On pourra dire, on y était. Nous aussi on a entendu mugir dans nos campagnes jeudi matin la foule appelant au secours de ce vieux pays. Dominique de Villepin, l’ami tu te souviens ? L’ennemi qu’il fallait abattre par Clearstream, l’ancien Premier ministre, le secrétaire général honni de l’Elysée, auteur de la dissolution de 1997 ? Lui même, et un autre. Depuis hier le troisième homme celui que la droite, mais au-delà la France, la Nation, au-dessus des partis attendait pour refaire de cet endroit un endroit où il fait bon vivre.
Au cas où vous seriez resté dans un terrier, une grotte ou un endroit civilisé, c’est à dire loin des journaux gratuits ou écrits par des écrivaillons en mal de découverte de la vie, il se trouve qu’hier, DDV, présentait son analyse de la défaite de l’UMP aux régionales, de la crise et annonçait la création de son parti pour le – tiens-toi bien – le 19 juin prochain. Le gaulliste a compris un truc : pour avoir une chance à deux ans de l’échéance (majuscule obligatoire) il faut endosser le cheval de bataille républicain-bonnet phrygien. Evidemment, sur certains points, nous n’avons pas de doute sur la conviction du DDV : l’Afghanistan, le commandement intégré de l’OTAN, la voix de la France dans le monde et tous ces trucs, il n’a sans doute pas de preuve à donner de son attachement à sa version gaullienne de la France. Pour le reste, mystère : l’économie, le libéralisme, la sécu, la sécurité, les salaires, le mieux-vivre-ensemble, il en pense quoi exactement ?
Hier, il l’a dit : il pense qu’il ne faut plus martyriser la France, qu’on ne doit plus confondre réduction des déficits et accroissement des inégalités, que seul l’Etat peut assurer la protection des plus faibles, et que c’est là le seul bouclier dont notre pays ait besoin aujourd’hui. Le tout pouvant se résumer dans la formule magique du jour : « Il faut revenir au fondement de la France, de la nation, de l’Etat. Notre mot d’ordre, c’est une république solidaire. » France, nation, Etat, République, tout est dit voire redit quatre fois pour les mal-comprenants. Au passage, on notera que l’Europe est absente de cette tétralogie fondatrice, et on se dira qu’il ne s’agit vraisemblablement pas d’une faute d’étourderie. On irait même jusqu’à se demander, si on ne les savait retenus ailleurs, si Guaino ou Gallo n’ont pas tenu la plume de Dominique. Bref, on a aimé, beaucoup aimé, et d’autant plus aimé, que l’irruption du Villepin nouveau était assortie d’une descente en flamme du Villepin d’antan, celui du CPE et de l’autisme social. L’autocritique politique, le droit d’auto-inventaire au scalpel sont des exercices trop inédits en France pour être sans valeur…
En conséquence de quoi, on a presque envie d’y croire, et on n’est pas seuls. Y’a un public pour le retour du Général, et pas seulement chez les lecteurs de l’excellent Benoît Duteurtre. Et un public en déshérence, vu que Chevènement est aux oubliettes de Solférino et que Dupont-Aignan est déjà mort faute d’avoir jamais su exister.
De quoi séduire 5, 10, 15 % des électeurs. Who knows ? Mais, en tout cas, bien assez pour que Sarkozy ait de quoi être très inquiet… Et sans doute Marine Le Pen aussi.
Si l’on sait, depuis la chanson de Barbara, que Nantes est une ville morose où, essentiellement, il pleut, Rennes réserve bien des surprises égayantes. La préfecture d’Ile-et-Vilaine a lancé, sur son site Internet, une vaste consultation citoyenne sur un thème qui n’a laissé indifférente aucune midinette bretonne à coiffe tradi : « Qu’est-ce que le bonheur ? » et cela dans le contexte d’un « forum » que Libé organise ce week-end. L’AFP, les yeux embués d’une dégoulinante mièvrerie, se plait à relayer les définitions du bonheur, tantôt sentencieuses tantôt triviales, sélectionnées par on-ne-sait-trop-qui et affichées dans les rues de Rennes… Le bonheur c’est footbalistiquement « la galette saucisse du Stade rennais », c’est religieusement « être en paix avec soi et les autres », c’est inévitablement « l’ici et le maintenant » ou encore c’est festivement « le Love+friends+chocolate+sex+rock’n’roll »… Yeah ! La mairie se félicite en ces termes de cet inquiétant record de participation : « On espérait entre 300 et 400 contributions mais nous en sommes à plus de 3.000 ! » Ces aimables Rennais, n’ayant certainement guère d’autres chats à fouetter en attendant fébrilement les cycliques « Transmusicales », se repaissent donc de bonheur et offrent l’instantané d’une société sans négativité, peuplée d’individus estimant connaître la recette de l' »homme heureux ». On sait que le sémillant Saint-Just, représentant du Comité de salut public utilisa cette fameuse formule « Le bonheur est une idée neuve en Europe » pour conclure et appuyer sa démonstration selon laquelle il fallait lutter sans répit contre les « ennemis » de la Révolution française. Et si, à Rennes, on commençait par afficher ainsi son bonheur, telle une quelconque « pride » passagère, et que l’on finissait par couper la tête de ceux qui n’ont pas d’idée de ce qu’est cet idéal incertain qui aide à vivre, mais pas à penser ? Et si le bonheur, c’était d’aller plutôt à Nantes ?
Jérôme Bosch, Le jardin des délices. Panneau central (1503).
Internet l’inquiétante extase, écrivait il y a déjà près d’une décennie Alain Finkielkraut. De façon relativement prévisible, cela lui valut les quolibets que l’on réserve aux oiseaux de mauvais augures. Le philosophe, en médisant du jardin d’Eden numérique que l’on promettait à l’humanité enfin réconciliée, s’était assuré, notamment à cette occasion, une solide réputation de vieux réac sur lequel on peut cracher à loisir. Réputation qui ne s’est pas démentie depuis, c’est le moins qu’on puisse dire.
Neuf ans plus tard, quelle tête a le paradis virtuel dans lequel chaque internaute s’égaie à loisirs, grâce aux hautes vertus du haut débit généralisé ?
Pour répondre à cette question trop générale, il me faut, si je veux resserrer mon propos, me plonger dans les profondeurs célestes, excusez l’oxymore, même s’il est parfaitement justifié, du « réseau social » Facebook, qui est aujourd’hui le site le plus populaire au monde, juste devant Google. Pour faire face à l’ampleur de la tâche, j’ai besoin en effet d’un angle d’attaque. Et quelle meilleure approche pour comprendre le Paradis 2.0 que de s’intéresser à ce qu’il dit des concepteurs du Paradis 1.0, je veux parler de l’obsolète Eglise Catholique? Quels liens unissent les inventeurs du paradis historique et les habitants de l’actuel Paradis virtuel (encore un oxymore, je sais, mais c’est l’époque qui est comme ça, oxymorique)? Les habitants du néo-paradis montreront–t-ils une forme de reconnaissance pour cette vieille institution? Sauront-t-ils manifester une gratitude que l’on n’ose qualifier de chrétienne à l’égard de celle qui leurs a, bien malgré elle je vous l’accorde, montré la voie vers le Jardin des délices numériques?
Je ne suis en mesure de donner les réponses tout de suite qu’aux deux premières questions : dans l’ordre, aucune, abominables. Quant à la réponse aux deux autres, je renvoie ceux qui sont pressés de retourner socialiser sur Facebook à la fin de l’article.
Aucune, dis-je, car cette réponse est la meilleure justification de cet article, et du temps que je passe à l’écrire plutôt que d’agir dans le monde pour gagner ma place au sein du Paradis 1.0, auquel j’ai la faiblesse de croire encore, surtout les jours d’euphorie, c’est-à-dire pas aujourd’hui, malgré le printemps qui vient, et à cause justement de la présente plongée céleste et en apnée dans celui qui prétend lui succéder.
Abominables, en voici la preuve. En tapant « curé » sur le moteur de recherche de la page d’accueil de Facebook, le site me propose spontanément (en première position) de rejoindre un groupe intitulé « violer des curés pour venger des enfants », qui compte 572 fans. Sur le « mur » des expectorations du groupe[1. Par charité chrétienne, nous ne publions que les initiales des patronymes (NDLR).] en question, on peut lire sous la plume d’un certain Jon C.[2. Les citations reproduites ici étaient le 21 mars 2010 librement accessibles sur Facebook. (PS/ Non ! Je n’ai pas pu m’empêcher de corriger quelques fautes avant de comprendre que c’était désespéré – EL). ] (qui par ailleurs, tout en haut de son site My Space, proclame fièrement « I want to believe ») : « J’ai vu un curée se balader avec des hosties dans l’anus dernièrement. C’est normal ? »[3. Dans l’ensemble des interventions reproduites ici l’orthographe et la syntaxe d’origine, ou plutôt leurs absences, ont été scrupuleusement respectées. Au Paradis 2.0, les vieilles règles fascistes sont bien sûr toutes abolies.]. À quoi l’administrateur du groupe donne cette réponse pleine d’élégance elle aussi: « C’est normal il faut bien que les enfants de cœur prennent la commufion…Euh pardon communion ».
Si je décide de passer au niveau supérieur et de taper « évêque » au même endroit, c’est alors un autre groupe qui m’est proposé, intitulé plus sobrement : « Courir nu dans l’église en poursuivant l’évêque », avec la photo d’un évêque bien réel, Mgr Giraud, récemment nommé à Soissons. Quelques-uns des 20 012 fans de ce groupe à succès proposent en particulier, en réponse à la question « qu’est-ce qu’on fait quand on l’a attrapé ? » de crucifier l’évêque. On trouvera facilement d’autres exemples de réponses, d’une nature tellement ignoble que je n’ose les reproduire ici, sur les blogs cathos-tradi, qui sont les seuls à s’en émouvoir.
Si l’on s’intéresse au Saint-Siège sur Facebook, on arrive vite sur nombre de groupes qui se proposent, tels de néo-lansquenets, d’envahir le Vatican. Choisissons au hasard le groupe intitulé « 15 000 personnes dans ce groupe et on fait une grosse orgie au Vatican » (1207 fans).
Au sein de ce groupe de fans de l’orgie vaticane, Quentin B., lui aussi choisi au hasard, est un sympathique jeune homme qui dispose de 82 amis. Il nous fait part avec un remarquable sens de la transparence de ses désirs les plus débridés. « Je rêve que le pape se fasse cramer par des chrétiens fous ! », déclare-t-il sous les vivats. Jérémy A., quant à lui, en tant que diplômé de l’université « Julles Ferry 98 (?) », manifeste dans ses phantasmes une conscience politique beaucoup plus fine que la plupart de ses camarades : « C’est clair une grosse teuf, mais surtout pillier ses enculer de leurs richesses qui ont volés impunément aux colonies!! Tout cet or et ses diamants méritent de revenir aux peuples spolier!! ».
Si l’on tape maintenant « Boutin », afin de s’intéresser à la seule personnalité qui ose proposer de faire quelque chose de sa foi dans l’espace public en France, on n’est pas déçu non plus. Un groupe (parmi d’autres) qui s’en prend à Christine Boutin est un peu platement intitulé « Anti Christine Boutin ». Mais quelques-uns des 1250 membres du groupe se rattrapent en faisant preuve d’une imagination digne de Jérôme Bosch dans les sévices qu’ils promettent à Mme Boutin.
Donnons quelques exemples. L’un d’entre eux recourt assez classiquement à l’imaginaire anticlérical : « Que cette chienne soit sacrifiée sur l’autel de la grande luxure. Au bucher la pétasse intégriste! ». Tel autre ne craint pas de paraître contradictoire en stigmatisant un hypothétique dévergondage de Mme Boutin, tout en paraissant l’inviter à la licence : « crève salope ou occupe toi de ton gros cul ! ». Un autre encore, qui au Paradis 2. 0 est bien placé pour entendre des voix, propose : « boutons la Boutin hors de france!!! ».
Gérald D., pour sa part, 451 amis, membre des pages « Jean-Jacques Goldman » et « JE T’AIME MAMAN », critique vertement Mme Boutin tout en défendant son droit à être elle-même en écrivant : « dégage boutin tu nous emmerdent !!!!!! ils faut que tu comprenne enfin si tu y arrive que l’on ne choisi pas d’être homosexuel !!!!! mais on ne choisi pas non plus d’être une grosse merde comme toi !!!! tu me dégoute a un tel point tu es une HAINE pour la FRANCE !! (..) c’est pas avec des cons comme ca que l’on évolue. (…) comme vanneste ces gens la ,n’ont pas de cerveau. il faut virer tout ces vieux qui nous gouvernent et mettre des jeunes qui nous comprennent. »
Antoine R. un jeune homme qui aime « les bisous dans le cou », fait preuve d’une modération de bon aloi en affirmant que « la muselière ne devrait pas être réservée qu’aux chiens ! », avant de trouver enfin un sens à l’existence de Mme Boutin : « En la voyant je ne regrette pas d’être gay ! ».
Yoan B., membre par ailleurs du groupe « contre les connards qui nous insultes de Sales français » sait d’où vient le mal : « cette femme a été vraiment fini à la pisse ! ».
Vanessa L., une charmante jeune femme qui aime les câlins et les massages, fait quant à elle dans la concision : « mais qu’on la pende ».
Quant à Grégoire V., un jeune homme aux traits fins et au sourire malicieux, « Etudiant(e) de cycle supérieur à Université de Nantes », il vend la mèche : « j’ai des frissons rien qu’en pensant à elle ».
Ces quelques interventions ont été choisies parmi des milliers d’interventions semblables sur des dizaines de groupes « anticatholiques », tous plus orduriers les uns que les autres. Cette obsession, que je n’appellerai jamais cathophobe, serait-elle le signe qu’après tout, et comme le suggère la phrase à double entente de notre « étudiant(e) de cycle supérieur à Université de Nantes », les catholiques d’aujourd’hui, jusque dans le sadisme ludique qu’ils suscitent au Paradis 2.0, font l’objet d’une forme étrange de reconnaissance par l’extatique monde moderne?
Mais de quelle nature exactement est cette reconnaissance ?
Je laisse à des esprits plus affutés et moins dégoutés que le mien le soin de répondre à cette question. Moi, pour ma part, je vais enfin pouvoir, en cette belle journée de printemps, éteindre mon ordinateur et, comme chaque jour que Dieu daigne malgré tout encore faire, tenter de gagner ma place au bon vieux paradis de papa.
Mon service de presse étant limité aux deux ou trois amis qui m’envoient gentiment les ouvrages qu’ils font paraître plus ou moins régulièrement, je n’ai pas eu la chance de recevoir par ce biais le dernier ouvrage d’Élisabeth Badinter. Ma conscience me dictait donc de me précipiter en librairie pour me le procurer, et donner une allure sérieuse à l’article qui me trottait dans la tête depuis que j’avais entendu Mme Badinter sonner le branle-bas de combat en brandissant l’épouvantail de la grande régression antiféministe par-dessus nos bols de café et nos têtes ensommeillées, un matin sur France Inter. Malheureusement pour moi, et heureusement pour les femmes, la dame avait été très efficace et je m’entendais dire d’abord par mes libraires préférés, puis par les autres, que j’arrivais après la bataille : l’ouvrage se vendait trop bien, il était indisponible ici, et même en rupture de stock chez l’éditeur, déjà en cours de réimpression quelques jours à peine après sa sortie.
Les lignes suivantes sont donc seulement fondées sur les multiples entretiens qu’Élisabeth Badinter a accordés à la presse. En conséquence, elles manqueront sans doute de précision et de nuance. Néanmoins, la présence dans les médias de l’auteur fut telle que j’ai l’impression d’avoir lu son livre même sans l’avoir lu.
[access capability= »lire_inedits »]Serait-ce la volée de bois vert que lui ont valu les courageuses « réflexions sur trente ans de féminisme » de Fausse route, mais il semble qu’Élisabeth Badinter ait éprouvé le besoin, à l’occasion de ce Conflit, de renouer avec les schémas binaires fédérateurs du féminisme-canal historique. D’un côté la société « culpabilisante » qui entrave la liberté des femmes, et de l’autre ces mêmes femmes qui se doivent de résister pour exister vraiment, c’est-à-dire comme des femmes et non comme des babouins ou des chimpanzés femelles arrimées leur vie durant à de triviales tâches domestiques. Ainsi, dans son dernier ouvrage, c’est la femme « culpabilisée » qu’elle défend, contre elle-même parfois, lorsqu’elle préfère l’animalisation de l’allaitement et de la vie au foyer à la grande bagarre parmi les hommes pour la reconnaissance sociale sur la vaste scène du monde humain.
Les femmes ne sont pas des primates, c’est au nom de la liberté humaine de façonner son destin qu’Élisabeth Badinter refuse les assignations à materner qui, paraît-il, pèseraient sur les femmes aujourd’hui. A écouter Élisabeth Badinter, on a l’impression qu’aujourd’hui, en France, des dizaines de milliers de femmes sous l’influence d’un nouveau clergé vert se cloîtrent chez elles avec leur progéniture pour investir dans celle-ci toutes leurs ambitions sociales frustrées. Le nouveau discours réactionnaire, à l’ombre du label bio, serait ainsi d’une efficacité redoutable.
Élisabeth Badinter voit très juste lorsqu’elle dénonce le culte de l’enfant-roi auquel les femmes doivent, comme tout le monde, se soumettre. Mais le souci obsessionnel du bien-être des enfants a-t-il vraiment pour conséquence l’augmentation de la pression sociale sur les femmes pour les renvoyer dans leur foyer ?
Si tel était le cas, il faudrait expliquer pourquoi le nombre de places en crèche explose dans notre pays, et que chacun, à gauche (écologistes compris) comme à droite, continue de considérer que, dans ce domaine, on n’en fait jamais assez. Selon une étude récente de la Sécurité sociale, depuis 1990, le nombre de places agréées d’accueil collectif a été multiplié par près de 1,7 (hors jardins d’enfants), soit une augmentation annuelle moyenne de 3,1 %. Dans le même temps la natalité était en quasi-stagnation puisque les naissances ont augmenté de moins de 3 % entre 1990 et 2007. Il est aisé de constater, à la lumière de ces chiffres, qu’en France, le fait pour une femme de travailler tout en ayant des enfants est de mieux en mieux accepté puisqu’il paraît aller de soi que l’Etat et les collectivités locales consentent des efforts financiers gigantesques pour le permettre.
Élisabeth Badinter s’en prend plus particulièrement aux écologistes qui véhiculeraient une idéologie du « retour à la nature » culpabilisante pour les mères. Il faut donc regarder ce qui se passe lorsque les Verts sont aux affaires. Prenons le cas emblématique de Paris. Parmi les adjoints de Delanoë, c’est un Vert, Christophe Najdovski, qui est en charge de la petite enfance. Depuis 2001, 5 800 places en crèche ont été créées, soit une augmentation de 20 %, alors que, dans le même temps, les familles ont plutôt fui la capitale pour cause d’explosion des prix immobiliers. L’adjoint à la petite enfance dispose aujourd’hui d’un budget presque illimité pour arracher des emplacements aux vilains promoteurs afin d’ouvrir de nouvelles crèches et de permettre aux mères d’aller travailler, dans l’immobilier par exemple. Au cours de la présente mandature, la municipalité a alloué 300 millions d’euros pris sur le budget d’investissement de la Ville à la construction de crèches. Pas mal quand même, pour d’affreux bobos qui veulent, paraît-il, renvoyer les femmes à la maison !
Le « droit » des femmes (et des hommes) à travailler tout en élevant des enfants bénéficie aujourd’hui d’un consensus tel, à gauche et à droite, que ce sont les pouvoirs publics qui sont accusés de ne pas tenir leurs engagements, à un moment où les finances publiques sont dans le rouge et où le chômage augmente. Les parents des classes privilégiées affichent en outre une préférence de plus en plus marquée pour les modes de garde collectifs des enfants. Alors que, traditionnellement, ce mode de garde était réservé aux classes populaires, de plus en plus de parents de classes aisées n’envisagent rien d’autre que de faire garder leur progéniture par la collectivité, sans que cela soulève aucun débat. L’enfant-roi mérite que l’Etat se consacre tout entier à son bien-être. Après tout, une maman c’est faillible, une nounou aussi, et il n’est pas toujours possible d’installer, chez soi ou chez l’assistante maternelle à laquelle on consent en tremblant de confier son petit trésor, un système de vidéosurveillance relié au commissariat du coin. Dans ce contexte de risque maximum pour nos chers bambins, quoi de mieux qu’une crèche aux normes européennes de sécurité ?
Comment comprendre, alors que nous assistons en France à un processus accéléré de collectivisation de la garde des jeunes enfants, la thèse d’Élisabeth Badinter selon laquelle on chercherait à « culpabiliser » les mères en les empêchant de sortir le nez des couches et de la layette ?
À l’heure du triomphe de Big Mother, c’est l’institution maternelle elle-même qui vacille.
Depuis le traité de Maastricht, on nous a raconté que l’indépendance des banques centrales était la condition nécessaire pour une bonne gestion de la monnaie, qu’il fallait mettre à l’abri des décisions des gouvernants, par essence électoralistes et aux conséquences nécessairement désastreuses. Les décisions de politique monétaires ne seraient donc que des mesures d’ajustement techniques, prises objectivement et presque mécaniquement, sans que l’idéologie n’intervienne. Une pure affaire d’experts devant rester en dehors du débat public.
Le gouverneur de la BCE, Jean-Claude Trichet a donné cette semaine une interview à l’hebdomadaire Le Point qui me semble faire voler ce mythe en éclats. Si notre grand argentier est toujours très sourcilleux quant à son indépendance à l’égard du politique, il semble bien faire allégeance au pouvoir financier.
L’essentiel de l’entretien est un festival de langue de bois parfaitement sans intérêt. On croirait entendre un théologien enfermé dans ses dogmes et inaccessible à toute forme de réalité. On y lit par exemple avec effarement que « personne ne remet plus en cause les principes du pacte de stabilité » alors que celui-ci a volé en éclat à la faveur de la crise, ou que « la population grecque comprend parfaitement la nécessité de redresser ses comptes publics et de prendre les mesures indispensables pour renouer avec la croissance et créer des emplois » ou que la Grèce peut remercier l’euro de l’avoir « rendue plus forte » !
Très curieusement, les journalistes ont évité les questions qui fâchent. Rien sur les déséquilibres croissants entre les pays excédentaires et les pays déficitaires au sein de la zone euro et la viabilité d’une monnaie commune dans ce contexte. Rien non plus sur la polémique sur le modèle allemand lancée par Christine Lagarde. Cependant, interrogé sur la proposition de certains économistes, notamment ceux du FMI, d’autoriser une certaine relance de l’inflation, Trichet fait une réponse d’une étonnante franchise : « Si je vous disais – c’est une hypothèse évidemment absurde – que je ne suis pas contre une inflation autour de 4% vous verriez en temps réel, l’ensemble des participants au marché augmenter nos taux d’intérêt de manière considérable pour tenir compte de l’inflation future. Qui plus est, s’y ajouterait une importante prime de risque pour tenir compte des nouveaux changements possibles. Les ménages perdraient confiance. Les entreprises auraient des financements plus coûteux. Et les Etats verraient le coût du refinancement de leur stock de dette augmenter massivement. L’inflation, qui est au demeurant rejetée par nos concitoyens n’est absolument pas la solution ! »
Manifestement les rentiers d’aujourd’hui, qui pas plus qu’hier n’ont envie de se laisser « euthanasier » par l’inflation, ont trouvé en Jean-Claude Trichet, mieux qu’un porte-parole, un chien de garde de leurs intérêts !
La réponse de Trichet en dit long sur le fonctionnement du système de domination du pouvoir financier à notre époque de « mondialisation heureuse ».
Les élites détentrices d’une parole autorisée doivent exercer un terrorisme intellectuel sans faille pour interdire tout débat qui pourrait accréditer l’idée même de solutions alternatives. Il est interdit de parler des éventuelles vertus de l’inflation et encore moins des moyens de la susciter. Interdit ! Ainsi, une fois que l’intérêt des classes dominantes transformé en pensée unique, il suffit de s’appuyer sur les représentations qu’en ont les classes populaires pour leur conférer une légitimité démocratique.
Trichet nous renseigne aussi sur la nature totalitaire du pouvoir financier à l’âge hyper-capitaliste. Frédéric Lordon est encore en dessous de la réalité lorsqu’il parle de « dictature du capital », car la dictature est assumée comme tel avec la violence qui va avec. Le capital aujourd’hui exerce sa domination de manière sournoise, cachée derrière des lois économiques présentées comme des vérités naturelles et l’absence d’alternatives envisageables.
Cette domination s’exprime principalement par deux canaux. Le pouvoir de l’actionnaire dit « capitalisme actionnarial » qui conduit à garantir le paiement d’une rente quasi incompressible aux détenteurs du capital, quel qu’en soit les conséquences : réductions des coûts de production, intensification du travail, licenciements, délocalisations, suspensions des investissements. Les derniers chiffres du CAC 40 cette année l’ont exprimé avec force. Malgré la crise et la réduction du volume d’activité, le montant des dividendes est resté identique aux années passées, parfois même supérieur aux profits !
Bien évidemment l’idéologie dominante ne va pas présenter ce versement comme une rente, mais au contraire comme une bonne nouvelle pour tout le monde. Car en vertu du théorème de Schmitt « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après demain ». L’histoire n’a fait que démontrer le contraire, mais ce n’est pas grave, nos brillants éditorialistes économiques continuent à y croire. Du coup, le système tient sans trembler. Cette année, l’information est passée dans l’indifférence générale, les médias trouvant beaucoup plus rigolo de s’intéresser aux classements des plus grandes fortunes mondiales qu’à la répartition de la valeur ajoutée en temps de crise.
On retrouve cette mystification avec l’affaire Grecque puisque Trichet se permet d’annoncer aux Grecs que la saignée qu’ils sont censés accepter avec le sourire produira demain de la croissance et de l’emploi ! Pourtant, si l’Etat et la population sont sommés de faire pénitence, certains dans l’ombre font bombance. Les intérêts prohibitifs payés par la Grèce sur sa dette publique sont bien perçus par quelqu’un !
Je ne me lancerais pas aujourd’hui le débat sur la légitimité des intérêts payés sur la dette publique, je préfère laisser cela à des plumes plus compétentes. Je me contenterais d’esquisser un raisonnement simple. La BCE refinance les banques à des taux très bas (entre 0.5% et 1%). Celles-ci prêtent aux Etats à 3.5% (dans le meilleur des cas) puis refourguent les titres de dettes publiques à la BCE en garantie. Dans ces conditions, la différence entre le taux directeur de la BCE et le taux d’intérêt sur les emprunts d’Etat constitue une marge au profit du système financier. Plus les taux d’intérêts payés par les Etats augmentent, plus les banques font de profits, et cela pour un service rendu strictement identique.
Trichet nous rappelle avec sa menace grotesque (un gros mot dans sa bouche pourrait suffire à faire monter les taux d’intérêt) que le pouvoir financier peut faire varier cette marge de manière totalement discrétionnaire et pour des motifs purement subjectifs. Il suffit de déclarer que tel ou tel pays n’inspire pas confiance pour le rançonner avec des taux d’intérêts majorés, lui imposer une saignée et par la même occasion se goinfrer allègrement !
On pourrait s’attendre à ce que le grand argentier de la zone euro cherche à défendre les intérêts des Etats en s’attachant à améliorer leurs conditions de financement : rassurer les marchés sur l’inexistence du risque de banqueroute des Etats ou modérer l’appétit des banques commerciales. Après tout, lorsque le système financier était en situation de faillite virtuelle, la BCE n’a pas hésité à user de « moyens non conventionnels » (en clair de la création monétaire) pour renflouer les banques. Pourquoi ne déclarerait-elle pas aujourd’hui qu’elle n’hésiterait pas à en faire de même (en prêtant directement aux Etats) pour éviter toute situation de défaut de paiement ?
Trichet fait exactement le contraire. Il légitime la souveraineté des marchés financiers, l’irrationalité de leur réaction et la prédation qu’ils organisent. Des populations qui souffrent, des Etats qui se délitent et les profits des banques qui explosent !
On sait désormais que la BCE n’est indépendante qu’à l’égard des souverainetés étatiques. Elle est à l’image de sa grande sœur américaine, une instance de type oligarchique, la garante des privilèges du pouvoir financier et la protectrice des oligarchies financière.
On sait que Dieu est très occupé ces temps-ci : Il doit notamment limiter la guerre en Afghanistan, sauver des Chrétiens d’Orient persécutés et consoler les têtes de listes UMP aux régionales. Mais pourquoi, avec de tels défis à relever, ne remplace-t-Il donc qu’un fonctionnaire sur deux dans Son administration paradisiaque ? On peut légitimement se le demander après l’incroyable erreur de calendrier commise par les services concernés. En effet, alors que Pâques aura lieu cette année le 4 avril, quelle ne fut pas la surprise d’un automobiliste de Cologne, ce dimanche 21 mars, quand il vit soudain, dans une rue paisible de la jolie cité rhénane, un agneau tomber du ciel et s’écraser juste devant lui. En voulant l’éviter, le chauffeur germain réduisit son véhicule en miettes et se brisa une main dans l’accident. Quant à la pauvre bête, qui devait enlever le péché du monde, grièvement blessée, elle a été abattue sur place par la police.
Relève de la garde de la tombe du soldat inconnu, Athènes.
Angela Merkel, qui pressure son peuple pour gonfler son commerce extérieur, fait les gros yeux et dit tout haut ce que les banquiers centraux pensent tout bas. Si les Grecs, avec leur indolence méditerranéenne, leurs îles où l’on boit l’ouzo en grignotant du poulpe grillé, avec leur jeunesse à la tête tellement près du bonnet de l’evzone qu’elle renouent chaque année avec une ferveur émeutière que l’on croyait oubliée, leurs vieillards communistes qui ont descendu le drapeau nazi de l’Acropole en 41 et se font aujourd’hui tabasser par des flics sous-payés et donc normalement corrompus, si ces Grecs là, donc, ne font pas un effort, ils seront punis.
Comment ? En envoyant l’aviation de l’Otan comme chez leurs voisins serbes il y a quinze ans ? Ah, qu’elle était étonnante, cette photo d’un avion de l’Otan, siglé de la croix de fer toujours en vigueur dans la Lutwaffe, qui s’était fait descendre aux environs de Belgrade par ces salopards de purificateurs ethniques. Peu importe d’ailleurs qu’ils aient été, les Serbes comme les Grecs, les seuls peuples des Balkans à résister contre les nazis tandis que les Croates sous la direction d’Ante Pavelic s’engageaient à tour de bras dans la SS et que les Bosniaques, eux allèrent s’entrainer pour la SS Bosna du côté de Villefranche dont le maire était le jeune Robert Fabre et dont les habitants furent vivement étonnés de voir « des Allemands qui priaient comme nos Arabes. »
Non, on ne va pas les punir de cette manière, trop de mauvais souvenirs. Et puis avec les Grecs on ne sait jamais. Depuis les Thermopyles, on se méfie. On se souvient que des milliers de Perses ont cru qu’ils écraseraient sans mal ces pédérastes qui ne pensaient qu’à la philosophie et à la poésie et qui s’étaient retrouvés face à trois cents gonzes, bien décidés à leur faire payer cher, très cher, le droit de passage.
Mussolini aussi en a su quelque chose, lui qui a cru les gober en 1940 et s’est retrouvé honteusement raccompagné à sa propre frontière par une armée pourtant équipée comme en 1870. Imaginez un peu, tout de même, l’UE ordonnant le bombardement d’Athènes, de Delphes et de notre chère Argolide pour dépassement du déficit autorisé par Bruxelles. Surtout que ce n’est qu’à moitié leur faute, tout de même, aux Grecs. Ils sont comme nous, finalement. Ils ont eu des banques atteintes par l’encéphalite financière spongiforme, des traders autistes et avides, des fortunes bâties tellement vite qu’elles ont dû énerver Eole qui a fait tourner le vent. Et voilà maintenant qu’on leur demande de payer. Enfin qu’on demande au peuple grec de payer, nuance.
Mais le peuple grec, lui, passez-moi l’expression, il n’en a rien à battre. Le réel, dit quelque part Lacan, c’est quand on se cogne. Eh bien voilà, c’est fait, Angela Merkel se cogne. Ou plutôt, elle est la première à le dire et à dire aussi que ça fait mal. Parce que de manière assez étonnante, ce sont ceux qui vivent dans l’irréalité totale des marchés comme les esclaves de la caverne de Platon qui viennent expliquer aux gens le « réalisme économique » : pour combler nos déficits, on va réduire vos retraites, vos salaires, votre sécu.
Et le Grec lui, il dit non, no, nicht, occhi !
Et il a bien raison. C’est l’Euro, la fiction : la preuve, les billets ne représentent que des monuments virtuels alors que nous sommes le continent de tous les lieux, de tous les noms.
Et si Angela Merkel ne menace pas les Grecs de bombardements massifs, elle croit leur faire encore plus peur en envisageant une exclusion de l’Euro.
Quel effet cela peut faire d’être exclu d’une fiction, du mauvais rêve d’une société endormie ? Si ça se trouve, ce seront de joyeuses retrouvailles avec le réel dans le matin profond. On les envierait presque les Grecs de bientôt renouer avec le drachme et la raison, comme la chouette de Minerve qui prend son envol hégélien alors que le soir tombe déjà sur cette Union qui n’en fut jamais une.
Et puis, il ressemblera à quoi, l’Euro, sans les Grecs ? A une monnaie blonde pour protestants aux yeux bleus ? C’est ça ? Vraiment ?
Bon, d’accord mais alors dites moi quand est le prochain vol pour Athènes, que je le prenne avant le blocus.
On savait déjà dans les milieux autorisés que David Cameron, candidat au poste de premier ministre britannique, était un lecteur assidu de Causeur. Mais pas au point de mettre en application illico presto son dernier numéro où l’improbable monsieur bébé et la « maternité triomphante » se voient disséqués sous toutes les coutures.
En l’occurrence, il s’agirait plutôt de paternité prometteuse. Un an après la mort tragique de son fils aîné Ivan atteint d’une forme très grave de paralysie cérébrale, la grossesse de Mrs Cameron vient d’être révélée et fait déjà l’effet d’une « secret weapon ». A quelques semaines des élections générales, comment ne pas y voir le petit coup de pouce du destin qui devrait lui permettre d’arracher les 2% qui lui manquent pour assurer son succès ?
En politique aussi, à toute chose bébé est bon.
Ils dénoncent au nom de la morale, excommunient au nom de la tolérance et prétendent interdire au nom de la liberté. En général, pour nos maccarthystes de la gauche indignée qui passent leur temps à traquer le dérapage raciste, homophobe ou idéologique, un clou chasse l’autre. Hortefeux, Besson, Frêche et même Robert Ménard qui a commis les crimes d’avouer qu’il préfèrerait que sa fille soit hétérosexuelle et de dire qu’il ne se battrait pas pour éviter la peine capitale à Dutroux: la liste des infréquentables s’allonge chaque jour.
Seulement, maintenant qu’ils ont planté leurs crocs dans les mollets de notre confrère et ami Eric Zemmour, les pitbulls de la pensée correcte ne semblent pas décidés à le lâcher. Ces grands humanistes veulent sa tête. Rien de moins. Il est vrai que Zemmour charrie. Pour commencer, il refuse de participer au déni de réalité qui leur tient lieu de pensée. C’est ainsi qu’il a osé évoquer la surreprésentation des Français issus de l’immigration dans la population carcérale – un fait parfaitement connu. Vérité déplaisante précisément parce que c’est une vérité d’ailleurs. Mes aïeux, quel charivari ! La LICRA s’énerve, le CSA s’inquiète, les belles âmes vocifèrent en boucle, ses chers collègues trouvent que la liberté d’accord mais que quand même il exagère.
Par-dessus le marché quand il ne la ramène pas avec le réel rien que pour nous gâcher la vie, l’ami Zemmour a sur la plupart des sujets des opinions différentes de celles des gardiens de la doxa – et même parfois des miennes : sur l’IVG, il pousse le bouchon un peu loin à mon goût de femme libérée.
On peut ne pas partager les idées de Zemmour et même être choqué par elles. Justement, ses procureurs au tout petit pied emmenés par de supposés humoristes aussi indéboulonnables qu’ils se croient rebelles adorent l’impertinence. Ils devraient être ravis qu’on les choque.
Mais non : ils aiment la diversité en tout point sauf pour les opinions et adorent la liberté de penser à l’unique condition qu’on pense comme eux. Il faut les comprendre, les pauvres : toute expression d’une divergence leur rappelle les heures les plus sombres de notre histoire. Et après, ils digèrent mal.
Il faut saluer la rédaction et la direction de RTL – oui, je sais, j’y travaille, comme ça, les petits esprits pourront m’accuser de faire du gringue à mes patrons, ça les occupera. Bien que les propos de l’ennemi médiatique numéro un aient été diversement appréciées rue Bayard, la station affiche sa solidarité avec son chroniqueur. Dans ces conditions, les rumeurs de son licenciement par Le Figaro ne peuvent être qu’infondées. Imagine-t-on Etienne Mougeotte qui brave si courageusement le pouvoir se coucher devant la meute ? Pas un instant. Il est certain que Patrick de Carolis, également sommé de toutes parts de débarquer le trublion, ne se laissera pas intimider. Quant au CSA qui ne trouve rien à redire aux calomnies proférées chaque matin entre deux banalités par Stéphane Guillon ainsi qu’à pas mal d’autres crapuleries cathodiques, on ne le voit pas céder à la tentation de la censure.
Saluons également le CRAN (Conseil représentatifs des associations noires) qui a emporté hier le pompon de la dégueulasserie. L’association avait tenté de porter plainte contre le journaliste après que celui-ci avait, horresco referens, affirmé qu’il existe des différences entre les races – perso j’aurais parlé de cultures mais tout le monde a compris. Il se trouve que cette plainte a été déclarée irrecevable – une nouvelle qui, curieusement, n’a pas fait grand bruit. Mais cela n’a pas empêché l’association de féliciter Etienne Mougeotte pour sa courageuse et supposée décision de virer Zemmour et d’appeler ses autres employeurs à l’imiter. Quand le CRAN n’est pas d’accord avec quelqu’un, il n’imagine pas que l’on puisse argumenter. Virez-le ! Devant tant de panache, on reste sans voix.
Oui, il est rassurant de savoir qu’il existe encore des espaces de liberté. Blague à part, il est salutaire que s’expriment des voix comme celle d’Eric Zemmour. Ne nous y trompons pas. Avec sa liberté, c’est la nôtre qui est menacée.
L'inspecteur des scribes Raherka et sa femme Merséânkh, vers 2350 av. J.-C., musée du Louvre.
La mère monte aux dépens de la femme, nous explique Élisabeth Badinter. Déjà, il y a quelques années, Michel Schneider montrait, dans Big Mother[1. Odile Jacob, 2002. Réédition en Poches Odile Jacob, février 2005. ], que l’image de la mère colonisait jusqu’à notre classe politique. Seulement, dans tout ça, on ne parle pas du père. Plus de quarante ans après mai 1968, il semble qu’on continue à combattre une société patriarcale qui, pourtant, n’existe plus depuis bien longtemps.
[access capability= »lire_inedits »]La généralisation du divorce − plus d’un mariage sur trois finit ainsi − a fait exploser le modèle qui s’imposait aux familles depuis des siècles. Ce modèle, qu’on ne songe évidemment pas à rendre à nouveau obligatoire, est désormais ringardisé. Ce qui est dans le vent, ce qui est cool, c’est désormais la famille recomposée. Le nombre des familles monoparentales (Le « monoparent » étant féminin à une écrasante majorité) a explosé. Or, si les enfants ont effectivement besoin de leur mère, ils ont aussi besoin de leur père. Et il ne faut donc pas, dès lors, s’étonner que la délinquance juvénile augmente ; un juge pour enfants confiait, il y a quelques mois, sur le plateau d’Yves Calvi, sur France 5, que son taux était bien plus fort dans les familles monoparentales.
Pourtant, notre société continue à nier l’importance de la présence du père. Mme Morano, ministre de la Famille, aurait souhaité mettre en place un statut du beau-parent[2. La commission Léonetti a, pour l’heure, heureusement bloqué ce projet inutile et funeste.]. Il s’agissait, là encore, d’un rude coup donné à l’autorité paternelle. Mais pas seulement : hypocritement, ce projet permettait aux couples lesbiens[3. 90 % des couples homosexuels désirant un enfant, par adoption ou autre biais, sont des couples de femmes.] de s’engouffrer dans la brèche en donnant la possibilité à l’une des deux femmes de récupérer une autorité parentale dans le cadre de ce statut de beau-parent. Mais qu’il s’agisse d’un beau-parent du même sexe que le responsable légal ou non, c’est l’autorité du père légitime qui était encore battue en brèche. Celui-ci, à qui les juges confient rarement la garde des enfants en cas de divorce, malgré le développement récent de la garde alternée − laquelle ne constitue pas non plus une panacée en terme de stabilité −, semble bien devenu un importun, son rôle étant continuellement dévalué par rapport à celui de la mère.
Ce n’est pas seulement le père qui est de plus en plus absent, mais aussi son image. À l’école, où l’enfant passe normalement son temps lorsqu’il n’est pas à la maison, le personnel enseignant a connu une féminisation galopante. À tel point qu’on se demande s’il ne faudrait pas imposer des quotas d’hommes parmi les professeurs et, surtout, les conseillers principaux d’éducation qui sont chargés de la discipline dans les établissements. Avec un père absent à la maison et une école peuplée de femmes[4. Ajoutons que dans les ZEP, où le taux de familles monoparentales est davantage important, la minorité d’hommes des établissements fait davantage figure d’image de « grand frère » que de père puisque ce sont les professeurs les plus jeunes qui y sont nommés.], le jeune adolescent n’a guère de modèles masculins positifs à sa disposition. Son quartier lui en offre d’autres : parfois un caïd, parfois un imam intégriste, parfois − plus heureusement − un entraîneur de football.
Il reste tout de même des familles traditionnelles avec un père, une mère et des enfants. Mme Antier leur apprend qu’il ne faut surtout pas donner la fessée et souhaite même mettre celle-ci hors-la-loi. Elle fait partie de ceux qui, dénoncés par Élisabeth Badinter, abreuvent les familles d’un discours culpabilisant sur l’allaitement. Elle conseille aussi le co-sleeping (ou « co-dodo ») qui consiste à faire dormir l’enfant dans le lit parental les deux premières années de sa vie. Les féministes s’inquiètent à juste titre à propos de la « vie de femme » de Madame. Quant à Monsieur… Silence radio ! Ah, non ! Mme Antier conseille, car il est souvent porté sur la bouteille, de le reléguer sur le canapé, des fois que son taux d’alcoolémie l’amène à écraser le jeune enfant.
Décidément, partout, le père est vraiment de trop.[/access]
On pourra dire, on y était. Nous aussi on a entendu mugir dans nos campagnes jeudi matin la foule appelant au secours de ce vieux pays. Dominique de Villepin, l’ami tu te souviens ? L’ennemi qu’il fallait abattre par Clearstream, l’ancien Premier ministre, le secrétaire général honni de l’Elysée, auteur de la dissolution de 1997 ? Lui même, et un autre. Depuis hier le troisième homme celui que la droite, mais au-delà la France, la Nation, au-dessus des partis attendait pour refaire de cet endroit un endroit où il fait bon vivre.
Au cas où vous seriez resté dans un terrier, une grotte ou un endroit civilisé, c’est à dire loin des journaux gratuits ou écrits par des écrivaillons en mal de découverte de la vie, il se trouve qu’hier, DDV, présentait son analyse de la défaite de l’UMP aux régionales, de la crise et annonçait la création de son parti pour le – tiens-toi bien – le 19 juin prochain. Le gaulliste a compris un truc : pour avoir une chance à deux ans de l’échéance (majuscule obligatoire) il faut endosser le cheval de bataille républicain-bonnet phrygien. Evidemment, sur certains points, nous n’avons pas de doute sur la conviction du DDV : l’Afghanistan, le commandement intégré de l’OTAN, la voix de la France dans le monde et tous ces trucs, il n’a sans doute pas de preuve à donner de son attachement à sa version gaullienne de la France. Pour le reste, mystère : l’économie, le libéralisme, la sécu, la sécurité, les salaires, le mieux-vivre-ensemble, il en pense quoi exactement ?
Hier, il l’a dit : il pense qu’il ne faut plus martyriser la France, qu’on ne doit plus confondre réduction des déficits et accroissement des inégalités, que seul l’Etat peut assurer la protection des plus faibles, et que c’est là le seul bouclier dont notre pays ait besoin aujourd’hui. Le tout pouvant se résumer dans la formule magique du jour : « Il faut revenir au fondement de la France, de la nation, de l’Etat. Notre mot d’ordre, c’est une république solidaire. » France, nation, Etat, République, tout est dit voire redit quatre fois pour les mal-comprenants. Au passage, on notera que l’Europe est absente de cette tétralogie fondatrice, et on se dira qu’il ne s’agit vraisemblablement pas d’une faute d’étourderie. On irait même jusqu’à se demander, si on ne les savait retenus ailleurs, si Guaino ou Gallo n’ont pas tenu la plume de Dominique. Bref, on a aimé, beaucoup aimé, et d’autant plus aimé, que l’irruption du Villepin nouveau était assortie d’une descente en flamme du Villepin d’antan, celui du CPE et de l’autisme social. L’autocritique politique, le droit d’auto-inventaire au scalpel sont des exercices trop inédits en France pour être sans valeur…
En conséquence de quoi, on a presque envie d’y croire, et on n’est pas seuls. Y’a un public pour le retour du Général, et pas seulement chez les lecteurs de l’excellent Benoît Duteurtre. Et un public en déshérence, vu que Chevènement est aux oubliettes de Solférino et que Dupont-Aignan est déjà mort faute d’avoir jamais su exister.
De quoi séduire 5, 10, 15 % des électeurs. Who knows ? Mais, en tout cas, bien assez pour que Sarkozy ait de quoi être très inquiet… Et sans doute Marine Le Pen aussi.
Si l’on sait, depuis la chanson de Barbara, que Nantes est une ville morose où, essentiellement, il pleut, Rennes réserve bien des surprises égayantes. La préfecture d’Ile-et-Vilaine a lancé, sur son site Internet, une vaste consultation citoyenne sur un thème qui n’a laissé indifférente aucune midinette bretonne à coiffe tradi : « Qu’est-ce que le bonheur ? » et cela dans le contexte d’un « forum » que Libé organise ce week-end. L’AFP, les yeux embués d’une dégoulinante mièvrerie, se plait à relayer les définitions du bonheur, tantôt sentencieuses tantôt triviales, sélectionnées par on-ne-sait-trop-qui et affichées dans les rues de Rennes… Le bonheur c’est footbalistiquement « la galette saucisse du Stade rennais », c’est religieusement « être en paix avec soi et les autres », c’est inévitablement « l’ici et le maintenant » ou encore c’est festivement « le Love+friends+chocolate+sex+rock’n’roll »… Yeah ! La mairie se félicite en ces termes de cet inquiétant record de participation : « On espérait entre 300 et 400 contributions mais nous en sommes à plus de 3.000 ! » Ces aimables Rennais, n’ayant certainement guère d’autres chats à fouetter en attendant fébrilement les cycliques « Transmusicales », se repaissent donc de bonheur et offrent l’instantané d’une société sans négativité, peuplée d’individus estimant connaître la recette de l' »homme heureux ». On sait que le sémillant Saint-Just, représentant du Comité de salut public utilisa cette fameuse formule « Le bonheur est une idée neuve en Europe » pour conclure et appuyer sa démonstration selon laquelle il fallait lutter sans répit contre les « ennemis » de la Révolution française. Et si, à Rennes, on commençait par afficher ainsi son bonheur, telle une quelconque « pride » passagère, et que l’on finissait par couper la tête de ceux qui n’ont pas d’idée de ce qu’est cet idéal incertain qui aide à vivre, mais pas à penser ? Et si le bonheur, c’était d’aller plutôt à Nantes ?
Jérôme Bosch, Le jardin des délices. Panneau central (1503).
Jérôme Bosch, Le jardin des délices. Panneau central (1503).
Internet l’inquiétante extase, écrivait il y a déjà près d’une décennie Alain Finkielkraut. De façon relativement prévisible, cela lui valut les quolibets que l’on réserve aux oiseaux de mauvais augures. Le philosophe, en médisant du jardin d’Eden numérique que l’on promettait à l’humanité enfin réconciliée, s’était assuré, notamment à cette occasion, une solide réputation de vieux réac sur lequel on peut cracher à loisir. Réputation qui ne s’est pas démentie depuis, c’est le moins qu’on puisse dire.
Neuf ans plus tard, quelle tête a le paradis virtuel dans lequel chaque internaute s’égaie à loisirs, grâce aux hautes vertus du haut débit généralisé ?
Pour répondre à cette question trop générale, il me faut, si je veux resserrer mon propos, me plonger dans les profondeurs célestes, excusez l’oxymore, même s’il est parfaitement justifié, du « réseau social » Facebook, qui est aujourd’hui le site le plus populaire au monde, juste devant Google. Pour faire face à l’ampleur de la tâche, j’ai besoin en effet d’un angle d’attaque. Et quelle meilleure approche pour comprendre le Paradis 2.0 que de s’intéresser à ce qu’il dit des concepteurs du Paradis 1.0, je veux parler de l’obsolète Eglise Catholique? Quels liens unissent les inventeurs du paradis historique et les habitants de l’actuel Paradis virtuel (encore un oxymore, je sais, mais c’est l’époque qui est comme ça, oxymorique)? Les habitants du néo-paradis montreront–t-ils une forme de reconnaissance pour cette vieille institution? Sauront-t-ils manifester une gratitude que l’on n’ose qualifier de chrétienne à l’égard de celle qui leurs a, bien malgré elle je vous l’accorde, montré la voie vers le Jardin des délices numériques?
Je ne suis en mesure de donner les réponses tout de suite qu’aux deux premières questions : dans l’ordre, aucune, abominables. Quant à la réponse aux deux autres, je renvoie ceux qui sont pressés de retourner socialiser sur Facebook à la fin de l’article.
Aucune, dis-je, car cette réponse est la meilleure justification de cet article, et du temps que je passe à l’écrire plutôt que d’agir dans le monde pour gagner ma place au sein du Paradis 1.0, auquel j’ai la faiblesse de croire encore, surtout les jours d’euphorie, c’est-à-dire pas aujourd’hui, malgré le printemps qui vient, et à cause justement de la présente plongée céleste et en apnée dans celui qui prétend lui succéder.
Abominables, en voici la preuve. En tapant « curé » sur le moteur de recherche de la page d’accueil de Facebook, le site me propose spontanément (en première position) de rejoindre un groupe intitulé « violer des curés pour venger des enfants », qui compte 572 fans. Sur le « mur » des expectorations du groupe[1. Par charité chrétienne, nous ne publions que les initiales des patronymes (NDLR).] en question, on peut lire sous la plume d’un certain Jon C.[2. Les citations reproduites ici étaient le 21 mars 2010 librement accessibles sur Facebook. (PS/ Non ! Je n’ai pas pu m’empêcher de corriger quelques fautes avant de comprendre que c’était désespéré – EL). ] (qui par ailleurs, tout en haut de son site My Space, proclame fièrement « I want to believe ») : « J’ai vu un curée se balader avec des hosties dans l’anus dernièrement. C’est normal ? »[3. Dans l’ensemble des interventions reproduites ici l’orthographe et la syntaxe d’origine, ou plutôt leurs absences, ont été scrupuleusement respectées. Au Paradis 2.0, les vieilles règles fascistes sont bien sûr toutes abolies.]. À quoi l’administrateur du groupe donne cette réponse pleine d’élégance elle aussi: « C’est normal il faut bien que les enfants de cœur prennent la commufion…Euh pardon communion ».
Si je décide de passer au niveau supérieur et de taper « évêque » au même endroit, c’est alors un autre groupe qui m’est proposé, intitulé plus sobrement : « Courir nu dans l’église en poursuivant l’évêque », avec la photo d’un évêque bien réel, Mgr Giraud, récemment nommé à Soissons. Quelques-uns des 20 012 fans de ce groupe à succès proposent en particulier, en réponse à la question « qu’est-ce qu’on fait quand on l’a attrapé ? » de crucifier l’évêque. On trouvera facilement d’autres exemples de réponses, d’une nature tellement ignoble que je n’ose les reproduire ici, sur les blogs cathos-tradi, qui sont les seuls à s’en émouvoir.
Si l’on s’intéresse au Saint-Siège sur Facebook, on arrive vite sur nombre de groupes qui se proposent, tels de néo-lansquenets, d’envahir le Vatican. Choisissons au hasard le groupe intitulé « 15 000 personnes dans ce groupe et on fait une grosse orgie au Vatican » (1207 fans).
Au sein de ce groupe de fans de l’orgie vaticane, Quentin B., lui aussi choisi au hasard, est un sympathique jeune homme qui dispose de 82 amis. Il nous fait part avec un remarquable sens de la transparence de ses désirs les plus débridés. « Je rêve que le pape se fasse cramer par des chrétiens fous ! », déclare-t-il sous les vivats. Jérémy A., quant à lui, en tant que diplômé de l’université « Julles Ferry 98 (?) », manifeste dans ses phantasmes une conscience politique beaucoup plus fine que la plupart de ses camarades : « C’est clair une grosse teuf, mais surtout pillier ses enculer de leurs richesses qui ont volés impunément aux colonies!! Tout cet or et ses diamants méritent de revenir aux peuples spolier!! ».
Si l’on tape maintenant « Boutin », afin de s’intéresser à la seule personnalité qui ose proposer de faire quelque chose de sa foi dans l’espace public en France, on n’est pas déçu non plus. Un groupe (parmi d’autres) qui s’en prend à Christine Boutin est un peu platement intitulé « Anti Christine Boutin ». Mais quelques-uns des 1250 membres du groupe se rattrapent en faisant preuve d’une imagination digne de Jérôme Bosch dans les sévices qu’ils promettent à Mme Boutin.
Donnons quelques exemples. L’un d’entre eux recourt assez classiquement à l’imaginaire anticlérical : « Que cette chienne soit sacrifiée sur l’autel de la grande luxure. Au bucher la pétasse intégriste! ». Tel autre ne craint pas de paraître contradictoire en stigmatisant un hypothétique dévergondage de Mme Boutin, tout en paraissant l’inviter à la licence : « crève salope ou occupe toi de ton gros cul ! ». Un autre encore, qui au Paradis 2. 0 est bien placé pour entendre des voix, propose : « boutons la Boutin hors de france!!! ».
Gérald D., pour sa part, 451 amis, membre des pages « Jean-Jacques Goldman » et « JE T’AIME MAMAN », critique vertement Mme Boutin tout en défendant son droit à être elle-même en écrivant : « dégage boutin tu nous emmerdent !!!!!! ils faut que tu comprenne enfin si tu y arrive que l’on ne choisi pas d’être homosexuel !!!!! mais on ne choisi pas non plus d’être une grosse merde comme toi !!!! tu me dégoute a un tel point tu es une HAINE pour la FRANCE !! (..) c’est pas avec des cons comme ca que l’on évolue. (…) comme vanneste ces gens la ,n’ont pas de cerveau. il faut virer tout ces vieux qui nous gouvernent et mettre des jeunes qui nous comprennent. »
Antoine R. un jeune homme qui aime « les bisous dans le cou », fait preuve d’une modération de bon aloi en affirmant que « la muselière ne devrait pas être réservée qu’aux chiens ! », avant de trouver enfin un sens à l’existence de Mme Boutin : « En la voyant je ne regrette pas d’être gay ! ».
Yoan B., membre par ailleurs du groupe « contre les connards qui nous insultes de Sales français » sait d’où vient le mal : « cette femme a été vraiment fini à la pisse ! ».
Vanessa L., une charmante jeune femme qui aime les câlins et les massages, fait quant à elle dans la concision : « mais qu’on la pende ».
Quant à Grégoire V., un jeune homme aux traits fins et au sourire malicieux, « Etudiant(e) de cycle supérieur à Université de Nantes », il vend la mèche : « j’ai des frissons rien qu’en pensant à elle ».
Ces quelques interventions ont été choisies parmi des milliers d’interventions semblables sur des dizaines de groupes « anticatholiques », tous plus orduriers les uns que les autres. Cette obsession, que je n’appellerai jamais cathophobe, serait-elle le signe qu’après tout, et comme le suggère la phrase à double entente de notre « étudiant(e) de cycle supérieur à Université de Nantes », les catholiques d’aujourd’hui, jusque dans le sadisme ludique qu’ils suscitent au Paradis 2.0, font l’objet d’une forme étrange de reconnaissance par l’extatique monde moderne?
Mais de quelle nature exactement est cette reconnaissance ?
Je laisse à des esprits plus affutés et moins dégoutés que le mien le soin de répondre à cette question. Moi, pour ma part, je vais enfin pouvoir, en cette belle journée de printemps, éteindre mon ordinateur et, comme chaque jour que Dieu daigne malgré tout encore faire, tenter de gagner ma place au bon vieux paradis de papa.
Mon service de presse étant limité aux deux ou trois amis qui m’envoient gentiment les ouvrages qu’ils font paraître plus ou moins régulièrement, je n’ai pas eu la chance de recevoir par ce biais le dernier ouvrage d’Élisabeth Badinter. Ma conscience me dictait donc de me précipiter en librairie pour me le procurer, et donner une allure sérieuse à l’article qui me trottait dans la tête depuis que j’avais entendu Mme Badinter sonner le branle-bas de combat en brandissant l’épouvantail de la grande régression antiféministe par-dessus nos bols de café et nos têtes ensommeillées, un matin sur France Inter. Malheureusement pour moi, et heureusement pour les femmes, la dame avait été très efficace et je m’entendais dire d’abord par mes libraires préférés, puis par les autres, que j’arrivais après la bataille : l’ouvrage se vendait trop bien, il était indisponible ici, et même en rupture de stock chez l’éditeur, déjà en cours de réimpression quelques jours à peine après sa sortie.
Les lignes suivantes sont donc seulement fondées sur les multiples entretiens qu’Élisabeth Badinter a accordés à la presse. En conséquence, elles manqueront sans doute de précision et de nuance. Néanmoins, la présence dans les médias de l’auteur fut telle que j’ai l’impression d’avoir lu son livre même sans l’avoir lu.
[access capability= »lire_inedits »]Serait-ce la volée de bois vert que lui ont valu les courageuses « réflexions sur trente ans de féminisme » de Fausse route, mais il semble qu’Élisabeth Badinter ait éprouvé le besoin, à l’occasion de ce Conflit, de renouer avec les schémas binaires fédérateurs du féminisme-canal historique. D’un côté la société « culpabilisante » qui entrave la liberté des femmes, et de l’autre ces mêmes femmes qui se doivent de résister pour exister vraiment, c’est-à-dire comme des femmes et non comme des babouins ou des chimpanzés femelles arrimées leur vie durant à de triviales tâches domestiques. Ainsi, dans son dernier ouvrage, c’est la femme « culpabilisée » qu’elle défend, contre elle-même parfois, lorsqu’elle préfère l’animalisation de l’allaitement et de la vie au foyer à la grande bagarre parmi les hommes pour la reconnaissance sociale sur la vaste scène du monde humain.
Les femmes ne sont pas des primates, c’est au nom de la liberté humaine de façonner son destin qu’Élisabeth Badinter refuse les assignations à materner qui, paraît-il, pèseraient sur les femmes aujourd’hui. A écouter Élisabeth Badinter, on a l’impression qu’aujourd’hui, en France, des dizaines de milliers de femmes sous l’influence d’un nouveau clergé vert se cloîtrent chez elles avec leur progéniture pour investir dans celle-ci toutes leurs ambitions sociales frustrées. Le nouveau discours réactionnaire, à l’ombre du label bio, serait ainsi d’une efficacité redoutable.
Élisabeth Badinter voit très juste lorsqu’elle dénonce le culte de l’enfant-roi auquel les femmes doivent, comme tout le monde, se soumettre. Mais le souci obsessionnel du bien-être des enfants a-t-il vraiment pour conséquence l’augmentation de la pression sociale sur les femmes pour les renvoyer dans leur foyer ?
Si tel était le cas, il faudrait expliquer pourquoi le nombre de places en crèche explose dans notre pays, et que chacun, à gauche (écologistes compris) comme à droite, continue de considérer que, dans ce domaine, on n’en fait jamais assez. Selon une étude récente de la Sécurité sociale, depuis 1990, le nombre de places agréées d’accueil collectif a été multiplié par près de 1,7 (hors jardins d’enfants), soit une augmentation annuelle moyenne de 3,1 %. Dans le même temps la natalité était en quasi-stagnation puisque les naissances ont augmenté de moins de 3 % entre 1990 et 2007. Il est aisé de constater, à la lumière de ces chiffres, qu’en France, le fait pour une femme de travailler tout en ayant des enfants est de mieux en mieux accepté puisqu’il paraît aller de soi que l’Etat et les collectivités locales consentent des efforts financiers gigantesques pour le permettre.
Élisabeth Badinter s’en prend plus particulièrement aux écologistes qui véhiculeraient une idéologie du « retour à la nature » culpabilisante pour les mères. Il faut donc regarder ce qui se passe lorsque les Verts sont aux affaires. Prenons le cas emblématique de Paris. Parmi les adjoints de Delanoë, c’est un Vert, Christophe Najdovski, qui est en charge de la petite enfance. Depuis 2001, 5 800 places en crèche ont été créées, soit une augmentation de 20 %, alors que, dans le même temps, les familles ont plutôt fui la capitale pour cause d’explosion des prix immobiliers. L’adjoint à la petite enfance dispose aujourd’hui d’un budget presque illimité pour arracher des emplacements aux vilains promoteurs afin d’ouvrir de nouvelles crèches et de permettre aux mères d’aller travailler, dans l’immobilier par exemple. Au cours de la présente mandature, la municipalité a alloué 300 millions d’euros pris sur le budget d’investissement de la Ville à la construction de crèches. Pas mal quand même, pour d’affreux bobos qui veulent, paraît-il, renvoyer les femmes à la maison !
Le « droit » des femmes (et des hommes) à travailler tout en élevant des enfants bénéficie aujourd’hui d’un consensus tel, à gauche et à droite, que ce sont les pouvoirs publics qui sont accusés de ne pas tenir leurs engagements, à un moment où les finances publiques sont dans le rouge et où le chômage augmente. Les parents des classes privilégiées affichent en outre une préférence de plus en plus marquée pour les modes de garde collectifs des enfants. Alors que, traditionnellement, ce mode de garde était réservé aux classes populaires, de plus en plus de parents de classes aisées n’envisagent rien d’autre que de faire garder leur progéniture par la collectivité, sans que cela soulève aucun débat. L’enfant-roi mérite que l’Etat se consacre tout entier à son bien-être. Après tout, une maman c’est faillible, une nounou aussi, et il n’est pas toujours possible d’installer, chez soi ou chez l’assistante maternelle à laquelle on consent en tremblant de confier son petit trésor, un système de vidéosurveillance relié au commissariat du coin. Dans ce contexte de risque maximum pour nos chers bambins, quoi de mieux qu’une crèche aux normes européennes de sécurité ?
Comment comprendre, alors que nous assistons en France à un processus accéléré de collectivisation de la garde des jeunes enfants, la thèse d’Élisabeth Badinter selon laquelle on chercherait à « culpabiliser » les mères en les empêchant de sortir le nez des couches et de la layette ?
À l’heure du triomphe de Big Mother, c’est l’institution maternelle elle-même qui vacille.
Depuis le traité de Maastricht, on nous a raconté que l’indépendance des banques centrales était la condition nécessaire pour une bonne gestion de la monnaie, qu’il fallait mettre à l’abri des décisions des gouvernants, par essence électoralistes et aux conséquences nécessairement désastreuses. Les décisions de politique monétaires ne seraient donc que des mesures d’ajustement techniques, prises objectivement et presque mécaniquement, sans que l’idéologie n’intervienne. Une pure affaire d’experts devant rester en dehors du débat public.
Le gouverneur de la BCE, Jean-Claude Trichet a donné cette semaine une interview à l’hebdomadaire Le Point qui me semble faire voler ce mythe en éclats. Si notre grand argentier est toujours très sourcilleux quant à son indépendance à l’égard du politique, il semble bien faire allégeance au pouvoir financier.
L’essentiel de l’entretien est un festival de langue de bois parfaitement sans intérêt. On croirait entendre un théologien enfermé dans ses dogmes et inaccessible à toute forme de réalité. On y lit par exemple avec effarement que « personne ne remet plus en cause les principes du pacte de stabilité » alors que celui-ci a volé en éclat à la faveur de la crise, ou que « la population grecque comprend parfaitement la nécessité de redresser ses comptes publics et de prendre les mesures indispensables pour renouer avec la croissance et créer des emplois » ou que la Grèce peut remercier l’euro de l’avoir « rendue plus forte » !
Très curieusement, les journalistes ont évité les questions qui fâchent. Rien sur les déséquilibres croissants entre les pays excédentaires et les pays déficitaires au sein de la zone euro et la viabilité d’une monnaie commune dans ce contexte. Rien non plus sur la polémique sur le modèle allemand lancée par Christine Lagarde. Cependant, interrogé sur la proposition de certains économistes, notamment ceux du FMI, d’autoriser une certaine relance de l’inflation, Trichet fait une réponse d’une étonnante franchise : « Si je vous disais – c’est une hypothèse évidemment absurde – que je ne suis pas contre une inflation autour de 4% vous verriez en temps réel, l’ensemble des participants au marché augmenter nos taux d’intérêt de manière considérable pour tenir compte de l’inflation future. Qui plus est, s’y ajouterait une importante prime de risque pour tenir compte des nouveaux changements possibles. Les ménages perdraient confiance. Les entreprises auraient des financements plus coûteux. Et les Etats verraient le coût du refinancement de leur stock de dette augmenter massivement. L’inflation, qui est au demeurant rejetée par nos concitoyens n’est absolument pas la solution ! »
Manifestement les rentiers d’aujourd’hui, qui pas plus qu’hier n’ont envie de se laisser « euthanasier » par l’inflation, ont trouvé en Jean-Claude Trichet, mieux qu’un porte-parole, un chien de garde de leurs intérêts !
La réponse de Trichet en dit long sur le fonctionnement du système de domination du pouvoir financier à notre époque de « mondialisation heureuse ».
Les élites détentrices d’une parole autorisée doivent exercer un terrorisme intellectuel sans faille pour interdire tout débat qui pourrait accréditer l’idée même de solutions alternatives. Il est interdit de parler des éventuelles vertus de l’inflation et encore moins des moyens de la susciter. Interdit ! Ainsi, une fois que l’intérêt des classes dominantes transformé en pensée unique, il suffit de s’appuyer sur les représentations qu’en ont les classes populaires pour leur conférer une légitimité démocratique.
Trichet nous renseigne aussi sur la nature totalitaire du pouvoir financier à l’âge hyper-capitaliste. Frédéric Lordon est encore en dessous de la réalité lorsqu’il parle de « dictature du capital », car la dictature est assumée comme tel avec la violence qui va avec. Le capital aujourd’hui exerce sa domination de manière sournoise, cachée derrière des lois économiques présentées comme des vérités naturelles et l’absence d’alternatives envisageables.
Cette domination s’exprime principalement par deux canaux. Le pouvoir de l’actionnaire dit « capitalisme actionnarial » qui conduit à garantir le paiement d’une rente quasi incompressible aux détenteurs du capital, quel qu’en soit les conséquences : réductions des coûts de production, intensification du travail, licenciements, délocalisations, suspensions des investissements. Les derniers chiffres du CAC 40 cette année l’ont exprimé avec force. Malgré la crise et la réduction du volume d’activité, le montant des dividendes est resté identique aux années passées, parfois même supérieur aux profits !
Bien évidemment l’idéologie dominante ne va pas présenter ce versement comme une rente, mais au contraire comme une bonne nouvelle pour tout le monde. Car en vertu du théorème de Schmitt « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après demain ». L’histoire n’a fait que démontrer le contraire, mais ce n’est pas grave, nos brillants éditorialistes économiques continuent à y croire. Du coup, le système tient sans trembler. Cette année, l’information est passée dans l’indifférence générale, les médias trouvant beaucoup plus rigolo de s’intéresser aux classements des plus grandes fortunes mondiales qu’à la répartition de la valeur ajoutée en temps de crise.
On retrouve cette mystification avec l’affaire Grecque puisque Trichet se permet d’annoncer aux Grecs que la saignée qu’ils sont censés accepter avec le sourire produira demain de la croissance et de l’emploi ! Pourtant, si l’Etat et la population sont sommés de faire pénitence, certains dans l’ombre font bombance. Les intérêts prohibitifs payés par la Grèce sur sa dette publique sont bien perçus par quelqu’un !
Je ne me lancerais pas aujourd’hui le débat sur la légitimité des intérêts payés sur la dette publique, je préfère laisser cela à des plumes plus compétentes. Je me contenterais d’esquisser un raisonnement simple. La BCE refinance les banques à des taux très bas (entre 0.5% et 1%). Celles-ci prêtent aux Etats à 3.5% (dans le meilleur des cas) puis refourguent les titres de dettes publiques à la BCE en garantie. Dans ces conditions, la différence entre le taux directeur de la BCE et le taux d’intérêt sur les emprunts d’Etat constitue une marge au profit du système financier. Plus les taux d’intérêts payés par les Etats augmentent, plus les banques font de profits, et cela pour un service rendu strictement identique.
Trichet nous rappelle avec sa menace grotesque (un gros mot dans sa bouche pourrait suffire à faire monter les taux d’intérêt) que le pouvoir financier peut faire varier cette marge de manière totalement discrétionnaire et pour des motifs purement subjectifs. Il suffit de déclarer que tel ou tel pays n’inspire pas confiance pour le rançonner avec des taux d’intérêts majorés, lui imposer une saignée et par la même occasion se goinfrer allègrement !
On pourrait s’attendre à ce que le grand argentier de la zone euro cherche à défendre les intérêts des Etats en s’attachant à améliorer leurs conditions de financement : rassurer les marchés sur l’inexistence du risque de banqueroute des Etats ou modérer l’appétit des banques commerciales. Après tout, lorsque le système financier était en situation de faillite virtuelle, la BCE n’a pas hésité à user de « moyens non conventionnels » (en clair de la création monétaire) pour renflouer les banques. Pourquoi ne déclarerait-elle pas aujourd’hui qu’elle n’hésiterait pas à en faire de même (en prêtant directement aux Etats) pour éviter toute situation de défaut de paiement ?
Trichet fait exactement le contraire. Il légitime la souveraineté des marchés financiers, l’irrationalité de leur réaction et la prédation qu’ils organisent. Des populations qui souffrent, des Etats qui se délitent et les profits des banques qui explosent !
On sait désormais que la BCE n’est indépendante qu’à l’égard des souverainetés étatiques. Elle est à l’image de sa grande sœur américaine, une instance de type oligarchique, la garante des privilèges du pouvoir financier et la protectrice des oligarchies financière.
On sait que Dieu est très occupé ces temps-ci : Il doit notamment limiter la guerre en Afghanistan, sauver des Chrétiens d’Orient persécutés et consoler les têtes de listes UMP aux régionales. Mais pourquoi, avec de tels défis à relever, ne remplace-t-Il donc qu’un fonctionnaire sur deux dans Son administration paradisiaque ? On peut légitimement se le demander après l’incroyable erreur de calendrier commise par les services concernés. En effet, alors que Pâques aura lieu cette année le 4 avril, quelle ne fut pas la surprise d’un automobiliste de Cologne, ce dimanche 21 mars, quand il vit soudain, dans une rue paisible de la jolie cité rhénane, un agneau tomber du ciel et s’écraser juste devant lui. En voulant l’éviter, le chauffeur germain réduisit son véhicule en miettes et se brisa une main dans l’accident. Quant à la pauvre bête, qui devait enlever le péché du monde, grièvement blessée, elle a été abattue sur place par la police.
Relève de la garde de la tombe du soldat inconnu, Athènes.
Relève de la garde de la tombe du soldat inconnu, Athènes.
Angela Merkel, qui pressure son peuple pour gonfler son commerce extérieur, fait les gros yeux et dit tout haut ce que les banquiers centraux pensent tout bas. Si les Grecs, avec leur indolence méditerranéenne, leurs îles où l’on boit l’ouzo en grignotant du poulpe grillé, avec leur jeunesse à la tête tellement près du bonnet de l’evzone qu’elle renouent chaque année avec une ferveur émeutière que l’on croyait oubliée, leurs vieillards communistes qui ont descendu le drapeau nazi de l’Acropole en 41 et se font aujourd’hui tabasser par des flics sous-payés et donc normalement corrompus, si ces Grecs là, donc, ne font pas un effort, ils seront punis.
Comment ? En envoyant l’aviation de l’Otan comme chez leurs voisins serbes il y a quinze ans ? Ah, qu’elle était étonnante, cette photo d’un avion de l’Otan, siglé de la croix de fer toujours en vigueur dans la Lutwaffe, qui s’était fait descendre aux environs de Belgrade par ces salopards de purificateurs ethniques. Peu importe d’ailleurs qu’ils aient été, les Serbes comme les Grecs, les seuls peuples des Balkans à résister contre les nazis tandis que les Croates sous la direction d’Ante Pavelic s’engageaient à tour de bras dans la SS et que les Bosniaques, eux allèrent s’entrainer pour la SS Bosna du côté de Villefranche dont le maire était le jeune Robert Fabre et dont les habitants furent vivement étonnés de voir « des Allemands qui priaient comme nos Arabes. »
Non, on ne va pas les punir de cette manière, trop de mauvais souvenirs. Et puis avec les Grecs on ne sait jamais. Depuis les Thermopyles, on se méfie. On se souvient que des milliers de Perses ont cru qu’ils écraseraient sans mal ces pédérastes qui ne pensaient qu’à la philosophie et à la poésie et qui s’étaient retrouvés face à trois cents gonzes, bien décidés à leur faire payer cher, très cher, le droit de passage.
Mussolini aussi en a su quelque chose, lui qui a cru les gober en 1940 et s’est retrouvé honteusement raccompagné à sa propre frontière par une armée pourtant équipée comme en 1870. Imaginez un peu, tout de même, l’UE ordonnant le bombardement d’Athènes, de Delphes et de notre chère Argolide pour dépassement du déficit autorisé par Bruxelles. Surtout que ce n’est qu’à moitié leur faute, tout de même, aux Grecs. Ils sont comme nous, finalement. Ils ont eu des banques atteintes par l’encéphalite financière spongiforme, des traders autistes et avides, des fortunes bâties tellement vite qu’elles ont dû énerver Eole qui a fait tourner le vent. Et voilà maintenant qu’on leur demande de payer. Enfin qu’on demande au peuple grec de payer, nuance.
Mais le peuple grec, lui, passez-moi l’expression, il n’en a rien à battre. Le réel, dit quelque part Lacan, c’est quand on se cogne. Eh bien voilà, c’est fait, Angela Merkel se cogne. Ou plutôt, elle est la première à le dire et à dire aussi que ça fait mal. Parce que de manière assez étonnante, ce sont ceux qui vivent dans l’irréalité totale des marchés comme les esclaves de la caverne de Platon qui viennent expliquer aux gens le « réalisme économique » : pour combler nos déficits, on va réduire vos retraites, vos salaires, votre sécu.
Et le Grec lui, il dit non, no, nicht, occhi !
Et il a bien raison. C’est l’Euro, la fiction : la preuve, les billets ne représentent que des monuments virtuels alors que nous sommes le continent de tous les lieux, de tous les noms.
Et si Angela Merkel ne menace pas les Grecs de bombardements massifs, elle croit leur faire encore plus peur en envisageant une exclusion de l’Euro.
Quel effet cela peut faire d’être exclu d’une fiction, du mauvais rêve d’une société endormie ? Si ça se trouve, ce seront de joyeuses retrouvailles avec le réel dans le matin profond. On les envierait presque les Grecs de bientôt renouer avec le drachme et la raison, comme la chouette de Minerve qui prend son envol hégélien alors que le soir tombe déjà sur cette Union qui n’en fut jamais une.
Et puis, il ressemblera à quoi, l’Euro, sans les Grecs ? A une monnaie blonde pour protestants aux yeux bleus ? C’est ça ? Vraiment ?
Bon, d’accord mais alors dites moi quand est le prochain vol pour Athènes, que je le prenne avant le blocus.
On savait déjà dans les milieux autorisés que David Cameron, candidat au poste de premier ministre britannique, était un lecteur assidu de Causeur. Mais pas au point de mettre en application illico presto son dernier numéro où l’improbable monsieur bébé et la « maternité triomphante » se voient disséqués sous toutes les coutures.
En l’occurrence, il s’agirait plutôt de paternité prometteuse. Un an après la mort tragique de son fils aîné Ivan atteint d’une forme très grave de paralysie cérébrale, la grossesse de Mrs Cameron vient d’être révélée et fait déjà l’effet d’une « secret weapon ». A quelques semaines des élections générales, comment ne pas y voir le petit coup de pouce du destin qui devrait lui permettre d’arracher les 2% qui lui manquent pour assurer son succès ?
En politique aussi, à toute chose bébé est bon.
Ils dénoncent au nom de la morale, excommunient au nom de la tolérance et prétendent interdire au nom de la liberté. En général, pour nos maccarthystes de la gauche indignée qui passent leur temps à traquer le dérapage raciste, homophobe ou idéologique, un clou chasse l’autre. Hortefeux, Besson, Frêche et même Robert Ménard qui a commis les crimes d’avouer qu’il préfèrerait que sa fille soit hétérosexuelle et de dire qu’il ne se battrait pas pour éviter la peine capitale à Dutroux: la liste des infréquentables s’allonge chaque jour.
Seulement, maintenant qu’ils ont planté leurs crocs dans les mollets de notre confrère et ami Eric Zemmour, les pitbulls de la pensée correcte ne semblent pas décidés à le lâcher. Ces grands humanistes veulent sa tête. Rien de moins. Il est vrai que Zemmour charrie. Pour commencer, il refuse de participer au déni de réalité qui leur tient lieu de pensée. C’est ainsi qu’il a osé évoquer la surreprésentation des Français issus de l’immigration dans la population carcérale – un fait parfaitement connu. Vérité déplaisante précisément parce que c’est une vérité d’ailleurs. Mes aïeux, quel charivari ! La LICRA s’énerve, le CSA s’inquiète, les belles âmes vocifèrent en boucle, ses chers collègues trouvent que la liberté d’accord mais que quand même il exagère.
Par-dessus le marché quand il ne la ramène pas avec le réel rien que pour nous gâcher la vie, l’ami Zemmour a sur la plupart des sujets des opinions différentes de celles des gardiens de la doxa – et même parfois des miennes : sur l’IVG, il pousse le bouchon un peu loin à mon goût de femme libérée.
On peut ne pas partager les idées de Zemmour et même être choqué par elles. Justement, ses procureurs au tout petit pied emmenés par de supposés humoristes aussi indéboulonnables qu’ils se croient rebelles adorent l’impertinence. Ils devraient être ravis qu’on les choque.
Mais non : ils aiment la diversité en tout point sauf pour les opinions et adorent la liberté de penser à l’unique condition qu’on pense comme eux. Il faut les comprendre, les pauvres : toute expression d’une divergence leur rappelle les heures les plus sombres de notre histoire. Et après, ils digèrent mal.
Il faut saluer la rédaction et la direction de RTL – oui, je sais, j’y travaille, comme ça, les petits esprits pourront m’accuser de faire du gringue à mes patrons, ça les occupera. Bien que les propos de l’ennemi médiatique numéro un aient été diversement appréciées rue Bayard, la station affiche sa solidarité avec son chroniqueur. Dans ces conditions, les rumeurs de son licenciement par Le Figaro ne peuvent être qu’infondées. Imagine-t-on Etienne Mougeotte qui brave si courageusement le pouvoir se coucher devant la meute ? Pas un instant. Il est certain que Patrick de Carolis, également sommé de toutes parts de débarquer le trublion, ne se laissera pas intimider. Quant au CSA qui ne trouve rien à redire aux calomnies proférées chaque matin entre deux banalités par Stéphane Guillon ainsi qu’à pas mal d’autres crapuleries cathodiques, on ne le voit pas céder à la tentation de la censure.
Saluons également le CRAN (Conseil représentatifs des associations noires) qui a emporté hier le pompon de la dégueulasserie. L’association avait tenté de porter plainte contre le journaliste après que celui-ci avait, horresco referens, affirmé qu’il existe des différences entre les races – perso j’aurais parlé de cultures mais tout le monde a compris. Il se trouve que cette plainte a été déclarée irrecevable – une nouvelle qui, curieusement, n’a pas fait grand bruit. Mais cela n’a pas empêché l’association de féliciter Etienne Mougeotte pour sa courageuse et supposée décision de virer Zemmour et d’appeler ses autres employeurs à l’imiter. Quand le CRAN n’est pas d’accord avec quelqu’un, il n’imagine pas que l’on puisse argumenter. Virez-le ! Devant tant de panache, on reste sans voix.
Oui, il est rassurant de savoir qu’il existe encore des espaces de liberté. Blague à part, il est salutaire que s’expriment des voix comme celle d’Eric Zemmour. Ne nous y trompons pas. Avec sa liberté, c’est la nôtre qui est menacée.
L'inspecteur des scribes Raherka et sa femme Merséânkh, vers 2350 av. J.-C., musée du Louvre.
L'inspecteur des scribes Raherka et sa femme Merséânkh, vers 2350 av. J.-C., musée du Louvre.
La mère monte aux dépens de la femme, nous explique Élisabeth Badinter. Déjà, il y a quelques années, Michel Schneider montrait, dans Big Mother[1. Odile Jacob, 2002. Réédition en Poches Odile Jacob, février 2005. ], que l’image de la mère colonisait jusqu’à notre classe politique. Seulement, dans tout ça, on ne parle pas du père. Plus de quarante ans après mai 1968, il semble qu’on continue à combattre une société patriarcale qui, pourtant, n’existe plus depuis bien longtemps.
[access capability= »lire_inedits »]La généralisation du divorce − plus d’un mariage sur trois finit ainsi − a fait exploser le modèle qui s’imposait aux familles depuis des siècles. Ce modèle, qu’on ne songe évidemment pas à rendre à nouveau obligatoire, est désormais ringardisé. Ce qui est dans le vent, ce qui est cool, c’est désormais la famille recomposée. Le nombre des familles monoparentales (Le « monoparent » étant féminin à une écrasante majorité) a explosé. Or, si les enfants ont effectivement besoin de leur mère, ils ont aussi besoin de leur père. Et il ne faut donc pas, dès lors, s’étonner que la délinquance juvénile augmente ; un juge pour enfants confiait, il y a quelques mois, sur le plateau d’Yves Calvi, sur France 5, que son taux était bien plus fort dans les familles monoparentales.
Pourtant, notre société continue à nier l’importance de la présence du père. Mme Morano, ministre de la Famille, aurait souhaité mettre en place un statut du beau-parent[2. La commission Léonetti a, pour l’heure, heureusement bloqué ce projet inutile et funeste.]. Il s’agissait, là encore, d’un rude coup donné à l’autorité paternelle. Mais pas seulement : hypocritement, ce projet permettait aux couples lesbiens[3. 90 % des couples homosexuels désirant un enfant, par adoption ou autre biais, sont des couples de femmes.] de s’engouffrer dans la brèche en donnant la possibilité à l’une des deux femmes de récupérer une autorité parentale dans le cadre de ce statut de beau-parent. Mais qu’il s’agisse d’un beau-parent du même sexe que le responsable légal ou non, c’est l’autorité du père légitime qui était encore battue en brèche. Celui-ci, à qui les juges confient rarement la garde des enfants en cas de divorce, malgré le développement récent de la garde alternée − laquelle ne constitue pas non plus une panacée en terme de stabilité −, semble bien devenu un importun, son rôle étant continuellement dévalué par rapport à celui de la mère.
Ce n’est pas seulement le père qui est de plus en plus absent, mais aussi son image. À l’école, où l’enfant passe normalement son temps lorsqu’il n’est pas à la maison, le personnel enseignant a connu une féminisation galopante. À tel point qu’on se demande s’il ne faudrait pas imposer des quotas d’hommes parmi les professeurs et, surtout, les conseillers principaux d’éducation qui sont chargés de la discipline dans les établissements. Avec un père absent à la maison et une école peuplée de femmes[4. Ajoutons que dans les ZEP, où le taux de familles monoparentales est davantage important, la minorité d’hommes des établissements fait davantage figure d’image de « grand frère » que de père puisque ce sont les professeurs les plus jeunes qui y sont nommés.], le jeune adolescent n’a guère de modèles masculins positifs à sa disposition. Son quartier lui en offre d’autres : parfois un caïd, parfois un imam intégriste, parfois − plus heureusement − un entraîneur de football.
Il reste tout de même des familles traditionnelles avec un père, une mère et des enfants. Mme Antier leur apprend qu’il ne faut surtout pas donner la fessée et souhaite même mettre celle-ci hors-la-loi. Elle fait partie de ceux qui, dénoncés par Élisabeth Badinter, abreuvent les familles d’un discours culpabilisant sur l’allaitement. Elle conseille aussi le co-sleeping (ou « co-dodo ») qui consiste à faire dormir l’enfant dans le lit parental les deux premières années de sa vie. Les féministes s’inquiètent à juste titre à propos de la « vie de femme » de Madame. Quant à Monsieur… Silence radio ! Ah, non ! Mme Antier conseille, car il est souvent porté sur la bouteille, de le reléguer sur le canapé, des fois que son taux d’alcoolémie l’amène à écraser le jeune enfant.
Décidément, partout, le père est vraiment de trop.[/access]