Quand on aime, on ne compte pas. Et surtout pas le nombre de cacahuètes chocolatées. Un film de Yannick Pecherand-Molliex
Jean Ferrat, moustachu légèrement
Le chanteur Jean Ferrat, installé en Ardèche depuis plusieurs années, a annoncé qu’il soutenait les listes du Front de gauche et en particulier celle de la région Rhône-Alpes, menée par Elisa Martin du Parti de Gauche. Ce soutien fait déjà grincer des dents, notamment à la direction du NPA où l’on s’indigne qu’un chanteur moustachu, même légèrement, soutienne un mouvement se réclamant de l’émancipation et de la rupture avec le capitalisme. « La moustache, a assez fermement déclaré le parti d’Olivier Besancenot, est un signe machiste ostentatoire, un symbole de l’hétérofascisme honteux et de la domination masculine. Que Jean Ferrat soutienne publiquement les sociaux traîtres du Front de Gauche, c’est son droit mais s’il veut porter ses moustaches, qu’il le fasse en privé. »
Peut-on sauver le soldat Gordon Brown ?

Voilà un homme qui était mort à Noël. Mort politiquement s’entend. Annoncé partout comme battu et archi-battu, voire ridiculisé, aux futures élections générales qui doivent se tenir en Grande-Bretagne le 6 mai prochain (la date n’est toujours pas officielle), Gordon Brown ne fait certes pas encore figure de phénix, mais il revient de loin. De l’enfer pour tout dire. A vous faire passer les sauterelles, ténèbres et autres fléaux d’Egypte pour d’aimables amuse-gueule. Personne n’ignore que le royaume traverse depuis quelques mois une série de catastrophes épouvantables dont une seule aurait du suffire à le balayer. De quoi l’autoriser à rentrer définitivement chez lui, en Ecosse, disserter des mérites de l’introduction des baguettes magiques dans la vie politique et économique britannique avec sa grande amie, l’écrivain JK Rowling.
D’ailleurs, quand Nicolas Sarkozy a le blues il pense à Gordon et retrouve un moral de vainqueur. De l’autre côté de la Manche, c’est bien pire.
Le fantôme du black Thursday
Excusez du peu. Une crise financière puis économique sans précédent, le système bancaire à l’agonie et les trois principales banques du pays, RBS, HBoS et la très mythique Lloyds, au bord de la faillite. Pour Brown, les solutions ressemblaient à un très mauvais remake de « Charybde and Scylla are back », soit il laissait couler la banque anglaise et c’était black thursday again, dépôts de bilan et clés sous la porte en chaîne, soit il injectait immédiatement des sommes colossales en nationalisant les moribondes. Pour 37 milliards de livres, il a sauvé les épargnants et les entreprises, mais mis durablement le budget national sur la paille. Les pires conditions pour intervenir ensuite et tenter de redresser une économie très… secouée.
Le scandale des notes de frais
Seconde calamité, l’interminable scandale des dépenses et notes de frais des parlementaires ou expensesgate qui empoisonne depuis l’été la vie politique britannique. Ils n’en mourront pas tous, mais tous ou presque seront frappés. Enfin la moitié. 360 MP’s ont été pris la main dans le pot de confiture jusqu’au poignet. Seuls quatre sont actuellement mis en examen, mais combien de têtes tomberont-elles encore au pays de Jacques the first et Jacques the second, célèbres raccourcis de l’histoire locale ? On pourra toujours arguer que les députés, qui ne touchent qu’un très maigre salaire et sont censés œuvrer uniquement par amour du bien public et de l’Angleterre trouvaient ça et là de justes et juteuses compensations, il n’empêche, l’absence de réaction du Prime Minister en a choqué plus d’un. Dans une atmosphère de lynchage médiatique comme seule la presse du Royaume-Uni sait en orchestrer, le Speaker Michael Martin (président de la chambre des Communes) a démissionné en catastrophe (fait unique depuis 1695 !), pendant que le Daily Telegraph déchaîné rappelait qu’en juillet 2008, Gordon Brown avait donné son feu vert aux députés du Labour pour rejeter toute réforme des dépenses… On aurait difficilement fait plus maladroit. Le Britannique est bon citoyen, mais trop, c’est trop, beaucoup d’électeurs affichent leur intention de voter avec leurs pieds si le système politique dans son ensemble n’est pas réformé d’urgence. Le divorce avec le Parlement, dont Brown est l’émanation immédiate, semble bien profond.
La guerre d’Irak sur le grill
Enfin, last but not least, la commission parlementaire Chilcot, chargée d’enquêter sur la participation britannique au conflit irakien, ne se refuse aucun petit plaisir et auditionne méthodiquement l’un après l’autre tous les ténors du Labour, les big beats, ceux qui, Mendelson et Blair en tête, ont de près ou de loin participé à l’engagement militaire aux côtés des Américains. Engagement qui, d’année en année, coûte la vie d’un boy par semaine. Pour que cesse la terrible litanie reprise jusqu’à l’écoeurement par les tabloïds qui ont ici valeur de bible populaire, les Anglais sont prêts à tout et surtout à accuser. « Simple » ministre des Finances en 2003 et donc loin des premières lignes, plutôt discret sur le conflit, Brown pouvait raisonnablement espérer tirer parti d’un profil bas (c’est peu dire qu’on ne l’a pas beaucoup entendu quand des controverses ont fait rage sur le sous équipement des soldats de sa Gracieuse) et d’une audition reportée à l’après-élections… Las, jouant décidément d’une malchance calamiteuse, sa lettre de condoléance adressée à la mère du deuxième classe Jamie James se révèle bourrée de fautes d’orthographe et quasiment illisible. Sommé de s’expliquer, le Premier ministre avoue en bredouillant confondre depuis le primaire le script et l’italique. No comment…
Des renforts inattendus
Non, rien de rien ne lui est épargné. Sans programme, sans chef charismatique, presque sans combat et sans combattant, les conservateurs étaient assurés de reprendre le pouvoir confisqué par Tony Blair en 1997. La cause était entendue et les chancelleries déjà au travail avec leur shadow cabinet et les députés tories. Il leur suffisait de faire acte de présence et de sourire sur la photo. C’était sans compter trois alliés de dernière minute des plus inattendus qui, s’ils n’ont pas inversé la tendance, permettent à Brown de souffler et même de réduire l’avantage de ses challengers à 7 points, quand ils en ont comptés plus de 20.
L’ectoplasmique candidat tory
Le premier de ces soutiens est involontaire. Tous ceux qui ont suivi la poussive campagne depuis ses débuts savent combien l’ectoplasmique David Cameron (candidat au 10 Downing street, totalement inconnu en France, et pour cause) manque de charisme et d’idées. Sa fade prestation au congrès annuel de son parti a laissé tous les observateurs sur leur faim. Inquiétant pour un futur chef de gouvernement. « Les conservateurs se disent prêts à prendre le pouvoir ? On ne s’en douterait guère » assène sèchement le Financial Times. À un pays exsangue, saigné à blanc par une dette publique de 178 milliards de livres, ils ont promis des réductions immédiates et importantes des dépenses publiques… en se gardant bien de préciser lesquelles, juste avant de tourner casaque et de changer d’avis devant la timide reprise économique… Tout en maintenant, comme leurs adversaires travaillistes et libéraux-démocrates, le principe d’une consolidation budgétaire. Comme sur l’Europe. Farouchement anti-européen en bon conservateur qui se respecte, Cameron avait promis un référendum sur le traité de Lisbonne avant de se rétracter après le « oui » irlandais et la ratification tchèque. Même chose sur le mariage gay. L’impression de confusion et de non-préparation s’accentue avec les semaines. Les sondages indiquent désormais que les électeurs ne font pas plus confiance aux conservateurs qu’aux travaillistes pour mettre fin à la récession. Notons qu’il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier entre les programmes économiques des trois formations… Dans les rédactions, de mauvaises langues murmurent que les conservateurs ne seraient pas totalement bouleversés à la perspective de laisser leurs adversaires gérer la crise pour récupérer une situation assainie, d’autant qu’il semble certain qu’aucune majorité ne se dégagera des urnes, contrairement à la tradition politique britannique où un parti unique prend en main le pays dès le lendemain de l’élection. À 38% contre 31%, on est effectivement loin du compte. Un gouvernement de coalition, voire minoritaire, chargé de rétablir l’équilibre budgétaire dans une situation économique très compromise, vivra l’enfer.
Ralliement de Blair, l’ex-Villepin de Brown
Le second allié est beaucoup plus inattendu. Le flamboyant Tony Blair soi-même, éternel rival de Brown au Labour et candidat déçu à la présidence de l’Union. Les relations orageuses, voire pires, entre les deux hommes ne sont un secret pour personne. Pour obliger Blair à lui abandonner le pouvoir à mi-parcours comme il l’avait promis, Gordon Brown a sapé son autorité jour après jour, tandis que Blair mijotait fourbement de le destituer de son poste de chancelier de l’échiquier (ou ministre des Finances). Sans compter les trois tentatives de putsch en deux ans menées par ses anciens ministres ou proches au Labour, dont personne n’ose prétendre qu’il s’agit de coïncidences. La version britannique de Sarkozy vs Villepin. À cette différence près que lorsque l’heure est grave, on se serre les coudes pour regarder l’ennemi droit dans les yeux. Mais comme disent les Brits, deux Anglais s’ajoutent, là où deux Français se divisent… Attendu par tous comme au coin d’un bois, Tony le magnifique a parfaitement négocié son audition parlementaire. Devant un parterre de députés et de journalistes médusés, il a magistralement retourné un auditoire sceptique sur cette base plutôt simple, la fin justifie les moyens. Théâtral à souhait, la main sur le cœur et les yeux humides, la bête politique qu’est Tony Blair a une fois de plus mis tout le monde dans sa poche, avec son petit mouchoir par-dessus. Le sens du « my friend Tony Blair » délivré par Gordon Brown à l’issue du show n’a échappé à personne. Il ressemble fort à un adoubement. Qu’on se le dise, Tony is back and he’s hungry, Gordon a besoin de lui pour rapatrier les votes des électeurs flottants de la middle class qui avaient tendance à déserter… Que fera t-il de lui en cas de succès ? On se plait à penser qu’il a dû envisager, même très fugitivement, un bail de longue durée à la Tour de Londres…
Paris et Berlin votent travailliste
Le troisième allié compte double. Et très lourd. Les chancelleries de France et d’Allemagne ont discrètement, mais efficacement, fait savoir qu’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy votaient Brown. Bien qu’il soit diplomatiquement exclu, pour eux, de le soutenir officiellement, de petits gestes affectueux d’encouragement amical pourraient venir ponctuer la campagne de celui qui est considéré comme le plus européen des candidats. En Europe, qu’on se le dise, c’est le TSC. Tout sauf Cameron, celui qui avec ses 26 camarades de jeu a claqué à Strasbourg la porte du PPE et des droites modérées pour l’EC, les « réformateurs et conservateurs européens » qui concentrent la crème de la crème des europhobes, des inénarrables jumeaux Kaczynski aux indépendantistes flamands en passant par un délicieux Letton fascisant. Même si le New Labour a depuis longtemps retiré la lutte des classes de son programme, ce soutien discret mais réel de chefs d’Etat classés à droite a un petit goût paradoxal. David appréciera.
Un débat télévisé : shocking !
Voilà qui ne contribuera pas à le rassurer. Jour après jour, la tension monte, on sent les tories nerveux. L’élection dans un fauteuil risque d’être plus difficile que prévue. Reste le débat télévisé. Pour la première fois de leur histoire, les médias britanniques ont enfin accepté de retransmettre un débat, procédé qui leur paraissait jusqu’à présent du dernier vulgaire. L’empoignade en public, très peu pour eux, so shocking. Mais les hommes ou femmes politiques britanniques n’ayant pas pour habitude de se prétendre très, très en colère toutes les cinq minutes en secouant leurs cheveux dans tous les sens, ou de se rappeler au calme avec un sourire sardonique, il est peu probable que ledit débat dérape. Au contraire, c’est plutôt l’engourdissement progressif, l’hibernation léthargique qui menace le téléspectateur. Chacun dans son genre, l’un transparent, l’autre bougon, Cameron et Brown ne sont pas des monstres de communication et le débat risque fort de s’assoupir tranquillement.
L’opposition paraissant condamnée aux propositions abracadabrantesques et aux polémiques stériles, les dernières en date sur les statistiques des crimes violents ou l’introduction de démocratie directe plébiscitaire ont tourné court, Gordon Brown semble tenir son destin entre ses mains. Le rugueux Ecossais qui a appris l’austérité d’un père prêtre, n’est jamais si bon que dans l’adversité et les défis impossibles. Ni les tragédies personnelles (il a perdu une petite fille), ni un partenaire très brillant et très envahissant, ni une crise bancaire exceptionnelle, ne l’ont arrêté. Il y a du bulldozer dans cet homme-là. Il bouge encore. Certes, on se dit qu’il va perdre ces élections, à moins qu’Harry Potter ne vienne à la toute ultime seconde lui souffler quelque secret magique. Mais faites-lui confiance pour vendre sa peau très chèrement. So, wait and see.
Valentin Pride (3)
Cum grano salis. Il y a toujours un grain de sel dans la vie heureuse d’un couple. La preuve avec ce film d’Ilker Canikligil.
Ta gueule, Verhofstadt !

Je ne me serais pas permis d’apostropher aussi cavalièrement Guy Verhofstadt, président du groupe libéral au Parlement européen, si je n’avais pas regardé la vidéo (voir ci-dessous) du discours de Dany Cohn-Bendit lors du vote sur la validation de la nouvelle commission Barroso par le parlement de Strasbourg. Verhoftstadt, celui qui a une tête de grand Duduche à la Cabu, n’a pas l’air de s’offusquer lorsque Dany essaie de faire taire d’un « Ta gueule ! » sonore son collègue socialiste allemand Martin Schulz, qui ne cesse de l’interrompre dans sa péroraison. Et puis, j’ai appris à connaître suffisamment les Flamands lors d’un long séjour à Bruxelles au début de ce siècle pour savoir qu’ils préfèrent qu’on leur dise sans détour ce qu’on a sur la patate (à frites), plutôt que de tourner autour du pot.
Guy Verhofstadt, donc, ancien premier ministre du royaume de Belgique, originaire de Gand et membre du parti Flamand Open-VLD (libéral, centre-droit laïc) a commis, jeudi 11 septembre, un article dans Le Monde sobrement intitulé « Il y a quelque chose de pourri en République française… » On sent déjà que l’auteur vise haut : rien moins que la notoriété persistante que vous garantit la petite phrase qui fait mouche dans un contexte donné, comme « La France s’ennuie » de Pierre Viansson-Ponté à la veille de mai 1968, ou « La France moisie » de Philippe Sollers en 1999.
La suite, hélas pour son auteur, ne devrait pas favoriser la promotion de son titre au rang des formules prophétiques. Il ne s’agit, en fait, que d’une prise de position d’un voisin belge, sous-catégorie flamande, à propos du débat lancé par Nicolas Sarkozy et Eric Besson sur l’identité nationale. Il reprend à son compte, sans aucune valeur ajoutée qu’aurait pu apporter un regard extérieur, les arguments développés par les adversaires français de ce débat : il aurait servi de défouloir aux beaufs racistes, stigmatisé les musulmans de France au nom de la lutte contre la burqa, etc. C’est, à ses yeux, une remontée de la France maurrassienne, comme on parlerait d’une remontée d’égouts.
Ce papier n’aurait mérité qu’un haussement d’épaule distrait avant d’être confié à son destin de contenu de poubelle de tri sélectif, s’il n’émanait pas d’un ressortissant d’un peuple dont le rapport a l’identité nationale se manifeste de manière brutale et provocatrice, avec des excès racistes et xénophobes plus violents, en paroles, que partout ailleurs en Europe occidentale.
Il s’agit des Flamands, dont la tolérance à l’autre, en particulier à leurs compatriotes francophones établis au delà de la frontière linguistique est si admirable qu’elle fait régulièrement l’objet de remontrances du Conseil de l’Europe. Certes, Guy Verhofstadt ne fait pas partie de la frange la plus ouvertement flamingante de la classe politique flamande : l’OpenVLD, parti de la bourgeoisie laïque des villes, ne clame pas de manière tonitruante sa volonté de « flamandiser » au kärcher tous les individus demeurant sur la terre des Flandres, comme l’extrême droite du Vlams Belang ou les sociaux-chrétiens de l’actuel premier ministre Yves Leterme. Mais, au parlement, le parti de M. Verhoftstadt vote comme les autres pour la division de l’arrondissement électoral Bruxelles-Halle-Vilvorde, qui interdirait aux francophones de la périphérie de Bruxelles de voter pour des partis s’exprimant dans leur langue. Ce parti est happé, sans grande résistance, par un courant nationaliste impulsé par les Bart De Wever et Jean-Marie De Decker. Je n’ai jamais entendu Guy Verhofstadt, ni aucun de ses amis, protester contre les tracasseries mesquines dont sont régulièrement victimes les résidents de Wezembeek-Oppem ou de Rhodes-Saint-Genèse, qui ont le défaut de vouloir d’exprimer dans la langue de Molière.
Monsieur Verhofstadt trouve grotesque et ridicule que l’on apprenne La Marseillaise dans les écoles françaises, mais il oublie de dire que c’est par rejet profond de la Belgique unitaire que la plupart de ses compatriotes refusent de chanter l’hymne du Royaume, La Brabançonne. L’épisode d’Yves Leterme piégé par un journaliste et confondant cet hymne avec La Marseillaise est resté dans toutes les mémoires. « La loi, le roi, la liberté » : ces mots sur lesquels s’achève le chant des Belges sont considérés comme ringards par la plupart des Flamands. À ceux qui voudraient, comme Verhofstadt, que les Français les imitent en snobant La Marseillaise, il n’est pas interdit de conseiller qu’ils s’occupent de leurs oignons. Ou de leurs chicons.
Lutter contre le nationalisme borné, celui qui exclut au lieu d’intégrer, voilà une bonne idée qui nous est rappelée sans ménagement par un voisin qui, apparemment, ne nous veut que du bien.
Je serais curieux de voir la réaction de Guy Verhofstadt si un homme politique français de premier plan s’avisait, par exemple dans une tribune publiée par un quotidien francophone belge de qualité, à proclamer qu’il y a quelque chose de pourri dans les provinces de Flandre, avec des arguments autrement plus probants que ceux avancés par lui pour nous faire honte.
[daily]xc6k8s[/daily]
Fabrice Luchini lit Philippe Muray
Céline, Flaubert, Nietzsche, Valéry… Fabrice Luchini a l’heureuse manie de ne s’intéresser qu’à ce qui est grand. Et celle-ci ne semble pas près de guérir : c’est à Philippe Muray, en effet, qu’il consacre son nouveau spectacle, les samedi 13 mars et lundi 15 mars prochains, au Théâtre de L’Atelier. Le 2 décembre dernier, Luchini avait livré une première lecture de Muray à La société des gens de lettres. La prestation était éblouissante et radicalement hilarante. Avec une intelligence parfaite des textes, Luchini avait su délivrer tout le souffle de la littérature de Muray, son délire, sa liberté souveraine, les plus délicates nuances de son humour de bête sauvage. Gageons que ce miracle, né de la rencontre de deux folies majeures, se produira à nouveau au mois de mars. Y assister avant de mourir me semble absolument indiqué.
Valentin Pride (2)
Comment réussir une belle demande en mariage ? La réponse est dans ce film de Ben Schwartz, que nous vous proposons à quelques jours de la Saint-Valentin.
Le club des fonctionnaires disparus

– Messieurs, je ne vous cacherai pas que votre cas est des plus difficiles à défendre. J’ai beau être le meilleur avocat de Paris, l’atmosphère morale n’est pas à la défense du fonctionnaire. L’Etat, enfin ce qu’on appelait comme ça dans le monde d’avant, exige de vous un minimum de conscience professionnelle. Bon, je sais, vous êtes les trois derniers, mais tout de même… Le fait que vous m’invitiez pour discuter de votre affaire dans le seul restaurant de Paris où l’on puisse encore trouver de vrais plateaux de fruits mer, et non leur succédané fabriqué avec de l’ADN d’huître congelé dans les laboratoires piscicoles des côtes d’Armor, pourrait servir à la partie adverse pour étayer les accusations de corruption, reconnaissez-le… Comment en effet des fonctionnaires de ce qu’on appelait autrefois la catégorie A peuvent-ils, si je m’en réfère à l’échelle indiciaire de l’époque, mener votre train de vie : maison sécurisée dans les beaux quartiers, gardes du corps recrutés dans les meilleurs agences, mutuelles de santé parmi les plus performantes : je vois par exemple que monsieur X, rédacteur au Département Bouygues de la Justice, a subi plusieurs opérations de chirurgie génétique et a changé de cœur, de poumons et de reins, sans compter que vous avez gagné 20 cm de taille. Vous savez, monsieur X, cela va être dur à soutenir, le coup du fonctionnaire intègre. Quand on connaît le prix de telles prestations, à part quelques grands patrons et le président de la République, euh pardon, le PDG de l’entreprise France SA, personne n’en a plus les moyens. Même moi, c’est dire. Alors, monsieur X…
– Attendez, je termine ma coupe de champagne… Voilà… Désolé mais c’est tellement bon, encore plus depuis la prohibition de l’année dernière. Eh bien Maître, vous allez tout de suite comprendre. Il y a vingt ans, quand on a pris la décision de privatiser la justice et d’achever celle du système pénitentiaire (qui avait commencé dans les années 2000), il a bien fallu une équipe au ministère pour octroyer les marchés. Alors, au fur et à mesure que l’on donnait les prisons à Bolloré ou à la Lloyds, les cours d’appels à Bouygues, nous on disparaissait, forcément. Les hauts fonctionnaires d’abord qui partaient comme cadre dirigeants, puis les juges eux-mêmes, mieux payés dans les tribunaux privatisés que dans les dernières cours publiques. A la fin, je me suis retrouvé tout seul et, par la force des choses, à une position stratégique. Comme la politique de restriction budgétaire s’est poursuivie, que mon salaire est gelé depuis trente ans et ma retraite à 75 ans, bah j’ai fait comme dans les pays du tiers-monde où les statuts ne sont pas garantis, j’ai décidé de combler le manque à gagner tout seul. À chaque marché proposé, j’ai pris ma commission. Là, cher Maître, je viens de vendre à Equity Limited (vous savez l’entreprise de justice américaine), le dernier tribunal de grande Instance public, celui de Saint-Denis-de-la-Réunion. Avec une commission de 5 % pour ma pomme.
– Vous n’avez pas honte, monsieur X ?
– Pas honte, non, pas du tout. J’apprécie plutôt l’ironie des choses. Je suis mis en accusation par Bouygues Justice et je risque de faire de la préventive dans une prison Carrefour, alors que j’ai appartenu aux équipes qui leur ont permis de prendre des positions majoritaires dans ces secteurs.
– Bon, et vous monsieur Y ?
– Ce n’est pas très différent de monsieur X. Je suis le dernier inspecteur des impôts. J’ai refusé que l’on me transforme en directeur financier. Souvenir et fidélité à mon école de Clermont-Ferrand, où j’ai rencontré ma femme. Alors on s’est souvenu que j’étais de ceux qui ont vendu Bercy à Lagardère, il y a quinze ans, quand on l’a préféré à Dassault. Résultat, on s’est intéressé sur ce qu’on avait touché à l’époque, et moi, même à un niveau inférieur, avec les dessous de table, je peux vous dire que je me suis goinfré. Pas le moindre scrupule. On venait de décider de faire passer la durée de travail hebdomadaire dans nos services à 60 heures. Alors mes rares week-ends, je vais vous dire, c’était comme nos dirigeants, hein, les yachts, la coke et les putes russes. Bon, les yachts étaient un peu plus petits, la coke un peu trop coupée et les putes étaient parfois ouzbèkes, mais bon… Vous comprenez, Maître ?
– Hélas oui. Mais vous, monsieur Z, votre cas est légèrement différent. Vous êtes le dernier… instituteur, c’est ça ? Je ne savais même plus que ça existait. Je croyais que tout l’enseignement public avait disparu après des années d’agonie, à la réélection de DSK.
– C’est juste, Maître, c’est juste. Mais une loi européenne m’a en quelque sorte sauvé. Elle oblige tous les membres de l’UE, y compris les nations-entreprises comme France SA à garder un service public d’éducation, même résiduel. Je suis ce résidu. Le dernier instit. J’ai une classe unique, avec 65 élèves de 6 à 12 ans.
– Mais comment avez-vous été corrompu, mon pauvre ami ?
– Eh bien voilà, Maître, étant donné mon salaire qui n’a pas été réévalué depuis la cinquième guerre du Golfe, je peux à peine me nourrir et me chauffer. Alors mes élèves laissent à manger sur mon bureau chaque soir. Une couscoussière par-ci, un reste de pot au feu par là. Il y a aussi ceux qui laissent du bois ou du charbon, des vêtements usagés. D’anciens élèves qui ont réussi me rapportent des livres. Mais je ne crois pas que ce soit cela que me reproche le département Meirieu international de l’enseignement ?
– Ah bon, qu’est-ce qu’il vous reprocherait alors ?
– De faire de l’Histoire avec mes élèves, je crois. Et d’étudier de la poésie…
– De l’Histoire. Merde, mon vieux, vous êtes vraiment mal barré. De l’Histoire…
Jacquou le Legrand
L’éditorialiste matinal de France Inter, Thomas Legrand, vient de s’offusquer de la reprise des chasses présidentielles à Chambord, sous la direction de Pierre Charon, copain de Nicolas Sarkozy. On sentait, dans cette charge, la sainte colère du manant qui doit subir sans broncher les plaisirs cynégétiques des privilégiés, alors qu’il est privé d’accès à la sauvagine. Cela ne nous ramène-t-il pas quelques siècles en arrière avant une certaine nuit du 4 août ? Pour oser frôler ainsi le ridicule sur les ondes de la radio de service public, Thomas Legrand doit sûrement avoir une petite idée derrière la tête. Celle, par exemple, de faire partie des happy few invités à tirer le cerf et le sanglier dans le domaine présidentiel. Taïaut ! Taïaut !
Valentin Pride (4)
Quand on aime, on ne compte pas. Et surtout pas le nombre de cacahuètes chocolatées. Un film de Yannick Pecherand-Molliex
Jean Ferrat, moustachu légèrement
Le chanteur Jean Ferrat, installé en Ardèche depuis plusieurs années, a annoncé qu’il soutenait les listes du Front de gauche et en particulier celle de la région Rhône-Alpes, menée par Elisa Martin du Parti de Gauche. Ce soutien fait déjà grincer des dents, notamment à la direction du NPA où l’on s’indigne qu’un chanteur moustachu, même légèrement, soutienne un mouvement se réclamant de l’émancipation et de la rupture avec le capitalisme. « La moustache, a assez fermement déclaré le parti d’Olivier Besancenot, est un signe machiste ostentatoire, un symbole de l’hétérofascisme honteux et de la domination masculine. Que Jean Ferrat soutienne publiquement les sociaux traîtres du Front de Gauche, c’est son droit mais s’il veut porter ses moustaches, qu’il le fasse en privé. »
Peut-on sauver le soldat Gordon Brown ?

Voilà un homme qui était mort à Noël. Mort politiquement s’entend. Annoncé partout comme battu et archi-battu, voire ridiculisé, aux futures élections générales qui doivent se tenir en Grande-Bretagne le 6 mai prochain (la date n’est toujours pas officielle), Gordon Brown ne fait certes pas encore figure de phénix, mais il revient de loin. De l’enfer pour tout dire. A vous faire passer les sauterelles, ténèbres et autres fléaux d’Egypte pour d’aimables amuse-gueule. Personne n’ignore que le royaume traverse depuis quelques mois une série de catastrophes épouvantables dont une seule aurait du suffire à le balayer. De quoi l’autoriser à rentrer définitivement chez lui, en Ecosse, disserter des mérites de l’introduction des baguettes magiques dans la vie politique et économique britannique avec sa grande amie, l’écrivain JK Rowling.
D’ailleurs, quand Nicolas Sarkozy a le blues il pense à Gordon et retrouve un moral de vainqueur. De l’autre côté de la Manche, c’est bien pire.
Le fantôme du black Thursday
Excusez du peu. Une crise financière puis économique sans précédent, le système bancaire à l’agonie et les trois principales banques du pays, RBS, HBoS et la très mythique Lloyds, au bord de la faillite. Pour Brown, les solutions ressemblaient à un très mauvais remake de « Charybde and Scylla are back », soit il laissait couler la banque anglaise et c’était black thursday again, dépôts de bilan et clés sous la porte en chaîne, soit il injectait immédiatement des sommes colossales en nationalisant les moribondes. Pour 37 milliards de livres, il a sauvé les épargnants et les entreprises, mais mis durablement le budget national sur la paille. Les pires conditions pour intervenir ensuite et tenter de redresser une économie très… secouée.
Le scandale des notes de frais
Seconde calamité, l’interminable scandale des dépenses et notes de frais des parlementaires ou expensesgate qui empoisonne depuis l’été la vie politique britannique. Ils n’en mourront pas tous, mais tous ou presque seront frappés. Enfin la moitié. 360 MP’s ont été pris la main dans le pot de confiture jusqu’au poignet. Seuls quatre sont actuellement mis en examen, mais combien de têtes tomberont-elles encore au pays de Jacques the first et Jacques the second, célèbres raccourcis de l’histoire locale ? On pourra toujours arguer que les députés, qui ne touchent qu’un très maigre salaire et sont censés œuvrer uniquement par amour du bien public et de l’Angleterre trouvaient ça et là de justes et juteuses compensations, il n’empêche, l’absence de réaction du Prime Minister en a choqué plus d’un. Dans une atmosphère de lynchage médiatique comme seule la presse du Royaume-Uni sait en orchestrer, le Speaker Michael Martin (président de la chambre des Communes) a démissionné en catastrophe (fait unique depuis 1695 !), pendant que le Daily Telegraph déchaîné rappelait qu’en juillet 2008, Gordon Brown avait donné son feu vert aux députés du Labour pour rejeter toute réforme des dépenses… On aurait difficilement fait plus maladroit. Le Britannique est bon citoyen, mais trop, c’est trop, beaucoup d’électeurs affichent leur intention de voter avec leurs pieds si le système politique dans son ensemble n’est pas réformé d’urgence. Le divorce avec le Parlement, dont Brown est l’émanation immédiate, semble bien profond.
La guerre d’Irak sur le grill
Enfin, last but not least, la commission parlementaire Chilcot, chargée d’enquêter sur la participation britannique au conflit irakien, ne se refuse aucun petit plaisir et auditionne méthodiquement l’un après l’autre tous les ténors du Labour, les big beats, ceux qui, Mendelson et Blair en tête, ont de près ou de loin participé à l’engagement militaire aux côtés des Américains. Engagement qui, d’année en année, coûte la vie d’un boy par semaine. Pour que cesse la terrible litanie reprise jusqu’à l’écoeurement par les tabloïds qui ont ici valeur de bible populaire, les Anglais sont prêts à tout et surtout à accuser. « Simple » ministre des Finances en 2003 et donc loin des premières lignes, plutôt discret sur le conflit, Brown pouvait raisonnablement espérer tirer parti d’un profil bas (c’est peu dire qu’on ne l’a pas beaucoup entendu quand des controverses ont fait rage sur le sous équipement des soldats de sa Gracieuse) et d’une audition reportée à l’après-élections… Las, jouant décidément d’une malchance calamiteuse, sa lettre de condoléance adressée à la mère du deuxième classe Jamie James se révèle bourrée de fautes d’orthographe et quasiment illisible. Sommé de s’expliquer, le Premier ministre avoue en bredouillant confondre depuis le primaire le script et l’italique. No comment…
Des renforts inattendus
Non, rien de rien ne lui est épargné. Sans programme, sans chef charismatique, presque sans combat et sans combattant, les conservateurs étaient assurés de reprendre le pouvoir confisqué par Tony Blair en 1997. La cause était entendue et les chancelleries déjà au travail avec leur shadow cabinet et les députés tories. Il leur suffisait de faire acte de présence et de sourire sur la photo. C’était sans compter trois alliés de dernière minute des plus inattendus qui, s’ils n’ont pas inversé la tendance, permettent à Brown de souffler et même de réduire l’avantage de ses challengers à 7 points, quand ils en ont comptés plus de 20.
L’ectoplasmique candidat tory
Le premier de ces soutiens est involontaire. Tous ceux qui ont suivi la poussive campagne depuis ses débuts savent combien l’ectoplasmique David Cameron (candidat au 10 Downing street, totalement inconnu en France, et pour cause) manque de charisme et d’idées. Sa fade prestation au congrès annuel de son parti a laissé tous les observateurs sur leur faim. Inquiétant pour un futur chef de gouvernement. « Les conservateurs se disent prêts à prendre le pouvoir ? On ne s’en douterait guère » assène sèchement le Financial Times. À un pays exsangue, saigné à blanc par une dette publique de 178 milliards de livres, ils ont promis des réductions immédiates et importantes des dépenses publiques… en se gardant bien de préciser lesquelles, juste avant de tourner casaque et de changer d’avis devant la timide reprise économique… Tout en maintenant, comme leurs adversaires travaillistes et libéraux-démocrates, le principe d’une consolidation budgétaire. Comme sur l’Europe. Farouchement anti-européen en bon conservateur qui se respecte, Cameron avait promis un référendum sur le traité de Lisbonne avant de se rétracter après le « oui » irlandais et la ratification tchèque. Même chose sur le mariage gay. L’impression de confusion et de non-préparation s’accentue avec les semaines. Les sondages indiquent désormais que les électeurs ne font pas plus confiance aux conservateurs qu’aux travaillistes pour mettre fin à la récession. Notons qu’il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier entre les programmes économiques des trois formations… Dans les rédactions, de mauvaises langues murmurent que les conservateurs ne seraient pas totalement bouleversés à la perspective de laisser leurs adversaires gérer la crise pour récupérer une situation assainie, d’autant qu’il semble certain qu’aucune majorité ne se dégagera des urnes, contrairement à la tradition politique britannique où un parti unique prend en main le pays dès le lendemain de l’élection. À 38% contre 31%, on est effectivement loin du compte. Un gouvernement de coalition, voire minoritaire, chargé de rétablir l’équilibre budgétaire dans une situation économique très compromise, vivra l’enfer.
Ralliement de Blair, l’ex-Villepin de Brown
Le second allié est beaucoup plus inattendu. Le flamboyant Tony Blair soi-même, éternel rival de Brown au Labour et candidat déçu à la présidence de l’Union. Les relations orageuses, voire pires, entre les deux hommes ne sont un secret pour personne. Pour obliger Blair à lui abandonner le pouvoir à mi-parcours comme il l’avait promis, Gordon Brown a sapé son autorité jour après jour, tandis que Blair mijotait fourbement de le destituer de son poste de chancelier de l’échiquier (ou ministre des Finances). Sans compter les trois tentatives de putsch en deux ans menées par ses anciens ministres ou proches au Labour, dont personne n’ose prétendre qu’il s’agit de coïncidences. La version britannique de Sarkozy vs Villepin. À cette différence près que lorsque l’heure est grave, on se serre les coudes pour regarder l’ennemi droit dans les yeux. Mais comme disent les Brits, deux Anglais s’ajoutent, là où deux Français se divisent… Attendu par tous comme au coin d’un bois, Tony le magnifique a parfaitement négocié son audition parlementaire. Devant un parterre de députés et de journalistes médusés, il a magistralement retourné un auditoire sceptique sur cette base plutôt simple, la fin justifie les moyens. Théâtral à souhait, la main sur le cœur et les yeux humides, la bête politique qu’est Tony Blair a une fois de plus mis tout le monde dans sa poche, avec son petit mouchoir par-dessus. Le sens du « my friend Tony Blair » délivré par Gordon Brown à l’issue du show n’a échappé à personne. Il ressemble fort à un adoubement. Qu’on se le dise, Tony is back and he’s hungry, Gordon a besoin de lui pour rapatrier les votes des électeurs flottants de la middle class qui avaient tendance à déserter… Que fera t-il de lui en cas de succès ? On se plait à penser qu’il a dû envisager, même très fugitivement, un bail de longue durée à la Tour de Londres…
Paris et Berlin votent travailliste
Le troisième allié compte double. Et très lourd. Les chancelleries de France et d’Allemagne ont discrètement, mais efficacement, fait savoir qu’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy votaient Brown. Bien qu’il soit diplomatiquement exclu, pour eux, de le soutenir officiellement, de petits gestes affectueux d’encouragement amical pourraient venir ponctuer la campagne de celui qui est considéré comme le plus européen des candidats. En Europe, qu’on se le dise, c’est le TSC. Tout sauf Cameron, celui qui avec ses 26 camarades de jeu a claqué à Strasbourg la porte du PPE et des droites modérées pour l’EC, les « réformateurs et conservateurs européens » qui concentrent la crème de la crème des europhobes, des inénarrables jumeaux Kaczynski aux indépendantistes flamands en passant par un délicieux Letton fascisant. Même si le New Labour a depuis longtemps retiré la lutte des classes de son programme, ce soutien discret mais réel de chefs d’Etat classés à droite a un petit goût paradoxal. David appréciera.
Un débat télévisé : shocking !
Voilà qui ne contribuera pas à le rassurer. Jour après jour, la tension monte, on sent les tories nerveux. L’élection dans un fauteuil risque d’être plus difficile que prévue. Reste le débat télévisé. Pour la première fois de leur histoire, les médias britanniques ont enfin accepté de retransmettre un débat, procédé qui leur paraissait jusqu’à présent du dernier vulgaire. L’empoignade en public, très peu pour eux, so shocking. Mais les hommes ou femmes politiques britanniques n’ayant pas pour habitude de se prétendre très, très en colère toutes les cinq minutes en secouant leurs cheveux dans tous les sens, ou de se rappeler au calme avec un sourire sardonique, il est peu probable que ledit débat dérape. Au contraire, c’est plutôt l’engourdissement progressif, l’hibernation léthargique qui menace le téléspectateur. Chacun dans son genre, l’un transparent, l’autre bougon, Cameron et Brown ne sont pas des monstres de communication et le débat risque fort de s’assoupir tranquillement.
L’opposition paraissant condamnée aux propositions abracadabrantesques et aux polémiques stériles, les dernières en date sur les statistiques des crimes violents ou l’introduction de démocratie directe plébiscitaire ont tourné court, Gordon Brown semble tenir son destin entre ses mains. Le rugueux Ecossais qui a appris l’austérité d’un père prêtre, n’est jamais si bon que dans l’adversité et les défis impossibles. Ni les tragédies personnelles (il a perdu une petite fille), ni un partenaire très brillant et très envahissant, ni une crise bancaire exceptionnelle, ne l’ont arrêté. Il y a du bulldozer dans cet homme-là. Il bouge encore. Certes, on se dit qu’il va perdre ces élections, à moins qu’Harry Potter ne vienne à la toute ultime seconde lui souffler quelque secret magique. Mais faites-lui confiance pour vendre sa peau très chèrement. So, wait and see.
Valentin Pride (3)
Cum grano salis. Il y a toujours un grain de sel dans la vie heureuse d’un couple. La preuve avec ce film d’Ilker Canikligil.
Ta gueule, Verhofstadt !

Je ne me serais pas permis d’apostropher aussi cavalièrement Guy Verhofstadt, président du groupe libéral au Parlement européen, si je n’avais pas regardé la vidéo (voir ci-dessous) du discours de Dany Cohn-Bendit lors du vote sur la validation de la nouvelle commission Barroso par le parlement de Strasbourg. Verhoftstadt, celui qui a une tête de grand Duduche à la Cabu, n’a pas l’air de s’offusquer lorsque Dany essaie de faire taire d’un « Ta gueule ! » sonore son collègue socialiste allemand Martin Schulz, qui ne cesse de l’interrompre dans sa péroraison. Et puis, j’ai appris à connaître suffisamment les Flamands lors d’un long séjour à Bruxelles au début de ce siècle pour savoir qu’ils préfèrent qu’on leur dise sans détour ce qu’on a sur la patate (à frites), plutôt que de tourner autour du pot.
Guy Verhofstadt, donc, ancien premier ministre du royaume de Belgique, originaire de Gand et membre du parti Flamand Open-VLD (libéral, centre-droit laïc) a commis, jeudi 11 septembre, un article dans Le Monde sobrement intitulé « Il y a quelque chose de pourri en République française… » On sent déjà que l’auteur vise haut : rien moins que la notoriété persistante que vous garantit la petite phrase qui fait mouche dans un contexte donné, comme « La France s’ennuie » de Pierre Viansson-Ponté à la veille de mai 1968, ou « La France moisie » de Philippe Sollers en 1999.
La suite, hélas pour son auteur, ne devrait pas favoriser la promotion de son titre au rang des formules prophétiques. Il ne s’agit, en fait, que d’une prise de position d’un voisin belge, sous-catégorie flamande, à propos du débat lancé par Nicolas Sarkozy et Eric Besson sur l’identité nationale. Il reprend à son compte, sans aucune valeur ajoutée qu’aurait pu apporter un regard extérieur, les arguments développés par les adversaires français de ce débat : il aurait servi de défouloir aux beaufs racistes, stigmatisé les musulmans de France au nom de la lutte contre la burqa, etc. C’est, à ses yeux, une remontée de la France maurrassienne, comme on parlerait d’une remontée d’égouts.
Ce papier n’aurait mérité qu’un haussement d’épaule distrait avant d’être confié à son destin de contenu de poubelle de tri sélectif, s’il n’émanait pas d’un ressortissant d’un peuple dont le rapport a l’identité nationale se manifeste de manière brutale et provocatrice, avec des excès racistes et xénophobes plus violents, en paroles, que partout ailleurs en Europe occidentale.
Il s’agit des Flamands, dont la tolérance à l’autre, en particulier à leurs compatriotes francophones établis au delà de la frontière linguistique est si admirable qu’elle fait régulièrement l’objet de remontrances du Conseil de l’Europe. Certes, Guy Verhofstadt ne fait pas partie de la frange la plus ouvertement flamingante de la classe politique flamande : l’OpenVLD, parti de la bourgeoisie laïque des villes, ne clame pas de manière tonitruante sa volonté de « flamandiser » au kärcher tous les individus demeurant sur la terre des Flandres, comme l’extrême droite du Vlams Belang ou les sociaux-chrétiens de l’actuel premier ministre Yves Leterme. Mais, au parlement, le parti de M. Verhoftstadt vote comme les autres pour la division de l’arrondissement électoral Bruxelles-Halle-Vilvorde, qui interdirait aux francophones de la périphérie de Bruxelles de voter pour des partis s’exprimant dans leur langue. Ce parti est happé, sans grande résistance, par un courant nationaliste impulsé par les Bart De Wever et Jean-Marie De Decker. Je n’ai jamais entendu Guy Verhofstadt, ni aucun de ses amis, protester contre les tracasseries mesquines dont sont régulièrement victimes les résidents de Wezembeek-Oppem ou de Rhodes-Saint-Genèse, qui ont le défaut de vouloir d’exprimer dans la langue de Molière.
Monsieur Verhofstadt trouve grotesque et ridicule que l’on apprenne La Marseillaise dans les écoles françaises, mais il oublie de dire que c’est par rejet profond de la Belgique unitaire que la plupart de ses compatriotes refusent de chanter l’hymne du Royaume, La Brabançonne. L’épisode d’Yves Leterme piégé par un journaliste et confondant cet hymne avec La Marseillaise est resté dans toutes les mémoires. « La loi, le roi, la liberté » : ces mots sur lesquels s’achève le chant des Belges sont considérés comme ringards par la plupart des Flamands. À ceux qui voudraient, comme Verhofstadt, que les Français les imitent en snobant La Marseillaise, il n’est pas interdit de conseiller qu’ils s’occupent de leurs oignons. Ou de leurs chicons.
Lutter contre le nationalisme borné, celui qui exclut au lieu d’intégrer, voilà une bonne idée qui nous est rappelée sans ménagement par un voisin qui, apparemment, ne nous veut que du bien.
Je serais curieux de voir la réaction de Guy Verhofstadt si un homme politique français de premier plan s’avisait, par exemple dans une tribune publiée par un quotidien francophone belge de qualité, à proclamer qu’il y a quelque chose de pourri dans les provinces de Flandre, avec des arguments autrement plus probants que ceux avancés par lui pour nous faire honte.
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Fabrice Luchini lit Philippe Muray
Céline, Flaubert, Nietzsche, Valéry… Fabrice Luchini a l’heureuse manie de ne s’intéresser qu’à ce qui est grand. Et celle-ci ne semble pas près de guérir : c’est à Philippe Muray, en effet, qu’il consacre son nouveau spectacle, les samedi 13 mars et lundi 15 mars prochains, au Théâtre de L’Atelier. Le 2 décembre dernier, Luchini avait livré une première lecture de Muray à La société des gens de lettres. La prestation était éblouissante et radicalement hilarante. Avec une intelligence parfaite des textes, Luchini avait su délivrer tout le souffle de la littérature de Muray, son délire, sa liberté souveraine, les plus délicates nuances de son humour de bête sauvage. Gageons que ce miracle, né de la rencontre de deux folies majeures, se produira à nouveau au mois de mars. Y assister avant de mourir me semble absolument indiqué.
Valentin Pride (2)
Comment réussir une belle demande en mariage ? La réponse est dans ce film de Ben Schwartz, que nous vous proposons à quelques jours de la Saint-Valentin.
Le club des fonctionnaires disparus

– Messieurs, je ne vous cacherai pas que votre cas est des plus difficiles à défendre. J’ai beau être le meilleur avocat de Paris, l’atmosphère morale n’est pas à la défense du fonctionnaire. L’Etat, enfin ce qu’on appelait comme ça dans le monde d’avant, exige de vous un minimum de conscience professionnelle. Bon, je sais, vous êtes les trois derniers, mais tout de même… Le fait que vous m’invitiez pour discuter de votre affaire dans le seul restaurant de Paris où l’on puisse encore trouver de vrais plateaux de fruits mer, et non leur succédané fabriqué avec de l’ADN d’huître congelé dans les laboratoires piscicoles des côtes d’Armor, pourrait servir à la partie adverse pour étayer les accusations de corruption, reconnaissez-le… Comment en effet des fonctionnaires de ce qu’on appelait autrefois la catégorie A peuvent-ils, si je m’en réfère à l’échelle indiciaire de l’époque, mener votre train de vie : maison sécurisée dans les beaux quartiers, gardes du corps recrutés dans les meilleurs agences, mutuelles de santé parmi les plus performantes : je vois par exemple que monsieur X, rédacteur au Département Bouygues de la Justice, a subi plusieurs opérations de chirurgie génétique et a changé de cœur, de poumons et de reins, sans compter que vous avez gagné 20 cm de taille. Vous savez, monsieur X, cela va être dur à soutenir, le coup du fonctionnaire intègre. Quand on connaît le prix de telles prestations, à part quelques grands patrons et le président de la République, euh pardon, le PDG de l’entreprise France SA, personne n’en a plus les moyens. Même moi, c’est dire. Alors, monsieur X…
– Attendez, je termine ma coupe de champagne… Voilà… Désolé mais c’est tellement bon, encore plus depuis la prohibition de l’année dernière. Eh bien Maître, vous allez tout de suite comprendre. Il y a vingt ans, quand on a pris la décision de privatiser la justice et d’achever celle du système pénitentiaire (qui avait commencé dans les années 2000), il a bien fallu une équipe au ministère pour octroyer les marchés. Alors, au fur et à mesure que l’on donnait les prisons à Bolloré ou à la Lloyds, les cours d’appels à Bouygues, nous on disparaissait, forcément. Les hauts fonctionnaires d’abord qui partaient comme cadre dirigeants, puis les juges eux-mêmes, mieux payés dans les tribunaux privatisés que dans les dernières cours publiques. A la fin, je me suis retrouvé tout seul et, par la force des choses, à une position stratégique. Comme la politique de restriction budgétaire s’est poursuivie, que mon salaire est gelé depuis trente ans et ma retraite à 75 ans, bah j’ai fait comme dans les pays du tiers-monde où les statuts ne sont pas garantis, j’ai décidé de combler le manque à gagner tout seul. À chaque marché proposé, j’ai pris ma commission. Là, cher Maître, je viens de vendre à Equity Limited (vous savez l’entreprise de justice américaine), le dernier tribunal de grande Instance public, celui de Saint-Denis-de-la-Réunion. Avec une commission de 5 % pour ma pomme.
– Vous n’avez pas honte, monsieur X ?
– Pas honte, non, pas du tout. J’apprécie plutôt l’ironie des choses. Je suis mis en accusation par Bouygues Justice et je risque de faire de la préventive dans une prison Carrefour, alors que j’ai appartenu aux équipes qui leur ont permis de prendre des positions majoritaires dans ces secteurs.
– Bon, et vous monsieur Y ?
– Ce n’est pas très différent de monsieur X. Je suis le dernier inspecteur des impôts. J’ai refusé que l’on me transforme en directeur financier. Souvenir et fidélité à mon école de Clermont-Ferrand, où j’ai rencontré ma femme. Alors on s’est souvenu que j’étais de ceux qui ont vendu Bercy à Lagardère, il y a quinze ans, quand on l’a préféré à Dassault. Résultat, on s’est intéressé sur ce qu’on avait touché à l’époque, et moi, même à un niveau inférieur, avec les dessous de table, je peux vous dire que je me suis goinfré. Pas le moindre scrupule. On venait de décider de faire passer la durée de travail hebdomadaire dans nos services à 60 heures. Alors mes rares week-ends, je vais vous dire, c’était comme nos dirigeants, hein, les yachts, la coke et les putes russes. Bon, les yachts étaient un peu plus petits, la coke un peu trop coupée et les putes étaient parfois ouzbèkes, mais bon… Vous comprenez, Maître ?
– Hélas oui. Mais vous, monsieur Z, votre cas est légèrement différent. Vous êtes le dernier… instituteur, c’est ça ? Je ne savais même plus que ça existait. Je croyais que tout l’enseignement public avait disparu après des années d’agonie, à la réélection de DSK.
– C’est juste, Maître, c’est juste. Mais une loi européenne m’a en quelque sorte sauvé. Elle oblige tous les membres de l’UE, y compris les nations-entreprises comme France SA à garder un service public d’éducation, même résiduel. Je suis ce résidu. Le dernier instit. J’ai une classe unique, avec 65 élèves de 6 à 12 ans.
– Mais comment avez-vous été corrompu, mon pauvre ami ?
– Eh bien voilà, Maître, étant donné mon salaire qui n’a pas été réévalué depuis la cinquième guerre du Golfe, je peux à peine me nourrir et me chauffer. Alors mes élèves laissent à manger sur mon bureau chaque soir. Une couscoussière par-ci, un reste de pot au feu par là. Il y a aussi ceux qui laissent du bois ou du charbon, des vêtements usagés. D’anciens élèves qui ont réussi me rapportent des livres. Mais je ne crois pas que ce soit cela que me reproche le département Meirieu international de l’enseignement ?
– Ah bon, qu’est-ce qu’il vous reprocherait alors ?
– De faire de l’Histoire avec mes élèves, je crois. Et d’étudier de la poésie…
– De l’Histoire. Merde, mon vieux, vous êtes vraiment mal barré. De l’Histoire…
Jacquou le Legrand
L’éditorialiste matinal de France Inter, Thomas Legrand, vient de s’offusquer de la reprise des chasses présidentielles à Chambord, sous la direction de Pierre Charon, copain de Nicolas Sarkozy. On sentait, dans cette charge, la sainte colère du manant qui doit subir sans broncher les plaisirs cynégétiques des privilégiés, alors qu’il est privé d’accès à la sauvagine. Cela ne nous ramène-t-il pas quelques siècles en arrière avant une certaine nuit du 4 août ? Pour oser frôler ainsi le ridicule sur les ondes de la radio de service public, Thomas Legrand doit sûrement avoir une petite idée derrière la tête. Celle, par exemple, de faire partie des happy few invités à tirer le cerf et le sanglier dans le domaine présidentiel. Taïaut ! Taïaut !


