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Sexe mensonges et plein-emploi

Sexe mensonges et plein-emploi

Série en passe de devenir mythique, raflant toutes les récompenses, Mad Men réconcilie le zappeur contemporain avec un certain classicisme formel. Mais, au fond, comment la vie d’une agence de pub dans le New York des années 1960 arrive-t-elle à intéresser à ce point les téléspectateurs et critiques du monde entier ?

C’est tout d’abord que Mad Men redonne à voir un monde perdu. Celui des Trente Glorieuses, quand l’économie servait l’idée de progrès et réciproquement. Mais ce n’est là qu’un cadre général de l’action de la série. Les personnages – attachants cyniques, faibles, avec des dents qui rayent le parquet, avec des fêlures aussi – évoluent dans un monde moral aujourd’hui devenu impensable, où il est valorisant de picoler et fumer en permanence au bureau, coucher avec les secrétaires sans prendre de procès pour harcèlement, tromper son conjoint sans trop de remords, abandonner un enfant illégitime à une nourrice pour privilégier une carrière… Le succès de Mad Men tient sans doute à ce vent de liberté perdue que l’on sent souffler contre nos joues rosies de métrosexuels trop sages.

Cependant Mad Men ne brosse pas un portrait complaisant de cet Ancien régime patriarcal où les « comportements à risque » étaient socialement acceptés. Les individus qui peuplent ce monde apparemment libre y sont engoncés dans les codes sociaux, dans l’obligation de « donner le change », dans les mariages ratés… Ils se débattent, dissimulent, se mentent, trichent avec des modèles conformistes d’une époque finissante dont on sait qu’elle volera en éclat avec les beatniks, la contestation des campus, l’année 68…

Les années fumeuses, buveuses et baiseuses

Dès lors intervient peut-être une seconde raison du succès de Mad Men : l’autosatisfaction. En contemplant ces années 1960 américaines misogynes, ségrégationnistes (seuls les noirs servent des sandwichs dans les étages de bureaux), fumeuses, buveuses et baiseuses, le téléspectateur conformément moderne aime à se comparer et à se dire « comme c’est mieux maintenant ! » les bureaux, bars et chambres d’hôtel ne sentent plus la clope, les minorités ont des droits, les femmes ne se laissent plus faire, les blancs hétéros n’ont plus le pouvoir symbolique, et on met des capotes…

Esthétiquement parlant, enfin, Mad Men est une série qui s’inscrit dans l’engouement actuel pour le Vintage. Les actifs tertiaires d’aujourd’hui, ceux qui, il y a 10 ans, se rendaient à leur start-up en roller en sirotant leur jus de goyave bio et en rêvant de Kate Moss, retrouvent, par procuration, l’attrait des costumes sombres, de la gomina et des cravates fines, des Lucky Strike au coin de la bouche, du gros whisky qui tâche, et des formes abondantes de la secrétaire faussement prude.

Dès lors, Mad Men reflète-t-il une nostalgie durable pour un monde qui assumait et contrôlait les parts maudites de l’homme occidental ? Ou un simple engouement passager pour un design et quelques valeurs old school ?

Don Draper, le personnage principal, reprend un petit verre avant de répondre.


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