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Tractons sous la pluie

"Causeur" a suivi Sarah Knafo en campagne dans la capitale


Tractons sous la pluie
Sarah Knafo en visite chez les commerçants du 14e arrondissement, ici à la poissonnerie Ledreux, Paris, 18 février 2026 © Hannah Assouline

Sarah Knafo est aussi à l’aise en campagne qu’à son bureau pour éplucher des rapports de la Cour des comptes. Causeur l’a suivie une journée à la rencontre des commerçants et des hôteliers restaurateurs parisiens, touchés de plein fouet par la circulation calamiteuse dans la capitale. Reportage.


Jaune et polie ! Depuis des semaines, c’est ainsi que la presse mainstream décrit la candidate à la Mairie de Paris Sarah Knafo. C’est peut-être un peu court. L’eurodéputée de 32 ans, connue jusqu’à présent pour avoir été la cheville ouvrière de la campagne présidentielle d’Éric Zemmour, pour avoir contribué au lancement d’un parti politique situé à la droite du RN, et pour être la compagne de l’auteur du Suicide français (un demi-million d’exemplaires vendus chez Albin Michel depuis 2014), est également assez unanimement présentée comme brillante. Mais l’énarque nous réserve-t-elle une botte secrète pour le scrutin parisien ? Sa mue, de stratège mystérieuse en potentielle élue locale accessible, est-elle achevée ? Longtemps dans l’ombre de M. Zemmour ou de Marion Maréchal, comment mène-t-elle sa campagne ? Le jour où Causeur se décide à la suivre pour voir de quoi il retourne, son équipe affiche un optimisme prudent. Quelques jours plus tôt, un sondage a crédité Sarah Knafo de 12 %, devant la LFiste Sophia Chikirou, présentée comme très proche de Jean-Luc Mélenchon. « Maintenant, on espère passer devant Bournazel », confie Diane Ouvry, en charge de la presse, devant le premier café de la journée. Nous verrons ce qu’il en sera au soir du 15 mars. C’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses ! En ce mercredi 18 février, Sarah Knafo est en opération séduction auprès des restaurateurs et des petits commerçants. Elle ira samedi à l’ouverture du Salon de l’agriculture, mais pas de bouses de vache cette année.

Mission séduction chez les hôteliers et restaurateurs

Avec ses propositions disruptives et concrètes (réouverture des voies sur berge, détection des agressions par IA, par exemple), Sarah Knafo est venue perturber le duel annoncé entre la LR Dati et le socialiste Grégoire. Ce matin, elle a donné rendez-vous à 10 heures aux restaurateurs parisiens au Sacré Frenchy, établissement de la rive droite situé boulevard de Sébastopol, à l’angle de la rue aux Ours. Petite déception : la candidate n’a pas revêtu la robe jaune qui a contribué au début de sa légende dans la capitale. Face aux adhérents restaurateurs et hôteliers de l’UMIH et du GHR, elle promet plus de terrasses et moins de paperasse. Elle leur apporte trois bonnes nouvelles : geler la taxe de séjour, autoriser les terrasses chauffées – quitte à engager un bras de fer avec l’État – et instaurer un tarif unique de stationnement à cinq euros de l’heure. La première heure serait en outre gratuite, et le stationnement offert entre midi et 14 heures. Objectif : permettre aux clients de déjeuner plus facilement à Paris. « Ce que vos clients ne mettront plus dans l’horodateur, ils pourront le dépenser chez vous », détaille-t-elle lors de la table ronde. Voir des terrasses vides l’hiver lui « crève le cœur ». Quant aux terrasses éphémères datant du Covid, dont certains riverains dénoncent les nuisances, pourquoi ne pas prolonger d’une heure l’autorisation nocturne ? s’interroge-t-elle devant nos bistrotiers dont les yeux se mettent à briller. Elle promet également que les professionnels respectueux des règles pourront obtenir des autorisations pluriannuelles, afin de ne plus devoir constituer un dossier chaque année. Ces questions de voirie occupent une bonne partie de la matinée. Le succès du vélo à Paris ou la baisse de la pollution doivent davantage aux initiatives privées qu’à la municipalité. JCDecaux est à l’origine du Vélib’ sous Delanoé qui initialement n’en voulait pas. Et Renault et PSA dont les moteurs se sont améliorés pour la qualité de l’air sont bien plus humbles qu’Anne Hidalgo, estime Mme Knafo. « On avait à peine obtenu l’autorisation d’installer des bacs à fleurs devant notre établissement que tout a été annulé parce qu’un parking à vélos a été installé sans concertation par la mairie centrale », peste Valérie Saas-Lovich, du Patio, situé près de l’Opéra Garnier. « Je ne fais pas de politique au sens politicien du terme », précise-t-elle. « Nous ne donnons pas de consignes de vote, mais nous posons des questions précises aux candidats et transmettons leurs réponses à nos adhérents. » Elle reconnaît néanmoins que, dans le 9e arrondissement, la maire Delphine Bürkli est proche des commerces, tout en regrettant ses marges de manœuvre limitées. Sarah Knafo promet justement de renforcer les pouvoirs des mairies d’arrondissement sur toutes ces questions pratiques. Pour qui votera Mme Saas-Lovich ? « Je sais, mais je ne vous le dirai pas », répond-elle en souriant. « Parlez-nous, on a besoin d’alliance, d’alternative », s’était-elle exclamée pendant la réunion. Sarah Knafo y a indiqué que seule sa candidature est en dynamique dans les sondages, et que son but est d’arriver au second tour pour faire une alliance avec Mme Dati. Tant que les socialistes quittent la Mairie, tout conviendra aux hôteliers et restaurateurs… Il n’y a que pour la verbalisation des automobilistes que la gauche fait confiance au privé, déplore-t-on ici.

Un coup médiatique inattendu

Diane Ouvry se félicite de son coup du jour. Peu avant midi, Paris Match révèle que la rappeuse Koxie, interprète du tube Garçon qui dénonçait le harcèlement de rue avec humour à l’été 2007, sera tête de liste dans le 14e arrondissement. L’annonce amuse et intrigue les réseaux sociaux, et fait beaucoup de reprises dans les journaux. La chanteuse, passée par la radio aux côtés d’Arthur, Camille Combal ou Laurent Baffie, assume son engagement : « Ce sont des élections municipales. Sarah présente une liste ouverte à tous les Parisiens. Il n’y a pas de bla-bla chez elle. » Il est vrai que le logo du parti Reconquête ! a été gommé dans la communication, et que les thèmes identitaires se font plus discrets pour ne pas trop effrayer le bobo. Reste que certains adversaires jugent évidemment ce recrutement complètement ringard. Et que la vieille garde de Reconquête ! n’est en réalité pas bien loin : Samuel Lafont est ainsi investi dans le 15e, et Olivier Ubéda devrait chorégraphier le meeting prévu au Palais des sports le 9 mars.

A lire aussi: Sarah Knafo: «A Paris, le vote utile c’est moi!»

À 14 heures, rendez-vous est donné aux journalistes au métro Mouton-Duvernet, dans le 14e arrondissement, pour une déambulation jusqu’à la porte d’Orléans. Koxie rejoint le groupe. Thierry Véron, représentant des commerçants, sert de guide. Deux gardes du corps accompagnent les candidates, bien qu’aucun incident n’ait été signalé depuis le début de la campagne. Matthieu Louves filme absolument tout pour les réseaux sociaux, où la candidate est très active. La revue Nature, citant une étude de l’agence de veille Arago[1], créée par Pierre-Étienne Pommier, ancien conseiller numérique LREM et candidat écarté à la présidence de France Télévisions constate que les vidéos de Sarah Knafo sur X affichent des audiences trop élevées pour être « organiques » et se demande si l’algorithme du réseau social d’Elon Musk ne favoriserait pas à dessein la jeune femme. Vous avez dit conspirationnisme ?

Laure Cohen, dite Koxie, Sarah Knafo et Thierry Véron. Photo : Hannah Assouline

Balade rive gauche

Les échanges avec les commerçants se succèdent sous la pluie. « Que préférez-vous : faire campagne dans la rue ou éplucher des rapports de la Cour des comptes ou de l’UE ? » lui demande-t-on. « Les deux », répond-elle, sans hésiter – et on ne va pas vexer M. Véron qui a déjà tant de remontrances à faire aux élus. Il évoque auprès de nous la vacance commerciale : « Sur 110 commerces de l’avenue du Général-Leclerc, une trentaine ont fermé. Nous sommes largement au-dessus de la moyenne parisienne. » Giovanni Lorenzo, poissonnier à l’angle de la rue Bezout, confirme les difficultés : livraisons compliquées, charges élevées, accès restreint. « Le programme de Mme Knafo parle aux commerçants, et aux Parisiens qui regrettent l’ambiance d’autrefois », dit-il. Il me confie avoir voté pour M. Zemmour en 2022, et pour Marine Le Pen au second tour. Il est parfois tenté de baisser les bras, voire de s’exiler aux États-Unis. Il amuse la galerie en présentant les trois tables qu’il a installées en terrasse et que les services de la Ville veulent lui faire retirer. Il y propose une formule buffet à 35 euros qui rencontre un franc succès, et il y a largement la place pour le passage des piétons. « La moitié des commerces ont vu leur fréquentation baisser ici. Pourquoi ? Les difficultés pour rentrer dans Paris depuis Montrouge ou Châtenay-Malabry ont été multipliées par 100 ! Pour ma part, j’ai vendu la boutique que j’avais rue Cadet dans le 9e parce que mes gars mettaient cinq heures pour aller livrer là-bas ».

La visite s’achève dans la boutique de prêt-à-porter Caprices, tenue depuis trente-six ans par Brigitte et sa fille Leslie. Une cliente âgée habituée qui passe des heures dans cette boutique comme on n’en voit plus trop, et qui s’amuse à se faire passer pour plus folle ou plus sénile qu’elle n’est vraiment, lance bruyamment, faussement ingénue : « C’est la gauche ou la droite ? Ce n’est pas le FN, quand même ? » Oh non, pensez-vous, s’entend-elle répondre. On la félicite, car elle distribue chaque jour à manger aux clochards du quartier. Sarah Knafo prend le temps d’échanger avec les commerçantes et, pour les convaincre de voter pour elle, du retard pour un important interview prévu dans le centre. Elle ressort finalement délestée de 130 euros et parée d’un nouveau blouson en jean, offert par la maison. Toujours pas de jaune.


[1] « L’algorithme de X boosterait les vidéos de Sarah Knafo », arago.app, 18 février 2026.

Mars 2026 - #143

Article extrait du Magazine Causeur




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Rédacteur en chef du site Causeur.fr

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