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Financement politique US, la nouvelle donne

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dollar

« Une grande victoire pour les lobbies du pétrole, des banques et du secteur de l’assurance-maladie privée » : c’est ainsi que le président américain a commenté la décision de la Cour suprême sur le financement politique. Décision qui vient couronner la cascade d’ennuis qui a tenu lieu de gâteau d’anniversaire à Barack Obama. Le 19 janvier, les démocrates ont perdu un siège sénatorial stratégique dans le Massachussetts et les Républicains disposent maintenant d’une minorité de blocage. Le 21, c’était Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, qui doutait publiquement des chances de la réforme de la santé – déjà déplumée – d’être adoptée par la Chambre basse. Autant dire que le président n’avait pas besoin de la baffe, complètement inattendue, que lui a allongée jeudi dernier la Cour suprême avec une jurisprudence révolutionnaire qui bouleverse les règles du financement de la politique américaine : les personnes morales peuvent se prévaloir de la liberté d’expression au même titre que les personnes physiques. Désormais les entreprises – ainsi que les associations – peuvent exprimer leurs opinions politiques comme de simples citoyens. Avec une courte majorité (cinq voix pour, quatre contre), la Cour vient de prendre une décision importante qui pourrait modifier le visage des prochaines campagnes.

Certes, les dons versés directement aux candidats en campagne ne sont pas concernés. Mais les entreprises pourront financer des films ou des campagnes publicitaires pour soutenir ou attaquer des candidats ou des mesures dont elles souhaitent l’adoption ou le rejet par les élus. En réalité, on ne voit guère de différence entre un don 50.000 dollars versé à un candidat et la même somme directement affectée par le donateur aux dépenses de campagne. En clair, cela signifie que le business (qui jouait déjà un rôle considérable à travers les grands patrons) pourrait devenir le véritable arbitre des compétitions électorales.

Les cinq juges conservateurs de la Cour suprême viennent donc d’imposer un changement de taille dans les règles du jeu dans ce domaine. Entre 1947 – date de la première restriction au financement direct du processus politique par les entreprises – à la loi McCain-Feingold votée en 2002, la tendance a plutôt été de limiter la liberté d’expression des personnes morales pour empêcher les grosses entreprises de peser trop lourdement sur les débats publics les concernant. Cette rupture avec l’interprétation traditionnelle du Premier amendement est d’autant plus étonnante que la Cour a visiblement cherché un prétexte pour intervenir sur le sujet.

À l’origine du jugement, il y a un film critiquant violement Hillary Clinton (Hillary : The movie), produit par Citizens United, une association de droite, et diffusé pendant les primaires démocrates de 2008. Après l’interdiction du film par la commission électorale fédérale, l’association a décidé de faire appel devant la cour constitutionnelle. Or, comme l’explique Adam Liptak du New York Times, rien dans le dossier n’obligeait les juges à rendre une telle décision : ils auraient pu, tout en donnant satisfaction à Citizens United, estimer que l’association ne rentrait pas dans le cadre de la loi McCain-Feingold, ou que cette loi ne s’appliquait pas à un film documentaire de 90 minutes. En choisissant de ne pas emprunter ces issues, La Cour a clairement montré sa volonté de faire entendre sa voix sur ce point.

Chez les Démocrates c’est la consternation : l’argent des corporations coule plutôt vers les tirelires républicaines que vers les caisses démocrates. Pour les Républicains, c’est une victoire importante. Pendant la dernière campagne électorale Obama a réussi à lever presque 750 millions de dollars grâce notamment aux petits dons faits par internet. Restent que les petits donateurs ne font pas le poids face au big business.

Outre-Atlantique le débat fait rage et il est difficile de prendre les protagonistes en flagrant délit de mesure et de pondération. Un commentateur politique de la chaine MSNBC annonce la prostitution de tous les hommes politiques américains, du président et jusqu’au dernier élu local, tandis qu’une militante républicaine parle d’un grand moment pour la démocratie en Amérique. Pour autant, la Maison Blanche et les Démocrates ne sont pas démunis devant les répercussions de cette décision et certains sénateurs ont déjà annoncé des initiatives législatives destinées à tempérer l’ardeur de PDG désireux d’exprimer l’opinion politique de leur entreprise, par exemple, en restreignant leur accès aux marchés publics. De plus, les nouvelles règles du jeu permettront aussi aux syndicats – favorables aux Démocrates – d’entrer dans le jeu.

Tout occupés à conjecturer sur l’impact de cette décision, les commentateurs n’ont guère fait attention à l’un des arguments les plus intéressants avancés par la Cour suprême : l’impossibilité de distinguer les médias des autres corporations. Pour les cinq juges, il n’existe aucune différence de nature entre CBS ou le New York Times d’un côté et Microsoft ou Boeing de l’autre. Au nom de quoi interdirait-on à GlaxoSmithKline ce qu’on permet au Wahington Post – à savoir d’afficher une préférence politique ? Rédacteur du texte, le juge Kennedy va jusqu’à soutenir qu’avec cette décision, la Cour protège la presse car l’Etat aurait pu s’appuyer sur les restrictions qui pèsent sur les entreprises pour les imposer aux médias.

En réalité, c’est peut-être l’aspect le plus inquiétant de cette nouvelle jurisprudence. En quête d’un nouveau modèle économique, les médias d’information et d’opinion aux Etats-Unis et ailleurs luttent pour leur survie. Les soumettre au droit commun des entreprises sans reconnaître leur utilité publique, ignorer la déontologie particulière qui les gouverne et les empêche de jouer le jeu économique librement, reviendrait à leur porter un coup fatal. Le vrai danger n’est donc pas la prostitution de la politique américaine, l’effacement de toute différence entre communication et information. Déjà qu’on a parfois du mal à distinguer l’une de l’autre, ce serait un très sale coup.

Ne pas fumer nuirait-il gravement à la santé ?

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Alors que le Canada est l’un des pays les plus répressifs en matière de tabac, une jolie polémique vient d’y éclater après la publication, il y a quelques jours, par un éminent psychiatre, du livre Ecrasons la cigarette, pas le fumeur. Jean-Jacques Bourque, professeur honoraire de la faculté de Médecine de l’Université de Montréal, y stigmatise notamment les politiques publiques de culpabilisation et de discrimination à l’encontre des fumeurs, notamment ceux ne pouvant pas ou ne souhaitant pas s’arrêter, gravement affectés par le climat antitabac actuel. S’il ne nie aucunement les effets néfastes de la cigarette quant au cancer ou aux maladies cardio-vasculaires, le professeur Bourque a mis le feu aux poudres en expliquant que, dans certains cas, le tabac pouvait carrément être bon pour la santé : il avance, par exemple, que les fumeurs souffrent moins d’Alzheimer et de la maladie de Parkinson. Il dit aussi que la cigarette a des effets thérapeutiques en cas de dépression majeure. Pour notre part, n’étant pas experts, nous ne trancherons pas, mais nous aurons une pensée émue pour les clopeurs québécois transis par –20° au pied de leur tour de bureaux. Nous rappellerons aussi que Jeanne Calment a fumé jusqu’à l’âge de 117 ans et que, d’après Wikipédia, elle « n’a arrêté que parce qu’elle ne voyait plus assez clair pour pouvoir allumer sa cigarette »

Voulez-vous coacher avec moi ?

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lafayette

Je ne sais pas si vous avez la même impression, mais je trouve qu’on ne se marre pas tous les jours. Tremblement de terre, burqa, salaires déments, ouvriers licenciés, salariés suicidés : l’actualité que je suis amenée à commenter, par choix il est vrai, pèse souvent des tonnes. Hier, alors que je me triturais les méninges pour trouver un sujet de chronique pour RTL, tous ceux qui se présentaient à mon esprit me donnaient envie de fuir à toutes jambes. Il y a des jours comme ça.

Grâces soient donc rendues à mon ami Dominique Quessada qui m’a aimablement fourni le point de départ de la chronique – et de ce texte. Un sujet pour filles, puisque je veux vous entretenir chiffons et fièvre acheteuse. Et en plus, pour une fois, ce n’est pas du jus de crâne mais le fruit d’une véritable enquête de terrain.

Dominique m’informe donc de l’existence, aux Galeries Farfouillettes, d’un service appelé « personal shopper », ce qui en bon français signifie « acheteur personnalisé ». Rassurez-vous, il s’adresse aux fashion victims (c’est-à-dire aux victimes de la pub et du marketing) des deux sexes. Depuis que les hommes sont des femmes comme les autres, l’égalité devant la fanfreluche est une réalité.

Seulement, tout le monde le sait : acheter, c’est pas donné à tout le monde. Le grand magasin que le monde entier nous envie propose donc de vous accompagner dans ce parcours. Le « personal shopper » est donc un genre de coach en achat, des fois que vous ne seriez pas assez dégourdi pour claquer vos sous tout seul.

Au téléphone, une dame me fournit des informations sans chaleur excessive. Sa voix un peu pète-sec évoque plus une tenancière de maison chic dans les années 1940 qu’une wonder woman 2010 : on l’imagine surmontée d’un chignon et moulée dans une robe plus austère que sexy. Allez savoir pourquoi je la baptise (silencieusement) Madame Olga. Le conseiller qui vous reçoit dans un salon privé, m’explique-t-elle, doit d’abord « identifier vos besoins » – très important l’identification des besoins et, bien sûr, au cas où l’identification se révèlerait impossible, il faudra se résoudre à en créer. Par exemple, avez-vous besoin de renouveler votre garde-robe. Ben oui, vous savez, j’ai rien à me mettre. Deuxio : avez-vous le budget pour ça ? Aucun problème, je suis prête à laisser sur la table quelques mois de salaires pour me procurer les colifichets arborés par les people dont le magazine Elle m’apprend chaque semaine que je ne saurais me passer sous aucun prétexte.

Une fois identifiés besoin et budget, votre shoppeur personnel va piétiner pour vous et vous apporter tout ce que vous vouliez sans le savoir. J’interroge Olga (depuis qu’on parle fringues, elle et moi, on est devenues intimes). Et ça coûte combien ? Ce service est gratuit, précise-t-elle, mais avec un objectif d’achat. J’insiste. « Et si je ne trouve pas mon bonheur ? » Là, j’ai l’impression qu’elle va me raccrocher au nez. « Chez nous, c’est presque impossible ! » « D’accord, mais si l’inconcevable se produisait ? » Soupir agacé. « Vous comprenez, si on vous consacre deux heures de notre temps… » Oui, je comprends que si je pars sans rien acheter, les égards prodigués à ma petite personne cèderont la place à des regards courroucés et vaguement méprisants. « Enfin, bien sûr, il n’y a pas d’obligation », lâche Olga à contrecœur.

Je vous l’accorde volontiers, tout cela est assez dérisoire. Et pourtant symptomatique. Nous avons à peu près renoncé à apprendre le beau français aux enfants – je caricature mais à peine. On nous serine du matin au soir que la culture générale est discriminatoire et qu’il faut privilégier la motivation et le parcours plutôt que les connaissances. On invente des carottes pédagogico-financières pour inciter nos chers bambins à se rendre à l’école. Bref, comme le dit Marcel Gauchet, la libido sciendi, le plaisir d’apprendre, se fait rare – et celui d’enseigner aussi. On imagine donc que nos antiques professeurs cèderont bientôt la place à des coachs. Un coach d’histoire-géo ça le fait non ?

Des coachs, il y en a pour tout : pour nous apprendre à manger comme il faut, à bien dormir, à avoir de jolies fesses, à ne pas nous disputer avec nos patrons et petits camarades – celui-là, je devrais peut-être le consulter. Et donc, aux Farfouillettes, on vous apprend à acheter, ce qui revient presque à vous apprendre à vivre. Soyez de bons consommateurs, le reste suivra.

On pourrait appeler ça la consommation assistée. Ne soyons pas injuste, il y a peut-être là un gisement d’emplois de demain. On créera des cellules d’aide psychologique pour les malheureuses qui n’ont pas trouvé en soldes leur 27e paire de bottines (et c’est du vécu), des groupes de paroles pour celles qui ne rentrent pas dans le slim taille 36 conquis de haute lutte sur une rivale. On offrira des cures de remise à niveau à tous ceux que les aléas de la vie ont empêché de devenir de bons consommateurs, à condition, bien sûr, qu’ils aient manifesté leur motivation en s’enrichissant. Acheter, ça se mérite.

Super Nanny, on t’aimait bien

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Une fois n’est pas coutume, quittons nos personnalités politiques, nos éditorialistes et intellectuels de haut rang. Je ne peux, en effet, m’empêcher de rendre hommage à Cathy Sarraï, alias Super Nanny de M6, qui est décédée cette semaine. Super Nanny était certes une émission dans la grande tradition contemporaine. On vous apprend à bricoler, on vous apprend à cuisiner, on vous apprend à dresser votre chien, on vous apprend à renouer le dialogue avec l’être aimé, on vous apprend à trouver l’âme sœur que vous soyez paysan ou divorcé, parfois les deux et, donc, on vous apprend à faire preuve d’autorité avec vos gosses. Ne manque plus que l’émission qui vous apprendrait à trouver le point G, si tant est que ce dernier existe vraiment puisque le débat fait actuellement rage à son sujet… Lire la suite sur Antidote.

Quand la Palatine débine

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Hyacinthe Rigaud, <em>Elisabeth Charlotte de Bavière, princesse Palatine, duchesse d'Orléans.</em>
Hyacinthe Rigaud, Elisabeth Charlotte de Bavière, princesse Palatine, duchesse d'Orléans.

En ce jour de 1671, un carrosse lancé sur les routes de Lorraine en direction de Saint-Germain emporte une jeune fille, dont le visage sans grâce est dévasté par les larmes, les cris et des suffocations de bête à l’agonie. Elle se prénomme Élisabeth-Charlotte. Elle est fille de Charles Ier (1617-1680), électeur palatin du Rhin, et de Charlotte de Hesse-Cassel (1627-1686). De  l’homme qu’elle épousera bientôt, elle ne sait rien, ou très peu. C’est bien assez. L’époque ne dispose pas les demoiselles à contrarier leurs parents sur le choix qu’ils ont fait de leurs maris. L’exception de sa naissance et les combinaisons politiques l’ont désignée pour devenir la « prisonnière » d’un somptueux palais, toujours en chantier, bâti à la gloire du monarque de France, pays ennemi et bourreau du sien. Dans quelques jours, on l’appellera Madame, après qu’elle aura dit oui à Philippe de France, dit Monsieur, frère du roi. Elle restera fameuse sous le nom de La Palatine.
 
En fille soumise, elle s’est conformée à l’ordre de son père : abjurer sa foi protestante, se convertir au catholicisme afin de complaire à son prochain maître. Mais elle n’est pas dupe : « Dans tous les sermons, on fait de grands compliments au roi pour avoir persécuté les pauvres réformés. […] Il est vraiment bien déplorable que dans sa jeunesse […] on ne lui ait pas fait comprendre [que la religion] est instituée plutôt pour entretenir l’union parmi les hommes que pour les faire […] se persécuter les uns les autres. » Dans son courrier (ouvert sur ordre du roi), elle réclame le droit de se faire une religion « à part soi ». Il serait vain de déceler l’influence des Lumières sur tout cela ; on y constatera plutôt la liberté d’une femme sensée, tôt revenue des illusions du monde, pieuse mais sagement sceptique. Évoquant le « catéchisme de Heidelberg » (protestant), s’en remettant à la bonté du Christ, elle conclut que « mourir c’est tout de même chose affreuse et malheureusement nous ne savons guère ce qui adviendra de nous après cette vie… » Elle assistera sans plaisir au progrès du « parti des dévôts » de la Maintenon (« vieille ordure »), et n’aura de cesse de vitupérer ses représentants.
 
Elle a le pas lourd, les hanches d’une jument poulinière, et l’ensemble de son « appareil », loin d’être ondoyant, suggère la paysannerie danubienne. Avec le temps, rien ne s’améliore dans son apparence : sa silhouette s’alourdit encore, les bajoues et le menton se colorent de couperose. Elle en rit ; on prétend que son premier fils, le duc de Valois, lui ressemble fort, elle confie à sa tante aimée, la duchesse de Hanovre : « […] vous pouvez bien penser dès lors que ce n’est pas précisément un très beau garçon […] » ! Beaucoup l’évitent, quelques-uns la moquent, tous la craignent : sa voix de stentor perce les plus épaisses vanités.
 
Délaissée très tôt par Monsieur, qui lui préfère les « mignons » en général et le chevalier de Lorraine en particulier, elle se découvre les qualités qui permettent de survivre dans un milieu hostile et changeant : le sens de la formule et des mots piquants, lancés comme une volée d’oursins. Démontrant une conscience aiguë de sa position et de ses privilèges, elle demeure le modèle de la grande aristocratie de sang bleu. Néanmoins, sa liberté de ton, son audace morale, son culot de haranguère éduquée l’affranchissent de toute manière guindée. Si le paradoxe qu’elle incarne – la morale d’une princesse d’Ancien régime frottée des indiscrétions salaces d’une concierge d’immeuble cossu – nous intéresse encore, c’est à la littérature qu’il le doit ; sa correspondance est non seulement un témoignage historique de premier plan, mais encore la manifestation d’un caractère assez singulier pour exprimer des revendications universelles. Attendue, espérée même, elle ne connut certes pas le sort précaire d’une immigrée clandestine et sans papiers. Mais elle vécut de la plus triste façon qui se puisse imaginer, dans un double exil, loin de sa patrie, souvent recluse dans ses appartements, à Versailles, entièrement dépendante de l’humeur du « plus grand roi de la terre ». Toujours, elle oscilla entre l’horreur que lui inspirait la Cour et la vénération blessée qu’elle éprouvait pour son tourmenteur. Ne pouvant fuir, promise à une mort lente, elle se livra donc à une impitoyable observation du royaume de France, qu’elle fit partager dans quelque cent mille lettres. À force de perspicacité, elle finit par connaître admirablement sa prison et ses geôliers, sinon à les aimer.

Elle voit à la cour de l’Ogre (ainsi Roger Nimier nomme-t-il Louis XIV) un homme qui ne lui inspire tout d’abord « ni noblesse ni bon sentiment ». Qu’est-ce donc, à ses yeux, qu’un Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon ? Peu de chose dans l’ordre des humains, mais une encombrante insignifiance, car il possède l’arrogance de la noblesse française : « Quoique nous autres comtesses palatines, nous ayons pour ainsi dire donné naissance aux princes les plus puissants du monde, on croit ici à peine que nous soyons de bonne maison, et s’il arrive […] un comte palatin, un misérable duc lui disputera le rang. Cela me rend souvent si furieuse que j’en crève… » (1702). Avec le temps, elle adoucit sa manière. La palatine et le duc, sans le savoir, pratiquaient la même discipline : l’observation de la comédie versaillaise. Saint-Simon, la nuit venue, dans son minuscule cabinet, bâtit « l’immense édifice du souvenir », quand la Palatine laisse agir ses humeurs, s’exerce au croquis à main levé, au trait jeté (elle admirait Molière). Tous deux, souvent, assistent aux mêmes scènes, entendent les mêmes éclats de voix. Il relate la formidable gifle qu’elle administra à son fils, le duc de Chartres, dans la grande galerie : l’infortuné jeune homme n’avait pas osé refuser le parti de Mlle de Blois, que lui imposait le roi. La Palatine, furieuse de ce mariage avec une « bâtarde » (la promise était la fille de Louis XIV et de Mme de Montespan), « lui appliqua un soufflet si sonore qu’il fut entendu de quelques pas, […] couvrit de confusion ce pauvre prince, et combla les infinis spectateurs, dont j’étais, d’un  prodigieux étonnement. » (Saint-Simon). Madame s’inclinait toujours devant la volonté du roi, mais jamais sans combattre…

Elle vit dans l’intimité éblouissante d’un souverain, qui lui fournit le gîte, le couvert et la joaillerie, mais l’emprisonne. Alors, sous la femme blessée, la princesse se venge… Nos médecins sont des sots : « La France est le pays où les remèdes valent le moins […] On n’y débite que des lavements et des sirops tout à fait communs ; on y est bien ignorant. » Et Descartes, notre grand penseur national, celui qui nous plaça en tête de la course à la logique et à la raison ? Il ne vaut pas Leibniz, qui n’a pas l’impudence de voir dans les chiens de la simple mécanique plaquée sur du vivant ! Le peuple des campagnes compose une lointaine masse sombre, envieuse, barbare. Les parisiens sont braves, crédules, cependant ils ont la tête émeutière. Si l’avarice nous tient, l’intérêt nous mène : « Cela provient de l’habitude vicieuse d’acheter toutes les charges… » Et pour ce qui est de nos rapports avec la papauté : « En France, on ne se soucie guère ni de Rome ni du pape : on est persuadé qu’on peut faire son salut sans lui. » La grande affaire de ce pays, où « l’amour dans le mariage n’est plus du tout de mode », c’est la galanterie, laquelle abolit toutes les barrières sociales : « Ici, les cavaliers boiraient tout aussi bien avec les femmes de chambre qu’avec les demoiselles nobles, pourvu qu’elles fussent coquettes. » Généralement, les mœurs des grands sont corrompues au dernier degré. Ils perdent des fortunes au jeu du lansquenet, où ils côtoient « toute sorte de racaille ». La Palatine évoque la figure de la duchesse d’Ussay : « […] morte pourrie […] du mal français (la petite vérole) », sans doute contaminée par son mari, qui s’enivre en compagnie des laquais « et fait pis que cela avec eux ». Avec la recommandation du prince, et sous sa protection, on peut tout se permettre : « Le duc de Nevers et sa femme ont fait mettre hier leur fils aîné à la Bastille par lettre de cachet du roi. On prétend qu’il a dit des horreurs sur le compte de son père… » Les mahométans osent aspirer à des unions « extra-communautaires » : le roi du Maroc voit la princesse de Conti, en tombe éperdument amoureux, demande sa main au roi, et s’engage à lui donner « autant de capucins qu’elle voudra, pour que chaque jour elle puisse entendre la messe. » Avec cela, oublieux des menaces et des calamités, nous sommes gais et insouciants : « Les Français ne peuvent pas perdre l’habitude de rire, il faut qu’ils rient de tout ce qu’ils entendent […] », et qu’ils « chansonnent tout ».
 
Au-dessus de cette agitation, voici Louis XIV ! Il est l’astre dont l’attraction s’exerce sur tout le monde connu, c’est-à-dire Versailles et sa cour médisante, le pôle magnétique où convergent les lignes d’un protocole éblouissant. À cette femme de tempérament, faite pour les soirs victorieux et la passion des corps, à cette amoureuse sans utilité, l’éblouissante proximité avec un roi solaire fut une atroce volupté. Le peu d’assiduité de son légitime époux lui inspirera cette réflexion, qu’on imagine suivie d’un long soupir : « Est-ce qu’on peut redevenir vierge au bout de dix-huit ans ? » Alors, bien sûr, avoir Louis XIV à portée de main et ne pouvoir en disposer, dans un palais où la moindre alcôve n’est que gémissements, sucions et coïts furtifs… Navrant ! Mais, là encore, elle tient sa revanche sur les délicates constitutions françaises, grâce à sa robuste santé germanique. Si, pour le déduit, il ne la voit pas, pour la traque du gibier au fond des forêts, il ne veut que la Palatine. Cavalière émérite, elle rentre des chasses où l’entraîne le roi, harassée, fourbue, écorchée, traînant après elle une odeur de sang mêlée de sueur. Pour rien au monde, elle ne manquerait ces parties sauvages, où l’on force le loup, le cerf ou le sanglier. Elle chevauche au plus près de Louis, éprouvant le plaisir sauvage des vèneries sanglantes, à l’égal de son dieu soleil. 

C’est ainsi qu’elle subit l’épreuve interminable d’une femme mal mariée, qu’elle eut le bonheur de voir son fils, le Régent, monter sur le trône de France, et la joie mauvaise de survivre à son  ennemie intime, Mme de Maintenon…
 
La recension impitoyable des bassesses humaines auxquelles se livrent la Palatine et Saint-Simon, n’est-elle que mesquine satisfaction de spectateurs chafouins des misères d’une société de confinement ? La méchanceté de leurs portraits n’excède jamais celle de leurs modèles. Versailles réunissait toutes les manigances d’une société humaine énervée. Cependant, chez ces deux « infiltrés » dans le vaisseau royal gisait le sentiment de la grandeur, que leur inspirait le roi. Quoique d’Ancien régime, et observateurs fascinés de sa moisissure, ils appartiennent à ce « monde d’avant » cher à l’un de nos amis. Ils ne sont nullement de ces malins du dernier rang, de ces sarcastiques postmodernes qui dissimulent mal leur médiocrité dans le ricanement hypercritique.  

Lettres de la princesse Palatine, 1672-1722, coll. Le temps retrouvé, Le Mercure de France, préface de Pierre Gascar,  édition établie et annotée par Olivier Amiel, 1999.

Lettres de la princesse Palatine - 1672/1722

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Ticket perdant

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À partir du 1er mars, les supermarchés n’accepteront plus les tickets restaurants. La baisse du pouvoir d’achat régulière, encore accélérée par la crise de 2008, avait fait des tickets restaurants une manière de seconde monnaie pour les classes moyennes paupérisées, qui se passaient de deux ou trois repas au boulot pour compléter les grosses courses du week-end. Eh bien, c’est terminé. La grande distribution, exemple d’humanisme et grande créatrice de lien social devant l’Eternel n’acceptera plus que « deux tickets restaurants par passage en caisse et seulement pour l’achat de sandwichs, plats cuisinés frais, surgelés ou en conserve et salades préparées. » On espère que l’on fera une exception pour Henri Proglio qui vient héroïquement de renoncer à son deuxième salaire de 450 000 euros de Veolia qui s’additionnait au million six cent mille d’EDF. Parce que pour lui, du coup, sans tickets restos, ça va devenir difficile de faire le plein de son caddie.

Oui aux marchands de canons !

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canon

Après les OGM, les nanotechnologies et autres avancées de la science permettant à l’humanité de surmonter quelques fléaux naturels et d’entrevoir des solutions nouvelles pour mieux manger et vivre plus longtemps, les écolos ont pris pour cible l’enneigement artificiel dans nos stations de ski.

Selon eux, la neige de culture produite par des enneigeurs fonctionnant à l’électricité et utilisant l’eau de retenues collinaires creusées à cet effet constituerait une atteinte intolérable à l’environnement et un nouveau péché mortel contre l’intégrité de Gaïa, la Terre-mère, dont ils sont les idolâtres patentés.

Leurs arguments sont repris en détail dans un article du Canard enchaîné du 20 janvier, à l’occasion d’une action des Verts de Haute-Savoie contre la municipalité de Mieussy. Cette dernière, qui gère la station de Sommand-Praz-de-Lys avec la commune voisine Taninges souhaite installer sur son territoire une unité touristique nouvelle de 1200 lits, pour rentabiliser des installations qui ne fonctionnent à plein que pendant les week-ends et les vacances scolaires. Comme je fréquente régulièrement cette charmante station bénéficiant d’un ensoleillement remarquable et d’une vue magnifique sur la chaine du Mont-Blanc, je n’ai qu’à me féliciter de voir, certains jours, les pistes ouvertes au seul usage de quelques vaillants retraités dans mon genre.

Mais, faisant fi de mes intérêts égoïstes, je peux aussi comprendre que la municipalité de Mieussy, comptable des deniers publics investis dans une station gérée par elle en direct, soit soucieuse d’optimiser le rendement de ses remontées mécaniques et activités annexes (restauration, location de ski, etc.)

Or, aujourd’hui, le marché du ski s’est considérablement modifié : il s’est démocratisé après des décennies d’apprentissages de la glisse dans les classes de neige. L’arrivée du TGV et des lignes aériennes low cost a transformé les départs aux sports d’hiver, permettant les courts séjours genre week-end prolongé par des RTT. Enfin, il s’est internationalisé et de nouvelles clientèles, comme les Russes, sont courtisées par des pays alpins concurrents.

Cela suppose que l’aléa climatique doit être réduit au minimum, pour que l’offre soit toujours à la mesure de la demande du public.

Imaginons, par exemple, que la route conduisant au château de Versailles soit, de temps à autres, coupée par des inondations sur 20 % de la distance reliant Paris au château du Roi-Soleil. Ne trouverait-on pas normal que des pompes de drainage soient installées aux endroits critiques pour permettre au flux des touristes de visiter le monument ?

Il en est ainsi des enneigeurs : ils maintiennent le manteau neigeux à des endroits critiques (bas de la station, passages rocheux etc…) augmentant ainsi le nombre de jours skiables.

Pour nous faire bien peur, comme d’habitude, les écolos nous dressent un tableau apocalyptique des dégâts provoqués par les enneigeurs : captation des ressources en eau au risque d’assoiffer les populations, consommation effrayante d’énergie (l’équivalent d’une ville de 500.000 habitants pour tous les enneigeurs fonctionnant en France), caractère inesthétique des retenues collinaires, etc.

Ces canons à neige leur paraissent aussi redoutable pour l’avenir de l’humanité que le furent jadis ceux produits par Krupp ou Schneider.

Ce que nos amis Verts omettent de nous dire, c’est que depuis les années 1990, où les enneigeurs ont été installés, dans les grandes stations d’abord, puis vers les moyennes, on n’a jamais vu l’une d’entre elles manquer d’eau. L’enneigement, en général se pratique la nuit, quand la température et la plus basse, et la consommation d’eau des ménages réduite. Les chiffres d’équivalent énergétique d’une ville de 500.000 habitants est encore une baliverne propagandiste, puisqu’elle concerne la puissance potentielle de tous les canons installés. Or, ceux-ci ne fonctionnent que quelques heures par jour, pas tous les jours et pas tous en même temps. Quant aux retenues collinaires assurant leur alimentation en eau, il en existe certes, de peu esthétiques, mais d’autres, comme le lac biotope de Combloux méritent le détour en été…

Par ailleurs, il y a dans cette charge des Verts contre les enneigeurs un petit fumet qui rappelle la taxe carbone et son caractère antisocial : comme les grandes stations se sont équipées depuis belle lurette dans ce domaine, ce sont aujourd’hui les plus petites, stations de proximité de moyenne altitude tournées vers une clientèle locale à des prix doux qui veulent assurer leur pérennité. Si on leur interdit d’assurer une continuité saisonnière, elles fermeront. Les bling-bling, oligarques et people continueront de fréquenter Courchevel, Megève ou Val d’Isère. Les familles modestes pourvues d’enfants n’auront qu’à regarder le ski à la télé.

Les derniers résultats du commerce extérieur français sont totalement déprimants, à l’exception du tourisme, activité non-délocalisable et grande pourvoyeuse d’emplois. Il fallait bien que nos « décroissants » viennent y semer leurs graines pourries.

Himalaya : ça ne fond pas !

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Himalaya : va encore falloir monter le chauffage !
Himalaya : va encore falloir monter le chauffage !

Pauvre GIEC : pris dans la tourmente du refroidissement actuel, le consortium international des scientifiques réchauffistes doit faire face à un nouvel épisode créé par ses affirmations infondées. Le « climategate » avait révélé les petits arrangements entre collègues sérieux qui, conscients de leurs responsabilités, s’arrangeaient entre amis pour sauver la défense de leur vision apocalyptique de l’avenir. Une nouvelle révélation pourrait se révéler autrement plus embarrassante pour la prétendue forteresse de la vérité scientifique. On découvre aujourd’hui que la fonte des glaciers, présentée comme certaine dans le quatrième rapport de 2007, n’est qu’une hypothèse et que, faute de preuve scientifique, elle repose sur le sentiment d’un chercheur interrogé lors d’une interview.

Voilà des années qu’on nous serine que la fonte des glaciers est le signe le plus marquant de la main de la nature qui, outragée par nos excès et notre production de CO2, les ferait disparaître, avec en prime une montée du niveau des mers de plusieurs mètres. En 2035, les glaciers de l’Himalaya auront complètement disparu, avertissait le quatrième rapport du GIEC. Désormais, la vengeance sera une boisson à boire froide.

De nombreux scientifiques ont remis en cause ces décrets péremptoires. En Angleterre, un tribunal a condamné le film d’Al Gore en raison d’affirmations comparables. Or, il apparaît que la disparition annoncée des glaciers de l’Himalaya n’est qu’une rumeur transformée en vérité scientifique grâce à un puissant bouche-à-oreille. Une personne, forcément sûre, l’a dit par téléphone à une autre personne, qui elle-même l’a redit à une autre, et ainsi, chemin faisant, le « résultat scientifique » s’est retrouvé inscrit dans le fameux rapport 2007 du GIEC, qui a créé une véritable panique et qu’on n’a eu de cesse de nous présenter comme du béton armé passé au crible intransigeant et implacable de la meilleure expertise scientifique du monde.

Il y a pire. Georg Kaser, un Allemand appartenant au groupe I du GIEC, affirme avoir tenté d’attirer l’attention de ses collègues du Groupe II sur le non-sens scientifique de leur conclusion. Sans le moindre effet. Il s’en est fallu de peu que l’on évacue tous les ours blancs menacés de disparition.

Examinons les explications de nos incorruptibles alarmistes. Stéphane Foucart du Monde parle d’une « bourde qui tient en une phrase, à la 493e des 976 pages que compte le deuxième volet ». Broutille. Dans le même esprit, le climatologue français Hervé Le Treut affirme : « Cette erreur doit être ramenée à sa juste mesure. D’abord, elle ne change rien au fond du problème. » Jean Jouzel, membre du GIEC, lâche aimablement ses chers collègues, notant que l’erreur a été commise par les auteurs du deuxième volet du rapport, « qui sont spécialistes d’enjeux régionaux, et pas des aspects purement scientifiques ». Ce sont pourtant ces enjeux régionaux qui, à juste titre, inquiètent les habitants de la planète et interpellent les dirigeants du monde.

La parade est simple : on minimise – « une phrase fausse sur des milliers, who cares ? » Cette réaction évoque celle d’Al Gore qui, après la décision de la justice anglaise, s’était félicité, observant que le tribunal n’avait recensé dans son film que neuf erreurs scientifiques sur « des milliers d’autres faits ». Pour lui, le jugement aurait confirmé le consensus scientifique selon lequel « le réchauffement climatique est réel et causé par les activités humaines ». Le problème, c’est que cette « poignée d’erreurs » a largement contribué à la panique planétaire.

On pourrait éventuellement souscrire à ces justifications si, de l’autre côté, toute erreur n’était pas immédiatement montée en épingle. Ainsi, lorsque le climato-sceptique Vincent Courtillot et ses collègues utilisent des données incomplètes dans un article, alors même que cette erreur ne bouleverse pas le fond de leur travail, ils sont accusés à grand bruit de manipulation et d’incompétence. Il est vrai qu’ils ne demandent pas à l’ensemble de l’humanité de changer ses habitudes sous peine d’apocalypse. Du reste, on ne les écoute guère alors que les prévisions « scientifiquement prouvées » du GIEC font frémir le monde entier, du villageois au président des Etats-Unis.

Il ne s’agit pas de polémiquer sur la fonte des certitudes « giecatiques », mais d’en profiter pour réaffirmer que la climatologie n’est pas (encore) une science, que les lois qui gouvernent l’évolution du climat n’ont pas été découvertes, même si certains mécanismes nous sont connus ainsi qu’une partie de son passé. La science est amorale, elle n’est pas démocratique et ne se décide pas, ni à l’unanimité ni au consensus. Il est essentiel pour sa crédibilité de pas opérer d’amalgame entre ce qui a été prouvé et ce qui est perçu comme vrai par des scientifiques, qui rappelons le, sont des humains comme les autres. En conséquence, il est suicidaire de vouloir bouleverser l’organisation économique du monde au nom de ce qui n’est encore qu’une chimère, serait-elle celle d’éminents savants. Et peu importe qu’elle conforte nos « croyances de coupables ».

Cessons donc de présenter comme des certitudes l’expression de nos peurs et de notre incapacité de parvenir à une compréhension globale de l’évolution du monde. La science doit éclairer notre connaissance du monde, pas se substituer à la politique, d’abord parce que ce n’est pas son rôle, et surtout parce qu’elle en est incapable. Il n’est pas mauvais en soi de vouloir changer le monde, à condition de ne pas pratiquer pour y arriver la manipulation des esprits et la dissimulation des données.

Haïti : la faute à qui

On cherche toujours des responsables aux pires catastrophes naturelles. Le schéma se répète de cataclysmes en tsunamis, de fins du monde en tremblements de terre. Ainsi, concernant Haïti, on a d’abord pensé à Dieu… Comment ce gredin a-t-il pu laisser faire cela ? Les journaux ont titré sur le martyre des Haïtiens, sur le chemin de croix des rescapés, sur la miséricorde, et tutti-quanti… L’idée selon laquelle la situation chaotique actuelle serait la conséquence tragique de l’histoire d’Haïti, dont les méchants occidentaux colonialistes seraient responsables pointe également. Et – oh miracle ! – on apprend ce matin que de nouvelles rumeurs bien plus croustillantes commencent à courir dans les rues de Port-au-Prince… La secousse sismique ne serait pas liée aux plaques tectoniques, mais serait le résultat direct de l’essai par les « zaméricains » d’une nouvelle et terrifiante « arme secrète » . Cette information, rapportée mercredi matin par Apolline de Malherbe dans l’édition matinale du journal de BFM TV, sur fond d’hyper-présence humanitaire US sur le terrain, en dit long sur la détresse morale de la population, mais également sur le succès viral des thèses complotistes. Aujourd’hui dans les rues de Haïti, demain sur le paranoweb, après-demain dans l’imaginaire des « anti-impérialistes »… Quant aux chinois de la CIA et aux petits hommes verts qui ont infiltré le Mossad ils prépareraient – avec le Professeur Tournesol – un raz de marée dévastateur pour la prochaine équinoxe. Restez à l’écoute !

Voltaire en Haïti

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Tremblement de terre de Lisbonne de 1755
Tremblement de terre de Lisbonne de 1755

Ô malheureux mortels ! ô terre déplorable !
Ô de tous les mortels assemblage effroyable !
D’inutiles douleurs éternel entretien !
Philosophes trompés qui criez : « Tout est bien »
Accourez, contemplez ces ruines affreuses
Ces débris, ces lambeaux, ces cendres malheureuses,
Ces femmes, ces enfants l’un sur l’autre entassés,
Sous ces marbres rompus ces membres dispersés ;
Cent mille infortunés que la terre dévore,
Qui, sanglants, déchirés, et palpitants encore,
Enterrés sous leurs toits, terminent sans secours
Dans l’horreur des tourments leurs lamentables jours !
Aux cris demi-formés de leurs voix expirantes,
Au spectacle effrayant de leurs cendres fumantes,
Direz-vous : « C’est l’effet des éternelles lois
Qui d’un Dieu libre et bon nécessitent le choix » ?
Direz-vous, en voyant cet amas de victimes :
« Dieu s’est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes » ?
Quel crime, quelle faute ont commis ces enfants
Sur le sein maternel écrasés et sanglants ?
Lisbonne, qui n’est plus, eut-elle plus de vices
Que Londres, que Paris, plongés dans les délices ?
Lisbonne est abîmée, et l’on danse à Paris.
Tranquilles spectateurs, intrépides esprits,
De vos frères mourants contemplant les naufrages,
Vous recherchez en paix les causes des orages :
Mais du sort ennemi quand vous sentez les coups,
Devenus plus humains, vous pleurez comme nous.
Croyez-moi, quand la terre entrouvre ses abîmes
Ma plainte est innocente et mes cris légitimes
Partout environnés des cruautés du sort,
Des fureurs des méchants, des pièges de la mort
De tous les éléments éprouvant les atteintes,
Compagnons de nos maux, permettez-nous les plaintes.
C’est l’orgueil, dites-vous, l’orgueil séditieux,
Qui prétend qu’étant mal, nous pouvions être mieux.
Allez interroger les rivages du Tage ;
Fouillez dans les débris de ce sanglant ravage ;
Demandez aux mourants, dans ce séjour d’effroi
Si c’est l’orgueil qui crie « O ciel, secourez-moi !
O ciel, ayez pitié de l’humaine misère ! »
« Tout est bien, dites-vous, et tout est nécessaire. »
Quoi! l’univers entier, sans ce gouffre infernal
Sans engloutir Lisbonne, eût-il été plus mal ?
Êtes-vous assurés que la cause éternelle
Qui fait tout, qui sait tout, qui créa tout pour elle,
Ne pouvait nous jeter dans ces tristes climats
Sans former des volcans allumés sous nos pas ?
Borneriez-vous ainsi la suprême puissance ?
Lui défendriez-vous d’exercer sa clémence ?
L’éternel artisan n’a-t-il pas dans ses mains
Des moyens infinis tout prêts pour ses desseins ?
Je désire humblement, sans offenser mon maître,
Que ce gouffre enflammé de soufre et de salpêtre
Eût allumé ses feux dans le fond des déserts.
Je respecte mon Dieu, mais j’aime l’univers.
Quand l’homme ose gémir d’un fléau si terrible
Il n’est point orgueilleux, hélas! Il est sensible.
Les tristes habitants de ces bords désolés
Dans l’horreur des tourments seraient-ils consolés
Si quelqu’un leur disait : « Tombez, mourez tranquilles;
Pour le bonheur du monde on détruit vos asiles.
D’autres mains vont bâtir vos palais embrasés
D’autres peuples naîtront dans vos murs écrasés;
Le Nord va s’enrichir de vos pertes fatales. »
[…]

Voltaire, Poème sur le désastre de Lisbonne, 1756.

Financement politique US, la nouvelle donne

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dollar

« Une grande victoire pour les lobbies du pétrole, des banques et du secteur de l’assurance-maladie privée » : c’est ainsi que le président américain a commenté la décision de la Cour suprême sur le financement politique. Décision qui vient couronner la cascade d’ennuis qui a tenu lieu de gâteau d’anniversaire à Barack Obama. Le 19 janvier, les démocrates ont perdu un siège sénatorial stratégique dans le Massachussetts et les Républicains disposent maintenant d’une minorité de blocage. Le 21, c’était Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, qui doutait publiquement des chances de la réforme de la santé – déjà déplumée – d’être adoptée par la Chambre basse. Autant dire que le président n’avait pas besoin de la baffe, complètement inattendue, que lui a allongée jeudi dernier la Cour suprême avec une jurisprudence révolutionnaire qui bouleverse les règles du financement de la politique américaine : les personnes morales peuvent se prévaloir de la liberté d’expression au même titre que les personnes physiques. Désormais les entreprises – ainsi que les associations – peuvent exprimer leurs opinions politiques comme de simples citoyens. Avec une courte majorité (cinq voix pour, quatre contre), la Cour vient de prendre une décision importante qui pourrait modifier le visage des prochaines campagnes.

Certes, les dons versés directement aux candidats en campagne ne sont pas concernés. Mais les entreprises pourront financer des films ou des campagnes publicitaires pour soutenir ou attaquer des candidats ou des mesures dont elles souhaitent l’adoption ou le rejet par les élus. En réalité, on ne voit guère de différence entre un don 50.000 dollars versé à un candidat et la même somme directement affectée par le donateur aux dépenses de campagne. En clair, cela signifie que le business (qui jouait déjà un rôle considérable à travers les grands patrons) pourrait devenir le véritable arbitre des compétitions électorales.

Les cinq juges conservateurs de la Cour suprême viennent donc d’imposer un changement de taille dans les règles du jeu dans ce domaine. Entre 1947 – date de la première restriction au financement direct du processus politique par les entreprises – à la loi McCain-Feingold votée en 2002, la tendance a plutôt été de limiter la liberté d’expression des personnes morales pour empêcher les grosses entreprises de peser trop lourdement sur les débats publics les concernant. Cette rupture avec l’interprétation traditionnelle du Premier amendement est d’autant plus étonnante que la Cour a visiblement cherché un prétexte pour intervenir sur le sujet.

À l’origine du jugement, il y a un film critiquant violement Hillary Clinton (Hillary : The movie), produit par Citizens United, une association de droite, et diffusé pendant les primaires démocrates de 2008. Après l’interdiction du film par la commission électorale fédérale, l’association a décidé de faire appel devant la cour constitutionnelle. Or, comme l’explique Adam Liptak du New York Times, rien dans le dossier n’obligeait les juges à rendre une telle décision : ils auraient pu, tout en donnant satisfaction à Citizens United, estimer que l’association ne rentrait pas dans le cadre de la loi McCain-Feingold, ou que cette loi ne s’appliquait pas à un film documentaire de 90 minutes. En choisissant de ne pas emprunter ces issues, La Cour a clairement montré sa volonté de faire entendre sa voix sur ce point.

Chez les Démocrates c’est la consternation : l’argent des corporations coule plutôt vers les tirelires républicaines que vers les caisses démocrates. Pour les Républicains, c’est une victoire importante. Pendant la dernière campagne électorale Obama a réussi à lever presque 750 millions de dollars grâce notamment aux petits dons faits par internet. Restent que les petits donateurs ne font pas le poids face au big business.

Outre-Atlantique le débat fait rage et il est difficile de prendre les protagonistes en flagrant délit de mesure et de pondération. Un commentateur politique de la chaine MSNBC annonce la prostitution de tous les hommes politiques américains, du président et jusqu’au dernier élu local, tandis qu’une militante républicaine parle d’un grand moment pour la démocratie en Amérique. Pour autant, la Maison Blanche et les Démocrates ne sont pas démunis devant les répercussions de cette décision et certains sénateurs ont déjà annoncé des initiatives législatives destinées à tempérer l’ardeur de PDG désireux d’exprimer l’opinion politique de leur entreprise, par exemple, en restreignant leur accès aux marchés publics. De plus, les nouvelles règles du jeu permettront aussi aux syndicats – favorables aux Démocrates – d’entrer dans le jeu.

Tout occupés à conjecturer sur l’impact de cette décision, les commentateurs n’ont guère fait attention à l’un des arguments les plus intéressants avancés par la Cour suprême : l’impossibilité de distinguer les médias des autres corporations. Pour les cinq juges, il n’existe aucune différence de nature entre CBS ou le New York Times d’un côté et Microsoft ou Boeing de l’autre. Au nom de quoi interdirait-on à GlaxoSmithKline ce qu’on permet au Wahington Post – à savoir d’afficher une préférence politique ? Rédacteur du texte, le juge Kennedy va jusqu’à soutenir qu’avec cette décision, la Cour protège la presse car l’Etat aurait pu s’appuyer sur les restrictions qui pèsent sur les entreprises pour les imposer aux médias.

En réalité, c’est peut-être l’aspect le plus inquiétant de cette nouvelle jurisprudence. En quête d’un nouveau modèle économique, les médias d’information et d’opinion aux Etats-Unis et ailleurs luttent pour leur survie. Les soumettre au droit commun des entreprises sans reconnaître leur utilité publique, ignorer la déontologie particulière qui les gouverne et les empêche de jouer le jeu économique librement, reviendrait à leur porter un coup fatal. Le vrai danger n’est donc pas la prostitution de la politique américaine, l’effacement de toute différence entre communication et information. Déjà qu’on a parfois du mal à distinguer l’une de l’autre, ce serait un très sale coup.

Ne pas fumer nuirait-il gravement à la santé ?

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Alors que le Canada est l’un des pays les plus répressifs en matière de tabac, une jolie polémique vient d’y éclater après la publication, il y a quelques jours, par un éminent psychiatre, du livre Ecrasons la cigarette, pas le fumeur. Jean-Jacques Bourque, professeur honoraire de la faculté de Médecine de l’Université de Montréal, y stigmatise notamment les politiques publiques de culpabilisation et de discrimination à l’encontre des fumeurs, notamment ceux ne pouvant pas ou ne souhaitant pas s’arrêter, gravement affectés par le climat antitabac actuel. S’il ne nie aucunement les effets néfastes de la cigarette quant au cancer ou aux maladies cardio-vasculaires, le professeur Bourque a mis le feu aux poudres en expliquant que, dans certains cas, le tabac pouvait carrément être bon pour la santé : il avance, par exemple, que les fumeurs souffrent moins d’Alzheimer et de la maladie de Parkinson. Il dit aussi que la cigarette a des effets thérapeutiques en cas de dépression majeure. Pour notre part, n’étant pas experts, nous ne trancherons pas, mais nous aurons une pensée émue pour les clopeurs québécois transis par –20° au pied de leur tour de bureaux. Nous rappellerons aussi que Jeanne Calment a fumé jusqu’à l’âge de 117 ans et que, d’après Wikipédia, elle « n’a arrêté que parce qu’elle ne voyait plus assez clair pour pouvoir allumer sa cigarette »

Voulez-vous coacher avec moi ?

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lafayette

Je ne sais pas si vous avez la même impression, mais je trouve qu’on ne se marre pas tous les jours. Tremblement de terre, burqa, salaires déments, ouvriers licenciés, salariés suicidés : l’actualité que je suis amenée à commenter, par choix il est vrai, pèse souvent des tonnes. Hier, alors que je me triturais les méninges pour trouver un sujet de chronique pour RTL, tous ceux qui se présentaient à mon esprit me donnaient envie de fuir à toutes jambes. Il y a des jours comme ça.

Grâces soient donc rendues à mon ami Dominique Quessada qui m’a aimablement fourni le point de départ de la chronique – et de ce texte. Un sujet pour filles, puisque je veux vous entretenir chiffons et fièvre acheteuse. Et en plus, pour une fois, ce n’est pas du jus de crâne mais le fruit d’une véritable enquête de terrain.

Dominique m’informe donc de l’existence, aux Galeries Farfouillettes, d’un service appelé « personal shopper », ce qui en bon français signifie « acheteur personnalisé ». Rassurez-vous, il s’adresse aux fashion victims (c’est-à-dire aux victimes de la pub et du marketing) des deux sexes. Depuis que les hommes sont des femmes comme les autres, l’égalité devant la fanfreluche est une réalité.

Seulement, tout le monde le sait : acheter, c’est pas donné à tout le monde. Le grand magasin que le monde entier nous envie propose donc de vous accompagner dans ce parcours. Le « personal shopper » est donc un genre de coach en achat, des fois que vous ne seriez pas assez dégourdi pour claquer vos sous tout seul.

Au téléphone, une dame me fournit des informations sans chaleur excessive. Sa voix un peu pète-sec évoque plus une tenancière de maison chic dans les années 1940 qu’une wonder woman 2010 : on l’imagine surmontée d’un chignon et moulée dans une robe plus austère que sexy. Allez savoir pourquoi je la baptise (silencieusement) Madame Olga. Le conseiller qui vous reçoit dans un salon privé, m’explique-t-elle, doit d’abord « identifier vos besoins » – très important l’identification des besoins et, bien sûr, au cas où l’identification se révèlerait impossible, il faudra se résoudre à en créer. Par exemple, avez-vous besoin de renouveler votre garde-robe. Ben oui, vous savez, j’ai rien à me mettre. Deuxio : avez-vous le budget pour ça ? Aucun problème, je suis prête à laisser sur la table quelques mois de salaires pour me procurer les colifichets arborés par les people dont le magazine Elle m’apprend chaque semaine que je ne saurais me passer sous aucun prétexte.

Une fois identifiés besoin et budget, votre shoppeur personnel va piétiner pour vous et vous apporter tout ce que vous vouliez sans le savoir. J’interroge Olga (depuis qu’on parle fringues, elle et moi, on est devenues intimes). Et ça coûte combien ? Ce service est gratuit, précise-t-elle, mais avec un objectif d’achat. J’insiste. « Et si je ne trouve pas mon bonheur ? » Là, j’ai l’impression qu’elle va me raccrocher au nez. « Chez nous, c’est presque impossible ! » « D’accord, mais si l’inconcevable se produisait ? » Soupir agacé. « Vous comprenez, si on vous consacre deux heures de notre temps… » Oui, je comprends que si je pars sans rien acheter, les égards prodigués à ma petite personne cèderont la place à des regards courroucés et vaguement méprisants. « Enfin, bien sûr, il n’y a pas d’obligation », lâche Olga à contrecœur.

Je vous l’accorde volontiers, tout cela est assez dérisoire. Et pourtant symptomatique. Nous avons à peu près renoncé à apprendre le beau français aux enfants – je caricature mais à peine. On nous serine du matin au soir que la culture générale est discriminatoire et qu’il faut privilégier la motivation et le parcours plutôt que les connaissances. On invente des carottes pédagogico-financières pour inciter nos chers bambins à se rendre à l’école. Bref, comme le dit Marcel Gauchet, la libido sciendi, le plaisir d’apprendre, se fait rare – et celui d’enseigner aussi. On imagine donc que nos antiques professeurs cèderont bientôt la place à des coachs. Un coach d’histoire-géo ça le fait non ?

Des coachs, il y en a pour tout : pour nous apprendre à manger comme il faut, à bien dormir, à avoir de jolies fesses, à ne pas nous disputer avec nos patrons et petits camarades – celui-là, je devrais peut-être le consulter. Et donc, aux Farfouillettes, on vous apprend à acheter, ce qui revient presque à vous apprendre à vivre. Soyez de bons consommateurs, le reste suivra.

On pourrait appeler ça la consommation assistée. Ne soyons pas injuste, il y a peut-être là un gisement d’emplois de demain. On créera des cellules d’aide psychologique pour les malheureuses qui n’ont pas trouvé en soldes leur 27e paire de bottines (et c’est du vécu), des groupes de paroles pour celles qui ne rentrent pas dans le slim taille 36 conquis de haute lutte sur une rivale. On offrira des cures de remise à niveau à tous ceux que les aléas de la vie ont empêché de devenir de bons consommateurs, à condition, bien sûr, qu’ils aient manifesté leur motivation en s’enrichissant. Acheter, ça se mérite.

Super Nanny, on t’aimait bien

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Une fois n’est pas coutume, quittons nos personnalités politiques, nos éditorialistes et intellectuels de haut rang. Je ne peux, en effet, m’empêcher de rendre hommage à Cathy Sarraï, alias Super Nanny de M6, qui est décédée cette semaine. Super Nanny était certes une émission dans la grande tradition contemporaine. On vous apprend à bricoler, on vous apprend à cuisiner, on vous apprend à dresser votre chien, on vous apprend à renouer le dialogue avec l’être aimé, on vous apprend à trouver l’âme sœur que vous soyez paysan ou divorcé, parfois les deux et, donc, on vous apprend à faire preuve d’autorité avec vos gosses. Ne manque plus que l’émission qui vous apprendrait à trouver le point G, si tant est que ce dernier existe vraiment puisque le débat fait actuellement rage à son sujet… Lire la suite sur Antidote.

Quand la Palatine débine

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Nicolas de Largillière, La princesse Palatine en source
Hyacinthe Rigaud, <em>Elisabeth Charlotte de Bavière, princesse Palatine, duchesse d'Orléans.</em>
Hyacinthe Rigaud, Elisabeth Charlotte de Bavière, princesse Palatine, duchesse d'Orléans.

En ce jour de 1671, un carrosse lancé sur les routes de Lorraine en direction de Saint-Germain emporte une jeune fille, dont le visage sans grâce est dévasté par les larmes, les cris et des suffocations de bête à l’agonie. Elle se prénomme Élisabeth-Charlotte. Elle est fille de Charles Ier (1617-1680), électeur palatin du Rhin, et de Charlotte de Hesse-Cassel (1627-1686). De  l’homme qu’elle épousera bientôt, elle ne sait rien, ou très peu. C’est bien assez. L’époque ne dispose pas les demoiselles à contrarier leurs parents sur le choix qu’ils ont fait de leurs maris. L’exception de sa naissance et les combinaisons politiques l’ont désignée pour devenir la « prisonnière » d’un somptueux palais, toujours en chantier, bâti à la gloire du monarque de France, pays ennemi et bourreau du sien. Dans quelques jours, on l’appellera Madame, après qu’elle aura dit oui à Philippe de France, dit Monsieur, frère du roi. Elle restera fameuse sous le nom de La Palatine.
 
En fille soumise, elle s’est conformée à l’ordre de son père : abjurer sa foi protestante, se convertir au catholicisme afin de complaire à son prochain maître. Mais elle n’est pas dupe : « Dans tous les sermons, on fait de grands compliments au roi pour avoir persécuté les pauvres réformés. […] Il est vraiment bien déplorable que dans sa jeunesse […] on ne lui ait pas fait comprendre [que la religion] est instituée plutôt pour entretenir l’union parmi les hommes que pour les faire […] se persécuter les uns les autres. » Dans son courrier (ouvert sur ordre du roi), elle réclame le droit de se faire une religion « à part soi ». Il serait vain de déceler l’influence des Lumières sur tout cela ; on y constatera plutôt la liberté d’une femme sensée, tôt revenue des illusions du monde, pieuse mais sagement sceptique. Évoquant le « catéchisme de Heidelberg » (protestant), s’en remettant à la bonté du Christ, elle conclut que « mourir c’est tout de même chose affreuse et malheureusement nous ne savons guère ce qui adviendra de nous après cette vie… » Elle assistera sans plaisir au progrès du « parti des dévôts » de la Maintenon (« vieille ordure »), et n’aura de cesse de vitupérer ses représentants.
 
Elle a le pas lourd, les hanches d’une jument poulinière, et l’ensemble de son « appareil », loin d’être ondoyant, suggère la paysannerie danubienne. Avec le temps, rien ne s’améliore dans son apparence : sa silhouette s’alourdit encore, les bajoues et le menton se colorent de couperose. Elle en rit ; on prétend que son premier fils, le duc de Valois, lui ressemble fort, elle confie à sa tante aimée, la duchesse de Hanovre : « […] vous pouvez bien penser dès lors que ce n’est pas précisément un très beau garçon […] » ! Beaucoup l’évitent, quelques-uns la moquent, tous la craignent : sa voix de stentor perce les plus épaisses vanités.
 
Délaissée très tôt par Monsieur, qui lui préfère les « mignons » en général et le chevalier de Lorraine en particulier, elle se découvre les qualités qui permettent de survivre dans un milieu hostile et changeant : le sens de la formule et des mots piquants, lancés comme une volée d’oursins. Démontrant une conscience aiguë de sa position et de ses privilèges, elle demeure le modèle de la grande aristocratie de sang bleu. Néanmoins, sa liberté de ton, son audace morale, son culot de haranguère éduquée l’affranchissent de toute manière guindée. Si le paradoxe qu’elle incarne – la morale d’une princesse d’Ancien régime frottée des indiscrétions salaces d’une concierge d’immeuble cossu – nous intéresse encore, c’est à la littérature qu’il le doit ; sa correspondance est non seulement un témoignage historique de premier plan, mais encore la manifestation d’un caractère assez singulier pour exprimer des revendications universelles. Attendue, espérée même, elle ne connut certes pas le sort précaire d’une immigrée clandestine et sans papiers. Mais elle vécut de la plus triste façon qui se puisse imaginer, dans un double exil, loin de sa patrie, souvent recluse dans ses appartements, à Versailles, entièrement dépendante de l’humeur du « plus grand roi de la terre ». Toujours, elle oscilla entre l’horreur que lui inspirait la Cour et la vénération blessée qu’elle éprouvait pour son tourmenteur. Ne pouvant fuir, promise à une mort lente, elle se livra donc à une impitoyable observation du royaume de France, qu’elle fit partager dans quelque cent mille lettres. À force de perspicacité, elle finit par connaître admirablement sa prison et ses geôliers, sinon à les aimer.

Elle voit à la cour de l’Ogre (ainsi Roger Nimier nomme-t-il Louis XIV) un homme qui ne lui inspire tout d’abord « ni noblesse ni bon sentiment ». Qu’est-ce donc, à ses yeux, qu’un Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon ? Peu de chose dans l’ordre des humains, mais une encombrante insignifiance, car il possède l’arrogance de la noblesse française : « Quoique nous autres comtesses palatines, nous ayons pour ainsi dire donné naissance aux princes les plus puissants du monde, on croit ici à peine que nous soyons de bonne maison, et s’il arrive […] un comte palatin, un misérable duc lui disputera le rang. Cela me rend souvent si furieuse que j’en crève… » (1702). Avec le temps, elle adoucit sa manière. La palatine et le duc, sans le savoir, pratiquaient la même discipline : l’observation de la comédie versaillaise. Saint-Simon, la nuit venue, dans son minuscule cabinet, bâtit « l’immense édifice du souvenir », quand la Palatine laisse agir ses humeurs, s’exerce au croquis à main levé, au trait jeté (elle admirait Molière). Tous deux, souvent, assistent aux mêmes scènes, entendent les mêmes éclats de voix. Il relate la formidable gifle qu’elle administra à son fils, le duc de Chartres, dans la grande galerie : l’infortuné jeune homme n’avait pas osé refuser le parti de Mlle de Blois, que lui imposait le roi. La Palatine, furieuse de ce mariage avec une « bâtarde » (la promise était la fille de Louis XIV et de Mme de Montespan), « lui appliqua un soufflet si sonore qu’il fut entendu de quelques pas, […] couvrit de confusion ce pauvre prince, et combla les infinis spectateurs, dont j’étais, d’un  prodigieux étonnement. » (Saint-Simon). Madame s’inclinait toujours devant la volonté du roi, mais jamais sans combattre…

Elle vit dans l’intimité éblouissante d’un souverain, qui lui fournit le gîte, le couvert et la joaillerie, mais l’emprisonne. Alors, sous la femme blessée, la princesse se venge… Nos médecins sont des sots : « La France est le pays où les remèdes valent le moins […] On n’y débite que des lavements et des sirops tout à fait communs ; on y est bien ignorant. » Et Descartes, notre grand penseur national, celui qui nous plaça en tête de la course à la logique et à la raison ? Il ne vaut pas Leibniz, qui n’a pas l’impudence de voir dans les chiens de la simple mécanique plaquée sur du vivant ! Le peuple des campagnes compose une lointaine masse sombre, envieuse, barbare. Les parisiens sont braves, crédules, cependant ils ont la tête émeutière. Si l’avarice nous tient, l’intérêt nous mène : « Cela provient de l’habitude vicieuse d’acheter toutes les charges… » Et pour ce qui est de nos rapports avec la papauté : « En France, on ne se soucie guère ni de Rome ni du pape : on est persuadé qu’on peut faire son salut sans lui. » La grande affaire de ce pays, où « l’amour dans le mariage n’est plus du tout de mode », c’est la galanterie, laquelle abolit toutes les barrières sociales : « Ici, les cavaliers boiraient tout aussi bien avec les femmes de chambre qu’avec les demoiselles nobles, pourvu qu’elles fussent coquettes. » Généralement, les mœurs des grands sont corrompues au dernier degré. Ils perdent des fortunes au jeu du lansquenet, où ils côtoient « toute sorte de racaille ». La Palatine évoque la figure de la duchesse d’Ussay : « […] morte pourrie […] du mal français (la petite vérole) », sans doute contaminée par son mari, qui s’enivre en compagnie des laquais « et fait pis que cela avec eux ». Avec la recommandation du prince, et sous sa protection, on peut tout se permettre : « Le duc de Nevers et sa femme ont fait mettre hier leur fils aîné à la Bastille par lettre de cachet du roi. On prétend qu’il a dit des horreurs sur le compte de son père… » Les mahométans osent aspirer à des unions « extra-communautaires » : le roi du Maroc voit la princesse de Conti, en tombe éperdument amoureux, demande sa main au roi, et s’engage à lui donner « autant de capucins qu’elle voudra, pour que chaque jour elle puisse entendre la messe. » Avec cela, oublieux des menaces et des calamités, nous sommes gais et insouciants : « Les Français ne peuvent pas perdre l’habitude de rire, il faut qu’ils rient de tout ce qu’ils entendent […] », et qu’ils « chansonnent tout ».
 
Au-dessus de cette agitation, voici Louis XIV ! Il est l’astre dont l’attraction s’exerce sur tout le monde connu, c’est-à-dire Versailles et sa cour médisante, le pôle magnétique où convergent les lignes d’un protocole éblouissant. À cette femme de tempérament, faite pour les soirs victorieux et la passion des corps, à cette amoureuse sans utilité, l’éblouissante proximité avec un roi solaire fut une atroce volupté. Le peu d’assiduité de son légitime époux lui inspirera cette réflexion, qu’on imagine suivie d’un long soupir : « Est-ce qu’on peut redevenir vierge au bout de dix-huit ans ? » Alors, bien sûr, avoir Louis XIV à portée de main et ne pouvoir en disposer, dans un palais où la moindre alcôve n’est que gémissements, sucions et coïts furtifs… Navrant ! Mais, là encore, elle tient sa revanche sur les délicates constitutions françaises, grâce à sa robuste santé germanique. Si, pour le déduit, il ne la voit pas, pour la traque du gibier au fond des forêts, il ne veut que la Palatine. Cavalière émérite, elle rentre des chasses où l’entraîne le roi, harassée, fourbue, écorchée, traînant après elle une odeur de sang mêlée de sueur. Pour rien au monde, elle ne manquerait ces parties sauvages, où l’on force le loup, le cerf ou le sanglier. Elle chevauche au plus près de Louis, éprouvant le plaisir sauvage des vèneries sanglantes, à l’égal de son dieu soleil. 

C’est ainsi qu’elle subit l’épreuve interminable d’une femme mal mariée, qu’elle eut le bonheur de voir son fils, le Régent, monter sur le trône de France, et la joie mauvaise de survivre à son  ennemie intime, Mme de Maintenon…
 
La recension impitoyable des bassesses humaines auxquelles se livrent la Palatine et Saint-Simon, n’est-elle que mesquine satisfaction de spectateurs chafouins des misères d’une société de confinement ? La méchanceté de leurs portraits n’excède jamais celle de leurs modèles. Versailles réunissait toutes les manigances d’une société humaine énervée. Cependant, chez ces deux « infiltrés » dans le vaisseau royal gisait le sentiment de la grandeur, que leur inspirait le roi. Quoique d’Ancien régime, et observateurs fascinés de sa moisissure, ils appartiennent à ce « monde d’avant » cher à l’un de nos amis. Ils ne sont nullement de ces malins du dernier rang, de ces sarcastiques postmodernes qui dissimulent mal leur médiocrité dans le ricanement hypercritique.  

Lettres de la princesse Palatine, 1672-1722, coll. Le temps retrouvé, Le Mercure de France, préface de Pierre Gascar,  édition établie et annotée par Olivier Amiel, 1999.

Lettres de la princesse Palatine - 1672/1722

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Ticket perdant

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À partir du 1er mars, les supermarchés n’accepteront plus les tickets restaurants. La baisse du pouvoir d’achat régulière, encore accélérée par la crise de 2008, avait fait des tickets restaurants une manière de seconde monnaie pour les classes moyennes paupérisées, qui se passaient de deux ou trois repas au boulot pour compléter les grosses courses du week-end. Eh bien, c’est terminé. La grande distribution, exemple d’humanisme et grande créatrice de lien social devant l’Eternel n’acceptera plus que « deux tickets restaurants par passage en caisse et seulement pour l’achat de sandwichs, plats cuisinés frais, surgelés ou en conserve et salades préparées. » On espère que l’on fera une exception pour Henri Proglio qui vient héroïquement de renoncer à son deuxième salaire de 450 000 euros de Veolia qui s’additionnait au million six cent mille d’EDF. Parce que pour lui, du coup, sans tickets restos, ça va devenir difficile de faire le plein de son caddie.

Oui aux marchands de canons !

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canon

Après les OGM, les nanotechnologies et autres avancées de la science permettant à l’humanité de surmonter quelques fléaux naturels et d’entrevoir des solutions nouvelles pour mieux manger et vivre plus longtemps, les écolos ont pris pour cible l’enneigement artificiel dans nos stations de ski.

Selon eux, la neige de culture produite par des enneigeurs fonctionnant à l’électricité et utilisant l’eau de retenues collinaires creusées à cet effet constituerait une atteinte intolérable à l’environnement et un nouveau péché mortel contre l’intégrité de Gaïa, la Terre-mère, dont ils sont les idolâtres patentés.

Leurs arguments sont repris en détail dans un article du Canard enchaîné du 20 janvier, à l’occasion d’une action des Verts de Haute-Savoie contre la municipalité de Mieussy. Cette dernière, qui gère la station de Sommand-Praz-de-Lys avec la commune voisine Taninges souhaite installer sur son territoire une unité touristique nouvelle de 1200 lits, pour rentabiliser des installations qui ne fonctionnent à plein que pendant les week-ends et les vacances scolaires. Comme je fréquente régulièrement cette charmante station bénéficiant d’un ensoleillement remarquable et d’une vue magnifique sur la chaine du Mont-Blanc, je n’ai qu’à me féliciter de voir, certains jours, les pistes ouvertes au seul usage de quelques vaillants retraités dans mon genre.

Mais, faisant fi de mes intérêts égoïstes, je peux aussi comprendre que la municipalité de Mieussy, comptable des deniers publics investis dans une station gérée par elle en direct, soit soucieuse d’optimiser le rendement de ses remontées mécaniques et activités annexes (restauration, location de ski, etc.)

Or, aujourd’hui, le marché du ski s’est considérablement modifié : il s’est démocratisé après des décennies d’apprentissages de la glisse dans les classes de neige. L’arrivée du TGV et des lignes aériennes low cost a transformé les départs aux sports d’hiver, permettant les courts séjours genre week-end prolongé par des RTT. Enfin, il s’est internationalisé et de nouvelles clientèles, comme les Russes, sont courtisées par des pays alpins concurrents.

Cela suppose que l’aléa climatique doit être réduit au minimum, pour que l’offre soit toujours à la mesure de la demande du public.

Imaginons, par exemple, que la route conduisant au château de Versailles soit, de temps à autres, coupée par des inondations sur 20 % de la distance reliant Paris au château du Roi-Soleil. Ne trouverait-on pas normal que des pompes de drainage soient installées aux endroits critiques pour permettre au flux des touristes de visiter le monument ?

Il en est ainsi des enneigeurs : ils maintiennent le manteau neigeux à des endroits critiques (bas de la station, passages rocheux etc…) augmentant ainsi le nombre de jours skiables.

Pour nous faire bien peur, comme d’habitude, les écolos nous dressent un tableau apocalyptique des dégâts provoqués par les enneigeurs : captation des ressources en eau au risque d’assoiffer les populations, consommation effrayante d’énergie (l’équivalent d’une ville de 500.000 habitants pour tous les enneigeurs fonctionnant en France), caractère inesthétique des retenues collinaires, etc.

Ces canons à neige leur paraissent aussi redoutable pour l’avenir de l’humanité que le furent jadis ceux produits par Krupp ou Schneider.

Ce que nos amis Verts omettent de nous dire, c’est que depuis les années 1990, où les enneigeurs ont été installés, dans les grandes stations d’abord, puis vers les moyennes, on n’a jamais vu l’une d’entre elles manquer d’eau. L’enneigement, en général se pratique la nuit, quand la température et la plus basse, et la consommation d’eau des ménages réduite. Les chiffres d’équivalent énergétique d’une ville de 500.000 habitants est encore une baliverne propagandiste, puisqu’elle concerne la puissance potentielle de tous les canons installés. Or, ceux-ci ne fonctionnent que quelques heures par jour, pas tous les jours et pas tous en même temps. Quant aux retenues collinaires assurant leur alimentation en eau, il en existe certes, de peu esthétiques, mais d’autres, comme le lac biotope de Combloux méritent le détour en été…

Par ailleurs, il y a dans cette charge des Verts contre les enneigeurs un petit fumet qui rappelle la taxe carbone et son caractère antisocial : comme les grandes stations se sont équipées depuis belle lurette dans ce domaine, ce sont aujourd’hui les plus petites, stations de proximité de moyenne altitude tournées vers une clientèle locale à des prix doux qui veulent assurer leur pérennité. Si on leur interdit d’assurer une continuité saisonnière, elles fermeront. Les bling-bling, oligarques et people continueront de fréquenter Courchevel, Megève ou Val d’Isère. Les familles modestes pourvues d’enfants n’auront qu’à regarder le ski à la télé.

Les derniers résultats du commerce extérieur français sont totalement déprimants, à l’exception du tourisme, activité non-délocalisable et grande pourvoyeuse d’emplois. Il fallait bien que nos « décroissants » viennent y semer leurs graines pourries.

Himalaya : ça ne fond pas !

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Himalaya : va encore falloir monter le chauffage !
Himalaya : va encore falloir monter le chauffage !
Himalaya : va encore falloir monter le chauffage !

Pauvre GIEC : pris dans la tourmente du refroidissement actuel, le consortium international des scientifiques réchauffistes doit faire face à un nouvel épisode créé par ses affirmations infondées. Le « climategate » avait révélé les petits arrangements entre collègues sérieux qui, conscients de leurs responsabilités, s’arrangeaient entre amis pour sauver la défense de leur vision apocalyptique de l’avenir. Une nouvelle révélation pourrait se révéler autrement plus embarrassante pour la prétendue forteresse de la vérité scientifique. On découvre aujourd’hui que la fonte des glaciers, présentée comme certaine dans le quatrième rapport de 2007, n’est qu’une hypothèse et que, faute de preuve scientifique, elle repose sur le sentiment d’un chercheur interrogé lors d’une interview.

Voilà des années qu’on nous serine que la fonte des glaciers est le signe le plus marquant de la main de la nature qui, outragée par nos excès et notre production de CO2, les ferait disparaître, avec en prime une montée du niveau des mers de plusieurs mètres. En 2035, les glaciers de l’Himalaya auront complètement disparu, avertissait le quatrième rapport du GIEC. Désormais, la vengeance sera une boisson à boire froide.

De nombreux scientifiques ont remis en cause ces décrets péremptoires. En Angleterre, un tribunal a condamné le film d’Al Gore en raison d’affirmations comparables. Or, il apparaît que la disparition annoncée des glaciers de l’Himalaya n’est qu’une rumeur transformée en vérité scientifique grâce à un puissant bouche-à-oreille. Une personne, forcément sûre, l’a dit par téléphone à une autre personne, qui elle-même l’a redit à une autre, et ainsi, chemin faisant, le « résultat scientifique » s’est retrouvé inscrit dans le fameux rapport 2007 du GIEC, qui a créé une véritable panique et qu’on n’a eu de cesse de nous présenter comme du béton armé passé au crible intransigeant et implacable de la meilleure expertise scientifique du monde.

Il y a pire. Georg Kaser, un Allemand appartenant au groupe I du GIEC, affirme avoir tenté d’attirer l’attention de ses collègues du Groupe II sur le non-sens scientifique de leur conclusion. Sans le moindre effet. Il s’en est fallu de peu que l’on évacue tous les ours blancs menacés de disparition.

Examinons les explications de nos incorruptibles alarmistes. Stéphane Foucart du Monde parle d’une « bourde qui tient en une phrase, à la 493e des 976 pages que compte le deuxième volet ». Broutille. Dans le même esprit, le climatologue français Hervé Le Treut affirme : « Cette erreur doit être ramenée à sa juste mesure. D’abord, elle ne change rien au fond du problème. » Jean Jouzel, membre du GIEC, lâche aimablement ses chers collègues, notant que l’erreur a été commise par les auteurs du deuxième volet du rapport, « qui sont spécialistes d’enjeux régionaux, et pas des aspects purement scientifiques ». Ce sont pourtant ces enjeux régionaux qui, à juste titre, inquiètent les habitants de la planète et interpellent les dirigeants du monde.

La parade est simple : on minimise – « une phrase fausse sur des milliers, who cares ? » Cette réaction évoque celle d’Al Gore qui, après la décision de la justice anglaise, s’était félicité, observant que le tribunal n’avait recensé dans son film que neuf erreurs scientifiques sur « des milliers d’autres faits ». Pour lui, le jugement aurait confirmé le consensus scientifique selon lequel « le réchauffement climatique est réel et causé par les activités humaines ». Le problème, c’est que cette « poignée d’erreurs » a largement contribué à la panique planétaire.

On pourrait éventuellement souscrire à ces justifications si, de l’autre côté, toute erreur n’était pas immédiatement montée en épingle. Ainsi, lorsque le climato-sceptique Vincent Courtillot et ses collègues utilisent des données incomplètes dans un article, alors même que cette erreur ne bouleverse pas le fond de leur travail, ils sont accusés à grand bruit de manipulation et d’incompétence. Il est vrai qu’ils ne demandent pas à l’ensemble de l’humanité de changer ses habitudes sous peine d’apocalypse. Du reste, on ne les écoute guère alors que les prévisions « scientifiquement prouvées » du GIEC font frémir le monde entier, du villageois au président des Etats-Unis.

Il ne s’agit pas de polémiquer sur la fonte des certitudes « giecatiques », mais d’en profiter pour réaffirmer que la climatologie n’est pas (encore) une science, que les lois qui gouvernent l’évolution du climat n’ont pas été découvertes, même si certains mécanismes nous sont connus ainsi qu’une partie de son passé. La science est amorale, elle n’est pas démocratique et ne se décide pas, ni à l’unanimité ni au consensus. Il est essentiel pour sa crédibilité de pas opérer d’amalgame entre ce qui a été prouvé et ce qui est perçu comme vrai par des scientifiques, qui rappelons le, sont des humains comme les autres. En conséquence, il est suicidaire de vouloir bouleverser l’organisation économique du monde au nom de ce qui n’est encore qu’une chimère, serait-elle celle d’éminents savants. Et peu importe qu’elle conforte nos « croyances de coupables ».

Cessons donc de présenter comme des certitudes l’expression de nos peurs et de notre incapacité de parvenir à une compréhension globale de l’évolution du monde. La science doit éclairer notre connaissance du monde, pas se substituer à la politique, d’abord parce que ce n’est pas son rôle, et surtout parce qu’elle en est incapable. Il n’est pas mauvais en soi de vouloir changer le monde, à condition de ne pas pratiquer pour y arriver la manipulation des esprits et la dissimulation des données.

Haïti : la faute à qui

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On cherche toujours des responsables aux pires catastrophes naturelles. Le schéma se répète de cataclysmes en tsunamis, de fins du monde en tremblements de terre. Ainsi, concernant Haïti, on a d’abord pensé à Dieu… Comment ce gredin a-t-il pu laisser faire cela ? Les journaux ont titré sur le martyre des Haïtiens, sur le chemin de croix des rescapés, sur la miséricorde, et tutti-quanti… L’idée selon laquelle la situation chaotique actuelle serait la conséquence tragique de l’histoire d’Haïti, dont les méchants occidentaux colonialistes seraient responsables pointe également. Et – oh miracle ! – on apprend ce matin que de nouvelles rumeurs bien plus croustillantes commencent à courir dans les rues de Port-au-Prince… La secousse sismique ne serait pas liée aux plaques tectoniques, mais serait le résultat direct de l’essai par les « zaméricains » d’une nouvelle et terrifiante « arme secrète » . Cette information, rapportée mercredi matin par Apolline de Malherbe dans l’édition matinale du journal de BFM TV, sur fond d’hyper-présence humanitaire US sur le terrain, en dit long sur la détresse morale de la population, mais également sur le succès viral des thèses complotistes. Aujourd’hui dans les rues de Haïti, demain sur le paranoweb, après-demain dans l’imaginaire des « anti-impérialistes »… Quant aux chinois de la CIA et aux petits hommes verts qui ont infiltré le Mossad ils prépareraient – avec le Professeur Tournesol – un raz de marée dévastateur pour la prochaine équinoxe. Restez à l’écoute !

Voltaire en Haïti

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Tremblement de terre de Lisbonne de 1755
Tremblement de terre de Lisbonne de 1755
Tremblement de terre de Lisbonne de 1755

Ô malheureux mortels ! ô terre déplorable !
Ô de tous les mortels assemblage effroyable !
D’inutiles douleurs éternel entretien !
Philosophes trompés qui criez : « Tout est bien »
Accourez, contemplez ces ruines affreuses
Ces débris, ces lambeaux, ces cendres malheureuses,
Ces femmes, ces enfants l’un sur l’autre entassés,
Sous ces marbres rompus ces membres dispersés ;
Cent mille infortunés que la terre dévore,
Qui, sanglants, déchirés, et palpitants encore,
Enterrés sous leurs toits, terminent sans secours
Dans l’horreur des tourments leurs lamentables jours !
Aux cris demi-formés de leurs voix expirantes,
Au spectacle effrayant de leurs cendres fumantes,
Direz-vous : « C’est l’effet des éternelles lois
Qui d’un Dieu libre et bon nécessitent le choix » ?
Direz-vous, en voyant cet amas de victimes :
« Dieu s’est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes » ?
Quel crime, quelle faute ont commis ces enfants
Sur le sein maternel écrasés et sanglants ?
Lisbonne, qui n’est plus, eut-elle plus de vices
Que Londres, que Paris, plongés dans les délices ?
Lisbonne est abîmée, et l’on danse à Paris.
Tranquilles spectateurs, intrépides esprits,
De vos frères mourants contemplant les naufrages,
Vous recherchez en paix les causes des orages :
Mais du sort ennemi quand vous sentez les coups,
Devenus plus humains, vous pleurez comme nous.
Croyez-moi, quand la terre entrouvre ses abîmes
Ma plainte est innocente et mes cris légitimes
Partout environnés des cruautés du sort,
Des fureurs des méchants, des pièges de la mort
De tous les éléments éprouvant les atteintes,
Compagnons de nos maux, permettez-nous les plaintes.
C’est l’orgueil, dites-vous, l’orgueil séditieux,
Qui prétend qu’étant mal, nous pouvions être mieux.
Allez interroger les rivages du Tage ;
Fouillez dans les débris de ce sanglant ravage ;
Demandez aux mourants, dans ce séjour d’effroi
Si c’est l’orgueil qui crie « O ciel, secourez-moi !
O ciel, ayez pitié de l’humaine misère ! »
« Tout est bien, dites-vous, et tout est nécessaire. »
Quoi! l’univers entier, sans ce gouffre infernal
Sans engloutir Lisbonne, eût-il été plus mal ?
Êtes-vous assurés que la cause éternelle
Qui fait tout, qui sait tout, qui créa tout pour elle,
Ne pouvait nous jeter dans ces tristes climats
Sans former des volcans allumés sous nos pas ?
Borneriez-vous ainsi la suprême puissance ?
Lui défendriez-vous d’exercer sa clémence ?
L’éternel artisan n’a-t-il pas dans ses mains
Des moyens infinis tout prêts pour ses desseins ?
Je désire humblement, sans offenser mon maître,
Que ce gouffre enflammé de soufre et de salpêtre
Eût allumé ses feux dans le fond des déserts.
Je respecte mon Dieu, mais j’aime l’univers.
Quand l’homme ose gémir d’un fléau si terrible
Il n’est point orgueilleux, hélas! Il est sensible.
Les tristes habitants de ces bords désolés
Dans l’horreur des tourments seraient-ils consolés
Si quelqu’un leur disait : « Tombez, mourez tranquilles;
Pour le bonheur du monde on détruit vos asiles.
D’autres mains vont bâtir vos palais embrasés
D’autres peuples naîtront dans vos murs écrasés;
Le Nord va s’enrichir de vos pertes fatales. »
[…]

Voltaire, Poème sur le désastre de Lisbonne, 1756.