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Deep Throat, plus jamais ça !

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Quittons quelques instants les rives de la Politique et abordons des sujets plus légers, du genre de ceux qui se soulèvent à certaines pensées. 20minutes.fr nous apprend qu’une énième étude américaine établirait que le cancer punirait toutes les dames de, non seulement, fumer cigarettes et pipes, mais aussi de tailler ces dernières. Pis, il leur serait déconseillé, au grand dam de celles qui se battent vaillamment pour les droits féminins, d’encourager leurs compagnons à savoir compter au delà de 68.

Au pays de la Statue de la Liberté, donc, on ne verra plus L’Origine du Monde sur Facebook, comme l’écrit Marc Cohen mais il existe également pléthore de scientifiques pas mécontents de chercher à démontrer que la bagatelle nuit gravement à la santé.

D’après le Dr Bonnie Halpern-Felsher, professeur de médecine pédiatrique à l’Université de Californie à San Francisco, les ados étatsuniens ne s’en fichent pas, de leur santé. La doctoresse nous explique qu’ils ont tellement la trouille de choper une MST qu’ils favorisent, à tort selon elle, ces petits jeux avec leur bouche. Comme si le risque de choper autre chose – au hasard, un polichinelle dans le tiroir – n’était pas la première motivation de cette tendance…

Je ne sais pas vous mais moi, je suis bien content de vivre de ce côté de l’Atlantique. Ici, on peut en effet espérer que, si on a malheureusement importé certaines formes d’hygiénisme, la pudibonderie WASP aura davantage de mal à s’imposer, créant de fait un protectionnisme coquin salutaire. Si c’était le cas, ne le devrait-on pas en partie à Madame de Maintenon, pudibonde catholique quant à elle, qui avait encouragé le Roi-Soleil à révoquer l’Edit de Nantes, vidant la France de la grande majorité de ses parpaillots ? Ce serait une bien agréable ruse de l’Histoire.

Cygne blanc, cygne noir

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Ça se bouscule aux portillons pour danser avec Nathalie Portman. Ce n’est pas le cas de son personnage, Nina Myers, la danseuse de Black Swan, le nouveau film de Darren Aronofsky. Pourtant cette ballerine, à la grâce angélique et à la technique parfaite, serait une partenaire rêvée. Elle possède toutes les qualités nécessaires pour devenir la nouvelle danseuse étoile : gestes souples, cou dégagé, corps gracieux, pieds cambrés, beauté effarouchée. Une seule chose lui fait défaut : le désir de séduire.

Mais c’est bien Nina que Thomas Leroy, (Vincent Cassel) le chorégraphe du New York City Ballet, a choisi pour danser le cygne blanc et le cygne noir du ballet le plus célèbre du répertoire de la danse classique, le Lac des cygnes. La « sweet girl » doit donc impérativement se métamorphoser en Black Swan pour pouvoir danser les deux cygnes à la fois, être à la fois la vierge pure et la femme séductrice, être un corps dansant et un corps désirant. Sinon elle risque de se faire écarter par Lily, (Mila Kunis), cette nouvelle danseuse, fraîchement débarquée de Frisco qui, avec son regard aguicheur et son corps transporté par une énergie érotique, est complètement en accord avec le rôle du cygne noir.

D’apparence semblable, Lily est tout ce que Nina n’est pas. Nina est dans la maîtrise de son corps. Lily, elle, joue avec lui, comme elle joue avec le désir des hommes. Cette princesse de la nuit qui séduit et détourne est le double inversé de Nina. Et la caméra d’Aronofsky joue avec cette fausse ressemblance. Qui danse ? Lily ou Nina, le cygne blanc ou le cygne noir ? Les deux peut-être. Plus les reflets se répondent et se renversent, plus le spectateur est fasciné. La dualité conflictuelle qui habite le film l’hypnotise. Le décor en noir et blanc, la musique contrastée de Tchaïkovski, la mise en abyme de l’ambivalence troublante du Lac des cygnes, les mouvements à la fois retenus et spontanés des danseurs, transportent le spectateur dans une étrange ivresse. Alors même que tout ce jeu de clivages entre le même et l’autre s’avère fatal pour la psyché de la ballerine.

Eros convoqué à la barre

Délire de persécution, obsessions convulsives, fantasmes hallucinatoires, Black Swan s’inscrit dans le répertoire de Requiem for a dream, et Nina Myers s’invite au bal des psychotiques que Darren Aronofsky aime mettre en scène et qui auraient fait de parfaits cas d’étude pour le docteur Freud. L’originalité de Black Swan est d’aborder la dimension psychologique sous l’angle de la danse. Quel est le point commun entre la danse et la schizophrénie ? Le corps. Le corps de Nina est le lieu du mouvement comme le lieu du symptôme.

Aspirée par son reflet dans le miroir, Nina est prisonnière du carcan narcissique de sa propre image. Tiraillée entre un interdit qui culpabilise et d’un idéal de perfection qui inhibe, Nina a refoulé le désir d’exprimer la pulsion érotique qui arrache son corps à lui-même en le projetant au-delà de lui-même dans une sorte d’extase dionysiaque.

Nina ressemble à la ballerine de Paul Valery qui, « indifférente à tout ce qui l’entoure », « tisse de ses pas et construit de ses gestes » son propre monde. Le corps de Nina tourne sur lui-même comme la danseuse de sa boîte de musique.

Seulement voilà, Eros est convoqué à la barre. Le cygne noir vient perturber cette image apollinienne et égocentrique de la danse en réveillant, par l’élan de ses fouettés, le désir refoulé. Le couple de séducteurs, Thomas et Lily, déloge le corps de Nina en le détournant de son image. En embrassant Nina, Thomas ouvre une brèche dans laquelle le désir s’engouffre et le manque se crée. Lily, en superbe Reine du Sabbah, entraîne Nina dans une soirée rock’n’roll qui, entre drogue, drague et danse frénétique, est bien loin de sa chambre rose et des éclairages, tutus et corps contrôlés du ballet. Dans cette dépossession d’elle-même, Nina lâche prise et commence à vivre un peu.

Mais l’oeil culpabilisant de la mère plane et fait avorter la naissance de son corps désirant.
Cette mère possessive, jalouse et castratrice refuse de reconnaître la métamorphose de sa « sweet girl » en femme désirante et lui interdit de nommer le désir. C’est moins pour l’empêcher de se gratter qu’elle lui coupe les ongles que pour la déposséder de l’un des attributs de la féminité. Il faut que sa « sweet girl » reste sa « sweet girl ». Les multiples portraits qu’elle peint de sa fille témoignent de sa volonté délirante de maîtriser l’image de sa fille et de maintenir la relation fusionnelle et mortifère qui s’est installée entre elles. L’oedipe se reflète dans le miroir et s’inverse.
Ce n’est pas la fille qui tue la mère mais bien la mère qui tue la fille.

Si Black Swan est un film fascinant, il ne déroute pas pour autant. Aronofsky adopte le point de vue de Nina, sans toutefois s’y confondre. La caméra suit Nina comme son ombre mais reste, pour une grande partie du temps, à la surface de son corps en mouvement. Le spectateur est ainsi placé dans un entre-deux où il adhère aux visions délirantes de Nina sans en être le sujet. Comme Nina, le spectateur est victime de la confusion entre le réel et l’inconscient, mais, à la différence de la ballerine, il n’est ni absorbé ni dévoré par elle. Le spectateur goûte au vertige de l’illusion fictionnelle sans en subir le malaise vampirisant.
Darren Aronofsky n’est pas David Lynch. Black Swan ne noie pas le spectateur dans les méandres d’interprétations nébuleuses au sens jamais définitivement validé, comme c’est le cas dans Lost Highway.
Et la fin est l’apothéose du sens resté en suspension comme l’ont été les yeux du spectateur qui se sont accrochés à ligne sinueuse des bras légers et gracieux de Nina, dessinant dans le vide les battements d’ailes invisibles d’un cygne à la fois blanc et noir.

Requiem for a Dream

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CAC, c’est reparti comme en 40…

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D’ici quelques jours, on devrait connaître le montant des profits réalisés par les entreprises du CAC 40 pour l’année 2010. Après la progression de 86% réalisée au premier semestre, nul doute que ces résultats illustreront encore le décalage croissant entre les citoyens et les multinationales. Total avait ouvert le feu le 11 de ce mois, en annonçant plus de 10 milliards d’euros de bénéfices nets pour l’année et la distribution de 5 milliards d’euros de dividendes. Certes, le record de 2008 n’est pas atteint (13,9 milliards), mais la hausse du prix du baril permet d’espérer approcher ou battre ce record pour l’ensemble de l’année 2011.

BNP Paribas a annoncé cette semaine avoir réalisé un bénéfice net de 7,8 milliards (nouveau record pour le groupe, battant le résultat de 2007 grâce à l’absorption de Fortis). Le résultat opérationnel s’élève à 13 milliards d’euros pour un Produit Net Bancaire de 43,8 milliards, soit une marge opérationnelle proche de 30%. Même si en termes de marges, la BNP n’est pas encore au niveau de performances de 2007, cela montre que les grandes banques se sont vite remises de la crise.

Plus globalement, les entreprises du CAC 40 ont vu leurs profits augmenter de 86% au premier semestre pour atteindre à peu près de 42 milliards d’euros et le chiffre attendu sur l’ensemble de l’année 2010 devrait dépasser les 80 milliards. Il est vrai que les profits des 40 premières cotisations françaises a atteint 101 milliards d’euros en 2007 mais il ne faut pas oublier que trois ans avant, en 2004 ces mêmes profits s’élevaient à 57 milliards « seulement ». En clair, dès la première année de sortie de crise, le CAC 40 va réaliser son troisième grand cru de l’histoire derrière ceux de 2007 et 2006.

Une inégalité très problématique

Le décalage entre les multinationales et le reste de la société est extrêmement choquant. Pendant que les sociétés du CAC 40 ont retrouvé croissance, profits et dividendes, le chômage a continué de progresser et les hausses de prix de rogner le pouvoir d’achat des ménages. Bref, les effets de la crise se font lourdement sentir par la grande majorité de la population.

Tout porte à croire que le record de 2007 sera battu dès 2011, voire 2012. Et cela pose plusieurs problèmes. L’Etat venait au secours des multinationales quand elles allaient mal, et n’a pas hésité à s’endetter pour renflouer leurs caisses. Or, ce sont les mêmes banques – aidées hier par les Etats – qui leurs prêtent aujourd’hui de l’argent. Dans ces opérations très profitables les banques trouvent dans la BCE une complice.

On peut – et on doit – se demander si certains profits ne sont pas excessifs. Des marges opérationnelles de 30 ou 40% sont-elles normales dans des secteurs comme la banque ou la pharmacie ? Ne s’agit-il pas d’une rente de position ? En outre, cette logique de course effrénée après les marges qui a poussé Renault – elle aussi aidée par l’Etat – à diviser par deux sa production en France.

Les énormes et rapides profits réalisés par les grandes multinationales sont autant d’indices d’un disfonctionnement majeur de notre organisation économique. Les écarts qui se creusent entre elles et le reste de la société indiquent que la crise sociale est toujours devant nous.

Kadhafi, la compil

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Avant de nous séparer d’avec le Guide de la grande révolution de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste (alias « Frère guide » pour les amis), nous vous avons préparé un florilège de citations qui sont autant de perles de sagesse, modestie et clairvoyance. Méditons-nous ces versets car, paraît-il, celui qui les a proféré sera bientôt obligé de nous quitter, comment dire, un peu précipitamment, pour cause de manque de gratitude d’un peuple d’égoïstes ingrats qui ne pensent qu’à leurs gueules.

« Je suis un leader international, le doyen du monde arabe, le rois des rois d’Afrique et l’imam des Musulmans et mon statut international ne me permet pas de m’abaisser à un niveau inférieur ». Mouammar Kadhafi en quittant le sommet arabe réuni en Arabie Saudite, le 31 mars 2009

« Il y a des indices selon lesquels Allah va accorder aux Musulmans une victoire en Europe. Une victoire sans sabres, ni canons, ni conquêtes. Les 50 millions de musulmans d’Europe la transformeront en continent musulman. » Mouammar Kadhafi explique les choses carrément sur Al-Jazeera

« Tout musulman dans n’importe quel endroit au monde qui aura de contacts avec la Suisse est un apostat, il est contre Mahomet, Dieu et le Coran ». Mouammar Kadhafi garde son sang-froid en traitant une récente crise internationale

« Vous, le peuple tunisien, venez de subir une grande perte. Il n’y pas mieux que Ben Ali pour gouverner la Tunisie ». Mouammar Kadhafi, avec sa clairvoyance habituelle, prépare le terrain pour un voisinage réussi pendant son exil prochain.

Nous voudrions terminer cet hommage avec un cri de cœur au peuple libyen : faites tout ce que vous voulez avec le « Frère guide » mais de grâce, laissez-nous Hannibal ! La vie en démocratie est souvent bien morne et elle le sera davantage sans les moments comiques que nous a accordé avec autant de régularité que de générosité ce prince du désert.

incroyable mais vrai

Pessimisme optimal

photo : weblocataire

L’info ne dort jamais, il paraît. Apparemment, elle ne prend pas de vacances non plus ! À peine réveillé du réveillon, vous voilà, comme tous les Français, consacré par voie de sondages « champion du monde du pessimisme ». Et pas un sondage, deux ! La Croix et Le Parisien ont en effet eu l’idée sadique d’envoyer l’IFOP et BVA cuisiner par clics des échantillons représentatifs des populations de plein de pays du monde en pleine période éminemment anxiogène de la fin de l’année. Et voilà le Français qui débute l’année 2011 en champion du monde de la loose.[access capability= »lire_inedits »]
Normalement, je me gausse de ce genre de statistique de l’état d’âme, ici mondialisée de surcroît, mais l’écho qu’a suscité la breaking news m’a sidéré et inquiété − du coup pour de bon.

Donc, la Chine et le Brésil, en tête des pays émergents, ont un moral d’acier − vu que c’est un peu leur tour de rigoler dans le manège de la croissance − mais les Afghans, les Irakiens et les Nigérians (sic !) auraient, eux aussi, plus la pêche que nous, sans parler de nos copains de la « vieille Europe » qui, à sort équivalent, garderaient plutôt le sourire. Après l’annonce de notre nouvelle médaille d’or 2010 dans une discipline que nous survolons impérialement depuis plusieurs années, la « conso d’antidépresseurs », c’est l’info de trop : l’édredon médiatique est salement secoué. Tous supports confondus et confondants, Internet compris, c’est la grande mobilisation générale de tous les arguments encore en âge et en état de servir pour contredire, contester, atténuer l’horreur de ce podium, avec convocation des experts en tenue de combat pour fournir un alibi à notre peuple honteusement montré du doigt.

La nature grincheuse du Français moyen

Sur les plateaux, les bataillons méthodos montent à l’assaut, de biais : « Nous avons le taux de natalité le plus élevé d’Europe, 2010 est un record de ventes de voitures, de places de ciné, de ventes d’écrans plats, les soldes cartonnent et les restos affichent complet le samedi soir ! C’est bidon, y’a un loup ! »
Les troupes d’élites nous servent dans la foulée une « nature grincheuse du Français moyen » qui fait long feu, avant de tirer l’analyse fatale du « sentiment de bonheur comme différentiel entre avant et maintenant ».

Je zappe, je navigue, je passe en revue des cohortes de chroniqueurs qui ont pour tâche quotidienne d’essorer jusqu’à l’os tous les arguments humainement concevables sur les sujets que l’actualité s’efforce de leur apporter, (Y’a pas que des causeurs d’élite !) à la recherche d’un décryptage à la hauteur de notre sombre sacre. Rien ! Pas même une journaliste en HD, magnifique échantillon de notre échantillon représentatif pour porter haut ce trophée et le faire embrasser par l’ensemble du plateau, invités, techniciens blasés et public playmobilisé compris. Que dalle sinon la honte, des explications contrites, au mieux une colère noyée dans des alibis de papier mâché.

Indigne aréopage de commentateurs, appointés ou non, de la bande passante, jetez seulement un coup d’œil sur le monde dont vous êtes les contemporains. N’y voit-on pas un capitalisme à court de ses bienfaits ne nous distillant plus que son venin − très conformément à la description trop visionnaire d’un certain Karl M. − ; des pays pauvres accédant, conformément à notre promesse, au confort de notre modèle − sauf qu’entre-temps on s’est rendu compte qu’il avait des vices cachés ; une dissuasion nucléaire déclinée en missiles faciles d’emploi auquel ont désormais accès des chefs d’Etat qui clament leur désir de s’en servir ; un vieux problème de copropriété dans un désert s’enkystant au point de littéralement diviser la planète en deux ; un pouvoir économique ayant visiblement pris la mesure du politique, au point qu’il ne reste à nos élus que l’écharpe d’apparat pour la photo de classe à Davos.

Bon, pas de quoi se flinguer non plus, une humanité exponentielle a dans le même temps exponentiellement amélioré ses conditions de vie : mais pardonnerez-moi de ne pas sauter de joie ! La crise alimentaire, la surpopulation, les variations climatiques et le retour des fondamentalismes en fond d’écran, et je ne suis pas loin de penser qu’une personne un tant soit peu en phase avec son temps est juste lucide en se déclarant très peu optimiste.
Moi, c’est plutôt à cette France-là que je pourrais être fier d’appartenir, celle à qui Cioran déclarait son attachement : « Je ne crois pas que je tiendrais tant aux Français s’ils ne s’étaient pas tant ennuyés au cours de leur histoire. Leur ennui est dépourvu d’infini. C’est l’ennui de la clarté. C’est la fatigue des choses comprises. »

Mais à l’écran, les cellules psychologiques viennent maintenant rappeler ces rabat-joie de Français au devoir civique de porter le masque guilleret de la méthode Coué.
Aux armes, citoyens enjoués ![/access]

Obama ? Yes, he has !

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Tous les grands noms de la presse américaine étaient là face à une salade de légumes d’hiver tristement diététique et face à un choix non moins désolant entre une mini portion de bar grillé ou un carré d’agneau découpé en tranches quasi transparentes. Et pas un seul d’entre eux, pas un seul des journalistes conviés par Michelle Obama à célébrer le premier anniversaire du lancement de sa campagne « Let’s Move ! », destinée à réduire la progression de l’obésité enfantine, n’aurait pu dire, même avec la meilleure volonté du monde, qu’il participait à un évènement marquant. La conversation autour de la table languissait. Dehors il neigeait.
C’est alors que quelqu’un du bout de la table a posé the question décisive pour l’avenir du pays : « Pardonnez-moi, Monsieur le Président a-t-il réussi à arrêter de fumer ? »

Comme le saisirent les chroniqueurs, quelque chose d’intensément profond et fier se refléta alors dans le regard de la First Lady, quelque chose de majestueux. La tension autour de la table était devenue insupportable. L’espoir que tout soit encore possible, et que l’on avait cru éteint à jamais, étincela à nouveau. Puisque, inutile de le préciser, avec un Président non-fumeur, avec un Président ayant été capable de vaincre le vice hideux du tabagisme, avec un Président sain dans son corps comme sain dans son âme, tout, absolument tout, semblait à nouveau réalisable. Faire baisser le chômage ? Sauver l’industrie automobile ? Relancer l’économie ? En finir une fois pour toutes avec les bonus des banquiers ? Stopper net l’expansion massive de la dette ? Bagatelles que tout cela ! Seulement, seulement… Monsieur le Président, a-t-il arrêté de fumer ? Et Michelle Obama de relever la tête pour déclarer : « Yes, he has ! »

Et voilà que les plus grands noms de la presse américaine se levèrent comme un seul homme pour acclamer celui qui permettra aux Etats-Unis de « gagner le futur », d’oublier le déclinisme, de surpasser le reste du monde dans l’innovation. La nouvelle se propagea à une vitesse orbitale. Pas un seul média digne de ce nom n’osa la négliger (ce qui explique son annonce dans Causeur).

Et puis sont tombées les premières évaluations des changements, tant attendus, vers un avenir meilleur. Les Etats-Unis comptent ne comptent désormais plus 40 millions de fumeurs mais seulement 39.999.999.

On attendait d’Obama des résultats concrets, chiffrés. En voilà !

Zemmour face au politiquement correctionnel

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Eric Zemmour a donc été condamné. On oserait dire comme prévu, tant sa condamnation semblait inéluctable.
Vendredi dernier dès l’annonce du jugement, j’en ai débattu à chaud avec Vincent Cespédès pour l’émission Médias diffusée sur France 5 et nous n’étions pas d’accord. Je trouve que le juge n’aurait pas du s’immiscer dans le débat suscité par les propos tenus par Eric Zemmour sur les trafiquants qui sont majoritairement noirs et arabes, faisant le constat et uniquement le constat de leur sur-représentation dans la population carcérale ou judiciaire.

Format télévisuel oblige, l’échange a été bref et pour tout dire frustrant car avec l’esprit d’escalier qui caractérise les avocats, je me suis dit que j’aurais bien argumenté davantage. Je maintiens que ces propos pour être brutaux ne sont que le reflet d’une réalité tout aussi brutale et qu’à aucun moment il n’a été soutenu par Eric Zemmour une improbable prédestination raciale ou génétique à cette situation, ce qui pour le coup aurait été une diffamation raciale.

Mais surtout Vincent Cespédès a évoqué un point sur lequel je n’ai pu répondre et qui me laisse perplexe (Puisse-t-il lire Causeur et m’apporter la contradiction!!). Il a fait allusion à un précédent échange entre Eric Zemmour et Rockhaya Diallo, Présidente des Indivisibles, au terme duquel il lui aurait dit qu’elle était de race noire et lui de race blanche, premier signe annonciateur du « dérapage » chez Thierry Ardisson. Bref Eric Zemmour serait raciste parce qu’il évoque les races.

Et c’est bien là pour moi que se noue toute l’ambiguïté des poursuites judiciaires. Car enfin, dire de Rokhaya Diallo, que je connais bien pour m’opposer à elle assez régulièrement sur les ondes de RTL, qu’elle est noire me semble tout aussi évident et incontestable, que de dire que je suis blanc ou que Jackie Chan est asiatique. Y-a-t-il dans ces constats objectifs quoi que ce soit de pernicieux ? Evidemment non, mais on sent bien que le concept de race qui les sous-tend met mal à l’aise, comme si son seul énoncé était le premier pas vers la délinquance d’opinion.

Dans ces conditions, haro sur le législateur lui-même qui pour fonder les infractions de discrimination, de provocation, de diffamation et d’injure raciales recourt précisément à cette notion.
Dès lors on serait raciste, forcément raciste, si l’on distingue des races alors même que pour permettre de caractériser des infractions on y fait appel. La notion de race serait donc un concept à consistance variable à n’évoquer sous aucun prétexte, sauf à l’appui de poursuites ?
La race n’existerait en creux, que de façon négative, comme l’illustration d’un comportement négatif et dénigrant.

Pourtant pour réclamer une discrimination positive les associations militantes mettent en branle les notions d’origine et/ou de race, conçues cette fois de façon positive. Quand le CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires) dénonce la sous-représentation criante de certaines minorités au sein de la télévision publique, à quel concept fait-il référence ?

De la même façon lorsqu’il se félicite de la mise en place d’un baromètre de la diversité au sein du CSA ( Conseil Supérieur de l’Audiovisuel), l’un des critères choisis est  » la diversité des origines  » qui classe les personnes en : « vus comme ” Blancs” » et « vus comme ” Noirs ” », « vus comme ” Arabes ” », « vus comme ” Asiatiques ” » et « vus comme ” autres ” » les dernières catégories pouvant être regroupés sous la catégorie « vus comme ” Non Blancs ” » (sic). Que de pudiques circonvolutions pour ne pas nommer l’innommable.

A suivre ce raisonnement l’origine ethnique serait acceptable lorsqu’elle fonde un droit ou une demande émanant d’une minorité et ne l’est plus lorsqu’elle se borne à décrire une situation inverse ou non conforme.
L’origine des citoyens doit être pris en compte pour lutter contre leur sous-représentation et pudiquement tue lorsque on évoque une anormale sur-représentation. Il eut été plus juste de s’interroger sur les raisons de la situation décrite par Eric Zemmour, comme la ghettoïsation de certains quartiers et la misère sociale qui accompagne leur paupérisation, l’échec du modèle républicain, la faillite de l’assimilation, le chômage, l’école etc….
Mais non, on a préféré se dire qu’en taisant le constat on s’épargnait de le prendre en compte et de devoir le régler.

Je crains qu’Eric Zemmour ne paye judiciairement l’audace d’avoir voulu affronter la réalité que la société regarde « les yeux grands fermés » (pour reprendre le titre du livre de la démographe Michèle Tribalat sur le traitement aveugle de l’immigration).

Je n’ai pas lu les attendus du jugement et me garderais bien de critiquer cette décision car ce n’est pas mon rôle.

Je ne hurle pas au déni de justice mais simplement au déni du réel.

Les yeux grands fermés (L'immigration en France)

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Belgique : une révolution ? Non, Sire, un monôme !

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Certes, elle était bien sympathique, cette « révolution des frites » organisée par un quarteron d’étudiants belges, flamands et francophones pour protester contre l’absence persistante de gouvernement fédéral deux cent cinquante jours après les élections législatives. Mais peut-on affirmer, à l’instar de l’ami Jérôme Leroy qu’en Belgique : « la jeunesse a démenti avec humour les prévisions séparatistes, rattachistes, micronationalistes ou évaporationnistes en lançant la « révolution des frites », reprenant un symbole gastronomique national ». La jeunesse ? Tout au plus un petit millier d’étudiants se sont mobilisés à la suite de cet appel, principalement à Bruxelles, où la fibre « belgicaine » de la bourgeoisie francophone, petite est grande est largement plus solide qu’en Wallonie. Leurs alliés flamands se trouvent, comme par hasard, dans les amphis de la VUB (Université libre de Bruxelles, section néerlandophone) où se retrouvent profs et étudiants marqués à gauche, issus des milieux cultureux et bobos flamands fréquentant les estaminets de la rue Adrien Dansaert.

Cela fait-il un peuple ? Cela suffit-il pour effacer du réel belge le constat de l’avocat et député wallon Jules Destrée dans sa fameuse « Lettre au Roi » d’août 1912, dont l’évidence n’a pas été démentie un siècle plus tard : « Et maintenant que me voilà introduit auprès de Vous, grâce à cette sorte de confession, laissez-moi Vous dire la vérité, la grande et horrifiante vérité : Sire (…) Vous régnez sur deux peuples. Il y a en Belgique, des Wallons et des Flamands ; il n’y a pas de Belges ». Le seul reproche que l’on peut faire à cette adresse est de passer sous silence l’existence de quelques dizaines de milliers de Belges germanophones dont la discrétion dans le conflit communautaire a garanti la tranquillité et la prospérité. La vigilance de puissances, le poids de l’église catholique et l’enrichissement général lié à la révolution industrielle et à l’exploitation du Congo avaient contribué à donner l’illusion que la Belgique était une nation d’évidence. Son lent, mais inéluctable, délitement depuis les années soixante du siècle dernier arrive aujourd’hui à son terme.

A moins d’être un tenant attardé de la théorie des avant-gardes guidant le peuple vers une lumière qu’il n’est pas en mesure d’apercevoir du fond de son aliénation, ce monôme, organisé par quelques étudiants d’outre-Quiévrain en mal de « guindaille » ne saurait être présenté comme une révolution en marche.
On n’entend pas gronder la colère populaire dans le Hainaut profond, du côté des friches industrielles du Borinage, ni dans la Flandre industrieuse où l’on se soucie, de Anvers à Hasselt, davantage de la compétitivité de l’économie provinciale que du destin d’un royaume issu d’un compromis obsolète…

On pourrait croire à cette levée en masse d’un peuple belge pour le maintien de la Belgique, si la manif remarquablement vendue aux médias par quelques étudiants malins s’était prolongée par une présence régulière d’un foule bilingue sur la Grand Place de Bruxelles, exigeant la perpétuation du pays de Rubens, Magritte et Monsieur Beulemans.

Or, il faut bien constater qu’il n’en est rien, et que le roi des Belges ne sera pas conforté sur son trône par un mouvement populaire suffisamment puissant pour faire pièce à l’irrésistible ascension d’un nationalisme flamand géré de main de maître par Bart de Wever. Il ya même fort à parier que si ce pauvre Albert II venait à passer ad patres, son héritier, Philippe, haï des Flamands, irait rejoindre rapidement la cohorte des familles royales sans royaume…

Enfin, cher Jérôme Leroy, il est toujours mal venu de parler de corde dans la maison d’un pendu, et de « pays réel versus pays légal » à propos du pays de l’inventeur de cette formule. Il s’appelle Léon Degrelle, le Doriot wallon, qui parvint, lui, à échapper à la mort au combat ou au juste châtiment pour mourir de vieillesse en Espagne en 1994.

Pas de fesses sur Facebook (et encore moins du reste…)

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L’artiste danois Frode Steinicke a eu la mauvaise surprise de voir sa page Facebook désactivée. Motif ? Pornographie ! En effet comme le répète à l’envi Mark Zuckerberg, FB doit demeurer à tout prix un site « sûr à visiter, y compris pour les nombreux enfants qui l’utilisent »

On rigole déjà devant tant de pudibonderie chariaoïde, et on sera encore plus épaté quand on saura que la photo supposément obscène incriminée par le réseau social n’était autre que « L’origine du Monde » de Gustave Courbet.

Contrairement à une légende urbaine bien ancrée, le tableau, réalisé en 1886 n’avait entrainé, à l’époque ni misères juridiques, ni boycott à son auteur, juste quelques critiques hostiles, vite noyées sous les commentaires justement enthousiastes.

Avec le progrès, faut croire que les choses changent : s’il vivait aujourd’hui, Courbet serait radié de Facebook, ce qui pour certains, est pire qu’une condamnation à mort…

Génération dyslexique ?

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Difficultés d’apprentissage ! Tatsouinnnnnnn ! Le psy scolaire l’a dit, le verdict est tombé, votre enfant souffre de difficultés d’apprentissage. Diagnostic salvateur qui soulage tout à la fois les parents – non, ils ne sont pas démissionnaires-, le prof – si, si, il a tout bien fait comme le veut l’EN -, et le principal intéressé qui ne sera pas privé de dessert, pardon, de Nintendo. Chouette !

Longtemps ignorées, les « difficultés d’apprentissage » ont relégué dans la catégorie feignasse, turbulent, voire débile nombre d’écoliers atteints de dyslexie, dyscalculie, trouble de l’attention et autre hyperkinésie.

On ne peut que se réjouir de voir ces difficultés enfin prises en compte et surtout se féliciter des méthodes mises en place pour porter remède à ces scories qui plombaient parfois la scolarité d’enfants de bonne volonté.

Toutefois, dans le large panel des diagnostics expliquant pourquoi Noémie est nulle en fraction et pourquoi Sam a fait 28 fautes dans une dictée de 40 mots, on ne trouve plus la sacro-sainte flemme qui pourtant s’abat sur chacun à tout âge comme la vérole sur le bas clergé.

Àl’instar des animaux malades de la peste, nous n’en mourons pas tous, de cette divine paresse, mais nous sommes tous atteints. Du plus petit jusqu’au plus grand.

Quel écolier, le plus modèle, le plus abonné au prix d’excellence, le plus premier classe, et, par voie de conséquence, le plus détesté de ses condisciples, n’a jamais succombé à la flemme, la très humaine flemme ?

La table de multiplication par huit, alors que le Spirou vient d’arriver ? Même pas en rêve ! L’accord des participes passés pronominaux à l’heure de Titi et Grominet ? C’est une blague ? Est-ce qu’on vous demande de calculer votre feuille d’impôt à l’heure de l’apéritif ? Hein ? Non, mais !

Cette paresse si compréhensible et surtout si pardonnable lorsqu’elle n’est que passagère était naguère un paramètre connu et pris en compte par les enseignants.

Et la période des examens, si redoutée, certes, offrait au flemmard la possibilité de se raccrocher aux branches lors du sprint final. On a eu chaud aux fesses, mais, in extremis, sachant qu’on n’est jamais aussi bon que dans l’urgence, on est passé dans la classe supérieure. En route pour deux mois de vacances, flemme comprise !

Mais l’EN ne pouvait en rester là. Et a imaginé un machin très chouette, mortel pour les paresseux occasionnels : l’évaluation continue !

Tiens, feignasse, attrape ! Fini de rire ou de bailler, de compter les mouches ou de rêvasser. Tu ne te rattraperas plus sous le soleil de juin, c’est maintenant, c’est tout de suite et tout au long de l’année qu’il te faut connaître la formule pour calculer la surface d’un trapèze, le subjonctif imparfait du verbe « naître », le réseau hydraulique de la Haute-Savoie et les finesses du Traité de Westphalie.

Pourtant ces passages à vide, cette légitime envie de glandouiller, ce léger « à quoi bon », permettait aux têtes blondes de reprendre leur souffle et même de s’ouvrir à d’autres matières, moins scolaires et d’autant plus intéressantes. Un privilège de l’enfance, un des rares qui n’avait pas encore été aboli.

Mais l’enfance n’a plus droit de cité, elle est devenue comme le reste de la société : fonctionnelle !

Mieux encore : professionnelle.

Car partout en Europe, l’EN, ou ce qui en tient lieu, prend ses ordres auprès des futurs employeurs ! C’est dès la plus tendre enfance que sera formée la cohorte à venir des travailleurs toute catégorie. Dyslexique peut-être, mais bosseur régulier ! Et foin de cours de philo, qui encombrent les cerveaux. Remplacez-moi tout ça par une bonne formation au tableur Excel ! Ça au moins, ça ouvre les portes des entreprises !

Et comme les entreprises sont assez circonspectes quant à la flemme, elles pencheraient plutôt pour l’évaluation continue qui permet de contrôler chacun à tout moment et à tout propos.

On peut toutefois se demander pourquoi, si les entreprises dictent leurs conditions, ce ne sont pas elles qui financent les formations.

Deep Throat, plus jamais ça !

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Quittons quelques instants les rives de la Politique et abordons des sujets plus légers, du genre de ceux qui se soulèvent à certaines pensées. 20minutes.fr nous apprend qu’une énième étude américaine établirait que le cancer punirait toutes les dames de, non seulement, fumer cigarettes et pipes, mais aussi de tailler ces dernières. Pis, il leur serait déconseillé, au grand dam de celles qui se battent vaillamment pour les droits féminins, d’encourager leurs compagnons à savoir compter au delà de 68.

Au pays de la Statue de la Liberté, donc, on ne verra plus L’Origine du Monde sur Facebook, comme l’écrit Marc Cohen mais il existe également pléthore de scientifiques pas mécontents de chercher à démontrer que la bagatelle nuit gravement à la santé.

D’après le Dr Bonnie Halpern-Felsher, professeur de médecine pédiatrique à l’Université de Californie à San Francisco, les ados étatsuniens ne s’en fichent pas, de leur santé. La doctoresse nous explique qu’ils ont tellement la trouille de choper une MST qu’ils favorisent, à tort selon elle, ces petits jeux avec leur bouche. Comme si le risque de choper autre chose – au hasard, un polichinelle dans le tiroir – n’était pas la première motivation de cette tendance…

Je ne sais pas vous mais moi, je suis bien content de vivre de ce côté de l’Atlantique. Ici, on peut en effet espérer que, si on a malheureusement importé certaines formes d’hygiénisme, la pudibonderie WASP aura davantage de mal à s’imposer, créant de fait un protectionnisme coquin salutaire. Si c’était le cas, ne le devrait-on pas en partie à Madame de Maintenon, pudibonde catholique quant à elle, qui avait encouragé le Roi-Soleil à révoquer l’Edit de Nantes, vidant la France de la grande majorité de ses parpaillots ? Ce serait une bien agréable ruse de l’Histoire.

Cygne blanc, cygne noir

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Ça se bouscule aux portillons pour danser avec Nathalie Portman. Ce n’est pas le cas de son personnage, Nina Myers, la danseuse de Black Swan, le nouveau film de Darren Aronofsky. Pourtant cette ballerine, à la grâce angélique et à la technique parfaite, serait une partenaire rêvée. Elle possède toutes les qualités nécessaires pour devenir la nouvelle danseuse étoile : gestes souples, cou dégagé, corps gracieux, pieds cambrés, beauté effarouchée. Une seule chose lui fait défaut : le désir de séduire.

Mais c’est bien Nina que Thomas Leroy, (Vincent Cassel) le chorégraphe du New York City Ballet, a choisi pour danser le cygne blanc et le cygne noir du ballet le plus célèbre du répertoire de la danse classique, le Lac des cygnes. La « sweet girl » doit donc impérativement se métamorphoser en Black Swan pour pouvoir danser les deux cygnes à la fois, être à la fois la vierge pure et la femme séductrice, être un corps dansant et un corps désirant. Sinon elle risque de se faire écarter par Lily, (Mila Kunis), cette nouvelle danseuse, fraîchement débarquée de Frisco qui, avec son regard aguicheur et son corps transporté par une énergie érotique, est complètement en accord avec le rôle du cygne noir.

D’apparence semblable, Lily est tout ce que Nina n’est pas. Nina est dans la maîtrise de son corps. Lily, elle, joue avec lui, comme elle joue avec le désir des hommes. Cette princesse de la nuit qui séduit et détourne est le double inversé de Nina. Et la caméra d’Aronofsky joue avec cette fausse ressemblance. Qui danse ? Lily ou Nina, le cygne blanc ou le cygne noir ? Les deux peut-être. Plus les reflets se répondent et se renversent, plus le spectateur est fasciné. La dualité conflictuelle qui habite le film l’hypnotise. Le décor en noir et blanc, la musique contrastée de Tchaïkovski, la mise en abyme de l’ambivalence troublante du Lac des cygnes, les mouvements à la fois retenus et spontanés des danseurs, transportent le spectateur dans une étrange ivresse. Alors même que tout ce jeu de clivages entre le même et l’autre s’avère fatal pour la psyché de la ballerine.

Eros convoqué à la barre

Délire de persécution, obsessions convulsives, fantasmes hallucinatoires, Black Swan s’inscrit dans le répertoire de Requiem for a dream, et Nina Myers s’invite au bal des psychotiques que Darren Aronofsky aime mettre en scène et qui auraient fait de parfaits cas d’étude pour le docteur Freud. L’originalité de Black Swan est d’aborder la dimension psychologique sous l’angle de la danse. Quel est le point commun entre la danse et la schizophrénie ? Le corps. Le corps de Nina est le lieu du mouvement comme le lieu du symptôme.

Aspirée par son reflet dans le miroir, Nina est prisonnière du carcan narcissique de sa propre image. Tiraillée entre un interdit qui culpabilise et d’un idéal de perfection qui inhibe, Nina a refoulé le désir d’exprimer la pulsion érotique qui arrache son corps à lui-même en le projetant au-delà de lui-même dans une sorte d’extase dionysiaque.

Nina ressemble à la ballerine de Paul Valery qui, « indifférente à tout ce qui l’entoure », « tisse de ses pas et construit de ses gestes » son propre monde. Le corps de Nina tourne sur lui-même comme la danseuse de sa boîte de musique.

Seulement voilà, Eros est convoqué à la barre. Le cygne noir vient perturber cette image apollinienne et égocentrique de la danse en réveillant, par l’élan de ses fouettés, le désir refoulé. Le couple de séducteurs, Thomas et Lily, déloge le corps de Nina en le détournant de son image. En embrassant Nina, Thomas ouvre une brèche dans laquelle le désir s’engouffre et le manque se crée. Lily, en superbe Reine du Sabbah, entraîne Nina dans une soirée rock’n’roll qui, entre drogue, drague et danse frénétique, est bien loin de sa chambre rose et des éclairages, tutus et corps contrôlés du ballet. Dans cette dépossession d’elle-même, Nina lâche prise et commence à vivre un peu.

Mais l’oeil culpabilisant de la mère plane et fait avorter la naissance de son corps désirant.
Cette mère possessive, jalouse et castratrice refuse de reconnaître la métamorphose de sa « sweet girl » en femme désirante et lui interdit de nommer le désir. C’est moins pour l’empêcher de se gratter qu’elle lui coupe les ongles que pour la déposséder de l’un des attributs de la féminité. Il faut que sa « sweet girl » reste sa « sweet girl ». Les multiples portraits qu’elle peint de sa fille témoignent de sa volonté délirante de maîtriser l’image de sa fille et de maintenir la relation fusionnelle et mortifère qui s’est installée entre elles. L’oedipe se reflète dans le miroir et s’inverse.
Ce n’est pas la fille qui tue la mère mais bien la mère qui tue la fille.

Si Black Swan est un film fascinant, il ne déroute pas pour autant. Aronofsky adopte le point de vue de Nina, sans toutefois s’y confondre. La caméra suit Nina comme son ombre mais reste, pour une grande partie du temps, à la surface de son corps en mouvement. Le spectateur est ainsi placé dans un entre-deux où il adhère aux visions délirantes de Nina sans en être le sujet. Comme Nina, le spectateur est victime de la confusion entre le réel et l’inconscient, mais, à la différence de la ballerine, il n’est ni absorbé ni dévoré par elle. Le spectateur goûte au vertige de l’illusion fictionnelle sans en subir le malaise vampirisant.
Darren Aronofsky n’est pas David Lynch. Black Swan ne noie pas le spectateur dans les méandres d’interprétations nébuleuses au sens jamais définitivement validé, comme c’est le cas dans Lost Highway.
Et la fin est l’apothéose du sens resté en suspension comme l’ont été les yeux du spectateur qui se sont accrochés à ligne sinueuse des bras légers et gracieux de Nina, dessinant dans le vide les battements d’ailes invisibles d’un cygne à la fois blanc et noir.

Requiem for a Dream

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CAC, c’est reparti comme en 40…

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D’ici quelques jours, on devrait connaître le montant des profits réalisés par les entreprises du CAC 40 pour l’année 2010. Après la progression de 86% réalisée au premier semestre, nul doute que ces résultats illustreront encore le décalage croissant entre les citoyens et les multinationales. Total avait ouvert le feu le 11 de ce mois, en annonçant plus de 10 milliards d’euros de bénéfices nets pour l’année et la distribution de 5 milliards d’euros de dividendes. Certes, le record de 2008 n’est pas atteint (13,9 milliards), mais la hausse du prix du baril permet d’espérer approcher ou battre ce record pour l’ensemble de l’année 2011.

BNP Paribas a annoncé cette semaine avoir réalisé un bénéfice net de 7,8 milliards (nouveau record pour le groupe, battant le résultat de 2007 grâce à l’absorption de Fortis). Le résultat opérationnel s’élève à 13 milliards d’euros pour un Produit Net Bancaire de 43,8 milliards, soit une marge opérationnelle proche de 30%. Même si en termes de marges, la BNP n’est pas encore au niveau de performances de 2007, cela montre que les grandes banques se sont vite remises de la crise.

Plus globalement, les entreprises du CAC 40 ont vu leurs profits augmenter de 86% au premier semestre pour atteindre à peu près de 42 milliards d’euros et le chiffre attendu sur l’ensemble de l’année 2010 devrait dépasser les 80 milliards. Il est vrai que les profits des 40 premières cotisations françaises a atteint 101 milliards d’euros en 2007 mais il ne faut pas oublier que trois ans avant, en 2004 ces mêmes profits s’élevaient à 57 milliards « seulement ». En clair, dès la première année de sortie de crise, le CAC 40 va réaliser son troisième grand cru de l’histoire derrière ceux de 2007 et 2006.

Une inégalité très problématique

Le décalage entre les multinationales et le reste de la société est extrêmement choquant. Pendant que les sociétés du CAC 40 ont retrouvé croissance, profits et dividendes, le chômage a continué de progresser et les hausses de prix de rogner le pouvoir d’achat des ménages. Bref, les effets de la crise se font lourdement sentir par la grande majorité de la population.

Tout porte à croire que le record de 2007 sera battu dès 2011, voire 2012. Et cela pose plusieurs problèmes. L’Etat venait au secours des multinationales quand elles allaient mal, et n’a pas hésité à s’endetter pour renflouer leurs caisses. Or, ce sont les mêmes banques – aidées hier par les Etats – qui leurs prêtent aujourd’hui de l’argent. Dans ces opérations très profitables les banques trouvent dans la BCE une complice.

On peut – et on doit – se demander si certains profits ne sont pas excessifs. Des marges opérationnelles de 30 ou 40% sont-elles normales dans des secteurs comme la banque ou la pharmacie ? Ne s’agit-il pas d’une rente de position ? En outre, cette logique de course effrénée après les marges qui a poussé Renault – elle aussi aidée par l’Etat – à diviser par deux sa production en France.

Les énormes et rapides profits réalisés par les grandes multinationales sont autant d’indices d’un disfonctionnement majeur de notre organisation économique. Les écarts qui se creusent entre elles et le reste de la société indiquent que la crise sociale est toujours devant nous.

Kadhafi, la compil

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incroyable mais vrai

Avant de nous séparer d’avec le Guide de la grande révolution de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste (alias « Frère guide » pour les amis), nous vous avons préparé un florilège de citations qui sont autant de perles de sagesse, modestie et clairvoyance. Méditons-nous ces versets car, paraît-il, celui qui les a proféré sera bientôt obligé de nous quitter, comment dire, un peu précipitamment, pour cause de manque de gratitude d’un peuple d’égoïstes ingrats qui ne pensent qu’à leurs gueules.

« Je suis un leader international, le doyen du monde arabe, le rois des rois d’Afrique et l’imam des Musulmans et mon statut international ne me permet pas de m’abaisser à un niveau inférieur ». Mouammar Kadhafi en quittant le sommet arabe réuni en Arabie Saudite, le 31 mars 2009

« Il y a des indices selon lesquels Allah va accorder aux Musulmans une victoire en Europe. Une victoire sans sabres, ni canons, ni conquêtes. Les 50 millions de musulmans d’Europe la transformeront en continent musulman. » Mouammar Kadhafi explique les choses carrément sur Al-Jazeera

« Tout musulman dans n’importe quel endroit au monde qui aura de contacts avec la Suisse est un apostat, il est contre Mahomet, Dieu et le Coran ». Mouammar Kadhafi garde son sang-froid en traitant une récente crise internationale

« Vous, le peuple tunisien, venez de subir une grande perte. Il n’y pas mieux que Ben Ali pour gouverner la Tunisie ». Mouammar Kadhafi, avec sa clairvoyance habituelle, prépare le terrain pour un voisinage réussi pendant son exil prochain.

Nous voudrions terminer cet hommage avec un cri de cœur au peuple libyen : faites tout ce que vous voulez avec le « Frère guide » mais de grâce, laissez-nous Hannibal ! La vie en démocratie est souvent bien morne et elle le sera davantage sans les moments comiques que nous a accordé avec autant de régularité que de générosité ce prince du désert.

incroyable mais vrai

Pessimisme optimal

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photo : weblocataire
photo : weblocataire

L’info ne dort jamais, il paraît. Apparemment, elle ne prend pas de vacances non plus ! À peine réveillé du réveillon, vous voilà, comme tous les Français, consacré par voie de sondages « champion du monde du pessimisme ». Et pas un sondage, deux ! La Croix et Le Parisien ont en effet eu l’idée sadique d’envoyer l’IFOP et BVA cuisiner par clics des échantillons représentatifs des populations de plein de pays du monde en pleine période éminemment anxiogène de la fin de l’année. Et voilà le Français qui débute l’année 2011 en champion du monde de la loose.[access capability= »lire_inedits »]
Normalement, je me gausse de ce genre de statistique de l’état d’âme, ici mondialisée de surcroît, mais l’écho qu’a suscité la breaking news m’a sidéré et inquiété − du coup pour de bon.

Donc, la Chine et le Brésil, en tête des pays émergents, ont un moral d’acier − vu que c’est un peu leur tour de rigoler dans le manège de la croissance − mais les Afghans, les Irakiens et les Nigérians (sic !) auraient, eux aussi, plus la pêche que nous, sans parler de nos copains de la « vieille Europe » qui, à sort équivalent, garderaient plutôt le sourire. Après l’annonce de notre nouvelle médaille d’or 2010 dans une discipline que nous survolons impérialement depuis plusieurs années, la « conso d’antidépresseurs », c’est l’info de trop : l’édredon médiatique est salement secoué. Tous supports confondus et confondants, Internet compris, c’est la grande mobilisation générale de tous les arguments encore en âge et en état de servir pour contredire, contester, atténuer l’horreur de ce podium, avec convocation des experts en tenue de combat pour fournir un alibi à notre peuple honteusement montré du doigt.

La nature grincheuse du Français moyen

Sur les plateaux, les bataillons méthodos montent à l’assaut, de biais : « Nous avons le taux de natalité le plus élevé d’Europe, 2010 est un record de ventes de voitures, de places de ciné, de ventes d’écrans plats, les soldes cartonnent et les restos affichent complet le samedi soir ! C’est bidon, y’a un loup ! »
Les troupes d’élites nous servent dans la foulée une « nature grincheuse du Français moyen » qui fait long feu, avant de tirer l’analyse fatale du « sentiment de bonheur comme différentiel entre avant et maintenant ».

Je zappe, je navigue, je passe en revue des cohortes de chroniqueurs qui ont pour tâche quotidienne d’essorer jusqu’à l’os tous les arguments humainement concevables sur les sujets que l’actualité s’efforce de leur apporter, (Y’a pas que des causeurs d’élite !) à la recherche d’un décryptage à la hauteur de notre sombre sacre. Rien ! Pas même une journaliste en HD, magnifique échantillon de notre échantillon représentatif pour porter haut ce trophée et le faire embrasser par l’ensemble du plateau, invités, techniciens blasés et public playmobilisé compris. Que dalle sinon la honte, des explications contrites, au mieux une colère noyée dans des alibis de papier mâché.

Indigne aréopage de commentateurs, appointés ou non, de la bande passante, jetez seulement un coup d’œil sur le monde dont vous êtes les contemporains. N’y voit-on pas un capitalisme à court de ses bienfaits ne nous distillant plus que son venin − très conformément à la description trop visionnaire d’un certain Karl M. − ; des pays pauvres accédant, conformément à notre promesse, au confort de notre modèle − sauf qu’entre-temps on s’est rendu compte qu’il avait des vices cachés ; une dissuasion nucléaire déclinée en missiles faciles d’emploi auquel ont désormais accès des chefs d’Etat qui clament leur désir de s’en servir ; un vieux problème de copropriété dans un désert s’enkystant au point de littéralement diviser la planète en deux ; un pouvoir économique ayant visiblement pris la mesure du politique, au point qu’il ne reste à nos élus que l’écharpe d’apparat pour la photo de classe à Davos.

Bon, pas de quoi se flinguer non plus, une humanité exponentielle a dans le même temps exponentiellement amélioré ses conditions de vie : mais pardonnerez-moi de ne pas sauter de joie ! La crise alimentaire, la surpopulation, les variations climatiques et le retour des fondamentalismes en fond d’écran, et je ne suis pas loin de penser qu’une personne un tant soit peu en phase avec son temps est juste lucide en se déclarant très peu optimiste.
Moi, c’est plutôt à cette France-là que je pourrais être fier d’appartenir, celle à qui Cioran déclarait son attachement : « Je ne crois pas que je tiendrais tant aux Français s’ils ne s’étaient pas tant ennuyés au cours de leur histoire. Leur ennui est dépourvu d’infini. C’est l’ennui de la clarté. C’est la fatigue des choses comprises. »

Mais à l’écran, les cellules psychologiques viennent maintenant rappeler ces rabat-joie de Français au devoir civique de porter le masque guilleret de la méthode Coué.
Aux armes, citoyens enjoués ![/access]

Obama ? Yes, he has !

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Tous les grands noms de la presse américaine étaient là face à une salade de légumes d’hiver tristement diététique et face à un choix non moins désolant entre une mini portion de bar grillé ou un carré d’agneau découpé en tranches quasi transparentes. Et pas un seul d’entre eux, pas un seul des journalistes conviés par Michelle Obama à célébrer le premier anniversaire du lancement de sa campagne « Let’s Move ! », destinée à réduire la progression de l’obésité enfantine, n’aurait pu dire, même avec la meilleure volonté du monde, qu’il participait à un évènement marquant. La conversation autour de la table languissait. Dehors il neigeait.
C’est alors que quelqu’un du bout de la table a posé the question décisive pour l’avenir du pays : « Pardonnez-moi, Monsieur le Président a-t-il réussi à arrêter de fumer ? »

Comme le saisirent les chroniqueurs, quelque chose d’intensément profond et fier se refléta alors dans le regard de la First Lady, quelque chose de majestueux. La tension autour de la table était devenue insupportable. L’espoir que tout soit encore possible, et que l’on avait cru éteint à jamais, étincela à nouveau. Puisque, inutile de le préciser, avec un Président non-fumeur, avec un Président ayant été capable de vaincre le vice hideux du tabagisme, avec un Président sain dans son corps comme sain dans son âme, tout, absolument tout, semblait à nouveau réalisable. Faire baisser le chômage ? Sauver l’industrie automobile ? Relancer l’économie ? En finir une fois pour toutes avec les bonus des banquiers ? Stopper net l’expansion massive de la dette ? Bagatelles que tout cela ! Seulement, seulement… Monsieur le Président, a-t-il arrêté de fumer ? Et Michelle Obama de relever la tête pour déclarer : « Yes, he has ! »

Et voilà que les plus grands noms de la presse américaine se levèrent comme un seul homme pour acclamer celui qui permettra aux Etats-Unis de « gagner le futur », d’oublier le déclinisme, de surpasser le reste du monde dans l’innovation. La nouvelle se propagea à une vitesse orbitale. Pas un seul média digne de ce nom n’osa la négliger (ce qui explique son annonce dans Causeur).

Et puis sont tombées les premières évaluations des changements, tant attendus, vers un avenir meilleur. Les Etats-Unis comptent ne comptent désormais plus 40 millions de fumeurs mais seulement 39.999.999.

On attendait d’Obama des résultats concrets, chiffrés. En voilà !

Zemmour face au politiquement correctionnel

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Eric Zemmour a donc été condamné. On oserait dire comme prévu, tant sa condamnation semblait inéluctable.
Vendredi dernier dès l’annonce du jugement, j’en ai débattu à chaud avec Vincent Cespédès pour l’émission Médias diffusée sur France 5 et nous n’étions pas d’accord. Je trouve que le juge n’aurait pas du s’immiscer dans le débat suscité par les propos tenus par Eric Zemmour sur les trafiquants qui sont majoritairement noirs et arabes, faisant le constat et uniquement le constat de leur sur-représentation dans la population carcérale ou judiciaire.

Format télévisuel oblige, l’échange a été bref et pour tout dire frustrant car avec l’esprit d’escalier qui caractérise les avocats, je me suis dit que j’aurais bien argumenté davantage. Je maintiens que ces propos pour être brutaux ne sont que le reflet d’une réalité tout aussi brutale et qu’à aucun moment il n’a été soutenu par Eric Zemmour une improbable prédestination raciale ou génétique à cette situation, ce qui pour le coup aurait été une diffamation raciale.

Mais surtout Vincent Cespédès a évoqué un point sur lequel je n’ai pu répondre et qui me laisse perplexe (Puisse-t-il lire Causeur et m’apporter la contradiction!!). Il a fait allusion à un précédent échange entre Eric Zemmour et Rockhaya Diallo, Présidente des Indivisibles, au terme duquel il lui aurait dit qu’elle était de race noire et lui de race blanche, premier signe annonciateur du « dérapage » chez Thierry Ardisson. Bref Eric Zemmour serait raciste parce qu’il évoque les races.

Et c’est bien là pour moi que se noue toute l’ambiguïté des poursuites judiciaires. Car enfin, dire de Rokhaya Diallo, que je connais bien pour m’opposer à elle assez régulièrement sur les ondes de RTL, qu’elle est noire me semble tout aussi évident et incontestable, que de dire que je suis blanc ou que Jackie Chan est asiatique. Y-a-t-il dans ces constats objectifs quoi que ce soit de pernicieux ? Evidemment non, mais on sent bien que le concept de race qui les sous-tend met mal à l’aise, comme si son seul énoncé était le premier pas vers la délinquance d’opinion.

Dans ces conditions, haro sur le législateur lui-même qui pour fonder les infractions de discrimination, de provocation, de diffamation et d’injure raciales recourt précisément à cette notion.
Dès lors on serait raciste, forcément raciste, si l’on distingue des races alors même que pour permettre de caractériser des infractions on y fait appel. La notion de race serait donc un concept à consistance variable à n’évoquer sous aucun prétexte, sauf à l’appui de poursuites ?
La race n’existerait en creux, que de façon négative, comme l’illustration d’un comportement négatif et dénigrant.

Pourtant pour réclamer une discrimination positive les associations militantes mettent en branle les notions d’origine et/ou de race, conçues cette fois de façon positive. Quand le CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires) dénonce la sous-représentation criante de certaines minorités au sein de la télévision publique, à quel concept fait-il référence ?

De la même façon lorsqu’il se félicite de la mise en place d’un baromètre de la diversité au sein du CSA ( Conseil Supérieur de l’Audiovisuel), l’un des critères choisis est  » la diversité des origines  » qui classe les personnes en : « vus comme ” Blancs” » et « vus comme ” Noirs ” », « vus comme ” Arabes ” », « vus comme ” Asiatiques ” » et « vus comme ” autres ” » les dernières catégories pouvant être regroupés sous la catégorie « vus comme ” Non Blancs ” » (sic). Que de pudiques circonvolutions pour ne pas nommer l’innommable.

A suivre ce raisonnement l’origine ethnique serait acceptable lorsqu’elle fonde un droit ou une demande émanant d’une minorité et ne l’est plus lorsqu’elle se borne à décrire une situation inverse ou non conforme.
L’origine des citoyens doit être pris en compte pour lutter contre leur sous-représentation et pudiquement tue lorsque on évoque une anormale sur-représentation. Il eut été plus juste de s’interroger sur les raisons de la situation décrite par Eric Zemmour, comme la ghettoïsation de certains quartiers et la misère sociale qui accompagne leur paupérisation, l’échec du modèle républicain, la faillite de l’assimilation, le chômage, l’école etc….
Mais non, on a préféré se dire qu’en taisant le constat on s’épargnait de le prendre en compte et de devoir le régler.

Je crains qu’Eric Zemmour ne paye judiciairement l’audace d’avoir voulu affronter la réalité que la société regarde « les yeux grands fermés » (pour reprendre le titre du livre de la démographe Michèle Tribalat sur le traitement aveugle de l’immigration).

Je n’ai pas lu les attendus du jugement et me garderais bien de critiquer cette décision car ce n’est pas mon rôle.

Je ne hurle pas au déni de justice mais simplement au déni du réel.

Les yeux grands fermés (L'immigration en France)

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Belgique : une révolution ? Non, Sire, un monôme !

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Certes, elle était bien sympathique, cette « révolution des frites » organisée par un quarteron d’étudiants belges, flamands et francophones pour protester contre l’absence persistante de gouvernement fédéral deux cent cinquante jours après les élections législatives. Mais peut-on affirmer, à l’instar de l’ami Jérôme Leroy qu’en Belgique : « la jeunesse a démenti avec humour les prévisions séparatistes, rattachistes, micronationalistes ou évaporationnistes en lançant la « révolution des frites », reprenant un symbole gastronomique national ». La jeunesse ? Tout au plus un petit millier d’étudiants se sont mobilisés à la suite de cet appel, principalement à Bruxelles, où la fibre « belgicaine » de la bourgeoisie francophone, petite est grande est largement plus solide qu’en Wallonie. Leurs alliés flamands se trouvent, comme par hasard, dans les amphis de la VUB (Université libre de Bruxelles, section néerlandophone) où se retrouvent profs et étudiants marqués à gauche, issus des milieux cultureux et bobos flamands fréquentant les estaminets de la rue Adrien Dansaert.

Cela fait-il un peuple ? Cela suffit-il pour effacer du réel belge le constat de l’avocat et député wallon Jules Destrée dans sa fameuse « Lettre au Roi » d’août 1912, dont l’évidence n’a pas été démentie un siècle plus tard : « Et maintenant que me voilà introduit auprès de Vous, grâce à cette sorte de confession, laissez-moi Vous dire la vérité, la grande et horrifiante vérité : Sire (…) Vous régnez sur deux peuples. Il y a en Belgique, des Wallons et des Flamands ; il n’y a pas de Belges ». Le seul reproche que l’on peut faire à cette adresse est de passer sous silence l’existence de quelques dizaines de milliers de Belges germanophones dont la discrétion dans le conflit communautaire a garanti la tranquillité et la prospérité. La vigilance de puissances, le poids de l’église catholique et l’enrichissement général lié à la révolution industrielle et à l’exploitation du Congo avaient contribué à donner l’illusion que la Belgique était une nation d’évidence. Son lent, mais inéluctable, délitement depuis les années soixante du siècle dernier arrive aujourd’hui à son terme.

A moins d’être un tenant attardé de la théorie des avant-gardes guidant le peuple vers une lumière qu’il n’est pas en mesure d’apercevoir du fond de son aliénation, ce monôme, organisé par quelques étudiants d’outre-Quiévrain en mal de « guindaille » ne saurait être présenté comme une révolution en marche.
On n’entend pas gronder la colère populaire dans le Hainaut profond, du côté des friches industrielles du Borinage, ni dans la Flandre industrieuse où l’on se soucie, de Anvers à Hasselt, davantage de la compétitivité de l’économie provinciale que du destin d’un royaume issu d’un compromis obsolète…

On pourrait croire à cette levée en masse d’un peuple belge pour le maintien de la Belgique, si la manif remarquablement vendue aux médias par quelques étudiants malins s’était prolongée par une présence régulière d’un foule bilingue sur la Grand Place de Bruxelles, exigeant la perpétuation du pays de Rubens, Magritte et Monsieur Beulemans.

Or, il faut bien constater qu’il n’en est rien, et que le roi des Belges ne sera pas conforté sur son trône par un mouvement populaire suffisamment puissant pour faire pièce à l’irrésistible ascension d’un nationalisme flamand géré de main de maître par Bart de Wever. Il ya même fort à parier que si ce pauvre Albert II venait à passer ad patres, son héritier, Philippe, haï des Flamands, irait rejoindre rapidement la cohorte des familles royales sans royaume…

Enfin, cher Jérôme Leroy, il est toujours mal venu de parler de corde dans la maison d’un pendu, et de « pays réel versus pays légal » à propos du pays de l’inventeur de cette formule. Il s’appelle Léon Degrelle, le Doriot wallon, qui parvint, lui, à échapper à la mort au combat ou au juste châtiment pour mourir de vieillesse en Espagne en 1994.

Pas de fesses sur Facebook (et encore moins du reste…)

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L’artiste danois Frode Steinicke a eu la mauvaise surprise de voir sa page Facebook désactivée. Motif ? Pornographie ! En effet comme le répète à l’envi Mark Zuckerberg, FB doit demeurer à tout prix un site « sûr à visiter, y compris pour les nombreux enfants qui l’utilisent »

On rigole déjà devant tant de pudibonderie chariaoïde, et on sera encore plus épaté quand on saura que la photo supposément obscène incriminée par le réseau social n’était autre que « L’origine du Monde » de Gustave Courbet.

Contrairement à une légende urbaine bien ancrée, le tableau, réalisé en 1886 n’avait entrainé, à l’époque ni misères juridiques, ni boycott à son auteur, juste quelques critiques hostiles, vite noyées sous les commentaires justement enthousiastes.

Avec le progrès, faut croire que les choses changent : s’il vivait aujourd’hui, Courbet serait radié de Facebook, ce qui pour certains, est pire qu’une condamnation à mort…

Génération dyslexique ?

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Difficultés d’apprentissage ! Tatsouinnnnnnn ! Le psy scolaire l’a dit, le verdict est tombé, votre enfant souffre de difficultés d’apprentissage. Diagnostic salvateur qui soulage tout à la fois les parents – non, ils ne sont pas démissionnaires-, le prof – si, si, il a tout bien fait comme le veut l’EN -, et le principal intéressé qui ne sera pas privé de dessert, pardon, de Nintendo. Chouette !

Longtemps ignorées, les « difficultés d’apprentissage » ont relégué dans la catégorie feignasse, turbulent, voire débile nombre d’écoliers atteints de dyslexie, dyscalculie, trouble de l’attention et autre hyperkinésie.

On ne peut que se réjouir de voir ces difficultés enfin prises en compte et surtout se féliciter des méthodes mises en place pour porter remède à ces scories qui plombaient parfois la scolarité d’enfants de bonne volonté.

Toutefois, dans le large panel des diagnostics expliquant pourquoi Noémie est nulle en fraction et pourquoi Sam a fait 28 fautes dans une dictée de 40 mots, on ne trouve plus la sacro-sainte flemme qui pourtant s’abat sur chacun à tout âge comme la vérole sur le bas clergé.

Àl’instar des animaux malades de la peste, nous n’en mourons pas tous, de cette divine paresse, mais nous sommes tous atteints. Du plus petit jusqu’au plus grand.

Quel écolier, le plus modèle, le plus abonné au prix d’excellence, le plus premier classe, et, par voie de conséquence, le plus détesté de ses condisciples, n’a jamais succombé à la flemme, la très humaine flemme ?

La table de multiplication par huit, alors que le Spirou vient d’arriver ? Même pas en rêve ! L’accord des participes passés pronominaux à l’heure de Titi et Grominet ? C’est une blague ? Est-ce qu’on vous demande de calculer votre feuille d’impôt à l’heure de l’apéritif ? Hein ? Non, mais !

Cette paresse si compréhensible et surtout si pardonnable lorsqu’elle n’est que passagère était naguère un paramètre connu et pris en compte par les enseignants.

Et la période des examens, si redoutée, certes, offrait au flemmard la possibilité de se raccrocher aux branches lors du sprint final. On a eu chaud aux fesses, mais, in extremis, sachant qu’on n’est jamais aussi bon que dans l’urgence, on est passé dans la classe supérieure. En route pour deux mois de vacances, flemme comprise !

Mais l’EN ne pouvait en rester là. Et a imaginé un machin très chouette, mortel pour les paresseux occasionnels : l’évaluation continue !

Tiens, feignasse, attrape ! Fini de rire ou de bailler, de compter les mouches ou de rêvasser. Tu ne te rattraperas plus sous le soleil de juin, c’est maintenant, c’est tout de suite et tout au long de l’année qu’il te faut connaître la formule pour calculer la surface d’un trapèze, le subjonctif imparfait du verbe « naître », le réseau hydraulique de la Haute-Savoie et les finesses du Traité de Westphalie.

Pourtant ces passages à vide, cette légitime envie de glandouiller, ce léger « à quoi bon », permettait aux têtes blondes de reprendre leur souffle et même de s’ouvrir à d’autres matières, moins scolaires et d’autant plus intéressantes. Un privilège de l’enfance, un des rares qui n’avait pas encore été aboli.

Mais l’enfance n’a plus droit de cité, elle est devenue comme le reste de la société : fonctionnelle !

Mieux encore : professionnelle.

Car partout en Europe, l’EN, ou ce qui en tient lieu, prend ses ordres auprès des futurs employeurs ! C’est dès la plus tendre enfance que sera formée la cohorte à venir des travailleurs toute catégorie. Dyslexique peut-être, mais bosseur régulier ! Et foin de cours de philo, qui encombrent les cerveaux. Remplacez-moi tout ça par une bonne formation au tableur Excel ! Ça au moins, ça ouvre les portes des entreprises !

Et comme les entreprises sont assez circonspectes quant à la flemme, elles pencheraient plutôt pour l’évaluation continue qui permet de contrôler chacun à tout moment et à tout propos.

On peut toutefois se demander pourquoi, si les entreprises dictent leurs conditions, ce ne sont pas elles qui financent les formations.