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Merci Meirieu !

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Philippe Meirieu, candidat d'Europe Ecologie en Rhône-Alpes.
Philippe Meirieu, candidat d'Europe Ecologie en Rhône-Alpes.

Un article du Nouvel Observateur s’intéresse cette semaine à un phénomène relativement récent mais qui prend des proportions pour le moins inquiétantes : la phobie scolaire, qui toucherait 1 % des élèves en France. Au début, quand certains collègues m’avaient parlé du phénomène, j’avais souri. Mon vilain fond réac, mes vingt ans de ZEP, mon côté vieux con, adepte de la pédagogie du coup de pied au cul. « Arrête de me prendre pour une bille, si tu ne veux pas aller à l’école, c’est que tu tires ta flemme ou que tu n’as pas appris tes vers de Corneille ou ta leçon sur l’ablatif absolu et que tu as peur de te retrouver en retenue. » Mais voilà, il semblerait d’après le papier du Nouvel Obs, toujours confirmé par des témoignages de proches, qu’il s’agisse bel et bien d’une véritable souffrance, d’une pathologie douloureuse, assez semblable dans ses symptômes aux désordres du stress post-traumatique des soldats ayant connu l’épreuve du feu. Nausées, vomissements, cauchemars récurrents, crises de panique avec impression de mort imminente, voire tentatives de suicides, ce n’est pas compliqué, certaines gamines de 14 ans préfèreraient encore, même avec des menottes, aller en garde à vue que de partir en cours de maths.

Que se passe-t-il donc à l’école pour qu’elle soit devenue pour les plus fragiles un véritable enfer, que la simple idée d’y aller les rendent blêmes et suffocants ? Sont-ce les agressions ou la violence des cours de récréation due pour l’essentiel à la baisse tragique du nombre des professeurs dans les établissements remplacés par des équipes spéciales de sécurité (pour simplifier, des flics) ? D’après l’étude, il ne semblerait pas que ce ne soit le cas et cette pathologie de la « phobie scolaire » semblerait plutôt toucher des élèves d’établissements où il n’y a pas de problème de ce genre, des établissements où existe encore la mixité sociale.

Le Nouvel Obs, toujours dans son rôle de phare de la bien-pensance sociale-libérale, incrimine la pédagogie elle-même. Et de nous décrire des établissements où les élèves sont soumis à l’atroce pression des exigences professorales, au sadisme d’enseignants psychorigides qui veulent, les salauds, transmettre à la schlague d’inutiles rudiments d’histoire, de physique, de langues vivantes. Il faudrait donc repenser le système…

Oui, d’accord, mais je suis assez étonné tout de même. N’est-ce pas officiellement depuis 1989 que l’élève est au centre du système  et que Meirieu, ce Danube de la pensée dopé aux amphets bourdivines a tout fait depuis trente ans pour discréditer les savoirs des dominants et a voulu transformer l’école en « lieu de vie » avec maison du lycéen, heures de vie de classe et tout le toutim ? Alors comment se fait-ce, me demandé-je, que nos chères têtes blondes, tout au moins pour une partie d’entre elles, aient l’impression lorsqu’elles se rendent en cours, de partir pour Bagdad hors zone verte plutôt que dans un temple du savoir où l’on apprendrait dans la joie et la sérénité, puisque n’est-ce pas, ils sont, répétons-le, au centre du système ?

Et de me souvenir d’un livre déjà ancien de quelques années qui s’intitulait La barbarie douce, la modernisation aveugle des écoles et de l’entreprise (La découverte) de Jean-Pierre Le Goff. La thèse de l’auteur était lumineuse : la barbarie douce, c’est « Je suis ton copain, moi le patron de start up, moi le prof iueffèmisé, puisque c’est la mode. Je te tutoie, je te passe la main dans le dos, on est tellement égaux, mon chéri. Le problème, c’est que je reste ton patron et que même en te tutoyant, quand il faut te virer, je te vire et que moi le prof tellement « sympa », quand le système me demande de t’évaluer et de t’orienter, eh bien je le fais. Tout ce que l’on t’a raconté, c’est des carabistouilles, maintenant tu passes ou tu passes pas, c’est comme ça ». Situation éminemment schizophrénique, on en conviendra.

Et voilà pourquoi le petit Louis vomit son Benco à 7 heures du matin. Et voilà pourquoi votre fille est muette.

Dans le Nouvel Obs, quelques pages plus loin, un article sur Meirieu, candidat d’Europe Ecologie. Avec une photo de Cohn-Bendit qui lui passe la main dans le dos.

Comme quoi tout est cohérent. Surtout l’erreur.

Tous catholiques !

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[access capability= »lire_inedits »]Mgr-Fabius

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C’est Mgr Fabius qui fut chargé de mener la Contre-Réforme en France. Ultra catholique, il élimina tout ce qu’il y avait de protestants à sa portée. [access capability= »lire_inedits »]Mais, emporté par sa fougue, il quitta le Vatican en 1723, déclarant : « Ils ne sont pas assez catholiques pour moi ! »

Anonyme, Mgr Fabius, 1710. Conservé dans le vestibule de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X.

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La fin de la société de spectacles ?

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Ce n’est pas Guy Debord mais le quotidien Les Echos qui nous apprend la bien triste nouvelle : la société de spectacles que dirige André Rieu accuse en 2009 des pertes de plus de quatorze millions d’euros. Des dépenses somptuaires liées aux représentations du mæstro seraient à l’origine de cette situation, qui pousse l’entreprise à hypothéquer plusieurs immeubles ainsi qu’un Stradivarius de 1732. Le plus effrayant, dans cette histoire, c’est qu’André Rieu n’aura pas les moyens cette année de faire ce qu’il aurait dû depuis longtemps : prendre des cours de violon.

UMP : antisocial !

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L’UMP avait essayé, sans succès, le lipdub, voilà qu’elle se met aux réseaux sociaux. Les créateurs de possibles : c’est le nom du réseau social maison. Il devait être le « facebook » umpiste. Un mois après son lancement, il ne dépasse pas les 7 000 connectés. Benjamin Lancar, le patron des jeunes UMP, se fâche : Le Parisien nous apprend ce matin qu’il vient d’envoyer un mail menaçant à ses responsables départementaux, leur intimant d’adhérer au réseau social sous peine d’exclusion. Bref, à l’UMP, être antisocial, c’est franchement antisocial !

MAM veut-elle qu’on censure Zemmour ?

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Affaire Zemmour : Michèle Alliot-Marie écrit au Syndicat de la Magistrature.
Affaire Zemmour : Michèle Alliot-Marie écrit au Syndicat de la Magistrature.

On la croyait du genre chêne. On finit par se demander si MAM n’est pas plutôt faite sur le modèle roseau. En tout cas, Mme le Garde des Sceaux semble prête à ployer devant le Syndicat de la Magistrature. Fleuron du néogauchisme judiciaire, celui-ci n’avait pas apprécié de voir son idéologie et ses pratiques fortement mises en cause par Eric Zemmour lors de sa chronique matinale sur RTL le 26 janvier 2010. Comme son comparse majoritaire et plus droitier, l’USM – il s’en était ému auprès de la ministre. Dans un courrier adressé à la présidente du SM, Clarisse Taron, dont Causeur s’est, comme on dit, procuré la copie, Michelle Alliot-Marie se joint au chœur des magistrats pleureuses et précise qu’elle a fait part de son indignation au directeur de la rédaction de RTL, « en lui rappelant que la liberté de ton et d’analyse qui caractérisent ce journaliste ne pouvaient cependant pas conduire à tenir des propos d’une part dénués de fondement et d’autre part portant atteinte à l’honneur de magistrats qui ont rendu leurs décisions en stricte application de la loi ».

Tout cela n’a, dira-t-on, aucune importance. On imagine qu’à RTL, la lettre n’a guère dû émouvoir ses destinataires et qu’elle a fort normalement fini au panier. On dira aussi que MAM est autant dans son rôle aujourd’hui en défendant les juges qu’elle l’était hier en défendant les flics et avant-hier les militaires. Sauf qu’au-delà de ces histoires de boutique, on a l’impression que le Garde des Sceaux penche aujourd’hui du côté de ceux pour qui le pouvoir a toujours tort et qui réclament sans cesse plus de laxisme, en matière de délinquance comme de politique migratoire.

Rappelons que Zemmour pointait une certaine propension des juges de la liberté et de la détention à casser systématiquement les arrêtés d’expulsion pris par l’administration à l’encontre des étrangers en situation irrégulière, au nom des droits de la personne que le Léviathan mettrait en danger du seul fait de son existence de monstre froid, insensible à la souffrance des migrants.

On n’ouvrira pas ici le débat sur les contradictions des politiques de l’immigration et la complexité labyrinthique du droit des étrangers. Observons simplement que quoi qu’en disent les contempteurs de l’Etat sécuritaire et xénophobe, notre Etat de droit garantit aux étrangers frappés par un arrêté de reconduite à la frontière un véritable arsenal de recours. Qu’il soit permis ici de s’en réjouir et de trouver d’autant plus horripilante la posture d’indignation professionnelle arborée par certaines belles âmes appointées sur les ondes du service public qui peuvent dénoncer sans crainte d’embastillement, et cela en dépit du climat liberticide qui sévit depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, le néopétainisme de Besson et autres Brice Hortefeux.

En matière d’expulsions, il est difficile de nier les effets pervers de la politique du chiffre. Elle met sous pression les services policiers et administratifs concernés, d’où le nombre grandissant de procédures mal ficelées. Reste que Zemmour a raison quand il affirme que la ligne de conduite de certains juges résulte davantage d’un engagement idéologique que du simple respect tatillon du droit. Ce corporatisme de gauche consiste à se draper confortablement dans la vertueuse robe de juge, symbole de dignité et de discernement, pour pilonner l’Etat supposément subordonné aux caprices du pouvoir.

D’un côté le juge des libertés garant des droits subjectifs, de l’autre une administration préfectorale et des services de police coercitifs et insensibles aux drames humains, avec leur cortège de fonctionnaires zélés mettant en œuvre la traque, voire les rafles, des « sans-papiers » : ce raccourci caricatural tient lieu de toute pensée sur le sujet, depuis la pétition des cinéastes de 1996 et les manifs où de dérisoires protestataires n’hésitaient pas à porter des étoiles jaunes pour dénoncer la prétendue similitude entre l’Etat républicain et celui de Vichy.

N’en doutons pas, ce scénario qui oppose le juge garant des libertés individuelles et le policier qui serait leur fossoyeur est tout prêt à resservir dans le débat sur les gardes à vue. Or, la Garde des Sceaux milite pour une réforme qui convienne aux sirènes droit-de-l’hommistes qui, si elle est adoptée, ne pourra qu’entraver le travail de la police.

On notera que ces amoureux des libertés individuelles n’hésitent pas à demander à la Garde des Sceaux de prendre des sanctions contre le vilain petit mouton noir nommé Zemmour. Et que fait MAM ? Elle souscrit à leur effroi suscité par cette mise en cause, elle apporte son soutien aux magistrats blessés par une parole de citoyen libre. En un mot, elle pactise avec ceux qui représentent un obstacle évident à toute réforme de la procédure pénale, qui constitue pourtant l’objectif qui lui a été assigné par l’Elysée.

Quel contraste entre cette mollassonnerie et l’image martiale d’une garde des Sceaux venus remettre un peu de rigueur au sein d’une Chancellerie désorientée par les caprices de la très glamour Rachida ! Le gaullisme dont elle se réclame doit être, comme elle le dit, très rénové pour inspirer pareille flexibilité face à une organisation syndicale qui semble polariser le débat au sein du Ministère de la Justice. C’est un peu comme si le Président de la République devait demander à Henri Guaino de tenir compte des derniers commentaires d’Olivier Besancenot pour écrire un discours sur le partage de la valeur ajoutée.

Dans la même registre, MAM s’est lancée depuis quelques semaines dans une regrettable surenchère polémique à l’endroit de Brice Hortefeux Ministre de l’Intérieur qui paie sans doute ainsi le fait d’être un ami du Président et l’hôte de cette Place Beauvau qu’elle ne voulait pas quitter : un jour, telle une austère surveillante générale, elle lui dispense des conseils sur la manière d’éradiquer le hooliganisme, un autre elle fait état de son scepticisme quant à l’aggravation des sanctions pénales dans le cas de crimes contre des personnes âgées et vulnérables. Du reste Hortefeux l’a finement renvoyée dans ses cordes, en constatant avec regret le manque de sérieux de son cabinet puisque cette proposition avait été votée par la commission des lois à l’Assemblée nationale.

Comment faut-il comprendre cette souplesse face au gauchisme judiciaire et cette dureté face au sarkozysme ? L’explication est très éloignée des principes et plus proche des cuisines, aux senteurs électoralistes et politiciennes dans la droite ligne de la IVe. MAM entend être la seule à incarner la continuité d’un chiraquisme sans Chirac qui n’aurait pas basculé chez Villepin. De ce point de vue, il faut exhumer une séquence de sa biographie politique. Cela se passe à l’approche de l’élection présidentielle de 1995, quand MAM refuse de choisir entre le Premier Ministre de l’époque Edouard Balladur et celui qui fut son mentor politique Jacques Chirac. Il est vrai qu’elle est alors elle-même Ministre de la Jeunesse et des sports du gouvernement conduit par Edouard. Elle tentera alors de faire la passerelle entre balladuriens et chiraquiens. Cette neutralité lui vaudra de voir cette offre de pacification transversale consacrée par l’obtention d’un surnom éponyme.

Tacticienne et femme d’appareil, on ne saurait le lui contester. Mais ces qualités indiscutables ne sont pas les attributs d’une femme d’Etat. Et son style d’autorité un peu revêche masque une plasticité idéologique certaine comme l’a montré l’émouvant exercice de compassion auquel elle s’est livrée à l’endroit du Syndicat de la Magistrature. Faut-il s’attendre à une cogestion du Ministère de la Justice partagée avec le bien nommé SM, comme à l’Education Nationale avec la FSU. En tout cas, elle prend bien soin de ne pas effaroucher coteries et corporatismes surtout quand ils sont bienpensants donc de gauche. Mais peut-être que tout cela ne masque, finalement, qu’une absence de pensée et d’orientation.

Cliquer sur l'image pour télécharger le pdf.
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La lettre de Michèle Alliot-Marie au Syndicat de la Magistrature

« Paris, le 28 janvier 2010,
Madame la Présidente,
Vous avez attiré mon attention sur les propos tenus par M. Eric Zemmour sur la radiot RTL le 26 janvier 2010, en déconçant leur caractère outrancier et la mise en cause inacceptable de magistrats, en particulier à la suite des décisions rendues par des juges des libertés et de la détention ayant eu à connaître de la situation d’étrangers en situation irrégulière.
Comme vous, j’ai été choquée par cette mise en cause, et je tiens à exprimer mon soutien aux magistrats directement visés et plus largement à l’ensemble des magistrats qui ont pu légitimement être blessés par ces propos excessifs.
J’ai fait part au directeur de la rédaction de RTL de mon indignation à la suite de ces propos, en lui rappelant que la liberté de ton et d’analyse qui caractérisent ce journaliste ne pouvaient cependant pas conduire à tenir des propos d’une part dénués de fondement et d’autre part portant atteinte à l’honneur de magistrats qui ont rendu leurs décisions en stricte application de la loi.
Je vous prie de croire, Madame la Présidente, à l’assurance de ma considération distinguée.
[et de mon souvenir fidèle et cordial]

Michèle Alliot-Marie »

PS : comme barons en foire…

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Martine Aubry. Photo La Netscouade, flickr.com
Martine Aubry. Photo La Netscouade, flickr.com

Le coup du « il vaut mieux perdre une élection que son âme », resservi par Martine Aubry et sa garde rapprochée à propos de l’élection régionale en Languedoc-Roussillon a fait long feu.

Georges Frêche, ce pelé, ce galeux est en passe d’assurer triomphalement sa réélection, avec l’aide involontaire d’une direction nationale du PS qui n’a décidément rien compris au pays qu’elle ambitionne de diriger lorsque les Français seront lassés de la droite.

Martine Aubry ne pourra même pas se prévaloir d’avoir fait chuter, au profit de l’UMP, un satrape de gauche dont les saillies douteuses, mais souvent drôles, mettent en émoi les dealers de moraline[1. Copyright Cohen et Joubert] de la bonne société parisienne.

Il est peut-être trop tôt pour le dire, mais l’offensive anti-Frêche menée depuis Solférino pourrait sonner le glas des ambitions présidentielles de la fille de Jacques Delors. On a pu lire dans ce salon une analyse subtile de Marc Cohen et Aimée Joubert soutenant la thèse que la droite aurait pris prétexte du cas Frêche pour matraquer le PS pendant toute la campagne des régionales, et aurait pu ainsi priver Martine Aubry du bénéfice d’un carton électoral plein.

Le calcul, dans cette hypothèse, est le suivant : je perds le Languedoc-Roussillon, mais dans l’honneur, et j’empoche tout le reste pour ma plus grande gloire martinienne. Dans le cas contraire, la défection des électeurs de gauche choqués par le maintien du soutien PS à la liste Frêche lui faisait courir le risque de faire moins bien qu’en 2004, ce qui pourrait fragiliser sa position à la tête du parti.

Cette stratégie mise au point par quelques bons esprits de son entourage, pour ne pas les nommer Cambadélis , Montebourg et Bartolone, avait cependant un petit défaut : le peuple de gauche n’a pas pour Georges Frêche une aversion spontanée. Ses dérapages verbaux sur les harkis, les noirs dans le 11 tricolore et la « tronche pas catholique » de Laurent Fabius ne suffisent pas à le disqualifier comme homme de gauche, dans sa région d’abord, et au-delà depuis qu’il est devenu une star des médias nationaux. Ensuite, la droite, qui n’est pas aussi stupide qu’elle en a l’air, même sous les traits de Frédéric Lefebvre, n’aurait pas été forcément amenée à harceler Martine Aubry sur le cas Frêche. L’UMP rame actuellement pour ramener à elle déçus du sarkozysme qui envisagent soit de s’abstenir, soit de revenir à leur vote FN d’avant la présidentielle de 2007. Quel intérêt alors d’attaquer la gauche au nom du non-respect de ses valeurs pour séduire un public qui n’à rien à cirer de ces mêmes valeurs ? Ne pas désavouer Frêche n’aurait, en définitive, coûté au PS que quelques voix de bobos des centre-villes, notamment à Paris, où ils auraient renforcé le score d’Europe écologie, ou du Front de Gauche…

Chacun aura pu le remarquer, les barons du PS soumis à réélection dans nos provinces n’ont pas fait montre d’un enthousiasme délirant pour le Frêche-bashing initié par la direction du parti, et relayé par les principaux médias de la capitale[2. A la notable exception d’une enquête de terrain signée Jacqueline Rémy dans le N°668 de Marianne].

D’abord parce que Frêche, pour tous ceux qui connaissent les joies et les peines de la gestion des affaires locales, ne se limite pas au gros beauf populiste qui s’amuse à en rajouter une louche chaque fois qu’il se fait épingler par les petits marquis de la plume et du micro. Dans le monde des grands élus locaux, c’est une pointure dont chacun, même ses adversaires politiques, reconnaissent les qualités de visionnaire, de bâtisseur, certes un peu mégalomaniaque, mais qui a imprimé sa marque à une ville, Montpellier, et a les mêmes ambitions pour sa région.

D’autre part, chacun des barons socialistes régionaux qui défend son bilan devant ses lecteurs est intimement persuadé que c’est à lui seul, et non à la patronne de Solferino qu’il devra son éventuelle reconduction. Et ils n’ont pas totalement tort. Ainsi, chez moi, en Rhône-Alpes, le poids personnel de Jean-Jack Queyranne excède de beaucoup celui de l’électorat de gauche traditionnel, celui qui a voté Ségolène en 2007 par exemple. C’est pourquoi il ne demande pas la bénédiction de Solferino lorsqu’il pratique l’ouverture aux radicaux valoisiens (tendance Borloo) en leur proposant une place éligible en Haute-Savoie. Son compère Gérard Collomb, maire de Lyon, soutient sans barguigner son ami Frêche, une manifestation supplémentaire d’indépendance d’un homme qui n’avait pas hésité à annoncer qu’il participerait au débat sur l’identité nationale. Dans la campagne électorale, on fait savoir gentiment et fermement que les descentes en province des cadors nationaux ne sont pas absolument nécessaires.

D’autres caciques régionaux sont moins bruyants, mais n’en pensent pas moins, en tous cas ils ne participent en aucune manière à l’assaut contre Frêche mené depuis Paris. Ils commencent à comprendre qu’ils constituent le socle le plus solide d’un PS dont la direction nationale a perdu le sens des réalités, tant elle est empêtrée dans les jeux tactiques pour la présidentielle 2012. Le fait qu’il n’y ait aucun présidentiable parmi eux (à part Ségolène, mais c’est une autre histoire…) ne doit pas donner aux candidats déclarés à l’investiture PS pour 2012 l’assurance que ces barons resteront inertes lors du processus de désignation nouveau style, celui des primaires élargies aux sympathisants de gauche. Leur poids dans le choix du champion PS sera accru : leur popularité leur permet de mobiliser en faveur de leur candidat bien au delà des militants encartés. Mon petit doigt m’a dit que Dominique Strauss-Kahn aurait retrouvé les faveurs des grands barons qui avaient, en 2007, rejoint les rangs ségolénistes. En fait ce n’est pas mon petit doigt, mais une petite phrase plutôt sympathique pour Frêche émise tout récemment par Pierre Moscovici, chargé de chauffer la place pour un éventuel retour du directeur du FMI. DSK leur apparaît aujourd’hui comme le seul susceptible de les laisser baroniser en paix, tant il est investi dans les affaires de la planète.

Pierre Goldman : révélations ou désinformation ?

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pierre-goldman

Diffusé sur Canal +, le 29 janvier, le film de Michel Despratx et Philippe Nahoum, offre sans doute une thèse inespérée à ceux qui veulent encore s’accrocher à une icône : Pierre Goldman, gauchiste condamné en 1974 pour deux meurtres, puis acquitté au bénéfice du doute en 1976, est un martyr tombé sous les balles d’un groupe para-policier fasciste en 1979, parce qu’il représentait l’anti-France dans un pays resté viscéralement pétainiste.

Une thèse audacieuse : l’exécution par le SAC
L’assassinat de Pierre Goldman le 20 septembre 1979 aurait été perpétré par les services secrets français. Le Service d’action civique, S.A.C., police parallèle créée en 1960, aurait formé un commando de quatre hommes, dont un inspecteur de la Direction de la sureté du territoire, DST, et un homme des Renseignements généraux, R.G. L’ordre, donné pour des raisons politiques, serait venu du sommet de l’État.

À l’appui de cette « révélation », les auteurs nous mettent en présence de l’image (floutée) et de la voix (déformée) d’un ancien mercenaire anonyme, baptisé Gustavo pour l’occasion. Celui-ci revendique l’assassinat aux côtés d’un autre tueur du commando, exécutant ainsi un contrat commandé un an auparavant. Toute la presse a annoncé ce film avant sa diffusion au public, tout en marquant une distance prudente, mâtinée de quelques critiques.

Passons rapidement sur une erreur historique : ce n’est pas en 1966 mais entre la fin de juillet 1968 et la fin de septembre 1969 que s’est déroulé l’engagement de Pierre Goldman dans une petite guérilla, fantasque et hors d’époque, au Venezuela[1. Pierre Goldman, Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France, Le Seuil, 1975 ; information validée par de nombreuses sources et par l’auteur], suivi de sa participation, comme guetteur, à un hold-up réussi à Puerto-la-Cruz[2. Jean Paul Dollé, L’insoumis, vies et légendes de Pierre Goldman, Grasset, 1997 ; épisode précisé par la suite par M. Prazan (voir ci-après) et validé par l’auteur].

Les auteurs du documentaire mettent en avant les nombreux détails apportés par Gustavo sur les circonstances de l’assassinat pour crédibiliser sa thèse. Parlons-en.

Hombre ou Hombres ?
Gustavo cite cette interpellation, mais au singulier (Hombre !) Tous les journaux avaient à l’époque relaté ce mot espagnol. Toutefois, selon Gustavo il aurait été lancé à Goldman par le chef du commando, pour attirer son attention, juste avant de l’abattre. Cette version correspond aux premiers témoignages, bientôt démentis par des déclarations plus fiables, affirmant que ce propos n’a pas précédé, mais suivi les tirs de balles. Par ailleurs, ce n’est pas un mot, mais une courte phrase qui a été lancée par l’un des tueurs (probablement : « Por aquí, hombres ! » ; « Par ici, les gars ! », l’un des complices indiquant par là aux autres le chemin de la fuite). Le commissaire Marcel Leclerc, chargé de l’enquête, comme les journaux de l’époque sont précis sur ce point[3. Marcel Leclerc, De l’antigang à la criminelle, Plon, 2000, ch. 5 ; voir aussi Libération, 26 septembre 1979]. Gustavo indique aussi que les hommes du commando étaient vêtus de bleus de travail, ce qui contredit les témoignages d’inspecteurs de la 9ème brigade territoriale, présents sur les lieux, au hasard d’une filature, faisant état de blue jeans et de baskets, ainsi que d’un blouson de cuir[4. Le Figaro, 22 septembre 1979].

Des armes et des balles.
Pour les armes, on le sait, il s’agissait d’un calibre de 11.43, et d’un 9 mm tiré par un P.38 (Gustavo omet toutefois de préciser qu’il s’agissait d’un P.38 « spécial »)[5. Marcel Leclerc, op. cit.]. Quant au nombre de balles ayant atteint Pierre Goldman, le film reste vague. Gustavo donne l’impression que le chef du commando, armé d’un 11.43, tire deux balles (« Il tire une fois à la volée, et une autre encore ») avant que lui-même ne tire avec son P.38. Si l’on s’en rapporte à la police, 7 balles ont atteint l’homme visé, provenant des deux calibres mentionnés[6. Marcel Leclerc, op. cit.]. « Combien de balles avez-vous tiré ? », demande-t-on à Gustavo. « Je ne me souviens pas », répond-t-il. Or, une réponse précise à cette question était capitale pour étayer sa version. Le nombre respectif de balles provenant de l’un et l’autre calibre n’a en effet pas été révélé. Des proches de l’enquête auraient pu ainsi valider le témoignage. On peine à croire que Gustavo ait oublié le nombre de coups de feu tirés par lui-même. Mais, le cas échéant, il disposait d’éléments publics pour rendre ses assertions plus crédibles. Enfin, on peut s’étonner de ce qu’avant de remettre son arme dans la sacoche d’un complice, détail important dont Gustavo s’obstine à taire la raison, il n’ait pas vérifié le nombre de balles dans le chargeur.

On s’étonnera de voir en Gustavo, ancien mercenaire, un tueur sans gages opérant par conviction. On est surpris, enfin, d’apprendre qu’il a fallu un an pour localiser un Pierre Goldman, dont la discrétion n’était pas la caractéristique majeure, et qui déambulait souvent entre le siège de Libération et une boîte de salsa, la Chapelle des Lombards. Les auteurs du film ne donnent aucun indice sur la piste suivie pour trouver le numéro de téléphone des comparses de Gustavo. L’anonymat généralisé interdit toute contre-enquête. Or, les assertions de Gustavo sur les circonstances factuelles de l’assassinat ne lui donnent aucune crédibilité. Comment le suivre sur la piste d’un « contrat » politique émanant du sommet de l’État ?

Une vengeance politique ?
En effet, la suite ne repose plus que sur la parole de Gustavo. Celui-ci rapporte les confidences du chef du commando, selon lequel l’ordre serait venu du responsable du Service d’action civique, Pierre Debizet. Ce responsable, après leur coup, aurait invité les tueurs dans son bureau pour les féliciter, leur assurer une totale impunité et leur faire savoir que les instructions venaient d’en haut, de Victor Chapot, conseiller spécial du Président Giscard d’Estaing. Ces deux responsables, Debizet et Chapot, ont disparu. « Encore une fois, il est trop facile de faire parler les morts », commente sobrement un journaliste[7. Agora Vox, 29 janvier 2010].

Sur l’implication de l’État, les propos évasifs de deux responsables de l’époque, Christian Bonnet, Ministre de l’intérieur, et Robert Pandraud, Directeur de la police, n’apportent rien de concret, et le documentaire s’efforce en vain d’en tirer des étais pour la version de l’assassinat politique.
La revendication du crime par un groupe « Honneur de la Police », qui a bouleversé l’opinion à l’époque, n’a jamais trouvé de confirmation dans les faits. On relira avec intérêt le récit, bref et clair, de l’enquête systématique menée par Marcel Leclerc, au lendemain de la mort tragique de Goldman, non seulement à l’intérieur des services de police, mais aussi des syndicats de policiers et des groupes parallèles. Ces investigations n’ont donné aucun résultat[8. Marcel Leclerc, op. cit.].

Le scénario basque
Vers la fin, les auteurs du film esquissent une thèse alternative : l’élimination de Goldman par les services secrets aurait été motivée par l’engagement de ce dernier dans l’aide aux séparatistes basques de l’E.T.A., réfugiés en France. Cette hypothèse coïncide mal avec les dires de Gustavo affirmant que l’ordre de tuer avait été donné un an auparavant, soit en août ou septembre 1978. À l’été 1978, en effet, Goldman fait un long voyage, à Caracas, où il retrouve ses compagnons préférés, et en Guadeloupe[9. Dollé, op. cit., ; cette information est recoupée par des informations prise à la source par l’auteur.]. Il bouillonne de projets, pense films, écriture. D’après des témoignages, ses contacts avec l’E.T.A. n’auraient débuté qu’à la mi-1979[10. Antoine Casubolo, La vie rêvée de Pierre Goldman, Editions Privé, 2005]. L’introduction tardive de la piste de l’E.T.A. marque donc une prise de distance de l’auteur vis-à-vis des déclarations du témoin central.

Barbouzes et truands face à la base arrière de l’E.T.A. Beaucoup plus intéressant, le scénario basque était déjà évoqué quelques jours après la mort de Goldman, dans les colonnes de Libération[11. Gilles Millet, Libération, 2 octobre 1979.]. Cette orientation est ensuite développée par Michaël Prazan[12. Michaël Prazan, Pierre Goldman, le frère de l’ombre, Le Seuil, 2004], reprenant le fil de trois enquêtes diligentées par le quotidien (notamment celle de Gilles Millet), et converge avec celle de Lucien Aimé-Blanc[13. Lucien Aimé-Blanc, L’indic et le commissaire, Plon, 2006 ; voir aussi le quotidien La Provence, 29 janvier 2010]. Pierre Goldman se serait fourvoyé, de façon brouillonne et bavarde, dans un complexe trafic d’armes mettant en présence des militants de l’E.T.A., retranchés sur le sol français, des réseaux de barbouzes espagnols y pourchassant ces derniers, des truands et des membres des services secrets français. On sait que des groupes clandestins ne peuvent opérer durablement dans leur pays sans une « base arrière » hors de leurs frontières. C’était le rôle de la France pour l’E.T.A., motivant du même coup des incursions des milices para-policières espagnoles pour saper ces appuis sur le territoire français. Tout ce monde, militants et barbouzes espagnols, déployé en terrain étranger, doit se trouver des soutiens et des pourvoyeurs d’armes. D’où la nécessité d’entrer en relation avec des réseaux mafieux (truands marseillais, notamment) et des services secrets français.

Deux thèses concurrentes, quant à l’implication de Pierre Goldman dans ces trafics et à sa suite fatale, sont proposées. Dans l’une, Goldman aurait pris des engagements pour des livraisons d’armes à l’E.T.A. et n’aurait pu les respecter. Dans l’autre, Goldman aurait découvert que les livraisons d’armes auxquelles il contribuait n’étaient pas destinées aux militants de l’E.T.A., mais aux groupes para-policiers espagnols qui les pourchassaient (les membres du G.A.L. ou leurs prédécesseurs). La pègre en effet, ne rechigne pas à vendre des armes des deux côtés. Pierre Goldman aurait alors exposé, avec véhémence, ses griefs à l’un des caïds. Ce genre d’éclat n’est pas très prisé dans le milieu. L’exécution aurait pu associer barbouzes et truands. Dans les deux cas, le motif de l’assassinat tiendrait du règlement de comptes, commandité par l’une des parties en présence, et non de la revanche politique.

Ces hypothèses ont leurs limites. Elles ne sont pas incompatibles avec la présence d’un Gustavo au moment de l’assassinat. On a aussi évoqué le rôle de Jean-Pierre Maïone-Libaude (tué en juin 1982), qui se serait vanté de son méfait, dans le commando de la place de l’abbé Georges-Hénocque, avec, en arrière-plan, ses contacts avec Lucien Aimé-Blanc, de l’antigang[14. Lucien Aimé-Blanc, op. cit.].

L’assassinat politique, un mythe salvateur
Fondé sur des bases aussi occultes que friables, le film ne convaincra que les quelques irréductibles de la version d’une vengeance politique. Les affaires de croyance, on prend en bloc ou on laisse. Le dogme Goldman, longtemps fondé sur une entreprise de confusion, repose, comme le rappelle Luc Rosenzweig, sur deux fondements, celui de l’innocence dans l’affaire des deux meurtres de Richard-Lenoir et celui de sa mort en martyr d’une revanche perpétrée par un groupe para-policier fasciste (15). Le premier pilier étant désormais mis à mal, une révélation relançant l’idée de l’assassinat politique permettrait opportunément de sauver une part du mythe.

L’auteur de ces lignes pour sa part préfère quitter le terrain des fables pour celui de l’investigation méthodique et du recoupement des sources, ce que le choix de la fiction, il espère l’avoir montré dans son livre, n’interdit nullement. Quant aux raisons et aux circonstances de l’assassinat de Pierre Goldman, l’enquête doit être poursuivie.

Élucider les deux affaires Pierre Goldman ne relève pas des débats rancis d’un autre d’âge. Le dogme entretenu autour du personnage a été mis en place, il y a trente ans, par quelques groupes. Ceux-ci voyaient dans le sauvetage d’un dernier symbole un enjeu essentiel dans la débâcle des idéologies révolutionnaires. Démystifier cette figure nous aide à élucider les constructions viciées qui perdurent aujourd’hui, autour de personnages qui se nomment, par exemple, Cesare Battisti, dont les assassinats crapuleux ont été soustraits à la justice de son pays par trop de complaisances et de mensonges de la part de responsables politiques, de ce côté-ci des Alpes.

Patria o muerte

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Valentin Pride (5)

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Pour finir cette série et souhaiter à tous une bonne Saint-Valentin, on n’a pas lésiné sur les moyens : Edith Piaf et Théo Sarapo sont de la partie. Un film de Louis Clichy.

La menace aztèque

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Les Aztèques menacent la laïcité dans les écoles de la République !
Les Aztèques menacent la laïcité dans les écoles de la République !

Inconnue des lobbys laïques imbus d’islamovigilance et ignorée des associations qui luttent contre les sectes, la religion aztèque se propage d’une manière inquiétante dans les écoles de la République.

Le mal venu d’Amérique centrale, refoulé jadis par Fernando Cortès et Francisco Pizzaro, a changé de visage et s’est propagé ensuite d’une manière pacifique en Europe, en attendant le jour propice pour montrer à nouveau en pleine lumière sa nature diabolique. En juillet 1998, les prêtres aztèques sentirent que ce jour n’était pas loin. La populace était prête pour la révélation du sens véritable et sanglant de ces jeux apparemment innocents que sont les jeux de balle : football, baseball, basketball, rugby ou tennis, développés et popularisés d’une manière inconsciente en Europe grâce à l’utilisation de la substance sacrée des Aztèques, le caoutchouc. Malgré toutes les protestations publiques, comme les appels désespérés du Front d’opposition à la nouvelle année, et les paroles de Houellebecq – « Quand j’erre sans notion au milieu des immeubles, je vois se profiler de nouveaux sacrifices » –, 2012 approche !

La nécessité pressante de nourrir la divinité suprême pour qu’un nouveau cycle cosmique commence, a décidé les prêtres aztèques à agir. C’est pourquoi le 18 janvier dernier à Tremblay-en-France, en Seine-Saint-Denis, leurs néophytes ont procédé à un sacrifice humain improvisé, à l’extérieur d’un collège de la République, sous les mots mêmes de Liberté, Egalité, Fraternité. Sur Europe 1, Elodie, la victime réchappée de justesse aux sacrificateurs radicaux, a décrit les modalités d’agissements de ces suppôts de Quetzalcóatl : « A l’intérieur du collège, ils choisissent quelqu’un dans la cour. Ils prennent la balle, ils se rapprochent un peu de toi, ils tirent. La boule est passée entre mes jambes et je voyais tout le monde rigoler et moi je ne comprenais pas pourquoi. Après, ils sont venus me voir, ils ont dit : « Tu es morte à la sortie. » » Ils ont été une quinzaine d’adolescents fanatisés à la rouer de coups, et seule l’intervention sacrilège d’une gardienne a empêché son âme d’être précipitée dans le monde infernal.

Les observateurs ignares et les journalistes incultes classent cette agression dans la liste infinie des méfaits de la déshérence des banlieues. Ils ignorent superbement que le jeu de la balle était un antique rituel mésoaméricain, appelé tlachtli ou ollamaliztli en nahuatl, langue des Aztèques. Il opposait classiquement deux équipes et ressemblait à un mélange de volley, de basket et de tennis. Le clou du spectacle, c’était le sacrifice de l’équipe perdante ou, du moins, de son capitaine. Les fondamentalistes aztèques de Tremblay-en-France sont allés à l’essentiel, au mépris des règles sportives, car le temps pressait. La balle, cet objet apparemment innocent, est en fait un signe religieux ostentatoire ignoré du législateur : elle représente le dieu aztèque du soleil et de la guerre, Huitzilopochtli. Faire passer la balle entre les jambes de la future victime signifie très exactement que le soleil s’abîme dans le « monde inférieur », et qu’il demande sa rançon sanguinaire. « La sortie », évoquée par les lyncheurs rigolards, a un sens ésotérique : il s’agit de la renaissance de l’astre courroucé. Aussi cette phrase apparemment anodine, « Tu es morte à la sortie » constituait rien de moins qu’une consécration expéditive de l’offrande propitiatoire. De même, le lieu choisi pour l’immolation heureusement ratée constitue en soi un message terroriste très clair, adressé par les fondamentalistes aztèques au monde libre : « Tremblez en France ! »

Les pouvoirs publics doivent agir et prendre d’urgence toutes les mesures possibles contre cette atteinte à la laïcité que constitue l’intrusion manifeste du prosélytisme aztèque dans les établissements publics. La situation est grave : la haine de tous envers tous a atteint de telles proportions dans les écoles de la République que les élèves sont devenus des proies faciles pour la première idéologie sacrificielle venue. Choisir à l’aztèque une camarade à lyncher n’est que la solution spontanée à la situation invivable dans laquelle ils se trouvent : au moins, quand ils la tabassent ensemble, ils rigolent tous et se sentent tous amis. Une étude approfondie de Sa majesté des mouches de William Golding, éclairée par les analyses de René Girard, serait un début de prise de conscience du problème. S’assurer d’abord que les collégiens et les enseignants savent toujours lire, car les Aztèques n’utilisent pas l’écriture alphabétique, mais seulement de petites icônes, appelées par les spécialistes « logogrammes », « glyphes » ou « emoticons ». 🙁

On peut toujours essayer

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On apprend à l’instant qu’Hamid Karzaï, pantin bien habillé, qui fait aujourd’hui office de président d’Afghanistan ou plutôt de maire de Kaboul-centre, a solennellement demandé aux Talibans de rendre leurs armes sans condition, alors qu’une offensive majeure des troupes de l’Otan se déroule en ce moment même. Bon, bon, bon… Alors, pour ma part, je demande solennellement à Nicolas Sarkozy de proclamer unilatéralement le socialisme réel en France, à Dieu de ressusciter les 230 000 Haïtiens morts dans le séisme de Port-au-Prince, aux dirigeants iraniens de cesser d’enrichir de l’uranium et de respecter les libertés civiles, à Toyota d’éviter d’imposer ses méthodes de production aux autres constructeurs pour qu’on puisse encore avoir une chance d’utiliser des véhicules en état de marche dans les mois qui viennent, à Eva Joly de faire preuve d’autant de rigueur lorsqu’elle parle du voile au NPA que lorsqu’elle utilisait la détention préventive comme moyen de pression et, enfin, à ma petite sœur, de me rendre ma collection d’Alix, empruntée il y a trente ans. C’est vrai, quoi, on peut toujours essayer, y a pas de raison.

Merci Meirieu !

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Philippe Meirieu, candidat d'Europe Ecologie en Rhône-Alpes.
Philippe Meirieu, candidat d'Europe Ecologie en Rhône-Alpes.
Philippe Meirieu, candidat d'Europe Ecologie en Rhône-Alpes.

Un article du Nouvel Observateur s’intéresse cette semaine à un phénomène relativement récent mais qui prend des proportions pour le moins inquiétantes : la phobie scolaire, qui toucherait 1 % des élèves en France. Au début, quand certains collègues m’avaient parlé du phénomène, j’avais souri. Mon vilain fond réac, mes vingt ans de ZEP, mon côté vieux con, adepte de la pédagogie du coup de pied au cul. « Arrête de me prendre pour une bille, si tu ne veux pas aller à l’école, c’est que tu tires ta flemme ou que tu n’as pas appris tes vers de Corneille ou ta leçon sur l’ablatif absolu et que tu as peur de te retrouver en retenue. » Mais voilà, il semblerait d’après le papier du Nouvel Obs, toujours confirmé par des témoignages de proches, qu’il s’agisse bel et bien d’une véritable souffrance, d’une pathologie douloureuse, assez semblable dans ses symptômes aux désordres du stress post-traumatique des soldats ayant connu l’épreuve du feu. Nausées, vomissements, cauchemars récurrents, crises de panique avec impression de mort imminente, voire tentatives de suicides, ce n’est pas compliqué, certaines gamines de 14 ans préfèreraient encore, même avec des menottes, aller en garde à vue que de partir en cours de maths.

Que se passe-t-il donc à l’école pour qu’elle soit devenue pour les plus fragiles un véritable enfer, que la simple idée d’y aller les rendent blêmes et suffocants ? Sont-ce les agressions ou la violence des cours de récréation due pour l’essentiel à la baisse tragique du nombre des professeurs dans les établissements remplacés par des équipes spéciales de sécurité (pour simplifier, des flics) ? D’après l’étude, il ne semblerait pas que ce ne soit le cas et cette pathologie de la « phobie scolaire » semblerait plutôt toucher des élèves d’établissements où il n’y a pas de problème de ce genre, des établissements où existe encore la mixité sociale.

Le Nouvel Obs, toujours dans son rôle de phare de la bien-pensance sociale-libérale, incrimine la pédagogie elle-même. Et de nous décrire des établissements où les élèves sont soumis à l’atroce pression des exigences professorales, au sadisme d’enseignants psychorigides qui veulent, les salauds, transmettre à la schlague d’inutiles rudiments d’histoire, de physique, de langues vivantes. Il faudrait donc repenser le système…

Oui, d’accord, mais je suis assez étonné tout de même. N’est-ce pas officiellement depuis 1989 que l’élève est au centre du système  et que Meirieu, ce Danube de la pensée dopé aux amphets bourdivines a tout fait depuis trente ans pour discréditer les savoirs des dominants et a voulu transformer l’école en « lieu de vie » avec maison du lycéen, heures de vie de classe et tout le toutim ? Alors comment se fait-ce, me demandé-je, que nos chères têtes blondes, tout au moins pour une partie d’entre elles, aient l’impression lorsqu’elles se rendent en cours, de partir pour Bagdad hors zone verte plutôt que dans un temple du savoir où l’on apprendrait dans la joie et la sérénité, puisque n’est-ce pas, ils sont, répétons-le, au centre du système ?

Et de me souvenir d’un livre déjà ancien de quelques années qui s’intitulait La barbarie douce, la modernisation aveugle des écoles et de l’entreprise (La découverte) de Jean-Pierre Le Goff. La thèse de l’auteur était lumineuse : la barbarie douce, c’est « Je suis ton copain, moi le patron de start up, moi le prof iueffèmisé, puisque c’est la mode. Je te tutoie, je te passe la main dans le dos, on est tellement égaux, mon chéri. Le problème, c’est que je reste ton patron et que même en te tutoyant, quand il faut te virer, je te vire et que moi le prof tellement « sympa », quand le système me demande de t’évaluer et de t’orienter, eh bien je le fais. Tout ce que l’on t’a raconté, c’est des carabistouilles, maintenant tu passes ou tu passes pas, c’est comme ça ». Situation éminemment schizophrénique, on en conviendra.

Et voilà pourquoi le petit Louis vomit son Benco à 7 heures du matin. Et voilà pourquoi votre fille est muette.

Dans le Nouvel Obs, quelques pages plus loin, un article sur Meirieu, candidat d’Europe Ecologie. Avec une photo de Cohn-Bendit qui lui passe la main dans le dos.

Comme quoi tout est cohérent. Surtout l’erreur.

Tous catholiques !

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[access capability= »lire_inedits »]Mgr-Fabius

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C’est Mgr Fabius qui fut chargé de mener la Contre-Réforme en France. Ultra catholique, il élimina tout ce qu’il y avait de protestants à sa portée. [access capability= »lire_inedits »]Mais, emporté par sa fougue, il quitta le Vatican en 1723, déclarant : « Ils ne sont pas assez catholiques pour moi ! »

Anonyme, Mgr Fabius, 1710. Conservé dans le vestibule de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X.

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La fin de la société de spectacles ?

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Ce n’est pas Guy Debord mais le quotidien Les Echos qui nous apprend la bien triste nouvelle : la société de spectacles que dirige André Rieu accuse en 2009 des pertes de plus de quatorze millions d’euros. Des dépenses somptuaires liées aux représentations du mæstro seraient à l’origine de cette situation, qui pousse l’entreprise à hypothéquer plusieurs immeubles ainsi qu’un Stradivarius de 1732. Le plus effrayant, dans cette histoire, c’est qu’André Rieu n’aura pas les moyens cette année de faire ce qu’il aurait dû depuis longtemps : prendre des cours de violon.

UMP : antisocial !

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L’UMP avait essayé, sans succès, le lipdub, voilà qu’elle se met aux réseaux sociaux. Les créateurs de possibles : c’est le nom du réseau social maison. Il devait être le « facebook » umpiste. Un mois après son lancement, il ne dépasse pas les 7 000 connectés. Benjamin Lancar, le patron des jeunes UMP, se fâche : Le Parisien nous apprend ce matin qu’il vient d’envoyer un mail menaçant à ses responsables départementaux, leur intimant d’adhérer au réseau social sous peine d’exclusion. Bref, à l’UMP, être antisocial, c’est franchement antisocial !

MAM veut-elle qu’on censure Zemmour ?

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Affaire Zemmour : Michèle Alliot-Marie écrit au Syndicat de la Magistrature.
Affaire Zemmour : Michèle Alliot-Marie écrit au Syndicat de la Magistrature.
Affaire Zemmour : Michèle Alliot-Marie écrit au Syndicat de la Magistrature.

On la croyait du genre chêne. On finit par se demander si MAM n’est pas plutôt faite sur le modèle roseau. En tout cas, Mme le Garde des Sceaux semble prête à ployer devant le Syndicat de la Magistrature. Fleuron du néogauchisme judiciaire, celui-ci n’avait pas apprécié de voir son idéologie et ses pratiques fortement mises en cause par Eric Zemmour lors de sa chronique matinale sur RTL le 26 janvier 2010. Comme son comparse majoritaire et plus droitier, l’USM – il s’en était ému auprès de la ministre. Dans un courrier adressé à la présidente du SM, Clarisse Taron, dont Causeur s’est, comme on dit, procuré la copie, Michelle Alliot-Marie se joint au chœur des magistrats pleureuses et précise qu’elle a fait part de son indignation au directeur de la rédaction de RTL, « en lui rappelant que la liberté de ton et d’analyse qui caractérisent ce journaliste ne pouvaient cependant pas conduire à tenir des propos d’une part dénués de fondement et d’autre part portant atteinte à l’honneur de magistrats qui ont rendu leurs décisions en stricte application de la loi ».

Tout cela n’a, dira-t-on, aucune importance. On imagine qu’à RTL, la lettre n’a guère dû émouvoir ses destinataires et qu’elle a fort normalement fini au panier. On dira aussi que MAM est autant dans son rôle aujourd’hui en défendant les juges qu’elle l’était hier en défendant les flics et avant-hier les militaires. Sauf qu’au-delà de ces histoires de boutique, on a l’impression que le Garde des Sceaux penche aujourd’hui du côté de ceux pour qui le pouvoir a toujours tort et qui réclament sans cesse plus de laxisme, en matière de délinquance comme de politique migratoire.

Rappelons que Zemmour pointait une certaine propension des juges de la liberté et de la détention à casser systématiquement les arrêtés d’expulsion pris par l’administration à l’encontre des étrangers en situation irrégulière, au nom des droits de la personne que le Léviathan mettrait en danger du seul fait de son existence de monstre froid, insensible à la souffrance des migrants.

On n’ouvrira pas ici le débat sur les contradictions des politiques de l’immigration et la complexité labyrinthique du droit des étrangers. Observons simplement que quoi qu’en disent les contempteurs de l’Etat sécuritaire et xénophobe, notre Etat de droit garantit aux étrangers frappés par un arrêté de reconduite à la frontière un véritable arsenal de recours. Qu’il soit permis ici de s’en réjouir et de trouver d’autant plus horripilante la posture d’indignation professionnelle arborée par certaines belles âmes appointées sur les ondes du service public qui peuvent dénoncer sans crainte d’embastillement, et cela en dépit du climat liberticide qui sévit depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, le néopétainisme de Besson et autres Brice Hortefeux.

En matière d’expulsions, il est difficile de nier les effets pervers de la politique du chiffre. Elle met sous pression les services policiers et administratifs concernés, d’où le nombre grandissant de procédures mal ficelées. Reste que Zemmour a raison quand il affirme que la ligne de conduite de certains juges résulte davantage d’un engagement idéologique que du simple respect tatillon du droit. Ce corporatisme de gauche consiste à se draper confortablement dans la vertueuse robe de juge, symbole de dignité et de discernement, pour pilonner l’Etat supposément subordonné aux caprices du pouvoir.

D’un côté le juge des libertés garant des droits subjectifs, de l’autre une administration préfectorale et des services de police coercitifs et insensibles aux drames humains, avec leur cortège de fonctionnaires zélés mettant en œuvre la traque, voire les rafles, des « sans-papiers » : ce raccourci caricatural tient lieu de toute pensée sur le sujet, depuis la pétition des cinéastes de 1996 et les manifs où de dérisoires protestataires n’hésitaient pas à porter des étoiles jaunes pour dénoncer la prétendue similitude entre l’Etat républicain et celui de Vichy.

N’en doutons pas, ce scénario qui oppose le juge garant des libertés individuelles et le policier qui serait leur fossoyeur est tout prêt à resservir dans le débat sur les gardes à vue. Or, la Garde des Sceaux milite pour une réforme qui convienne aux sirènes droit-de-l’hommistes qui, si elle est adoptée, ne pourra qu’entraver le travail de la police.

On notera que ces amoureux des libertés individuelles n’hésitent pas à demander à la Garde des Sceaux de prendre des sanctions contre le vilain petit mouton noir nommé Zemmour. Et que fait MAM ? Elle souscrit à leur effroi suscité par cette mise en cause, elle apporte son soutien aux magistrats blessés par une parole de citoyen libre. En un mot, elle pactise avec ceux qui représentent un obstacle évident à toute réforme de la procédure pénale, qui constitue pourtant l’objectif qui lui a été assigné par l’Elysée.

Quel contraste entre cette mollassonnerie et l’image martiale d’une garde des Sceaux venus remettre un peu de rigueur au sein d’une Chancellerie désorientée par les caprices de la très glamour Rachida ! Le gaullisme dont elle se réclame doit être, comme elle le dit, très rénové pour inspirer pareille flexibilité face à une organisation syndicale qui semble polariser le débat au sein du Ministère de la Justice. C’est un peu comme si le Président de la République devait demander à Henri Guaino de tenir compte des derniers commentaires d’Olivier Besancenot pour écrire un discours sur le partage de la valeur ajoutée.

Dans la même registre, MAM s’est lancée depuis quelques semaines dans une regrettable surenchère polémique à l’endroit de Brice Hortefeux Ministre de l’Intérieur qui paie sans doute ainsi le fait d’être un ami du Président et l’hôte de cette Place Beauvau qu’elle ne voulait pas quitter : un jour, telle une austère surveillante générale, elle lui dispense des conseils sur la manière d’éradiquer le hooliganisme, un autre elle fait état de son scepticisme quant à l’aggravation des sanctions pénales dans le cas de crimes contre des personnes âgées et vulnérables. Du reste Hortefeux l’a finement renvoyée dans ses cordes, en constatant avec regret le manque de sérieux de son cabinet puisque cette proposition avait été votée par la commission des lois à l’Assemblée nationale.

Comment faut-il comprendre cette souplesse face au gauchisme judiciaire et cette dureté face au sarkozysme ? L’explication est très éloignée des principes et plus proche des cuisines, aux senteurs électoralistes et politiciennes dans la droite ligne de la IVe. MAM entend être la seule à incarner la continuité d’un chiraquisme sans Chirac qui n’aurait pas basculé chez Villepin. De ce point de vue, il faut exhumer une séquence de sa biographie politique. Cela se passe à l’approche de l’élection présidentielle de 1995, quand MAM refuse de choisir entre le Premier Ministre de l’époque Edouard Balladur et celui qui fut son mentor politique Jacques Chirac. Il est vrai qu’elle est alors elle-même Ministre de la Jeunesse et des sports du gouvernement conduit par Edouard. Elle tentera alors de faire la passerelle entre balladuriens et chiraquiens. Cette neutralité lui vaudra de voir cette offre de pacification transversale consacrée par l’obtention d’un surnom éponyme.

Tacticienne et femme d’appareil, on ne saurait le lui contester. Mais ces qualités indiscutables ne sont pas les attributs d’une femme d’Etat. Et son style d’autorité un peu revêche masque une plasticité idéologique certaine comme l’a montré l’émouvant exercice de compassion auquel elle s’est livrée à l’endroit du Syndicat de la Magistrature. Faut-il s’attendre à une cogestion du Ministère de la Justice partagée avec le bien nommé SM, comme à l’Education Nationale avec la FSU. En tout cas, elle prend bien soin de ne pas effaroucher coteries et corporatismes surtout quand ils sont bienpensants donc de gauche. Mais peut-être que tout cela ne masque, finalement, qu’une absence de pensée et d’orientation.

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La lettre de Michèle Alliot-Marie au Syndicat de la Magistrature

« Paris, le 28 janvier 2010,
Madame la Présidente,
Vous avez attiré mon attention sur les propos tenus par M. Eric Zemmour sur la radiot RTL le 26 janvier 2010, en déconçant leur caractère outrancier et la mise en cause inacceptable de magistrats, en particulier à la suite des décisions rendues par des juges des libertés et de la détention ayant eu à connaître de la situation d’étrangers en situation irrégulière.
Comme vous, j’ai été choquée par cette mise en cause, et je tiens à exprimer mon soutien aux magistrats directement visés et plus largement à l’ensemble des magistrats qui ont pu légitimement être blessés par ces propos excessifs.
J’ai fait part au directeur de la rédaction de RTL de mon indignation à la suite de ces propos, en lui rappelant que la liberté de ton et d’analyse qui caractérisent ce journaliste ne pouvaient cependant pas conduire à tenir des propos d’une part dénués de fondement et d’autre part portant atteinte à l’honneur de magistrats qui ont rendu leurs décisions en stricte application de la loi.
Je vous prie de croire, Madame la Présidente, à l’assurance de ma considération distinguée.
[et de mon souvenir fidèle et cordial]

Michèle Alliot-Marie »

PS : comme barons en foire…

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Martine Aubry. Photo La Netscouade, flickr.com
Martine Aubry. Photo La Netscouade, flickr.com
Martine Aubry. Photo La Netscouade, flickr.com

Le coup du « il vaut mieux perdre une élection que son âme », resservi par Martine Aubry et sa garde rapprochée à propos de l’élection régionale en Languedoc-Roussillon a fait long feu.

Georges Frêche, ce pelé, ce galeux est en passe d’assurer triomphalement sa réélection, avec l’aide involontaire d’une direction nationale du PS qui n’a décidément rien compris au pays qu’elle ambitionne de diriger lorsque les Français seront lassés de la droite.

Martine Aubry ne pourra même pas se prévaloir d’avoir fait chuter, au profit de l’UMP, un satrape de gauche dont les saillies douteuses, mais souvent drôles, mettent en émoi les dealers de moraline[1. Copyright Cohen et Joubert] de la bonne société parisienne.

Il est peut-être trop tôt pour le dire, mais l’offensive anti-Frêche menée depuis Solférino pourrait sonner le glas des ambitions présidentielles de la fille de Jacques Delors. On a pu lire dans ce salon une analyse subtile de Marc Cohen et Aimée Joubert soutenant la thèse que la droite aurait pris prétexte du cas Frêche pour matraquer le PS pendant toute la campagne des régionales, et aurait pu ainsi priver Martine Aubry du bénéfice d’un carton électoral plein.

Le calcul, dans cette hypothèse, est le suivant : je perds le Languedoc-Roussillon, mais dans l’honneur, et j’empoche tout le reste pour ma plus grande gloire martinienne. Dans le cas contraire, la défection des électeurs de gauche choqués par le maintien du soutien PS à la liste Frêche lui faisait courir le risque de faire moins bien qu’en 2004, ce qui pourrait fragiliser sa position à la tête du parti.

Cette stratégie mise au point par quelques bons esprits de son entourage, pour ne pas les nommer Cambadélis , Montebourg et Bartolone, avait cependant un petit défaut : le peuple de gauche n’a pas pour Georges Frêche une aversion spontanée. Ses dérapages verbaux sur les harkis, les noirs dans le 11 tricolore et la « tronche pas catholique » de Laurent Fabius ne suffisent pas à le disqualifier comme homme de gauche, dans sa région d’abord, et au-delà depuis qu’il est devenu une star des médias nationaux. Ensuite, la droite, qui n’est pas aussi stupide qu’elle en a l’air, même sous les traits de Frédéric Lefebvre, n’aurait pas été forcément amenée à harceler Martine Aubry sur le cas Frêche. L’UMP rame actuellement pour ramener à elle déçus du sarkozysme qui envisagent soit de s’abstenir, soit de revenir à leur vote FN d’avant la présidentielle de 2007. Quel intérêt alors d’attaquer la gauche au nom du non-respect de ses valeurs pour séduire un public qui n’à rien à cirer de ces mêmes valeurs ? Ne pas désavouer Frêche n’aurait, en définitive, coûté au PS que quelques voix de bobos des centre-villes, notamment à Paris, où ils auraient renforcé le score d’Europe écologie, ou du Front de Gauche…

Chacun aura pu le remarquer, les barons du PS soumis à réélection dans nos provinces n’ont pas fait montre d’un enthousiasme délirant pour le Frêche-bashing initié par la direction du parti, et relayé par les principaux médias de la capitale[2. A la notable exception d’une enquête de terrain signée Jacqueline Rémy dans le N°668 de Marianne].

D’abord parce que Frêche, pour tous ceux qui connaissent les joies et les peines de la gestion des affaires locales, ne se limite pas au gros beauf populiste qui s’amuse à en rajouter une louche chaque fois qu’il se fait épingler par les petits marquis de la plume et du micro. Dans le monde des grands élus locaux, c’est une pointure dont chacun, même ses adversaires politiques, reconnaissent les qualités de visionnaire, de bâtisseur, certes un peu mégalomaniaque, mais qui a imprimé sa marque à une ville, Montpellier, et a les mêmes ambitions pour sa région.

D’autre part, chacun des barons socialistes régionaux qui défend son bilan devant ses lecteurs est intimement persuadé que c’est à lui seul, et non à la patronne de Solferino qu’il devra son éventuelle reconduction. Et ils n’ont pas totalement tort. Ainsi, chez moi, en Rhône-Alpes, le poids personnel de Jean-Jack Queyranne excède de beaucoup celui de l’électorat de gauche traditionnel, celui qui a voté Ségolène en 2007 par exemple. C’est pourquoi il ne demande pas la bénédiction de Solferino lorsqu’il pratique l’ouverture aux radicaux valoisiens (tendance Borloo) en leur proposant une place éligible en Haute-Savoie. Son compère Gérard Collomb, maire de Lyon, soutient sans barguigner son ami Frêche, une manifestation supplémentaire d’indépendance d’un homme qui n’avait pas hésité à annoncer qu’il participerait au débat sur l’identité nationale. Dans la campagne électorale, on fait savoir gentiment et fermement que les descentes en province des cadors nationaux ne sont pas absolument nécessaires.

D’autres caciques régionaux sont moins bruyants, mais n’en pensent pas moins, en tous cas ils ne participent en aucune manière à l’assaut contre Frêche mené depuis Paris. Ils commencent à comprendre qu’ils constituent le socle le plus solide d’un PS dont la direction nationale a perdu le sens des réalités, tant elle est empêtrée dans les jeux tactiques pour la présidentielle 2012. Le fait qu’il n’y ait aucun présidentiable parmi eux (à part Ségolène, mais c’est une autre histoire…) ne doit pas donner aux candidats déclarés à l’investiture PS pour 2012 l’assurance que ces barons resteront inertes lors du processus de désignation nouveau style, celui des primaires élargies aux sympathisants de gauche. Leur poids dans le choix du champion PS sera accru : leur popularité leur permet de mobiliser en faveur de leur candidat bien au delà des militants encartés. Mon petit doigt m’a dit que Dominique Strauss-Kahn aurait retrouvé les faveurs des grands barons qui avaient, en 2007, rejoint les rangs ségolénistes. En fait ce n’est pas mon petit doigt, mais une petite phrase plutôt sympathique pour Frêche émise tout récemment par Pierre Moscovici, chargé de chauffer la place pour un éventuel retour du directeur du FMI. DSK leur apparaît aujourd’hui comme le seul susceptible de les laisser baroniser en paix, tant il est investi dans les affaires de la planète.

Pierre Goldman : révélations ou désinformation ?

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Diffusé sur Canal +, le 29 janvier, le film de Michel Despratx et Philippe Nahoum, offre sans doute une thèse inespérée à ceux qui veulent encore s’accrocher à une icône : Pierre Goldman, gauchiste condamné en 1974 pour deux meurtres, puis acquitté au bénéfice du doute en 1976, est un martyr tombé sous les balles d’un groupe para-policier fasciste en 1979, parce qu’il représentait l’anti-France dans un pays resté viscéralement pétainiste.

Une thèse audacieuse : l’exécution par le SAC
L’assassinat de Pierre Goldman le 20 septembre 1979 aurait été perpétré par les services secrets français. Le Service d’action civique, S.A.C., police parallèle créée en 1960, aurait formé un commando de quatre hommes, dont un inspecteur de la Direction de la sureté du territoire, DST, et un homme des Renseignements généraux, R.G. L’ordre, donné pour des raisons politiques, serait venu du sommet de l’État.

À l’appui de cette « révélation », les auteurs nous mettent en présence de l’image (floutée) et de la voix (déformée) d’un ancien mercenaire anonyme, baptisé Gustavo pour l’occasion. Celui-ci revendique l’assassinat aux côtés d’un autre tueur du commando, exécutant ainsi un contrat commandé un an auparavant. Toute la presse a annoncé ce film avant sa diffusion au public, tout en marquant une distance prudente, mâtinée de quelques critiques.

Passons rapidement sur une erreur historique : ce n’est pas en 1966 mais entre la fin de juillet 1968 et la fin de septembre 1969 que s’est déroulé l’engagement de Pierre Goldman dans une petite guérilla, fantasque et hors d’époque, au Venezuela[1. Pierre Goldman, Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France, Le Seuil, 1975 ; information validée par de nombreuses sources et par l’auteur], suivi de sa participation, comme guetteur, à un hold-up réussi à Puerto-la-Cruz[2. Jean Paul Dollé, L’insoumis, vies et légendes de Pierre Goldman, Grasset, 1997 ; épisode précisé par la suite par M. Prazan (voir ci-après) et validé par l’auteur].

Les auteurs du documentaire mettent en avant les nombreux détails apportés par Gustavo sur les circonstances de l’assassinat pour crédibiliser sa thèse. Parlons-en.

Hombre ou Hombres ?
Gustavo cite cette interpellation, mais au singulier (Hombre !) Tous les journaux avaient à l’époque relaté ce mot espagnol. Toutefois, selon Gustavo il aurait été lancé à Goldman par le chef du commando, pour attirer son attention, juste avant de l’abattre. Cette version correspond aux premiers témoignages, bientôt démentis par des déclarations plus fiables, affirmant que ce propos n’a pas précédé, mais suivi les tirs de balles. Par ailleurs, ce n’est pas un mot, mais une courte phrase qui a été lancée par l’un des tueurs (probablement : « Por aquí, hombres ! » ; « Par ici, les gars ! », l’un des complices indiquant par là aux autres le chemin de la fuite). Le commissaire Marcel Leclerc, chargé de l’enquête, comme les journaux de l’époque sont précis sur ce point[3. Marcel Leclerc, De l’antigang à la criminelle, Plon, 2000, ch. 5 ; voir aussi Libération, 26 septembre 1979]. Gustavo indique aussi que les hommes du commando étaient vêtus de bleus de travail, ce qui contredit les témoignages d’inspecteurs de la 9ème brigade territoriale, présents sur les lieux, au hasard d’une filature, faisant état de blue jeans et de baskets, ainsi que d’un blouson de cuir[4. Le Figaro, 22 septembre 1979].

Des armes et des balles.
Pour les armes, on le sait, il s’agissait d’un calibre de 11.43, et d’un 9 mm tiré par un P.38 (Gustavo omet toutefois de préciser qu’il s’agissait d’un P.38 « spécial »)[5. Marcel Leclerc, op. cit.]. Quant au nombre de balles ayant atteint Pierre Goldman, le film reste vague. Gustavo donne l’impression que le chef du commando, armé d’un 11.43, tire deux balles (« Il tire une fois à la volée, et une autre encore ») avant que lui-même ne tire avec son P.38. Si l’on s’en rapporte à la police, 7 balles ont atteint l’homme visé, provenant des deux calibres mentionnés[6. Marcel Leclerc, op. cit.]. « Combien de balles avez-vous tiré ? », demande-t-on à Gustavo. « Je ne me souviens pas », répond-t-il. Or, une réponse précise à cette question était capitale pour étayer sa version. Le nombre respectif de balles provenant de l’un et l’autre calibre n’a en effet pas été révélé. Des proches de l’enquête auraient pu ainsi valider le témoignage. On peine à croire que Gustavo ait oublié le nombre de coups de feu tirés par lui-même. Mais, le cas échéant, il disposait d’éléments publics pour rendre ses assertions plus crédibles. Enfin, on peut s’étonner de ce qu’avant de remettre son arme dans la sacoche d’un complice, détail important dont Gustavo s’obstine à taire la raison, il n’ait pas vérifié le nombre de balles dans le chargeur.

On s’étonnera de voir en Gustavo, ancien mercenaire, un tueur sans gages opérant par conviction. On est surpris, enfin, d’apprendre qu’il a fallu un an pour localiser un Pierre Goldman, dont la discrétion n’était pas la caractéristique majeure, et qui déambulait souvent entre le siège de Libération et une boîte de salsa, la Chapelle des Lombards. Les auteurs du film ne donnent aucun indice sur la piste suivie pour trouver le numéro de téléphone des comparses de Gustavo. L’anonymat généralisé interdit toute contre-enquête. Or, les assertions de Gustavo sur les circonstances factuelles de l’assassinat ne lui donnent aucune crédibilité. Comment le suivre sur la piste d’un « contrat » politique émanant du sommet de l’État ?

Une vengeance politique ?
En effet, la suite ne repose plus que sur la parole de Gustavo. Celui-ci rapporte les confidences du chef du commando, selon lequel l’ordre serait venu du responsable du Service d’action civique, Pierre Debizet. Ce responsable, après leur coup, aurait invité les tueurs dans son bureau pour les féliciter, leur assurer une totale impunité et leur faire savoir que les instructions venaient d’en haut, de Victor Chapot, conseiller spécial du Président Giscard d’Estaing. Ces deux responsables, Debizet et Chapot, ont disparu. « Encore une fois, il est trop facile de faire parler les morts », commente sobrement un journaliste[7. Agora Vox, 29 janvier 2010].

Sur l’implication de l’État, les propos évasifs de deux responsables de l’époque, Christian Bonnet, Ministre de l’intérieur, et Robert Pandraud, Directeur de la police, n’apportent rien de concret, et le documentaire s’efforce en vain d’en tirer des étais pour la version de l’assassinat politique.
La revendication du crime par un groupe « Honneur de la Police », qui a bouleversé l’opinion à l’époque, n’a jamais trouvé de confirmation dans les faits. On relira avec intérêt le récit, bref et clair, de l’enquête systématique menée par Marcel Leclerc, au lendemain de la mort tragique de Goldman, non seulement à l’intérieur des services de police, mais aussi des syndicats de policiers et des groupes parallèles. Ces investigations n’ont donné aucun résultat[8. Marcel Leclerc, op. cit.].

Le scénario basque
Vers la fin, les auteurs du film esquissent une thèse alternative : l’élimination de Goldman par les services secrets aurait été motivée par l’engagement de ce dernier dans l’aide aux séparatistes basques de l’E.T.A., réfugiés en France. Cette hypothèse coïncide mal avec les dires de Gustavo affirmant que l’ordre de tuer avait été donné un an auparavant, soit en août ou septembre 1978. À l’été 1978, en effet, Goldman fait un long voyage, à Caracas, où il retrouve ses compagnons préférés, et en Guadeloupe[9. Dollé, op. cit., ; cette information est recoupée par des informations prise à la source par l’auteur.]. Il bouillonne de projets, pense films, écriture. D’après des témoignages, ses contacts avec l’E.T.A. n’auraient débuté qu’à la mi-1979[10. Antoine Casubolo, La vie rêvée de Pierre Goldman, Editions Privé, 2005]. L’introduction tardive de la piste de l’E.T.A. marque donc une prise de distance de l’auteur vis-à-vis des déclarations du témoin central.

Barbouzes et truands face à la base arrière de l’E.T.A. Beaucoup plus intéressant, le scénario basque était déjà évoqué quelques jours après la mort de Goldman, dans les colonnes de Libération[11. Gilles Millet, Libération, 2 octobre 1979.]. Cette orientation est ensuite développée par Michaël Prazan[12. Michaël Prazan, Pierre Goldman, le frère de l’ombre, Le Seuil, 2004], reprenant le fil de trois enquêtes diligentées par le quotidien (notamment celle de Gilles Millet), et converge avec celle de Lucien Aimé-Blanc[13. Lucien Aimé-Blanc, L’indic et le commissaire, Plon, 2006 ; voir aussi le quotidien La Provence, 29 janvier 2010]. Pierre Goldman se serait fourvoyé, de façon brouillonne et bavarde, dans un complexe trafic d’armes mettant en présence des militants de l’E.T.A., retranchés sur le sol français, des réseaux de barbouzes espagnols y pourchassant ces derniers, des truands et des membres des services secrets français. On sait que des groupes clandestins ne peuvent opérer durablement dans leur pays sans une « base arrière » hors de leurs frontières. C’était le rôle de la France pour l’E.T.A., motivant du même coup des incursions des milices para-policières espagnoles pour saper ces appuis sur le territoire français. Tout ce monde, militants et barbouzes espagnols, déployé en terrain étranger, doit se trouver des soutiens et des pourvoyeurs d’armes. D’où la nécessité d’entrer en relation avec des réseaux mafieux (truands marseillais, notamment) et des services secrets français.

Deux thèses concurrentes, quant à l’implication de Pierre Goldman dans ces trafics et à sa suite fatale, sont proposées. Dans l’une, Goldman aurait pris des engagements pour des livraisons d’armes à l’E.T.A. et n’aurait pu les respecter. Dans l’autre, Goldman aurait découvert que les livraisons d’armes auxquelles il contribuait n’étaient pas destinées aux militants de l’E.T.A., mais aux groupes para-policiers espagnols qui les pourchassaient (les membres du G.A.L. ou leurs prédécesseurs). La pègre en effet, ne rechigne pas à vendre des armes des deux côtés. Pierre Goldman aurait alors exposé, avec véhémence, ses griefs à l’un des caïds. Ce genre d’éclat n’est pas très prisé dans le milieu. L’exécution aurait pu associer barbouzes et truands. Dans les deux cas, le motif de l’assassinat tiendrait du règlement de comptes, commandité par l’une des parties en présence, et non de la revanche politique.

Ces hypothèses ont leurs limites. Elles ne sont pas incompatibles avec la présence d’un Gustavo au moment de l’assassinat. On a aussi évoqué le rôle de Jean-Pierre Maïone-Libaude (tué en juin 1982), qui se serait vanté de son méfait, dans le commando de la place de l’abbé Georges-Hénocque, avec, en arrière-plan, ses contacts avec Lucien Aimé-Blanc, de l’antigang[14. Lucien Aimé-Blanc, op. cit.].

L’assassinat politique, un mythe salvateur
Fondé sur des bases aussi occultes que friables, le film ne convaincra que les quelques irréductibles de la version d’une vengeance politique. Les affaires de croyance, on prend en bloc ou on laisse. Le dogme Goldman, longtemps fondé sur une entreprise de confusion, repose, comme le rappelle Luc Rosenzweig, sur deux fondements, celui de l’innocence dans l’affaire des deux meurtres de Richard-Lenoir et celui de sa mort en martyr d’une revanche perpétrée par un groupe para-policier fasciste (15). Le premier pilier étant désormais mis à mal, une révélation relançant l’idée de l’assassinat politique permettrait opportunément de sauver une part du mythe.

L’auteur de ces lignes pour sa part préfère quitter le terrain des fables pour celui de l’investigation méthodique et du recoupement des sources, ce que le choix de la fiction, il espère l’avoir montré dans son livre, n’interdit nullement. Quant aux raisons et aux circonstances de l’assassinat de Pierre Goldman, l’enquête doit être poursuivie.

Élucider les deux affaires Pierre Goldman ne relève pas des débats rancis d’un autre d’âge. Le dogme entretenu autour du personnage a été mis en place, il y a trente ans, par quelques groupes. Ceux-ci voyaient dans le sauvetage d’un dernier symbole un enjeu essentiel dans la débâcle des idéologies révolutionnaires. Démystifier cette figure nous aide à élucider les constructions viciées qui perdurent aujourd’hui, autour de personnages qui se nomment, par exemple, Cesare Battisti, dont les assassinats crapuleux ont été soustraits à la justice de son pays par trop de complaisances et de mensonges de la part de responsables politiques, de ce côté-ci des Alpes.

Patria o muerte

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Valentin Pride (5)

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Pour finir cette série et souhaiter à tous une bonne Saint-Valentin, on n’a pas lésiné sur les moyens : Edith Piaf et Théo Sarapo sont de la partie. Un film de Louis Clichy.

La menace aztèque

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Les Aztèques menacent la laïcité dans les écoles de la République !
Les Aztèques menacent la laïcité dans les écoles de la République !
Les Aztèques menacent la laïcité dans les écoles de la République !

Inconnue des lobbys laïques imbus d’islamovigilance et ignorée des associations qui luttent contre les sectes, la religion aztèque se propage d’une manière inquiétante dans les écoles de la République.

Le mal venu d’Amérique centrale, refoulé jadis par Fernando Cortès et Francisco Pizzaro, a changé de visage et s’est propagé ensuite d’une manière pacifique en Europe, en attendant le jour propice pour montrer à nouveau en pleine lumière sa nature diabolique. En juillet 1998, les prêtres aztèques sentirent que ce jour n’était pas loin. La populace était prête pour la révélation du sens véritable et sanglant de ces jeux apparemment innocents que sont les jeux de balle : football, baseball, basketball, rugby ou tennis, développés et popularisés d’une manière inconsciente en Europe grâce à l’utilisation de la substance sacrée des Aztèques, le caoutchouc. Malgré toutes les protestations publiques, comme les appels désespérés du Front d’opposition à la nouvelle année, et les paroles de Houellebecq – « Quand j’erre sans notion au milieu des immeubles, je vois se profiler de nouveaux sacrifices » –, 2012 approche !

La nécessité pressante de nourrir la divinité suprême pour qu’un nouveau cycle cosmique commence, a décidé les prêtres aztèques à agir. C’est pourquoi le 18 janvier dernier à Tremblay-en-France, en Seine-Saint-Denis, leurs néophytes ont procédé à un sacrifice humain improvisé, à l’extérieur d’un collège de la République, sous les mots mêmes de Liberté, Egalité, Fraternité. Sur Europe 1, Elodie, la victime réchappée de justesse aux sacrificateurs radicaux, a décrit les modalités d’agissements de ces suppôts de Quetzalcóatl : « A l’intérieur du collège, ils choisissent quelqu’un dans la cour. Ils prennent la balle, ils se rapprochent un peu de toi, ils tirent. La boule est passée entre mes jambes et je voyais tout le monde rigoler et moi je ne comprenais pas pourquoi. Après, ils sont venus me voir, ils ont dit : « Tu es morte à la sortie. » » Ils ont été une quinzaine d’adolescents fanatisés à la rouer de coups, et seule l’intervention sacrilège d’une gardienne a empêché son âme d’être précipitée dans le monde infernal.

Les observateurs ignares et les journalistes incultes classent cette agression dans la liste infinie des méfaits de la déshérence des banlieues. Ils ignorent superbement que le jeu de la balle était un antique rituel mésoaméricain, appelé tlachtli ou ollamaliztli en nahuatl, langue des Aztèques. Il opposait classiquement deux équipes et ressemblait à un mélange de volley, de basket et de tennis. Le clou du spectacle, c’était le sacrifice de l’équipe perdante ou, du moins, de son capitaine. Les fondamentalistes aztèques de Tremblay-en-France sont allés à l’essentiel, au mépris des règles sportives, car le temps pressait. La balle, cet objet apparemment innocent, est en fait un signe religieux ostentatoire ignoré du législateur : elle représente le dieu aztèque du soleil et de la guerre, Huitzilopochtli. Faire passer la balle entre les jambes de la future victime signifie très exactement que le soleil s’abîme dans le « monde inférieur », et qu’il demande sa rançon sanguinaire. « La sortie », évoquée par les lyncheurs rigolards, a un sens ésotérique : il s’agit de la renaissance de l’astre courroucé. Aussi cette phrase apparemment anodine, « Tu es morte à la sortie » constituait rien de moins qu’une consécration expéditive de l’offrande propitiatoire. De même, le lieu choisi pour l’immolation heureusement ratée constitue en soi un message terroriste très clair, adressé par les fondamentalistes aztèques au monde libre : « Tremblez en France ! »

Les pouvoirs publics doivent agir et prendre d’urgence toutes les mesures possibles contre cette atteinte à la laïcité que constitue l’intrusion manifeste du prosélytisme aztèque dans les établissements publics. La situation est grave : la haine de tous envers tous a atteint de telles proportions dans les écoles de la République que les élèves sont devenus des proies faciles pour la première idéologie sacrificielle venue. Choisir à l’aztèque une camarade à lyncher n’est que la solution spontanée à la situation invivable dans laquelle ils se trouvent : au moins, quand ils la tabassent ensemble, ils rigolent tous et se sentent tous amis. Une étude approfondie de Sa majesté des mouches de William Golding, éclairée par les analyses de René Girard, serait un début de prise de conscience du problème. S’assurer d’abord que les collégiens et les enseignants savent toujours lire, car les Aztèques n’utilisent pas l’écriture alphabétique, mais seulement de petites icônes, appelées par les spécialistes « logogrammes », « glyphes » ou « emoticons ». 🙁

On peut toujours essayer

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On apprend à l’instant qu’Hamid Karzaï, pantin bien habillé, qui fait aujourd’hui office de président d’Afghanistan ou plutôt de maire de Kaboul-centre, a solennellement demandé aux Talibans de rendre leurs armes sans condition, alors qu’une offensive majeure des troupes de l’Otan se déroule en ce moment même. Bon, bon, bon… Alors, pour ma part, je demande solennellement à Nicolas Sarkozy de proclamer unilatéralement le socialisme réel en France, à Dieu de ressusciter les 230 000 Haïtiens morts dans le séisme de Port-au-Prince, aux dirigeants iraniens de cesser d’enrichir de l’uranium et de respecter les libertés civiles, à Toyota d’éviter d’imposer ses méthodes de production aux autres constructeurs pour qu’on puisse encore avoir une chance d’utiliser des véhicules en état de marche dans les mois qui viennent, à Eva Joly de faire preuve d’autant de rigueur lorsqu’elle parle du voile au NPA que lorsqu’elle utilisait la détention préventive comme moyen de pression et, enfin, à ma petite sœur, de me rendre ma collection d’Alix, empruntée il y a trente ans. C’est vrai, quoi, on peut toujours essayer, y a pas de raison.