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Greenpeace, agence de notation écologique

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Crédit photo : David_Reverchon

Tremblez candidats à la présidentielle : Greenpeace va peser de tout son poids dans la campagne. Sa filiale française vient en effet de rendre public son premier « stress test » des candidats en notant leur programme énergétique. Stress Test ? En fait, un très banal questionnaire, truffé de marronniers comme : « Êtes-vous pour ou contre la sortie du nucléaire ? », « Êtes-vous favorable à une révision de l’écotaxe poids lourds ? » ou encore « Êtes-vous pour ou contre la limitation de la vitesse à 120 km/h sur les autoroutes ?  » (au passage, de quoi je me mêle, les amis, risque-t-on d’écraser un dauphin lorsqu’on roule à 130 ?). On retiendra aussi l’épatant « Considérez-vous possible que les EnR constituent la majorité du mix énergétique, quand ? ».

Une fois dissipé le fou rire provoqué par cette dernière question, il faut hélas revenir au fond du problème : avec son QCM, Greenpeace classe à sa façon les candidats, qui ne deviennent plus seulement bons (pardon, chez Greenpeace, on dit « engagés ») ou mauvais (pardon, là il faut dire « rétrogrades »), mais qualifiés ou pas pour gouverner la France. Tenez-vous le pour dit : la multinationale écolo rêve ni plus ni moins que de dicter la politique énergétique de la France.

Certes, on pourrait prendre ce test pour ce qu’il est : pas grand-chose. Après tout, syndicats, associations et autres lobbies profitent des périodes électorales pour sonder les candidats : de la défense de la filière porcine aux intermittents du spectacle en passant par le statut du parent divorcé, les questionnaires pleuvent comme à Gravelotte. Et les candidats y répondent avec empressement et application. Ce serait idiot d’être à poil le jour où un de ces sujets de niche finira par faire la une du Parisien.

Quand je dis que les candidats répondent, n’allez surtout pas me prendre au mot. Un peu comme lorsque votre petite sœur écrit à Warner Music pour recevoir une photo dédicacée de Sliimy, il ne faut pas se fier à la signature. En réalité, les questionneurs mettent à contribution des bataillons de stagiaires de Sciences Po, vaguement militants, qui sont réquisitionnés dans les staffs de campagne pour répondre en copiant-collant les programmes de leur candidat préféré. Généralement, l’écho de ces questionnaires ne dépasse pas le site internet de ces chapelles 1901, et c’est très bien comme ça.

Greenpeace n’innove donc pas vraiment. Si ce n’est par le climat de terreur qu’elle crée autour de son « stress test » et sa force de frappe médiatique. Ainsi, personne n’osera appeler un chat un chat un chat et parler de questionnaire, toute la presse reprendra en chœur la terminologie grotesque et pontifiante de « stress test » sans la moindre trace d’ironie ou de distance critique : c’est Greenpeace, hein…

Pourtant, même en ne procédant qu’à une lecture disons, journalistique, du questionnaire, il y a de quoi, justement, se questionner. Bizarrement, Eva Joly sort triomphante de l’épreuve. On pourrait aussi s’interroger sur deux couacs qui viennent entacher la régularité de ce concours de beauté, mais pour ça, c’est comme avant de signer chez Orange ou SFR, il faut lire les toutes petites lignes qui accompagnent le beau fichier Power Point de l’ONG. Première fausse note : si des candidats ne se sont pas sentis obligés de répondre aux sommations de la boutique écolo, ils sont d’entrée de jeu disqualifiés, ou plutôt qualifiés de « rétrogrades », soit la pire des catégories qu’on imagine peuplée de nucléocrates amateurs de DDT et de grosses cylindrées.

Jean-Louis Borloo, le géniteur du Grenelle de l’environnement, se retrouve donc en bas de tableau parce qu’il a dû oublier le questionnaire au bureau avant de partir en vacances. Ou plus exactement, parce qu’il n’a pas souhaité répondre « car il n’est pas encore officiellement candidat». Notons que Chevènement, qui pour l’instant se contente de menacer d’être candidat, a lui répondu et est donc automatiquement classé plus écolo que Borloo. Drôle, non ?

Le second biais du test est idéologique. On a beau retourner le fichier, on ne voit pas les réponses de Nathalie Arthaud de LO, ou celles de Marine Le Pen. Là encore, il faut lire les petites lignes explicatives de « l’étude », et il est important à ce stade de delirium ecologis de ne pas oublier les guillemets pour vous expliquer le pourquoi de cette absence : « Greenpeace, explique le document, est une organisation apolitique. Nous avons décidé d’exclure de notre classement Lutte Ouvrière et le Front National. Greenpeace considère que Lutte Ouvrière est un parti non démocratique. De son côté, le Front National est en opposition totale avec des valeurs parmi les plus chères à Greenpeace, notamment le pacifisme et la non-violence. La « préférence nationale » prônée par le Front National est une forme de discrimination que Greenpeace récuse absolument ».

LO et le FN n’auront pas le droit de nous dire à quelle vitesse il faut rouler sur les autoroutes ou comment gérer le MOX. Proposons donc à Greenpeace de ne plus envoyer son formulaire qu’à la candidate d’Europe Ecologie-Les Verts. Ça lui éviterait de se frotter à des gens qui ne pensent pas comme elle, ce qui est aussi, ne l’oublions pas, le principe des élections. Ou alors invitons-la gentiment à faire ce qu’elle sait faire : des pétitions pour sauver les baleines dans la forêt d’Amazonie.

Touche pas à mon despote !

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Jamel Debbouze dans Le fabuleux destin d'Amélie Poulain.

De temps en temps, entre deux affaires de chiens corréziens décimés par des boulettes empoisonnées, la presse quotidienne régionale sort quelques révélations de derrière les fagots. L’entretien qu’a récemment accordé Jamel Debbouze à L’Est-Eclair ne déroge pas à la règle. Comme les personnages d’Amélie Poulain, qu’il marqua de son jeu facétieux, Jamel aime : les révoltes arabes, Martine Aubry et sa gestion municipale à Lille, son « super » mentor (et non moins paternel) Jacques Delors, la France diverse, etc. En esprit cartésien, il n’aime pas : la droite, le Front National, les critiques de l’immigration qui « rapporte beaucoup d’argent et rend service à la France », le 21 avril 2002, et j’en passe…

L’esprit charitable et néanmoins taquin d’où sont sorties ces lignes n’insistera pas sur la frivolité politique qui vous fait passer de Ségolène Royal à Martine Aubry en moins de temps qu’il n’en faut pour comprendre leurs prétendues divergences idéologiques. Après tout, Debbouze ne sera ni le premier ni le dernier à retourner sa veste au détriment de l’ex-chouchoute des sondages : de Pierre Bergé à Dominique Besnehard, on sait certains people peu enclins à se porter au secours des causes désespérées. Lorsque les agences de notation politique que sont Sofres, Ipsos ou l’Ifop abaissent votre cote de popularité, vous n’avez plus que vos yeux pour pleurer ou Sainte Rita à implorer.

Aujourd’hui, c’est décidé, Jamel vote donc Aubry avec la dévotion des convertis (« J’aime cette meuf ! »). Celui que les médias ont propulsé porte-parole des banlieues – sous prétexte qu’il y est né avant de faire fortune, le même raisonnement déterministe conduisant logiquement Alain Madelin à se proclamer représentant de la classe ouvrière – martèle que Martine sera la meilleure pour le job. Sur quels critères ? Le j’aime/j’aime pas bien sûr. Syllogisme implacable. Aubry traite merveilleusement l’immigration à Lille, elle impulsera donc un mouvement de rectification dans ce pays gangréné par le conservatisme. Son premier fan le dit haut et fort : « Franchement, ma seule ambition, c’est que l’immigration soit un jour respectée. J’en souffre encore aujourd’hui et je trouve ça déplorable ».

Pis, si Marine Le Pen se qualifie pour le second tour de la présidentielle – ne parlons pas de victoire -, l’humoriste « change de crémerie ». Un 21 avril ça va explique-t-il, deux bonjour les dégâts. Il ne supporterait plus d’habiter dans cette France-là, une démocratie où le verdict des urnes lui semblerait décidément trop malodorant.
Antifasciste patenté, Jamel ne se contente pas de faire le ménage en France, il se penche aussi sur le sort des pays arabes, ces grands oubliés de la déesse Démocratie. Il se félicite des bouleversements intervenus dans les pays arabes depuis que la grogne partie de Sidi Bouzid ébranle jusqu’au plus petit patelin yéménite.

Ce qu’il y a de croustillant dans cet enthousiasme à géométrie variable, ce n’est pas tant que Jamel s’effraie du danger que représenterait le Front National pour nos libertés, danger largement imaginaire à mon avis, ni qu’il balaie d’un revers de la main le péril islamiste.
Non, le plus drôle, c’est son silence assourdissant sur la vague de répression qui a secoué le Maroc ces derniers mois, l’arrestation puis la libération tardive d’opposants par son ami Mohammed VI, tendrement surnommé « M6 » par ses intimes.

Non content d’adresser de réguliers satisfecit à la politique d’ouverture en trompe l’œil de son ami le Roi, Debbouze reste muet sur le « mouvement du 20 février », plate-forme de l’opposition marocaine constituée début 2011 après la répression brutale d’émeutes populaires. Cette structure démocratique dénonce la dernière réforme constitutionnelle de Mohammed VI comme de la poudre aux yeux et appelle les artistes à boycotter les événements culturels du pays de l’Atlas.

Las, comme si de rien n’était, Jamel a organisé en juin dernier la nouvelle édition du Festival international du rire du Marrakech. Allez, ne soyons pas mauvaises langues, et attribuons ce militantisme paillette à un très haut sens moral : après tout, Debbouze pense peut-être qu’une fois arrivée au pouvoir, la terrrifiante Marine Le Pen maltraiterait ENCORE PLUS ses opposants que le bon roi M6…

Taxe sur les sodas : gabelle sucrée, addition salée

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Nicolas Sarkozy – pardon – François Fillon a annoncé l’instauration d’une nouvelle taxe sur les boissons avec sucre ajouté. Comme c’est devenu l’habitude en France, l’impôt n’est plus (ou du moins plus seulement) une contribution des citoyens au budget de l’Etat mais aussi un outil d’ingénierie sociale qui permet aux sages qui nous gouvernent de remodeler cette société imparfaite selon leurs désirs. Ainsi donc, au-delà des 100 millions d’euros dont le premier ministre espère alléger nos poches, il est également question cette fois-ci de lutter contre l’obésité.

Anecdotique me direz-vous.

Eh bien peut être pas. Ça a commencé avec l’élue de mon cœur, qui ne se mêle pourtant jamais de politique mais se trouve être une grande consommatrice de Coca Cola. Sitôt qu’elle a appris la nouvelle par l’entremise d’une amie (ce qui est, en soi, déjà surprenant) elle est rentrée dans une sainte colère et m’a immédiatement cuisiné en long en large et en travers sur le montant des nombreux impôts indirects dont nous abreuve la citadelle de Bercy. Dès le lendemain, mon boucher s’y met à son tour : lui qui est d’habitude aussi bavard qu’une tombe ne trouve pas de mots assez durs pour qualifier ce gouvernement et ceux qui l’ont précédé. Et ainsi de suite…

Je ne sais pas si vous avez la même impression, mais j’ai rarement vu et entendu autant d’honnêtes citoyens s’offusquer d’un nouvel impôt. On parle d’une nouvelle gabelle et j’ai même vu une « Soda Party »[1. Référence à la « Boston Tea Party » de 1773.] se créer sur Facebook[2. Le CSA a récemment interdit de nommer les réseaux sociaux à la télévision ; dans la presse écrite, il me semble que c’est encore autorisé.] et attirer en quelques jours un nombre considérable de sympathisants. La gabelle, une « Soda Party » : fichtre ! Si ce ne sont pas des références explicitement révolutionnaires, elles le sont au moins implicitement.

Notre premier ministre croyait sans doute qu’une énième taxe à la consommation et, qui plus est une taxe assortie d’un objectif aussi mollement consensuel que l’impérieuse nécessité de lutter contre l’obésité, passerait comme une lettre à la Poste[3. Hors périodes de grèves.]. C’est bien mal connaître l’histoire. Les révoltes populaires, insurrections et autres révolutions ont bien souvent des origines bêtement fiscales.

Le jeune loup plaît au vieux lion

« Voici venu le temps des jeunes lions ! » s’était exclamé Arnaud Montebourg en 2007, au lendemain de sa réélection à l’Assemblée Nationale, alors qu’il s’envisageait déjà en socialiste « nouvelle formule ».

C’est avec un autre félin, le « vieux lion de Belfort » que le candidat à la primaire socialiste a débattu hier soir lors d’un colloque intitulé : « L’Europe dans la mondialisation : que faire ? » organisé au Palais-Bourbon. Loin de l’atmosphère « cimetière des éléphants » qui se dégage parfois des symposiums socialistes, ce numéro de duettistes correspondait à ce que l’on serait en droit d’attendre de véritables primaires : on y parla politique, et pas seulement stratégie individuelle.

L’un des protagonistes de l’événement ne participera pas aux «primaires citoyennes de la gauche ». Il ne souhaite en aucune façon s’engager dans ce processus qui contraindra les vaincus à adouber le vainqueur. Les militants du Mouvement Républicain et Citoyen présents dans la salle font d’ailleurs circuler une brochure rédigée par le « Ché » : « Pourquoi je serai candidat ». Comme en 2007, le sénateur de Belfort se réserve la possibilité « d’y aller ». Sans accepter pour autant de lever le doute, il affirme avoir pour principale ambition de « peser dans le débat ».

Le colloque commence par une mise en bouche de l’économiste Jacques Sapir, auteur de La démondialisation, qui intervient aux côtés du journaliste économique Jean-Michel Quatrepoint, et du président de la Fondation Terra Nova, que Montebourg finira par moucher : « Alain Minc est désormais plus à gauche qu’Olivier Ferrand » !

Ce dernier recycle l’antienne selon laquelle « l’euro nous protège », ouvrant un échange musclé avec Sapir et Quatrepoint. Un tel débat souligne sans simagrées les profonds désaccords entre les « deux gauches ». L’une interventionniste et volontariste est souvent nommée « souverainiste ». L’autre, plus libérale que sociale, conserve une foi intacte dans les bienfaits du « doux commerce » et dénonce rien de moins que le « protectionnisme bestial ». Devant ce fossé idéologique, on se demande si ces deux gauches seront un jour réconciliables, voire si le clivage droite-gauche reste pertinent. Aujourd’hui, la véritable ligne de démarcation politique ne séparerait-elle pas les sociaux-libéraux des nationaux-républicains ? Quoi qu’on en pense, la confrontation entre experts des deux bords a l’immense mérite de soulever cette question.

Avec les deux vedettes de la soirée, Jean-Pierre Chevènement et Arnaud Montebourg, il a aussi été question de politique. Mais de débat, il n’y en a guère tant leurs vues convergent. Le public venu en nombre assiste davantage au scellement d’une entente qu’à une confrontation.

Les légères nuances sur l’appréciation de la crise, qui semblent un temps apparaître, se dissipent rapidement. Pour le belfortain, l’euro est ainsi « la question centrale » ignorée par les candidats socialistes à La Rochelle. Or, Chevènement ne réclame pas une mise à mort immédiate de la monnaie unique mais entend dévaluer un euro surcoté par rapport au dollar et au yuan. Sauver la monnaie unique : tel est le « plan A » que Chevènement souhaite voir appliqué pour ne pas contraindre les gouvernements à revenir aux monnaies nationales et à transformer l’euro en simple monnaie extérieure commune.

A ses côtés, Arnaud Montebourg ne dit pas autre chose: « un responsable politique peut craindre l’écroulement de l’euro, mais il ne peut pas parier là-dessus (…) je défends une stratégie de monétisation de la dette ». Visiblement, les secousses estivales générées par la « nervosité des marchés » et le second plan de sauvetage de la Grèce ont décillé les yeux de celui dont Daoud Boughezala disait ici même avec raison : « Montebourg ne remet jamais explicitement en cause l’indépendance de la Banque Centrale Européenne. La responsabilité des gouvernements européens coupables d’une surévaluation de l’euro par rapport au dollar et au yuan n’est pas évoquée (dans son livre Votez pour la démondialisation) ».

Jeune et vieux lion veulent donc pousser la BCE à intervenir directement sur les marchés[1. Comme elle l’a fait cet été en rachetant des titres de dette italienne et espagnole.], quitte à violer de façon consciente et assumée les traités de Maastricht et de Lisbonne. Ils posent d’ailleurs le même diagnostic : l’euro n’est pas une monnaie économique. Elle souffre d’un vice de conception qui a fait diverger gravement les économies de la zone, et nous a amenés dans une situation périlleuse. Mais tous deux concèdent qu’en dépit de ses tares, l’euro mérite d’être sauvé, pour ne pas nous faire sombrer avec lui.

D’autres points d’accord se font jour entre le sénateur et le député. S’il est attendu de voir Chevènement réaffirmer la nécessité d’une défense française indépendante, il n’en est pas moins rassérénant d’écouter Montebourg regretter « l’abaissement des fonctions régaliennes de l’Etat ». Dans ces conditions, on comprend que l’aîné assure son cadet de son « estime  ». Et Chevènement d’ajouter, comme pour l’adouber, que Montebourg « fraye les chemins de l’avenir ». La lune de miel va si loin que le socialiste exhorte l’assemblée à « voter Jean-Pierre Montebourg » au premier tour de la primaire !

On l’aura compris : les deux hommes font front commun contre la mondialisation et le système néolibéral. Au train où vont les choses, l’on ne serait pas surpris d’entendre bientôt murmurer « Chevènement soutient Montebourg ».

Assad à sec

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Selon le quotidien saoudien Acharq Al-Awsat, qui cite des sources sécuritaires « autorisées », l’appareil de répression syrien montre des signes d’essoufflement : de plus en plus d’officiers de l’armée régulière font défection, et, phénomène nouveau, la milice alaouite de la Shabiha, pourtant acquise au clan Assad, commence même à se rebeller.

Ses milliers de membres[1. Ils seraient entre cinq et dix mille, selon les estimations] aux allures de brutes bodybuildées ne réclament pas plus de démocratie, tant s’en faut. Ces gros bras pour la plupart originaires du littoral syrien, fief de la famille Assad, veulent tout simplement être payés. Car voilà l’origine du problème : l’Etat syrien ne peut plus rétribuer les paramilitaires qui lui servent de porte-flingues depuis le début de la contestation. Devant les retards de paiement, les miliciens menacent de faire grève.

De deux choses l’une : soit le président syrien croit à sa propre propagande et, sûr de sa victoire, applique une politique de rigueur, soit il laisse se vider les caisses de la Banque Centrale syrienne. A en croire Acharq Al-Awsat, cette dernière hypothèse est en train de se réaliser. Malgré une aide iranienne de quelque cinq milliards de dollars, le nerf de la guerre commence à manquer, ce qui s’avère pour le moins problématique. Car même le noyau dur du clan Assad n’accomplit pas le sale boulot par amour désintéressé de la patrie.

Il faut dire que les honoraires des gars de la Shabiha ont de quoi choquer. Ces cerbères qui maintiennent ce régime subclaquant sous respiration artificielle monnaient la prestation 2000 livres syriennes (30 euros) par jour, tarif qui grimpe jusqu’à 7 000 voire 10 000 livres le vendredi, jour hebdomadaire des manifestations anti-Assad. Les membres de la Shabiha en mission à Alep bénéficient même d’une « prime » exceptionnelle (5000 livres par jour au lieu de 2000) pour maintenir l’ordre dans cette ville stratégique restée à l’écart de la contestation. Dans un pays où le salaire moyen ne dépasse pas les 15000 livres (230 euros), de tels molosses coûtent un bras, sans parler des véhicules et du matériel que l’Etat met gracieusement à leur disposition.

Et si les Syriens faisaient marcher la planche à billets ? Après tout, la Syrie ne fait pas partie de la zone euro et Bachar Al-Assad a bien d’autres chats à fouetter que l’inflation. Hélas pour Assad, la Syrie n’en est pas capable. Jusqu’à une date récente, les livres syriennes étaient fabriquées en Autriche… avant qu’au vu des événements, l’imprimeur décide de rompre son contrat avec Damas. En conséquence de quoi la Banque centrale syrienne n’est plus approvisionnée en billets de banque depuis des semaines, ce qui réduit ses marges de manœuvre monétaires à une peau de chagrin.
Faut de pouvoir créer de la masse monétaire, les Assad doivent compter sur leurs derniers deniers et opérer des choix cornéliens : couper dans les dépenses sociales (subvention du pain et des produits alimentaires de base), augmenter les impôts indirects (sur l’essence, la restauration, etc.), ou bien rogner les salaires des fonctionnaires et des militaires.

Quelle que soit la mesure adoptée, elle a peu de chance de renforcer la popularité d’un pouvoir exsangue qui a si longtemps joué la montre. Après avoir renvoyé un ministre turc à ses chères études, rejeté l’offre de médiation arabe et poliment remercié un émissaire russe, Damas paraît résolument sourd et aveugle.

Avec la fin du Ramadan, l’opposition fraichement structurée dans un Conseil de transition parrainé par la Turquie, appelle à redoubler les cortèges pour faire tomber Assad. Alors que les montagnes de dollars de Kadhafi n’ont pu enrayer sa chute, la ruine de l’Etat syrien pourrait bientôt sonner le glas de l’oligarchie baathiste.

En savoir toujours plus sur Anders Breivik

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 » Comme tous mes amis peuvent en témoigner, je n’aurais pas fait de mal à une mouche « , proclame Anders Breivik qui pose d’un air protecteur à coté de sa mère et de sa demi-soeur. Ce jeune homme reçu dans la meilleure société d’Oslo, participant à des fêtes, candidat municipal du Parti du Progrès raconte qu’à douze ans, il faisait les quatre cents coups avec des amis immigrés, taguant sans relâche les bâtiments d’Oslo. Ses potes s’appelaient Omar, un Turc, Jonathan, un Érythréen, Wazim, un Pakistanais…il fréquente également le milieu de la gauche radicale et la scène hip hop.

Il observe avec curiosité d’abord, inquiétude ensuite, colère enfin que tous ses copains musulmans sont solidaires dans les bagarres et fiers de leur religion. Les Norvégiens d’origine, qu’il décrit comme des mauviettes, se laissent dépouiller sans réagir. Quand il s’en indigne publiquement, il est taxé de raciste. C’est pour lui l’injustice originelle.  » Je me rappelle, dit-il, avoir pensé à un certain moment : ce système me rend malade « . Il n’en veut pas à ses potes africains ou arabes, mais aux petits blondinets baignant dans leur bonne conscience et leur lâcheté. D’où le choix de sa cible : l’université des jeunes socialistes.

Passer à l’acte est une autre affaire. S’il reconnaît volontiers avoir un ego relativement enflé et se montrer souvent arrogant, il reconnaît que transformer une ferme bio en fabrique d’explosifs tout en demeurant un mec branché n’est pas une mince affaire. Pour tenir le coup, dit-il, il est important de s’amuser chaque jour. Son journal est rempli de recettes pour rester motivé : manger du chocolat, fumer, écouter de la musique trance, jouer aux jeux vidéo, manger un bon repas au restaurant, bref  » instaurer un système de récompense « .

Anders Breivik insiste sur le fait que sa démarche n’est pas égoïste : ce qu’il veut, c’est protéger ses  » frères et sœurs européens « . Il agit, comme pratiquement tous les criminels, par amour. Ce qui démontre une fois de plus que l’amour est infiniment plus destructeur que la haine.

Qui veut gagner la Syrie ?

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Entrée dans son sixième mois, la crise syrienne se transforme en conflit de moins en moins feutré entre la Turquie et l’Iran. De terrain de rapprochement stratégique entre Ankara et Téhéran, la Syrie est en effet devenue une pomme de discorde entre ces deux puissances régionales aux intérêts divergents.

Grâce à la dynastie Assad, Damas constitue une courroie géostratégique essentielle permettant le développement de l’influence des mollahs iraniens au Liban via le Hezbollah, véritable « faiseur de rois » au pays du Cèdre. En outre, la capacité du parti de Dieu à frapper Israël avec ses projectiles à longue portée est l’une des armes stratégiques de l’Iran. En cas d’attaque contre la République Islamique, ses alliés libanais lanceraient une pluie de missiles – livrés par le régime iranien – contre l’Etat hébreu, l’obligeant à lancer une large opération terrestre pour faire cesser les tirs. Un tel conflit serait bien pire que l’opération Plomb durci contre Gaza ou la guerre libanaise de juillet 2006 car la Syrie pourrait s’y joindre, permettant ainsi aux Iraniens d’embraser toute la région.

Or, l’hypothèse d’une Syrie moins amicale voire hostile à la République islamique couperait les voies de communication entre Téhéran et Beyrouth et condamnerait le dessein libanais de Téhéran. Autrement dit, l’intérêt majeur de l’Iran est de maintenir le statu quo qui lui permet d’entretenir l’instabilité au Liban et dans la bande de Gaza, devenue la base de lancement des roquettes du Hamas. C’est pourquoi l’Iran participe activement à la répression de la contestation anti-Assad, main dans la main avec les forces de l’ordre syriennes restées fidèles à Damas.

Pour sa part, l’intérêt d’Ankara s’avère diamétralement opposé à celui de son voisin iranien. Puissance économique plutôt qu’idéologique, la Turquie cherche à assurer la stabilité régionale et à apaiser les conflits en cours afin de favoriser la croissance et le niveau de vie de sa population. C’est dans ce cadre qu’il faut replacer les avances d’Ankara en direction de Téhéran ces dernières années, notamment sur le dossier nucléaire, mais aussi la prise de distance turque avec Israël. Ces deux mouvements parallèles s’inscrivent dans une double stratégie : à l’extérieur, nouer de bonnes relations avec tous ses partenaires pour ouvrir les marchés et éviter les mesures de rétorsion (comme un soutien intempestif à la cause kurde) ; à l’intérieur attiser la fierté nationale et le rejet de l’Occident afin de garantir le succès électoral de l’AKP d’Erdogan.

Avant le « printemps arabe » les intérêts de Téhéran et d’Ankara semblaient converger : l’Iran et la Syrie jouaient la même partition dans le dossier kurde, ce qui permettait à la Turquie de concentrer son attention diplomatique et militaire vers l’Irak, arrière base traditionnelle des mouvements kurdes. La figure de proue du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), Murat Karayilan, avait reconnu que la triple alliance antikurde (Syrie, Iran, Turquie), lui posait un grave problème stratégique. Le possible effondrement de ce front commun devrait donc permettre au PKK de dégager une marge de manœuvre perdue depuis quelques années.

Aussi, dès que les Turcs ont compris qu’Assad n’était plus capable de contrôler ses frontières et de tenir « ses » Kurdes, ils se sont empressés de préparer une alternative au régime baathiste, au moins pour limiter les dégâts. À ce raisonnement purement stratégique, il faut ajouter l’embarras d’un gouvernement démocratique qui se trouve du côté d’un dictateur face aux revendications libérales d’une population qui cite parfois la Turquie en modèle…

Il y a une quinzaine de jours, le ministre turc des affaires étrangères a été donc dépêché à Damas pour adresser en personne un dernier avertissement à Assad. Le président syrien lui ayant opposé une fin de non-recevoir, Ankara ne fait plus mystère de sa politique et encourage ouvertement la création d’un Conseil National de Transition à la syrienne, sur le modèle des insurgés libyens. Bien que la tâche soit ardue, les Turcs s’y attellent avec énergie pour endiguer le risque d’une libanisation de la Syrie et éviter que le futur régime syrien leur soit hostile.

Dimanche dernier, le président iranien a décroché son téléphone pour évoquer la question syrienne avec le premier ministre turc. Selon la presse iranienne, Ahmadinejad a mis en garde Erdogan contre toute ingérence occidentale dans des problèmes devant être réglés de manière « islamique ». Si Erdogan n’a pas fait de commentaires, les échanges entre Turcs et Américains nous en disent davantage sur les positions des uns et des autres.

Ces dernières semaines, la Maison blanche a clairement défini les règles d’une éventuelle intervention « à la libyenne » : que le peuple concerné sollicite une aide militaire extérieure et que les États-Unis n’y aillent pas seuls. Dans la crise syrienne, il est de plus en plus clair qu’Ankara s’emploie à remplir le cahier des charges américain. Parallèlement, l’offensive massive que mène l’armée turque contre le PKK au nord de l’Irak sous-entend un accord tacite avec Washington dans le cadre d’une stratégie commune vis-à-vis de la Syrie. Téhéran qui n’est pas aveugle, ne restera pas longtemps les bras croisés.

La Rochelle, bilan globalement positif ?

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Image : Webstern Socialiste.

La réduction de l’offre politique aux sobriétés de la rigueur est-elle fatale ? On laissera l’avenir répondre. En attendant, celle-ci eut une place de choix au menu de l’Université d’été des socialistes. Rigueur généreuse pour madame Aubry qui ne veut pas laisser ce créneau à monsieur Hollande qui lui accole l’épithète « responsable ». Madame Royal évite le mot « rigueur », pas plus qu’elle ne veut entendre parler de « sang et de larmes ». Plus audacieux, monsieur Montebourg refuse de verser dans « les idées de l’adversaire », certain qu’« on ne battra pas le sarkozysme en promettant la rigueur à ceux qui n’ont que leur force de travail pour vivre ». Il convoque même « les soldats de l’an II en guenilles à Valmy » pour soutenir la comparaison avec ses « volontaires », embarqués en un effet de manche dans la grande lignée de « ceux qui font l’histoire ».

Plus modestement, les socialistes écrivent une nouvelle page de leur histoire interne. Les « primaires citoyennes » qui se dérouleront les 9 et 16 octobre ont tout d’une révolution culturelle. Le parti dominant de la gauche est-il sur le point de s’effacer en se plaçant sous la tutelle d’une fraction de l’électorat que les prévisions les plus optimistes évaluent à 10% ?

« 10%, ça fait quatre millions d’électeurs, autant dire un bordel sans nom dans les conditions actuelles de préparation. La grande inconnue, ce sera leur bon déroulement », nous confie-t-on dans un sourire crispé. « Le PS n’existe plus » tranche avec un brin de provocation un responsable sceptique adversaire de ce que certains n’hésitent pas à qualifier de Star Academy. De plus, la méthode en interroge beaucoup. Dès 2009, la « rénovation » fut présentée comme le grand bond en avant d’un Parti s’arrachant par ce subterfuge « révolutionnaire » à un passé émaillé de défaites plus ou moins cuisantes à l’élection présidentielle. L’ombre des archaïsmes pesant sur un appareil à bout de souffle s’éloignait ainsi sous le jour nouveau de la « modernisation » démocratique menée au pas de charge par le tambour-major Martine Aubry. Mais ne nous y trompons pas. A vouloir prendre à rebours le sens des institutions de la Ve République en établissant un projet avant d’avoir un candidat, le Parti Socialiste fait preuve d’une totale absurdité formelle. « Si chacun s’en tient au projet, les primaires n’ont aucun sens. Ils vont se distinguer comment ? En faisant un concours Lépine, avec des idées sortant de nulle part mais devant coller au projet quoiqu’il arrive ? Soyons sérieux », nous confie un responsable désabusé.

Sans préjuger de la qualité ni de la cordialité des échanges qui vont animer la galaxie socialiste ces quarante prochains jours, les lendemains inquiètent déjà. « Intrinsèquement, les primaires affaiblissent la légitimité de Solférino. Le vainqueur aura dans les pattes une équipe réunissant des partisans de tous les candidats, et ça risque de tirer de tous les côtés. Sans parler de l’articulation entre cette armée mexicaine et le Parti qui va être très, très compliquée. On entre dans une zone grise ».

Mais le temps des inquiétudes passera. Les images et les déclarations parfois intempestives de la « Rochelle de la lumière, utile, indispensable », savamment entretenues par la course à l’échalote des rédactions et des candidats, ne doivent pas faire oublier que dans chaque camp une majorité garde la tête froide. Trois défaites successives dont une humiliation en 2002, mine de rien, ça échaude. Les tensions sont certes réelles et même palpables dans l’univers courtois et très codifié de la traditionnelle rentrée socialiste, mais pas si excessives qu’on puisse qualifier les primaires de « guerre des 40 jours » (JDD). Le congrès de Reims et les doutes amères sur la régularité de l’élection de Martine Aubry au premier secrétariat sont désormais derrière les socialistes.

Le rassemblement autour du vainqueur « se fera quoiqu’il arrive ». C’est dans le fond l’impression générale qui se dégage de ce week-end. Tant mieux ! La qualité de l’affrontement démocratique en 2012 dépendra largement des socialistes, de leur capacité à se rassembler eux-mêmes puis avec l’ensemble de la gauche autour d’un programme de synthèse cohérent. Europe, nucléaire, protectionnisme, engagements militaires extérieurs… Les sujets de discorde ne manqueront pas d’alimenter un débat musclé, d’un côté avec le Front de Gauche et son robuste candidat sur les questions économiques et sociales, de l’autre avec Europe Écologie- Les Verts sur la question du nucléaire civil. Dans ces deux rassemblements, personne ne cache d’ailleurs qu’une candidature de François Hollande arrangerait les affaires de tout le monde. Très pragmatique sur le nucléaire, le sujet de clivage principal est déjà tout trouvé avec EELV. Son image supposée « droitière » n’est pas non plus pour déplaire au FDG qui y voit l’occasion de se tailler un espace plus large.

Quand un militant l’interroge, façon taquine, sur cette perception dans l’opinion, le favori des sondages ne se fait pas prier pour nuancer le scénario. « Je ne suis pas fou, je connais la gauche. Je ferai une campagne de premier tour », sous-entendu à gauche. Ces paroles se logèrent au creux de mon oreille, alors que je me trouvais par hasard près du député de Corrèze. Au bénéfice du doute, je les crois sincères. Quel que soit le vainqueur d’octobre, il lui restera à donner du contenu à son « rêve français » (Hollande) ou à son « offensive de civilisation » (Aubry) pour éviter à la campagne socialiste d’être aussi calamiteuse que celle de 2007.

Si ce n’est la gauche, au moins le pays le mérite.

Double attentat en Algérie : la Libye a-t-elle un alibi ?

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On a peu entendu parler de ce fait divers tant les scènes de liesse – réelles, partielles ou fantasmées, il est encore trop tôt pour le dire- consécutives à la chute de Kadhafi couvraient les cris de désespoir que l’on pouvait entendre à quelques encablures de Tripoli.

Vendredi, un double attentat suicide a en effet frappé l’académie militaire de Cherchell, à 100 kilomètres à l’ouest d’Alger, causant plus d’une vingtaine de morts. Moins de deux jours après les faits, Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) revendiquait ce crime en affirmant avoir puni le pouvoir algérien de son prétendu soutien au colonel Kadhafi.

Quelle que soit la réalité des liens entre les généraux algériens et le désormais ancien régime libyen (une rumeur rapporte le passage d’un convoi de véhicules blindés abritant de très haut dignitaires libyens, voire le Guide en personne, de l’autre côté de la frontière algéro-libyenne), le communiqué d’AQMI devrait semer le trouble chez tous les enthousiastes de la révolution libyenne.

D’autant que des experts en sécurité internationale cités sur Marianne2, évoquent les liens pour le moins broussailleux entre la majorité des membres du Conseil National Transitoire Libyen et… Al Qaïda. Sans apporter de réponse définitive, Régis Soubrouillard s’interroge légitimement sur l’origine des armes des « rebelles » hostiles à Kadhafi et la solidarité des salafistes avec ce gouvernement de « démocrates » appuyé par Sarkozy et BHL.

Un pays morcelé en factions tribales, une menace terroriste majeure, un manque de culture démocratique après la chute d’un tyran, le partage de la rente pétrolière en toile de fond : et si la nouvelle Libye devenait le nouvel Irak ?

Madrid vaut bien une messe !

Une odeur nauséabonde de chair brûlée stagnait dans l’air alourdi. D’abominables hurlements déchiraient le ciel assombri par une intense et étouffante fumée noire. Au milieu de la Place Puerta del sol, s’élevait l’immense et terrifiant bûcher, où les corps des mécréants disparaissaient sous les griffes acérées des flammes sanglantes. L’effroyable supplice enduré n’était que la promesse de souffrances infiniment plus horribles dans les Abîmes de l’Enfer.

Non, vous ne lisez pas un roman historique sur les méfaits de l’horrible Inquisition, tant ressassés par les adeptes de la repentance.

Du temps d’Isabelle La Catholique et du grand Inquisiteur Torquemada, le bûcher attendait tous ceux qui osaient critiquer le dogme de l’Église. A l’époque, le blasphème était en effet considéré comme un crime de lèse-majesté.

Or, l’Inquisition est définitivement révolue et, hormis à l’intérieur des étroites frontières du Vatican, l’Église Catholique n’exerce aujourd’hui plus aucun pouvoir politique.

Voilà qui a visiblement échappé aux 5 000 manifestants anti-pape venus perturber les Journées Mondiales de la Jeunesse de Madrid cet été. Derrière leur indignation, toute suintante d’un laïcisme intolérant, ils exprimaient leur hargne contre l’Église et les valeurs chrétiennes en prenant prétexte du coût de l’organisation des JMJ[1. 80% des dépenses ont été assurées par les pèlerins et l’Église, le reste était notamment destiné au coût de la protection qui a été largement rentabilisée par les retombées économiques, les pèlerins étant aussi des consommateurs !].

Les sempiternelles accusations contre les postures rétrogrades et antilibertaires de l’Église, trop archaïque pour avancer sur le chemin glorieux de la sacrosainte modernité, trop verrouillée pour être enfin en phase avec les mœurs avachies de notre société, se retrouvaient sur toutes les pancartes. Combat contre la pédophilie des prêtres, mariage gay, avortement, préservatif, ordination des femmes et j’en passe… Telles étaient les revendications de ces impavides croisés de l’athéisme sans risque.

On peut se demander ce que risquaient ces manifestants pieusement recouverts de leur « niqab laïc »[2. Expression par laquelle le philosophe Damien Le Guay désigne, dans son dernier livre, La Cité sans Dieu, (Flammarion), le fondamentalisme laïc, mouvement qui veut éradiquer les religions considérées comme instruments d’oppression et d’aliénation mentale.], tétant désespérément les mamelles du progressisme athée. Certainement pas le bûcher pour leur vanité. Sans craindre le couperet de la charia, ils pouvaient dresser une haie de déshonneur lors du passage d’un prêtre[3. Comme le firent, avant eux, les soldats romains lorsque Jésus monta au Golgotha.], insulter et charger les pèlerins, traiter le Pape de « nazi », le Vatican de « Guantanamo mental » et faire défiler une statue de procession en forme de phallus. Quel sens de la transgression !

Après tout, pourquoi ces enragés de la capote se sentent-ils si concernés par les positions du pape puisque, pour leur immense majorité, ils n’appartiennent pas à cette Église qu’ils détestent tant ? Ils réservent d’ailleurs rarement leurs griefs aux autres religions et ne manifestent ni contre la venue du Dalaï-lama, ce guide suprême du bonheur marqueté, ni contre les multiples évocations médiatiques du mois de Ramadan. Il est tellement plus simple de s’en prendre à la religion catholique, la plus universelle et la moins susceptible de se défendre.

Au fond, si contestation il y a, cela signifie bien que la Parole du Christianisme, fondée sur l’amour du prochain, est toujours vivante et dérangeante. Quoiqu’en disent ses détracteurs, la foi chrétienne n’est pas porteuse d’une injonction intransigeante mais d’une adhésion volontaire à un Idéal moral et spirituel.

Après deux mille ans d’histoire, nous assistons ainsi à l’éternel retour du christianisme à son point de départ, lorsque les Chrétiens mourraient persécutés pour leur foi que le pouvoir politique de l’Empereur romain jugeait trop subversive.

Car c’est en se tenant à l’écart du pouvoir politique et de la société que l’Église peut formuler une critique globale des dérives de notre civilisation. In fine, ce que les missionnaires forcenés du libre choix exècrent dans le magistère moral du Vatican, c’est sans doute la position dissidente de l’Église qui incarne la véritable contre-culture.

Les Indignés ne pardonnent pas au Saint-Père de préférer la liturgie commémorative au déchirement de la transmission et la gratuité du don à la marchandisation des rapports humains. Consciemment ou non, ils n’acceptent pas d’entendre l’Église substituer le silence de la prière au brouhaha aliénant de la vie moderne, le secret de la confession au diktat de la transparence absolue et l’espérance de la vie éternelle à l’instantanéité du présent.

Plus subtile qu’elle n’y paraît, l’Église catholique laisse patauger ses adversaires sans les étouffer car, pour qu’elle s’affirme pleinement, leur opposition farouche lui est nécessaire.

In inimico veritas.

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Greenpeace, agence de notation écologique

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Crédit photo : David_Reverchon

Tremblez candidats à la présidentielle : Greenpeace va peser de tout son poids dans la campagne. Sa filiale française vient en effet de rendre public son premier « stress test » des candidats en notant leur programme énergétique. Stress Test ? En fait, un très banal questionnaire, truffé de marronniers comme : « Êtes-vous pour ou contre la sortie du nucléaire ? », « Êtes-vous favorable à une révision de l’écotaxe poids lourds ? » ou encore « Êtes-vous pour ou contre la limitation de la vitesse à 120 km/h sur les autoroutes ?  » (au passage, de quoi je me mêle, les amis, risque-t-on d’écraser un dauphin lorsqu’on roule à 130 ?). On retiendra aussi l’épatant « Considérez-vous possible que les EnR constituent la majorité du mix énergétique, quand ? ».

Une fois dissipé le fou rire provoqué par cette dernière question, il faut hélas revenir au fond du problème : avec son QCM, Greenpeace classe à sa façon les candidats, qui ne deviennent plus seulement bons (pardon, chez Greenpeace, on dit « engagés ») ou mauvais (pardon, là il faut dire « rétrogrades »), mais qualifiés ou pas pour gouverner la France. Tenez-vous le pour dit : la multinationale écolo rêve ni plus ni moins que de dicter la politique énergétique de la France.

Certes, on pourrait prendre ce test pour ce qu’il est : pas grand-chose. Après tout, syndicats, associations et autres lobbies profitent des périodes électorales pour sonder les candidats : de la défense de la filière porcine aux intermittents du spectacle en passant par le statut du parent divorcé, les questionnaires pleuvent comme à Gravelotte. Et les candidats y répondent avec empressement et application. Ce serait idiot d’être à poil le jour où un de ces sujets de niche finira par faire la une du Parisien.

Quand je dis que les candidats répondent, n’allez surtout pas me prendre au mot. Un peu comme lorsque votre petite sœur écrit à Warner Music pour recevoir une photo dédicacée de Sliimy, il ne faut pas se fier à la signature. En réalité, les questionneurs mettent à contribution des bataillons de stagiaires de Sciences Po, vaguement militants, qui sont réquisitionnés dans les staffs de campagne pour répondre en copiant-collant les programmes de leur candidat préféré. Généralement, l’écho de ces questionnaires ne dépasse pas le site internet de ces chapelles 1901, et c’est très bien comme ça.

Greenpeace n’innove donc pas vraiment. Si ce n’est par le climat de terreur qu’elle crée autour de son « stress test » et sa force de frappe médiatique. Ainsi, personne n’osera appeler un chat un chat un chat et parler de questionnaire, toute la presse reprendra en chœur la terminologie grotesque et pontifiante de « stress test » sans la moindre trace d’ironie ou de distance critique : c’est Greenpeace, hein…

Pourtant, même en ne procédant qu’à une lecture disons, journalistique, du questionnaire, il y a de quoi, justement, se questionner. Bizarrement, Eva Joly sort triomphante de l’épreuve. On pourrait aussi s’interroger sur deux couacs qui viennent entacher la régularité de ce concours de beauté, mais pour ça, c’est comme avant de signer chez Orange ou SFR, il faut lire les toutes petites lignes qui accompagnent le beau fichier Power Point de l’ONG. Première fausse note : si des candidats ne se sont pas sentis obligés de répondre aux sommations de la boutique écolo, ils sont d’entrée de jeu disqualifiés, ou plutôt qualifiés de « rétrogrades », soit la pire des catégories qu’on imagine peuplée de nucléocrates amateurs de DDT et de grosses cylindrées.

Jean-Louis Borloo, le géniteur du Grenelle de l’environnement, se retrouve donc en bas de tableau parce qu’il a dû oublier le questionnaire au bureau avant de partir en vacances. Ou plus exactement, parce qu’il n’a pas souhaité répondre « car il n’est pas encore officiellement candidat». Notons que Chevènement, qui pour l’instant se contente de menacer d’être candidat, a lui répondu et est donc automatiquement classé plus écolo que Borloo. Drôle, non ?

Le second biais du test est idéologique. On a beau retourner le fichier, on ne voit pas les réponses de Nathalie Arthaud de LO, ou celles de Marine Le Pen. Là encore, il faut lire les petites lignes explicatives de « l’étude », et il est important à ce stade de delirium ecologis de ne pas oublier les guillemets pour vous expliquer le pourquoi de cette absence : « Greenpeace, explique le document, est une organisation apolitique. Nous avons décidé d’exclure de notre classement Lutte Ouvrière et le Front National. Greenpeace considère que Lutte Ouvrière est un parti non démocratique. De son côté, le Front National est en opposition totale avec des valeurs parmi les plus chères à Greenpeace, notamment le pacifisme et la non-violence. La « préférence nationale » prônée par le Front National est une forme de discrimination que Greenpeace récuse absolument ».

LO et le FN n’auront pas le droit de nous dire à quelle vitesse il faut rouler sur les autoroutes ou comment gérer le MOX. Proposons donc à Greenpeace de ne plus envoyer son formulaire qu’à la candidate d’Europe Ecologie-Les Verts. Ça lui éviterait de se frotter à des gens qui ne pensent pas comme elle, ce qui est aussi, ne l’oublions pas, le principe des élections. Ou alors invitons-la gentiment à faire ce qu’elle sait faire : des pétitions pour sauver les baleines dans la forêt d’Amazonie.

Touche pas à mon despote !

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Jamel Debbouze dans Le fabuleux destin d'Amélie Poulain.

De temps en temps, entre deux affaires de chiens corréziens décimés par des boulettes empoisonnées, la presse quotidienne régionale sort quelques révélations de derrière les fagots. L’entretien qu’a récemment accordé Jamel Debbouze à L’Est-Eclair ne déroge pas à la règle. Comme les personnages d’Amélie Poulain, qu’il marqua de son jeu facétieux, Jamel aime : les révoltes arabes, Martine Aubry et sa gestion municipale à Lille, son « super » mentor (et non moins paternel) Jacques Delors, la France diverse, etc. En esprit cartésien, il n’aime pas : la droite, le Front National, les critiques de l’immigration qui « rapporte beaucoup d’argent et rend service à la France », le 21 avril 2002, et j’en passe…

L’esprit charitable et néanmoins taquin d’où sont sorties ces lignes n’insistera pas sur la frivolité politique qui vous fait passer de Ségolène Royal à Martine Aubry en moins de temps qu’il n’en faut pour comprendre leurs prétendues divergences idéologiques. Après tout, Debbouze ne sera ni le premier ni le dernier à retourner sa veste au détriment de l’ex-chouchoute des sondages : de Pierre Bergé à Dominique Besnehard, on sait certains people peu enclins à se porter au secours des causes désespérées. Lorsque les agences de notation politique que sont Sofres, Ipsos ou l’Ifop abaissent votre cote de popularité, vous n’avez plus que vos yeux pour pleurer ou Sainte Rita à implorer.

Aujourd’hui, c’est décidé, Jamel vote donc Aubry avec la dévotion des convertis (« J’aime cette meuf ! »). Celui que les médias ont propulsé porte-parole des banlieues – sous prétexte qu’il y est né avant de faire fortune, le même raisonnement déterministe conduisant logiquement Alain Madelin à se proclamer représentant de la classe ouvrière – martèle que Martine sera la meilleure pour le job. Sur quels critères ? Le j’aime/j’aime pas bien sûr. Syllogisme implacable. Aubry traite merveilleusement l’immigration à Lille, elle impulsera donc un mouvement de rectification dans ce pays gangréné par le conservatisme. Son premier fan le dit haut et fort : « Franchement, ma seule ambition, c’est que l’immigration soit un jour respectée. J’en souffre encore aujourd’hui et je trouve ça déplorable ».

Pis, si Marine Le Pen se qualifie pour le second tour de la présidentielle – ne parlons pas de victoire -, l’humoriste « change de crémerie ». Un 21 avril ça va explique-t-il, deux bonjour les dégâts. Il ne supporterait plus d’habiter dans cette France-là, une démocratie où le verdict des urnes lui semblerait décidément trop malodorant.
Antifasciste patenté, Jamel ne se contente pas de faire le ménage en France, il se penche aussi sur le sort des pays arabes, ces grands oubliés de la déesse Démocratie. Il se félicite des bouleversements intervenus dans les pays arabes depuis que la grogne partie de Sidi Bouzid ébranle jusqu’au plus petit patelin yéménite.

Ce qu’il y a de croustillant dans cet enthousiasme à géométrie variable, ce n’est pas tant que Jamel s’effraie du danger que représenterait le Front National pour nos libertés, danger largement imaginaire à mon avis, ni qu’il balaie d’un revers de la main le péril islamiste.
Non, le plus drôle, c’est son silence assourdissant sur la vague de répression qui a secoué le Maroc ces derniers mois, l’arrestation puis la libération tardive d’opposants par son ami Mohammed VI, tendrement surnommé « M6 » par ses intimes.

Non content d’adresser de réguliers satisfecit à la politique d’ouverture en trompe l’œil de son ami le Roi, Debbouze reste muet sur le « mouvement du 20 février », plate-forme de l’opposition marocaine constituée début 2011 après la répression brutale d’émeutes populaires. Cette structure démocratique dénonce la dernière réforme constitutionnelle de Mohammed VI comme de la poudre aux yeux et appelle les artistes à boycotter les événements culturels du pays de l’Atlas.

Las, comme si de rien n’était, Jamel a organisé en juin dernier la nouvelle édition du Festival international du rire du Marrakech. Allez, ne soyons pas mauvaises langues, et attribuons ce militantisme paillette à un très haut sens moral : après tout, Debbouze pense peut-être qu’une fois arrivée au pouvoir, la terrrifiante Marine Le Pen maltraiterait ENCORE PLUS ses opposants que le bon roi M6…

Taxe sur les sodas : gabelle sucrée, addition salée

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Nicolas Sarkozy – pardon – François Fillon a annoncé l’instauration d’une nouvelle taxe sur les boissons avec sucre ajouté. Comme c’est devenu l’habitude en France, l’impôt n’est plus (ou du moins plus seulement) une contribution des citoyens au budget de l’Etat mais aussi un outil d’ingénierie sociale qui permet aux sages qui nous gouvernent de remodeler cette société imparfaite selon leurs désirs. Ainsi donc, au-delà des 100 millions d’euros dont le premier ministre espère alléger nos poches, il est également question cette fois-ci de lutter contre l’obésité.

Anecdotique me direz-vous.

Eh bien peut être pas. Ça a commencé avec l’élue de mon cœur, qui ne se mêle pourtant jamais de politique mais se trouve être une grande consommatrice de Coca Cola. Sitôt qu’elle a appris la nouvelle par l’entremise d’une amie (ce qui est, en soi, déjà surprenant) elle est rentrée dans une sainte colère et m’a immédiatement cuisiné en long en large et en travers sur le montant des nombreux impôts indirects dont nous abreuve la citadelle de Bercy. Dès le lendemain, mon boucher s’y met à son tour : lui qui est d’habitude aussi bavard qu’une tombe ne trouve pas de mots assez durs pour qualifier ce gouvernement et ceux qui l’ont précédé. Et ainsi de suite…

Je ne sais pas si vous avez la même impression, mais j’ai rarement vu et entendu autant d’honnêtes citoyens s’offusquer d’un nouvel impôt. On parle d’une nouvelle gabelle et j’ai même vu une « Soda Party »[1. Référence à la « Boston Tea Party » de 1773.] se créer sur Facebook[2. Le CSA a récemment interdit de nommer les réseaux sociaux à la télévision ; dans la presse écrite, il me semble que c’est encore autorisé.] et attirer en quelques jours un nombre considérable de sympathisants. La gabelle, une « Soda Party » : fichtre ! Si ce ne sont pas des références explicitement révolutionnaires, elles le sont au moins implicitement.

Notre premier ministre croyait sans doute qu’une énième taxe à la consommation et, qui plus est une taxe assortie d’un objectif aussi mollement consensuel que l’impérieuse nécessité de lutter contre l’obésité, passerait comme une lettre à la Poste[3. Hors périodes de grèves.]. C’est bien mal connaître l’histoire. Les révoltes populaires, insurrections et autres révolutions ont bien souvent des origines bêtement fiscales.

Le jeune loup plaît au vieux lion

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« Voici venu le temps des jeunes lions ! » s’était exclamé Arnaud Montebourg en 2007, au lendemain de sa réélection à l’Assemblée Nationale, alors qu’il s’envisageait déjà en socialiste « nouvelle formule ».

C’est avec un autre félin, le « vieux lion de Belfort » que le candidat à la primaire socialiste a débattu hier soir lors d’un colloque intitulé : « L’Europe dans la mondialisation : que faire ? » organisé au Palais-Bourbon. Loin de l’atmosphère « cimetière des éléphants » qui se dégage parfois des symposiums socialistes, ce numéro de duettistes correspondait à ce que l’on serait en droit d’attendre de véritables primaires : on y parla politique, et pas seulement stratégie individuelle.

L’un des protagonistes de l’événement ne participera pas aux «primaires citoyennes de la gauche ». Il ne souhaite en aucune façon s’engager dans ce processus qui contraindra les vaincus à adouber le vainqueur. Les militants du Mouvement Républicain et Citoyen présents dans la salle font d’ailleurs circuler une brochure rédigée par le « Ché » : « Pourquoi je serai candidat ». Comme en 2007, le sénateur de Belfort se réserve la possibilité « d’y aller ». Sans accepter pour autant de lever le doute, il affirme avoir pour principale ambition de « peser dans le débat ».

Le colloque commence par une mise en bouche de l’économiste Jacques Sapir, auteur de La démondialisation, qui intervient aux côtés du journaliste économique Jean-Michel Quatrepoint, et du président de la Fondation Terra Nova, que Montebourg finira par moucher : « Alain Minc est désormais plus à gauche qu’Olivier Ferrand » !

Ce dernier recycle l’antienne selon laquelle « l’euro nous protège », ouvrant un échange musclé avec Sapir et Quatrepoint. Un tel débat souligne sans simagrées les profonds désaccords entre les « deux gauches ». L’une interventionniste et volontariste est souvent nommée « souverainiste ». L’autre, plus libérale que sociale, conserve une foi intacte dans les bienfaits du « doux commerce » et dénonce rien de moins que le « protectionnisme bestial ». Devant ce fossé idéologique, on se demande si ces deux gauches seront un jour réconciliables, voire si le clivage droite-gauche reste pertinent. Aujourd’hui, la véritable ligne de démarcation politique ne séparerait-elle pas les sociaux-libéraux des nationaux-républicains ? Quoi qu’on en pense, la confrontation entre experts des deux bords a l’immense mérite de soulever cette question.

Avec les deux vedettes de la soirée, Jean-Pierre Chevènement et Arnaud Montebourg, il a aussi été question de politique. Mais de débat, il n’y en a guère tant leurs vues convergent. Le public venu en nombre assiste davantage au scellement d’une entente qu’à une confrontation.

Les légères nuances sur l’appréciation de la crise, qui semblent un temps apparaître, se dissipent rapidement. Pour le belfortain, l’euro est ainsi « la question centrale » ignorée par les candidats socialistes à La Rochelle. Or, Chevènement ne réclame pas une mise à mort immédiate de la monnaie unique mais entend dévaluer un euro surcoté par rapport au dollar et au yuan. Sauver la monnaie unique : tel est le « plan A » que Chevènement souhaite voir appliqué pour ne pas contraindre les gouvernements à revenir aux monnaies nationales et à transformer l’euro en simple monnaie extérieure commune.

A ses côtés, Arnaud Montebourg ne dit pas autre chose: « un responsable politique peut craindre l’écroulement de l’euro, mais il ne peut pas parier là-dessus (…) je défends une stratégie de monétisation de la dette ». Visiblement, les secousses estivales générées par la « nervosité des marchés » et le second plan de sauvetage de la Grèce ont décillé les yeux de celui dont Daoud Boughezala disait ici même avec raison : « Montebourg ne remet jamais explicitement en cause l’indépendance de la Banque Centrale Européenne. La responsabilité des gouvernements européens coupables d’une surévaluation de l’euro par rapport au dollar et au yuan n’est pas évoquée (dans son livre Votez pour la démondialisation) ».

Jeune et vieux lion veulent donc pousser la BCE à intervenir directement sur les marchés[1. Comme elle l’a fait cet été en rachetant des titres de dette italienne et espagnole.], quitte à violer de façon consciente et assumée les traités de Maastricht et de Lisbonne. Ils posent d’ailleurs le même diagnostic : l’euro n’est pas une monnaie économique. Elle souffre d’un vice de conception qui a fait diverger gravement les économies de la zone, et nous a amenés dans une situation périlleuse. Mais tous deux concèdent qu’en dépit de ses tares, l’euro mérite d’être sauvé, pour ne pas nous faire sombrer avec lui.

D’autres points d’accord se font jour entre le sénateur et le député. S’il est attendu de voir Chevènement réaffirmer la nécessité d’une défense française indépendante, il n’en est pas moins rassérénant d’écouter Montebourg regretter « l’abaissement des fonctions régaliennes de l’Etat ». Dans ces conditions, on comprend que l’aîné assure son cadet de son « estime  ». Et Chevènement d’ajouter, comme pour l’adouber, que Montebourg « fraye les chemins de l’avenir ». La lune de miel va si loin que le socialiste exhorte l’assemblée à « voter Jean-Pierre Montebourg » au premier tour de la primaire !

On l’aura compris : les deux hommes font front commun contre la mondialisation et le système néolibéral. Au train où vont les choses, l’on ne serait pas surpris d’entendre bientôt murmurer « Chevènement soutient Montebourg ».

Assad à sec

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Selon le quotidien saoudien Acharq Al-Awsat, qui cite des sources sécuritaires « autorisées », l’appareil de répression syrien montre des signes d’essoufflement : de plus en plus d’officiers de l’armée régulière font défection, et, phénomène nouveau, la milice alaouite de la Shabiha, pourtant acquise au clan Assad, commence même à se rebeller.

Ses milliers de membres[1. Ils seraient entre cinq et dix mille, selon les estimations] aux allures de brutes bodybuildées ne réclament pas plus de démocratie, tant s’en faut. Ces gros bras pour la plupart originaires du littoral syrien, fief de la famille Assad, veulent tout simplement être payés. Car voilà l’origine du problème : l’Etat syrien ne peut plus rétribuer les paramilitaires qui lui servent de porte-flingues depuis le début de la contestation. Devant les retards de paiement, les miliciens menacent de faire grève.

De deux choses l’une : soit le président syrien croit à sa propre propagande et, sûr de sa victoire, applique une politique de rigueur, soit il laisse se vider les caisses de la Banque Centrale syrienne. A en croire Acharq Al-Awsat, cette dernière hypothèse est en train de se réaliser. Malgré une aide iranienne de quelque cinq milliards de dollars, le nerf de la guerre commence à manquer, ce qui s’avère pour le moins problématique. Car même le noyau dur du clan Assad n’accomplit pas le sale boulot par amour désintéressé de la patrie.

Il faut dire que les honoraires des gars de la Shabiha ont de quoi choquer. Ces cerbères qui maintiennent ce régime subclaquant sous respiration artificielle monnaient la prestation 2000 livres syriennes (30 euros) par jour, tarif qui grimpe jusqu’à 7 000 voire 10 000 livres le vendredi, jour hebdomadaire des manifestations anti-Assad. Les membres de la Shabiha en mission à Alep bénéficient même d’une « prime » exceptionnelle (5000 livres par jour au lieu de 2000) pour maintenir l’ordre dans cette ville stratégique restée à l’écart de la contestation. Dans un pays où le salaire moyen ne dépasse pas les 15000 livres (230 euros), de tels molosses coûtent un bras, sans parler des véhicules et du matériel que l’Etat met gracieusement à leur disposition.

Et si les Syriens faisaient marcher la planche à billets ? Après tout, la Syrie ne fait pas partie de la zone euro et Bachar Al-Assad a bien d’autres chats à fouetter que l’inflation. Hélas pour Assad, la Syrie n’en est pas capable. Jusqu’à une date récente, les livres syriennes étaient fabriquées en Autriche… avant qu’au vu des événements, l’imprimeur décide de rompre son contrat avec Damas. En conséquence de quoi la Banque centrale syrienne n’est plus approvisionnée en billets de banque depuis des semaines, ce qui réduit ses marges de manœuvre monétaires à une peau de chagrin.
Faut de pouvoir créer de la masse monétaire, les Assad doivent compter sur leurs derniers deniers et opérer des choix cornéliens : couper dans les dépenses sociales (subvention du pain et des produits alimentaires de base), augmenter les impôts indirects (sur l’essence, la restauration, etc.), ou bien rogner les salaires des fonctionnaires et des militaires.

Quelle que soit la mesure adoptée, elle a peu de chance de renforcer la popularité d’un pouvoir exsangue qui a si longtemps joué la montre. Après avoir renvoyé un ministre turc à ses chères études, rejeté l’offre de médiation arabe et poliment remercié un émissaire russe, Damas paraît résolument sourd et aveugle.

Avec la fin du Ramadan, l’opposition fraichement structurée dans un Conseil de transition parrainé par la Turquie, appelle à redoubler les cortèges pour faire tomber Assad. Alors que les montagnes de dollars de Kadhafi n’ont pu enrayer sa chute, la ruine de l’Etat syrien pourrait bientôt sonner le glas de l’oligarchie baathiste.

En savoir toujours plus sur Anders Breivik

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 » Comme tous mes amis peuvent en témoigner, je n’aurais pas fait de mal à une mouche « , proclame Anders Breivik qui pose d’un air protecteur à coté de sa mère et de sa demi-soeur. Ce jeune homme reçu dans la meilleure société d’Oslo, participant à des fêtes, candidat municipal du Parti du Progrès raconte qu’à douze ans, il faisait les quatre cents coups avec des amis immigrés, taguant sans relâche les bâtiments d’Oslo. Ses potes s’appelaient Omar, un Turc, Jonathan, un Érythréen, Wazim, un Pakistanais…il fréquente également le milieu de la gauche radicale et la scène hip hop.

Il observe avec curiosité d’abord, inquiétude ensuite, colère enfin que tous ses copains musulmans sont solidaires dans les bagarres et fiers de leur religion. Les Norvégiens d’origine, qu’il décrit comme des mauviettes, se laissent dépouiller sans réagir. Quand il s’en indigne publiquement, il est taxé de raciste. C’est pour lui l’injustice originelle.  » Je me rappelle, dit-il, avoir pensé à un certain moment : ce système me rend malade « . Il n’en veut pas à ses potes africains ou arabes, mais aux petits blondinets baignant dans leur bonne conscience et leur lâcheté. D’où le choix de sa cible : l’université des jeunes socialistes.

Passer à l’acte est une autre affaire. S’il reconnaît volontiers avoir un ego relativement enflé et se montrer souvent arrogant, il reconnaît que transformer une ferme bio en fabrique d’explosifs tout en demeurant un mec branché n’est pas une mince affaire. Pour tenir le coup, dit-il, il est important de s’amuser chaque jour. Son journal est rempli de recettes pour rester motivé : manger du chocolat, fumer, écouter de la musique trance, jouer aux jeux vidéo, manger un bon repas au restaurant, bref  » instaurer un système de récompense « .

Anders Breivik insiste sur le fait que sa démarche n’est pas égoïste : ce qu’il veut, c’est protéger ses  » frères et sœurs européens « . Il agit, comme pratiquement tous les criminels, par amour. Ce qui démontre une fois de plus que l’amour est infiniment plus destructeur que la haine.

Qui veut gagner la Syrie ?

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Entrée dans son sixième mois, la crise syrienne se transforme en conflit de moins en moins feutré entre la Turquie et l’Iran. De terrain de rapprochement stratégique entre Ankara et Téhéran, la Syrie est en effet devenue une pomme de discorde entre ces deux puissances régionales aux intérêts divergents.

Grâce à la dynastie Assad, Damas constitue une courroie géostratégique essentielle permettant le développement de l’influence des mollahs iraniens au Liban via le Hezbollah, véritable « faiseur de rois » au pays du Cèdre. En outre, la capacité du parti de Dieu à frapper Israël avec ses projectiles à longue portée est l’une des armes stratégiques de l’Iran. En cas d’attaque contre la République Islamique, ses alliés libanais lanceraient une pluie de missiles – livrés par le régime iranien – contre l’Etat hébreu, l’obligeant à lancer une large opération terrestre pour faire cesser les tirs. Un tel conflit serait bien pire que l’opération Plomb durci contre Gaza ou la guerre libanaise de juillet 2006 car la Syrie pourrait s’y joindre, permettant ainsi aux Iraniens d’embraser toute la région.

Or, l’hypothèse d’une Syrie moins amicale voire hostile à la République islamique couperait les voies de communication entre Téhéran et Beyrouth et condamnerait le dessein libanais de Téhéran. Autrement dit, l’intérêt majeur de l’Iran est de maintenir le statu quo qui lui permet d’entretenir l’instabilité au Liban et dans la bande de Gaza, devenue la base de lancement des roquettes du Hamas. C’est pourquoi l’Iran participe activement à la répression de la contestation anti-Assad, main dans la main avec les forces de l’ordre syriennes restées fidèles à Damas.

Pour sa part, l’intérêt d’Ankara s’avère diamétralement opposé à celui de son voisin iranien. Puissance économique plutôt qu’idéologique, la Turquie cherche à assurer la stabilité régionale et à apaiser les conflits en cours afin de favoriser la croissance et le niveau de vie de sa population. C’est dans ce cadre qu’il faut replacer les avances d’Ankara en direction de Téhéran ces dernières années, notamment sur le dossier nucléaire, mais aussi la prise de distance turque avec Israël. Ces deux mouvements parallèles s’inscrivent dans une double stratégie : à l’extérieur, nouer de bonnes relations avec tous ses partenaires pour ouvrir les marchés et éviter les mesures de rétorsion (comme un soutien intempestif à la cause kurde) ; à l’intérieur attiser la fierté nationale et le rejet de l’Occident afin de garantir le succès électoral de l’AKP d’Erdogan.

Avant le « printemps arabe » les intérêts de Téhéran et d’Ankara semblaient converger : l’Iran et la Syrie jouaient la même partition dans le dossier kurde, ce qui permettait à la Turquie de concentrer son attention diplomatique et militaire vers l’Irak, arrière base traditionnelle des mouvements kurdes. La figure de proue du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), Murat Karayilan, avait reconnu que la triple alliance antikurde (Syrie, Iran, Turquie), lui posait un grave problème stratégique. Le possible effondrement de ce front commun devrait donc permettre au PKK de dégager une marge de manœuvre perdue depuis quelques années.

Aussi, dès que les Turcs ont compris qu’Assad n’était plus capable de contrôler ses frontières et de tenir « ses » Kurdes, ils se sont empressés de préparer une alternative au régime baathiste, au moins pour limiter les dégâts. À ce raisonnement purement stratégique, il faut ajouter l’embarras d’un gouvernement démocratique qui se trouve du côté d’un dictateur face aux revendications libérales d’une population qui cite parfois la Turquie en modèle…

Il y a une quinzaine de jours, le ministre turc des affaires étrangères a été donc dépêché à Damas pour adresser en personne un dernier avertissement à Assad. Le président syrien lui ayant opposé une fin de non-recevoir, Ankara ne fait plus mystère de sa politique et encourage ouvertement la création d’un Conseil National de Transition à la syrienne, sur le modèle des insurgés libyens. Bien que la tâche soit ardue, les Turcs s’y attellent avec énergie pour endiguer le risque d’une libanisation de la Syrie et éviter que le futur régime syrien leur soit hostile.

Dimanche dernier, le président iranien a décroché son téléphone pour évoquer la question syrienne avec le premier ministre turc. Selon la presse iranienne, Ahmadinejad a mis en garde Erdogan contre toute ingérence occidentale dans des problèmes devant être réglés de manière « islamique ». Si Erdogan n’a pas fait de commentaires, les échanges entre Turcs et Américains nous en disent davantage sur les positions des uns et des autres.

Ces dernières semaines, la Maison blanche a clairement défini les règles d’une éventuelle intervention « à la libyenne » : que le peuple concerné sollicite une aide militaire extérieure et que les États-Unis n’y aillent pas seuls. Dans la crise syrienne, il est de plus en plus clair qu’Ankara s’emploie à remplir le cahier des charges américain. Parallèlement, l’offensive massive que mène l’armée turque contre le PKK au nord de l’Irak sous-entend un accord tacite avec Washington dans le cadre d’une stratégie commune vis-à-vis de la Syrie. Téhéran qui n’est pas aveugle, ne restera pas longtemps les bras croisés.

La Rochelle, bilan globalement positif ?

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Image : Webstern Socialiste.

La réduction de l’offre politique aux sobriétés de la rigueur est-elle fatale ? On laissera l’avenir répondre. En attendant, celle-ci eut une place de choix au menu de l’Université d’été des socialistes. Rigueur généreuse pour madame Aubry qui ne veut pas laisser ce créneau à monsieur Hollande qui lui accole l’épithète « responsable ». Madame Royal évite le mot « rigueur », pas plus qu’elle ne veut entendre parler de « sang et de larmes ». Plus audacieux, monsieur Montebourg refuse de verser dans « les idées de l’adversaire », certain qu’« on ne battra pas le sarkozysme en promettant la rigueur à ceux qui n’ont que leur force de travail pour vivre ». Il convoque même « les soldats de l’an II en guenilles à Valmy » pour soutenir la comparaison avec ses « volontaires », embarqués en un effet de manche dans la grande lignée de « ceux qui font l’histoire ».

Plus modestement, les socialistes écrivent une nouvelle page de leur histoire interne. Les « primaires citoyennes » qui se dérouleront les 9 et 16 octobre ont tout d’une révolution culturelle. Le parti dominant de la gauche est-il sur le point de s’effacer en se plaçant sous la tutelle d’une fraction de l’électorat que les prévisions les plus optimistes évaluent à 10% ?

« 10%, ça fait quatre millions d’électeurs, autant dire un bordel sans nom dans les conditions actuelles de préparation. La grande inconnue, ce sera leur bon déroulement », nous confie-t-on dans un sourire crispé. « Le PS n’existe plus » tranche avec un brin de provocation un responsable sceptique adversaire de ce que certains n’hésitent pas à qualifier de Star Academy. De plus, la méthode en interroge beaucoup. Dès 2009, la « rénovation » fut présentée comme le grand bond en avant d’un Parti s’arrachant par ce subterfuge « révolutionnaire » à un passé émaillé de défaites plus ou moins cuisantes à l’élection présidentielle. L’ombre des archaïsmes pesant sur un appareil à bout de souffle s’éloignait ainsi sous le jour nouveau de la « modernisation » démocratique menée au pas de charge par le tambour-major Martine Aubry. Mais ne nous y trompons pas. A vouloir prendre à rebours le sens des institutions de la Ve République en établissant un projet avant d’avoir un candidat, le Parti Socialiste fait preuve d’une totale absurdité formelle. « Si chacun s’en tient au projet, les primaires n’ont aucun sens. Ils vont se distinguer comment ? En faisant un concours Lépine, avec des idées sortant de nulle part mais devant coller au projet quoiqu’il arrive ? Soyons sérieux », nous confie un responsable désabusé.

Sans préjuger de la qualité ni de la cordialité des échanges qui vont animer la galaxie socialiste ces quarante prochains jours, les lendemains inquiètent déjà. « Intrinsèquement, les primaires affaiblissent la légitimité de Solférino. Le vainqueur aura dans les pattes une équipe réunissant des partisans de tous les candidats, et ça risque de tirer de tous les côtés. Sans parler de l’articulation entre cette armée mexicaine et le Parti qui va être très, très compliquée. On entre dans une zone grise ».

Mais le temps des inquiétudes passera. Les images et les déclarations parfois intempestives de la « Rochelle de la lumière, utile, indispensable », savamment entretenues par la course à l’échalote des rédactions et des candidats, ne doivent pas faire oublier que dans chaque camp une majorité garde la tête froide. Trois défaites successives dont une humiliation en 2002, mine de rien, ça échaude. Les tensions sont certes réelles et même palpables dans l’univers courtois et très codifié de la traditionnelle rentrée socialiste, mais pas si excessives qu’on puisse qualifier les primaires de « guerre des 40 jours » (JDD). Le congrès de Reims et les doutes amères sur la régularité de l’élection de Martine Aubry au premier secrétariat sont désormais derrière les socialistes.

Le rassemblement autour du vainqueur « se fera quoiqu’il arrive ». C’est dans le fond l’impression générale qui se dégage de ce week-end. Tant mieux ! La qualité de l’affrontement démocratique en 2012 dépendra largement des socialistes, de leur capacité à se rassembler eux-mêmes puis avec l’ensemble de la gauche autour d’un programme de synthèse cohérent. Europe, nucléaire, protectionnisme, engagements militaires extérieurs… Les sujets de discorde ne manqueront pas d’alimenter un débat musclé, d’un côté avec le Front de Gauche et son robuste candidat sur les questions économiques et sociales, de l’autre avec Europe Écologie- Les Verts sur la question du nucléaire civil. Dans ces deux rassemblements, personne ne cache d’ailleurs qu’une candidature de François Hollande arrangerait les affaires de tout le monde. Très pragmatique sur le nucléaire, le sujet de clivage principal est déjà tout trouvé avec EELV. Son image supposée « droitière » n’est pas non plus pour déplaire au FDG qui y voit l’occasion de se tailler un espace plus large.

Quand un militant l’interroge, façon taquine, sur cette perception dans l’opinion, le favori des sondages ne se fait pas prier pour nuancer le scénario. « Je ne suis pas fou, je connais la gauche. Je ferai une campagne de premier tour », sous-entendu à gauche. Ces paroles se logèrent au creux de mon oreille, alors que je me trouvais par hasard près du député de Corrèze. Au bénéfice du doute, je les crois sincères. Quel que soit le vainqueur d’octobre, il lui restera à donner du contenu à son « rêve français » (Hollande) ou à son « offensive de civilisation » (Aubry) pour éviter à la campagne socialiste d’être aussi calamiteuse que celle de 2007.

Si ce n’est la gauche, au moins le pays le mérite.

Double attentat en Algérie : la Libye a-t-elle un alibi ?

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On a peu entendu parler de ce fait divers tant les scènes de liesse – réelles, partielles ou fantasmées, il est encore trop tôt pour le dire- consécutives à la chute de Kadhafi couvraient les cris de désespoir que l’on pouvait entendre à quelques encablures de Tripoli.

Vendredi, un double attentat suicide a en effet frappé l’académie militaire de Cherchell, à 100 kilomètres à l’ouest d’Alger, causant plus d’une vingtaine de morts. Moins de deux jours après les faits, Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) revendiquait ce crime en affirmant avoir puni le pouvoir algérien de son prétendu soutien au colonel Kadhafi.

Quelle que soit la réalité des liens entre les généraux algériens et le désormais ancien régime libyen (une rumeur rapporte le passage d’un convoi de véhicules blindés abritant de très haut dignitaires libyens, voire le Guide en personne, de l’autre côté de la frontière algéro-libyenne), le communiqué d’AQMI devrait semer le trouble chez tous les enthousiastes de la révolution libyenne.

D’autant que des experts en sécurité internationale cités sur Marianne2, évoquent les liens pour le moins broussailleux entre la majorité des membres du Conseil National Transitoire Libyen et… Al Qaïda. Sans apporter de réponse définitive, Régis Soubrouillard s’interroge légitimement sur l’origine des armes des « rebelles » hostiles à Kadhafi et la solidarité des salafistes avec ce gouvernement de « démocrates » appuyé par Sarkozy et BHL.

Un pays morcelé en factions tribales, une menace terroriste majeure, un manque de culture démocratique après la chute d’un tyran, le partage de la rente pétrolière en toile de fond : et si la nouvelle Libye devenait le nouvel Irak ?

Madrid vaut bien une messe !

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Une odeur nauséabonde de chair brûlée stagnait dans l’air alourdi. D’abominables hurlements déchiraient le ciel assombri par une intense et étouffante fumée noire. Au milieu de la Place Puerta del sol, s’élevait l’immense et terrifiant bûcher, où les corps des mécréants disparaissaient sous les griffes acérées des flammes sanglantes. L’effroyable supplice enduré n’était que la promesse de souffrances infiniment plus horribles dans les Abîmes de l’Enfer.

Non, vous ne lisez pas un roman historique sur les méfaits de l’horrible Inquisition, tant ressassés par les adeptes de la repentance.

Du temps d’Isabelle La Catholique et du grand Inquisiteur Torquemada, le bûcher attendait tous ceux qui osaient critiquer le dogme de l’Église. A l’époque, le blasphème était en effet considéré comme un crime de lèse-majesté.

Or, l’Inquisition est définitivement révolue et, hormis à l’intérieur des étroites frontières du Vatican, l’Église Catholique n’exerce aujourd’hui plus aucun pouvoir politique.

Voilà qui a visiblement échappé aux 5 000 manifestants anti-pape venus perturber les Journées Mondiales de la Jeunesse de Madrid cet été. Derrière leur indignation, toute suintante d’un laïcisme intolérant, ils exprimaient leur hargne contre l’Église et les valeurs chrétiennes en prenant prétexte du coût de l’organisation des JMJ[1. 80% des dépenses ont été assurées par les pèlerins et l’Église, le reste était notamment destiné au coût de la protection qui a été largement rentabilisée par les retombées économiques, les pèlerins étant aussi des consommateurs !].

Les sempiternelles accusations contre les postures rétrogrades et antilibertaires de l’Église, trop archaïque pour avancer sur le chemin glorieux de la sacrosainte modernité, trop verrouillée pour être enfin en phase avec les mœurs avachies de notre société, se retrouvaient sur toutes les pancartes. Combat contre la pédophilie des prêtres, mariage gay, avortement, préservatif, ordination des femmes et j’en passe… Telles étaient les revendications de ces impavides croisés de l’athéisme sans risque.

On peut se demander ce que risquaient ces manifestants pieusement recouverts de leur « niqab laïc »[2. Expression par laquelle le philosophe Damien Le Guay désigne, dans son dernier livre, La Cité sans Dieu, (Flammarion), le fondamentalisme laïc, mouvement qui veut éradiquer les religions considérées comme instruments d’oppression et d’aliénation mentale.], tétant désespérément les mamelles du progressisme athée. Certainement pas le bûcher pour leur vanité. Sans craindre le couperet de la charia, ils pouvaient dresser une haie de déshonneur lors du passage d’un prêtre[3. Comme le firent, avant eux, les soldats romains lorsque Jésus monta au Golgotha.], insulter et charger les pèlerins, traiter le Pape de « nazi », le Vatican de « Guantanamo mental » et faire défiler une statue de procession en forme de phallus. Quel sens de la transgression !

Après tout, pourquoi ces enragés de la capote se sentent-ils si concernés par les positions du pape puisque, pour leur immense majorité, ils n’appartiennent pas à cette Église qu’ils détestent tant ? Ils réservent d’ailleurs rarement leurs griefs aux autres religions et ne manifestent ni contre la venue du Dalaï-lama, ce guide suprême du bonheur marqueté, ni contre les multiples évocations médiatiques du mois de Ramadan. Il est tellement plus simple de s’en prendre à la religion catholique, la plus universelle et la moins susceptible de se défendre.

Au fond, si contestation il y a, cela signifie bien que la Parole du Christianisme, fondée sur l’amour du prochain, est toujours vivante et dérangeante. Quoiqu’en disent ses détracteurs, la foi chrétienne n’est pas porteuse d’une injonction intransigeante mais d’une adhésion volontaire à un Idéal moral et spirituel.

Après deux mille ans d’histoire, nous assistons ainsi à l’éternel retour du christianisme à son point de départ, lorsque les Chrétiens mourraient persécutés pour leur foi que le pouvoir politique de l’Empereur romain jugeait trop subversive.

Car c’est en se tenant à l’écart du pouvoir politique et de la société que l’Église peut formuler une critique globale des dérives de notre civilisation. In fine, ce que les missionnaires forcenés du libre choix exècrent dans le magistère moral du Vatican, c’est sans doute la position dissidente de l’Église qui incarne la véritable contre-culture.

Les Indignés ne pardonnent pas au Saint-Père de préférer la liturgie commémorative au déchirement de la transmission et la gratuité du don à la marchandisation des rapports humains. Consciemment ou non, ils n’acceptent pas d’entendre l’Église substituer le silence de la prière au brouhaha aliénant de la vie moderne, le secret de la confession au diktat de la transparence absolue et l’espérance de la vie éternelle à l’instantanéité du présent.

Plus subtile qu’elle n’y paraît, l’Église catholique laisse patauger ses adversaires sans les étouffer car, pour qu’elle s’affirme pleinement, leur opposition farouche lui est nécessaire.

In inimico veritas.

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