L’analogie « Floride 2000 » et « Reims 2008 » vaut ce qu’elle vaut, c’est-à-dire, pour une fois, assez cher. Tout d’abord parce c’est François Miclo qui l’a utilisée le premier, et bon, si c’est dans Causeur, c’est que c’est forcément un peu vrai. Ensuite parce que le dénouement final au PS sera le même que chez le frangin Jeb il y a huit ans. Demandez à Mlle Royal de qui elle se sent la plus proche : du vilain W, bourreau du peuple irakien et de la couche d’ozone, ou bien de saint Al Gore, caméscopeur nobélisé et grand apôtre de la fraternitude ? Ségo a forcément déjà choisi son camp, et c’est celui du perdant…
Bouteflika for ever !
On entend, çà et là, quelques murmures réprobateurs relatifs à la manœuvre d’Abdelaziz Bouteflika qui a fait voter par un Parlement à sa botte une modification constitutionnelle lui permettant de briguer un troisième mandat de président de la République algérienne démocratique et populaire. Mais rien de bien méchant, et il ne faut pas s’attendre à ce que le monde se lève pour faire barrage à Boutef’, tant est présente la crainte d’une nouvelle poussée islamiste en Algérie.
Ainsi, celui qui fut dans les années 1960 le plus jeune ministre des Affaires étrangères en exercice sur la planète devrait être en mesure, à soixante-douze ans, de se succéder à lui-même pour un nouveau bail de six ans. Son élection ne fait pas question, la sincérité d’un scrutin présidentiel en Algérie aujourd’hui n’ayant rien à envier à celle des élections du deuxième collège (indigènes) au temps de l’Algérie française. Il s’agit seulement d’annoncer un résultat convenable. Les scores à la soviétique (supérieurs à 98 %) ne sont aujourd’hui pratiqués que dans quelques Etats d’Asie centrale où les despotes éclairés au gaz ne voient aucune raison de modifier des pratiques aussi anciennes que commodes.
Tout l’art consiste à bricoler un scrutin de telle manière à ce que les observateurs internationaux, qui ne peuvent être partout, soient contraints de reconnaître que « dans l’ensemble » l’élection s’est déroulée dans des conditions répondant aux critères démocratiques, tout en assurant une confortable majorité au candidat de l’oligarchie au pouvoir.
Si l’on ne s’émeut guère, en France et dans le monde, des péripéties politiques qui se déroulent de l’autre côté de la Méditerranée, c’est qu’on se soucie peu aujourd’hui d’encourager les pays du Maghreb à marcher hardiment vers la démocratie, l’économie de marché et un développement à l’asiatique de leurs capacités de production.
Le projet idéaliste « grand Moyen-Orient prospère et démocratique » lancé après la guerre d’Irak par une administration Bush sous influence des néos-conservateurs s’est cassé le nez sur le réel. Et le réel, c’est que l’instauration de la démocratie suppose que la structuration des forces productives et sociales soit suffisamment avancée pour que ceux qui produisent les richesses participent à leur gestion. C’est le bon vieux No taxation without représentation qui lança la révolte des colonies américaines contre la métropole britannique.
Or, il suffit de lire la description parfaitement réaliste que donne, dans Le Monde, un ancien général, Rachid Benyellès, pour constater qu’après l’échec grandiose d’une expérience « socialiste » qui a détruit le tissu économique, agricole et entrepreneurial hérité de la période coloniale, l’économie algérienne est exclusivement fondée sur une rente pétrolière accaparée par une oligarchie politico-militaire. D’où cette situation absurde dans laquelle les entreprises chinoises appelées pour répondre en catastrophe à la pénurie de logements liée à la croissance démographique galopante ne trouvent pas de main d’œuvre locale, tandis que les chantiers français ne fonctionneraient pas sans la main d’œuvre algérienne et que des hordes de jeunes oisifs végètent dans les grandes villes du pays. Les Chinois viennent donc avec leurs ouvriers construire des immeubles pour les chômeurs algériens.
Malgré tout cela, et les frustrations que le régime incarné par l’inoxydable Bouteflika provoque au sein d’une population désemparée, il fait aujourd’hui figure de « dictateur présentable », un modèle que la communauté internationale est prête à tolérer, voire à promouvoir.
Comme son ennemi intime le roi du Maroc, et son voisin Ben Ali, Boutef’ tient en lisière des islamistes radicaux exterminés brutalement dans leur composante militaire, mais à qui le régime sous-traite l’encadrement moral de la société.
Par ailleurs, Boutef’ arbitre avec un instinct de conservation remarquable conflits et rivalités entre les diverses factions de l’oligarchie, favorisant alternativement l’une ou l’autre d’entre elles, et faisant en sorte qu’aucune tête susceptible de lui faire de l’ombre n’émerge des cercles dirigeants.
Une certaine liberté d’expression est accordée à l’opposition politique, essentiellement kabyle, et à une presse qui a acquis, à partir de 1988, une indépendance de ton remarquable. Mais l’état d’urgence reste en vigueur, limitant fortement les libertés publiques, et l’intimidation judiciaire des journalistes trop irrévérencieux est une pratique de plus en plus fréquente.
Pendant ce temps-là les « trabendistes » (vendeurs de marchandises rares acquises au cours d’allées et venues régulières en France ou en Espagne) alimentent l’économie informelle qui assure le minimum à la population démunie, et les harragas, ces jeunes sans travail, risquent leur vie en contrôlant la traversée vers le nord sur des embarcations de fortune…
Le « dictateur présentable » ne sera pas sommé de respecter les recommandations des rapports annuels des ONG pointant du doigt la corruption où les atteintes aux libertés dans le pays qu’il dirige. On lui pardonnera même quelques pratiques brutales dans la répression de ses opposants, pourvu qu’il arrive à persuader les chefs des Etats démocratiques que ces derniers ont partie liée avec le terrorisme international, ce qui n’est pas très difficile. Il lui sera assuré un siège à la commission des droits de l’homme des Nations-Unies, où il pourra tout à loisir voter en rafale des motions condamnant Israël et tonner contre les anciens colonisateurs qui ont le culot d’interdire le port du voile islamique dans les établissements scolaires publics. Le job de dictateur présentable, sans être de tout repos car les Iznogoud sont partout, reste quand même attractif. Au point qu’un vieillard malade veuille en reprendre.
La race des Zemmour
Etait-il bien prudent d’inviter Eric Zemmour à un débat télévisé sur le thème « Demain, tous métis ? » Cette expérience baroque a été tentée jeudi 13 novembre sur Arte. Seul face à une assemblée de militants antiracistes et autres intellectuels à bonne conscience, l’éditorialiste du Figaro a cédé à la douce joie de la provocation, lâchant, au détour d’un échange avec la militante associative Rokhaya Diallo : « J’ai le sentiment qu’à la sacralisation des races de la période nazie a succédé la négation des races… » et, pire encore, « J’appartiens à la race blanche, vous appartenez à la race noire ! » Ce fut un coup de tonnerre dans le ciel serein d’un débat mou du genou, que peinaient à secouer les banalités de Vincent Cespedes et des fulgurances comiques de la comédienne allemande d’origine turque Renan Demirkan qui défendait le concept étourdissant de « nation cocktail »…
Cette utilisation provocatrice (et contestable) du mot « race » par Zemmour a immédiatement mis en branle la machine associative à s’indigner. Dans un communiqué publié le 17 novembre, l’association SOS-Racisme s’est dite « scandalisée » par cette « réhabilitation de la théorie des races ». Zemmour en Gobineau ou en Rosenberg, cela devrait faire sourire. Patrick Lozès, patron du CRAN a surenchéri, dénonçant sur son « blog de la diversité » des arguments « choquants » qui lui ont « glacé le sang ». L’association des Indivisibles – qui me feraient regretter les Indigènes de la République – précise dans un communiqué : « Rokhaya Diallo a fait un important effort personnel pour rester courtoise », et n’est pas tombée dans le « piège » tendu par un Zemmour tenant des propos « nauséabonds ».
On notera aussi un petit billet indigné du chroniqueur d’Europe 1 Bruno Roger-Petit qui réclame sur son blog du Post des sanctions contre Zemmour « people journaliste de la télé », qui bénéficierait d’une « grasse rémunération » et d’un occulte réseau de protections : « Est-ce que le réseau d’amitiés médiatiques, qui le propulse sur France 2, i-télé, France 5, Arte etc… va lui permettre d’échapper à son châtiment ? » Passons charitablement sur le fantasme de cet invisible « réseau » qui protège, mais amusons-nous de l’utilisation très premier degré du terme « châtiment » par Roger-Petit. Un châtiment, c’est plus grave qu’une mise à pied, une privation d’antenne, une soirée au piquet, une fessée – un châtiment c’est la correction magistrale, exemplaire qui vient après le crime. BRP termine son petit réquisitoire en appelant la « justice du système médiatique » à « frapper » l’infâme Zemmour. Il faut se réjouir que la « justice du système médiatique » ne soit qu’un fantasme, assez terrifiant d’ailleurs, et que les propos de Zemmour soient encore autorisés par la législation française. Parce que, et nous allons y venir, ils ne sont évidemment pas racistes…
Mais pourquoi tant de haine suite à la défense par Zemmour de l’existence de différentes « races » humaines ? On notera que la presse française s’est moins formalisée de l’usage du mot « race » à l’occasion de l’élection de Barack Obama, l’homme qui a déclaré « a race est une question que notre pays ne peut se permettre d’ignorer »… Nul n’a crié au châtiment en lisant : « L’élection d’un « frère de race » à la plus haute fonction de l’État est certainement un facteur psychologique très positif pour la communauté noire (et pour les Noirs dans le monde entier). » (Le Point). Personne ne s’est étranglé des propos publiés par Le Monde Diplomatique – « Si les démocrates choisissent M. Obama pour défendre leurs couleurs en novembre, son progressisme présumé a autant de chances d’être sujet à controverse que sa race. » – ou par Marianne – « Les Américains n’ont pas à choisir l’homme qui gèrera au mieux le tsunami boursier et bancaire, celui qui réformera la Sécurité sociale et mettra fin aux folles guerres d’Orient. Ils ont seulement à trancher entre deux races, la leur ou l’autre. » On m’objectera que l’utilisation du mot « race » à propos d’un pays autorisant les statistiques ethno-raciales (celles qui ont révélé que 90 % de l’électorat noir avait voté Obama) et se concevant comme un melting-pot, est certainement moins tendancieuse que lorsqu’elle concerne la France, République « indivisible ». En tout cas, l’utilisation du mot « race » dans un certain discours journalistique n’est pas plus scandaleuse que sa présence dans la Constitution de 1958 qui garantit « l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. » Que faire, alors, de cette encombrante notion ? L’interdire, la proscrire ou la (re)-définir ?
Danse de la pluie : météo favorable
L’américanisation de la vie politique française s’amplifie. Suspicion de fraudes électorales dans certaines parties du pays, recomptage des voix, contestation des résultats : le Parti socialiste nous aura invité cette nuit à un remake de l’élection américaine de 2000. Certes, on ne sait pas qui de Ségolène Royal et de Martine Aubry sera George Bush et Al Gore. En attendant, la présidente de Poitou-Charentes souhaite que les militants retournent aux urnes dès jeudi prochain. Cela prendra le temps qu’il faudra et durera jusqu’à ce qu’ils l’élisent. C’est un peu comme la danse de la pluie que célébrait Ernest Hemingway : elle est d’une redoutable efficacité à condition que l’on soit prêt à danser jusqu’à ce qu’il pleuve.
Germinal Lataulière

Le peintre hongrois Barabás Miklós poussait la stupidité jusqu’à n’avoir aucun lien de parenté avec l’autre immigré hongrois qui sert d’administrateur à ce site (on ne peut pas faire très bien la choucroute et être bon ailleurs) ni avec l’autre immigré hongrois qui sert de président à votre pays. De passage à Paris en 1895, Miklós réalisa néanmoins ce portrait de Germinal Lataulière qui est considéré, sans rire, comme son chef d’œuvre. Germinal Lataulière tenait l’une des maisons de tolérance les plus fréquentées du VIIe arrondissement. Contre quelques menus services, Emile Zola avait consacré quelque trente-cinq heures à lui écrire la devise de l’établissement : « Du bourgeois au prolétaire, on écarte grand chez Lataulière. » Elle maintint son claque ouvert quand Marthe Richard promulgua la loi anti-string.
La revue des deux mondes
Exclusif. 00 h 02. Selon lci.fr, les militants favorables à Ségolène Royal afficheraient une mine réjouie à la Maison des Polytechniciens dans le VIIe arrondissement (quartier parisien hyper populaire, surnommé par les Américains le Bronx), où ils sont réunis. Au bar-PMU Le Fontenoy à Lille-Sud (un endroit très fréquenté par les bobos de la banlieue hyper bourge de la ville dirigée par une énarque-fille-à-papa), les partisans de Martine Aubry hésitent encore à faire péter les bouchons des magnums de Jenlain. Le suspense est intense.
PS : participation record
Exclusif. 23 h 49. Selon lefigaro.fr, l’entourage de Ségolène Royal crédite la présidente de Poitou-Charentes de 53 % des voix au deuxième tour de l’élection du Premier secrétaire du Parti socialiste, alors que Martine Aubry doit se contenter d’un petit 50 %. On attend les derniers dépouillements pour savoir qui, des deux prétendantes, va pouvoir atteindre les 75 % nécessaires à l’élection quand les suffrages exprimés seront tellement élevés qu’ils atteindront les 150 %.
PS. Les jeux sont faits !
Exclusif. 22 h 25. Alors que le scrutin est clos depuis moins d’une demi-heure au Parti socialiste, nous sommes en mesure de révéler, en avant première, le résultat définitif du vote des militants. Soucieux de ne pas attenter au jeu démocratique, nous ne dévoilerons toutefois pas le nom du futur Premier secrétaire du Parti socialiste – bien qu’il soit connu de tous. Les indices exclusifs que nous abandonnons généreusement à votre sagacité vous permettront sans doute de deviner ce que nous savons déjà : le nouveau Premier secrétaire du Parti socialiste est une femme ! Agée d’une cinquantaine d’années, elle est issue de l’Ecole Nationale d’Administration et consacre toute son énergie à son mandat d’élue locale. Toutes nos félicitations à la nouvelle élue.
Les mollétistes sont circonspects
Exclusif. 22 h 12. Alors que la France retient son souffle, n’en pouvant plus d’attendre les résultats de l’élection du Premier secrétaire du Parti socialiste, les supporters de Guy Mollet sont, selon les plus récentes informations que nous avons pu recueillir, plongés dans la circonspection la plus achevée. Le net recul du vote Delanoë dans les isoloirs expliquerait-il cela ? Selon le sondage réalisé (selon la méthode des quotas et du doigt mouillé) auprès du dernier mollétiste vivant, ce dernier, malgré qu’il en ait, attend toujours la réaction de Gaston Defferre avant de livrer le moindre pronostic sur Ségolène Royal et Martine Aubry. Bien au contraire.
Bertrand Delanoë en chute libre
Exclusif. 21 h 33. Selon les premiers sondages diligentés par la rédaction de causeur.fr auprès d’un échantillon représentatif de 132,5 suffrageants membres du Parti socialiste (réalisé à la sortie des bureaux selon la méthode éprouvée des quotas et du doigt mouillé), le maire de Paris (PS), Bertrand Delanoë, serait en très mauvaise posture pour être élu dès ce soir au poste de premier secrétaire. L’intéressé s’est, pour l’heure, refusé à tout commentaire.
Trop gore, le film…
L’analogie « Floride 2000 » et « Reims 2008 » vaut ce qu’elle vaut, c’est-à-dire, pour une fois, assez cher. Tout d’abord parce c’est François Miclo qui l’a utilisée le premier, et bon, si c’est dans Causeur, c’est que c’est forcément un peu vrai. Ensuite parce que le dénouement final au PS sera le même que chez le frangin Jeb il y a huit ans. Demandez à Mlle Royal de qui elle se sent la plus proche : du vilain W, bourreau du peuple irakien et de la couche d’ozone, ou bien de saint Al Gore, caméscopeur nobélisé et grand apôtre de la fraternitude ? Ségo a forcément déjà choisi son camp, et c’est celui du perdant…
Bouteflika for ever !
On entend, çà et là, quelques murmures réprobateurs relatifs à la manœuvre d’Abdelaziz Bouteflika qui a fait voter par un Parlement à sa botte une modification constitutionnelle lui permettant de briguer un troisième mandat de président de la République algérienne démocratique et populaire. Mais rien de bien méchant, et il ne faut pas s’attendre à ce que le monde se lève pour faire barrage à Boutef’, tant est présente la crainte d’une nouvelle poussée islamiste en Algérie.
Ainsi, celui qui fut dans les années 1960 le plus jeune ministre des Affaires étrangères en exercice sur la planète devrait être en mesure, à soixante-douze ans, de se succéder à lui-même pour un nouveau bail de six ans. Son élection ne fait pas question, la sincérité d’un scrutin présidentiel en Algérie aujourd’hui n’ayant rien à envier à celle des élections du deuxième collège (indigènes) au temps de l’Algérie française. Il s’agit seulement d’annoncer un résultat convenable. Les scores à la soviétique (supérieurs à 98 %) ne sont aujourd’hui pratiqués que dans quelques Etats d’Asie centrale où les despotes éclairés au gaz ne voient aucune raison de modifier des pratiques aussi anciennes que commodes.
Tout l’art consiste à bricoler un scrutin de telle manière à ce que les observateurs internationaux, qui ne peuvent être partout, soient contraints de reconnaître que « dans l’ensemble » l’élection s’est déroulée dans des conditions répondant aux critères démocratiques, tout en assurant une confortable majorité au candidat de l’oligarchie au pouvoir.
Si l’on ne s’émeut guère, en France et dans le monde, des péripéties politiques qui se déroulent de l’autre côté de la Méditerranée, c’est qu’on se soucie peu aujourd’hui d’encourager les pays du Maghreb à marcher hardiment vers la démocratie, l’économie de marché et un développement à l’asiatique de leurs capacités de production.
Le projet idéaliste « grand Moyen-Orient prospère et démocratique » lancé après la guerre d’Irak par une administration Bush sous influence des néos-conservateurs s’est cassé le nez sur le réel. Et le réel, c’est que l’instauration de la démocratie suppose que la structuration des forces productives et sociales soit suffisamment avancée pour que ceux qui produisent les richesses participent à leur gestion. C’est le bon vieux No taxation without représentation qui lança la révolte des colonies américaines contre la métropole britannique.
Or, il suffit de lire la description parfaitement réaliste que donne, dans Le Monde, un ancien général, Rachid Benyellès, pour constater qu’après l’échec grandiose d’une expérience « socialiste » qui a détruit le tissu économique, agricole et entrepreneurial hérité de la période coloniale, l’économie algérienne est exclusivement fondée sur une rente pétrolière accaparée par une oligarchie politico-militaire. D’où cette situation absurde dans laquelle les entreprises chinoises appelées pour répondre en catastrophe à la pénurie de logements liée à la croissance démographique galopante ne trouvent pas de main d’œuvre locale, tandis que les chantiers français ne fonctionneraient pas sans la main d’œuvre algérienne et que des hordes de jeunes oisifs végètent dans les grandes villes du pays. Les Chinois viennent donc avec leurs ouvriers construire des immeubles pour les chômeurs algériens.
Malgré tout cela, et les frustrations que le régime incarné par l’inoxydable Bouteflika provoque au sein d’une population désemparée, il fait aujourd’hui figure de « dictateur présentable », un modèle que la communauté internationale est prête à tolérer, voire à promouvoir.
Comme son ennemi intime le roi du Maroc, et son voisin Ben Ali, Boutef’ tient en lisière des islamistes radicaux exterminés brutalement dans leur composante militaire, mais à qui le régime sous-traite l’encadrement moral de la société.
Par ailleurs, Boutef’ arbitre avec un instinct de conservation remarquable conflits et rivalités entre les diverses factions de l’oligarchie, favorisant alternativement l’une ou l’autre d’entre elles, et faisant en sorte qu’aucune tête susceptible de lui faire de l’ombre n’émerge des cercles dirigeants.
Une certaine liberté d’expression est accordée à l’opposition politique, essentiellement kabyle, et à une presse qui a acquis, à partir de 1988, une indépendance de ton remarquable. Mais l’état d’urgence reste en vigueur, limitant fortement les libertés publiques, et l’intimidation judiciaire des journalistes trop irrévérencieux est une pratique de plus en plus fréquente.
Pendant ce temps-là les « trabendistes » (vendeurs de marchandises rares acquises au cours d’allées et venues régulières en France ou en Espagne) alimentent l’économie informelle qui assure le minimum à la population démunie, et les harragas, ces jeunes sans travail, risquent leur vie en contrôlant la traversée vers le nord sur des embarcations de fortune…
Le « dictateur présentable » ne sera pas sommé de respecter les recommandations des rapports annuels des ONG pointant du doigt la corruption où les atteintes aux libertés dans le pays qu’il dirige. On lui pardonnera même quelques pratiques brutales dans la répression de ses opposants, pourvu qu’il arrive à persuader les chefs des Etats démocratiques que ces derniers ont partie liée avec le terrorisme international, ce qui n’est pas très difficile. Il lui sera assuré un siège à la commission des droits de l’homme des Nations-Unies, où il pourra tout à loisir voter en rafale des motions condamnant Israël et tonner contre les anciens colonisateurs qui ont le culot d’interdire le port du voile islamique dans les établissements scolaires publics. Le job de dictateur présentable, sans être de tout repos car les Iznogoud sont partout, reste quand même attractif. Au point qu’un vieillard malade veuille en reprendre.
La race des Zemmour
Etait-il bien prudent d’inviter Eric Zemmour à un débat télévisé sur le thème « Demain, tous métis ? » Cette expérience baroque a été tentée jeudi 13 novembre sur Arte. Seul face à une assemblée de militants antiracistes et autres intellectuels à bonne conscience, l’éditorialiste du Figaro a cédé à la douce joie de la provocation, lâchant, au détour d’un échange avec la militante associative Rokhaya Diallo : « J’ai le sentiment qu’à la sacralisation des races de la période nazie a succédé la négation des races… » et, pire encore, « J’appartiens à la race blanche, vous appartenez à la race noire ! » Ce fut un coup de tonnerre dans le ciel serein d’un débat mou du genou, que peinaient à secouer les banalités de Vincent Cespedes et des fulgurances comiques de la comédienne allemande d’origine turque Renan Demirkan qui défendait le concept étourdissant de « nation cocktail »…
Cette utilisation provocatrice (et contestable) du mot « race » par Zemmour a immédiatement mis en branle la machine associative à s’indigner. Dans un communiqué publié le 17 novembre, l’association SOS-Racisme s’est dite « scandalisée » par cette « réhabilitation de la théorie des races ». Zemmour en Gobineau ou en Rosenberg, cela devrait faire sourire. Patrick Lozès, patron du CRAN a surenchéri, dénonçant sur son « blog de la diversité » des arguments « choquants » qui lui ont « glacé le sang ». L’association des Indivisibles – qui me feraient regretter les Indigènes de la République – précise dans un communiqué : « Rokhaya Diallo a fait un important effort personnel pour rester courtoise », et n’est pas tombée dans le « piège » tendu par un Zemmour tenant des propos « nauséabonds ».
On notera aussi un petit billet indigné du chroniqueur d’Europe 1 Bruno Roger-Petit qui réclame sur son blog du Post des sanctions contre Zemmour « people journaliste de la télé », qui bénéficierait d’une « grasse rémunération » et d’un occulte réseau de protections : « Est-ce que le réseau d’amitiés médiatiques, qui le propulse sur France 2, i-télé, France 5, Arte etc… va lui permettre d’échapper à son châtiment ? » Passons charitablement sur le fantasme de cet invisible « réseau » qui protège, mais amusons-nous de l’utilisation très premier degré du terme « châtiment » par Roger-Petit. Un châtiment, c’est plus grave qu’une mise à pied, une privation d’antenne, une soirée au piquet, une fessée – un châtiment c’est la correction magistrale, exemplaire qui vient après le crime. BRP termine son petit réquisitoire en appelant la « justice du système médiatique » à « frapper » l’infâme Zemmour. Il faut se réjouir que la « justice du système médiatique » ne soit qu’un fantasme, assez terrifiant d’ailleurs, et que les propos de Zemmour soient encore autorisés par la législation française. Parce que, et nous allons y venir, ils ne sont évidemment pas racistes…
Mais pourquoi tant de haine suite à la défense par Zemmour de l’existence de différentes « races » humaines ? On notera que la presse française s’est moins formalisée de l’usage du mot « race » à l’occasion de l’élection de Barack Obama, l’homme qui a déclaré « a race est une question que notre pays ne peut se permettre d’ignorer »… Nul n’a crié au châtiment en lisant : « L’élection d’un « frère de race » à la plus haute fonction de l’État est certainement un facteur psychologique très positif pour la communauté noire (et pour les Noirs dans le monde entier). » (Le Point). Personne ne s’est étranglé des propos publiés par Le Monde Diplomatique – « Si les démocrates choisissent M. Obama pour défendre leurs couleurs en novembre, son progressisme présumé a autant de chances d’être sujet à controverse que sa race. » – ou par Marianne – « Les Américains n’ont pas à choisir l’homme qui gèrera au mieux le tsunami boursier et bancaire, celui qui réformera la Sécurité sociale et mettra fin aux folles guerres d’Orient. Ils ont seulement à trancher entre deux races, la leur ou l’autre. » On m’objectera que l’utilisation du mot « race » à propos d’un pays autorisant les statistiques ethno-raciales (celles qui ont révélé que 90 % de l’électorat noir avait voté Obama) et se concevant comme un melting-pot, est certainement moins tendancieuse que lorsqu’elle concerne la France, République « indivisible ». En tout cas, l’utilisation du mot « race » dans un certain discours journalistique n’est pas plus scandaleuse que sa présence dans la Constitution de 1958 qui garantit « l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. » Que faire, alors, de cette encombrante notion ? L’interdire, la proscrire ou la (re)-définir ?
Danse de la pluie : météo favorable
L’américanisation de la vie politique française s’amplifie. Suspicion de fraudes électorales dans certaines parties du pays, recomptage des voix, contestation des résultats : le Parti socialiste nous aura invité cette nuit à un remake de l’élection américaine de 2000. Certes, on ne sait pas qui de Ségolène Royal et de Martine Aubry sera George Bush et Al Gore. En attendant, la présidente de Poitou-Charentes souhaite que les militants retournent aux urnes dès jeudi prochain. Cela prendra le temps qu’il faudra et durera jusqu’à ce qu’ils l’élisent. C’est un peu comme la danse de la pluie que célébrait Ernest Hemingway : elle est d’une redoutable efficacité à condition que l’on soit prêt à danser jusqu’à ce qu’il pleuve.
Germinal Lataulière

Le peintre hongrois Barabás Miklós poussait la stupidité jusqu’à n’avoir aucun lien de parenté avec l’autre immigré hongrois qui sert d’administrateur à ce site (on ne peut pas faire très bien la choucroute et être bon ailleurs) ni avec l’autre immigré hongrois qui sert de président à votre pays. De passage à Paris en 1895, Miklós réalisa néanmoins ce portrait de Germinal Lataulière qui est considéré, sans rire, comme son chef d’œuvre. Germinal Lataulière tenait l’une des maisons de tolérance les plus fréquentées du VIIe arrondissement. Contre quelques menus services, Emile Zola avait consacré quelque trente-cinq heures à lui écrire la devise de l’établissement : « Du bourgeois au prolétaire, on écarte grand chez Lataulière. » Elle maintint son claque ouvert quand Marthe Richard promulgua la loi anti-string.
La revue des deux mondes
Exclusif. 00 h 02. Selon lci.fr, les militants favorables à Ségolène Royal afficheraient une mine réjouie à la Maison des Polytechniciens dans le VIIe arrondissement (quartier parisien hyper populaire, surnommé par les Américains le Bronx), où ils sont réunis. Au bar-PMU Le Fontenoy à Lille-Sud (un endroit très fréquenté par les bobos de la banlieue hyper bourge de la ville dirigée par une énarque-fille-à-papa), les partisans de Martine Aubry hésitent encore à faire péter les bouchons des magnums de Jenlain. Le suspense est intense.
PS : participation record
Exclusif. 23 h 49. Selon lefigaro.fr, l’entourage de Ségolène Royal crédite la présidente de Poitou-Charentes de 53 % des voix au deuxième tour de l’élection du Premier secrétaire du Parti socialiste, alors que Martine Aubry doit se contenter d’un petit 50 %. On attend les derniers dépouillements pour savoir qui, des deux prétendantes, va pouvoir atteindre les 75 % nécessaires à l’élection quand les suffrages exprimés seront tellement élevés qu’ils atteindront les 150 %.
PS. Les jeux sont faits !
Exclusif. 22 h 25. Alors que le scrutin est clos depuis moins d’une demi-heure au Parti socialiste, nous sommes en mesure de révéler, en avant première, le résultat définitif du vote des militants. Soucieux de ne pas attenter au jeu démocratique, nous ne dévoilerons toutefois pas le nom du futur Premier secrétaire du Parti socialiste – bien qu’il soit connu de tous. Les indices exclusifs que nous abandonnons généreusement à votre sagacité vous permettront sans doute de deviner ce que nous savons déjà : le nouveau Premier secrétaire du Parti socialiste est une femme ! Agée d’une cinquantaine d’années, elle est issue de l’Ecole Nationale d’Administration et consacre toute son énergie à son mandat d’élue locale. Toutes nos félicitations à la nouvelle élue.
Les mollétistes sont circonspects
Exclusif. 22 h 12. Alors que la France retient son souffle, n’en pouvant plus d’attendre les résultats de l’élection du Premier secrétaire du Parti socialiste, les supporters de Guy Mollet sont, selon les plus récentes informations que nous avons pu recueillir, plongés dans la circonspection la plus achevée. Le net recul du vote Delanoë dans les isoloirs expliquerait-il cela ? Selon le sondage réalisé (selon la méthode des quotas et du doigt mouillé) auprès du dernier mollétiste vivant, ce dernier, malgré qu’il en ait, attend toujours la réaction de Gaston Defferre avant de livrer le moindre pronostic sur Ségolène Royal et Martine Aubry. Bien au contraire.
Bertrand Delanoë en chute libre
Exclusif. 21 h 33. Selon les premiers sondages diligentés par la rédaction de causeur.fr auprès d’un échantillon représentatif de 132,5 suffrageants membres du Parti socialiste (réalisé à la sortie des bureaux selon la méthode éprouvée des quotas et du doigt mouillé), le maire de Paris (PS), Bertrand Delanoë, serait en très mauvaise posture pour être élu dès ce soir au poste de premier secrétaire. L’intéressé s’est, pour l’heure, refusé à tout commentaire.

