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Non au procès d’intention !

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Non, vraiment, il y a des limites à ne pas dépasser en démocratie, surtout quand on occupe la fonction suprême. La façon dont la Présidente Ségolène Royal vient de s’exprimer à propos de son principal challenger pour 2012, Nicolas Sarkozy, est indigne, n’ayons pas peur des mots.[access capability= »lire_inedits »]

On sait que la séquence que vient de traverser la Présidente a été difficile. Le retrait de son projet de retraite à 62 ans sous la pression des manifestions monstres et des députés de sa propre majorité l’a bien entendu affaiblie et les agences de notation, qui menacent de dégrader la note française, ont galvanisé l’opposition et le premier d’entre les opposants, Nicolas Sarkozy. Le remplacement à Matignon de Dominique Strauss-Kahn par Martine Aubry, à la tête d’une équipe ministérielle resserrée, a été interprétée avec raison comme un virage « à gauche toute » et un retour de l’Etat PS pour les derniers mois du quinquennat.

Les sondages, du coup, indiquent une certaine inquiétude et l’institut Opinionway/Le Figaro donne même, pour la première fois depuis 2007, Nicolas Sarkozy victorieux contre la Présidente sortante par 51%. Est-ce la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ségolénien ? Sa dernière prestation télévisée face à une Claire Chazal peu pugnace, un Denisot transparent et un Pujadas complaisant, a manifestement choqué par son agressivité et dérouté jusque dans son propre camp.

La présidente s’est en effet livrée à un exercice uchronique stérile et agressif, refusant de répondre à toutes les questions sur son bilan mais imaginant à chaque fois ce qu’aurait fait celui qu’elle a battu en 2007 s’il avait été élu. Et le tableau qu’elle a tracé d’une France qui aurait été « berlusconisée », où le pouvoir serait devenu « hyper-présidentiel » et se serait exercé au profit de patrons que Sarkozy n’aurait pas hésité à réunir le soir même de son élection « dans les salons de l’Automobile Club ou, pourquoi pas, du Fouquet’s » a carrément sombré dans la caricature. Caricature qui s’est encore aggravée quand la Présidente est venue sur le terrain de la sécurité. « Oui, nous sommes dans la prévention et non dans la répression, a-t-elle dit, faisant allusion à son discours de Grenoble, cet été, après les incidents de Villeneuve ou de Saint-Aignan. Ce n’est pas le cas de M. Sarkozy qui a assez prouvé, du temps qu’il était ministre de l’Intérieur, quel va-t-en guerre il était. Et il n’aurait pas hésité, d’ailleurs, à instrumentaliser l’insécurité, à faire le lien entre immigration et délinquance et, pourquoi pas, à proposer un ministère de l’Identité nationale. »

Même proféré sur le ton de la plaisanterie, c’est ce dernier point qui a particulièrement indigné l’opposition, et même certains partenaires de la majorité comme François Bayrou, inamovible ministre de l’Education, qui a déclaré : « Elle, c’est elle et moi, c’est moi. »

Les proches de M. Sarkozy ont, eux, réagi avec virulence. Frédéric Lefèvre s’est déclaré « consterné » et pense que « la Présidente a perdu ses nerfs et reste dans le procès d’intention ». M. Hortefeux, quant à lui, n’a pas hésité à parler de « fantasme » et de « reductio ad pétainum » blessante pour tous les républicains.[/access]

Houellebecq à Tarnac

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« Les terroristes disent toujours ce qu’ils vont faire. » Fort du lumineux adage – qui est aussi le titre élégant d’un de ses récents ouvrages – du terroristologue humaniste Alain Bauer, je me suis enfin résolu à mener pour Causeur ma propre enquête sur les mystérieux sabotages de caténaires de novembre 2008. J’ai décidé de recourir moi-même aux méthodes d’Alain Bauer et du juge Fragnoli : à cette sorte de méthodes qui vous contraint tôt ou tard à vous retrouver nez à nez avec la vérité et à éprouver, je l’avoue, une certaine gêne à l’instant où le nez de la vérité entre en contact avec le vôtre.

J’ai commencé mon enquête de terrain par l’inspection de ma chambre, me répétant à mi-voix l’adage de l’habile criminologue. Je me suis mis à scruter avec méfiance ma bibliothèque. Soudain, mon regard est tombé sur un petit opuscule au titre suspect : Le sens du combat, de Michel Houellebecq. Parcourant cet ouvrage poétique publié en 1996, je découvre avec stupeur, dès la page 25, ces quelques lignes semblables à un morceau de fer à béton incrusté entre les pages : « Hélas j’aime passionnément, et depuis toujours, ces moments où plus rien ne fonctionne. Ces états de désarticulation du système global, qui laissent présager un destin plutôt qu’un instant, qui laissent entrevoir une éternité par ailleurs niée. » Parvenu à la page 63, je débusque ensuite un long poème sur le TGV Atlantique, dont je ne parviens pas à m’expliquer comment il a pu échapper au flair de mes confrères Bauer et Fragnoli. La lecture de ce poème ne laisse pourtant aucun doute sur l’obsession étrange de Michel Houellebecq pour les TGV. La précision des descriptions révèle surtout chez l’auteur des connaissances techniques aigües et troublantes, telles qu’on en trouve rarement, même chez un technicien de la SNCF chevronné.

Atteignant les pages 72 et 73, je lis ensuite deux quatrains qui retentissent comme deux explosions :
« Dans le train direct pour Dourdan,
Une jeune fille fait des mots fléchés
Je ne peux pas l’en empêcher,
C’est une occupation du temps.
»

Et voici le second quatrain, placé secrètement en exact vis-à-vis sur la page opposée et dont je comprends soudain qu’il vient échanger un baiser mortel avec le premier à chaque fois que le lecteur referme le livre :
« Dans le métro à peu près vide
Rempli de gens semi-gazeux
Je m’amuse à des jeux stupides,
Mais potentiellement dangereux.
»

Dès 1996, c’est-à-dire douze ans avant son passage à l’acte, Michel Houellebecq avait annoncé explicitement son intention de saboter des caténaires dans un brûlot terroriste. Il suffisait de le lire ! Comment une piste aussi évidente, fourmillant de preuves aussi irréfutables que celles qui ont conduit à l’arrestation de Julien Coupat et de ses amis, a-t-elle pu échapper à mes éminents confrères ? Peut-on concevoir menaces plus explicites que celles proférées dans Le sens du combat ?

Contre toute attente, la réponse est oui. Car deux ans plus tard à peine, en 1998, Michel Houellebecq posa négligemment sur le manteau de la cheminée de la République une seconde « lettre volée ». Dans Interventions en effet, il publie quatre pages stupéfiantes intitulées « La poésie du mouvement arrêté ». Houellebecq y évoque avec une fascination morbide la paralysie de la France en mai 68, glorifie l’immobilité des TGV à travers les âges et appelle ouvertement ses lecteurs à la Révolution de l’immobile : « Des voitures de TGV étaient immobilisées sur les voies de garage. On aurait pu croire qu’elles étaient là depuis des années, qu’elles n’avaient même jamais roulé. Elles étaient simplement là, immobiles. […] Ç’aurait pu être la guerre, ou la fin du monde occidental. […] Magiquement, pendant quelques jours, une machine gigantesque et oppressante s’est arrêtée de tourner. Il y a eu un flottement, une incertitude ; une suspension s’est produite. » Houellebecq va même jusqu’à imaginer « une joie secrète » et une complicité chez les usagers pris en otage et pousse l’impudence jusqu’à parler d’une « revanche sournoise sur la technologie ». Et ce partisan de la terreur immobile de conclure : « L’esprit qui habite ces lieux est mauvais, inhumain, hostile ; c’est celui d’un engrenage épuisant, cruel, constamment accéléré ; chacun au fond le sent, et souhaite sa destruction. »

À la dernière seconde, pourtant, un doute s’insinue en moi. N’ai-je pas cédé par inadvertance à l’une des passions de nos contemporains : déchaîner les suspicions les plus farfelues en lançant les accusations les plus arbitraires contre un grand artiste ? Au dernier instant, je me ravise : Houellebecq est innocent ! Libérez Houellebecq !

Et puissent mes confrères justiciers reconnaître eux aussi leurs bévues et annuler enfin cette procédure bouffonne contre les Tarnacois. Celle-ci s’éternise depuis deux ans en ne parvenant qu’à gravir toujours plus haut l’escalier du ridicule, dont les marches pourraient inopinément déboucher sur l’infini. Le scandale de Tarnac n’a pas pris fin avec la libération des présumés terroristes.

Captain Iglo assassin, mamans complices !

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Les pays de l’Union européenne se sont mis d’accord hier sur leurs quotas de pêche pour 2011. Si rien ne change du côté des langoustines ou du merlan, les quotas de cabillaud ont été revus significativement à la baisse, comme le réclamait l’exécutif bruxellois, même si, comme le précise un de ses impayables communiqués, « La Commission reste très préoccupée par l’état des réserves de cabillaud ». Des inquiétudes abondamment relayés par les communiqués alarmistes des écolocharlots du WWF, qui se dit néanmoins globalement satisfait des nouveaux quotas bruxellois.

Concrètement, il faut s’attendre à quelques émeutes chez les marins-pêcheurs, mais aussi à de sérieux incidents domestiques. Ces mêmes enfants, qui ont appris à l’école à vous faire la morale à chaque fois que vous laissez le robinet ouvert durant le brossage de dents, ne manqueront pas de vous agonir d’injures à chaque fois que vous leur proposerez du poisson pané…

Et ne vous avisez pas de leur suggérer du thon rouge à la place…

Le PS piégé par le multiculturalisme

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Mardi soir au Palais-Bourbon, le groupe socialiste organisait un vaste colloque dédié au 105e anniversaire de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, socle de la laïcité républicaine française. C’est bien connu, la Providence déteste les hasards. Elle a donc mis une certaine Marine Le Pen dans les filets d’éléphants socialistes bien en mal de se relever des tapis de prière de la rue Myrha.

Eléphants et combats d’arrière-garde

D’emblée, Martine Aubry donne le ton. Sus aux anti-laïques, cathos intégristes rétros et autres empêcheurs de prier en rond. Cherchez l’erreur. Par un habile maquillage dialectique, l’ennemi est désigné, le Mal absolu « stigmatise ». Pour la maire de Lille, adepte des horaires de piscines séparées permettant aux femmes voilées de sortir de chez elles[1. Cette même logique poussée à son terme voudrait qu’on organise des excisions médicalement assistées en CHU pour éviter les risques d’infection. Comme quoi, ne pas « stigmatiser » des comportements auto-stigmatisants est une gageure…], la laïcité définit le modèle républicain français. Jean-Marc Ayrault abonde : oui, être laïque revient à défendre d’un seul jet liberté, égalité « réelle », fraternité, diversité… et plus si affinités ? Non, justement, la litanie des droits – sans contrepartie de devoirs – s’arrête là. Tout juste apprend-on que la patronne du PS aimerait voir un peu moins d’ « hommes blancs de cinquante ans et plus » dans les travées de l’Assemblée. Addendum philosophique : le « vivrensemble » (petit jeu : compter le nombre de fois où ce concept abyssal est prononcé dans un meeting PS ou UMP) se construirait par la somme des différences qui finiraient par rassembler des individus que tout sépare. Comment ? Mystère et boule de gomme. L’espiègle et regretté Jean Yanne aurait ajouté : « et mon cul sur la commode ? »

Après une entrée en matière de Jean Glavany, le monsieur Loyal de ce grand barnum laïque, on peut entrer dans les choses sérieuses. Enfin presque. L’équation de l’ex-ministre de Jospin donne : des musulmans prient dans la rue, donc construisons partout et d’urgence des mosquées. Si vous n’êtes pas d’accord c’est que vous n’avez rien compris ou, pire, qu’un dangereux lepéniste sommeille en vous !

Suit une série de tables rondes plus surréalistes les unes que les autres. Un premier débat de carabins autour des enseignants-chercheurs. Où l’on apprend que le créationnisme est un obscurantisme et qu’il faut préserver coûte que coûte l’enseignement des ingérences religieuses. Devant telle impudence, le spectateur reste coi. Pousser l’audace intellectuelle jusqu’à répudier les thèses de la Fraternité Saint Pie X, il fallait oser. Une question me taraude : dans quel pays les éléphants vivent-ils ?

Deuxième round : une discussion à bâtons rompus consacrée à l’actualité de la loi de 1905. Enfin, nous entrons dans le vif du sujet. En théorie, du moins, l’essentiel des débats se résumant à des discussions byzantines sur l’interprétation d’un texte cinquante fois amendé, les uns justifiant l’annexion des rues par des foules de croyants au nom du sacro-saint devoir de garantir l’exercice des cultes. Au prix de la liberté publique et de la ségrégation territoriale ? Pour creuser le sujet, il faudra patienter…. les socialistes présents se contentent de congratuler Daniel Vaillant, le poseur de barrières du 18e arrondissement.

Avant-dernier épisode, avant que je m’assoupisse, baignant dans le songe éveillé de Martine Aubry, celui d’une France avec une seule tache qui aurait pour nom Sarkozy, et où la défaite du chanoine de Latran signifierait la fin des communautarismes.

Table ronde sur l’école. Haro sur l’école privée, la loi Debré, le détricotage des services publics par la droite, les arguties pseudo-déistes de Sarko, etc. Très bien, mais où est planqué le reste ? Une fois sa bile déversée sur l’école privée, encore faut-il comprendre les causes de son succès. Pas un mot sur les dérives pédagogistes de l’Education nationale, tout juste nous ramène-t-on au bon vieux temps des hussards noirs sans prononcer le concept-clé d’instruction. Nada sur l’immigration et l’absence de mixité territoriale, avec des classes surchargées où de pauvres hères fils d’immigrés non assimilés peinent à maîtriser le français. Dommage, le premier péquin venu comprend le succès des écoles privées, protégées des ravages de l’extraversion pédagogo-immigrationniste. Oublions, la tour de Babel est louée, de même que la modernité, envers positif du prétendu « conservatisme » de la droite. Vous avez dit bizarre ? Personnellement, j’avais plutôt l’impression que le gouvernement détruisait plus qu’il ne conservait. Et que la gauche (prétendument) socialiste gagnerait à écouter les leçons réacs des Polony, Brighelli et Mazeron.

Fourest ou la vérité crue

Le désespoir m’assaille et voilà qu’arrivent Caroline Fourest et François Pupponi. On ne présente plus la première à quiconque paie sa redevance télé. Le second, moins connu mais tout aussi sulfureux, est maire de Sarcelles, protégé de DSK laïc croyant zélé mais non pratiquant, allez comprendre ! Pour qui connaît sa gestion des communautarismes, sa présence s’annonçait comme l’hommage du vice à la vertu. Expliquons : la récitation est parfaite. Un vrai petit Pena-Ruiz en poche – le vrai, lui, bout dans les tribunes. Le hic, c’est que François Pupponi est un élu très à cheval sur la liberté des associations. Il considère qu’en tant qu’homme politique, il est de son devoir d’intégrer n’importe quel groupe culturel à l’école publique, au théâtre ou dans la piscine municipale. C’est tout à son honneur. Sa méthode pour ramener les antilaïcs vers le bon chemin ? Simple comme bonjour : tout leur céder. En bon social-libéral, Pupponi fait gagner la gauche « républicaine » en la dévitalisant. La recette est imparable. Prenez deux barbus, musulman et loubavitch, hostiles à l’école publique. Instaurez des menus séparés, casher et halal, mixez le tout et hop, comme par magie, les communautaristes se mettent à aimer une éducation qui n’a plus de nationale que le nom. Idem pour les piscines, avec des créneaux réservés à des associations communautaires. Des procédés inacceptables sur le papier, admet Pupponi. Mais que voulez-vous ma bonne dame, à l’heure de la mondialisation et des sociétés multiethniques, le maire n’aurait plus le choix. Ce petit numéro d’acrobatie laïque vaudrait à son auteur le César de la meilleure prestation scénique tant il y met d’ardeur. En comparaison, Tapie et Chirac font figures de comédiens amateurs. Pupponi clame haut et fort : « Je suis maire, je ne suis pas un militant ». Dans le public, Pena-Ruiz, spécialiste ès laïcité lui rappelle qu’un élu local est aussi citoyen et peut viser des objectifs plus ambitieux que sa simple réélection. Peine perdue, l’édile considère ses administrés comme des agrégats de communautés, musulmans, juifs, africains, turcs, etc. Il craint d’être traîné en justice s’il refuse d’allouer des salles à des groupes religieux. Conseil amical : François, essaie juste une fois pour voir, je serai le premier à défiler pour te défendre ! Soyons justes, Pupponi pose de bonnes questions, sans sectarisme aucun, concédant même que la République devra un jour ou l’autre engager un débat public sur la place de l’islam. L’ouverture d’esprit et un début de lucidité, voici sans doute la rançon positive des compromis(sions).

Last but not least, intervient Caroline Fourest. Immédiatement, l’essayiste médiatique se révèle plus courageuse que tout Solferino réuni. Enfin, un discours sur la France réelle et non fantasmée. Sans craindre d’énoncer de douloureuses vérités, elle se jette à bras raccourcis sur les occupants de la rue Myrha. Au terme très connoté d’ « occupation », Fourest préfère celui d’ « annexion », qui dit bien ce qu’il veut dire. Les riverains assistent chaque semaine à une annexion de fait de leur rue par un imam et des miliciens salafistes qui ramènent veaux, vaches et couvées (l’ellipse est délibérée, histoire de ne « stigmatiser » personne !) des départements adjacents pour marquer leur territoire et barrer la rue aux « dhimmis ». Non, contrairement aux dires de Glavany, Aubry et tant d’autres, la France ne manque pas de mosquées ; ses lieux de culte musulmans sont même généralement sous-exploités, ose soutenir Fourest. Caroline dans la peau de Zemmour, qui l’eût-cru ? La jolie rousse enchérit en dénonçant le danger de l’irénisme et le boulevard qu’il laisse à Marine Le Pen. Ne pas faire le cadeau du réel au Front national dirait Finkie. Sous les yeux médusés de l’assistance, Fourest fustige les effets d’un multiculturalisme qu’elle idolâtre. C’est là l’angle mort de sa réflexion. La directrice de Prochoix range pourtant l’égalité avant la différence, mais n’a pas le cran idéologique de condamner l’expression des identités ethno-religieuses dans l’espace public. En toute bonne foi, Fourest ne comprend pas que le ver est dans la pomme dès lors que la citoyenneté passe par la médiation d’identités collectives étrangères à la République. Peut-être qu’elle l’a compris et que c’est son surmoi BHLien anti-national qui censure son ça républicain. Comme l’enseignaient ces vieux hussards noirs tant vantés, l’universalisme chéri par Fourest s’exerce sur des individus citoyens d’une communauté nationale qui cantonnent leurs options philosophico-religieuse dans la sphère privée. C’est un truisme que de le rappeler.

Un petit effort et la cohérence sera là : l’identité nationale-républicaine comme remède au repli communautaire, tout le monde y vient tôt ou (trop) tard. Même Fourest. J’ajouterai : tant que le PS considérera la nation, l’immigration et les néo-communautarismes comme des thématiques de droite, il pourra faire une croix sur l’Elysée. Après tout, le FMI et l’OMC suffisent sans doute à son bonheur, tout de gôche drapé.

Jean Glavany conclut, nuançant l’analyse très tranchée de miss Fourest. D’après lui, il faudra attendre dix ans de construction de mosquées pour pouvoir déloger de bon droit les salafistes de la rue Myrha. Dix ans, le temps pour Marine d’être élue ? Caroline Fourest le craint et elle a raison…

La foi du menuisier*

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Si j’avais été sondé sur Nicolas Sarkozy ces derniers mois, j’aurais fait les mêmes réponses qu’en 2007. Je suis plutôt soulagé de le voir président et même « omni-président » si on veut et je préfère encore sa politique à celle que nous promettent tous les autres présidentiables.[access capability= »lire_inedits »]

On peut imaginer une France menée par Ségolène Royal en pleine crise financière, par Mélenchon soumis au chantage des dockers, par Dupont-Aignan pris de gaugaullisme buté face à l’OTAN, plantant les Américains en Afghanistan, par Strauss-Kahn « régulant » l’immigration et combattant le crime ou par Marine le Pen creusant le déficit commercial. On peut penser à ceux-là et à tous les autres en réformateurs du système des retraites ou dégraisseurs de mammouth, une conclusion s’impose : ça pourrait être pire. En politique, il faut choisir le moindre mal. Voilà pourquoi je continue à soutenir Sarkozy.

« Un président qui néglige Madame de La Fayette pour reluquer les top-models, ça irrite »

Comme soutenir Sarkozy, c’est s’opposer à ses opposants, je le soutiens souvent plus que de raison et je crois bien que la meute repoussante qui le harcèle m’a un peu poussé en sarkozysme. Toutes les aristocraties françaises enragent de voir un parvenu, presque un usurpateur, à la fonction suprême. Les mandarins se déchaînent et affichent un mépris sans faille. Un président qui néglige Madame de La Fayette pour reluquer les tops-models, qui parle comme un manager et qui nomme les choses comme tout le monde les comprend, ça irrite Badiou et Villepin, Todd et Badinter – et même Elisabeth Lévy et mes autres camarades de Causeur. Un président élu par les nouveaux riches, ceux qui n’ont pas hérité, et par tous ceux qui aspirent à gagner plus, ça fait vulgaire. Un chef qui rigole avec Barbelivien et Bigard, ami des beaufs travailleurs ou richissimes, ça fait tache dans les pages de Charlie Hebdo et dans celles du roman national. Le style de Sarko réveille les « Nadine de Rothschild » qui sommeillent au fond des esprits les plus fins. Ils exigent par-dessus tout et avant tout le respect des bonnes manières. Un président qui bouscule les usages et qui dit des gros mots, c’est un voyou.

Il y a dans l’antisarkozysme un snobisme qui me rend Sarkozy sympathique. Quand Sarkozy est pris de haut, ça me gêne et je suis avec lui. Solidarité de classe sans doute.

Le style de Sarkozy ne me dérange pas et, surtout, ne me regarde pas. Je me fous que les écrivains regrettent Mitterrand et que David Douillet regrette Chirac. Plus qu’un président romanesque, j’attends un homme d’action, un chef d’Etat qui fasse le boulot, qui annonce le cap et qui tienne la barre. Un dirigeant qui reste « droit dans ses bottes » et ne recule pas. Pour de vrai.
Sarkozy est connu pour ses annonces musclées et peu apprécié dans cet exercice. Je le trouve, moi, plutôt bon dans cette partie du boulot. Avec le kärcher ou les Roms, la délinquance liée à l’immigration, l’échec de l’intégration ou l’identité nationale, on n’est plus dans « l’approximation sémantique[1. En 1995, quelques jours après l’élection de Jacques Chirac, son entourage expliquait que la « fracture sociale » faisait partie des « approximations sémantiques » de la campagne] ». On est sorti du « ni, ni » dans le dialogue social et on roule du tambour dans la lutte affichée contre le crime. C’est une musique qui ne suffit pas à mon bonheur mais qui y contribue. Quand on nomme les choses au sommet de l’Etat sans trop de diplomatie, sans trop se soucier de choquer Newsweek ou les commissaires européens, c’est un début encourageant.

Mais un début, ça ne suffit pas et certains jugent un peu vite qu’il n’y a jamais de suite dans les idées de Sarkozy ou, en tout cas, pas assez pour apporter aux maux défiés par le verbe des traitements efficaces et des résultats chiffrés, pour reprendre le vocabulaire du pragmatique président. Comment savoir si les changements promis vont advenir ou si ce ne sont qu’illusions et manœuvres politiciennes ?

Les protestations sont un indice précieux. Pour apprécier la gouvernance sarkozyste, il faut savoir entendre la grogne du corps des fonctionnaires qu’on réduit, les grévistes qu’on prive du droit de grève absolu, la colère des salariés qui vont devoir travailler plus pour vivre plus, les insultes des racailles qu’on stigmatise et d’un islam radical qui n’est pas le bienvenu, le râle des juges qu’on rappelle à l’ordre et qu’on invite, en durcissant les lois, à rendre la justice au nom du peuple français, l’indignation en boucle des humanistes antiracistes contre les frontières et pour les sans-papiers face aux traques et aux rafles.

Il faut entendre ces Français sensibles à la politique de Sarkozy se plaindre pour être convaincu que les choses avancent dans le bon sens. Seraient-ils aussi remontés s’ils n’étaient un peu bousculés par le pouvoir pour moins de dette, moins de privilèges, moins de crimes et plus de souveraineté ? Pourquoi tant de haine si Sarkozy dirigeait la France pour présider à son sommeil ?

Doit-il s’affranchir des médias, des conseils des Sages, des lois, de la Constitution, de l’Europe et de l’opinion ?

Ceux qui pensent que le président en fait beaucoup trop sont violents dans leurs critiques, presque autant que ceux qui trouvent qu’il ne fait pas grand-chose. À la droite du pouvoir, on s’impatiente. Le redressement attendu est lent, on peut à peine l’observer à vue d’œil. Faut-il bousculer un peu plus fort ? La société française semble pourtant au bord du seuil de tolérance. Sarkozy doit-il, pour retrouver les déçus du sarkozysme dont il m’arrive de faire partie, aller plus vite et plus loin ? Doit-il s’affranchir des médias, des conseils des Sages, des lois, de la Constitution, de l’Europe et de l’opinion pour réduire le crime, choisir l’immigration, libérer et protéger la production , réformer efficacement, en fait, faire le boulot vraiment ? Il m’arrive de le penser.

Même un omni-président ne peut exercer le pouvoir contre les contre-pouvoirs et quand la majorité propose les lois les plus timides, il n’est pas rare que le Conseil constitutionnel les trouve inconvenantes. Quand les flics de Sarkozy arrêtent des clandestins ou des délinquants, des juges les relâchent. Quand le pouvoir raccompagne les Roms chez eux, dans le cadre d’une généreuse politique de prévention de la délinquance, quelle levée de boucliers ! Alors, le président est-il le seul coupable quand il déçoit ? Peut-on lui reprocher de ne pas faire ce qu’il dit ? Souffrons-nous de trop ou de pas assez de sarkozysme ? Peut-on en même temps se méfier de son pouvoir, en dénoncer les abus, et lui reprocher son impuissance ?

La France schizophrène qui veut tout et son contraire râle contre Sarkozy. La majorité des Français qui fait les élections veut du produit chinois mais de l’emploi français, une sécurité sans répression, des services publics sans impôts, la pérennité d’un Etat social sans réformes, et de l’omelette sans casser des œufs. Toujours déçus par les arbitrages qui privent forcément les uns de ceci et les autres de cela, les Français sont nombreux à crier aujourd’hui : « Aux chiottes l’arbitre ! » Mais bon gré mal gré, le pays devient réformable. Ce n’est pas rien.

Paratonnerre de toutes les colères françaises, présent sur tous les fronts, Sarkozy concentre aujourd’hui toutes les impopularités mais l’alliance des mécontents ne fait pas un gouvernement. Lui, si. Et en équilibre entre ce qu’il peut faire à droite, ce qu’il peut faire à gauche et ce qu’il doit à la France, il ne se débrouille pas si mal.

*Pour ceux qui l’ignorent, Cyril Bennasar est menuisier[/access]

Marine ou le Pen ?

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Il y a, pour l’autre gauche, c’est à dire celle qu’incarne ces temps-ci le Front de Gauche (PCF, PG, GU et nombres d’associations), un véritable danger et ce danger, c’est Marine Le Pen. Entendons-nous bien, nous allons parler ici cyniquement, c’est-à-dire tactiquement et éviter tant que faire se peut la moraline pour mieux sauver, pour plus tard, la morale. Mao remarquait que la révolution n’est pas un dîner de gala et c’est pourtant à un gala que nous invite Marine Le Pen, ne nous y trompons pas. Je suis assez effondré, pour tout dire, par l’erreur d’analyse que révèlent les réactions à la « sortie » de Marine Le Pen sur l’occupation musulmane que représenteraient les prières dans la rue.

En attendant le 16 janvier

Ce qu’elle a dit, en l’occurrence, elle l’a d’abord dit ad usum Delphini : pour ceux qui l’auraient oublié, rappelons encore une fois qu’elle est engagée dans une campagne interne pour la prise du contrôle du Front National, le 16 janvier, lors d’un congrès …à Tours ! Ironie de l’histoire, il y aura pile 90 ans à Noël, lors d’un congrès autrement plus célèbre, les délégués de la SFIO décidèrent majoritairement de faire naître un véritable parti communiste, fidèle à la IIIème internationale sous le nom de SFIC puis bientôt de PCF.
Je ne sais pas si le congrès de Tours de l’extrême droite donnera lieu à une scission aussi spectaculaire et engagera pour le siècle à venir la physionomie du national-populisme à la française, mais ce qui est certain c’est que cette victoire annoncée de Marine, cette promenade de santé parmi des militants tous extatiques n’est pas aussi évidente qu’on l’entend dans les médias.

Autour de Gollnisch, qui dispose encore de sérieux alliés dans l’appareil, se sont agglomérés tous ceux qui ne veulent pas voir le Front finir comme le MSI italien qui à la force de mutations successives est devenu un parti de centre droit.
Et ça fait du monde : Marine a contre elles toutes les dissidences du temps de son père comme ce parti de France de Carl Lang qui a multiplié les tentatives d’entrisme. Elle a aussi contre elle la presse dite « nationale ». Elle a été lâchée par Minute et dans Rivarol, depuis que l’hebdo old school préféré des vieux collabos est passé sous le contrôle de Jérôme Bourbon qui a dû prendre des leçons d’hystérie intégriste chez Savonarole, elle est devenue l’objet d’une haine pathologique qui la place à mi-chemin de Lilith et de la grande putain de Babylone.

La violence verbale de ces gens-là est toujours étonnante.
Elle a aussi vu, depuis qu’elle lâche du lest sur les questions ethniques, parce que précisément elle comprend où sont les vraies insécurités en France pour les Français qui en souffrent vraiment, pousser sur son côté droit le chancre d’une candidature à la présidentielles du Bloc identitaire de Fabrice Robert qui annonce avoir trouvé son Kennedy pour Blancs définis comme formule sanguine, sous la forme d’un jeune homme boutonneux qui s’est proclamé « autochtone européen » dès sa première conférence de presse sans doute pour ne pas s’aliéner le vote rital, portos, polack et espingouin qui restent malgré tout des Blancs et des Européens, même s’ils sentent un peu trop l’huile d’olive et le cornichon salé et qu’en plus ils sont catholiques alors que chacun sait que la vraie religion européenne, ce n’est pas celle du vilain Nazaréen mais celle qui consiste à danser tout nu autour des menhirs de Carnac à chaque solstice, avec du gui dans les cheveux, genre « amusons nous à une sortie éducative avec Pierre Vial de Terre et Peuple. »

Renâclements catholiques

Si vous ajoutez à cela les renâclements des catholiques durs du Front contre Marine l’avorteuse, même en admettant que papa ait bien verrouillé l’affaire, rien n’est donc joué à ce Congrès de Tours.

Car le Front national fait aussi de la politique, lui. C’est à dire qu’il n’organise pas des guignolades comme des primaires ouvertes à tous. Même si c’est très mode, les primaires, le Front reste un parti à l’ancienne. En 1981, si le PS avait organisé des primaires, c’est Rocard qui les aurait gagnées et qui aurait perdu face à Giscard. Mais à cette époque, au PS, c’étaient les militants qui décidaient. Et les militants étaient encore de vrais militants et discutaient dans des réunions. Ils ne se faisaient pas une religion en écoutant les sondages. Un militant politique n’est pas là pour suivre le réel fugitif de l’opinion, il est là pour la créer, l’opinion, la convaincre. C’est même pour ça qu’il a pris une carte et est à jour de ses cotisations. Mais le PS est-il encore un parti où les militants sont des militants ? Ce n’est plus sûr du tout depuis 2007 où ils ont désigné Ségolène Royal parce que c’est ce que la télé disait de faire alors qu’elle était la seule certaine de se faire battre quand, sur la longueur d’une campagne et au cours d’un débat frontal, Sarkozy aurait eu beaucoup plus de mal avec un Strauss-Kahn ou Fabius.

Tout cela, Marine Le Pen le sait. Elle a une vraie intelligence politique sur ce coup-là. Son congrès de Tours, il y a de fortes chances qu’elle le remporte mais enfin avec les paramètres que nous venons d’évoquer une mauvaise surprise est toujours possible.

Faire du Le Pen ou faire du Marine ?

Alors, Marine Le Pen fait du Le Pen et non du Marine. Et ça va continuer jusqu’au 16 janvier. On peut parier sur une ou deux autres déclarations tonitruantes de sa part sur la peine de mort, par exemple ou le lien délinquance-immigration. Histoire de blinder l’appareil du Front et de calmer les langueurs militantes. Il lui faut surtout aussi faire oublier qu’elle appartient au bout du compte à la génération Cécile Duflot et que l’avortement, les familles recomposées, l’homosexualité et donc aussi l’abolition de la peine de mort ne lui posent plus aucun problème.
C’est pour cela que l’on peut être un peu consterné par les réponses indignées, vertueuses, « antifascistes » qui ont été apportées à Marine Le Pen. Elles sont dans la tradition la plus purement stupide du combat contre le FN depuis trente ans, combat qui a donné les brillants résultats que l’on sait puisque le Front national se porte toujours aussi bien après avoir été donné pour mort au moins dix fois.

On pense à ce film de Pierre Tchernia, Le Viager, quand une famille achète une maison à un vieillard mourant qui ne meurt pas mais au contraire va de mieux en mieux. Mitterrand avait compris que la rigueur de 1983 ne passerait pas auprès du monde du travail. Pour faire oublier la libéralisation de la société française, bien réelle, a inventé sa fascisation en réanimant une vieille boutique droitarde fondée en 72, le FN, et en inventant les antifascistes qui allaient avec, ceux de SOS Racisme. Comme ça, le faux clivage ethnique devenait un moment du vrai problème économique qui passait au second plan.

Une bonne giclée de moraline

Trente ans après ou presque, on en est au même point, à la même grille de lecture et aussi imparfaites soient-elles, les analyses de Perrineau sur le gaucho-lepénisme sont à peine prises en compte car on ne doit pas dire que des ouvriers de gauche se sont mis à voter Le Pen quand il ne se sont pas réfugiés dans cette auto exclusion que représente l’abstention pour les couches populaires.
Alors quand Marine Le Pen parle de l’occupation musulmane, la gauche morale, celle qui a laissé se transformer un groupuscule des années 70 en éventuel parti de gouvernement reprend une bonne giclée de moraline et se rassure : « Tu vois, elle est comme son père, facho et compagnie » alors qu’il aurait fallu lui dire que ce n’était qu’un positionnement interne. De même, quand elle est régulièrement à quelques dizaines de voix de la mairie, voire de la circonscription d’Hénin-Beaumont, l’urgence n’est pas de faire du spectacle de rue antifasciste avec des clowns citoyens et des post brechtiens concernés, c’est d’écouter ce qu’elle dit sur la fierté ouvrière, les délocalisations, les salaires trop bas, la précarité et de dénoncer la captation thématique, la triangulation idéologique, en rappelant que dans le Conseil régional où elle siège, elle milite comme une banale ultralibérale pour l’allègement des charges des entreprises, notamment dans l’affaire de la fermeture de la raffinerie Total à Dunkerque.

Voilà, j’espère, comment l’autre gauche, celle qui se souvient de ce que sont des classes sociales, de la différence qu’il y a entre avoir le sentiment d’appartenance à l’une de ces classes et la conscience politique d’en faire partie, va enfin combattre Marine Le Pen sur le seul terrain qui vaille : celui de l’affrontement idéologique dur, programme contre programme.

Et Marine Le Pen apparaitra pour ce qu’elle est vraiment : non pas une raciste islamophobe qui peut faire un sujet de chanson pour rappeuse bobo finissant voilée mais le visage souriant, modernisé, du néo-libéralisme qui a de plus en plus besoin, paradoxalement, d’un tour de passe-passe nationaliste pour faire passer la mondialisation malheureuse.

L’ambassadeur britannique en Iran n’est pas assez diplomate

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Le député iranien Kazem Jalali, porte-parole de la commission des affaires étrangères du parlement, veut réduire au strict minimum les relations diplomatiques entre son pays et le Royaume-Uni. Lors d’une déclaration à la télévision d’Etat, Jalali a notamment dénoncé le comportement « impudent » de l’ambassadeur de Sa Gracieuse Majesté à Téhéran, Simon Gass.

Wikileaks n’est pour rien dans cette grosse colère, dont il faut plutôt rechercher les causes sur le site de l’ambassade où Simon Gass avait eu le mauvais goût d’écrire que son gouvernement suivrait avec toute l’attention qui s’impose les cas où des citoyens iraniens sont « privés de leurs libertés fondamentales ». Une affabulation intolérable, à laquelle Kazem Jalali a répondu du tac au tac : « Gass a écrit au sujet des violations des droits de l’homme en Iran, en oubliant les meurtres d’étudiants lors des récentes manifestations en Grande-Bretagne ».

Eh oui, chez les proches d’Ahmadinejad, on sait qu’il y a eu des manifs ce mois-ci à Londres, on a surement vu à la télé des affrontements très violents, et peut-être même un crime de lèse-majesté, on en a donc logiquement déduit que l’armée avait tiré dans le tas pour ramener la paix civile…

Et si les médias occidentaux ne nous ont rien dit sur ces meurtres barbares d’écoliers britanniques, c’est sans doute parce qu’ils sont tous aux mains des Anglais, voire pire…

Le signal de Baby Loup

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La laïcité, c’est un droit. Même pour les enfants de Chanteloup les Vignes. Même pour les salariés du privé. En validant le licenciement d’une employée de la crèche Baby Loup qui refusait d’ôter son voile, le Conseil des Prud’hommes de Mantes la Jolie vient de donner un sacré coup de main à tous ceux qu’inquiètent les abandons de la République face aux revendications identitaires, à commencer par celles des islamistes qui prétendent, sous couvert de liberté de croyance, imposer leur loi à des populations reléguées dans des quartiers pudiquement dits difficiles et, de plus en plus, aux entreprises de notre pays. Par crainte d’être accusées d’islamophobie, celles-ci préfèrent souvent composer avec les demandes d’aménagements motivées par les pratiques religieuses – ou payer. Or, jusque-là, de grands esprits comme Louis Schweitzer, ancien président de la Halde et ex-patron de Renault, estimaient que les entreprises et autres institutions de droit privé ne pouvaient se prévaloir de la laïcité, comme si celle-ci ne devait avoir cours que dans l’enceinte des administrations.

Il n’est pas anodin que ce jugement très attendu ait été rendu par un Conseil des Prud’hommes implanté au cœur d’une banlieue ouvrière où chômage et islamisme ont progressé de concert. Si les juges du travail rendent, comme tous les autres, la justice au nom du peuple français, ils sont aussi les élus, sinon du peuple lui-même, du moins des partenaires sociaux. En faisant preuve du courage qui fait défaut à tant d’autres, en rappelant que la France, si elle accepte tous les individus, a le droit de refuser certaines pratiques, c’est à l’ensemble des citoyens de ce pays qu’ils ont rendu un insigne service. Et au passage, ils ont rassuré tous ceux qui redoutent que la défense de la laïcité soit abandonnée au Front national.

Les Conseillers savaient que leur décision aurait une portée symbolique allant bien au-delà du droit du travail. Devant une salle comble dans laquelle il avait autorisé les caméras, mais en l’absence de la plaignante et de son avocate, le Président Alain Dalencourt a lu tous les attendus d’un jugement motivé avec précision et qui, selon Louis Gayon et Richard Malka, les avocats de cette crèche associative ouverte 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, fera jurisprudence. Il faut en tout cas espérer que les magistrats qui devront, à l’avenir, trancher dans des conflits de cette nature, auront le courage de résister à l’air du temps. Au moins ne pourront-ils plus s’abriter derrière le droit pour accepter que l’on sape nos valeurs.

C’est d’abord parce que, conformément à l’article I de la Constitution, « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale » qu’un employeur peut exiger de ses salariés le respect de la neutralité qui fonde le « vivre-ensemble » à la française. Au passage, le magistrat a rappelé que la Halde, qui avait jugé le licenciement discriminatoire, allait revoir le dossier…tout en précisant que ses décisions ne s’imposaient nullement aux tribunaux. Et toc. Ce rappel est salutaire, tant pour la Haute autorité qui aimerait bien s’ériger en véritable juridiction, que pour tous les juges qui se laissent intimider par ses prises de position. Peut-être adoptera-t-elle désormais une définition de la liberté religieuse moins extensive et plus conforme à notre droit.

Devant le Tribunal, quelques jeunes musulmans excités proféraient insultes et menaces, dénonçant le lobby sioniste et les musulmans « traitres à la cause » pour proclamer que « l’islam est la solution ». Preuve, s’il le fallait, que les agissements des islamistes ne sont pas un fantasme d’islamophobes ou de réacs mal embouchés. Hier, à Mantes la Jolie, la République a remporté une bataille. Elle n’a pas encore gagné la guerre.

Nicolas Sarkozy, c’est nous !

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Commençons par vider l’abcès afin que le lecteur sache vraiment d’où nous parlons et posons-nous la question-clef : partirions-nous en vacances avec Nicolas Sarkozy[1. Souvenons-nous de l’antienne de Thierry Roland : « Ah, ces deux-là, ils partiront pas en vacances ensemble ! »] ? La réponse est négative parce qu’il nous est arrivé de le rencontrer − trois ou quatre fois, je ne sais plus − et que cela nous a suffi pour nous rendre compte que nous n’appréciions pas particulièrement le bonhomme, loin s’en faut.[access capability= »lire_inedits »]

Seulement voilà, ce n’est pas à cette aune que nous devons juger une personnalité politique et a fortiori un chef de l’Etat, surtout quand c’est le nôtre[2. De chef. Et, surtout, d’Etat]. Qu’on aime ou pas le bonhomme, ce n’est pas la question, il est de toute manière le Président de la République et nous devons le juger uniquement sur ses actes, sans tomber dans l’obsession, ce qui tombe bien puisque c’est précisément le thème central de cette livraison.

Pourtant, les derniers démêlés d’une bonne partie de la presse française avec Nicolas Sarkozy révèlent qu’Icelui en obsède plus d’un. L’autre jour, l’amie Muriel Gremillet estimait, en conclusion d’un article brillant, que ceux qui s’opposent au Président n’étaient pas obligés de tomber dans tous les pièges − même grossiers − qu’il leur tend. On ne saurait mieux expliquer cette grave disposition d’esprit, laquelle pourrait bien avoir pour conséquence que nous en prenions pour cinq années supplémentaires. Coup de génie − dont je ne sais s’il est l’œuvre de Muriel ou d’un autre responsable de notre site − cet article était illustré par une photo absolument révélatrice, où l’on voit Nicolas Sarkozy dans la position d’un gourou et une flopée de journalistes l’entourant, carnets à la main, comme ensorcelés tel Mowgli devant le serpent du Livre de la jungle. Cette image en dit beaucoup sur le regard de la plupart des journalistes en particulier, mais aussi des Français en général sur celui qui préside aujourd’hui aux destinées de notre nation. Fascinés, voire ensorcelés, et dans la démesure − négative ou positive −, à l’image, justement, de l’objet de leur fascination.

Cette fascination vire parfois – et effectivement − à l’obsession, notamment sur le style présidentiel, et fait perdre de vue l’essentiel à la plupart des opposants à Nicolas Sarkozy, presse de gauche comprise. Or, ce qui nous obsède davantage, c’est qu’on ait pu dans notre République, dans notre démocratie, faire adopter par le Parlement, et sous un autre nom, un texte rejeté massivement par le peuple trois ans plus tôt. Où était donc Edwy Plenel le 4 février 2008, lorsque députés et sénateurs avalisèrent cette infamie ? Marianne nous gratifia-t-il d’une « une » sur le « voyou de la République » ? Nenni ! On préfère en appeler au sauvetage de la République en danger à l’occasion d’une séquence estivale − plutôt mal maîtrisée, d’ailleurs − et de roulottes mal garées[3. © Jérôme Leroy]. Et s’il n’y avait que les journalistes ! On se mobilise, on perd des journées de salaire, on évoque l’éventualité d’une grève générale à l’occasion du débat sur les retraites, lequel n’est pourtant qu’un corollaire des décisions prises en matière européenne et, lorsqu’on viole délibérément notre refus de participer à cette Europe-là, il ne se trouve personne pour aller prendre l’Elysée d’assaut, muni d’une fourche ou d’autre chose ! Voilà ce qui devrait obséder tous les Français !

Nicolas Sarkozy n’est pas dangereux lorsqu’il est « clivant ». En général, peu de temps après, il recule, car il s’agissait juste d’une séquence de com’. En revanche, lorsque Libé et Le Figaro l’approuvent de conserve, lorsque Plenel se tait, lorsque Marianne ne parle du sujet qu’en petit dans ses pages intérieures, il y a vraiment danger. Ce qui est inquiétant dans la France de 2010, c’est que l’anti-sarkozysme intelligent ait beaucoup de mal à trouver quelques porte-drapeaux médiatiques[4. A part peut-être à 7h15, chaque jour ouvrable sur Radio Luxembourg].

Et si Nicolas Sarkozy personnifiait notre renoncement collectif, notre frilosité collective à assumer un destin commun ? Et si notre laisser-faire au moment de l’adoption du Traité de Lisbonne révélait notre fatalisme, notre manque de courage et, pis, une communion – par paresse davantage que par adhésion − avec nos élites politiques et médiatiques ? Et si, effectivement, nous ne méritions, collectivement, pas autre chose que de choisir entre Sarkozy et Royal la dernière fois, entre Sarkozy et DSK, ou Aubry ou encore Royal, la prochaine fois ? Lorsqu’Eric Zemmour évoque une « mélancolie française », notre léthargie en février 2008 lui donne furieusement raison.[/access]

Bettencourt à Bollywood

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Des enregistrements mettant en cause un ministre adossés à une belle affaire de fric et de politique: l’Inde semble bien partie pour un remake bollywoodien de l’affaire Bettencourt. Le rôle du majordome est joué dans la version locale par Nira Radia, une lobbyiste représentant – entre autres – les intérêts de Ratan N. Tata, patron du conglomérat qui porte son nom.

Contrairement au cas français, Madame Radia n’est pas à l’origine des enregistrements. Une agence gouvernementale l’a, paraît-il, mise sous écoute dans le cadre d’une large enquête pour corruption, malversations et fraude fiscale.

La première victime de l’affaire est le ministre des infrastructures Kamal Nath, contraint à la démission, les enregistrements dévoilant son habitude de prélever une commission de 15% sur les marchés publics de son Ministère. A cette occasion, on se souviendra d’une visite de M. Nath en France en 2006, où il avait soutenu la candidature de Mittal au rachat d’Arcelor. « La France, disait-il il y a quatre ans, comme tous les autres pays, doit voir les choses telles ­qu’ elles sont : aujourd’hui, c’est nous qui sommes compétitifs ». Maintenant on comprend mieux pourquoi…

Non au procès d’intention !

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Non, vraiment, il y a des limites à ne pas dépasser en démocratie, surtout quand on occupe la fonction suprême. La façon dont la Présidente Ségolène Royal vient de s’exprimer à propos de son principal challenger pour 2012, Nicolas Sarkozy, est indigne, n’ayons pas peur des mots.[access capability= »lire_inedits »]

On sait que la séquence que vient de traverser la Présidente a été difficile. Le retrait de son projet de retraite à 62 ans sous la pression des manifestions monstres et des députés de sa propre majorité l’a bien entendu affaiblie et les agences de notation, qui menacent de dégrader la note française, ont galvanisé l’opposition et le premier d’entre les opposants, Nicolas Sarkozy. Le remplacement à Matignon de Dominique Strauss-Kahn par Martine Aubry, à la tête d’une équipe ministérielle resserrée, a été interprétée avec raison comme un virage « à gauche toute » et un retour de l’Etat PS pour les derniers mois du quinquennat.

Les sondages, du coup, indiquent une certaine inquiétude et l’institut Opinionway/Le Figaro donne même, pour la première fois depuis 2007, Nicolas Sarkozy victorieux contre la Présidente sortante par 51%. Est-ce la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ségolénien ? Sa dernière prestation télévisée face à une Claire Chazal peu pugnace, un Denisot transparent et un Pujadas complaisant, a manifestement choqué par son agressivité et dérouté jusque dans son propre camp.

La présidente s’est en effet livrée à un exercice uchronique stérile et agressif, refusant de répondre à toutes les questions sur son bilan mais imaginant à chaque fois ce qu’aurait fait celui qu’elle a battu en 2007 s’il avait été élu. Et le tableau qu’elle a tracé d’une France qui aurait été « berlusconisée », où le pouvoir serait devenu « hyper-présidentiel » et se serait exercé au profit de patrons que Sarkozy n’aurait pas hésité à réunir le soir même de son élection « dans les salons de l’Automobile Club ou, pourquoi pas, du Fouquet’s » a carrément sombré dans la caricature. Caricature qui s’est encore aggravée quand la Présidente est venue sur le terrain de la sécurité. « Oui, nous sommes dans la prévention et non dans la répression, a-t-elle dit, faisant allusion à son discours de Grenoble, cet été, après les incidents de Villeneuve ou de Saint-Aignan. Ce n’est pas le cas de M. Sarkozy qui a assez prouvé, du temps qu’il était ministre de l’Intérieur, quel va-t-en guerre il était. Et il n’aurait pas hésité, d’ailleurs, à instrumentaliser l’insécurité, à faire le lien entre immigration et délinquance et, pourquoi pas, à proposer un ministère de l’Identité nationale. »

Même proféré sur le ton de la plaisanterie, c’est ce dernier point qui a particulièrement indigné l’opposition, et même certains partenaires de la majorité comme François Bayrou, inamovible ministre de l’Education, qui a déclaré : « Elle, c’est elle et moi, c’est moi. »

Les proches de M. Sarkozy ont, eux, réagi avec virulence. Frédéric Lefèvre s’est déclaré « consterné » et pense que « la Présidente a perdu ses nerfs et reste dans le procès d’intention ». M. Hortefeux, quant à lui, n’a pas hésité à parler de « fantasme » et de « reductio ad pétainum » blessante pour tous les républicains.[/access]

Houellebecq à Tarnac

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« Les terroristes disent toujours ce qu’ils vont faire. » Fort du lumineux adage – qui est aussi le titre élégant d’un de ses récents ouvrages – du terroristologue humaniste Alain Bauer, je me suis enfin résolu à mener pour Causeur ma propre enquête sur les mystérieux sabotages de caténaires de novembre 2008. J’ai décidé de recourir moi-même aux méthodes d’Alain Bauer et du juge Fragnoli : à cette sorte de méthodes qui vous contraint tôt ou tard à vous retrouver nez à nez avec la vérité et à éprouver, je l’avoue, une certaine gêne à l’instant où le nez de la vérité entre en contact avec le vôtre.

J’ai commencé mon enquête de terrain par l’inspection de ma chambre, me répétant à mi-voix l’adage de l’habile criminologue. Je me suis mis à scruter avec méfiance ma bibliothèque. Soudain, mon regard est tombé sur un petit opuscule au titre suspect : Le sens du combat, de Michel Houellebecq. Parcourant cet ouvrage poétique publié en 1996, je découvre avec stupeur, dès la page 25, ces quelques lignes semblables à un morceau de fer à béton incrusté entre les pages : « Hélas j’aime passionnément, et depuis toujours, ces moments où plus rien ne fonctionne. Ces états de désarticulation du système global, qui laissent présager un destin plutôt qu’un instant, qui laissent entrevoir une éternité par ailleurs niée. » Parvenu à la page 63, je débusque ensuite un long poème sur le TGV Atlantique, dont je ne parviens pas à m’expliquer comment il a pu échapper au flair de mes confrères Bauer et Fragnoli. La lecture de ce poème ne laisse pourtant aucun doute sur l’obsession étrange de Michel Houellebecq pour les TGV. La précision des descriptions révèle surtout chez l’auteur des connaissances techniques aigües et troublantes, telles qu’on en trouve rarement, même chez un technicien de la SNCF chevronné.

Atteignant les pages 72 et 73, je lis ensuite deux quatrains qui retentissent comme deux explosions :
« Dans le train direct pour Dourdan,
Une jeune fille fait des mots fléchés
Je ne peux pas l’en empêcher,
C’est une occupation du temps.
»

Et voici le second quatrain, placé secrètement en exact vis-à-vis sur la page opposée et dont je comprends soudain qu’il vient échanger un baiser mortel avec le premier à chaque fois que le lecteur referme le livre :
« Dans le métro à peu près vide
Rempli de gens semi-gazeux
Je m’amuse à des jeux stupides,
Mais potentiellement dangereux.
»

Dès 1996, c’est-à-dire douze ans avant son passage à l’acte, Michel Houellebecq avait annoncé explicitement son intention de saboter des caténaires dans un brûlot terroriste. Il suffisait de le lire ! Comment une piste aussi évidente, fourmillant de preuves aussi irréfutables que celles qui ont conduit à l’arrestation de Julien Coupat et de ses amis, a-t-elle pu échapper à mes éminents confrères ? Peut-on concevoir menaces plus explicites que celles proférées dans Le sens du combat ?

Contre toute attente, la réponse est oui. Car deux ans plus tard à peine, en 1998, Michel Houellebecq posa négligemment sur le manteau de la cheminée de la République une seconde « lettre volée ». Dans Interventions en effet, il publie quatre pages stupéfiantes intitulées « La poésie du mouvement arrêté ». Houellebecq y évoque avec une fascination morbide la paralysie de la France en mai 68, glorifie l’immobilité des TGV à travers les âges et appelle ouvertement ses lecteurs à la Révolution de l’immobile : « Des voitures de TGV étaient immobilisées sur les voies de garage. On aurait pu croire qu’elles étaient là depuis des années, qu’elles n’avaient même jamais roulé. Elles étaient simplement là, immobiles. […] Ç’aurait pu être la guerre, ou la fin du monde occidental. […] Magiquement, pendant quelques jours, une machine gigantesque et oppressante s’est arrêtée de tourner. Il y a eu un flottement, une incertitude ; une suspension s’est produite. » Houellebecq va même jusqu’à imaginer « une joie secrète » et une complicité chez les usagers pris en otage et pousse l’impudence jusqu’à parler d’une « revanche sournoise sur la technologie ». Et ce partisan de la terreur immobile de conclure : « L’esprit qui habite ces lieux est mauvais, inhumain, hostile ; c’est celui d’un engrenage épuisant, cruel, constamment accéléré ; chacun au fond le sent, et souhaite sa destruction. »

À la dernière seconde, pourtant, un doute s’insinue en moi. N’ai-je pas cédé par inadvertance à l’une des passions de nos contemporains : déchaîner les suspicions les plus farfelues en lançant les accusations les plus arbitraires contre un grand artiste ? Au dernier instant, je me ravise : Houellebecq est innocent ! Libérez Houellebecq !

Et puissent mes confrères justiciers reconnaître eux aussi leurs bévues et annuler enfin cette procédure bouffonne contre les Tarnacois. Celle-ci s’éternise depuis deux ans en ne parvenant qu’à gravir toujours plus haut l’escalier du ridicule, dont les marches pourraient inopinément déboucher sur l’infini. Le scandale de Tarnac n’a pas pris fin avec la libération des présumés terroristes.

Captain Iglo assassin, mamans complices !

72

Les pays de l’Union européenne se sont mis d’accord hier sur leurs quotas de pêche pour 2011. Si rien ne change du côté des langoustines ou du merlan, les quotas de cabillaud ont été revus significativement à la baisse, comme le réclamait l’exécutif bruxellois, même si, comme le précise un de ses impayables communiqués, « La Commission reste très préoccupée par l’état des réserves de cabillaud ». Des inquiétudes abondamment relayés par les communiqués alarmistes des écolocharlots du WWF, qui se dit néanmoins globalement satisfait des nouveaux quotas bruxellois.

Concrètement, il faut s’attendre à quelques émeutes chez les marins-pêcheurs, mais aussi à de sérieux incidents domestiques. Ces mêmes enfants, qui ont appris à l’école à vous faire la morale à chaque fois que vous laissez le robinet ouvert durant le brossage de dents, ne manqueront pas de vous agonir d’injures à chaque fois que vous leur proposerez du poisson pané…

Et ne vous avisez pas de leur suggérer du thon rouge à la place…

Le PS piégé par le multiculturalisme

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Mardi soir au Palais-Bourbon, le groupe socialiste organisait un vaste colloque dédié au 105e anniversaire de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, socle de la laïcité républicaine française. C’est bien connu, la Providence déteste les hasards. Elle a donc mis une certaine Marine Le Pen dans les filets d’éléphants socialistes bien en mal de se relever des tapis de prière de la rue Myrha.

Eléphants et combats d’arrière-garde

D’emblée, Martine Aubry donne le ton. Sus aux anti-laïques, cathos intégristes rétros et autres empêcheurs de prier en rond. Cherchez l’erreur. Par un habile maquillage dialectique, l’ennemi est désigné, le Mal absolu « stigmatise ». Pour la maire de Lille, adepte des horaires de piscines séparées permettant aux femmes voilées de sortir de chez elles[1. Cette même logique poussée à son terme voudrait qu’on organise des excisions médicalement assistées en CHU pour éviter les risques d’infection. Comme quoi, ne pas « stigmatiser » des comportements auto-stigmatisants est une gageure…], la laïcité définit le modèle républicain français. Jean-Marc Ayrault abonde : oui, être laïque revient à défendre d’un seul jet liberté, égalité « réelle », fraternité, diversité… et plus si affinités ? Non, justement, la litanie des droits – sans contrepartie de devoirs – s’arrête là. Tout juste apprend-on que la patronne du PS aimerait voir un peu moins d’ « hommes blancs de cinquante ans et plus » dans les travées de l’Assemblée. Addendum philosophique : le « vivrensemble » (petit jeu : compter le nombre de fois où ce concept abyssal est prononcé dans un meeting PS ou UMP) se construirait par la somme des différences qui finiraient par rassembler des individus que tout sépare. Comment ? Mystère et boule de gomme. L’espiègle et regretté Jean Yanne aurait ajouté : « et mon cul sur la commode ? »

Après une entrée en matière de Jean Glavany, le monsieur Loyal de ce grand barnum laïque, on peut entrer dans les choses sérieuses. Enfin presque. L’équation de l’ex-ministre de Jospin donne : des musulmans prient dans la rue, donc construisons partout et d’urgence des mosquées. Si vous n’êtes pas d’accord c’est que vous n’avez rien compris ou, pire, qu’un dangereux lepéniste sommeille en vous !

Suit une série de tables rondes plus surréalistes les unes que les autres. Un premier débat de carabins autour des enseignants-chercheurs. Où l’on apprend que le créationnisme est un obscurantisme et qu’il faut préserver coûte que coûte l’enseignement des ingérences religieuses. Devant telle impudence, le spectateur reste coi. Pousser l’audace intellectuelle jusqu’à répudier les thèses de la Fraternité Saint Pie X, il fallait oser. Une question me taraude : dans quel pays les éléphants vivent-ils ?

Deuxième round : une discussion à bâtons rompus consacrée à l’actualité de la loi de 1905. Enfin, nous entrons dans le vif du sujet. En théorie, du moins, l’essentiel des débats se résumant à des discussions byzantines sur l’interprétation d’un texte cinquante fois amendé, les uns justifiant l’annexion des rues par des foules de croyants au nom du sacro-saint devoir de garantir l’exercice des cultes. Au prix de la liberté publique et de la ségrégation territoriale ? Pour creuser le sujet, il faudra patienter…. les socialistes présents se contentent de congratuler Daniel Vaillant, le poseur de barrières du 18e arrondissement.

Avant-dernier épisode, avant que je m’assoupisse, baignant dans le songe éveillé de Martine Aubry, celui d’une France avec une seule tache qui aurait pour nom Sarkozy, et où la défaite du chanoine de Latran signifierait la fin des communautarismes.

Table ronde sur l’école. Haro sur l’école privée, la loi Debré, le détricotage des services publics par la droite, les arguties pseudo-déistes de Sarko, etc. Très bien, mais où est planqué le reste ? Une fois sa bile déversée sur l’école privée, encore faut-il comprendre les causes de son succès. Pas un mot sur les dérives pédagogistes de l’Education nationale, tout juste nous ramène-t-on au bon vieux temps des hussards noirs sans prononcer le concept-clé d’instruction. Nada sur l’immigration et l’absence de mixité territoriale, avec des classes surchargées où de pauvres hères fils d’immigrés non assimilés peinent à maîtriser le français. Dommage, le premier péquin venu comprend le succès des écoles privées, protégées des ravages de l’extraversion pédagogo-immigrationniste. Oublions, la tour de Babel est louée, de même que la modernité, envers positif du prétendu « conservatisme » de la droite. Vous avez dit bizarre ? Personnellement, j’avais plutôt l’impression que le gouvernement détruisait plus qu’il ne conservait. Et que la gauche (prétendument) socialiste gagnerait à écouter les leçons réacs des Polony, Brighelli et Mazeron.

Fourest ou la vérité crue

Le désespoir m’assaille et voilà qu’arrivent Caroline Fourest et François Pupponi. On ne présente plus la première à quiconque paie sa redevance télé. Le second, moins connu mais tout aussi sulfureux, est maire de Sarcelles, protégé de DSK laïc croyant zélé mais non pratiquant, allez comprendre ! Pour qui connaît sa gestion des communautarismes, sa présence s’annonçait comme l’hommage du vice à la vertu. Expliquons : la récitation est parfaite. Un vrai petit Pena-Ruiz en poche – le vrai, lui, bout dans les tribunes. Le hic, c’est que François Pupponi est un élu très à cheval sur la liberté des associations. Il considère qu’en tant qu’homme politique, il est de son devoir d’intégrer n’importe quel groupe culturel à l’école publique, au théâtre ou dans la piscine municipale. C’est tout à son honneur. Sa méthode pour ramener les antilaïcs vers le bon chemin ? Simple comme bonjour : tout leur céder. En bon social-libéral, Pupponi fait gagner la gauche « républicaine » en la dévitalisant. La recette est imparable. Prenez deux barbus, musulman et loubavitch, hostiles à l’école publique. Instaurez des menus séparés, casher et halal, mixez le tout et hop, comme par magie, les communautaristes se mettent à aimer une éducation qui n’a plus de nationale que le nom. Idem pour les piscines, avec des créneaux réservés à des associations communautaires. Des procédés inacceptables sur le papier, admet Pupponi. Mais que voulez-vous ma bonne dame, à l’heure de la mondialisation et des sociétés multiethniques, le maire n’aurait plus le choix. Ce petit numéro d’acrobatie laïque vaudrait à son auteur le César de la meilleure prestation scénique tant il y met d’ardeur. En comparaison, Tapie et Chirac font figures de comédiens amateurs. Pupponi clame haut et fort : « Je suis maire, je ne suis pas un militant ». Dans le public, Pena-Ruiz, spécialiste ès laïcité lui rappelle qu’un élu local est aussi citoyen et peut viser des objectifs plus ambitieux que sa simple réélection. Peine perdue, l’édile considère ses administrés comme des agrégats de communautés, musulmans, juifs, africains, turcs, etc. Il craint d’être traîné en justice s’il refuse d’allouer des salles à des groupes religieux. Conseil amical : François, essaie juste une fois pour voir, je serai le premier à défiler pour te défendre ! Soyons justes, Pupponi pose de bonnes questions, sans sectarisme aucun, concédant même que la République devra un jour ou l’autre engager un débat public sur la place de l’islam. L’ouverture d’esprit et un début de lucidité, voici sans doute la rançon positive des compromis(sions).

Last but not least, intervient Caroline Fourest. Immédiatement, l’essayiste médiatique se révèle plus courageuse que tout Solferino réuni. Enfin, un discours sur la France réelle et non fantasmée. Sans craindre d’énoncer de douloureuses vérités, elle se jette à bras raccourcis sur les occupants de la rue Myrha. Au terme très connoté d’ « occupation », Fourest préfère celui d’ « annexion », qui dit bien ce qu’il veut dire. Les riverains assistent chaque semaine à une annexion de fait de leur rue par un imam et des miliciens salafistes qui ramènent veaux, vaches et couvées (l’ellipse est délibérée, histoire de ne « stigmatiser » personne !) des départements adjacents pour marquer leur territoire et barrer la rue aux « dhimmis ». Non, contrairement aux dires de Glavany, Aubry et tant d’autres, la France ne manque pas de mosquées ; ses lieux de culte musulmans sont même généralement sous-exploités, ose soutenir Fourest. Caroline dans la peau de Zemmour, qui l’eût-cru ? La jolie rousse enchérit en dénonçant le danger de l’irénisme et le boulevard qu’il laisse à Marine Le Pen. Ne pas faire le cadeau du réel au Front national dirait Finkie. Sous les yeux médusés de l’assistance, Fourest fustige les effets d’un multiculturalisme qu’elle idolâtre. C’est là l’angle mort de sa réflexion. La directrice de Prochoix range pourtant l’égalité avant la différence, mais n’a pas le cran idéologique de condamner l’expression des identités ethno-religieuses dans l’espace public. En toute bonne foi, Fourest ne comprend pas que le ver est dans la pomme dès lors que la citoyenneté passe par la médiation d’identités collectives étrangères à la République. Peut-être qu’elle l’a compris et que c’est son surmoi BHLien anti-national qui censure son ça républicain. Comme l’enseignaient ces vieux hussards noirs tant vantés, l’universalisme chéri par Fourest s’exerce sur des individus citoyens d’une communauté nationale qui cantonnent leurs options philosophico-religieuse dans la sphère privée. C’est un truisme que de le rappeler.

Un petit effort et la cohérence sera là : l’identité nationale-républicaine comme remède au repli communautaire, tout le monde y vient tôt ou (trop) tard. Même Fourest. J’ajouterai : tant que le PS considérera la nation, l’immigration et les néo-communautarismes comme des thématiques de droite, il pourra faire une croix sur l’Elysée. Après tout, le FMI et l’OMC suffisent sans doute à son bonheur, tout de gôche drapé.

Jean Glavany conclut, nuançant l’analyse très tranchée de miss Fourest. D’après lui, il faudra attendre dix ans de construction de mosquées pour pouvoir déloger de bon droit les salafistes de la rue Myrha. Dix ans, le temps pour Marine d’être élue ? Caroline Fourest le craint et elle a raison…

La foi du menuisier*

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Si j’avais été sondé sur Nicolas Sarkozy ces derniers mois, j’aurais fait les mêmes réponses qu’en 2007. Je suis plutôt soulagé de le voir président et même « omni-président » si on veut et je préfère encore sa politique à celle que nous promettent tous les autres présidentiables.[access capability= »lire_inedits »]

On peut imaginer une France menée par Ségolène Royal en pleine crise financière, par Mélenchon soumis au chantage des dockers, par Dupont-Aignan pris de gaugaullisme buté face à l’OTAN, plantant les Américains en Afghanistan, par Strauss-Kahn « régulant » l’immigration et combattant le crime ou par Marine le Pen creusant le déficit commercial. On peut penser à ceux-là et à tous les autres en réformateurs du système des retraites ou dégraisseurs de mammouth, une conclusion s’impose : ça pourrait être pire. En politique, il faut choisir le moindre mal. Voilà pourquoi je continue à soutenir Sarkozy.

« Un président qui néglige Madame de La Fayette pour reluquer les top-models, ça irrite »

Comme soutenir Sarkozy, c’est s’opposer à ses opposants, je le soutiens souvent plus que de raison et je crois bien que la meute repoussante qui le harcèle m’a un peu poussé en sarkozysme. Toutes les aristocraties françaises enragent de voir un parvenu, presque un usurpateur, à la fonction suprême. Les mandarins se déchaînent et affichent un mépris sans faille. Un président qui néglige Madame de La Fayette pour reluquer les tops-models, qui parle comme un manager et qui nomme les choses comme tout le monde les comprend, ça irrite Badiou et Villepin, Todd et Badinter – et même Elisabeth Lévy et mes autres camarades de Causeur. Un président élu par les nouveaux riches, ceux qui n’ont pas hérité, et par tous ceux qui aspirent à gagner plus, ça fait vulgaire. Un chef qui rigole avec Barbelivien et Bigard, ami des beaufs travailleurs ou richissimes, ça fait tache dans les pages de Charlie Hebdo et dans celles du roman national. Le style de Sarko réveille les « Nadine de Rothschild » qui sommeillent au fond des esprits les plus fins. Ils exigent par-dessus tout et avant tout le respect des bonnes manières. Un président qui bouscule les usages et qui dit des gros mots, c’est un voyou.

Il y a dans l’antisarkozysme un snobisme qui me rend Sarkozy sympathique. Quand Sarkozy est pris de haut, ça me gêne et je suis avec lui. Solidarité de classe sans doute.

Le style de Sarkozy ne me dérange pas et, surtout, ne me regarde pas. Je me fous que les écrivains regrettent Mitterrand et que David Douillet regrette Chirac. Plus qu’un président romanesque, j’attends un homme d’action, un chef d’Etat qui fasse le boulot, qui annonce le cap et qui tienne la barre. Un dirigeant qui reste « droit dans ses bottes » et ne recule pas. Pour de vrai.
Sarkozy est connu pour ses annonces musclées et peu apprécié dans cet exercice. Je le trouve, moi, plutôt bon dans cette partie du boulot. Avec le kärcher ou les Roms, la délinquance liée à l’immigration, l’échec de l’intégration ou l’identité nationale, on n’est plus dans « l’approximation sémantique[1. En 1995, quelques jours après l’élection de Jacques Chirac, son entourage expliquait que la « fracture sociale » faisait partie des « approximations sémantiques » de la campagne] ». On est sorti du « ni, ni » dans le dialogue social et on roule du tambour dans la lutte affichée contre le crime. C’est une musique qui ne suffit pas à mon bonheur mais qui y contribue. Quand on nomme les choses au sommet de l’Etat sans trop de diplomatie, sans trop se soucier de choquer Newsweek ou les commissaires européens, c’est un début encourageant.

Mais un début, ça ne suffit pas et certains jugent un peu vite qu’il n’y a jamais de suite dans les idées de Sarkozy ou, en tout cas, pas assez pour apporter aux maux défiés par le verbe des traitements efficaces et des résultats chiffrés, pour reprendre le vocabulaire du pragmatique président. Comment savoir si les changements promis vont advenir ou si ce ne sont qu’illusions et manœuvres politiciennes ?

Les protestations sont un indice précieux. Pour apprécier la gouvernance sarkozyste, il faut savoir entendre la grogne du corps des fonctionnaires qu’on réduit, les grévistes qu’on prive du droit de grève absolu, la colère des salariés qui vont devoir travailler plus pour vivre plus, les insultes des racailles qu’on stigmatise et d’un islam radical qui n’est pas le bienvenu, le râle des juges qu’on rappelle à l’ordre et qu’on invite, en durcissant les lois, à rendre la justice au nom du peuple français, l’indignation en boucle des humanistes antiracistes contre les frontières et pour les sans-papiers face aux traques et aux rafles.

Il faut entendre ces Français sensibles à la politique de Sarkozy se plaindre pour être convaincu que les choses avancent dans le bon sens. Seraient-ils aussi remontés s’ils n’étaient un peu bousculés par le pouvoir pour moins de dette, moins de privilèges, moins de crimes et plus de souveraineté ? Pourquoi tant de haine si Sarkozy dirigeait la France pour présider à son sommeil ?

Doit-il s’affranchir des médias, des conseils des Sages, des lois, de la Constitution, de l’Europe et de l’opinion ?

Ceux qui pensent que le président en fait beaucoup trop sont violents dans leurs critiques, presque autant que ceux qui trouvent qu’il ne fait pas grand-chose. À la droite du pouvoir, on s’impatiente. Le redressement attendu est lent, on peut à peine l’observer à vue d’œil. Faut-il bousculer un peu plus fort ? La société française semble pourtant au bord du seuil de tolérance. Sarkozy doit-il, pour retrouver les déçus du sarkozysme dont il m’arrive de faire partie, aller plus vite et plus loin ? Doit-il s’affranchir des médias, des conseils des Sages, des lois, de la Constitution, de l’Europe et de l’opinion pour réduire le crime, choisir l’immigration, libérer et protéger la production , réformer efficacement, en fait, faire le boulot vraiment ? Il m’arrive de le penser.

Même un omni-président ne peut exercer le pouvoir contre les contre-pouvoirs et quand la majorité propose les lois les plus timides, il n’est pas rare que le Conseil constitutionnel les trouve inconvenantes. Quand les flics de Sarkozy arrêtent des clandestins ou des délinquants, des juges les relâchent. Quand le pouvoir raccompagne les Roms chez eux, dans le cadre d’une généreuse politique de prévention de la délinquance, quelle levée de boucliers ! Alors, le président est-il le seul coupable quand il déçoit ? Peut-on lui reprocher de ne pas faire ce qu’il dit ? Souffrons-nous de trop ou de pas assez de sarkozysme ? Peut-on en même temps se méfier de son pouvoir, en dénoncer les abus, et lui reprocher son impuissance ?

La France schizophrène qui veut tout et son contraire râle contre Sarkozy. La majorité des Français qui fait les élections veut du produit chinois mais de l’emploi français, une sécurité sans répression, des services publics sans impôts, la pérennité d’un Etat social sans réformes, et de l’omelette sans casser des œufs. Toujours déçus par les arbitrages qui privent forcément les uns de ceci et les autres de cela, les Français sont nombreux à crier aujourd’hui : « Aux chiottes l’arbitre ! » Mais bon gré mal gré, le pays devient réformable. Ce n’est pas rien.

Paratonnerre de toutes les colères françaises, présent sur tous les fronts, Sarkozy concentre aujourd’hui toutes les impopularités mais l’alliance des mécontents ne fait pas un gouvernement. Lui, si. Et en équilibre entre ce qu’il peut faire à droite, ce qu’il peut faire à gauche et ce qu’il doit à la France, il ne se débrouille pas si mal.

*Pour ceux qui l’ignorent, Cyril Bennasar est menuisier[/access]

Marine ou le Pen ?

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Il y a, pour l’autre gauche, c’est à dire celle qu’incarne ces temps-ci le Front de Gauche (PCF, PG, GU et nombres d’associations), un véritable danger et ce danger, c’est Marine Le Pen. Entendons-nous bien, nous allons parler ici cyniquement, c’est-à-dire tactiquement et éviter tant que faire se peut la moraline pour mieux sauver, pour plus tard, la morale. Mao remarquait que la révolution n’est pas un dîner de gala et c’est pourtant à un gala que nous invite Marine Le Pen, ne nous y trompons pas. Je suis assez effondré, pour tout dire, par l’erreur d’analyse que révèlent les réactions à la « sortie » de Marine Le Pen sur l’occupation musulmane que représenteraient les prières dans la rue.

En attendant le 16 janvier

Ce qu’elle a dit, en l’occurrence, elle l’a d’abord dit ad usum Delphini : pour ceux qui l’auraient oublié, rappelons encore une fois qu’elle est engagée dans une campagne interne pour la prise du contrôle du Front National, le 16 janvier, lors d’un congrès …à Tours ! Ironie de l’histoire, il y aura pile 90 ans à Noël, lors d’un congrès autrement plus célèbre, les délégués de la SFIO décidèrent majoritairement de faire naître un véritable parti communiste, fidèle à la IIIème internationale sous le nom de SFIC puis bientôt de PCF.
Je ne sais pas si le congrès de Tours de l’extrême droite donnera lieu à une scission aussi spectaculaire et engagera pour le siècle à venir la physionomie du national-populisme à la française, mais ce qui est certain c’est que cette victoire annoncée de Marine, cette promenade de santé parmi des militants tous extatiques n’est pas aussi évidente qu’on l’entend dans les médias.

Autour de Gollnisch, qui dispose encore de sérieux alliés dans l’appareil, se sont agglomérés tous ceux qui ne veulent pas voir le Front finir comme le MSI italien qui à la force de mutations successives est devenu un parti de centre droit.
Et ça fait du monde : Marine a contre elles toutes les dissidences du temps de son père comme ce parti de France de Carl Lang qui a multiplié les tentatives d’entrisme. Elle a aussi contre elle la presse dite « nationale ». Elle a été lâchée par Minute et dans Rivarol, depuis que l’hebdo old school préféré des vieux collabos est passé sous le contrôle de Jérôme Bourbon qui a dû prendre des leçons d’hystérie intégriste chez Savonarole, elle est devenue l’objet d’une haine pathologique qui la place à mi-chemin de Lilith et de la grande putain de Babylone.

La violence verbale de ces gens-là est toujours étonnante.
Elle a aussi vu, depuis qu’elle lâche du lest sur les questions ethniques, parce que précisément elle comprend où sont les vraies insécurités en France pour les Français qui en souffrent vraiment, pousser sur son côté droit le chancre d’une candidature à la présidentielles du Bloc identitaire de Fabrice Robert qui annonce avoir trouvé son Kennedy pour Blancs définis comme formule sanguine, sous la forme d’un jeune homme boutonneux qui s’est proclamé « autochtone européen » dès sa première conférence de presse sans doute pour ne pas s’aliéner le vote rital, portos, polack et espingouin qui restent malgré tout des Blancs et des Européens, même s’ils sentent un peu trop l’huile d’olive et le cornichon salé et qu’en plus ils sont catholiques alors que chacun sait que la vraie religion européenne, ce n’est pas celle du vilain Nazaréen mais celle qui consiste à danser tout nu autour des menhirs de Carnac à chaque solstice, avec du gui dans les cheveux, genre « amusons nous à une sortie éducative avec Pierre Vial de Terre et Peuple. »

Renâclements catholiques

Si vous ajoutez à cela les renâclements des catholiques durs du Front contre Marine l’avorteuse, même en admettant que papa ait bien verrouillé l’affaire, rien n’est donc joué à ce Congrès de Tours.

Car le Front national fait aussi de la politique, lui. C’est à dire qu’il n’organise pas des guignolades comme des primaires ouvertes à tous. Même si c’est très mode, les primaires, le Front reste un parti à l’ancienne. En 1981, si le PS avait organisé des primaires, c’est Rocard qui les aurait gagnées et qui aurait perdu face à Giscard. Mais à cette époque, au PS, c’étaient les militants qui décidaient. Et les militants étaient encore de vrais militants et discutaient dans des réunions. Ils ne se faisaient pas une religion en écoutant les sondages. Un militant politique n’est pas là pour suivre le réel fugitif de l’opinion, il est là pour la créer, l’opinion, la convaincre. C’est même pour ça qu’il a pris une carte et est à jour de ses cotisations. Mais le PS est-il encore un parti où les militants sont des militants ? Ce n’est plus sûr du tout depuis 2007 où ils ont désigné Ségolène Royal parce que c’est ce que la télé disait de faire alors qu’elle était la seule certaine de se faire battre quand, sur la longueur d’une campagne et au cours d’un débat frontal, Sarkozy aurait eu beaucoup plus de mal avec un Strauss-Kahn ou Fabius.

Tout cela, Marine Le Pen le sait. Elle a une vraie intelligence politique sur ce coup-là. Son congrès de Tours, il y a de fortes chances qu’elle le remporte mais enfin avec les paramètres que nous venons d’évoquer une mauvaise surprise est toujours possible.

Faire du Le Pen ou faire du Marine ?

Alors, Marine Le Pen fait du Le Pen et non du Marine. Et ça va continuer jusqu’au 16 janvier. On peut parier sur une ou deux autres déclarations tonitruantes de sa part sur la peine de mort, par exemple ou le lien délinquance-immigration. Histoire de blinder l’appareil du Front et de calmer les langueurs militantes. Il lui faut surtout aussi faire oublier qu’elle appartient au bout du compte à la génération Cécile Duflot et que l’avortement, les familles recomposées, l’homosexualité et donc aussi l’abolition de la peine de mort ne lui posent plus aucun problème.
C’est pour cela que l’on peut être un peu consterné par les réponses indignées, vertueuses, « antifascistes » qui ont été apportées à Marine Le Pen. Elles sont dans la tradition la plus purement stupide du combat contre le FN depuis trente ans, combat qui a donné les brillants résultats que l’on sait puisque le Front national se porte toujours aussi bien après avoir été donné pour mort au moins dix fois.

On pense à ce film de Pierre Tchernia, Le Viager, quand une famille achète une maison à un vieillard mourant qui ne meurt pas mais au contraire va de mieux en mieux. Mitterrand avait compris que la rigueur de 1983 ne passerait pas auprès du monde du travail. Pour faire oublier la libéralisation de la société française, bien réelle, a inventé sa fascisation en réanimant une vieille boutique droitarde fondée en 72, le FN, et en inventant les antifascistes qui allaient avec, ceux de SOS Racisme. Comme ça, le faux clivage ethnique devenait un moment du vrai problème économique qui passait au second plan.

Une bonne giclée de moraline

Trente ans après ou presque, on en est au même point, à la même grille de lecture et aussi imparfaites soient-elles, les analyses de Perrineau sur le gaucho-lepénisme sont à peine prises en compte car on ne doit pas dire que des ouvriers de gauche se sont mis à voter Le Pen quand il ne se sont pas réfugiés dans cette auto exclusion que représente l’abstention pour les couches populaires.
Alors quand Marine Le Pen parle de l’occupation musulmane, la gauche morale, celle qui a laissé se transformer un groupuscule des années 70 en éventuel parti de gouvernement reprend une bonne giclée de moraline et se rassure : « Tu vois, elle est comme son père, facho et compagnie » alors qu’il aurait fallu lui dire que ce n’était qu’un positionnement interne. De même, quand elle est régulièrement à quelques dizaines de voix de la mairie, voire de la circonscription d’Hénin-Beaumont, l’urgence n’est pas de faire du spectacle de rue antifasciste avec des clowns citoyens et des post brechtiens concernés, c’est d’écouter ce qu’elle dit sur la fierté ouvrière, les délocalisations, les salaires trop bas, la précarité et de dénoncer la captation thématique, la triangulation idéologique, en rappelant que dans le Conseil régional où elle siège, elle milite comme une banale ultralibérale pour l’allègement des charges des entreprises, notamment dans l’affaire de la fermeture de la raffinerie Total à Dunkerque.

Voilà, j’espère, comment l’autre gauche, celle qui se souvient de ce que sont des classes sociales, de la différence qu’il y a entre avoir le sentiment d’appartenance à l’une de ces classes et la conscience politique d’en faire partie, va enfin combattre Marine Le Pen sur le seul terrain qui vaille : celui de l’affrontement idéologique dur, programme contre programme.

Et Marine Le Pen apparaitra pour ce qu’elle est vraiment : non pas une raciste islamophobe qui peut faire un sujet de chanson pour rappeuse bobo finissant voilée mais le visage souriant, modernisé, du néo-libéralisme qui a de plus en plus besoin, paradoxalement, d’un tour de passe-passe nationaliste pour faire passer la mondialisation malheureuse.

L’ambassadeur britannique en Iran n’est pas assez diplomate

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Le député iranien Kazem Jalali, porte-parole de la commission des affaires étrangères du parlement, veut réduire au strict minimum les relations diplomatiques entre son pays et le Royaume-Uni. Lors d’une déclaration à la télévision d’Etat, Jalali a notamment dénoncé le comportement « impudent » de l’ambassadeur de Sa Gracieuse Majesté à Téhéran, Simon Gass.

Wikileaks n’est pour rien dans cette grosse colère, dont il faut plutôt rechercher les causes sur le site de l’ambassade où Simon Gass avait eu le mauvais goût d’écrire que son gouvernement suivrait avec toute l’attention qui s’impose les cas où des citoyens iraniens sont « privés de leurs libertés fondamentales ». Une affabulation intolérable, à laquelle Kazem Jalali a répondu du tac au tac : « Gass a écrit au sujet des violations des droits de l’homme en Iran, en oubliant les meurtres d’étudiants lors des récentes manifestations en Grande-Bretagne ».

Eh oui, chez les proches d’Ahmadinejad, on sait qu’il y a eu des manifs ce mois-ci à Londres, on a surement vu à la télé des affrontements très violents, et peut-être même un crime de lèse-majesté, on en a donc logiquement déduit que l’armée avait tiré dans le tas pour ramener la paix civile…

Et si les médias occidentaux ne nous ont rien dit sur ces meurtres barbares d’écoliers britanniques, c’est sans doute parce qu’ils sont tous aux mains des Anglais, voire pire…

Le signal de Baby Loup

285

La laïcité, c’est un droit. Même pour les enfants de Chanteloup les Vignes. Même pour les salariés du privé. En validant le licenciement d’une employée de la crèche Baby Loup qui refusait d’ôter son voile, le Conseil des Prud’hommes de Mantes la Jolie vient de donner un sacré coup de main à tous ceux qu’inquiètent les abandons de la République face aux revendications identitaires, à commencer par celles des islamistes qui prétendent, sous couvert de liberté de croyance, imposer leur loi à des populations reléguées dans des quartiers pudiquement dits difficiles et, de plus en plus, aux entreprises de notre pays. Par crainte d’être accusées d’islamophobie, celles-ci préfèrent souvent composer avec les demandes d’aménagements motivées par les pratiques religieuses – ou payer. Or, jusque-là, de grands esprits comme Louis Schweitzer, ancien président de la Halde et ex-patron de Renault, estimaient que les entreprises et autres institutions de droit privé ne pouvaient se prévaloir de la laïcité, comme si celle-ci ne devait avoir cours que dans l’enceinte des administrations.

Il n’est pas anodin que ce jugement très attendu ait été rendu par un Conseil des Prud’hommes implanté au cœur d’une banlieue ouvrière où chômage et islamisme ont progressé de concert. Si les juges du travail rendent, comme tous les autres, la justice au nom du peuple français, ils sont aussi les élus, sinon du peuple lui-même, du moins des partenaires sociaux. En faisant preuve du courage qui fait défaut à tant d’autres, en rappelant que la France, si elle accepte tous les individus, a le droit de refuser certaines pratiques, c’est à l’ensemble des citoyens de ce pays qu’ils ont rendu un insigne service. Et au passage, ils ont rassuré tous ceux qui redoutent que la défense de la laïcité soit abandonnée au Front national.

Les Conseillers savaient que leur décision aurait une portée symbolique allant bien au-delà du droit du travail. Devant une salle comble dans laquelle il avait autorisé les caméras, mais en l’absence de la plaignante et de son avocate, le Président Alain Dalencourt a lu tous les attendus d’un jugement motivé avec précision et qui, selon Louis Gayon et Richard Malka, les avocats de cette crèche associative ouverte 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, fera jurisprudence. Il faut en tout cas espérer que les magistrats qui devront, à l’avenir, trancher dans des conflits de cette nature, auront le courage de résister à l’air du temps. Au moins ne pourront-ils plus s’abriter derrière le droit pour accepter que l’on sape nos valeurs.

C’est d’abord parce que, conformément à l’article I de la Constitution, « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale » qu’un employeur peut exiger de ses salariés le respect de la neutralité qui fonde le « vivre-ensemble » à la française. Au passage, le magistrat a rappelé que la Halde, qui avait jugé le licenciement discriminatoire, allait revoir le dossier…tout en précisant que ses décisions ne s’imposaient nullement aux tribunaux. Et toc. Ce rappel est salutaire, tant pour la Haute autorité qui aimerait bien s’ériger en véritable juridiction, que pour tous les juges qui se laissent intimider par ses prises de position. Peut-être adoptera-t-elle désormais une définition de la liberté religieuse moins extensive et plus conforme à notre droit.

Devant le Tribunal, quelques jeunes musulmans excités proféraient insultes et menaces, dénonçant le lobby sioniste et les musulmans « traitres à la cause » pour proclamer que « l’islam est la solution ». Preuve, s’il le fallait, que les agissements des islamistes ne sont pas un fantasme d’islamophobes ou de réacs mal embouchés. Hier, à Mantes la Jolie, la République a remporté une bataille. Elle n’a pas encore gagné la guerre.

Nicolas Sarkozy, c’est nous !

8

Commençons par vider l’abcès afin que le lecteur sache vraiment d’où nous parlons et posons-nous la question-clef : partirions-nous en vacances avec Nicolas Sarkozy[1. Souvenons-nous de l’antienne de Thierry Roland : « Ah, ces deux-là, ils partiront pas en vacances ensemble ! »] ? La réponse est négative parce qu’il nous est arrivé de le rencontrer − trois ou quatre fois, je ne sais plus − et que cela nous a suffi pour nous rendre compte que nous n’appréciions pas particulièrement le bonhomme, loin s’en faut.[access capability= »lire_inedits »]

Seulement voilà, ce n’est pas à cette aune que nous devons juger une personnalité politique et a fortiori un chef de l’Etat, surtout quand c’est le nôtre[2. De chef. Et, surtout, d’Etat]. Qu’on aime ou pas le bonhomme, ce n’est pas la question, il est de toute manière le Président de la République et nous devons le juger uniquement sur ses actes, sans tomber dans l’obsession, ce qui tombe bien puisque c’est précisément le thème central de cette livraison.

Pourtant, les derniers démêlés d’une bonne partie de la presse française avec Nicolas Sarkozy révèlent qu’Icelui en obsède plus d’un. L’autre jour, l’amie Muriel Gremillet estimait, en conclusion d’un article brillant, que ceux qui s’opposent au Président n’étaient pas obligés de tomber dans tous les pièges − même grossiers − qu’il leur tend. On ne saurait mieux expliquer cette grave disposition d’esprit, laquelle pourrait bien avoir pour conséquence que nous en prenions pour cinq années supplémentaires. Coup de génie − dont je ne sais s’il est l’œuvre de Muriel ou d’un autre responsable de notre site − cet article était illustré par une photo absolument révélatrice, où l’on voit Nicolas Sarkozy dans la position d’un gourou et une flopée de journalistes l’entourant, carnets à la main, comme ensorcelés tel Mowgli devant le serpent du Livre de la jungle. Cette image en dit beaucoup sur le regard de la plupart des journalistes en particulier, mais aussi des Français en général sur celui qui préside aujourd’hui aux destinées de notre nation. Fascinés, voire ensorcelés, et dans la démesure − négative ou positive −, à l’image, justement, de l’objet de leur fascination.

Cette fascination vire parfois – et effectivement − à l’obsession, notamment sur le style présidentiel, et fait perdre de vue l’essentiel à la plupart des opposants à Nicolas Sarkozy, presse de gauche comprise. Or, ce qui nous obsède davantage, c’est qu’on ait pu dans notre République, dans notre démocratie, faire adopter par le Parlement, et sous un autre nom, un texte rejeté massivement par le peuple trois ans plus tôt. Où était donc Edwy Plenel le 4 février 2008, lorsque députés et sénateurs avalisèrent cette infamie ? Marianne nous gratifia-t-il d’une « une » sur le « voyou de la République » ? Nenni ! On préfère en appeler au sauvetage de la République en danger à l’occasion d’une séquence estivale − plutôt mal maîtrisée, d’ailleurs − et de roulottes mal garées[3. © Jérôme Leroy]. Et s’il n’y avait que les journalistes ! On se mobilise, on perd des journées de salaire, on évoque l’éventualité d’une grève générale à l’occasion du débat sur les retraites, lequel n’est pourtant qu’un corollaire des décisions prises en matière européenne et, lorsqu’on viole délibérément notre refus de participer à cette Europe-là, il ne se trouve personne pour aller prendre l’Elysée d’assaut, muni d’une fourche ou d’autre chose ! Voilà ce qui devrait obséder tous les Français !

Nicolas Sarkozy n’est pas dangereux lorsqu’il est « clivant ». En général, peu de temps après, il recule, car il s’agissait juste d’une séquence de com’. En revanche, lorsque Libé et Le Figaro l’approuvent de conserve, lorsque Plenel se tait, lorsque Marianne ne parle du sujet qu’en petit dans ses pages intérieures, il y a vraiment danger. Ce qui est inquiétant dans la France de 2010, c’est que l’anti-sarkozysme intelligent ait beaucoup de mal à trouver quelques porte-drapeaux médiatiques[4. A part peut-être à 7h15, chaque jour ouvrable sur Radio Luxembourg].

Et si Nicolas Sarkozy personnifiait notre renoncement collectif, notre frilosité collective à assumer un destin commun ? Et si notre laisser-faire au moment de l’adoption du Traité de Lisbonne révélait notre fatalisme, notre manque de courage et, pis, une communion – par paresse davantage que par adhésion − avec nos élites politiques et médiatiques ? Et si, effectivement, nous ne méritions, collectivement, pas autre chose que de choisir entre Sarkozy et Royal la dernière fois, entre Sarkozy et DSK, ou Aubry ou encore Royal, la prochaine fois ? Lorsqu’Eric Zemmour évoque une « mélancolie française », notre léthargie en février 2008 lui donne furieusement raison.[/access]

Bettencourt à Bollywood

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Des enregistrements mettant en cause un ministre adossés à une belle affaire de fric et de politique: l’Inde semble bien partie pour un remake bollywoodien de l’affaire Bettencourt. Le rôle du majordome est joué dans la version locale par Nira Radia, une lobbyiste représentant – entre autres – les intérêts de Ratan N. Tata, patron du conglomérat qui porte son nom.

Contrairement au cas français, Madame Radia n’est pas à l’origine des enregistrements. Une agence gouvernementale l’a, paraît-il, mise sous écoute dans le cadre d’une large enquête pour corruption, malversations et fraude fiscale.

La première victime de l’affaire est le ministre des infrastructures Kamal Nath, contraint à la démission, les enregistrements dévoilant son habitude de prélever une commission de 15% sur les marchés publics de son Ministère. A cette occasion, on se souviendra d’une visite de M. Nath en France en 2006, où il avait soutenu la candidature de Mittal au rachat d’Arcelor. « La France, disait-il il y a quatre ans, comme tous les autres pays, doit voir les choses telles ­qu’ elles sont : aujourd’hui, c’est nous qui sommes compétitifs ». Maintenant on comprend mieux pourquoi…