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Les gens qui s’y connaissent s’y connaissent

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Les gens bien ne s’y connaissent pas. C’est à cela qu’ils se reconnaissent.
Les gens qui s’y connaissent sont étrangers à toute espèce d’expérience. C’est la raison pour laquelle ils exhibent une inquiétante familiarité de vieux routier avec toute chose. Les gens qui ont fait le tour de la question passent leur temps à tourner autour des murailles de la citadelle en se glorifiant de n’y avoir jamais mis les pieds.[access capability= »lire_inedits »] S’ils mettaient leurs pieds dans des questions, ils sauraient qu’elles dépaysent et remuent la plante des pieds humains. S’ils avaient étudié à fond n’importe quelle question, ils sauraient bien qu’elle est rigoureusement insoluble, qu’elle les met cruellement en défaut et que personne n’a jamais dépassé la cime des poils inférieurs de la cheville d’aucune question.

« Tu veux que je te dise pourquoi ? » et l’incontournable « Tu vois ce que je veux dire ? » sont les deux mamelles du connaisseur. Ces deux questions constituent le hoquet du connaisseur. Pour tenir à distance un spécialiste multirécidiviste, il est certes aisé de répondre un « non » chaleureux et enjoué à la première et de répliquer à la seconde question par un fraternel : « Et toi, tu entends ce que je vois ? »

Les gens qui s’« y » connaissent s’« y » connaissent, certes, mais où ? Leur mystérieux « y », qu’ils trimballent partout avec eux sous le bras et posent négligemment sur le bar à leur arrivée, semble désigner un lieu inaccessible. Les gens qui s’y connaissent sont obligés d’employer des termes techniques, tu saisis ? Pire encore, ils en expliquent fréquemment le sens. Les gens qui s’y connaissent connaissent les connaisseurs. Dans chaque domaine, ils tiennent à nous informer généreusement de l’identité des vrais connaisseurs, qui ne sont pas du tout ceux qu’on croit.

« Tu m’as compris ? Tu vois ce que je veux dire ? Tu vois ? » Les questions du connaisseur sont des ordres. Les gens qui s’y connaissent sont supérieurs, certes. Dans leur pêche perpétuelle à la connivence, ils se ruent pourtant sur le vulgum avec une avidité désarmante et enfantine. Les gens qui s’y connaissent vouent au péquin ignorant une dévotion secrète.

La seule différence entre les gens qui s’y connaissent et les vrais spécialistes réside dans la capacité de ces derniers à dissimuler les traits les plus visiblement pathologiques de leur délire, comme le clignement d’œil appuyé par exemple. Cette dissimulation s’appelle le professionnalisme. Les plus grands spécialistes n’y connaissent absolument rien, tu vois ? Et cela pour une bonne raison : l’existence sur Terre vient de surgir, il y a trois secondes. Nous ne sommes pas prêts. Non, pas encore.[/access]

Le Royaume sur les dents : des rats au Ten Downing street

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A deux reprises cette semaine, le nouveau coloc de David Cameron au Ten Downing street a benoîtement joué les guest stars rongeuses, au nez et aux moustaches de la correspondante politique d’ITV qui s’est courageusement jetée derrière les barrières de sécurité. Les Brits sont bien connus pour leur amour des bêtes et le rat cabotin est désormais le chouchou des medias. A quand l’interview dans le Sun, « Ma vie avec Dave », avec détails croustillants à la clé ?

Las, la star a du souci à se faire. Le conseil municipal de Westminster dont dépend la résidence du premier ministre a déjà dépêché sur place son spécialiste maison qui a promis de régler le problème avec une méthode « aussi humaine que possible ». Muni de sacs en plastique Waitrose (le Monoprix local) contenant ses gentils pièges, le traqueur hante les buissons du 10…. Avec un succès plus que mitigé.

Plutôt dépité, il a déploré que la famille Cameron ait des enfants, mais pas de chat (quelle erreur politique !), et affirme que le rongeur viendrait en fait plutôt du jardin du numéro 11, résidence du Chancelier de l’échiquier George Osborne, qui s’est lancé dans des grands travaux. Le rat est très malin et la nation retient son souffle, les bookmakers se frottent les mains. La ville est déjà infestée d’écureuils gris exterminateurs de roux et de renards voraces, mais cette fois, pas de doute, les rats sont bien entrés dans Londres.

L’exception anticapitaliste française

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Un sondage commandé à l’Ifop par La Croix et publié le 25 janvier révèle qu’un bon tiers des Français pensent que l’économie de marché et le capitalisme forment un système qui, je cite, « fonctionne mal et qu’il faut abandonner », que seuls 15% d’entre eux estiment qu’il « fonctionne plutôt bien et qu’il faut le conserver » et que les 52% restants jugent qu’il « fonctionne plutôt mal mais qu’il faut le conserver car il n’y a pas d’autre alternative ». Ce résultat est d’autant plus remarquable que cette étude a été menée dans 9 autres pays – l’Allemagne, la Grande Bretagne, les Etats-Unis, la Pologne, l’Italie, les Pays-Bas, la Chine, le Brésil et l’Australie – et que, manifestement, il y a là un truc tout à fait spécial avec les Français.

On n’est bien sûr pas étonné d’apprendre que 65% des Chinois se prononcent en faveur du capitalisme et que seuls 3% d’entre eux l’abandonneraient volontiers. Ce qui est plus frappant, c’est qu’en matière de détestation de l’économie de marché, nos compatriotes remportent – et de loin – la palme d’or de cette sélection de dix pays. Jugez plutôt : les plus critiques juste après nous sont les 22% d’Italiens qui prônent un abandon pur et simple du capitalisme – 11% de moins que chez nous – suivis de 20% des Néerlandais, 15% des Polonais, 13% des Etatsuniens, 12% des Allemands, 10% des Anglais, 9% des Australiens, 7% des Brésiliens et – comme déjà noté plus haut – 3% des Chinois.

Là où cette étude est encore plus instructive, c’est que l’anticapitalisme à la française est plus présent chez nos 18-24 ans que dans toutes les autres tranches d’âge. Ils sont tout simplement 48% à vouloir abandonner l’économie de marché contre 22% des jeunes Italiens (qui arrivent en deuxième position) et – par exemple – 4% des 18-24 ans allemands.
Il y a donc vraiment quelque chose de spécial en France. Un quelque chose qui fait que nous avons une vision extrêmement négative de l’économie de marché alors que des pays similaires – comme nos voisins d’outre-Rhin – en ont une vision clairement positive (46% contre 15% en France) ou, au moins, estiment que c’est la meilleure alternative disponible. Un quelque chose de spécial qui fait que nos 18-24 ans sont de très loin les plus critiques vis-à-vis de ce système qui remporte ailleurs une adhésion très large, notamment chez les jeunes adultes.

Les Français sont nuls en économie

Et ce quelque chose c’est que les Français sont notoirement nuls en économie. Encore soulignée par le quizz 2010 de TNS Sofres qui nous attribue une note moyenne de 8.5 sur 20, cette petite particularité a été régulièrement signalée par des enquêtes internationales qui nous placent systématiquement parmi les nations les moins compétentes en la matière. La plupart des Français parlent de « la croissance » sans savoir de quoi il est question, n’ont pas la moindre idée du fonctionnement d’une entreprise et se font une idée totalement fausse de l’économie de leur propre pays.

Il n’y a pas de mystère. Ce n’est pas que nous soyons moins malins que les autres mais c’est plutôt que nous baignons, depuis notre plus tendre enfance, dans l’idée selon laquelle l’économie est une science mineure, presque inutile et qui n’existe qu’en tant que subdivision du discours politique. Notre système éducatif néglige ou – dans le meilleur des cas – bâcle cette matière à tel point que les 35% de nos compatriotes qui déclarent avoir suivi une formation en économie au cours de leur scolarité n’arrivent pas à obtenir la moyenne au quizz de TNS Sofres. Nos médias – télévision en tête – relayent une information économique d’une pauvreté effarante quand elle n’est pas honteusement partiale (l’inénarrable « Fric, Krach et Gueule de bois », présenté en prime-time sur France 2 par Pierre Arditi, Daniel Cohen et Erik Orsenna est un modèle du genre). Les rayons « économie » de nos librairies – quand ils existent – alignent au mieux deux ou trois brûlots conspirationnistes (la « stratégie du choc » de Naomi Klein ou « l’horreur économique » de Viviane Forrester) et un manuel pratique d’évasion fiscale. Nos politiques, énarques de formation, n’ont pour la plupart jamais suivi la moindre formation économique et – pour enfoncer le clou – n’ont jamais mis non plus les pieds dans une entreprise.

Il y a quelques années, Paul Krugman notait qu’« il y a quelque chose de spécial dans la façon dont la classe politique française discute de questions économiques. Dans aucun autre pays développé, on ne trouve une élite aussi désireuse de laisser les belles phrases l’emporter sur le raisonnement, de rejeter les leçons de l’expérience au profit d’illusions de grandeur ». Je ne suis pas souvent d’accord avec Krugman mais là, il faut le reconnaitre, il vise assez juste. Au-delà même de notre classe politique, il y a chez nous et particulièrement dans l’esprit de nos « élites intellectuelles » l’idée fermement ancrée qu’une analyse économique et la présentation des faits n’a pas plus de valeur qu’une opinion. En France, le réel n’a pas prise. Une vague conviction personnelle a plus de valeur qu’un raisonnement étayé par les faits et une affirmation fallacieuse conforme à nos idées toutes faites a plus de poids qu’une demi-douzaine de démonstrations.

Pendant ce temps, le peuple français souffre, mais le pire c’est qu’il ne sait pas pourquoi.

Taillandier et les Cosaques

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L’admirable Romaric Sangars et l’excellent Olivier Maulin – qui, selon la légende, auraient été vus à jeun pendant plusieurs heures consécutives, il y a quelques années, par un témoin lui-même probablement bourré – inaugurent le très prometteur « cabaret littéraire » du Cercle Cosaque. Leurs deux premiers invités seront l’écrivain François Taillandier, auteur de la Grande Intrigue, qui participera à une discussion sur son œuvre et proposera une intervention surprise, et l’éditeur Olivier Frébourg, qui présentera le Manifeste Chap, ou comment résister élégamment à la vulgarité ambiante. La première réunion du Cercle Cosaque se tiendra dans un café – comme l’implique toute littérature un peu exigeante – Chez Barak, le jeudi 3 février, au 29 de la rue Sambre et Meuse à Paris (10e).

Un rendez-vous lancé en particulier à ceux qui, comme Léon Bloy, attendent « les Cosaques et le Saint Esprit ».

Entrée libre, sauf banquiers.

Chronique post mortem

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La Mort d’Absalon (Bible d’Utrecht)

Le récit plus ou moins romancé de la perte d’un enfant est devenu un genre littéraire à part entière, au point qu’il a même fourni le prétexte à une de ces querelles bien parisienne entre deux écrivaines connues, l’une accusant l’autre de rapt d’enfant mort pour donner de la chair à sa prose.

Peu d’hommes se sont risqués dans une entreprise aussi éprouvante que périlleuse : rater littérairement la mise sur la place publique de la plus grande des souffrances répertoriée peut être pardonné à une femme, même romancière de métier. On se dira qu’il fallait qu’elle passe par là pour être capable de créer à nouveau, et que le cri du déchirement maternel devant l’enfant mort peut être dissonant, et néanmoins respectable.

Les hommes ont un terrible handicap dans ce domaine : il s’appelle Victor Hugo. Comment écrire sur la disparition d’un enfant après À Villequier ?

« Je verrai cet instant jusqu’à ce que je meure,
L’instant, pleurs superflus !
Où je criai : L’enfant que j’avais tout à l’heure,
Quoi donc ! Je ne l’ai plus ! »

Michel Rostain a relevé ce défi dans un livre magnifique Le Fils qui vient de paraître chez Oh ! Editions.

Le germe d’un malheur contagieux

En 2003, cet ancien soixante-huitard devenu saltimbanque de la culture et directeur de la scène nationale de Quimper perd Lion, son fils unique de vingt ans, engendré sur le tard avec sa compagne Martine, artiste lyrique. Le jeune homme, étudiant en philo à Rennes a été victime d’une maladie aussi rare que terrible, en dépit d’un nom latin qui pourrait la rendre esthétique, sinon sympathique : Purpura fulminans, communément appelée méningite fulgurante. Une bactérie ultra-virulente fait exploser le système vasculaire du patient dont le corps se couvre progressivement d’hématomes jusqu’à l’issue fatale. Voilà pour les faits.

Se voir tout d’un coup dépouillé de ce que l’on a de plus précieux et de plus prometteur est l’épreuve suprême en temps de paix. Elle frappe d’effroi tout ceux qui entourent les parents qui l’ont subie, et par conséquent risque de les isoler du monde des gens ordinaires : soit on les accable d’une sollicitude surjouée, soit on les évite, comme s’ils portaient en eux le germe d’un malheur contagieux.

Comment bien mourir quand on ne croit pas en Dieu

Michel Rostain, de retour dans son théâtre après la période de congé administratif concédée en ces circonstances, tient ce discours à ses collaborateurs, pour tenter d’éviter cette double impasse :

« Si vous me demandez comment je vais, comment pourrais-je vous répondre ? Si je disais que je ne vais pas bien, ce serait lancer un appel au secours. Donc je ne vais pas mal, je ne suis pas faible. Mais je vous dois la vérité, je ne peux pas dire que je vais bien : ça ne va pas bien du tout. C’est donc à la fois plus simple et pire. Je ne vais pas mal et je ne vais pas bien. Une autre fois, j’essaierai de vous parler de ce deuil plus complètement. Pas aujourd’hui. »

Cette « autre fois » est arrivée sept ans plus tard, après que Michel Rostain eut quitté son théâtre breton et rejoint son midi natal pour, comme on dit, jouir d’une retraite aussi active que méritée.

Ce récit fait pleurer, certes, mais il fait rire aussi, en nous décrivant l’art du deuil comme d’autant plus difficile à pratiquer que l’on ne dispose d’aucune des béquilles aimablement fournies aux croyants par les rites religieux.

La prétention, racontée sur un ton d’autodérision grinçante, des gens du spectacle à mettre de côté, pour les funérailles, les gens de métier des pompes funèbres (ce ne sont pas eux qui vont nous donner de leçons de mise en scène !) est un de ces moments du récit qui fait de ce livre autre chose qu’une pierre tombale textuelle.

Mais on trouve aussi de la révolte, de la tendresse, juste ce qu’il faut de narcissisme de l’auteur pour qu’il ne soit pas le simple médecin légiste de son âme à lui…

Comment bien mourir lorsque l’on ne croit pas en Dieu ? Cette question devient un casse-tête lorsqu’elle se présente de manière inopinée : la quête d’une sépulture adéquate pour ce fils dont ses parents ne connaissent, en fait que des bribes des passions qui l’animaient. Cette quête les conduira jusqu’en Islande où les cendres de Lion seront dispersées au pied d’un volcan qui fera, quelques années plus tard, beaucoup parler de lui : l’Eyjafjöll, dont l’éruption en mars 2010 causera d’énormes perturbations dans le trafic aérien. Les dieux nordiques ont vengé la mort de Lion.

Le fils - PRIX GONGOURT DU PREMIER ROMAN 2011

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Les Iraniens rhabillent la chef de la diplomatie européenne pour l’hiver

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Avant de partir au sommet d’Istanbul pour un nouveau round de négociations avec les Iraniens, la Britannique Catherine Ashton, notre ministre européen des Affaires étrangères, avait été longuement briffée : pour ne pas violer les codes de pudeur chiites, il était impératif qu’elle évite tout contact physique (au moins en public) avec les représentants de la République islamique.

No handshake, no problem : conformément aux instructions, la dame a soigneusement gardé les mains croisées derrière le dos. En plus elle a choisi dans sa garde-robe ce qu’il y a de plus modeste en termes de couleurs et de coupe. Mais pour la presse iranienne cela n’a pas suffi.

Un clic et hop : grâce à Photoshop, les graphistes des journaux ont pu rendre à Mme Ashton le niveau requis de pudeur. A Téhéran, les femmes on ne les touche pas, on les retouche…

Diététique de l’instinct

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La chasse n’a pas bonne presse, c’est le moins qu’on puisse dire. Un écologisme bobo s’est imposé dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, par une doxa un rien oppressante. Bruno de Cessole, lui-même chasseur émérite et rédacteur en chef de Jours de chasse, a décidé de ne pas laisser persister plus longtemps le malentendu. Il consacre à sa vieille passion un Petit roman de la chasse qui tient plus de l’introduction sentimentale que du traité didactique. Il s’agit de s’adresser à un lecteur sans préjugé et d’en finir avec les idées reçues qui ont toujours eu, en la matière, la vie dure : « Dans son Dictionnaire des idées reçues, Flaubert écrivait, à l’article « Chasse » : « Excellent exercice que l’on doit feindre d’adorer. » » Une version actualisée prendrait l’exact contre-pied : « Exercice barbare et honteux. Se devoir de tonner contre. »[access capability= »lire_inedits »]

Le chasseur : amoureux, rebelle et métaphysicien

Le chasseur est une figure en voie de disparition : il concentre en lui, quand bien même ce serait à son insu, les figures plus franchement de saison de l’amoureux, du rebelle et du métaphysicien.
L’amoureux, le chasseur lui emprunte souvent son vocabulaire, à moins que ce soit le contraire. Dans la traque, l’attente, l’immobilité, l’élan soudain, les moments privilégiés comme l’aube ou le crépuscule si joliment décrits par Cessole, il y a d’évidentes et séduisantes analogies. Sans compter ce que l’auteur appelle le « paradoxe du chasseur » et « qui postule que l’amour éprouvé pour le gibier ne trouve sa conclusion que dans la mort qu’on lui inflige », ce qui n’est pas sans rappeler l’économie propre à nos tragédies classiques.

Quant à la figure du chasseur comme rebelle, elle est présente dans ce recours aux forêts théorisé par Jünger, refuge à la fois symbolique et réel où l’homme fuit le règne de la technique et de la quantité. Et Cessole d’évoquer la figure de Thoreau qui, réfugié dans les bois de Concord pour fuir l’état de son temps, est devenu à la fois la figure de référence des libertariens et des écologistes radicaux tout en étant… un chasseur acharné.

Métaphysicien enfin : la chasse suppose la mort de l’animal et renvoie très fortement à la sienne propre en suscitant des méditations que l’on a rarement l’occasion de connaître devant un écran, puisque c’est ainsi désormais que les hommes vivent. La chasse invite aussi à ce que l’on pourrait appeler une diététique des instincts : elle nous oblige à penser ce qu’il y a de plus primitif et de plus archaïque en nous et à le surmonter ou à l’exorciser par le rituel, la règle, la coutume – somme toute ce qui forme une assez bonne définition de ce qu’est la civilisation.

Comme Bruno de Cessole est également l’écrivain et le critique littéraire que l’on connaît, il nous livre quelques récits de parties de chasse tracés à la pointe sèche et il nourrit ce Petit roman de la chasse d’une multitude de références qui ne sont pas là pour appuyer un plaidoyer pro domo mais pour montrer, comme une évidence, que la chasse appartient à la civilisation elle-même et fut la grande affaire d’écrivains aussi divers que London, Tourgueniev, Rigoni Stern, Ortega y Grasset, Maupassant ou Hemingway.[/access]

Le petit roman de la chasse

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Mélenchon, le PCF et le peuple

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Mieux vaut se répéter que se contredire: ce que j’écrivais avec Aimée Joubert en mars dernier, après les régionales, sur la disparition programmée du PCF via Mélenchon, quel que soit le cas de figure, je le pense toujours : « Pour le PCF, en 2012, la perspective est donc soit d’avoir un candidat communiste autonome et disparaître, soit de s’effacer derrière Mélenchon. Et donc de disparaître aussi. »

Néanmoins, depuis quelques semaines, mon opinion sur l’itinéraire qu’empruntera ce cortège funèbre a évolué. Grosso modo, j’ai pensé assez longtemps que le PCF, traumatisé par les scores aux présidentielles de Hue en 2002 (3,37 %) et de Marie-George Buffet en 2007 (1,93 %) prendrait tous les risques pour s’accrocher à la bouée que lui lançait Mélenchon pour 2012, et mettrait toutes ses forces dans la bataille pour obtenir grâce à lui un score à deux chiffres, quitte à risquer ensuite la noyade, c’est-à-dire la dilution progressive, puis la disparition dans un Front de Gauche dont le président du PG aurait fait sa chose.

En fait, il n’est pas du tout sûr que ce soit cette voie-là que choisisse le PCF. L’opération lancée en septembre dernier par le député communiste (enfin, se disant tel) du Puy de Dôme André Chassaigne, qui affirme lui aussi vouloir porter les couleurs du Front à la présidentielle, a singulièrement compliqué la donne.

Personne, à commencer par Pierre Laurent, le subtil nouveau secrétaire national du PCF, n’envisage sérieusement que l’ectoplasmique Chassaigne – qui synthétise le charisme de Robert Hue, le punch de Méhaignerie et la pensée politique de Diam’s – puisse représenter le Front de Gauche en 2012. Néanmoins la direction du PC se plait à entretenir un semblant de suspense, et pas seulement pour faire croire que le choix du candidat sera hautement démocratique[1. Sur l’opacité, voire l’absurdité de ce processus de désignation, comme sur bien d’autres sujets afférents au PG, au PCF ou à la politique en général, on se reportera avec bonheur à l’excellent blog de Descartes qui s’adresse prioritairement à ceux «qui sont fatigués du discours politiquement correct et de la bienpensance à gauche». ] .

Non en fait, il y a une volonté du PCF de laisser gonfler sa baudruche auvergnate, pour qu’à l’arrivée le candidat – ce sera Mélenchon, sans aucun doute possible – soit contraint de constituer une sorte de ticket avec Chassaigne, supposé lui apporter sur les tribunes et les plateaux la cacherout communiste. D’un point de vue technique, ce sera bien sûr une catastrophe : imaginez Nigel Kennedy obligé de jouer le double concerto de Bach en duo avec André Rieu…

C’est cette option-là que le PCF semble avoir choisi pour assurer sa survie, avec à l’arrivée la perspective d’un score qui ne soit pas trop mauvais (comme il le serait avec un candidat issu de la maison) mais pas trop bon non plus, ce qui renforcerait bigrement Mélenchon dans sa tentative prévisible de fusion-acquisition avec la Place du colonel Fabien, et aux dépens de celle-ci.

En conséquence de quoi, pour sauver la boutique, le PCF joue délibérément la stratégie non pas de l’échec, mais du semi-échec, comme il l’avait si bien fait dans la dernière ligne droite du référendum sur Maastricht en 1992, en axant toute sa fin de campagne sur un fumeux «non de gauche», et en tapant à bras raccourcis sur le «non de droite», juste ce qu’il fallait pour que finalement le oui l’emporte de justesse, au grand soulagement de quasiment toute la classe politique, Georges Marchais compris.

La version réactualisée de cette stratégie n’attendra pas la campagne pour se déployer : elle est déjà à l’œuvre depuis trois mois. « On ne peut pas mener une campagne sur le thème du populisme » avait averti Pierre Laurent en novembre dernier lors d’un meeting au gymnase Japy. Ce n’est certes pas du Plantu mais l’idée directrice est quand même un rien similaire… D’un point de vue politique, cela entrainera un score forcément médiocre, ou en tout cas bien moins bon qu’il pourrait l’être. Concrètement le PCF -via Chassaigne ou par tout autre moyen possible- va en permanence marquer Méluche à la culotte pour qu’il ne s’éloigne pas des dogmes du PC (au sens, cette fois, de politiquement correct).

On a pu en avoir une illustration dimanche dernier chez Demorand sur France 5: tout ce que JLM a trouvé à répondre aux questions de son hôte sur l’immigration a été un plaidoyer enflammé pour la régularisation immédiate de tous les sans-papiers. Oublié le Mélenchon qui slalome gaiement entre brutalité et complexité : on croyait voir à l’antenne un secrétaire départemental de la Ligue des Droits de l’Homme récitant tout penaud son credo sociétaliste. Pas le moindre argument en dehors de l’indignation de rigueur, pas la moindre prise en compte des questions que se pose l’électorat populaire, y compris celui issu de l’immigration. Si c’est comme ça que le président du PG compte prouver qu’il n’a rien à voir avec la présidente du FN, c’est réussi: combattre de cette façon Marine le Pen, c’est ouvrir un boulevard à Marine Le Pen.

Personnellement, s’il continue comme ça, Mélenchon est assuré de perdre ma voix: si c’est pour cautionner ce genre de sornettes sansfrontiéristes, autant aller voter comme un crétin pour le ou la candidate du PS dès le premier tour – au moins, on n’est pas trompé sur la marchandise.

Oui, il y a péril en la demeure : sous la pression du PCF et des bonnes âmes de gauche façon Plantu, JLM commet l’erreur insigne de tenter de se débarrasser des accusations de populisme et de collusion des extrêmes en se drapant dans une tunique de Nessus, au risque donc d’y laisser sa peau…

Astérix en Fiscalie

Si le disque est un secteur en berne de l’économie culturelle, l’édition – portée notamment par la bande dessinée – va plutôt bien. La BD connaît même une « explosion » en France depuis une dizaine d’années, et des développements plutôt inattendus (nouveau public issu d’internet et des blog-BD, nombreux projets d’adaptations d’albums au cinéma, etc.). Le secteur est en constante expansion (1 137 titres publiés en l’an 2000, 4 863 en 2009 et 5 165 en 2010), et le lectorat –quoique parfois intimidé par cette surproduction pléthorique- suit. Le festival international de BD d’Angoulême qui débute aujourd’hui, présidé par le dessinateur Baru, sera à nouveau l’occasion de célébrer ce qui n’est pas le moins du monde un « neuvième » art (le « huitième » étant sensé être la télévision…) mais la rencontre charnelle de la littérature et des arts plastiques. Difficile de tenter un pronostic sur le grand prix, même s’il ne serait pas étonnant que soit primée une femme (l’explosion du nombre des dessinatrices est l’un des phénomènes forts de ces dernières années) ou un album touchant à la satire politique… Nous y reviendrons certainement.

C’est dans ce contexte festif que le Fisc a décidé de frapper un grand coup. De marquer les esprits ! De faire un exemple ! En effet l’administration des impôts a soumis le dessinateur Albert Uderzo à un redressement fiscal au motif qu’il ne serait finalement pas le « co-auteur » des 24 premiers albums de la série Astérix écrite avec l’immense René Goscinny, mais le simple « illustrateur ». Ce qui a une incidence sur le calcul de l’impôt. Le dessinateur conteste, évidemment ; et bien que la dimension financière ne soit pas vraiment en jeu, il se déclare scandalisé par « la brutalité et le manque de respect avec lesquels, cinquante et un ans après la création d’Astérix, le fisc se réveille et me dénie le droit d’être le co-auteur de mon cher petit Gaulois. » Dont acte. L’artiste compte se défendre, et nous lui souhaitons un plein succès dans cette démarche.

Par son immense tact à vouloir enlever à Albert Uderzo, 84 ans, la copaternité d’un des grands mythes de la culture populaire française, le Fisc a déjà remporté – par avance – le Grand Prix du Festival de BD d’Angoulême de cette année. Dommage que René Goscinny soit définitivement parti en croisière en 1977, il aurait peut-être suggéré à Bercy qu’il n’était finalement pas lui-même « co-auteur » du symbole national ronchonnant (et de son compère débile en surpoids), mais « simple » scénariste… Est-ce le fameux signe que le ciel va bientôt nous tomber sur la tête ?

Shopping à Londres

photo : LoopZilla

Faire son shoping à Londres, quel plaisir ! Les soldes sont de vraies soldes, pas question là-bas d’attendre les dernières semaines pour bénéficier de remises à 70%. Et quel accueil ! Il n’y a pas à dire, les British savent y faire.

Courtoisie, décence, élégance, art de vivre, tout ce qui faisait de la France le pays défenseur de la civilisation occidentale bien avant d’être celui des Droits de l’homme, se retrouvent chez nos ennemis historiques d’hier. Nelson, perché sur la colonne de Trafalgar, a bien de quoi se réjouir. Son « peuple de boutiquiers » nous donne une leçon de savoir-vivre quand celui-ci, chez nous, subit un sacré revers. « Partout où il y a des mœurs douces, il y a du commerce et partout où il y a du commerce, il y a des mœurs douces[1. L’Esprit des Lois, XX, 1]. » Les remarques de Montesquieu sur la douceur du commerce qui civilise les mœurs semblent encore d’actualité chez les Grands-Bretons, n’en déplaise aux bonnes âmes antilibérales pour qui le mercantilisme anglo-saxon est le Grand Satan à abattre.
Oui, les Anglais sont des commerçants et c’est tant mieux. Ils n’ont pas oublié le double sens du mot « commerce » qui signifie, à la fois, échange de biens mais également la civilité, un comportement policé utile à la vie en société.

C’est bien simple, là-bas vous êtes un véritable client servi par des véritables vendeurs. Vous entrez dans un magasin, vous êtes visible, vous existez. Un vendeur vient vers vous. L’allure est dynamique, le ton agréable. Il vous demande, avec cet accent anglais tellement chantant qui donne tout de suite une tonalité élégante aux propos, s’il peut vous aider à trouver votre bonheur. Et alors là, il faut voir avec quel dévouement il se décarcasse pour que vous repartiez content. Il n’y a pas votre taille, « no problem », les appels fusent entre les magasins. Des retouches sont nécessaires, « no problem », elles seront faites dans journée, ça tombe bien vous êtes à Londres pour le week-end, donc attendre une semaine comme à Paris aurait été difficile. Vous êtes à la National Gallery, votre portable vibre, c’est un texto du magasin vous prévenant que vos emplettes vous attendent : le modèle à votre taille trouvé et les retouches effectuées, vous n’avez plus qu’à passer le payer. Et si vous essayez mille et une choses et que, finalement, vous préférez ne rien acheter, aucune exaspération ne vient crisper le visage du vendeur, mais un élégant « Thank you Madam, have a good day ! » vous est adressé.

C’est ça l’esprit commerçant. Politesse oblige ! Loin d’être réservé au secteur de la mode, ce sens du service est généralisé à toute la société. Vous n’avez qu’à prendre le métro pour vous en apercevoir. Les employés de l’Underground sont à votre disposition pour vous aider et ne se sentent pas humiliés pour autant. Il est impensable qu’ils vous laissent vous dépatouiller tout seul et cela même un dimanche matin. Ils vous aident sans rouspéter ni traîner les pieds, tout simplement par sens du devoir, parce qu’ils ont une certaine idée de l’utilité publique.

Chez nous, tomber sur quelqu’un de serviable et de bien intentionné relève de l’exception. Chez les Brits, ce comportement est absolument normal. Pourquoi diable ? Et bien sans doute parce qu’ils ont une idée claire et précise de leur rôle au sein de la société et qu’ils se sentent estimés et valorisés pour leur utile contribution.
À aucun moment vous n’avez l’impression qu’ils se sentent dégradés par leur travail, comme c’est bien trop souvent le cas en France, où le sentiment conscient ou inconscient d’une humiliation sociale provoque rancœur et ressentiment à l’égard du client.

Aux esprits épris de républicanisme qui sont, en ce moment, taraudés par la question « La France est-elle en déclin ? » j’ai envie de dire : traversez la Manche et vous verrrez que la Perfide Albion nous tend le miroir où se reflète notre décadence.

Soldes

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Les gens qui s’y connaissent s’y connaissent

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Les gens bien ne s’y connaissent pas. C’est à cela qu’ils se reconnaissent.
Les gens qui s’y connaissent sont étrangers à toute espèce d’expérience. C’est la raison pour laquelle ils exhibent une inquiétante familiarité de vieux routier avec toute chose. Les gens qui ont fait le tour de la question passent leur temps à tourner autour des murailles de la citadelle en se glorifiant de n’y avoir jamais mis les pieds.[access capability= »lire_inedits »] S’ils mettaient leurs pieds dans des questions, ils sauraient qu’elles dépaysent et remuent la plante des pieds humains. S’ils avaient étudié à fond n’importe quelle question, ils sauraient bien qu’elle est rigoureusement insoluble, qu’elle les met cruellement en défaut et que personne n’a jamais dépassé la cime des poils inférieurs de la cheville d’aucune question.

« Tu veux que je te dise pourquoi ? » et l’incontournable « Tu vois ce que je veux dire ? » sont les deux mamelles du connaisseur. Ces deux questions constituent le hoquet du connaisseur. Pour tenir à distance un spécialiste multirécidiviste, il est certes aisé de répondre un « non » chaleureux et enjoué à la première et de répliquer à la seconde question par un fraternel : « Et toi, tu entends ce que je vois ? »

Les gens qui s’« y » connaissent s’« y » connaissent, certes, mais où ? Leur mystérieux « y », qu’ils trimballent partout avec eux sous le bras et posent négligemment sur le bar à leur arrivée, semble désigner un lieu inaccessible. Les gens qui s’y connaissent sont obligés d’employer des termes techniques, tu saisis ? Pire encore, ils en expliquent fréquemment le sens. Les gens qui s’y connaissent connaissent les connaisseurs. Dans chaque domaine, ils tiennent à nous informer généreusement de l’identité des vrais connaisseurs, qui ne sont pas du tout ceux qu’on croit.

« Tu m’as compris ? Tu vois ce que je veux dire ? Tu vois ? » Les questions du connaisseur sont des ordres. Les gens qui s’y connaissent sont supérieurs, certes. Dans leur pêche perpétuelle à la connivence, ils se ruent pourtant sur le vulgum avec une avidité désarmante et enfantine. Les gens qui s’y connaissent vouent au péquin ignorant une dévotion secrète.

La seule différence entre les gens qui s’y connaissent et les vrais spécialistes réside dans la capacité de ces derniers à dissimuler les traits les plus visiblement pathologiques de leur délire, comme le clignement d’œil appuyé par exemple. Cette dissimulation s’appelle le professionnalisme. Les plus grands spécialistes n’y connaissent absolument rien, tu vois ? Et cela pour une bonne raison : l’existence sur Terre vient de surgir, il y a trois secondes. Nous ne sommes pas prêts. Non, pas encore.[/access]

Le Royaume sur les dents : des rats au Ten Downing street

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A deux reprises cette semaine, le nouveau coloc de David Cameron au Ten Downing street a benoîtement joué les guest stars rongeuses, au nez et aux moustaches de la correspondante politique d’ITV qui s’est courageusement jetée derrière les barrières de sécurité. Les Brits sont bien connus pour leur amour des bêtes et le rat cabotin est désormais le chouchou des medias. A quand l’interview dans le Sun, « Ma vie avec Dave », avec détails croustillants à la clé ?

Las, la star a du souci à se faire. Le conseil municipal de Westminster dont dépend la résidence du premier ministre a déjà dépêché sur place son spécialiste maison qui a promis de régler le problème avec une méthode « aussi humaine que possible ». Muni de sacs en plastique Waitrose (le Monoprix local) contenant ses gentils pièges, le traqueur hante les buissons du 10…. Avec un succès plus que mitigé.

Plutôt dépité, il a déploré que la famille Cameron ait des enfants, mais pas de chat (quelle erreur politique !), et affirme que le rongeur viendrait en fait plutôt du jardin du numéro 11, résidence du Chancelier de l’échiquier George Osborne, qui s’est lancé dans des grands travaux. Le rat est très malin et la nation retient son souffle, les bookmakers se frottent les mains. La ville est déjà infestée d’écureuils gris exterminateurs de roux et de renards voraces, mais cette fois, pas de doute, les rats sont bien entrés dans Londres.

L’exception anticapitaliste française

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Un sondage commandé à l’Ifop par La Croix et publié le 25 janvier révèle qu’un bon tiers des Français pensent que l’économie de marché et le capitalisme forment un système qui, je cite, « fonctionne mal et qu’il faut abandonner », que seuls 15% d’entre eux estiment qu’il « fonctionne plutôt bien et qu’il faut le conserver » et que les 52% restants jugent qu’il « fonctionne plutôt mal mais qu’il faut le conserver car il n’y a pas d’autre alternative ». Ce résultat est d’autant plus remarquable que cette étude a été menée dans 9 autres pays – l’Allemagne, la Grande Bretagne, les Etats-Unis, la Pologne, l’Italie, les Pays-Bas, la Chine, le Brésil et l’Australie – et que, manifestement, il y a là un truc tout à fait spécial avec les Français.

On n’est bien sûr pas étonné d’apprendre que 65% des Chinois se prononcent en faveur du capitalisme et que seuls 3% d’entre eux l’abandonneraient volontiers. Ce qui est plus frappant, c’est qu’en matière de détestation de l’économie de marché, nos compatriotes remportent – et de loin – la palme d’or de cette sélection de dix pays. Jugez plutôt : les plus critiques juste après nous sont les 22% d’Italiens qui prônent un abandon pur et simple du capitalisme – 11% de moins que chez nous – suivis de 20% des Néerlandais, 15% des Polonais, 13% des Etatsuniens, 12% des Allemands, 10% des Anglais, 9% des Australiens, 7% des Brésiliens et – comme déjà noté plus haut – 3% des Chinois.

Là où cette étude est encore plus instructive, c’est que l’anticapitalisme à la française est plus présent chez nos 18-24 ans que dans toutes les autres tranches d’âge. Ils sont tout simplement 48% à vouloir abandonner l’économie de marché contre 22% des jeunes Italiens (qui arrivent en deuxième position) et – par exemple – 4% des 18-24 ans allemands.
Il y a donc vraiment quelque chose de spécial en France. Un quelque chose qui fait que nous avons une vision extrêmement négative de l’économie de marché alors que des pays similaires – comme nos voisins d’outre-Rhin – en ont une vision clairement positive (46% contre 15% en France) ou, au moins, estiment que c’est la meilleure alternative disponible. Un quelque chose de spécial qui fait que nos 18-24 ans sont de très loin les plus critiques vis-à-vis de ce système qui remporte ailleurs une adhésion très large, notamment chez les jeunes adultes.

Les Français sont nuls en économie

Et ce quelque chose c’est que les Français sont notoirement nuls en économie. Encore soulignée par le quizz 2010 de TNS Sofres qui nous attribue une note moyenne de 8.5 sur 20, cette petite particularité a été régulièrement signalée par des enquêtes internationales qui nous placent systématiquement parmi les nations les moins compétentes en la matière. La plupart des Français parlent de « la croissance » sans savoir de quoi il est question, n’ont pas la moindre idée du fonctionnement d’une entreprise et se font une idée totalement fausse de l’économie de leur propre pays.

Il n’y a pas de mystère. Ce n’est pas que nous soyons moins malins que les autres mais c’est plutôt que nous baignons, depuis notre plus tendre enfance, dans l’idée selon laquelle l’économie est une science mineure, presque inutile et qui n’existe qu’en tant que subdivision du discours politique. Notre système éducatif néglige ou – dans le meilleur des cas – bâcle cette matière à tel point que les 35% de nos compatriotes qui déclarent avoir suivi une formation en économie au cours de leur scolarité n’arrivent pas à obtenir la moyenne au quizz de TNS Sofres. Nos médias – télévision en tête – relayent une information économique d’une pauvreté effarante quand elle n’est pas honteusement partiale (l’inénarrable « Fric, Krach et Gueule de bois », présenté en prime-time sur France 2 par Pierre Arditi, Daniel Cohen et Erik Orsenna est un modèle du genre). Les rayons « économie » de nos librairies – quand ils existent – alignent au mieux deux ou trois brûlots conspirationnistes (la « stratégie du choc » de Naomi Klein ou « l’horreur économique » de Viviane Forrester) et un manuel pratique d’évasion fiscale. Nos politiques, énarques de formation, n’ont pour la plupart jamais suivi la moindre formation économique et – pour enfoncer le clou – n’ont jamais mis non plus les pieds dans une entreprise.

Il y a quelques années, Paul Krugman notait qu’« il y a quelque chose de spécial dans la façon dont la classe politique française discute de questions économiques. Dans aucun autre pays développé, on ne trouve une élite aussi désireuse de laisser les belles phrases l’emporter sur le raisonnement, de rejeter les leçons de l’expérience au profit d’illusions de grandeur ». Je ne suis pas souvent d’accord avec Krugman mais là, il faut le reconnaitre, il vise assez juste. Au-delà même de notre classe politique, il y a chez nous et particulièrement dans l’esprit de nos « élites intellectuelles » l’idée fermement ancrée qu’une analyse économique et la présentation des faits n’a pas plus de valeur qu’une opinion. En France, le réel n’a pas prise. Une vague conviction personnelle a plus de valeur qu’un raisonnement étayé par les faits et une affirmation fallacieuse conforme à nos idées toutes faites a plus de poids qu’une demi-douzaine de démonstrations.

Pendant ce temps, le peuple français souffre, mais le pire c’est qu’il ne sait pas pourquoi.

Taillandier et les Cosaques

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L’admirable Romaric Sangars et l’excellent Olivier Maulin – qui, selon la légende, auraient été vus à jeun pendant plusieurs heures consécutives, il y a quelques années, par un témoin lui-même probablement bourré – inaugurent le très prometteur « cabaret littéraire » du Cercle Cosaque. Leurs deux premiers invités seront l’écrivain François Taillandier, auteur de la Grande Intrigue, qui participera à une discussion sur son œuvre et proposera une intervention surprise, et l’éditeur Olivier Frébourg, qui présentera le Manifeste Chap, ou comment résister élégamment à la vulgarité ambiante. La première réunion du Cercle Cosaque se tiendra dans un café – comme l’implique toute littérature un peu exigeante – Chez Barak, le jeudi 3 février, au 29 de la rue Sambre et Meuse à Paris (10e).

Un rendez-vous lancé en particulier à ceux qui, comme Léon Bloy, attendent « les Cosaques et le Saint Esprit ».

Entrée libre, sauf banquiers.

TIME TO TURN

Prix: 7,70 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de

Chronique post mortem

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La Mort d’Absalon (Bible d’Utrecht)
La Mort d’Absalon (Bible d’Utrecht)

Le récit plus ou moins romancé de la perte d’un enfant est devenu un genre littéraire à part entière, au point qu’il a même fourni le prétexte à une de ces querelles bien parisienne entre deux écrivaines connues, l’une accusant l’autre de rapt d’enfant mort pour donner de la chair à sa prose.

Peu d’hommes se sont risqués dans une entreprise aussi éprouvante que périlleuse : rater littérairement la mise sur la place publique de la plus grande des souffrances répertoriée peut être pardonné à une femme, même romancière de métier. On se dira qu’il fallait qu’elle passe par là pour être capable de créer à nouveau, et que le cri du déchirement maternel devant l’enfant mort peut être dissonant, et néanmoins respectable.

Les hommes ont un terrible handicap dans ce domaine : il s’appelle Victor Hugo. Comment écrire sur la disparition d’un enfant après À Villequier ?

« Je verrai cet instant jusqu’à ce que je meure,
L’instant, pleurs superflus !
Où je criai : L’enfant que j’avais tout à l’heure,
Quoi donc ! Je ne l’ai plus ! »

Michel Rostain a relevé ce défi dans un livre magnifique Le Fils qui vient de paraître chez Oh ! Editions.

Le germe d’un malheur contagieux

En 2003, cet ancien soixante-huitard devenu saltimbanque de la culture et directeur de la scène nationale de Quimper perd Lion, son fils unique de vingt ans, engendré sur le tard avec sa compagne Martine, artiste lyrique. Le jeune homme, étudiant en philo à Rennes a été victime d’une maladie aussi rare que terrible, en dépit d’un nom latin qui pourrait la rendre esthétique, sinon sympathique : Purpura fulminans, communément appelée méningite fulgurante. Une bactérie ultra-virulente fait exploser le système vasculaire du patient dont le corps se couvre progressivement d’hématomes jusqu’à l’issue fatale. Voilà pour les faits.

Se voir tout d’un coup dépouillé de ce que l’on a de plus précieux et de plus prometteur est l’épreuve suprême en temps de paix. Elle frappe d’effroi tout ceux qui entourent les parents qui l’ont subie, et par conséquent risque de les isoler du monde des gens ordinaires : soit on les accable d’une sollicitude surjouée, soit on les évite, comme s’ils portaient en eux le germe d’un malheur contagieux.

Comment bien mourir quand on ne croit pas en Dieu

Michel Rostain, de retour dans son théâtre après la période de congé administratif concédée en ces circonstances, tient ce discours à ses collaborateurs, pour tenter d’éviter cette double impasse :

« Si vous me demandez comment je vais, comment pourrais-je vous répondre ? Si je disais que je ne vais pas bien, ce serait lancer un appel au secours. Donc je ne vais pas mal, je ne suis pas faible. Mais je vous dois la vérité, je ne peux pas dire que je vais bien : ça ne va pas bien du tout. C’est donc à la fois plus simple et pire. Je ne vais pas mal et je ne vais pas bien. Une autre fois, j’essaierai de vous parler de ce deuil plus complètement. Pas aujourd’hui. »

Cette « autre fois » est arrivée sept ans plus tard, après que Michel Rostain eut quitté son théâtre breton et rejoint son midi natal pour, comme on dit, jouir d’une retraite aussi active que méritée.

Ce récit fait pleurer, certes, mais il fait rire aussi, en nous décrivant l’art du deuil comme d’autant plus difficile à pratiquer que l’on ne dispose d’aucune des béquilles aimablement fournies aux croyants par les rites religieux.

La prétention, racontée sur un ton d’autodérision grinçante, des gens du spectacle à mettre de côté, pour les funérailles, les gens de métier des pompes funèbres (ce ne sont pas eux qui vont nous donner de leçons de mise en scène !) est un de ces moments du récit qui fait de ce livre autre chose qu’une pierre tombale textuelle.

Mais on trouve aussi de la révolte, de la tendresse, juste ce qu’il faut de narcissisme de l’auteur pour qu’il ne soit pas le simple médecin légiste de son âme à lui…

Comment bien mourir lorsque l’on ne croit pas en Dieu ? Cette question devient un casse-tête lorsqu’elle se présente de manière inopinée : la quête d’une sépulture adéquate pour ce fils dont ses parents ne connaissent, en fait que des bribes des passions qui l’animaient. Cette quête les conduira jusqu’en Islande où les cendres de Lion seront dispersées au pied d’un volcan qui fera, quelques années plus tard, beaucoup parler de lui : l’Eyjafjöll, dont l’éruption en mars 2010 causera d’énormes perturbations dans le trafic aérien. Les dieux nordiques ont vengé la mort de Lion.

Le fils - PRIX GONGOURT DU PREMIER ROMAN 2011

Prix: 15,90 €

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Les Iraniens rhabillent la chef de la diplomatie européenne pour l’hiver

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Avant de partir au sommet d’Istanbul pour un nouveau round de négociations avec les Iraniens, la Britannique Catherine Ashton, notre ministre européen des Affaires étrangères, avait été longuement briffée : pour ne pas violer les codes de pudeur chiites, il était impératif qu’elle évite tout contact physique (au moins en public) avec les représentants de la République islamique.

No handshake, no problem : conformément aux instructions, la dame a soigneusement gardé les mains croisées derrière le dos. En plus elle a choisi dans sa garde-robe ce qu’il y a de plus modeste en termes de couleurs et de coupe. Mais pour la presse iranienne cela n’a pas suffi.

Un clic et hop : grâce à Photoshop, les graphistes des journaux ont pu rendre à Mme Ashton le niveau requis de pudeur. A Téhéran, les femmes on ne les touche pas, on les retouche…

Diététique de l’instinct

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La chasse n’a pas bonne presse, c’est le moins qu’on puisse dire. Un écologisme bobo s’est imposé dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, par une doxa un rien oppressante. Bruno de Cessole, lui-même chasseur émérite et rédacteur en chef de Jours de chasse, a décidé de ne pas laisser persister plus longtemps le malentendu. Il consacre à sa vieille passion un Petit roman de la chasse qui tient plus de l’introduction sentimentale que du traité didactique. Il s’agit de s’adresser à un lecteur sans préjugé et d’en finir avec les idées reçues qui ont toujours eu, en la matière, la vie dure : « Dans son Dictionnaire des idées reçues, Flaubert écrivait, à l’article « Chasse » : « Excellent exercice que l’on doit feindre d’adorer. » » Une version actualisée prendrait l’exact contre-pied : « Exercice barbare et honteux. Se devoir de tonner contre. »[access capability= »lire_inedits »]

Le chasseur : amoureux, rebelle et métaphysicien

Le chasseur est une figure en voie de disparition : il concentre en lui, quand bien même ce serait à son insu, les figures plus franchement de saison de l’amoureux, du rebelle et du métaphysicien.
L’amoureux, le chasseur lui emprunte souvent son vocabulaire, à moins que ce soit le contraire. Dans la traque, l’attente, l’immobilité, l’élan soudain, les moments privilégiés comme l’aube ou le crépuscule si joliment décrits par Cessole, il y a d’évidentes et séduisantes analogies. Sans compter ce que l’auteur appelle le « paradoxe du chasseur » et « qui postule que l’amour éprouvé pour le gibier ne trouve sa conclusion que dans la mort qu’on lui inflige », ce qui n’est pas sans rappeler l’économie propre à nos tragédies classiques.

Quant à la figure du chasseur comme rebelle, elle est présente dans ce recours aux forêts théorisé par Jünger, refuge à la fois symbolique et réel où l’homme fuit le règne de la technique et de la quantité. Et Cessole d’évoquer la figure de Thoreau qui, réfugié dans les bois de Concord pour fuir l’état de son temps, est devenu à la fois la figure de référence des libertariens et des écologistes radicaux tout en étant… un chasseur acharné.

Métaphysicien enfin : la chasse suppose la mort de l’animal et renvoie très fortement à la sienne propre en suscitant des méditations que l’on a rarement l’occasion de connaître devant un écran, puisque c’est ainsi désormais que les hommes vivent. La chasse invite aussi à ce que l’on pourrait appeler une diététique des instincts : elle nous oblige à penser ce qu’il y a de plus primitif et de plus archaïque en nous et à le surmonter ou à l’exorciser par le rituel, la règle, la coutume – somme toute ce qui forme une assez bonne définition de ce qu’est la civilisation.

Comme Bruno de Cessole est également l’écrivain et le critique littéraire que l’on connaît, il nous livre quelques récits de parties de chasse tracés à la pointe sèche et il nourrit ce Petit roman de la chasse d’une multitude de références qui ne sont pas là pour appuyer un plaidoyer pro domo mais pour montrer, comme une évidence, que la chasse appartient à la civilisation elle-même et fut la grande affaire d’écrivains aussi divers que London, Tourgueniev, Rigoni Stern, Ortega y Grasset, Maupassant ou Hemingway.[/access]

Le petit roman de la chasse

Prix: 10,10 €

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Mélenchon, le PCF et le peuple

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Mieux vaut se répéter que se contredire: ce que j’écrivais avec Aimée Joubert en mars dernier, après les régionales, sur la disparition programmée du PCF via Mélenchon, quel que soit le cas de figure, je le pense toujours : « Pour le PCF, en 2012, la perspective est donc soit d’avoir un candidat communiste autonome et disparaître, soit de s’effacer derrière Mélenchon. Et donc de disparaître aussi. »

Néanmoins, depuis quelques semaines, mon opinion sur l’itinéraire qu’empruntera ce cortège funèbre a évolué. Grosso modo, j’ai pensé assez longtemps que le PCF, traumatisé par les scores aux présidentielles de Hue en 2002 (3,37 %) et de Marie-George Buffet en 2007 (1,93 %) prendrait tous les risques pour s’accrocher à la bouée que lui lançait Mélenchon pour 2012, et mettrait toutes ses forces dans la bataille pour obtenir grâce à lui un score à deux chiffres, quitte à risquer ensuite la noyade, c’est-à-dire la dilution progressive, puis la disparition dans un Front de Gauche dont le président du PG aurait fait sa chose.

En fait, il n’est pas du tout sûr que ce soit cette voie-là que choisisse le PCF. L’opération lancée en septembre dernier par le député communiste (enfin, se disant tel) du Puy de Dôme André Chassaigne, qui affirme lui aussi vouloir porter les couleurs du Front à la présidentielle, a singulièrement compliqué la donne.

Personne, à commencer par Pierre Laurent, le subtil nouveau secrétaire national du PCF, n’envisage sérieusement que l’ectoplasmique Chassaigne – qui synthétise le charisme de Robert Hue, le punch de Méhaignerie et la pensée politique de Diam’s – puisse représenter le Front de Gauche en 2012. Néanmoins la direction du PC se plait à entretenir un semblant de suspense, et pas seulement pour faire croire que le choix du candidat sera hautement démocratique[1. Sur l’opacité, voire l’absurdité de ce processus de désignation, comme sur bien d’autres sujets afférents au PG, au PCF ou à la politique en général, on se reportera avec bonheur à l’excellent blog de Descartes qui s’adresse prioritairement à ceux «qui sont fatigués du discours politiquement correct et de la bienpensance à gauche». ] .

Non en fait, il y a une volonté du PCF de laisser gonfler sa baudruche auvergnate, pour qu’à l’arrivée le candidat – ce sera Mélenchon, sans aucun doute possible – soit contraint de constituer une sorte de ticket avec Chassaigne, supposé lui apporter sur les tribunes et les plateaux la cacherout communiste. D’un point de vue technique, ce sera bien sûr une catastrophe : imaginez Nigel Kennedy obligé de jouer le double concerto de Bach en duo avec André Rieu…

C’est cette option-là que le PCF semble avoir choisi pour assurer sa survie, avec à l’arrivée la perspective d’un score qui ne soit pas trop mauvais (comme il le serait avec un candidat issu de la maison) mais pas trop bon non plus, ce qui renforcerait bigrement Mélenchon dans sa tentative prévisible de fusion-acquisition avec la Place du colonel Fabien, et aux dépens de celle-ci.

En conséquence de quoi, pour sauver la boutique, le PCF joue délibérément la stratégie non pas de l’échec, mais du semi-échec, comme il l’avait si bien fait dans la dernière ligne droite du référendum sur Maastricht en 1992, en axant toute sa fin de campagne sur un fumeux «non de gauche», et en tapant à bras raccourcis sur le «non de droite», juste ce qu’il fallait pour que finalement le oui l’emporte de justesse, au grand soulagement de quasiment toute la classe politique, Georges Marchais compris.

La version réactualisée de cette stratégie n’attendra pas la campagne pour se déployer : elle est déjà à l’œuvre depuis trois mois. « On ne peut pas mener une campagne sur le thème du populisme » avait averti Pierre Laurent en novembre dernier lors d’un meeting au gymnase Japy. Ce n’est certes pas du Plantu mais l’idée directrice est quand même un rien similaire… D’un point de vue politique, cela entrainera un score forcément médiocre, ou en tout cas bien moins bon qu’il pourrait l’être. Concrètement le PCF -via Chassaigne ou par tout autre moyen possible- va en permanence marquer Méluche à la culotte pour qu’il ne s’éloigne pas des dogmes du PC (au sens, cette fois, de politiquement correct).

On a pu en avoir une illustration dimanche dernier chez Demorand sur France 5: tout ce que JLM a trouvé à répondre aux questions de son hôte sur l’immigration a été un plaidoyer enflammé pour la régularisation immédiate de tous les sans-papiers. Oublié le Mélenchon qui slalome gaiement entre brutalité et complexité : on croyait voir à l’antenne un secrétaire départemental de la Ligue des Droits de l’Homme récitant tout penaud son credo sociétaliste. Pas le moindre argument en dehors de l’indignation de rigueur, pas la moindre prise en compte des questions que se pose l’électorat populaire, y compris celui issu de l’immigration. Si c’est comme ça que le président du PG compte prouver qu’il n’a rien à voir avec la présidente du FN, c’est réussi: combattre de cette façon Marine le Pen, c’est ouvrir un boulevard à Marine Le Pen.

Personnellement, s’il continue comme ça, Mélenchon est assuré de perdre ma voix: si c’est pour cautionner ce genre de sornettes sansfrontiéristes, autant aller voter comme un crétin pour le ou la candidate du PS dès le premier tour – au moins, on n’est pas trompé sur la marchandise.

Oui, il y a péril en la demeure : sous la pression du PCF et des bonnes âmes de gauche façon Plantu, JLM commet l’erreur insigne de tenter de se débarrasser des accusations de populisme et de collusion des extrêmes en se drapant dans une tunique de Nessus, au risque donc d’y laisser sa peau…

Astérix en Fiscalie

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Si le disque est un secteur en berne de l’économie culturelle, l’édition – portée notamment par la bande dessinée – va plutôt bien. La BD connaît même une « explosion » en France depuis une dizaine d’années, et des développements plutôt inattendus (nouveau public issu d’internet et des blog-BD, nombreux projets d’adaptations d’albums au cinéma, etc.). Le secteur est en constante expansion (1 137 titres publiés en l’an 2000, 4 863 en 2009 et 5 165 en 2010), et le lectorat –quoique parfois intimidé par cette surproduction pléthorique- suit. Le festival international de BD d’Angoulême qui débute aujourd’hui, présidé par le dessinateur Baru, sera à nouveau l’occasion de célébrer ce qui n’est pas le moins du monde un « neuvième » art (le « huitième » étant sensé être la télévision…) mais la rencontre charnelle de la littérature et des arts plastiques. Difficile de tenter un pronostic sur le grand prix, même s’il ne serait pas étonnant que soit primée une femme (l’explosion du nombre des dessinatrices est l’un des phénomènes forts de ces dernières années) ou un album touchant à la satire politique… Nous y reviendrons certainement.

C’est dans ce contexte festif que le Fisc a décidé de frapper un grand coup. De marquer les esprits ! De faire un exemple ! En effet l’administration des impôts a soumis le dessinateur Albert Uderzo à un redressement fiscal au motif qu’il ne serait finalement pas le « co-auteur » des 24 premiers albums de la série Astérix écrite avec l’immense René Goscinny, mais le simple « illustrateur ». Ce qui a une incidence sur le calcul de l’impôt. Le dessinateur conteste, évidemment ; et bien que la dimension financière ne soit pas vraiment en jeu, il se déclare scandalisé par « la brutalité et le manque de respect avec lesquels, cinquante et un ans après la création d’Astérix, le fisc se réveille et me dénie le droit d’être le co-auteur de mon cher petit Gaulois. » Dont acte. L’artiste compte se défendre, et nous lui souhaitons un plein succès dans cette démarche.

Par son immense tact à vouloir enlever à Albert Uderzo, 84 ans, la copaternité d’un des grands mythes de la culture populaire française, le Fisc a déjà remporté – par avance – le Grand Prix du Festival de BD d’Angoulême de cette année. Dommage que René Goscinny soit définitivement parti en croisière en 1977, il aurait peut-être suggéré à Bercy qu’il n’était finalement pas lui-même « co-auteur » du symbole national ronchonnant (et de son compère débile en surpoids), mais « simple » scénariste… Est-ce le fameux signe que le ciel va bientôt nous tomber sur la tête ?

Shopping à Londres

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photo : LoopZilla
photo : LoopZilla

Faire son shoping à Londres, quel plaisir ! Les soldes sont de vraies soldes, pas question là-bas d’attendre les dernières semaines pour bénéficier de remises à 70%. Et quel accueil ! Il n’y a pas à dire, les British savent y faire.

Courtoisie, décence, élégance, art de vivre, tout ce qui faisait de la France le pays défenseur de la civilisation occidentale bien avant d’être celui des Droits de l’homme, se retrouvent chez nos ennemis historiques d’hier. Nelson, perché sur la colonne de Trafalgar, a bien de quoi se réjouir. Son « peuple de boutiquiers » nous donne une leçon de savoir-vivre quand celui-ci, chez nous, subit un sacré revers. « Partout où il y a des mœurs douces, il y a du commerce et partout où il y a du commerce, il y a des mœurs douces[1. L’Esprit des Lois, XX, 1]. » Les remarques de Montesquieu sur la douceur du commerce qui civilise les mœurs semblent encore d’actualité chez les Grands-Bretons, n’en déplaise aux bonnes âmes antilibérales pour qui le mercantilisme anglo-saxon est le Grand Satan à abattre.
Oui, les Anglais sont des commerçants et c’est tant mieux. Ils n’ont pas oublié le double sens du mot « commerce » qui signifie, à la fois, échange de biens mais également la civilité, un comportement policé utile à la vie en société.

C’est bien simple, là-bas vous êtes un véritable client servi par des véritables vendeurs. Vous entrez dans un magasin, vous êtes visible, vous existez. Un vendeur vient vers vous. L’allure est dynamique, le ton agréable. Il vous demande, avec cet accent anglais tellement chantant qui donne tout de suite une tonalité élégante aux propos, s’il peut vous aider à trouver votre bonheur. Et alors là, il faut voir avec quel dévouement il se décarcasse pour que vous repartiez content. Il n’y a pas votre taille, « no problem », les appels fusent entre les magasins. Des retouches sont nécessaires, « no problem », elles seront faites dans journée, ça tombe bien vous êtes à Londres pour le week-end, donc attendre une semaine comme à Paris aurait été difficile. Vous êtes à la National Gallery, votre portable vibre, c’est un texto du magasin vous prévenant que vos emplettes vous attendent : le modèle à votre taille trouvé et les retouches effectuées, vous n’avez plus qu’à passer le payer. Et si vous essayez mille et une choses et que, finalement, vous préférez ne rien acheter, aucune exaspération ne vient crisper le visage du vendeur, mais un élégant « Thank you Madam, have a good day ! » vous est adressé.

C’est ça l’esprit commerçant. Politesse oblige ! Loin d’être réservé au secteur de la mode, ce sens du service est généralisé à toute la société. Vous n’avez qu’à prendre le métro pour vous en apercevoir. Les employés de l’Underground sont à votre disposition pour vous aider et ne se sentent pas humiliés pour autant. Il est impensable qu’ils vous laissent vous dépatouiller tout seul et cela même un dimanche matin. Ils vous aident sans rouspéter ni traîner les pieds, tout simplement par sens du devoir, parce qu’ils ont une certaine idée de l’utilité publique.

Chez nous, tomber sur quelqu’un de serviable et de bien intentionné relève de l’exception. Chez les Brits, ce comportement est absolument normal. Pourquoi diable ? Et bien sans doute parce qu’ils ont une idée claire et précise de leur rôle au sein de la société et qu’ils se sentent estimés et valorisés pour leur utile contribution.
À aucun moment vous n’avez l’impression qu’ils se sentent dégradés par leur travail, comme c’est bien trop souvent le cas en France, où le sentiment conscient ou inconscient d’une humiliation sociale provoque rancœur et ressentiment à l’égard du client.

Aux esprits épris de républicanisme qui sont, en ce moment, taraudés par la question « La France est-elle en déclin ? » j’ai envie de dire : traversez la Manche et vous verrrez que la Perfide Albion nous tend le miroir où se reflète notre décadence.

Soldes

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