Ami trotskiste, tu avais juste dix-huit ans quand on t’a mis un mégaphone… Dix ans avant l’apparition du phénomène Besancenot, Christopher Lasch avait prophétisé l’avènement d’une gauche oublieuse du peuple, préférant l’immigré/décolonisé au prolo/beauf. « Le problème avec la nouvelle gauche, expliquait-il, résidait précisément dans son ignorance de l’histoire originelle de la gauche, avec pour conséquence le fait qu’elle persistait à reproduire les figures les moins intéressantes de cette histoire : un sectarisme rampant, une obsession de la pureté idéologique, une idéalisation des groupes d’exclus ». Comme si l’exclusion prenait le pas sur la misère, la marginalité effaçait la cause des travailleurs pauvres et autres chômeurs « souchiens ». Entendre les éternels idiots utiles du système faire du réac-catho la figure paradigmatique du salaud ploutocrate fait bien rire. Pour la non-pensée libertaro-acnéique, les néo communautarismes sont autant de progressismes bafoués. Sans comprendre une seule seconde qu’à l’assignation identitaire correspond la segmentation des marchés. Et si jamais ils l’ont compris, c’est encore pire…
Pompes et circonstances

Aussi incroyable que cela paraisse, jamais un président français n’était venu célébrer à Londres l’Appel du 18 juin. De Débarquement en Libération, nos chefs d’Etat ne sont pourtant avares ni de commémorations ni de moissons de gerbes tricolores, mais la traversée de la Manche les retenait sans doute. Parader en maître de maison sur les plages de Normandie ou les pavés de Paris martyrisé est une chose, reconnaître chez les Anglais que nous leur devons beaucoup en est une autre.
Sans Churchill, sans BBC, pas de France indépendante
Pourtant, en offrant le micro de la BBC à un général un peu fou qui ne représentait que lui-même et une certaine idée de la France, en reconnaissant de fait sa légitimité contre le gouvernement parjure de Pétain, les Anglais ont posé la première pierre de la maison France moderne. Celle qui nous mène à la table des vainqueurs et au conseil de sécurité de l’ONU, lavés du déshonneur de l’armistice et de la collaboration. D’un « clochard épique », ils ont fait une légende. Sans Churchill, sans BBC, pas d’Appel, pas d’épopée, pas de France indépendante. Eventuellement un Etat-satellite des Etats-Unis, sorti de l’histoire pour un bon moment. Peut-être même définitivement.
Au pas de course ou plutôt au petit trot, à l’image des chevaux de la Garde républicaine qui ont pris possession du pavé londonien, c’est cela que Nicolas Sarkozy est venu dire aux Anglais en ce vendredi 18 juin, sous un soleil un peu pâle dans la cour du Royal Hospital Chelsea, une copie des Invalides parisiennes, tombeau impérial en moins. Plutôt très bien d’ailleurs. Chacun sait que la « plume » du président est magistrale. Pour l’occasion, un dosage savant entre émotion, histoire et reconnaissance éternelle, ouvrant habilement sur l’unité européenne indispensable. « La condition de la survie de notre civilisation ». La plume n’y est pas allée par quatre chemins.
Les Anglais ont-ils apprécié ? Pour eux le 18 juin, c’est au mieux le discours fondateur de Churchill aux Communes proclamant la fin de la bataille de France et annonçant celle d’Angleterre, quelques heures avant l’appel de de Gaulle. Au pire… Waterloo. L’histoire a parfois de curieux pieds de nez. Comme David Cameron se félicitant de la réintégration par la France de l’OTAN… dont de Gaulle avait claqué la porte. On peut être amis mais un peu sourds. Le Premier ministre anglais a surtout vu dans cette célébration l’occasion de rappeler les combats militaires communs en Afghanistan. Quand la politique reprend ses droits… Bien loin des préoccupations des tabloïds qui attendaient… Carla. Ils n’ont pas été déçus. La first lady est indéniablement éblouissante.
« Dans la nuit, la liberté nous écoute… »
Beaucoup moins glamour, mais ô combien plus touchants, 800 anciens combattants ont fait le voyage. Les ders des ders. Ceux qui avaient moins de 20 ans en 40. Des gosses qui, de l’Ile de Sein (un quart de la France libre) à Paris ont tout laissé tomber, une famille, un bachot, des amis, pour se lancer seuls sur la mer, dans des rafiots de fortune pour rallier ce mystérieux général que pas un sur cent n’avait entendu. Aujourd’hui ce sont de frêles vieillards qui viennent à Londres pour une ultime visite. Ils se comptent du regard. Ils viennent d’apprendre que depuis le matin, Marcel Bigeard manque à l’appel. Un 18 juin. Sacré Marcel.
Comment oublier les larmes de ce très vieil homme, résistant de la première heure et décoré de la légion d’honneur par Nicolas Sarkozy après 70 ans ? Combien de compagnons lui font-ils cortège ? Ou ce Chant des partisans écrit au Savile Club, juste à côté, qui unit les chœurs de l’armée française aux voix des enfants du lycée français… Charles de Gaulle, pour rappeler que « dans la nuit la liberté nous écoute » ? Et nous parle, au micro de la BBC, avec une voix un peu théâtrale à jamais inscrite dans l’histoire du monde.
Une commémoration pour rien ?

Le 18 juin 1940 est sans doute le dernier événement de l’Histoire de France, si l’on entend par événement cette capacité dialectique des vieilles nations à trouver la force de renaître dans les pires catastrophes. Et comme tout événement au sens plein du terme, s’il peut s’expliquer par un concours de circonstances et des déterminismes de toute sorte, il garde malgré tout une part magique, secrète, irréductible, presque mystique. C’est dans un court essai, dense, inspiré et parfois poignant, Juin 40 ou les paradoxes de l’honneur (CNRS Editions) que Philippe de Saint-Robert, gaulliste de toujours, ancien haut-commissaire à la Langue française, tente d’élucider en quoi, durant ces quelques semaines, comme il l’écrit lui-même, « à la qualité du désastre répondra celle de la reconquête. » Ou pour dire les choses autrement, en quoi à Pétain répondra De Gaulle.
On mesure finalement toujours aussi mal aujourd’hui la violence de ces quelques semaines qui entre le 10 mai et le 22 juin virent s’effondrer une certaine idée que la France avait d’elle-même. Un vilain goût pour l’autodénigrement et même la haine de soi a imposé dans l’imaginaire collectif l’image d’une armée de trouillards munichois humiliée par de beaux guerriers blonds, centaures mécanisés qui auraient accompagné notre débâcle jusqu’à la Méditerranée si Pétain n’avait pas signé l’armistice dans les conditions honteuses que l’on sait. Et l’on remarquera que si la littérature (Marc Dugain, Philippe Claudel, Jean Rouaud, Sébastien Japrisot pour ne citer qu’eux) et le cinéma tournent très souvent autour de la guerre de 14 comme plaie inaugurale et toujours à vif de la modernité, les combats de 40, eux, sont depuis le Sartre de La mort dans l’âme en 1949, Week-end à Zuydcoote de Robert Merle sorti la même année et La Route des Flandres de Claude Simon en 1960, pratiquement absents du roman national.
La mémoire courte
Pire, ce sont les pantalonnades parfois douteuses comme La 7ème compagnie qui font office sur la question de mémoire collective. Et pourtant, c’est oublier un peu vite la charge héroïque des spahis du 15 mai à la Horgne, la bataille de chars de Montcornet menée victorieusement par un certain colonel De Gaulle deux jours plus tard, l’admirable résistance du Cadre noir de Saumur épaulé par les élèves sous-officiers de Saint-Maixent et les tirailleurs algériens le 20 juin, c’est encore les barouds d’honneur des unités encerclées dans les casemates de la ligne Maginot. C’est oublier, aussi, qu’il y eut pendant cette courte période au moins cent mille morts ce qui, proportionnellement, représente des pertes supérieures à celles de la première guerre mondiale.
C’est oublier, enfin, cet Appel du 18 juin. Philippe de Saint-Robert, après avoir replacé de manière synthétique et précise le contexte désespéré et proprement terrifiant de ce saut dans l’inconnu, montre qu’il est porteur d’une charge symbolique qui dépasse le cadre de la France et, de manière typiquement gaulliste, prend d’emblée une valeur universelle : « La symbolique du 18 juin est là pour justifier tous les appels qui n’ont jamais été entendus, innombrables appels toujours étouffés dans la nuit de l’Histoire et les guerres perdues ».
Soixante-dix ans après, quand on constate le nombre de malentendus, rancoeurs, refoulements, erreurs d’appréciations, reniements, haines de soi qui font le quotidien de notre pays dont on sent bien, dans tous les domaines, économiques, sociaux, ethniques, religieux, qu’il est au bord de la crise de nerfs, le petit essai de Saint-Robert n’est pas dénué d’une manière d’amertume, voire d’une franche désillusion. On sent que Saint-Robert voudrait que notre pays obéisse de nouveau à la célèbre injonction de Bernanos : « Ralliez-vous à l’histoire de France ! ».
Se rallier à l’Histoire de France
Et se rallier à l’histoire de France, en 2010 quand le sentiment de perte d’identité s’accompagne de régressions sociales sans précédent, ce serait se rallier à nouveau aux soldats de l’an II, à la Commune, à Verdun, au Front Populaire et, bien entendu à l’Appel du 18 juin : « Le message du 18 juin est un message de souveraineté, et c’est en ce sens qu’il est un message de liberté. La souveraineté comme liberté ne découle pas d’un système politique donné, mais tout système doit découler d’elle sous peine de perdre sa source dans notre histoire et de n’être plus que l’appareil légal d’une volonté qui se meurt dans une nation qui se renonce. C’est dire que le général de Gaulle s’éloigne alors qu’on le célèbre. »
Surexposer, on le sait, c’est souvent neutraliser, surtout à l’époque où le rapport vivant à l’Histoire s’est figé en « devoir de mémoire » et commémorations compassées.
Cela n’empêchera pas, pourtant, quelques cœurs rebelles de garder foi en ce cher et vieux pays et de murmurer, comme un mot de passe qui court souterrainement depuis Dominique de Roux : « À demain, de Gaulle ! »
L’euro se meurt

Des économistes parmi les plus sérieux n’excluent plus, aujourd’hui, une explosion de l’euro, victime des marchés et de l’illusion fédéraliste européenne, celle qui croit qu’Allemands et Grecs peuvent faire bourse commune.
À supposer que cette prophétie se réalise – en général, les économistes sont légèrement moins fiables que les astrologues pour prédire l’avenir – que faire ?
Revenir au franc ? Quelle tristesse ! Hormis le plaisir de retrouver les portraits de nos gloires nationales sur les billets de banque, ce retour en arrière s’apparenterait à une régression, à une projection morbide dans le passé plutôt qu’à un saut hardi dans l’avenir. Voir s’afficher à nouveau le prix du litre d’essence ou du petit noir en terrasse en francs risque, de surcroît, de provoquer quelques crises cardiaques chez nos concitoyens les plus âgés.
[access capability= »lire_inedits »]À l’heure de la mondialisation (c’est fou le nombre de raisonnements qui commencent par cette phrase, destinée à impressionner un éventuel contradicteur), à l’heure de la mondialisation, donc, le franc ne pèsera pas assez lourd pour influencer la finance internationale, mais restera assez visible pour tenter les spéculateurs.
À malin, malin et demi : la meilleure manière de se protéger contre les prédateurs, tous les lapins le savent, c’est de ne pas rester groupés comme de vulgaires sardines, mais de se disperser dans la garenne.
Cela vaut aussi pour la monnaie : pour se protéger, elle doit réduire sa taille. Le loup néglige le campagnol pour s’attaquer au chevreuil !
Donc, lorsque l’euro aura subi le sort des dinosaures, le plus sage serait d’instaurer des monnaies régionales, voire départementales, des monnaies de proximité dont la gestion serait à l’image des caractéristiques anthropologiques de leurs utilisateurs.
Que cent monnaies fleurissent : le liard savoyard, aussi solide que le franc suisse, le picaillon picard, le doublon de Septimanie, avec la binette de Georges Frêche sur les deux faces, le schtroumpf alsacien (pour les bas de laine[1. Private joke pour germanistes débutants.]), le sou (prononcer « chou ») auvergnat, avec une face autocollante pour ne pas sortir facilement de la poche, la livre bretonne indexée sur la motte de beurre salé et ainsi de suite.
Quant aux Niçois, le plus avantageux pour eux serait d’adopter le rouble russe comme monnaie locale, cela éviterait les frais de change. Reste la Corse, dont la future banque centrale pourrait devenir le refuge d’argent, disons, pas très propre. On fera avec, comme d’habitude.[/access]
Myrha, Myrha pas ?

L’apéro géant à la Goutte d’or n’aura pas lieu. La Préfecture a choisi d’interdire le rassemblement en invoquant le fameux risque de « troubles à l’ordre public ». Je ne sais pas si la décision est sage mais l’inquiétude est légitime car le risque est réel et tout le problème est là. Les rues de ce quartier auxquelles les autorités et Florentin Piffard semblent avoir renoncé, territoires perdus de la République puisqu’extensions naturelles de la mosquée comptent encore des Français qui entendent y vivre sans être emmerdés par la religion des autres. Vouloir affirmer le droit de boire de l’alcool, de manger du cochon, d’embrasser des filles, de blasphémer si ça nous chante et quand ça nous chante en pleine rue n’est pas une provocation stupide et infantile. C’est l’expression d’un génie français que le monde civilisé nous envie. Au nom du respect de quelle bondieuserie venue d’ailleurs devrais-je raser les murs de ce quartier le jour de la prière ? Si la République laïque encadre le sacré, elle doit le contenir à l’intérieur du cadre, impitoyablement, ou alors c’est accepter que les libertés des uns s’arrêtent où commence la religion des autres.
La loi serait-elle synonyme de désordre ?
La loi vise à faire régner l’ordre mais aujourd’hui à Barbès, appliquer la loi de notre République, c’est prendre le risque de l’affrontement et du désordre. Le Préfet de police a choisi de ne pas prendre le risque.
Nous avons en France deux sortes de préfets. Les uns dénoncent les scandales, les autres les évitent à tout prix. Les premiers sont démis de leur fonction quand ils ne distinguent plus l’aéroport de Dakar de celui de Roissy comme Girod de Langlade ou démissionnent quand ils sont désavoués après avoir expulsé une Marocaine sans papiers conformément à la loi mais contre l’avis des médias. Il arrive même qu’ils soient abattus d’une balle dans le dos pour avoir déplu à des bandits d’honneur. Les seconds paraissent moins préoccupés par l’immigration illégale, la montée de l’islamisme ou les dérives mafieuses que par la suite de leur carrière. Ne pas faire de vagues semble être leur priorité. Voilà pourquoi des drapeaux français sont décrochés des mairies et brûlés devant des CRS à qui l’on interdit d’intervenir comme à Toulouse. Voilà pourquoi les rues du 18ème arrondissement de Paris sont transformées en mosquées à ciel ouvert.
On choisit ses amis, pas forcément ses alliés
Face à ce laxisme coupable et dangereux que dénoncent des habitants du quartier dans une déclaration publiée par marianne.fr, des citoyens aux opinions diverses et parfois opposées ont décidés d’opposer une résistance à l’islamisation en marche en levant le coude dans ce quartier parisien où des musulmans occupent un terrain jadis planté de vignobles. Dans cette coalition qui rassemble Riposte laïque et les « Identitaires », la présence des bouffeurs de curés semble ne gêner personne. En revanche, la participation des imbéciles heureux qui sont nés quelque part pose problème jusque dans notre site pourtant amateur de soufre. Les médias nous répètent en boucle que toute cette affaire n’est qu’une provocation de l’extrême droite, notre rédactrice en chef rappelle qu’elle ne boit pas avec n’importe qui. En tout cas, pas avec ceux qui ont de la francité une vision ethnique ou religieuse. Moi non plus : si j’ai mis de côté un Bordeaux supérieur et une soubressade en prévision du 18 juin, ce n’est pas pour trinquer avec des amis mais pour faire de la politique. Or la politique, c’est le champ de l’action et le jeu des alliances. Ce n’est pas attendre pour agir de trouver des alliés avec lesquels on soit d’accord sur tout mais accepter de passer des compromis.
Je me fiche que ces compagnons de route sur les trottoirs de la rue Myrha et pas au-delà soient racistes ou antisémites, allergiques aux seuls islamistes, aux musulmans ou à tous les Arabes et même aux Juifs. Qu’ils se placent ou qu’on les place à l’extrême droite ne m’intéresse pas en l’occurrence. Je ne veux pas savoir si parmi eux, figurent ces crétins qui ne méritent pas la corde pour les pendre qui profanent les tombes de musulmans morts pour la France. Contre ceux-là, je pourrais bien m’allier un jour avec des musulmans Français et fiers de l’être. Il ne s’agit pas de fraterniser mais de remettre à sa place un islam conquérant. Il faut s’occuper de ses ennemis par ordre de priorité, à la guerre comme à la guerre, et mettre de côté nos contentieux pour les régler plus tard. Ou pas.
Après tout, les gens ne sont pas obligés d’aimer les Arabes ou les juifs. Tant qu’ils ne défilent pas dans les rues en tenue SS, qu’ils ne menacent pas mes amis et qu’ils ne viennent pas s’en prendre aux miens, ils n’ont rien à craindre de moi.
Ils n’ont pas vengé Camerone

Ma grand-mère paternelle ne comprenait rien au foot. C’est le seul héritage qu’elle m’a légué. La Mazie disait : « Pourquoi ne leur donne-t-on pas un ballon à chacun ? » Riez. Mais l’on peut se demander quelle avarice a poussé la France à ne pas donner une balle à chaque joueur français envoyé ces derniers-jours en Afrique du Sud, vu que ce n’est pas une équipe que nous avons expédiée là-bas, mais des starlettes qui auraient été fort aise de pouvoir dribbler leur baballe dans leur coin. Passons.
Passons, mais n’ayons pas la mémoire aussi courte qu’un short de footballeur. En 1998, la victoire de l’Equipe de France au Mondial avait déchaîné un torrent de ferveur populaire et de commentaires d’une hauteur de vue qui n’était pas sans rappeler les heures les plus claires de la « grande politique » nietzschéenne : la nation, disait-on, ne tirait de légitime existence qu’autour d’un stade et l’identité nationale se ressourçait en allant lécher le vert d’un gazon. On épargnera de citer les noms des brillantissimes intellectuels – certains sont, paraît-il, encore en vie –, qui vous faisaient la leçon, entonnant le Frankreich über alles sur l’air de la France black-blanc-beur.
Mexique-France : la catastrophe
Et puis, grand Dieu, la catastrophe. L’Afrique du Sud et un match déplorable contre le Mexique, dont l’équipe, contrairement à celle de la France, n’était pas uniquement composée de généraux, comme toute armée mexicaine pourtant l’exige. Si le football a quelque utilité dans la vie d’une nation, alors ayons l’honnêteté de dire que la pâtée infligée aux Français n’a pas vengé Camerone. Et qu’au contraire, cette nouvelle péripétie n’est qu’une dégradation supplémentaire de l’esprit national, comme l’aurait dit Maurras, qui était encore plus nul que moi en foot.
Et encore, le 30 avril 1863, la Légion étrangère avait résisté comme jamais aucune armée n’avait tenu une place dans l’histoire, au point qu’aujourd’hui les militaires mexicains font le salut militaire chaque fois qu’ils passent devant le monument édifié à Camerone. Eh bien là, non. Si les footballeurs français ont résisté à quoi que ce soit, c’est à l’effort et à la volonté. Et là, ils ont été les champions.
Une nation, le football jamais ne la fera exister. Ce n’est pas qu’elle soit une chose trop importante pour être confiée à des types qui fréquentent des bars à pute. C’est que le sentiment national échappe à ce genre de compétitions et à ce genre de systèmes, qui sont l’éclat le plus vif de la société du spectacle et de la société de consommation.
La nation se joue à domicile, pas sur des stades synthétiques, mais sous les vertes bruyères et les genêts changeants. Il lui faut la terre et les morts. Car eux-seuls, en fin de compte, nous apprennent quelque chose du match final et de ses résultats.
France Mexique: TF1, traitre à la nation?
Contrairement à ce qu’on entend ici ou là, une mauvaise équipe et un mauvais entraineur ne suffisent pas à expliquer un mauvais score. Et comme personne n’a osé remettre en cause l’impartialité de l’arbitre saoudien, c’est ailleurs qu’il faut chercher les circonstances aggravantes de ce 2-0. Du côté des supporters tricolores, par exemple, qui avec leurs moumoutes grises façon Domenech, avaient l’air grotesque comparés au fabuleux masques de catcheurs mexicains arborés par les aficionados d’en face. Et puis, et puis, il y a les choix pour le moins discutables de la régie publicitaire de TF1, qui n’a pas hésité à démoraliser un peu plus nos onze vaillants joueurs en diffusant avant et même après le match des spots pour les tacos Old El Paso…
Gourcuff et les Tartuffes

Selon les dernières informations, il est plus que vraisemblable que Yoann Gourcuff ne joue pas ce soir contre le Mexique. Cette mise à l’écart dépasse largement le cadre du football. Elle est symptomatique d’une époque. Une sale époque.
Le joueur bordelais ne plaît pas à quelques-uns de ses partenaires. Pour savoir de qui il s’agit, il faut avoir vu les quatre précédents matches de la sélection française. Nicolas Anelka et Franck Ribéry ne lui donnent jamais le ballon. Lorsqu’on est meneur de jeu, le poste de Gourcuff, être privé de ballon par ses partenaires équivaut à disparaître de la circulation. Il devient quasi-inutile. Domenech, qui tient à la fois à faire jouer Anelka, Ribéry et Gourcuff, s’est montré persévérant – ou entêté, c’est selon. Mais, il a fini par craquer et sacrifier le troisième.
Pourquoi donc Yoann Gourcuff est-il mis à l’index par ses compagnons de jeu ? Eugène Saccomano penche pour la jalousie envers son côté beau gosse. Il est vrai qu’on connaît davantage de filles rêvant de se retrouver dans ses bras plutôt que dans ceux de Ribéry[1. D’ailleurs, si l’on était cruel, on ajouterait qu’il est même possible que certaines paieraient plutôt que se faire payer.]. Mais on a peine à penser que ce motif suffise à la mise au rencart de Gourcuff. Comme disent les technos, il doit s’agir d’une condition nécessaire mais pas suffisante.
Cherchons encore. D’autres invoquent le conflit ethnico-religieux. N’évitons pas la question. Je n’y crois pas. Ribéry est blanc, comme Gourcuff et, même s’il s’est converti à l’islam, tout comme Anelka, il semble bien que sa pratique ne soit pas très zélée.
Le bon élève mis à l’index
C’est donc ailleurs qu’il faut chercher. En discutant de l’affaire Anelka-Ribéry vs Gourcuff avec un collègue, celui-ci m’a dit ce matin qu’il avait entendu à la radio que Ribéry se conduisait avec le joueur bordelais comme un caïd de collège. Et je me suis rappelé un texte de Natacha Polony sur un élève d’un établissement parisien et qui était fort mal traité par ses camarades parce qu’il était doué, travailleur et bien élevé. Dans cette sélection-là, Yoann ressemble fort à Clément, l’élève présenté par Natacha. Pensez donc ! Il a tout pour être bien éduqué, ce gamin. Son père, professeur de mathématiques, entraîne le club de Lorient[2. Lequel possède la caractéristique d’offrir un jeu collectif d’une précision scientifique mais aussi l’un des plus agréables à regarder de notre championnat.] où les joueurs sont au service du collectif, et pas l’inverse. Didier Deschamps, qui s’y connaît, déclarait dernièrement que les joueurs passés entre les mains de Christian Gourcuff sont transformés. En fait, ils jouent intelligemment et savent conjuguer discipline collective et joie d’offrir du beau jeu.
Pas étonnant, dès lors, que le fiston, qui aurait pu faire autre chose que footballeur s’il avait été moins doué pour le ballon, passe pour un extra-terrestre aux yeux de Ribéry ou Anelka. Chez eux, c’est plutôt « tout pour ma gueule ». La bonne éducation, la mise à disposition d’un collectif, le sens du sacrifice[3. Rappelons que Ribéry exige de ne pas jouer sur le côté droit, ce qui soulagerait pourtant le sélectionneur.], voilà les caractéristiques d’un bouffon, comme disent les gamins de collège qu’évoque Polony dans le papier cité plus haut.
Deschamps, Blanc et Thuram avaient aussi un esprit sain
Le football n’échappe pas à l’évolution des mentalités, pour le meilleur et pour le pire. Rappelons nous qu’en 1998, Jacquet s’appuyait sur des cadres comme Deschamps, Blanc et Thuram, des personnalités qui ne brillaient pas seulement ballon au pied mais aussi par leur intelligence et même parfois leur culture. Les deux premiers sont devenus de très bons entraîneurs. Le troisième, qu’on soit en accord ou en désaccord avec lui, est une personnalité écoutée et avait même été nommé au Haut Conseil pour l’intégration par le Président Chirac. Michel Platini, porte-drapeau de la génération 84-86, brillait aussi par son intelligence. Depuis, il a démontré, en organisant la coupe du monde en France et en devenant Président de l’UEFA, qu’il n’était pas bon qu’à marquer des coups de pied de réparation.
La différence, c’est qu’à cette époque, on s’appuyait justement sur ce genre de personnalité, alors qu’aujourd’hui, on préfère les sacrifier. Alors, certes, on n’aura pas tort de me rétorquer que, même placé dans de bonnes conditions à Bordeaux, Yoann Gourcuff n’a guère fait de bons matches depuis cet hiver. Mais, d’une part, il est loin d’être le seul dans ce cas même parmi les titularisés. Et d’autre part, cela n’excuse en rien le comportement d’Anelka et Ribéry à son égard. On n’est pas étonné, du reste, qu’avec des meneurs de groupe pareils, cette sélection ait fait preuve d’une telle goujaterie dimanche dernier.
Il est possible que l’équipe de France batte le Mexique ce soir. Il est même possible que certains joueurs se mettent enfin à jouer parce qu’ils auront obtenu satisfaction, la mise à l’écart de ce gars trop bien élevé, ce bouffon. On dira alors que Domenech a bien fait de les écouter. Il gagne donc il a raison. Mais, qu’on nous permette de douter que ce calcul soit le meilleur dans l’optique de joutes qui seront plus difficiles, plus tard dans le tournoi.
L’humanitarisme n’est pas un humanisme

D’après les dernières statistiques publiées par l’ONU, entre janvier et octobre 2009, 468 civils afghans ont été tués par les troupes de l’OTAN et leurs alliés gouvernementaux. Ces chiffres correspondent à peu près à ceux de 2008, et correspondront probablement à ceux de 2010, à quelques femmes, vieillards et enfants près. Le calcul est vite fait : environ dix innocents tués chaque semaine, dans un conflit où notre pays, comme la plupart des démocraties occidentales, est directement engagé. Bien entendu, ces dix morts hebdomadaires, en Occident, tout le monde s’en fout ou à peu près, tout comme l’humanité entière est restée hermétique aux carnages à répétition au Sri Lanka, en Somalie, au Cachemire, où l’unité de compte hebdo est plus souvent la centaine que la dizaine.
Vous voyez bien sûr où je veux en venir. Certains morts sont plus bankables que d’autres. D’autres qui pourtant n’avaient rien fait, rien risqué, rien demandé, bref des victimes innocentes, pures et parfaites au regard des normes médiatiques en vigueur. La compassion n’est pas une science exacte.
[access capability= »lire_inedits »]L’audace rhétorique des intégristes islamistes
Par là, je ne veux pas dire que les neuf morts du Mavi-Marmara méritaient de passer de vie à trépas. Quels que soient les agissements qu’on leur reproche, ceux-ci n’étaient pas passibles de mort. Et sans aucune ambiguïté, je voudrais qu’ils soient encore de ce monde, qu’ils brandissent leurs pancartes, leurs slogans ou leurs barres de fer voire leurs cocktails Molotov, tous exercices que j’ai moi-même abondamment pratiqués dans ma jeunesse sans éprouver, à l’heure qu’il est, plus de remords que ça − sauf peut-être pour les pancartes… Mais il y a quelques différences. Primo, je ne me serais jamais livré à ce genre de facéties dans un pays en guerre, ou alors en connaissance de cause et donc des risques encourus. Secundo, jamais je n’aurais pensé à m’affubler de l’adjectif « humanitaire ». Althusser nous avait d’ailleurs bien expliqué, dans Réponse à John Lewis, que le marxisme n’était pas un humanisme : on n’allait donc pas aller se déguiser en pétitionnaires d’Amnesty ou en bénévoles de la Croix-Rouge…
Il semblerait que les affréteurs de la flottille « pacifiste » n’aient pas les mêmes références théoriques que moi et donc pas les mêmes réticences terminologiques, ce qui n’est pas pour me surprendre ni pour me déplaire. Après tout, le transport d’armes ou de combattants dans les ambulances est une ruse de guerre comme une autre, vieille comme la Convention de Genève. Je n’en suis pas moins épaté par l’audace rhétorique des intégristes islamiques qui ont réussi, à force de persévérance, à décrocher le label « humanitaire ». La prouesse est de taille quand on sait, même vaguement, ce qu’est le Hamas, quelle est sa conception extensive des droits de l’homme… sans parler de ceux de la femme. On ne vous parlera même pas des juifs, des Palestiniens marxistes ou laïques et autres mécréants qui, n’étant pas humains, ne relèvent pas de la largesse de vue humanitaire que le Hamas dispense à Gaza depuis juin 2007. N’empêche, il faut croire que plus c’est gros, plus ça passe : à force de marteler « Je suis oiseau : voyez mes ailes ! », le Hamas relooké humanitaire avait, avant même la tragédie du flagship, gagné la bataille sémantique, donc idéologique.
Un adversaire supérieur dans la bataille des mots et des idées
Oui, c’était plié d’avance : à partir du moment où la terminologie standard utilisée par les médias du monde entier était « flottille humanitaire » (« aid flotilla » en VO), toutes les issues étaient mauvaises pour les Israéliens. Certaines l’étaient probablement plus que d’autres, et certaines pires encore : compte tenu de ce que l’on sait pour l’instant sur les circonstances de l’abordage, on imagine aisément que le bilan en termes de vies humaines aurait pu être encore plus catastrophique. Mais il aurait aussi pu être moindre, et même inexistant si l’équipe au pouvoir à Jérusalem avait tenu compte de la supériorité de l’adversaire dans la bataille des mots et des idées.
Dans cette affaire-là, où Israël savait que ses ennemis jouaient délibérément la carte de la provocation pour pouvoir ensuite dérouler la compassion, il y avait un seul objectif politico-militaire possible : le zéro mort, le zéro absolu, quel qu’en soit le prix. D’autres choix ont été faits. On voit bien qui en sont aujourd’hui les seuls bénéficiaires.[/access]
US-UK: No future !

À Londres, on l’appelle « la relation spéciale », avec un petit sourire en coin et les yeux perdus dans le vague de l’océan qui sépare le Royaume-Uni de l’Amérique. Et très vite on vous explique que vous ne pouvez pas comprendre. L’amour, c’est beaucoup plus que l’amour, n’est-ce pas ? Née dans la fraternité des armes en septembre 1940 quand Roosevelt décidait d’accorder 50 destroyers à la Grande-Bretagne, et théorisée par Churchill dans son discours de Fulton (Missouri profond) le 5 mars 1946 comme « la plus remarquable alliance de l’histoire moderne », la solidarité instinctive oriente naturellement la politique étrangère britannique vers son ancienne colonie. « Chaque fois que nous devrons choisir entre l’Europe et le grand large, nous choisirons le grand large », avait prévenu le même Churchill. On imagine que de Gaulle, à qui la formule était destinée, avait apprécié.
Bush à Blair : « Thank you for coming, friend ! »
Après la relation stratégique et très personnelle entre Ronald Reagan et Margaret Thatcher, le « thank you for coming, friend » dont George W. Bush a salué Tony Blair venu s’adresser au Congrès dix jours après le 11 septembre a officialisé sa dimension affective unique, renforcée par un univers culturel commun, une langue bien sûr, et la croyance en des valeurs économiques assez proches. « Nous sommes les alliés des USA non parce qu’ils sont puissants, mais parce que nous partageons les mêmes valeurs » rappelait Tony Blair à la première occasion. Tout est dit. Dix millions de lecteurs de quotidiens appartenant au très atlantiste Rupert Murdoch (le Sun et le Times), sans compter le Daily Mail, le Daily Express ou le Daily Telegraph, s’abreuvent chaque jour à la fontaine de Washington.
Les lib-dems, aussi anti-américains qu’un vieux gaulliste
Après un flottement relatif dû aux relations plutôt tièdes entre Barack Obama et Gordon Brown qui s’est appliqué à démontrer que le soutien sans faille aux Américains n’était pas inscrit dans l’ADN des Premiers ministres, la presse conservatrice fondait de grands espoirs sur l’élection de David Cameron, malgré sa très baroque alliance de circonstance avec des lib-dems pacifistes et presqu’aussi anti-américains qu’un vieux gaulliste. Sitôt nommé, le nouveau ministre des Affaires étrangères William Hague a filé à Washington pour rencontrer Hillary Clinton et se répandre en déclarations passionnées sur « l’alliance incassable » qui bien plus que Bruxelles garantissait la sécurité nationale du royaume. Avenir de l’euro, Iran, conflit israélo-palestinien, Afghanistan surtout où la contribution militaire britannique est décisive, tout les rapproche, assurait-il.
BP désignée à la vindicte mondiale
Tout semblait donc reparti comme en 40 dans le meilleur des mondes anglophones possible, quand une gigantesque marée noire crachant 2 à 4 millions de brut par jour sur les côtes de la Louisiane et provenant d’une plate-forme de forage implantée à Deepwater la bien nommée, dans le golfe du Mexique, fait trembler les bases mêmes de la relation spéciale. Le président a mis quelques jours avant de prendre toute l’ampleur du désastre. Mais aujourd’hui, il se rattrape. Désormais, il arpente inlassablement les côtes de la Louisiane martyrisée par « la pire catastrophe écologique de l’histoire des Etats-Unis » qu’il a comparé, excusez du peu, au 11 septembre. Ni plus, ni moins. Son but ? Rencontrer les « vrais gens », les victimes, et charger BP, la compagnie responsable de la plate-forme déficiente. On peut le comprendre. BP ? C’est en fait sous son ancien nom de British Petroleum, abandonné pourtant en 2002 que Barack Obama l’a désignée à la vindicte mondiale. Depuis sa privatisation, la compagnie fait les beaux jours de la City qui exige croissance rapide et dividendes pour les actionnaires, se préoccupant peu de la technique et de l’ingénierie. Avec parfois des résultats catastrophiques, comme l’explosion d’une raffinerie au Texas en 2005.
L’impact financier pour le groupe britannique est difficile à évaluer. 360 millions de dollars pour construire des îles artificielles qui seront chargées d’endiguer la marée noire. Mais le pire est à venir et il a peu à voir avec l’écosystème mondial. La chute des actions BP (moins 40%) va se répercuter sur la plupart des fonds de pensions britanniques qui en sont propriétaires pour un bon quart.
La presse british unie contre Obama
Comme un seul homme en ces temps de ferveur nationale footballistique exacerbée, la presse n’est plus qu’un cri : « Il faut sauver le soldat BP ». Que vaut la relation spéciale quand des millions de Britanniques risquent d’être touchés ? Pas grand-chose apparemment. La rhétorique américaine anti-british est particulièrement mal passée. Les retraités du Yorkshire avant les pêcheurs de Louisiane. Le Daily Express qui barre sa une d’un « Obama tue nos retraites » ou le Daily Telegraph qui critique son « chauvinisme agressif » semblent avoir déjà choisi… Jusqu’au Times qui déplore le « populisme anti-business » du président américain au moment où il doit affronter les toujours délicates mid-term elections. Après tout, l’appétit insatiable d’un pays qui consomme un quart du pétrole mondial pour une population d’un vingtième de celle de la planète n’est-il pas responsable en partie de la marée noire ?
La déception du junior partner
Au-delà d’un agacement passager, c’est toute la construction asymétrique de la « relation spéciale » qui est subitement passée au scalpel. Les langues se délient, laissant affleurer la rancœur et la déception du « junior partner ». Celui sur lequel on a toujours pu compter sans même se poser de question. Le préféré. Mais les Britanniques sentent confusément que le très pragmatique Obama n’a plus vraiment besoin d’eux et préfère traiter avec une Europe unie, sans parler de ses plans grandioses en Chine ou au Proche-Orient. Il a pressé le citron et il va jeter l’écorce. Et cela leur brise le cœur. Au point de reléguer les débuts médiocres de l’équipe nationale et les exploits de « soap Green », l’homme le plus détesté de toute l’Angleterre, dans les pages intérieures des tabloïds.
David Cameron doit se rendre à la Maison Blanche en juillet après avoir rencontré Barack Obama quelques jours plus tôt au sommet du G8. Avec une question au bord des lèvres, celle que tout un pays se pose : « What do you want from your most trusted ally ? ». Que voulez-vous de votre allié le plus fidèle, monsieur le président ?
Quand Lasch taclait Besancenot
Ami trotskiste, tu avais juste dix-huit ans quand on t’a mis un mégaphone… Dix ans avant l’apparition du phénomène Besancenot, Christopher Lasch avait prophétisé l’avènement d’une gauche oublieuse du peuple, préférant l’immigré/décolonisé au prolo/beauf. « Le problème avec la nouvelle gauche, expliquait-il, résidait précisément dans son ignorance de l’histoire originelle de la gauche, avec pour conséquence le fait qu’elle persistait à reproduire les figures les moins intéressantes de cette histoire : un sectarisme rampant, une obsession de la pureté idéologique, une idéalisation des groupes d’exclus ». Comme si l’exclusion prenait le pas sur la misère, la marginalité effaçait la cause des travailleurs pauvres et autres chômeurs « souchiens ». Entendre les éternels idiots utiles du système faire du réac-catho la figure paradigmatique du salaud ploutocrate fait bien rire. Pour la non-pensée libertaro-acnéique, les néo communautarismes sont autant de progressismes bafoués. Sans comprendre une seule seconde qu’à l’assignation identitaire correspond la segmentation des marchés. Et si jamais ils l’ont compris, c’est encore pire…
Pompes et circonstances

Aussi incroyable que cela paraisse, jamais un président français n’était venu célébrer à Londres l’Appel du 18 juin. De Débarquement en Libération, nos chefs d’Etat ne sont pourtant avares ni de commémorations ni de moissons de gerbes tricolores, mais la traversée de la Manche les retenait sans doute. Parader en maître de maison sur les plages de Normandie ou les pavés de Paris martyrisé est une chose, reconnaître chez les Anglais que nous leur devons beaucoup en est une autre.
Sans Churchill, sans BBC, pas de France indépendante
Pourtant, en offrant le micro de la BBC à un général un peu fou qui ne représentait que lui-même et une certaine idée de la France, en reconnaissant de fait sa légitimité contre le gouvernement parjure de Pétain, les Anglais ont posé la première pierre de la maison France moderne. Celle qui nous mène à la table des vainqueurs et au conseil de sécurité de l’ONU, lavés du déshonneur de l’armistice et de la collaboration. D’un « clochard épique », ils ont fait une légende. Sans Churchill, sans BBC, pas d’Appel, pas d’épopée, pas de France indépendante. Eventuellement un Etat-satellite des Etats-Unis, sorti de l’histoire pour un bon moment. Peut-être même définitivement.
Au pas de course ou plutôt au petit trot, à l’image des chevaux de la Garde républicaine qui ont pris possession du pavé londonien, c’est cela que Nicolas Sarkozy est venu dire aux Anglais en ce vendredi 18 juin, sous un soleil un peu pâle dans la cour du Royal Hospital Chelsea, une copie des Invalides parisiennes, tombeau impérial en moins. Plutôt très bien d’ailleurs. Chacun sait que la « plume » du président est magistrale. Pour l’occasion, un dosage savant entre émotion, histoire et reconnaissance éternelle, ouvrant habilement sur l’unité européenne indispensable. « La condition de la survie de notre civilisation ». La plume n’y est pas allée par quatre chemins.
Les Anglais ont-ils apprécié ? Pour eux le 18 juin, c’est au mieux le discours fondateur de Churchill aux Communes proclamant la fin de la bataille de France et annonçant celle d’Angleterre, quelques heures avant l’appel de de Gaulle. Au pire… Waterloo. L’histoire a parfois de curieux pieds de nez. Comme David Cameron se félicitant de la réintégration par la France de l’OTAN… dont de Gaulle avait claqué la porte. On peut être amis mais un peu sourds. Le Premier ministre anglais a surtout vu dans cette célébration l’occasion de rappeler les combats militaires communs en Afghanistan. Quand la politique reprend ses droits… Bien loin des préoccupations des tabloïds qui attendaient… Carla. Ils n’ont pas été déçus. La first lady est indéniablement éblouissante.
« Dans la nuit, la liberté nous écoute… »
Beaucoup moins glamour, mais ô combien plus touchants, 800 anciens combattants ont fait le voyage. Les ders des ders. Ceux qui avaient moins de 20 ans en 40. Des gosses qui, de l’Ile de Sein (un quart de la France libre) à Paris ont tout laissé tomber, une famille, un bachot, des amis, pour se lancer seuls sur la mer, dans des rafiots de fortune pour rallier ce mystérieux général que pas un sur cent n’avait entendu. Aujourd’hui ce sont de frêles vieillards qui viennent à Londres pour une ultime visite. Ils se comptent du regard. Ils viennent d’apprendre que depuis le matin, Marcel Bigeard manque à l’appel. Un 18 juin. Sacré Marcel.
Comment oublier les larmes de ce très vieil homme, résistant de la première heure et décoré de la légion d’honneur par Nicolas Sarkozy après 70 ans ? Combien de compagnons lui font-ils cortège ? Ou ce Chant des partisans écrit au Savile Club, juste à côté, qui unit les chœurs de l’armée française aux voix des enfants du lycée français… Charles de Gaulle, pour rappeler que « dans la nuit la liberté nous écoute » ? Et nous parle, au micro de la BBC, avec une voix un peu théâtrale à jamais inscrite dans l’histoire du monde.
Une commémoration pour rien ?

Le 18 juin 1940 est sans doute le dernier événement de l’Histoire de France, si l’on entend par événement cette capacité dialectique des vieilles nations à trouver la force de renaître dans les pires catastrophes. Et comme tout événement au sens plein du terme, s’il peut s’expliquer par un concours de circonstances et des déterminismes de toute sorte, il garde malgré tout une part magique, secrète, irréductible, presque mystique. C’est dans un court essai, dense, inspiré et parfois poignant, Juin 40 ou les paradoxes de l’honneur (CNRS Editions) que Philippe de Saint-Robert, gaulliste de toujours, ancien haut-commissaire à la Langue française, tente d’élucider en quoi, durant ces quelques semaines, comme il l’écrit lui-même, « à la qualité du désastre répondra celle de la reconquête. » Ou pour dire les choses autrement, en quoi à Pétain répondra De Gaulle.
On mesure finalement toujours aussi mal aujourd’hui la violence de ces quelques semaines qui entre le 10 mai et le 22 juin virent s’effondrer une certaine idée que la France avait d’elle-même. Un vilain goût pour l’autodénigrement et même la haine de soi a imposé dans l’imaginaire collectif l’image d’une armée de trouillards munichois humiliée par de beaux guerriers blonds, centaures mécanisés qui auraient accompagné notre débâcle jusqu’à la Méditerranée si Pétain n’avait pas signé l’armistice dans les conditions honteuses que l’on sait. Et l’on remarquera que si la littérature (Marc Dugain, Philippe Claudel, Jean Rouaud, Sébastien Japrisot pour ne citer qu’eux) et le cinéma tournent très souvent autour de la guerre de 14 comme plaie inaugurale et toujours à vif de la modernité, les combats de 40, eux, sont depuis le Sartre de La mort dans l’âme en 1949, Week-end à Zuydcoote de Robert Merle sorti la même année et La Route des Flandres de Claude Simon en 1960, pratiquement absents du roman national.
La mémoire courte
Pire, ce sont les pantalonnades parfois douteuses comme La 7ème compagnie qui font office sur la question de mémoire collective. Et pourtant, c’est oublier un peu vite la charge héroïque des spahis du 15 mai à la Horgne, la bataille de chars de Montcornet menée victorieusement par un certain colonel De Gaulle deux jours plus tard, l’admirable résistance du Cadre noir de Saumur épaulé par les élèves sous-officiers de Saint-Maixent et les tirailleurs algériens le 20 juin, c’est encore les barouds d’honneur des unités encerclées dans les casemates de la ligne Maginot. C’est oublier, aussi, qu’il y eut pendant cette courte période au moins cent mille morts ce qui, proportionnellement, représente des pertes supérieures à celles de la première guerre mondiale.
C’est oublier, enfin, cet Appel du 18 juin. Philippe de Saint-Robert, après avoir replacé de manière synthétique et précise le contexte désespéré et proprement terrifiant de ce saut dans l’inconnu, montre qu’il est porteur d’une charge symbolique qui dépasse le cadre de la France et, de manière typiquement gaulliste, prend d’emblée une valeur universelle : « La symbolique du 18 juin est là pour justifier tous les appels qui n’ont jamais été entendus, innombrables appels toujours étouffés dans la nuit de l’Histoire et les guerres perdues ».
Soixante-dix ans après, quand on constate le nombre de malentendus, rancoeurs, refoulements, erreurs d’appréciations, reniements, haines de soi qui font le quotidien de notre pays dont on sent bien, dans tous les domaines, économiques, sociaux, ethniques, religieux, qu’il est au bord de la crise de nerfs, le petit essai de Saint-Robert n’est pas dénué d’une manière d’amertume, voire d’une franche désillusion. On sent que Saint-Robert voudrait que notre pays obéisse de nouveau à la célèbre injonction de Bernanos : « Ralliez-vous à l’histoire de France ! ».
Se rallier à l’Histoire de France
Et se rallier à l’histoire de France, en 2010 quand le sentiment de perte d’identité s’accompagne de régressions sociales sans précédent, ce serait se rallier à nouveau aux soldats de l’an II, à la Commune, à Verdun, au Front Populaire et, bien entendu à l’Appel du 18 juin : « Le message du 18 juin est un message de souveraineté, et c’est en ce sens qu’il est un message de liberté. La souveraineté comme liberté ne découle pas d’un système politique donné, mais tout système doit découler d’elle sous peine de perdre sa source dans notre histoire et de n’être plus que l’appareil légal d’une volonté qui se meurt dans une nation qui se renonce. C’est dire que le général de Gaulle s’éloigne alors qu’on le célèbre. »
Surexposer, on le sait, c’est souvent neutraliser, surtout à l’époque où le rapport vivant à l’Histoire s’est figé en « devoir de mémoire » et commémorations compassées.
Cela n’empêchera pas, pourtant, quelques cœurs rebelles de garder foi en ce cher et vieux pays et de murmurer, comme un mot de passe qui court souterrainement depuis Dominique de Roux : « À demain, de Gaulle ! »
L’euro se meurt

Des économistes parmi les plus sérieux n’excluent plus, aujourd’hui, une explosion de l’euro, victime des marchés et de l’illusion fédéraliste européenne, celle qui croit qu’Allemands et Grecs peuvent faire bourse commune.
À supposer que cette prophétie se réalise – en général, les économistes sont légèrement moins fiables que les astrologues pour prédire l’avenir – que faire ?
Revenir au franc ? Quelle tristesse ! Hormis le plaisir de retrouver les portraits de nos gloires nationales sur les billets de banque, ce retour en arrière s’apparenterait à une régression, à une projection morbide dans le passé plutôt qu’à un saut hardi dans l’avenir. Voir s’afficher à nouveau le prix du litre d’essence ou du petit noir en terrasse en francs risque, de surcroît, de provoquer quelques crises cardiaques chez nos concitoyens les plus âgés.
[access capability= »lire_inedits »]À l’heure de la mondialisation (c’est fou le nombre de raisonnements qui commencent par cette phrase, destinée à impressionner un éventuel contradicteur), à l’heure de la mondialisation, donc, le franc ne pèsera pas assez lourd pour influencer la finance internationale, mais restera assez visible pour tenter les spéculateurs.
À malin, malin et demi : la meilleure manière de se protéger contre les prédateurs, tous les lapins le savent, c’est de ne pas rester groupés comme de vulgaires sardines, mais de se disperser dans la garenne.
Cela vaut aussi pour la monnaie : pour se protéger, elle doit réduire sa taille. Le loup néglige le campagnol pour s’attaquer au chevreuil !
Donc, lorsque l’euro aura subi le sort des dinosaures, le plus sage serait d’instaurer des monnaies régionales, voire départementales, des monnaies de proximité dont la gestion serait à l’image des caractéristiques anthropologiques de leurs utilisateurs.
Que cent monnaies fleurissent : le liard savoyard, aussi solide que le franc suisse, le picaillon picard, le doublon de Septimanie, avec la binette de Georges Frêche sur les deux faces, le schtroumpf alsacien (pour les bas de laine[1. Private joke pour germanistes débutants.]), le sou (prononcer « chou ») auvergnat, avec une face autocollante pour ne pas sortir facilement de la poche, la livre bretonne indexée sur la motte de beurre salé et ainsi de suite.
Quant aux Niçois, le plus avantageux pour eux serait d’adopter le rouble russe comme monnaie locale, cela éviterait les frais de change. Reste la Corse, dont la future banque centrale pourrait devenir le refuge d’argent, disons, pas très propre. On fera avec, comme d’habitude.[/access]
Myrha, Myrha pas ?

L’apéro géant à la Goutte d’or n’aura pas lieu. La Préfecture a choisi d’interdire le rassemblement en invoquant le fameux risque de « troubles à l’ordre public ». Je ne sais pas si la décision est sage mais l’inquiétude est légitime car le risque est réel et tout le problème est là. Les rues de ce quartier auxquelles les autorités et Florentin Piffard semblent avoir renoncé, territoires perdus de la République puisqu’extensions naturelles de la mosquée comptent encore des Français qui entendent y vivre sans être emmerdés par la religion des autres. Vouloir affirmer le droit de boire de l’alcool, de manger du cochon, d’embrasser des filles, de blasphémer si ça nous chante et quand ça nous chante en pleine rue n’est pas une provocation stupide et infantile. C’est l’expression d’un génie français que le monde civilisé nous envie. Au nom du respect de quelle bondieuserie venue d’ailleurs devrais-je raser les murs de ce quartier le jour de la prière ? Si la République laïque encadre le sacré, elle doit le contenir à l’intérieur du cadre, impitoyablement, ou alors c’est accepter que les libertés des uns s’arrêtent où commence la religion des autres.
La loi serait-elle synonyme de désordre ?
La loi vise à faire régner l’ordre mais aujourd’hui à Barbès, appliquer la loi de notre République, c’est prendre le risque de l’affrontement et du désordre. Le Préfet de police a choisi de ne pas prendre le risque.
Nous avons en France deux sortes de préfets. Les uns dénoncent les scandales, les autres les évitent à tout prix. Les premiers sont démis de leur fonction quand ils ne distinguent plus l’aéroport de Dakar de celui de Roissy comme Girod de Langlade ou démissionnent quand ils sont désavoués après avoir expulsé une Marocaine sans papiers conformément à la loi mais contre l’avis des médias. Il arrive même qu’ils soient abattus d’une balle dans le dos pour avoir déplu à des bandits d’honneur. Les seconds paraissent moins préoccupés par l’immigration illégale, la montée de l’islamisme ou les dérives mafieuses que par la suite de leur carrière. Ne pas faire de vagues semble être leur priorité. Voilà pourquoi des drapeaux français sont décrochés des mairies et brûlés devant des CRS à qui l’on interdit d’intervenir comme à Toulouse. Voilà pourquoi les rues du 18ème arrondissement de Paris sont transformées en mosquées à ciel ouvert.
On choisit ses amis, pas forcément ses alliés
Face à ce laxisme coupable et dangereux que dénoncent des habitants du quartier dans une déclaration publiée par marianne.fr, des citoyens aux opinions diverses et parfois opposées ont décidés d’opposer une résistance à l’islamisation en marche en levant le coude dans ce quartier parisien où des musulmans occupent un terrain jadis planté de vignobles. Dans cette coalition qui rassemble Riposte laïque et les « Identitaires », la présence des bouffeurs de curés semble ne gêner personne. En revanche, la participation des imbéciles heureux qui sont nés quelque part pose problème jusque dans notre site pourtant amateur de soufre. Les médias nous répètent en boucle que toute cette affaire n’est qu’une provocation de l’extrême droite, notre rédactrice en chef rappelle qu’elle ne boit pas avec n’importe qui. En tout cas, pas avec ceux qui ont de la francité une vision ethnique ou religieuse. Moi non plus : si j’ai mis de côté un Bordeaux supérieur et une soubressade en prévision du 18 juin, ce n’est pas pour trinquer avec des amis mais pour faire de la politique. Or la politique, c’est le champ de l’action et le jeu des alliances. Ce n’est pas attendre pour agir de trouver des alliés avec lesquels on soit d’accord sur tout mais accepter de passer des compromis.
Je me fiche que ces compagnons de route sur les trottoirs de la rue Myrha et pas au-delà soient racistes ou antisémites, allergiques aux seuls islamistes, aux musulmans ou à tous les Arabes et même aux Juifs. Qu’ils se placent ou qu’on les place à l’extrême droite ne m’intéresse pas en l’occurrence. Je ne veux pas savoir si parmi eux, figurent ces crétins qui ne méritent pas la corde pour les pendre qui profanent les tombes de musulmans morts pour la France. Contre ceux-là, je pourrais bien m’allier un jour avec des musulmans Français et fiers de l’être. Il ne s’agit pas de fraterniser mais de remettre à sa place un islam conquérant. Il faut s’occuper de ses ennemis par ordre de priorité, à la guerre comme à la guerre, et mettre de côté nos contentieux pour les régler plus tard. Ou pas.
Après tout, les gens ne sont pas obligés d’aimer les Arabes ou les juifs. Tant qu’ils ne défilent pas dans les rues en tenue SS, qu’ils ne menacent pas mes amis et qu’ils ne viennent pas s’en prendre aux miens, ils n’ont rien à craindre de moi.
Ils n’ont pas vengé Camerone

Ma grand-mère paternelle ne comprenait rien au foot. C’est le seul héritage qu’elle m’a légué. La Mazie disait : « Pourquoi ne leur donne-t-on pas un ballon à chacun ? » Riez. Mais l’on peut se demander quelle avarice a poussé la France à ne pas donner une balle à chaque joueur français envoyé ces derniers-jours en Afrique du Sud, vu que ce n’est pas une équipe que nous avons expédiée là-bas, mais des starlettes qui auraient été fort aise de pouvoir dribbler leur baballe dans leur coin. Passons.
Passons, mais n’ayons pas la mémoire aussi courte qu’un short de footballeur. En 1998, la victoire de l’Equipe de France au Mondial avait déchaîné un torrent de ferveur populaire et de commentaires d’une hauteur de vue qui n’était pas sans rappeler les heures les plus claires de la « grande politique » nietzschéenne : la nation, disait-on, ne tirait de légitime existence qu’autour d’un stade et l’identité nationale se ressourçait en allant lécher le vert d’un gazon. On épargnera de citer les noms des brillantissimes intellectuels – certains sont, paraît-il, encore en vie –, qui vous faisaient la leçon, entonnant le Frankreich über alles sur l’air de la France black-blanc-beur.
Mexique-France : la catastrophe
Et puis, grand Dieu, la catastrophe. L’Afrique du Sud et un match déplorable contre le Mexique, dont l’équipe, contrairement à celle de la France, n’était pas uniquement composée de généraux, comme toute armée mexicaine pourtant l’exige. Si le football a quelque utilité dans la vie d’une nation, alors ayons l’honnêteté de dire que la pâtée infligée aux Français n’a pas vengé Camerone. Et qu’au contraire, cette nouvelle péripétie n’est qu’une dégradation supplémentaire de l’esprit national, comme l’aurait dit Maurras, qui était encore plus nul que moi en foot.
Et encore, le 30 avril 1863, la Légion étrangère avait résisté comme jamais aucune armée n’avait tenu une place dans l’histoire, au point qu’aujourd’hui les militaires mexicains font le salut militaire chaque fois qu’ils passent devant le monument édifié à Camerone. Eh bien là, non. Si les footballeurs français ont résisté à quoi que ce soit, c’est à l’effort et à la volonté. Et là, ils ont été les champions.
Une nation, le football jamais ne la fera exister. Ce n’est pas qu’elle soit une chose trop importante pour être confiée à des types qui fréquentent des bars à pute. C’est que le sentiment national échappe à ce genre de compétitions et à ce genre de systèmes, qui sont l’éclat le plus vif de la société du spectacle et de la société de consommation.
La nation se joue à domicile, pas sur des stades synthétiques, mais sous les vertes bruyères et les genêts changeants. Il lui faut la terre et les morts. Car eux-seuls, en fin de compte, nous apprennent quelque chose du match final et de ses résultats.
France Mexique: TF1, traitre à la nation?
Contrairement à ce qu’on entend ici ou là, une mauvaise équipe et un mauvais entraineur ne suffisent pas à expliquer un mauvais score. Et comme personne n’a osé remettre en cause l’impartialité de l’arbitre saoudien, c’est ailleurs qu’il faut chercher les circonstances aggravantes de ce 2-0. Du côté des supporters tricolores, par exemple, qui avec leurs moumoutes grises façon Domenech, avaient l’air grotesque comparés au fabuleux masques de catcheurs mexicains arborés par les aficionados d’en face. Et puis, et puis, il y a les choix pour le moins discutables de la régie publicitaire de TF1, qui n’a pas hésité à démoraliser un peu plus nos onze vaillants joueurs en diffusant avant et même après le match des spots pour les tacos Old El Paso…
Gourcuff et les Tartuffes

Selon les dernières informations, il est plus que vraisemblable que Yoann Gourcuff ne joue pas ce soir contre le Mexique. Cette mise à l’écart dépasse largement le cadre du football. Elle est symptomatique d’une époque. Une sale époque.
Le joueur bordelais ne plaît pas à quelques-uns de ses partenaires. Pour savoir de qui il s’agit, il faut avoir vu les quatre précédents matches de la sélection française. Nicolas Anelka et Franck Ribéry ne lui donnent jamais le ballon. Lorsqu’on est meneur de jeu, le poste de Gourcuff, être privé de ballon par ses partenaires équivaut à disparaître de la circulation. Il devient quasi-inutile. Domenech, qui tient à la fois à faire jouer Anelka, Ribéry et Gourcuff, s’est montré persévérant – ou entêté, c’est selon. Mais, il a fini par craquer et sacrifier le troisième.
Pourquoi donc Yoann Gourcuff est-il mis à l’index par ses compagnons de jeu ? Eugène Saccomano penche pour la jalousie envers son côté beau gosse. Il est vrai qu’on connaît davantage de filles rêvant de se retrouver dans ses bras plutôt que dans ceux de Ribéry[1. D’ailleurs, si l’on était cruel, on ajouterait qu’il est même possible que certaines paieraient plutôt que se faire payer.]. Mais on a peine à penser que ce motif suffise à la mise au rencart de Gourcuff. Comme disent les technos, il doit s’agir d’une condition nécessaire mais pas suffisante.
Cherchons encore. D’autres invoquent le conflit ethnico-religieux. N’évitons pas la question. Je n’y crois pas. Ribéry est blanc, comme Gourcuff et, même s’il s’est converti à l’islam, tout comme Anelka, il semble bien que sa pratique ne soit pas très zélée.
Le bon élève mis à l’index
C’est donc ailleurs qu’il faut chercher. En discutant de l’affaire Anelka-Ribéry vs Gourcuff avec un collègue, celui-ci m’a dit ce matin qu’il avait entendu à la radio que Ribéry se conduisait avec le joueur bordelais comme un caïd de collège. Et je me suis rappelé un texte de Natacha Polony sur un élève d’un établissement parisien et qui était fort mal traité par ses camarades parce qu’il était doué, travailleur et bien élevé. Dans cette sélection-là, Yoann ressemble fort à Clément, l’élève présenté par Natacha. Pensez donc ! Il a tout pour être bien éduqué, ce gamin. Son père, professeur de mathématiques, entraîne le club de Lorient[2. Lequel possède la caractéristique d’offrir un jeu collectif d’une précision scientifique mais aussi l’un des plus agréables à regarder de notre championnat.] où les joueurs sont au service du collectif, et pas l’inverse. Didier Deschamps, qui s’y connaît, déclarait dernièrement que les joueurs passés entre les mains de Christian Gourcuff sont transformés. En fait, ils jouent intelligemment et savent conjuguer discipline collective et joie d’offrir du beau jeu.
Pas étonnant, dès lors, que le fiston, qui aurait pu faire autre chose que footballeur s’il avait été moins doué pour le ballon, passe pour un extra-terrestre aux yeux de Ribéry ou Anelka. Chez eux, c’est plutôt « tout pour ma gueule ». La bonne éducation, la mise à disposition d’un collectif, le sens du sacrifice[3. Rappelons que Ribéry exige de ne pas jouer sur le côté droit, ce qui soulagerait pourtant le sélectionneur.], voilà les caractéristiques d’un bouffon, comme disent les gamins de collège qu’évoque Polony dans le papier cité plus haut.
Deschamps, Blanc et Thuram avaient aussi un esprit sain
Le football n’échappe pas à l’évolution des mentalités, pour le meilleur et pour le pire. Rappelons nous qu’en 1998, Jacquet s’appuyait sur des cadres comme Deschamps, Blanc et Thuram, des personnalités qui ne brillaient pas seulement ballon au pied mais aussi par leur intelligence et même parfois leur culture. Les deux premiers sont devenus de très bons entraîneurs. Le troisième, qu’on soit en accord ou en désaccord avec lui, est une personnalité écoutée et avait même été nommé au Haut Conseil pour l’intégration par le Président Chirac. Michel Platini, porte-drapeau de la génération 84-86, brillait aussi par son intelligence. Depuis, il a démontré, en organisant la coupe du monde en France et en devenant Président de l’UEFA, qu’il n’était pas bon qu’à marquer des coups de pied de réparation.
La différence, c’est qu’à cette époque, on s’appuyait justement sur ce genre de personnalité, alors qu’aujourd’hui, on préfère les sacrifier. Alors, certes, on n’aura pas tort de me rétorquer que, même placé dans de bonnes conditions à Bordeaux, Yoann Gourcuff n’a guère fait de bons matches depuis cet hiver. Mais, d’une part, il est loin d’être le seul dans ce cas même parmi les titularisés. Et d’autre part, cela n’excuse en rien le comportement d’Anelka et Ribéry à son égard. On n’est pas étonné, du reste, qu’avec des meneurs de groupe pareils, cette sélection ait fait preuve d’une telle goujaterie dimanche dernier.
Il est possible que l’équipe de France batte le Mexique ce soir. Il est même possible que certains joueurs se mettent enfin à jouer parce qu’ils auront obtenu satisfaction, la mise à l’écart de ce gars trop bien élevé, ce bouffon. On dira alors que Domenech a bien fait de les écouter. Il gagne donc il a raison. Mais, qu’on nous permette de douter que ce calcul soit le meilleur dans l’optique de joutes qui seront plus difficiles, plus tard dans le tournoi.
L’humanitarisme n’est pas un humanisme

D’après les dernières statistiques publiées par l’ONU, entre janvier et octobre 2009, 468 civils afghans ont été tués par les troupes de l’OTAN et leurs alliés gouvernementaux. Ces chiffres correspondent à peu près à ceux de 2008, et correspondront probablement à ceux de 2010, à quelques femmes, vieillards et enfants près. Le calcul est vite fait : environ dix innocents tués chaque semaine, dans un conflit où notre pays, comme la plupart des démocraties occidentales, est directement engagé. Bien entendu, ces dix morts hebdomadaires, en Occident, tout le monde s’en fout ou à peu près, tout comme l’humanité entière est restée hermétique aux carnages à répétition au Sri Lanka, en Somalie, au Cachemire, où l’unité de compte hebdo est plus souvent la centaine que la dizaine.
Vous voyez bien sûr où je veux en venir. Certains morts sont plus bankables que d’autres. D’autres qui pourtant n’avaient rien fait, rien risqué, rien demandé, bref des victimes innocentes, pures et parfaites au regard des normes médiatiques en vigueur. La compassion n’est pas une science exacte.
[access capability= »lire_inedits »]L’audace rhétorique des intégristes islamistes
Par là, je ne veux pas dire que les neuf morts du Mavi-Marmara méritaient de passer de vie à trépas. Quels que soient les agissements qu’on leur reproche, ceux-ci n’étaient pas passibles de mort. Et sans aucune ambiguïté, je voudrais qu’ils soient encore de ce monde, qu’ils brandissent leurs pancartes, leurs slogans ou leurs barres de fer voire leurs cocktails Molotov, tous exercices que j’ai moi-même abondamment pratiqués dans ma jeunesse sans éprouver, à l’heure qu’il est, plus de remords que ça − sauf peut-être pour les pancartes… Mais il y a quelques différences. Primo, je ne me serais jamais livré à ce genre de facéties dans un pays en guerre, ou alors en connaissance de cause et donc des risques encourus. Secundo, jamais je n’aurais pensé à m’affubler de l’adjectif « humanitaire ». Althusser nous avait d’ailleurs bien expliqué, dans Réponse à John Lewis, que le marxisme n’était pas un humanisme : on n’allait donc pas aller se déguiser en pétitionnaires d’Amnesty ou en bénévoles de la Croix-Rouge…
Il semblerait que les affréteurs de la flottille « pacifiste » n’aient pas les mêmes références théoriques que moi et donc pas les mêmes réticences terminologiques, ce qui n’est pas pour me surprendre ni pour me déplaire. Après tout, le transport d’armes ou de combattants dans les ambulances est une ruse de guerre comme une autre, vieille comme la Convention de Genève. Je n’en suis pas moins épaté par l’audace rhétorique des intégristes islamiques qui ont réussi, à force de persévérance, à décrocher le label « humanitaire ». La prouesse est de taille quand on sait, même vaguement, ce qu’est le Hamas, quelle est sa conception extensive des droits de l’homme… sans parler de ceux de la femme. On ne vous parlera même pas des juifs, des Palestiniens marxistes ou laïques et autres mécréants qui, n’étant pas humains, ne relèvent pas de la largesse de vue humanitaire que le Hamas dispense à Gaza depuis juin 2007. N’empêche, il faut croire que plus c’est gros, plus ça passe : à force de marteler « Je suis oiseau : voyez mes ailes ! », le Hamas relooké humanitaire avait, avant même la tragédie du flagship, gagné la bataille sémantique, donc idéologique.
Un adversaire supérieur dans la bataille des mots et des idées
Oui, c’était plié d’avance : à partir du moment où la terminologie standard utilisée par les médias du monde entier était « flottille humanitaire » (« aid flotilla » en VO), toutes les issues étaient mauvaises pour les Israéliens. Certaines l’étaient probablement plus que d’autres, et certaines pires encore : compte tenu de ce que l’on sait pour l’instant sur les circonstances de l’abordage, on imagine aisément que le bilan en termes de vies humaines aurait pu être encore plus catastrophique. Mais il aurait aussi pu être moindre, et même inexistant si l’équipe au pouvoir à Jérusalem avait tenu compte de la supériorité de l’adversaire dans la bataille des mots et des idées.
Dans cette affaire-là, où Israël savait que ses ennemis jouaient délibérément la carte de la provocation pour pouvoir ensuite dérouler la compassion, il y avait un seul objectif politico-militaire possible : le zéro mort, le zéro absolu, quel qu’en soit le prix. D’autres choix ont été faits. On voit bien qui en sont aujourd’hui les seuls bénéficiaires.[/access]
US-UK: No future !

À Londres, on l’appelle « la relation spéciale », avec un petit sourire en coin et les yeux perdus dans le vague de l’océan qui sépare le Royaume-Uni de l’Amérique. Et très vite on vous explique que vous ne pouvez pas comprendre. L’amour, c’est beaucoup plus que l’amour, n’est-ce pas ? Née dans la fraternité des armes en septembre 1940 quand Roosevelt décidait d’accorder 50 destroyers à la Grande-Bretagne, et théorisée par Churchill dans son discours de Fulton (Missouri profond) le 5 mars 1946 comme « la plus remarquable alliance de l’histoire moderne », la solidarité instinctive oriente naturellement la politique étrangère britannique vers son ancienne colonie. « Chaque fois que nous devrons choisir entre l’Europe et le grand large, nous choisirons le grand large », avait prévenu le même Churchill. On imagine que de Gaulle, à qui la formule était destinée, avait apprécié.
Bush à Blair : « Thank you for coming, friend ! »
Après la relation stratégique et très personnelle entre Ronald Reagan et Margaret Thatcher, le « thank you for coming, friend » dont George W. Bush a salué Tony Blair venu s’adresser au Congrès dix jours après le 11 septembre a officialisé sa dimension affective unique, renforcée par un univers culturel commun, une langue bien sûr, et la croyance en des valeurs économiques assez proches. « Nous sommes les alliés des USA non parce qu’ils sont puissants, mais parce que nous partageons les mêmes valeurs » rappelait Tony Blair à la première occasion. Tout est dit. Dix millions de lecteurs de quotidiens appartenant au très atlantiste Rupert Murdoch (le Sun et le Times), sans compter le Daily Mail, le Daily Express ou le Daily Telegraph, s’abreuvent chaque jour à la fontaine de Washington.
Les lib-dems, aussi anti-américains qu’un vieux gaulliste
Après un flottement relatif dû aux relations plutôt tièdes entre Barack Obama et Gordon Brown qui s’est appliqué à démontrer que le soutien sans faille aux Américains n’était pas inscrit dans l’ADN des Premiers ministres, la presse conservatrice fondait de grands espoirs sur l’élection de David Cameron, malgré sa très baroque alliance de circonstance avec des lib-dems pacifistes et presqu’aussi anti-américains qu’un vieux gaulliste. Sitôt nommé, le nouveau ministre des Affaires étrangères William Hague a filé à Washington pour rencontrer Hillary Clinton et se répandre en déclarations passionnées sur « l’alliance incassable » qui bien plus que Bruxelles garantissait la sécurité nationale du royaume. Avenir de l’euro, Iran, conflit israélo-palestinien, Afghanistan surtout où la contribution militaire britannique est décisive, tout les rapproche, assurait-il.
BP désignée à la vindicte mondiale
Tout semblait donc reparti comme en 40 dans le meilleur des mondes anglophones possible, quand une gigantesque marée noire crachant 2 à 4 millions de brut par jour sur les côtes de la Louisiane et provenant d’une plate-forme de forage implantée à Deepwater la bien nommée, dans le golfe du Mexique, fait trembler les bases mêmes de la relation spéciale. Le président a mis quelques jours avant de prendre toute l’ampleur du désastre. Mais aujourd’hui, il se rattrape. Désormais, il arpente inlassablement les côtes de la Louisiane martyrisée par « la pire catastrophe écologique de l’histoire des Etats-Unis » qu’il a comparé, excusez du peu, au 11 septembre. Ni plus, ni moins. Son but ? Rencontrer les « vrais gens », les victimes, et charger BP, la compagnie responsable de la plate-forme déficiente. On peut le comprendre. BP ? C’est en fait sous son ancien nom de British Petroleum, abandonné pourtant en 2002 que Barack Obama l’a désignée à la vindicte mondiale. Depuis sa privatisation, la compagnie fait les beaux jours de la City qui exige croissance rapide et dividendes pour les actionnaires, se préoccupant peu de la technique et de l’ingénierie. Avec parfois des résultats catastrophiques, comme l’explosion d’une raffinerie au Texas en 2005.
L’impact financier pour le groupe britannique est difficile à évaluer. 360 millions de dollars pour construire des îles artificielles qui seront chargées d’endiguer la marée noire. Mais le pire est à venir et il a peu à voir avec l’écosystème mondial. La chute des actions BP (moins 40%) va se répercuter sur la plupart des fonds de pensions britanniques qui en sont propriétaires pour un bon quart.
La presse british unie contre Obama
Comme un seul homme en ces temps de ferveur nationale footballistique exacerbée, la presse n’est plus qu’un cri : « Il faut sauver le soldat BP ». Que vaut la relation spéciale quand des millions de Britanniques risquent d’être touchés ? Pas grand-chose apparemment. La rhétorique américaine anti-british est particulièrement mal passée. Les retraités du Yorkshire avant les pêcheurs de Louisiane. Le Daily Express qui barre sa une d’un « Obama tue nos retraites » ou le Daily Telegraph qui critique son « chauvinisme agressif » semblent avoir déjà choisi… Jusqu’au Times qui déplore le « populisme anti-business » du président américain au moment où il doit affronter les toujours délicates mid-term elections. Après tout, l’appétit insatiable d’un pays qui consomme un quart du pétrole mondial pour une population d’un vingtième de celle de la planète n’est-il pas responsable en partie de la marée noire ?
La déception du junior partner
Au-delà d’un agacement passager, c’est toute la construction asymétrique de la « relation spéciale » qui est subitement passée au scalpel. Les langues se délient, laissant affleurer la rancœur et la déception du « junior partner ». Celui sur lequel on a toujours pu compter sans même se poser de question. Le préféré. Mais les Britanniques sentent confusément que le très pragmatique Obama n’a plus vraiment besoin d’eux et préfère traiter avec une Europe unie, sans parler de ses plans grandioses en Chine ou au Proche-Orient. Il a pressé le citron et il va jeter l’écorce. Et cela leur brise le cœur. Au point de reléguer les débuts médiocres de l’équipe nationale et les exploits de « soap Green », l’homme le plus détesté de toute l’Angleterre, dans les pages intérieures des tabloïds.
David Cameron doit se rendre à la Maison Blanche en juillet après avoir rencontré Barack Obama quelques jours plus tôt au sommet du G8. Avec une question au bord des lèvres, celle que tout un pays se pose : « What do you want from your most trusted ally ? ». Que voulez-vous de votre allié le plus fidèle, monsieur le président ?


