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Scoops en série

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C’est l’été ! Entre la nouvelle crise économique qui s’annonce, le report du procès DSK et le feuilleton morose des primaires du PS, la presse n’a pas grand-chose de croustillant à se mettre sous la dent. Heureusement, il reste Libération et ses bonnes vieilles croisades contre l’hydre marxiste. A Cuba, où l’horrrible Fidel persécute ses opposants, le combat pour la libération sexuelle va heureusement de succès en succès.

Reprenant une dépêche AFP, Libé nous apprend que la dernière victoire en date s’est produit au cœur même du clan du caudillo puisque « La nièce de Fidel Castro félicite un transsexuel qui épouse un opposant ». Mazette, le progressisme LGBT qui fait vaciller le patriarcat castriste, on ne pouvait rêver mieux ! Ou plutôt si…

Sur cette lancée salutaire, les agences de presse et les grands quotidiens ne devraient pas s’arrêter en si bon chemin. En disciples zélés d’Albert Londres, qu’ils chassent le scoop jusqu’au bout en s’aventurant dans les profondeurs obscures des derniers tyrans mondiaux.

Au catalogue, en conjuguant déontologie journalistique et titres accrocheurs, cela pourrait donner :

« Dimitri Medvedev annonce être enceint de Vladimir Poutine »

« Les Kadhafi partent expier leurs crimes à la Fistinière »

« Leila Ben Ali officialise sa liaison avec Dana International, confirmant les rumeurs de collusion entre Israël et les Trabelsi »

« Mahmoud Ahmadinejad confesse son penchant pour les hommes, rabbins de préférence ».

Dieu aime le sexe

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photo : olivcris, Flickr

Mais c’est compter sans notre « dua » de choc, Caroline et Fiammetta[1. Caroline Fourest et Fiammetta Venner, militantes pro-choix mais surtout antireligieuses sous le vocable d’anti-extrémistes], qui, avec l’aide active d’Act Up et apparentés, prônent désormais une société où il n’y aurait qu’un sexe pour deux. Voire plus de sexe du tout, sous la feuille de vigne du « genre »[2. La théorie du genre (gender) postule que la différenciation sexuelle n’existe que dans les esprits et les législations conservateurs : rien n’est naturel, tout est culturel, et c’est à chacun qu’il appartient de décider, en définitive, de son sexe comme de sa sexualité], promu aujourd’hui enseignement biologique (sic) obligatoire pour nos lycéens de première. Le moment est choisi : ne sont-ils pas en pleine construction de leur identité sexuelle et affective? Et qui dit genre dit transgenre ! Ce n’est pas une broutille « culturelle » comme l’absence de pénis qui devrait empêcher une femme – pardon, un être désigné comme telle par une « loi naturelle » totalitaire – de se sentir pleinement homme. À la société de prendre en charge les éventuels frais chirurgicaux…[access capability= »lire_inedits »]

Et Dieu créa l’orgasme

La preuve que Dieu aime le sexe, tous les sexes, c’est qu’Il les a assortis d’un attribut réjouissant : le plaisir ! Et ce n’est pas une Frigide comme moi qui s’en plaindra. Mais que dis-je, plaisir ? Dans son infinie bonté, l’Éternel a glorifié la relation sexuelle en lui donnant un climax : l’orgasme. Vous savez, cette « ivresse, (ce) dépassement de la raison provenant d’une « folie divine » qui arrache l’homme à la finitude de son existence et qui, dans cet être bouleversé par une puissance divine, lui permet de faire l’expérience de la plus haute béatitude ». Cette définition de l’extase sexuelle, ce n’est pas moi qui la donne mais le saint pape Benoît XVI dans sa magnifique encyclique que je vous recommande pour pimenter vos folles nuits d’été : Deus Caritas Est, Dieu est Amour.

Et au fait, comment on faisait l’amour avant la Création du monde ? Aucun doute, c’est bien Dieu qui a créé la sexualité. On l’appelait même Éros avant la Révélation. Dieu aime le sexe parce que Dieu est Amour absolu : celui qui se donne totalement et ne déçoit jamais. Une sorte d’Agapè, quoi, sans lequel l’ivresse du seul Éros, l’amour-passion, est à l’image de notre nature : éphémère, dérisoire et mortelle.

Elle est pas belle, la vie éternelle ?

Dieu, dans son amour inconditionnel pour ses créatures − même Michel Onfray − nous appelle tous à l’Extase absolue, l’Ivresse infinie, l’Orgasme éternel, qui ne rejette pas mais dépasse et transcende la pesanteur déprimante des corps. C’est simple, il suffit de vivre « collés » à Dieu, dès aujourd’hui et pour l’éternité. Oui, nous vivrons au Ciel dans une infinie Béatitude, sans désir frustré, amours déçues ni misère physique : en union fusionnelle et éternelle avec notre Créateur aimant. Elle est pas belle, la vie éternelle ? Et la bonne nouvelle, c’est qu’elle a déjà commencé !

Alors, mes agneaux, à quoi bon s’infliger tous ces exercices compulsifs d’excitation bucco ou naso-génitale qui sont de mise aujourd’hui, dans l’angoisse fébrile de la performance physique ? Au diable, si j’ose dire, les accessoires turgescents ou vibrants, capotes, pilules, stérilets, sex-toys et lingeries (hors de prix, en plus !), si ce n’est pour finir sur le flanc, dans le vide affectif, la souffrance ou la séropositivité…
Sans parler, pour les gens concernés, du risque de voir leur couple brisé, leur famille re-décomposée ou, tout simplement, la présidence de la République leur échapper.
Avec Dieu, 100% gratuit, 100% fiable et 100% réussi. Le pied, quoi!

Les portes du Ciel ne sont jamais fermées

La religion de l’Incarnation n’interdit rien et aime tous ses enfants, corps et âme, contrairement aux ragots d’une tenace exégèse athée. L’Église recommande seulement à ceux qui veulent bien l’écouter la fidélité dans le couple marié comme forme sublime et supérieure de l’Amour vrai, et à défaut de mariage, la continence. Mais elle laisse l’homme et la femme libres de « pécher », comme on dit chez nous, mais aussi de se relever. C’est même cela le cœur du message : nous pouvons à tout instant choisir de revenir dans la communion de l’amour à Dieu : nous y serons toujours bien accueillis !

Le Christ n’est pas un « garçon facile »…

Quid, en attendant, de tous ceux qui n’arrivent pas à rester fidèles dans le mariage ou continents hors mariage – la majorité d’hier comme d’aujourd’hui ? C’est simple. S’ils ne croient pas au Christ, rien ne les empêche d’aller baiser sous capote en multipartenariat sans état d’âme. Jusqu’au jour où ils se rendront compte qu’eux aussi en ont une, qui est en danger de mort.
Quant aux autres, tous ceux qui le souhaitent, ils sont accueillis avec tous leurs péchés dans l’Église – sinon elle serait vide depuis longtemps, selon la formule de Mgr Vingt-Trois, interviewé ici-même[3. « Si les pécheurs étaient exclus de l’Église, il n’y aurait plus d’Église ! », Entretien avec Mgr André Vingt-Trois, Basile de Koch et Paulina Dalmayer, Causeur Magazine n°30, décembre 2010]. Mais pour se « réconcilier » avec Dieu, il leur faudra faire appel au sacrement éponyme (ex-« confession ») et mettre leurs actes en harmonie avec leur foi autant qu’humainement possible et avec l’aide non négligeable du Saint-Esprit.
Alors, et alors seulement, ils pourront communier pleinement à l’Amour divin[4. Sinon, je recommande de prendre la queue pour la Communion comme tout le monde, et d’aller au plus près du corps du Christ, les bras humblement croisés sur la poitrine, pour L’aimer chastement et Le désirer pleinement au prochain rendez-vous !]. L’Eucharistie est une fusion corporelle avec le Christ, et Lui, vous le connaissez, ce n’est pas le genre à coucher avec n’importe qui.[/access]

Annie Le Brun ou le rire des ténèbres

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Beau temps, n’est-ce pas ? Puisque c’est ici et ainsi qu’Annie Le Brun publie Ailleurs et autrement. Le délectable recueil de ses chroniques parues depuis 2001 dans La Quinzaine littéraire est un festin d’intelligence, d’humour et de férocité altière. Celle qui écrivit Soudain un bloc d’abîme, Sade possède un génie du titre qui frappe ici encore à tous les coups : que ses textes s’appellent La splendide nécessité du sabotage, De la noblesse d’amour, Eclipse de liberté ou De l’insignifiance en milieu vaginal.

Ce dernier article, qui constitue la première salve réjouissante du livre, est une plongée au cœur de La vie sexuelle de Catherine M., c’est-à-dire dans les rebutantes entrailles de celui qu’Annie Le Brun baptise lumineusement « l’homme connexionniste ». Mettant à nu les convergences systématiques des fantasmes conformistes de Catherine Millet avec l’idéologie du management, elle y décèle l’idéal en caoutchouc du connexionnisme, qui ne connaît d’autres valeurs que la performance, la flexibilité, l’adaptabilité et la tolérance. « La liberté que tout le chic parisien prétend aujourd’hui nous y vendre est celle d’un monde réduit à un club échangiste, et défense d’en sortir ».

Jarry, Sade ou Roussel au poing, pulvérisant toutes les platitudes contemporaines, Annie Le Brun s’arme contre les « subversions subventionnées » et la fausse conscience. Sa liberté et son immense culture crèvent à chaque page l’œil de « l’increvable soleil de la médiocrité ». Cette très fine analyste du langage contemporain – qui a toujours éveillé l’estime et la sympathie de Philippe Muray – mène comme lui avec un art virtuose et sanglant de l’injure une guerre joyeuse et sans relâche contre toutes les soumissions réputées « culturelles » ou « événementielles ».

La vigueur de ses attaques n’a d’égale que la force et la fidélité de ses engouements – que ses amours se nomment surréalisme ou psychanalyse, Eric Jourdan ou François-Paul Alibert, René Riesel ou Chantal Thomass. A chaque ligne, son écriture somptueuse et souveraine s’inscrit en faux contre le « formatage des êtres » et résiste implacablement à la « simplification caricaturale de la personne humaine ». Aux criminels exordes à la transparence qui nous sont lancés de toutes parts, Annie Le Brun oppose la mémoire obstinée du « promontoire de ténèbres sur lequel vient se heurter toute pensée ».

Bat Yé’or, théoricienne de l’Eurabia

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Bat Yé’or, qui signifie « fille du Nil » en hébreu, est une juive d’origine égyptienne, déchue de sa nationalité et chassée d’Égypte en 1957, qui vit depuis cinquante ans à Gland dans le canton de Vaud avec son époux britannique David Littman, un historien connu à Genève pour son activisme pro-israélien. Elle-même poursuit des recherches sur les « dhimmis », à savoir les juifs et les chrétiens, qui ont vécu sous la domination de l’Islam. Comme elle est citée plus de quarante fois dans le manifeste d’Anders Breivik, une journaliste Suisse, Patricia Briel a eu la curiosité de la rencontrer. On se reportera à son article paru dans Le Temps du 4 août.

Si Bat Yé’or condamne toute forme de violence et considère Breivik comme un djihadiste, elle admire, en revanche, Geert Wilders et se félicite du vote populaire helvétique interdisant les minarets. Ses thèses sur l’Eurabia ont connu un retentissement mondial et ont été soutenues aussi bien par les néo-conservateurs américains que par Ayaan Hirsi Ali, la réfugiée somalienne, ou Oriana Fallaci. L’Eurabia, dit-elle, vise la création d’un vaste ensemble méditerranéen euro- arabe qui contrebalancerait le pouvoir des États-Unis. La reconnaissance d’une dette culturelle vis-à- vis de l’Islam, ainsi qu’une immigration massive et une politique pro-palestinienne, feraient partie du deal, un jeu de dupes en réalité, qui conduira tôt ou tard à une islamisation de l’Europe.

J’admets volontiers, avant ma lecture du Temps, n’avoir prêté qu’une attention discrète aux travaux de Bat Ye’or et je me garderai bien de me prononcer sur leur pertinence. Mettons que c’est une pièce de plus à verser au dossier inextricable de la guerre des civilisations. On cherchera sans doute à discréditer ses thèses en rappelant les massacres d’Oslo. On aurait tort.

Maillots italiens

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photo : Claude Nori

Je ne prends aucun risque en pariant que Claude Nori a vu et aimé les films d’Alberto Lattuada. Je ne prends aucun risque en imaginant le trouble exquis provoqué chez lui par l’adorable Catherine Spaak dans Les Adolescentes et la non moins adorable Nastassja Kinski dans La Fille. Je ne prends aucun risque en affirmant que notre nihiliste balnéaire préféré, Frédéric Schiffter, partage avec son ami Claude Nori un goût prononcé pour les petites madones de plage, surtout lorsqu’à l’approche du soir, elles regagnent leur pension sur un Ciao ou une Vespa.[access capability= »lire_inedits »]

Proust disait que les jeunes filles n’existent que pour être regardées. Celles de Balbec que le narrateur observait anxieusement sont-elles si différentes de celles que Claude Nori abordait à Rimini ou à Portofino en leur disant : « Il me semble vous avoir déjà rencontrée quelque part » − titre de son premier livre ? Évidemment non.

L’adolescente est une construction métaphysique que les goujats ont pour seul objectif de ramener à une réalité triviale, alors que les esprits délicats la rendent plus sublime encore que les rêves que nous avions mis en elle. Les photos de Claude Nori la saisissent dans leur impermanence, tout en nous engageant à nous plonger dans son mystère en nous initiant à une géométrie du flirt − la seule géométrie qui vaille.

Un mot encore sur Claude Nori. Pendant une année, après une rupture difficile avec une jeune photographe du Colorado, il resta enfermé chez lui en espérant son retour. Il passait ses journées et ses nuits en fixant l’écran noir et blanc de sa télévision et en photographiant les acteurs qui s’embrassaient dans des films d’amour. Y a-t-il meilleur apprentissage ? On doit beaucoup aux femmes qui nous aiment et plus encore à celles qui nous quittent.[/access]

Madame Grès et les huissiers

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Alix. Modèle n°102, Hiver 1934. Centre national des arts plastiques-Ministère de la Culture et de la Communication, Paris. Studio Dorvine © Droits réservés

Le musée Bourdelle a pris l’heureuse initiative de l’exposition Madame Grès, la couture à l’œuvre[1. Musée Bourdelle, 16 rue Antoine Bourdelle, 75015 Paris, M° Falguière. Jusqu’au 28 août.], qui connaît un succès tel, qu’elle est prolongée jusqu’au 28 août. Jouant parfois sur l’effet de surprise, cette manifestation vraiment originale justifie l’aveu de Madame Grès : « Je voulais être sculpteur. Pour moi, c’est la même chose de travailler le tissu ou la pierre ». Les modèles de la couturière supportent, sans ridicule, non la comparaison, mais le voisinage immédiat avec les œuvres parfois colossales d’Antoine Bourdelle.

Elle vécut en ascète, se montrant rarement, sortant peu, n’accueillant que quelques rares amis. Elle n’exerça jamais que son métier, acharnée de perfection, de simplicité, et il fallut une décision du tribunal, servie avec un zèle brutal par des commis d’huissiers, pour que fût détruit en quelques heures son immense édifice de rêve et de création : « Mademoiselle […] était anéantie. Je la revois dans la cour, vêtue d’un ensemble marine, d’un manteau noir – elle était très frileuse – et d’un turban beige. Elle était assise sur une petite chaise, au milieu des cartons, le visage plein de larmes »[2. Témoignage de Martine Lenoir, première d’atelier, paru dans Paris Match, sur l’intervention des huissiers, dans les locaux professionnels de Madame Grès, le 8 mai 1987.].

Rien ne put enrayer la machine judiciaire, pas même le soutien d’Hubert de Givenchy, qui justifia une fois de plus sa réputation de gentilhomme. Mais la réalité économique, à force de loyers impayés, de traites oubliées et de défis insolents, eut raison de Madame Grès.

Ce fut donc dans la désolation que s’acheva la belle aventure de cette femme d’apparence frêle, volontaire au plus haut point, née Germaine Émilie Krebs, en 1903. Quelques dates, de rares confidences, et des témoignages autorisent à peine la reconstitution d’une biographie, que Madame Grès en personne parut vouloir oublier, sinon mépriser. Germaine Krebs, jeune femme pleine d’ambition ignorante des choses de la couture, devint, grâce aux conseils d’une première main bienveillante, et à force de travail solitaire, très habile dans cette rude discipline. Puis, après avoir choisi le surnom Alix pour se représenter, elle trouva dans la personne de Julie Barton son associée temporaire.

Ensemble, elles fondent la maison Alix Barton, sise 8, rue de Miromesnil. Leur première collection connaît plus qu’un succès d’estime, elle intrigue, elle séduit. L’époque aime la novation élégante, que les magazines soutiennent intelligemment et font circuler dans les rangs d’un public aussi éclairé qu’aisé. On peut rendre justice à la partie audacieuse de la bourgeoisie française, en rappelant qu’elle soutint, entre les deux guerres, les artistes et les artisans, les décorateurs, les modistes et les couturiers. Nombre d’artistes de cette période ont résisté à l’usure du temps, preuve que l’élite qui les a remarqués savait distinguer entre les talents. Aujourd’hui, on chercherait en vain son équivalent dans notre société.

L’association Barton-Krebs ne dure guère. À l’enseigne Alix, 83, rue du Faubourg-Saint-Honoré, la jeune créatrice poursuit bientôt seule son irrésistible ascension[3. L’exposition présente des centaines de croquis de Madame Grès, ainsi que nombre de clichés de ses œuvres, par les meilleurs photographes (Horst P. Horst, Boris Lipnitzki, Cecil Beaton…)]. Elle inaugure une « manière » et des choix qui la signaleront définitivement à une clientèle exigeante ainsi qu’au grand public : le dos nus en triangle, dont le sommet se forme à la naissance du cou, et la base découvre généreusement les reins ; le drapé à plat, obtenu sans excès de coutures ; l’usage des fibres nouvelles. Elle augmentera ses qualités propres des inspirations que lui vaudront sa curiosité inlassable et plusieurs grands voyages.

En 1937, elle épouse Serge Anatolievitch Czerefkow, dit Grès, peintre russe, avec lequel elle formera un couple… singulier. Vient la guerre, l’exode : réfugiée en Haute-Garonne, privée des soins de son coiffeur parisien, elle adopte le port du turban, dont elle ne se séparera plus. La maison Grès est fondée en 1942. La légion d’honneur, la reconnaissance internationale, ses fameux drapés en jersey, en un mot son style , ne lui épargneront pas la liquidation en 1987. Les temps avaient changé : la haute-couture était condamnée à disparaître.

Pourtant, cet univers méconnu, vilipendé par les fâcheux comme par les utilitaristes, avait largement contribué au redressement de la France et corrigé son image, cabossée par quatre ans d’occupation. Rappelons pour mémoire, la manifestation baptisée Le théâtre de la mode, qui, dès octobre 1944, restaurera la splendeur et la primauté des créations parisiennes, en présentant des modèles nouveaux sur d’exquises et minuscules poupées, dans des décors conçus par Boris Kochno, Christian Bérard, et Jean Cocteau.

Le silence et le mystère entourent les dernières années de Madame Grès. On perd sa trace. On l’oublie. Et l’on apprendra sa mort, survenue en 1993, un an après, par un article de Laurence Benaïm dans le quotidien Le Monde.

Tout Grès est au musée Bourdelle. L’on y assiste aux épisodes de son grand labeur qui lui permit d’habiller le mouvement perpétuel du corps féminin, ce magnifique « appareil ondoyant » qu’évoquait Baudelaire.

La Guillotine à Tel-Aviv

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Le boulevard Rothschild, cœur de la « ville blanche » et de la « city » de Tel-Aviv est devenu le centre de la contestation de la classe moyenne israélienne, ceux pour lesquels la croissance annuelle de 4% du PIB enregistrée depuis quelques années n’a pas eu d’effet sur la fiche de paie. Transformée en campement d’indignés depuis quelques jours, l’élégante artère – si tant est qu’on puisse la nommer ainsi dans une ville décrite affectueusement par l’un de ses poètes comme un « terrier désolé couvert de suie » – plantée de ficus, accueille aujourd’hui un objet encore plus insolite qu’une tente Quechua au milieu d’un quartier chic : une guillotine.

Pour certains habitants de ce quartier, où les étudiants en colocation côtoient les bobos des immeubles restaurés et les traders de la Bourse située juste à côté, ce n’est pas la première rencontre avec une veuve française : après plus de deux décennies de boom économique, les familiers de Madame Clicquot ne sont pas si rares dans le coin…

Les malins qui ont déniché cette copie du « rasoir national » – créée en 2007 pour une exposition d’art – y voient-ils un symbole de la Révolution, ou souhaitent-il envoyer un avertissement aux « aristos »? Représente-t-elle une tentative d’inscrire le mouvement dans une longue et prestigieuse tradition, ou appelle-t-elle carrément au meurtre des riches, des propriétaires immobiliers et autres accapareurs? Pendant qu’en Israël, le débat sur la question fait rage, la Veuve attire de plus en plus de visiteurs. Comme disent les spécialistes en marketing, malgré la crise, les grandes marques françaises résistent bien !

Les mandarines de Manet

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Édouard Manet, Un Bar aux Folies Bergère (détail)

J’ai découvert le génie de Manet en 1983 grâce à la magnifique rétrospective que Françoise Cachin avait organisée au Grand Palais. À l’époque, les expositions monographiques étaient beaucoup plus complètes qu’aujourd’hui pour cette raison paradoxale que l’art avait moins de succès et que le prix des assurances en œuvres d’art était moins démentiel. On ne peut donc pas en vouloir au Musée d’Orsay, dont j’espère que vous n’avez pas manqué la rétrospective, de ne pas avoir obtenu l’autorisation d’emprunter la toile Un Bar aux Folies Bergère, chef-d’œuvre dont j’avais gardé en mémoire les fascinantes mandarines…

Édouard Manet, Un Bar aux Folies Bergère, 1881-82 (96 cm x 130 cm, Courtauld Gallery, Londres)

Champagne de Noël. Brouhaha aux Folies Bergère.[access capability= »lire_inedits »] Lumière au gaz et à l’électricité. Sur la balustrade de la grande salle du café-concert, toute la foule se reflète dans une immense glace. Une serveuse nous fait face, qui tourne le dos au miroir, avec un air terriblement solitaire. Les bras ouverts, elle présente au bar la plus joyeuse des natures mortes qu’on puisse imaginer au XIXe siècle : quelques bouteilles de champagne, de bière pale ale et de Pippermint, un verre d’eau servant de vase et un compotier de fruits étincelants − autant d’objets qui brillent loin de l’atmosphère enfumée de la salle. Il nous faut un certain temps pour repérer que, dans le miroir, un homme est en grande conversation avec la serveuse ou plutôt que, en lutte avec son indifférence rêveuse, il voudrait l’être… Hormis l’excellente nature morte qui occupe tout le tiers inférieur de la toile, le tableau tout entier représente donc à la fois, et non dans chaque partie, le portrait mélancolique d’une femme au regard perdu, une scène de foule baignant dans une atmosphère enfumée et une intrigue intime dont on ne connaît pas le fin mot. Mais là où le chef-d’œuvre devient génial, c’est que l’homme dans le miroir ne se retrouve pas devant le comptoir de marbre (entre nous et la serveuse) où il devrait être. Manet a pris sa place fantomatique, laissant au regardeur le soin de s’imaginer en chapeau-claque, ou de contempler à leur insu l’âme des jeunes filles désœuvrées en face-à-face avec la foule. Grâce à une petite anomalie de perspective, c’est tout à coup l’espace qui devient plus immense, la solitude plus poignante et les mandarines plus désirables… j’y viens.

Depuis Baudelaire, on dit que Manet est le « peintre de la vie moderne » et j’étais déjà de cet avis à l’époque, il y a trente ans. Certains trouvaient « moderne » le regard mélancolique de cette femme face à la foule enfumée. D’autres trouvaient « moderne » la manière enlevée dont Manet utilise le pinceau. Moi, c’était plutôt la modernité des matériaux dépeints qui, d’une peinture à l’autre, me mettait en joie. Le verre épais des pintes de bière (Coin du Café-Concert, 1878, Londres), les récents sièges en fer du Jardin des Tuileries (La Musique aux Tuileries, 1862, Londres), l’acier brossé des sécateurs qu’on dirait sorti de chez Castorama (Branche de Pivoines blanches et sécateur, 1864, Orsay), la robe dorée des bouteilles de champagne, tout cela témoignait de l’esthétique nouvelle des formes usinées de la Révolution industrielle − lesquelles résonnaient sans doute dans ma tête avec les goûts anti-hippies du jeune homme des années 1980 que j’étais. Précisons qu’avant l’époque de Manet, les bocks étaient en grès et les verres en cristal fin, les chaises de jardin étaient des bancs de pierre et le sécateur avait un manchon de bois, patiné par le temps que l’artisan avait mis à le fabriquer. Sans avoir pris conscience que tous ces objets étaient objectivement nouveaux pour l’époque, j’avais surtout le sentiment qu’ils étaient « modernes » pour la bonne raison qu’ils demeuraient, sinon nouveaux, en tout cas flambant neufs sur la toile. Autrement dit, ma notion esthétique de la modernité demeurait celle de Sony ou de Apple : chaque nouveau modèle renvoie le précédent à une tristesse moyenâgeuse. Le plus curieux est que ce credo esthétique trouvait son point culminant dans les mandarines du Bar au Folies Bergère.

Or, en quoi des mandarines peuvent-elles être « modernes » ? J’en étais tout à fait persuadé en les comparant aux oranges et aux citrons des natures mortes hollandaises du XVIIe siècle. Les mandarines ont quelque chose de plus appétissant qui ne me semblait dû qu’au génie français de Fragonard, de Manet, de Matisse, et à leur sens inné de la fraîcheur. Parce qu’elles étincellent sous une multitude de sources lumineuses − ce qui ne pouvait être le cas au temps de la bougie −, elles ont l’air de dater d’hier soir − que dis-je − de maintenant, de tout de suite. Quant aux ronds blancs du tableau, les historiens anglais nous ont confirmé qu’il s’agissait bien de globes lumineux. Car la voilà, la vraie raison de la modernité de ces mandarines : c’est l’invention, toute récente en 1882, de l’électricité.[/access]



Corto Maltese jette l’ancre au musée

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C’est une aquarelle, de taille modeste, bicolore, réduite à la plus simple expression qu’autorise cet art du pigment et du papier. Un voilier file vers un rivage, au loin, peut-être un ilot. On dit voilier, mais rien ne trahit une quelconque structure solide, tels qu’un mât ou une coque ; ne sont suggérés que la voile inclinée, son reflet, tous deux d’un vert tirant vers le glauque, et le sillage, de la même teinte, qui creuse l’eau blanche, c’est à dire la page. La lumière environne tout, absolue, totalitaire. La brise, qui porte le bateau, doit être fraîche, alors qu’on imagine une chaleur de four dès qu’on s’éloigne de l’océan. L’embarcation, son mouvement, l’horizon lointain constituent une scène fugitive, à peine esquissée, de navigation exotique. On devine un pinceau « avare », guidé d’une main sûre, servant une brève et précise vision marine. On songe à la discipline du haïku japonais : trois ou quatre lignes, un poème fulgurant, tracé sans la moindre interruption. C’est trois fois rien, et c’est fascinant : l’économie de moyens, quand elle produit une si forte impression, relève bien de l’art.

L’auteur de ce petit chef d’œuvre déclare : « J’aime l’aquarelle dans ce qu’elle a d’immédiat. Dans une aquarelle, il faut être spontané, et réussir tout de suite. On ne peut rien corriger. ». Il se nomme Hugo Pratt (1927-1995).

Sur une photographie de 1941, il paraît, adolescent sérieux, martial, botté, au côté de son père, dont le patronyme s’écrit Prat. Tous deux se présentent en uniforme de la police coloniale italienne. La scène se passe au royaume d’Abyssinie, territoire fabuleux, naguère encore gouverné par Ménélik II (1844-1913), roi du Choa, suzerain du Harrar, roi des rois. Il se disait descendant de Salomon, qu’aima la reine de Saba, mère de Ménélik Ier. Parmi les titres de gloire du rusé Ménélik II, il en est un qui nous impressionne : l’audience qu’il accorde, en février 1887, à un homme plus efflanqué qu’un loup éthiopien. Celui-ci marche en tête d’une caravane depuis bientôt un an, sous un soleil infernal, afin de livrer des fusils au souverain, qui vient de conquérir le Harrar. Mais Ménélik négocie âprement, prétend que les armes sont d’un modèle ancien, prétexte des arriérés de dettes jamais honorées par un certain Labattut, associé défunt du chef caravanier. Bref, l’affaire se conclut par un fiasco financier pour Arthur Rimbaud, négociant harassé, qui s’en retourne, maigre et amer.

Or, en 1993, paraîtra un recueil des lettres africaines de Rimbaud, illustré par… Hugo Pratt. Quant à l’aquarelle signalée plus haut, on la dirait destinée à l’histoire d’un dénommé Corto Maltese : La ballade de la mer salée, publiée à Gènes, en 1967. C’est dans ce récit, dont l’ensemble des 163 planches originales à l’encre de Chine est présenté dans une salle de la Pinacothèque, que le ténébreux marin fait sa première apparition. L’histoire, dans sa traduction française, est publiée dans l’hebdomadaire Pif gadget, en 1970. Il faudra quelques années à Corto pour qu’il se hisse au niveau de gloire de Tintin et de Tarzan. Aujourd’hui, l’œuvre de Pratt est au panthéon de la bande dessinée. Ses voisins se nomment Hergé, Winsor McCay, Moebius, Guido Crepax, Enki Bilal, René Giffey, Milo Manara. Pratt est de ces quelques artistes de l’art graphique, qui fondent véritablement une œuvre : « Mon style est le résultat de toute une vie de recherche. […] Je voudrais pouvoir tout exprimer, un jour, par une seule ligne. ».

« Hugo Maltese » entre au musée, mais il ne s’y attarde pas. « Corto Pratt » s’impatiente déjà, au bout de la jetée. Il n’attend plus que son double pour lever l’ancre, retrouver les embruns, la haute mer, les ports interlopes, ses compagnons de brume ou de sable, et les belles femmes dangereuses. Entre le créateur et sa créature, la frontière n’est pas si précise qu’on ne puisse les confondre. Comme Maltese, Pratt a parcouru le globe, il a bourlingué, depuis Venise, la ville de son enfance, jusqu’à la Patagonie, en passant par l’Irlande, la corne de l’Afrique, l’Amérique centrale, et l’île de Pâques, qui lui inspira l’ultime aventure du maltais, « Mû ». Il s’est rendu sur la tombe de Robert Louis Stevenson, au sommet du mont Vaea, qui domine la ville d’Apia, sur l’île d’Upolu, dans l’archipel des Samoa. Il a mis ses pas dans ceux de Blaise Cendrars, de Long John Silver, d’Henry de Monfreid.

Hugo a donné à Corto l’apparence idéale d’un rêveur éveillé, disponible pour la sieste autant que pour la castagne. Maltese est un « gitan des Cornouailles », un sang mêlé, domicilié à Hong Kong. Dur au mal, sensible à la détresse des faibles, il vagabonde, traînant après lui tous les cœurs ; les filles aimables aux seins fiers, se cambrent un peu, lorsqu’elles aperçoivent son caban noir à col vaste, sa casquette de navigateur, ses joues, sa fossette à la naissance du menton, ses épaules larges et ses longues jambes. Aucune d’entre elles ne le retiendra définitivement : « On ne peut pas marier Corto Maltese. Son public féminin ne le lui pardonnerait pas. » explique Hugo Pratt.

Il affronte ses ennemis, sans les ménager, dans les duels comme dans les batailles. Maltese aime l’odeur de la poudre, les uniformes chamarrés des militaires anglais, et les parures des Iroquois. Il porte à l’oreille l’anneau des marins qui, une fois au moins, ont triomphé des vents hurlants du du cap Horn: « C’est un gars de la marine marchande, précise Hugo, l’anneau orne son oreille gauche. ».

1995, fin du voyage : Hugo meurt. Corto, gentilhomme de fortune initié aux mystères très anciens, ne reviendra pas. Dévorée par un paysage d’oubli, sa silhouette a rejoint le peuple des grandes ombres errantes.

Corto Maltese par Hugo Pratt

Croix syrienne

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Lundi, le président syrien Bachar Al-Assad- que l’on sait sur la sellette- a une nouvelle fois remanié son gouvernement pour nommer le chef d’état-major de l’armée Daoud Rajha nouveau ministre de la défense.

Ce choix serait directement causé par la maladie de son prédécesseur Ali Habib, que les médias proches de l’opposition syrienne disaient « suicidé » par le régime baathiste. A tel point que Habib a dû se mettre en scène dans un discours télévisé confirmant qu’il était bel et bien vivant !

Ali Habib a souhaité plein succès à son successeur Daoud Rajha, qui avait commandé le contingent syrien au sein de la coalition pro-américaine contre l’Iraq en 1991. Rahja, 64 ans, fait figure de jeunot par rapport au septuagénaire Habib. Mais la rupture est ailleurs : Bachar Al-Assad a délibérément nommé un chrétien grec-orthodoxe au ministère de la Défense (jusqu’ici détenu par un sunnite) tout en confiant la direction de l’armée à un autre chrétien, Fahd Jasim.

Or, si l’on prêtait quelques velléités de réforme à Rajha, au vu du rôle joué par l’armée dans la répression sanglante du soulèvement populaire syrien, l’hypothèse tourne court.

Pour la première fois de son histoire récente, l’armée syrienne est donc placée sous haut-commandement 100% chrétien. Ce qui augure mal de la transition syrienne : dans l’ère de l’après-Assad, qui se rapproche de jour en jour tant l’asphyxie économique du pays devient palpable, les Chrétiens pourraient bien subir un sort peu enviable au côté de leurs compagnons d’infortune alaouites….

Scoops en série

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C’est l’été ! Entre la nouvelle crise économique qui s’annonce, le report du procès DSK et le feuilleton morose des primaires du PS, la presse n’a pas grand-chose de croustillant à se mettre sous la dent. Heureusement, il reste Libération et ses bonnes vieilles croisades contre l’hydre marxiste. A Cuba, où l’horrrible Fidel persécute ses opposants, le combat pour la libération sexuelle va heureusement de succès en succès.

Reprenant une dépêche AFP, Libé nous apprend que la dernière victoire en date s’est produit au cœur même du clan du caudillo puisque « La nièce de Fidel Castro félicite un transsexuel qui épouse un opposant ». Mazette, le progressisme LGBT qui fait vaciller le patriarcat castriste, on ne pouvait rêver mieux ! Ou plutôt si…

Sur cette lancée salutaire, les agences de presse et les grands quotidiens ne devraient pas s’arrêter en si bon chemin. En disciples zélés d’Albert Londres, qu’ils chassent le scoop jusqu’au bout en s’aventurant dans les profondeurs obscures des derniers tyrans mondiaux.

Au catalogue, en conjuguant déontologie journalistique et titres accrocheurs, cela pourrait donner :

« Dimitri Medvedev annonce être enceint de Vladimir Poutine »

« Les Kadhafi partent expier leurs crimes à la Fistinière »

« Leila Ben Ali officialise sa liaison avec Dana International, confirmant les rumeurs de collusion entre Israël et les Trabelsi »

« Mahmoud Ahmadinejad confesse son penchant pour les hommes, rabbins de préférence ».

Dieu aime le sexe

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photo : olivcris, Flickr

Mais c’est compter sans notre « dua » de choc, Caroline et Fiammetta[1. Caroline Fourest et Fiammetta Venner, militantes pro-choix mais surtout antireligieuses sous le vocable d’anti-extrémistes], qui, avec l’aide active d’Act Up et apparentés, prônent désormais une société où il n’y aurait qu’un sexe pour deux. Voire plus de sexe du tout, sous la feuille de vigne du « genre »[2. La théorie du genre (gender) postule que la différenciation sexuelle n’existe que dans les esprits et les législations conservateurs : rien n’est naturel, tout est culturel, et c’est à chacun qu’il appartient de décider, en définitive, de son sexe comme de sa sexualité], promu aujourd’hui enseignement biologique (sic) obligatoire pour nos lycéens de première. Le moment est choisi : ne sont-ils pas en pleine construction de leur identité sexuelle et affective? Et qui dit genre dit transgenre ! Ce n’est pas une broutille « culturelle » comme l’absence de pénis qui devrait empêcher une femme – pardon, un être désigné comme telle par une « loi naturelle » totalitaire – de se sentir pleinement homme. À la société de prendre en charge les éventuels frais chirurgicaux…[access capability= »lire_inedits »]

Et Dieu créa l’orgasme

La preuve que Dieu aime le sexe, tous les sexes, c’est qu’Il les a assortis d’un attribut réjouissant : le plaisir ! Et ce n’est pas une Frigide comme moi qui s’en plaindra. Mais que dis-je, plaisir ? Dans son infinie bonté, l’Éternel a glorifié la relation sexuelle en lui donnant un climax : l’orgasme. Vous savez, cette « ivresse, (ce) dépassement de la raison provenant d’une « folie divine » qui arrache l’homme à la finitude de son existence et qui, dans cet être bouleversé par une puissance divine, lui permet de faire l’expérience de la plus haute béatitude ». Cette définition de l’extase sexuelle, ce n’est pas moi qui la donne mais le saint pape Benoît XVI dans sa magnifique encyclique que je vous recommande pour pimenter vos folles nuits d’été : Deus Caritas Est, Dieu est Amour.

Et au fait, comment on faisait l’amour avant la Création du monde ? Aucun doute, c’est bien Dieu qui a créé la sexualité. On l’appelait même Éros avant la Révélation. Dieu aime le sexe parce que Dieu est Amour absolu : celui qui se donne totalement et ne déçoit jamais. Une sorte d’Agapè, quoi, sans lequel l’ivresse du seul Éros, l’amour-passion, est à l’image de notre nature : éphémère, dérisoire et mortelle.

Elle est pas belle, la vie éternelle ?

Dieu, dans son amour inconditionnel pour ses créatures − même Michel Onfray − nous appelle tous à l’Extase absolue, l’Ivresse infinie, l’Orgasme éternel, qui ne rejette pas mais dépasse et transcende la pesanteur déprimante des corps. C’est simple, il suffit de vivre « collés » à Dieu, dès aujourd’hui et pour l’éternité. Oui, nous vivrons au Ciel dans une infinie Béatitude, sans désir frustré, amours déçues ni misère physique : en union fusionnelle et éternelle avec notre Créateur aimant. Elle est pas belle, la vie éternelle ? Et la bonne nouvelle, c’est qu’elle a déjà commencé !

Alors, mes agneaux, à quoi bon s’infliger tous ces exercices compulsifs d’excitation bucco ou naso-génitale qui sont de mise aujourd’hui, dans l’angoisse fébrile de la performance physique ? Au diable, si j’ose dire, les accessoires turgescents ou vibrants, capotes, pilules, stérilets, sex-toys et lingeries (hors de prix, en plus !), si ce n’est pour finir sur le flanc, dans le vide affectif, la souffrance ou la séropositivité…
Sans parler, pour les gens concernés, du risque de voir leur couple brisé, leur famille re-décomposée ou, tout simplement, la présidence de la République leur échapper.
Avec Dieu, 100% gratuit, 100% fiable et 100% réussi. Le pied, quoi!

Les portes du Ciel ne sont jamais fermées

La religion de l’Incarnation n’interdit rien et aime tous ses enfants, corps et âme, contrairement aux ragots d’une tenace exégèse athée. L’Église recommande seulement à ceux qui veulent bien l’écouter la fidélité dans le couple marié comme forme sublime et supérieure de l’Amour vrai, et à défaut de mariage, la continence. Mais elle laisse l’homme et la femme libres de « pécher », comme on dit chez nous, mais aussi de se relever. C’est même cela le cœur du message : nous pouvons à tout instant choisir de revenir dans la communion de l’amour à Dieu : nous y serons toujours bien accueillis !

Le Christ n’est pas un « garçon facile »…

Quid, en attendant, de tous ceux qui n’arrivent pas à rester fidèles dans le mariage ou continents hors mariage – la majorité d’hier comme d’aujourd’hui ? C’est simple. S’ils ne croient pas au Christ, rien ne les empêche d’aller baiser sous capote en multipartenariat sans état d’âme. Jusqu’au jour où ils se rendront compte qu’eux aussi en ont une, qui est en danger de mort.
Quant aux autres, tous ceux qui le souhaitent, ils sont accueillis avec tous leurs péchés dans l’Église – sinon elle serait vide depuis longtemps, selon la formule de Mgr Vingt-Trois, interviewé ici-même[3. « Si les pécheurs étaient exclus de l’Église, il n’y aurait plus d’Église ! », Entretien avec Mgr André Vingt-Trois, Basile de Koch et Paulina Dalmayer, Causeur Magazine n°30, décembre 2010]. Mais pour se « réconcilier » avec Dieu, il leur faudra faire appel au sacrement éponyme (ex-« confession ») et mettre leurs actes en harmonie avec leur foi autant qu’humainement possible et avec l’aide non négligeable du Saint-Esprit.
Alors, et alors seulement, ils pourront communier pleinement à l’Amour divin[4. Sinon, je recommande de prendre la queue pour la Communion comme tout le monde, et d’aller au plus près du corps du Christ, les bras humblement croisés sur la poitrine, pour L’aimer chastement et Le désirer pleinement au prochain rendez-vous !]. L’Eucharistie est une fusion corporelle avec le Christ, et Lui, vous le connaissez, ce n’est pas le genre à coucher avec n’importe qui.[/access]

Annie Le Brun ou le rire des ténèbres

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Beau temps, n’est-ce pas ? Puisque c’est ici et ainsi qu’Annie Le Brun publie Ailleurs et autrement. Le délectable recueil de ses chroniques parues depuis 2001 dans La Quinzaine littéraire est un festin d’intelligence, d’humour et de férocité altière. Celle qui écrivit Soudain un bloc d’abîme, Sade possède un génie du titre qui frappe ici encore à tous les coups : que ses textes s’appellent La splendide nécessité du sabotage, De la noblesse d’amour, Eclipse de liberté ou De l’insignifiance en milieu vaginal.

Ce dernier article, qui constitue la première salve réjouissante du livre, est une plongée au cœur de La vie sexuelle de Catherine M., c’est-à-dire dans les rebutantes entrailles de celui qu’Annie Le Brun baptise lumineusement « l’homme connexionniste ». Mettant à nu les convergences systématiques des fantasmes conformistes de Catherine Millet avec l’idéologie du management, elle y décèle l’idéal en caoutchouc du connexionnisme, qui ne connaît d’autres valeurs que la performance, la flexibilité, l’adaptabilité et la tolérance. « La liberté que tout le chic parisien prétend aujourd’hui nous y vendre est celle d’un monde réduit à un club échangiste, et défense d’en sortir ».

Jarry, Sade ou Roussel au poing, pulvérisant toutes les platitudes contemporaines, Annie Le Brun s’arme contre les « subversions subventionnées » et la fausse conscience. Sa liberté et son immense culture crèvent à chaque page l’œil de « l’increvable soleil de la médiocrité ». Cette très fine analyste du langage contemporain – qui a toujours éveillé l’estime et la sympathie de Philippe Muray – mène comme lui avec un art virtuose et sanglant de l’injure une guerre joyeuse et sans relâche contre toutes les soumissions réputées « culturelles » ou « événementielles ».

La vigueur de ses attaques n’a d’égale que la force et la fidélité de ses engouements – que ses amours se nomment surréalisme ou psychanalyse, Eric Jourdan ou François-Paul Alibert, René Riesel ou Chantal Thomass. A chaque ligne, son écriture somptueuse et souveraine s’inscrit en faux contre le « formatage des êtres » et résiste implacablement à la « simplification caricaturale de la personne humaine ». Aux criminels exordes à la transparence qui nous sont lancés de toutes parts, Annie Le Brun oppose la mémoire obstinée du « promontoire de ténèbres sur lequel vient se heurter toute pensée ».

Bat Yé’or, théoricienne de l’Eurabia

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Bat Yé’or, qui signifie « fille du Nil » en hébreu, est une juive d’origine égyptienne, déchue de sa nationalité et chassée d’Égypte en 1957, qui vit depuis cinquante ans à Gland dans le canton de Vaud avec son époux britannique David Littman, un historien connu à Genève pour son activisme pro-israélien. Elle-même poursuit des recherches sur les « dhimmis », à savoir les juifs et les chrétiens, qui ont vécu sous la domination de l’Islam. Comme elle est citée plus de quarante fois dans le manifeste d’Anders Breivik, une journaliste Suisse, Patricia Briel a eu la curiosité de la rencontrer. On se reportera à son article paru dans Le Temps du 4 août.

Si Bat Yé’or condamne toute forme de violence et considère Breivik comme un djihadiste, elle admire, en revanche, Geert Wilders et se félicite du vote populaire helvétique interdisant les minarets. Ses thèses sur l’Eurabia ont connu un retentissement mondial et ont été soutenues aussi bien par les néo-conservateurs américains que par Ayaan Hirsi Ali, la réfugiée somalienne, ou Oriana Fallaci. L’Eurabia, dit-elle, vise la création d’un vaste ensemble méditerranéen euro- arabe qui contrebalancerait le pouvoir des États-Unis. La reconnaissance d’une dette culturelle vis-à- vis de l’Islam, ainsi qu’une immigration massive et une politique pro-palestinienne, feraient partie du deal, un jeu de dupes en réalité, qui conduira tôt ou tard à une islamisation de l’Europe.

J’admets volontiers, avant ma lecture du Temps, n’avoir prêté qu’une attention discrète aux travaux de Bat Ye’or et je me garderai bien de me prononcer sur leur pertinence. Mettons que c’est une pièce de plus à verser au dossier inextricable de la guerre des civilisations. On cherchera sans doute à discréditer ses thèses en rappelant les massacres d’Oslo. On aurait tort.

Maillots italiens

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photo : Claude Nori

Je ne prends aucun risque en pariant que Claude Nori a vu et aimé les films d’Alberto Lattuada. Je ne prends aucun risque en imaginant le trouble exquis provoqué chez lui par l’adorable Catherine Spaak dans Les Adolescentes et la non moins adorable Nastassja Kinski dans La Fille. Je ne prends aucun risque en affirmant que notre nihiliste balnéaire préféré, Frédéric Schiffter, partage avec son ami Claude Nori un goût prononcé pour les petites madones de plage, surtout lorsqu’à l’approche du soir, elles regagnent leur pension sur un Ciao ou une Vespa.[access capability= »lire_inedits »]

Proust disait que les jeunes filles n’existent que pour être regardées. Celles de Balbec que le narrateur observait anxieusement sont-elles si différentes de celles que Claude Nori abordait à Rimini ou à Portofino en leur disant : « Il me semble vous avoir déjà rencontrée quelque part » − titre de son premier livre ? Évidemment non.

L’adolescente est une construction métaphysique que les goujats ont pour seul objectif de ramener à une réalité triviale, alors que les esprits délicats la rendent plus sublime encore que les rêves que nous avions mis en elle. Les photos de Claude Nori la saisissent dans leur impermanence, tout en nous engageant à nous plonger dans son mystère en nous initiant à une géométrie du flirt − la seule géométrie qui vaille.

Un mot encore sur Claude Nori. Pendant une année, après une rupture difficile avec une jeune photographe du Colorado, il resta enfermé chez lui en espérant son retour. Il passait ses journées et ses nuits en fixant l’écran noir et blanc de sa télévision et en photographiant les acteurs qui s’embrassaient dans des films d’amour. Y a-t-il meilleur apprentissage ? On doit beaucoup aux femmes qui nous aiment et plus encore à celles qui nous quittent.[/access]

Madame Grès et les huissiers

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Alix. Modèle n°102, Hiver 1934. Centre national des arts plastiques-Ministère de la Culture et de la Communication, Paris. Studio Dorvine © Droits réservés

Le musée Bourdelle a pris l’heureuse initiative de l’exposition Madame Grès, la couture à l’œuvre[1. Musée Bourdelle, 16 rue Antoine Bourdelle, 75015 Paris, M° Falguière. Jusqu’au 28 août.], qui connaît un succès tel, qu’elle est prolongée jusqu’au 28 août. Jouant parfois sur l’effet de surprise, cette manifestation vraiment originale justifie l’aveu de Madame Grès : « Je voulais être sculpteur. Pour moi, c’est la même chose de travailler le tissu ou la pierre ». Les modèles de la couturière supportent, sans ridicule, non la comparaison, mais le voisinage immédiat avec les œuvres parfois colossales d’Antoine Bourdelle.

Elle vécut en ascète, se montrant rarement, sortant peu, n’accueillant que quelques rares amis. Elle n’exerça jamais que son métier, acharnée de perfection, de simplicité, et il fallut une décision du tribunal, servie avec un zèle brutal par des commis d’huissiers, pour que fût détruit en quelques heures son immense édifice de rêve et de création : « Mademoiselle […] était anéantie. Je la revois dans la cour, vêtue d’un ensemble marine, d’un manteau noir – elle était très frileuse – et d’un turban beige. Elle était assise sur une petite chaise, au milieu des cartons, le visage plein de larmes »[2. Témoignage de Martine Lenoir, première d’atelier, paru dans Paris Match, sur l’intervention des huissiers, dans les locaux professionnels de Madame Grès, le 8 mai 1987.].

Rien ne put enrayer la machine judiciaire, pas même le soutien d’Hubert de Givenchy, qui justifia une fois de plus sa réputation de gentilhomme. Mais la réalité économique, à force de loyers impayés, de traites oubliées et de défis insolents, eut raison de Madame Grès.

Ce fut donc dans la désolation que s’acheva la belle aventure de cette femme d’apparence frêle, volontaire au plus haut point, née Germaine Émilie Krebs, en 1903. Quelques dates, de rares confidences, et des témoignages autorisent à peine la reconstitution d’une biographie, que Madame Grès en personne parut vouloir oublier, sinon mépriser. Germaine Krebs, jeune femme pleine d’ambition ignorante des choses de la couture, devint, grâce aux conseils d’une première main bienveillante, et à force de travail solitaire, très habile dans cette rude discipline. Puis, après avoir choisi le surnom Alix pour se représenter, elle trouva dans la personne de Julie Barton son associée temporaire.

Ensemble, elles fondent la maison Alix Barton, sise 8, rue de Miromesnil. Leur première collection connaît plus qu’un succès d’estime, elle intrigue, elle séduit. L’époque aime la novation élégante, que les magazines soutiennent intelligemment et font circuler dans les rangs d’un public aussi éclairé qu’aisé. On peut rendre justice à la partie audacieuse de la bourgeoisie française, en rappelant qu’elle soutint, entre les deux guerres, les artistes et les artisans, les décorateurs, les modistes et les couturiers. Nombre d’artistes de cette période ont résisté à l’usure du temps, preuve que l’élite qui les a remarqués savait distinguer entre les talents. Aujourd’hui, on chercherait en vain son équivalent dans notre société.

L’association Barton-Krebs ne dure guère. À l’enseigne Alix, 83, rue du Faubourg-Saint-Honoré, la jeune créatrice poursuit bientôt seule son irrésistible ascension[3. L’exposition présente des centaines de croquis de Madame Grès, ainsi que nombre de clichés de ses œuvres, par les meilleurs photographes (Horst P. Horst, Boris Lipnitzki, Cecil Beaton…)]. Elle inaugure une « manière » et des choix qui la signaleront définitivement à une clientèle exigeante ainsi qu’au grand public : le dos nus en triangle, dont le sommet se forme à la naissance du cou, et la base découvre généreusement les reins ; le drapé à plat, obtenu sans excès de coutures ; l’usage des fibres nouvelles. Elle augmentera ses qualités propres des inspirations que lui vaudront sa curiosité inlassable et plusieurs grands voyages.

En 1937, elle épouse Serge Anatolievitch Czerefkow, dit Grès, peintre russe, avec lequel elle formera un couple… singulier. Vient la guerre, l’exode : réfugiée en Haute-Garonne, privée des soins de son coiffeur parisien, elle adopte le port du turban, dont elle ne se séparera plus. La maison Grès est fondée en 1942. La légion d’honneur, la reconnaissance internationale, ses fameux drapés en jersey, en un mot son style , ne lui épargneront pas la liquidation en 1987. Les temps avaient changé : la haute-couture était condamnée à disparaître.

Pourtant, cet univers méconnu, vilipendé par les fâcheux comme par les utilitaristes, avait largement contribué au redressement de la France et corrigé son image, cabossée par quatre ans d’occupation. Rappelons pour mémoire, la manifestation baptisée Le théâtre de la mode, qui, dès octobre 1944, restaurera la splendeur et la primauté des créations parisiennes, en présentant des modèles nouveaux sur d’exquises et minuscules poupées, dans des décors conçus par Boris Kochno, Christian Bérard, et Jean Cocteau.

Le silence et le mystère entourent les dernières années de Madame Grès. On perd sa trace. On l’oublie. Et l’on apprendra sa mort, survenue en 1993, un an après, par un article de Laurence Benaïm dans le quotidien Le Monde.

Tout Grès est au musée Bourdelle. L’on y assiste aux épisodes de son grand labeur qui lui permit d’habiller le mouvement perpétuel du corps féminin, ce magnifique « appareil ondoyant » qu’évoquait Baudelaire.

La Guillotine à Tel-Aviv

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Le boulevard Rothschild, cœur de la « ville blanche » et de la « city » de Tel-Aviv est devenu le centre de la contestation de la classe moyenne israélienne, ceux pour lesquels la croissance annuelle de 4% du PIB enregistrée depuis quelques années n’a pas eu d’effet sur la fiche de paie. Transformée en campement d’indignés depuis quelques jours, l’élégante artère – si tant est qu’on puisse la nommer ainsi dans une ville décrite affectueusement par l’un de ses poètes comme un « terrier désolé couvert de suie » – plantée de ficus, accueille aujourd’hui un objet encore plus insolite qu’une tente Quechua au milieu d’un quartier chic : une guillotine.

Pour certains habitants de ce quartier, où les étudiants en colocation côtoient les bobos des immeubles restaurés et les traders de la Bourse située juste à côté, ce n’est pas la première rencontre avec une veuve française : après plus de deux décennies de boom économique, les familiers de Madame Clicquot ne sont pas si rares dans le coin…

Les malins qui ont déniché cette copie du « rasoir national » – créée en 2007 pour une exposition d’art – y voient-ils un symbole de la Révolution, ou souhaitent-il envoyer un avertissement aux « aristos »? Représente-t-elle une tentative d’inscrire le mouvement dans une longue et prestigieuse tradition, ou appelle-t-elle carrément au meurtre des riches, des propriétaires immobiliers et autres accapareurs? Pendant qu’en Israël, le débat sur la question fait rage, la Veuve attire de plus en plus de visiteurs. Comme disent les spécialistes en marketing, malgré la crise, les grandes marques françaises résistent bien !

Les mandarines de Manet

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Édouard Manet, Un Bar aux Folies Bergère (détail)

J’ai découvert le génie de Manet en 1983 grâce à la magnifique rétrospective que Françoise Cachin avait organisée au Grand Palais. À l’époque, les expositions monographiques étaient beaucoup plus complètes qu’aujourd’hui pour cette raison paradoxale que l’art avait moins de succès et que le prix des assurances en œuvres d’art était moins démentiel. On ne peut donc pas en vouloir au Musée d’Orsay, dont j’espère que vous n’avez pas manqué la rétrospective, de ne pas avoir obtenu l’autorisation d’emprunter la toile Un Bar aux Folies Bergère, chef-d’œuvre dont j’avais gardé en mémoire les fascinantes mandarines…

Édouard Manet, Un Bar aux Folies Bergère, 1881-82 (96 cm x 130 cm, Courtauld Gallery, Londres)

Champagne de Noël. Brouhaha aux Folies Bergère.[access capability= »lire_inedits »] Lumière au gaz et à l’électricité. Sur la balustrade de la grande salle du café-concert, toute la foule se reflète dans une immense glace. Une serveuse nous fait face, qui tourne le dos au miroir, avec un air terriblement solitaire. Les bras ouverts, elle présente au bar la plus joyeuse des natures mortes qu’on puisse imaginer au XIXe siècle : quelques bouteilles de champagne, de bière pale ale et de Pippermint, un verre d’eau servant de vase et un compotier de fruits étincelants − autant d’objets qui brillent loin de l’atmosphère enfumée de la salle. Il nous faut un certain temps pour repérer que, dans le miroir, un homme est en grande conversation avec la serveuse ou plutôt que, en lutte avec son indifférence rêveuse, il voudrait l’être… Hormis l’excellente nature morte qui occupe tout le tiers inférieur de la toile, le tableau tout entier représente donc à la fois, et non dans chaque partie, le portrait mélancolique d’une femme au regard perdu, une scène de foule baignant dans une atmosphère enfumée et une intrigue intime dont on ne connaît pas le fin mot. Mais là où le chef-d’œuvre devient génial, c’est que l’homme dans le miroir ne se retrouve pas devant le comptoir de marbre (entre nous et la serveuse) où il devrait être. Manet a pris sa place fantomatique, laissant au regardeur le soin de s’imaginer en chapeau-claque, ou de contempler à leur insu l’âme des jeunes filles désœuvrées en face-à-face avec la foule. Grâce à une petite anomalie de perspective, c’est tout à coup l’espace qui devient plus immense, la solitude plus poignante et les mandarines plus désirables… j’y viens.

Depuis Baudelaire, on dit que Manet est le « peintre de la vie moderne » et j’étais déjà de cet avis à l’époque, il y a trente ans. Certains trouvaient « moderne » le regard mélancolique de cette femme face à la foule enfumée. D’autres trouvaient « moderne » la manière enlevée dont Manet utilise le pinceau. Moi, c’était plutôt la modernité des matériaux dépeints qui, d’une peinture à l’autre, me mettait en joie. Le verre épais des pintes de bière (Coin du Café-Concert, 1878, Londres), les récents sièges en fer du Jardin des Tuileries (La Musique aux Tuileries, 1862, Londres), l’acier brossé des sécateurs qu’on dirait sorti de chez Castorama (Branche de Pivoines blanches et sécateur, 1864, Orsay), la robe dorée des bouteilles de champagne, tout cela témoignait de l’esthétique nouvelle des formes usinées de la Révolution industrielle − lesquelles résonnaient sans doute dans ma tête avec les goûts anti-hippies du jeune homme des années 1980 que j’étais. Précisons qu’avant l’époque de Manet, les bocks étaient en grès et les verres en cristal fin, les chaises de jardin étaient des bancs de pierre et le sécateur avait un manchon de bois, patiné par le temps que l’artisan avait mis à le fabriquer. Sans avoir pris conscience que tous ces objets étaient objectivement nouveaux pour l’époque, j’avais surtout le sentiment qu’ils étaient « modernes » pour la bonne raison qu’ils demeuraient, sinon nouveaux, en tout cas flambant neufs sur la toile. Autrement dit, ma notion esthétique de la modernité demeurait celle de Sony ou de Apple : chaque nouveau modèle renvoie le précédent à une tristesse moyenâgeuse. Le plus curieux est que ce credo esthétique trouvait son point culminant dans les mandarines du Bar au Folies Bergère.

Or, en quoi des mandarines peuvent-elles être « modernes » ? J’en étais tout à fait persuadé en les comparant aux oranges et aux citrons des natures mortes hollandaises du XVIIe siècle. Les mandarines ont quelque chose de plus appétissant qui ne me semblait dû qu’au génie français de Fragonard, de Manet, de Matisse, et à leur sens inné de la fraîcheur. Parce qu’elles étincellent sous une multitude de sources lumineuses − ce qui ne pouvait être le cas au temps de la bougie −, elles ont l’air de dater d’hier soir − que dis-je − de maintenant, de tout de suite. Quant aux ronds blancs du tableau, les historiens anglais nous ont confirmé qu’il s’agissait bien de globes lumineux. Car la voilà, la vraie raison de la modernité de ces mandarines : c’est l’invention, toute récente en 1882, de l’électricité.[/access]



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Corto Maltese jette l’ancre au musée

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C’est une aquarelle, de taille modeste, bicolore, réduite à la plus simple expression qu’autorise cet art du pigment et du papier. Un voilier file vers un rivage, au loin, peut-être un ilot. On dit voilier, mais rien ne trahit une quelconque structure solide, tels qu’un mât ou une coque ; ne sont suggérés que la voile inclinée, son reflet, tous deux d’un vert tirant vers le glauque, et le sillage, de la même teinte, qui creuse l’eau blanche, c’est à dire la page. La lumière environne tout, absolue, totalitaire. La brise, qui porte le bateau, doit être fraîche, alors qu’on imagine une chaleur de four dès qu’on s’éloigne de l’océan. L’embarcation, son mouvement, l’horizon lointain constituent une scène fugitive, à peine esquissée, de navigation exotique. On devine un pinceau « avare », guidé d’une main sûre, servant une brève et précise vision marine. On songe à la discipline du haïku japonais : trois ou quatre lignes, un poème fulgurant, tracé sans la moindre interruption. C’est trois fois rien, et c’est fascinant : l’économie de moyens, quand elle produit une si forte impression, relève bien de l’art.

L’auteur de ce petit chef d’œuvre déclare : « J’aime l’aquarelle dans ce qu’elle a d’immédiat. Dans une aquarelle, il faut être spontané, et réussir tout de suite. On ne peut rien corriger. ». Il se nomme Hugo Pratt (1927-1995).

Sur une photographie de 1941, il paraît, adolescent sérieux, martial, botté, au côté de son père, dont le patronyme s’écrit Prat. Tous deux se présentent en uniforme de la police coloniale italienne. La scène se passe au royaume d’Abyssinie, territoire fabuleux, naguère encore gouverné par Ménélik II (1844-1913), roi du Choa, suzerain du Harrar, roi des rois. Il se disait descendant de Salomon, qu’aima la reine de Saba, mère de Ménélik Ier. Parmi les titres de gloire du rusé Ménélik II, il en est un qui nous impressionne : l’audience qu’il accorde, en février 1887, à un homme plus efflanqué qu’un loup éthiopien. Celui-ci marche en tête d’une caravane depuis bientôt un an, sous un soleil infernal, afin de livrer des fusils au souverain, qui vient de conquérir le Harrar. Mais Ménélik négocie âprement, prétend que les armes sont d’un modèle ancien, prétexte des arriérés de dettes jamais honorées par un certain Labattut, associé défunt du chef caravanier. Bref, l’affaire se conclut par un fiasco financier pour Arthur Rimbaud, négociant harassé, qui s’en retourne, maigre et amer.

Or, en 1993, paraîtra un recueil des lettres africaines de Rimbaud, illustré par… Hugo Pratt. Quant à l’aquarelle signalée plus haut, on la dirait destinée à l’histoire d’un dénommé Corto Maltese : La ballade de la mer salée, publiée à Gènes, en 1967. C’est dans ce récit, dont l’ensemble des 163 planches originales à l’encre de Chine est présenté dans une salle de la Pinacothèque, que le ténébreux marin fait sa première apparition. L’histoire, dans sa traduction française, est publiée dans l’hebdomadaire Pif gadget, en 1970. Il faudra quelques années à Corto pour qu’il se hisse au niveau de gloire de Tintin et de Tarzan. Aujourd’hui, l’œuvre de Pratt est au panthéon de la bande dessinée. Ses voisins se nomment Hergé, Winsor McCay, Moebius, Guido Crepax, Enki Bilal, René Giffey, Milo Manara. Pratt est de ces quelques artistes de l’art graphique, qui fondent véritablement une œuvre : « Mon style est le résultat de toute une vie de recherche. […] Je voudrais pouvoir tout exprimer, un jour, par une seule ligne. ».

« Hugo Maltese » entre au musée, mais il ne s’y attarde pas. « Corto Pratt » s’impatiente déjà, au bout de la jetée. Il n’attend plus que son double pour lever l’ancre, retrouver les embruns, la haute mer, les ports interlopes, ses compagnons de brume ou de sable, et les belles femmes dangereuses. Entre le créateur et sa créature, la frontière n’est pas si précise qu’on ne puisse les confondre. Comme Maltese, Pratt a parcouru le globe, il a bourlingué, depuis Venise, la ville de son enfance, jusqu’à la Patagonie, en passant par l’Irlande, la corne de l’Afrique, l’Amérique centrale, et l’île de Pâques, qui lui inspira l’ultime aventure du maltais, « Mû ». Il s’est rendu sur la tombe de Robert Louis Stevenson, au sommet du mont Vaea, qui domine la ville d’Apia, sur l’île d’Upolu, dans l’archipel des Samoa. Il a mis ses pas dans ceux de Blaise Cendrars, de Long John Silver, d’Henry de Monfreid.

Hugo a donné à Corto l’apparence idéale d’un rêveur éveillé, disponible pour la sieste autant que pour la castagne. Maltese est un « gitan des Cornouailles », un sang mêlé, domicilié à Hong Kong. Dur au mal, sensible à la détresse des faibles, il vagabonde, traînant après lui tous les cœurs ; les filles aimables aux seins fiers, se cambrent un peu, lorsqu’elles aperçoivent son caban noir à col vaste, sa casquette de navigateur, ses joues, sa fossette à la naissance du menton, ses épaules larges et ses longues jambes. Aucune d’entre elles ne le retiendra définitivement : « On ne peut pas marier Corto Maltese. Son public féminin ne le lui pardonnerait pas. » explique Hugo Pratt.

Il affronte ses ennemis, sans les ménager, dans les duels comme dans les batailles. Maltese aime l’odeur de la poudre, les uniformes chamarrés des militaires anglais, et les parures des Iroquois. Il porte à l’oreille l’anneau des marins qui, une fois au moins, ont triomphé des vents hurlants du du cap Horn: « C’est un gars de la marine marchande, précise Hugo, l’anneau orne son oreille gauche. ».

1995, fin du voyage : Hugo meurt. Corto, gentilhomme de fortune initié aux mystères très anciens, ne reviendra pas. Dévorée par un paysage d’oubli, sa silhouette a rejoint le peuple des grandes ombres errantes.

Corto Maltese par Hugo Pratt

Croix syrienne

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Lundi, le président syrien Bachar Al-Assad- que l’on sait sur la sellette- a une nouvelle fois remanié son gouvernement pour nommer le chef d’état-major de l’armée Daoud Rajha nouveau ministre de la défense.

Ce choix serait directement causé par la maladie de son prédécesseur Ali Habib, que les médias proches de l’opposition syrienne disaient « suicidé » par le régime baathiste. A tel point que Habib a dû se mettre en scène dans un discours télévisé confirmant qu’il était bel et bien vivant !

Ali Habib a souhaité plein succès à son successeur Daoud Rajha, qui avait commandé le contingent syrien au sein de la coalition pro-américaine contre l’Iraq en 1991. Rahja, 64 ans, fait figure de jeunot par rapport au septuagénaire Habib. Mais la rupture est ailleurs : Bachar Al-Assad a délibérément nommé un chrétien grec-orthodoxe au ministère de la Défense (jusqu’ici détenu par un sunnite) tout en confiant la direction de l’armée à un autre chrétien, Fahd Jasim.

Or, si l’on prêtait quelques velléités de réforme à Rajha, au vu du rôle joué par l’armée dans la répression sanglante du soulèvement populaire syrien, l’hypothèse tourne court.

Pour la première fois de son histoire récente, l’armée syrienne est donc placée sous haut-commandement 100% chrétien. Ce qui augure mal de la transition syrienne : dans l’ère de l’après-Assad, qui se rapproche de jour en jour tant l’asphyxie économique du pays devient palpable, les Chrétiens pourraient bien subir un sort peu enviable au côté de leurs compagnons d’infortune alaouites….