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La burqa fait sa rentrée à Paris

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« Les lois sont faites pour être transgressées », dit-on parfois. Il n’aura pas fallu longtemps pour que le soit celle interdisant la burqa, si j’en crois la triste vision qui me tire parfois de mes rêveries au détour d’une promenade dans le quartier cosmopolite où j’ai élu domicile, et où, quoiqu’on imagine, il ne se passe habituellement jamais rien.

La représentation nationale avait pourtant bien fait les choses. En votant, le 11 octobre 2010, la loi n° 2010-1192 portant « interdiction de la dissimulation du visage dans l’espace public », elle évitait le piège consistant à ne proscrire que le voile intégral. Las, il y aura toujours des contrevenantes qui, non contentes de se voiler la face ont aussi décidé de se boucher les oreilles et de ne pas entendre que « la République se vit à visage découvert ».

J’ai donc croisé l’une de celles-ci. Une femme, accompagnée d’enfants souriants, mais qui elle, ne sourit pas. Entièrement drapée dans un niqab noir dont l’étoffe faciale a été soigneusement retirée, elle dissimule désormais sa figure derrière…un masque chirurgical.

Nous nous regardons longuement et je me sens mille fois humiliée.
En tant que citoyenne, j’ai mal pour la loi de mon pays qu’on bafoue sous mes yeux, quand bien même elle a été soigneusement libellée pour ne « stigmatiser » personne.

En tant que femme, je suis humiliée de constater que certaines, y compris jeunes, peut-être même belles, ont honte de l’être aussi.
J’ai mal pour celui qui m’accompagne et dont le regard est par avance supposé impur, ce regard d’homme que je sais si bienveillant, et qui se voit sans raison déclarer suspect.

Je suis humiliée, enfin, en tant que personne. Car, alors que nous nous observons, et que je lui offre mon visage tout entier, elle me dénie le droit de voir le sien. Et, cependant que ses yeux m’accusent de je ne sais quel crime, elle me voit sans doute pâlir un peu, sans m’octroyer le droit au constat réciproque.

A ce moment, j’ai totalement oublié la « religion » du spectre noir, et ne me rappelle que cette phrase d’Elisabeth Badinter : « Dans cette possibilité d’être regardée sans être vue et de regarder l’autre sans qu’il puisse vous voir, je perçois la satisfaction d’une triple jouissance perverse. La jouissance de la toute-puissance sur l’autre, la jouissance de l’exhibitionnisme, et la jouissance du voyeurisme ».

Un Américain en colère à Paris

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De toutes les immigrations, celle qui nous vient d’Amérique du nord et particulièrement des États-Unis, est la plus francophile. R-J. Berg publie Péril en la demeure, sous titré Regards d’un américain sur la langue française[1. Péril en la demeure de R-J. Berg (Défense de la langue française / France Univers – 166 pages – 25 euros). Il manque un index ce qui n’empêche pas de le commander à france.univers@wanadoo.fr.]. Attention : je n’utiliserai pas cette sotte expression : « je ne suis pas d’accord avec tout, mais… ». Rien n’oblige à être d’accord avec tout et tout le monde. Ce qui compte, c’est le ravissement devant un étranger qui nous appelle à mieux défendre notre langue. Seulement Berg n’est pas un étranger, c’est un Français. Il l’est consubstantiellement ; son érudition nous émerveille et sa critique des défenseurs maladroits du français nous, comment dit-on, déjà ?, nous interpelle.

En gros, Berg pense que la langue française n’a pas à se prévaloir de « valeurs », comme le dit encore Druon ; qu’elle ne représente pas une arme « antilibérale » comme le pense sans doute toujours Hagège. Á cela, rétorque Berg, dans une belle envolée : « le français est la langue des droits de l’homme et de la Terreur, de la Résistance et de la collaboration, de l’État-gendarme et de l’État-nounou, de l’existentialisme et de Salut les copains et de tant d’autres choses encore », Berg tape sur beaucoup de doigts, y compris des présidents de la République et même de notre cher et vieux Jean Dutourd (1920-2011) chez qui il relève une contradiction de taille. Dutourd voulait qu’on taxât « lourdement » les enseignes commerciales en anglais ce qui, pour Berg est une manière de les accepter. En fait, Dutourd, gaulliste et partisan de la dissuasion nucléaire, voulait dissuader. Il ne sollicita pas le ministre des Finances, comme il est dit, ce fut le ministre Beregovoy qui le sollicita et bien mal prit à ce dernier car le Conseil des ministres haussa les épaules avec dédain, le Savonarole en chef en tête.

Pour Berg, la langue française n’a pas pour ennemi principal le « sabir américano-commercial » comme nous disons, mais l’anglais (pour ma part, West side story ne me gêne pas. La langue française ne gagnera pas la partie et si le film s’intitule Une histoire du quartier de l’ouest. De même un week end n’est pas une fin de semaine, demandez la différence aux dames qui grognent pour qu’on les y emmène.)

L’intérêt subtil du livre de Berg c’est qu’il nous parle de l’auteur. En révélant ses lectures, ses colères, ses combats, ses goûts, il donne envie d’en savoir plus sur l’homme qui, chic suprême, ne vit ni à Big apple, ni à « L.A. ». C’est un cousin, et même un frère en littérature qui nous rappelle d’où nous venons et c’est très bien. Un écrivain qui, en biais, par jeu de miroir se révèle à nous, c’est émouvant. C’est une forme de l’autobiographie. C’est peut-être sa forme achevée enfin trouvée.

L’indignation pour les nuls

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Les quelques averses qui ont obscurci mes vacances m’ont fait jeter un œil sur le désormais célèbre Indignez-vous de Stéphane Hessel. Et si mon œil fut d’abord jeté distraitement, je dois reconnaître que je fus très vite subjuguée. Admirative ! Convertie ! Indignée à mon tour, j’entends moi aussi lutter contre les systèmes qui nous enferment.

Ceci dit, une lutte de cette envergure nécessite une action coordonnée. Point de franc-tireurs ! Seuls des groupes de phalangistes résolus, disciplinés et regroupés autour d’un chef pourront mener le combat !

La première phalange sera placée sous le commandement de ma benjamine. Contrairement aux apparences, il ne s’agit pas de népotisme. Car ce régiment affrontera l’un des systèmes les plus avilissants pour l’humanité : le système métrique. On pourra toujours m’accuser de manquer d’objectivité, mais les faits sont là : depuis ses premiers pas dans l’enseignement, ma petite puce a lutté avec une opiniâtreté exemplaire contre l’oppressant système métrique. Malgré les doutes, les menaces et la fatigue, elle oppose toujours un « non » ferme aux tenants pervers du système métrique ! Dans quelques années, lorsque vous utiliserez la coudée, le pied, le muid ou la solive, vous aurez une pensée pour ma petite fille. Mais sachez qu’elle ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Pourquoi, je vous le demande, pourquoi n’y aurait-il qu’un seul pied ou une seule coudée ? Pourquoi le pied ou la coudée d’untel devrait-il être mon étalon ? N’y voyez-vous pas un exemple patent d’oppression et de négation des libertés individuelles si durement acquises ? Je fais entièrement confiance à ma petite chérie pour mettre un terme définitif à cette dictature métrique particulièrement machiavélique. Vous aussi soutenez-la, elle le mérite !

La seconde phalange sera confiée à Maria, ma femme de ménage portugaise, qui se chargera de la périlleuse lutte contre le système pileux. Ce dernier réclame en effet des méthodes sans pitié, son anéantissement n’étant jamais définitif. Autant vous le dire, Maria et ses phalangistes devront user d’armes de destruction massive (cire chaude, rasoir, laser) qui entraîneront d’inévitables dégâts collatéraux- brûlures, irritations, dépigmentations, abcès… Bien sûr, nous tenterons de cibler nos attaques par des frappes chirurgicales. Il n’empêche, et Maria l’assume avec la farouche détermination qui vaut depuis toujours aux Lusitaniens et Lusitaniennes l’admiration des peuples, il y aura des victimes innocentes. Même si de frileuses ONG la culpabiliseront, Maria ne fléchira pas car, comme elle le dit elle-même quand elle brise un bibelot en dépoussiérant de ma commode régence : « On ne fait pas de tortillas chans cacher des œufs ! ».

Quant à moi, je me réserve la lutte contre l’insidieux Système D qui, honteusement promu par Mac Gyver, tend à s’insinuer dans chaque chaumière de la République, gangrenant les bases mêmes de notre civilisation en cette période de crise et d’insécurité financière. Pas plus tard qu’hier, n’ai-je pas vu un brave homme imprégné des meilleures intentions et certainement inconscient de son asservissement au système, remplacer le flotteur défectueux de sa chasse d’eau par un bouchon de deuxième côte de Blaye ?! Regardons la réalité en face, le système D est partout. Et que je te cale un pied de chaise avec un bouquin à 3 euros, et que je me fabrique un éventail avec une brochure, et que j’allume le barbecue avec mes verres de lunettes ! Pourquoi pas frapper deux silex, tant qu’on y est ? Pour venir à bout de ce système oppressant, il me faudra une vigilance de chaque instant. Bien sûr, des moments de découragement surgiront. Mais j’aurai toujours sur moi, doré sur tranche, le fameux manifeste de Stéphane Hessel où j’irai ressourcer ma volonté.

C’est pourquoi je vous demande de rejoindre nos troupes de phalangistes en lutte afin que demain se lève un jour nouveau, débarrassé de tous les systèmes oppresseurs et dégradants.

Indignez-vous !

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Benoît XVI, reviens ! Ils sont devenus fous !

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« In cauda venenum », ou si vous préférez « dans la queue, le venin ». Ce proverbe latin ne nous est pas revenu en mémoire parce que l’industrie pornographique vient de stopper provisoirement ses activités après la découverte d’un acteur contaminé par le VIH, mais en apprenant que José Manuel Zapatero avait fait adopter la fameuse « règle d’or » de stabilité budgétaire et l’avait inscrite dans la constitution.

On rappellera que Zapatero est socialiste, qu’il est tellement impopulaire qu’il a anticipé les élections en novembre et qu’il a fait passer cette loi avec l’accord du Parti Populaire, la principale force d’opposition pratiquement certaine de gagner les prochaines législatives comme elle a gagné les précédentes élections intermédiaires, c’est à dire dans une indifférence dégoutée qui se traduit par des taux d’abstention record. Pour le reste, la constante historique qui veut que les marchés préfèrent en Europe des socialistes libérés du socialisme à des libéraux qui ont encore des scrupules vaguement étatistes se confirme.

Zapatero a cependant attendu le départ du pape Benoit XVI pour annoncer cette ultime mesure. Il a bien fait. Avec ce gauchiste ensoutané qui ne cesse de parler, à longueur d’encyclique, de mettre « l’économie au service de l’homme » et non de faire l’inverse tout en dénonçant une génération sacrifiée dans la précarité, on ne sait jamais…

La maman et la cougar

Qu’on se figure La femme de trente ans, typologie balzacienne des plus séduisantes, égérie de la presse féminine, épanouie et désirée par tous, puissant vecteur de bien-être récupéré avec science et cynisme par les requins de la publicité, les idéologues du féminisme, les adorateurs du bio qui la hissent en emblème de la fertilité. Celle qui ressemble à la Vierge Marie autant qu’à la Princesse Diana, celle grâce à qui les Barbie ont envahi la planète. « Cherchez la femme », c’est elle et personne d’autre.

C’est Nathalie Dumont, quarante-deux ans, personnage principal du dernier roman de Matthieu Jung, Vous êtes nés à la bonne époque. Elle a réussi dans la vie, c’est sûr. Matériellement tout le prouve : une carrière d’ophtalmologiste sans faute et quatre-vingt-quinze mètres carrés dans le quartier de la Bastille où elle a élevé sa fille Charlotte, partie vivre à Los Angeles. Mais Nathalie sent sur elle, à chaque seconde qui passe, s’abattre un peu plus le poids de la décrépitude. Pourquoi ? Parce qu’elle vient de se séparer de son compagnon et qu’elle ne voit donc plus comment avoir ce second enfant qu’elle désire tant. Au beau milieu de cette destinée dépressive, une comète surgit et illumine de tous ses feux l’étoile en déclin. C’est le jeune Arno Genic, artiste brillant, fort et respectueux, un homme, un vrai. Mais Arno a vingt ans, Arno est un enfant, et Nathalie veut un enfant.

Depuis La vague à l’âme et Principe de précaution, Matthieu Jung est le peintre de la vie moderne. Voici une société schizophrène dans laquelle les femmes veulent réussir professionnellement aux dépens de leur vie personnelle mais où, pourtant, être une femme, c’est plus que jamais pouvoir porter la vie.
Il est d’ailleurs effrayant d’observer tous les moyens qu’on déploie pour rester les mêmes. Vous êtes nés à la bonne époque énumère dans ses pages ceux qu’une femme tient aujourd’hui à sa disposition pour tomber enceinte. Il est question de fécondation in vitro, de mère porteuse, d’élever un enfant seule, conçu au hasard d’une rencontre. Il faut démasquer le bon géniteur, s’ébahir devant la grossesse d’Isabelle Carré filmée par Ozon, vaincre la loi naturelle qui s’appelle ménopause.

Nathalie Dumont est, jusqu’en sa mélancolie, terriblement femme. Avec son désir de grossesse, c’est la quête d’un amour durable et sincère qu’elle exprime. Et cette femme, qui en dépit des fortunes qu’elle engloutit chez son psy comportementaliste, n’a rien oublié de la joie, sait instinctivement où elle se trouve. « Le besoin primordial d’une femme, c’est d’être remplie. Au niveau de son vagin comme de son utérus […]. Malgré la civilisation, on reste des animaux, voilà ». Comme ça, c’est clair.

La grande réussite de Matthieu Jung, c’est surtout le style. Comment parler, penser, souffrir comme une femme ? Sens du détail, nom des boutiques qu’elle fréquente, euphémismes et antiphrases, frivolités adverbiales à foison pour ajuster sa pensée. Il faut écrire comme elle est, comme elle se déploie, parvenir à embrasser minauderies et contorsions cérébrales propres à la psyché féminine, forger l’identification et la compassion.

Pour ce faire, il faut sortir de soi. Un écrivain n’est pas plus un homme qu’une femme, c’est quelqu’un capable d’étreindre la condition de son personnage, fût-il un animal domestique, un camion, un continent. Il ne juge pas sa vie digne d’être partagée, mais d’être utilisée. La fin de son œuvre ce n’est pas lui-même, c’est l’œuvre. L’écrivain étreint, aussi, la condition de son temps et ses figures sacrificielles. De Madame Bovary, où Flaubert revêt robes et rêves délavés d’une souffreteuse dupée par le romantisme à Thérèse Desqueyroux de Mauriac, qui se bat avec la bourgeoisie provinciale étriquée. Matthieu Jung, qui campe une victime contemporaine des libertés chéries, s’inscrit parfaitement dans cette lignée.

Le comique féerique d’Olivier Maulin

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Mes amis, oubliez tous les romans de la rentrée littéraire 2011 ! Allez, sans hésiter, à l’essentiel et au meilleur ! Lisez sans plus tarder Les lumières du ciel d’Olivier Maulin. Partez à l’air libre. Là où remue encore la vie. Vers la joie. En route !

Tous les romans de Maulin sont des voyages imprévisibles, burlesques et foireux : qu’il s’agisse d’En attendant le roi du monde (2006), des Evangiles du lac (2008) ou de Petit monarque et catacombes (2009) (gloire à toi, inoubliable Bois-Bois !). À chaque fois, Maulin vous fait traverser sur les chapeaux de roues une multitude d’espaces géographiques, sociaux, existentiels, dont chacun est décrit avec le même humour, le même amour, la même minutie. Et à chaque fois, comme chez Manchette, il y a là, inexplicablement, saisi sur la page, le mouvement même de la vie.

Les romans de Maulin sont de magiques pièges à cons. Ils commencent sans tambours ni trompettes, dans la plus humble et éberluante simplicité. Maulin est un prestidigitateur romanesque qui dissimule avec la dernière rouerie la finesse extrême de son art, sa profondeur politique et historique, son ampleur métaphysique et spirituelle. Et comme un con, vous vous dites : Bon, ça se lit tout seul, d’accord. C’est très agréable à lire. C’est du roman populaire bien foutu, honnête mais pas très raffiné. Ça pisse dru, OK, mais ça va pas pisser très loin. Avec Maulin, les canards à trois pattes n’ont pas de soucis à se faire pour leurs guibolles.

En puis voilà, vous êtes embarqués. Maulin fait comme le réel : il exagère. Tout ça devient décidément de plus en plus savoureux et étrange. C’était très marrant, mais voilà que ça devient absolument hilarant. Vous écoutez pérorer son petit peuple romanesque de minables, de ratés, de fainéants, de menteurs et de salopards. Et vous vous apercevez soudain que vous les aimez tous sans exception. Que tous ces fous, ces crétins, ces roublards et ces lâches en savent plus long sur votre âme et sur l’existence que les savants et les philosophes.
Et lentement, très lentement, par touches délicates, infiniment discrètes, vous vous apercevez que, pendant que vous vous marrez, ces putains de clodos célestes sont en train d’allumer subrepticement dans votre cœur Les lumières du ciel. Ces pochtrons miteux vous montent sur le ventre comme des rustres. Et vous sentez en vous quelque chose de rayonnant. Des lumières fragiles qui se répondent. Quelque chose de trop doux, qui vous donne envie de chialer. C’est que leurs discussions ineptes et magnifiques sont un feu de joie qui consume toute la saloperie moderne. C’est qu’ils sont en train de brûler toute la laideur du monde.

Maulin vous faisait marcher sur une montagne réaliste de détritus modernes et vous n’avez pas remarqué que des brèches microscopiques s’ouvraient lentement entre les immondices. Vous n’avez pas vu que là, dans ces interstices, à nouveau, on pourrait vivre. Avançant d’un pas brutal et aveugle, vous n’avez pas soupçonné les myriades de fleurs minuscules et presque invisibles, délicates et gracieuses, qui poussaient dans ces brèches de liberté. Ces fleurs ne vont pourtant cesser de grandir et d’envahir l’espace du roman, le réalisme se métamorphosant insensiblement en féérie burlesque.
Oui, vous avez vu scintiller des lumières dans les cœurs des dégueulasses. Vous avez appris la sagesse de la bouche des fous. Vous avez vu ces lucioles, ci et là, s’allumer et disparaître, puis se rallumer parfois toutes ensemble. Vous avez vu le monde moderne s’ébrécher et s’effondrer sous les valeureux assauts des gueux. Vous avez vu les fleurs de la grâce pousser dans l’humus le plus trivial. Vous avez senti dans vos cœurs l’invisible remontée du Moyen-Âge, la brûlure du merveilleux chrétien, la morsure du merveilleux païen.

Les lumières du ciel lanceront d’abord à vos trousses un hippopotame écumant de colère. Vous y apprendrez ensuite à faire la différence entre un nordmann et un épicéa et à vendre les « sapins hallal » à la pelle. Si vous vous sentez toujours bien dans la peau de Paul-Emile Bramont, le narrateur de cette folle épopée, vous aurez droit ensuite à une rencontre du troisième type avec le chirurgien que vous cocufiez et vous n’hésiterez pas à lui proposer l’affaire du siècle. Et puis, quand même, puisque tout le monde à Paris a maintenant envie de vous tuer, il sera temps de prendre vraiment le large. Alors, comme par hasard, vous arriverez à Jérusalem.

Les trois séquences les plus éblouissantes des Lumières du ciel ? L’arrivée à Jérusalem, dans une douce, envoûtante, bucolique et fraternelle communauté anticapitaliste et antimoderne (salut à toi, Anakin, auprès de qui Wilhelm Reich est un homme d’un cartésianisme étriqué !). La rencontre, ensuite, un pas au-delà, avec le prince de la radicalité antimoderne, le Natoufien en personne, chasseur-cueilleur de son état et adversaire impitoyable de la barbarie que représentent à ses yeux l’élevage et l’agriculture, vivant dans une grotte avec sa colossale et tyrannique épouse. La troisième scène la plus magistrale enfin, dont l’horreur et la profondeur eussent fait les délices de Philippe Muray, est celle où le narrateur et son ami Momo découvrent à Nice le monde terrifiant du troisième âge hyperfestif et tombent entre les griffes de Miss Amandine et de Madame Belatoff, deux octogénaires liftées et libidineuses. Il faut bien aussi que par moments vacillent Les lumières du ciel.

Les lumières du ciel

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Un tramway nommé délire

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Mercredi dernier, une rame de la RATP a servi à évacuer des roms illégalement installés en Seine Saint-Denis. Et là… c’est le drame ! Insatisfaits de dénoncer le mélange des genres entre la police et la régie des transports, réquisitionnée pour l’occasion, tout ce que la gauche bourgeoise compte de belles âmes s’indigne.

Vous à qui on ne la fait plus, vous connaissez l’expression pavlovienne, tout de go reprise par Cécile Duflot : l’affaire rappelle « les heures les plus sombres de notre histoire et réveille en nous une monstrueuse évocation ».

Maréchal, nous y voilà ! Les trains transitant par Drancy vers les camps de la mort, la rafle du Vel d’Hiv, le triste rôle de la SNCF dans le convoyage des déportés : le décor est planté. Et le conseiller général communiste de Seine-Saint Denis Gilles Garnier d’évoquer ses « souvenirs d’école ou de cinéma ». A croire qu’après avoir trop longtemps cultivé le révisionnisme stalinien, au PCF, on se repasse en boucle le larmoyant Elle s’appelait Sarah. Ou que la lecture des pensées de Charles Berling et Josiane Balasko a remplacé celle des œuvres complètes de Marx.

Bien malgré eux, ces esprits humanistes nous jettent dans les bras de Claude Guéant, ministre de la parole, pardon de l’Intérieur, qui parlent d’ « amalgames scandaleux » de la part des tenants de Vichy forever.

Sans s’enflammer, deux remarques suffisent à démonter leurs comparaisons déplacées. Primo, comme me le faisait judicieusement remarquer mon confrère Renaud Chenu, « en 1942 on utilisait des trams pour mettre les roms DANS des camps. Aujourd’hui c’est pour les en SORTIR ». Secundo, lesdits roms ne sont ni internés ni voués à l’extermination, la France leur fournit même une indemnité de départ pour qu’ils se réinstallent le moins mal possible en Roumanie et en Bulgarie.

Deux pays où le sort des Roms s’avère nettement moins enviable qu’à Paris ou Montreuil. Mais de ça, on n’entend guère parler chez les indignés précités.

Vérité en deçà des Balkans…

Grèce : la tragédie a assez duré

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Avant-hier, la forte hausse du CAC 40 confirmait mon analyse de « la crise économique (qui) suspend son vol ». Mais voici qu’entre temps, les choses se sont considérablement compliquées à Athènes, dont le parlement juge « la dette hors de contrôle ».

Ajoutons à ce triste constat que les négociations pour appliquer le plan de « soutien » à la Grèce n’en finissent plus. Ainsi, sa ratification par les parlements nationaux est actuellement bloquée par les atermoiements de la Finlande. Depuis le 21 juillet, Helsinki – qui doit contribuer à hauteur de 2% des montants – refuse en effet d’accorder sa garantie sans obtenir de contrepartie de la Grèce . Athènes pourrait par exemple céder une de ses entreprises publiques à Helsinki si elle ne parvenait pas à rembourser ses dettes.

Si la Finlande obtenait gain de cause, cela ouvrirait une boîte de Pandore. L’Autriche, les Pays Bas, la Slovaquie ont d’ores et déjà formulé des exigences similaires, ce qui a fait hurler Jean-Claude Trichet ainsi que l’Allemagne et la France.
Bien évidemment, la Grèce ne peut fournir aucune garantie équivalente au montant du plan d’aide. Bref, contre toute attente, les difficultés qui s’amoncellent risquent de faire capoter la négociation du plan d’aide.

A Athènes, le ministre des finances a beau s’efforcer de répondre aux desiderata de la troïka bureaucratique (FMI, BCE et Commission européenne), la situation se tend. Le parlement grec ne se contente pas de tirer la sonnette d’alarme. Il affirme carrément que les différents plans d’austérité « ne peuvent pas restaurer l’état des finances », n’hésitant pas à contredire la politique suivie par le gouvernement grec depuis un an et demi !
Ses résultats sont totalement désastreux : après une chute du PIB de plus de 4% l’an dernier, la récession devrait s’aggraver en 2011, le second trimestre ayant même enregistré une dépression de 6.9% . Dire que la troïka avait prévu une légère croissance pour 2012 ! Même pioche pour le déficit budgétaire, qui dépasse lui aussi les prévisions les plus pessimistes : loin de la baisse de 7.6% attendue cette année, il s’aggrave en 2011.

Sans jouer les Cassandre, on peut dire que cette issue était prévisible. L’austérité sauvage imposée à Athènes pour renflouer ses créanciers plombe tellement la croissance grecque que l’augmentation des recettes permise par la réduction des dépenses et la hausse des impôts reste sans effets. S’ils restent englués dans le cadre actuel, les Grecs s’enfonceront dans une impasse et un troisième plan sera bientôt lancé, sans plus de succès que les précédents.

A terme, toute la question est de savoir si l’Union Européenne autorisera Athènes à restructurer sa dette ou si les dirigeants grecs, lassés de saigner leur pays, ne seront pas tentés d’imiter le précédent argentin. La Grèce se rapproche en effet de la situation de l’Argentine de 1999, lorsque Buenos Aires organisait une déflation pour retrouver sa compétitivité perdue face au Brésil et aux dragons asiatiques. Entre 1998 et 2001, le PIB argentin baissa de 10%, avant que la grave crise de 2002 aboutisse à une dévaluation et à un défaut de paiement. Cette période de gros temps avait finalement abouti au redressement de l’économie argentine.

Comme pour l’Argentine au tournant du siècle, la Grèce s’oriente probablement vers un défaut partiel sur sa dette devenue irremboursable, Une sortie de l’euro et une dévaluation de la nouvelle drachme paraissent non moins inévitables. La seule inconnue est de savoir quand tout cela arrivera. Pour rendre l’ajustement monétaire et économique moins brutal, le plus tôt serait le mieux.

Si la Grèce était sortie de l’euro cette année, elle devrait restructurer une dette équivalente à 160% de son PIB. Si rien n’est fait pour enrayer les processus en cours, ce chiffre déjà astronomique atteindra des sommets dans les mois et les années à venir.

A moins de vouloir se retrouver le couteau sous la gorge, les Grecs gagneraient à méditer l’exemple argentin…

Téléphone morose

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On m’aurait dit que j’écrirai un jour ce que je vais écrire je ne l’aurais pas cru. Et pourtant si ! Telle que vous me voyez, je vais rejoindre la horde des féministes ! Et j’ai une excellente raison !

Voyez plutôt : L’entreprise TeleNav a sondé 500 Américains âgés de plus de seize ans pour savoir à quel point nous sommes accros à nos GSM ! Et bien le résultat fait froid dans le dos !

Passons sur le fait que 55 % des personnes interrogées ont déclaré qu’elles pourraient se passer de café pendant une semaine plutôt que de se priver de leur téléphone portable. Et sur celui que 70 % ont affirmé qu’elles se passeraient d’alcool et 63 % de chocolat pendant la même période pour conserver leur portable en poche.

Après tout, le café, l’alcool et le choco, c’est pas désagréable, mais je serai la première à admettre que ça ne vaut pas une parlotte avec les copines.

Plus étrange, 21 % des sondés accepteraient de se passer de leurs chaussures pendant une semaine pour garder leur gsm. Là, je pense qu’on tombe dans l’addiction ! En effet, qu’est-ce qui galbe mieux un mollet qu’une jolie paire d’escarpins ? On ne peut tout de même rester sur la pointe des pieds pendant une semaine ! Ce serait la douloureuse crampe de la voûte plantaire assurée !

Plus inquiétant, 22% accepteraient de boycotter leur brosse à dents pour pouvoir continuer à utiliser leur mobile ! Là, c’est carrément dégueulasse !

Mais hélas, le pire est à venir !

Sur les 500 Amerloques, un tiers, vous avez bien lu : un tiers, a répondu préférer abandonner le sexe pendant une semaine plutôt que de se passer de téléphone pendant la même période.

Ben, merde !

Alors là, franchement, ce coup-ci, je rejoints les suffragettes, et je vous ordonne, Messieurs, d’oser le clito ! Même s’il faut laisser tomber le texto !

Non, mais !

Bettencourt, l’éternel retour

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Image : Ika Marie Jeanne

L’affaire Bettencourt, c’est un peu le running gag du quinquennat Sarkozy. Scoop du siècle, l’infirmière de Liliane Bettencourt aurait confié à la juge Isabelle Prévost-Desprez avoir assisté à la remise d’une enveloppe d’argent à Nicolas Sarkozy en 2007. Cette révélation est extraite du livre Sarko m’a tuer, c’est dire si elle est sérieuse. L’infirmière a immédiatement démenti cette allégation. Dont acte. Hier, nouveau rebond dans cette mascarade d’État aux effets gigognes : Gérard Davet, co-auteur de l’ouvrage pré-cité et journaliste au Monde, aurait été espionné par la DCRI.

L’information vient cette fois de la juge Sylvie Zimmermann, qui instruit la plainte déposée par Le Monde en septembre dernier pour « atteinte au secret des sources ». Le contre espionnage avait ainsi demandé à Orange de lui fournir les relevés téléphoniques du journaliste. Son crime ? Un article daté du 19 juillet 2010 où il rendait compte des déclarations à la police de Patrice de Maistre, lors de sa garde à vue du 15 juillet. On y apprenait entre autres qu’Éric Woerth, ministre du Budget à l’époque des faits, lui aurait demandé d’embaucher sa femme au sein de la société Clymène qui gère la fortune de Liliane Bettencourt. On connaît la suite, qui marqua le début du calvaire pour le couple maudit sacrifié en place publique. Les petits conflits d’intérêts, passe encore, mais là c’était trop gros. Signe du destin, David Sénat, conseiller technique de Michelle Alliot-Marie et « source » supposée du Monde, sera muté comme magistrat à Cayenne.

En pleine conférence internationale sur la reconstruction de la Libye, l’exécutif s’illustre donc en se vautrant une nouvelle fois dans cette mauvaise habitude française : écouter aux portes.

Dès le 2 novembre 2010, sous la plume de Claude Angeli, Le Canard enchaîné rapportait cette affaire d’espionnage de manière très circonstanciée. Depuis, les regards se dirigeaient vers la DCRI et l’Élysée, qui qualifia à l’époque les accusations du Canard de « farfelues  ». Mais l’accusateur farfelu était bien placé pour savoir que la DCRI ne mégote pas sur les moyens pour identifier des sources enquiquinantes pour le pouvoir. Ainsi, en avril 2009, lorsque l’administration américaine fit savoir à ses homologues du Quai d’Orsay qu’il était gênant de lire le feuilleton de leurs échanges confidentiels, en particulier sur l’Iran, page 3 du Canard, les services de monsieur Kouchner déposèrent une plainte contre X. La DCRI fut alors chargée de débusquer les sources d’Angeli sous l’égide d’un juge antiterroriste. De quoi jeter un froid entre pouvoir politique et journalistes ! Finalement, après l’audition de nombreux diplomates, l’affaire n’alla pas bien loin, les journalistes du Canard ayant trop de métier pour permettre à leurs sources de se faire prendre la main dans le sac par des barbouzes ès « fadettes ».

Car la « fadette », petit nom des relevés téléphoniques, est la valeur montante dans le jeu de cache-cache entre un pouvoir jaloux de ses petits secrets et des journalistes bien décidés à les révéler. Dernier exemple en date, les accusations « farfelues » qui avaient poussé le ministre de l’intérieur de l’époque, Brice Hortefeux, à monter au créneau, pour préciser que « La DCRI, ce n’est pas la Stasi, son rôle n’est pas de tracasser les journalistes », se révèlent aujourd’hui tout à fait exactes. C’est pour le moins gênant.

L’actuel taulier de la place Beauvau, Claude Guéant, l’a reconnu avec un grand art de la nuance sur France Info : « Il y a eu des repérages de communications téléphoniques, ce qui est tout à fait différent d’écoutes ». Ce rétropédalage jésuitique ne fera pas oublier la loi sur la liberté de la presse[1. Réformée le 4 janvier 2010.] stipulant qu’il « ne peut être porté atteinte directement ou indirectement au secret des sources » des journalistes. Même avec une interprétation très large, on constate que la loi a été malmenée, sinon violée, dans cette affaire.

Certes, ces « repérages » apparaissent comme de petites mesquineries policières sans commune mesure avec la chape de plomb que ferait peser sur la presse une véritable police politique. Il n’en reste pas moins que la loi n’est pas un gadget, et que si nos gouvernants exigent avec raison qu’elle soit scrupuleusement appliquée en bas, elle devrait être tout aussi respectée en haut.

Quant au jeu du chat et de la souris entre les journalistes d’investigation et le pouvoir, il perdurera quelles que soient les subtilités de la loi sur la « protection des sources ».

Ainsi vont les traditions : elles persistent.

Sarko m’a tuer

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La burqa fait sa rentrée à Paris

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« Les lois sont faites pour être transgressées », dit-on parfois. Il n’aura pas fallu longtemps pour que le soit celle interdisant la burqa, si j’en crois la triste vision qui me tire parfois de mes rêveries au détour d’une promenade dans le quartier cosmopolite où j’ai élu domicile, et où, quoiqu’on imagine, il ne se passe habituellement jamais rien.

La représentation nationale avait pourtant bien fait les choses. En votant, le 11 octobre 2010, la loi n° 2010-1192 portant « interdiction de la dissimulation du visage dans l’espace public », elle évitait le piège consistant à ne proscrire que le voile intégral. Las, il y aura toujours des contrevenantes qui, non contentes de se voiler la face ont aussi décidé de se boucher les oreilles et de ne pas entendre que « la République se vit à visage découvert ».

J’ai donc croisé l’une de celles-ci. Une femme, accompagnée d’enfants souriants, mais qui elle, ne sourit pas. Entièrement drapée dans un niqab noir dont l’étoffe faciale a été soigneusement retirée, elle dissimule désormais sa figure derrière…un masque chirurgical.

Nous nous regardons longuement et je me sens mille fois humiliée.
En tant que citoyenne, j’ai mal pour la loi de mon pays qu’on bafoue sous mes yeux, quand bien même elle a été soigneusement libellée pour ne « stigmatiser » personne.

En tant que femme, je suis humiliée de constater que certaines, y compris jeunes, peut-être même belles, ont honte de l’être aussi.
J’ai mal pour celui qui m’accompagne et dont le regard est par avance supposé impur, ce regard d’homme que je sais si bienveillant, et qui se voit sans raison déclarer suspect.

Je suis humiliée, enfin, en tant que personne. Car, alors que nous nous observons, et que je lui offre mon visage tout entier, elle me dénie le droit de voir le sien. Et, cependant que ses yeux m’accusent de je ne sais quel crime, elle me voit sans doute pâlir un peu, sans m’octroyer le droit au constat réciproque.

A ce moment, j’ai totalement oublié la « religion » du spectre noir, et ne me rappelle que cette phrase d’Elisabeth Badinter : « Dans cette possibilité d’être regardée sans être vue et de regarder l’autre sans qu’il puisse vous voir, je perçois la satisfaction d’une triple jouissance perverse. La jouissance de la toute-puissance sur l’autre, la jouissance de l’exhibitionnisme, et la jouissance du voyeurisme ».

Un Américain en colère à Paris

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De toutes les immigrations, celle qui nous vient d’Amérique du nord et particulièrement des États-Unis, est la plus francophile. R-J. Berg publie Péril en la demeure, sous titré Regards d’un américain sur la langue française[1. Péril en la demeure de R-J. Berg (Défense de la langue française / France Univers – 166 pages – 25 euros). Il manque un index ce qui n’empêche pas de le commander à france.univers@wanadoo.fr.]. Attention : je n’utiliserai pas cette sotte expression : « je ne suis pas d’accord avec tout, mais… ». Rien n’oblige à être d’accord avec tout et tout le monde. Ce qui compte, c’est le ravissement devant un étranger qui nous appelle à mieux défendre notre langue. Seulement Berg n’est pas un étranger, c’est un Français. Il l’est consubstantiellement ; son érudition nous émerveille et sa critique des défenseurs maladroits du français nous, comment dit-on, déjà ?, nous interpelle.

En gros, Berg pense que la langue française n’a pas à se prévaloir de « valeurs », comme le dit encore Druon ; qu’elle ne représente pas une arme « antilibérale » comme le pense sans doute toujours Hagège. Á cela, rétorque Berg, dans une belle envolée : « le français est la langue des droits de l’homme et de la Terreur, de la Résistance et de la collaboration, de l’État-gendarme et de l’État-nounou, de l’existentialisme et de Salut les copains et de tant d’autres choses encore », Berg tape sur beaucoup de doigts, y compris des présidents de la République et même de notre cher et vieux Jean Dutourd (1920-2011) chez qui il relève une contradiction de taille. Dutourd voulait qu’on taxât « lourdement » les enseignes commerciales en anglais ce qui, pour Berg est une manière de les accepter. En fait, Dutourd, gaulliste et partisan de la dissuasion nucléaire, voulait dissuader. Il ne sollicita pas le ministre des Finances, comme il est dit, ce fut le ministre Beregovoy qui le sollicita et bien mal prit à ce dernier car le Conseil des ministres haussa les épaules avec dédain, le Savonarole en chef en tête.

Pour Berg, la langue française n’a pas pour ennemi principal le « sabir américano-commercial » comme nous disons, mais l’anglais (pour ma part, West side story ne me gêne pas. La langue française ne gagnera pas la partie et si le film s’intitule Une histoire du quartier de l’ouest. De même un week end n’est pas une fin de semaine, demandez la différence aux dames qui grognent pour qu’on les y emmène.)

L’intérêt subtil du livre de Berg c’est qu’il nous parle de l’auteur. En révélant ses lectures, ses colères, ses combats, ses goûts, il donne envie d’en savoir plus sur l’homme qui, chic suprême, ne vit ni à Big apple, ni à « L.A. ». C’est un cousin, et même un frère en littérature qui nous rappelle d’où nous venons et c’est très bien. Un écrivain qui, en biais, par jeu de miroir se révèle à nous, c’est émouvant. C’est une forme de l’autobiographie. C’est peut-être sa forme achevée enfin trouvée.

L’indignation pour les nuls

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Les quelques averses qui ont obscurci mes vacances m’ont fait jeter un œil sur le désormais célèbre Indignez-vous de Stéphane Hessel. Et si mon œil fut d’abord jeté distraitement, je dois reconnaître que je fus très vite subjuguée. Admirative ! Convertie ! Indignée à mon tour, j’entends moi aussi lutter contre les systèmes qui nous enferment.

Ceci dit, une lutte de cette envergure nécessite une action coordonnée. Point de franc-tireurs ! Seuls des groupes de phalangistes résolus, disciplinés et regroupés autour d’un chef pourront mener le combat !

La première phalange sera placée sous le commandement de ma benjamine. Contrairement aux apparences, il ne s’agit pas de népotisme. Car ce régiment affrontera l’un des systèmes les plus avilissants pour l’humanité : le système métrique. On pourra toujours m’accuser de manquer d’objectivité, mais les faits sont là : depuis ses premiers pas dans l’enseignement, ma petite puce a lutté avec une opiniâtreté exemplaire contre l’oppressant système métrique. Malgré les doutes, les menaces et la fatigue, elle oppose toujours un « non » ferme aux tenants pervers du système métrique ! Dans quelques années, lorsque vous utiliserez la coudée, le pied, le muid ou la solive, vous aurez une pensée pour ma petite fille. Mais sachez qu’elle ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Pourquoi, je vous le demande, pourquoi n’y aurait-il qu’un seul pied ou une seule coudée ? Pourquoi le pied ou la coudée d’untel devrait-il être mon étalon ? N’y voyez-vous pas un exemple patent d’oppression et de négation des libertés individuelles si durement acquises ? Je fais entièrement confiance à ma petite chérie pour mettre un terme définitif à cette dictature métrique particulièrement machiavélique. Vous aussi soutenez-la, elle le mérite !

La seconde phalange sera confiée à Maria, ma femme de ménage portugaise, qui se chargera de la périlleuse lutte contre le système pileux. Ce dernier réclame en effet des méthodes sans pitié, son anéantissement n’étant jamais définitif. Autant vous le dire, Maria et ses phalangistes devront user d’armes de destruction massive (cire chaude, rasoir, laser) qui entraîneront d’inévitables dégâts collatéraux- brûlures, irritations, dépigmentations, abcès… Bien sûr, nous tenterons de cibler nos attaques par des frappes chirurgicales. Il n’empêche, et Maria l’assume avec la farouche détermination qui vaut depuis toujours aux Lusitaniens et Lusitaniennes l’admiration des peuples, il y aura des victimes innocentes. Même si de frileuses ONG la culpabiliseront, Maria ne fléchira pas car, comme elle le dit elle-même quand elle brise un bibelot en dépoussiérant de ma commode régence : « On ne fait pas de tortillas chans cacher des œufs ! ».

Quant à moi, je me réserve la lutte contre l’insidieux Système D qui, honteusement promu par Mac Gyver, tend à s’insinuer dans chaque chaumière de la République, gangrenant les bases mêmes de notre civilisation en cette période de crise et d’insécurité financière. Pas plus tard qu’hier, n’ai-je pas vu un brave homme imprégné des meilleures intentions et certainement inconscient de son asservissement au système, remplacer le flotteur défectueux de sa chasse d’eau par un bouchon de deuxième côte de Blaye ?! Regardons la réalité en face, le système D est partout. Et que je te cale un pied de chaise avec un bouquin à 3 euros, et que je me fabrique un éventail avec une brochure, et que j’allume le barbecue avec mes verres de lunettes ! Pourquoi pas frapper deux silex, tant qu’on y est ? Pour venir à bout de ce système oppressant, il me faudra une vigilance de chaque instant. Bien sûr, des moments de découragement surgiront. Mais j’aurai toujours sur moi, doré sur tranche, le fameux manifeste de Stéphane Hessel où j’irai ressourcer ma volonté.

C’est pourquoi je vous demande de rejoindre nos troupes de phalangistes en lutte afin que demain se lève un jour nouveau, débarrassé de tous les systèmes oppresseurs et dégradants.

Indignez-vous !

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Benoît XVI, reviens ! Ils sont devenus fous !

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« In cauda venenum », ou si vous préférez « dans la queue, le venin ». Ce proverbe latin ne nous est pas revenu en mémoire parce que l’industrie pornographique vient de stopper provisoirement ses activités après la découverte d’un acteur contaminé par le VIH, mais en apprenant que José Manuel Zapatero avait fait adopter la fameuse « règle d’or » de stabilité budgétaire et l’avait inscrite dans la constitution.

On rappellera que Zapatero est socialiste, qu’il est tellement impopulaire qu’il a anticipé les élections en novembre et qu’il a fait passer cette loi avec l’accord du Parti Populaire, la principale force d’opposition pratiquement certaine de gagner les prochaines législatives comme elle a gagné les précédentes élections intermédiaires, c’est à dire dans une indifférence dégoutée qui se traduit par des taux d’abstention record. Pour le reste, la constante historique qui veut que les marchés préfèrent en Europe des socialistes libérés du socialisme à des libéraux qui ont encore des scrupules vaguement étatistes se confirme.

Zapatero a cependant attendu le départ du pape Benoit XVI pour annoncer cette ultime mesure. Il a bien fait. Avec ce gauchiste ensoutané qui ne cesse de parler, à longueur d’encyclique, de mettre « l’économie au service de l’homme » et non de faire l’inverse tout en dénonçant une génération sacrifiée dans la précarité, on ne sait jamais…

La maman et la cougar

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Qu’on se figure La femme de trente ans, typologie balzacienne des plus séduisantes, égérie de la presse féminine, épanouie et désirée par tous, puissant vecteur de bien-être récupéré avec science et cynisme par les requins de la publicité, les idéologues du féminisme, les adorateurs du bio qui la hissent en emblème de la fertilité. Celle qui ressemble à la Vierge Marie autant qu’à la Princesse Diana, celle grâce à qui les Barbie ont envahi la planète. « Cherchez la femme », c’est elle et personne d’autre.

C’est Nathalie Dumont, quarante-deux ans, personnage principal du dernier roman de Matthieu Jung, Vous êtes nés à la bonne époque. Elle a réussi dans la vie, c’est sûr. Matériellement tout le prouve : une carrière d’ophtalmologiste sans faute et quatre-vingt-quinze mètres carrés dans le quartier de la Bastille où elle a élevé sa fille Charlotte, partie vivre à Los Angeles. Mais Nathalie sent sur elle, à chaque seconde qui passe, s’abattre un peu plus le poids de la décrépitude. Pourquoi ? Parce qu’elle vient de se séparer de son compagnon et qu’elle ne voit donc plus comment avoir ce second enfant qu’elle désire tant. Au beau milieu de cette destinée dépressive, une comète surgit et illumine de tous ses feux l’étoile en déclin. C’est le jeune Arno Genic, artiste brillant, fort et respectueux, un homme, un vrai. Mais Arno a vingt ans, Arno est un enfant, et Nathalie veut un enfant.

Depuis La vague à l’âme et Principe de précaution, Matthieu Jung est le peintre de la vie moderne. Voici une société schizophrène dans laquelle les femmes veulent réussir professionnellement aux dépens de leur vie personnelle mais où, pourtant, être une femme, c’est plus que jamais pouvoir porter la vie.
Il est d’ailleurs effrayant d’observer tous les moyens qu’on déploie pour rester les mêmes. Vous êtes nés à la bonne époque énumère dans ses pages ceux qu’une femme tient aujourd’hui à sa disposition pour tomber enceinte. Il est question de fécondation in vitro, de mère porteuse, d’élever un enfant seule, conçu au hasard d’une rencontre. Il faut démasquer le bon géniteur, s’ébahir devant la grossesse d’Isabelle Carré filmée par Ozon, vaincre la loi naturelle qui s’appelle ménopause.

Nathalie Dumont est, jusqu’en sa mélancolie, terriblement femme. Avec son désir de grossesse, c’est la quête d’un amour durable et sincère qu’elle exprime. Et cette femme, qui en dépit des fortunes qu’elle engloutit chez son psy comportementaliste, n’a rien oublié de la joie, sait instinctivement où elle se trouve. « Le besoin primordial d’une femme, c’est d’être remplie. Au niveau de son vagin comme de son utérus […]. Malgré la civilisation, on reste des animaux, voilà ». Comme ça, c’est clair.

La grande réussite de Matthieu Jung, c’est surtout le style. Comment parler, penser, souffrir comme une femme ? Sens du détail, nom des boutiques qu’elle fréquente, euphémismes et antiphrases, frivolités adverbiales à foison pour ajuster sa pensée. Il faut écrire comme elle est, comme elle se déploie, parvenir à embrasser minauderies et contorsions cérébrales propres à la psyché féminine, forger l’identification et la compassion.

Pour ce faire, il faut sortir de soi. Un écrivain n’est pas plus un homme qu’une femme, c’est quelqu’un capable d’étreindre la condition de son personnage, fût-il un animal domestique, un camion, un continent. Il ne juge pas sa vie digne d’être partagée, mais d’être utilisée. La fin de son œuvre ce n’est pas lui-même, c’est l’œuvre. L’écrivain étreint, aussi, la condition de son temps et ses figures sacrificielles. De Madame Bovary, où Flaubert revêt robes et rêves délavés d’une souffreteuse dupée par le romantisme à Thérèse Desqueyroux de Mauriac, qui se bat avec la bourgeoisie provinciale étriquée. Matthieu Jung, qui campe une victime contemporaine des libertés chéries, s’inscrit parfaitement dans cette lignée.

Le comique féerique d’Olivier Maulin

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Mes amis, oubliez tous les romans de la rentrée littéraire 2011 ! Allez, sans hésiter, à l’essentiel et au meilleur ! Lisez sans plus tarder Les lumières du ciel d’Olivier Maulin. Partez à l’air libre. Là où remue encore la vie. Vers la joie. En route !

Tous les romans de Maulin sont des voyages imprévisibles, burlesques et foireux : qu’il s’agisse d’En attendant le roi du monde (2006), des Evangiles du lac (2008) ou de Petit monarque et catacombes (2009) (gloire à toi, inoubliable Bois-Bois !). À chaque fois, Maulin vous fait traverser sur les chapeaux de roues une multitude d’espaces géographiques, sociaux, existentiels, dont chacun est décrit avec le même humour, le même amour, la même minutie. Et à chaque fois, comme chez Manchette, il y a là, inexplicablement, saisi sur la page, le mouvement même de la vie.

Les romans de Maulin sont de magiques pièges à cons. Ils commencent sans tambours ni trompettes, dans la plus humble et éberluante simplicité. Maulin est un prestidigitateur romanesque qui dissimule avec la dernière rouerie la finesse extrême de son art, sa profondeur politique et historique, son ampleur métaphysique et spirituelle. Et comme un con, vous vous dites : Bon, ça se lit tout seul, d’accord. C’est très agréable à lire. C’est du roman populaire bien foutu, honnête mais pas très raffiné. Ça pisse dru, OK, mais ça va pas pisser très loin. Avec Maulin, les canards à trois pattes n’ont pas de soucis à se faire pour leurs guibolles.

En puis voilà, vous êtes embarqués. Maulin fait comme le réel : il exagère. Tout ça devient décidément de plus en plus savoureux et étrange. C’était très marrant, mais voilà que ça devient absolument hilarant. Vous écoutez pérorer son petit peuple romanesque de minables, de ratés, de fainéants, de menteurs et de salopards. Et vous vous apercevez soudain que vous les aimez tous sans exception. Que tous ces fous, ces crétins, ces roublards et ces lâches en savent plus long sur votre âme et sur l’existence que les savants et les philosophes.
Et lentement, très lentement, par touches délicates, infiniment discrètes, vous vous apercevez que, pendant que vous vous marrez, ces putains de clodos célestes sont en train d’allumer subrepticement dans votre cœur Les lumières du ciel. Ces pochtrons miteux vous montent sur le ventre comme des rustres. Et vous sentez en vous quelque chose de rayonnant. Des lumières fragiles qui se répondent. Quelque chose de trop doux, qui vous donne envie de chialer. C’est que leurs discussions ineptes et magnifiques sont un feu de joie qui consume toute la saloperie moderne. C’est qu’ils sont en train de brûler toute la laideur du monde.

Maulin vous faisait marcher sur une montagne réaliste de détritus modernes et vous n’avez pas remarqué que des brèches microscopiques s’ouvraient lentement entre les immondices. Vous n’avez pas vu que là, dans ces interstices, à nouveau, on pourrait vivre. Avançant d’un pas brutal et aveugle, vous n’avez pas soupçonné les myriades de fleurs minuscules et presque invisibles, délicates et gracieuses, qui poussaient dans ces brèches de liberté. Ces fleurs ne vont pourtant cesser de grandir et d’envahir l’espace du roman, le réalisme se métamorphosant insensiblement en féérie burlesque.
Oui, vous avez vu scintiller des lumières dans les cœurs des dégueulasses. Vous avez appris la sagesse de la bouche des fous. Vous avez vu ces lucioles, ci et là, s’allumer et disparaître, puis se rallumer parfois toutes ensemble. Vous avez vu le monde moderne s’ébrécher et s’effondrer sous les valeureux assauts des gueux. Vous avez vu les fleurs de la grâce pousser dans l’humus le plus trivial. Vous avez senti dans vos cœurs l’invisible remontée du Moyen-Âge, la brûlure du merveilleux chrétien, la morsure du merveilleux païen.

Les lumières du ciel lanceront d’abord à vos trousses un hippopotame écumant de colère. Vous y apprendrez ensuite à faire la différence entre un nordmann et un épicéa et à vendre les « sapins hallal » à la pelle. Si vous vous sentez toujours bien dans la peau de Paul-Emile Bramont, le narrateur de cette folle épopée, vous aurez droit ensuite à une rencontre du troisième type avec le chirurgien que vous cocufiez et vous n’hésiterez pas à lui proposer l’affaire du siècle. Et puis, quand même, puisque tout le monde à Paris a maintenant envie de vous tuer, il sera temps de prendre vraiment le large. Alors, comme par hasard, vous arriverez à Jérusalem.

Les trois séquences les plus éblouissantes des Lumières du ciel ? L’arrivée à Jérusalem, dans une douce, envoûtante, bucolique et fraternelle communauté anticapitaliste et antimoderne (salut à toi, Anakin, auprès de qui Wilhelm Reich est un homme d’un cartésianisme étriqué !). La rencontre, ensuite, un pas au-delà, avec le prince de la radicalité antimoderne, le Natoufien en personne, chasseur-cueilleur de son état et adversaire impitoyable de la barbarie que représentent à ses yeux l’élevage et l’agriculture, vivant dans une grotte avec sa colossale et tyrannique épouse. La troisième scène la plus magistrale enfin, dont l’horreur et la profondeur eussent fait les délices de Philippe Muray, est celle où le narrateur et son ami Momo découvrent à Nice le monde terrifiant du troisième âge hyperfestif et tombent entre les griffes de Miss Amandine et de Madame Belatoff, deux octogénaires liftées et libidineuses. Il faut bien aussi que par moments vacillent Les lumières du ciel.

Les lumières du ciel

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Un tramway nommé délire

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Mercredi dernier, une rame de la RATP a servi à évacuer des roms illégalement installés en Seine Saint-Denis. Et là… c’est le drame ! Insatisfaits de dénoncer le mélange des genres entre la police et la régie des transports, réquisitionnée pour l’occasion, tout ce que la gauche bourgeoise compte de belles âmes s’indigne.

Vous à qui on ne la fait plus, vous connaissez l’expression pavlovienne, tout de go reprise par Cécile Duflot : l’affaire rappelle « les heures les plus sombres de notre histoire et réveille en nous une monstrueuse évocation ».

Maréchal, nous y voilà ! Les trains transitant par Drancy vers les camps de la mort, la rafle du Vel d’Hiv, le triste rôle de la SNCF dans le convoyage des déportés : le décor est planté. Et le conseiller général communiste de Seine-Saint Denis Gilles Garnier d’évoquer ses « souvenirs d’école ou de cinéma ». A croire qu’après avoir trop longtemps cultivé le révisionnisme stalinien, au PCF, on se repasse en boucle le larmoyant Elle s’appelait Sarah. Ou que la lecture des pensées de Charles Berling et Josiane Balasko a remplacé celle des œuvres complètes de Marx.

Bien malgré eux, ces esprits humanistes nous jettent dans les bras de Claude Guéant, ministre de la parole, pardon de l’Intérieur, qui parlent d’ « amalgames scandaleux » de la part des tenants de Vichy forever.

Sans s’enflammer, deux remarques suffisent à démonter leurs comparaisons déplacées. Primo, comme me le faisait judicieusement remarquer mon confrère Renaud Chenu, « en 1942 on utilisait des trams pour mettre les roms DANS des camps. Aujourd’hui c’est pour les en SORTIR ». Secundo, lesdits roms ne sont ni internés ni voués à l’extermination, la France leur fournit même une indemnité de départ pour qu’ils se réinstallent le moins mal possible en Roumanie et en Bulgarie.

Deux pays où le sort des Roms s’avère nettement moins enviable qu’à Paris ou Montreuil. Mais de ça, on n’entend guère parler chez les indignés précités.

Vérité en deçà des Balkans…

Grèce : la tragédie a assez duré

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Avant-hier, la forte hausse du CAC 40 confirmait mon analyse de « la crise économique (qui) suspend son vol ». Mais voici qu’entre temps, les choses se sont considérablement compliquées à Athènes, dont le parlement juge « la dette hors de contrôle ».

Ajoutons à ce triste constat que les négociations pour appliquer le plan de « soutien » à la Grèce n’en finissent plus. Ainsi, sa ratification par les parlements nationaux est actuellement bloquée par les atermoiements de la Finlande. Depuis le 21 juillet, Helsinki – qui doit contribuer à hauteur de 2% des montants – refuse en effet d’accorder sa garantie sans obtenir de contrepartie de la Grèce . Athènes pourrait par exemple céder une de ses entreprises publiques à Helsinki si elle ne parvenait pas à rembourser ses dettes.

Si la Finlande obtenait gain de cause, cela ouvrirait une boîte de Pandore. L’Autriche, les Pays Bas, la Slovaquie ont d’ores et déjà formulé des exigences similaires, ce qui a fait hurler Jean-Claude Trichet ainsi que l’Allemagne et la France.
Bien évidemment, la Grèce ne peut fournir aucune garantie équivalente au montant du plan d’aide. Bref, contre toute attente, les difficultés qui s’amoncellent risquent de faire capoter la négociation du plan d’aide.

A Athènes, le ministre des finances a beau s’efforcer de répondre aux desiderata de la troïka bureaucratique (FMI, BCE et Commission européenne), la situation se tend. Le parlement grec ne se contente pas de tirer la sonnette d’alarme. Il affirme carrément que les différents plans d’austérité « ne peuvent pas restaurer l’état des finances », n’hésitant pas à contredire la politique suivie par le gouvernement grec depuis un an et demi !
Ses résultats sont totalement désastreux : après une chute du PIB de plus de 4% l’an dernier, la récession devrait s’aggraver en 2011, le second trimestre ayant même enregistré une dépression de 6.9% . Dire que la troïka avait prévu une légère croissance pour 2012 ! Même pioche pour le déficit budgétaire, qui dépasse lui aussi les prévisions les plus pessimistes : loin de la baisse de 7.6% attendue cette année, il s’aggrave en 2011.

Sans jouer les Cassandre, on peut dire que cette issue était prévisible. L’austérité sauvage imposée à Athènes pour renflouer ses créanciers plombe tellement la croissance grecque que l’augmentation des recettes permise par la réduction des dépenses et la hausse des impôts reste sans effets. S’ils restent englués dans le cadre actuel, les Grecs s’enfonceront dans une impasse et un troisième plan sera bientôt lancé, sans plus de succès que les précédents.

A terme, toute la question est de savoir si l’Union Européenne autorisera Athènes à restructurer sa dette ou si les dirigeants grecs, lassés de saigner leur pays, ne seront pas tentés d’imiter le précédent argentin. La Grèce se rapproche en effet de la situation de l’Argentine de 1999, lorsque Buenos Aires organisait une déflation pour retrouver sa compétitivité perdue face au Brésil et aux dragons asiatiques. Entre 1998 et 2001, le PIB argentin baissa de 10%, avant que la grave crise de 2002 aboutisse à une dévaluation et à un défaut de paiement. Cette période de gros temps avait finalement abouti au redressement de l’économie argentine.

Comme pour l’Argentine au tournant du siècle, la Grèce s’oriente probablement vers un défaut partiel sur sa dette devenue irremboursable, Une sortie de l’euro et une dévaluation de la nouvelle drachme paraissent non moins inévitables. La seule inconnue est de savoir quand tout cela arrivera. Pour rendre l’ajustement monétaire et économique moins brutal, le plus tôt serait le mieux.

Si la Grèce était sortie de l’euro cette année, elle devrait restructurer une dette équivalente à 160% de son PIB. Si rien n’est fait pour enrayer les processus en cours, ce chiffre déjà astronomique atteindra des sommets dans les mois et les années à venir.

A moins de vouloir se retrouver le couteau sous la gorge, les Grecs gagneraient à méditer l’exemple argentin…

Téléphone morose

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On m’aurait dit que j’écrirai un jour ce que je vais écrire je ne l’aurais pas cru. Et pourtant si ! Telle que vous me voyez, je vais rejoindre la horde des féministes ! Et j’ai une excellente raison !

Voyez plutôt : L’entreprise TeleNav a sondé 500 Américains âgés de plus de seize ans pour savoir à quel point nous sommes accros à nos GSM ! Et bien le résultat fait froid dans le dos !

Passons sur le fait que 55 % des personnes interrogées ont déclaré qu’elles pourraient se passer de café pendant une semaine plutôt que de se priver de leur téléphone portable. Et sur celui que 70 % ont affirmé qu’elles se passeraient d’alcool et 63 % de chocolat pendant la même période pour conserver leur portable en poche.

Après tout, le café, l’alcool et le choco, c’est pas désagréable, mais je serai la première à admettre que ça ne vaut pas une parlotte avec les copines.

Plus étrange, 21 % des sondés accepteraient de se passer de leurs chaussures pendant une semaine pour garder leur gsm. Là, je pense qu’on tombe dans l’addiction ! En effet, qu’est-ce qui galbe mieux un mollet qu’une jolie paire d’escarpins ? On ne peut tout de même rester sur la pointe des pieds pendant une semaine ! Ce serait la douloureuse crampe de la voûte plantaire assurée !

Plus inquiétant, 22% accepteraient de boycotter leur brosse à dents pour pouvoir continuer à utiliser leur mobile ! Là, c’est carrément dégueulasse !

Mais hélas, le pire est à venir !

Sur les 500 Amerloques, un tiers, vous avez bien lu : un tiers, a répondu préférer abandonner le sexe pendant une semaine plutôt que de se passer de téléphone pendant la même période.

Ben, merde !

Alors là, franchement, ce coup-ci, je rejoints les suffragettes, et je vous ordonne, Messieurs, d’oser le clito ! Même s’il faut laisser tomber le texto !

Non, mais !

Bettencourt, l’éternel retour

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Image : Ika Marie Jeanne

L’affaire Bettencourt, c’est un peu le running gag du quinquennat Sarkozy. Scoop du siècle, l’infirmière de Liliane Bettencourt aurait confié à la juge Isabelle Prévost-Desprez avoir assisté à la remise d’une enveloppe d’argent à Nicolas Sarkozy en 2007. Cette révélation est extraite du livre Sarko m’a tuer, c’est dire si elle est sérieuse. L’infirmière a immédiatement démenti cette allégation. Dont acte. Hier, nouveau rebond dans cette mascarade d’État aux effets gigognes : Gérard Davet, co-auteur de l’ouvrage pré-cité et journaliste au Monde, aurait été espionné par la DCRI.

L’information vient cette fois de la juge Sylvie Zimmermann, qui instruit la plainte déposée par Le Monde en septembre dernier pour « atteinte au secret des sources ». Le contre espionnage avait ainsi demandé à Orange de lui fournir les relevés téléphoniques du journaliste. Son crime ? Un article daté du 19 juillet 2010 où il rendait compte des déclarations à la police de Patrice de Maistre, lors de sa garde à vue du 15 juillet. On y apprenait entre autres qu’Éric Woerth, ministre du Budget à l’époque des faits, lui aurait demandé d’embaucher sa femme au sein de la société Clymène qui gère la fortune de Liliane Bettencourt. On connaît la suite, qui marqua le début du calvaire pour le couple maudit sacrifié en place publique. Les petits conflits d’intérêts, passe encore, mais là c’était trop gros. Signe du destin, David Sénat, conseiller technique de Michelle Alliot-Marie et « source » supposée du Monde, sera muté comme magistrat à Cayenne.

En pleine conférence internationale sur la reconstruction de la Libye, l’exécutif s’illustre donc en se vautrant une nouvelle fois dans cette mauvaise habitude française : écouter aux portes.

Dès le 2 novembre 2010, sous la plume de Claude Angeli, Le Canard enchaîné rapportait cette affaire d’espionnage de manière très circonstanciée. Depuis, les regards se dirigeaient vers la DCRI et l’Élysée, qui qualifia à l’époque les accusations du Canard de « farfelues  ». Mais l’accusateur farfelu était bien placé pour savoir que la DCRI ne mégote pas sur les moyens pour identifier des sources enquiquinantes pour le pouvoir. Ainsi, en avril 2009, lorsque l’administration américaine fit savoir à ses homologues du Quai d’Orsay qu’il était gênant de lire le feuilleton de leurs échanges confidentiels, en particulier sur l’Iran, page 3 du Canard, les services de monsieur Kouchner déposèrent une plainte contre X. La DCRI fut alors chargée de débusquer les sources d’Angeli sous l’égide d’un juge antiterroriste. De quoi jeter un froid entre pouvoir politique et journalistes ! Finalement, après l’audition de nombreux diplomates, l’affaire n’alla pas bien loin, les journalistes du Canard ayant trop de métier pour permettre à leurs sources de se faire prendre la main dans le sac par des barbouzes ès « fadettes ».

Car la « fadette », petit nom des relevés téléphoniques, est la valeur montante dans le jeu de cache-cache entre un pouvoir jaloux de ses petits secrets et des journalistes bien décidés à les révéler. Dernier exemple en date, les accusations « farfelues » qui avaient poussé le ministre de l’intérieur de l’époque, Brice Hortefeux, à monter au créneau, pour préciser que « La DCRI, ce n’est pas la Stasi, son rôle n’est pas de tracasser les journalistes », se révèlent aujourd’hui tout à fait exactes. C’est pour le moins gênant.

L’actuel taulier de la place Beauvau, Claude Guéant, l’a reconnu avec un grand art de la nuance sur France Info : « Il y a eu des repérages de communications téléphoniques, ce qui est tout à fait différent d’écoutes ». Ce rétropédalage jésuitique ne fera pas oublier la loi sur la liberté de la presse[1. Réformée le 4 janvier 2010.] stipulant qu’il « ne peut être porté atteinte directement ou indirectement au secret des sources » des journalistes. Même avec une interprétation très large, on constate que la loi a été malmenée, sinon violée, dans cette affaire.

Certes, ces « repérages » apparaissent comme de petites mesquineries policières sans commune mesure avec la chape de plomb que ferait peser sur la presse une véritable police politique. Il n’en reste pas moins que la loi n’est pas un gadget, et que si nos gouvernants exigent avec raison qu’elle soit scrupuleusement appliquée en bas, elle devrait être tout aussi respectée en haut.

Quant au jeu du chat et de la souris entre les journalistes d’investigation et le pouvoir, il perdurera quelles que soient les subtilités de la loi sur la « protection des sources ».

Ainsi vont les traditions : elles persistent.

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