Comédie-Française, là une échoppe… et lorgnait sur À l’Oriental, son voisin immédiat, afin de le raser pour agrandir sa boutique de souvenirs et créer une salle d’attente. Raison d’État. C’est ainsi que le CMN n’a même pas cherché à sauver le condamné face à d’aussi grotesques convoitises. Pour complaire au président des Sages, il a livré sur un plateau ce morceau du patrimoine des Parisiens.

À lire aussi, Jean-Eric Schoettl : Loi immigration : désaveu d’échec

Et dans cette affaire, la honte se mêle à l’abjection. Pressé, très pressé de vendre des mugs estampillés CC et de faire assoir ses nobles visiteurs, le Conseil a réussi à faire expulser la gérante des lieux en un temps record. Les pires squatters à chiens sont traités avec plus d’égards. Rakel van Kote tenait boutique depuis près de trente ans et avait payé d’avance ses loyers pour l’année en cours. En quelques jours, ses serrures ont été changées, des scellés ont été posés et un échafaudage dressé devant ses vitrines pour camoufler le déménagement auquel elle n’a pas eu le droit d’assister. Sans inventaire préalable, et à l’abri des regards, quelque 250 cartons ont été remplis puis envoyés dans un garde-meubles loin de Paris – à ses frais. Durant cette opération, l’association SOS Paris a pu voler quelques images, à l’aide d’une caméra fixée sur une perche. Dès le lendemain de leur diffusion sur X, l’échafaudage était rehaussé ! Raison d’État.

Signez la pétition !

C’est ainsi que le garant de notre patrimoine peut nous en priver, le plus légalement du monde.
Il est toujours possible de soutenir À l’Oriental en signant cette pétition. C’est désormais une question de morale, un principe d’honneur, cette valeur que certains ont abandonnée depuis longtemps.

Vivre en ville

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Plasturgie française: quand la France assassine sa souveraineté

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Joseph Tayefeh, Secrétaire général du Syndicat de la plasturgie et des composites Plastalliance, s’inquiète des recentes mesures gouvernementales annoncées contre le plastique, et envie les agriculteurs.


Alors que le secteur agricole, pris jusqu’à présent en étau par les différentes mesures franco-françaises de surtranspositions, voit, peut-être, le bout du tunnel réglementaire au prix d’une mobilisation sans précédent, voici que le gouvernement s’est trouvé un nouveau secteur à abattre, celui de la plasturgie.

En cela, ce secteur fort de 3000 entreprises et près de 120 000 salariés sur le territoire national partage avec l’Europe un grand point en commun : celui d’être désigné comme bouc émissaire idéal pour tenter de faire oublier certaines mauvaises décisions bien nationales où l’injonction contradictoire est devenue le fil directeur politique.

A lire aussi, Transitions & Energies: Après le «greenwashing», le «greenhushing»?

Dans son discours de politique générale, le Premier ministre Gabriel Attal déclarait avec grande justesse que « certains voudraient une écologie de la brutalité, pour eux l’écologie doit être punitive, douloureuse, passer par la désignation de boucs émissaires et par la décroissance. La décroissance, je vous le dis, c’est la fin de notre modèle social, c’est la pauvreté de masse, jamais je ne l’accepterai », pour annoncer dans le même discours une future initiative « contre la pollution plastique pour les 50 sites qui mettent le plus d’emballages plastiques sur le marché ». La pollution dans les océans par des déchets plastiques mal ou pas gérés, la France en est responsable à hauteur de 0,02% quand l’Asie de l’Est l’est à près de 81% (avec un pays comme les Philippines qui représente 36% à elle seule de cette pollution). Cette annonce de Gabriel Attal ne pouvait que susciter l’émoi auprès de ces 50 grandes entreprises, souvent des groupes ou des Entreprises de taille intermédiaire (ETI) présents parfois à l’international et notamment dans d’autres pays de l’Union européenne. Union qui n’a jamais considéré l’industrie plastique présente sur son sol (50 000 entreprises, un million cinq cent mille salariés) comme un ennemi. Union qui n’a jamais prévu dans aucun texte la fin des emballages plastiques à usage unique en 2040 comme le souhaite la France depuis la fameuse loi « AGEC » de 2020.

Contenter les agriculteurs ne pouvait que quelque peu mécontenter les apôtres de la décroissance. Leur offrir sur un plateau l’une des têtes de l’industrie française de la plasturgie (3e Européenne en taille) est le moyen tout trouvé pour calmer les déçus verts de rage des mesures prises au profit de l’agriculture française. Dès le lendemain du discours du Premier ministre, le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, triplait la mise en matière d’attaque contre des secteurs industriels stratégiques. Le ministre souhaite ainsi « travailler avec les 50 industriels les plus dépendants des matières plastiques » dans une démarche en vue notamment « dune réduction des usages » dans les secteurs « de lemballage mais également du secteur du bâtiment, de lautomobile… ». En visant les trois premiers secteurs de la plasturgie, soit 70% de la production industrielle en la matière, le ministre ne réduira pas la pollution plastique. Il réussira en revanche à coup sûr à nettoyer la France de son industrie. C’est une réduction de notre souveraineté, de nos emplois, de notre tissu industriel et l’augmentation de notre déficit commercial qui attendra la France si les vœux ministériels deviennent réalité. C’est une mise en dépendance de la France aux matières plastiques importées car les usages que le ministre souhaite interdire seront autorisés en Europe.

A lire aussi, Sophie de Menthon: Écologie: arrêtez de nous polluer…

C’est une perspective inflationniste car le plastique est le matériau bon marché par excellence comparé à ses substituts et ce, sans compter les effets collatéraux comme l’augmentation du poids des véhicules privés de plastique, augmentation qui fera au moins la joie des finances publiques avec le malus au poids en vigueur. La méthode française, c’est nettoyer 0,02% de sa maison et faire croire que toute la maison est devenue propre. C’est faire supporter aux industriels français les errements de contrées où la poubelle de tri, c’est la rue ! C’est en définitive vouloir sacrifier un secteur industriel au prix d’une efficacité écologique nulle mais d’une augmentation des prix qui ne le sera pas.

« Plastique bashing : L’intox ? » Le Cherche Midi, 288 pages.

Plastique Bashing : L'intox

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Marine Le Pen est-elle légitime pour honorer un résistant?

Marine Le Pen est indésirable à la panthéonisation de Missak Manouchian, mercredi 21 février. Du moins, c’est ce qu’a affirmé le président Macron dans L’Humanité, lundi. Il nous donne le tournis ! Marine Le Pen est invitée car il n’a pas à «faire le tri entre les élus», nous dit-il. Et puis il fait le tri, ajoutant tout de suite après qu’elle ferait mieux de s’abstenir!


Le Rassemblement national (RN) n’appartient finalement pas à l’arc républicain, de même que « Reconquête ! » et certains élus LFI – seulement certains -, selon Emmanuel Macron. Comme d’habitude, le Macron d’aujourd’hui contredit celui d’hier, lequel critiquait les postures morales d’Elisabeth Borne face au RN. Maintenant, voilà qu’il s’oppose à Gabriel Attal qui déclarait récemment que l’arc républicain, c’est tout l’hémicycle. Comme me l’a dit Céline Pina : ce n’est plus une girouette, c’est un ventilateur !

L’ascension du RN semble provoquer un vent de panique à l’Élysée. D’ailleurs, on persévère dans l’erreur, car cela n’a pas commencé hier. Depuis 40 ans, nous avons droit à des gloussements outragés, F comme fasciste, N comme nazi etc. Cette politique du cordon sanitaire a fait passer le parti de 5 à 25% des voix. C’est à croire que le but de cette politique n’est pas de combattre ce parti, mais d’exhiber sa vertu. Et de plus, cet antifascisme sans fascisme a permis de ne pas voir le danger qui vient : l’islam radical.

A lire aussi, Philippe Bilger: Emmanuel Macron est une girouette…

Mais le RN et Marine Le Pen ont une histoire, nous dit-on. Il est tout de même curieux de chercher des poux dans le passé de Marine Le Pen et de le faire dans le journal qui a pleuré la mort de Staline. Le passé des (ancêtres des) uns leur est opposable pour l’éternité, et pour les autres, dont beaucoup ont persisté longtemps dans l’aveuglement, tout est pardonné. En prime, on accepte sans discuter dans la famille républicaine LFI qui pactise ouvertement avec des antisémites avérés. Au présent.

L’assimilation de la Résistance à la gauche est une fantastique réécriture de l’Histoire. Parmi les premiers gaullistes, il y avait le Colonel de la Roques (du 6 février 34 ![1]), il y avait aussi D’Estiennes d’Orves, un monarchiste. Et, sans vouloir être trop désagréable, rappelons que le Pacte germano-soviétique a duré jusqu’en 1941… Certes, il est avéré que Jean-Marie Le Pen a toujours minimisé les crimes de la collaboration, et que lors de la fondation du FN il y avait d’anciens collabos, et pas d’anciens résistants, et une haine envers De Gaulle (liée à l’Algérie française, pas à la Résistance). Mais sa fille dirige le parti depuis 15 ans. Elle a rompu avec fracas avec son père. Et personne n’a jamais trouvé d’elle une déclaration antisémite ou pétainiste. Dernier argument dégueulasse: on dit que Missak Manouchian était étranger et que Marine Le Pen veut arrêter l’immigration. Comme si c’était raciste ! Comme 70 % des Français. Cette assimilation, cela suffit. Évidemment, cela n’a rien à voir avec le racisme. Et penser cela n’empêche évidemment pas d’honorer des étrangers.

Par respect pour les familles, Marine Le Pen n’a pas assisté à l’hommage à Robert Badinter. Pour Manouchian et les 23, le temps du deuil privé est passé. Ils appartiennent à l’histoire de France. Sauf crime de haute trahison ou atteinte à la sécurité de l’État, personne ne peut en exclure un parti légal ou quelque groupe. Au lieu de distribuer des brevets de République, le président Macron devrait se préoccuper des territoires où elle disparaît.


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth sur Sud Radio du lundi au jeudi, dans la matinale !


[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_du_6_f%C3%A9vrier_1934

Polanski: Vampire, vous avez dit vampire?

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On apprend que le Festival du film fantastique de Gérardmer a retiré Le Bal des Vampires de la rétrospective « Vampires » de son édition, au motif que «le nom de Roman Polanski suscitait l’effroi» parmi les (jeunes) membres du jury du court-métrage. 


À vrai dire on se pince, tant cette information ressemble à un (très) mauvais canular. Ainsi les responsables du festival, pitoyablement soumis à une poignée d’activistes décérébrés, cèdent devant le prétendu « effroi » de petits maîtres censeurs ivres de leur misérable pouvoir d’intimidation. Au lieu de rire au nez de ces piètres épouvantails qu’épouvante, paraît-il, le « monstre » Polanski, et de les recadrer comme il se doit, ils renoncent à projeter le film. Pour épargner à cette innocente (et passablement ignorante) jeunesse quelque terrible « traumatisme » peut-être ? Pour ne pas se trouver à leur tour la cible de la réprobation des commandos #MeToo ? Tous aux abris alors ! Et tant pis pour l’intelligence et l’honnêteté. Du moment qu’on se trouve assuré d’être dans la zone d’intérêt, dûment sécurisée, du « Bien » selon #MeToo… Ouf, ils l’auront échappé belle – grâce à la si pure bêtise du Comité de Salut public du jour qui édicte le « vrai » et le « bon ». On attend maintenant leur acte de contrition (très tendance par les temps qui courent) pour avoir songé, ô scandale, à programmer un film du « prédateur » prototypique, « violeur-de-fillettes » comme chacun sait.

Honte à eux.

Honte à eux parce qu’ils saccagent tout regard libre sur l’œuvre d’un cinéaste dont les films, exceptionnelle et vitale école de la lucidité, nous offrent le précieux cadeau d’un art qui élargit et affine notre perception du monde et de nous-mêmes, de l’inépuisable mystère humain en somme.

Honte à eux parce qu’ils assurent, par leur pleutrerie écœurante, le règne tyrannique de la désinformation – et des aveuglements volontaires – quant à tout ce qui touche à ce qu’il est convenu d’appeler « l’affaire Polanski ».

En kioques actuellement, Causeur #120 : Sexe: le retour de bâton

Désinformation permanente s’agissant de ce qui est arrivé en 1977 avec Samantha Geimer – une relation illicite avec une mineure, infraction pour laquelle Polanski a plaidé coupable, purgé la peine fixée (et au-delà), puis s’est trouvé victime de la délinquance judiciaire caractérisée de magistrats américains drogués aux scandales médiatiques. En dépit de cela, c’est le mot de « viol » qui demeure encore agissant dans l’opinion publique, par l’intermédiaire de la plupart des médias, couplé à la croyance entretenue que Polanski aurait fui la sanction méritée.

Aveuglements volontaires – voire complaisances à questionner – quant à des incriminations pour le moins sujettes à caution mais valant preuves (selon le dogme « Victimes on vous croit ! ») qui, telles des algues vertes prolifèrent autour de Polanski, en une litanie d’accusations dépitées plus opportunistes les unes que les autres. Qui osera examiner avec un peu de distance critique, et les yeux ouverts, les affirmations de ses accusatrices en série, peu soucieuses de leurs propres contradictions (Charlotte Lewis), ou de l’incohérence de leurs comportements : sauter au cou de son « agresseur » cinq mois après le viol avec violence allégué, comme le fit par exemple Valentine Monnier devant témoins ? Une toute petite dissonance, qu’on mettra sans sourciller sur le compte de « l’amnésie traumatique ». Qui relèvera les invraisemblances de leurs « récits » ?

Honte à eux parce que, faisant mine d’accorder du crédit à l’« effroi » fabriqué de ces médiocres et tout-puissants justiciers, ils perpétuent en somme, sans le savoir sans doute, l’ignoble soupçon qui pesa sur Roman Polanski après l’assassinat de son épouse Sharon Tate – interprète exquise du Bal des vampires –, que résuma avec une obscène infatuation Jean-Pierre Elkabbach osant lui susurrer, lors d’une interview en 1979, dix ans après le crime, « mais tout de même, vous n’étiez pas tout à fait innocent ». Un « monstre », on vous dit…

De quoi être saisi d’effroi en effet – mais face à l’horreur éhontée des propos du journaliste. Lequel dans la même interview attribua également à Polanski un goût coupable pour les « petites filles ».
Où nous retrouvons la confusion du jour, qui ne sait ni ne veut distinguer la fillette de la jeune fille.

Honte à eux tous.

« Combien de millions de fois faut-il répéter un mensonge pour qu’il devienne – momentanément – l’équivalent d’une vérité ? Beau problème pour un mathématicien de la psychologie des foules », se demandait jadis Clemenceau.
Concernant Roman Polanski et l’injuste opprobre dont on l’a recouvert, cette question nous apparaît plus que jamais urgente. Combien de temps ce moment grotesquement sinistre va-t-il encore durer ? Nul ne le sait.

Honte, honte à ceux qui en font prospérer l’iniquité stupide.

Qui a peur de Roman Polanski ?

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L’imam tunisien, le drapeau national et Satan

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Il avait oublié les valeurs de la République sur le chemin de sa mosquée… Un prêche aussi grotesque que haineux de l’imam Mahjoub Mahjoubi, à la mosquée At-Tawba de Bagnols-sur-Cèze (30), pourrait bien lui valoir son billet retour pour la Tunisie ! Mais sera-t-il vraiment expulsé ? De toute façon, notre journaliste Céline Pina craint que M. Mahjoubi, installé depuis des décennies en France, ne soit que l’arbre qui cache la forêt islamiste.


L’imam de Bagnols-sur-Cèze n’est pas le pingouin qui glisse le plus loin sur la banquise. En effet, l’homme est menacé d’expulsion pour avoir dit explicitement ce que la plupart des imams islamistes prêchent sous le manteau : la volonté de conquête territoriale, la haine de la France et le refus de faire primer la loi française sur la culture d’origine et surtout sur le dogme islamique. Le positionnement est d’autant plus stupide qu’il y a bien plus subtil en magasin pour installer dans l’espace public des signes liés à l’islam et répandre les éléments de langage de l’islam politique.

Dérapage près du tapis de prière

La plupart des imams islamistes le savent. Ils pratiquent le double langage et jouent sur le retournement des valeurs : mettre en avant la liberté, pour imposer un signe dégradant qui refuse l’égalité aux femmes, comme le voile ; s’emparer de la laïcité pour la dévoyer en société protectrice des religions ; bâillonner la liberté d’expression et imposer la condamnation du blasphème au nom du respect de l’islam… Mais cela demande un minimum d’intelligence et de connaissance, or cet imam salafiste ne vit pas en France au XXIème siècle mais dans son rêve de conquête millénaire. En effet, ce qui lui est reproché est un dérapage lors d’un prêche où il évoque l’arrivée du Mahdi. Messie qui, selon l’islam, consacrera l’avènement des Musulmans à la fin des temps. « Il va s’autoproclamer et là, tous les gouverneurs dans toutes les gouvernances vont chuter. On n’aura plus tous ces drapeaux tricolores qui nous gangrènent, qui nous font mal à la tête, qui n’ont aucune valeur auprès d’Allah. La seule valeur qu’ils ont, c’est une valeur satanique. »

On ne serait plus à une OQTF près !

Le préfet du Gard a choisi de réagir avec promptitude et le ministre de l’Intérieur l’a conforté dans sa décision. L’imam a ainsi été signalé au procureur de la République et le retrait de son titre de séjour a été demandé afin qu’il puisse être expulsé du territoire. Jusqu’ici il y a plutôt de quoi être satisfait du déroulement de l’affaire. Et pourtant, tant que l’imam n’a pas quitté notre territoire, gardons-nous de nous réjouir : on a vu à quel point notre droit rendait compliqué toute expulsion. De surcroit, même lorsque les obstacles sont levés, les pays d’origine ne se bousculent pas pour récupérer de l’islamiste décomplexé dont ils connaissent la capacité de nuisance.

À lire aussi: Boualem Sansal, le Voltaire algérien, tire la sonnette d’alarme

Mah j’ai rien dit…

Mais ce qui est surtout remarquable ici, c’est le bal des faux-culs que, comme d’habitude, ce type d’affaire enclenche. Commençons par la grande comédie de la persécution et de la victimisation à laquelle se livre Mahjoub Mahjoubi, l’imam salafiste. Appelé à se justifier sur RMC, il plaide le lapsus. C’est vraiment prendre ses interlocuteurs pour des imbéciles tant ses propos s’inscrivent dans une vision du monde et des références parfaitement logiques pour un islamiste. S’il y a lapsus, c’est plutôt parce qu’il révèle ce qui est censé rester sous les radars ; une pensée conquérante qui se travestit en geignement victimaire. Mais dans son cadre de pensée, son prêche est cohérent et correspond aux représentations religieuses répandues. Ses fidèles d’ailleurs le savent bien.

Mais que dire de l’association de gestion de la Mosquée, ces « sages » et référents musulmans, censés être des garants auprès des pouvoirs publics ? Eh bien figurez-vous qu’en général, ils tombent des nues lorsqu’on leur « apprend » que leur imam est un islamiste. Bien entendu rien de cela n’est crédible. Non seulement il est impossible qu’ils ne soient pas au courant, mais en général il a même été recruté pour cela ! Il y a accord idéologique profond entre un imam et ses employeurs. L’enquête ne devrait donc pas s’arrêter à l’imam mais se pencher attentivement sur l’association de gestion et ceux qui la composent car le foyer islamiste est là. L’imam n’en est que le fruit.

Encore une affaire de bail emphytéotique !

Autres dénégations bien peu plausibles, celle du maire de Bagnols-sur-Cèze. Mais il faut dire que tout dans la construction de cette mosquée porte la marque du clientélisme. On est dans le cadre qui a été aménagé en son temps par le pouvoir socialiste pour pouvoir détourner l’interdiction de subventionnement d’un culte : le bail emphytéotique. Cela consiste à mettre à disposition d’une association musulmane, un terrain appartenant à la municipalité, lequel doit revenir théoriquement au bout d’un certain nombre d’années à la collectivité locale. C’est un moyen détourné de subventionner la construction de mosquées et un outil très utile pour obtenir des voix communautaires… Ici, par exemple, le loyer pour l’utilisation du terrain est de 1000 euros par an. Un avantage en nature conséquent. La pratique est devenue très commune et en général les liens tissés se perpétuent quel que soit le pouvoir qui s’installe en Mairie. C’est d’autant plus marqué quand une structure de gestion communautaire est radicalisée, car l’emprise sur ses membres et les fidèles est très forte. La capacité de mobilisation communautaire est donc plus importante et le rendu sur investissement communautaire plus élevé. La mosquée dont il est question a donc été construite grâce à l’aide active du Maire et à un apport décisif de la Ville (la signature du bail date de 2021).

L’estomac fragile de Jean-Yves Chapelet

Mais revenons à la politique locale. Jean-Yves Chapelet, le Maire se dit donc « estomaqué ». C’est un peu étonnant car une autre affaire avait précédemment remué le landerneau et concernait déjà la mosquée incriminée. Alors le coup du maire et des fidèles « sous le choc » est d’autant moins audible que la Préfecture précise que l’imam est suivi depuis quelques mois et qu’elle n’aurait pas qu’un seul prêche haineux à présenter au tribunal. Autre indice concordant, la nature de l’affaire précédente. Les lieux de prosélytisme islamiste ciblent souvent les enfants. Ils le font notamment par le biais de cours de soi-disant arabe, dispensés à la mosquée. La plupart du temps ce sont des cours de Coran et dans la version la plus obscurantiste qui soit. Et comme par hasard, avant le problème du prêche haineux, c’est une affaire de la sorte qui avait secoué l’association de gestion de la Mosquée. Le maire doit avoir une mémoire à éclipse. A moins qu’ayant déjà chuté de l’armoire lors de cette première affaire, il en ait perdu le souvenir.

Ce type d’affaire est appelé à se développer puisque nul ne se soucie du fait que les instituts de formation d’imams français sont aux mains des Frères Musulmans et que les imams recrutés dans les pays d’origine sont en général assez frustres, souvent rétrogrades et inadaptés à nos modes de vie quand ils ne sont pas islamistes. Mais surtout, tant que les associations de gestion ne seront pas mises en cause, que les dirigeants de celles-ci ne seront pas inquiétés et qu’il sera plus avantageux d’utiliser le clientélisme communautaire que de le combattre, rien ne changera. Cet imam sera peut-être expulsé, mais l’environnement qui a permis cette dérive, lui, n’est et ne sera probablement même pas combattu.

Silence coupable

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Le Frérisme et ses réseaux: l'enquête

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Solution à deux États: une vieille nouveauté

La guerre entre le Hamas et Israël a ravivé l’idée de la « solution à deux États » pour résoudre le conflit israélo-palestinien. C’est oublier qu’elle est sur la table depuis 1947 et que ses premiers opposants étaient les Arabes de Palestine. D’autres issues politiques sont sûrement possibles, mais dans une région débarrassée de ses islamistes.


Depuis le 7 octobre, la « solution à deux États » est de nouveau à la mode. Toute personne qui veut se montrer concernée et informée sur le sujet se doit de la brandir avec le sentiment d’avoir inventé la lune. Mais ses innombrables promoteurs préfèrent oublier qu’elle a d’abord été refusée par les Arabes en 1947.

L’idée est proposée dès 1937 par une commission chargée par la puissance mandataire britannique de trouver une solution politique au conflit entre Juifs et Arabes de Palestine. Les deux communautés refusent. Les futurs Palestiniens ouvertement et catégoriquement, les Juifs en se montrant intéressés et sans fermer la porte au principe du partage du territoire. Sans solution politique pour le « jour d’après », les Britanniques choisissent alors l’option militaire, et en moins de deux ans, écrasent le soulèvement arabe. Cette répression est l’une des principales raisons de la défaite des Palestiniens dans la guerre civile qui les oppose aux Juifs entre décembre 1947 et avril 1948.

C’est toujours non

Toutefois, avant cette guerre civile, la question du partage de la terre est à nouveau mise sur la table, cette fois par la nouvelle ONU. Les Juifs acceptent sans équivoque. Les futurs Palestiniens disent toujours non. Puis, la guerre change la donne. Israël s’installe dans des frontières un peu plus confortables que celles proposées en 1947, mais la majorité des territoires destinés à l’État-nation arabe de Palestine est occupée par l’Égypte (Gaza) et la Transjordanie (Cisjordanie et Jérusalem). En effet, la stratégie des Hachémites pendant la guerre de 1948-1949 est de contrôler ces territoires plutôt que de détruire le nouvel État juif. Et ni l’un ni l’autre n’ont profité de la situation pour créer un État palestinien. Les Hachémites restent guidés par des calculs dynastiques qui remontent aux accords entre Lawrence d’Arabie et Hussein. Trahis par leurs alliés français et britanniques, Hussein et sa maison (les Hachémites) perdent leur statut en Arabie au profit de leurs adversaires de la maison de Saoud. Les Hachémites sont dédommagés par la création de deux royaumes : la Transjordanie et l’Irak.

Des combattants palestiniens à Jérusalem en 1948. © D.R

En 1948, le roi jordanien Abdallah Iᵉʳ voit l’occasion d’agrandir son royaume, mais surtout de mettre la main sur Jérusalem, troisième ville sainte de l’islam, pour compenser la perte du chérifat de La Mecque. Pour lui, il n’est pas question d’un État palestinien ni même d’un peuple palestinien. Pour l’Égypte, surtout après la révolution (1952) et l’arrivée au pouvoir de Nasser (1954), la question palestinienne n’est qu’un outil dans son grand jeu panarabe, anti-israélien et anticolonial. Les deux territoires sont séparés et, à partir de 1959, le seul projet politique est la lutte armée contre Israël menée par le Fatah de Yasser Arafat et l’OLP contrôlée par l’Égypte.

En 1967, tout change. Le 5 juin vers midi, le roi Hussein décide de rejoindre Nasser dans la guerre contre Israël et perd la Cisjordanie et Jérusalem tandis que, sur le front égyptien, l’armée israélienne a repris la bande de Gaza.

L’échec de Nasser contribue à l’émancipation du mouvement national palestinien sous la direction d’Arafat, mais le pouvoir hégémonique à Jérusalem-Est et en Cisjordanie reste entre les mains du roi hachémite. Or, au plus fort de la guerre froide, la stratégie occidentale pour contrecarrer l’influence de l’URSS dans le monde arabe est de donner à la Jordanie un rôle clé au sein du dispositif occidental dans la région. Il fallait donc empêcher que le royaume hachémite soit transformé lui-même en république palestinienne inféodée à Moscou. Ce rôle spécial, nommé après 1967 l’« option jordanienne », refait surface en 1987 avec l’accord de Londres, négocié entre Shimon Peres et le roi Hussein, mais il est rejeté par le gouvernement israélien et enterré par le déclenchement de la première Intifada. Six ans plus tard, les accords d’Oslo sont négociés et signés entre Israéliens et Palestiniens sur la base d’une solution à deux États.

Belliqueux Hamas

Cependant, à la fin des années 1980, alors que l’OLP est sur le point d’abandonner la lutte armée, un concurrent sérieux apparaît : le Hamas. Ce dernier reprend la bannière de la lutte armée sans compromis, tout en exploitant le ressentiment croissant des Palestiniens de l’intérieur (ceux qui sont restés en Cisjordanie et à Gaza) à l’égard des fonctionnaires de l’extérieur (cadres de l’OLP) qui sont revenus après Oslo. La corruption, d’une part, et la pression violente du Hamas, d’autre part, conduisent à l’échec d’Oslo et au déclenchement de la seconde Intifada. Pour autant, l’idée des deux États n’est pas morte. Afin de surmonter la crise de l’Intifada 2001-2004, Israël propose de faire de Gaza un projet pilote pour relancer une dynamique politique dont l’objectif ultime est une solution à deux États. L’Autorité palestinienne (AP) ne voulait pas que son accord officiel sanctionne un projet dont elle redoute qu’il soit un piège, mais suite au retrait israélien de Gaza et au démantèlement de trois colonies dans le nord de la Cisjordanie (destiné à signifier que les deux territoires sont liés), elle prend effectivement le contrôle des zones évacuées par Israël en 2005.

L’électorat israélien est largement favorable à cette initiative, soutenue par les États-Unis et l’Europe. Mais l’AP perd le contrôle de la zone et deux ans plus tard, après un putsch sanglant, Gaza devient un territoire hostile sous contrôle du Hamas. Le gouvernement israélien tente néanmoins de maintenir l’option des deux États sur la table. En septembre 2008, Ehud Olmert, le Premier ministre israélien, propose un projet d’accord que Mahmoud Abbas, le président palestinien, qualifie de très prometteur, mais auquel il ne donne pas suite. Certes, Olmert est sur le point de perdre le pouvoir, mais un tel accord aurait pu changer la donne. En 2009, la victoire de Nétanyahou est intimement liée à l’échec de la solution à deux États. Il reste au pouvoir depuis parce que pour la majorité des Israéliens l’AP, minoritaire et corrompue, n’est pas crédible. Quant au Hamas, il n’a jamais caché son objectif : un État palestinien à la place d’Israël et non pas à ses côtés.

Avec un tel bilan, il est quelque peu naïf de parler aujourd’hui d’une solution à deux États comme étant la seule issue politique à la guerre de Gaza. En revanche, comme en 2005, Gaza, qu’Israël ne veut pas occuper et encore moins annexer, reste un terrain propice pour un projet pilote politique palestinien.

Ces résistants d’opérette qui saluent Manouchian

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Préparatifs avant la panthéonisation de Missak Manouchian, Paris, 21 février 2024 © HOUPLINE-RENARD/SIPA

80 ans après son exécution par les nazis, le résistant Missak Manouchian va entrer au Panthéon, mercredi 21 février, aux côtés de son épouse Mélinée. La cérémonie d’hommage, présidée par Emmanuel Macron, commencera peu après 18 heures, en présence du Premier ministre arménien Nikol Pachinian.


En France, les « résistants » en chaise longue plastronnent. Mais ils affrontent des ombres, en alertant sur un fascisme fantasmé. Le ridicule leur est promis. N’est pas Alexeï Navalny qui veut. Qu’on l’apprécie ou pas, l’opposant russe a laissé sa vie, dans sa prison-goulag, pour s’opposer à Vladimir Poutine et à sa dérive autocratique. Le courage de Navalny ne peut lui être enlevé. Son épouse, Ioulia Navalnaïa, est également remarquable. Elle s’est engagée à poursuivre le combat de son mari en rappelant ses mots : « Ce n’est pas honteux de faire peu. C’est honteux de ne rien faire, ou de vous laisser intimider ». Le lanceur d’alerte Julian Assange, incarcéré en Grande-Bretagne, fait partie de ces personalités dont on devine qu’elles ne reculeront pas face aux pressions et à l’adversité. En comparaison, les guignolades de ceux qui, en France, hurlent en meute au retour de l’extrême droite et de la bête immonde révèlent l’effondrement de l’esprit critique. La presse de gauche se garde, majoritairement, de barrer la route au totalitarisme islamiste et à son entreprise de conquête. Elle est en revanche intarissable contre la droite, quand elle se rend coupable de dire des vérités interdites. Pour s’être cru dépositaire d’une vigilance démocratique appliquée à l’audiovisuel, Christophe Deloire, patron de Reporters sans Frontières, s’est transformé, sous les applaudissements de la caste, en dénonciateur de la liberté d’expression sur CNews et en valet des intérêts d’Emmanuel Macron dans l’organisation des futurs états-généraux de l’information, voulus par le président. Ce dernier s’inquiète notamment de la « commoditisation » (sic) (entendre : banalisation) du journalisme. Tout est bidon chez ces résistants d’opérette.

A lire aussi, Franck Crudo: Manouchian et l’extrême droite: les pieds dans le plat de Résistance

Le chef de l’Etat fait partie de ces poseurs, bras ballants devant les vrais dangers. Son choix d’exclure le RN et Reconquête de « l’arc républicain » (L’Humanité, lundi) relève du procédé stalinien de la diabolisation.

 Son appel à la « décence », pour dissuader (en vain) Marine Le Pen d’assister ce mercredi à la panthéonisation de Missak et Mélinée Manouchian, est une autre manière de traquer des fantômes pour faire passer le RN pour un mouvement fascistoïde. Ces manipulations disent la petitesse du pouvoir. Les trucages invitent à relativiser la résistance du Parti communiste, qui pactisa avec l’Allemagne nazie de 1939 à 1941. Faut-il rappeler à L’Humanité, qui se rengorge de l’hommage rendu ainsi aux résistants communistes et étrangers, la démarche initiée par Jacques Duclos en juin 1940 auprès d’Otto Abetz, proche d’Hitler, pour refaire paraître le journal, au nom notamment de la lutte contre le « juif Mandel » ? Faut-il rappeler ses dithyrambes après la mort de Staline ? Et les dizaines de millions de morts jamais expiés, aucun équivalent du procès de Nuremberg n’étant venu demander des comptes à cette idéologie totalitaire ? Ce mercredi dans Le Figaro[1], l’historien du communisme, Stéphane Courtois, rappelle que Manouchian fut un « modeste résistant » dont « la vraie patrie était l’URSS ». Reste la question : les vrais résistants, s’il en reste, sauront-ils enfin se faire entendre ?


[1] https://www.lefigaro.fr/vox/histoire/stephane-courtois-la-mort-de-missak-manouchian-suscite-l-admiration-mais-son-heroisation-a-ete-construite-par-le-pcf-20240220

«On nous condamne à un monde désexualisé, puritain et insultant»

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Mathieu Bock-Côté © Hannah Assouline

Selon l’essayiste québécois, les néoféministes ne cherchent pas simplement à bannir le sexisme. Elles rêvent de proscrire la sexualité, voire d’abolir la différence des sexes. C’est aussi ça, Le Totalitarisme sans le goulag.


Causeur. Le titre de votre livre appelle une question évidente : le totalitarisme sans le goulag, c’est mieux qu’avec, non ?

Mathieu Bock-Coté. Naturellement, cela va de soi, mais c’est du totalitarisme quand même, pour peu qu’on comprenne que ce dernier est inscrit dans la matrice de la modernité et en représente une tentation insurmontable. La modernité génère la tentation totalitaire et la tentation totalitaire génère l’esprit de procès. Nous pensions le totalitarisme intrinsèquement dépendant des techniques de domination monstrueuse propres au XXe siècle. Aujourd’hui, il n’a pas besoin de tuer, il lui suffit d’imposer comme un Bien ultime la transparence sociale intégrale, qui légitime le contrôle des pensées, des arrière-pensées, des discours, des comportements au quotidien, en plus de transformer la société en camp de rééducation à ciel ouvert. Cela donne une conception standardisée, interchangeable, ennuyeuse de l’existence.

En vous lisant, j’ai été frappée par les similitudes entre le régime diversitaire et l’un de ses alliés, qu’on peut appeler le « régime féminitaire », ainsi que par les similitudes entre eux et leur ancêtre soviétique. Mais vous traitez plus longuement le militantisme trans…

Ce qui m’intéresse, ce sont les zones de friction, où l’idéologie dominante se révèle dans sa radicalité violente. Le néoféminisme est omniprésent, avec le soupçon généralisé jeté sur le désir entre les sexes – et je l’aborde dans mon livre. Toutefois, là où le régime veut nous forcer à franchir les barrières de la logique, c’est sur la question du genre. Nous obliger à dire qu’un homme peut être enceint revient, comme le disait Orwell, à nous imposer de croire que « deux plus deux égale cinq ».

A lire aussi : Les ailes coupées du désir

En tout cas, ces luttes convergent dans la haine du même ennemi : l’extrême droite, incarnée par l’homme blanc.

Dans mon précédent livre, La Révolution racialiste, je citais Pauline Harmange, auteur de Moi les hommes, je les déteste, pour qui la détestation des hommes est une condition essentielle de l’émancipation. En effet, l’immigrationnisme et le néoféminisme maudissent la même figure : l’homme blanc de plus de 50 ans qui ne cherche pas à devenir un allié. D’ailleurs, même le repenti/converti qui veut devenir l’allié des minorités – c’est un titre à part entière – est à jamais marqué par une tache indélébile, sa couleur de peau et son sexe biologique. Et le couperet peut s’abattre sur des hommes de gauche. Je n’ai pas une sympathie exagérée pour Julien Bayou, mais il a été la proie d’un comité de la terreur militante…

D’un club d’ex qui se montaient le bourrichon.

On oublie, dans ces affaires, que l’être humain est fondamentalement vengeur, mesquin, capable du pire. La présomption d’innocence est au contraire fondée sur une connaissance intime du cœur humain. Si les militants veulent la faire tomber, c’est parce qu’elle est le dernier pilier libéral de notre système juridique auquel ils veulent substituer quelque chose ressemblant terriblement à la justice révolutionnaire. À la limite, ils admettent la présomption d’innocence devant les tribunaux, mais cela ne vaut pas pour la société. Voyez l’enthousiasme qu’ils mettent à faire tomber des têtes, surtout quand il s’agit de gloires déclinantes.

L’étendard des femmes masque évidemment une haine du désir masculin – pas seulement hétérosexuel d’ailleurs.

Sur le plan symbolique, le désir masculin hétérosexuel est tout de même spécifiquement ciblé, frappé d’illégitimité constitutive. La logique coloniale est appliquée aux rapports entre hommes et femmes. Les femmes doivent se décoloniser. Le désir est l’amorce du viol. Je me souviens d’un article dans Libé où une jeune fille célébrait la sexualité sans pénétration, ce que son copain disait respecter, et qui s’en faisait même une fierté. Ils appelaient ça, si je me souviens bien, une sexualité n’étant plus phallocentrée. Je leur souhaite bien de la joie.

A lire aussi : MeToo: vous avez dit coupables?

Des Blancs qui font repentance restent assez rares chez nous où la vision raciale du monde peine à s’implanter. En revanche, les hommes qui clament leur adoration pour Metoo sont légion.

Parce que c’est une condition de survie en société. De plus, chacun se demande s’il n’a pas un vague crime sur la conscience dans une société qui a inventé le retrait de consentement a posteriori. Le périmètre de la liberté d’expression se réfracte. Dans l’espace public qui est le nôtre, un homme peut à la limite dénoncer les dérives de Metoo, mais seules les femmes peuvent en critiquer le principe. Ce mouvement nous oblige à dire ce qui va de soi, alors je le dirai aussi : je condamne, comme tous les êtres civilisés du monde, les agressions, le non-respect du consentement. Et ainsi de suite.

Mais vous savez qu’il ne s’agit pas de ça ! Diriez-vous que Metoo est un bloc ?

Dès l’origine, le cri de ralliement de Metoo a été « on vous croit », qui abolit les règles élémentaires de la société libérale. Dans la foulée, on a confondu dans le même opprobre le dragueur lourd, aussi peu recommandable soit-il, et Weinstein. Enfin, d’un point de vue anthropologique et philosophique, ce mouvement veut en finir avec la part sombre et inavouable du désir et de l’amour. Les nouveaux chiens de garde rêvent d’une humanité programmable, délivrée des passions. En effet, les passions sont dangereuses. Et excitantes. J’ajoute que je ne suis toujours pas parvenu à comprendre le concept d’emprise. Je le croyais indissociable de l’amour. Mais dans un monde qui rêve de rapports transparents, aseptisés et hygiéniques entre les sexes, ce n’est plus le cas.

Dans votre précédent livre, vous considériez qu’avec l’affaire George Floyd, le régime diversitaire connaissait son « moment 1793 ». La guillotine féministe n’est pas en reste.

Et elle n’est pas sans efficacité. La figure inaugurale des guillotinés, le « porc zéro », c’est Éric Brion. Il a évidemment été grossier et ses remarques à Sandra Muller étaient plus que déplacées. Cela dit, il a été rayé de la société pour cela – pour grossièreté. À ceux qui disent qu’il n’y a pas de révolution sans victimes collatérales, je réponds qu’il n’est pas anecdotique que dès l’origine de cette révolution, on trouve une confusion entre la grossièreté et l’agression.

Aujourd’hui, vous pouvez être excommunié pour une pétition. Raison pour laquelle les signataires de la tribune Depardieu se sont débinés en bande organisée.

Quand Emmanuel Macron a pris la défense de Depardieu, le récit public a tangué. D’autant qu’avec raison, ils furent nombreux, car c’était là l’essentiel, à se porter à la défense de la filmographie de Depardieu, contre ceux qui rêvaient de l’effacer de la grande histoire du cinéma. Pour ce qui est des signataires de la tribune à laquelle vous faites référence, ils ont oublié que la morale d’hier, leur morale, n’avait plus cours. C’est le drame de beaucoup d’hommes de gauche. S’ils restent fidèles à leurs valeurs les plus essentielles, ils sont expulsés de la gauche – la gauche est une purge permanente. Alors pour demeurer à gauche, beaucoup adoptent la nouvelle religion avec un fanatisme redoublé. Après un « dérapage » raciste ou sexiste, le rituel de réintroduction dans la cité exige que le repenti soit plus virulent que ses dénonciateurs. En Amérique du Nord, c’est un classique. J’ai déjà évoqué ce chanteur qui avait dit : « Je me contrefiche de la parité, je veux les meilleurs musiciens. » Il a dû s’excuser. D’abord, « je suis un homme blanc », ensuite « mes amies féministes m’ont fait prendre conscience de mes privilèges, mais c’est déjà difficile d’être une femme aujourd’hui donc je vais me rééduquer moi-même et devenir un allié ».

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Toutes les nuances de la droite sont hostiles au régime diversitaire, alors qu’elles sont divisées sur les enjeux de Metoo. Mes amis de la droite catho se méfient de la liberté des mœurs.

Vous êtes un peu sévère, la droite catho a une connaissance intime de la bête humaine, et si elle croit à la vertu civilisatrice des mœurs, elle ne se fait pas trop d’illusion non plus sur la bête humaine – j’ajouterais que sachant l’homme habité par le péché, elle n’est pas surprise de le voir pécheur. Nous avons, je crois, les mêmes amis dans la droite catho, mais ils me semblent bien plus conscients de la complexité humaine que vous ne le suggérez. J’ajoute qu’ils ne sont pas hostiles aux blagues grivoises, ce qui tombe bien, car je les aime bien aussi !

Parallèlement à l’extension continue du domaine du racisme, on assiste à l’extension continue du domaine du viol.

Nous avons perdu le sens du « pas d’amalgame » : nous entrons dans la même catégorie le regard insistant, la drague, la drague lourde, l’agression et le viol. Donc si je vous ai regardée quinze secondes de trop, et que vous y avez détecté la possibilité d’un désir, nous sommes déjà engagés dans un processus de viol. Surtout en milieu professionnel, où c’est assimilable à une tentative d’intimidation et d’asservissement. Ces gens-là nous condamnent à un monde désexualisé, puritain, désagréable et insultant.

Comme dans les pays communistes ou islamistes, on se cachera pour vivre normalement.

Impossible quand l’intime est considéré comme du public occulté. Cela dit, permettez-moi de vous raconter un souvenir : dans les suites du mouvement Metoo, je me souviens d’une jeune femme expliquant qu’un homme s’engageant dans une histoire avec une femme sans lui dire qu’il était déjà en couple pouvait être accusé d’avoir falsifié les règles du consentement, car il n’avait pas été parfaitement clair sur sa situation – il y aurait, dans cette histoire, un vice de consentement.

Cela fait des siècles que les hommes mentent pour avoir du sexe.

C’est fini ! Nous vivons sous le règne de la transparence intégrale.

La vraie vie va continuer comme avant.

Non, cette révolution emporte tout, la jeune génération a basculé dans un néopuritanisme véritable. Vous me direz que le sens commun suffit à déconstruire ces âneries, mais quand le sens commun n’est pas soutenu par un discours philosophique ou idéologique, il finit par s’effriter.

Journée Internationale des droits des Femmes, Paris, 8 mars 2021. L’extension continue du domaine du viol nous condamne à un monde désexualisé, puritain, désagréable. © Alex Milan Tracy/Sipa

Fournir une armature intellectuelle à la résistance naturelle de la vie concrète, vous vous y employez. Mais pourquoi la société s’écrase-t-elle devant des minorités militantes ?

Ce sont les minorités fanatiques qui font les révolutions. La radicalisation féministe et la radicalisation diversitaire sont l’œuvre d’avant-gardes. Quand je parle de totalitarisme, ce n’est pas une métaphore : des dissidents, nous en avons, nous aurons des enfants qui dénonceront leurs parents. Et déjà, les journalistes qui se vouent à traquer le surgissement, dans le vocabulaire, de termes non autorisés font office de commissaires politiques.

Les révolutions précédentes avaient des moyens de coercition.

En une journée, on peut perdre sa vie, sa carrière, sa femme, ses enfants, ses amis, son emploi, ce n’est pas rien comme répression. Cela peut conduire au suicide.

Tous les totalitarismes ont fini par s’écrouler. Que faire ? comme disait Lénine…

Je crois à la politique et à la dissidence. La contre-société qui s’organise sous le signe de l’amitié a créé les premiers espaces de liberté véritables. Des gens peuvent se rassembler et vivre dans les interstices de la société. Et il suffit par ailleurs de quelques médias libres pour redonner une impulsion démocratique à une société.

A lire aussi : Emprise, mâles toxiques, hommes déconstruits — et autres carabistouilles

La société française semble avoir un peu plus d’anticorps que les sociétés nord-américaines.

La société québécoise n’a pas du tout le même rapport au désir : il ne circule pas aussi librement dans la société qu’en France. C’est le drame d’une société sans État indépendant, la fonction verticale régalienne a été occupée par des Anglais, leurs serviles serviteurs locaux ou des prêtres en robe. Résultat, la virilité ne s’est jamais particulièrement développée au Québec, sauf à travers la figure du bûcheron taiseux. Ici, des femmes partagent votre manière de voir le monde, la vie et les hommes : au Québec, celles qui pensent comme vous sont condamnées au chuchotement. Cela dit, on voit aussi monter une droite masculiniste affligeante. Sans virilité, il ne reste que la masculinité primitive. Comme idiots utiles, on ne fait pas mieux.

Une société délivrée de la sexualité, cela me paraissait impossible, mais Muray avait raison. Le féminisme pudibond veut sortir de l’Histoire et revenir à l’humanité d’avant la Chute – d’où son acharnement à nier la différence des sexes.

En effet, il n’y a plus ni hommes, ni bêtes mais un magma de vivant indifférencié, l’être humain étant le plus toxique des êtres vivants. L’humanité délivrée de la fracture inaugurale entre sexes, entre civilisations, entre peuples, entre nations, c’est le fantasme de toutes les révolutions, et elles sont prêtes à aller très loin pour l’imposer.

Que répondez-vous à ceux qui disent que ça passera ?

Que ça ne passe pas du tout. Alors peut-être que, dans un siècle, ce sera passé, mais pour les générations actuelles, cette norme sociale est étouffante.

Tout de même, on ne risque pas la mort physique. Avons-nous perdu l’amour de la liberté ?

Dans tous mes livres depuis 2007, ma grande question est celle de l’identité. Dans celui-là, pour la première fois, la grande question est celle de la liberté. Car c’est elle qui est aujourd’hui piétinée.

Mathieu Bock-Côté, Le Totalitarisme sans le goulag, Stock, 2023.

Le Totalitarisme sans le goulag

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La psychanalyse ou l’excision mentale

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DR.

Notre contributrice aimerait pouvoir dire à l’actrice Judith Godrèche que l’asymétrie et l’emprise ne sont pas synonymes, et que de son côté c’est un homme de plus de 60 ans qui lui a appris à dire non. Concernant la psychanalyse, elle le reconnait, elle est partiale sur le sujet. Elle n’a pas trop aimé terminer chez un lacanien en blouse blanche…


Judith Godrèche n’a pas eu de chance. Elle aurait pu naitre dans les quartiers HLM de Tourcoing d’un père alcoolique et d’une mère victime d’inceste, s’échapper d’une famille de la petite classe moyenne embourgeoisée. Fuguer en Allemagne avec son amoureux – un crétin de son âge, ce qui aurait tout changé. Elle aurait pu finir bonne, dans le Triangle d’or, pour des Koweïtiens pratiquant les châtiments corporels ou terminer vendeuse chez Sephora. Mais non. Judith n’a pas eu de chance. Avoir deux parents psychanalystes est une tare dont on ne se relève pas.

Freudy and co

Baignant dans la fumisterie semi-savante de Freudy and co, Judith Godrèche a appris à s’allonger… sur le divan. Pour février, de Miller au cinéma français, #metoo met en scène des petits meurtres entre freudo-lacaniens. Appelez-moi quand ils seront tous morts. Je viendrai chanter un requiem. Un requiem à la Gainsbourg.

Il paraît que Sandrine Rousseau a honte d’avoir cru en Gérard Miller. «Si même les alliés s’avèrent être des agresseurs ou des violeurs potentiels, sur qui s’appuyer ? C’est un combat dans lequel on ne peut compter sur aucun homme». Ce combat concerne beaucoup d’hommes, surtout ceux que metoo, au mieux, indiffère. Mais il ne faut compter sur aucun psychanalyste. La doctrine psychanalytique, hystériquement obsédée par « le phallus symbolique » est un miroir inversé assez flagrant de Sandrine et de ses obsessions pour les clitoris en pâte à sel, ou autre geste en triangle avec ses mains, censé représenter une vulve dans l’Assemblée nationale. Gérard Miller et Freud ont-ils créé Sandrine Rousseau ? En tout cas, la ressemblance est troublante.

La psychanalyse ou la fabrique du non-consentement

Qu’est-ce que la psychanalyse en pratique ? C’est une doctrine dogmatique assez simple. Vous dites noir, le psychanalyste dit blanc, et inversement. Un homme ne vous a pas violé, le psychanalyste prendra plaisir à en faire un coupable. Un homme vous a violé, le psychanalyste prendra plaisir à vous culpabiliser. Une fois folle de cette inversion perverse, il dira que la folie vient d’un traumatisme inconnu lié à pôpa et môman. La mécanique est bien rodée[1].

Toute leur doctrine est une protection contre la peur des femmes. Lederer[2] expliquait en 1970 que les théories freudiennes projetaient les désirs de pères incestueux sur leurs enfants. Il recevait des patients terrorisés de voir les seins de leurs filles pousser. De temps en temps, un praticien sort du bois pour expliquer que Freud a d’abord eu raison sur les violences sexuelles avant de rebrousser chemin pour parler de fantasme de l’enfant. La psychanalyse s’est historiquement construite dans le déni de la réalité du viol, mais aussi de la sexualité des femmes. Peut-être est-il temps de se demander avec quelles méthodes sont soignées les traumatismes dans ce pays pour stopper metoo.

Patiente, patiente, dis-moi qui est le plus beau ?

La psychanalyse est une mafia cultureuse faite pour que des hommes mal dans leur peau se croient désirés. Vous vous rappelez les femmes savantes de Molière ? Il faut s’imaginer Gérard Miller jouant la vieille Belise dans la scène IV de l’acte I face à Clitandre. Il lui demande de l’aide pour épouser Henriette. Elle le croit secrètement amoureuse de lui.

Clitandre

Souffrez, pour vous parler, Madame, qu’un amant
Prenne l’occasion de cet heureux moment,
Et se découvre à vous de la sincère flamme….

Belise

Ah tout beau, gardez-vous de m’ouvrir trop votre âme :
Si je vous ai su mettre au rang de mes amants,
Contentez-vous des yeux pour vos seuls truchements,
Et ne m’expliquez point par un autre langage
Des désirs qui chez moi passent pour un outrage ;
Aimez-moi, soupirez, brûlez pour mes appas,
Mais qu’il me soit permis de ne le savoir pas »

Le petit chat est mort ? Votre grand-mère est malade ? Votre plan cul de la veille est extraordinaire ? Vous vous faites harceler ? Peu importe. Tout pourrait se résumer à ce dialogue de sourd visant, pour le psychanalyste, à se croire tout-puissant et l’objet des désirs de la patiente.

Entre la réalité et le divan, il faut choisir. Gérard Miller a reconnu des « relations asymétriques » mais « n’avoir contraint personne ». L’état de conscience modifié n’interdit en rien le sexe si les partenaires sont prévenues. Sans quoi, l’état de surprise tel que défini dans l’article 222-23 du Code pénal sur le viol peut être retenu.

Qui sait… Le goût de certains anciens Mao pour Lacan a sans doute une justification doctrinale dans leur amour historique pour la démocratie participative. Miller, l’homme de la barricade qui préfère le divan au lit. Quelle drôlerie de voir la gauche radicale plaider l’asymétrie ? C’est à croire que l’emprise est la maladie des tartufes de l’Égalité.

De même, je ne serais pas étonnée que Godrèche ait mis 15 ans de psychanalyse pour transformer une relation asymétrique avec une mineure émancipée, et faire de Jacquot un coupable pervers. Contrairement à ce que dit la droite, l’emprise est dans le Code pénal comme un « état de suggestion psychologique ». La dépendance amoureuse et la suggestion… deux mondes. Jacquot est peut-être pervers. Je n’en sais rien. Je sais seulement que là où la psychanalyse passe, la vérité s’étouffe, et les comptes en banque se vident.

L’abus de morale est dangereux pour la santé

Judith. Il arrive que les hommes âgés violent, et l’emprise détruit. Mais souvent ils sauvent et réparent ce que d’autres ont cherché à détruire. Certains apprennent à dire non aux jeunes femmes sans en abuser. Et que faire de celles qui s’en sont sorties grâce à eux ? Faut-il les envoyer de force chez un psy afin qu’elles pensent comme il est désormais obligé de penser : que toute asymétrie est un abus.

Depuis le début de metoo, ce constat me hante. Combien d’hommes se sont vu reprocher des agressions inventées dans un cabinet feutré par un psy lacanien, pudibond et malsain? Combien de patientes ont été massacrées par les mêmes cinglés obsédés par leur âge ? Fabriquer de la culpabilité pour créer des victimes est au mieux idiot. Godrèche explique avoir été un objet sexuel adolescente. Je ne sais pas. Elle a désormais un visage de cire, celle d’un objet analysé.

En faisant tourner sa propre fille dans sa série sur Arte, Godrèche rallume une forme de lutte des classes. Avant, les producteurs lançaient les actrices en couchant avec elles, désormais les actrices lancent leur fille en contactant les producteurs. Metoo dans le cinéma un enjeu de pouvoir ? Indirectement, metoo fabrique des nepobaby, fils et filles de célèbres, souhaitant suivre les pas de leurs parents. Les débutants confrontés à ces passes-droits dans le cinéma apprécieront la psychanalyse de Godrèche.


[1] « La psychanalyse est-elle une secte » – Sophie Robert

« Les illusions de la psychanalyse » – Jacques Van Rillaert

[2] « La peur des femmes »- ed Payot – 1970

Manouchian et l’extrême droite: les pieds dans le plat de Résistance

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Veillée au Mont Valérien, avant la panthéonisation de Missak Manouchian, Suresnes, 20 février 2024 © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Avec l’entrée des Manouchian ce mercredi au Panthéon, le récit d’une extrême droite collabo opposée à une Résistance venue essentiellement de l’autre bord est benoîtement relayé, jusqu’au plus haut sommet de l’État. La réalité historique est tout autre.


« Les forces d’extrême droite seraient inspirées de ne pas être présentes, compte tenu de la nature du combat de Manouchian. » C’est par cette formule lapidaire que le président Macron a commenté dimanche dernier, dans les colonnes de L’Humanité, l’entrée au Panthéon du résistant communiste d’origine arménienne Missak Manouchian. Parce que Vichy et son « travail, famille, patrie », c’est l’extrême droite ? Parce que Jean Moulin, Pierre Brossolette, les Aubrac et consorts viennent de la gauche ? Parce que les communistes incarnent le parti des 75 000 fusillés ? Ou un peu moins si l’on en croit les historiens, qui estiment à environ 4 000 le nombre global de fusillés en France, sous l’Occupation.

Rappels historiques

Les faits étant têtus et parfois déplaisants sur ce sujet clivant, il semble bon d’en rappeler un certain nombre, que l’on pourrait ainsi résumer à grand trait : les premiers à rallier le général de Gaulle à Londres à partir de juin 1940 viennent pour la plupart de l’extrême droite (par patriotisme et par haine de l’Allemagne), les figures marquantes de la collaboration sont bien plus souvent qu’on ne le pense issues de la gauche (par pacifisme ou par opportunisme) et les communistes sont alliés avec les nazis jusqu’en juin 1941, Pacte germano-soviétique oblige !

Commençons par l’extrême droite, concept de plus en plus fumeux par les temps qui courent. De par leurs propos ou leurs prises de positions, les deux figures emblématiques qui se sont opposées à Hitler en Europe, à savoir Winston Churchill et le général de Gaulle, seraient de nos jours rejetées à la droite de l’extrême droite et feraient presque passer Éric Zemmour ou Marine Le Pen pour des gauchistes bien-pensants. Comme le montre notamment l’historien israélien (et de gauche) Simon Epstein dans son passionnant livre Un paradoxe français : Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, la France libre à l’été 1940 ne penche pas vraiment à gauche. Et même pas du tout. À l’instar de Daniel Cordier – le futur secrétaire clandestin de Jean Moulin – et du Colonel Rémy, l’homme du 18 juin accueille surtout dans les premières semaines, à Londres, des jeunes militants de l’Action française. Ce ne sont pas les seuls grands résistants à afficher leur sympathie pour Maurras ou Drumont. Emmanuel d’Astier de la Vigerie, qui va fonder le mouvement Libération-Sud puis le journal éponyme, flirte avec l’Action française avant la guerre, la presse collaborationniste ne se privant pas d’exhumer les textes antijuifs du futur compagnon de route du Parti communiste. Le créateur du réseau de renseignement la Confrérie Notre Dame, Louis de la Bardonnie, et Raymond Triboulet, qui s’engage dans l’action clandestine au sein de Ceux de la Résistance, partagent les mêmes affinités « extrême-droitières », tout comme Honoré d’Estienne d’Orves. Fusillé au mont Valérien en août 1941, ce martyr de la Résistance est proche de l’Action française durant ses années lycéennes. Cela suffira d’ailleurs à susciter l’indignation de conseillers régionaux socialistes et de syndicats enseignants d’un autre siècle, qui refusent en octobre 2018 que le département de Loire-Atlantique donne le nom de cet illustre officier de marine au lycée de Carquefou[1].

Le membre fondateur du Conseil national de la Résistance (CNR), Jacques Debû-Bridel, ainsi que des jeunes résistants nommés Pierre Messmer et Pierre de Bénouville sont des anciens Camelots du roi. Paul Dungler est quant à lui un cumulard : ancien dirigeant de l’Action française en Alsace, à la fois Camelot du roi et Cagoulard, il fonde en septembre 1940 le premier réseau antiallemand dans le Haut-Rhin (la 7e colonne d’Alsace), composé essentiellement de militants d’extrême droite. Luc Robet, qui dirige l’Organisation de résistance de l’armée (ORA) dans le Finistère, le sulfureux docteur Henri Martin, qui prend le maquis et participe à la libération de la France avec la 7e armée américaine du général Patch, ont eux aussi un passé cagoulard, tout comme semble-t-il le général Giraud, que Roosevelt va mettre dans les pattes du général de Gaulle en Afrique du Nord. L’un des principaux chefs de la Résistance, Pierre Fresnay, n’est pas non plus un gauchiste. Le fondateur du mouvement Combat fait publier en 1940 un manifeste incluant une clause discriminatoire pour les Juifs, ainsi qu’un tract fustigeant « la finance juive » qui prend dans l’économie nationale « une place intolérable ». À l’origine de l’un des plus importants réseaux clandestins (l’Alliance), le très anticommuniste général Loustaunau-Lacau ne se montre guère plus philosémite. Maurice Ripoche, fondateur du groupe Ceux de la Libération, non plus. Arrêté par les Allemands en 1943, cet ancien Croix-de-Feu sera décapité à Cologne l’année suivante. Dans cette gigantesque zone grise qu’est la France occupée, un homme est parrainé par deux membres de la Cagoule pour être décoré de la Francisque : François Mitterrand. La cérémonie a lieu en mars 1943, soit tout de même neuf mois après la rafle du Vél D’Hiv. Il faudra attendre quelques mois de plus pour voir le futur président de la République s’envoler pour Londres, puis basculer dans la clandestinité, peut-être par conviction, peut-être aussi pour assurer ses arrières, la Wehrmacht étant en train de reculer sur tous les fronts. Le général de Gaulle, qui juge sans doute cette intrépidité un peu trop tardive, rayera l’ancien vichyssois de la liste des Compagnons de la Libération qu’on lui soumet au lendemain de la guerre. La carrière politique de François Mitterrand peut tout de même démarrer, et ce sera désormais à gauche.

Il n’y a pas que des Jean Moulin à gauche

La gauche justement. Sous l’Occupation, elle donne quelques grands résistants, à commencer par Jean Moulin. Elle donne aussi quelques grands collabos, et non des moindres. Les trois chefs du gouvernement qui se succèdent à Vichy sont à l’origine des hommes gauche. Ancien membre de la SFIO, Pierre Laval brigue un siège de député sous la bannière socialiste jusqu’au milieu des années 1920. Chef du cabinet militaire de Georges Leygues durant la Troisième République, fils d’un ancien ministre de la Justice dreyfusard et franc-maçon, l’amiral Darlan est étiqueté radical-socialiste avant la guerre. Ancien président du Conseil (en 1934-1935), Pierre-Étienne Flandin fait partie de la Fédération des gauches quand il entre à la Chambre pendant la Première Guerre mondiale, avant de devenir une figure de la droite modérée. De nombreux ministres du régime de Vichy voguent eux aussi à bâbord avant 1940. Pierre Cathala, ministre à l’Économie nationale et aux Finances puis secrétaire d’État à l’Agriculture et au Ravitaillement, est radical-socialiste. Tout comme Raymond Grasset, le très anti-avortement ministre de la Santé de Pierre Laval, Jean Filippi, secrétaire général aux Questions économiques à partir de juillet 1941 et futur secrétaire d’État au Budget de Guy Mollet en 1956, ou encore un certain René Bousquet. Le secrétaire général de la Police nationale de Pierre Laval et organisateur de la rafle du Vél D’Hiv se voit confier la responsabilité du fichier central à la Sûreté nationale sous le Front populaire, en raison de ses opinions de gauche. Le ministre des Transports de Darlan, Jean Berthelot, et le ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement de Laval, Max Bonnafous, sont d’anciens membres de la SFIO, la figure la plus emblématique restant Adrien Marquet. Le maire socialiste de Bordeaux, rallié au Front Populaire, pousse une grande majorité des parlementaires de la SFIO à voter les pleins pouvoirs à Pétain, en juillet 1940. Éphémère ministre de l’Intérieur sous Vichy, il est le premier homme politique français à parler de « collaboration » avec l’Allemagne à la radio. Il participe par ailleurs à la création du Rassemblement national populaire de Marcel Déat et accueille dans sa ville des expositions antisémites et à la gloire du Troisième Reich.

L’ancien sénateur de la Gauche démocratique, Henri Lémery, est nommé ministre aux Colonies du premier gouvernement Laval. Ministre des Communications en juillet 1940, François Piétri siégeait quelques jours plus tôt à la Chambre des députés parmi les républicains de gauche. Le secrétaire général à l’Information et à la Propagande Paul Marion a avant la guerre la carte du Parti, communiste puis socialiste, à l’instar de François Chasseigne, commissaire général au Service du travail obligatoire puis secrétaire d’État à l’Agriculture et au Ravitaillement. Avant de devenir le premier des ministres de la Guerre de la France occupée, le général Louis Colson envoie des armes aux républicains espagnols. Jean Jardel, secrétaire général de l’amiral Darlan puis du maréchal Pétain, est directeur du budget sous le Front populaire. Les responsables de la CGT ont également leur rond de serviette auprès du vainqueur de Verdun, à l’image de René Belin, ministre du Travail, et de Francis Million, secrétaire général à la Main-d’œuvre. De nombreux anciens ministres de gauche, et non des moindres, se fourvoient pendant l’Occupation. C’est entre autres le cas des radicaux-socialistes Camille Chautemps, président du Conseil à trois reprises sous la Troisième, et de l’ancien ministre des Affaires étrangères Georges Bonnet, qui signe les tristement célèbres accords de Munich. Parmi les socialistes, l’ancien président du Conseil Fernand Bouisson ne chante pas non plus le chant des partisans sous la douche, loin s’en faut. Charles Spinasse, l’homme de la semaine des 40 heures et des accords de Matignon dans le gouvernement Léon Blum, va croupir quelques mois en prison à la Libération et est exclu de la SFIO pour « félonie ». L’ancien secrétaire général du Parti socialiste et ministre du Front populaire Paul Faure (à ne surtout pas confondre avec Olivier Faure) subit le même sort. Sur 17 anciens ministres socialistes encore en vie en 1944, 12 sont exclus de leur parti au vu de leur comportement pendant la guerre. La proportion parle d’elle-même.

Compromissions à degrés divers

Mieux encore, ou pire c’est selon, les deux dirigeants des deux principaux partis collaborationnistes, le Parti populaire français (PPF) et le Rassemblement national populaire (RNP) sont fondés et dirigés par un ancien communiste (Jacques Doriot) et un ancien socialiste (Marcel Déat). Accusés de complicité de crime contre l’humanité bien après la guerre, René Bousquet on l’a vu et Maurice Papon sont proches des radicaux-socialistes, peu avant la guerre. Comme l’écrit cruellement Simon Epstein dans l’avant-propos de son livre : « Jacques Doriot, Marcel Déat, Gaston Bergery, Jean Luchaire, Simon Sabiani, Georges Dumoulin et tant d’autres ont eu, en leur temps, d’excellents rapports avec la LICA. Drieu la Rochelle, Fernand de Brinon, Georges Suarez ont eu, chacun en son style, leur période d’indignation antiraciste. » Car au-delà des politiques, toute une partie de l’intelligentsia issue de la gauche ne prend pas le maquis pendant les années sombres. Georges Suarez, Pierre Drieu la Rochelle, Jean Luchaire, Alphonse de Chateaubriand, Jean Cocteau, Marcel Aymé, Jean Giono, Alain, Bertrand de Jouvenel, Marc Augier alias Saint-Loup, Marcelle Capy, Armand Charpentier, Marguerite Duras, Jean de la Hire, Camille Mauclair, Jean-Michel Renaitour, Romain Rolland, André Salmon, Robert Hersant (la liste n’est pas exhaustive)… tous se compromettent, à des degrés divers, du temps où la croix gammée flotte sur la Tour Eiffel. Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre sont loin d’être irréprochables eux aussi. La première anime en 1943 une émission musicale sur Radio-Vichy, entre deux diatribes de Philippe Henriot contre les Juifs, les Alliés ou la Résistance. « Il fallait bien vivre », expliquera-t-elle laconiquement dans ses Mémoires. Le second remplace au lycée Condorcet à Paris un enseignant juif évincé, en toute connaissance de cause. Il travaille lui aussi pour Radio-Vichy début 1944 et fait jouer deux de ses pièces, Les Mouches puis Huis clos, devant un parterre d’officiers allemands invités pour la première représentation.

Restent enfin les communistes, qui paient il est vrai un lourd tribut à la Résistance. Après le 22 juin 1941. Avant l’invasion de l’URSS par l’Allemagne nazie, c’est une autre histoire, moins glorieuse. Beaucoup moins glorieuse. À la suite du Pacte germano-soviétique, signé à la surprise générale le 23 août 1939, le gouvernement Daladier fait aussitôt interdire le quotidien L’Humanité (celui où le président Macron vient de donner son interview), puis le Parti communiste une fois la guerre déclarée. Membre du Comité central du PCF et futur secrétaire général de la CGT, Benoît Frachon propose pendant ce temps à son syndicat une motion saluant la signature du Pacte entre Staline et Hitler. Alors que des militants de la CGT et du Parti multiplient les sabotages dans les usines d’armement, pas moins de 27 députés communistes sont condamnés par le tribunal militaire de Paris à cinq ans de prison pour avoir approuvé le Pacte et reconstitué une ligue dissoute[2]. Parmi eux, Étienne Fajon, qui justifie l’invasion de la Finlande par l’URSS à la Chambre des députés, en janvier 1940, au milieu des cris et des invectives. Alfred Costes, lui, écrit depuis sa cellule au maréchal Pétain afin de « solliciter l’honneur » de témoigner au procès de Riom… contre Léon Blum. Parmi les prisonniers également, Ambroise Croizat, qui sera le ministre du Travail à l’origine de la sécurité sociale au lendemain de la guerre. Le parlementaire stalinien, qui a applaudi des deux mains le Pacte germano-soviétique, visite pas moins de 14 prisons différentes et est libéré en février 1943, amaigri de 30 kilos. Le futur secrétaire général du PCF Waldeck Rochet sort libre au même moment, presque dix ans jour pour jour avant les obsèques de Staline, auxquels il assistera aux premières loges, sur la place Rouge. Julien Racamond retrouve un peu plus tôt la liberté, puisqu’il négocie sa libération avec la Gestapo en échange d’une condamnation des « attentats individuels » contre les soldats allemands. Député communiste durant l’entre-deux-guerres, André Marty s’enfuit à Moscou après avoir publié en octobre 1939 une lettre ouverte à Léon Blum, dans laquelle il renvoie dos à dos la France et l’Allemagne nazie et dénonce la « guerre impérialiste ». « Le boucher d’Albacete », comme le surnomment ses camarades des Brigades internationales depuis la guerre civile espagnole, est déchu de la nationalité française et condamné par contumace à quatre ans de travaux forcés pour appel à la désertion.

Parmi les têtes d’affiche du Parti communiste, c’est encore moins glorieux. Mobilisé avec le 3régiment de génie à Arras, Maurice Thorez se fait la malle au bout d’un mois. Condamné à six ans de prison pour « désertion en temps de guerre », puis déchu de la nationalité française, l’indéboulonnable secrétaire général du Parti pendant plus de trente ans passe la guerre bien au froid en Union Soviétique avec sa compagne, Jeannette Vermeersch. Responsable du PCF clandestin sous l’Occupation, Jacques Duclos n’hésite pas à prendre contact avec les Allemands afin de faire reparaître légalement L’Humanité, journal dans lequel il fustige régulièrement le « Juif Mandel ». Au risque de ne pas déplaire à l’occupant, L’Humanité clandestine appelle rapidement à la fraternisation entre ouvriers français et soldats allemands, tandis que notre fidèle Stalinien (et futur candidat communiste à l’élection présidentielle en 1969) rédige en personne « l’Appel du 10 Juillet », un tract qui s’en prend pêle-mêle aux impérialistes, aux Anglais, à Blum, à Pétain et au général de Gaulle, dont il condamne l’Appel du 18 juin.

Le directeur de L’Humanité, Marcel Cachin, s’associe à la requête du PC clandestin auprès des autorités allemandes pour faire reparaître son journal. En 1941, sous la pression de la Gestapo (il est incarcéré quelques semaines en Bretagne avant d’être relâché), il signe une lettre de 19 pages désavouant les attentats contre l’armée allemande. Sa condamnation des « actes individuels » commis contre les soldats de la Wehrmacht est ostensiblement affichée sur les murs de Paris par l’occupant. Ce n’est pas du goût de ses « camarades », qui assènent que « la classe ouvrière vomira ce vieillard sénile » dans un faux numéro de La Vie ouvrière. Après la guerre, tout sera pardonné pour ce Stalinien de la première et de la dernière heure. En 1949, le Petit Père des peuples souhaite même publiquement un bon anniversaire au patron de L’Humanité, qui fête alors ses 80 ans. Et puis, il y a Georges Marchais. Le truculent secrétaire général du Parti communiste français sous Giscard et Mitterrand, et c’est un scandale, exerce dès novembre 1940 ses talents de métallo à l’Aktiengesellschaft-Ott, une société située dans l’Essonne spécialisée dans la réparation des avions de chasse de la Lutwaffe. En décembre 1942, il part travailler au cœur du Troisième Reich dans les usines de Messerchmitt en Bavière, où il est affecté à la construction du chasseur Focke Wulf 190. Pour sa défense, Marchais affirmera des décennies plus tard qu’il n’avait pas le choix en raison du STO. Sauf que le Service du travail obligatoire est instauré par les nazis à partir de février 1943. Le premier secrétaire du PCF prétendra également s’être évadé en mai-juin 1943, avant d’aller vivre clandestinement avec sa famille en Normandie jusqu’à la Libération. Sauf que des archives allemandes publiées par L’Express en 1980 démontrent qu’il est resté en Allemagne jusqu’à la fin de la guerre.

Manouchian entre donc (avec sa femme) au Panthéon, ce mercredi 21 février 2024. Passons sur le fait que ce héros de la Résistance, au courage indéniable, a combattu une idéologie mortifère au nom d’une autre idéologie tout aussi mortifère. Une question se pose néanmoins : ce militant communiste, comme d’autres, serait-il devenu un grand résistant si Hitler était resté l’allié de Staline pendant la guerre ?


[1] « Ce lycée qui refuse de porter le nom d’un résistant », Nicolas Lévine dans Causeur du 15 octobre 2018.

[2] Le Groupe ouvrier et paysan français à la place du Parti communiste, interdit depuis septembre 1939.

Après la honte

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À l’Oriental était la plus ancienne boutique du Palais-Royal. Ouverte depuis 1818, cette caverne d’Ali Baba vendait des articles pour fumeurs. Le Conseil constitutionnel s’apprête à la raser pour créer une salle d’attente…


Avec précipitation et discrétion, le Centre des Monuments Nationaux (CMN) a expulsé en janvier 2024 la plus ancienne boutique du Palais-Royal encore en activité. À l’Oriental avait ouvert ses portes en 1818 et vendait, depuis, des pipes et des tabatières, des fume-cigarettes et quantité d’objets précieux ou fantaisistes en lien avec le tabac. Cette institution de quelques mètres carrés, connue dans le monde entier, comptait parmi ses clients les rois d’Espagne et du Maroc, des capitaines d’industrie, de hauts magistrats et des artistes, chanteurs, comédiens, réalisateurs, mais aussi une foultitude d’anonymes qui, en entrant dans cette caverne d’Ali Baba, accomplissaient un petit rituel, venaient y respirer le parfum du Paris d’autrefois. Ses volumes intacts témoignaient de la vie au cœur de la capitale au début du XIXe siècle : local étroit et haut de plafond, escalier à vis, entresol… Le parfait exemple du « patrimoine du quotidien ».

Raison d’État !

Le CMN, garant de notre patrimoine en général et du Paris-Royal en particulier, n’est pas à l’initiative de cette expulsion scandaleuse. Il a été le funeste exécuteur des volontés du Conseil constitutionnel.
Depuis sa nomination, son président ne cesse de pousser les murs de son palais, annexant là une cave de la Comédie-Française, là une échoppe… et lorgnait sur À l’Oriental, son voisin immédiat, afin de le raser pour agrandir sa boutique de souvenirs et créer une salle d’attente. Raison d’État. C’est ainsi que le CMN n’a même pas cherché à sauver le condamné face à d’aussi grotesques convoitises. Pour complaire au président des Sages, il a livré sur un plateau ce morceau du patrimoine des Parisiens.

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Et dans cette affaire, la honte se mêle à l’abjection. Pressé, très pressé de vendre des mugs estampillés CC et de faire assoir ses nobles visiteurs, le Conseil a réussi à faire expulser la gérante des lieux en un temps record. Les pires squatters à chiens sont traités avec plus d’égards. Rakel van Kote tenait boutique depuis près de trente ans et avait payé d’avance ses loyers pour l’année en cours. En quelques jours, ses serrures ont été changées, des scellés ont été posés et un échafaudage dressé devant ses vitrines pour camoufler le déménagement auquel elle n’a pas eu le droit d’assister. Sans inventaire préalable, et à l’abri des regards, quelque 250 cartons ont été remplis puis envoyés dans un garde-meubles loin de Paris – à ses frais. Durant cette opération, l’association SOS Paris a pu voler quelques images, à l’aide d’une caméra fixée sur une perche. Dès le lendemain de leur diffusion sur X, l’échafaudage était rehaussé ! Raison d’État.

Signez la pétition !

C’est ainsi que le garant de notre patrimoine peut nous en priver, le plus légalement du monde.
Il est toujours possible de soutenir À l’Oriental en signant cette pétition. C’est désormais une question de morale, un principe d’honneur, cette valeur que certains ont abandonnée depuis longtemps.

Vivre en ville

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Plasturgie française: quand la France assassine sa souveraineté

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Joseph Tayefeh, Secrétaire général du Syndicat de la plasturgie et des composites Plastalliance, s’inquiète des recentes mesures gouvernementales annoncées contre le plastique, et envie les agriculteurs.


Alors que le secteur agricole, pris jusqu’à présent en étau par les différentes mesures franco-françaises de surtranspositions, voit, peut-être, le bout du tunnel réglementaire au prix d’une mobilisation sans précédent, voici que le gouvernement s’est trouvé un nouveau secteur à abattre, celui de la plasturgie.

En cela, ce secteur fort de 3000 entreprises et près de 120 000 salariés sur le territoire national partage avec l’Europe un grand point en commun : celui d’être désigné comme bouc émissaire idéal pour tenter de faire oublier certaines mauvaises décisions bien nationales où l’injonction contradictoire est devenue le fil directeur politique.

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Dans son discours de politique générale, le Premier ministre Gabriel Attal déclarait avec grande justesse que « certains voudraient une écologie de la brutalité, pour eux l’écologie doit être punitive, douloureuse, passer par la désignation de boucs émissaires et par la décroissance. La décroissance, je vous le dis, c’est la fin de notre modèle social, c’est la pauvreté de masse, jamais je ne l’accepterai », pour annoncer dans le même discours une future initiative « contre la pollution plastique pour les 50 sites qui mettent le plus d’emballages plastiques sur le marché ». La pollution dans les océans par des déchets plastiques mal ou pas gérés, la France en est responsable à hauteur de 0,02% quand l’Asie de l’Est l’est à près de 81% (avec un pays comme les Philippines qui représente 36% à elle seule de cette pollution). Cette annonce de Gabriel Attal ne pouvait que susciter l’émoi auprès de ces 50 grandes entreprises, souvent des groupes ou des Entreprises de taille intermédiaire (ETI) présents parfois à l’international et notamment dans d’autres pays de l’Union européenne. Union qui n’a jamais considéré l’industrie plastique présente sur son sol (50 000 entreprises, un million cinq cent mille salariés) comme un ennemi. Union qui n’a jamais prévu dans aucun texte la fin des emballages plastiques à usage unique en 2040 comme le souhaite la France depuis la fameuse loi « AGEC » de 2020.

Contenter les agriculteurs ne pouvait que quelque peu mécontenter les apôtres de la décroissance. Leur offrir sur un plateau l’une des têtes de l’industrie française de la plasturgie (3e Européenne en taille) est le moyen tout trouvé pour calmer les déçus verts de rage des mesures prises au profit de l’agriculture française. Dès le lendemain du discours du Premier ministre, le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, triplait la mise en matière d’attaque contre des secteurs industriels stratégiques. Le ministre souhaite ainsi « travailler avec les 50 industriels les plus dépendants des matières plastiques » dans une démarche en vue notamment « dune réduction des usages » dans les secteurs « de lemballage mais également du secteur du bâtiment, de lautomobile… ». En visant les trois premiers secteurs de la plasturgie, soit 70% de la production industrielle en la matière, le ministre ne réduira pas la pollution plastique. Il réussira en revanche à coup sûr à nettoyer la France de son industrie. C’est une réduction de notre souveraineté, de nos emplois, de notre tissu industriel et l’augmentation de notre déficit commercial qui attendra la France si les vœux ministériels deviennent réalité. C’est une mise en dépendance de la France aux matières plastiques importées car les usages que le ministre souhaite interdire seront autorisés en Europe.

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C’est une perspective inflationniste car le plastique est le matériau bon marché par excellence comparé à ses substituts et ce, sans compter les effets collatéraux comme l’augmentation du poids des véhicules privés de plastique, augmentation qui fera au moins la joie des finances publiques avec le malus au poids en vigueur. La méthode française, c’est nettoyer 0,02% de sa maison et faire croire que toute la maison est devenue propre. C’est faire supporter aux industriels français les errements de contrées où la poubelle de tri, c’est la rue ! C’est en définitive vouloir sacrifier un secteur industriel au prix d’une efficacité écologique nulle mais d’une augmentation des prix qui ne le sera pas.

« Plastique bashing : L’intox ? » Le Cherche Midi, 288 pages.

Plastique Bashing : L'intox

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Marine Le Pen est-elle légitime pour honorer un résistant?

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Paris, 7 février 2024 © Eric TSCHAEN-pool/SIPA

Marine Le Pen est indésirable à la panthéonisation de Missak Manouchian, mercredi 21 février. Du moins, c’est ce qu’a affirmé le président Macron dans L’Humanité, lundi. Il nous donne le tournis ! Marine Le Pen est invitée car il n’a pas à «faire le tri entre les élus», nous dit-il. Et puis il fait le tri, ajoutant tout de suite après qu’elle ferait mieux de s’abstenir!


Le Rassemblement national (RN) n’appartient finalement pas à l’arc républicain, de même que « Reconquête ! » et certains élus LFI – seulement certains -, selon Emmanuel Macron. Comme d’habitude, le Macron d’aujourd’hui contredit celui d’hier, lequel critiquait les postures morales d’Elisabeth Borne face au RN. Maintenant, voilà qu’il s’oppose à Gabriel Attal qui déclarait récemment que l’arc républicain, c’est tout l’hémicycle. Comme me l’a dit Céline Pina : ce n’est plus une girouette, c’est un ventilateur !

L’ascension du RN semble provoquer un vent de panique à l’Élysée. D’ailleurs, on persévère dans l’erreur, car cela n’a pas commencé hier. Depuis 40 ans, nous avons droit à des gloussements outragés, F comme fasciste, N comme nazi etc. Cette politique du cordon sanitaire a fait passer le parti de 5 à 25% des voix. C’est à croire que le but de cette politique n’est pas de combattre ce parti, mais d’exhiber sa vertu. Et de plus, cet antifascisme sans fascisme a permis de ne pas voir le danger qui vient : l’islam radical.

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Mais le RN et Marine Le Pen ont une histoire, nous dit-on. Il est tout de même curieux de chercher des poux dans le passé de Marine Le Pen et de le faire dans le journal qui a pleuré la mort de Staline. Le passé des (ancêtres des) uns leur est opposable pour l’éternité, et pour les autres, dont beaucoup ont persisté longtemps dans l’aveuglement, tout est pardonné. En prime, on accepte sans discuter dans la famille républicaine LFI qui pactise ouvertement avec des antisémites avérés. Au présent.

L’assimilation de la Résistance à la gauche est une fantastique réécriture de l’Histoire. Parmi les premiers gaullistes, il y avait le Colonel de la Roques (du 6 février 34 ![1]), il y avait aussi D’Estiennes d’Orves, un monarchiste. Et, sans vouloir être trop désagréable, rappelons que le Pacte germano-soviétique a duré jusqu’en 1941… Certes, il est avéré que Jean-Marie Le Pen a toujours minimisé les crimes de la collaboration, et que lors de la fondation du FN il y avait d’anciens collabos, et pas d’anciens résistants, et une haine envers De Gaulle (liée à l’Algérie française, pas à la Résistance). Mais sa fille dirige le parti depuis 15 ans. Elle a rompu avec fracas avec son père. Et personne n’a jamais trouvé d’elle une déclaration antisémite ou pétainiste. Dernier argument dégueulasse: on dit que Missak Manouchian était étranger et que Marine Le Pen veut arrêter l’immigration. Comme si c’était raciste ! Comme 70 % des Français. Cette assimilation, cela suffit. Évidemment, cela n’a rien à voir avec le racisme. Et penser cela n’empêche évidemment pas d’honorer des étrangers.

Par respect pour les familles, Marine Le Pen n’a pas assisté à l’hommage à Robert Badinter. Pour Manouchian et les 23, le temps du deuil privé est passé. Ils appartiennent à l’histoire de France. Sauf crime de haute trahison ou atteinte à la sécurité de l’État, personne ne peut en exclure un parti légal ou quelque groupe. Au lieu de distribuer des brevets de République, le président Macron devrait se préoccuper des territoires où elle disparaît.


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth sur Sud Radio du lundi au jeudi, dans la matinale !


[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_du_6_f%C3%A9vrier_1934

Polanski: Vampire, vous avez dit vampire?

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Roman Polanski, Deauville, septembre 2019 © Jacques BENAROCH/SIPA

On apprend que le Festival du film fantastique de Gérardmer a retiré Le Bal des Vampires de la rétrospective « Vampires » de son édition, au motif que «le nom de Roman Polanski suscitait l’effroi» parmi les (jeunes) membres du jury du court-métrage. 


À vrai dire on se pince, tant cette information ressemble à un (très) mauvais canular. Ainsi les responsables du festival, pitoyablement soumis à une poignée d’activistes décérébrés, cèdent devant le prétendu « effroi » de petits maîtres censeurs ivres de leur misérable pouvoir d’intimidation. Au lieu de rire au nez de ces piètres épouvantails qu’épouvante, paraît-il, le « monstre » Polanski, et de les recadrer comme il se doit, ils renoncent à projeter le film. Pour épargner à cette innocente (et passablement ignorante) jeunesse quelque terrible « traumatisme » peut-être ? Pour ne pas se trouver à leur tour la cible de la réprobation des commandos #MeToo ? Tous aux abris alors ! Et tant pis pour l’intelligence et l’honnêteté. Du moment qu’on se trouve assuré d’être dans la zone d’intérêt, dûment sécurisée, du « Bien » selon #MeToo… Ouf, ils l’auront échappé belle – grâce à la si pure bêtise du Comité de Salut public du jour qui édicte le « vrai » et le « bon ». On attend maintenant leur acte de contrition (très tendance par les temps qui courent) pour avoir songé, ô scandale, à programmer un film du « prédateur » prototypique, « violeur-de-fillettes » comme chacun sait.

Honte à eux.

Honte à eux parce qu’ils saccagent tout regard libre sur l’œuvre d’un cinéaste dont les films, exceptionnelle et vitale école de la lucidité, nous offrent le précieux cadeau d’un art qui élargit et affine notre perception du monde et de nous-mêmes, de l’inépuisable mystère humain en somme.

Honte à eux parce qu’ils assurent, par leur pleutrerie écœurante, le règne tyrannique de la désinformation – et des aveuglements volontaires – quant à tout ce qui touche à ce qu’il est convenu d’appeler « l’affaire Polanski ».

En kioques actuellement, Causeur #120 : Sexe: le retour de bâton

Désinformation permanente s’agissant de ce qui est arrivé en 1977 avec Samantha Geimer – une relation illicite avec une mineure, infraction pour laquelle Polanski a plaidé coupable, purgé la peine fixée (et au-delà), puis s’est trouvé victime de la délinquance judiciaire caractérisée de magistrats américains drogués aux scandales médiatiques. En dépit de cela, c’est le mot de « viol » qui demeure encore agissant dans l’opinion publique, par l’intermédiaire de la plupart des médias, couplé à la croyance entretenue que Polanski aurait fui la sanction méritée.

Aveuglements volontaires – voire complaisances à questionner – quant à des incriminations pour le moins sujettes à caution mais valant preuves (selon le dogme « Victimes on vous croit ! ») qui, telles des algues vertes prolifèrent autour de Polanski, en une litanie d’accusations dépitées plus opportunistes les unes que les autres. Qui osera examiner avec un peu de distance critique, et les yeux ouverts, les affirmations de ses accusatrices en série, peu soucieuses de leurs propres contradictions (Charlotte Lewis), ou de l’incohérence de leurs comportements : sauter au cou de son « agresseur » cinq mois après le viol avec violence allégué, comme le fit par exemple Valentine Monnier devant témoins ? Une toute petite dissonance, qu’on mettra sans sourciller sur le compte de « l’amnésie traumatique ». Qui relèvera les invraisemblances de leurs « récits » ?

Honte à eux parce que, faisant mine d’accorder du crédit à l’« effroi » fabriqué de ces médiocres et tout-puissants justiciers, ils perpétuent en somme, sans le savoir sans doute, l’ignoble soupçon qui pesa sur Roman Polanski après l’assassinat de son épouse Sharon Tate – interprète exquise du Bal des vampires –, que résuma avec une obscène infatuation Jean-Pierre Elkabbach osant lui susurrer, lors d’une interview en 1979, dix ans après le crime, « mais tout de même, vous n’étiez pas tout à fait innocent ». Un « monstre », on vous dit…

De quoi être saisi d’effroi en effet – mais face à l’horreur éhontée des propos du journaliste. Lequel dans la même interview attribua également à Polanski un goût coupable pour les « petites filles ».
Où nous retrouvons la confusion du jour, qui ne sait ni ne veut distinguer la fillette de la jeune fille.

Honte à eux tous.

« Combien de millions de fois faut-il répéter un mensonge pour qu’il devienne – momentanément – l’équivalent d’une vérité ? Beau problème pour un mathématicien de la psychologie des foules », se demandait jadis Clemenceau.
Concernant Roman Polanski et l’injuste opprobre dont on l’a recouvert, cette question nous apparaît plus que jamais urgente. Combien de temps ce moment grotesquement sinistre va-t-il encore durer ? Nul ne le sait.

Honte, honte à ceux qui en font prospérer l’iniquité stupide.

Qui a peur de Roman Polanski ?

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L’imam tunisien, le drapeau national et Satan

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Mahjoub Mahjoubi. DR.

Il avait oublié les valeurs de la République sur le chemin de sa mosquée… Un prêche aussi grotesque que haineux de l’imam Mahjoub Mahjoubi, à la mosquée At-Tawba de Bagnols-sur-Cèze (30), pourrait bien lui valoir son billet retour pour la Tunisie ! Mais sera-t-il vraiment expulsé ? De toute façon, notre journaliste Céline Pina craint que M. Mahjoubi, installé depuis des décennies en France, ne soit que l’arbre qui cache la forêt islamiste.


L’imam de Bagnols-sur-Cèze n’est pas le pingouin qui glisse le plus loin sur la banquise. En effet, l’homme est menacé d’expulsion pour avoir dit explicitement ce que la plupart des imams islamistes prêchent sous le manteau : la volonté de conquête territoriale, la haine de la France et le refus de faire primer la loi française sur la culture d’origine et surtout sur le dogme islamique. Le positionnement est d’autant plus stupide qu’il y a bien plus subtil en magasin pour installer dans l’espace public des signes liés à l’islam et répandre les éléments de langage de l’islam politique.

Dérapage près du tapis de prière

La plupart des imams islamistes le savent. Ils pratiquent le double langage et jouent sur le retournement des valeurs : mettre en avant la liberté, pour imposer un signe dégradant qui refuse l’égalité aux femmes, comme le voile ; s’emparer de la laïcité pour la dévoyer en société protectrice des religions ; bâillonner la liberté d’expression et imposer la condamnation du blasphème au nom du respect de l’islam… Mais cela demande un minimum d’intelligence et de connaissance, or cet imam salafiste ne vit pas en France au XXIème siècle mais dans son rêve de conquête millénaire. En effet, ce qui lui est reproché est un dérapage lors d’un prêche où il évoque l’arrivée du Mahdi. Messie qui, selon l’islam, consacrera l’avènement des Musulmans à la fin des temps. « Il va s’autoproclamer et là, tous les gouverneurs dans toutes les gouvernances vont chuter. On n’aura plus tous ces drapeaux tricolores qui nous gangrènent, qui nous font mal à la tête, qui n’ont aucune valeur auprès d’Allah. La seule valeur qu’ils ont, c’est une valeur satanique. »

On ne serait plus à une OQTF près !

Le préfet du Gard a choisi de réagir avec promptitude et le ministre de l’Intérieur l’a conforté dans sa décision. L’imam a ainsi été signalé au procureur de la République et le retrait de son titre de séjour a été demandé afin qu’il puisse être expulsé du territoire. Jusqu’ici il y a plutôt de quoi être satisfait du déroulement de l’affaire. Et pourtant, tant que l’imam n’a pas quitté notre territoire, gardons-nous de nous réjouir : on a vu à quel point notre droit rendait compliqué toute expulsion. De surcroit, même lorsque les obstacles sont levés, les pays d’origine ne se bousculent pas pour récupérer de l’islamiste décomplexé dont ils connaissent la capacité de nuisance.

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Mah j’ai rien dit…

Mais ce qui est surtout remarquable ici, c’est le bal des faux-culs que, comme d’habitude, ce type d’affaire enclenche. Commençons par la grande comédie de la persécution et de la victimisation à laquelle se livre Mahjoub Mahjoubi, l’imam salafiste. Appelé à se justifier sur RMC, il plaide le lapsus. C’est vraiment prendre ses interlocuteurs pour des imbéciles tant ses propos s’inscrivent dans une vision du monde et des références parfaitement logiques pour un islamiste. S’il y a lapsus, c’est plutôt parce qu’il révèle ce qui est censé rester sous les radars ; une pensée conquérante qui se travestit en geignement victimaire. Mais dans son cadre de pensée, son prêche est cohérent et correspond aux représentations religieuses répandues. Ses fidèles d’ailleurs le savent bien.

Mais que dire de l’association de gestion de la Mosquée, ces « sages » et référents musulmans, censés être des garants auprès des pouvoirs publics ? Eh bien figurez-vous qu’en général, ils tombent des nues lorsqu’on leur « apprend » que leur imam est un islamiste. Bien entendu rien de cela n’est crédible. Non seulement il est impossible qu’ils ne soient pas au courant, mais en général il a même été recruté pour cela ! Il y a accord idéologique profond entre un imam et ses employeurs. L’enquête ne devrait donc pas s’arrêter à l’imam mais se pencher attentivement sur l’association de gestion et ceux qui la composent car le foyer islamiste est là. L’imam n’en est que le fruit.

Encore une affaire de bail emphytéotique !

Autres dénégations bien peu plausibles, celle du maire de Bagnols-sur-Cèze. Mais il faut dire que tout dans la construction de cette mosquée porte la marque du clientélisme. On est dans le cadre qui a été aménagé en son temps par le pouvoir socialiste pour pouvoir détourner l’interdiction de subventionnement d’un culte : le bail emphytéotique. Cela consiste à mettre à disposition d’une association musulmane, un terrain appartenant à la municipalité, lequel doit revenir théoriquement au bout d’un certain nombre d’années à la collectivité locale. C’est un moyen détourné de subventionner la construction de mosquées et un outil très utile pour obtenir des voix communautaires… Ici, par exemple, le loyer pour l’utilisation du terrain est de 1000 euros par an. Un avantage en nature conséquent. La pratique est devenue très commune et en général les liens tissés se perpétuent quel que soit le pouvoir qui s’installe en Mairie. C’est d’autant plus marqué quand une structure de gestion communautaire est radicalisée, car l’emprise sur ses membres et les fidèles est très forte. La capacité de mobilisation communautaire est donc plus importante et le rendu sur investissement communautaire plus élevé. La mosquée dont il est question a donc été construite grâce à l’aide active du Maire et à un apport décisif de la Ville (la signature du bail date de 2021).

L’estomac fragile de Jean-Yves Chapelet

Mais revenons à la politique locale. Jean-Yves Chapelet, le Maire se dit donc « estomaqué ». C’est un peu étonnant car une autre affaire avait précédemment remué le landerneau et concernait déjà la mosquée incriminée. Alors le coup du maire et des fidèles « sous le choc » est d’autant moins audible que la Préfecture précise que l’imam est suivi depuis quelques mois et qu’elle n’aurait pas qu’un seul prêche haineux à présenter au tribunal. Autre indice concordant, la nature de l’affaire précédente. Les lieux de prosélytisme islamiste ciblent souvent les enfants. Ils le font notamment par le biais de cours de soi-disant arabe, dispensés à la mosquée. La plupart du temps ce sont des cours de Coran et dans la version la plus obscurantiste qui soit. Et comme par hasard, avant le problème du prêche haineux, c’est une affaire de la sorte qui avait secoué l’association de gestion de la Mosquée. Le maire doit avoir une mémoire à éclipse. A moins qu’ayant déjà chuté de l’armoire lors de cette première affaire, il en ait perdu le souvenir.

Ce type d’affaire est appelé à se développer puisque nul ne se soucie du fait que les instituts de formation d’imams français sont aux mains des Frères Musulmans et que les imams recrutés dans les pays d’origine sont en général assez frustres, souvent rétrogrades et inadaptés à nos modes de vie quand ils ne sont pas islamistes. Mais surtout, tant que les associations de gestion ne seront pas mises en cause, que les dirigeants de celles-ci ne seront pas inquiétés et qu’il sera plus avantageux d’utiliser le clientélisme communautaire que de le combattre, rien ne changera. Cet imam sera peut-être expulsé, mais l’environnement qui a permis cette dérive, lui, n’est et ne sera probablement même pas combattu.

Silence coupable

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Le Frérisme et ses réseaux: l'enquête

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Solution à deux États: une vieille nouveauté

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Des Palestiniens et des Israéliens de gauche, unis lors d’une manifestation contre le mur de séparation érigé par Israël deux ans plus tôt, Jérusalem-Est, 7 février 2004. © CIAImages/Yonathan Weitzman/Sipa Press

La guerre entre le Hamas et Israël a ravivé l’idée de la « solution à deux États » pour résoudre le conflit israélo-palestinien. C’est oublier qu’elle est sur la table depuis 1947 et que ses premiers opposants étaient les Arabes de Palestine. D’autres issues politiques sont sûrement possibles, mais dans une région débarrassée de ses islamistes.


Depuis le 7 octobre, la « solution à deux États » est de nouveau à la mode. Toute personne qui veut se montrer concernée et informée sur le sujet se doit de la brandir avec le sentiment d’avoir inventé la lune. Mais ses innombrables promoteurs préfèrent oublier qu’elle a d’abord été refusée par les Arabes en 1947.

L’idée est proposée dès 1937 par une commission chargée par la puissance mandataire britannique de trouver une solution politique au conflit entre Juifs et Arabes de Palestine. Les deux communautés refusent. Les futurs Palestiniens ouvertement et catégoriquement, les Juifs en se montrant intéressés et sans fermer la porte au principe du partage du territoire. Sans solution politique pour le « jour d’après », les Britanniques choisissent alors l’option militaire, et en moins de deux ans, écrasent le soulèvement arabe. Cette répression est l’une des principales raisons de la défaite des Palestiniens dans la guerre civile qui les oppose aux Juifs entre décembre 1947 et avril 1948.

C’est toujours non

Toutefois, avant cette guerre civile, la question du partage de la terre est à nouveau mise sur la table, cette fois par la nouvelle ONU. Les Juifs acceptent sans équivoque. Les futurs Palestiniens disent toujours non. Puis, la guerre change la donne. Israël s’installe dans des frontières un peu plus confortables que celles proposées en 1947, mais la majorité des territoires destinés à l’État-nation arabe de Palestine est occupée par l’Égypte (Gaza) et la Transjordanie (Cisjordanie et Jérusalem). En effet, la stratégie des Hachémites pendant la guerre de 1948-1949 est de contrôler ces territoires plutôt que de détruire le nouvel État juif. Et ni l’un ni l’autre n’ont profité de la situation pour créer un État palestinien. Les Hachémites restent guidés par des calculs dynastiques qui remontent aux accords entre Lawrence d’Arabie et Hussein. Trahis par leurs alliés français et britanniques, Hussein et sa maison (les Hachémites) perdent leur statut en Arabie au profit de leurs adversaires de la maison de Saoud. Les Hachémites sont dédommagés par la création de deux royaumes : la Transjordanie et l’Irak.

Des combattants palestiniens à Jérusalem en 1948. © D.R

En 1948, le roi jordanien Abdallah Iᵉʳ voit l’occasion d’agrandir son royaume, mais surtout de mettre la main sur Jérusalem, troisième ville sainte de l’islam, pour compenser la perte du chérifat de La Mecque. Pour lui, il n’est pas question d’un État palestinien ni même d’un peuple palestinien. Pour l’Égypte, surtout après la révolution (1952) et l’arrivée au pouvoir de Nasser (1954), la question palestinienne n’est qu’un outil dans son grand jeu panarabe, anti-israélien et anticolonial. Les deux territoires sont séparés et, à partir de 1959, le seul projet politique est la lutte armée contre Israël menée par le Fatah de Yasser Arafat et l’OLP contrôlée par l’Égypte.

En 1967, tout change. Le 5 juin vers midi, le roi Hussein décide de rejoindre Nasser dans la guerre contre Israël et perd la Cisjordanie et Jérusalem tandis que, sur le front égyptien, l’armée israélienne a repris la bande de Gaza.

L’échec de Nasser contribue à l’émancipation du mouvement national palestinien sous la direction d’Arafat, mais le pouvoir hégémonique à Jérusalem-Est et en Cisjordanie reste entre les mains du roi hachémite. Or, au plus fort de la guerre froide, la stratégie occidentale pour contrecarrer l’influence de l’URSS dans le monde arabe est de donner à la Jordanie un rôle clé au sein du dispositif occidental dans la région. Il fallait donc empêcher que le royaume hachémite soit transformé lui-même en république palestinienne inféodée à Moscou. Ce rôle spécial, nommé après 1967 l’« option jordanienne », refait surface en 1987 avec l’accord de Londres, négocié entre Shimon Peres et le roi Hussein, mais il est rejeté par le gouvernement israélien et enterré par le déclenchement de la première Intifada. Six ans plus tard, les accords d’Oslo sont négociés et signés entre Israéliens et Palestiniens sur la base d’une solution à deux États.

Belliqueux Hamas

Cependant, à la fin des années 1980, alors que l’OLP est sur le point d’abandonner la lutte armée, un concurrent sérieux apparaît : le Hamas. Ce dernier reprend la bannière de la lutte armée sans compromis, tout en exploitant le ressentiment croissant des Palestiniens de l’intérieur (ceux qui sont restés en Cisjordanie et à Gaza) à l’égard des fonctionnaires de l’extérieur (cadres de l’OLP) qui sont revenus après Oslo. La corruption, d’une part, et la pression violente du Hamas, d’autre part, conduisent à l’échec d’Oslo et au déclenchement de la seconde Intifada. Pour autant, l’idée des deux États n’est pas morte. Afin de surmonter la crise de l’Intifada 2001-2004, Israël propose de faire de Gaza un projet pilote pour relancer une dynamique politique dont l’objectif ultime est une solution à deux États. L’Autorité palestinienne (AP) ne voulait pas que son accord officiel sanctionne un projet dont elle redoute qu’il soit un piège, mais suite au retrait israélien de Gaza et au démantèlement de trois colonies dans le nord de la Cisjordanie (destiné à signifier que les deux territoires sont liés), elle prend effectivement le contrôle des zones évacuées par Israël en 2005.

L’électorat israélien est largement favorable à cette initiative, soutenue par les États-Unis et l’Europe. Mais l’AP perd le contrôle de la zone et deux ans plus tard, après un putsch sanglant, Gaza devient un territoire hostile sous contrôle du Hamas. Le gouvernement israélien tente néanmoins de maintenir l’option des deux États sur la table. En septembre 2008, Ehud Olmert, le Premier ministre israélien, propose un projet d’accord que Mahmoud Abbas, le président palestinien, qualifie de très prometteur, mais auquel il ne donne pas suite. Certes, Olmert est sur le point de perdre le pouvoir, mais un tel accord aurait pu changer la donne. En 2009, la victoire de Nétanyahou est intimement liée à l’échec de la solution à deux États. Il reste au pouvoir depuis parce que pour la majorité des Israéliens l’AP, minoritaire et corrompue, n’est pas crédible. Quant au Hamas, il n’a jamais caché son objectif : un État palestinien à la place d’Israël et non pas à ses côtés.

Avec un tel bilan, il est quelque peu naïf de parler aujourd’hui d’une solution à deux États comme étant la seule issue politique à la guerre de Gaza. En revanche, comme en 2005, Gaza, qu’Israël ne veut pas occuper et encore moins annexer, reste un terrain propice pour un projet pilote politique palestinien.