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Mêle-toi de ce que tu regardes !

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image : sxc.hu/speedy2

Ne mentez pas. Comme tout le monde, vous avez suivi le dernier épisode de l’« affaire » : le retour. Comme tout le monde, vous avez aperçu le sourire radieux d’Anne Sinclair au milieu des caméras. Comme tout le monde, vous avez râlé contre la médiatisation insensée de cette arrivée (et comme tout le monde, vous ne regardez qu’Arte)[1. Comme l’a finement observé, sur RTL, l’amie Muriel Gremillet, après avoir montré DSK menotté, il aurait été assez injuste de faire l’impasse sur son retour en homme libre]. D’accord, il n’y avait rien à voir, mais ce n’était pas une raison pour ne rien montrer. Et pourquoi pas, tant qu’on y est, nous demander, à nous les journalistes, de nous taire quand nous n’avons rien à dire ? Vous voulez la mort de la presse, ce pilier-de-notre-démocratie ? Notons au passage que dans les rédactions, le partage des tâches est désormais très au point : pendant que les uns font le pied de grue à Roissy ou place des Vosges, les autres s’indignent vertueusement. Chacun sa chance. Moi, j’opte pour l’indignation parce que la journée de travail de l’indigné commence généralement à une heure décente. Et puis, dans un studio, on est au chaud et il arrive qu’on vous serve un café buvable.[access capability= »lire_inedits »]

Les propos de comptoir ont acquis le statut d’opinions autorisées

De toutes parts monte la même clameur : « Parlez-nous des vrais problèmes, de ceux qui intéressent vraiment les Français, le chômage, le partage des tâches ménagères, la Libye…! » Et ta sœur. D’accord, vous lisez Le Monde et Causeur, pas Closer. Mais à qui ferez-vous croire que vous vous êtes rués sur les pages consacrées à la crise de l’euro et du reste avant de dévorer les articles relatant par le menu le prétendu non-événement qu’a été le retour des Strauss-Kahn dans la mère-patrie – au fait, combien de journalistes y aurait-il eu si cela avait été un événement ?

Ne nous la jouons pas. La vie des autres nous intéresse, nous fascine parfois. Heureusement d’ailleurs : si l’homme n’était pas un animal doué de curiosité, peut-être ignorerions-nous qu’il existe, au-delà de nos villages, des contrées différentes comme la Chine ou l’Amérique. D’accord, nous aurions moins d’ennuis, mais la vie serait tellement moins amusante…

Seulement, ayant également été dotés de la faculté de juger, nous ne saurions être des spectateurs passifs. Nous passons un temps considérable à émettre des points de vue péremptoires sur des comportements et agissements dont nous ne savons rien ou presque. À quoi serviraient les dîners entre amis, les discussions entre amoureux, les déjeuners entre copines s’il était interdit de dire du mal, de proférer des âneries et de s’empailler sur des questions fondamentales, genre : « Toi, à la place d’Anne Sinclair, tu serais restée ? » ou « Si, si, je t’assure, Machinchose est alcoolique et dort avec sa chèvre » ?

Ne craignez rien, on ne supprimera pas le Café du Commerce. Le droit d’avoir sa petite idée sur tout est inaliénable. L’ennui, c’est que grâce à la double magie d’Internet et du téléphone mobile qui photographie, enregistre, filme et fait le café, c’est tout l’espace public, c’est-à-dire médiatique, qui devient un vaste Café du Commerce. Les propos de comptoir ont acquis, dans les médias, le statut d’opinions autorisées[2. Bien entendu, même si j’essaie de m’en tenir au respect de la vie privée, il m’arrive également de donner mon avis sur des sujets qui ne me regardent pas. Eh bien, j’ai tort]. Ainsi a-t-on entendu de doctes féministes déclarer que DSK était coupable « car il avait déjà trompé sa femme », Martine Aubry affirmer que, sur cette affaire, la plupart des femmes pensaient la même chose qu’elle ou l’inverse, et Michel Rocard décréter que l’ex-patron du FMI était atteint d’une maladie mentale. Il est déjà surréaliste que l’on somme des psys de se prononcer sur le cas de personnes qu’ils n’ont jamais vues et qu’ils acceptent de le faire, mais on aimerait savoir en quoi l’avis de Rocard sur le psychisme de DSK a la moindre légitimité.

« Tout est social. Tout est politique. »

Dans ces conditions, la mésaventure de la bourgmestre d’Alost, en Belgique, annonce peut-être notre avenir à tous. Une vidéo sur laquelle on la voit faire l’amour avec son compagnon a récemment mis le feu à Internet. Filmée il y a quatre ans, à l’insu des protagonistes, la scène s’est déroulée en Espagne, dans un château visité par de nombreux touristes. L’opposition s’est emparée de l’affaire, rappelant que la dame était affiliée à un parti chrétien. « Comment couper des rubans dans les écoles et faire encore des discours sur les valeurs ?», s’est interrogée une élue. Apprendrait-on aux écoliers belges qu’un bon chrétien ne fait pas l’amour ? Sur la Toile belge, chacun estime avoir son mot à dire. « Les amants ne sont pas vraiment expressifs et l’on est un peu mal à l’aise pour eux », peut-on lire sur un blog. En somme, ce qui est scandaleux, c’est que Madame le bourgmestre ait eu des relations sexuelles dans un lieu pas tout-à-fait prévu pour ça, pas qu’un abruti indélicat ait filmé et diffusé ces ébats[3. Il faut donc féliciter les habitants d’Alost interrogés par BFM-TV. Non seulement ils estiment qu’il s’agit d’une affaire privée, mais ils trouvent plutôt satisfaisant que leur bourgmestre soit une femme comme les autres].

De l’opinion sur la vie intime des uns ou des autres, on passe vite à l’édiction de normes valables pour tous et toutes. « Nous ne nous sommes pas battues pour avoir le droit d’être trompées », m’a lancé une charmante consœur de Elle. J’avoue m’être peu battue sur le front de la libération des femmes − nos mères avaient fait l’essentiel du boulot −, mais je croyais que nous avions gagné le droit de vivre comme nous l’entendons. Bernique. « Tout est social, tout est politique », m’a lancé Éric Fassin au cours d’une émission de radio. Tout, y compris les arrangements que vous avez avec vos amants et amantes. Réclamons donc une loi interdisant aux adultes consentants de tolérer l’infidélité. Sanctionnons les maris volages et les épouses « complaisantes » (ou l’inverse, ne vous énervez pas !). Et planquez-vous ! Madame le bourgmestre en sait quelque chose : avoir une vie privée relève désormais du château en Espagne.[/access]

La Libye, Etat incertain

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Après les vivats accompagnant la chute de Kadhafi, le Conseil National de Transition libyen de Moustapha Abdeljalil surfe sur les mutations en cours bien plus qu’il ne les maîtrise. La Conférence sur la Libye organisée début septembre à Paris nous a montrés des gouvernants plus à l’aise avec les Occidentaux qu’à Tripoli même… où ils sont encore logés à l’hôtel. La capitale libyenne, placée sous le contrôle de son gouverneur militaire Abdelhakim Belhadj, ancien djihadiste reconverti en démocrate, est aujourd’hui une armurerie à ciel ouvert où le « peuple en arme » n’entend pas rendre ses kalachnikovs de sitôt. En ville, le proto-État libyen a ainsi ouvert des bureaux pour consigner dans des logiciels tout neufs les noms des porteurs d’armes qui veulent bien se présenter. Ils repartent avec un badge et la promesse de rendre leurs pétoires pour alimenter les arsenaux de « la future armée libyenne » – une fois la paix et la sécurité revenues.

Justement, tout porte à croire que le moment où chacun circulera librement et sans risque sera l’arlésienne de la Libye nouvelle. Si, contrairement à l’Irak du lendemain de la victoire de 2003, la société libyenne ne s’est pas effondrée, des actes de vendetta ont tout de même rapidement succédé à la violence révolutionnaire.

Pire, les Noirs servent de victimes expiatoires au prétexte de leur couleur de peau qui les désigne comme des ex-mercenaires de Kadhafi. Human Rights Watch et Amnesty International font déjà état de centaines de civils tués ou torturés. Rappelons que la grande majorité des mercenaires kadhafistes ne sont que de jeunes tchadiens désœuvrés livrés comme de la chair à canon par le président Idris Déby. A tel point que l’opposition tchadienne a demandé au CNT de « diligenter une enquête indépendante sur les exactions commises sur toutes ces personnes et de traduire les responsables devant la justice » et d’autoriser la Croix Rouge à se rendre au chevet de ces populations terrorisées[1. Déclaration du Conseil national pour le changement et la démocratie, 7 septembre 2011.]. Dans le port de Sayad, à vingt-cinq kilomètres de Tripoli, elles s’entassent dans des coques abandonnées en attendant, la peur au ventre, que l’orage passe.

Comme s’interroge le président de la commission de l’Union africaine, Jean Ping, qui exhorte le CNT de se « désolidariser » des exactions, « Vous trouvez ça normal qu’un pays qui compte un tiers de Noirs confonde Noirs et mercenaires ? ». Dans les rues libyennes, la concorde interraciale ne paraît pas pour demain, l’idée dominante étant que « Kadhafi a dilapidé tout notre argent auprès des Noirs ».
Sur le terrain, loin de ses déclarations de bonnes intentions, le CNT avance en aveugle, sans disposer des atouts de l’ancien régime. Selon le diplomate français Patrick Haimzadeh[2. Au cœur de la Libye de Kadhafi, Lattès, 2011], le pouvoir kadhafiste tenait par un savant cocktail de rétributions, de violence et de peur s’appuyant à la fois sur les réseaux tribaux, les structures « révolutionnaires » et l’armée, qui constituaient les trois piliers de la Jamahiriya. Cette architecture ne pouvait satisfaire que 30% d’une population « plutôt favorable au régime », essentiellement concentrée dans la Tripolitaine et le Fezzan (grand sud).

Or, cet attelage ne s’est que partiellement délité. Ses décombres se heurtent au CNT, qui représente majoritairement la Cyrénaïque et Misrata, bien que les clivages politiques ne se superposent pas totalement aux oppositions géographiques.
Au milieu d’un tel maelstrom, on peut faire confiance à l’ONU et à ses conseillers en « state building » pour créer un Etat hors-sol. Comme me le suggérait un ami, « je crois que les Libyens ont besoin d’un dirigeant qui soit un savant mélange de Lawrence d’Arabie et d’Otto Von Bismarck ». Au lieu de cela, Mustapha Abdeljalil sera-t-il un nouveau Karzaï, tamponnant des contrats sous le regard bienveillant d’un Paul Bremer new look représentant le condominium franco-britannico-américain ?

Il est probable que maints experts en vernis démocratique débarquent à Tripoli où ils chercheront à rallier les anti-Kadhafi à la civilisation démocratique. On pourra alors souhaiter la bienvenue dans la mondialisation heureuse à ces nouveaux camarades, en chœur avec le Medef qui vient d’évaluer l’eldorado de la reconstruction libyenne à deux cents milliards de dollars. Le marché semble d’autant plus juteux que le montant des avoirs libyens bloqués dans nos banques s’élève à cents quinze milliards. Soit deux années de PIB libyen, sans compter les bas de laine planqués par Kadhafi on ne sait trop où !

Chers « rebelles », vous étiez beaux comme l’antique en fondant sur Tripoli en pick-up. Nous voudrions croire qu’une telle énergie ne débouchera pas sur un énième dominion voué à suer du pétrole.

Concert Festivus à tribord

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Le mystérieux « label Festivus » organise un concert exceptionnel ce jeudi 15 septembre à partir de 20 heures 30 au studio de l’Ermitage (8 rue de l’Ermitage, Paris XXe). [aji], le chanteur en forme d’OVNI auquel j’ai déjà rendu un vibrant hommage dans ces colonnes interprètera pour la première fois sur scène plusieurs titres de son album Fluide.

Rachid Sefrioui donnera à découvrir son album Mandeyo, mêlant les sonorités de l’instrument traditionnel arabe nommé oûd à une ambiance électrique (jazz world). D!evrim interprètera quant à lui Hétérotopos, une sorte de jazz d’origine semble-t-il hétérosexuelle hybridé de musiques traditionnelles.

Cette soirée musicale riche et chaleureuse sera présentée par une admiratrice de la première heure du label Festivus : la vraie Elisabeth Lévy en personne !

L’entrée est gratuite, les consommations sont payantes et le bruit court que l’ambiance ne sera pas hyperfestive mais hautement zazou. Les boissons seront bien évidemment offertes aux personnes accompagnées d’une otarie, d’un mérou ou de trois pangolins (laisses obligatoires).
La soirée se terminera comme convenu devant le zinc doré du Galactic Bar, sur lequel « un soir un perroquet prédit la fin ».

Venez tous !

Quand l’orang-outan singe l’homme

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C’est la BBC qui nous rapporte cette terrible nouvelle, Shirley, la célèbre orang-outan du zoo de l’État de Johor en Malaisie, n’habite plus à l’adresse indiquée.
Son enclos est désespérément vide depuis plusieurs jours, au grand dam des visiteurs de l’établissement dont elle était la pensionnaire la plus populaire

Or, c’est peut-être cette popularité qui est la cause de sa disparition – provisoire, précisons-le dès maintenant à l’attention de nos lecteurs les plus émotifs. En effet, nombre de visiteurs du zoo, en plus des traditionnelles bananes, oranges et autres cacahuètes, avaient pris la fâcheuse habitude de la ravitailler en cigarettes. Comme Shirley n’avait jamais de feu sur elle, ils prenaient soin de les allumer avant de lui envoyer à travers les grilles, après quoi la jeune et jolie primate les fumait goulument, pour la plus grande joie des petits et des grands.

Ce qui devait arriver arriva : ce mauvais exemple a été dûment dénoncé par un journal local, ce qui a poussé les responsables de la faune malaisienne à l’exfiltrer de son domicile, pour la placer… en cure de désintoxication.

On espère que ça ne sera pas trop dur pour elle de décrocher. Mais bon, si même Jacques Chirac y est arrivé, tous les espoirs sont permis…

Beaucoup de Bourgi pour rien

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Je découvre, comme beaucoup de Français, cet étrange Monsieur Bourgi, qui affirme connaître mille petits secrets honteux des alcôves du pouvoir et se répand partout pour soulager sa « conscience ». On imagine qu’il devait en avoir une robuste, de conscience, pour avoir accepté de participer à ce qu’il a décrit à Laurent Valdiguié avec un sacré luxe de détails dans les colonnes du JDD !

Alors, quel crédit accorder aux déclarations de ce bien tardif repenti autoproclamé ? En droit, aucun, et pour une bonne et simple raison : il n’existe aucun système d’accusé de réception à « la valise de billets ». J’ai eu beau chercher dans les archives, ni la Poste, ni l’Office des malversations, ni le Bureau des rétro-commissions et encore moins l’Association des anciens corrompus n’a jamais tenu de fichier qui puisse alléguer les dires de monsieur Bourgi. C’est bien dommage. La corruption devrait se faire dans la transparence, avec procès-verbaux et communiqués de presse, les Bourgi du monde entier auraient ainsi une soupape de sécurité en cas de « crise de conscience ».

N’empêche que nous en sommes là. On a un Bourgi très tracassé dans les pattes, se flagellant en place publique, racontant à qui veut bien l’entendre que les belles lois votées à l’unanimité sur le financement de la vie politique à partir de la fin des années 80 ont été prises par dessus la jambe. Mais, miracle !, il en faut en ce bas monde, tout s’est arrêté en 2007. Ouf ! Nicolas Sarkozy, l’homme de la « République irréprochable » qui mit fin à « la Françafrique » pour mieux faire « entrer » l’Afrique « dans l’histoire ». Pas le style à s’encombrer de valises à fric.

En prétendant épargner le Président qui lui épingla la Légion d’honneur au revers, et en jurant qu’ « il n’est mandaté par personne », l’habile Bourgi ne fait que jeter le soupçon sur le locataire actuel de l’Élysée. Il n’a en effet échappé à personne que la « rupture » promise par le candidat Sarkozy sur les rapports entre Paris et les capitales des ex-colonies françaises d’Afrique noire a fait long feu. Tout aurait continué comme avant, mais sans les valises ?

Nous avons là un bien curieux personnage. Il est de notoriété publique, ce fut raconté dans mille livres et articles de presse, que les générosités de potentats africains subsahariens à destination des appareils politiques français furent institutionnalisées dès l’après-guerre. Notre impérialisme bien huilé avait même une entreprise, Elf, qui servit de pipeline à millions en la matière. Les juges Éva Joly et Éric Halphen auraient rêvé que quelqu’un leur racontât – avec procès-verbal – ce que le taiseux d’alors prend un plaisir non dissimulé à révéler aujourd’hui. Une question s’impose – que d’ailleurs tout le monde a posée : pourquoi diable vider maintenant des valises si bien fournies ?

Là, on se perd en conjectures. Heureusement notre conscience malheureuse donne des pistes. Il a décidé de parler parce que « les commentaires » de Dominique de Villepin sur l’enquête de Pierre Péan, La République des mallettes, l’exaspéraient. Explication : Bourgi fut l’intime de Villepin, avant de passer avec armes et bagages chez Sarkozy. Pourquoi ? Car Villepin l’inhumain l’a « chassé » en 2005, quand il est devenu Premier ministre. Et ce n’est pas tout : « Alain Juppé m’a fait enlever de la liste des invités pour l’intronisation de Ouattara ». Fichtre ! L’Afrique a changé, les pays de l’ex chasse-gardée française ont désormais d’autres interlocuteurs, en particulier la Chine, et la diplomatie « à papa » de l’époque du « maître » de sieur Bourgi, Jacques Foccart, et du Général, n’est plus vraiment adaptée…Alors, le courtisan humilié se venge.

Bilan de l’opération ? Pour l’instant le Parquet n’a pas jugé opportun d’ouvrir une information judiciaire sur la seule base de ces pétaradantes déclarations à la presse. Le président du Sénat Gérard Larcher ainsi que le député socialiste Manuel Valls ont demandé l’ouverture d’une enquête parlementaire. Monsieur Chirac et son ancien Premier ministre ont décidé de porter plainte pour diffamation. Robert Bourgi sera donc entendu mais ne pourra apporter aucune preuve à l’appui de ses accusations. Et il serait étonnant qu’il puisse citer des témoins. Cette surprenante affaire risque donc de se réduire aux états d’âme d’un homme du passé marri que les affaires du monde se fassent désormais sans lui. Tout ça pour ça.

Vivre sans feux rouges, c’est possible !

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De mémoire de Lausannois, on n’avait jamais vu ça. Ce mercredi 7 septembre, entre 7h45 et 8h50 du matin, une quinzaine de jours après la rentrée des classes, en pleine semaine et à l’heure de pointe, il n’y avait pratiquement aucun bouchon dans la capitale vaudoise. Selon Georges-Marie Bécherraz, qui rapporte l’événement pour 24heures.ch, « le trafic s’est écoulé avec une fluidité comme on n’en voit que le dimanche à une heure pareille de la journée ». L’origine de ce petit miracle ? Eh bien tout simplement une panne d’électricité qui a rendu les feux de circulation inopérants dans une bonne partie du centre-ville. Pendant un peu plus d’une heure, la circulation de Lausanne n’était plus régulée ; c’était, à proprement parler, l’anarchie.

On aurait pu s’attendre à un embouteillage monstre, à de la tôle froissée et à quelques solides empoignades entre Helvètes exaspérés mais rien de tout cela ne s’est produit : la circulation a rarement été aussi fluide, on n’a pas déploré le moindre accrochage et tout s’est passé dans la bonne humeur.

Ce que nos voisins vaudois ont vécu est une expérience de coopération sociale. Et ce qui fait toute la valeur de cette expérience, c’est qu’elle n’avait été prévue ou voulue par personne et qu’elle s’est déroulée dans une ville de taille tout à fait respectable. Et ça a marché ! Pendant une grosse heure, l’anarchie routière a créé une circulation fluide, sûre et fondée sur la seule bonne volonté des automobilistes.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’idée selon laquelle une absence quasi-totale de règlementation routière serait supérieure à notre arsenal législatif actuel n’est pas vraiment nouvelle. Depuis des années déjà, des gens tout à fait sérieux défendent cette idée. Hans Monderman, ingénieur de la circulation hollandais, a même eu l’occasion de la tester en grandeur nature dans la petite ville de Drachten aux Pays-Bas. Bilan des courses : non seulement la circulation est parfaitement fluide mais le nombre d’accidents constatés dans les rues de Drachten a été divisé par quatre depuis que l’anarchie[1. J’exagère un peu ; il reste tout de même un code de la route qui se limite à la «priorité à droite » et à l’interdiction de «couper la route d’un autre ».] y règne ; piétons, cyclistes et automobilistes y vivent en harmonie, sans signalisation ni voies réservées. Depuis, plusieurs villes du nord de l’Europe s’y sont mises. Au point que le maire de Londres semble depuis quelques temps, séduit par l’idée.

Le fait est là : partout où l’expérience a été tentée, la coopération sociale spontanée s’est révélée plus efficiente et plus sûre que les systèmes codifiés et coercitifs qui dominent aujourd’hui. Sachant qu’ils ne sont plus protégés par la signalisation, les gens roulent plus prudemment, restent attentifs à leur environnement, se montrent volontiers plus courtois et abandonnent les comportements dangereux induits par la signalisation elle-même[2. Qui n’a jamais accéléré pour éviter un feu rouge ?]. En l’absence de passages piétons et de pistes cyclables, une nouvelle hiérarchie émerge dans laquelle les usagers les plus fragiles sont prioritaires sans pour autant abuser de cette position. D’un système fondé sur une régulation arbitraire du trafic, on passe ainsi à une autogestion infiniment plus souple, qui s’adapte d’elle-même au cas par cas et ne repose plus sur la contrainte mais l’intérêt bien compris de tous.

C’est en tout cas ce que semble en avoir retenu M. Matthey, le chef du Service lausannois des routes et de la mobilité, qui envisage la possibilité de reconduire l’expérience en le faisant exprès cette fois-ci. Il est amusant d’imaginer la réaction d’un élu local si quelqu’un avait l’idée saugrenue de lui proposer de laisser ses administrés s’administrer eux-mêmes : « Laisser les gens faire ? Mais vous n’y songez pas malheureux ! Ce serait l’anarchie ! ».

Noctilien, suite et fin

L’autre soir, j’ai appris d’une amie altermondialiste que le monde sera peut-être bientôt sauvé du chaos par les « lanceurs d’alertes ». Elle m’a expliqué, entre la poire bio et le fromage équitable, que les « lanceurs d’alertes » sont des gens forts courageux, qui prennent sur eux de dénoncer aux instances judiciaires, à la presse, ou même directement au grand public, des faits qu’ils jugent menaçants pour l’homme ou la nature, et dont ils ont souvent connaissance dans le cadre de leur activité professionnelle. Il ne s’agit donc pas de délation mais d’un geste citoyen. Ouf !

Le lendemain, j’apprenais dans la presse qu’un modeste policier français qui avait rendu public sur Facebook des images de vidéosurveillance de la RATP montrant un jeune homme sans défense se faire longuement tabasser par des « jeunes des quartiers » dans un bus de nuit Noctilien avait été lourdement sanctionné. Remember, vision d’horreur : Orange mécanique, station Magenta. Impossible d’oublier ces images-là et les supplications répétées de ce blanc-bec, traité de « Français de merde » par ses bourreaux, puis réduit en miettes, puis dépouillé de son portefeuille, présumé bourgeois.

Le policier de 30 ans – responsable de la fuite illégale de ces images – a donc été condamné à deux mois de prison avec sursis pour « violation du secret professionnel ». Plus piquant, ce policier – manifestement animé d’un désir de faire connaître au plus grand nombre les données nouvelles du nouveau dialogue social français en contexte de nouveaux transports en commun banlieusard de nuit – va devoir verser 5000 euros à Monsieur « Français de merde » qui a lui-même porté plainte contre lui, après avoir estimé que la publication illégale de cette vidéo avait… « brusquement ravivé (son) traumatisme ».

Les lanceurs d’alertes seraient donc bien tous égaux, mais certains seraient… peut-être, finalement… plus légaux que d’autres ?

L’euro est mort, vive l’euro !

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Selon un proche d’Arnaud Montebourg, la démondialisation serait un « mot-obus qui sert à détruire le système ». Depuis que le candidat aux primaires socialistes en a fait son étendard, le concept fait florès chez les pourfendeurs du mondialisme. Il est jusqu’aux socialistes pudibonds pour parler- timidement- « d’écluses » et de « juste échange ».

Car le protectionnisme, appellation originelle de la démondialisation, séduit aujourd’hui 80% des Français- si l’on en croit le sondage IFOP commandé par l’association Manifeste pour un débat sur le libre-échange.
Membre de ce cercle d’intellectuels, Jacques Sapir démontre que la mondialisation résulte d’une série de choix politiques conscients marqués par l’empreinte idéologique du néolibéralisme. Dans un livre dense sorti au printemps, celui que l’on qualifie souvent d‘économiste hétérodoxe s’emploie à décrire la double face, marchande et financière, d’une « mondialisation (qui) ne fut jamais heureuse ». A Frédéric Bastiat et Georges Kaplan déclarant que « si les marchandises ne traversent pas les frontières, les soldats le feront », Jacques Sapir répond par avance que la mondialisation est elle-même une guerre !

Et comme tout conflit, la libéralisation des flux marchands et financiers divise les belligérants en deux catégories : les gagnants et les perdants. Au rang des vainqueurs, on retrouverait « les classes supérieures des pays riches – et de certains pays en développement » ainsi que les pays dits « émergents » que l’on ferait mieux d’appeler émergés tant ils mettent à profit certains mécanismes de la mondialisation, sans vraiment en jouer le jeu. La Chine en est l’exemple le plus flagrant, l’Empire du milieu développant sans la moindre mauvaise conscience une économie de prédation pour « retrouver son rang » d’ancienne première puissance mondiale, comme aime le rappeler Jean-Michel Quatrepoint[1. Mourir pour le yuan, Bourin éditeur, 2011]. Non moins divers, les grands perdants de la mondialisation seraient les Etats très pauvres, rejoints par les salariés des anciennes puissances industrielles, qui affrontent la concurrence déloyale des pays à bas coûts de production. Comme par hasard, le lot des vaincus inclut aussi les plus fervents disciples de la doxa libérale qui se sont volontairement dépouillé de leur souveraineté économique et paient aujourd’hui les pots cassés.

Judicieusement, Sapir réinscrit également la crise de la dette que traverse l’Europe dans le cadre général de la globalisation. Avec un coupable tout désigné : l’euro. Installée au cœur d’une zone économique hétérogène, la monnaie unique serait le cheval de Troie de la mondialisation financière, dans le droit fil de l’Acte unique et du traité de Masstricht. Eternellement surévalué, l’euro a été mis en place afin de pousser l’Allemagne réunifiée à s’arrimer à l’Europe. C’est en cela que la monnaie unique est exclusivement politique, Amyartya Sen ayant d’ailleurs qualifié de « décision saugrenue » le fait « d’adopter une monnaie unique sans plus d’intégration politique et économique ».

Or, malgré la violence de sa charge contre l’euro, Sapir ne suggère pas d’abandonner la devise européenne. Le lecteur sent alors poindre une certaine contradiction entre la modération politique du clerc et les arguments techniques de l’économiste. A la différence de son confrère Gérard Lafay[2. Non à la constitution d’une « Europe des dettes », Le Monde, 24 août 2011], Sapir ne préconise pas un retour, rapide et coordonné, aux devises nationales mais entend plutôt « faire évoluer » la monnaie unique. Sa proposition de retour à une sorte de Serpent Monétaire Européen organisant la « coordination des politiques monétaires autour d’une monnaie commune venant s’ajouter aux monnaies nationales » vise à garantir la pérennité de l’euro comme devise extérieure laissant par ailleurs la liberté d’opérer les ajustements et les fluctuations nécessaires.

Bien que défendue de longue date par des souverainistes de droite comme de gauche, l’idée d’une monnaie commune européenne peine à faire son chemin dans des média trustés par les idolâtres de la « règle d’or ». Comparé aux rustines que les dirigeants européens posent semaine après semaine pour gagner du temps et aux plans de rigueur qui risquent de nous enfoncer dans la spirale de la récession, le projet de Jacques Sapir semble bien raisonnable.

Puisque quelques décennies de désertion étatique ont suffi à nous mener dans l’impasse, méditons la thèse majeure de Sapir : pour changer les choses, il faut d’abord une bonne dose de volonté politique.

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Délires pédagogistes, l’UMP à mauvaise école

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Ce jour, je m’adresse à toi, ô électeur de droite. Il m’est arrivé de m’adresser à ton homologue de gauche et de le mettre en garde contre ses prétendants socialistes, qui risquaient fort de faire de lui un cocu. Mais, là, c’est toi qui es en danger.

Déjà, en 2007, tu avais cru aux discours du candidat Sarkozy sur l’école. Tu avais cru à ses références à l’autorité, à l’effort, au mérite voire à la méritocratie. Pauvre de toi, tu as dû constater que la réforme du lycée avait été confiée à Richard Descoings. Si encore ce cocufiage s’était produit dans la discrétion ! Mais, le Président, t’humiliant davantage, n’a pas pris la peine de cacher l’amant dans le placard. C’est sous ton regard effaré que ces deux-là roucoulèrent.

L’an prochain, le président-candidat tentera une nouvelle fois de t’assurer que l’autorité, l’effort, le mérite voire la méritocratie se trouvent au cœur de son projet pour l’école de la République. Peut-être, parce que tu es à la fois oublieux et bonne pâte et que tu abhorres la gauche par-dessus tout, tu seras tenté de lui donner une seconde chance. Tu aurais bien tort. Sais-tu qui a été nommé secrétaire national aux politiques éducatives de l’UMP ? Monsieur Jacques Grosperrin. Tu ne le connais pas ? Laisse-moi te le présenter…

Jacques Grosperrin est le député de ma circonscription, dans le Doubs. Sur les bancs de l’Assemblée nationale, on le surnomme le PDG, comme Prof De Gym. Si tu as lu La Fabrique du crétin, de Jean-Paul Brighelli, tu sais que l’éducation physique et sportive constitue très souvent le laboratoire des pires mesures pédagogistes. Mais l’oiseau en question enseigna aussi les fameuses et fumeuses sciences de l’éducation à la fac de sport de Besançon. Ce n’est pas tout, il fut aussi le rapporteur de la commission sur la mise en œuvre du socle commun de connaissances du collège. A ce titre, il fut invité par divers médias. Et sur RMC, il se prononça pour la suppression des notes au collège.

Il paraît que les notes agissent fort négativement sur le moral de ces pauvres petits. Et s’il n’y avait que nos pauvres ados ! Le député Grosperrin, désormais spécialiste officiel de tout ce qui touche à l’école à l’UMP, propose aussi de supprimer les concours pour devenir professeur. Peut-être trouve-t-il aussi les entretiens d’embauche moins traumatisants en sus d’être beaucoup moins coûteux.

Ô, électeur de droite, lorsque Nicolas Sarkozy prononcera les mots autorité, effort, mérite voire méritocratie, souviens-toi de Jacques Grosperrin, qui veut bouter les notes et les concours hors de l’école de la République.

Une raison lumineuse de voter pour le Tea Party

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Aux prochaines élections présidentielles américaines on peut avoir envie de voter pour un candidat issu du Tea Party pour divers motifs : réduire les dépenses de l’Etat fédéral, ne prendre une assurance maladie que si on le souhaite, éviter que Mme Obama nous dise si nous devons manger « gras » ou pas, faire en sorte que la « nouvelle frontière » de la NASA soit Mars plutôt que l’amélioration des relations avec le monde musulman, arrêter de faire de la « race » un argument de vote, ne pas édifier une mosquée à l’endroit précis où sont mortes près de 3000 personnes du fait de l’intégrisme islamique, etc.

Il y a des raisons plus spécifiques qui pourront faire voter pour les deux candidates issues du Tea Party, Michelle Bachmann ou Sarah Palin. Ce sont toutes deux de parfaites MILFs (Mothers I’d Like to Fuck), des mamans sexys sous leur apparent côté sage. Ensuite il faut choisir : si on préfère les MILFs BCBG à collier de perles, sans doute plus élégantes, on vote Bachmann. Si on préfère les MILFs à lunettes, plus provinciales, mais peut-être plus coquines, on vote Palin.

Mais il y a sans doute un argument ultime qui peut nous déterminer, nous Européens : on reproche souvent à Michelle Bachmann de n’avoir déposé qu’une seule proposition de loi depuis qu’elle est membre de la Chambre des représentants. Mais ce n’est pas n’importe quelle proposition de loi : il s’agit du « Light Bulb Freedom of Choice Act », qui vise à s’opposer au remplacement des anciennes ampoules à incandescence, inventées par Edison, par les nouvelles ampoules fluorescentes, soi-disant plus économiques et « écologiques ». Quiconque a récemment essayé de changer une ampoule électrique et s’est retrouvé devant des rayons ubuesques constitués d’ampoules chères, qui éclairent à peine, aux formes hideuses et dont le mercure est fatal aux ouvriers chinois qui les fabriquent, nous comprendra.

Ce petit exemple est un des plus fascinants de ce que peut produire la bureaucratie européenne : faire dépendre un acte aussi simple que l’achat d’une ampoule électrique de directives absurdes et annuler notre liberté de choisir, c’est le cas de le dire, de manière éclairée. Si nous voulons pouvoir encore commander nos ampoules à incandescence sur internet et nous les faire livrer depuis les Etats-Unis, il faudra décidément voter Bachmann.

Mêle-toi de ce que tu regardes !

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image : sxc.hu/speedy2

Ne mentez pas. Comme tout le monde, vous avez suivi le dernier épisode de l’« affaire » : le retour. Comme tout le monde, vous avez aperçu le sourire radieux d’Anne Sinclair au milieu des caméras. Comme tout le monde, vous avez râlé contre la médiatisation insensée de cette arrivée (et comme tout le monde, vous ne regardez qu’Arte)[1. Comme l’a finement observé, sur RTL, l’amie Muriel Gremillet, après avoir montré DSK menotté, il aurait été assez injuste de faire l’impasse sur son retour en homme libre]. D’accord, il n’y avait rien à voir, mais ce n’était pas une raison pour ne rien montrer. Et pourquoi pas, tant qu’on y est, nous demander, à nous les journalistes, de nous taire quand nous n’avons rien à dire ? Vous voulez la mort de la presse, ce pilier-de-notre-démocratie ? Notons au passage que dans les rédactions, le partage des tâches est désormais très au point : pendant que les uns font le pied de grue à Roissy ou place des Vosges, les autres s’indignent vertueusement. Chacun sa chance. Moi, j’opte pour l’indignation parce que la journée de travail de l’indigné commence généralement à une heure décente. Et puis, dans un studio, on est au chaud et il arrive qu’on vous serve un café buvable.[access capability= »lire_inedits »]

Les propos de comptoir ont acquis le statut d’opinions autorisées

De toutes parts monte la même clameur : « Parlez-nous des vrais problèmes, de ceux qui intéressent vraiment les Français, le chômage, le partage des tâches ménagères, la Libye…! » Et ta sœur. D’accord, vous lisez Le Monde et Causeur, pas Closer. Mais à qui ferez-vous croire que vous vous êtes rués sur les pages consacrées à la crise de l’euro et du reste avant de dévorer les articles relatant par le menu le prétendu non-événement qu’a été le retour des Strauss-Kahn dans la mère-patrie – au fait, combien de journalistes y aurait-il eu si cela avait été un événement ?

Ne nous la jouons pas. La vie des autres nous intéresse, nous fascine parfois. Heureusement d’ailleurs : si l’homme n’était pas un animal doué de curiosité, peut-être ignorerions-nous qu’il existe, au-delà de nos villages, des contrées différentes comme la Chine ou l’Amérique. D’accord, nous aurions moins d’ennuis, mais la vie serait tellement moins amusante…

Seulement, ayant également été dotés de la faculté de juger, nous ne saurions être des spectateurs passifs. Nous passons un temps considérable à émettre des points de vue péremptoires sur des comportements et agissements dont nous ne savons rien ou presque. À quoi serviraient les dîners entre amis, les discussions entre amoureux, les déjeuners entre copines s’il était interdit de dire du mal, de proférer des âneries et de s’empailler sur des questions fondamentales, genre : « Toi, à la place d’Anne Sinclair, tu serais restée ? » ou « Si, si, je t’assure, Machinchose est alcoolique et dort avec sa chèvre » ?

Ne craignez rien, on ne supprimera pas le Café du Commerce. Le droit d’avoir sa petite idée sur tout est inaliénable. L’ennui, c’est que grâce à la double magie d’Internet et du téléphone mobile qui photographie, enregistre, filme et fait le café, c’est tout l’espace public, c’est-à-dire médiatique, qui devient un vaste Café du Commerce. Les propos de comptoir ont acquis, dans les médias, le statut d’opinions autorisées[2. Bien entendu, même si j’essaie de m’en tenir au respect de la vie privée, il m’arrive également de donner mon avis sur des sujets qui ne me regardent pas. Eh bien, j’ai tort]. Ainsi a-t-on entendu de doctes féministes déclarer que DSK était coupable « car il avait déjà trompé sa femme », Martine Aubry affirmer que, sur cette affaire, la plupart des femmes pensaient la même chose qu’elle ou l’inverse, et Michel Rocard décréter que l’ex-patron du FMI était atteint d’une maladie mentale. Il est déjà surréaliste que l’on somme des psys de se prononcer sur le cas de personnes qu’ils n’ont jamais vues et qu’ils acceptent de le faire, mais on aimerait savoir en quoi l’avis de Rocard sur le psychisme de DSK a la moindre légitimité.

« Tout est social. Tout est politique. »

Dans ces conditions, la mésaventure de la bourgmestre d’Alost, en Belgique, annonce peut-être notre avenir à tous. Une vidéo sur laquelle on la voit faire l’amour avec son compagnon a récemment mis le feu à Internet. Filmée il y a quatre ans, à l’insu des protagonistes, la scène s’est déroulée en Espagne, dans un château visité par de nombreux touristes. L’opposition s’est emparée de l’affaire, rappelant que la dame était affiliée à un parti chrétien. « Comment couper des rubans dans les écoles et faire encore des discours sur les valeurs ?», s’est interrogée une élue. Apprendrait-on aux écoliers belges qu’un bon chrétien ne fait pas l’amour ? Sur la Toile belge, chacun estime avoir son mot à dire. « Les amants ne sont pas vraiment expressifs et l’on est un peu mal à l’aise pour eux », peut-on lire sur un blog. En somme, ce qui est scandaleux, c’est que Madame le bourgmestre ait eu des relations sexuelles dans un lieu pas tout-à-fait prévu pour ça, pas qu’un abruti indélicat ait filmé et diffusé ces ébats[3. Il faut donc féliciter les habitants d’Alost interrogés par BFM-TV. Non seulement ils estiment qu’il s’agit d’une affaire privée, mais ils trouvent plutôt satisfaisant que leur bourgmestre soit une femme comme les autres].

De l’opinion sur la vie intime des uns ou des autres, on passe vite à l’édiction de normes valables pour tous et toutes. « Nous ne nous sommes pas battues pour avoir le droit d’être trompées », m’a lancé une charmante consœur de Elle. J’avoue m’être peu battue sur le front de la libération des femmes − nos mères avaient fait l’essentiel du boulot −, mais je croyais que nous avions gagné le droit de vivre comme nous l’entendons. Bernique. « Tout est social, tout est politique », m’a lancé Éric Fassin au cours d’une émission de radio. Tout, y compris les arrangements que vous avez avec vos amants et amantes. Réclamons donc une loi interdisant aux adultes consentants de tolérer l’infidélité. Sanctionnons les maris volages et les épouses « complaisantes » (ou l’inverse, ne vous énervez pas !). Et planquez-vous ! Madame le bourgmestre en sait quelque chose : avoir une vie privée relève désormais du château en Espagne.[/access]

La Libye, Etat incertain

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Après les vivats accompagnant la chute de Kadhafi, le Conseil National de Transition libyen de Moustapha Abdeljalil surfe sur les mutations en cours bien plus qu’il ne les maîtrise. La Conférence sur la Libye organisée début septembre à Paris nous a montrés des gouvernants plus à l’aise avec les Occidentaux qu’à Tripoli même… où ils sont encore logés à l’hôtel. La capitale libyenne, placée sous le contrôle de son gouverneur militaire Abdelhakim Belhadj, ancien djihadiste reconverti en démocrate, est aujourd’hui une armurerie à ciel ouvert où le « peuple en arme » n’entend pas rendre ses kalachnikovs de sitôt. En ville, le proto-État libyen a ainsi ouvert des bureaux pour consigner dans des logiciels tout neufs les noms des porteurs d’armes qui veulent bien se présenter. Ils repartent avec un badge et la promesse de rendre leurs pétoires pour alimenter les arsenaux de « la future armée libyenne » – une fois la paix et la sécurité revenues.

Justement, tout porte à croire que le moment où chacun circulera librement et sans risque sera l’arlésienne de la Libye nouvelle. Si, contrairement à l’Irak du lendemain de la victoire de 2003, la société libyenne ne s’est pas effondrée, des actes de vendetta ont tout de même rapidement succédé à la violence révolutionnaire.

Pire, les Noirs servent de victimes expiatoires au prétexte de leur couleur de peau qui les désigne comme des ex-mercenaires de Kadhafi. Human Rights Watch et Amnesty International font déjà état de centaines de civils tués ou torturés. Rappelons que la grande majorité des mercenaires kadhafistes ne sont que de jeunes tchadiens désœuvrés livrés comme de la chair à canon par le président Idris Déby. A tel point que l’opposition tchadienne a demandé au CNT de « diligenter une enquête indépendante sur les exactions commises sur toutes ces personnes et de traduire les responsables devant la justice » et d’autoriser la Croix Rouge à se rendre au chevet de ces populations terrorisées[1. Déclaration du Conseil national pour le changement et la démocratie, 7 septembre 2011.]. Dans le port de Sayad, à vingt-cinq kilomètres de Tripoli, elles s’entassent dans des coques abandonnées en attendant, la peur au ventre, que l’orage passe.

Comme s’interroge le président de la commission de l’Union africaine, Jean Ping, qui exhorte le CNT de se « désolidariser » des exactions, « Vous trouvez ça normal qu’un pays qui compte un tiers de Noirs confonde Noirs et mercenaires ? ». Dans les rues libyennes, la concorde interraciale ne paraît pas pour demain, l’idée dominante étant que « Kadhafi a dilapidé tout notre argent auprès des Noirs ».
Sur le terrain, loin de ses déclarations de bonnes intentions, le CNT avance en aveugle, sans disposer des atouts de l’ancien régime. Selon le diplomate français Patrick Haimzadeh[2. Au cœur de la Libye de Kadhafi, Lattès, 2011], le pouvoir kadhafiste tenait par un savant cocktail de rétributions, de violence et de peur s’appuyant à la fois sur les réseaux tribaux, les structures « révolutionnaires » et l’armée, qui constituaient les trois piliers de la Jamahiriya. Cette architecture ne pouvait satisfaire que 30% d’une population « plutôt favorable au régime », essentiellement concentrée dans la Tripolitaine et le Fezzan (grand sud).

Or, cet attelage ne s’est que partiellement délité. Ses décombres se heurtent au CNT, qui représente majoritairement la Cyrénaïque et Misrata, bien que les clivages politiques ne se superposent pas totalement aux oppositions géographiques.
Au milieu d’un tel maelstrom, on peut faire confiance à l’ONU et à ses conseillers en « state building » pour créer un Etat hors-sol. Comme me le suggérait un ami, « je crois que les Libyens ont besoin d’un dirigeant qui soit un savant mélange de Lawrence d’Arabie et d’Otto Von Bismarck ». Au lieu de cela, Mustapha Abdeljalil sera-t-il un nouveau Karzaï, tamponnant des contrats sous le regard bienveillant d’un Paul Bremer new look représentant le condominium franco-britannico-américain ?

Il est probable que maints experts en vernis démocratique débarquent à Tripoli où ils chercheront à rallier les anti-Kadhafi à la civilisation démocratique. On pourra alors souhaiter la bienvenue dans la mondialisation heureuse à ces nouveaux camarades, en chœur avec le Medef qui vient d’évaluer l’eldorado de la reconstruction libyenne à deux cents milliards de dollars. Le marché semble d’autant plus juteux que le montant des avoirs libyens bloqués dans nos banques s’élève à cents quinze milliards. Soit deux années de PIB libyen, sans compter les bas de laine planqués par Kadhafi on ne sait trop où !

Chers « rebelles », vous étiez beaux comme l’antique en fondant sur Tripoli en pick-up. Nous voudrions croire qu’une telle énergie ne débouchera pas sur un énième dominion voué à suer du pétrole.

Concert Festivus à tribord

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Le mystérieux « label Festivus » organise un concert exceptionnel ce jeudi 15 septembre à partir de 20 heures 30 au studio de l’Ermitage (8 rue de l’Ermitage, Paris XXe). [aji], le chanteur en forme d’OVNI auquel j’ai déjà rendu un vibrant hommage dans ces colonnes interprètera pour la première fois sur scène plusieurs titres de son album Fluide.

Rachid Sefrioui donnera à découvrir son album Mandeyo, mêlant les sonorités de l’instrument traditionnel arabe nommé oûd à une ambiance électrique (jazz world). D!evrim interprètera quant à lui Hétérotopos, une sorte de jazz d’origine semble-t-il hétérosexuelle hybridé de musiques traditionnelles.

Cette soirée musicale riche et chaleureuse sera présentée par une admiratrice de la première heure du label Festivus : la vraie Elisabeth Lévy en personne !

L’entrée est gratuite, les consommations sont payantes et le bruit court que l’ambiance ne sera pas hyperfestive mais hautement zazou. Les boissons seront bien évidemment offertes aux personnes accompagnées d’une otarie, d’un mérou ou de trois pangolins (laisses obligatoires).
La soirée se terminera comme convenu devant le zinc doré du Galactic Bar, sur lequel « un soir un perroquet prédit la fin ».

Venez tous !

Quand l’orang-outan singe l’homme

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C’est la BBC qui nous rapporte cette terrible nouvelle, Shirley, la célèbre orang-outan du zoo de l’État de Johor en Malaisie, n’habite plus à l’adresse indiquée.
Son enclos est désespérément vide depuis plusieurs jours, au grand dam des visiteurs de l’établissement dont elle était la pensionnaire la plus populaire

Or, c’est peut-être cette popularité qui est la cause de sa disparition – provisoire, précisons-le dès maintenant à l’attention de nos lecteurs les plus émotifs. En effet, nombre de visiteurs du zoo, en plus des traditionnelles bananes, oranges et autres cacahuètes, avaient pris la fâcheuse habitude de la ravitailler en cigarettes. Comme Shirley n’avait jamais de feu sur elle, ils prenaient soin de les allumer avant de lui envoyer à travers les grilles, après quoi la jeune et jolie primate les fumait goulument, pour la plus grande joie des petits et des grands.

Ce qui devait arriver arriva : ce mauvais exemple a été dûment dénoncé par un journal local, ce qui a poussé les responsables de la faune malaisienne à l’exfiltrer de son domicile, pour la placer… en cure de désintoxication.

On espère que ça ne sera pas trop dur pour elle de décrocher. Mais bon, si même Jacques Chirac y est arrivé, tous les espoirs sont permis…

Beaucoup de Bourgi pour rien

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Je découvre, comme beaucoup de Français, cet étrange Monsieur Bourgi, qui affirme connaître mille petits secrets honteux des alcôves du pouvoir et se répand partout pour soulager sa « conscience ». On imagine qu’il devait en avoir une robuste, de conscience, pour avoir accepté de participer à ce qu’il a décrit à Laurent Valdiguié avec un sacré luxe de détails dans les colonnes du JDD !

Alors, quel crédit accorder aux déclarations de ce bien tardif repenti autoproclamé ? En droit, aucun, et pour une bonne et simple raison : il n’existe aucun système d’accusé de réception à « la valise de billets ». J’ai eu beau chercher dans les archives, ni la Poste, ni l’Office des malversations, ni le Bureau des rétro-commissions et encore moins l’Association des anciens corrompus n’a jamais tenu de fichier qui puisse alléguer les dires de monsieur Bourgi. C’est bien dommage. La corruption devrait se faire dans la transparence, avec procès-verbaux et communiqués de presse, les Bourgi du monde entier auraient ainsi une soupape de sécurité en cas de « crise de conscience ».

N’empêche que nous en sommes là. On a un Bourgi très tracassé dans les pattes, se flagellant en place publique, racontant à qui veut bien l’entendre que les belles lois votées à l’unanimité sur le financement de la vie politique à partir de la fin des années 80 ont été prises par dessus la jambe. Mais, miracle !, il en faut en ce bas monde, tout s’est arrêté en 2007. Ouf ! Nicolas Sarkozy, l’homme de la « République irréprochable » qui mit fin à « la Françafrique » pour mieux faire « entrer » l’Afrique « dans l’histoire ». Pas le style à s’encombrer de valises à fric.

En prétendant épargner le Président qui lui épingla la Légion d’honneur au revers, et en jurant qu’ « il n’est mandaté par personne », l’habile Bourgi ne fait que jeter le soupçon sur le locataire actuel de l’Élysée. Il n’a en effet échappé à personne que la « rupture » promise par le candidat Sarkozy sur les rapports entre Paris et les capitales des ex-colonies françaises d’Afrique noire a fait long feu. Tout aurait continué comme avant, mais sans les valises ?

Nous avons là un bien curieux personnage. Il est de notoriété publique, ce fut raconté dans mille livres et articles de presse, que les générosités de potentats africains subsahariens à destination des appareils politiques français furent institutionnalisées dès l’après-guerre. Notre impérialisme bien huilé avait même une entreprise, Elf, qui servit de pipeline à millions en la matière. Les juges Éva Joly et Éric Halphen auraient rêvé que quelqu’un leur racontât – avec procès-verbal – ce que le taiseux d’alors prend un plaisir non dissimulé à révéler aujourd’hui. Une question s’impose – que d’ailleurs tout le monde a posée : pourquoi diable vider maintenant des valises si bien fournies ?

Là, on se perd en conjectures. Heureusement notre conscience malheureuse donne des pistes. Il a décidé de parler parce que « les commentaires » de Dominique de Villepin sur l’enquête de Pierre Péan, La République des mallettes, l’exaspéraient. Explication : Bourgi fut l’intime de Villepin, avant de passer avec armes et bagages chez Sarkozy. Pourquoi ? Car Villepin l’inhumain l’a « chassé » en 2005, quand il est devenu Premier ministre. Et ce n’est pas tout : « Alain Juppé m’a fait enlever de la liste des invités pour l’intronisation de Ouattara ». Fichtre ! L’Afrique a changé, les pays de l’ex chasse-gardée française ont désormais d’autres interlocuteurs, en particulier la Chine, et la diplomatie « à papa » de l’époque du « maître » de sieur Bourgi, Jacques Foccart, et du Général, n’est plus vraiment adaptée…Alors, le courtisan humilié se venge.

Bilan de l’opération ? Pour l’instant le Parquet n’a pas jugé opportun d’ouvrir une information judiciaire sur la seule base de ces pétaradantes déclarations à la presse. Le président du Sénat Gérard Larcher ainsi que le député socialiste Manuel Valls ont demandé l’ouverture d’une enquête parlementaire. Monsieur Chirac et son ancien Premier ministre ont décidé de porter plainte pour diffamation. Robert Bourgi sera donc entendu mais ne pourra apporter aucune preuve à l’appui de ses accusations. Et il serait étonnant qu’il puisse citer des témoins. Cette surprenante affaire risque donc de se réduire aux états d’âme d’un homme du passé marri que les affaires du monde se fassent désormais sans lui. Tout ça pour ça.

Vivre sans feux rouges, c’est possible !

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De mémoire de Lausannois, on n’avait jamais vu ça. Ce mercredi 7 septembre, entre 7h45 et 8h50 du matin, une quinzaine de jours après la rentrée des classes, en pleine semaine et à l’heure de pointe, il n’y avait pratiquement aucun bouchon dans la capitale vaudoise. Selon Georges-Marie Bécherraz, qui rapporte l’événement pour 24heures.ch, « le trafic s’est écoulé avec une fluidité comme on n’en voit que le dimanche à une heure pareille de la journée ». L’origine de ce petit miracle ? Eh bien tout simplement une panne d’électricité qui a rendu les feux de circulation inopérants dans une bonne partie du centre-ville. Pendant un peu plus d’une heure, la circulation de Lausanne n’était plus régulée ; c’était, à proprement parler, l’anarchie.

On aurait pu s’attendre à un embouteillage monstre, à de la tôle froissée et à quelques solides empoignades entre Helvètes exaspérés mais rien de tout cela ne s’est produit : la circulation a rarement été aussi fluide, on n’a pas déploré le moindre accrochage et tout s’est passé dans la bonne humeur.

Ce que nos voisins vaudois ont vécu est une expérience de coopération sociale. Et ce qui fait toute la valeur de cette expérience, c’est qu’elle n’avait été prévue ou voulue par personne et qu’elle s’est déroulée dans une ville de taille tout à fait respectable. Et ça a marché ! Pendant une grosse heure, l’anarchie routière a créé une circulation fluide, sûre et fondée sur la seule bonne volonté des automobilistes.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’idée selon laquelle une absence quasi-totale de règlementation routière serait supérieure à notre arsenal législatif actuel n’est pas vraiment nouvelle. Depuis des années déjà, des gens tout à fait sérieux défendent cette idée. Hans Monderman, ingénieur de la circulation hollandais, a même eu l’occasion de la tester en grandeur nature dans la petite ville de Drachten aux Pays-Bas. Bilan des courses : non seulement la circulation est parfaitement fluide mais le nombre d’accidents constatés dans les rues de Drachten a été divisé par quatre depuis que l’anarchie[1. J’exagère un peu ; il reste tout de même un code de la route qui se limite à la «priorité à droite » et à l’interdiction de «couper la route d’un autre ».] y règne ; piétons, cyclistes et automobilistes y vivent en harmonie, sans signalisation ni voies réservées. Depuis, plusieurs villes du nord de l’Europe s’y sont mises. Au point que le maire de Londres semble depuis quelques temps, séduit par l’idée.

Le fait est là : partout où l’expérience a été tentée, la coopération sociale spontanée s’est révélée plus efficiente et plus sûre que les systèmes codifiés et coercitifs qui dominent aujourd’hui. Sachant qu’ils ne sont plus protégés par la signalisation, les gens roulent plus prudemment, restent attentifs à leur environnement, se montrent volontiers plus courtois et abandonnent les comportements dangereux induits par la signalisation elle-même[2. Qui n’a jamais accéléré pour éviter un feu rouge ?]. En l’absence de passages piétons et de pistes cyclables, une nouvelle hiérarchie émerge dans laquelle les usagers les plus fragiles sont prioritaires sans pour autant abuser de cette position. D’un système fondé sur une régulation arbitraire du trafic, on passe ainsi à une autogestion infiniment plus souple, qui s’adapte d’elle-même au cas par cas et ne repose plus sur la contrainte mais l’intérêt bien compris de tous.

C’est en tout cas ce que semble en avoir retenu M. Matthey, le chef du Service lausannois des routes et de la mobilité, qui envisage la possibilité de reconduire l’expérience en le faisant exprès cette fois-ci. Il est amusant d’imaginer la réaction d’un élu local si quelqu’un avait l’idée saugrenue de lui proposer de laisser ses administrés s’administrer eux-mêmes : « Laisser les gens faire ? Mais vous n’y songez pas malheureux ! Ce serait l’anarchie ! ».

Noctilien, suite et fin

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L’autre soir, j’ai appris d’une amie altermondialiste que le monde sera peut-être bientôt sauvé du chaos par les « lanceurs d’alertes ». Elle m’a expliqué, entre la poire bio et le fromage équitable, que les « lanceurs d’alertes » sont des gens forts courageux, qui prennent sur eux de dénoncer aux instances judiciaires, à la presse, ou même directement au grand public, des faits qu’ils jugent menaçants pour l’homme ou la nature, et dont ils ont souvent connaissance dans le cadre de leur activité professionnelle. Il ne s’agit donc pas de délation mais d’un geste citoyen. Ouf !

Le lendemain, j’apprenais dans la presse qu’un modeste policier français qui avait rendu public sur Facebook des images de vidéosurveillance de la RATP montrant un jeune homme sans défense se faire longuement tabasser par des « jeunes des quartiers » dans un bus de nuit Noctilien avait été lourdement sanctionné. Remember, vision d’horreur : Orange mécanique, station Magenta. Impossible d’oublier ces images-là et les supplications répétées de ce blanc-bec, traité de « Français de merde » par ses bourreaux, puis réduit en miettes, puis dépouillé de son portefeuille, présumé bourgeois.

Le policier de 30 ans – responsable de la fuite illégale de ces images – a donc été condamné à deux mois de prison avec sursis pour « violation du secret professionnel ». Plus piquant, ce policier – manifestement animé d’un désir de faire connaître au plus grand nombre les données nouvelles du nouveau dialogue social français en contexte de nouveaux transports en commun banlieusard de nuit – va devoir verser 5000 euros à Monsieur « Français de merde » qui a lui-même porté plainte contre lui, après avoir estimé que la publication illégale de cette vidéo avait… « brusquement ravivé (son) traumatisme ».

Les lanceurs d’alertes seraient donc bien tous égaux, mais certains seraient… peut-être, finalement… plus légaux que d’autres ?

L’euro est mort, vive l’euro !

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Selon un proche d’Arnaud Montebourg, la démondialisation serait un « mot-obus qui sert à détruire le système ». Depuis que le candidat aux primaires socialistes en a fait son étendard, le concept fait florès chez les pourfendeurs du mondialisme. Il est jusqu’aux socialistes pudibonds pour parler- timidement- « d’écluses » et de « juste échange ».

Car le protectionnisme, appellation originelle de la démondialisation, séduit aujourd’hui 80% des Français- si l’on en croit le sondage IFOP commandé par l’association Manifeste pour un débat sur le libre-échange.
Membre de ce cercle d’intellectuels, Jacques Sapir démontre que la mondialisation résulte d’une série de choix politiques conscients marqués par l’empreinte idéologique du néolibéralisme. Dans un livre dense sorti au printemps, celui que l’on qualifie souvent d‘économiste hétérodoxe s’emploie à décrire la double face, marchande et financière, d’une « mondialisation (qui) ne fut jamais heureuse ». A Frédéric Bastiat et Georges Kaplan déclarant que « si les marchandises ne traversent pas les frontières, les soldats le feront », Jacques Sapir répond par avance que la mondialisation est elle-même une guerre !

Et comme tout conflit, la libéralisation des flux marchands et financiers divise les belligérants en deux catégories : les gagnants et les perdants. Au rang des vainqueurs, on retrouverait « les classes supérieures des pays riches – et de certains pays en développement » ainsi que les pays dits « émergents » que l’on ferait mieux d’appeler émergés tant ils mettent à profit certains mécanismes de la mondialisation, sans vraiment en jouer le jeu. La Chine en est l’exemple le plus flagrant, l’Empire du milieu développant sans la moindre mauvaise conscience une économie de prédation pour « retrouver son rang » d’ancienne première puissance mondiale, comme aime le rappeler Jean-Michel Quatrepoint[1. Mourir pour le yuan, Bourin éditeur, 2011]. Non moins divers, les grands perdants de la mondialisation seraient les Etats très pauvres, rejoints par les salariés des anciennes puissances industrielles, qui affrontent la concurrence déloyale des pays à bas coûts de production. Comme par hasard, le lot des vaincus inclut aussi les plus fervents disciples de la doxa libérale qui se sont volontairement dépouillé de leur souveraineté économique et paient aujourd’hui les pots cassés.

Judicieusement, Sapir réinscrit également la crise de la dette que traverse l’Europe dans le cadre général de la globalisation. Avec un coupable tout désigné : l’euro. Installée au cœur d’une zone économique hétérogène, la monnaie unique serait le cheval de Troie de la mondialisation financière, dans le droit fil de l’Acte unique et du traité de Masstricht. Eternellement surévalué, l’euro a été mis en place afin de pousser l’Allemagne réunifiée à s’arrimer à l’Europe. C’est en cela que la monnaie unique est exclusivement politique, Amyartya Sen ayant d’ailleurs qualifié de « décision saugrenue » le fait « d’adopter une monnaie unique sans plus d’intégration politique et économique ».

Or, malgré la violence de sa charge contre l’euro, Sapir ne suggère pas d’abandonner la devise européenne. Le lecteur sent alors poindre une certaine contradiction entre la modération politique du clerc et les arguments techniques de l’économiste. A la différence de son confrère Gérard Lafay[2. Non à la constitution d’une « Europe des dettes », Le Monde, 24 août 2011], Sapir ne préconise pas un retour, rapide et coordonné, aux devises nationales mais entend plutôt « faire évoluer » la monnaie unique. Sa proposition de retour à une sorte de Serpent Monétaire Européen organisant la « coordination des politiques monétaires autour d’une monnaie commune venant s’ajouter aux monnaies nationales » vise à garantir la pérennité de l’euro comme devise extérieure laissant par ailleurs la liberté d’opérer les ajustements et les fluctuations nécessaires.

Bien que défendue de longue date par des souverainistes de droite comme de gauche, l’idée d’une monnaie commune européenne peine à faire son chemin dans des média trustés par les idolâtres de la « règle d’or ». Comparé aux rustines que les dirigeants européens posent semaine après semaine pour gagner du temps et aux plans de rigueur qui risquent de nous enfoncer dans la spirale de la récession, le projet de Jacques Sapir semble bien raisonnable.

Puisque quelques décennies de désertion étatique ont suffi à nous mener dans l’impasse, méditons la thèse majeure de Sapir : pour changer les choses, il faut d’abord une bonne dose de volonté politique.

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Délires pédagogistes, l’UMP à mauvaise école

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Ce jour, je m’adresse à toi, ô électeur de droite. Il m’est arrivé de m’adresser à ton homologue de gauche et de le mettre en garde contre ses prétendants socialistes, qui risquaient fort de faire de lui un cocu. Mais, là, c’est toi qui es en danger.

Déjà, en 2007, tu avais cru aux discours du candidat Sarkozy sur l’école. Tu avais cru à ses références à l’autorité, à l’effort, au mérite voire à la méritocratie. Pauvre de toi, tu as dû constater que la réforme du lycée avait été confiée à Richard Descoings. Si encore ce cocufiage s’était produit dans la discrétion ! Mais, le Président, t’humiliant davantage, n’a pas pris la peine de cacher l’amant dans le placard. C’est sous ton regard effaré que ces deux-là roucoulèrent.

L’an prochain, le président-candidat tentera une nouvelle fois de t’assurer que l’autorité, l’effort, le mérite voire la méritocratie se trouvent au cœur de son projet pour l’école de la République. Peut-être, parce que tu es à la fois oublieux et bonne pâte et que tu abhorres la gauche par-dessus tout, tu seras tenté de lui donner une seconde chance. Tu aurais bien tort. Sais-tu qui a été nommé secrétaire national aux politiques éducatives de l’UMP ? Monsieur Jacques Grosperrin. Tu ne le connais pas ? Laisse-moi te le présenter…

Jacques Grosperrin est le député de ma circonscription, dans le Doubs. Sur les bancs de l’Assemblée nationale, on le surnomme le PDG, comme Prof De Gym. Si tu as lu La Fabrique du crétin, de Jean-Paul Brighelli, tu sais que l’éducation physique et sportive constitue très souvent le laboratoire des pires mesures pédagogistes. Mais l’oiseau en question enseigna aussi les fameuses et fumeuses sciences de l’éducation à la fac de sport de Besançon. Ce n’est pas tout, il fut aussi le rapporteur de la commission sur la mise en œuvre du socle commun de connaissances du collège. A ce titre, il fut invité par divers médias. Et sur RMC, il se prononça pour la suppression des notes au collège.

Il paraît que les notes agissent fort négativement sur le moral de ces pauvres petits. Et s’il n’y avait que nos pauvres ados ! Le député Grosperrin, désormais spécialiste officiel de tout ce qui touche à l’école à l’UMP, propose aussi de supprimer les concours pour devenir professeur. Peut-être trouve-t-il aussi les entretiens d’embauche moins traumatisants en sus d’être beaucoup moins coûteux.

Ô, électeur de droite, lorsque Nicolas Sarkozy prononcera les mots autorité, effort, mérite voire méritocratie, souviens-toi de Jacques Grosperrin, qui veut bouter les notes et les concours hors de l’école de la République.

Une raison lumineuse de voter pour le Tea Party

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Aux prochaines élections présidentielles américaines on peut avoir envie de voter pour un candidat issu du Tea Party pour divers motifs : réduire les dépenses de l’Etat fédéral, ne prendre une assurance maladie que si on le souhaite, éviter que Mme Obama nous dise si nous devons manger « gras » ou pas, faire en sorte que la « nouvelle frontière » de la NASA soit Mars plutôt que l’amélioration des relations avec le monde musulman, arrêter de faire de la « race » un argument de vote, ne pas édifier une mosquée à l’endroit précis où sont mortes près de 3000 personnes du fait de l’intégrisme islamique, etc.

Il y a des raisons plus spécifiques qui pourront faire voter pour les deux candidates issues du Tea Party, Michelle Bachmann ou Sarah Palin. Ce sont toutes deux de parfaites MILFs (Mothers I’d Like to Fuck), des mamans sexys sous leur apparent côté sage. Ensuite il faut choisir : si on préfère les MILFs BCBG à collier de perles, sans doute plus élégantes, on vote Bachmann. Si on préfère les MILFs à lunettes, plus provinciales, mais peut-être plus coquines, on vote Palin.

Mais il y a sans doute un argument ultime qui peut nous déterminer, nous Européens : on reproche souvent à Michelle Bachmann de n’avoir déposé qu’une seule proposition de loi depuis qu’elle est membre de la Chambre des représentants. Mais ce n’est pas n’importe quelle proposition de loi : il s’agit du « Light Bulb Freedom of Choice Act », qui vise à s’opposer au remplacement des anciennes ampoules à incandescence, inventées par Edison, par les nouvelles ampoules fluorescentes, soi-disant plus économiques et « écologiques ». Quiconque a récemment essayé de changer une ampoule électrique et s’est retrouvé devant des rayons ubuesques constitués d’ampoules chères, qui éclairent à peine, aux formes hideuses et dont le mercure est fatal aux ouvriers chinois qui les fabriquent, nous comprendra.

Ce petit exemple est un des plus fascinants de ce que peut produire la bureaucratie européenne : faire dépendre un acte aussi simple que l’achat d’une ampoule électrique de directives absurdes et annuler notre liberté de choisir, c’est le cas de le dire, de manière éclairée. Si nous voulons pouvoir encore commander nos ampoules à incandescence sur internet et nous les faire livrer depuis les Etats-Unis, il faudra décidément voter Bachmann.