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France Culture, l’ENS et les « bon juifs »

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France-Culture nous a gratifiés, un matin du mois de janvier, d’une de ses séances d’encensoir, sans la moindre vergogne, glorifiant deux personnages qualifiés par le maître de céans, Marc Voinchet, de « trésors vivants de la nation ». Il s’agissait, on l’aura deviné, de deux idoles actuelles des foules réputées pensantes : Stéphane Hessel et Edgar Morin, dont Voinchet, efficacement aidé par sa nouvelle complice Julie Clarini, chantait les louanges en mode majeur et sur tous les tons.[access capability= »lire_inedits »]

Naturellement, aucun de ceux qui, ces derniers temps, avaient formulé des objections sur le contenu de l’opuscule de Hessel, même sur un ton poli et modéré, comme Boris Cyrulnik, Éric Le Boucher ou Pierre-Antoine Delhommais (du Monde) n’avait été convié à tenter un contrepoint au numéro d’admiration mutuelle auquel se sont livrés avec délectation Hessel et Morin. Le respect dû aux vieillards est tout à fait louable, mais il ne saurait suffire à remplir le cahier des charges d’une radio qui se veut éveilleuse de consciences dès potron-minet.

Il fallait tendre l’oreille pour trouver ce matin-là, dans la chronique de Philippe Meyer, absent du studio, un coup de patte indirect contre Hessel consistant à tresser les louanges d’un bouquin, paru en 2008, de la philosophe Myriam Revault d’Allonnes[1. L’Homme compassionnel, Seuil, janvier 2008]. Ce livre est une critique de ce que les Italiens appellent le « buonisme », approche compassionnelle de tous les problèmes en vertu de laquelle le seul fait d’apparaître comme une victime fait de vous un héros des temps modernes.

Hessel fit comme s’il n’avait pas entendu que c’était aussi à lui que ce discours s’adressait et l’on passa rapidement à la suite du passage de brosse à reluire, à peine tempéré par les objections rituelles, toujours polies et feutrées, du libéral de service, Alain-Gérard Slama.

Cette petite sauterie entre amis aurait dû se terminer par un bouquet final d’indignation collective contre l’interdiction par la directrice de l’École normale supérieure (ENS) de la rue d’Ulm, Monique Canto-Sperber, d’un meeting public pro-palestinien et favorable au boycottage des produits israéliens, prévu le 18 janvier dans cet établissement, avec la participation des suspects habituels : Stéphane Hessel, bien sûr, mais aussi Leïla Shahid, Michel Warschawski et la députée arabe israélienne Haneen Zoabi. Il s’agissait, bien sûr, de stigmatiser les méfaits d’un lobby juif incarné par le président du CRIF, Richard Prasquier, lequel s’était réjoui, dans un communiqué, de l’annulation de ce meeting qui ne répondait pas aux critères du débat policé et contradictoire qui devrait être la règle dans cette prestigieuse enceinte universitaire.

Le grain de sel de Raphaël Enthoven

Hessel commença par donner sa version des faits, sur le ton patelin et faussement modeste qu’il affectionne : « On m’avait accordé une salle de l’ENS pour discuter avec quelques étudiants de mes récents voyages à Gaza, où j’ai pu constater les massacres et les destructions commises par les Israéliens ; cette interdiction est donc une atteinte inadmissible à la liberté d’expression dans un lieu qui devrait, au contraire, en assurer le plein exercice. » Cette version pour le moins incomplète, sinon mensongère, serait passée comme une lettre à la poste si un autre animateur de France Culture et ancien normalien, Raphaël Enthoven, n’avait pas vu de la lumière dans le studio 167 et ne s’était imposé pour mettre son grain de sel. Il fit valoir que cette rencontre intime présentée par Stéphane Hessel s’était en fait muée en grand meeting de soutien aux boycotteurs de produits israéliens et qu’il y avait eu, de la part des organisateurs, tromperie sur la marchandise vis-à-vis de la direction de l’École. Il s’inscrivit également en faux contre l’idée que cette annulation avait été provoquée par les pressions du président du CRIF sur la directrice.

En dépit d’efforts méritoires de Julie Clarini pour faire porter le chapeau de cette pénible affaire au président du CRIF, l’intervention d’Enthoven sauva cette édition des « Matins » du ridicule pompeux dans lequel elle se vautrait depuis l’aube.

L’affaire ne s’est pas arrêtée là : quelques auditeurs furieux encombrèrent la boîte mail de France Culture pour protester contre l’incroyable complaisance de cette chaîne envers l’un de ses producteurs qui avait eu le culot de manquer de respect envers Messieurs Hessel et Morin. Le lendemain, Olivier Poivre d’Arvor, directeur de France Culture, se sentit obligé d’expliquer que cette affaire du Proche-Orient était décidément bien compliquée, soulevait des passions insensées, et que France Culture tentait au mieux de naviguer dans cet environnement tempétueux en maintenant un équilibre toujours précaire.

Normale sup, du maoïsme à l’antisionisme primaire

On dira que chacun voit midi à sa porte, mais force est de constater que les intellectuels qui tentent de penser hors de la vulgate pro-palestinienne et les représentants qualifiés du judaïsme organisé sont assez inaudibles sur France Culture. Pierre-André Taguieff, Shmuel Trigano, Raphaël Drai, Georges Bensoussan et quelques autres ont, sur le sujet, des choses à dire qui pourraient éclairer les auditeurs réputés adultes d’un programme intellectuellement exigeant. Même Elie Barnavi, ancien chouchou de la sphère médiatique, se fait de plus en plus rare car il n’entre pas totalement dans le moule du « bon juif » radiophonique, passant son temps à cogner sur Netanyahou et le CRIF. Or, j’ai beau être un auditeur assidu de France Culture, il ne me semble pas avoir eu, récemment, l’occasion de les entendre, alors qu’ils ont, ces derniers temps, publié des ouvrages dont l’intérêt n’est pas moindre que ceux d’Esther Benbassa et de Charles Enderlin, invités récurrents du service public de radiodiffusion… On peut aussi estimer scandaleux que Richard Prasquier, mis directement en cause dans les « Matins », n’ait pas été invité à faire valoir son point de vue dès le lendemain… On me répondra : « Finkielkraut ! » D’accord, Finkielkraut, il est tous les samedis à 9h10 sur France Culture. Mais il doit faire preuve, sur ce terrain, d’une certaine réserve, d’abord parce qu’il est l’animateur, ensuite parce qu’il a, il y a deux ans, subi un lynchage médiatique insensé après s’être fait piéger par des journalistes du quotidien israélien Haaretz.

Quand à l’insupportable acte de censure dont se serait rendue coupable Monique Canto-Sperber, directrice de l’ENS, on doit rappeler, à sa décharge, qu’un séminaire dans les locaux de l’École sur l’histoire politique du sionisme, animé par les professeurs Yves-Charles Zarka, Raphaël Drai et Elhanan Yakira , le 12 mai 2010, avait fait l’objet d’une agression vociférante de militants pro-palestiniens élèves de l’École, ou introduits de l’extérieur, qui s’étaient érigés en police de la pensée.

Confondre l’ENS avec une « base rouge » maoïste avait mené, dans les années 1970, cette école au bord de l’abîme. Le récit de Jean-Claude Milner[2. L’Arrogance du présent. Regards sur une décennie, 1965-1975, Grasset, 2009]. sur cette période est, à cet égard, lumineux. Il n’est pas étonnant que ceux qui furent à l’origine de cette perversion, les Badiou, Balibar ou Lévy-Leblond, archicubes impénitents, instrumentalisent le conflit israélo-palestinien pour entraîner leurs successeurs sur cette voie sans issue.[/access]

L'Homme compassionnel

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Sidonie goes to Hollywood

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Longtemps, je n’ai pas lu Le Figaro Madame. Ni sur le web, ni même chez le dentiste, lorsque j’attendais mon tour de charcutage. Ma dignité m’en empêchait. Un reste de pudeur, d’estime de soi, certains dirons de snobisme, un des nouveaux noms (et pas le pire) que l’on a trouvé dans ce pays pour qualifier l’attachement au vieux culte français de la littérature classique. Même chez le dentiste donc, je me munissais d’un roman ou d’un essai prétentieux, quitte à relire sans cesse la même phrase, car j’étais généralement incapable de me concentrer sur autre chose que les instruments de torture qui dans la pièce d’à côté tonitruaient l’imminence de mon calvaire. Et je m’en rends compte aujourd’hui, j’avais tort, lourdement tort, de refuser de me distraire en feuilletant le supplément Madame du Figaro. Car je me privais ainsi de toute chance de lire la prose de la jeune Sidonie Sigrist dont le moindre des intérêts, j’en suis sûr, n’est pas le prénom. Sidonie évoque en effet irrésistiblement à mon indécrottable nostalgie une appétissante oie blanche qui en compagnie de la petite cochonne Aglaé manquait à chaque épisode de passer à la casserole du méchant renard Croquetout, dans un impérissable feuilleton animé des années 1970.

Mais la Sidonie du XXIe siècle n’a rien d’une oie blanche. C’est au contraire une « web journaliste » du Figaro Madame et néanmoins bien de son temps, qui proclame à qui veut l’entendre, dans un français aussi approximatif que branché, que les futurs mariés peuvent désormais, à l’occasion de leur « cérémonie d’engagement », « maintenir au top le quotient émotion, sans passer par le registre religion ». C’est pas sympa ça ? Fini de se prendre la tête dans des « églises de quartier », dotées d’un « orgue tristounet » avec des curés qui croient en des trucs qui ne nous « correspondent pas ». Les futurs mariés qui exigent, malgré leur « absence de foi », leur dose de « solennel », auront droit à leur quota de « symbolique ». Un nouveau droit humain en gestation sans doute. Exit le mariage religieux ringard, voici donc la « cérémonie d’engagement », « orchestrée à votre image », petit veinards. Et vous, bande de mécréants qui vous morfondiez à l’idée de devoir vous contenter de « la procédure administrative bouclée en quatorze minute devant l’adjoint de monsieur le maire », vous avez dorénavant la possibilité d’avoir le solennel de la religion, sans la religion elle-même. Le beurre et l’argent du beurre, en somme, et le sourire de la mariée, et même son derrière, mais ça, a priori, vous l’aviez déjà, petits coquins libérés que vous êtes.

Les avantages de ce système s’interroge encore Sidonie ? « La liberté, pardi », répond-elle, lyrique comme un Laurent Joffrin fêtant dans son édito du jour la révolution arabe du jour. Car en plus de choisir vous-même la mariée, et la musique de la cérémonie (Les Beatles ! Du Gospel ! Patti Smith !), vous pourrez choisir aussi l’officiant. Si possible un pote à vous qui « manie le verbe avec éloquence », et non comme un manche, ou à défaut un « officiant professionnel » qui ambiancera la teuf avec une pincée de solennel sans vous prendre la tête avec des gros mots comme fidélité ou devoir, sauf si vous le voulez bien sûr. Il en faut pour tous les goûts ! Même les plus masos. No souçaï, mon pote ! Tu veux de la fidélité, je te donne de la fidélité ! Tu veux de l’engament dégageable à souhait, je te donne de l’engagement dégageable ! Chouchou, dégage ! Prends exemple sur Ben Ali, Moubarak et les autres. Sois pas lourd !

Et qui c’est qui vous organise tout ça ? C’est la société « Lune de fêtes cérémonie » qui se proclame « créateur de mariage laïque », et pour laquelle l’amie Sidonie fait une pub éhontée dans son article. En vous rendant sur le site de ladite société, vous vous rendrez compte à la vue de la photo qui agrémente la page d’accueil, que « la cérémonie sur mesure imaginée par et pour ceux qui se marient » ressemble comme un clone aux cérémonies de mariage qui concluent les niaiseries hollywoodiennes avec Meg Ryan : tout est prêt pour qu’en plein air, sur une pelouse impeccable, la mariée dans un blanc resplendissant rejoigne sur une sorte d’autel judéo-païen, au bras de son papa faussement sévère, ce grand benêt de marié qui, affublé d’une queue de pie, ne croira pas en sa chance finale. Bref, l’imaginaire hyper-démocratique est libéré du carcan moisi de l’Eglise, mais se coule aussi servilement que librement dans celui des images d’Epinal de l’Amérique.

Et dire que Le Figaro passe chez certains de mes amis de gauche pour le porte-voix de la vieille France obsolète et franchouillarde. Ce n’est pas que je leur veuille du mal à ces gentils gauchos, mais vivement qu’ils aillent chez le dentiste ! Et que dans la salle d’attente, ils délaissent un instant La Princesse de Clèves dans laquelle ils sont bien sûr tous plongés depuis que Sarkozy leur a dit que ça ne se faisait pas. Et qu’ils dévorent enfin sans fausse pudeur Le Figaro Madame. Ils en apprendront des choses inédites, sur la France sarkozyenne…

Le club des Jacobins

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– Dominique, c’est pourtant vrai que tu as encore grossi ; Christian Jacob a laissé entendre que tu étais bouffi !
– Jacob ! Je l’attaque en diffamation, ce péquenot !
– Il a ajouté que tu étais une publicité vivante contre les effets de la nourriture américaine !
– Je vais lui coller au train l’Association des Jacobins pour la liberté de manger !
– Qu’est-ce que c’est ?
– Un club, que j’ai créé avec quelques amis de gauche, comme moi, et enrobés… comme moi.
– Tu n’est plus seulement enrobé, Dominique, tu es gros !
– C’est faux ! Voilà que ma femme parle comme mes diffamateurs !
– Dominique, je t’interdis ! Je pense à ta santé, moi, et à notre avenir. Et puis, j’en ai assez d’être ici ! Washington, c’est sinistre, même les américains le disent ! Je veux retrouver Paris, la Seine, les Champs-Élysées… À ce propos, j’ai vu une annonce immobilière : un bel hôtel particulier à louer, avec un immense parc, dans le VIIIe arrondissement. Il serait libre en 2012…
– Ah, ça tombe bien, moi aussi !
-… avec un bail de cinq ans, renouvelable. Mais il faut se mettre sur les rangs dès aujourd’hui, parce que c’est un lieu très prisé.
– Eh bien mais, postulons ! Qui refuserait de louer au président du FMI ?
– Alors, c’est entendu, je téléphone demain ! Merci mon chéri !
– Dis-moi Anne…
– Oui, Dominique.
– Jacob, c’est pas très catholique comme nom…

Un méchant garçon à Matignon

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François Fillon, homme politique de l’année ! À l’occasion de leur raout annuel à l’Assemblée, les journalistes qui votent pour le prix du Trombinoscope[1. On notera que ce podium était quelque peu baroque, puisque le prix de la Révélation 2010 est allé à Jean-Luc Mélenchon !] ont trouvé que c’était super-formidable de couronner François Fillon. Mais quel Fillon a-t-on plébiscité, au fait ? L’immarcescible premier ministre que la presse adore ? Le paillasson préféré du président de la République ? L’homme qui souffre à Matignon devant une politique qu’il ne comprend plus ? Celui qui s’est vengé en devenant, en novembre 2010, « l’hyper-Premier ministre » ? Je continue ?[access capability= »lire_inedits »]

Chaussettes rouges et mèche parfaite

Derrière cette myriade de facettes, il y a bel et bien un mystère Fillon qui, à la vérité, devrait avoir été élucidé depuis longtemps : il est méchant. Et c’est cette seule méchanceté qui le maintient là où il est. La posture de victime qu’il affecte en permanence est un magnifique rempart contre les critiques. Sans compter que la détestation médiatique de son chef est telle qu’à côté, il paraît presque sympa. Prenons le temps de regarder de près l’homme aux chaussettes rouges et à la mèche parfaite: dans la majorité, les preuves de ses vacheries commencent à s’accumuler. Celles d’une marque qu’il laisserait sur le gouvernement de la France manquent franchement.

Les vacheries ? Allez, la dernière en date pour rigoler : l’aimable surnom de « Rantanplan » dont il a affublé Christian Jacob, le nouveau patron du groupe UMP à l’Assemblée. De quoi fâcher ce placide garçon qui est allé lui demander des explications. Lequel jure, la main sur le cœur, qu’on l’a mal compris ; et que, pour éviter certains cafouillages entre Matignon et l’Assemblée, il y aura réunion de coordination tous les lundis. Ça, c’est la promesse du lundi, qui s’évapore dès le mercredi. Jacob se refait aligner par presse et attachée de presse interposés. Et aura donc appris une chose : faut pas faire confiance à François Fillon.

Jégo, Boutin, Borloo : Fillon flingue dans le dos

D’autres ont connu les mêmes déboires. Plus loin dans le temps, Yves Jégo, alors ministre de l’Outre-Mer, ou Christine Boutin, au Logement, avaient noté, une fois sortis du gouvernement, que Fillon n’avait jamais pris la peine de les recevoir alors qu’ils avaient eu à gérer, dans leurs ministères, des sujets un peu chauds : la crise en Guadeloupe pour l’un, le fameux texte sur le droit opposable pour l’autre. Comme Borloo, qui se voyait déjà à Matignon et s’est fait flinguer dans le dos par un Fillon qui, des mois durant, avait fait distiller à flux continu les confidences sur la fiabilité douteuse de son ministre de l’Écologie. Le Premier ministre n’est pas pour rien non plus dans le drame judiciaire, mais aussi émotionnel, que vit actuellement Eric Woerth dans l’affaire de l’hippodrome de Compiègne. Lui qui, à Bercy, se serait fait tuer pour Fillon s’est fait tuer par Fillon.

Autre dossier qui fait tache : Fillon, qui n’arrête pas de se plaindre de l’hyper-présidence, trouve aussi, de temps en temps, son compte à rester comme absent du pouvoir. Pendant l’épisode tunisien (entendons-nous, avant le départ de Ben Ali), Fillon est absent. Il laisse monter MAM en première ligne. Logique, elle est au Quai d’Orsay. Mais le week-end suivant la chute du pouvoir tunisien, MAM, Brice Hortefeux, François Baroin et Alain Juppé sont repartis peinards dans leurs circos. C’est la saison des vœux : tout ministre d’Etat qu’on est, on ne plaisante pas avec ça. L’Élysée fera connaître son mécontentement d’avoir dû attendre encore une demi-journée pour convoquer une réunion au sommet. Et tout le monde a rigolé de ces ministres plus soucieux de leurs petits fours provinciaux que du risque d’explosion dans tout le Maghreb. On pourra tout de même s’étonner que, dans le lot, personne n’ait trouvé à redire de l’attitude du Premier ministre qui, manifestement, n’a pas jugé bon de serrer son équipe sur le sujet. Et même disons-le, a dû trouver ça chouette de planter simultanément les numéros 2, 3 et 4 du gouvernement, mine de rien.

Certains députés commencent à s’agacer de leur Premier ministre. Mais discrétos, faut pas exagérer, quand même. Mais il faut se faire raconter les sarabandes du remaniement. Fillon passant dans les rangs, flattant le col des uns, la croupe des autres. Promettant peu, mais un peu quand même. Et une fois le nouveau gouvernement connu, expliquant, la mine contrite, aux uns et aux autres : « Tu sais, j’ai rien pu faire. J’ai pu sauver que Roselyne. Sinon j’étais seul… »

Cette rhétorique de la solitude, du sérieux, Fillon l’endosse depuis quatre ans qu’il est à Matignon. Et imagine capitaliser là-dessus pour l’après. On le voit déjà candidat à Paris en 2014 ; les plus givrés du clan l’imaginent même, dès l’an prochain, en recours si Sarko ne devait pas se représenter. Mais qui connaît François Fillon, le séguiniste passé au sarkozysme en une nanoseconde ? Et qui, depuis, continue de la jouer gaulliste social sans jamais manifester la moindre inflexion politique par rapport à la ligne qu’on imagine dictée par l’Élysée… Alors, parfois, il balance une petite phrase, que la presse décortique à longueur de colonnes pour réussir à se persuader qu’il existe et ne pense pas pareil.

Mais regardons calmement : Fillon a le destin d’un Raffarin une fois sorti de Matignon − les blagues pourries et les phrases prophétiques incompréhensibles en moins. Alors, si, comme le proclame hugoliennement la devise de France.9, le club du Premier ministre, « la France peut supporter la vérité », alors, disons-la : la France, même en 2017 ou 2022, ne pourra jamais supporter François Fillon.[/access]

François Fillon, le secret et l'ambition

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Notre pain quotidien (6)

Un dimanche à Tchernobyl. Dans sa chanson de 2002 Un dimanche à Tchernobyl le grand Alain Bashung nous invitait à une sorte de descente aux enfers amoureuse, sur fond de ruines atomiques ukrainiennes. Un article des Echos nous apprend que le pays de l’ex-bloc soviétique souhaite proposer bientôt des circuits touristiques « sûrs » aux abords de la centrale nucléaire qui a été ravagée par l’explosion de l’un de ses réacteurs en 1986. Cette initiative : « vise à sensibiliser les visiteurs au risque du nucléaire, mais elle propose aussi un véritable voyage dans le passé. Ainsi, les touristes pourront visiter la ville fantôme de Pripyat. On peut y voir des écoles abandonnées, des immeubles vides dont l’architecture soviétique est restée intacte. » Des « dimanches à Tchernobyl » maussades et nostalgiques qui serviront peut-être à financer la poursuite des travaux de protection du réacteur, dont le coût atteindra encore près de trois milliards d’euros. L’enthousiasme semble grand, mais on avertit cependant déjà les futurs touristes : il ne sera pas possible de rapporter des débris radioactifs avec soi !

Cupidon s’en fout ! Comme prévu, la Saint-Valentin a donné lieu à son habituelle farandole de niaiseries amusantes chez nos confrères de l’AFP. Florilège, en date du 14 février : St- Valentin : L’administration refuse la distribution gratuite de sextoys aux détenues (17h01) – Irak : pour la Saint-Valentin, des jeunes veulent du pain et des roses (16h54) – Saint-Valentin : parodie de mariage ratée entre Afssaps et industrie pharmaceutique (16h03) – La Saint-Valentin souffre de la crise en Espagne (14h12) – Thaïlande : record du baiser le plus long… plus de 32 heures et ça continue (12h49)… Quelques jours plus tôt on notait également des dépêches titrées : « Kissmob » record à Bordeaux avec 835 bisous échangés et USA: pour la Saint-Valentin, un godemiché en échange d’une arme. Le jour des amoureux n’est pas seulement la fête des fleuristes, c’est aussi le cauchemar des agenciers !

Boute-en-train récidiviste. Pascale Le Néouannic, ancien membre du PS passée au Parti de gauche, se remémore – dans les colonnes de la revue Politis – l’ambiance du « bureau national » lorsqu’elle le fréquentait : « Sous Jospin on faisait de la politique. Avec Hollande, les séances alternaient entre la bouffonnerie et les lectures du Monde. Tout était matière à faire de l’humour. » François Hollande avait-il tout compris en adoptant cette posture ? Le Parti Socialiste, mieux vaut en rire qu’en pleurer…

Le « multicul » a échoué partout, et c’est tant mieux !

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Après Angela Merkel, après le Premier ministre britannique David Cameron, Nicolas Sarkozy a donc, à son tour, prononcé l’échec du multiculturalisme, s’attirant la réprobation des belles âmes qui n’ont entendu qu’une diversion islamophobe, autrement dit une façon un brin dégoûtante de surfer sur la peur suscitée dans une partie de l’opinion non pas par l’islam comme religion mais par les revendications identitaires d’une partie de nos concitoyens musulmans. Même l’excellent Guillaume Erner, subtil commentateur des médias sur France Inter qui me fait l’amitié de venir croiser le fer ici-même, estime, en invoquant le philosophe canadien Charles Taylor, que le multiculturalisme est la colonne vertébrale de nos sociétés et qu’y renoncer, ce serait aussi renoncer aux « escarpins taille 43 des drag-queens » et aux panneaux de signalisation en basque – ce qui d’ailleurs, ne peinerait pas plus que cela la jacobine que je suis.

Peut-être Nicolas Sarkozy n’a-t-il pas lu Taylor avec suffisamment d’attention. Cette polémique montre en tout cas qu’il est nécessaire de s’entendre sur le sens d’un mot lourdement piégé. Le multiculturalisme au sens où l’a employé le président n’est pas la diversité culturelle qui fait depuis longtemps partie de la vie et des valeurs des sociétés européennes, mais une modalité particulière du « vivre-ensemble » dans laquelle ce ne sont pas les individus mais les groupes ou communautés qui s’intègrent à leur pays d’accueil, chacun pouvant non seulement conserver des singularités mais aussi jouir de droits spécifiques allant jusqu’à des tribunaux particuliers comme en Angleterre où il existe des cours islamiques et rabbiniques. Au demeurant, contrairement à la Hollande ou à la Grande-Bretagne, la France n’a jamais adopté ce modèle d’intégration et si des tensions se manifestent aujourd’hui autour de l’islam, c’est précisément parce que le multiculturalisme s’impose sans que nous l’ayons voulu.

À défaut d’avoir une réponse simple, la question peut-être posée simplement. Quelles sont les différences que nous acceptons et quelles sont celles que nous rejetons parce qu’elles sont contraires à nos mœurs ? Où s’arrêtent les arrangements raisonnables, où commencent les accommodements déraisonnables ? Il s’agit de définir un équilibre subtil entre tolérance et exigence, compromis et interdit. Que les femmes portent des boubous, des mini-jupes ou des saris, que les Français mangent du couscous ou des cuisses de grenouille, qu’ils pratiquent ramadan ou kippour, non seulement cela ne gêne personne mais cela participe à l’enrichissement par la différence. Mais nous ne pouvons tolérer que des gens soient contraints de faire ramadan ou kippour, que les piscines prévoient des horaires séparées pour filles et garçons ou que les femmes soient cachées sous leurs burqas, parce que la liberté de pensée et la mixité sont au cœur de notre monde commun.

Au bout du compte, le multiculturalisme, c’est le règne du « c’est mon choix » – ou plutôt celui de ma communauté. Devrait-on, à ce compte-là, accepter qu’une femme promène son ami en laisse comme on l’a vu aujourd’hui à Carcassonne ? Sous les atours séduisants de la tolérance, une société dans laquelle chacun, ou plutôt chaque groupe, ferait ce qui lui plait, ne serait plus une société mais un agrégat d’individus et de clans promis à la guerre de tous contre tous.

Le « multicul » a-t-il échoué ?

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Jeudi soir dernier, dans l’ineffable « Paroles de Français », notre Président a été une nouvelle fois clivant, conformément à la vérité sarkozienne selon laquelle la haine des uns provoque l’amour des autres. Nicolas Sarkozy fut notamment clivant lorsqu’il évoqua l’échec du « multiculturalisme ». L’échec du multiculturalisme, je traduis, cela veut dire « l’islam en Occident, sous sa forme actuelle, pose problème ». L’échec du « multicul », oh la belle ficelle…. Si Sarkozy évoque l’échec du multiculturalisme, c’est pour que la gauche nous fasse du « go fast », bref qu’elle fonce tête baissée…. Eh oui, si l’on évoque « l’échec du multicul » c’est pour susciter au choix deux réactions de la gauche :

1) La faire dégouliner d’angélisme en l’incitant à dire que non, l’islam en occident ne pose aucun problème ;
2) La conduire à dire que lorsque Sarkozy parle d’échec du multiculturalisme, il annonce le retour de Pétain.

Dans les deux cas, la gauche tournerait le dos à l’opinion publique puisque 68 % des Français estiment que les musulmans ne sont pas bien intégrés en France. Pas sûr toutefois que ces 68 % soient tous sur la même longueur d’onde : on peut constater ce défaut d’intégration, et imputer cela à une hypothétique « culture » musulmane ou bien considérer que la France n’a pas rendu possible cette intégration.

En somme, il y a tout lieu de craindre que « l’échec du multicul » joue en 2012 le rôle que la FS – la fracture sociale – joua en 2005. Eh bien ne perdons pas notre temps à nous demander si le multiculturalisme est un échec. Car une question mal formulée n’admet pas de bonne réponse. Il y aurait un échec de l’intégration, échec dont la burqa serait le signe ostentatoire. Mais cette burqa comme l’a encore montré récemment une épouse de Lies Hebadj, n’est pas le monopole des personnes nées hors de France de parents non de souche. Va-t-il falloir considérer comme non-intégrées ces jeunes femmes nées Dupont qui, aveuglées par l’amour ou pas, décident de se couvrir d’un voile ?

Le multiculturalisme ne concerne pas seulement les musulmans. Il est une revendication de toutes les minorités, religieuses mais aussi ethniques, sociales ou sexuelles. Et ce multiculturalisme là est la colonne vertébrale des sociétés modernes comme l’a montré le philosophe canadien Charles Taylor. Pour le dire autrement, le multiculturalisme, ce n’est pas seulement la burqa ce sont aussi les escarpins taille 43 des drags-queens, les panneaux de signalisation en basque ou bien encore les kipas portées le jour de shabbat.

Du coup, revenir sur le multiculturalisme cela voudrait dire aussi revenir sur les droits des homosexuels, placer des jours d’examen le jour de Yom Kippour ou bien demander aux Alsaciens ou aux Corses de renoncer à leurs singularités régionales. Ce multiculturalisme là, non seulement il n’a pas échoué mais il est au cœur même de ce qui nous fait modernes.

Mexique : et ils sont où les zapatistes?

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Les relations entre la France et le Mexique subissent ces derniers temps quelques turbulences à cause de l’entêtement du gouvernement de Mexico à faire appliquer une décision de justice prise à l’encontre de Florence Cassez, une ressortissante française condamnée pour enlèvement et assassinat.

Il fut un temps, pas si lointain, où tout le gratin de la gauche progressiste hexagonale défilait dans la jungle de la province du Chiapas, persuadée qu’un lecteur attentif d’Althusser, Foucault et Deleuze allait relever l’étendard de la révolution guevariste. Le visage dissimulé sous un passe-montagne d’où dépassait une pipe allumée, le sous-commandant Marcos était devenu la coqueluche de Saint-Germain-des-Prés, et l’objet de la sollicitude attentive de Danielle Mitterrand.

On aurait attendu, qu’en retour, il lance une audacieuse attaque contre la prison de Tepepan, où croupit notre compatriote depuis cinq ans, avec la perspective d’y demeurer encore plus d’un demi-siècle. Aux dernières nouvelles, l’armée zapatiste de libération nationale (EZLN) s’est signalée par l’assassinat à la machette d’un pasteur évangéliste indigène, et de deux autres indiens de la communauté d’El Pozo mécontents d’être régulièrement rançonnés par les hommes de Marcos. On ne peut pas être partout.

L’Eglise de France en faillite : comme l’Etat

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On savait déjà que l’Etat, à bout de souffle budgétaire, blessé comme une vieille bête par une mondialisation extravagante, en était réduit à vendre ses bijoux de famille, c’est-à-dire ce qu’il reste de son patrimoine immobilier. Il y a un bout de temps que ce qui fit naguère sa force, à savoir ses services publics des transports, des communications et de l’énergie sont en voie de démantèlement ou de privatisation afin qu’une concurrence libre et non faussée fassent augmenter de façon tout aussi libre et non faussée les prix du gaz, de l’électricité, du téléphone, du train et de la poste pour les usagers, euh pardon les clients. La récente affaire de l’Hôtel de la Marine
n’est que la partie émergée et symbolique de l’iceberg de la grande dèche nationale.

L’Eglise catholique semble dans la même misère. Elle n’avait pas connu cela depuis la Révolution française, quand les fortunes hâtives du Directoire, comme aujourd’hui celles des oligarques de la post-URSS, se construisaient sur la bête en acquérant des biens nationaux, (des abbayes et autre prieurés ayant été remplacés par des gisements de gaz naturel). Ou peut-être depuis 1905, quand le petit père Combes décréta qu’il n’y aurait plus un sou d’argent public pour les religions et que le catholicisme cessait d’être la religion nationale.

Le budget de l’Eglise est en effet aujourd’hui celui d’un Etat virtuellement en faillite, comme dirait François Fillon.
L’Eglise de France doit débourser 286 millions d’euros pour la rémunération de ses fonctionnaires, euh pardon, de ses prêtres. (900 euros plus les charges). Si on y ajoute les 150 millions d’euros dépensés pour des travaux et les 120 millions affectés à des laïcs (secrétaires, aumôniers, personnel administratif) payés au smic, ce frein à la croissance, et que l’on met ce total en regard les recettes, on comprend vite l’exercice d’équilibrisme, digne d’une Christine Lagarde et d’un François Baroin en grande forme.

Le denier du culte, manière d’impôt librement consenti par les croyants, (l’équivalent de la vente du muguet pour le PCF) rapporte 228 millions d’euros tandis que les quêtes et autres offrandes de messes se montent à 272 millions d’euros. On peut encore ajouter aux recettes quelques produits financiers de bon père de famille ou d’électeur d’Europe Ecologie conscientisé : 31 millions d’euros, répartis entre des Sicav monétaires et des fonds Ethica (portefeuilles d’actions qui consistent de manière assez casuiste à concilier deux choses pourtant bien difficiles à concilier, surtout pour un catholique : le profit et la morale) sans compter 89 millions d’euros de legs.

Tout cela n’est plus tenable et l’Eglise a été obligée tout récemment de vendre en 2008 comme nous l’apprend Marc Paillet dans son livre La grande braderie, comment l’Eglise se bat pour éviter la faillite (Fayard), L’Hôtel de la rue Bourbon-Condé, une magnifique bâtisse du dix-huitième siècle de 3000 m2 située rue Monsieur, en plein septième arrondissement. L’écrin appartenait aux Sœurs du Cœur de Marie qui l’utilisaient pour donner des cours de BTS d’action sociale. Ce devait être du dernier chic, tout de même, de faire son BTS d’action sociale à deux pas des Invalides.

Mis en vente 66 millions d’euros, il n’a pu trouver, évidemment pour seul acquéreur solvable en pleine crise des subprimes, qu’un roi du pétrole, en l’occurrence l’émir du Barhein.
Pascale Pupinck, à la tête pour la France de la congrégation des Sœurs du Cœur de Marie, chargée de la vente, a eu pour principale interlocutrice la reine de Bahreïn, Chehika Sabika que la religieuse nous décrit, comme pour nous rassurer, de la manière suivante : « Il s’agit d’une femme très européeanisée, moderne, qui passe la moitié de son temps à Paris. »
Ouf, n’est-ce pas ?

On a évité de peu une star de rap hardcore avec escortes callipyges ou carrément un cartel de la drogue venu du neuf-trois. La reine a même eu la bonté d’accepter un accommodement raisonnable : ne pas détruire la chapelle. Son altesse est trop bonne : en plus, nous précise-t-elle, son personnel qui est en majorité catholique, l’apprécie beaucoup, la chapelle. On est en plein dialogue interreligieux, là, que c’en est un vrai bonheur. On a beau dire, le choc des civilisations, il est tout de même beaucoup moins violent quand il est amorti par l’airbag du pognon. Ainsi est-il devenu du dernier chic de s’acheter un logement de standing dans une chapelle baroque : à Rouen, on peut faire une bonne affaire avec un appartement, garanti désacralisé par l’évêque, de 145m2 pour 520.000 euros.

L’Eglise de France, pour se redresser doit absolument se livrer à une politique de rigueur sans précédent et nous ne saurions trop lui recommander de se tourner vers le FMI qui viendra tous les trimestres, comme en Grèce, vérifier que les prêts sont bien utilisés et non pas l’occasion d’une gabegie sans nom dans les actions caritatives, les interventions humanitaires ou l’éducation qui ne sont pas rentables. Il s’emploiera à orienter l’investissement spéculatif vers le marché des nouveaux miracles: ventes de souvenirs, pèlerinages, trafic de reliques, allant jusqu’à une forme de simonie modernisée
Et si ça ne suffisait pas ?
Eh bien, il ne resterait plus qu’à prier.
Au fond, il n’y a que la Foi qui sauve.

A chacun son Président

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On a beaucoup commenté le débat intitulé « Paroles de Français », organisé le 10 février dernier sur TF1. Soporifique pour les uns, truqué pour les autres. Personnellement, plus j’y réfléchis, plus je trouve que ce show avait, sur le fond, de quoi inquiéter.

Car en définitive, qu’aura-t-on retenu de l’émission ? Que le Chef de l’État aurait vocation à régler le problème de chacun, à s’emparer du cas particulier pour y porter remède. Que faire pour la pharmacienne niçoise confrontée à des agressions récurrentes ? Pondre une loi punissant plus sévèrement les auteurs d’infractions à l’encontre des officines du sud de la France ?
Bien sûr m’objectera-t-on l’examen des cas d’espèce permet d’évoquer le cas général. C’est à voir…

L’actualité prouve surtout que le fait particulier examiné sous l’empire de l’émotion ne débouche le plus souvent que des mesures démagogiques. Ce comportement érigé en méthode de gouvernement risque d’avoir des conséquences désastreuses sur le fonctionnement des institutions.Il était convenu dans le catéchisme républicain que le Président, véritable monarque, était par essence le Président de tous les Français.

Il est à craindre qu’il ne devienne désormais le Président de chacun des Français, ce qui ne consacre pas qu’une simple nuance sémantique. L’intérêt général pourrait perdre sa primauté au profit des intérêts particuliers et la Res publica devenir la Res derelictae, une république abandonnée.

France Culture, l’ENS et les « bon juifs »

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France-Culture nous a gratifiés, un matin du mois de janvier, d’une de ses séances d’encensoir, sans la moindre vergogne, glorifiant deux personnages qualifiés par le maître de céans, Marc Voinchet, de « trésors vivants de la nation ». Il s’agissait, on l’aura deviné, de deux idoles actuelles des foules réputées pensantes : Stéphane Hessel et Edgar Morin, dont Voinchet, efficacement aidé par sa nouvelle complice Julie Clarini, chantait les louanges en mode majeur et sur tous les tons.[access capability= »lire_inedits »]

Naturellement, aucun de ceux qui, ces derniers temps, avaient formulé des objections sur le contenu de l’opuscule de Hessel, même sur un ton poli et modéré, comme Boris Cyrulnik, Éric Le Boucher ou Pierre-Antoine Delhommais (du Monde) n’avait été convié à tenter un contrepoint au numéro d’admiration mutuelle auquel se sont livrés avec délectation Hessel et Morin. Le respect dû aux vieillards est tout à fait louable, mais il ne saurait suffire à remplir le cahier des charges d’une radio qui se veut éveilleuse de consciences dès potron-minet.

Il fallait tendre l’oreille pour trouver ce matin-là, dans la chronique de Philippe Meyer, absent du studio, un coup de patte indirect contre Hessel consistant à tresser les louanges d’un bouquin, paru en 2008, de la philosophe Myriam Revault d’Allonnes[1. L’Homme compassionnel, Seuil, janvier 2008]. Ce livre est une critique de ce que les Italiens appellent le « buonisme », approche compassionnelle de tous les problèmes en vertu de laquelle le seul fait d’apparaître comme une victime fait de vous un héros des temps modernes.

Hessel fit comme s’il n’avait pas entendu que c’était aussi à lui que ce discours s’adressait et l’on passa rapidement à la suite du passage de brosse à reluire, à peine tempéré par les objections rituelles, toujours polies et feutrées, du libéral de service, Alain-Gérard Slama.

Cette petite sauterie entre amis aurait dû se terminer par un bouquet final d’indignation collective contre l’interdiction par la directrice de l’École normale supérieure (ENS) de la rue d’Ulm, Monique Canto-Sperber, d’un meeting public pro-palestinien et favorable au boycottage des produits israéliens, prévu le 18 janvier dans cet établissement, avec la participation des suspects habituels : Stéphane Hessel, bien sûr, mais aussi Leïla Shahid, Michel Warschawski et la députée arabe israélienne Haneen Zoabi. Il s’agissait, bien sûr, de stigmatiser les méfaits d’un lobby juif incarné par le président du CRIF, Richard Prasquier, lequel s’était réjoui, dans un communiqué, de l’annulation de ce meeting qui ne répondait pas aux critères du débat policé et contradictoire qui devrait être la règle dans cette prestigieuse enceinte universitaire.

Le grain de sel de Raphaël Enthoven

Hessel commença par donner sa version des faits, sur le ton patelin et faussement modeste qu’il affectionne : « On m’avait accordé une salle de l’ENS pour discuter avec quelques étudiants de mes récents voyages à Gaza, où j’ai pu constater les massacres et les destructions commises par les Israéliens ; cette interdiction est donc une atteinte inadmissible à la liberté d’expression dans un lieu qui devrait, au contraire, en assurer le plein exercice. » Cette version pour le moins incomplète, sinon mensongère, serait passée comme une lettre à la poste si un autre animateur de France Culture et ancien normalien, Raphaël Enthoven, n’avait pas vu de la lumière dans le studio 167 et ne s’était imposé pour mettre son grain de sel. Il fit valoir que cette rencontre intime présentée par Stéphane Hessel s’était en fait muée en grand meeting de soutien aux boycotteurs de produits israéliens et qu’il y avait eu, de la part des organisateurs, tromperie sur la marchandise vis-à-vis de la direction de l’École. Il s’inscrivit également en faux contre l’idée que cette annulation avait été provoquée par les pressions du président du CRIF sur la directrice.

En dépit d’efforts méritoires de Julie Clarini pour faire porter le chapeau de cette pénible affaire au président du CRIF, l’intervention d’Enthoven sauva cette édition des « Matins » du ridicule pompeux dans lequel elle se vautrait depuis l’aube.

L’affaire ne s’est pas arrêtée là : quelques auditeurs furieux encombrèrent la boîte mail de France Culture pour protester contre l’incroyable complaisance de cette chaîne envers l’un de ses producteurs qui avait eu le culot de manquer de respect envers Messieurs Hessel et Morin. Le lendemain, Olivier Poivre d’Arvor, directeur de France Culture, se sentit obligé d’expliquer que cette affaire du Proche-Orient était décidément bien compliquée, soulevait des passions insensées, et que France Culture tentait au mieux de naviguer dans cet environnement tempétueux en maintenant un équilibre toujours précaire.

Normale sup, du maoïsme à l’antisionisme primaire

On dira que chacun voit midi à sa porte, mais force est de constater que les intellectuels qui tentent de penser hors de la vulgate pro-palestinienne et les représentants qualifiés du judaïsme organisé sont assez inaudibles sur France Culture. Pierre-André Taguieff, Shmuel Trigano, Raphaël Drai, Georges Bensoussan et quelques autres ont, sur le sujet, des choses à dire qui pourraient éclairer les auditeurs réputés adultes d’un programme intellectuellement exigeant. Même Elie Barnavi, ancien chouchou de la sphère médiatique, se fait de plus en plus rare car il n’entre pas totalement dans le moule du « bon juif » radiophonique, passant son temps à cogner sur Netanyahou et le CRIF. Or, j’ai beau être un auditeur assidu de France Culture, il ne me semble pas avoir eu, récemment, l’occasion de les entendre, alors qu’ils ont, ces derniers temps, publié des ouvrages dont l’intérêt n’est pas moindre que ceux d’Esther Benbassa et de Charles Enderlin, invités récurrents du service public de radiodiffusion… On peut aussi estimer scandaleux que Richard Prasquier, mis directement en cause dans les « Matins », n’ait pas été invité à faire valoir son point de vue dès le lendemain… On me répondra : « Finkielkraut ! » D’accord, Finkielkraut, il est tous les samedis à 9h10 sur France Culture. Mais il doit faire preuve, sur ce terrain, d’une certaine réserve, d’abord parce qu’il est l’animateur, ensuite parce qu’il a, il y a deux ans, subi un lynchage médiatique insensé après s’être fait piéger par des journalistes du quotidien israélien Haaretz.

Quand à l’insupportable acte de censure dont se serait rendue coupable Monique Canto-Sperber, directrice de l’ENS, on doit rappeler, à sa décharge, qu’un séminaire dans les locaux de l’École sur l’histoire politique du sionisme, animé par les professeurs Yves-Charles Zarka, Raphaël Drai et Elhanan Yakira , le 12 mai 2010, avait fait l’objet d’une agression vociférante de militants pro-palestiniens élèves de l’École, ou introduits de l’extérieur, qui s’étaient érigés en police de la pensée.

Confondre l’ENS avec une « base rouge » maoïste avait mené, dans les années 1970, cette école au bord de l’abîme. Le récit de Jean-Claude Milner[2. L’Arrogance du présent. Regards sur une décennie, 1965-1975, Grasset, 2009]. sur cette période est, à cet égard, lumineux. Il n’est pas étonnant que ceux qui furent à l’origine de cette perversion, les Badiou, Balibar ou Lévy-Leblond, archicubes impénitents, instrumentalisent le conflit israélo-palestinien pour entraîner leurs successeurs sur cette voie sans issue.[/access]

L'Homme compassionnel

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Sidonie goes to Hollywood

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Longtemps, je n’ai pas lu Le Figaro Madame. Ni sur le web, ni même chez le dentiste, lorsque j’attendais mon tour de charcutage. Ma dignité m’en empêchait. Un reste de pudeur, d’estime de soi, certains dirons de snobisme, un des nouveaux noms (et pas le pire) que l’on a trouvé dans ce pays pour qualifier l’attachement au vieux culte français de la littérature classique. Même chez le dentiste donc, je me munissais d’un roman ou d’un essai prétentieux, quitte à relire sans cesse la même phrase, car j’étais généralement incapable de me concentrer sur autre chose que les instruments de torture qui dans la pièce d’à côté tonitruaient l’imminence de mon calvaire. Et je m’en rends compte aujourd’hui, j’avais tort, lourdement tort, de refuser de me distraire en feuilletant le supplément Madame du Figaro. Car je me privais ainsi de toute chance de lire la prose de la jeune Sidonie Sigrist dont le moindre des intérêts, j’en suis sûr, n’est pas le prénom. Sidonie évoque en effet irrésistiblement à mon indécrottable nostalgie une appétissante oie blanche qui en compagnie de la petite cochonne Aglaé manquait à chaque épisode de passer à la casserole du méchant renard Croquetout, dans un impérissable feuilleton animé des années 1970.

Mais la Sidonie du XXIe siècle n’a rien d’une oie blanche. C’est au contraire une « web journaliste » du Figaro Madame et néanmoins bien de son temps, qui proclame à qui veut l’entendre, dans un français aussi approximatif que branché, que les futurs mariés peuvent désormais, à l’occasion de leur « cérémonie d’engagement », « maintenir au top le quotient émotion, sans passer par le registre religion ». C’est pas sympa ça ? Fini de se prendre la tête dans des « églises de quartier », dotées d’un « orgue tristounet » avec des curés qui croient en des trucs qui ne nous « correspondent pas ». Les futurs mariés qui exigent, malgré leur « absence de foi », leur dose de « solennel », auront droit à leur quota de « symbolique ». Un nouveau droit humain en gestation sans doute. Exit le mariage religieux ringard, voici donc la « cérémonie d’engagement », « orchestrée à votre image », petit veinards. Et vous, bande de mécréants qui vous morfondiez à l’idée de devoir vous contenter de « la procédure administrative bouclée en quatorze minute devant l’adjoint de monsieur le maire », vous avez dorénavant la possibilité d’avoir le solennel de la religion, sans la religion elle-même. Le beurre et l’argent du beurre, en somme, et le sourire de la mariée, et même son derrière, mais ça, a priori, vous l’aviez déjà, petits coquins libérés que vous êtes.

Les avantages de ce système s’interroge encore Sidonie ? « La liberté, pardi », répond-elle, lyrique comme un Laurent Joffrin fêtant dans son édito du jour la révolution arabe du jour. Car en plus de choisir vous-même la mariée, et la musique de la cérémonie (Les Beatles ! Du Gospel ! Patti Smith !), vous pourrez choisir aussi l’officiant. Si possible un pote à vous qui « manie le verbe avec éloquence », et non comme un manche, ou à défaut un « officiant professionnel » qui ambiancera la teuf avec une pincée de solennel sans vous prendre la tête avec des gros mots comme fidélité ou devoir, sauf si vous le voulez bien sûr. Il en faut pour tous les goûts ! Même les plus masos. No souçaï, mon pote ! Tu veux de la fidélité, je te donne de la fidélité ! Tu veux de l’engament dégageable à souhait, je te donne de l’engagement dégageable ! Chouchou, dégage ! Prends exemple sur Ben Ali, Moubarak et les autres. Sois pas lourd !

Et qui c’est qui vous organise tout ça ? C’est la société « Lune de fêtes cérémonie » qui se proclame « créateur de mariage laïque », et pour laquelle l’amie Sidonie fait une pub éhontée dans son article. En vous rendant sur le site de ladite société, vous vous rendrez compte à la vue de la photo qui agrémente la page d’accueil, que « la cérémonie sur mesure imaginée par et pour ceux qui se marient » ressemble comme un clone aux cérémonies de mariage qui concluent les niaiseries hollywoodiennes avec Meg Ryan : tout est prêt pour qu’en plein air, sur une pelouse impeccable, la mariée dans un blanc resplendissant rejoigne sur une sorte d’autel judéo-païen, au bras de son papa faussement sévère, ce grand benêt de marié qui, affublé d’une queue de pie, ne croira pas en sa chance finale. Bref, l’imaginaire hyper-démocratique est libéré du carcan moisi de l’Eglise, mais se coule aussi servilement que librement dans celui des images d’Epinal de l’Amérique.

Et dire que Le Figaro passe chez certains de mes amis de gauche pour le porte-voix de la vieille France obsolète et franchouillarde. Ce n’est pas que je leur veuille du mal à ces gentils gauchos, mais vivement qu’ils aillent chez le dentiste ! Et que dans la salle d’attente, ils délaissent un instant La Princesse de Clèves dans laquelle ils sont bien sûr tous plongés depuis que Sarkozy leur a dit que ça ne se faisait pas. Et qu’ils dévorent enfin sans fausse pudeur Le Figaro Madame. Ils en apprendront des choses inédites, sur la France sarkozyenne…

Le club des Jacobins

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– Dominique, c’est pourtant vrai que tu as encore grossi ; Christian Jacob a laissé entendre que tu étais bouffi !
– Jacob ! Je l’attaque en diffamation, ce péquenot !
– Il a ajouté que tu étais une publicité vivante contre les effets de la nourriture américaine !
– Je vais lui coller au train l’Association des Jacobins pour la liberté de manger !
– Qu’est-ce que c’est ?
– Un club, que j’ai créé avec quelques amis de gauche, comme moi, et enrobés… comme moi.
– Tu n’est plus seulement enrobé, Dominique, tu es gros !
– C’est faux ! Voilà que ma femme parle comme mes diffamateurs !
– Dominique, je t’interdis ! Je pense à ta santé, moi, et à notre avenir. Et puis, j’en ai assez d’être ici ! Washington, c’est sinistre, même les américains le disent ! Je veux retrouver Paris, la Seine, les Champs-Élysées… À ce propos, j’ai vu une annonce immobilière : un bel hôtel particulier à louer, avec un immense parc, dans le VIIIe arrondissement. Il serait libre en 2012…
– Ah, ça tombe bien, moi aussi !
-… avec un bail de cinq ans, renouvelable. Mais il faut se mettre sur les rangs dès aujourd’hui, parce que c’est un lieu très prisé.
– Eh bien mais, postulons ! Qui refuserait de louer au président du FMI ?
– Alors, c’est entendu, je téléphone demain ! Merci mon chéri !
– Dis-moi Anne…
– Oui, Dominique.
– Jacob, c’est pas très catholique comme nom…

Un méchant garçon à Matignon

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François Fillon, homme politique de l’année ! À l’occasion de leur raout annuel à l’Assemblée, les journalistes qui votent pour le prix du Trombinoscope[1. On notera que ce podium était quelque peu baroque, puisque le prix de la Révélation 2010 est allé à Jean-Luc Mélenchon !] ont trouvé que c’était super-formidable de couronner François Fillon. Mais quel Fillon a-t-on plébiscité, au fait ? L’immarcescible premier ministre que la presse adore ? Le paillasson préféré du président de la République ? L’homme qui souffre à Matignon devant une politique qu’il ne comprend plus ? Celui qui s’est vengé en devenant, en novembre 2010, « l’hyper-Premier ministre » ? Je continue ?[access capability= »lire_inedits »]

Chaussettes rouges et mèche parfaite

Derrière cette myriade de facettes, il y a bel et bien un mystère Fillon qui, à la vérité, devrait avoir été élucidé depuis longtemps : il est méchant. Et c’est cette seule méchanceté qui le maintient là où il est. La posture de victime qu’il affecte en permanence est un magnifique rempart contre les critiques. Sans compter que la détestation médiatique de son chef est telle qu’à côté, il paraît presque sympa. Prenons le temps de regarder de près l’homme aux chaussettes rouges et à la mèche parfaite: dans la majorité, les preuves de ses vacheries commencent à s’accumuler. Celles d’une marque qu’il laisserait sur le gouvernement de la France manquent franchement.

Les vacheries ? Allez, la dernière en date pour rigoler : l’aimable surnom de « Rantanplan » dont il a affublé Christian Jacob, le nouveau patron du groupe UMP à l’Assemblée. De quoi fâcher ce placide garçon qui est allé lui demander des explications. Lequel jure, la main sur le cœur, qu’on l’a mal compris ; et que, pour éviter certains cafouillages entre Matignon et l’Assemblée, il y aura réunion de coordination tous les lundis. Ça, c’est la promesse du lundi, qui s’évapore dès le mercredi. Jacob se refait aligner par presse et attachée de presse interposés. Et aura donc appris une chose : faut pas faire confiance à François Fillon.

Jégo, Boutin, Borloo : Fillon flingue dans le dos

D’autres ont connu les mêmes déboires. Plus loin dans le temps, Yves Jégo, alors ministre de l’Outre-Mer, ou Christine Boutin, au Logement, avaient noté, une fois sortis du gouvernement, que Fillon n’avait jamais pris la peine de les recevoir alors qu’ils avaient eu à gérer, dans leurs ministères, des sujets un peu chauds : la crise en Guadeloupe pour l’un, le fameux texte sur le droit opposable pour l’autre. Comme Borloo, qui se voyait déjà à Matignon et s’est fait flinguer dans le dos par un Fillon qui, des mois durant, avait fait distiller à flux continu les confidences sur la fiabilité douteuse de son ministre de l’Écologie. Le Premier ministre n’est pas pour rien non plus dans le drame judiciaire, mais aussi émotionnel, que vit actuellement Eric Woerth dans l’affaire de l’hippodrome de Compiègne. Lui qui, à Bercy, se serait fait tuer pour Fillon s’est fait tuer par Fillon.

Autre dossier qui fait tache : Fillon, qui n’arrête pas de se plaindre de l’hyper-présidence, trouve aussi, de temps en temps, son compte à rester comme absent du pouvoir. Pendant l’épisode tunisien (entendons-nous, avant le départ de Ben Ali), Fillon est absent. Il laisse monter MAM en première ligne. Logique, elle est au Quai d’Orsay. Mais le week-end suivant la chute du pouvoir tunisien, MAM, Brice Hortefeux, François Baroin et Alain Juppé sont repartis peinards dans leurs circos. C’est la saison des vœux : tout ministre d’Etat qu’on est, on ne plaisante pas avec ça. L’Élysée fera connaître son mécontentement d’avoir dû attendre encore une demi-journée pour convoquer une réunion au sommet. Et tout le monde a rigolé de ces ministres plus soucieux de leurs petits fours provinciaux que du risque d’explosion dans tout le Maghreb. On pourra tout de même s’étonner que, dans le lot, personne n’ait trouvé à redire de l’attitude du Premier ministre qui, manifestement, n’a pas jugé bon de serrer son équipe sur le sujet. Et même disons-le, a dû trouver ça chouette de planter simultanément les numéros 2, 3 et 4 du gouvernement, mine de rien.

Certains députés commencent à s’agacer de leur Premier ministre. Mais discrétos, faut pas exagérer, quand même. Mais il faut se faire raconter les sarabandes du remaniement. Fillon passant dans les rangs, flattant le col des uns, la croupe des autres. Promettant peu, mais un peu quand même. Et une fois le nouveau gouvernement connu, expliquant, la mine contrite, aux uns et aux autres : « Tu sais, j’ai rien pu faire. J’ai pu sauver que Roselyne. Sinon j’étais seul… »

Cette rhétorique de la solitude, du sérieux, Fillon l’endosse depuis quatre ans qu’il est à Matignon. Et imagine capitaliser là-dessus pour l’après. On le voit déjà candidat à Paris en 2014 ; les plus givrés du clan l’imaginent même, dès l’an prochain, en recours si Sarko ne devait pas se représenter. Mais qui connaît François Fillon, le séguiniste passé au sarkozysme en une nanoseconde ? Et qui, depuis, continue de la jouer gaulliste social sans jamais manifester la moindre inflexion politique par rapport à la ligne qu’on imagine dictée par l’Élysée… Alors, parfois, il balance une petite phrase, que la presse décortique à longueur de colonnes pour réussir à se persuader qu’il existe et ne pense pas pareil.

Mais regardons calmement : Fillon a le destin d’un Raffarin une fois sorti de Matignon − les blagues pourries et les phrases prophétiques incompréhensibles en moins. Alors, si, comme le proclame hugoliennement la devise de France.9, le club du Premier ministre, « la France peut supporter la vérité », alors, disons-la : la France, même en 2017 ou 2022, ne pourra jamais supporter François Fillon.[/access]

François Fillon, le secret et l'ambition

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Notre pain quotidien (6)

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Un dimanche à Tchernobyl. Dans sa chanson de 2002 Un dimanche à Tchernobyl le grand Alain Bashung nous invitait à une sorte de descente aux enfers amoureuse, sur fond de ruines atomiques ukrainiennes. Un article des Echos nous apprend que le pays de l’ex-bloc soviétique souhaite proposer bientôt des circuits touristiques « sûrs » aux abords de la centrale nucléaire qui a été ravagée par l’explosion de l’un de ses réacteurs en 1986. Cette initiative : « vise à sensibiliser les visiteurs au risque du nucléaire, mais elle propose aussi un véritable voyage dans le passé. Ainsi, les touristes pourront visiter la ville fantôme de Pripyat. On peut y voir des écoles abandonnées, des immeubles vides dont l’architecture soviétique est restée intacte. » Des « dimanches à Tchernobyl » maussades et nostalgiques qui serviront peut-être à financer la poursuite des travaux de protection du réacteur, dont le coût atteindra encore près de trois milliards d’euros. L’enthousiasme semble grand, mais on avertit cependant déjà les futurs touristes : il ne sera pas possible de rapporter des débris radioactifs avec soi !

Cupidon s’en fout ! Comme prévu, la Saint-Valentin a donné lieu à son habituelle farandole de niaiseries amusantes chez nos confrères de l’AFP. Florilège, en date du 14 février : St- Valentin : L’administration refuse la distribution gratuite de sextoys aux détenues (17h01) – Irak : pour la Saint-Valentin, des jeunes veulent du pain et des roses (16h54) – Saint-Valentin : parodie de mariage ratée entre Afssaps et industrie pharmaceutique (16h03) – La Saint-Valentin souffre de la crise en Espagne (14h12) – Thaïlande : record du baiser le plus long… plus de 32 heures et ça continue (12h49)… Quelques jours plus tôt on notait également des dépêches titrées : « Kissmob » record à Bordeaux avec 835 bisous échangés et USA: pour la Saint-Valentin, un godemiché en échange d’une arme. Le jour des amoureux n’est pas seulement la fête des fleuristes, c’est aussi le cauchemar des agenciers !

Boute-en-train récidiviste. Pascale Le Néouannic, ancien membre du PS passée au Parti de gauche, se remémore – dans les colonnes de la revue Politis – l’ambiance du « bureau national » lorsqu’elle le fréquentait : « Sous Jospin on faisait de la politique. Avec Hollande, les séances alternaient entre la bouffonnerie et les lectures du Monde. Tout était matière à faire de l’humour. » François Hollande avait-il tout compris en adoptant cette posture ? Le Parti Socialiste, mieux vaut en rire qu’en pleurer…

Le « multicul » a échoué partout, et c’est tant mieux !

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voile islam observateur

Après Angela Merkel, après le Premier ministre britannique David Cameron, Nicolas Sarkozy a donc, à son tour, prononcé l’échec du multiculturalisme, s’attirant la réprobation des belles âmes qui n’ont entendu qu’une diversion islamophobe, autrement dit une façon un brin dégoûtante de surfer sur la peur suscitée dans une partie de l’opinion non pas par l’islam comme religion mais par les revendications identitaires d’une partie de nos concitoyens musulmans. Même l’excellent Guillaume Erner, subtil commentateur des médias sur France Inter qui me fait l’amitié de venir croiser le fer ici-même, estime, en invoquant le philosophe canadien Charles Taylor, que le multiculturalisme est la colonne vertébrale de nos sociétés et qu’y renoncer, ce serait aussi renoncer aux « escarpins taille 43 des drag-queens » et aux panneaux de signalisation en basque – ce qui d’ailleurs, ne peinerait pas plus que cela la jacobine que je suis.

Peut-être Nicolas Sarkozy n’a-t-il pas lu Taylor avec suffisamment d’attention. Cette polémique montre en tout cas qu’il est nécessaire de s’entendre sur le sens d’un mot lourdement piégé. Le multiculturalisme au sens où l’a employé le président n’est pas la diversité culturelle qui fait depuis longtemps partie de la vie et des valeurs des sociétés européennes, mais une modalité particulière du « vivre-ensemble » dans laquelle ce ne sont pas les individus mais les groupes ou communautés qui s’intègrent à leur pays d’accueil, chacun pouvant non seulement conserver des singularités mais aussi jouir de droits spécifiques allant jusqu’à des tribunaux particuliers comme en Angleterre où il existe des cours islamiques et rabbiniques. Au demeurant, contrairement à la Hollande ou à la Grande-Bretagne, la France n’a jamais adopté ce modèle d’intégration et si des tensions se manifestent aujourd’hui autour de l’islam, c’est précisément parce que le multiculturalisme s’impose sans que nous l’ayons voulu.

À défaut d’avoir une réponse simple, la question peut-être posée simplement. Quelles sont les différences que nous acceptons et quelles sont celles que nous rejetons parce qu’elles sont contraires à nos mœurs ? Où s’arrêtent les arrangements raisonnables, où commencent les accommodements déraisonnables ? Il s’agit de définir un équilibre subtil entre tolérance et exigence, compromis et interdit. Que les femmes portent des boubous, des mini-jupes ou des saris, que les Français mangent du couscous ou des cuisses de grenouille, qu’ils pratiquent ramadan ou kippour, non seulement cela ne gêne personne mais cela participe à l’enrichissement par la différence. Mais nous ne pouvons tolérer que des gens soient contraints de faire ramadan ou kippour, que les piscines prévoient des horaires séparées pour filles et garçons ou que les femmes soient cachées sous leurs burqas, parce que la liberté de pensée et la mixité sont au cœur de notre monde commun.

Au bout du compte, le multiculturalisme, c’est le règne du « c’est mon choix » – ou plutôt celui de ma communauté. Devrait-on, à ce compte-là, accepter qu’une femme promène son ami en laisse comme on l’a vu aujourd’hui à Carcassonne ? Sous les atours séduisants de la tolérance, une société dans laquelle chacun, ou plutôt chaque groupe, ferait ce qui lui plait, ne serait plus une société mais un agrégat d’individus et de clans promis à la guerre de tous contre tous.

Le « multicul » a-t-il échoué ?

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Jeudi soir dernier, dans l’ineffable « Paroles de Français », notre Président a été une nouvelle fois clivant, conformément à la vérité sarkozienne selon laquelle la haine des uns provoque l’amour des autres. Nicolas Sarkozy fut notamment clivant lorsqu’il évoqua l’échec du « multiculturalisme ». L’échec du multiculturalisme, je traduis, cela veut dire « l’islam en Occident, sous sa forme actuelle, pose problème ». L’échec du « multicul », oh la belle ficelle…. Si Sarkozy évoque l’échec du multiculturalisme, c’est pour que la gauche nous fasse du « go fast », bref qu’elle fonce tête baissée…. Eh oui, si l’on évoque « l’échec du multicul » c’est pour susciter au choix deux réactions de la gauche :

1) La faire dégouliner d’angélisme en l’incitant à dire que non, l’islam en occident ne pose aucun problème ;
2) La conduire à dire que lorsque Sarkozy parle d’échec du multiculturalisme, il annonce le retour de Pétain.

Dans les deux cas, la gauche tournerait le dos à l’opinion publique puisque 68 % des Français estiment que les musulmans ne sont pas bien intégrés en France. Pas sûr toutefois que ces 68 % soient tous sur la même longueur d’onde : on peut constater ce défaut d’intégration, et imputer cela à une hypothétique « culture » musulmane ou bien considérer que la France n’a pas rendu possible cette intégration.

En somme, il y a tout lieu de craindre que « l’échec du multicul » joue en 2012 le rôle que la FS – la fracture sociale – joua en 2005. Eh bien ne perdons pas notre temps à nous demander si le multiculturalisme est un échec. Car une question mal formulée n’admet pas de bonne réponse. Il y aurait un échec de l’intégration, échec dont la burqa serait le signe ostentatoire. Mais cette burqa comme l’a encore montré récemment une épouse de Lies Hebadj, n’est pas le monopole des personnes nées hors de France de parents non de souche. Va-t-il falloir considérer comme non-intégrées ces jeunes femmes nées Dupont qui, aveuglées par l’amour ou pas, décident de se couvrir d’un voile ?

Le multiculturalisme ne concerne pas seulement les musulmans. Il est une revendication de toutes les minorités, religieuses mais aussi ethniques, sociales ou sexuelles. Et ce multiculturalisme là est la colonne vertébrale des sociétés modernes comme l’a montré le philosophe canadien Charles Taylor. Pour le dire autrement, le multiculturalisme, ce n’est pas seulement la burqa ce sont aussi les escarpins taille 43 des drags-queens, les panneaux de signalisation en basque ou bien encore les kipas portées le jour de shabbat.

Du coup, revenir sur le multiculturalisme cela voudrait dire aussi revenir sur les droits des homosexuels, placer des jours d’examen le jour de Yom Kippour ou bien demander aux Alsaciens ou aux Corses de renoncer à leurs singularités régionales. Ce multiculturalisme là, non seulement il n’a pas échoué mais il est au cœur même de ce qui nous fait modernes.

Mexique : et ils sont où les zapatistes?

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Les relations entre la France et le Mexique subissent ces derniers temps quelques turbulences à cause de l’entêtement du gouvernement de Mexico à faire appliquer une décision de justice prise à l’encontre de Florence Cassez, une ressortissante française condamnée pour enlèvement et assassinat.

Il fut un temps, pas si lointain, où tout le gratin de la gauche progressiste hexagonale défilait dans la jungle de la province du Chiapas, persuadée qu’un lecteur attentif d’Althusser, Foucault et Deleuze allait relever l’étendard de la révolution guevariste. Le visage dissimulé sous un passe-montagne d’où dépassait une pipe allumée, le sous-commandant Marcos était devenu la coqueluche de Saint-Germain-des-Prés, et l’objet de la sollicitude attentive de Danielle Mitterrand.

On aurait attendu, qu’en retour, il lance une audacieuse attaque contre la prison de Tepepan, où croupit notre compatriote depuis cinq ans, avec la perspective d’y demeurer encore plus d’un demi-siècle. Aux dernières nouvelles, l’armée zapatiste de libération nationale (EZLN) s’est signalée par l’assassinat à la machette d’un pasteur évangéliste indigène, et de deux autres indiens de la communauté d’El Pozo mécontents d’être régulièrement rançonnés par les hommes de Marcos. On ne peut pas être partout.

L’Eglise de France en faillite : comme l’Etat

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On savait déjà que l’Etat, à bout de souffle budgétaire, blessé comme une vieille bête par une mondialisation extravagante, en était réduit à vendre ses bijoux de famille, c’est-à-dire ce qu’il reste de son patrimoine immobilier. Il y a un bout de temps que ce qui fit naguère sa force, à savoir ses services publics des transports, des communications et de l’énergie sont en voie de démantèlement ou de privatisation afin qu’une concurrence libre et non faussée fassent augmenter de façon tout aussi libre et non faussée les prix du gaz, de l’électricité, du téléphone, du train et de la poste pour les usagers, euh pardon les clients. La récente affaire de l’Hôtel de la Marine
n’est que la partie émergée et symbolique de l’iceberg de la grande dèche nationale.

L’Eglise catholique semble dans la même misère. Elle n’avait pas connu cela depuis la Révolution française, quand les fortunes hâtives du Directoire, comme aujourd’hui celles des oligarques de la post-URSS, se construisaient sur la bête en acquérant des biens nationaux, (des abbayes et autre prieurés ayant été remplacés par des gisements de gaz naturel). Ou peut-être depuis 1905, quand le petit père Combes décréta qu’il n’y aurait plus un sou d’argent public pour les religions et que le catholicisme cessait d’être la religion nationale.

Le budget de l’Eglise est en effet aujourd’hui celui d’un Etat virtuellement en faillite, comme dirait François Fillon.
L’Eglise de France doit débourser 286 millions d’euros pour la rémunération de ses fonctionnaires, euh pardon, de ses prêtres. (900 euros plus les charges). Si on y ajoute les 150 millions d’euros dépensés pour des travaux et les 120 millions affectés à des laïcs (secrétaires, aumôniers, personnel administratif) payés au smic, ce frein à la croissance, et que l’on met ce total en regard les recettes, on comprend vite l’exercice d’équilibrisme, digne d’une Christine Lagarde et d’un François Baroin en grande forme.

Le denier du culte, manière d’impôt librement consenti par les croyants, (l’équivalent de la vente du muguet pour le PCF) rapporte 228 millions d’euros tandis que les quêtes et autres offrandes de messes se montent à 272 millions d’euros. On peut encore ajouter aux recettes quelques produits financiers de bon père de famille ou d’électeur d’Europe Ecologie conscientisé : 31 millions d’euros, répartis entre des Sicav monétaires et des fonds Ethica (portefeuilles d’actions qui consistent de manière assez casuiste à concilier deux choses pourtant bien difficiles à concilier, surtout pour un catholique : le profit et la morale) sans compter 89 millions d’euros de legs.

Tout cela n’est plus tenable et l’Eglise a été obligée tout récemment de vendre en 2008 comme nous l’apprend Marc Paillet dans son livre La grande braderie, comment l’Eglise se bat pour éviter la faillite (Fayard), L’Hôtel de la rue Bourbon-Condé, une magnifique bâtisse du dix-huitième siècle de 3000 m2 située rue Monsieur, en plein septième arrondissement. L’écrin appartenait aux Sœurs du Cœur de Marie qui l’utilisaient pour donner des cours de BTS d’action sociale. Ce devait être du dernier chic, tout de même, de faire son BTS d’action sociale à deux pas des Invalides.

Mis en vente 66 millions d’euros, il n’a pu trouver, évidemment pour seul acquéreur solvable en pleine crise des subprimes, qu’un roi du pétrole, en l’occurrence l’émir du Barhein.
Pascale Pupinck, à la tête pour la France de la congrégation des Sœurs du Cœur de Marie, chargée de la vente, a eu pour principale interlocutrice la reine de Bahreïn, Chehika Sabika que la religieuse nous décrit, comme pour nous rassurer, de la manière suivante : « Il s’agit d’une femme très européeanisée, moderne, qui passe la moitié de son temps à Paris. »
Ouf, n’est-ce pas ?

On a évité de peu une star de rap hardcore avec escortes callipyges ou carrément un cartel de la drogue venu du neuf-trois. La reine a même eu la bonté d’accepter un accommodement raisonnable : ne pas détruire la chapelle. Son altesse est trop bonne : en plus, nous précise-t-elle, son personnel qui est en majorité catholique, l’apprécie beaucoup, la chapelle. On est en plein dialogue interreligieux, là, que c’en est un vrai bonheur. On a beau dire, le choc des civilisations, il est tout de même beaucoup moins violent quand il est amorti par l’airbag du pognon. Ainsi est-il devenu du dernier chic de s’acheter un logement de standing dans une chapelle baroque : à Rouen, on peut faire une bonne affaire avec un appartement, garanti désacralisé par l’évêque, de 145m2 pour 520.000 euros.

L’Eglise de France, pour se redresser doit absolument se livrer à une politique de rigueur sans précédent et nous ne saurions trop lui recommander de se tourner vers le FMI qui viendra tous les trimestres, comme en Grèce, vérifier que les prêts sont bien utilisés et non pas l’occasion d’une gabegie sans nom dans les actions caritatives, les interventions humanitaires ou l’éducation qui ne sont pas rentables. Il s’emploiera à orienter l’investissement spéculatif vers le marché des nouveaux miracles: ventes de souvenirs, pèlerinages, trafic de reliques, allant jusqu’à une forme de simonie modernisée
Et si ça ne suffisait pas ?
Eh bien, il ne resterait plus qu’à prier.
Au fond, il n’y a que la Foi qui sauve.

A chacun son Président

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On a beaucoup commenté le débat intitulé « Paroles de Français », organisé le 10 février dernier sur TF1. Soporifique pour les uns, truqué pour les autres. Personnellement, plus j’y réfléchis, plus je trouve que ce show avait, sur le fond, de quoi inquiéter.

Car en définitive, qu’aura-t-on retenu de l’émission ? Que le Chef de l’État aurait vocation à régler le problème de chacun, à s’emparer du cas particulier pour y porter remède. Que faire pour la pharmacienne niçoise confrontée à des agressions récurrentes ? Pondre une loi punissant plus sévèrement les auteurs d’infractions à l’encontre des officines du sud de la France ?
Bien sûr m’objectera-t-on l’examen des cas d’espèce permet d’évoquer le cas général. C’est à voir…

L’actualité prouve surtout que le fait particulier examiné sous l’empire de l’émotion ne débouche le plus souvent que des mesures démagogiques. Ce comportement érigé en méthode de gouvernement risque d’avoir des conséquences désastreuses sur le fonctionnement des institutions.Il était convenu dans le catéchisme républicain que le Président, véritable monarque, était par essence le Président de tous les Français.

Il est à craindre qu’il ne devienne désormais le Président de chacun des Français, ce qui ne consacre pas qu’une simple nuance sémantique. L’intérêt général pourrait perdre sa primauté au profit des intérêts particuliers et la Res publica devenir la Res derelictae, une république abandonnée.