L’écrivain américain JD Salinger vient de mourir à 91 ans. Il était l’auteur d’un seul livre ou presque, L’Attrape-cœurs. Ce roman d’initiation, totalement surévalué, racontant la fugue new-yorkaise du lycéen Holden Caufield a notamment connu une réputation internationale du fait de l’histrionisme paranoïaque de son auteur qui vivait comme un reclus depuis 1965 dans sa maison du New Hampshire. L’Attrape-cœurs est de surcroît desservi chez nous par une traduction très datée, où un adolescent en révolte s’exclame, par exemple, « Saperlipopette ! » En France, c’est Philippe Djian, écrivain qui donne lui-même l’impression d’être mal traduit de l’américain, qui vouait un culte à Salinger. C’est tout dire. Heureusement, Ellroy, Don DeLillo et Chuck Pahlaniuk sont toujours vivants, eux.
Qui a peur de Monsieur Zemmour ?

Marianne2 nous apprend ce soir que l’Union des syndicats de magistrats (USM) a demandé à Michèle Alliot-Marie, ministre de la Justice, quelle mesure elle entend prendre « en réaction à ces propos inacceptables qui tendent à discréditer l’institution judiciaire, et affaiblissent l’autorité de l’Etat ».
Les propos en question ont été prononcés par Eric Zemmour, lors de sa chronique matinale sur RTL, lundi dernier. Pour résumer, il avait reproché vertement aux juges en général, et en particulier à ceux qui avaient pris la décision de remettre en liberté les immigrés clandestins kurdes débarqués dans le sud de la Corse, d’entraver pour des raisons idéologiques les efforts de lutte contre l’immigration illégale mis en œuvre par les gouvernements successifs.
Quel genre de mesure demande l’USM contre le journaliste ? Qu’on l’embastille ? Qu’on lui retire sa carte de presse ? Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas là de donner son avis sur la chronique d’Eric Zemmour. Il s’agit de traiter de la réaction pour le moins incongrue de ce syndicat. Un syndicat joue son rôle en défendant ses adhérents mais, en l’espèce, il ne se plaint pas à RTL ni ne produit un communiqué de protestation. Il sollicite discrètement la ministre et demande, en termes très sibyllins, que des sanctions soient prises contre un journaliste.
On peut aussi se demander pourquoi l’USM réagit maintenant si les propos d’Eric Zemmour portent autant atteinte à l’autorité judiciaire. Non seulement il a déjà critiqué certains juges à la télé et à la radio[1. Par exemple, la semaine avant, il avait rappelé l’acharnement judiciaire dont, selon lui, Loïc Le Floc’h Prigent faisait l’objet.], mais il a consacré il y a treize ans un livre à ce sujet, intitulé – excusez du peu – Le coup d’Etat des juges[2. Grasset – janvier 1997] ! Aux dernières nouvelles, l’ouvrage est toujours en vente libre.
Il est curieux que l’USM n’ait pas sollicité le ministre de la Justice de l’époque lorsque, avant tout le monde, Florence Aubenas, de Libération, ou Frédéric Ploquin, de Marianne, mirent en doute la procédure mise en œuvre par le juge Fabrice Burgaud dans la trop célèbre affaire d’Outreau[4. On rappellera qu’une promotion d’étudiants de l’Ecole de la Magistrature voulait prendre le nom du célèbre juge et qu’il a fallu bien des efforts pour l’en dissuader par peur du scandale.]. Madame Alliot-Marie a-t-elle reçu un courrier lorsque le Canard Enchaîné, il y a deux semaines, fustigea la promotion de Monsieur Lathoud comme directeur de l’administration pénitentiaire, alors qu’il fut procureur général de Douai et donc l’un des principaux responsables de ce fiasco judiciaire ?
Critiquer les décisions de justice, pour un journaliste ou un polémiste, ce n’est pas nouveau. Voltaire, dans l’affaire Callas, et Zola, dans l’affaire Dreyfus, n’y sont pas allés de main morte en leur temps. L’interdiction de critiquer les décisions de justice ne s’applique heureusement pas aux journaux. En revanche, en vertu de la séparation des pouvoirs, les parlementaires ou les membres du gouvernement doivent s’abstenir de toute critique ou même de commentaire[3. Ce ne fut pas le cas du ministre de l’Intérieur lors de l’affaire Cremel. On va dire que je m’acharne, mais tant pis.].
En fait, Zemmour met, une fois de plus, le doigt où cela fait mal lorsqu’il dénonce le parti pris idéologique d’une partie des magistrats et met en garde contre l’avènement d’un gouvernement des juges. Lorsqu’il le faisait dans des livres ou à 1 heure du matin à la télé, cela passait encore. Mais il semble que sa présence lors de cette tranche horaire, la plus écoutée de France à la radio, gêne beaucoup plus de monde.
Inde-Pakistan : y a pas photo !
Le ministère indien en charge des femmes et enfants (Women and Child Development) voulait célébrer comme il se doit la Journée nationale de la jeune fille (National Girl Child Day), consacrée à la lutte contre l’infanticide des filles, un problème endémique dans le pays. Pour ce faire, le ministre s’est tourné vers l’agence gouvernementale chargée de la communication de l’Etat (Directorate of Advertising and Visual Publicity) et lui a commandé une série de spots, affiches et encarts publicitaires dans la presse. Devaient y apparaître un bouquet de héros nationaux : le chef d’état-major de l’armée de l’air (le Marechal P V Naik), des joueurs de cricket (Kapil Dev et Virender Sehwag), un musicien de grande renommée (Amjad Ali Khan) ainsi que Sonia Gandhi et le premier ministre Manmohan Singh. Sauf que les pinceaux de l’iconographe se sont emmêlés et sur le produit final – publié dans les journaux et diffusés sur les écrans – on pouvait clairement distinguer aux côtés des deux sportifs et du musicien, le mâle figure de Tanvir Ahmed, chef de l’armée de l’air… pakistanaise.

L’IAF – l’armée de l’air indienne – a moyennement apprécié et l’affaire est en train de tourner au scandale national. Selon la presse indienne, le créatif coupable a été « outsourcé » mais les visuels avaient été approuvés par Krishna Tirath, la ministre concernée. Bref à cause de la promotion des droits des femmes, on risque d’en compter bientôt une de moins dans le gouvernement…
Gaïa à Port-au-Prince

On assiste ces jours-ci à une évolution étrange du discours ambiant à propos de la catastrophe haïtienne. Au lendemain du désastre, nous avons tous entonné le même refrain : « les dieux », ces éternels coupables, s’acharnaient gratuitement sur le peuple haïtien. À l’égard d’Haïti, notre commisération et notre secours devaient être sans borne, puisque la malignité des forces occultes qui régissent l’action de la nature ici-bas l’était aussi. Il fallait se montrer aussi déterminé dans le Bien que les dieux anonymes l’étaient dans le Mal. C’était au fond une gigantomachie dans la plus pure tradition mythologique qui se jouait là, avec, du bon côté du ring, notre énorme puissance compassionnelle et technologique, et, de l’autre, celle accumulée souterrainement par la nature pendant des années pour libérer soudainement au grand jour une puissance aveuglement destructrice. Tout était prêt pour une belle histoire qui finit bien, avec plein d’émouvantes péripéties, toujours les mêmes, qui mettent en scène d’infatigables fouilleurs de décombres et des petits enfants sauvés grâce aux effets mirifiques de notre vertu en actes. Puisqu’il était impossible de donner un sens au martyr du peuple haïtien – contrairement à ce qui s’est produit au moment du tsunami, et c’est heureux, personne ne s’est d’emblée et à ma connaissance aventuré à suggérer que l’action des dieux aurait pu avoir une justification quelconque – nous devions nous contenter de le soulager, en lui portant secours. Point.
Mais c’était sans compter avec l’infatigable imagination des temps modernes. Donner un sens à l’insensé est une tentation éternelle de l’esprit humain. Il faut pourtant constater qu’elle prend aujourd’hui des formes inédites.
Du passé haïtien, le séisme a fait table rase. Mais le passé d’Haïti était tellement sombre que beaucoup sont tentés de trouver des vertus morales à l’action de mère nature. L’on sentait les dirigeants du monde réunis à Montréal lundi dernier pour une première préparation à « l’accouchement du nouvel Haïti », selon l’étonnante expression du premier ministre haïtien, prêts à rendre grâce, lors de cette réunion, à mère Gaïa pour les vertus insoupçonnées des effets de son acte terrible. On se souvient du ridicule achevé des deux roitelets voltairiens qui, au grand effroi de Candide, faisaient donner des Te Deum par-dessus les charniers qu’ils venaient allègrement d’édifier. Aujourd’hui on en est presque à se féliciter de ce qui vient d’arriver à Haïti pour l’occasion que cela donne à la « communauté internationale », unie comme une seule femme grosse des promesses d’un monde nouveau, de racheter un passé plus calamiteux encore que la calamité du jour.
Nos nouveaux dieux, moins obscurs que les anciens, sauront rendre intelligibles leurs interventions dans le cours des affaires humaines. Gaïa nous a débarrassé du vieil Haïti, dont plus personne, Haïtiens et Occidentaux de conserve, ne voulait. Ce vieil Haïti était la preuve de leur incurie, et celle de notre iniquité. Un témoin gênant de nos faiblesses et exactions passées.
À suivre un adage stupide de notre belle langue, il parait « qu’à quelque chose malheur est bon ». Oui, mais à quoi ? A notre propre bonté bien sûr. C’est notre propre bonté qui trouvera à se déverser librement grâce à cette catastrophe. Depuis trop longtemps contrainte par un passé néocolonialiste plein de bruit et de fureur, notre bonté, aussi grosse soit-elle, trouvera ici l’occasion de se refaire une virginité grâce aux vertus de cette terrible catastrophe. La déclaration finale de cette première préparation à l’accouchement du nouvel Haïti stipule ceci : « Ensemble, nous sommes entièrement déterminés à construire un pays nouveau qui répondra aux aspirations légitimes que le peuple haïtien nourrit depuis longtemps ». Et d’énumérer six principes tous plus vertueux les uns que les autres : Appropriation : « Les Haïtiens seront maîtres de leur avenir. » Coordination : « Nous, les participants, travaillerons ensemble. » Durabilité : « Nous resterons, à long terme, solidaires d’Haïti. » Efficacité : « Nous nous montrerons à la hauteur des attentes. » Inclusivité : « Nous tendrons la main au peuple haïtien. » Responsabilités : « Nous rendrons compte de nos actions. »
C’est beau comme du nation-building bushiste, la guerre de libération en moins. Gaïa a fait tout le sale boulot pour nous. Grâce lui soit donc rendue, sans plus tarder.
Le monde idéal de Christophe Barbier

Monsieur Christophe Barbier, grand-éditorialiste de son état, assis dans le fauteuil de Servan-Schreiber et de Françoise Giroud à l’Express, n’est pas dépourvu d’estime pour sa personnalité si éminente qu’on le compte, paraît-il, parmi les intimes de la Première Dame de France. Il faut le voir déambuler dans les couloirs de son journal, écharpe rouge au cou, peut-être pour ressembler à un autre grand modeste, Jean-Pierre Elkabbach, réciter son édito-vidéo du jour.
Il a son rond de serviette chez Calvi, et il a longtemps participé sur I-Télé à « ça se dispute » où il se faisait ridiculiser de manière hebdomadaire par Eric Zemmour avant que Nicolas Domenach soit appelé à le remplacer afin de rendre le match un peu moins déséquilibré. Sur Internet, donc, il innove avec son éditorial en vidéo mais n’avait jamais créé le Buzzz. Cela devait lui manquer. Il a donc profité du nouveau règlement de la compagnie Air France sur les places occupées par les obèses pour enfiler les bêtises comme d’autres les perles sur un collier. Ceux qui sont habitués à ses chroniques me rétorqueront que c’est le cas à chaque édito barbieresque mais, cette fois-ci, il y a ajouté un ingrédient supplémentaire : la provocation crasse.
Pour Christophe Barbier, il y a deux sortes d’obèses. Il y a ceux qui n’y peuvent rien, qui sont génétiquement programmés pour l’être. A ceux là, on ne peut guère en vouloir, concède t-il dans un élan de générosité. Et puis il y a les autres « qui payent le prix de comportements dérégulés. D’un manque de volonté. D’une manque de violence qu’on se fait à soi-même pour que son personnage, son corps ne crée pas des problèmes à la collectivité, notamment dans les transports en commun. »
Passons sur la rigueur scientifique du Grand-Editorialiste. Et renvoyons à la réponse d’un spécialiste de ces questions sur le site d’Arrêt sur Images.
Passons également sur le fait que, sans doute effrayé par les conséquences du buzz et se souvenant que, non seulement il y a des obèses dans la rue, mais que l’un d’entre eux pourrait bien lui balancer sa grosse main sur son jolis minois, Barbier s’est confondu en excuses et a admis avoir osé une provocation.
Et venons-en précisément aux raisons qu’il avance pour justifier cette provocation : la responsabilité individuelle envers sa santé pour le bien de la collectivité. Que veut donc nous dire Barbier par là ? Effrayé par le déficit de l’assurance-maladie, est-il sur le chemin de lancer quelques pistes en vue de sa résorption ? Ces irresponsables de fumeurs et ces grosses feignasses d’obèses, qui s’empiffrent et ne courent pas au bois le dimanche, ne pèsent-ils pas trop sur nos finances publiques ? En avant-première, voici les prochaines propositions de L’Express sur ce dossier épineux : privatisation totale de l’assurance-maladie. Les assurances privées mettront en place un système de bonus-malus sur le modèle de l’assurance automobile.
Dans le cas où ce peuple si conservateur rejetait cette idée de bon sens, il conviendrait donc de réformer drastiquement notre système de remboursement des soins dans le sens d’un contrôle accru des efforts de chacun :
Idéal : introduction d’une puce dans les organes respiratoires et digestifs de chaque assuré social afin de contrôler sa bonne hygiène de vie. Des prises de sang seront également effectuées de manière régulière et inopinée.
En attendant que cette innovation technique soit possible et généralisable, l’assuré social s’engagerait sur l’honneur à suivre un régime précis établi par le médecin-conseil de sa caisse. Des contrôles inopinés pourraient avoir lieu au domicile de l’assuré, ou tout autre lieu de vie (restaurant, cantine d’entreprise, bar etc…)[1. L’assuré social devra, en outre, conserver toutes les notes de ses achats alimentaires. Dans le cas de repas pris lors d’invitations, l’hôte devra remettre un menu signé à l’invité afin que ce dernier puisse l’archiver en cas de contrôle.]. Dans le cas où il serait établi que le régime n’a pas été respecté, une majoration des cotisations sociales serait calculée sur la feuille de paie du contrevenant. En cas de récidive, la radiation pour cinq ans du système d’assurance-maladie serait prononcée.
En ce qui concerne les accidentés, l’assurance maladie se rapprocherait évidemment des autorités (police, justice, experts en assurance) pour connaître la responsabilité de chacun. Il est évident qu’on ne saurait dilapider l’argent public pour des irresponsables ayant contrevenu au code de la route. Le handicap ne serait pas pris en charge en cas de responsabilité établie de l’assuré lors de son accident. Si, à cause de l’incapacité nouvelle à travailler, il lui serait devenu impossible de rembourser les frais onéreux engagés par la collectivité, sa famille se substituerait à lui. Outre le bénéfice engendré par l’assurance-maladie, cette mesure pourrait contribuer à resserrer le lien familial.
Les assurés sociaux exemplaires qui, en sus de respecter le régime du médecin-conseil, feraient des efforts supplémentaires (activité sportive raisonnable, militantisme dans les associations anti- tabac ou ligues anti-alcooliques…) pourraient bénéficier d’abonnements gratuits à L’Express, d’une photo dédicacée de son guide suprême voire d’une cure de thalassothérapie en compagnie de Carla Bruni.
Bienvenue dans le monde souhaité par Christophe Barbier. Cela ne vous fait pas envie ?
Trop d’économie tue l’économie
Après la suppression de l’Histoire dans les terminales scientifiques, il semblerait, si l’on en croit l’association des professeurs de SES (Sciences économiques et sociales), que ce soit au tour de l’Economie de faire les frais de la réforme du lycée voulue par Luc Chatel. Ainsi, dans des programmes singulièrement allégés, le problème du chômage, par exemple, ne serait plus abordé en classe de Seconde. La notion de pouvoir d’achat serait également aimablement esquivée. Alors qu’on parle d’un million de chômeurs en fin de droits d’ici quelques mois, on ne peut que saluer le pragmatisme du ministre. A quoi bon en effet enseigner à des mômes sur un plan théorique ce que leurs familles vivent tous les jours dans la pratique ? Il faut espérer que Luc Chatel aille jusqu’au bout de cette logique d’une école enfin ouverte sur la société telle qu’elle est, loin des fumeuses spéculations d’enseignants gauchistes. Et qu’il demande dans la foulée aux professeurs d’EPS d’apprendre à nos chères têtes blondes les règles de survie élémentaire dans un carton par – 5° et à ceux de SVT (ex-Sciences nat’) les méthodes pour se suicider sans en mettre partout.
Burqa : la débandade

« La burqa n’est pas la bienvenue en France ». J’en suis convaincue, une écrasante majorité de Français quelles que soient sa religion, son origine et ses opinions politiques pourrait faire sienne cette phrase prononcée par le président de la République devant le Congrès réuni à Versailles. Et voilà qu’après des semaines d’auditions, de polémiques, de chicayas politiques entre la droite et la gauche ainsi qu’à l’intérieur de chaque camp, on nous explique qu’on ne peut rien faire ou pas grand-chose, puisque de la loi, reportée aux calendes grecques, on est passé à une résolution qui, dans les faits, n’engagera probablement que ceux qui sont d’accord avec elles. « Une résolution pour expliquer, une loi pour décider », a déclaré Jean-François Copé qui a peut-être compliqué l’affaire en dégoupillant trop tôt. Après ces explications entortillées, il faut plutôt s’attendre à ce qu’on ne décide rien. À en croire Michelle Alliot-Marie, une loi serait difficilement applicable. On ne s’est pas posé tant de questions en votant la loi Taubira qui impose comme vérité une réécriture de l’histoire mais passons. Tout ça pour ça ?
Le pire, c’est que, pour faire passer la pilule de cette non-décision, on fait des petits cadeaux avec de nouveaux jours fériés, l’Aïd pour les musulmans, Kippour pour les juifs. Jusque-là, des arrangements raisonnables permettaient à chacun de pratiquer sa religion ou de manifester son appartenance sans manquer trop ouvertement à la laïcité – et j’en ai, écolière puis salariée, largement bénéficié. Fallait-il transformer ces arrangements en règle, ce que personne ne réclamait ? Au lieu de porter un coup d’arrêt aux communautarismes, on propose que tous soient égaux devant la loi. Bien joué.
Que penseront l’actrice algérienne Rayhana et ceux qui l’ont agressée ? Quel message adressons-nous à l’imam de Drancy qui s’était prononcé pour l’interdiction, et aux islamistes qui le menacent ? Les filles de « Ni putes ni soumises » qui ont manifesté en burqa devant le siège du PS et qui seraient inspirées d’en faire autant devant celui de l’UMP, le savent bien : le refus de l’islam radical, c’est d’abord à nos compatriotes musulmans que nous le devons. On nous dit qu’ils se sentent tous stigmatisés: il est assez incohérent d’affirmer en même temps que la burqa concerne une infime minorité et que son bannissement stigmatiserait tous les Français musulmans. D’abord, ça reste à prouver – j’en connais pas mal qui seraient plutôt rassurés. Ensuite, faut-il, pour ménager les susceptibilités de celles qui veulent vivre parmi nous sans nous voir et sans qu’on les voie et de ceux qui les y encouragent, stigmatiser tous ceux que l’intégrisme islamiste inquiète – par exemple, les habitants du XVIIIème arrondissement de Paris qui voient régulièrement leurs rues transformées en mosquées et qui s’entendent dire, eux aussi, « qu’on ne peut rien faire » ?
C’est dans cette majorité silencieuse que se recrute la minorité qui, au cours de la dernière décennie, a lâché la gauche pour le FN avant de rallier l’UMP. Peut-être préfère-t-on la jeter à nouveau dans les bras d’un Front relooké sous les traits avenants de Marine Le Pen, histoire de se payer une petite cure de jouvence antifasciste. Si les intégristes sont une minorité ainsi que le répètent à raison tous ceux qui prétendent qu’il n’y a pas de sujet, pourquoi tant d’égards pour eux et si peu pour ceux, qu’en bon français, on appelle les white trash (concept qui admet d’ailleurs une certaine diversité ethnique) ? Les barbes salafistes seraient-elles plus chatouilleuses que les bérets franchouillards ?
Elisabeth Badinter a été claire : la burqa est contraire aux trois termes de notre devise républicaine, en particulier à la fraternité. Et face à cet habit-prison que nombre de Français vivent comme une agression contre leur culture et leur conception du vivre-ensemble, on leur que leur droit est impuissant ? Le droit contre l’arbitraire, c’est une partie de notre culture et de notre identité. Reste qu’il ne les définit pas entièrement. Au-delà du droit, il y a ce qu’on appelait autrefois « les mœurs », une « façon d’être » française, européenne et occidentale ; c’est ce que les immigrés sont toujours venus chercher en France, une manière d’habiter l’espace public, une certaine grammaire de la coexistence des différences et des singularités. Cette « façon d’être » n’est pas ou ne devrait pas être une affaire de normes. Elle admet et même exige des préférences que le droit, dans sa sage et juste neutralité – la même loi pour tous – ne saurait tolérer.
De fait, nul n’aime voir le droit se mêler de ce qui ne le regarde pas. Lorsqu’on en est à recourir à la norme pour protéger les « mœurs », c’est qu’on a presque perdu – il n’y a plus consensus sur l’essentiel. S’il n’a jamais semblé nécessaire d’inscrire dans la loi qu’on doit montrer son visage aux autres, c’est sans doute que cela semblait évident à tous. Aujourd’hui, c’est encore évident pour presque tous – à l’exception de cette fameuse minuscule minorité dont les bons esprits nous somment de ne pas nous soucier, sans doute en attendant qu’elle soit moins minuscule.
D’accord, ce n’est pas simple. La perspective de voir le Parlement se prononcer sur un domaine jusque-là strictement privé nous répugne, et à juste titre. Nous n’avons pas envie de défendre nos libertés en prononçant une interdiction. Depuis le cri de Saint Just, « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté », le débat divise chacun d’entre nous. Contrairement à tous ceux qui défendent les lois mémorielles, je reste par exemple convaincue que la liberté d’expression doit être la plus large possible même si elle nous condamne à entendre des choses déplaisantes voire atroces. Mais si on peut combattre la parole par la parole, face aux actes, il faut agir. Les valeurs de la République bénéficient à tous, y compris aux ennemis de la République. Ces valeurs sont notre force. Prenons garde à ce qu’elles ne deviennent pas notre faiblesse.
Nul n’entend renoncer à l’Etat de droit – ce serait renoncer à nous-mêmes. Mais si notre droit est impuissant changeons-le ! On a intégré à l’édifice constitutionnel une notion aussi absurde que le « principe de précaution », alors soyons imaginatifs. Inscrivons dans la Constitution, la visibilité ou la civilité ou la dignité ou ce que les juristes nous proposeront.
En tout cas, Nicolas Sarkozy devrait s’en souvenir : quand ils en sont à dire « qu’on ne peut rien faire », les gouvernants disparaissent. Du paysage et de l’Histoire.
Gainsbourg, la vie comic-strip

Toutes les « vies » ne font pas de belles histoires. Celle de Serge Gainsbourg, né Lucien Ginzburg quelque part à la fin des années 1920, offre tous les ingrédients d’une superbe aventure intime et lyrique : des drames personnels qui ne seront jamais complètement digérés (le port de l’étoile jaune sous l’Occupation, une carrière de peintre ratée), des femmes « étoiles filantes » qui passèrent fugitivement dans son paysage et le quittèrent systématiquement, des chansons culte ancrées dans la poésie française pour dix siècles entre Villon et Vian, des fulgurances médiatiques exubérantes et drolatiques (depuis ce Pascal cramé en direct à « 7/7 » pour se plaindre du fisc, jusqu’à ce délicat et mutin « I want to fuck you » lâché sur un plateau de télé à une chanteuse américaine dont l’histoire a oublié le nom), un sens raffiné de l’autodestruction entre éthylo-suicide et smoking-rage-kamikaze, etc. Tout cela est archi-connu, et la biographie de référence écrite par Gilles Verlant documente en détail ce destin génial et météorique [1. Gilles Verlant, Gainsbourg, Albin Michel, 1992.].
Mais Gainsbourg fait partie du patrimoine national – il est un monument comme la Tour Eiffel, le Zouave du Pont de l’Alma ou le Mont Saint-Michel, c’est-à-dire qu’il appartient à tous et à chacun. Il est tout aussi permis d’aller faire un graffiti sur le mur d’enceinte de son hôtel particulier de la rue de Verneuil que d’annexer son truculent « personnage » à son propre imaginaire. C’est ce qu’a décidé de faire le très talentueux dessinateur de bande-dessinée Joann Sfar, à travers un drame onirique qualifié avec justesse de « conte », Gainsbourg, vie héroïque. Ce long-métrage biographique (les zaméricains disent biopic, c’est plus chic !) prend le parti de la fantaisie et de l’esthétisme afin de nous faire toucher du doigt l’univers de l’homme à tête de chou. Joann Sfar ne filme pas, il dessine littéralement Gainsbourg avec sa caméra, et nous offre un film certes outrageusement « storyboardé » (on sent que rien n’a été improvisé), mais rendant grâce à la fragilité hyper-sensible de ce peintre raté qui a été contraint de faire entrer ses propres images dans ses chansons.
Au commencement était l’étoile jaune
Sfar commence sa fable tragique en nous rappelant que Serge Gainsbourg était juif et que – petit garçon sous l’Occupation – il a dû porter l’étoile jaune dans les rues de Paris. Sfar dépeint un gosse espiègle qui se passionnait pour la peinture, alors que son père – en bon Russe – le contraignait à apprendre à jouer du Chopin. Une valeur sûre en temps de crise. Sfar sait nous montrer avec beaucoup d’humour le jeune Lucien – interprété par un garçonnet bluffant, Kacey Mottet – tomber amoureux et déployer ses embryonnaires talents de tombeur – à dix ans – pour séduire sa toute « première » femme de rêve, un modèle qui pose nue à son cour de dessin. Lucien, bien que traqué par les Allemands, comme l’ensemble des siens, sait déjà qu’au-delà de sa rencontre avec l’art (sans savoir véritablement à quelle « Muse » se vouer…), le destin de sa vie sera de souffrir par les femmes.
Le reflet dans le miroir et le « Dybbouk » envahissant
Gainsbourg n’aime pas sa gueule. Mais alors là pas du tout. Et ce reflet dans le miroir – nez de concours façon expo « Le juif et la France » plus oreilles ultra décollées – l’envahit totalement. Il se trouve laid, et donc incapable de séduire. Sfar pose d’entrée de jeu cette problématique apparemment futile, qui éclaire en vérité beaucoup de la biographie de l’artiste. Rien de superficiel dans cette détestation de sa supposée « sale gueule », mais une profonde angoisse de ne pas « rimer » avec ses semblables. Très tôt, Sfar greffe donc à Gainsbourg un double, un mauvais génie, une sorte de « Dybbouk », cet esprit jumeau qui habite – selon la mythologie juive – le corps d’un individu. Un « Dybbouk » cauchemardesque, prenant la forme d’une sinistre marionnette aux traits gainsbouriens exacerbés. Les oreilles. Le nez. Les poches sous les yeux. Triangle équilatéral. L’image d’un Gainsbourg « tel qu’il se voyait » aux pires heures de sa détestation de lui-même. Un mauvais démon le ramenant toujours à ses pulsions de mort… autodestruction et haine des autres (passant tour à tour par le cynisme ou le mépris de son art).
D’art en art, de bar en bar, de femme en femme
Comme on ne peut pas passer sa vie entière à se lamenter sur sa sale gueule, il convient aussi d’écrire des chansons. Sfar décrit avec beaucoup de délicatesse ce « passage » douloureux – chez Serge – des arts graphiques à la chanson. Prenant conscience qu’il a manifestement plus de talent pour écrire des ritournelles que pour badigeonner des toiles, Lucien Ginzburg se mue en Gainsbourg, et hante les cabarets parisiens avec ses premières chansons, Le poinçonneur des Lilas ou encore La jambe de bois. Sa première femme, qui avait cru épouser un artiste-peintre juif russe fidèle et sobre, le quitte. Plusieurs stars du music-hall des années 1950 s’intéressent à son univers… il est chanté par les Frères Jacques, il échange avec Vian, et un beau jour la sublime Juliette Gréco le convoque. Sfar fait de cette rencontre au sommet un moment-clé. Serge, se raccrochant déjà au whisky comme à une bouée de sauvetage, est plus timide qu’un jeune communiant. Avant de chanter La Javanaise à Gréco, il brise un verre en cristal et lui marche sur les pieds. Un moment magique que la comédienne Anna Mouglalis magnifie de son charme crépusculaire… Les femmes de la vie du chanteur sont diversement convaincantes dans ce film, et si la Bardot de Lætitia Casta peut faire sourire, la Jane Birkin interprétée par Lucy Gordon crève l’écran de mimétisme et d’émotion. Notamment dans une déchirante scène au cours de laquelle Gainsbourg fait travailler Jane sur Le canari sur le balcon, chanson tragique évoquant le suicide. Peu après la fin du tournage Lucy Gordon mettra fin à ses jours.
Vie héroïque de l’anti-héros
Le film de Joann Sfar a l’élégance d’éviter l’écueil moraliste ; le parcours de Lucien Ginzburg n’est pas le support d’un discours faisant l’apologie romantique de son auto-destruction (il faut souffrir pour créer, etc.) ou d’une litanie morale condamnant sa vie dissolue, sa passion immodérée des femmes et son goût de la provoc. Le long-métrage de Sfar montre surtout que Serge a construit sa vie comme l’une de ses chansons, en y mettant le même sens du tragique, le même humour et le même sens plastique des détails. L’anti-héros, avec sa gueule de méchant de péplum (dans le genre Judas ou centurion sadique), devient le premier rôle d’une vie aussi héroïque et mouvementée que celle de n’importe quel grand poète du XIXe siècle. Une vie qui fait œuvre, et se termine en apogée par la naissance du fils de Gainsbourg, Lucien… Sfar nous épargnant le récit nécessairement banal de la mort du chanteur.
Gainsbourg « comic-strip »
S’il y a une chose que Lucien Ginzburg détestait c’est bien la chanson… L’auteur de La Javanaise a toujours insisté – avec théâtralité – sur le fait que la chanson était un « art mineur » et il a traîné un complexe persistant de n’être qu’un artiste de music-hall. On devine ce qui a pu intéresser Sfar dans cette dimension du personnage, plus névrotique que jamais… la bande-dessinée – où excelle Sfar – étant aussi considérée – à tort – par certains idiots comme un art marginal, secondaire et populaire qui ne serait pas vraiment la rencontre naturelle des arts plastiques et de la littérature… Le Gainsbourg « comic-strip » de Joann Sfar nous dit ainsi que les arts populaires ne relèvent pas toujours de la « sous-culture », et façonnent puissamment nos imaginaires. Comme les « contes » qui aident les enfants à grandir.
Le Pernaut-Sarko show a tenu ses promesses

Avant même le direct de TF1, on a écrit beaucoup de vilenies sur la nature de l’intervention télévisée du président ce lundi soir. Quitte à en surprendre quelques-uns, nous dirons que la plupart de ces attaques ex ante étaient de mauvaise foi, notamment celles portant sur l’incapacité supposée de Jean-Pierre Pernaut à animer une émission politique avec le chef de l’Etat. Ce n’est pas parce qu’on présente le JT de 13 heures à des millions de Français CSP pas ++ qu’on est d’office disqualifié pour ce genre d’exercice. Et de fait, on a vu à maintes reprises JPP étayer, statistiques à l’appui, le mécontentement des interlocuteurs du président, voire surenchérir sur ceux-ci. À l’arrivée, il s’est révélé autrement plus vigoureux que n’auraient pu l’être la plupart des grandes consciences affectées aux éditoriaux de la presse écrite nationale. La remarque vaut encore plus pour le panel de Français-d’en-bas qu’on avait collé aux basques du président et qui ont, pour la plupart, exposé sans chichis les problèmes qui pourrissent l’ambiance pour soixante et quelques millions d’entre nous.
Délocalisations, chômage des jeunes diplômés, producteurs de lait pris à la gorge, artisans saisis par le fisc, précarité de l’emploi dans l’Education nationale, banques qui refusent les crédits aux PME, misère dans les hôpitaux publics : un vrai festival de vraies questions qu’on a du mal à imaginer, tant pis pour la confraternité, portées par les professionnels abonnés aux plateaux télé. On notera au passage que le hors-d’œuvre, joué dans un registre beaucoup plus classique, à savoir l’intervention liminaire du président face à Laurence Ferrari dans le 20 heures, fut assez pitoyable. Dans le genre connivent, convenu et attendu, on croyait revoir le duo Claire Chazal-Balladur pendant la campagne de 1995, mais en pire, c’est dire…
La suite, donc, se révéla heureusement beaucoup plus rock and roll. Indubitablement, l’exercice n° 2 lui sied plus : le président se décoince, se déride et même se lâche. Il maîtrise ses dossiers sans ramener trop sa science, répond avec faconde à toutes les questions, appelle chacun par son prénom, on le sent quasi à la limite du tutoiement. Et, surtout, il est presque toujours d’accord avec tout le monde, syndicaliste CGT compris. Oui, on va produire en France les voitures destinées au marché français – et même aux pays limitrophes. Oui, on va empêcher les routiers bulgares de faire du dumping. Oui, on va pénaliser les produits made in China au nom de la taxe carbone. Oui, on va faire entendre raison aux pays non-agricoles de l’Union européenne sur le prix du lait. Oui, on va titulariser les fonctionnaires précaires et augmenter leurs salaires, notamment ceux des gentilles infirmières. La liste des engagements n’est pas exhaustive, on a pris des notes, des fois que les collaborateurs du président auraient oublié de le faire. Le cas échéant, vilains que nous sommes, on n’hésitera pas à les ressortir.
On l’aura remarqué au passage, nos petits Français du panel semblaient curieusement assez peu angoissés par les réformes constitutionnelles ou la suppression du juge d’instruction, et essentiellement motivés par des questions au ras du sol, par le social pour parler clair. Peut-être les avait-on choisis exprès tous poujadistes ? Peut-être que ce sont-là les questions qui préoccupent vraiment les gens ? Et peut-être même que le président, à qui il arrive de lire quelques sondages, a fait exprès cette émission pour écouter du social, parler de social, promettre du social. Badaboum badaboum, le Sarkozy de la feuille de paye is back in town. Vous avez dit « déjà vu » ?
Car c’est bien là que le bât blesse. Le président promet à mi-mandat de faire beaucoup plus que ce qu’il n’a pas voulu faire durant ses trente premiers mois d’exercice. Bon d’accord, il y a la crise mondiale. Admettons, dans un immense sursaut d’indulgence, que c’est uniquement à cause de cette catastrophe naturelle qu’on n’a pas fait ce qu’on avait dit. Mais, même en imaginant qu’elle disparaisse demain matin, Nicolas Sarkozy sera-t-il moins entravé dans ses élans populophiles par les critères de Bruxelles, les engagements pris auprès de l’OMC ou ses liens avérés avec des milieux d’affaires pas toujours obsédés par la ré-industrialisation du territoire ? On peut croire aux miracles. Ou pas.
Une chose est certaine en tout cas : le président est décidé à récupérer le terrain gagné en 2007 et perdu depuis en milieu populaire. On l’avait déjà écrit à propos de Martine Aubry, et on est moins que jamais d’humeur à se déjuger aujourd’hui : l’un des enjeux décisifs de la prochaine présidentielle est l’électorat des salariés modestes. Traditionnellement ancré à gauche, voire à la gauche de la gauche depuis la Genèse, il a volé en éclat dans les années 1980, fuguant tout d’abord du PC vers le PS en 1981, puis se disséminant ensuite entre le vote FN et l’abstention de masse, avant de retomber en partie dans l’escarcelle sarkozyste à l’occasion de la dernière présidentielle. Déçu côté feuille de paye, choqué dans ses aspirations égalitaires par des affaires type Epad ou Proglio, aujourd’hui cet électorat se cherche. Reste à savoir si ce recentrage présidentiel, en supposant qu’il ne soit pas purement communicationnel, n’arrive pas un chouïa trop tard, ce que nous serions un rien portés à croire. Pour regagner la France qui se lève tôt, vaut mieux se réveiller de bonne heure.
Roger chez saint Pierre
La guerre de Sécession a cessé, ça c’est sûr, et cette fois définitivement pour Roger Pierre, humoriste du siècle dernier, dont le numéro de duettistes avec Jean-Marc Thibaut rivalisait avec celui de Jean Poiret et Michel Serrault dans les cabarets parisiens et les tournées d’été sur les plages françaises. C’était à une époque où l’on essayait de divertir le populo sans être forcément glauque ou trash. Roger Pierre, à la différence de son compère, n’a pas eu l’occasion, ou l’envie, de prolonger sa carrière en interprétant des rôles de vieillards dans des sitcoms télévisées à succès. Il a préféré rester pépère près de Joinville-le-Pont, du côté de chez Gégène, avant de tirer sa révérence en douceur.
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Mort de Salinger. La littérature américaine va très bien s’en remettre
L’écrivain américain JD Salinger vient de mourir à 91 ans. Il était l’auteur d’un seul livre ou presque, L’Attrape-cœurs. Ce roman d’initiation, totalement surévalué, racontant la fugue new-yorkaise du lycéen Holden Caufield a notamment connu une réputation internationale du fait de l’histrionisme paranoïaque de son auteur qui vivait comme un reclus depuis 1965 dans sa maison du New Hampshire. L’Attrape-cœurs est de surcroît desservi chez nous par une traduction très datée, où un adolescent en révolte s’exclame, par exemple, « Saperlipopette ! » En France, c’est Philippe Djian, écrivain qui donne lui-même l’impression d’être mal traduit de l’américain, qui vouait un culte à Salinger. C’est tout dire. Heureusement, Ellroy, Don DeLillo et Chuck Pahlaniuk sont toujours vivants, eux.
Qui a peur de Monsieur Zemmour ?

Marianne2 nous apprend ce soir que l’Union des syndicats de magistrats (USM) a demandé à Michèle Alliot-Marie, ministre de la Justice, quelle mesure elle entend prendre « en réaction à ces propos inacceptables qui tendent à discréditer l’institution judiciaire, et affaiblissent l’autorité de l’Etat ».
Les propos en question ont été prononcés par Eric Zemmour, lors de sa chronique matinale sur RTL, lundi dernier. Pour résumer, il avait reproché vertement aux juges en général, et en particulier à ceux qui avaient pris la décision de remettre en liberté les immigrés clandestins kurdes débarqués dans le sud de la Corse, d’entraver pour des raisons idéologiques les efforts de lutte contre l’immigration illégale mis en œuvre par les gouvernements successifs.
Quel genre de mesure demande l’USM contre le journaliste ? Qu’on l’embastille ? Qu’on lui retire sa carte de presse ? Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas là de donner son avis sur la chronique d’Eric Zemmour. Il s’agit de traiter de la réaction pour le moins incongrue de ce syndicat. Un syndicat joue son rôle en défendant ses adhérents mais, en l’espèce, il ne se plaint pas à RTL ni ne produit un communiqué de protestation. Il sollicite discrètement la ministre et demande, en termes très sibyllins, que des sanctions soient prises contre un journaliste.
On peut aussi se demander pourquoi l’USM réagit maintenant si les propos d’Eric Zemmour portent autant atteinte à l’autorité judiciaire. Non seulement il a déjà critiqué certains juges à la télé et à la radio[1. Par exemple, la semaine avant, il avait rappelé l’acharnement judiciaire dont, selon lui, Loïc Le Floc’h Prigent faisait l’objet.], mais il a consacré il y a treize ans un livre à ce sujet, intitulé – excusez du peu – Le coup d’Etat des juges[2. Grasset – janvier 1997] ! Aux dernières nouvelles, l’ouvrage est toujours en vente libre.
Il est curieux que l’USM n’ait pas sollicité le ministre de la Justice de l’époque lorsque, avant tout le monde, Florence Aubenas, de Libération, ou Frédéric Ploquin, de Marianne, mirent en doute la procédure mise en œuvre par le juge Fabrice Burgaud dans la trop célèbre affaire d’Outreau[4. On rappellera qu’une promotion d’étudiants de l’Ecole de la Magistrature voulait prendre le nom du célèbre juge et qu’il a fallu bien des efforts pour l’en dissuader par peur du scandale.]. Madame Alliot-Marie a-t-elle reçu un courrier lorsque le Canard Enchaîné, il y a deux semaines, fustigea la promotion de Monsieur Lathoud comme directeur de l’administration pénitentiaire, alors qu’il fut procureur général de Douai et donc l’un des principaux responsables de ce fiasco judiciaire ?
Critiquer les décisions de justice, pour un journaliste ou un polémiste, ce n’est pas nouveau. Voltaire, dans l’affaire Callas, et Zola, dans l’affaire Dreyfus, n’y sont pas allés de main morte en leur temps. L’interdiction de critiquer les décisions de justice ne s’applique heureusement pas aux journaux. En revanche, en vertu de la séparation des pouvoirs, les parlementaires ou les membres du gouvernement doivent s’abstenir de toute critique ou même de commentaire[3. Ce ne fut pas le cas du ministre de l’Intérieur lors de l’affaire Cremel. On va dire que je m’acharne, mais tant pis.].
En fait, Zemmour met, une fois de plus, le doigt où cela fait mal lorsqu’il dénonce le parti pris idéologique d’une partie des magistrats et met en garde contre l’avènement d’un gouvernement des juges. Lorsqu’il le faisait dans des livres ou à 1 heure du matin à la télé, cela passait encore. Mais il semble que sa présence lors de cette tranche horaire, la plus écoutée de France à la radio, gêne beaucoup plus de monde.
Inde-Pakistan : y a pas photo !
Le ministère indien en charge des femmes et enfants (Women and Child Development) voulait célébrer comme il se doit la Journée nationale de la jeune fille (National Girl Child Day), consacrée à la lutte contre l’infanticide des filles, un problème endémique dans le pays. Pour ce faire, le ministre s’est tourné vers l’agence gouvernementale chargée de la communication de l’Etat (Directorate of Advertising and Visual Publicity) et lui a commandé une série de spots, affiches et encarts publicitaires dans la presse. Devaient y apparaître un bouquet de héros nationaux : le chef d’état-major de l’armée de l’air (le Marechal P V Naik), des joueurs de cricket (Kapil Dev et Virender Sehwag), un musicien de grande renommée (Amjad Ali Khan) ainsi que Sonia Gandhi et le premier ministre Manmohan Singh. Sauf que les pinceaux de l’iconographe se sont emmêlés et sur le produit final – publié dans les journaux et diffusés sur les écrans – on pouvait clairement distinguer aux côtés des deux sportifs et du musicien, le mâle figure de Tanvir Ahmed, chef de l’armée de l’air… pakistanaise.

L’IAF – l’armée de l’air indienne – a moyennement apprécié et l’affaire est en train de tourner au scandale national. Selon la presse indienne, le créatif coupable a été « outsourcé » mais les visuels avaient été approuvés par Krishna Tirath, la ministre concernée. Bref à cause de la promotion des droits des femmes, on risque d’en compter bientôt une de moins dans le gouvernement…
Gaïa à Port-au-Prince

On assiste ces jours-ci à une évolution étrange du discours ambiant à propos de la catastrophe haïtienne. Au lendemain du désastre, nous avons tous entonné le même refrain : « les dieux », ces éternels coupables, s’acharnaient gratuitement sur le peuple haïtien. À l’égard d’Haïti, notre commisération et notre secours devaient être sans borne, puisque la malignité des forces occultes qui régissent l’action de la nature ici-bas l’était aussi. Il fallait se montrer aussi déterminé dans le Bien que les dieux anonymes l’étaient dans le Mal. C’était au fond une gigantomachie dans la plus pure tradition mythologique qui se jouait là, avec, du bon côté du ring, notre énorme puissance compassionnelle et technologique, et, de l’autre, celle accumulée souterrainement par la nature pendant des années pour libérer soudainement au grand jour une puissance aveuglement destructrice. Tout était prêt pour une belle histoire qui finit bien, avec plein d’émouvantes péripéties, toujours les mêmes, qui mettent en scène d’infatigables fouilleurs de décombres et des petits enfants sauvés grâce aux effets mirifiques de notre vertu en actes. Puisqu’il était impossible de donner un sens au martyr du peuple haïtien – contrairement à ce qui s’est produit au moment du tsunami, et c’est heureux, personne ne s’est d’emblée et à ma connaissance aventuré à suggérer que l’action des dieux aurait pu avoir une justification quelconque – nous devions nous contenter de le soulager, en lui portant secours. Point.
Mais c’était sans compter avec l’infatigable imagination des temps modernes. Donner un sens à l’insensé est une tentation éternelle de l’esprit humain. Il faut pourtant constater qu’elle prend aujourd’hui des formes inédites.
Du passé haïtien, le séisme a fait table rase. Mais le passé d’Haïti était tellement sombre que beaucoup sont tentés de trouver des vertus morales à l’action de mère nature. L’on sentait les dirigeants du monde réunis à Montréal lundi dernier pour une première préparation à « l’accouchement du nouvel Haïti », selon l’étonnante expression du premier ministre haïtien, prêts à rendre grâce, lors de cette réunion, à mère Gaïa pour les vertus insoupçonnées des effets de son acte terrible. On se souvient du ridicule achevé des deux roitelets voltairiens qui, au grand effroi de Candide, faisaient donner des Te Deum par-dessus les charniers qu’ils venaient allègrement d’édifier. Aujourd’hui on en est presque à se féliciter de ce qui vient d’arriver à Haïti pour l’occasion que cela donne à la « communauté internationale », unie comme une seule femme grosse des promesses d’un monde nouveau, de racheter un passé plus calamiteux encore que la calamité du jour.
Nos nouveaux dieux, moins obscurs que les anciens, sauront rendre intelligibles leurs interventions dans le cours des affaires humaines. Gaïa nous a débarrassé du vieil Haïti, dont plus personne, Haïtiens et Occidentaux de conserve, ne voulait. Ce vieil Haïti était la preuve de leur incurie, et celle de notre iniquité. Un témoin gênant de nos faiblesses et exactions passées.
À suivre un adage stupide de notre belle langue, il parait « qu’à quelque chose malheur est bon ». Oui, mais à quoi ? A notre propre bonté bien sûr. C’est notre propre bonté qui trouvera à se déverser librement grâce à cette catastrophe. Depuis trop longtemps contrainte par un passé néocolonialiste plein de bruit et de fureur, notre bonté, aussi grosse soit-elle, trouvera ici l’occasion de se refaire une virginité grâce aux vertus de cette terrible catastrophe. La déclaration finale de cette première préparation à l’accouchement du nouvel Haïti stipule ceci : « Ensemble, nous sommes entièrement déterminés à construire un pays nouveau qui répondra aux aspirations légitimes que le peuple haïtien nourrit depuis longtemps ». Et d’énumérer six principes tous plus vertueux les uns que les autres : Appropriation : « Les Haïtiens seront maîtres de leur avenir. » Coordination : « Nous, les participants, travaillerons ensemble. » Durabilité : « Nous resterons, à long terme, solidaires d’Haïti. » Efficacité : « Nous nous montrerons à la hauteur des attentes. » Inclusivité : « Nous tendrons la main au peuple haïtien. » Responsabilités : « Nous rendrons compte de nos actions. »
C’est beau comme du nation-building bushiste, la guerre de libération en moins. Gaïa a fait tout le sale boulot pour nous. Grâce lui soit donc rendue, sans plus tarder.
Le monde idéal de Christophe Barbier

Monsieur Christophe Barbier, grand-éditorialiste de son état, assis dans le fauteuil de Servan-Schreiber et de Françoise Giroud à l’Express, n’est pas dépourvu d’estime pour sa personnalité si éminente qu’on le compte, paraît-il, parmi les intimes de la Première Dame de France. Il faut le voir déambuler dans les couloirs de son journal, écharpe rouge au cou, peut-être pour ressembler à un autre grand modeste, Jean-Pierre Elkabbach, réciter son édito-vidéo du jour.
Il a son rond de serviette chez Calvi, et il a longtemps participé sur I-Télé à « ça se dispute » où il se faisait ridiculiser de manière hebdomadaire par Eric Zemmour avant que Nicolas Domenach soit appelé à le remplacer afin de rendre le match un peu moins déséquilibré. Sur Internet, donc, il innove avec son éditorial en vidéo mais n’avait jamais créé le Buzzz. Cela devait lui manquer. Il a donc profité du nouveau règlement de la compagnie Air France sur les places occupées par les obèses pour enfiler les bêtises comme d’autres les perles sur un collier. Ceux qui sont habitués à ses chroniques me rétorqueront que c’est le cas à chaque édito barbieresque mais, cette fois-ci, il y a ajouté un ingrédient supplémentaire : la provocation crasse.
Pour Christophe Barbier, il y a deux sortes d’obèses. Il y a ceux qui n’y peuvent rien, qui sont génétiquement programmés pour l’être. A ceux là, on ne peut guère en vouloir, concède t-il dans un élan de générosité. Et puis il y a les autres « qui payent le prix de comportements dérégulés. D’un manque de volonté. D’une manque de violence qu’on se fait à soi-même pour que son personnage, son corps ne crée pas des problèmes à la collectivité, notamment dans les transports en commun. »
Passons sur la rigueur scientifique du Grand-Editorialiste. Et renvoyons à la réponse d’un spécialiste de ces questions sur le site d’Arrêt sur Images.
Passons également sur le fait que, sans doute effrayé par les conséquences du buzz et se souvenant que, non seulement il y a des obèses dans la rue, mais que l’un d’entre eux pourrait bien lui balancer sa grosse main sur son jolis minois, Barbier s’est confondu en excuses et a admis avoir osé une provocation.
Et venons-en précisément aux raisons qu’il avance pour justifier cette provocation : la responsabilité individuelle envers sa santé pour le bien de la collectivité. Que veut donc nous dire Barbier par là ? Effrayé par le déficit de l’assurance-maladie, est-il sur le chemin de lancer quelques pistes en vue de sa résorption ? Ces irresponsables de fumeurs et ces grosses feignasses d’obèses, qui s’empiffrent et ne courent pas au bois le dimanche, ne pèsent-ils pas trop sur nos finances publiques ? En avant-première, voici les prochaines propositions de L’Express sur ce dossier épineux : privatisation totale de l’assurance-maladie. Les assurances privées mettront en place un système de bonus-malus sur le modèle de l’assurance automobile.
Dans le cas où ce peuple si conservateur rejetait cette idée de bon sens, il conviendrait donc de réformer drastiquement notre système de remboursement des soins dans le sens d’un contrôle accru des efforts de chacun :
Idéal : introduction d’une puce dans les organes respiratoires et digestifs de chaque assuré social afin de contrôler sa bonne hygiène de vie. Des prises de sang seront également effectuées de manière régulière et inopinée.
En attendant que cette innovation technique soit possible et généralisable, l’assuré social s’engagerait sur l’honneur à suivre un régime précis établi par le médecin-conseil de sa caisse. Des contrôles inopinés pourraient avoir lieu au domicile de l’assuré, ou tout autre lieu de vie (restaurant, cantine d’entreprise, bar etc…)[1. L’assuré social devra, en outre, conserver toutes les notes de ses achats alimentaires. Dans le cas de repas pris lors d’invitations, l’hôte devra remettre un menu signé à l’invité afin que ce dernier puisse l’archiver en cas de contrôle.]. Dans le cas où il serait établi que le régime n’a pas été respecté, une majoration des cotisations sociales serait calculée sur la feuille de paie du contrevenant. En cas de récidive, la radiation pour cinq ans du système d’assurance-maladie serait prononcée.
En ce qui concerne les accidentés, l’assurance maladie se rapprocherait évidemment des autorités (police, justice, experts en assurance) pour connaître la responsabilité de chacun. Il est évident qu’on ne saurait dilapider l’argent public pour des irresponsables ayant contrevenu au code de la route. Le handicap ne serait pas pris en charge en cas de responsabilité établie de l’assuré lors de son accident. Si, à cause de l’incapacité nouvelle à travailler, il lui serait devenu impossible de rembourser les frais onéreux engagés par la collectivité, sa famille se substituerait à lui. Outre le bénéfice engendré par l’assurance-maladie, cette mesure pourrait contribuer à resserrer le lien familial.
Les assurés sociaux exemplaires qui, en sus de respecter le régime du médecin-conseil, feraient des efforts supplémentaires (activité sportive raisonnable, militantisme dans les associations anti- tabac ou ligues anti-alcooliques…) pourraient bénéficier d’abonnements gratuits à L’Express, d’une photo dédicacée de son guide suprême voire d’une cure de thalassothérapie en compagnie de Carla Bruni.
Bienvenue dans le monde souhaité par Christophe Barbier. Cela ne vous fait pas envie ?
Trop d’économie tue l’économie
Après la suppression de l’Histoire dans les terminales scientifiques, il semblerait, si l’on en croit l’association des professeurs de SES (Sciences économiques et sociales), que ce soit au tour de l’Economie de faire les frais de la réforme du lycée voulue par Luc Chatel. Ainsi, dans des programmes singulièrement allégés, le problème du chômage, par exemple, ne serait plus abordé en classe de Seconde. La notion de pouvoir d’achat serait également aimablement esquivée. Alors qu’on parle d’un million de chômeurs en fin de droits d’ici quelques mois, on ne peut que saluer le pragmatisme du ministre. A quoi bon en effet enseigner à des mômes sur un plan théorique ce que leurs familles vivent tous les jours dans la pratique ? Il faut espérer que Luc Chatel aille jusqu’au bout de cette logique d’une école enfin ouverte sur la société telle qu’elle est, loin des fumeuses spéculations d’enseignants gauchistes. Et qu’il demande dans la foulée aux professeurs d’EPS d’apprendre à nos chères têtes blondes les règles de survie élémentaire dans un carton par – 5° et à ceux de SVT (ex-Sciences nat’) les méthodes pour se suicider sans en mettre partout.
Burqa : la débandade

« La burqa n’est pas la bienvenue en France ». J’en suis convaincue, une écrasante majorité de Français quelles que soient sa religion, son origine et ses opinions politiques pourrait faire sienne cette phrase prononcée par le président de la République devant le Congrès réuni à Versailles. Et voilà qu’après des semaines d’auditions, de polémiques, de chicayas politiques entre la droite et la gauche ainsi qu’à l’intérieur de chaque camp, on nous explique qu’on ne peut rien faire ou pas grand-chose, puisque de la loi, reportée aux calendes grecques, on est passé à une résolution qui, dans les faits, n’engagera probablement que ceux qui sont d’accord avec elles. « Une résolution pour expliquer, une loi pour décider », a déclaré Jean-François Copé qui a peut-être compliqué l’affaire en dégoupillant trop tôt. Après ces explications entortillées, il faut plutôt s’attendre à ce qu’on ne décide rien. À en croire Michelle Alliot-Marie, une loi serait difficilement applicable. On ne s’est pas posé tant de questions en votant la loi Taubira qui impose comme vérité une réécriture de l’histoire mais passons. Tout ça pour ça ?
Le pire, c’est que, pour faire passer la pilule de cette non-décision, on fait des petits cadeaux avec de nouveaux jours fériés, l’Aïd pour les musulmans, Kippour pour les juifs. Jusque-là, des arrangements raisonnables permettaient à chacun de pratiquer sa religion ou de manifester son appartenance sans manquer trop ouvertement à la laïcité – et j’en ai, écolière puis salariée, largement bénéficié. Fallait-il transformer ces arrangements en règle, ce que personne ne réclamait ? Au lieu de porter un coup d’arrêt aux communautarismes, on propose que tous soient égaux devant la loi. Bien joué.
Que penseront l’actrice algérienne Rayhana et ceux qui l’ont agressée ? Quel message adressons-nous à l’imam de Drancy qui s’était prononcé pour l’interdiction, et aux islamistes qui le menacent ? Les filles de « Ni putes ni soumises » qui ont manifesté en burqa devant le siège du PS et qui seraient inspirées d’en faire autant devant celui de l’UMP, le savent bien : le refus de l’islam radical, c’est d’abord à nos compatriotes musulmans que nous le devons. On nous dit qu’ils se sentent tous stigmatisés: il est assez incohérent d’affirmer en même temps que la burqa concerne une infime minorité et que son bannissement stigmatiserait tous les Français musulmans. D’abord, ça reste à prouver – j’en connais pas mal qui seraient plutôt rassurés. Ensuite, faut-il, pour ménager les susceptibilités de celles qui veulent vivre parmi nous sans nous voir et sans qu’on les voie et de ceux qui les y encouragent, stigmatiser tous ceux que l’intégrisme islamiste inquiète – par exemple, les habitants du XVIIIème arrondissement de Paris qui voient régulièrement leurs rues transformées en mosquées et qui s’entendent dire, eux aussi, « qu’on ne peut rien faire » ?
C’est dans cette majorité silencieuse que se recrute la minorité qui, au cours de la dernière décennie, a lâché la gauche pour le FN avant de rallier l’UMP. Peut-être préfère-t-on la jeter à nouveau dans les bras d’un Front relooké sous les traits avenants de Marine Le Pen, histoire de se payer une petite cure de jouvence antifasciste. Si les intégristes sont une minorité ainsi que le répètent à raison tous ceux qui prétendent qu’il n’y a pas de sujet, pourquoi tant d’égards pour eux et si peu pour ceux, qu’en bon français, on appelle les white trash (concept qui admet d’ailleurs une certaine diversité ethnique) ? Les barbes salafistes seraient-elles plus chatouilleuses que les bérets franchouillards ?
Elisabeth Badinter a été claire : la burqa est contraire aux trois termes de notre devise républicaine, en particulier à la fraternité. Et face à cet habit-prison que nombre de Français vivent comme une agression contre leur culture et leur conception du vivre-ensemble, on leur que leur droit est impuissant ? Le droit contre l’arbitraire, c’est une partie de notre culture et de notre identité. Reste qu’il ne les définit pas entièrement. Au-delà du droit, il y a ce qu’on appelait autrefois « les mœurs », une « façon d’être » française, européenne et occidentale ; c’est ce que les immigrés sont toujours venus chercher en France, une manière d’habiter l’espace public, une certaine grammaire de la coexistence des différences et des singularités. Cette « façon d’être » n’est pas ou ne devrait pas être une affaire de normes. Elle admet et même exige des préférences que le droit, dans sa sage et juste neutralité – la même loi pour tous – ne saurait tolérer.
De fait, nul n’aime voir le droit se mêler de ce qui ne le regarde pas. Lorsqu’on en est à recourir à la norme pour protéger les « mœurs », c’est qu’on a presque perdu – il n’y a plus consensus sur l’essentiel. S’il n’a jamais semblé nécessaire d’inscrire dans la loi qu’on doit montrer son visage aux autres, c’est sans doute que cela semblait évident à tous. Aujourd’hui, c’est encore évident pour presque tous – à l’exception de cette fameuse minuscule minorité dont les bons esprits nous somment de ne pas nous soucier, sans doute en attendant qu’elle soit moins minuscule.
D’accord, ce n’est pas simple. La perspective de voir le Parlement se prononcer sur un domaine jusque-là strictement privé nous répugne, et à juste titre. Nous n’avons pas envie de défendre nos libertés en prononçant une interdiction. Depuis le cri de Saint Just, « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté », le débat divise chacun d’entre nous. Contrairement à tous ceux qui défendent les lois mémorielles, je reste par exemple convaincue que la liberté d’expression doit être la plus large possible même si elle nous condamne à entendre des choses déplaisantes voire atroces. Mais si on peut combattre la parole par la parole, face aux actes, il faut agir. Les valeurs de la République bénéficient à tous, y compris aux ennemis de la République. Ces valeurs sont notre force. Prenons garde à ce qu’elles ne deviennent pas notre faiblesse.
Nul n’entend renoncer à l’Etat de droit – ce serait renoncer à nous-mêmes. Mais si notre droit est impuissant changeons-le ! On a intégré à l’édifice constitutionnel une notion aussi absurde que le « principe de précaution », alors soyons imaginatifs. Inscrivons dans la Constitution, la visibilité ou la civilité ou la dignité ou ce que les juristes nous proposeront.
En tout cas, Nicolas Sarkozy devrait s’en souvenir : quand ils en sont à dire « qu’on ne peut rien faire », les gouvernants disparaissent. Du paysage et de l’Histoire.
Gainsbourg, la vie comic-strip

Toutes les « vies » ne font pas de belles histoires. Celle de Serge Gainsbourg, né Lucien Ginzburg quelque part à la fin des années 1920, offre tous les ingrédients d’une superbe aventure intime et lyrique : des drames personnels qui ne seront jamais complètement digérés (le port de l’étoile jaune sous l’Occupation, une carrière de peintre ratée), des femmes « étoiles filantes » qui passèrent fugitivement dans son paysage et le quittèrent systématiquement, des chansons culte ancrées dans la poésie française pour dix siècles entre Villon et Vian, des fulgurances médiatiques exubérantes et drolatiques (depuis ce Pascal cramé en direct à « 7/7 » pour se plaindre du fisc, jusqu’à ce délicat et mutin « I want to fuck you » lâché sur un plateau de télé à une chanteuse américaine dont l’histoire a oublié le nom), un sens raffiné de l’autodestruction entre éthylo-suicide et smoking-rage-kamikaze, etc. Tout cela est archi-connu, et la biographie de référence écrite par Gilles Verlant documente en détail ce destin génial et météorique [1. Gilles Verlant, Gainsbourg, Albin Michel, 1992.].
Mais Gainsbourg fait partie du patrimoine national – il est un monument comme la Tour Eiffel, le Zouave du Pont de l’Alma ou le Mont Saint-Michel, c’est-à-dire qu’il appartient à tous et à chacun. Il est tout aussi permis d’aller faire un graffiti sur le mur d’enceinte de son hôtel particulier de la rue de Verneuil que d’annexer son truculent « personnage » à son propre imaginaire. C’est ce qu’a décidé de faire le très talentueux dessinateur de bande-dessinée Joann Sfar, à travers un drame onirique qualifié avec justesse de « conte », Gainsbourg, vie héroïque. Ce long-métrage biographique (les zaméricains disent biopic, c’est plus chic !) prend le parti de la fantaisie et de l’esthétisme afin de nous faire toucher du doigt l’univers de l’homme à tête de chou. Joann Sfar ne filme pas, il dessine littéralement Gainsbourg avec sa caméra, et nous offre un film certes outrageusement « storyboardé » (on sent que rien n’a été improvisé), mais rendant grâce à la fragilité hyper-sensible de ce peintre raté qui a été contraint de faire entrer ses propres images dans ses chansons.
Au commencement était l’étoile jaune
Sfar commence sa fable tragique en nous rappelant que Serge Gainsbourg était juif et que – petit garçon sous l’Occupation – il a dû porter l’étoile jaune dans les rues de Paris. Sfar dépeint un gosse espiègle qui se passionnait pour la peinture, alors que son père – en bon Russe – le contraignait à apprendre à jouer du Chopin. Une valeur sûre en temps de crise. Sfar sait nous montrer avec beaucoup d’humour le jeune Lucien – interprété par un garçonnet bluffant, Kacey Mottet – tomber amoureux et déployer ses embryonnaires talents de tombeur – à dix ans – pour séduire sa toute « première » femme de rêve, un modèle qui pose nue à son cour de dessin. Lucien, bien que traqué par les Allemands, comme l’ensemble des siens, sait déjà qu’au-delà de sa rencontre avec l’art (sans savoir véritablement à quelle « Muse » se vouer…), le destin de sa vie sera de souffrir par les femmes.
Le reflet dans le miroir et le « Dybbouk » envahissant
Gainsbourg n’aime pas sa gueule. Mais alors là pas du tout. Et ce reflet dans le miroir – nez de concours façon expo « Le juif et la France » plus oreilles ultra décollées – l’envahit totalement. Il se trouve laid, et donc incapable de séduire. Sfar pose d’entrée de jeu cette problématique apparemment futile, qui éclaire en vérité beaucoup de la biographie de l’artiste. Rien de superficiel dans cette détestation de sa supposée « sale gueule », mais une profonde angoisse de ne pas « rimer » avec ses semblables. Très tôt, Sfar greffe donc à Gainsbourg un double, un mauvais génie, une sorte de « Dybbouk », cet esprit jumeau qui habite – selon la mythologie juive – le corps d’un individu. Un « Dybbouk » cauchemardesque, prenant la forme d’une sinistre marionnette aux traits gainsbouriens exacerbés. Les oreilles. Le nez. Les poches sous les yeux. Triangle équilatéral. L’image d’un Gainsbourg « tel qu’il se voyait » aux pires heures de sa détestation de lui-même. Un mauvais démon le ramenant toujours à ses pulsions de mort… autodestruction et haine des autres (passant tour à tour par le cynisme ou le mépris de son art).
D’art en art, de bar en bar, de femme en femme
Comme on ne peut pas passer sa vie entière à se lamenter sur sa sale gueule, il convient aussi d’écrire des chansons. Sfar décrit avec beaucoup de délicatesse ce « passage » douloureux – chez Serge – des arts graphiques à la chanson. Prenant conscience qu’il a manifestement plus de talent pour écrire des ritournelles que pour badigeonner des toiles, Lucien Ginzburg se mue en Gainsbourg, et hante les cabarets parisiens avec ses premières chansons, Le poinçonneur des Lilas ou encore La jambe de bois. Sa première femme, qui avait cru épouser un artiste-peintre juif russe fidèle et sobre, le quitte. Plusieurs stars du music-hall des années 1950 s’intéressent à son univers… il est chanté par les Frères Jacques, il échange avec Vian, et un beau jour la sublime Juliette Gréco le convoque. Sfar fait de cette rencontre au sommet un moment-clé. Serge, se raccrochant déjà au whisky comme à une bouée de sauvetage, est plus timide qu’un jeune communiant. Avant de chanter La Javanaise à Gréco, il brise un verre en cristal et lui marche sur les pieds. Un moment magique que la comédienne Anna Mouglalis magnifie de son charme crépusculaire… Les femmes de la vie du chanteur sont diversement convaincantes dans ce film, et si la Bardot de Lætitia Casta peut faire sourire, la Jane Birkin interprétée par Lucy Gordon crève l’écran de mimétisme et d’émotion. Notamment dans une déchirante scène au cours de laquelle Gainsbourg fait travailler Jane sur Le canari sur le balcon, chanson tragique évoquant le suicide. Peu après la fin du tournage Lucy Gordon mettra fin à ses jours.
Vie héroïque de l’anti-héros
Le film de Joann Sfar a l’élégance d’éviter l’écueil moraliste ; le parcours de Lucien Ginzburg n’est pas le support d’un discours faisant l’apologie romantique de son auto-destruction (il faut souffrir pour créer, etc.) ou d’une litanie morale condamnant sa vie dissolue, sa passion immodérée des femmes et son goût de la provoc. Le long-métrage de Sfar montre surtout que Serge a construit sa vie comme l’une de ses chansons, en y mettant le même sens du tragique, le même humour et le même sens plastique des détails. L’anti-héros, avec sa gueule de méchant de péplum (dans le genre Judas ou centurion sadique), devient le premier rôle d’une vie aussi héroïque et mouvementée que celle de n’importe quel grand poète du XIXe siècle. Une vie qui fait œuvre, et se termine en apogée par la naissance du fils de Gainsbourg, Lucien… Sfar nous épargnant le récit nécessairement banal de la mort du chanteur.
Gainsbourg « comic-strip »
S’il y a une chose que Lucien Ginzburg détestait c’est bien la chanson… L’auteur de La Javanaise a toujours insisté – avec théâtralité – sur le fait que la chanson était un « art mineur » et il a traîné un complexe persistant de n’être qu’un artiste de music-hall. On devine ce qui a pu intéresser Sfar dans cette dimension du personnage, plus névrotique que jamais… la bande-dessinée – où excelle Sfar – étant aussi considérée – à tort – par certains idiots comme un art marginal, secondaire et populaire qui ne serait pas vraiment la rencontre naturelle des arts plastiques et de la littérature… Le Gainsbourg « comic-strip » de Joann Sfar nous dit ainsi que les arts populaires ne relèvent pas toujours de la « sous-culture », et façonnent puissamment nos imaginaires. Comme les « contes » qui aident les enfants à grandir.
Le Pernaut-Sarko show a tenu ses promesses

Avant même le direct de TF1, on a écrit beaucoup de vilenies sur la nature de l’intervention télévisée du président ce lundi soir. Quitte à en surprendre quelques-uns, nous dirons que la plupart de ces attaques ex ante étaient de mauvaise foi, notamment celles portant sur l’incapacité supposée de Jean-Pierre Pernaut à animer une émission politique avec le chef de l’Etat. Ce n’est pas parce qu’on présente le JT de 13 heures à des millions de Français CSP pas ++ qu’on est d’office disqualifié pour ce genre d’exercice. Et de fait, on a vu à maintes reprises JPP étayer, statistiques à l’appui, le mécontentement des interlocuteurs du président, voire surenchérir sur ceux-ci. À l’arrivée, il s’est révélé autrement plus vigoureux que n’auraient pu l’être la plupart des grandes consciences affectées aux éditoriaux de la presse écrite nationale. La remarque vaut encore plus pour le panel de Français-d’en-bas qu’on avait collé aux basques du président et qui ont, pour la plupart, exposé sans chichis les problèmes qui pourrissent l’ambiance pour soixante et quelques millions d’entre nous.
Délocalisations, chômage des jeunes diplômés, producteurs de lait pris à la gorge, artisans saisis par le fisc, précarité de l’emploi dans l’Education nationale, banques qui refusent les crédits aux PME, misère dans les hôpitaux publics : un vrai festival de vraies questions qu’on a du mal à imaginer, tant pis pour la confraternité, portées par les professionnels abonnés aux plateaux télé. On notera au passage que le hors-d’œuvre, joué dans un registre beaucoup plus classique, à savoir l’intervention liminaire du président face à Laurence Ferrari dans le 20 heures, fut assez pitoyable. Dans le genre connivent, convenu et attendu, on croyait revoir le duo Claire Chazal-Balladur pendant la campagne de 1995, mais en pire, c’est dire…
La suite, donc, se révéla heureusement beaucoup plus rock and roll. Indubitablement, l’exercice n° 2 lui sied plus : le président se décoince, se déride et même se lâche. Il maîtrise ses dossiers sans ramener trop sa science, répond avec faconde à toutes les questions, appelle chacun par son prénom, on le sent quasi à la limite du tutoiement. Et, surtout, il est presque toujours d’accord avec tout le monde, syndicaliste CGT compris. Oui, on va produire en France les voitures destinées au marché français – et même aux pays limitrophes. Oui, on va empêcher les routiers bulgares de faire du dumping. Oui, on va pénaliser les produits made in China au nom de la taxe carbone. Oui, on va faire entendre raison aux pays non-agricoles de l’Union européenne sur le prix du lait. Oui, on va titulariser les fonctionnaires précaires et augmenter leurs salaires, notamment ceux des gentilles infirmières. La liste des engagements n’est pas exhaustive, on a pris des notes, des fois que les collaborateurs du président auraient oublié de le faire. Le cas échéant, vilains que nous sommes, on n’hésitera pas à les ressortir.
On l’aura remarqué au passage, nos petits Français du panel semblaient curieusement assez peu angoissés par les réformes constitutionnelles ou la suppression du juge d’instruction, et essentiellement motivés par des questions au ras du sol, par le social pour parler clair. Peut-être les avait-on choisis exprès tous poujadistes ? Peut-être que ce sont-là les questions qui préoccupent vraiment les gens ? Et peut-être même que le président, à qui il arrive de lire quelques sondages, a fait exprès cette émission pour écouter du social, parler de social, promettre du social. Badaboum badaboum, le Sarkozy de la feuille de paye is back in town. Vous avez dit « déjà vu » ?
Car c’est bien là que le bât blesse. Le président promet à mi-mandat de faire beaucoup plus que ce qu’il n’a pas voulu faire durant ses trente premiers mois d’exercice. Bon d’accord, il y a la crise mondiale. Admettons, dans un immense sursaut d’indulgence, que c’est uniquement à cause de cette catastrophe naturelle qu’on n’a pas fait ce qu’on avait dit. Mais, même en imaginant qu’elle disparaisse demain matin, Nicolas Sarkozy sera-t-il moins entravé dans ses élans populophiles par les critères de Bruxelles, les engagements pris auprès de l’OMC ou ses liens avérés avec des milieux d’affaires pas toujours obsédés par la ré-industrialisation du territoire ? On peut croire aux miracles. Ou pas.
Une chose est certaine en tout cas : le président est décidé à récupérer le terrain gagné en 2007 et perdu depuis en milieu populaire. On l’avait déjà écrit à propos de Martine Aubry, et on est moins que jamais d’humeur à se déjuger aujourd’hui : l’un des enjeux décisifs de la prochaine présidentielle est l’électorat des salariés modestes. Traditionnellement ancré à gauche, voire à la gauche de la gauche depuis la Genèse, il a volé en éclat dans les années 1980, fuguant tout d’abord du PC vers le PS en 1981, puis se disséminant ensuite entre le vote FN et l’abstention de masse, avant de retomber en partie dans l’escarcelle sarkozyste à l’occasion de la dernière présidentielle. Déçu côté feuille de paye, choqué dans ses aspirations égalitaires par des affaires type Epad ou Proglio, aujourd’hui cet électorat se cherche. Reste à savoir si ce recentrage présidentiel, en supposant qu’il ne soit pas purement communicationnel, n’arrive pas un chouïa trop tard, ce que nous serions un rien portés à croire. Pour regagner la France qui se lève tôt, vaut mieux se réveiller de bonne heure.
Roger chez saint Pierre
La guerre de Sécession a cessé, ça c’est sûr, et cette fois définitivement pour Roger Pierre, humoriste du siècle dernier, dont le numéro de duettistes avec Jean-Marc Thibaut rivalisait avec celui de Jean Poiret et Michel Serrault dans les cabarets parisiens et les tournées d’été sur les plages françaises. C’était à une époque où l’on essayait de divertir le populo sans être forcément glauque ou trash. Roger Pierre, à la différence de son compère, n’a pas eu l’occasion, ou l’envie, de prolonger sa carrière en interprétant des rôles de vieillards dans des sitcoms télévisées à succès. Il a préféré rester pépère près de Joinville-le-Pont, du côté de chez Gégène, avant de tirer sa révérence en douceur.
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