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La fuite d’Ormuz

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Des pétroliers disparaissent des radars, des cargaisons sont transbordées en mer et des millions de barils continuent de quitter le Golfe malgré les menaces iraniennes. Comme les sanctions qu’elle a elle-même apprises à contourner, l’économie mondiale s’adapte au blocus d’Ormuz. Une adaptation coûteuse, mais qui pourrait affaiblir le principal levier stratégique de Téhéran.


Hier, Donald Trump a affirmé que plus de 100 millions de barils de pétrole avaient déjà traversé le détroit d’Ormuz depuis le début de la crise. Le chiffre mérite d’être discuté dans le détail car le président américain est loin d’être une source sûre. Et même s’il dit vrai, ce qu’on ne peut pas exclure, 100 millions de barils en 100 jours c’est à peu près la quantité qui transitait par le détroit en cinq jours avant la guerre. Cependant, le fait que Trump ait choisi d’en parler, traduit une réalité : contrairement aux scénarios les plus alarmistes évoqués au début de la confrontation avec l’Iran, le détroit n’a jamais été totalement fermé. Les flux énergétiques ont été perturbés, ralentis, rendus plus coûteux et plus complexes, mais ils n’ont pas été interrompus.

Cette réalité explique largement l’évolution des marchés pétroliers. Certes, les prix du brut ont augmenté sous l’effet de la guerre, de l’incertitude géopolitique et de la hausse des primes d’assurance. Mais ils n’ont jamais atteint les niveaux catastrophiques annoncés par certains analystes ni ceux qu’espéraient parfois certains producteurs. La raison en est simple : malgré la crise, l’écart entre l’offre et la demande est moins important qu’on ne le croit. 

Les indices se sont multipliés ces derniers jours. Selon Bloomberg, seize pétroliers se sont regroupés au large d’Oman afin de procéder à des transferts de cargaisons représentant plusieurs millions de barils de pétrole auparavant bloqués dans le Golfe. Cette zone était totalement vide un mois plus tôt. Plus significatif encore, un nombre croissant de navires coupent volontairement leurs transpondeurs afin de traverser discrètement le détroit d’Ormuz. Les données de sites suivi maritime (Trackers) donnent ainsi l’impression d’un trafic réduit alors que les témoignages d’armateurs, les achats asiatiques et les images satellites décrivent une situation très différente où des passages deviennent progressivement plus réguliers et les volumes plus importants.

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L’analyste de marché de l’énergie Anas Alhajji évoque désormais ce phénomène sous le nom de « Hormuz Leak », la fuite d’Ormuz. Selon lui, les Trackers commencent à confirmer ce que plusieurs réseaux privés de renseignement observaient déjà depuis des semaines. Des pétroliers disparus des écrans radars après avoir éteint leurs transpondeurs réapparaissent soudainement très loin de la région, preuve qu’ils ont réussi à franchir le détroit malgré les apparences. Le cas du méthanier Rasheeda de QatarEnergy est particulièrement révélateur. Après plusieurs semaines de silence, le navire a réapparu après avoir franchi le détroit d’Ormuz et le golfe d’Oman. L’absence d’information ne signifie pas l’absence de phénomène.

Cette « fuite d’Ormuz » finit désormais par influencer directement l’équilibre du marché pétrolier mondial. Plus les opérateurs prennent conscience de l’existence de ces flux invisibles, moins les anticipations de pénurie paraissent crédibles. Le pétrole continue d’arriver en Asie. Les cargaisons continuent d’être livrées. Les États producteurs continuent d’exporter.

Le mécanisme est relativement simple. Les gouvernements des pays producteurs utilisent leurs propres flottes de pétroliers pour traverser la zone à risque. Une fois les cargaisons sorties du détroit, elles sont transférées à des navires commerciaux conventionnels qui assurent ensuite le transport vers les clients finaux. Cette organisation réduit fortement l’impact des primes d’assurance (ce sont toujours les mêmes qui traversent le détroit, les autres attendent dehors et donc moins exposés) et contourne une partie des réticences des armateurs privés. Les pétroliers d’État effectuent alors plusieurs rotations successives entre les terminaux du Golfe et les zones de transbordement situées plus à l’est.

Téhéran en réalité incapable de bloquer le trafic durablement

Cette situation révèle également les limites des capacités iraniennes à contrôler cette voie maritime. Depuis le début de la crise, de nombreux observateurs avaient annoncé des essaims de drones, des attaques massives de vedettes rapides ou des salves de missiles balistiques capables de saturer les capacités de la marine américaine et rendre toute navigation impossible. La réalité est beaucoup plus modeste. Les forces iraniennes ont bien tenté plusieurs attaques limitées contre des destroyers américains et quelques navires commerciaux. Quelques drones, quelques vedettes rapides et quelques missiles ont été engagés. L’écrasante majorité a été rapidement neutralisée. Les radars iraniens activés pour guider ces attaques ont souvent été immédiatement repérés puis détruits. Les lanceurs de missiles identifiés ont subi le même sort tout comme les sites de lancement de drones. Les quelques « escarmouches » entre les Etats-Unis et l’Iran depuis le cesser le feu d’avril, ont servi de prétexte aux Américains pour cibler et dégrader le dispositif mis en place par les Gardiens de la Révolution pour renforcer le blocage. L’Iran semble avoir considérablement réduit ses tentatives d’interdiction maritime. Certes, l’Iran possède des capacités importantes de nuisance régionale, mais il peine à projeter durablement sa puissance au-delà de ses côtes face à des marines modernes disposant d’une supériorité aérienne et satellitaire écrasante, sans oublier la qualité de renseignement. Téhéran peut perturber le trafic. Il ne semble pas en mesure de le bloquer complètement.

Le comportement des compagnies maritimes fournit d’ailleurs un autre indice révélateur. Bien avant l’annonce officielle de la fermeture du détroit, de nombreux navires avaient déjà quitté la région ou modifié leurs itinéraires. Les armateurs agissent en fonction des probabilités de risque, non des déclarations diplomatiques. Leur repositionnement constituait en lui-même un signal. L’annonce officielle de fermeture n’a finalement fait que confirmer ce que les professionnels du secteur avaient déjà intégré dans leurs calculs.

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Un autre facteur, souvent négligé, explique la résistance relative des marchés pétroliers. Il s’agit du ralentissement de la demande mondiale. Le cas le plus spectaculaire est celui de la Chine. Alors que le pays importait habituellement autour de 11 millions de barils par jour, ses achats sont tombés à 7,8 millions de barils quotidiens en mai 2026, soit une baisse de plus de 3 millions de barils par jour, l’équivalent de la consommation cumulée de la France et de l’Italie. Certes, cette chute des importations ne correspond pas intégralement à une baisse de la consommation, Pékin puisant également dans ses réserves stratégiques. Néanmoins, selon l’Agence internationale de l’énergie, la demande réelle chinoise recule d’environ 290 000 barils par jour au deuxième trimestre 2026. Aux États-Unis, la consommation reste proche de 20 à 21 millions de barils quotidiens et ne diminue que modestement, de l’ordre de 100 000 à 300 000 barils par jour. L’Europe suit une trajectoire comparable, marquée par l’électrification des transports, les gains d’efficacité énergétique et une certaine désindustrialisation, ce qui entraîne une baisse limitée de la demande, généralement comprise entre 0 et 200 000 barils par jour. Dans ces conditions, une partie importante du choc provoqué par les tensions autour d’Ormuz est absorbée non seulement par les stocks et les adaptations logistiques, mais aussi par une demande mondiale moins vigoureuse qu’attendu.

Les réserves stratégiques jouent également un rôle d’amortisseur. Plusieurs pays ont puisé dans leurs stocks d’urgence afin de rassurer les marchés et de compenser temporairement certaines perturbations logistiques. Toutefois, cette explication ne suffit pas. Si les prix demeurent relativement contenus, c’est aussi parce que le marché mondial se trouve aujourd’hui dans une situation très différente de celle des chocs pétroliers des années 1970 ou même du début des années 2000. Les gains d’efficacité énergétique, la progression des véhicules électriques, le ralentissement économique de plusieurs grandes régions du monde et la diversification des approvisionnements limitent l’impact des perturbations géopolitiques.

Circuits parallèles

À bien des égards, le blocage d’Ormuz reproduit une dynamique déjà observée avec les sanctions économiques. Depuis plus d’une décennie, l’Iran, puis la Russie, ont démontré qu’un pays visé par des sanctions peut voir son économie durement affectée sans pour autant être totalement isolé. Des flottes fantômes se sont constitués, des circuits financiers parallèles et des intermédiaires ont émergé. Ces mécanismes de contournement ont un coût important, mais ils finissent par fonctionner et amortir l’effet négatif sur l’acteur sanctionné. Or, avec Ormuz, la situation est inversée. Pour la première fois, ce sont les Iraniens qui tentent d’imposer une forme de sanction au reste du monde en entravant une artère essentielle du commerce énergétique mondial. Mais ils découvrent le même phénomène d’adaptation que celui dont ils ont eux-mêmes bénéficié. Les armateurs modifient leurs itinéraires, les États producteurs mobilisent leurs propres flottes, les cargaisons sont transbordées en mer, les acheteurs puisent dans leurs stocks et de nouveaux circuits logistiques apparaissent. L’Iran se retrouve confronté à une réalité qu’il connaît bien ç savoir qu’il est relativement facile de perturber un marché mais beaucoup plus difficile de l’étouffer durablement. Comme pour les sanctions, le choc initial est réel, mais les acteurs économiques apprennent rapidement à contourner l’obstacle. En voulant fermer Ormuz, Téhéran découvre que l’économie mondiale possède la même capacité d’adaptation que celle dont il a lui-même profité pour survivre aux sanctions occidentales.

Quelles conclusions concrètes en tirer ? La situation demeure difficile. Les perturbations du trafic maritime, les dommages infligés à certaines infrastructures de raffinage ainsi qu’aux capacités de transport continuent de provoquer des tensions sur plusieurs marchés essentiels. Les engrais, l’aluminium et de nombreux produits issus de la pétrochimie sont déjà affectés. L’industrie du plastique subit une hausse de ses coûts tandis que l’agriculture voit augmenter le prix de plusieurs intrants. L’inflation commence à réapparaître avec les conséquences économiques et politiques que l’on connaît. La « fuite d’Ormuz » ne résoudra donc pas la crise. En revanche, elle pourrait modifier son calendrier. Si le monde continue à recevoir davantage de pétrole et de gaz qu’on ne le croyait il y a encore quelques semaines, alors la menace d’une véritable pénurie physique – et non d’une simple hausse des prix – apparaît moins imminente. Cela réduit l’effet de levier de Téhéran. En définitive, les deux compteurs à rebours qui structurent la crise continuent de tourner : celui de la déstabilisation intérieure du régime iranien et celui du ralentissement de l’économie mondiale. Mais ils ne progressent pas au rythme que beaucoup anticipaient. Pour Washington, ce décalage est essentiel. Car dans ce type de confrontation, gagner du temps peut parfois valoir autant qu’obtenir une victoire décisive.

La culture du combat en Israël

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Israël peut-il encore compter sur Trump?

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« On était vraiment sur le point de conclure un accord, mais ils n’arrêtent pas de nous mener en bateau, ils se foutent de nous ! » a déclaré le président américain devant la presse hier, avant de nouvelles frappes contre Téhéran. En Israël, Netanyahu ​se présentera encore une fois aux élections cette année, vient d’annoncer son parti, après que Donald Trump a déclaré ne ​pas savoir si tel serait effectivement le cas. Entre les deux hommes, les désaccords sur la poursuite de la guerre semblent de plus en plus évidents. L’analyse géopolitique de Richard Prasquier.


« You are fucking crazy! » Je suppose que ces termes ne nécessitent pas de traduction. C’étaient apparemment ceux que M. Trump a lancés à M. Netanyahu le 1er juin après une attaque contre le Hezbollah au Liban, en même temps qu’il prétendait que sans son aide, le Premier ministre israélien serait en prison.

Mais le 7 juin, Israël lance une nouvelle attaque contre le Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth ; l’Iran réagit en envoyant pour la première fois depuis deux mois des missiles sur Israël, lesquels sont tous interceptés. Trump déclare que c’est lui et non Netanyahu qui mène le jeu, mais ce dernier envoie l’aviation israélienne bombarder des systèmes de défense antiaérienne et un complexe pétrochimique. Cependant, il ne va pas plus loin. Il y a eu la guerre des douze jours, la guerre des quarante jours ; cette fois, c’était la guerre d’un jour ! En fait, avec le régime iranien actuel, la guerre ne peut être que permanente, car pour Israël, c’est une question de survie.

États-Unis : un agenda très chargé

Par contraste, Donald Trump s’est félicité le 8 juin de l’avancement de ce qu’il appelait des « négociations de paix », et J.D. Vance a précisé que les Américains négociaient, que cela plaise ou non à Israël, seulement sur la dénucléarisation de l’Iran, et que les propositions américaines étaient irrésistibles.

Et puis, le 10 juin, Trump déclare que la réponse de ses interlocuteurs iraniens est décevante et que l’Iran va en payer le prix. Des menaces vides comme d’habitude, pense-t-on. Puis, un hélicoptère américain est abattu et les Américains frappent des sites iraniens de défense antiaérienne et de surveillance radar. Que nous réserve le 11 juin ?

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Des déclarations si contradictoires qu’on a suspecté des connexions boursières inavouables ne font que renforcer l’affligeante impression que Donald Trump, refusant d’envoyer des troupes au sol, sous-estimant la préparation du régime iranien et sa détermination féroce, négligeant de prévoir le blocage du détroit d’Ormuz, s’était lancé dans une guerre qu’il croyait courte et facile et se trouve dans un guêpier dont il veut sortir tout en gardant un récit glorieux. Il est pressé. Son calendrier, les Iraniens le connaissent mieux que quiconque : le 14 juin, son 80e anniversaire ; le 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance le 4 juillet ; la finale d’une énorme Coupe du monde de football le 19 ; le 25e anniversaire du 11 septembre et la campagne électorale d’automne qui s’achèvera le 3 novembre avec les midterms, où le prix du gallon d’essence jouera plus que les considérations géostratégiques.

Les propositions américaines réelles sont inconnues, mais l’impression est que Trump craint de reprendre vraiment les hostilités en raison des effets secondaires possibles. Cette position permet aux Iraniens de se positionner en résistants victorieux, de réclamer le versement de dédommagements, d’exiger la protection du Liban contre la furie israélienne — c’est-à-dire, en fait, de garder ce pays sous l’emprise d’un Hezbollah qui l’a complètement gangrené.

Les Iraniens refuseront de toucher à leur arsenal de missiles — leur seule protection, disent-ils, contre les attaques israéliennes — et, évidemment, il ne sera pas question de la population iranienne, dont le sort n’émeut guère un président américain au niveau zéro d’empathie.

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Il reste le nucléaire : les 440 kg d’uranium enrichi bien au-delà des nécessités civiles, cachés on ne sait où, et au sujet desquels les dirigeants iraniens se divisent entre ceux qui refusent d’en parler et ceux qui voudraient faire semblant de les livrer. On pourrait ne plus savoir où en est une partie, ou accepter des contrôles de l’AIEA pour l’expulser quand la flotte américaine sera repartie, ou bien laisser le stock chez Asim Munir, le tout-puissant maréchal pakistanais. Celui-ci, hôte des négociations, est devenu le maréchal favori de Donald Trump depuis qu’il a proposé ce dernier pour le prix Nobel de la paix pour avoir brièvement servi de médiateur dans le conflit entre le Pakistan et l’Inde. Asim Munir, un musulman très fervent par ailleurs, connaît le grand goût du président américain pour la flatterie…

J. D. Vance, vice-président des États-Unis, aux côtés d’Asim Munir, chef de l’armée pakistanaise, et de Mohammad Ishaq Dar, ministre des Affaires étrangères, Islamabad, 11 avril 2026. © AP Photo/Jacquelyn Martin/SIPA

Si un accord est signé, on peut compter sur Trump pour expliquer qu’il n’a rien à voir avec les accords de Vienne sur le nucléaire iranien, qui portent la marque abhorrée d’Obama.

Psychologie trumpienne

Même en cas de négociations à l’évidence bâclées, Trump, qui, par son indifférence à la vérité et son narcissisme exacerbé, s’est forgé une résilience exceptionnelle, croira et réussira à faire croire à ses partisans que cet échec est une victoire. Selon le psychologue américain Dan McAdams, qui a publié une étude sur lui, Trump est un homme « à épisodes », sans continuité narrative. Il vit chaque journée, détachée des autres, comme une occasion de mise en scène personnelle, mais pas comme une étape dans un processus coordonné à long terme.

Pour beaucoup de ceux qui le soutiennent, au contraire, et malgré ses indiscutables et massives failles caractérielles, Trump a des lignes de force déterminées et constantes. Le soutien à Israël en a indiscutablement fait partie. Il faut espérer qu’il en est toujours de même, même si les Israéliens doivent se mesurer à la réalité de la situation et à toutes les éventualités possibles. Car pour Israël, espérer la paix avec le régime iranien tel qu’il est serait une illusion impardonnable.

Spielberg ne se lasse pas de regarder les étoiles

Disclosure Day, le Spielberg « nouveau » est un grand cru, selon Laurent Silvestrini


Âgé de 79 ans, le golden boy hollywoodien prouve avec son 37e long-métrage qu’il est toujours le maître incontesté des thrillers de science-fiction, où la candeur enfantine sert de salvatrice médiation « trans-espèces » avec de bienveillants aliens, pourtant rudoyés et malmenés par les autorités officielles.

Et face au grand fracas du monde, le salut ne se situe pas forcément du côté que l’on croit. Quitte à redonner de la vigueur aux théories conspirationnistes les plus insensées dans un pays à la prétention messianique, qui semble avoir érigé la post-vérité en dogme indépassable…

« Ma curiosité et ma fascination pour les vies ailleurs s’expliquent par le fait que je suis une personne très curieuse. Cela remonte précisément au jour où mon père m’a fait découvrir l’astronomie quand j’avais cinq ans, pendant une pluie d’étoiles filantes. Je n’oublierai jamais ce moment et à quel point il m’a affecté. Je regarde toujours le ciel sans crainte, mais avec émerveillement » déclarait le cinéaste lors d’une récente interview face aux médias français.

4e long métrage sur les petits hommes verts

Une obsession qui le conduit dès l’âge de dix-sept ans à réaliser son premier long-métrage amateur avec une caméra 8 mm, aujourd’hui partiellement perdu : Firelight. Puis à récidiver entre la fin des années 70 et le début des années 80 avec deux formidables bornes dans l’Histoire de la science-fiction mondiale, consacrant l’ère des blockbusters familiaux et des « popcorn movies » : Rencontres du troisième type (1977) et E.T., l’extra-terrestre (1982). À rebours d’un genre qui avait jusqu’ici coutume de présenter les aliens comme des menaces pour l’homo americanus — métaphore à peine déguisée des dangers « rouges » et atomiques représentés par l’U.R.S.S. ou la Chine populaire (La Chose d’un autre monde, Les Envahisseurs de la planète rouge, Les Soucoupes volantes attaquent, etc.) —, Spielberg fait preuve d’une profonde empathie à l’égard de ces entités venues d’ailleurs. Nuance importante : sa version nihiliste de La Guerre des mondes (2005), à la suite du trauma national représenté par les attentats du 11-Septembre, tend à réancrer un chaos sur Terre par le truchement d’impitoyables tripodes guerriers face à une famille nucléaire éclatée — époustouflante prestation de Tom Cruise en père divorcé.

Emily Blunt

Plus récemment, après une incursion ludique dans la comédie musicale avec le très stimulant West Side Story (2021), puis une plongée autobiographique dans son enfance et sa jeunesse avec le bouleversant The Fabelmans (2022), notre magicien surdoué nous propose une quatrième variation extra-terrestre avec ce fort intrigant Disclosure Day (que l’on pourrait traduire par « Jour de la révélation / de la transparence »), dans une optique de quête ultime de la Vérité. Mais davantage qu’un énième film sur les mystérieux aliens jouant à cache-cache avec nous, Spielberg prend plaisir à piloter un incroyable « actioner » paranoïaque et conspirationniste, convoquant simultanément le meilleur de la première période hitchcockienne (Chantage, Les 39 Marches, Agent secret), les œuvres maîtresses du Nouvel Hollywood politique (À cause d’un assassinat, Les Hommes du Président, Les 3 Jours du Condor, Marathon Man), tout en surpassant certains efforts d’un Nolan (Tenet) ou d’un Shyamalan — impossible de ne pas penser à Signes et à Knock at the Cabin. Sans compter les savoureux clins d’œil aux franchises d’action et d’espionnage « grand public » Mission : Impossible et James Bond.

Foi, croyance et transparence

Le script concocté par le fidèle David Koepp (Jurassic Park, La Guerre des mondes, Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal) est d’une redoutable efficacité. Alors que le monde bascule inexorablement vers une Troisième Guerre Mondiale — menaces nucléaires russes, tensions en Corée de part et d’autre du 38e parallèle, fermeture des frontières en Europe en dépit du traité de Schengen —, deux quadragénaires américains que tout oppose prennent conscience de leur statut d’élus et d’intermédiaires entre l’Espace et la Terre. Lui, c’est le bien nommé Daniel Kellner (Josh O’Connor), passionné de mathématiques — « le grand livre de l’Univers », reléguant quelque peu la Bible au second plan — et expert en cybersécurité. Travaillant pour une société secrète, Wardex, liée au complexe militaro-industriel du gouvernement fédéral, il dérobe dans un accès de folie — ou de lucidité — plusieurs archives déclassifiées remontant symboliquement à l’incident de Roswell (Nouveau-Mexique) : cet écrasement d’un objet non identifié au sol, survenu le 4 juillet 1947 et révélé au grand jour seulement en 1980 (publication du livre The Roswell Incident de Charles Berlitz et William Moore), véritable accélérateur de particules pour toutes les thèses pro-ufologiques… et par voie de conséquence conspirationnistes. Elle, c’est Margaret Fairchild (Emily Blunt), présentatrice météo d’une chaîne câblée de Kansas City — un patronyme éloquent, Fairchild signifiant littéralement « l’enfant juste et vertueuse ». Sa vie se voit radicalement bouleversée lorsqu’elle aperçoit un cardinal rouge s’introduire comme par effraction dans son luxueux appartement, scène cocasse qui la renvoie à un rêve récurrent d’enfance tout en lui conférant subrepticement de mystérieux super-pouvoirs : la faculté de parler plusieurs langues, et non des moindres — russe, coréen et « alien » —, révélée dans une scène à la fois stupéfiante et glaçante, qui pourrait bien faire date dans l’Histoire du cinéma science-fictionnel. Autres pouvoirs développés : la télépathie et l’usurpation d’identités de personnes décédées pour duper son entourage et devenir inarrêtable. Par un incroyable concours de circonstances et un subtil entrelacs de récits et de trajectoires individuelles, nos deux héros « malgré eux » vont finir par entrer en contact et faire cause commune afin d’échapper aux sbires de la milice paramilitaire — pour révéler enfin au monde entier « connecté » le contenu de ces fichiers déclassifiés… entrant évidemment en résonance avec les récentes vagues de déclassifications réelles du Pentagone sur les PAN (Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés).

Josh O’Connor

Nous ne dévoilerons évidemment pas l’étourdissante issue de cette cavale à travers une certaine Amérique profonde — celle du Midwest, ironiquement l’un des bastions du trumpisme (est-ce conscient de la part d’un auteur pro-démocrate ?) —, mais précisons que la clé du mystère réside dans le pacte empathique noué entre les enfants et les aliens dissimulés en animaux des forêts : cerfs, renards… et cardinaux rouges au chant mélodieux. Fidèle à sa passion pour la transparence dans « la plus grande démocratie du monde » (mais l’est-elle véritablement encore ?), Spielberg, ex-héraut (et héros) du Nouvel Hollywood, continue de régler ses comptes avec toute forme d’opacité et de malveillance, qu’il fait clairement remonter à la présidence Nixon (1969-1974), plusieurs fois mise en accusation dans son film. Déjà, Pentagon Papers (2017) communiquait furieusement avec le scandale du Watergate, jadis sublimé par Alan J. Pakula dans le film précédemment mentionné (Les Hommes du Président, 1976).

Mais le plus vertigineux se situe sans doute ailleurs. À l’instar du célèbre slogan de X-FilesLa vérité est ailleurs ») — série qui n’aurait sans doute jamais existé sans l’apport visionnaire et décisif du réalisateur de Rencontres du troisième type —, Spielberg se dit intimement persuadé que les aliens existent et vivent sur Terre, à nos côtés, ici et maintenant, tout en subissant le traitement de choc que leur infligent autorités gouvernementales et forces armées états-uniennes. Certains plans traumatiques du film convoquent par ailleurs une imagerie concentrationnaire pouvant rappeler La Liste de Schindler — référence jugée incongrue par les critiques les plus sévères, qui ont préféré dénoncer la paresse et la complaisance de Spielberg plutôt que saluer la maîtrise d’un film-somme dialoguant avec l’abondante filmographie de son auteur, tout en établissant des ponts particulièrement pertinents et stimulants avec notre époque de post-vérité et de post-modernité.

Ne cherchez donc plus le blockbuster d’auteur de votre été… et de votre année. On ne peut qu’être admiratifs devant ce génie à l’orée de ses 80 printemps, qui nous offre le plus beau des cadeaux : celui d’une jeunesse éternelle de cinéphile perpétuellement curieux et émerveillé face à un monde de plus en plus cryptique et insensé… où tout semble désormais possible, même l’impensable !

2h25

Restore Britain: le Reconquête! à l’anglaise

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Depuis son exclusion de Reform UK, le parti de Nigel Farage, en mars 2025, Rupert Lowe a lancé son propre parti sur une ligne politique nettement plus radicale et pleinement assumée.


L’actuel député (MP) de Great Yarmouth, ancien élu au Parlement européen sous l’étiquette Reform UK, s’est fait connaître du grand public via une vidéo publiée sur X, déjà créditée de plus de 40 millions de vues (voir plus bas). Il y enchaîne les déclarations coup de poing : « Des millions doivent partir », « Nous allons discriminer ». Le ton est posé. Restore Britain ne cherche pas à ménager les sensibilités.

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Ce qui sépare Lowe de son ancien parti ne relève pas du détail. Sur l’immigration d’abord ; là où Reform UK brandit des promesses, Lowe exige des actes : expulsions massives, détention des clandestins, réimmigration assumée. Il accuse Farage d’être fondamentalement « mou » sur le sujet qui a pourtant fait sa fortune politique. Sur l’identité ensuite ; Lowe va plus loin en contestant la présence même de ressortissants étrangers fussent-ils naturalisés britanniques à des postes élus. Il vise nommément des figures comme Zia Yusuf, son ancien président de parti, dont les origines pakistanaises lui semblent incompatibles avec la représentation des intérêts britanniques. Il fustige enfin ce qu’il perçoit comme une dérive « woke » de Reform, citant en exemple un conseiller du parti ayant fondé un club de football BAME1 qu’il qualifie sans détour de « racisme anti-blanc ». Lowe reproche à Farage d’avoir construit un « parti de protestation » géré de façon messianique, incapable de porter la rupture radicale qu’attend selon lui la frange la plus dure de l’électorat patriote. Là où Reform veut réformer, Restore Britain entend restaurer et la nuance est un programme.

Le parti enregistre déjà près de 100 000 adhérents, 300 000 abonnés sur X, ainsi que le soutien affiché d’Elon Musk, le détenteur de ce dernier. Le parti oscille déjà entre 7 et 14 % d’intentions de vote selon les sondages, performances remarquables pour une formation toute récente.

Le parallèle avec Éric Zemmour chez nous s’impose naturellement. Même trajectoire de rupture avec la droite établie jugée trop timorée, même combat identitaire, frontal contre l’immigration légale comme illégale et même revendication d’une remigration assumée. La différence de profil: Zemmour journaliste, Lowe homme d’affaires et élu ne masque pas la convergence idéologique. Et si Zemmour n’a pas remporté la présidentielle, sa poussée dans les sondages avait révélé un électorat que les partis traditionnels ne captaient plus. Électorat qui s’est finalement rabattu sur Marine le Pen. Les Britanniques semblent traverser le même mouvement.

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La grille de lecture est désormais claire : si Reform UK est le Rassemblement national anglais, Restore Britain en est l’équivalent de Reconquête!. Un parti qui, à l’image de son homologue français, pourrait paradoxalement consolider Reform UK dans un rôle de droite « raisonnable » exactement comme Reconquête a parfois rendu service au RN en le faisant paraître modéré par comparaison. Presque un parti de gauche, pour certains. Ce phénomène s’inscrit dans une tendance européenne plus large : des populations qui, confrontées à des mutations culturelles et démographiques profondes, cherchent à renouer avec ce qu’elles perçoivent comme leur identité. Le Royaume-Uni, malgré ou à cause de sa sortie de l’Union européenne, n’échappe pas à cette dynamique. Il l’incarne désormais à sa façon.


  1. Noirs, Asiatiques et membres de minorités ethniques ↩︎

La palme de l’éco-ciné

Au Festival de Cannes, le Prix Ecoprod met en lumière les artistes et productions qui s’engagent enfin dans la transition écologique. Aure Atika a adoré le lauréat japonais de cette année.


Dans Hôtel du Nord, Raymonde (Arletty) balance à Edmond (Louis Jouvet) une des plus célèbres répliques du cinéma : « Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? » Si le film de Marcel Carné avait été réalisé de nos jours et présenté au dernier Festival de Cannes, peut-être aurait-il été en compétition pour le prix Ecoprod, du nom de l’association qui l’a créé, afin de récompenser les films les plus « écoresponsables ».

Sans doute, un membre du jury écologiste aurait-il relevé «  la manière subtile avec laquelle le scénariste a abordé un des problèmes majeurs de notre époque, à savoir le rejet par l’homme du CO₂ dans l’atmosphère ». Cela aurait-il suffi pour remporter le prix en question ? Probablement pas : pointilleuse, l’association Ecoprod, qui a calculé qu’une heure de contenu cinématographique émettait en moyenne 16 tonnes de CO₂ , tient à récompenser les équipes cinématographiques réduisant le plus possible leur « impact environnemental » en termes de transports, de décors, d’hébergement et d’alimentation.

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Pour ce faire, elle met à la disposition des réalisateurs un « calculateur carbone » homologué par le CNC qui, de son côté, offre une prime de 28 000 euros aux productions qui, ayant quémandé une subvention, respectent certains engagements de sobriété et réduisent ainsi drastiquement leur « bilan carbone », nous apprend le média Reporterre. Cette année, c’est le film de Ryusuke Hamaguchi, Soudain, qui a remporté le prix Ecoprod. Vertueux comme pas deux, le réalisateur japonais a non seulement entraîné ses équipes techniques sur le chemin de l’écologie mais, « dans un souci de cohérence entre la démarche écoresponsable et le sujet humaniste du film », il a également demandé à ses interprètes de « suivre une formation de trois jours à l’humanitude, une méthode de soins visant à accompagner les personnes dépendantes dans le respect de leur dignité ».

Admirative, l’actrice Aure Atika, présidente du jury Ecoprod, a gratifié l’équipe du film d’une réflexion qui restera dans les mémoires : « Comme si la conscience écologique réveillait le sens du collectif. » Quel cinéma !

Le chant de Mars

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«Le Symbole de Paris» est une plongée en «réalité virtuelle» dans l’histoire méconnue du Champ-de-Mars et de la tour Eiffel. Une visite guidée qui sort de l’ordinaire, une ode à Paris. Suivez le guide!


Ah ! le Champ-de-Mars… Ses pelouses pelées, ses marchands à la sauvette, ses légions d’autocars, ses millions de touristes, ses joueurs de bonneteau clandestins, ses pickpockets, ses violeurs nocturnes… et sa tour Eiffel.

Fais comme l’oiseau

L’épicentre du Paris touristique offre depuis des années un visage peu avenant, alors que cet endroit a été l’un des lieux les plus beaux et les mieux pensés de la capitale. Ce gigantesque jardin de 25 hectares ouvert sur la ville[1]– le seul à ne pas posséder de grilles – s’étire aux pieds de la tour la plus célèbre du monde. Il est cependant aussi peu connu des touristes que des Parisiens eux-mêmes. Sa longue histoire méritait d’être racontée.

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C’est ce que propose la start-up française Timescope, dont Causeur avait déjà parlé à l’occasion de sa première excursion sur les bords de Seine, « Les Origines de Paris », munie d’un casque en « réalité virtuelle » afin de remonter le fleuve et ses deux mille ans d’histoire en sons et en images. Sur le même principe, la nouvelle expérience proposée, « Le Symbole de Paris », permet de suivre la construction de la Dame de fer comme si on y était, et plus encore, vue du ciel, comme un oiseau. Mais la quinzaine d’étapes ponctuant la déambulation in situ, qui dure environ une heure, commence par une violente bataille, une cinglante défaite : celle des Parisii, ancêtres gaulois des Parigots, face aux légions romaines. La longue histoire de ce site singulier est marquée par la guerre. L’établissement de l’École militaire au XVIIIe siècle, l’un des plus beaux monuments de Paris lui aussi méconnu, fait du bien nommé Champ-de-Mars le terrain d’exercice des troupes et des cavaliers français. Cela explique que cette vaste étendue soit restée longtemps inconstructible ou dévolue à accueillir quelques événements tout aussi grandioses qu’éphémères.

Vertige

Ainsi en est-il de la fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, où un cirque à l’Antique a accueilli plus de 500 000 Français réunis autour de la famille royale pour célébrer la Constitution… C’est durant cette cérémonie d’un kitch dont la Révolution avait le secret que Talleyrand, qui y a célébré la seule messe de sa vie, a lancé à La Fayette, au pied de l’autel de la Patrie : « Surtout ne me faites pas rire. »

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« Le Symbole de Paris » nous plonge dans l’effervescence de cette journée, on est assis dans les tribunes, on est le témoin contemporain du passé, de même que, moins de cent ans plus tard, on assiste, dans le bureau de Gustave Eiffel, aux réunions des ingénieurs qui élaborent sa curieuse tour. On la voit sortir progressivement de la terre parisienne jusqu’à son inauguration lors de l’Exposition universelle de 1889. Et oscillant toujours entre le plancher des visiteurs et le ciel de la capitale, on traverse la spectaculaire Salle des Machines de 1889 avant d’observer, avec un brin de vertige, les fastes des Expos suivantes. Paris s’étale sous nos pieds, on porte le regard à l’horizon, et l’on reste ébahi face au spectacle de la ville qui s’illumine dans la nuit tombante. L’épopée du télégraphe sauve la Tour de sa destruction, la Grande Guerre confirme son utilité pour les transmissions militaires et la Seconde Guerre en fait le symbole de l’Occupation puis de la Libération. C’est désormais le symbole de notre tourisme de masse, mais cette visite guidée d’un nouveau genre fait de chacun de ceux qui la suivent un touriste d’un genre nouveau : éclairé.

Informations et réservations : http://www.symboledeparis.com
Tarifs : de 19 à 28 euros.


[1] Lire l’excellent ouvrage collectif auquel a collaboré notre ami Pierre Lamalattie, Le Champ-de-Mars 1900-1930. Art Nouveau-Art Déco, AAM Éditions, 2023

Vivre en ville

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Triompher en festins: Une histoire de France en vingt repas

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Capitale

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Affaire Lyhanna: le pouvoir s’affole

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Selon notre chroniqueur, les enfants oubliés pourraient accélérer la révolution populiste qui couve…


Le pouvoir s’affole. Gérald Darmanin en perd sa voix. La Révolution des oubliés[1] est en marche. Le gouvernement improvise des annonces visant à accélérer les actes d’enquêtes concernant les agressions sexuelles contre les enfants et à renforcer les peines pour les violeurs en série. Hier, le Sénat a entendu en urgence le ministre de la Justice et celui de l’Intérieur, Laurent Nunez. Mais le réveil arrive trop tard. La parole officielle n’est plus crédible. Le meurtre de Lyhanna ne révèle pas seulement une justice naufragée, incapable de protéger les gens, à commencer par les plus fragiles. Plus généralement, l’Etat affaibli laisse voir son renoncement à défendre la nation, son peuple, sa souveraineté, sa cohésion, ses frontières. Lundi, des citoyens ulcérés ont protesté devant des tribunaux. Place Vendôme, face au ministère de la Justice, des indignés ont bravé l’interdiction de manifester, en réclamant la démission d’un Darmanin aphone, hier soir sur CNews.

Des Femen (gauche) côtoient des féministes de Némesis (droite). Des figures de la société civile émergent. Dimanche dernier, le maire divers droite de Fleurance (Gers), Grégory Bobbato, en tête de la marche blanche, s’est imposé par son discours mettant en cause des « défaillances sociétales ». Mardi, Me Pierre Debuisson, avocat de la mère d’une autre fillette, Rosa, violée impunément par Jérôme Barella a annoncé avoir déposé plainte contre l’Etat pour « faute lourde ». L’avocat veut également poursuivre les parquets (d’Auch et de Toulouse) et la gendarmerie pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « non-assistance à personne en danger ». Il veut traduire Darmanin devant la Cour de Justice de la République. Dans Le Figaro d’hier, Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Économie, écrit : « Le peuple se lève. Aujourd’hui, c’est une révolte. Demain, ce sera une révolution ». Elle est déjà là.

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Les esprits sont prêts. L’espoir d’une grande bascule est l’idée qui s’installe auprès de ceux qui constatent la faillite du système. Cinquante ans d’erreurs collectives, droite et gauche confondues, ne pourront être corrigées sans rompre avec une classe politique qui se claquemure et s’accroche à ses certitudes. « Il faut entendre le besoin de radicalité dans la société », explique, ce mercredi matin sur RTL, le banquier de gauche Matthieu Pigasse. Cependant le progressisme n’écrit plus l’histoire. Elle lui tourne le dos. La gauche n’est plus hégémonique, même si elle conserve encore ses bastions dans le monde culturel et médiatique. Certes, face au meurtre de Lyhanna, le camp du Bien a oublié ses critiques qui dénonçaient des récupérations politiques à propos des crimes commis contre des jeunes filles par des OQTF. Cette fois, la qualité de Français blanc et européen de Barella ne pose plus ce genre de réticences. Reste que cet assassinat n’efface pas ceux de Lola, de Philippine et de bien d’autres victimes d’immigrés indésirables. Les magistrats, qui protestent ces jours-ci de leur mise en cause, ne comprennent rien à la colère française. Ce sont toutes les institutions, confisquées par des castes populophobes, qui vont avoir à rendre des comptes. La réalité de la révolution du bon sens se lira dans son aboutissement, en mai 2027. Jamais présidentielle n’aura été aussi déterminante pour le destin du pays.

La révolution des oubliés

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[1] De l’auteur, Fayard

«La France est un lieu d’expansion du Sud global»

Pourquoi aime-t-on encore la France alors qu’elle court si vite à sa perte? Pour son élégance, son sens de l’amitié et sa libido rebelle au puritanisme américain, répond Mathieu Bock-Côté. Face à la partition rampante du territoire, l’essayiste exhorte la droite à surmonter ses querelles de personnes. Question de vie ou de mort.


Causeur. À l’approche de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a forgé un concept censé définir son projet de société : la « Nouvelle France ». Soit précisément le terme qui désignait le Québec à l’Âge classique, quand c’était une colonie française. Avez-vous pris cela comme un hommage à votre beau pays ?

Mathieu Bock-Côté. Bien au contraire, j’estime être victime d’appropriation culturelle ! (Rires.) La mémoire de la Nouvelle-France se trouve au cœur de l’identité québécoise. Et cela se voit encore partout à l’œil nu. À Montréal, l’un des monuments les plus célèbres, avec le pont Jacques-Cartier, est le pont Samuel-De Champlain, appelé ainsi en hommage à l’envoyé d’Henri IV qui a fondé la ville de Québec en 1608. Or en 2013, il a été question de rebaptiser l’ouvrage en lui donnant le nom d’une légende nationale du hockey, Maurice Richard. Malgré l’immense popularité de cet athlète, les autorités ont renoncé au projet quand elles ont vu l’émotion suscitée. Si nous ne sommes plus français depuis plus de deux cent soixante ans, nous n’oublions pas les racines françaises du pays, et la langue de Molière n’a jamais cessé d’être la nôtre, même si nous la parlons avec l’accent de Gilles Vigneault et de Félix Leclerc. En ce temps-là, la Nouvelle-France était un projet de rayonnement de la France par le moyen de la colonisation. La Nouvelle France de Jean-Luc Mélenchon est, au contraire, un projet d’effacement de la France par une contre-colonisation.

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Vous parlez de votre passé colonial de façon très positive. Est-ce un sentiment partagé au Québec ?

Longtemps les Québécois ont eu une certaine rancœur envers la France, mais pas parce qu’elle a colonisé le Québec, ce serait absurde, car ils sont issus de cette colonisation, mais parce qu’elle les a abandonnés à la fin de la guerre de Sept Ans pour préférer garder les Antilles. Remarquez, beaucoup de Français en ont aussi souffert, notamment Michelet qui a écrit au sujet du traité de Paris signé en 1763 : « Que perd alors la France ? Rien, sinon le monde. » Cela dit, depuis que de Gaulle a proclamé « Vive le Québec libre » sur le balcon de l’hôtel de ville de Montréal en 1967, nous sommes réconciliés avec l’ancienne mère patrie. Je suis toujours ému quand je me replonge dans le récit de la visite du général au Québec. Au cours de son séjour, il s’est notamment rendu dans la ville de Trois-Rivières. Et ce jour-là, il a déclaré : « Vive Trois-Rivières, vive le Québec, vive la Nouvelle-France, et vive la France ! »

Et les Amérindiens, comment jugent-ils ce passé colonial ?

C’est une histoire peu connue, mais dès le départ, les colons français ont choisi de ne pas se comporter en dominateurs. Au lieu d’imiter les Anglais, qui ont repoussé les Amérindiens puis les ont parqués dans des réserves, ils se sont alliés avec plusieurs tribus. Après la défaite française, au moment de la guerre de Conquête, ce seront des chefs amérindiens qui seront les derniers à combattre pour le maintien de la souveraineté française en Amérique. On connaît aussi l’histoire du peuple métis, dans l’Ouest canadien, issu de l’alliance entre les coureurs des bois et les femmes amérindiennes, dont le chef, Louis Riel, s’est révolté contre les Anglais à partir de 1869 avec le soutien d’Honoré Mercier, Premier ministre québécois connu pour sa formule quand il a appris la mort du rebelle, pendu par le régime canadien : « On a tué notre frère Riel ! » Je connais peu de leaders nationalistes de peuples d’ascendance européenne qui auraient pu dire une telle phrase à l’époque.

Venons-en à notre côté de l’Atlantique. Vous disiez que l’ambition de Mélenchon est l’effacement de la France. Quelle est selon vous l’imminence du danger ?

Je pense que la messe sera dite d’ici quelques décennies. On ne dira plus alors que la France est un pays d’immigration, mais un lieu de l’expansion territoriale du Sud global vers le Nord. On pourra même raconter que cette histoire a commencé quand les États-Unis se sont désoccidentalisés à partir des années 1960, avec dans leur sillage le Canada, mais aussi la Nouvelle-Zélande et l’Australie, pays qui eux aussi ont alors progressivement renoncé à leur ancrage européen pour devenir des laboratoires du multiculturalisme. Le dernier Occident sera donc l’Europe, où subsisteront en fin de compte quelques principautés indépendantes où seront majoritaires les peuples historiques européens, comme au temps de l’Espagne musulmane.

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Mais pourquoi diable vous êtes-vous installé voilà cinq ans dans notre pays s’il est en voie d’effacement ?

D’abord, la France n’a pas dit son dernier mot, nous ne sommes pas encore contemporains des derniers jours et on peut toujours se battre démocratiquement pour que ce futur désagréable n’advienne pas ! La France est un pays magnifique, tout simplement. Il y a quelque chose dans votre manière de vivre qui est fascinante. Votre souci d’élégance, la splendeur de vos monuments qui témoigne d’un passé glorieux, et puis peut-être le plus important, l’amitié à la française, qui veut dire quelque chose. Sans oublier l’amour bien sûr : en France, une espèce de libido circule un peu partout. Il y a partout dans les rapports sociaux un désir de plaire qui va à l’encontre du puritanisme nord-américain. Alors certes il y a aussi chez vous une forme d’universalisme névrotique qui vous mène à croire que vous vous confondez avec l’humanité entière, sans voir à quel point cette idée que vous vous faites de vous-même est provinciale. Reste que vous êtes un beau peuple, tout simplement, l’expression la plus achevée, de mon point de vue, de la civilisation occidentale. 

Sauf que cette identité est vouée à disparaître, dites-vous…

Oui, mais vous partez de tellement haut que, même quand vous chutez, vous restez encore d’un bon niveau. Et par ailleurs, il faut se battre, pour renverser la tendance.

Nous chutons douloureusement. Parfois en nous faisant carrément très mal. N’êtes-vous pas frappé par exemple par la violence des émeutes urbaines en France, comme celles qui se produisent régulièrement lors des grands matchs du PSG ?

Vous savez, la décadence n’est pas spécifiquement française. Elle est partout en Occident. Cela dit, je vois bien ce qui s’exprime d’inquiétant dans ces échauffourées toujours plus nombreuses en France : un instinct de conquête territoriale, de conquête vitale. C’est du reste cette même dynamique qui est à l’œuvre, certes de façon plus pacifique, quand La France insoumise remporte des victoires électorales, comme récemment à Roubaix ou Saint-Denis. Demain d’autres villes assiégées tomberont. Et la droite ne gagnera plus jamais à Paris. Bref, on voit les conséquences politiques du changement démographique. Mais nous nous interdisons de le conceptualiser.

Attention, on va dire que vous êtes « un adepte de la théorie raciste du grand remplacement », comme on dit au Monde !

Ce n’est pas moi qui le suis, mais Jean-Luc Mélenchon, qui s’en réclame. Ou le député mélenchoniste Sébastien Delogu quand il lance en décembre aux électeurs de Saint-Denis et de Pierrefitte-sur-Seine : « Vous avez une opportunité en or, qu’enfin un racisé dirige ces deux villes et fasse en sorte que le réel peuple de France reprenne le pouvoir ici. » À cause de ce type de discours, la dimension ethnique remonte toujours davantage à la surface dans le débat public, et je m’en désole, inutile de le préciser. Philippe Séguin l’avait annoncé. « Vous sacrifiez la nation, mais vous n’aurez pas d’individus, vous retrouverez des tribus. » On y est.

Redoutez-vous une guerre tribale en France ?

Non, parce que le pays dispose quand même d’institutions assez fortes qui peuvent convenir aux situations explosives radicales. Donc, si jamais ça explosait vraiment, l’appareil d’État saurait réagir, sur le mode répressif, hélas. Je pense qu’on va plutôt assister à une forme de partition des populations selon des critères non dits.

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Même si un mouvement anti-immigration arrive au pouvoir ?

Si un tel parti arrivait au pouvoir, s’il organisait le référendum nécessaire afin de modifier fondamentalement la politique d’immigration, on pourrait imaginer une réorientation des paramètres d’action publique entraînant une amélioration visible à horizon de vingt ans ou trente ans. Mais je ne suis guère optimiste. La culture gauloise de la chamaillerie empêche le camp national de s’unir. Le RN ne devrait pas tenir Éric Zemmour pour une espèce de félon insupportable et ce dernier devrait reconnaître dans le parti de Jordan Bardella le navire amiral du camp national. Marion Maréchal et Sarah Knafo devraient considérer qu’elles sont des alliées politiques. Nicolas Dupont-Aignan, qui, à sa manière, a tenu le flambeau pendant des années, ne devrait pas être méprisé comme il l’est par le reste de sa famille politique. Et tout ce monde devrait espérer le ralliement des Bruno Retailleau et David Lisnard, qui possèdent une culture gouvernementale utile.

Mais vous qui êtes un libéral, n’êtes-vous pas rebuté par les accents parfois ultraconservateurs de certains leaders nationaux-populistes ?

Je fréquente le camp national de votre pays depuis un certain temps et je n’ai pas l’impression d’être devant une collection de bigots et de sectaires. Il faut faire une différence entre les fantasmes de Libé qui voit partout des puritains insupportables et la réalité, très éloignée de cette caricature.

Et au Québec, la nation peut-elle encore gagner avec ce référendum que vous appelez de vos vœux ?

Je vais vous répondre en convoquant Francis Fukuyama, qui a prophétisé la « fin de l’Histoire » en 1992. Quoique assez sûr de son fait, il affirme alors qu’une seule hypothèse pourrait le mener à réviser sa théorie : l’indépendance du Québec. Si un tel événement se produisait, dit-il, cela signifierait que les passions humaines et politiques sont plus fortes que la logique rationnelle et utilitaire des hommes. La balle est donc dans notre camp. L’indépendance du Québec se fera. Et qui sait, la Nouvelle-France authentique, je veux dire la québécoise, sera peut-être demain le remède à la Nouvelle France de Mélenchon.

Le pessimiste joyeux

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Affaire Lyhanna: le rappel de quelques évidences

Il faut trouver un juste milieu entre le lamentable corporatisme des procureurs et les accusations populistes globalisantes.


Après le fiasco judiciaire…

Le président de la République a eu tort de précipiter son jugement ! Comme il l’a déjà fait trop souvent, notamment pour Nahel… Les politiques s’indignent, de droite, de gauche, d’extrême droite, d’extrême gauche (pour elle, la police tue !). La plupart feignent de découvrir aujourd’hui ce sur quoi ils étaient demeurés longtemps indifférents, traitant la justice comme une quantité négligeable et un univers secondaire. Maintenant, place aux vitupérations, aux improvisations et aux multiples propositions ! Tout n’est pas à jeter. Qui serait assez obtus pour contester la nécessité d’une augmentation des moyens, mais si peu lucide qu’il affirmerait que leur pénurie matérielle et humaine est la cause de tout ? Tant de désastres judiciaires se sont produits qui seraient demeurés les mêmes malgré une situation budgétaire différente… Il est absurde de répéter comme un mantra que l’institution est coupable, qu’il y a une responsabilité collective. Cette banalité est une fuite, une dérive : derrière chaque tragédie, il y a forcément des responsabilités de toutes sortes, individuelles, personnelles, multiples. Dénoncer des abstractions est trop confortable. Identifier et sanctionner, s’il y a lieu, les transgressions et les négligences clairement imputables à tel ou telle sera plus efficace et évitera un opprobre général qui n’aurait aucun sens. La vindicte populaire, les insultes et les menaces contre le tribunal et les magistrats d’Auch sont honteuses. Il n’empêche que la magistrature, dans son ensemble, devra un jour y mettre du sien sur le plan de la réflexion collective et de ses pratiques. Trop souvent, le citoyen est oublié, et parfois même méprisé. Quoi ? Il ose s’occuper de ce qui le regarde ! Mais quand la Conférence nationale des procureurs de la République se contente de dire que « la colère est mauvaise conseillère » et qu’il faut refuser toute sanction, c’est un peu court et le triomphe d’un lamentable corporatisme ! Il faut cesser de « saturer de priorités » l’univers régalien, comme si l’on avait le droit, au prétexte du narcotrafic, des viols et des horreurs pédocriminelles, de ne pas appréhender l’immense masse de la délinquance du quotidien. Il nous faudrait, pour la France, sur le plan régalien, le Rudy Giuliani de la grande époque. Rien de ce qui est transgressif, du dérisoire au grave, ne doit nous demeurer étranger ! Si nous ne traduisons pas dans les faits les leçons que nous enseigne la tragédie, tellement évitable, de la si jeune Lyhanna, ainsi que celles que nous aurions déjà dû apprendre auparavant, le futur sera pavé des mêmes horreurs. Les structures et les moyens ont leur importance, mais sans des politiques – fi de l’irresponsabilité illimitée ! – et des magistrats à la hauteur dans notre démocratie, nous aurons des indignations à répétition, mais jamais un authentique redressement.

L'Heure des crocs - De CNews et du délit d'opinion

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Belfast: guerre et barbarie

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À Belfast, une attaque au couteau perpétrée par un migrant soudanais contre un homme d’une quarantaine d’années, filmée puis diffusée lundi soir par un riverain, a suscité une vive émotion dans le pays. En réaction, des manifestations hostiles à l’immigration ont dégénéré en violences mardi. Les autorités ont toutefois écarté la piste terroriste. Comme après l’affaire Henry Nowak, le Premier ministre Keir Starmer a dénoncé sur X une « attaque écœurante » et en même temps « des scènes de violence abjectes ».


Dans une rue de Belfast, un homme est jeté à terre. Son agresseur lui crève les yeux avant d’entreprendre de le décapiter. Lorsque j’ai appris cette nouvelle, je n’ai pas pensé à l’Irlande du Nord, ni aux statistiques de la criminalité, ni même aux interminables commentaires dont notre époque recouvre les événements pour éviter d’en regarder le cœur. J’ai pensé à quelque chose de beaucoup plus ancien. J’ai pensé à ces âges obscurs que nous croyions relégués dans les marges de l’histoire, à ces temps où l’on coupait les têtes pour les exposer sur les remparts, où l’on mutilait les vaincus afin que leur chair parle plus fort que leur mort.

A lire du même auteur: Affaire Nowak : quel antiracisme ?

Et je me suis demandé si notre principale faiblesse n’était pas devenue notre incapacité à reconnaître la barbarie lorsqu’elle se présente devant nous. Car il existe aujourd’hui une confusion qui empoisonne toute réflexion sur la violence. Nous avons fini par croire que la guerre et la barbarie étaient une seule et même chose. Tout est barbare : les conflits, les attentats, les crimes, les émeutes, les bombardements, les frontières, parfois même les paroles. À force d’employer ce mot pour désigner toute forme de brutalité, nous l’avons vidé de son sens. Nous avons perdu la faculté de distinguer. Or une civilisation commence souvent à décliner lorsqu’elle ne sait plus distinguer.

Jouissance de destruction

La guerre est aussi ancienne que les cités, les royaumes et les empires. Elle est l’une des tragédies permanentes de l’histoire humaine. Elle détruit des villes, emporte des innocents, dévaste des paysages et remplit les cimetières. Elle est presque toujours injuste pour ceux qui la subissent. Pourtant, même dans sa brutalité, elle demeure liée à une finalité qui lui est extérieure. On fait la guerre pour défendre une frontière, conquérir un territoire, imposer une domination, préserver une indépendance ou assurer la survie d’un peuple. La barbarie commence lorsque cette finalité s’efface derrière la jouissance même de la destruction. Elle apparaît lorsque tuer ne suffit plus. Lorsqu’il faut encore humilier. Lorsqu’il faut profaner. Lorsqu’il faut faire du corps de la victime un message destiné aux survivants.

La différence est essentielle. Un soldat peut tuer par devoir, par peur, par discipline ou par conviction. Le barbare tue et cherche en même temps à détruire l’humanité même de celui qu’il tue. Il veut effacer le visage avant d’effacer la vie. Il veut dégrader autant qu’anéantir. L’histoire récente nous offre malheureusement de nombreux exemples de cette réalité. Au Rwanda, en 1994, des voisins massacrèrent leurs voisins à la machette avec une fureur qui semblait avoir rompu tous les liens de la civilisation. Dans les territoires contrôlés par Daech, des hommes furent décapités devant des caméras afin que leur mort soit vue par le monde entier. Au Mexique, certains cartels suspendent des corps mutilés aux ponts routiers ou abandonnent des restes humains sur les places publiques afin de terroriser leurs adversaires. Au Soudan, des villages entiers ont été livrés au meurtre, au pillage et au viol. Le 7 octobre 2023, des familles furent massacrées, des civils assassinés, et les images de leur souffrance transformées en trophées destinés à circuler sur les réseaux sociaux.

Au-delà du crime

Les causes diffèrent. Les idéologies diffèrent. Les contextes diffèrent. Mais quelque chose demeure identique. Dans chacun de ces cas, la violence cesse d’être un moyen pour devenir un spectacle. La souffrance cesse d’être une conséquence pour devenir un objectif. Le meurtre cesse d’être un acte de guerre ou un simple crime pour se transformer en cérémonie de l’humiliation. Voilà ce que notre époque peine à comprendre. Nous avons développé une extraordinaire capacité à expliquer les violences. Nous les rapportons à l’exclusion, à la pauvreté, aux traumatismes historiques, aux discriminations, aux frustrations sociales ou aux héritages coloniaux. Toutes ces explications peuvent contenir une part de vérité. Elles deviennent dangereuses lorsqu’elles remplacent le regard lui-même. À force de chercher les causes, nous oublions parfois les actes. À force de comprendre, nous cessons de juger. À force d’expliquer les bourreaux, nous ne voyons plus ce qu’ils font.

A lire aussi: Bavure antiraciste

Le tabloïd « Daily Express » DR.

L’affaire de Belfast est révélatrice à cet égard. Ce qui frappe n’est pas seulement l’extrême violence de l’agression. Les chroniques judiciaires sont pleines de violences extrêmes. Ce qui saisit ici est cette volonté de détruire le regard avant la vie. Crever les yeux d’un homme, c’est tenter d’effacer sa présence humaine avant même de supprimer son existence physique. Puis vient la tentative de décapitation, comme si la mort elle-même demeurait insuffisante. Cette logique nous conduit bien au-delà du crime ordinaire. Elle nous conduit vers cette région obscure de l’âme humaine où la destruction devient une source de satisfaction, où l’humiliation compte davantage que la victoire, où le corps de l’autre cesse d’être celui d’un semblable pour devenir celui d’un objet que l’on peut mutiler à volonté. C’est précisément cela que l’on appelle la barbarie.

Désarmement moral

Le drame de l’Europe contemporaine n’est pas tant l’existence de la barbarie. Celle-ci a toujours existé. Elle a accompagné les hommes depuis les premiers empires jusqu’aux totalitarismes du XXe siècle. Le véritable drame est que nous avons perdu les instruments intellectuels et moraux qui permettraient de la reconnaître. Nous continuons à parler des droits de l’homme, de tolérance, de paix, de dialogue et de vivre-ensemble, comme si ces principes suffisaient à conjurer les forces obscures qui traversent l’histoire humaine. Nous nous comportons souvent comme si le progrès matériel avait transformé la nature même de l’homme. Or rien n’est plus faux. Sous les villes modernes, les réseaux numériques, les institutions démocratiques et les déclarations universelles, demeurent les mêmes passions, les mêmes haines, les mêmes désirs de domination, les mêmes pulsions de destruction qui ont accompagné l’humanité depuis ses origines.

La civilisation n’abolit pas ces forces. Elle les contient. Elle les limite. Elle les discipline. Et lorsqu’elle cesse de les voir, lorsqu’elle refuse de les nommer ou lorsqu’elle les dissout dans des explications abstraites, elle s’affaiblit elle-même. Les sociétés ne meurent pas parce qu’elles rencontrent des ennemis. Toutes les sociétés ont rencontré des ennemis. Elles commencent à mourir lorsqu’elles perdent leur capacité de jugement, lorsqu’elles ne savent plus distinguer le tragique de l’histoire de ses formes les plus monstrueuses, lorsqu’elles confondent la guerre, qui appartient à la condition humaine, avec la barbarie, qui est la célébration même de la destruction de l’homme par l’homme.

A lire aussi: Le grand retournement des élites contre la civilisation

Peut-être est-ce là la leçon que nous adressent, chacune à leur manière, les machettes du Rwanda, les décapitations de Daech, les atrocités du Soudan, les massacres du 7 octobre et cette scène surgit d’une rue de Belfast comme un souvenir venu des âges les plus reculés. Ces événements nous rappellent que la barbarie n’est jamais loin. Elle attend simplement que les hommes cessent de la reconnaître pour reprendre sa place dans l’histoire. Et il se pourrait bien que le signe le plus inquiétant de notre époque ne soit pas son retour, mais notre difficulté croissante à la voir lorsqu’elle se tient devant nous.

La société malade

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La fuite d’Ormuz

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© Jonathan Raa/Sipa USA/SIPA

Des pétroliers disparaissent des radars, des cargaisons sont transbordées en mer et des millions de barils continuent de quitter le Golfe malgré les menaces iraniennes. Comme les sanctions qu’elle a elle-même apprises à contourner, l’économie mondiale s’adapte au blocus d’Ormuz. Une adaptation coûteuse, mais qui pourrait affaiblir le principal levier stratégique de Téhéran.


Hier, Donald Trump a affirmé que plus de 100 millions de barils de pétrole avaient déjà traversé le détroit d’Ormuz depuis le début de la crise. Le chiffre mérite d’être discuté dans le détail car le président américain est loin d’être une source sûre. Et même s’il dit vrai, ce qu’on ne peut pas exclure, 100 millions de barils en 100 jours c’est à peu près la quantité qui transitait par le détroit en cinq jours avant la guerre. Cependant, le fait que Trump ait choisi d’en parler, traduit une réalité : contrairement aux scénarios les plus alarmistes évoqués au début de la confrontation avec l’Iran, le détroit n’a jamais été totalement fermé. Les flux énergétiques ont été perturbés, ralentis, rendus plus coûteux et plus complexes, mais ils n’ont pas été interrompus.

Cette réalité explique largement l’évolution des marchés pétroliers. Certes, les prix du brut ont augmenté sous l’effet de la guerre, de l’incertitude géopolitique et de la hausse des primes d’assurance. Mais ils n’ont jamais atteint les niveaux catastrophiques annoncés par certains analystes ni ceux qu’espéraient parfois certains producteurs. La raison en est simple : malgré la crise, l’écart entre l’offre et la demande est moins important qu’on ne le croit. 

Les indices se sont multipliés ces derniers jours. Selon Bloomberg, seize pétroliers se sont regroupés au large d’Oman afin de procéder à des transferts de cargaisons représentant plusieurs millions de barils de pétrole auparavant bloqués dans le Golfe. Cette zone était totalement vide un mois plus tôt. Plus significatif encore, un nombre croissant de navires coupent volontairement leurs transpondeurs afin de traverser discrètement le détroit d’Ormuz. Les données de sites suivi maritime (Trackers) donnent ainsi l’impression d’un trafic réduit alors que les témoignages d’armateurs, les achats asiatiques et les images satellites décrivent une situation très différente où des passages deviennent progressivement plus réguliers et les volumes plus importants.

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L’analyste de marché de l’énergie Anas Alhajji évoque désormais ce phénomène sous le nom de « Hormuz Leak », la fuite d’Ormuz. Selon lui, les Trackers commencent à confirmer ce que plusieurs réseaux privés de renseignement observaient déjà depuis des semaines. Des pétroliers disparus des écrans radars après avoir éteint leurs transpondeurs réapparaissent soudainement très loin de la région, preuve qu’ils ont réussi à franchir le détroit malgré les apparences. Le cas du méthanier Rasheeda de QatarEnergy est particulièrement révélateur. Après plusieurs semaines de silence, le navire a réapparu après avoir franchi le détroit d’Ormuz et le golfe d’Oman. L’absence d’information ne signifie pas l’absence de phénomène.

Cette « fuite d’Ormuz » finit désormais par influencer directement l’équilibre du marché pétrolier mondial. Plus les opérateurs prennent conscience de l’existence de ces flux invisibles, moins les anticipations de pénurie paraissent crédibles. Le pétrole continue d’arriver en Asie. Les cargaisons continuent d’être livrées. Les États producteurs continuent d’exporter.

Le mécanisme est relativement simple. Les gouvernements des pays producteurs utilisent leurs propres flottes de pétroliers pour traverser la zone à risque. Une fois les cargaisons sorties du détroit, elles sont transférées à des navires commerciaux conventionnels qui assurent ensuite le transport vers les clients finaux. Cette organisation réduit fortement l’impact des primes d’assurance (ce sont toujours les mêmes qui traversent le détroit, les autres attendent dehors et donc moins exposés) et contourne une partie des réticences des armateurs privés. Les pétroliers d’État effectuent alors plusieurs rotations successives entre les terminaux du Golfe et les zones de transbordement situées plus à l’est.

Téhéran en réalité incapable de bloquer le trafic durablement

Cette situation révèle également les limites des capacités iraniennes à contrôler cette voie maritime. Depuis le début de la crise, de nombreux observateurs avaient annoncé des essaims de drones, des attaques massives de vedettes rapides ou des salves de missiles balistiques capables de saturer les capacités de la marine américaine et rendre toute navigation impossible. La réalité est beaucoup plus modeste. Les forces iraniennes ont bien tenté plusieurs attaques limitées contre des destroyers américains et quelques navires commerciaux. Quelques drones, quelques vedettes rapides et quelques missiles ont été engagés. L’écrasante majorité a été rapidement neutralisée. Les radars iraniens activés pour guider ces attaques ont souvent été immédiatement repérés puis détruits. Les lanceurs de missiles identifiés ont subi le même sort tout comme les sites de lancement de drones. Les quelques « escarmouches » entre les Etats-Unis et l’Iran depuis le cesser le feu d’avril, ont servi de prétexte aux Américains pour cibler et dégrader le dispositif mis en place par les Gardiens de la Révolution pour renforcer le blocage. L’Iran semble avoir considérablement réduit ses tentatives d’interdiction maritime. Certes, l’Iran possède des capacités importantes de nuisance régionale, mais il peine à projeter durablement sa puissance au-delà de ses côtes face à des marines modernes disposant d’une supériorité aérienne et satellitaire écrasante, sans oublier la qualité de renseignement. Téhéran peut perturber le trafic. Il ne semble pas en mesure de le bloquer complètement.

Le comportement des compagnies maritimes fournit d’ailleurs un autre indice révélateur. Bien avant l’annonce officielle de la fermeture du détroit, de nombreux navires avaient déjà quitté la région ou modifié leurs itinéraires. Les armateurs agissent en fonction des probabilités de risque, non des déclarations diplomatiques. Leur repositionnement constituait en lui-même un signal. L’annonce officielle de fermeture n’a finalement fait que confirmer ce que les professionnels du secteur avaient déjà intégré dans leurs calculs.

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Un autre facteur, souvent négligé, explique la résistance relative des marchés pétroliers. Il s’agit du ralentissement de la demande mondiale. Le cas le plus spectaculaire est celui de la Chine. Alors que le pays importait habituellement autour de 11 millions de barils par jour, ses achats sont tombés à 7,8 millions de barils quotidiens en mai 2026, soit une baisse de plus de 3 millions de barils par jour, l’équivalent de la consommation cumulée de la France et de l’Italie. Certes, cette chute des importations ne correspond pas intégralement à une baisse de la consommation, Pékin puisant également dans ses réserves stratégiques. Néanmoins, selon l’Agence internationale de l’énergie, la demande réelle chinoise recule d’environ 290 000 barils par jour au deuxième trimestre 2026. Aux États-Unis, la consommation reste proche de 20 à 21 millions de barils quotidiens et ne diminue que modestement, de l’ordre de 100 000 à 300 000 barils par jour. L’Europe suit une trajectoire comparable, marquée par l’électrification des transports, les gains d’efficacité énergétique et une certaine désindustrialisation, ce qui entraîne une baisse limitée de la demande, généralement comprise entre 0 et 200 000 barils par jour. Dans ces conditions, une partie importante du choc provoqué par les tensions autour d’Ormuz est absorbée non seulement par les stocks et les adaptations logistiques, mais aussi par une demande mondiale moins vigoureuse qu’attendu.

Les réserves stratégiques jouent également un rôle d’amortisseur. Plusieurs pays ont puisé dans leurs stocks d’urgence afin de rassurer les marchés et de compenser temporairement certaines perturbations logistiques. Toutefois, cette explication ne suffit pas. Si les prix demeurent relativement contenus, c’est aussi parce que le marché mondial se trouve aujourd’hui dans une situation très différente de celle des chocs pétroliers des années 1970 ou même du début des années 2000. Les gains d’efficacité énergétique, la progression des véhicules électriques, le ralentissement économique de plusieurs grandes régions du monde et la diversification des approvisionnements limitent l’impact des perturbations géopolitiques.

Circuits parallèles

À bien des égards, le blocage d’Ormuz reproduit une dynamique déjà observée avec les sanctions économiques. Depuis plus d’une décennie, l’Iran, puis la Russie, ont démontré qu’un pays visé par des sanctions peut voir son économie durement affectée sans pour autant être totalement isolé. Des flottes fantômes se sont constitués, des circuits financiers parallèles et des intermédiaires ont émergé. Ces mécanismes de contournement ont un coût important, mais ils finissent par fonctionner et amortir l’effet négatif sur l’acteur sanctionné. Or, avec Ormuz, la situation est inversée. Pour la première fois, ce sont les Iraniens qui tentent d’imposer une forme de sanction au reste du monde en entravant une artère essentielle du commerce énergétique mondial. Mais ils découvrent le même phénomène d’adaptation que celui dont ils ont eux-mêmes bénéficié. Les armateurs modifient leurs itinéraires, les États producteurs mobilisent leurs propres flottes, les cargaisons sont transbordées en mer, les acheteurs puisent dans leurs stocks et de nouveaux circuits logistiques apparaissent. L’Iran se retrouve confronté à une réalité qu’il connaît bien ç savoir qu’il est relativement facile de perturber un marché mais beaucoup plus difficile de l’étouffer durablement. Comme pour les sanctions, le choc initial est réel, mais les acteurs économiques apprennent rapidement à contourner l’obstacle. En voulant fermer Ormuz, Téhéran découvre que l’économie mondiale possède la même capacité d’adaptation que celle dont il a lui-même profité pour survivre aux sanctions occidentales.

Quelles conclusions concrètes en tirer ? La situation demeure difficile. Les perturbations du trafic maritime, les dommages infligés à certaines infrastructures de raffinage ainsi qu’aux capacités de transport continuent de provoquer des tensions sur plusieurs marchés essentiels. Les engrais, l’aluminium et de nombreux produits issus de la pétrochimie sont déjà affectés. L’industrie du plastique subit une hausse de ses coûts tandis que l’agriculture voit augmenter le prix de plusieurs intrants. L’inflation commence à réapparaître avec les conséquences économiques et politiques que l’on connaît. La « fuite d’Ormuz » ne résoudra donc pas la crise. En revanche, elle pourrait modifier son calendrier. Si le monde continue à recevoir davantage de pétrole et de gaz qu’on ne le croyait il y a encore quelques semaines, alors la menace d’une véritable pénurie physique – et non d’une simple hausse des prix – apparaît moins imminente. Cela réduit l’effet de levier de Téhéran. En définitive, les deux compteurs à rebours qui structurent la crise continuent de tourner : celui de la déstabilisation intérieure du régime iranien et celui du ralentissement de l’économie mondiale. Mais ils ne progressent pas au rythme que beaucoup anticipaient. Pour Washington, ce décalage est essentiel. Car dans ce type de confrontation, gagner du temps peut parfois valoir autant qu’obtenir une victoire décisive.

La culture du combat en Israël

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Israël peut-il encore compter sur Trump?

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© CNP/NEWSCOM/SIPA / Maayan Toaf/Israel Gpo/ZUMA/SIPA

« On était vraiment sur le point de conclure un accord, mais ils n’arrêtent pas de nous mener en bateau, ils se foutent de nous ! » a déclaré le président américain devant la presse hier, avant de nouvelles frappes contre Téhéran. En Israël, Netanyahu ​se présentera encore une fois aux élections cette année, vient d’annoncer son parti, après que Donald Trump a déclaré ne ​pas savoir si tel serait effectivement le cas. Entre les deux hommes, les désaccords sur la poursuite de la guerre semblent de plus en plus évidents. L’analyse géopolitique de Richard Prasquier.


« You are fucking crazy! » Je suppose que ces termes ne nécessitent pas de traduction. C’étaient apparemment ceux que M. Trump a lancés à M. Netanyahu le 1er juin après une attaque contre le Hezbollah au Liban, en même temps qu’il prétendait que sans son aide, le Premier ministre israélien serait en prison.

Mais le 7 juin, Israël lance une nouvelle attaque contre le Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth ; l’Iran réagit en envoyant pour la première fois depuis deux mois des missiles sur Israël, lesquels sont tous interceptés. Trump déclare que c’est lui et non Netanyahu qui mène le jeu, mais ce dernier envoie l’aviation israélienne bombarder des systèmes de défense antiaérienne et un complexe pétrochimique. Cependant, il ne va pas plus loin. Il y a eu la guerre des douze jours, la guerre des quarante jours ; cette fois, c’était la guerre d’un jour ! En fait, avec le régime iranien actuel, la guerre ne peut être que permanente, car pour Israël, c’est une question de survie.

États-Unis : un agenda très chargé

Par contraste, Donald Trump s’est félicité le 8 juin de l’avancement de ce qu’il appelait des « négociations de paix », et J.D. Vance a précisé que les Américains négociaient, que cela plaise ou non à Israël, seulement sur la dénucléarisation de l’Iran, et que les propositions américaines étaient irrésistibles.

Et puis, le 10 juin, Trump déclare que la réponse de ses interlocuteurs iraniens est décevante et que l’Iran va en payer le prix. Des menaces vides comme d’habitude, pense-t-on. Puis, un hélicoptère américain est abattu et les Américains frappent des sites iraniens de défense antiaérienne et de surveillance radar. Que nous réserve le 11 juin ?

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Des déclarations si contradictoires qu’on a suspecté des connexions boursières inavouables ne font que renforcer l’affligeante impression que Donald Trump, refusant d’envoyer des troupes au sol, sous-estimant la préparation du régime iranien et sa détermination féroce, négligeant de prévoir le blocage du détroit d’Ormuz, s’était lancé dans une guerre qu’il croyait courte et facile et se trouve dans un guêpier dont il veut sortir tout en gardant un récit glorieux. Il est pressé. Son calendrier, les Iraniens le connaissent mieux que quiconque : le 14 juin, son 80e anniversaire ; le 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance le 4 juillet ; la finale d’une énorme Coupe du monde de football le 19 ; le 25e anniversaire du 11 septembre et la campagne électorale d’automne qui s’achèvera le 3 novembre avec les midterms, où le prix du gallon d’essence jouera plus que les considérations géostratégiques.

Les propositions américaines réelles sont inconnues, mais l’impression est que Trump craint de reprendre vraiment les hostilités en raison des effets secondaires possibles. Cette position permet aux Iraniens de se positionner en résistants victorieux, de réclamer le versement de dédommagements, d’exiger la protection du Liban contre la furie israélienne — c’est-à-dire, en fait, de garder ce pays sous l’emprise d’un Hezbollah qui l’a complètement gangrené.

Les Iraniens refuseront de toucher à leur arsenal de missiles — leur seule protection, disent-ils, contre les attaques israéliennes — et, évidemment, il ne sera pas question de la population iranienne, dont le sort n’émeut guère un président américain au niveau zéro d’empathie.

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Il reste le nucléaire : les 440 kg d’uranium enrichi bien au-delà des nécessités civiles, cachés on ne sait où, et au sujet desquels les dirigeants iraniens se divisent entre ceux qui refusent d’en parler et ceux qui voudraient faire semblant de les livrer. On pourrait ne plus savoir où en est une partie, ou accepter des contrôles de l’AIEA pour l’expulser quand la flotte américaine sera repartie, ou bien laisser le stock chez Asim Munir, le tout-puissant maréchal pakistanais. Celui-ci, hôte des négociations, est devenu le maréchal favori de Donald Trump depuis qu’il a proposé ce dernier pour le prix Nobel de la paix pour avoir brièvement servi de médiateur dans le conflit entre le Pakistan et l’Inde. Asim Munir, un musulman très fervent par ailleurs, connaît le grand goût du président américain pour la flatterie…

J. D. Vance, vice-président des États-Unis, aux côtés d’Asim Munir, chef de l’armée pakistanaise, et de Mohammad Ishaq Dar, ministre des Affaires étrangères, Islamabad, 11 avril 2026. © AP Photo/Jacquelyn Martin/SIPA

Si un accord est signé, on peut compter sur Trump pour expliquer qu’il n’a rien à voir avec les accords de Vienne sur le nucléaire iranien, qui portent la marque abhorrée d’Obama.

Psychologie trumpienne

Même en cas de négociations à l’évidence bâclées, Trump, qui, par son indifférence à la vérité et son narcissisme exacerbé, s’est forgé une résilience exceptionnelle, croira et réussira à faire croire à ses partisans que cet échec est une victoire. Selon le psychologue américain Dan McAdams, qui a publié une étude sur lui, Trump est un homme « à épisodes », sans continuité narrative. Il vit chaque journée, détachée des autres, comme une occasion de mise en scène personnelle, mais pas comme une étape dans un processus coordonné à long terme.

Pour beaucoup de ceux qui le soutiennent, au contraire, et malgré ses indiscutables et massives failles caractérielles, Trump a des lignes de force déterminées et constantes. Le soutien à Israël en a indiscutablement fait partie. Il faut espérer qu’il en est toujours de même, même si les Israéliens doivent se mesurer à la réalité de la situation et à toutes les éventualités possibles. Car pour Israël, espérer la paix avec le régime iranien tel qu’il est serait une illusion impardonnable.

Spielberg ne se lasse pas de regarder les étoiles

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Téléphone maison ? © Universal Pictures France

Disclosure Day, le Spielberg « nouveau » est un grand cru, selon Laurent Silvestrini


Âgé de 79 ans, le golden boy hollywoodien prouve avec son 37e long-métrage qu’il est toujours le maître incontesté des thrillers de science-fiction, où la candeur enfantine sert de salvatrice médiation « trans-espèces » avec de bienveillants aliens, pourtant rudoyés et malmenés par les autorités officielles.

Et face au grand fracas du monde, le salut ne se situe pas forcément du côté que l’on croit. Quitte à redonner de la vigueur aux théories conspirationnistes les plus insensées dans un pays à la prétention messianique, qui semble avoir érigé la post-vérité en dogme indépassable…

« Ma curiosité et ma fascination pour les vies ailleurs s’expliquent par le fait que je suis une personne très curieuse. Cela remonte précisément au jour où mon père m’a fait découvrir l’astronomie quand j’avais cinq ans, pendant une pluie d’étoiles filantes. Je n’oublierai jamais ce moment et à quel point il m’a affecté. Je regarde toujours le ciel sans crainte, mais avec émerveillement » déclarait le cinéaste lors d’une récente interview face aux médias français.

4e long métrage sur les petits hommes verts

Une obsession qui le conduit dès l’âge de dix-sept ans à réaliser son premier long-métrage amateur avec une caméra 8 mm, aujourd’hui partiellement perdu : Firelight. Puis à récidiver entre la fin des années 70 et le début des années 80 avec deux formidables bornes dans l’Histoire de la science-fiction mondiale, consacrant l’ère des blockbusters familiaux et des « popcorn movies » : Rencontres du troisième type (1977) et E.T., l’extra-terrestre (1982). À rebours d’un genre qui avait jusqu’ici coutume de présenter les aliens comme des menaces pour l’homo americanus — métaphore à peine déguisée des dangers « rouges » et atomiques représentés par l’U.R.S.S. ou la Chine populaire (La Chose d’un autre monde, Les Envahisseurs de la planète rouge, Les Soucoupes volantes attaquent, etc.) —, Spielberg fait preuve d’une profonde empathie à l’égard de ces entités venues d’ailleurs. Nuance importante : sa version nihiliste de La Guerre des mondes (2005), à la suite du trauma national représenté par les attentats du 11-Septembre, tend à réancrer un chaos sur Terre par le truchement d’impitoyables tripodes guerriers face à une famille nucléaire éclatée — époustouflante prestation de Tom Cruise en père divorcé.

Emily Blunt

Plus récemment, après une incursion ludique dans la comédie musicale avec le très stimulant West Side Story (2021), puis une plongée autobiographique dans son enfance et sa jeunesse avec le bouleversant The Fabelmans (2022), notre magicien surdoué nous propose une quatrième variation extra-terrestre avec ce fort intrigant Disclosure Day (que l’on pourrait traduire par « Jour de la révélation / de la transparence »), dans une optique de quête ultime de la Vérité. Mais davantage qu’un énième film sur les mystérieux aliens jouant à cache-cache avec nous, Spielberg prend plaisir à piloter un incroyable « actioner » paranoïaque et conspirationniste, convoquant simultanément le meilleur de la première période hitchcockienne (Chantage, Les 39 Marches, Agent secret), les œuvres maîtresses du Nouvel Hollywood politique (À cause d’un assassinat, Les Hommes du Président, Les 3 Jours du Condor, Marathon Man), tout en surpassant certains efforts d’un Nolan (Tenet) ou d’un Shyamalan — impossible de ne pas penser à Signes et à Knock at the Cabin. Sans compter les savoureux clins d’œil aux franchises d’action et d’espionnage « grand public » Mission : Impossible et James Bond.

Foi, croyance et transparence

Le script concocté par le fidèle David Koepp (Jurassic Park, La Guerre des mondes, Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal) est d’une redoutable efficacité. Alors que le monde bascule inexorablement vers une Troisième Guerre Mondiale — menaces nucléaires russes, tensions en Corée de part et d’autre du 38e parallèle, fermeture des frontières en Europe en dépit du traité de Schengen —, deux quadragénaires américains que tout oppose prennent conscience de leur statut d’élus et d’intermédiaires entre l’Espace et la Terre. Lui, c’est le bien nommé Daniel Kellner (Josh O’Connor), passionné de mathématiques — « le grand livre de l’Univers », reléguant quelque peu la Bible au second plan — et expert en cybersécurité. Travaillant pour une société secrète, Wardex, liée au complexe militaro-industriel du gouvernement fédéral, il dérobe dans un accès de folie — ou de lucidité — plusieurs archives déclassifiées remontant symboliquement à l’incident de Roswell (Nouveau-Mexique) : cet écrasement d’un objet non identifié au sol, survenu le 4 juillet 1947 et révélé au grand jour seulement en 1980 (publication du livre The Roswell Incident de Charles Berlitz et William Moore), véritable accélérateur de particules pour toutes les thèses pro-ufologiques… et par voie de conséquence conspirationnistes. Elle, c’est Margaret Fairchild (Emily Blunt), présentatrice météo d’une chaîne câblée de Kansas City — un patronyme éloquent, Fairchild signifiant littéralement « l’enfant juste et vertueuse ». Sa vie se voit radicalement bouleversée lorsqu’elle aperçoit un cardinal rouge s’introduire comme par effraction dans son luxueux appartement, scène cocasse qui la renvoie à un rêve récurrent d’enfance tout en lui conférant subrepticement de mystérieux super-pouvoirs : la faculté de parler plusieurs langues, et non des moindres — russe, coréen et « alien » —, révélée dans une scène à la fois stupéfiante et glaçante, qui pourrait bien faire date dans l’Histoire du cinéma science-fictionnel. Autres pouvoirs développés : la télépathie et l’usurpation d’identités de personnes décédées pour duper son entourage et devenir inarrêtable. Par un incroyable concours de circonstances et un subtil entrelacs de récits et de trajectoires individuelles, nos deux héros « malgré eux » vont finir par entrer en contact et faire cause commune afin d’échapper aux sbires de la milice paramilitaire — pour révéler enfin au monde entier « connecté » le contenu de ces fichiers déclassifiés… entrant évidemment en résonance avec les récentes vagues de déclassifications réelles du Pentagone sur les PAN (Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés).

Josh O’Connor

Nous ne dévoilerons évidemment pas l’étourdissante issue de cette cavale à travers une certaine Amérique profonde — celle du Midwest, ironiquement l’un des bastions du trumpisme (est-ce conscient de la part d’un auteur pro-démocrate ?) —, mais précisons que la clé du mystère réside dans le pacte empathique noué entre les enfants et les aliens dissimulés en animaux des forêts : cerfs, renards… et cardinaux rouges au chant mélodieux. Fidèle à sa passion pour la transparence dans « la plus grande démocratie du monde » (mais l’est-elle véritablement encore ?), Spielberg, ex-héraut (et héros) du Nouvel Hollywood, continue de régler ses comptes avec toute forme d’opacité et de malveillance, qu’il fait clairement remonter à la présidence Nixon (1969-1974), plusieurs fois mise en accusation dans son film. Déjà, Pentagon Papers (2017) communiquait furieusement avec le scandale du Watergate, jadis sublimé par Alan J. Pakula dans le film précédemment mentionné (Les Hommes du Président, 1976).

Mais le plus vertigineux se situe sans doute ailleurs. À l’instar du célèbre slogan de X-FilesLa vérité est ailleurs ») — série qui n’aurait sans doute jamais existé sans l’apport visionnaire et décisif du réalisateur de Rencontres du troisième type —, Spielberg se dit intimement persuadé que les aliens existent et vivent sur Terre, à nos côtés, ici et maintenant, tout en subissant le traitement de choc que leur infligent autorités gouvernementales et forces armées états-uniennes. Certains plans traumatiques du film convoquent par ailleurs une imagerie concentrationnaire pouvant rappeler La Liste de Schindler — référence jugée incongrue par les critiques les plus sévères, qui ont préféré dénoncer la paresse et la complaisance de Spielberg plutôt que saluer la maîtrise d’un film-somme dialoguant avec l’abondante filmographie de son auteur, tout en établissant des ponts particulièrement pertinents et stimulants avec notre époque de post-vérité et de post-modernité.

Ne cherchez donc plus le blockbuster d’auteur de votre été… et de votre année. On ne peut qu’être admiratifs devant ce génie à l’orée de ses 80 printemps, qui nous offre le plus beau des cadeaux : celui d’une jeunesse éternelle de cinéphile perpétuellement curieux et émerveillé face à un monde de plus en plus cryptique et insensé… où tout semble désormais possible, même l’impensable !

2h25

Restore Britain: le Reconquête! à l’anglaise

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Rupert Lowe, ancien membre de Reform UK et actuel dirigeant de Restore Britain, arrive à la Cour royale de justice pour son audience contre le Système indépendant de traitement des plaintes et des griefs, le 17 mars 2026. © Vuk Valcic / SOPA/SIPA

Depuis son exclusion de Reform UK, le parti de Nigel Farage, en mars 2025, Rupert Lowe a lancé son propre parti sur une ligne politique nettement plus radicale et pleinement assumée.


L’actuel député (MP) de Great Yarmouth, ancien élu au Parlement européen sous l’étiquette Reform UK, s’est fait connaître du grand public via une vidéo publiée sur X, déjà créditée de plus de 40 millions de vues (voir plus bas). Il y enchaîne les déclarations coup de poing : « Des millions doivent partir », « Nous allons discriminer ». Le ton est posé. Restore Britain ne cherche pas à ménager les sensibilités.

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Ce qui sépare Lowe de son ancien parti ne relève pas du détail. Sur l’immigration d’abord ; là où Reform UK brandit des promesses, Lowe exige des actes : expulsions massives, détention des clandestins, réimmigration assumée. Il accuse Farage d’être fondamentalement « mou » sur le sujet qui a pourtant fait sa fortune politique. Sur l’identité ensuite ; Lowe va plus loin en contestant la présence même de ressortissants étrangers fussent-ils naturalisés britanniques à des postes élus. Il vise nommément des figures comme Zia Yusuf, son ancien président de parti, dont les origines pakistanaises lui semblent incompatibles avec la représentation des intérêts britanniques. Il fustige enfin ce qu’il perçoit comme une dérive « woke » de Reform, citant en exemple un conseiller du parti ayant fondé un club de football BAME1 qu’il qualifie sans détour de « racisme anti-blanc ». Lowe reproche à Farage d’avoir construit un « parti de protestation » géré de façon messianique, incapable de porter la rupture radicale qu’attend selon lui la frange la plus dure de l’électorat patriote. Là où Reform veut réformer, Restore Britain entend restaurer et la nuance est un programme.

Le parti enregistre déjà près de 100 000 adhérents, 300 000 abonnés sur X, ainsi que le soutien affiché d’Elon Musk, le détenteur de ce dernier. Le parti oscille déjà entre 7 et 14 % d’intentions de vote selon les sondages, performances remarquables pour une formation toute récente.

Le parallèle avec Éric Zemmour chez nous s’impose naturellement. Même trajectoire de rupture avec la droite établie jugée trop timorée, même combat identitaire, frontal contre l’immigration légale comme illégale et même revendication d’une remigration assumée. La différence de profil: Zemmour journaliste, Lowe homme d’affaires et élu ne masque pas la convergence idéologique. Et si Zemmour n’a pas remporté la présidentielle, sa poussée dans les sondages avait révélé un électorat que les partis traditionnels ne captaient plus. Électorat qui s’est finalement rabattu sur Marine le Pen. Les Britanniques semblent traverser le même mouvement.

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La grille de lecture est désormais claire : si Reform UK est le Rassemblement national anglais, Restore Britain en est l’équivalent de Reconquête!. Un parti qui, à l’image de son homologue français, pourrait paradoxalement consolider Reform UK dans un rôle de droite « raisonnable » exactement comme Reconquête a parfois rendu service au RN en le faisant paraître modéré par comparaison. Presque un parti de gauche, pour certains. Ce phénomène s’inscrit dans une tendance européenne plus large : des populations qui, confrontées à des mutations culturelles et démographiques profondes, cherchent à renouer avec ce qu’elles perçoivent comme leur identité. Le Royaume-Uni, malgré ou à cause de sa sortie de l’Union européenne, n’échappe pas à cette dynamique. Il l’incarne désormais à sa façon.


  1. Noirs, Asiatiques et membres de minorités ethniques ↩︎

La palme de l’éco-ciné

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D.R.

Au Festival de Cannes, le Prix Ecoprod met en lumière les artistes et productions qui s’engagent enfin dans la transition écologique. Aure Atika a adoré le lauréat japonais de cette année.


Dans Hôtel du Nord, Raymonde (Arletty) balance à Edmond (Louis Jouvet) une des plus célèbres répliques du cinéma : « Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? » Si le film de Marcel Carné avait été réalisé de nos jours et présenté au dernier Festival de Cannes, peut-être aurait-il été en compétition pour le prix Ecoprod, du nom de l’association qui l’a créé, afin de récompenser les films les plus « écoresponsables ».

Sans doute, un membre du jury écologiste aurait-il relevé «  la manière subtile avec laquelle le scénariste a abordé un des problèmes majeurs de notre époque, à savoir le rejet par l’homme du CO₂ dans l’atmosphère ». Cela aurait-il suffi pour remporter le prix en question ? Probablement pas : pointilleuse, l’association Ecoprod, qui a calculé qu’une heure de contenu cinématographique émettait en moyenne 16 tonnes de CO₂ , tient à récompenser les équipes cinématographiques réduisant le plus possible leur « impact environnemental » en termes de transports, de décors, d’hébergement et d’alimentation.

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Pour ce faire, elle met à la disposition des réalisateurs un « calculateur carbone » homologué par le CNC qui, de son côté, offre une prime de 28 000 euros aux productions qui, ayant quémandé une subvention, respectent certains engagements de sobriété et réduisent ainsi drastiquement leur « bilan carbone », nous apprend le média Reporterre. Cette année, c’est le film de Ryusuke Hamaguchi, Soudain, qui a remporté le prix Ecoprod. Vertueux comme pas deux, le réalisateur japonais a non seulement entraîné ses équipes techniques sur le chemin de l’écologie mais, « dans un souci de cohérence entre la démarche écoresponsable et le sujet humaniste du film », il a également demandé à ses interprètes de « suivre une formation de trois jours à l’humanitude, une méthode de soins visant à accompagner les personnes dépendantes dans le respect de leur dignité ».

Admirative, l’actrice Aure Atika, présidente du jury Ecoprod, a gratifié l’équipe du film d’une réflexion qui restera dans les mémoires : « Comme si la conscience écologique réveillait le sens du collectif. » Quel cinéma !

Le chant de Mars

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DR.

«Le Symbole de Paris» est une plongée en «réalité virtuelle» dans l’histoire méconnue du Champ-de-Mars et de la tour Eiffel. Une visite guidée qui sort de l’ordinaire, une ode à Paris. Suivez le guide!


Ah ! le Champ-de-Mars… Ses pelouses pelées, ses marchands à la sauvette, ses légions d’autocars, ses millions de touristes, ses joueurs de bonneteau clandestins, ses pickpockets, ses violeurs nocturnes… et sa tour Eiffel.

Fais comme l’oiseau

L’épicentre du Paris touristique offre depuis des années un visage peu avenant, alors que cet endroit a été l’un des lieux les plus beaux et les mieux pensés de la capitale. Ce gigantesque jardin de 25 hectares ouvert sur la ville[1]– le seul à ne pas posséder de grilles – s’étire aux pieds de la tour la plus célèbre du monde. Il est cependant aussi peu connu des touristes que des Parisiens eux-mêmes. Sa longue histoire méritait d’être racontée.

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C’est ce que propose la start-up française Timescope, dont Causeur avait déjà parlé à l’occasion de sa première excursion sur les bords de Seine, « Les Origines de Paris », munie d’un casque en « réalité virtuelle » afin de remonter le fleuve et ses deux mille ans d’histoire en sons et en images. Sur le même principe, la nouvelle expérience proposée, « Le Symbole de Paris », permet de suivre la construction de la Dame de fer comme si on y était, et plus encore, vue du ciel, comme un oiseau. Mais la quinzaine d’étapes ponctuant la déambulation in situ, qui dure environ une heure, commence par une violente bataille, une cinglante défaite : celle des Parisii, ancêtres gaulois des Parigots, face aux légions romaines. La longue histoire de ce site singulier est marquée par la guerre. L’établissement de l’École militaire au XVIIIe siècle, l’un des plus beaux monuments de Paris lui aussi méconnu, fait du bien nommé Champ-de-Mars le terrain d’exercice des troupes et des cavaliers français. Cela explique que cette vaste étendue soit restée longtemps inconstructible ou dévolue à accueillir quelques événements tout aussi grandioses qu’éphémères.

Vertige

Ainsi en est-il de la fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, où un cirque à l’Antique a accueilli plus de 500 000 Français réunis autour de la famille royale pour célébrer la Constitution… C’est durant cette cérémonie d’un kitch dont la Révolution avait le secret que Talleyrand, qui y a célébré la seule messe de sa vie, a lancé à La Fayette, au pied de l’autel de la Patrie : « Surtout ne me faites pas rire. »

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« Le Symbole de Paris » nous plonge dans l’effervescence de cette journée, on est assis dans les tribunes, on est le témoin contemporain du passé, de même que, moins de cent ans plus tard, on assiste, dans le bureau de Gustave Eiffel, aux réunions des ingénieurs qui élaborent sa curieuse tour. On la voit sortir progressivement de la terre parisienne jusqu’à son inauguration lors de l’Exposition universelle de 1889. Et oscillant toujours entre le plancher des visiteurs et le ciel de la capitale, on traverse la spectaculaire Salle des Machines de 1889 avant d’observer, avec un brin de vertige, les fastes des Expos suivantes. Paris s’étale sous nos pieds, on porte le regard à l’horizon, et l’on reste ébahi face au spectacle de la ville qui s’illumine dans la nuit tombante. L’épopée du télégraphe sauve la Tour de sa destruction, la Grande Guerre confirme son utilité pour les transmissions militaires et la Seconde Guerre en fait le symbole de l’Occupation puis de la Libération. C’est désormais le symbole de notre tourisme de masse, mais cette visite guidée d’un nouveau genre fait de chacun de ceux qui la suivent un touriste d’un genre nouveau : éclairé.

Informations et réservations : http://www.symboledeparis.com
Tarifs : de 19 à 28 euros.


[1] Lire l’excellent ouvrage collectif auquel a collaboré notre ami Pierre Lamalattie, Le Champ-de-Mars 1900-1930. Art Nouveau-Art Déco, AAM Éditions, 2023

Le Champ-de-Mars 1900-1930

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Vivre en ville

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Triompher en festins: Une histoire de France en vingt repas

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Affaire Lyhanna: le pouvoir s’affole

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Place Vendôme, Paris, 9 juin 2026 © HOUPLINE-RENARD/SIPA

Selon notre chroniqueur, les enfants oubliés pourraient accélérer la révolution populiste qui couve…


Le pouvoir s’affole. Gérald Darmanin en perd sa voix. La Révolution des oubliés[1] est en marche. Le gouvernement improvise des annonces visant à accélérer les actes d’enquêtes concernant les agressions sexuelles contre les enfants et à renforcer les peines pour les violeurs en série. Hier, le Sénat a entendu en urgence le ministre de la Justice et celui de l’Intérieur, Laurent Nunez. Mais le réveil arrive trop tard. La parole officielle n’est plus crédible. Le meurtre de Lyhanna ne révèle pas seulement une justice naufragée, incapable de protéger les gens, à commencer par les plus fragiles. Plus généralement, l’Etat affaibli laisse voir son renoncement à défendre la nation, son peuple, sa souveraineté, sa cohésion, ses frontières. Lundi, des citoyens ulcérés ont protesté devant des tribunaux. Place Vendôme, face au ministère de la Justice, des indignés ont bravé l’interdiction de manifester, en réclamant la démission d’un Darmanin aphone, hier soir sur CNews.

Des Femen (gauche) côtoient des féministes de Némesis (droite). Des figures de la société civile émergent. Dimanche dernier, le maire divers droite de Fleurance (Gers), Grégory Bobbato, en tête de la marche blanche, s’est imposé par son discours mettant en cause des « défaillances sociétales ». Mardi, Me Pierre Debuisson, avocat de la mère d’une autre fillette, Rosa, violée impunément par Jérôme Barella a annoncé avoir déposé plainte contre l’Etat pour « faute lourde ». L’avocat veut également poursuivre les parquets (d’Auch et de Toulouse) et la gendarmerie pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « non-assistance à personne en danger ». Il veut traduire Darmanin devant la Cour de Justice de la République. Dans Le Figaro d’hier, Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Économie, écrit : « Le peuple se lève. Aujourd’hui, c’est une révolte. Demain, ce sera une révolution ». Elle est déjà là.

A lire aussi, du même auteur: Le peuple en état de légitime défense

Les esprits sont prêts. L’espoir d’une grande bascule est l’idée qui s’installe auprès de ceux qui constatent la faillite du système. Cinquante ans d’erreurs collectives, droite et gauche confondues, ne pourront être corrigées sans rompre avec une classe politique qui se claquemure et s’accroche à ses certitudes. « Il faut entendre le besoin de radicalité dans la société », explique, ce mercredi matin sur RTL, le banquier de gauche Matthieu Pigasse. Cependant le progressisme n’écrit plus l’histoire. Elle lui tourne le dos. La gauche n’est plus hégémonique, même si elle conserve encore ses bastions dans le monde culturel et médiatique. Certes, face au meurtre de Lyhanna, le camp du Bien a oublié ses critiques qui dénonçaient des récupérations politiques à propos des crimes commis contre des jeunes filles par des OQTF. Cette fois, la qualité de Français blanc et européen de Barella ne pose plus ce genre de réticences. Reste que cet assassinat n’efface pas ceux de Lola, de Philippine et de bien d’autres victimes d’immigrés indésirables. Les magistrats, qui protestent ces jours-ci de leur mise en cause, ne comprennent rien à la colère française. Ce sont toutes les institutions, confisquées par des castes populophobes, qui vont avoir à rendre des comptes. La réalité de la révolution du bon sens se lira dans son aboutissement, en mai 2027. Jamais présidentielle n’aura été aussi déterminante pour le destin du pays.

La révolution des oubliés

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[1] De l’auteur, Fayard

«La France est un lieu d’expansion du Sud global»

Mathieu Bock-Côté. © Hannah Assouline

Pourquoi aime-t-on encore la France alors qu’elle court si vite à sa perte? Pour son élégance, son sens de l’amitié et sa libido rebelle au puritanisme américain, répond Mathieu Bock-Côté. Face à la partition rampante du territoire, l’essayiste exhorte la droite à surmonter ses querelles de personnes. Question de vie ou de mort.


Causeur. À l’approche de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a forgé un concept censé définir son projet de société : la « Nouvelle France ». Soit précisément le terme qui désignait le Québec à l’Âge classique, quand c’était une colonie française. Avez-vous pris cela comme un hommage à votre beau pays ?

Mathieu Bock-Côté. Bien au contraire, j’estime être victime d’appropriation culturelle ! (Rires.) La mémoire de la Nouvelle-France se trouve au cœur de l’identité québécoise. Et cela se voit encore partout à l’œil nu. À Montréal, l’un des monuments les plus célèbres, avec le pont Jacques-Cartier, est le pont Samuel-De Champlain, appelé ainsi en hommage à l’envoyé d’Henri IV qui a fondé la ville de Québec en 1608. Or en 2013, il a été question de rebaptiser l’ouvrage en lui donnant le nom d’une légende nationale du hockey, Maurice Richard. Malgré l’immense popularité de cet athlète, les autorités ont renoncé au projet quand elles ont vu l’émotion suscitée. Si nous ne sommes plus français depuis plus de deux cent soixante ans, nous n’oublions pas les racines françaises du pays, et la langue de Molière n’a jamais cessé d’être la nôtre, même si nous la parlons avec l’accent de Gilles Vigneault et de Félix Leclerc. En ce temps-là, la Nouvelle-France était un projet de rayonnement de la France par le moyen de la colonisation. La Nouvelle France de Jean-Luc Mélenchon est, au contraire, un projet d’effacement de la France par une contre-colonisation.

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Vous parlez de votre passé colonial de façon très positive. Est-ce un sentiment partagé au Québec ?

Longtemps les Québécois ont eu une certaine rancœur envers la France, mais pas parce qu’elle a colonisé le Québec, ce serait absurde, car ils sont issus de cette colonisation, mais parce qu’elle les a abandonnés à la fin de la guerre de Sept Ans pour préférer garder les Antilles. Remarquez, beaucoup de Français en ont aussi souffert, notamment Michelet qui a écrit au sujet du traité de Paris signé en 1763 : « Que perd alors la France ? Rien, sinon le monde. » Cela dit, depuis que de Gaulle a proclamé « Vive le Québec libre » sur le balcon de l’hôtel de ville de Montréal en 1967, nous sommes réconciliés avec l’ancienne mère patrie. Je suis toujours ému quand je me replonge dans le récit de la visite du général au Québec. Au cours de son séjour, il s’est notamment rendu dans la ville de Trois-Rivières. Et ce jour-là, il a déclaré : « Vive Trois-Rivières, vive le Québec, vive la Nouvelle-France, et vive la France ! »

Et les Amérindiens, comment jugent-ils ce passé colonial ?

C’est une histoire peu connue, mais dès le départ, les colons français ont choisi de ne pas se comporter en dominateurs. Au lieu d’imiter les Anglais, qui ont repoussé les Amérindiens puis les ont parqués dans des réserves, ils se sont alliés avec plusieurs tribus. Après la défaite française, au moment de la guerre de Conquête, ce seront des chefs amérindiens qui seront les derniers à combattre pour le maintien de la souveraineté française en Amérique. On connaît aussi l’histoire du peuple métis, dans l’Ouest canadien, issu de l’alliance entre les coureurs des bois et les femmes amérindiennes, dont le chef, Louis Riel, s’est révolté contre les Anglais à partir de 1869 avec le soutien d’Honoré Mercier, Premier ministre québécois connu pour sa formule quand il a appris la mort du rebelle, pendu par le régime canadien : « On a tué notre frère Riel ! » Je connais peu de leaders nationalistes de peuples d’ascendance européenne qui auraient pu dire une telle phrase à l’époque.

Venons-en à notre côté de l’Atlantique. Vous disiez que l’ambition de Mélenchon est l’effacement de la France. Quelle est selon vous l’imminence du danger ?

Je pense que la messe sera dite d’ici quelques décennies. On ne dira plus alors que la France est un pays d’immigration, mais un lieu de l’expansion territoriale du Sud global vers le Nord. On pourra même raconter que cette histoire a commencé quand les États-Unis se sont désoccidentalisés à partir des années 1960, avec dans leur sillage le Canada, mais aussi la Nouvelle-Zélande et l’Australie, pays qui eux aussi ont alors progressivement renoncé à leur ancrage européen pour devenir des laboratoires du multiculturalisme. Le dernier Occident sera donc l’Europe, où subsisteront en fin de compte quelques principautés indépendantes où seront majoritaires les peuples historiques européens, comme au temps de l’Espagne musulmane.

A lire aussi: Le peuple en état de légitime défense

Mais pourquoi diable vous êtes-vous installé voilà cinq ans dans notre pays s’il est en voie d’effacement ?

D’abord, la France n’a pas dit son dernier mot, nous ne sommes pas encore contemporains des derniers jours et on peut toujours se battre démocratiquement pour que ce futur désagréable n’advienne pas ! La France est un pays magnifique, tout simplement. Il y a quelque chose dans votre manière de vivre qui est fascinante. Votre souci d’élégance, la splendeur de vos monuments qui témoigne d’un passé glorieux, et puis peut-être le plus important, l’amitié à la française, qui veut dire quelque chose. Sans oublier l’amour bien sûr : en France, une espèce de libido circule un peu partout. Il y a partout dans les rapports sociaux un désir de plaire qui va à l’encontre du puritanisme nord-américain. Alors certes il y a aussi chez vous une forme d’universalisme névrotique qui vous mène à croire que vous vous confondez avec l’humanité entière, sans voir à quel point cette idée que vous vous faites de vous-même est provinciale. Reste que vous êtes un beau peuple, tout simplement, l’expression la plus achevée, de mon point de vue, de la civilisation occidentale. 

Sauf que cette identité est vouée à disparaître, dites-vous…

Oui, mais vous partez de tellement haut que, même quand vous chutez, vous restez encore d’un bon niveau. Et par ailleurs, il faut se battre, pour renverser la tendance.

Nous chutons douloureusement. Parfois en nous faisant carrément très mal. N’êtes-vous pas frappé par exemple par la violence des émeutes urbaines en France, comme celles qui se produisent régulièrement lors des grands matchs du PSG ?

Vous savez, la décadence n’est pas spécifiquement française. Elle est partout en Occident. Cela dit, je vois bien ce qui s’exprime d’inquiétant dans ces échauffourées toujours plus nombreuses en France : un instinct de conquête territoriale, de conquête vitale. C’est du reste cette même dynamique qui est à l’œuvre, certes de façon plus pacifique, quand La France insoumise remporte des victoires électorales, comme récemment à Roubaix ou Saint-Denis. Demain d’autres villes assiégées tomberont. Et la droite ne gagnera plus jamais à Paris. Bref, on voit les conséquences politiques du changement démographique. Mais nous nous interdisons de le conceptualiser.

Attention, on va dire que vous êtes « un adepte de la théorie raciste du grand remplacement », comme on dit au Monde !

Ce n’est pas moi qui le suis, mais Jean-Luc Mélenchon, qui s’en réclame. Ou le député mélenchoniste Sébastien Delogu quand il lance en décembre aux électeurs de Saint-Denis et de Pierrefitte-sur-Seine : « Vous avez une opportunité en or, qu’enfin un racisé dirige ces deux villes et fasse en sorte que le réel peuple de France reprenne le pouvoir ici. » À cause de ce type de discours, la dimension ethnique remonte toujours davantage à la surface dans le débat public, et je m’en désole, inutile de le préciser. Philippe Séguin l’avait annoncé. « Vous sacrifiez la nation, mais vous n’aurez pas d’individus, vous retrouverez des tribus. » On y est.

Redoutez-vous une guerre tribale en France ?

Non, parce que le pays dispose quand même d’institutions assez fortes qui peuvent convenir aux situations explosives radicales. Donc, si jamais ça explosait vraiment, l’appareil d’État saurait réagir, sur le mode répressif, hélas. Je pense qu’on va plutôt assister à une forme de partition des populations selon des critères non dits.

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Même si un mouvement anti-immigration arrive au pouvoir ?

Si un tel parti arrivait au pouvoir, s’il organisait le référendum nécessaire afin de modifier fondamentalement la politique d’immigration, on pourrait imaginer une réorientation des paramètres d’action publique entraînant une amélioration visible à horizon de vingt ans ou trente ans. Mais je ne suis guère optimiste. La culture gauloise de la chamaillerie empêche le camp national de s’unir. Le RN ne devrait pas tenir Éric Zemmour pour une espèce de félon insupportable et ce dernier devrait reconnaître dans le parti de Jordan Bardella le navire amiral du camp national. Marion Maréchal et Sarah Knafo devraient considérer qu’elles sont des alliées politiques. Nicolas Dupont-Aignan, qui, à sa manière, a tenu le flambeau pendant des années, ne devrait pas être méprisé comme il l’est par le reste de sa famille politique. Et tout ce monde devrait espérer le ralliement des Bruno Retailleau et David Lisnard, qui possèdent une culture gouvernementale utile.

Mais vous qui êtes un libéral, n’êtes-vous pas rebuté par les accents parfois ultraconservateurs de certains leaders nationaux-populistes ?

Je fréquente le camp national de votre pays depuis un certain temps et je n’ai pas l’impression d’être devant une collection de bigots et de sectaires. Il faut faire une différence entre les fantasmes de Libé qui voit partout des puritains insupportables et la réalité, très éloignée de cette caricature.

Et au Québec, la nation peut-elle encore gagner avec ce référendum que vous appelez de vos vœux ?

Je vais vous répondre en convoquant Francis Fukuyama, qui a prophétisé la « fin de l’Histoire » en 1992. Quoique assez sûr de son fait, il affirme alors qu’une seule hypothèse pourrait le mener à réviser sa théorie : l’indépendance du Québec. Si un tel événement se produisait, dit-il, cela signifierait que les passions humaines et politiques sont plus fortes que la logique rationnelle et utilitaire des hommes. La balle est donc dans notre camp. L’indépendance du Québec se fera. Et qui sait, la Nouvelle-France authentique, je veux dire la québécoise, sera peut-être demain le remède à la Nouvelle France de Mélenchon.

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Affaire Lyhanna: le rappel de quelques évidences

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Philippe Bilger © Pierre Olivier

Il faut trouver un juste milieu entre le lamentable corporatisme des procureurs et les accusations populistes globalisantes.


Après le fiasco judiciaire…

Le président de la République a eu tort de précipiter son jugement ! Comme il l’a déjà fait trop souvent, notamment pour Nahel… Les politiques s’indignent, de droite, de gauche, d’extrême droite, d’extrême gauche (pour elle, la police tue !). La plupart feignent de découvrir aujourd’hui ce sur quoi ils étaient demeurés longtemps indifférents, traitant la justice comme une quantité négligeable et un univers secondaire. Maintenant, place aux vitupérations, aux improvisations et aux multiples propositions ! Tout n’est pas à jeter. Qui serait assez obtus pour contester la nécessité d’une augmentation des moyens, mais si peu lucide qu’il affirmerait que leur pénurie matérielle et humaine est la cause de tout ? Tant de désastres judiciaires se sont produits qui seraient demeurés les mêmes malgré une situation budgétaire différente… Il est absurde de répéter comme un mantra que l’institution est coupable, qu’il y a une responsabilité collective. Cette banalité est une fuite, une dérive : derrière chaque tragédie, il y a forcément des responsabilités de toutes sortes, individuelles, personnelles, multiples. Dénoncer des abstractions est trop confortable. Identifier et sanctionner, s’il y a lieu, les transgressions et les négligences clairement imputables à tel ou telle sera plus efficace et évitera un opprobre général qui n’aurait aucun sens. La vindicte populaire, les insultes et les menaces contre le tribunal et les magistrats d’Auch sont honteuses. Il n’empêche que la magistrature, dans son ensemble, devra un jour y mettre du sien sur le plan de la réflexion collective et de ses pratiques. Trop souvent, le citoyen est oublié, et parfois même méprisé. Quoi ? Il ose s’occuper de ce qui le regarde ! Mais quand la Conférence nationale des procureurs de la République se contente de dire que « la colère est mauvaise conseillère » et qu’il faut refuser toute sanction, c’est un peu court et le triomphe d’un lamentable corporatisme ! Il faut cesser de « saturer de priorités » l’univers régalien, comme si l’on avait le droit, au prétexte du narcotrafic, des viols et des horreurs pédocriminelles, de ne pas appréhender l’immense masse de la délinquance du quotidien. Il nous faudrait, pour la France, sur le plan régalien, le Rudy Giuliani de la grande époque. Rien de ce qui est transgressif, du dérisoire au grave, ne doit nous demeurer étranger ! Si nous ne traduisons pas dans les faits les leçons que nous enseigne la tragédie, tellement évitable, de la si jeune Lyhanna, ainsi que celles que nous aurions déjà dû apprendre auparavant, le futur sera pavé des mêmes horreurs. Les structures et les moyens ont leur importance, mais sans des politiques – fi de l’irresponsabilité illimitée ! – et des magistrats à la hauteur dans notre démocratie, nous aurons des indignations à répétition, mais jamais un authentique redressement.

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Belfast: guerre et barbarie

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Des émeutiers attaquent un fourgon de police à Belfast dans la nuit du 9 juin. Des barrages routiers ont été érigés dans toute la ville qui s'est embrasée lorsque des habitants sont descendus dans la rue pour protester contre l'agression au couteau d'un homme par un réfugié soudanais. © Lab Mo / SOPA Images/SIPA

À Belfast, une attaque au couteau perpétrée par un migrant soudanais contre un homme d’une quarantaine d’années, filmée puis diffusée lundi soir par un riverain, a suscité une vive émotion dans le pays. En réaction, des manifestations hostiles à l’immigration ont dégénéré en violences mardi. Les autorités ont toutefois écarté la piste terroriste. Comme après l’affaire Henry Nowak, le Premier ministre Keir Starmer a dénoncé sur X une « attaque écœurante » et en même temps « des scènes de violence abjectes ».


Dans une rue de Belfast, un homme est jeté à terre. Son agresseur lui crève les yeux avant d’entreprendre de le décapiter. Lorsque j’ai appris cette nouvelle, je n’ai pas pensé à l’Irlande du Nord, ni aux statistiques de la criminalité, ni même aux interminables commentaires dont notre époque recouvre les événements pour éviter d’en regarder le cœur. J’ai pensé à quelque chose de beaucoup plus ancien. J’ai pensé à ces âges obscurs que nous croyions relégués dans les marges de l’histoire, à ces temps où l’on coupait les têtes pour les exposer sur les remparts, où l’on mutilait les vaincus afin que leur chair parle plus fort que leur mort.

A lire du même auteur: Affaire Nowak : quel antiracisme ?

Et je me suis demandé si notre principale faiblesse n’était pas devenue notre incapacité à reconnaître la barbarie lorsqu’elle se présente devant nous. Car il existe aujourd’hui une confusion qui empoisonne toute réflexion sur la violence. Nous avons fini par croire que la guerre et la barbarie étaient une seule et même chose. Tout est barbare : les conflits, les attentats, les crimes, les émeutes, les bombardements, les frontières, parfois même les paroles. À force d’employer ce mot pour désigner toute forme de brutalité, nous l’avons vidé de son sens. Nous avons perdu la faculté de distinguer. Or une civilisation commence souvent à décliner lorsqu’elle ne sait plus distinguer.

Jouissance de destruction

La guerre est aussi ancienne que les cités, les royaumes et les empires. Elle est l’une des tragédies permanentes de l’histoire humaine. Elle détruit des villes, emporte des innocents, dévaste des paysages et remplit les cimetières. Elle est presque toujours injuste pour ceux qui la subissent. Pourtant, même dans sa brutalité, elle demeure liée à une finalité qui lui est extérieure. On fait la guerre pour défendre une frontière, conquérir un territoire, imposer une domination, préserver une indépendance ou assurer la survie d’un peuple. La barbarie commence lorsque cette finalité s’efface derrière la jouissance même de la destruction. Elle apparaît lorsque tuer ne suffit plus. Lorsqu’il faut encore humilier. Lorsqu’il faut profaner. Lorsqu’il faut faire du corps de la victime un message destiné aux survivants.

La différence est essentielle. Un soldat peut tuer par devoir, par peur, par discipline ou par conviction. Le barbare tue et cherche en même temps à détruire l’humanité même de celui qu’il tue. Il veut effacer le visage avant d’effacer la vie. Il veut dégrader autant qu’anéantir. L’histoire récente nous offre malheureusement de nombreux exemples de cette réalité. Au Rwanda, en 1994, des voisins massacrèrent leurs voisins à la machette avec une fureur qui semblait avoir rompu tous les liens de la civilisation. Dans les territoires contrôlés par Daech, des hommes furent décapités devant des caméras afin que leur mort soit vue par le monde entier. Au Mexique, certains cartels suspendent des corps mutilés aux ponts routiers ou abandonnent des restes humains sur les places publiques afin de terroriser leurs adversaires. Au Soudan, des villages entiers ont été livrés au meurtre, au pillage et au viol. Le 7 octobre 2023, des familles furent massacrées, des civils assassinés, et les images de leur souffrance transformées en trophées destinés à circuler sur les réseaux sociaux.

Au-delà du crime

Les causes diffèrent. Les idéologies diffèrent. Les contextes diffèrent. Mais quelque chose demeure identique. Dans chacun de ces cas, la violence cesse d’être un moyen pour devenir un spectacle. La souffrance cesse d’être une conséquence pour devenir un objectif. Le meurtre cesse d’être un acte de guerre ou un simple crime pour se transformer en cérémonie de l’humiliation. Voilà ce que notre époque peine à comprendre. Nous avons développé une extraordinaire capacité à expliquer les violences. Nous les rapportons à l’exclusion, à la pauvreté, aux traumatismes historiques, aux discriminations, aux frustrations sociales ou aux héritages coloniaux. Toutes ces explications peuvent contenir une part de vérité. Elles deviennent dangereuses lorsqu’elles remplacent le regard lui-même. À force de chercher les causes, nous oublions parfois les actes. À force de comprendre, nous cessons de juger. À force d’expliquer les bourreaux, nous ne voyons plus ce qu’ils font.

A lire aussi: Bavure antiraciste

Le tabloïd « Daily Express » DR.

L’affaire de Belfast est révélatrice à cet égard. Ce qui frappe n’est pas seulement l’extrême violence de l’agression. Les chroniques judiciaires sont pleines de violences extrêmes. Ce qui saisit ici est cette volonté de détruire le regard avant la vie. Crever les yeux d’un homme, c’est tenter d’effacer sa présence humaine avant même de supprimer son existence physique. Puis vient la tentative de décapitation, comme si la mort elle-même demeurait insuffisante. Cette logique nous conduit bien au-delà du crime ordinaire. Elle nous conduit vers cette région obscure de l’âme humaine où la destruction devient une source de satisfaction, où l’humiliation compte davantage que la victoire, où le corps de l’autre cesse d’être celui d’un semblable pour devenir celui d’un objet que l’on peut mutiler à volonté. C’est précisément cela que l’on appelle la barbarie.

Désarmement moral

Le drame de l’Europe contemporaine n’est pas tant l’existence de la barbarie. Celle-ci a toujours existé. Elle a accompagné les hommes depuis les premiers empires jusqu’aux totalitarismes du XXe siècle. Le véritable drame est que nous avons perdu les instruments intellectuels et moraux qui permettraient de la reconnaître. Nous continuons à parler des droits de l’homme, de tolérance, de paix, de dialogue et de vivre-ensemble, comme si ces principes suffisaient à conjurer les forces obscures qui traversent l’histoire humaine. Nous nous comportons souvent comme si le progrès matériel avait transformé la nature même de l’homme. Or rien n’est plus faux. Sous les villes modernes, les réseaux numériques, les institutions démocratiques et les déclarations universelles, demeurent les mêmes passions, les mêmes haines, les mêmes désirs de domination, les mêmes pulsions de destruction qui ont accompagné l’humanité depuis ses origines.

La civilisation n’abolit pas ces forces. Elle les contient. Elle les limite. Elle les discipline. Et lorsqu’elle cesse de les voir, lorsqu’elle refuse de les nommer ou lorsqu’elle les dissout dans des explications abstraites, elle s’affaiblit elle-même. Les sociétés ne meurent pas parce qu’elles rencontrent des ennemis. Toutes les sociétés ont rencontré des ennemis. Elles commencent à mourir lorsqu’elles perdent leur capacité de jugement, lorsqu’elles ne savent plus distinguer le tragique de l’histoire de ses formes les plus monstrueuses, lorsqu’elles confondent la guerre, qui appartient à la condition humaine, avec la barbarie, qui est la célébration même de la destruction de l’homme par l’homme.

A lire aussi: Le grand retournement des élites contre la civilisation

Peut-être est-ce là la leçon que nous adressent, chacune à leur manière, les machettes du Rwanda, les décapitations de Daech, les atrocités du Soudan, les massacres du 7 octobre et cette scène surgit d’une rue de Belfast comme un souvenir venu des âges les plus reculés. Ces événements nous rappellent que la barbarie n’est jamais loin. Elle attend simplement que les hommes cessent de la reconnaître pour reprendre sa place dans l’histoire. Et il se pourrait bien que le signe le plus inquiétant de notre époque ne soit pas son retour, mais notre difficulté croissante à la voir lorsqu’elle se tient devant nous.

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