Au sommaire du prochain numéro de Causeur, on vous l’a déjà dit, un dossier sur « L’Europe, fille ainée de l’Islam » qui vaudra le voyage. Ce qu’on ne vous a pas dit, en revanche, c’est que les non-abonnés, ou ceux dont l’abonnement est parvenu à échéance, pourront recevoir chez eux ce numéro 28. Par quel miracle. Eh bien en s’abonnant ou en se réabonnant dans les plus bref délais ! Magique non ?
Sexe mensonges et plein-emploi

Série en passe de devenir mythique, raflant toutes les récompenses, Mad Men réconcilie le zappeur contemporain avec un certain classicisme formel. Mais, au fond, comment la vie d’une agence de pub dans le New York des années 1960 arrive-t-elle à intéresser à ce point les téléspectateurs et critiques du monde entier ?
C’est tout d’abord que Mad Men redonne à voir un monde perdu. Celui des Trente Glorieuses, quand l’économie servait l’idée de progrès et réciproquement. Mais ce n’est là qu’un cadre général de l’action de la série. Les personnages – attachants cyniques, faibles, avec des dents qui rayent le parquet, avec des fêlures aussi – évoluent dans un monde moral aujourd’hui devenu impensable, où il est valorisant de picoler et fumer en permanence au bureau, coucher avec les secrétaires sans prendre de procès pour harcèlement, tromper son conjoint sans trop de remords, abandonner un enfant illégitime à une nourrice pour privilégier une carrière… Le succès de Mad Men tient sans doute à ce vent de liberté perdue que l’on sent souffler contre nos joues rosies de métrosexuels trop sages.
Cependant Mad Men ne brosse pas un portrait complaisant de cet Ancien régime patriarcal où les « comportements à risque » étaient socialement acceptés. Les individus qui peuplent ce monde apparemment libre y sont engoncés dans les codes sociaux, dans l’obligation de « donner le change », dans les mariages ratés… Ils se débattent, dissimulent, se mentent, trichent avec des modèles conformistes d’une époque finissante dont on sait qu’elle volera en éclat avec les beatniks, la contestation des campus, l’année 68…
Les années fumeuses, buveuses et baiseuses
Dès lors intervient peut-être une seconde raison du succès de Mad Men : l’autosatisfaction. En contemplant ces années 1960 américaines misogynes, ségrégationnistes (seuls les noirs servent des sandwichs dans les étages de bureaux), fumeuses, buveuses et baiseuses, le téléspectateur conformément moderne aime à se comparer et à se dire « comme c’est mieux maintenant ! » les bureaux, bars et chambres d’hôtel ne sentent plus la clope, les minorités ont des droits, les femmes ne se laissent plus faire, les blancs hétéros n’ont plus le pouvoir symbolique, et on met des capotes…
Esthétiquement parlant, enfin, Mad Men est une série qui s’inscrit dans l’engouement actuel pour le Vintage. Les actifs tertiaires d’aujourd’hui, ceux qui, il y a 10 ans, se rendaient à leur start-up en roller en sirotant leur jus de goyave bio et en rêvant de Kate Moss, retrouvent, par procuration, l’attrait des costumes sombres, de la gomina et des cravates fines, des Lucky Strike au coin de la bouche, du gros whisky qui tâche, et des formes abondantes de la secrétaire faussement prude.
Dès lors, Mad Men reflète-t-il une nostalgie durable pour un monde qui assumait et contrôlait les parts maudites de l’homme occidental ? Ou un simple engouement passager pour un design et quelques valeurs old school ?
Don Draper, le personnage principal, reprend un petit verre avant de répondre.
Adolescence interdite aux mineurs
N’ayant pas été voir l’expo de Larry Clarke (et pour cause, elle ne sera ouverte au public que le 8 octobre), je ne sais si ses photos olé-olé de très jeunes gens méritaient qu’on interdise l’entrée du Musée d’art moderne de la ville de Paris au moins de dix-huit ans. Cela ne m’empêchera pas, néanmoins, d’être un rien sceptique face aux accusations de censure lancées à cette occasion par les élus Verts au Conseil de Paris.
Sans même avoir eu sous les yeux les pièces du dossier, j’ai du mal à prendre au sérieux ce procès en pudibonderie instruit contre Bertrand Delanoë et son adjoint à la culture Christophe Girard. Et pourquoi pas les accuser d’homophobie, pendant qu’on y est ?
One more time !

C’est toujours ennuyeux, un dictateur qui gagne les élections. Le dimanche 26 septembre, le parti socialiste unifié vénézuélien (PSUV) et le parti communiste vénézuélien (PCV), les deux principales formations qui soutiennent le président Hugo Chavez ont remporté les législatives du 26 septembre. Apparemment, le peuple vénézuélien ne comprend rien à l’économie de marché, ni à l’actualité internationale. Il faudrait le dissoudre.
Pragmatique, donc très à gauche
On pourrait essayer par un coup d’Etat. Le coup d’Etat est une spécialité latino-américaine, mais contrairement aux empanadas, ce n’est pas dans les cuisines des barrios qu’on la prépare mais dans celle de la CIA.
Depuis quelques années, la CIA est occupée sur d’autres fronts et n’en finit plus de payer son inconséquence au moment du 11 Septembre. Ils en sont encore à rechercher des espions qui parlent arabes sans l’accent de Brooklyn. Cela laisse un peu de temps pour la construction d’un socialisme du XXIème siècle du côté de Caracas, Quito, La Paz, Managua, Montevideo. Il faut tout de même faire attention, la bête mord encore. Elle a déposé l’année dernière le président bolivarien Zelaya et l’a remplacé par un gouvernement de droite soutenu par l’armée. Zelaya, il avait fait fort, tout de même, avec son chapeau de cow-boy. Il avait été élu sur le programme d’Alain Madelin et s’était mis à faire la politique de Mélenchon. Par pragmatisme.
C’est dur à comprendre aujourd’hui, dans un monde de droite, mais dans certains pays, être pragmatique, c’est être très à gauche. Comme De Gaulle en 1945, tiens. Et puis, là, ces jours-ci c’est Correa en Equateur qui a été obligé à coups de flingue de sortir l’hosto où il recevait des soins parce qu’une partie de sa police n’était pas contente.
Partout la gauche gagne des élections, en Amérique. Même la gauche à la Lula qui est une gauche très raisonnable qui plaît à la droite. En même temps, avec une croissance à 7%, c’est facile d’enrichir les pauvres sans appauvrir les riches. Lula est de gauche parce que le Brésil est riche. Le resterait-il s’il avait pris, comme le Venezuela, le choc de la crise mondiale de 2008 de plein fouet ? Chavez, lui, il l’est resté. Il a décidé que ce ne serait pas le peuple qui paierait. On n’est pas chez Sarkozy, il s’est dit, comme ça, Chavez. Moi je vais continuer à financer la santé gratuite, l’éducation pour tous et la consommation. Je vais même faire des magasins d’Etat. On y trouve la même chose que dans les supermarchés privés (qui existent toujours) mais en moins cher. Tant pis si monsieur Casino n’est pas content, on l’a nationalisé pour lui apprendre que la distinction valeur d’usage/valeur d’échange. Quand il s’agit de nourrir une population, ça ne se fait pas. Sinon après, on revient à la situation d’avant du Venezuela, potentiellement un des pays les plus riches d’Amérique Latine où l’on crevait de faim.
Il m’a toujours fait rire, d’ailleurs, cet argument d’un Chavez finançant le socialisme dans son pays avec sa rente pétrolière. Et alors ? On a l’impression, quand on entend ça, qu’il n’y avait pas de pétrole avant Chavez, que les gisements ont été découverts, coup de chance, juste après son élection de décembre 1998. Ils faisaient quoi, les gouvernements du Venezuela, avant, avec la rente pétrolière ? Et puis si tous les pays qui avaient du pétrole étaient des modèles de développement social et humain, ça se saurait. J’aimerais bien, moi, que l’Arabie Saoudite, elle se serve de son pétrole pour l’éducation des filles et l’émancipation féminine plutôt que de couper des mains et de lapider.
Un observateur international derrière chaque votant
On aimerait bien pouvoir se dire que Chavez triche aux élections. Ce serait bien. Au Venezuela, qui a été le premier pays à initier ce mouvement que l’on appelle bolivarien et qui gagne tout le continent, il y a à peu près un observateur international derrière chaque votant. On ne sait jamais, c’est tellement vicieux, un vrai socialiste. Mais là, manque de pot, les seuls qui ont essayé de tricher dans la récente histoire électorale du Venezuela, c’est la droite. Une tentative de putsch particulièrement ridicule. Le président du Medef local, Carmona, s’est senti pousser des ailes en 2002 et a déposé Chavez en l’envoyant en prison pour moins de 36 heures après lesquelles une manifestation monstre comportant civils et militaires restés fidèles l’a ramené à son palais de Miraflores, qui ne sera pas la Moneda, désolé pour les nostalgiques de Pinochet.
Là, l’opposition a décidé de jouer le jeu démocratique. Elle s’est présentée et elle a été raisonnablement abjecte en jouant sur l’insécurité (tiens, tiens, tiens..) : on a notamment eu le droit à une photo de la morgue de Caracas en une de Nacional, le principal quotidien d’opposition. Il est actuellement poursuivi en justice pour ce qui apparaît de plus en plus clairement comme une manip de type Timisoara. L’insécurité, ça n’a pas marché plus que ça, au Venezuela. Il faut croire que ce n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c’est que le Venezuela souffrait avant Chavez de l’insécurité ET de la misère noire. Maintenant, il n’y a plus que l’insécurité. Ce n’est pas parfait, mais c’est mieux, surtout quand on vit dans une société plus juste. Ca nous rappelle ce que Ferrat chantait dans Cuba si, en 67 :
Je sais que l’on peut vivre ici pour une idée
Mais ceci est une autre affaire.
Incroyable, inouï, difficile à admettre, mais apparemment les pauvres ne se sont pas laissés avoir par la propagande médiatique. Mais comment, me direz-vous ? Chavez, ce dictateur, ne contrôle pas toute la télé ? Eh bien, non ! La première à annoncer les résultats électoraux, ce fut une chaine d’opposition, Globo TV, trop heureuse d’annoncer que la majorité des deux tiers permettant l’adoption de lois organiques ne serait pas atteinte par les partis chavistes.
Je suis très content pour la pluralité du PAV (paysage audiovisuel vénézuélien). Vraiment. Parce que moi, une télé d’opposition, en France, je n’en connais pas. Ah, si TF1, mais seulement quand la gauche est au pouvoir.
Bon, que nos libéraux ne pleurent pas trop. Il y a une élection au Venezuela en 2012. Une présidentielle, en plus. Chavez va s’y présenter. Il sera peut-être battu, le dictateur.
En attendant, puisque la même année, il y en a aussi une chez nous de présidentielle, je lui proposerais bien de faire candidat unique de la gauche de la gauche, à Chavez. Je pourrais enfin voter au premier tour pour un candidat qui fera un score à deux chiffres, ce qui ne m’est pas arrivé depuis…
Depuis jamais en fait.
Ça sent le sapin
On pensait naïvement que le suicide pour des raisons professionnelles concernait principalement les salariés de France Telecom ou les ingénieurs de Renault, en particulier ceux du technocentre de Guyancourt. Apparemment, les gardes forestiers non plus ne sont pas épargnés. Même les oiseaux et la verdure ne peuvent pas grand chose contre le management par la terreur.
17 suicides en cinq ans sur 3500 personnes, on aura beau jouer avec les statistiques, c’est tout de même beaucoup. Que les gardes forestiers s’appellent désormais « agents patrimoniaux » n’a pas du faciliter les choses mais la CGT-Forêt pointe des causes beaucoup plus évidentes : « La dégradation des conditions de travail, la perte du sens du métier et un type de management centré sur l’individu au détriment du collectif ont une fois de plus joué un rôle mortifère dans ces tragiques événements » Bon, tout n’est pas perdu : le bois pour faire les cercueils ne sera pas à chercher bien loin. Ce qui permettra une économie substantielle pour l’Office National des Forêts.
Pompes et circonstances (aggravantes)
Vous pensiez que le fin du fin du bling-bling, c’était une Rolex ? Deux chihuahuas ? Un carton pour le carré VIP de jeudi prochain, histoire de serrer la pince à Basile de Koch ? Faux ! La nouvelle tendance, – dépêchez-vous, ça bouge très vite ces petites choses-là -, c’est d’aller pieds nus.
Vous me direz que ça va vous coûter un pont en sparadraps et en mercurochrome et vous aurez raison, mais c’est comme ça ! Vous me direz aussi qu’on discrimine à plein tube et que c’est plus facile de suivre la mode sur les plages atlantiques qu’au fin fond du Vercors. Soit, mais sincèrement, si vous voulez être up to date, qu’est-ce que vous fichez au fin fond du Vercors ?
Donc, la nouvelle tendance s’appelle le barefoot. Et comme toutes les nouvelles tendances, elle ne s’épanouit pas au rayon crémerie de chez Auchan, mais plutôt dans des chemins et auberges spécialement aménagés que vous trouverez facilement au Canada ou en Nouvelle-Zélande. A défaut, rabattez-vous sur l’Allemagne, moins exotique mais plus proche, qui propose, elle aussi des randonnées spéciale va-nu-pieds. Mais, objecterez-vous, moi, dans mon pavillon, au sud de Paris, c’est plein de gravillon sur les trottoirs, et parfois pire, comment je fais pour être trendy ? On pourrait vous rétorquer que quand on veut être in, on n’habite pas en pavillon dans l’Essonne. Avec une maison de campagne dans le Vercors, tant que vous y êtes ? Mais on ne vous le rétorquera pas, parce qu’un ingénieur helvète, Karl Müller, a trouvé la solution. En 1996 ce brave homme lançait sa boîte de groles : MBT. Il a ainsi conçu toute une gamme de chaussures plus improbables les unes que les autres et que nous hésiterions à donner au Secours Catholique.

Point commun entre toutes ces horreurs, du bottillon à la sandale ? Elles reproduisent avec fidélité « l’impression de la marche pieds nus sur le sable kenyan ». Excusez du peu. Lesdites godasses sont construites en forme de V et l’on bascule à chaque pas, il paraît que c’est un progrès. Certains soupireront que le vrai progrès, c’était plutôt les talons aiguille qui vous galbaient un mollet comme personne, chaloupaient la progression de sa propriétaire et donnaient à tout moment l’occasion à Monsieur de tendre un bras viril à Mademoiselle pour éviter qu’elle se plantât les quatre fers en l’air.
Vade retro, retro ! Apprenez que même Paris Hilton est devenue accro aux godasses en V.
Même qu’elle va défiler en grandes pompes !
Brothers in arms

Eschyle, Sophocle et Euripide en auraient tiré une version moderne des Atrides, cette charmante famille mycénienne marquée par le meurtre, les coups bas et les trahisons. Encore eût-il fallu qu’ils traversent le temps et l’espace pour atterrir à Manchester ce samedi 25 septembre 2010 et assister à l’affrontement entre les deux frères Miliband. Atrée et Thyeste are back, presque trop beau pour être vrai.
L’enjeu ? Rien de moins que le contrôle du Labour, parti travailliste sorti groggy des dernières élections générales après treize ans de pouvoir, des luttes internes désastreuses, une crise financière carabinée et une guerre en Irak controversée.
À ma droite Dave, l’héritier naturel de Tony Blair et grand favori de la presse, des militants, des MP’s (les députés) et de ces dames. Hillary en raffolait. Foreign Secretary sortant, charmant, brillant, charismatique, dans la droite ligne du new labour blairiste qui a fait la paix avec l’économie de marché, accepté les principales réformes de Margaret Thatcher et envoyé les boys à Bagdad.
À ma gauche le petit frère, Ed, son exact opposé, mine chafouine, obscur ex-secrétaire d’Etat à l’énergie et au changement climatique, partisan d’un renouvellement idéologique à 180 degrés, à gauche toute option Ken Livingstone, dit Ken le rouge, ancien maire communiste de Londres. Sus au capitalisme, aux banques et à la guerre en Irak. Vivent les hausses d’impôts, le déficit des finances publiques, les promesses non chiffrées et l’Etat tout puissant. Plutôt old fashioned and egalitarian labour, donc. Son ambition est de poursuivre en les accentuant les inflexions commencées sous le gouvernement de Gordon Brown dont il était le chouchou. Gordon a sauvé le système bancaire britannique mais payé très cher l’usure de son parti.
Après la tragédie grecque, une nouvelle bataille des Anciens et des Modernes ?
À la surprise générale, c’est Ed qui a gagné d’un cheveu, d’un souffle : 50,65% contre 49,25 à son frère, obtenus grâce à l’appui des syndicats, les très puissants Unions, un tiers du collège électoral et bailleurs de fonds historiques du Labour. Le vent du changement a balayé les vieilles lunes lessivées.
Les syndicats le tiennent par les urnes
Et déjà la presse qui l’a immédiatement rebaptisé Red Ed, Ed le Rouge, joue les Cassandres. Son succès se mesurera à l’aune de son résultat aux prochaines élections générales, quand il affrontera en 2015 David Cameron, tombeur de Gordon Brown et très probable candidat des Tories. Sera-t-il la « prochaine victime du capitalisme » ? Cameron vient-il d’ores et déjà de remporter la victoire comme l’affirment cyniquement le Telegraph et l’Independant ? On saura alors si Junior n’est qu’un leader d’opposition, un Mister no de plus ou un Premier ministre potentiel, s’il est capable de convaincre l’Anglais moyen et non des syndicats tout acquis à sa cause. Or, contrairement aux Français, l’Anglais moyen est plutôt favorable à la réduction des dépenses publiques, de la dette et des impôts, il redoute comme la peste noire ceux qu’on appelle ici « les fauteurs de trouble », les partisans des grèves et les syndicats qui tiennent Ed Miliband par les urnes. Il semble que la crise financière n’ait pas pour autant restauré la foi dans l’efficacité de l’Etat. Le discours très 70’s d’Ed, ripoliné lutte des classes, pattes d’eph et sous-pulls en acrylique, risque fort de rappeler les heures les plus sombres du Labour qui n’avait dû son salut qu’à l’aggiornamento de Tony Blair.
La fenêtre de tir d’Ed Miliband est très étroite. A à peine 40 ans, il peut jouer pour un temps sur sa jeunesse et sa fraîcheur, sur celle d’une équipe renouvelée faisant la part belle aux femmes et aux minorités. Diane Abbott, rivale malheureuse des Miliband, flamboyante porte-parole des pauvres et des Jamaïcains ou Sadiq Kahn, chef de campagne d’Ed, sont d’ores et déjà sur les rangs du shadow cabinet que vont quitter la plupart des Blairistes historiques usés jusqu’à la trame, les Darling, Straw, Mandelson… et Dave. Après avoir joué pendant quelques heures à Should I stay or should I go, le frère battu jette l’éponge. Il lorgnerait vers Washington et le FMI libérable par DSK en 2012.
Il peut également faire des appels du pied à Nick Clegg, vice premier ministre et chef du Lib-Dem, en lui promettant le soutien de son parti dans la grande réforme politique à venir, celle du système électoral qui devrait sonner le glas du bipartisme britannique. Exit The winner takes it all, si Cameron respecte sa parole, une vraie proportionnelle ou un scrutin majoritaire à deux tours à la française devrait rebattre toutes les cartes et les alliances possibles. Clegg l’a déjà prouvé, il se vendra au plus offrant.
N’enterrons pas trop vite Ed le Rouge. Pour l’instant il part plutôt dans la catégorie « perdu d’avance ». Mais les Miliband apprennent très vite. Et savent survivre et s’adapter. Ils ne sont pas pour rien les enfants de deux rescapés polonais de la shoah.
Son avenir dépendra de sa capacité à se débarrasser des slogans simplistes et de ceux qui l’ont fait roi. Entre révolution tripartiste annoncée, recompositions géographiques et consécration des minorités, la vie politique britannique nous prépare quelques surprises rafraîchissantes. Jamais les miasmes parisiens n’ont été aussi loin.
A moins qu’une fois de plus le Labour ne soit rattrapé par ses démons. La guerre des roses, par exemple. Yvette Cooper, probable shadow chancelier de l’échiquier et futur numéro deux du parti… est à la ville l’épouse d’Ed Balls, encore un candidat malheureux au poste de leader du parti. Il y voyait déjà un joli lot de consolation et fait contre mauvaise fortune très mauvais cœur.
Après les Atrides, Les Feux de l’amour…
Good luck Red Ed !
Monsieur le président, écoutez votre mentor !

Monsieur le Président de la République,
Si le Premier Ministre a cru bon de rappeler, dimanche, que vous n’étiez pas son mentor, il pourrait bien que nous ayons une idée de l’identité du vôtre. D’ailleurs, le Tout-Paris médiatique relaie actuellement une information – ou une rumeur – selon laquelle vous auriez confié à celui-ci vos idées à propos de la personnalité qui devrait occuper prochainement Matignon.
Vous gagneriez, Monsieur le Président, à vous remémorer une phrase d’Edouard Balladur, puisque c’est de lui qu’il s’agit. Ce dernier, découvrant les implications de l’Arrêt Nicolo[1. Cet arrêt du Conseil d’Etat, datant de 1989, dispose qu’une loi, même postérieure à une règlementation européenne, lui est inférieure. Auparavant, le principe de loi-écran prévalait], n’aurait[2. Si j’utilise le conditionnel par prudence, je suis certain à 99,9 % d’avoir lu cette anecdote dans un ouvrage] pas caché son effarement et conclu d’une manière lapidaire : « Un jour, il faudra leur dire le mot de Cambronne ».
Leur, c’est à la fois la Commission de Bruxelles, la Cour de Justice de Luxembourg, et le Juge administratif français, lequel, depuis 1989, travaille contre la Souveraineté et les intérêts nationaux réunis en censurant au besoin la loi française, c’est à dire la voix du Peuple qu’il est censé servir.
La semaine dernière, vous n’avez pas caché votre colère devant les scandaleux propos de Madame Viviane Reding. Et on était partagé entre soulagement, étonnement et hilarité, lorsque Pierre Lellouche, chargé des affaires européennes dans votre gouvernement, rappela que la France était un pays souverain et qu’il n’avait pas à se faire dicter sa conduite par une commissaire dépourvue de légitimité démocratique[3. Ce qui tranchait à son avantage avec cette émission d’Yves Calvi au printemps dernier où il levait les yeux avec mépris lorsque Nicolas Dupont-Aignan prononçait le mot « Souveraineté »] Mon compagnon – et néanmoins camarade – Jérôme Leroy, vous a alors, dans les colonnes de Causeur, rappelé à juste titre que la Souveraineté ne se limitait point à une histoire de roulottes mal garées, manière de vous dire qu’il ne vous désapprouvait pas sur votre attitude mais qu’il vous faudrait sans doute pousser plus loin cette salutaire réaction, pour le convaincre – et moi avec – que cette notion vous redevenait familière.
Une semaine plus tard, si ce n’est pas pour discrimination, qualification la plus infamante en 2010, la Commission a tout de même lancé une procédure en infraction contre notre pays. Les Traités – que vous avez tous approuvés, sinon initié pour le dernier en date – l’y autorisent, Monsieur le Président. C’est ce système que vous avez voulu, de concert avec l’opposition socialiste qui vous conspue mais qui s’en trouve davantage cohérente que vous en soutenant Madame Reding.
On a beaucoup glosé sur la notion d’hyperprésidence ces trois dernières années. Vous n’avez à vrai dire rien fait pour que cette accusation ne vous soit pas jetée à la figure, cannibalisant les ministres et notamment le Premier d’entre eux, amorçant une re-centralisation de notre pays en souhaitant le remplacement de la taxe professionnelle par des dotations d’Etat, retirant ainsi une bonne part de l’autonomie budgétaires des féodalités locales. A Bruxelles, j’enlève le haut, et le bas à Ajaccio, disait malicieusement William Abitbol que vous avez bien dû connaître. C’est à ce haut, Monsieur le Président qu’il faut maintenant vous attaquer si vous voulez réellement retrouver les marges de manœuvre dont disposaient vos lointains prédécesseurs et que vous sembliez tant regretter il y a huit jours, humilié par les déclarations de Viviane Reding.
On l’a écrit plus haut, la Souveraineté ne se limite pas au problème de campements évacués car illégalement implantés. Aujourd’hui, la Commission propose une amende de 0,2 % du PIB – pas moins – pour les Etats qui ne se plieraient pas à leurs injonctions budgétaires. De même, l’agence Moody’s vient de dégrader la note espagnole se rapprochant encore, lentement mais sûrement, de notre pays. Il ne suffit pas de bougonner, Monsieur le Président, contre Bruxelles et le poids pris par ces agences de notation. Il faut s’en affranchir, un point c’est tout. Or, le budget qui se prépare démontre à l’évidence que vous prenez un chemin inverse. On s’est moqué ici la semaine dernière en imaginant une sitcom dont Reding, Barroso et vous étiez les anti-héros. Mais est-ce bien de la complicité comme nous le laissions entendre ? Parfois, on pourrait davantage penser que vos coups de menton cachent une faiblesse que vous reprochiez à votre prédécesseur.
L’autre jour, Jean-Luc Mélenchon a étonné son monde en ne se joignant pas au concert de ceux qui soutenaient Madame Reding contre vous. Il a démontré à cette occasion qu’il avait compris ce que le Peuple attendait au contraire de la plupart des adhérents de son parti. De même, Nicolas Dupont-Aignan vous a devancé en postant sur son blog une lettre ouverte à Madame Reding lui enjoignant de se mêler de ses fesses[4. Que Nicolas Dupont-Aignan me pardonne de ce résumé un peu rapide de sa missive. Mais c’est le message essentiel que j’en ai retenu. Et qui m’a rempli de satisfaction !] La presse internationale ne peut pas vous ménager plus mal qu’en ce moment. Qu’avez vous donc à perdre de dire enfin son fait à la Commission de Bruxelles, aux agences de notation et, pourquoi pas, à Jean-Claude Trichet et Pascal Lamy ? Rien ! En revanche, le Peuple qui a dit non le 29 mai 2005 pourrait bien vous pardonner enfin de l’avoir censuré avec le Traité de Lisbonne.
Ecoutez Balladur. Ecoutez votre mentor ! Dites leur les cinq lettres. Ainsi, pour la première fois, pourrions-nous sentir sarkozystes, ce qui ne serait pas la moindre vacherie à notre endroit. Vous priverez-vous aussi de ce plaisir ?
Causeur n°28 : Octobre vert !
Si la Révolution d’Octobre a eu lieu, chacun le sait, en novembre, Causeur d’octobre lui, paraitra très banalement en octobre. Et c’est d’ailleurs tout ce qu’il y aura de prévisible dans ce numéro 28. A part ça, en effet, que des surprises et du beau désaccord, notamment pour le dossier du mois, intitulé : « L’Europe, fille ainée de l’Islam ? » mais on y parlera aussi de Houellebecq, de Jean d’Ormesson, de Lovecraft, des primaires socialistes, des élections américaines et de plein d’autres choses, avec 100% d’articles inédits.
Bien sûr pour en profiter, il faudra être abonné ou, si besoin, vous réabonner. C’est ici que ça ce passe
Causeur 28 : une combine en or !
Au sommaire du prochain numéro de Causeur, on vous l’a déjà dit, un dossier sur « L’Europe, fille ainée de l’Islam » qui vaudra le voyage. Ce qu’on ne vous a pas dit, en revanche, c’est que les non-abonnés, ou ceux dont l’abonnement est parvenu à échéance, pourront recevoir chez eux ce numéro 28. Par quel miracle. Eh bien en s’abonnant ou en se réabonnant dans les plus bref délais ! Magique non ?
Sexe mensonges et plein-emploi

Série en passe de devenir mythique, raflant toutes les récompenses, Mad Men réconcilie le zappeur contemporain avec un certain classicisme formel. Mais, au fond, comment la vie d’une agence de pub dans le New York des années 1960 arrive-t-elle à intéresser à ce point les téléspectateurs et critiques du monde entier ?
C’est tout d’abord que Mad Men redonne à voir un monde perdu. Celui des Trente Glorieuses, quand l’économie servait l’idée de progrès et réciproquement. Mais ce n’est là qu’un cadre général de l’action de la série. Les personnages – attachants cyniques, faibles, avec des dents qui rayent le parquet, avec des fêlures aussi – évoluent dans un monde moral aujourd’hui devenu impensable, où il est valorisant de picoler et fumer en permanence au bureau, coucher avec les secrétaires sans prendre de procès pour harcèlement, tromper son conjoint sans trop de remords, abandonner un enfant illégitime à une nourrice pour privilégier une carrière… Le succès de Mad Men tient sans doute à ce vent de liberté perdue que l’on sent souffler contre nos joues rosies de métrosexuels trop sages.
Cependant Mad Men ne brosse pas un portrait complaisant de cet Ancien régime patriarcal où les « comportements à risque » étaient socialement acceptés. Les individus qui peuplent ce monde apparemment libre y sont engoncés dans les codes sociaux, dans l’obligation de « donner le change », dans les mariages ratés… Ils se débattent, dissimulent, se mentent, trichent avec des modèles conformistes d’une époque finissante dont on sait qu’elle volera en éclat avec les beatniks, la contestation des campus, l’année 68…
Les années fumeuses, buveuses et baiseuses
Dès lors intervient peut-être une seconde raison du succès de Mad Men : l’autosatisfaction. En contemplant ces années 1960 américaines misogynes, ségrégationnistes (seuls les noirs servent des sandwichs dans les étages de bureaux), fumeuses, buveuses et baiseuses, le téléspectateur conformément moderne aime à se comparer et à se dire « comme c’est mieux maintenant ! » les bureaux, bars et chambres d’hôtel ne sentent plus la clope, les minorités ont des droits, les femmes ne se laissent plus faire, les blancs hétéros n’ont plus le pouvoir symbolique, et on met des capotes…
Esthétiquement parlant, enfin, Mad Men est une série qui s’inscrit dans l’engouement actuel pour le Vintage. Les actifs tertiaires d’aujourd’hui, ceux qui, il y a 10 ans, se rendaient à leur start-up en roller en sirotant leur jus de goyave bio et en rêvant de Kate Moss, retrouvent, par procuration, l’attrait des costumes sombres, de la gomina et des cravates fines, des Lucky Strike au coin de la bouche, du gros whisky qui tâche, et des formes abondantes de la secrétaire faussement prude.
Dès lors, Mad Men reflète-t-il une nostalgie durable pour un monde qui assumait et contrôlait les parts maudites de l’homme occidental ? Ou un simple engouement passager pour un design et quelques valeurs old school ?
Don Draper, le personnage principal, reprend un petit verre avant de répondre.
Adolescence interdite aux mineurs
N’ayant pas été voir l’expo de Larry Clarke (et pour cause, elle ne sera ouverte au public que le 8 octobre), je ne sais si ses photos olé-olé de très jeunes gens méritaient qu’on interdise l’entrée du Musée d’art moderne de la ville de Paris au moins de dix-huit ans. Cela ne m’empêchera pas, néanmoins, d’être un rien sceptique face aux accusations de censure lancées à cette occasion par les élus Verts au Conseil de Paris.
Sans même avoir eu sous les yeux les pièces du dossier, j’ai du mal à prendre au sérieux ce procès en pudibonderie instruit contre Bertrand Delanoë et son adjoint à la culture Christophe Girard. Et pourquoi pas les accuser d’homophobie, pendant qu’on y est ?
One more time !

C’est toujours ennuyeux, un dictateur qui gagne les élections. Le dimanche 26 septembre, le parti socialiste unifié vénézuélien (PSUV) et le parti communiste vénézuélien (PCV), les deux principales formations qui soutiennent le président Hugo Chavez ont remporté les législatives du 26 septembre. Apparemment, le peuple vénézuélien ne comprend rien à l’économie de marché, ni à l’actualité internationale. Il faudrait le dissoudre.
Pragmatique, donc très à gauche
On pourrait essayer par un coup d’Etat. Le coup d’Etat est une spécialité latino-américaine, mais contrairement aux empanadas, ce n’est pas dans les cuisines des barrios qu’on la prépare mais dans celle de la CIA.
Depuis quelques années, la CIA est occupée sur d’autres fronts et n’en finit plus de payer son inconséquence au moment du 11 Septembre. Ils en sont encore à rechercher des espions qui parlent arabes sans l’accent de Brooklyn. Cela laisse un peu de temps pour la construction d’un socialisme du XXIème siècle du côté de Caracas, Quito, La Paz, Managua, Montevideo. Il faut tout de même faire attention, la bête mord encore. Elle a déposé l’année dernière le président bolivarien Zelaya et l’a remplacé par un gouvernement de droite soutenu par l’armée. Zelaya, il avait fait fort, tout de même, avec son chapeau de cow-boy. Il avait été élu sur le programme d’Alain Madelin et s’était mis à faire la politique de Mélenchon. Par pragmatisme.
C’est dur à comprendre aujourd’hui, dans un monde de droite, mais dans certains pays, être pragmatique, c’est être très à gauche. Comme De Gaulle en 1945, tiens. Et puis, là, ces jours-ci c’est Correa en Equateur qui a été obligé à coups de flingue de sortir l’hosto où il recevait des soins parce qu’une partie de sa police n’était pas contente.
Partout la gauche gagne des élections, en Amérique. Même la gauche à la Lula qui est une gauche très raisonnable qui plaît à la droite. En même temps, avec une croissance à 7%, c’est facile d’enrichir les pauvres sans appauvrir les riches. Lula est de gauche parce que le Brésil est riche. Le resterait-il s’il avait pris, comme le Venezuela, le choc de la crise mondiale de 2008 de plein fouet ? Chavez, lui, il l’est resté. Il a décidé que ce ne serait pas le peuple qui paierait. On n’est pas chez Sarkozy, il s’est dit, comme ça, Chavez. Moi je vais continuer à financer la santé gratuite, l’éducation pour tous et la consommation. Je vais même faire des magasins d’Etat. On y trouve la même chose que dans les supermarchés privés (qui existent toujours) mais en moins cher. Tant pis si monsieur Casino n’est pas content, on l’a nationalisé pour lui apprendre que la distinction valeur d’usage/valeur d’échange. Quand il s’agit de nourrir une population, ça ne se fait pas. Sinon après, on revient à la situation d’avant du Venezuela, potentiellement un des pays les plus riches d’Amérique Latine où l’on crevait de faim.
Il m’a toujours fait rire, d’ailleurs, cet argument d’un Chavez finançant le socialisme dans son pays avec sa rente pétrolière. Et alors ? On a l’impression, quand on entend ça, qu’il n’y avait pas de pétrole avant Chavez, que les gisements ont été découverts, coup de chance, juste après son élection de décembre 1998. Ils faisaient quoi, les gouvernements du Venezuela, avant, avec la rente pétrolière ? Et puis si tous les pays qui avaient du pétrole étaient des modèles de développement social et humain, ça se saurait. J’aimerais bien, moi, que l’Arabie Saoudite, elle se serve de son pétrole pour l’éducation des filles et l’émancipation féminine plutôt que de couper des mains et de lapider.
Un observateur international derrière chaque votant
On aimerait bien pouvoir se dire que Chavez triche aux élections. Ce serait bien. Au Venezuela, qui a été le premier pays à initier ce mouvement que l’on appelle bolivarien et qui gagne tout le continent, il y a à peu près un observateur international derrière chaque votant. On ne sait jamais, c’est tellement vicieux, un vrai socialiste. Mais là, manque de pot, les seuls qui ont essayé de tricher dans la récente histoire électorale du Venezuela, c’est la droite. Une tentative de putsch particulièrement ridicule. Le président du Medef local, Carmona, s’est senti pousser des ailes en 2002 et a déposé Chavez en l’envoyant en prison pour moins de 36 heures après lesquelles une manifestation monstre comportant civils et militaires restés fidèles l’a ramené à son palais de Miraflores, qui ne sera pas la Moneda, désolé pour les nostalgiques de Pinochet.
Là, l’opposition a décidé de jouer le jeu démocratique. Elle s’est présentée et elle a été raisonnablement abjecte en jouant sur l’insécurité (tiens, tiens, tiens..) : on a notamment eu le droit à une photo de la morgue de Caracas en une de Nacional, le principal quotidien d’opposition. Il est actuellement poursuivi en justice pour ce qui apparaît de plus en plus clairement comme une manip de type Timisoara. L’insécurité, ça n’a pas marché plus que ça, au Venezuela. Il faut croire que ce n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c’est que le Venezuela souffrait avant Chavez de l’insécurité ET de la misère noire. Maintenant, il n’y a plus que l’insécurité. Ce n’est pas parfait, mais c’est mieux, surtout quand on vit dans une société plus juste. Ca nous rappelle ce que Ferrat chantait dans Cuba si, en 67 :
Je sais que l’on peut vivre ici pour une idée
Mais ceci est une autre affaire.
Incroyable, inouï, difficile à admettre, mais apparemment les pauvres ne se sont pas laissés avoir par la propagande médiatique. Mais comment, me direz-vous ? Chavez, ce dictateur, ne contrôle pas toute la télé ? Eh bien, non ! La première à annoncer les résultats électoraux, ce fut une chaine d’opposition, Globo TV, trop heureuse d’annoncer que la majorité des deux tiers permettant l’adoption de lois organiques ne serait pas atteinte par les partis chavistes.
Je suis très content pour la pluralité du PAV (paysage audiovisuel vénézuélien). Vraiment. Parce que moi, une télé d’opposition, en France, je n’en connais pas. Ah, si TF1, mais seulement quand la gauche est au pouvoir.
Bon, que nos libéraux ne pleurent pas trop. Il y a une élection au Venezuela en 2012. Une présidentielle, en plus. Chavez va s’y présenter. Il sera peut-être battu, le dictateur.
En attendant, puisque la même année, il y en a aussi une chez nous de présidentielle, je lui proposerais bien de faire candidat unique de la gauche de la gauche, à Chavez. Je pourrais enfin voter au premier tour pour un candidat qui fera un score à deux chiffres, ce qui ne m’est pas arrivé depuis…
Depuis jamais en fait.
Ça sent le sapin
On pensait naïvement que le suicide pour des raisons professionnelles concernait principalement les salariés de France Telecom ou les ingénieurs de Renault, en particulier ceux du technocentre de Guyancourt. Apparemment, les gardes forestiers non plus ne sont pas épargnés. Même les oiseaux et la verdure ne peuvent pas grand chose contre le management par la terreur.
17 suicides en cinq ans sur 3500 personnes, on aura beau jouer avec les statistiques, c’est tout de même beaucoup. Que les gardes forestiers s’appellent désormais « agents patrimoniaux » n’a pas du faciliter les choses mais la CGT-Forêt pointe des causes beaucoup plus évidentes : « La dégradation des conditions de travail, la perte du sens du métier et un type de management centré sur l’individu au détriment du collectif ont une fois de plus joué un rôle mortifère dans ces tragiques événements » Bon, tout n’est pas perdu : le bois pour faire les cercueils ne sera pas à chercher bien loin. Ce qui permettra une économie substantielle pour l’Office National des Forêts.
Pompes et circonstances (aggravantes)
Vous pensiez que le fin du fin du bling-bling, c’était une Rolex ? Deux chihuahuas ? Un carton pour le carré VIP de jeudi prochain, histoire de serrer la pince à Basile de Koch ? Faux ! La nouvelle tendance, – dépêchez-vous, ça bouge très vite ces petites choses-là -, c’est d’aller pieds nus.
Vous me direz que ça va vous coûter un pont en sparadraps et en mercurochrome et vous aurez raison, mais c’est comme ça ! Vous me direz aussi qu’on discrimine à plein tube et que c’est plus facile de suivre la mode sur les plages atlantiques qu’au fin fond du Vercors. Soit, mais sincèrement, si vous voulez être up to date, qu’est-ce que vous fichez au fin fond du Vercors ?
Donc, la nouvelle tendance s’appelle le barefoot. Et comme toutes les nouvelles tendances, elle ne s’épanouit pas au rayon crémerie de chez Auchan, mais plutôt dans des chemins et auberges spécialement aménagés que vous trouverez facilement au Canada ou en Nouvelle-Zélande. A défaut, rabattez-vous sur l’Allemagne, moins exotique mais plus proche, qui propose, elle aussi des randonnées spéciale va-nu-pieds. Mais, objecterez-vous, moi, dans mon pavillon, au sud de Paris, c’est plein de gravillon sur les trottoirs, et parfois pire, comment je fais pour être trendy ? On pourrait vous rétorquer que quand on veut être in, on n’habite pas en pavillon dans l’Essonne. Avec une maison de campagne dans le Vercors, tant que vous y êtes ? Mais on ne vous le rétorquera pas, parce qu’un ingénieur helvète, Karl Müller, a trouvé la solution. En 1996 ce brave homme lançait sa boîte de groles : MBT. Il a ainsi conçu toute une gamme de chaussures plus improbables les unes que les autres et que nous hésiterions à donner au Secours Catholique.

Point commun entre toutes ces horreurs, du bottillon à la sandale ? Elles reproduisent avec fidélité « l’impression de la marche pieds nus sur le sable kenyan ». Excusez du peu. Lesdites godasses sont construites en forme de V et l’on bascule à chaque pas, il paraît que c’est un progrès. Certains soupireront que le vrai progrès, c’était plutôt les talons aiguille qui vous galbaient un mollet comme personne, chaloupaient la progression de sa propriétaire et donnaient à tout moment l’occasion à Monsieur de tendre un bras viril à Mademoiselle pour éviter qu’elle se plantât les quatre fers en l’air.
Vade retro, retro ! Apprenez que même Paris Hilton est devenue accro aux godasses en V.
Même qu’elle va défiler en grandes pompes !
Brothers in arms

Eschyle, Sophocle et Euripide en auraient tiré une version moderne des Atrides, cette charmante famille mycénienne marquée par le meurtre, les coups bas et les trahisons. Encore eût-il fallu qu’ils traversent le temps et l’espace pour atterrir à Manchester ce samedi 25 septembre 2010 et assister à l’affrontement entre les deux frères Miliband. Atrée et Thyeste are back, presque trop beau pour être vrai.
L’enjeu ? Rien de moins que le contrôle du Labour, parti travailliste sorti groggy des dernières élections générales après treize ans de pouvoir, des luttes internes désastreuses, une crise financière carabinée et une guerre en Irak controversée.
À ma droite Dave, l’héritier naturel de Tony Blair et grand favori de la presse, des militants, des MP’s (les députés) et de ces dames. Hillary en raffolait. Foreign Secretary sortant, charmant, brillant, charismatique, dans la droite ligne du new labour blairiste qui a fait la paix avec l’économie de marché, accepté les principales réformes de Margaret Thatcher et envoyé les boys à Bagdad.
À ma gauche le petit frère, Ed, son exact opposé, mine chafouine, obscur ex-secrétaire d’Etat à l’énergie et au changement climatique, partisan d’un renouvellement idéologique à 180 degrés, à gauche toute option Ken Livingstone, dit Ken le rouge, ancien maire communiste de Londres. Sus au capitalisme, aux banques et à la guerre en Irak. Vivent les hausses d’impôts, le déficit des finances publiques, les promesses non chiffrées et l’Etat tout puissant. Plutôt old fashioned and egalitarian labour, donc. Son ambition est de poursuivre en les accentuant les inflexions commencées sous le gouvernement de Gordon Brown dont il était le chouchou. Gordon a sauvé le système bancaire britannique mais payé très cher l’usure de son parti.
Après la tragédie grecque, une nouvelle bataille des Anciens et des Modernes ?
À la surprise générale, c’est Ed qui a gagné d’un cheveu, d’un souffle : 50,65% contre 49,25 à son frère, obtenus grâce à l’appui des syndicats, les très puissants Unions, un tiers du collège électoral et bailleurs de fonds historiques du Labour. Le vent du changement a balayé les vieilles lunes lessivées.
Les syndicats le tiennent par les urnes
Et déjà la presse qui l’a immédiatement rebaptisé Red Ed, Ed le Rouge, joue les Cassandres. Son succès se mesurera à l’aune de son résultat aux prochaines élections générales, quand il affrontera en 2015 David Cameron, tombeur de Gordon Brown et très probable candidat des Tories. Sera-t-il la « prochaine victime du capitalisme » ? Cameron vient-il d’ores et déjà de remporter la victoire comme l’affirment cyniquement le Telegraph et l’Independant ? On saura alors si Junior n’est qu’un leader d’opposition, un Mister no de plus ou un Premier ministre potentiel, s’il est capable de convaincre l’Anglais moyen et non des syndicats tout acquis à sa cause. Or, contrairement aux Français, l’Anglais moyen est plutôt favorable à la réduction des dépenses publiques, de la dette et des impôts, il redoute comme la peste noire ceux qu’on appelle ici « les fauteurs de trouble », les partisans des grèves et les syndicats qui tiennent Ed Miliband par les urnes. Il semble que la crise financière n’ait pas pour autant restauré la foi dans l’efficacité de l’Etat. Le discours très 70’s d’Ed, ripoliné lutte des classes, pattes d’eph et sous-pulls en acrylique, risque fort de rappeler les heures les plus sombres du Labour qui n’avait dû son salut qu’à l’aggiornamento de Tony Blair.
La fenêtre de tir d’Ed Miliband est très étroite. A à peine 40 ans, il peut jouer pour un temps sur sa jeunesse et sa fraîcheur, sur celle d’une équipe renouvelée faisant la part belle aux femmes et aux minorités. Diane Abbott, rivale malheureuse des Miliband, flamboyante porte-parole des pauvres et des Jamaïcains ou Sadiq Kahn, chef de campagne d’Ed, sont d’ores et déjà sur les rangs du shadow cabinet que vont quitter la plupart des Blairistes historiques usés jusqu’à la trame, les Darling, Straw, Mandelson… et Dave. Après avoir joué pendant quelques heures à Should I stay or should I go, le frère battu jette l’éponge. Il lorgnerait vers Washington et le FMI libérable par DSK en 2012.
Il peut également faire des appels du pied à Nick Clegg, vice premier ministre et chef du Lib-Dem, en lui promettant le soutien de son parti dans la grande réforme politique à venir, celle du système électoral qui devrait sonner le glas du bipartisme britannique. Exit The winner takes it all, si Cameron respecte sa parole, une vraie proportionnelle ou un scrutin majoritaire à deux tours à la française devrait rebattre toutes les cartes et les alliances possibles. Clegg l’a déjà prouvé, il se vendra au plus offrant.
N’enterrons pas trop vite Ed le Rouge. Pour l’instant il part plutôt dans la catégorie « perdu d’avance ». Mais les Miliband apprennent très vite. Et savent survivre et s’adapter. Ils ne sont pas pour rien les enfants de deux rescapés polonais de la shoah.
Son avenir dépendra de sa capacité à se débarrasser des slogans simplistes et de ceux qui l’ont fait roi. Entre révolution tripartiste annoncée, recompositions géographiques et consécration des minorités, la vie politique britannique nous prépare quelques surprises rafraîchissantes. Jamais les miasmes parisiens n’ont été aussi loin.
A moins qu’une fois de plus le Labour ne soit rattrapé par ses démons. La guerre des roses, par exemple. Yvette Cooper, probable shadow chancelier de l’échiquier et futur numéro deux du parti… est à la ville l’épouse d’Ed Balls, encore un candidat malheureux au poste de leader du parti. Il y voyait déjà un joli lot de consolation et fait contre mauvaise fortune très mauvais cœur.
Après les Atrides, Les Feux de l’amour…
Good luck Red Ed !
Monsieur le président, écoutez votre mentor !

Monsieur le Président de la République,
Si le Premier Ministre a cru bon de rappeler, dimanche, que vous n’étiez pas son mentor, il pourrait bien que nous ayons une idée de l’identité du vôtre. D’ailleurs, le Tout-Paris médiatique relaie actuellement une information – ou une rumeur – selon laquelle vous auriez confié à celui-ci vos idées à propos de la personnalité qui devrait occuper prochainement Matignon.
Vous gagneriez, Monsieur le Président, à vous remémorer une phrase d’Edouard Balladur, puisque c’est de lui qu’il s’agit. Ce dernier, découvrant les implications de l’Arrêt Nicolo[1. Cet arrêt du Conseil d’Etat, datant de 1989, dispose qu’une loi, même postérieure à une règlementation européenne, lui est inférieure. Auparavant, le principe de loi-écran prévalait], n’aurait[2. Si j’utilise le conditionnel par prudence, je suis certain à 99,9 % d’avoir lu cette anecdote dans un ouvrage] pas caché son effarement et conclu d’une manière lapidaire : « Un jour, il faudra leur dire le mot de Cambronne ».
Leur, c’est à la fois la Commission de Bruxelles, la Cour de Justice de Luxembourg, et le Juge administratif français, lequel, depuis 1989, travaille contre la Souveraineté et les intérêts nationaux réunis en censurant au besoin la loi française, c’est à dire la voix du Peuple qu’il est censé servir.
La semaine dernière, vous n’avez pas caché votre colère devant les scandaleux propos de Madame Viviane Reding. Et on était partagé entre soulagement, étonnement et hilarité, lorsque Pierre Lellouche, chargé des affaires européennes dans votre gouvernement, rappela que la France était un pays souverain et qu’il n’avait pas à se faire dicter sa conduite par une commissaire dépourvue de légitimité démocratique[3. Ce qui tranchait à son avantage avec cette émission d’Yves Calvi au printemps dernier où il levait les yeux avec mépris lorsque Nicolas Dupont-Aignan prononçait le mot « Souveraineté »] Mon compagnon – et néanmoins camarade – Jérôme Leroy, vous a alors, dans les colonnes de Causeur, rappelé à juste titre que la Souveraineté ne se limitait point à une histoire de roulottes mal garées, manière de vous dire qu’il ne vous désapprouvait pas sur votre attitude mais qu’il vous faudrait sans doute pousser plus loin cette salutaire réaction, pour le convaincre – et moi avec – que cette notion vous redevenait familière.
Une semaine plus tard, si ce n’est pas pour discrimination, qualification la plus infamante en 2010, la Commission a tout de même lancé une procédure en infraction contre notre pays. Les Traités – que vous avez tous approuvés, sinon initié pour le dernier en date – l’y autorisent, Monsieur le Président. C’est ce système que vous avez voulu, de concert avec l’opposition socialiste qui vous conspue mais qui s’en trouve davantage cohérente que vous en soutenant Madame Reding.
On a beaucoup glosé sur la notion d’hyperprésidence ces trois dernières années. Vous n’avez à vrai dire rien fait pour que cette accusation ne vous soit pas jetée à la figure, cannibalisant les ministres et notamment le Premier d’entre eux, amorçant une re-centralisation de notre pays en souhaitant le remplacement de la taxe professionnelle par des dotations d’Etat, retirant ainsi une bonne part de l’autonomie budgétaires des féodalités locales. A Bruxelles, j’enlève le haut, et le bas à Ajaccio, disait malicieusement William Abitbol que vous avez bien dû connaître. C’est à ce haut, Monsieur le Président qu’il faut maintenant vous attaquer si vous voulez réellement retrouver les marges de manœuvre dont disposaient vos lointains prédécesseurs et que vous sembliez tant regretter il y a huit jours, humilié par les déclarations de Viviane Reding.
On l’a écrit plus haut, la Souveraineté ne se limite pas au problème de campements évacués car illégalement implantés. Aujourd’hui, la Commission propose une amende de 0,2 % du PIB – pas moins – pour les Etats qui ne se plieraient pas à leurs injonctions budgétaires. De même, l’agence Moody’s vient de dégrader la note espagnole se rapprochant encore, lentement mais sûrement, de notre pays. Il ne suffit pas de bougonner, Monsieur le Président, contre Bruxelles et le poids pris par ces agences de notation. Il faut s’en affranchir, un point c’est tout. Or, le budget qui se prépare démontre à l’évidence que vous prenez un chemin inverse. On s’est moqué ici la semaine dernière en imaginant une sitcom dont Reding, Barroso et vous étiez les anti-héros. Mais est-ce bien de la complicité comme nous le laissions entendre ? Parfois, on pourrait davantage penser que vos coups de menton cachent une faiblesse que vous reprochiez à votre prédécesseur.
L’autre jour, Jean-Luc Mélenchon a étonné son monde en ne se joignant pas au concert de ceux qui soutenaient Madame Reding contre vous. Il a démontré à cette occasion qu’il avait compris ce que le Peuple attendait au contraire de la plupart des adhérents de son parti. De même, Nicolas Dupont-Aignan vous a devancé en postant sur son blog une lettre ouverte à Madame Reding lui enjoignant de se mêler de ses fesses[4. Que Nicolas Dupont-Aignan me pardonne de ce résumé un peu rapide de sa missive. Mais c’est le message essentiel que j’en ai retenu. Et qui m’a rempli de satisfaction !] La presse internationale ne peut pas vous ménager plus mal qu’en ce moment. Qu’avez vous donc à perdre de dire enfin son fait à la Commission de Bruxelles, aux agences de notation et, pourquoi pas, à Jean-Claude Trichet et Pascal Lamy ? Rien ! En revanche, le Peuple qui a dit non le 29 mai 2005 pourrait bien vous pardonner enfin de l’avoir censuré avec le Traité de Lisbonne.
Ecoutez Balladur. Ecoutez votre mentor ! Dites leur les cinq lettres. Ainsi, pour la première fois, pourrions-nous sentir sarkozystes, ce qui ne serait pas la moindre vacherie à notre endroit. Vous priverez-vous aussi de ce plaisir ?
Causeur n°28 : Octobre vert !
Si la Révolution d’Octobre a eu lieu, chacun le sait, en novembre, Causeur d’octobre lui, paraitra très banalement en octobre. Et c’est d’ailleurs tout ce qu’il y aura de prévisible dans ce numéro 28. A part ça, en effet, que des surprises et du beau désaccord, notamment pour le dossier du mois, intitulé : « L’Europe, fille ainée de l’Islam ? » mais on y parlera aussi de Houellebecq, de Jean d’Ormesson, de Lovecraft, des primaires socialistes, des élections américaines et de plein d’autres choses, avec 100% d’articles inédits.
Bien sûr pour en profiter, il faudra être abonné ou, si besoin, vous réabonner. C’est ici que ça ce passe


