Photo : Julien

Monsieur le Président de la République,

Si le Premier Ministre a cru bon de rappeler, dimanche, que vous n’étiez pas son mentor, il pourrait bien que nous ayons une idée de l’identité du vôtre. D’ailleurs, le Tout-Paris médiatique relaie actuellement une information – ou une rumeur – selon laquelle vous auriez confié à celui-ci vos idées à propos de la personnalité qui devrait occuper prochainement Matignon.

Vous gagneriez, Monsieur le Président, à vous remémorer une phrase d’Edouard Balladur, puisque c’est de lui qu’il s’agit. Ce dernier, découvrant les implications de l’Arrêt Nicolo[1. Cet arrêt du Conseil d’Etat, datant de 1989, dispose qu’une loi, même postérieure à une règlementation européenne, lui est inférieure. Auparavant, le principe de loi-écran prévalait], n’aurait[2. Si j’utilise le conditionnel par prudence, je suis certain à 99,9 % d’avoir lu cette anecdote dans un ouvrage] pas caché son effarement et conclu d’une manière lapidaire : « Un jour, il faudra leur dire le mot de Cambronne ».

Leur, c’est à la fois la Commission de Bruxelles, la Cour de Justice de Luxembourg, et le Juge administratif français, lequel, depuis 1989, travaille contre la Souveraineté et les intérêts nationaux réunis en censurant au besoin la loi française, c’est à dire la voix du Peuple qu’il est censé servir.

La semaine dernière, vous n’avez pas caché votre colère devant les scandaleux propos de Madame Viviane Reding. Et on était partagé entre soulagement, étonnement et hilarité, lorsque Pierre Lellouche, chargé des affaires européennes dans votre gouvernement, rappela que la France était un pays souverain et qu’il n’avait pas à se faire dicter sa conduite par une commissaire dépourvue de légitimité démocratique[3. Ce qui tranchait à son avantage avec cette émission d’Yves Calvi au printemps dernier où il levait les yeux avec mépris lorsque Nicolas Dupont-Aignan prononçait le mot « Souveraineté »] Mon compagnon – et néanmoins camarade – Jérôme Leroy, vous a alors, dans les colonnes de Causeur, rappelé à juste titre que la Souveraineté ne se limitait point à une histoire de roulottes mal garées, manière de vous dire qu’il ne vous désapprouvait pas sur votre attitude mais qu’il vous faudrait sans doute pousser plus loin cette salutaire réaction, pour le convaincre – et moi avec – que cette notion vous redevenait familière.

Une semaine plus tard, si ce n’est pas pour discrimination, qualification la plus infamante en 2010, la Commission a tout de même lancé une procédure en infraction contre notre pays. Les Traités – que vous avez tous approuvés, sinon initié pour le dernier en date – l’y autorisent, Monsieur le Président. C’est ce système que vous avez voulu, de concert avec l’opposition socialiste qui vous conspue mais qui s’en trouve davantage cohérente que vous en soutenant Madame Reding.

On a beaucoup glosé sur la notion d’hyperprésidence ces trois dernières années. Vous n’avez à vrai dire rien fait pour que cette accusation ne vous soit pas jetée à la figure, cannibalisant les ministres et notamment le Premier d’entre eux, amorçant une re-centralisation de notre pays en souhaitant le remplacement de la taxe professionnelle par des dotations d’Etat, retirant ainsi une bonne part de l’autonomie budgétaires des féodalités locales. A Bruxelles, j’enlève le haut, et le bas à Ajaccio, disait malicieusement William Abitbol que vous avez bien dû connaître. C’est à ce haut, Monsieur le Président qu’il faut maintenant vous attaquer si vous voulez réellement retrouver les marges de manœuvre dont disposaient vos lointains prédécesseurs et que vous sembliez tant regretter il y a huit jours, humilié par les déclarations de Viviane Reding.

On l’a écrit plus haut, la Souveraineté ne se limite pas au problème de campements évacués car illégalement implantés. Aujourd’hui, la Commission propose une amende de 0,2 % du PIB – pas moins – pour les Etats qui ne se plieraient pas à leurs injonctions budgétaires. De même, l’agence Moody’s vient de dégrader la note espagnole se rapprochant encore, lentement mais sûrement, de notre pays. Il ne suffit pas de bougonner, Monsieur le Président, contre Bruxelles et le poids pris par ces agences de notation. Il faut s’en affranchir, un point c’est tout. Or, le budget qui se prépare démontre à l’évidence que vous prenez un chemin inverse. On s’est moqué ici la semaine dernière en imaginant une sitcom dont Reding, Barroso et vous étiez les anti-héros. Mais est-ce bien de la complicité comme nous le laissions entendre ? Parfois, on pourrait davantage penser que vos coups de menton cachent une faiblesse que vous reprochiez à votre prédécesseur.

L’autre jour, Jean-Luc Mélenchon a étonné son monde en ne se joignant pas au concert de ceux qui soutenaient Madame Reding contre vous. Il a démontré à cette occasion qu’il avait compris ce que le Peuple attendait au contraire de la plupart des adhérents de son parti. De même, Nicolas Dupont-Aignan vous a devancé en postant sur son blog une lettre ouverte à Madame Reding lui enjoignant de se mêler de ses fesses[4. Que Nicolas Dupont-Aignan me pardonne de ce résumé un peu rapide de sa missive. Mais c’est le message essentiel que j’en ai retenu. Et qui m’a rempli de satisfaction !] La presse internationale ne peut pas vous ménager plus mal qu’en ce moment. Qu’avez vous donc à perdre de dire enfin son fait à la Commission de Bruxelles, aux agences de notation et, pourquoi pas, à Jean-Claude Trichet et Pascal Lamy ? Rien ! En revanche, le Peuple qui a dit non le 29 mai 2005 pourrait bien vous pardonner enfin de l’avoir censuré avec le Traité de Lisbonne.

Ecoutez Balladur. Ecoutez votre mentor ! Dites leur les cinq lettres. Ainsi, pour la première fois, pourrions-nous sentir sarkozystes, ce qui ne serait pas la moindre vacherie à notre endroit. Vous priverez-vous aussi de ce plaisir ?

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