L’exquis Louis Nicollin, président du Montpellier Hérault Sporting Club, vient d’apporter publiquement son soutien à Georges Frêche pour les prochaines élections régionales en Languedoc-Roussillon. Homme de droite, Loulou Nicollin ne laissera pourtant pas tomber son pote Jojo quand une gonzesse, Martine Aubry demande à une autre gonzesse, Hélène Mandroux, maire socialiste de Montpellier, de lui apporter les couilles de Frêche sur un plateau. Ce dernier, qui ne semble pas avoir de souci pour l’avenir de ses attributs virils, vient de recevoir le soutien de Gérard Depardieu. Sont attendus au club des poètes du Languedoc : Michel Charasse et Philippe Lucas. Les meetings de campagne seront retransmis sur écran géant dans la plupart des villes de France. Tarlouzes s’abstenir !
Grippe A : un fiasco du marketing viral

Ouf, est-on tenté de dire. Ce dimanche 31 janvier, on en a définitivement terminé avec la grippe A, le H1N1, les masques, les solutions hydro-alcooliques et les éternuements dans le coude. Ben oui, hier soir, les centres de vaccination montés en grande pompe –et dans un grand désordre- en décembre dernier ont mis la clé sous la porte. Et pour se faire vacciner, à supposer que quelqu’un y songe encore aujourd’hui, il faudra aller chez son généraliste.
D’un certain côté, on pourrait presque s’en satisfaire: cette campagne délirante, qui coûtera sans doute aux alentours de 1,5 milliards d’euros, s’achève plus tôt que prévu. On va rendre les gymnases aux profs d’EPS grognons, aux associations sportives qui ont végété pendant deux mois et demi, aux groupes de vieux qui viennent entretenir leur forme à coup de gymnastique suédoise le lundi après-midi.
C’en est fini de la pandémie, celle qui allait faire des milliers de morts juste parce qu’on allait continuer à s’embrasser sur la bouche. La grippe A, enfin sa gestion par notre chouette appareil étatique, va pouvoir figurer dans les travaux pratiques des cours d’organisation administrative de l’ENA : « montez un fiasco coûteux, assumez une communication gouvernementale grotesque puis prouvez que c’est un succès intégral ». Néanmoins, il ne faudra pas compter sur moi pour attaquer l’affaire sur le point de l’application du principe de précaution en matière de santé publique. Quoiqu’en disent certains lecteurs de Causeur, en France on pêche plutôt par faiblesse que par excès. Il suffit de demander aux malades de l’amiante qui se démènent devant des tribunaux, s’ils regrettent que l’Etat ait fermé les yeux sur ce qu’ils respiraient à plein poumons.
Mais bon, concernant cette grippounette, il faut rappeler quelques petites évidences qui font rire :
– L’Etat français se retrouve à la tête de 28 millions de doses de vaccins qu’on essaie de refourguer à qui en veut (le Qatar, l’Egypte, voire Haïti, si l’île n’était pas occupée à autre chose…) Roselyne Bachelot et son ministère essaient de faire annuler la commande de 50 autres millions de doses dont nous n’aurons manifestement pas besoin. Et, comme c’est bizarre, les labos pharmaceutiques traînent la patte.
– Aujourd’hui, moins de 10% des Français sont vaccinés et la grippe A a fait formellement près de 250 morts (c’est trop, mais ce n’est pas la peste noire non plus).
– Les médecins qui doivent prendre le relais ce lundi traînent des pieds à l’idée d’aller se fournir en bas de chez eux en vaccins, ou d’envoyer la secrétaire chez le pharmacien pour assurer leur mission de service public. Je ne parle même pas du tarif syndical à 6 euros et des brouettes qu’ils doivent réclamer à leurs patients pour piquer, qui ne les met pas authentiquement en joie.
– Les soupçons de collusion entre l’OMS (la grande organisation internationale lanceuse d’alarmes pandémiques) et les labos pharmaceutiques se font plus forts. On a même pu lire dans la presse (le Parisien) la semaine passée que les mêmes petits problèmes d’endogamie valaient pour les experts gouvernementaux français qui émargent en même temps – sauf pour deux d’entre eux- dans les labos qui fournissent les vaccins contre la grippe A.
– Et, fin du fin, les amis, l’Inserm nous a annoncé il y a une quinzaine de jours, que la grippe A, c’était fini.
Au vu de ces quelques faits têtus on pourrait légitimement conclure au fiasco : on arrête les frais, on ferme les centres et on passe à autre chose. Mais, mais, mais, j’ai sans doute mauvais esprit, fermer comme ça brutalement un service public gratuit de vaccination qui petit à petit faisait ses preuves pour faire soi-disant rentrer en jeu les médecins, ça me chagrine.
D’abord parce qu’il se trouve que ces deux derniers jours d’ouverture, les centres (redimensionnés, un par département, rationalisés en fait) ont fait le plein. Et vous savez pourquoi ? Parce que si ça se trouve, et si vous ouvrez tous les jours votre boîte à lettres, vous avez dû recevoir, comme moi, votre bon de vaccination vous invitant à vous rendre dans le centre le plus proche de chez vous pour échapper à la peste qui nous menaçait tous. (Au passage, on félicitera l’Assurance-maladie pour sa réactivité et son accompagnement dynamique de la campagne gouvernementale et je ne parle pas du bordel sur la question de savoir s’il fallait le bon ou pas pour se pointer devant un médecin piqueur…). On a beau être vacciné (contre les courriers administratifs, s’entend), ce genre d’injonction ministérielle, officielle et dramatique à souhait, fait de l’effet, même chez des gens comme moi. C’est-à-dire fort respectueux de l’ordre et de la loi. Franchement, pendant un moment, je me suis dit: « Je vais y aller! ». Après tout, vu le nombre d’inepties qu’on nous a dites sur cette grippe, il vaudrait peut-être mieux se mettre à l’abri. Bizarrement, je n’ai guère envie de miser une boîte de Tamiflu sur une prévision ministèro-médicale concernant la grippe A, ou tout autre variété de truc qui fait tousser.
Au bout du compte, je n’irai pas chez mon généraliste qui a franchement autre chose à faire. Moi aussi, d’ailleurs. Alors, quid du bon-pour-un-vaccin, me direz-vous ? Je me dis que je vais le garder par devers moi, on ne sait jamais, mis en vente sur e-Bay dans quelques années, ça me permettra peut-être de payer mes médicaments qui finiront par être déremboursés. Ou alors, je peux toujours l’encadrer. J’adore l’idée d’avoir la signature de Roselyne Bachelot au-dessus de mon armoire à pharmacie.
GIEC : ainsi fond, fond, fond…
Selon le Sunday Telegraph du 30 janvier, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) aurait recours à d’assez étranges sources « scientifiques » pour étayer ses thèses. Ainsi les conclusions d’un rapport sur la fonte des glaces dans les Alpes, les Andes et en Afrique ont-elles été tirées de deux documents très particuliers : le travail d’un étudiant en master de géographie de l’Université de Berne et un article paru dans Climbing, un magazine d’alpinisme. Les deux sources sont assez irréprochables : l’étudiant est allé interviewer lui-même des guides alpins ; quant au journaliste du magazine spécialisé, il avait recueilli des témoignages au pied des sommets. À la question « Ça fond ? », les personnes interrogées avaient répondu : « Ça fond ! » Après le premier bidonnage évoqué par Serge Galam, une chose est sûre : pour ce qui est du n’importe quoi, les experts internationaux du GIEC ne chauffent plus. Ils brûlent.
Burqa, yes ! Pyjama, no !
Un supermarché hard-discount de Cardiff, appartenant à la chaine Tesco, vient d’imposer un véritable dress-code aux prolos désirant acheter leurs néo-aliments hautement mortifères à cette enseigne. Sans doute lassée de voir de plantureuses ménagères venir en pyjama et en pantoufles, la clope au bec, remplir des caddies avec le peu d’aides sociales données par un welfare-state moribond, la direction a purement et simplement interdit l’accès de son magasin à ces souillons négligées dont certaines ont été raccompagnées jusqu’à l’entrée par le personnel. Un Tesco à Cardiff, c’est devenu plus select que Castel, qu’on se le dise. A moins que trente ans de méthodique destruction du tissu social par le thatcherisme puis le blairisme aient fini par complètement venir à bout de cette fameuse « common decency » du prolétariat anglais dans laquelle Orwell voyait une manière d’utopie concrète.
Pie XII, je persiste et signe

Je vais m’efforcer d’être bref et promets de ne pas y revenir…
Avant toute chose, je prie sincèrement les personnes qui jugent exemplaire l’attitude de Pie XII pendant la guerre de ne pas aller plus loin. De même, ceux qui estiment qu’il « a fait ce qu’il a pu » ne sont pas concernés par ce qui suivra. Les premiers réfutent l’idée même que son silence puisse être interrogé. Il est donc inutile de se perdre en conjectures pour en proposer une interprétation. Les seconds semblent ne pas investir le pape d’une responsabilité particulière. Il est donc inopportun de lui demander davantage qu’aux autres chefs d’Etat de la même période. Et, dans ces conditions, la procédure en béatification relancée par Benoît XVI ne soulève aucune objection.
D’autant que l’action discrète de Pie XII en faveur des juifs ne fait pas de doute d’un point de vue historique. Selon les historiens John Loftus et Mark Aarons, « il a probablement sauvé plus de juifs que tous les Alliés ensemble ». Et, pour l’universitaire et diplomate israélien Pinkhas Lapid, « l’Eglise catholique, sous le pontificat de Pie XII, a joué un rôle décisif dans le sauvetage d’au moins 860 000 juifs d’une mort certaine par les mains nazies ». Lapid ajoute que « ce chiffre dépasse largement celui des juifs sauvés par toutes les autres Eglises et organisations de sauvetage ».
Pour ceux qui acceptent néanmoins de m’accompagner encore un instant, je me permets de reformuler les questions que je posais dans mon précédent article : pourquoi Pie XII n’a-t-il pas formellement et solennellement condamné la Shoah ? Pourquoi Benoît XVI, en pressant le pas pour le béatifier, tient-il tant à nous rappeler ce silence ?
À la première question, une réponse a été proposée : Pie XII se serait tu pour ne pas aggraver la situation des personnes menacées. Une condamnation explicite du génocide n’aurait eu d’autre résultat que de rendre impossibles les interventions ponctuelles. À cela, on peut rétorquer que le roi Christian X du Danemark, lorsqu’il entendit que les Allemands se préparaient à envoyer ses sujets à Auschwitz, sortit de son château en arborant l’étoile jaune à sa poitrine. Il en résulta qu’aucun israélite danois ne fut déporté. Même ceux envoyés à Theresienstadt demeurèrent en vie jusqu’à la libération, grâce à la vigueur des protestations des autorités danoises. Et Christian X n’était pas le pape !
Il faut aussi rappeler que l’archevêque de Toulouse, infirme et investi d’une responsabilité moins universelle que le vicaire de Pierre, avait publiquement condamné les déportations de juifs qui avaient épouvanté son diocèse, imité en cela par plusieurs de ses frères dans l’épiscopat.
Il peut donc sembler légitime de chercher ailleurs les raisons du silence de Pie XII. C’est ce que j’ai tenté de faire en convoquant le registre théologique.
La Shoah a fait l’objet de nombreuses interprétations de la part des historiens. Certains considèrent que le thème de « l’élection » ne doit pas être négligé si l’on veut comprendre l’enjeu métaphysique que représentait pour les dirigeants nazis la nécessité d’effacer radicalement de la surface de la Terre le peuple qui se prétendait élu, sans même laisser de trace de cet anéantissement.
À ce stade, on pouvait attendre d’un pape qu’il répondît au niveau qui était le sien : celui de la vérité théologique. Le projet nazi d’extermination du peuple témoin de la révélation du Sinaï participait d’une volonté d’altérer la manifestation ici-bas de la Présence divine. À ce titre, il portait atteinte à la Création dans son entier ainsi qu’à toute possibilité de rédemption future. Tous les chrétiens se devaient de s’y opposer par tous les moyens. Il en allait du devenir même de l’humanité.
La réflexion que je propose se résume donc en une seule phrase : si Pie XII n’a pas jugé bon de parler malgré l’immensité de l’enjeu, c’est qu’une condamnation à ce niveau présentait à ses yeux l’inconvénient majeur de redonner au peuple juif un rôle central dans l’économie du salut. S’il était possible de conserver aux individus juifs toute leur place dans l’eschatologie chrétienne, s’il était même envisageable de considérer leur destruction physique comme un moyen d’anéantir aussi spirituellement le christianisme, il lui parut cependant impossible de prendre le risque d’ébranler le fondement de la croyance chrétienne en soutenant que le devenir de l’humanité dépendait toujours d’un peuple dont la mission historique avait été appelée à se fondre dans celle du peuple de la Nouvelle Alliance.
Sans doute, objectera-t-on, était-ce beaucoup demander à un pape. Et l’on peut expliquer que, dans cette tragique épreuve, Pie XII a finalement opté, selon la formule de l’historien Fabrice Bouthillon, « pour un balancement calculé entre le je ne sais rien et le presque coi ».
Reste cependant la seconde question : « Pourquoi maintenant ? »
Paradoxalement, Benoît XVI a prononcé de très fortes paroles lors de sa visite du 28 mai 2006 au camp de concentration d’Auschwitz. Il vient de les rappeler dans son récent discours à la synagogue de Rome : « Les potentats du Troisième Reich voulaient écraser le peuple juif tout entier » et, au fond, « au moyen de l’anéantissement de ce peuple, entendaient tuer ce Dieu qui appela Abraham et qui, parlant sur le Sinaï, établit les critères d’orientation de l’humanité qui demeurent éternellement valables ».
Comment comprendre que Benoît XVI ne trouve rien à redire à ce que Pie XII ne se soit pas exprimé avec une netteté au moins semblable ?
Après avoir réintégré l’évêque négationniste Williamson et autorisé le retour au missel latin et à la prière pour « éclairer le cœur » des juifs, c’est-à-dire hâter leur conversion, force est de conclure qu’il préfère, en définitive, conforter le choix contestable de son prédécesseur.
Lapsus ou outing ?
Interrogée par BFM-TV sur l’affaire Georges Frêche, la première adjointe au Maire de Paris, Anne Hidalgo, a dénoncé les propos « homophobes » du président de Languedoc-Roussillon, avant de se reprendre : « euh… antisémites… » Bon, faudrait savoir : Frêche est-il homophobe ou antisémite ? C’est Laurent Fabius qui est impatient d’avoir la réponse. Ça l’arrangerait de savoir s’il est gay ou juif.
Pierre Goldman, encore et toujours

Un roman, Patria o Muerte de Dominique Perrut[1. éditions Denoël], et un documentaire Comment j’ai tué Pierre Goldman de Michel Despratx et Philippe Nahoum[2. diffusé le vendredi 29 Janvier à 23h30 sur Canal+] apportent des éléments nouveaux sur l’affaire Goldman, qui mobilisa les passions dans les années 1970. Perrut apporte des éléments nouveaux, à charge, sur l’implication de Goldman dans le meurtre de deux pharmaciennes, le 19 décembre 1969. Le documentaire diffusé le 29 janvier sur Canal+ lève le voile sur les auteurs et les commanditaires de son assassinat le 20 septembre 1979.
Rappelons brièvement les faits, à l’intention de ceux pour qui cette affaire politico-criminelle ne fait pas partie d’une mémoire collective générationnelle.
Né à Lyon en 1944 d’un couple de résistants juifs polonais, Pierre Goldman, après des études secondaires chaotiques, finit par obtenir son baccalauréat, et à s’inscrire en Sorbonne au début des années 60. À cette époque, le Quartier Latin était un champ d’affrontements violents entre les opposants à la guerre d’Algérie, regroupé autour de l’UNEF et de l’Union des étudiants communistes (UEC) et les partisans de l’Algérie française entraînés par divers groupes d’extrême droite.
Peu assidu dans les amphis, Pierre Goldman, militant de l’UEC, se signale par son courage physique dans les bagarres quasi quotidiennes mettant aux prises les « cocos » et les « fachos », lors des distributions de tracts à la sortie des facultés. Devenu responsable du service d’ordre de l’UEC, il fréquente alors, dans les repaires de cette organisation (librairie Clarté, café le Champo), quelques uns de ses dirigeants dont on entendra parler plus tard : Bernard Kouchner, Serge July, Alain Krivine, Marc Kravetz, pour ne citer que les plus connus.
La fin de la guerre d’Algérie et le retour à un certain calme au Quartier Latin laissent Pierre Goldman dans un état de frustration permanente. Les affrontements idéologiques entre la direction stalinienne du PCF et celle, réformiste dite » italienne », de l’UEC et les controverses byzantines opposant les diverses chapelles trotskistes lui paraissent dérisoires au regard de l’exigence révolutionnaire telle qu’il la rêve. Hanté par le souvenir – largement idéalisé – des héros de la résistance au nazisme des immigrés de l’Affiche rouge, il se rêve en Manouchian alors qu’il erre comme une âme en peine dans le Paris des « trente glorieuses ».
Ce qui se trame alors, ce n’est pas le « grand soir », mais un aggiornamento sociétal qui allait se réaliser au travers du grand simulacre révolutionnaire de Mai 1968.
Cette perspective, dont il a instinctivement conscience, le révulse et le conduit, à l’instar d’un Régis Debray, à aller chercher en Amérique latine, à Cuba, puis au Venezuela le combat glorieux que la vieille Europe était incapable de lui fournir.
Son passage dans les maquis vénézuélien est aussi bref que pathétique, comme cela se révélera plus tard dans les récits des biographes sérieux, comme Michaël Prazan[3. Pierre Goldman, le frère de l’ombre (Seuil)]. Son seul fait d’armes consiste en un hold-up organisé et réussi par son groupe dans une banque de Puerto de la Cruz. De retour à Paris avec une partie du butin, il « flambe » cet argent dans les bars et boites de nuit fréquentées par des antillais et sud-américains.
Il fréquente tout à la fois ses anciens camarades du temps de l’UEC et la pègre qui hante les nuits parisiennes. Le militant révolutionnaire se double alors d’un malfrat qui assure sa subsistance par quelques attaques à main armées contre des commerçants ou des employés chargés de porter le montant des allocations familiales à leurs bénéficiaires, comme cela se faisait encore à l’époque.
Le 19 décembre 1969, deux pharmaciennes du boulevard Richard- Lenoir, à Paris, sont sauvagement assassinées par balles au cours d’un hold-up manqué. Quelque mois plus tard, Pierre Goldman est interpelé par la police rue de l’Odéon, mis en garde à vue et inculpé de meurtre des pharmaciennes, sur la foi d’une dénonciation par un indicateur, et de l’identification par des témoins, dont l’un d’entre eux avait été blessé d’un coup de pistolet en tentant d’arrêter le meurtrier qui s’enfuyait.
Pour ses amis politiques, Pierre Goldman est innocent, forcément innocent. À l’initiative du philosophe et psychanalyste Félix Guattari, un comité de défense se met en place, où se retrouvent bientôt une brochette d’intellectuels et d’artistes de renom, dont Simone Signoret est la figure de proue. En 1974, la Cour d’assises de Paris le déclare coupable des agressions à main armées, qu’il a reconnues, et du double meurtre du boulevard Richard-Lenoir. Il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
Ses amis ne désarment pas : Goldman est, selon eux, victime d’une terrible erreur judiciaire révélatrice de la persistance d’un antisémitisme sournois dans une grande partie de la société française. Pendant ce temps-là, en prison, Pierre Goldman est un détenu modèle : il obtient deux licences, en philosophie et en espagnol, et surtout écrit une autobiographie en forme de plaidoyer Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France, un texte d’une sombre beauté malgré les invraisemblances et contradictions de son récit relatif à ces meurtres qu’il n’aurait pas commis. Ce livre, qui est immédiatement un succès de librairie, rallie à sa cause des personnalités et des journalistes bien éloignés de son habituel environnement politique.
Dans un contexte où l’opinion est devenue majoritairement « goldmanienne », la Cour de cassation annule le verdict des Assises de Paris, dans un arrêt jugé pour le moins audacieux par la plupart des juristes.
Il sera rejugé en 1975 par la cour d’assises d’Amiens, condamné à 12 ans de prison pour les crimes avoués, mais acquitté pour l’affaire des pharmaciennes. Quelques mois plus tard, par le jeu des remises de peine, il sort de prison.
Sa gloire lui ouvre les portes de Libération où officient ses amis Serge July et Marc Kravetz, et des Temps Modernes où l’accueille l’ex-maoïste Pierre Victor (Benny Lévy). Son comportement imprévisible, parfois violent, rend difficile son intégration professionnelle dans ces publications prestigieuses. Par ailleurs, il continue à fréquenter des truands de renom dont il a fait la connaissance en prison, comme Charly Bauer et les frères Zemmour. Cette double-vie s’achèvera le 20 septembre 1979, sur une place du 13ème arrondissement de Paris, où il est abattu de trois balles de gros calibre par un commando de tueurs qui parvient à prendre la fuite.
Pierre Goldman est mort, mais le mythe Goldman est bien vivant : son assassinat a été revendiqué quelques heures après les faits par un communiqué à l’AFP signé « Honneur de la police », qui explique son geste comme une réparation envers des victimes abandonnées par la justice. Pierre Goldman entre alors dans le panthéon des « victimes du fascisme », le seul destin qu’il jugeait digne de lui.
Ceux qui avaient fait de sa cause celle de toute une génération (au sens du livre éponyme d’Hervé Hamon et Patrick Rotman) se posent alors en gardiens vigilants d’une mémoire qui se doit de rester monumentale.
Pourtant, enfoui dans la conscience de quelques-uns de ceux qui avaient bien connu Goldman, et qui s’étaient associés au combat pour sa réhabilitation, quelques doutes ne parviennent pas à s’effacer. Il eût été alors socialement suicidaire de les manifester publiquement, tant les gardiens du temple occupaient des positions clés dans le dispositif médiatique et éditorial de l’époque (le début des années 80). La culpabilité probable de Goldman dans le meurtre des pharmaciennes se chuchotait entre initiés, fondée sur des éléments qui n’avaient pas été mis sur la place publique, comme son passé psychiatrique ponctué d’électrochocs dans une clinique bien connue du Loir et Cher.
Personne ne fit attention à un passage d’un livre autobiographique de Régis Debray Les Masques où on peut lire, dans la deuxième édition parue en 1992 : « Quand on s’est rêvé Manouchian, on ne peut se voir affubler la peau d’un petit malfrat butant deux pharmaciennes pour piquer dans la caisse, sans se faire porter absent. Goldman ne pouvait pas plus se supporter coupable que disculpé. Auprès du public, il avait été sauvé par l’holocauste comme moi par la guerre d’Espagne : à quelques-uns malheur est bon. En France, l’affaire Dreyfus nous garantit un bon siècle de mauvaise conscience. Quant à l’intelligentsia, à laquelle je dois beaucoup, rien de plus aisé que de la faire marcher comme un seul homme quand on est derrière les barreaux et qu’on a un brin de plume. Elle se sent tellement coupable de ses mains blanches qu’un faux innocent aux mains sales fera toujours un martyr adorable. »
On notera, pour l’anecdote, que Régis Debray avait, en 1975, publié un livre à la gloire de Pierre Goldman, Les rendez-vous manqués, où il défendait la thèse de l’innocence dans l’affaire des pharmaciennes. Sa conversion au cynisme le plus débridé ne choqua personne, à l’époque, et on doit à Dominique Perrut d’avoir sauvé de la critique rongeuse des souris ce morceau d’anthologie.
Il faudra attendre 2005 et un auteur appartenant à une génération née après les « années Goldman », Michaël Prazan, pour que l’affaire soit revisitée avec le souci de parvenir à une vérité dépouillée des oripeaux idéologiques et passionnels qui avaient contribué à l’obscurcir pendant des années. Après avoir enquêté au Venezuela et surtout recueilli les propos de Joël Lautric, l’ami antillais de Goldman qui lui avait fourni un alibi lors du procès d’Amiens, Prazan écrit un livre et réalise un documentaire télé où la thèse de l’innocence de Goldman dans l’affaire de la pharmacie est sérieusement ébranlée. Dominique Perrut choisit, lui, la forme romanesque autobiographique en intégrant à son récit des chapitres à clés reprenant la majorité des pièces judiciaires qu’il a pu se procurer. On ne discutera pas ici de la qualité littéraire de Patria o muerte que d’autres, plus compétents en la matière que l’auteur de ces lignes, ne manqueront pas d’évaluer. En revanche, il apporte sur l’affaire Goldman des éléments restés jusque-là enfouis dans la mémoire et la conscience de quelques-uns de ses proches, notamment une psychiatre, aujourd’hui retraitée, qui avait pris en charge Pierre Goldman dans la fameuse clinique du Loir et Cher, et avait gardé le contact avec lui à l’époque de sa dérive criminelle. Elle apparaît sous le nom de Josiane Quillard dans le roman, mais tous ceux qui ont été partie prenante du mouvement de défense de Goldman savent de qui il s’agit. Elle était au premier rang de ceux qui, dans la salle d’audience des deux procès étaient venus lui apporter le soutien de leur présence. Perrut rend compte d’un entretien téléphonique avec Josiane Quillard : « Lorsque je lui pose la question de la culpabilité de Karayan (pseudo de Goldman dans le roman) elle me répond sans détour. Elle explique le geste à sa façon. Selon elle, Karayan n’a pas supporté les hurlements des femmes (…) L’essentiel, c’est l’entretien au téléphone qu’elle me relate. Peu avant son arrestation, au milieu d’une nuit, Karayan l’appelle au téléphone. Elle le questionne. Il est très désemparé.
-Tu sais, j’ai fait des choses. C’est comme cela, ça arrive. Et puis ensuite, on ne pourra plus jamais revenir en arrière. Les faits se produisent en quelques secondes et puis le cours de l’existence est définitivement rompu. Il y a désormais un avant et un après… »
La vérité judiciaire sur l’affaire Goldman est établie une fois pour toute : il a été innocenté du meurtre des pharmaciennes, et il n’est pas question de la détruire pour en établir une autre. Son acquittement en appel doit beaucoup aux maladresses et aux erreurs des policiers chargés de l’enquête, et l’on doit considérer que justice a été rendue et bien rendue. Mais le caractère emblématique de cette affaire, qui fut une sorte d’écho lointain à l’affaire Dreyfus autorise qu’un autre jugement soit prononcé aujourd’hui : celui de l’Histoire qui ne concerne pas seulement l’accusé, mais tous ceux qui ont mis en place le dispositif qui a permis de faire de lui plus qu’un innocent, une victime symbolique de la mauvaise France, celle de Pétain qui perdure sous la carapace démocratique et républicaine.
Le monument Goldman repose sur deux piliers : son innocence et son martyr. Le premier étant largement fissuré, il apparaît aujourd’hui que le second est plus solide, si l’on en croit les révélations d’un documentaire diffusé le 29 janvier sur Canal+ dans lequel un certain » Gustavo », qui témoigne masqué, affirme avoir fait partie du commando qui a tué Goldman le 20 septembre 1979. Se présentant comme » patriote » (entendez extrême droite) il indique que le groupe des quatre tueurs comportaient un agent de la DST et un autre des Renseignements généraux. L’opération aurait, selon lui, reçu le feu vert de Pierre Debizet responsable du SAC (service d’action civique, milice paramilitaire gaulliste), et de Victor Chapot, conseiller pour les affaires très spéciales du président Giscard d’Estaing, tous deux décédés. Il avait déjà été établi, notamment par une enquête menée par Gilles Millet, journaliste à Libération et ami de Goldman, que ce dernier, à l’époque de son assassinat, était mêlé à un trafic d’armes au profit des séparatistes basques de l’ETA. L’élimination de Pierre Goldman aurait été, dans cette hypothèse, une « commande » du GAL (groupe antiterroriste de libération, une milice paramilitaire suscitée et soutenue par le gouvernement espagnol de Felipe Gonzalez pour lutter contre l’ETA avec des méthodes plus expéditives que celles de l’armée et de la police officielles). Le feu vert pour l’exécution serait ainsi venu du sommet de l’Etat et les policiers qui y ont participé l’ont fait avec d’autant plus de zèle qu’elle leur permettait de régler un vieux compte avec celui qui les avait roulés dans la farine…
Les gardiens du monument Goldman, bien entendu, se verront confortés dans leur bonne conscience avec cette confirmation de l’origine politique de la machination qui l’a tué, et s’efforceront de démolir la thèse développée par Perrut, comme ils avaient tenté, sans succès, de s’opposer à la diffusion du film de Prazan sur France 3.
Les bons historiens ont coutume de dire « Dieu seul sait ce que le passé nous réserve… » Lorsque ce passé resurgit en un bloc incandescent, il est pour le moins malhonnête de n’en ramasser que les morceaux qui vous arrangent.
Sarko va encore faire un four !
L’info a failli passer inaperçue. C’est pourtant la vraie grosse actu de la semaine, bien loin devant la relaxe de Villepin ou les discours de Davos. C’est le quotidien Les Dernières Nouvelles d’Alsace qui a sorti le scoop : le « Air Force One » à la française, voulu par Nicolas Sarkozy, est en cours de préparation. Le ministère de la Défense a fait l’acquisition d’un Airbus A 330 d’occasion et le fait actuellement « personnaliser » sur la plate-forme du prestataire spécialisé Jet Aviation. Et le quotidien alsacien nous apprend que cet avion destiné aux voyages présidentiels serait en train d’être équipé d’un… four à pizza. D’après nos confrères, il s’agirait d’une demande émanant directement de l’Elysée. Le four à pizza, symbole d’une rupture forte avec les années « jogging » ? Reste à savoir si la filiforme première dame de France en croquera…
J’ai tué Pierre Goldman

Le reportage de Michel Despratx Comment j’ai tué Pierre Goldman, diffusé vendredi 29 janvier sur Canal+ promet de faire du bruit dans ce qui reste du landernau gauchiste des années de plomb. Trente ans après les faits, l’un des quatre tueurs du commando décide de faire son coming out et balance tout, et la vérité est bien plus simple que ne l’avaient imaginée les amis du gauchiste, les journalistes et la police.
Après des mois d’enquête infructueuse et de torrents de larmes des grandes figures de l’indignation gauchiste de l’époque (Simone Signoret, Maxime Le Forestier, Sartre, Beauvoir…), l’enquête est abandonnée. La victime, Pierre Goldman, intellectuel d’extrême gauche qui avait glissé dans le banditisme ordinaire, prend perpète en 1974 pour le meurtre de deux pharmaciennes boulevard Richard-Lenoir au cours d’un braquage qui avait aussi mal tourné que lui. En prison, il publie un best-seller, Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France, et obtient sa libération après un retentissant procès en cassation. Cette affaire laissera un sentiment de malaise dans l’opinion publique, surtout après la sortie de son autre livre L’ordinaire mésaventure d’Archibald Rapoport, où il revendique entre les lignes ce double-assassinat. Le 20 septembre 1979, il est abattu place des Peupliers par un commando qui revendique son acte au nom d’un mystérieux groupe, « Honneur de la Police ».
Les motivations de cet assassinat ? « Je suis un patriote », avoue simplement Gustavo, le pittoresque tueur (sans gages, précise-t-il) interrogé longuement dans le reportage. Premier scoop : à la fin des années 1970, cette race ne courait plus les rues, ou du moins ne s’en vantait pas. Présenté comme un militant d’extrême droite, ancien mercenaire en Afrique, Gustavo raconte par le menu comment il a fait le coup avec trois camarades, et révèle que l’un d’eux est inspecteur à la DST et l’autre aux Renseignements généraux. Pourtant, l’exécution de Pierre Goldman n’a pas été commanditée par un groupe de policiers nazis fous dans une cave, mais par des gens proches du pouvoir giscardien : Pierre Debizet, défunt chef du défunt SAC, et le plus proche conseiller de Giscard, Victor Chapot, qui ne dira pas le contraire puisqu’il est mort lui aussi. Quant à leur motivation, c’est tout simplement leur révolte contre l’impuissance de la justice dans une affaire exemplaire. Etaient-ils devenus fous ? Si l’on se replace dans l’ambiance de l’époque, on peut remarquer que leur délire paranoïaque rejoignait dans une très faible mesure celui de leurs adversaires politiques (Fraction armée rouge en Allemagne, Brigades rouges en Italie, Action directe), mais à une moindre échelle… C’est qu’en ce temps-là, on n’avait pas d’adversaires politiques, on avait des ennemis.
Comment j’ai tué Pierre Goldman
Reportage de Michel Despratx.
Diffusion sur Canal+ Vendredi 29 janvier, 23 h 10.
Frêche, Nicollin, Depardieu : le club des poètes
L’exquis Louis Nicollin, président du Montpellier Hérault Sporting Club, vient d’apporter publiquement son soutien à Georges Frêche pour les prochaines élections régionales en Languedoc-Roussillon. Homme de droite, Loulou Nicollin ne laissera pourtant pas tomber son pote Jojo quand une gonzesse, Martine Aubry demande à une autre gonzesse, Hélène Mandroux, maire socialiste de Montpellier, de lui apporter les couilles de Frêche sur un plateau. Ce dernier, qui ne semble pas avoir de souci pour l’avenir de ses attributs virils, vient de recevoir le soutien de Gérard Depardieu. Sont attendus au club des poètes du Languedoc : Michel Charasse et Philippe Lucas. Les meetings de campagne seront retransmis sur écran géant dans la plupart des villes de France. Tarlouzes s’abstenir !
Grippe A : un fiasco du marketing viral


Ouf, est-on tenté de dire. Ce dimanche 31 janvier, on en a définitivement terminé avec la grippe A, le H1N1, les masques, les solutions hydro-alcooliques et les éternuements dans le coude. Ben oui, hier soir, les centres de vaccination montés en grande pompe –et dans un grand désordre- en décembre dernier ont mis la clé sous la porte. Et pour se faire vacciner, à supposer que quelqu’un y songe encore aujourd’hui, il faudra aller chez son généraliste.
D’un certain côté, on pourrait presque s’en satisfaire: cette campagne délirante, qui coûtera sans doute aux alentours de 1,5 milliards d’euros, s’achève plus tôt que prévu. On va rendre les gymnases aux profs d’EPS grognons, aux associations sportives qui ont végété pendant deux mois et demi, aux groupes de vieux qui viennent entretenir leur forme à coup de gymnastique suédoise le lundi après-midi.
C’en est fini de la pandémie, celle qui allait faire des milliers de morts juste parce qu’on allait continuer à s’embrasser sur la bouche. La grippe A, enfin sa gestion par notre chouette appareil étatique, va pouvoir figurer dans les travaux pratiques des cours d’organisation administrative de l’ENA : « montez un fiasco coûteux, assumez une communication gouvernementale grotesque puis prouvez que c’est un succès intégral ». Néanmoins, il ne faudra pas compter sur moi pour attaquer l’affaire sur le point de l’application du principe de précaution en matière de santé publique. Quoiqu’en disent certains lecteurs de Causeur, en France on pêche plutôt par faiblesse que par excès. Il suffit de demander aux malades de l’amiante qui se démènent devant des tribunaux, s’ils regrettent que l’Etat ait fermé les yeux sur ce qu’ils respiraient à plein poumons.
Mais bon, concernant cette grippounette, il faut rappeler quelques petites évidences qui font rire :
– L’Etat français se retrouve à la tête de 28 millions de doses de vaccins qu’on essaie de refourguer à qui en veut (le Qatar, l’Egypte, voire Haïti, si l’île n’était pas occupée à autre chose…) Roselyne Bachelot et son ministère essaient de faire annuler la commande de 50 autres millions de doses dont nous n’aurons manifestement pas besoin. Et, comme c’est bizarre, les labos pharmaceutiques traînent la patte.
– Aujourd’hui, moins de 10% des Français sont vaccinés et la grippe A a fait formellement près de 250 morts (c’est trop, mais ce n’est pas la peste noire non plus).
– Les médecins qui doivent prendre le relais ce lundi traînent des pieds à l’idée d’aller se fournir en bas de chez eux en vaccins, ou d’envoyer la secrétaire chez le pharmacien pour assurer leur mission de service public. Je ne parle même pas du tarif syndical à 6 euros et des brouettes qu’ils doivent réclamer à leurs patients pour piquer, qui ne les met pas authentiquement en joie.
– Les soupçons de collusion entre l’OMS (la grande organisation internationale lanceuse d’alarmes pandémiques) et les labos pharmaceutiques se font plus forts. On a même pu lire dans la presse (le Parisien) la semaine passée que les mêmes petits problèmes d’endogamie valaient pour les experts gouvernementaux français qui émargent en même temps – sauf pour deux d’entre eux- dans les labos qui fournissent les vaccins contre la grippe A.
– Et, fin du fin, les amis, l’Inserm nous a annoncé il y a une quinzaine de jours, que la grippe A, c’était fini.
Au vu de ces quelques faits têtus on pourrait légitimement conclure au fiasco : on arrête les frais, on ferme les centres et on passe à autre chose. Mais, mais, mais, j’ai sans doute mauvais esprit, fermer comme ça brutalement un service public gratuit de vaccination qui petit à petit faisait ses preuves pour faire soi-disant rentrer en jeu les médecins, ça me chagrine.
D’abord parce qu’il se trouve que ces deux derniers jours d’ouverture, les centres (redimensionnés, un par département, rationalisés en fait) ont fait le plein. Et vous savez pourquoi ? Parce que si ça se trouve, et si vous ouvrez tous les jours votre boîte à lettres, vous avez dû recevoir, comme moi, votre bon de vaccination vous invitant à vous rendre dans le centre le plus proche de chez vous pour échapper à la peste qui nous menaçait tous. (Au passage, on félicitera l’Assurance-maladie pour sa réactivité et son accompagnement dynamique de la campagne gouvernementale et je ne parle pas du bordel sur la question de savoir s’il fallait le bon ou pas pour se pointer devant un médecin piqueur…). On a beau être vacciné (contre les courriers administratifs, s’entend), ce genre d’injonction ministérielle, officielle et dramatique à souhait, fait de l’effet, même chez des gens comme moi. C’est-à-dire fort respectueux de l’ordre et de la loi. Franchement, pendant un moment, je me suis dit: « Je vais y aller! ». Après tout, vu le nombre d’inepties qu’on nous a dites sur cette grippe, il vaudrait peut-être mieux se mettre à l’abri. Bizarrement, je n’ai guère envie de miser une boîte de Tamiflu sur une prévision ministèro-médicale concernant la grippe A, ou tout autre variété de truc qui fait tousser.
Au bout du compte, je n’irai pas chez mon généraliste qui a franchement autre chose à faire. Moi aussi, d’ailleurs. Alors, quid du bon-pour-un-vaccin, me direz-vous ? Je me dis que je vais le garder par devers moi, on ne sait jamais, mis en vente sur e-Bay dans quelques années, ça me permettra peut-être de payer mes médicaments qui finiront par être déremboursés. Ou alors, je peux toujours l’encadrer. J’adore l’idée d’avoir la signature de Roselyne Bachelot au-dessus de mon armoire à pharmacie.
GIEC : ainsi fond, fond, fond…
Selon le Sunday Telegraph du 30 janvier, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) aurait recours à d’assez étranges sources « scientifiques » pour étayer ses thèses. Ainsi les conclusions d’un rapport sur la fonte des glaces dans les Alpes, les Andes et en Afrique ont-elles été tirées de deux documents très particuliers : le travail d’un étudiant en master de géographie de l’Université de Berne et un article paru dans Climbing, un magazine d’alpinisme. Les deux sources sont assez irréprochables : l’étudiant est allé interviewer lui-même des guides alpins ; quant au journaliste du magazine spécialisé, il avait recueilli des témoignages au pied des sommets. À la question « Ça fond ? », les personnes interrogées avaient répondu : « Ça fond ! » Après le premier bidonnage évoqué par Serge Galam, une chose est sûre : pour ce qui est du n’importe quoi, les experts internationaux du GIEC ne chauffent plus. Ils brûlent.
Burqa, yes ! Pyjama, no !
Un supermarché hard-discount de Cardiff, appartenant à la chaine Tesco, vient d’imposer un véritable dress-code aux prolos désirant acheter leurs néo-aliments hautement mortifères à cette enseigne. Sans doute lassée de voir de plantureuses ménagères venir en pyjama et en pantoufles, la clope au bec, remplir des caddies avec le peu d’aides sociales données par un welfare-state moribond, la direction a purement et simplement interdit l’accès de son magasin à ces souillons négligées dont certaines ont été raccompagnées jusqu’à l’entrée par le personnel. Un Tesco à Cardiff, c’est devenu plus select que Castel, qu’on se le dise. A moins que trente ans de méthodique destruction du tissu social par le thatcherisme puis le blairisme aient fini par complètement venir à bout de cette fameuse « common decency » du prolétariat anglais dans laquelle Orwell voyait une manière d’utopie concrète.
Pie XII, je persiste et signe

Je vais m’efforcer d’être bref et promets de ne pas y revenir…
Avant toute chose, je prie sincèrement les personnes qui jugent exemplaire l’attitude de Pie XII pendant la guerre de ne pas aller plus loin. De même, ceux qui estiment qu’il « a fait ce qu’il a pu » ne sont pas concernés par ce qui suivra. Les premiers réfutent l’idée même que son silence puisse être interrogé. Il est donc inutile de se perdre en conjectures pour en proposer une interprétation. Les seconds semblent ne pas investir le pape d’une responsabilité particulière. Il est donc inopportun de lui demander davantage qu’aux autres chefs d’Etat de la même période. Et, dans ces conditions, la procédure en béatification relancée par Benoît XVI ne soulève aucune objection.
D’autant que l’action discrète de Pie XII en faveur des juifs ne fait pas de doute d’un point de vue historique. Selon les historiens John Loftus et Mark Aarons, « il a probablement sauvé plus de juifs que tous les Alliés ensemble ». Et, pour l’universitaire et diplomate israélien Pinkhas Lapid, « l’Eglise catholique, sous le pontificat de Pie XII, a joué un rôle décisif dans le sauvetage d’au moins 860 000 juifs d’une mort certaine par les mains nazies ». Lapid ajoute que « ce chiffre dépasse largement celui des juifs sauvés par toutes les autres Eglises et organisations de sauvetage ».
Pour ceux qui acceptent néanmoins de m’accompagner encore un instant, je me permets de reformuler les questions que je posais dans mon précédent article : pourquoi Pie XII n’a-t-il pas formellement et solennellement condamné la Shoah ? Pourquoi Benoît XVI, en pressant le pas pour le béatifier, tient-il tant à nous rappeler ce silence ?
À la première question, une réponse a été proposée : Pie XII se serait tu pour ne pas aggraver la situation des personnes menacées. Une condamnation explicite du génocide n’aurait eu d’autre résultat que de rendre impossibles les interventions ponctuelles. À cela, on peut rétorquer que le roi Christian X du Danemark, lorsqu’il entendit que les Allemands se préparaient à envoyer ses sujets à Auschwitz, sortit de son château en arborant l’étoile jaune à sa poitrine. Il en résulta qu’aucun israélite danois ne fut déporté. Même ceux envoyés à Theresienstadt demeurèrent en vie jusqu’à la libération, grâce à la vigueur des protestations des autorités danoises. Et Christian X n’était pas le pape !
Il faut aussi rappeler que l’archevêque de Toulouse, infirme et investi d’une responsabilité moins universelle que le vicaire de Pierre, avait publiquement condamné les déportations de juifs qui avaient épouvanté son diocèse, imité en cela par plusieurs de ses frères dans l’épiscopat.
Il peut donc sembler légitime de chercher ailleurs les raisons du silence de Pie XII. C’est ce que j’ai tenté de faire en convoquant le registre théologique.
La Shoah a fait l’objet de nombreuses interprétations de la part des historiens. Certains considèrent que le thème de « l’élection » ne doit pas être négligé si l’on veut comprendre l’enjeu métaphysique que représentait pour les dirigeants nazis la nécessité d’effacer radicalement de la surface de la Terre le peuple qui se prétendait élu, sans même laisser de trace de cet anéantissement.
À ce stade, on pouvait attendre d’un pape qu’il répondît au niveau qui était le sien : celui de la vérité théologique. Le projet nazi d’extermination du peuple témoin de la révélation du Sinaï participait d’une volonté d’altérer la manifestation ici-bas de la Présence divine. À ce titre, il portait atteinte à la Création dans son entier ainsi qu’à toute possibilité de rédemption future. Tous les chrétiens se devaient de s’y opposer par tous les moyens. Il en allait du devenir même de l’humanité.
La réflexion que je propose se résume donc en une seule phrase : si Pie XII n’a pas jugé bon de parler malgré l’immensité de l’enjeu, c’est qu’une condamnation à ce niveau présentait à ses yeux l’inconvénient majeur de redonner au peuple juif un rôle central dans l’économie du salut. S’il était possible de conserver aux individus juifs toute leur place dans l’eschatologie chrétienne, s’il était même envisageable de considérer leur destruction physique comme un moyen d’anéantir aussi spirituellement le christianisme, il lui parut cependant impossible de prendre le risque d’ébranler le fondement de la croyance chrétienne en soutenant que le devenir de l’humanité dépendait toujours d’un peuple dont la mission historique avait été appelée à se fondre dans celle du peuple de la Nouvelle Alliance.
Sans doute, objectera-t-on, était-ce beaucoup demander à un pape. Et l’on peut expliquer que, dans cette tragique épreuve, Pie XII a finalement opté, selon la formule de l’historien Fabrice Bouthillon, « pour un balancement calculé entre le je ne sais rien et le presque coi ».
Reste cependant la seconde question : « Pourquoi maintenant ? »
Paradoxalement, Benoît XVI a prononcé de très fortes paroles lors de sa visite du 28 mai 2006 au camp de concentration d’Auschwitz. Il vient de les rappeler dans son récent discours à la synagogue de Rome : « Les potentats du Troisième Reich voulaient écraser le peuple juif tout entier » et, au fond, « au moyen de l’anéantissement de ce peuple, entendaient tuer ce Dieu qui appela Abraham et qui, parlant sur le Sinaï, établit les critères d’orientation de l’humanité qui demeurent éternellement valables ».
Comment comprendre que Benoît XVI ne trouve rien à redire à ce que Pie XII ne se soit pas exprimé avec une netteté au moins semblable ?
Après avoir réintégré l’évêque négationniste Williamson et autorisé le retour au missel latin et à la prière pour « éclairer le cœur » des juifs, c’est-à-dire hâter leur conversion, force est de conclure qu’il préfère, en définitive, conforter le choix contestable de son prédécesseur.
Lapsus ou outing ?
Interrogée par BFM-TV sur l’affaire Georges Frêche, la première adjointe au Maire de Paris, Anne Hidalgo, a dénoncé les propos « homophobes » du président de Languedoc-Roussillon, avant de se reprendre : « euh… antisémites… » Bon, faudrait savoir : Frêche est-il homophobe ou antisémite ? C’est Laurent Fabius qui est impatient d’avoir la réponse. Ça l’arrangerait de savoir s’il est gay ou juif.
Pierre Goldman, encore et toujours

Un roman, Patria o Muerte de Dominique Perrut[1. éditions Denoël], et un documentaire Comment j’ai tué Pierre Goldman de Michel Despratx et Philippe Nahoum[2. diffusé le vendredi 29 Janvier à 23h30 sur Canal+] apportent des éléments nouveaux sur l’affaire Goldman, qui mobilisa les passions dans les années 1970. Perrut apporte des éléments nouveaux, à charge, sur l’implication de Goldman dans le meurtre de deux pharmaciennes, le 19 décembre 1969. Le documentaire diffusé le 29 janvier sur Canal+ lève le voile sur les auteurs et les commanditaires de son assassinat le 20 septembre 1979.
Rappelons brièvement les faits, à l’intention de ceux pour qui cette affaire politico-criminelle ne fait pas partie d’une mémoire collective générationnelle.
Né à Lyon en 1944 d’un couple de résistants juifs polonais, Pierre Goldman, après des études secondaires chaotiques, finit par obtenir son baccalauréat, et à s’inscrire en Sorbonne au début des années 60. À cette époque, le Quartier Latin était un champ d’affrontements violents entre les opposants à la guerre d’Algérie, regroupé autour de l’UNEF et de l’Union des étudiants communistes (UEC) et les partisans de l’Algérie française entraînés par divers groupes d’extrême droite.
Peu assidu dans les amphis, Pierre Goldman, militant de l’UEC, se signale par son courage physique dans les bagarres quasi quotidiennes mettant aux prises les « cocos » et les « fachos », lors des distributions de tracts à la sortie des facultés. Devenu responsable du service d’ordre de l’UEC, il fréquente alors, dans les repaires de cette organisation (librairie Clarté, café le Champo), quelques uns de ses dirigeants dont on entendra parler plus tard : Bernard Kouchner, Serge July, Alain Krivine, Marc Kravetz, pour ne citer que les plus connus.
La fin de la guerre d’Algérie et le retour à un certain calme au Quartier Latin laissent Pierre Goldman dans un état de frustration permanente. Les affrontements idéologiques entre la direction stalinienne du PCF et celle, réformiste dite » italienne », de l’UEC et les controverses byzantines opposant les diverses chapelles trotskistes lui paraissent dérisoires au regard de l’exigence révolutionnaire telle qu’il la rêve. Hanté par le souvenir – largement idéalisé – des héros de la résistance au nazisme des immigrés de l’Affiche rouge, il se rêve en Manouchian alors qu’il erre comme une âme en peine dans le Paris des « trente glorieuses ».
Ce qui se trame alors, ce n’est pas le « grand soir », mais un aggiornamento sociétal qui allait se réaliser au travers du grand simulacre révolutionnaire de Mai 1968.
Cette perspective, dont il a instinctivement conscience, le révulse et le conduit, à l’instar d’un Régis Debray, à aller chercher en Amérique latine, à Cuba, puis au Venezuela le combat glorieux que la vieille Europe était incapable de lui fournir.
Son passage dans les maquis vénézuélien est aussi bref que pathétique, comme cela se révélera plus tard dans les récits des biographes sérieux, comme Michaël Prazan[3. Pierre Goldman, le frère de l’ombre (Seuil)]. Son seul fait d’armes consiste en un hold-up organisé et réussi par son groupe dans une banque de Puerto de la Cruz. De retour à Paris avec une partie du butin, il « flambe » cet argent dans les bars et boites de nuit fréquentées par des antillais et sud-américains.
Il fréquente tout à la fois ses anciens camarades du temps de l’UEC et la pègre qui hante les nuits parisiennes. Le militant révolutionnaire se double alors d’un malfrat qui assure sa subsistance par quelques attaques à main armées contre des commerçants ou des employés chargés de porter le montant des allocations familiales à leurs bénéficiaires, comme cela se faisait encore à l’époque.
Le 19 décembre 1969, deux pharmaciennes du boulevard Richard- Lenoir, à Paris, sont sauvagement assassinées par balles au cours d’un hold-up manqué. Quelque mois plus tard, Pierre Goldman est interpelé par la police rue de l’Odéon, mis en garde à vue et inculpé de meurtre des pharmaciennes, sur la foi d’une dénonciation par un indicateur, et de l’identification par des témoins, dont l’un d’entre eux avait été blessé d’un coup de pistolet en tentant d’arrêter le meurtrier qui s’enfuyait.
Pour ses amis politiques, Pierre Goldman est innocent, forcément innocent. À l’initiative du philosophe et psychanalyste Félix Guattari, un comité de défense se met en place, où se retrouvent bientôt une brochette d’intellectuels et d’artistes de renom, dont Simone Signoret est la figure de proue. En 1974, la Cour d’assises de Paris le déclare coupable des agressions à main armées, qu’il a reconnues, et du double meurtre du boulevard Richard-Lenoir. Il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
Ses amis ne désarment pas : Goldman est, selon eux, victime d’une terrible erreur judiciaire révélatrice de la persistance d’un antisémitisme sournois dans une grande partie de la société française. Pendant ce temps-là, en prison, Pierre Goldman est un détenu modèle : il obtient deux licences, en philosophie et en espagnol, et surtout écrit une autobiographie en forme de plaidoyer Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France, un texte d’une sombre beauté malgré les invraisemblances et contradictions de son récit relatif à ces meurtres qu’il n’aurait pas commis. Ce livre, qui est immédiatement un succès de librairie, rallie à sa cause des personnalités et des journalistes bien éloignés de son habituel environnement politique.
Dans un contexte où l’opinion est devenue majoritairement « goldmanienne », la Cour de cassation annule le verdict des Assises de Paris, dans un arrêt jugé pour le moins audacieux par la plupart des juristes.
Il sera rejugé en 1975 par la cour d’assises d’Amiens, condamné à 12 ans de prison pour les crimes avoués, mais acquitté pour l’affaire des pharmaciennes. Quelques mois plus tard, par le jeu des remises de peine, il sort de prison.
Sa gloire lui ouvre les portes de Libération où officient ses amis Serge July et Marc Kravetz, et des Temps Modernes où l’accueille l’ex-maoïste Pierre Victor (Benny Lévy). Son comportement imprévisible, parfois violent, rend difficile son intégration professionnelle dans ces publications prestigieuses. Par ailleurs, il continue à fréquenter des truands de renom dont il a fait la connaissance en prison, comme Charly Bauer et les frères Zemmour. Cette double-vie s’achèvera le 20 septembre 1979, sur une place du 13ème arrondissement de Paris, où il est abattu de trois balles de gros calibre par un commando de tueurs qui parvient à prendre la fuite.
Pierre Goldman est mort, mais le mythe Goldman est bien vivant : son assassinat a été revendiqué quelques heures après les faits par un communiqué à l’AFP signé « Honneur de la police », qui explique son geste comme une réparation envers des victimes abandonnées par la justice. Pierre Goldman entre alors dans le panthéon des « victimes du fascisme », le seul destin qu’il jugeait digne de lui.
Ceux qui avaient fait de sa cause celle de toute une génération (au sens du livre éponyme d’Hervé Hamon et Patrick Rotman) se posent alors en gardiens vigilants d’une mémoire qui se doit de rester monumentale.
Pourtant, enfoui dans la conscience de quelques-uns de ceux qui avaient bien connu Goldman, et qui s’étaient associés au combat pour sa réhabilitation, quelques doutes ne parviennent pas à s’effacer. Il eût été alors socialement suicidaire de les manifester publiquement, tant les gardiens du temple occupaient des positions clés dans le dispositif médiatique et éditorial de l’époque (le début des années 80). La culpabilité probable de Goldman dans le meurtre des pharmaciennes se chuchotait entre initiés, fondée sur des éléments qui n’avaient pas été mis sur la place publique, comme son passé psychiatrique ponctué d’électrochocs dans une clinique bien connue du Loir et Cher.
Personne ne fit attention à un passage d’un livre autobiographique de Régis Debray Les Masques où on peut lire, dans la deuxième édition parue en 1992 : « Quand on s’est rêvé Manouchian, on ne peut se voir affubler la peau d’un petit malfrat butant deux pharmaciennes pour piquer dans la caisse, sans se faire porter absent. Goldman ne pouvait pas plus se supporter coupable que disculpé. Auprès du public, il avait été sauvé par l’holocauste comme moi par la guerre d’Espagne : à quelques-uns malheur est bon. En France, l’affaire Dreyfus nous garantit un bon siècle de mauvaise conscience. Quant à l’intelligentsia, à laquelle je dois beaucoup, rien de plus aisé que de la faire marcher comme un seul homme quand on est derrière les barreaux et qu’on a un brin de plume. Elle se sent tellement coupable de ses mains blanches qu’un faux innocent aux mains sales fera toujours un martyr adorable. »
On notera, pour l’anecdote, que Régis Debray avait, en 1975, publié un livre à la gloire de Pierre Goldman, Les rendez-vous manqués, où il défendait la thèse de l’innocence dans l’affaire des pharmaciennes. Sa conversion au cynisme le plus débridé ne choqua personne, à l’époque, et on doit à Dominique Perrut d’avoir sauvé de la critique rongeuse des souris ce morceau d’anthologie.
Il faudra attendre 2005 et un auteur appartenant à une génération née après les « années Goldman », Michaël Prazan, pour que l’affaire soit revisitée avec le souci de parvenir à une vérité dépouillée des oripeaux idéologiques et passionnels qui avaient contribué à l’obscurcir pendant des années. Après avoir enquêté au Venezuela et surtout recueilli les propos de Joël Lautric, l’ami antillais de Goldman qui lui avait fourni un alibi lors du procès d’Amiens, Prazan écrit un livre et réalise un documentaire télé où la thèse de l’innocence de Goldman dans l’affaire de la pharmacie est sérieusement ébranlée. Dominique Perrut choisit, lui, la forme romanesque autobiographique en intégrant à son récit des chapitres à clés reprenant la majorité des pièces judiciaires qu’il a pu se procurer. On ne discutera pas ici de la qualité littéraire de Patria o muerte que d’autres, plus compétents en la matière que l’auteur de ces lignes, ne manqueront pas d’évaluer. En revanche, il apporte sur l’affaire Goldman des éléments restés jusque-là enfouis dans la mémoire et la conscience de quelques-uns de ses proches, notamment une psychiatre, aujourd’hui retraitée, qui avait pris en charge Pierre Goldman dans la fameuse clinique du Loir et Cher, et avait gardé le contact avec lui à l’époque de sa dérive criminelle. Elle apparaît sous le nom de Josiane Quillard dans le roman, mais tous ceux qui ont été partie prenante du mouvement de défense de Goldman savent de qui il s’agit. Elle était au premier rang de ceux qui, dans la salle d’audience des deux procès étaient venus lui apporter le soutien de leur présence. Perrut rend compte d’un entretien téléphonique avec Josiane Quillard : « Lorsque je lui pose la question de la culpabilité de Karayan (pseudo de Goldman dans le roman) elle me répond sans détour. Elle explique le geste à sa façon. Selon elle, Karayan n’a pas supporté les hurlements des femmes (…) L’essentiel, c’est l’entretien au téléphone qu’elle me relate. Peu avant son arrestation, au milieu d’une nuit, Karayan l’appelle au téléphone. Elle le questionne. Il est très désemparé.
-Tu sais, j’ai fait des choses. C’est comme cela, ça arrive. Et puis ensuite, on ne pourra plus jamais revenir en arrière. Les faits se produisent en quelques secondes et puis le cours de l’existence est définitivement rompu. Il y a désormais un avant et un après… »
La vérité judiciaire sur l’affaire Goldman est établie une fois pour toute : il a été innocenté du meurtre des pharmaciennes, et il n’est pas question de la détruire pour en établir une autre. Son acquittement en appel doit beaucoup aux maladresses et aux erreurs des policiers chargés de l’enquête, et l’on doit considérer que justice a été rendue et bien rendue. Mais le caractère emblématique de cette affaire, qui fut une sorte d’écho lointain à l’affaire Dreyfus autorise qu’un autre jugement soit prononcé aujourd’hui : celui de l’Histoire qui ne concerne pas seulement l’accusé, mais tous ceux qui ont mis en place le dispositif qui a permis de faire de lui plus qu’un innocent, une victime symbolique de la mauvaise France, celle de Pétain qui perdure sous la carapace démocratique et républicaine.
Le monument Goldman repose sur deux piliers : son innocence et son martyr. Le premier étant largement fissuré, il apparaît aujourd’hui que le second est plus solide, si l’on en croit les révélations d’un documentaire diffusé le 29 janvier sur Canal+ dans lequel un certain » Gustavo », qui témoigne masqué, affirme avoir fait partie du commando qui a tué Goldman le 20 septembre 1979. Se présentant comme » patriote » (entendez extrême droite) il indique que le groupe des quatre tueurs comportaient un agent de la DST et un autre des Renseignements généraux. L’opération aurait, selon lui, reçu le feu vert de Pierre Debizet responsable du SAC (service d’action civique, milice paramilitaire gaulliste), et de Victor Chapot, conseiller pour les affaires très spéciales du président Giscard d’Estaing, tous deux décédés. Il avait déjà été établi, notamment par une enquête menée par Gilles Millet, journaliste à Libération et ami de Goldman, que ce dernier, à l’époque de son assassinat, était mêlé à un trafic d’armes au profit des séparatistes basques de l’ETA. L’élimination de Pierre Goldman aurait été, dans cette hypothèse, une « commande » du GAL (groupe antiterroriste de libération, une milice paramilitaire suscitée et soutenue par le gouvernement espagnol de Felipe Gonzalez pour lutter contre l’ETA avec des méthodes plus expéditives que celles de l’armée et de la police officielles). Le feu vert pour l’exécution serait ainsi venu du sommet de l’Etat et les policiers qui y ont participé l’ont fait avec d’autant plus de zèle qu’elle leur permettait de régler un vieux compte avec celui qui les avait roulés dans la farine…
Les gardiens du monument Goldman, bien entendu, se verront confortés dans leur bonne conscience avec cette confirmation de l’origine politique de la machination qui l’a tué, et s’efforceront de démolir la thèse développée par Perrut, comme ils avaient tenté, sans succès, de s’opposer à la diffusion du film de Prazan sur France 3.
Les bons historiens ont coutume de dire « Dieu seul sait ce que le passé nous réserve… » Lorsque ce passé resurgit en un bloc incandescent, il est pour le moins malhonnête de n’en ramasser que les morceaux qui vous arrangent.
Sarko va encore faire un four !
L’info a failli passer inaperçue. C’est pourtant la vraie grosse actu de la semaine, bien loin devant la relaxe de Villepin ou les discours de Davos. C’est le quotidien Les Dernières Nouvelles d’Alsace qui a sorti le scoop : le « Air Force One » à la française, voulu par Nicolas Sarkozy, est en cours de préparation. Le ministère de la Défense a fait l’acquisition d’un Airbus A 330 d’occasion et le fait actuellement « personnaliser » sur la plate-forme du prestataire spécialisé Jet Aviation. Et le quotidien alsacien nous apprend que cet avion destiné aux voyages présidentiels serait en train d’être équipé d’un… four à pizza. D’après nos confrères, il s’agirait d’une demande émanant directement de l’Elysée. Le four à pizza, symbole d’une rupture forte avec les années « jogging » ? Reste à savoir si la filiforme première dame de France en croquera…
J’ai tué Pierre Goldman

Le reportage de Michel Despratx Comment j’ai tué Pierre Goldman, diffusé vendredi 29 janvier sur Canal+ promet de faire du bruit dans ce qui reste du landernau gauchiste des années de plomb. Trente ans après les faits, l’un des quatre tueurs du commando décide de faire son coming out et balance tout, et la vérité est bien plus simple que ne l’avaient imaginée les amis du gauchiste, les journalistes et la police.
Après des mois d’enquête infructueuse et de torrents de larmes des grandes figures de l’indignation gauchiste de l’époque (Simone Signoret, Maxime Le Forestier, Sartre, Beauvoir…), l’enquête est abandonnée. La victime, Pierre Goldman, intellectuel d’extrême gauche qui avait glissé dans le banditisme ordinaire, prend perpète en 1974 pour le meurtre de deux pharmaciennes boulevard Richard-Lenoir au cours d’un braquage qui avait aussi mal tourné que lui. En prison, il publie un best-seller, Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France, et obtient sa libération après un retentissant procès en cassation. Cette affaire laissera un sentiment de malaise dans l’opinion publique, surtout après la sortie de son autre livre L’ordinaire mésaventure d’Archibald Rapoport, où il revendique entre les lignes ce double-assassinat. Le 20 septembre 1979, il est abattu place des Peupliers par un commando qui revendique son acte au nom d’un mystérieux groupe, « Honneur de la Police ».
Les motivations de cet assassinat ? « Je suis un patriote », avoue simplement Gustavo, le pittoresque tueur (sans gages, précise-t-il) interrogé longuement dans le reportage. Premier scoop : à la fin des années 1970, cette race ne courait plus les rues, ou du moins ne s’en vantait pas. Présenté comme un militant d’extrême droite, ancien mercenaire en Afrique, Gustavo raconte par le menu comment il a fait le coup avec trois camarades, et révèle que l’un d’eux est inspecteur à la DST et l’autre aux Renseignements généraux. Pourtant, l’exécution de Pierre Goldman n’a pas été commanditée par un groupe de policiers nazis fous dans une cave, mais par des gens proches du pouvoir giscardien : Pierre Debizet, défunt chef du défunt SAC, et le plus proche conseiller de Giscard, Victor Chapot, qui ne dira pas le contraire puisqu’il est mort lui aussi. Quant à leur motivation, c’est tout simplement leur révolte contre l’impuissance de la justice dans une affaire exemplaire. Etaient-ils devenus fous ? Si l’on se replace dans l’ambiance de l’époque, on peut remarquer que leur délire paranoïaque rejoignait dans une très faible mesure celui de leurs adversaires politiques (Fraction armée rouge en Allemagne, Brigades rouges en Italie, Action directe), mais à une moindre échelle… C’est qu’en ce temps-là, on n’avait pas d’adversaires politiques, on avait des ennemis.
Comment j’ai tué Pierre Goldman
Reportage de Michel Despratx.
Diffusion sur Canal+ Vendredi 29 janvier, 23 h 10.


