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Année du lapin, chagrin

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Selon l’Asia Times, le prix du mètre carré à Pékin atteint désormais les 26 000 yuans – soit 3 036 euros, à peu près autant que dans une ville comme Lyon – alors que le revenu mensuel du Pékinois moyen ne dépasse pas 2 000 yuans (233.5 euros). La croissance des prix de l’immobilier dans les zones urbaines de l’Empire du milieu a été telle qu’une étude de l’Académie Chinoise des Sciences Sociales (CASS) conclut que, dans ces conditions, 85% des ménages urbains ne peuvent plus espérer devenir propriétaires de leur logement.

Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle n’est pas liée à une pénurie de logements – la Chine construit des logements et des bureaux à un rythme effréné depuis plusieurs années à tel point que l’industrie de la construction pèse environ un quart du PIB (comme en Irlande en 2008) et que la valeur du stock immobilier est évalué à 350 fois le PIB (comme au Japon en 1989). En revanche, un nombre impressionnant de ces logements ne sont pas habités : Yi Xianrong, un économiste de la CASS, estime – en se basant sur les relevés des compteurs d’électricité – que 64.5 millions de logements dans les zones urbaines sont inoccupés. Ce sont donc des centaines de milliers d’immeubles, et parfois des villes entières, qui ont été construits à des fins purement spéculatives, grâce à la faiblesse des taux d’intérêt due à la politique monétaire accommodante de la People’s Bank of China (PBoC), la Banque centrale, et du titanesque plan de relance mis en œuvre par Pékin pour tenter de compenser l’impact de la récession américaine.

Il y a une énorme bulle immobilière en Chine et les autorités chinoises l’ont parfaitement compris. La PBoC a augmenté le taux des réserves obligatoires pas moins de sept fois au cours des douze derniers mois et déjà fait monter deux fois les taux d’intérêt depuis le mois d’octobre dernier pour essayer de freiner la croissance des crédits bancaires. Si ces quelques éléments vous rappellent étrangement la situation des Etats-Unis ou de l’Irlande il y a trois ans, ce n’est pas un hasard : nous avons toutes les chances de connaître une crise des subprimes version chinoise (c’est-à-dire sans crédits subprimes, ni actifs toxiques mais avec juste l’essentiel : une Banque centrale et un gouvernement surdimensionné).

Le pyromane peut-il jouer les pompiers ?

Si vous avez bien suivi les épisodes précédents, vous avez certainement observé que quand une banque a prêté énormément d’argent fraîchement imprimé et que ses clients commencent à avoir du mal à rembourser, elle fait faillite ou menace de la faire. À cette même occasion, vous avez remarqué que quand une banque est au bord du dépôt de bilan, nos gouvernements – c’est-à-dire les contribuables, leurs enfants, petits-enfants et arrières petits-enfants (etc…) – volent immédiatement au secours de ses créanciers (et, en premier lieu, les déposants) et veillent à ce que ces derniers récupèrent jusqu’au dernier centime prêté à l’institution défaillante. En d’autres termes, les Etats ont cette fâcheuse habitude de se porter garants des dettes des banques et l’expérience récente de la zone Euro tend à démontrer que les finances publiques ne sont pas toujours en mesure de le supporter.

La bonne nouvelle, c’est qu’officiellement, la Chine est extrêmement peu endettée – la dette de l’Etat central pèserait environ 17.5% du PIB. La mauvaise c’est que tout le monde sait que ce chiffre est faux et il est faux – notamment – parce qu’il ne tient pas compte de la gestion calamiteuse des gouvernements régionaux. Pour ceux qui en doutaient encore, Yin Zhongqing – le directeur adjoint du comité économique et financier du Congrès chinois – a avoué en début d’année que lesdits gouvernements locaux avaient emprunté quelques 10 000 milliards de yuans (à la louche, on est à un milliard de yuan près) pour pouvoir continuer à jouer au petit jeu de l’apprenti planificateur malgré le peu de ressources accordées par Pékin. Et là, d’un coup, la dette publique chinoise pourrait bien peser plus de 50% du PIB – certains analystes avancent même le chiffre de 80%. Pour mémoire, on notera que la dette publique irlandaise ne pesait qu’un quart du PIB jusqu’en 2007…

Là où le cas chinois risque d’être assez intéressant c’est que les quatre plus grandes banques du pays – les big four – sont des banques publiques, détenue en majorité par l’Etat via la Central Huijin Investment ou plus directement par le ministère des finances : Bank of China est ainsi publique à 68%, la Industrial and Commercial Bank of China à 71%, la China Construction Bank à 60% et la Agricultural Bank of China à 81%. La conséquence, c’est que là où les garanties des gouvernements étasunien, irlandais[1. Dans le cas de l’Irlande, la garantie est devenue explicite en septembre 2008] ou espagnol (pour ne citer qu’eux) étaient implicites, la garantie du gouvernement chinois sur les dettes des big four est tout ce qu’il y a de plus explicite. Et c’est là que le bât risque de blesser : un rapide calcul de coin de table sur la base de leurs rapports trimestriels au 30 septembre 2010 permet d’évaluer leur dette à quelques 41 626 milliards de yuans (environ 4 861 milliards d’euros) soit 104% du PIB chinois en 2010 (et il ne s’agit que des quatre plus grosses…). En étant très optimiste, on peu donc estimer l’engagement financier réel du gouvernement chinois en ce début d’année du lapin à 150% du PIB.

Notre pain quotidien (5)

Grande-Bretagne. Frédérique Andréani, correspondante à Londres du magazine Le Point, traverse la Manche avec un papier fort piquant au titre énigmatique : « Privé de sexe pour QI déficient ». On y apprend qu’« une cour de justice britannique a interdit à un homme adulte d’avoir des relations sexuelles pour cause de quotient intellectuel trop bas. » Alan plafonnait à 48, alors que le QI « standard » – nous rappelle la journaliste – est à 100. Notons que ces chiffres sont valables pour le Royaume-Uni. C’est petit.

Belgique. Le grand Benoît Poelvoorde – icône immortelle du film C’est arrivé près de chez vous – a lancé, il y a quelques jours, un défi à ses compatriotes Belges mâles : ne pas se raser la barbe en attendant que les wallons et les flamingants aient trouvé un constructif terrain d’entente. On nous signale aujourd’hui une nouvelle initiative : la grève-du-sexe. Marleen Temmerman, sénatrice flamande, a en effet invité toutes ses concitoyennes belgiennes à fermer les portes du sanctuaire sacré tant que les choses ne seront pas rentrées dans l’ordre au sommet de l’Etat. Hum… C’est encore plus petit.

USA. L’AFP, toujours en pointe sur les gros sujets, ose ceci : « Obama affirme qu’il ramasse lui-même les crottes de son chien »… Et toujours aucune info sur ses lapins nains ? On nous cache tout on nous dit rien ! Un tel manque de transparence est écœurant. Et en dit long.

Frits Bolkestein :

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*Propos recueillis à Amsterdam par Paulina Dalmayer

En décembre 2010, l’ex-commissaire européen Frits Bolkestein, connu en France pour avoir été à l’origine de la directive sur la libéralisation des services, invitait les juifs « reconnaissables » à quitter les Pays-Bas. Dans l’interview accordée à Causeur, il revient sur ses propos, qui ont suscité une vive polémique, et dresse le bilan du multiculturalisme.

Paulina Dalmayer. Vous voilà engagé dans le combat contre l’« islamisation de l’Europe ». D’ultralibéral, êtes-vous devenu un populiste d’extrême droite ?
Frits Bolkestein. Où ai-je parlé d’« islamisation de l’Europe » ? Je n’ai jamais dit cela. Au contraire, j’ai écrit que le seul défi, pour le monde occidental, venait du monde occidental.

En tout cas, vous dénoncez une emprise de plus en plus importante de la culture arabo- musulmane sur la culture européenne…
Non. Je me suis opposé au multiculturalisme, mais cela ne veut pas forcément dire que je m’oppose à l’islam. Il est vrai que lorsque j’ai lancé ce débat, en septembre 1991, je me suis fait traiter de « raciste » et autres noms d’oiseau. Mais depuis 2000, date à laquelle l’universitaire Paul Scheffer a publié dans NRC Handelsblad un article intitulé « La tragédie multiculturelle », qui a fait couler beaucoup d’encre, le débat est plus ouvert. Beaucoup de gens rejettent le multiculturalisme, tout simplement parce qu’il est difficile de nier les problèmes qu’il a engendrés. Pour autant, je répète que je ne crois pas à l’« islamisation de l’Europe ».[access capability= »lire_inedits »]

Admettons. Reste que, si on réfléchit aux problèmes de l’Europe, on ne peut pas faire impasse sur l’immigration et que, quand on parle des problèmes liés à l’immigration, c’est de l’immigration arabo-musulmane qu’il s’agit…
Les problèmes d’immigration aux Pays-Bas résultent des défaillances de l’intégration, et essentiellement de l’intégration des musulmans. Ces difficultés ont-elles pour cause leur religion ou leur culture ? En toute hypothèse, il serait plus judicieux de s’interroger sur leur comportement que sur leur religion.

Qu’entendez-vous exactement par « leur comportement » ?
Dans nombre de circonstances ils font preuve de leur méconnaissance de la société néerlandaise. Pour commencer, leur connaissance de la langue n’est pas satisfaisante.

D’accord, mais les comportements les plus controversés, comme le port du voile intégral, ont souvent partie liée avec la religion…
Je suis d’accord avec vous là-dessus. Il arrive aussi fréquemment que les relations entre les hommes et les femmes soient dictées par la charia.

Vous voyez bien que ce n’est pas le multiculturalisme ou l’intégration en tant que tels qui font débat, mais la pratique de l’islam. Nous n’avons pas de difficultés avec les Chinois, que je sache !
Vous avez raison. Nous avons aux Pays-Bas environ 100 000 Hindous qui vivent aux alentours de La Haye et dont l’intégration ne pose absolument aucun problème, alors que les immigrés arrivés de Somalie, d’Irak ou d’Iran, sans parler des gros bataillons de Turcs et de Marocains, posent problème. Or, ce sont tous des musulmans : il ne sert à rien de le nier.

Avec l’essor des partis populistes dans les différents pays européens, le débat intellectuel sur le multiculturalisme va-t-il se traduire en politiques concrètes en matière d’immigration ?
Le multiculturalisme est mort. Il n’a plus de défenseurs aux Pays-Bas. Quand j’ai commencé à écrire sur ce sujet, il y a vingt ans déjà, le gouvernement néerlandais estimait que l’intégration devait aller de pair avec la préservation de la culture d’origine. C’était absurde : je ne vois pas comment on peut s’intégrer en conservant sa culture d’origine. Mais à l’époque, tout le monde voulait y croire.

Mais si, d’une part, le rêve d’une société multiculturelle harmonieuse s’est effondré et que, d’autre part, on ne peut plus tabler sur la croissance économique pour apaiser les tensions, quel espoir reste-t-il ? Croyez-vous toujours à l’ultralibéralisme comme remède universel, vous qui avez déclaré dans le passé : « Plus l’économie est forte, plus le chômage et le déficit sont bas, et moins il y a d’inquiétude sur l’identité » ?
Les angoisses identitaires se manifestent quand on est faible. Quand l’économie prospère, personne ne se pose de questions identitaires. Il faut donc renforcer l’économie, autant en France qu’aux Pays-Bas. Cela dit, les immigrés doivent s’adapter à la culture de leur pays d’accueil. Autrement dit, la solution, c’est l’assimilation. Aujourd’hui, tout le monde est d’accord sur cela. En ce sens, le débat sur le multiculturalisme a eu une conséquence positive.

Vous êtes pourtant seul à penser que le capitalisme peut atténuer les tensions identitaires. En matière économique et sociale, l’extrême droite a, au contraire, tendance à marcher sur les plates-bandes de l’extrême gauche. Le parti de Geert Wilders bloque un train de mesures néolibérales dans le domaine de la santé publique…
C’est ce que j’appellerais une stratégie de compensation. Geert Wilders, qui est rangé à l’extrême droite sur les sujets identitaires, affiche une sensibilité de gauche sur le terrain économique et social.

Il s’agit donc simplement d’une stratégie politicienne…
Oui. En tout cas en ce qui concerne Wilders.

Vous avez invité, dans un livre, tous les juifs « conscients » à quitter les Pays-Bas pour émigrer vers Israël ou les Etats-Unis − puis vous avez précisé, dans un entretien au journal De Pars, que vous parliez des juifs « reconnaissables ». Geert Wilders vous a répondu que ce ne sont pas les juifs, mais les Marocains coupables d’antisémitisme qui devraient quitter le pays. Qui a raison ?
La proposition de Geert Wilders est simplement irréalisable. On ne peut pas dire à un demi-million de Marocains de s’en aller. D’ailleurs, l’économie néerlandaise a besoin d’immigrés. De surcroît, nous ne pouvons pas refuser d’accueillir des gens à cause de leur religion.

Mais on peut leur conseiller de partir en raison de leur religion ? Est-ce un aveu d’impuissance ?
Oui. L’antisémitisme est une réalité aux Pays-Bas. Récemment, je suis allé à Anvers en compagnie d’une étudiante juive prénommée Judith. À l’Université, elle se fait appeler Julie pour éviter les problèmes.

De la même manière, un jeune Marocain vous dirait qu’à cause de son patronyme arabe, il ne parvient pas à trouver un logement ou un emploi…
Oui, bon… Vous avez raison. En tout cas, l’antisémitisme est un vrai problème. Cela dit, j’aurais peut-être pu dire aux juifs qu’ils pouvaient aussi choisir l’Allemagne où, en raison de l’histoire, les juifs sont protégés. Les cris comme « Les juifs au gaz ! », que l’on entend dans les stades, ici, ne seraient pas tolérés là-bas.

Ces débordements antisémites ne reflètent-ils pas un phénomène autrement plus large, à savoir une brutalisation grandissante de la vie sociale et publique aux Pays-Bas ?
Sans doute. C’est un phénomène marquant depuis une quinzaine d’années…

Le Parti pour la liberté de Geert Wilders est-il pour quelque chose dans la montée de l’agressivité dans le débat politique ?
Oui. Et c’est regrettable.

Comment expliquez-vous que, dans un des pays les plus tolérants du monde, la violence verbale ou physique, avec plusieurs assassinats politiques, ait pris une telle ampleur ?
Il faut être prudent avec la tolérance. C’est très beau, la tolérance, mais bien souvent ce n’est rien d’autre que du je-m’en-foutisme. N’oubliez pas que 75 % des juifs hollandais ont été tués pendant la Seconde guerre mondiale. C’est une proportion plus élevée que dans tous les autres pays d’Europe, Allemagne comprise. Pourquoi ? C’est un grand débat. Mais la tolérance hollandaise est un peu un cliché.

En attendant, il y a vingt ans, il n’y avait pas de partis d’extrême droite aux Pays-Bas. Pourquoi y en a-t-il aujourd’hui ?
Les électeurs du Parti pour la liberté ne le choisissent pas uniquement à cause de son discours sur l’islam. Je compare souvent Wilders à Poujade. Leurs électeurs ou sympathisants sont des gens qui se sentent marginalisés par la société. Nombre des électeurs de Wilders ne partagent pas son anti-islamisme mais pensent qu’il est le seul homme politique à se préoccuper de leurs problèmes. Wilders lui-même est, me semble-t-il, sincèrement convaincu que le danger vient de l’islam. Ce n’est ni une phobie ni une obsession mais une conviction. Ce qui est malheureux, c’est qu’en posant les problèmes liés à l’immigration, Geert Wilders a obligé beaucoup de musulmans parfaitement intégrés, honnêtes et constructifs, à justifier en permanence leur présence ici. Le résultat, c’est que ce sont les immigrés les plus instruits et les plus impliqués dans la vie sociale néerlandaise qui envisagent de retourner dans leur pays d’origine. C’est notamment le cas de nombre d’immigrés turcs. Au contraire, les Marocains savent très bien qu’en dépit de tout, ici, c’est mieux qu’au Maroc.[/access]

DSK, candidat apatride?

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Je l’avoue : pas plus que Michèle Alliot-Marie n’avait vu venir la révolte tunisienne, je ne m’attendais à ce que sortent aussi rapidement, du côté UMP, les missiles visant Dominique Strauss-Kahn en raison de son manque d’enracinement dans la terre de France, celle qui, c’est bien connu, ne ment pas. Je pensais bien, qu’une fois candidat déclaré, DSK allait subir ce type d’attaques, où son train de vie, son appartenance à la jet-set mondialisée navigant entre Washington, Davos et Marrakech allaient être utilisés pour contrer les diatribes de la gauche contre le bling-bling sarkozien.

Prêtant à la droite française plus de subtilité qu’elle n’en possède en réalité, je croyais que nos stratèges UMPistes allaient laisser Marine Le Pen et ses soudards faire le boulot, quitte à en tirer plus tard les bénéfices électoraux sans se salir les mains. Eh bien, je me suis planté ! C’est Christian Jacob, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, agriculteur de son état, qui a dégainé le premier, se payant en outre le luxe de faire sa sortie contre DSK au micro de Radio J, un média qui ne s’adresse pas en priorité au monde rural…Pour M. Jacob, l’actuel directeur général du FMI : « n’incarne pas l’image de la France, l’image de la France rurale, l’image de la France des terroirs et des territoires, celle qu’on aime bien, celle à laquelle je suis attaché ».

Voilà, c’est dit. C’est moins brutal que Xavier Vallat interpellant Léon Blum lors du débat d’investiture du gouvernement de Front populaire[1. Le 6 juin 1936, Xavier Vallat député d’extrême droite, et futur commissaire de Vichy aux questions juives avait déclaré à la tribune de l’Assemblée nationale, à propos de Léon Blum « Votre arrivée au pouvoir marque incontestablement une date historique. Pour la première fois, ce vieux pays gallo-romain va être gouverné par un juif ! »], mais le cœur y est. Jacob le croquant, naturellement, poussera des hurlements si on ose murmurer que, peut-être, en y regardant bien on pourrait trouver dans ses propos quelque écho de la rhétorique antisémite de l’entre-deux guerres. Il a sans doute une tonne d’amis juifs dans sa besace prêts à témoigner en sa faveur. Et d’ailleurs son meilleur ami politique, celui à qui il doit son poste au Palais-Bourbon, n’est-il pas Jean-François Copé qui ne fait pas mystère de ses origines ?
Interpellé au sujet de la sortie de Jacob lundi matin sur France-Inter, ce dernier a bien tenté d’enfumer son monde en prétendant que c’était le trop long éloignement de France de DSK qui était en cause et non son rapport au terroir, mais, là il nous prend vraiment pour des imbéciles.

Soyons clair. Factuellement, Jacob a parfaitement raison : Strauss-Kahn n’incarne pas la France rurale, pas plus, d’ailleurs, que Nicolas Sarkozy, et il n’a pas le talent de Jacques Chirac ou François Mitterrand pour persuader les électeurs du contraire. J’ai pu le constater in situ en 1986, lorsque DSK, alors jeune expert économiste du PS, était venu en Haute-Savoie se chercher un point de chute électoral. Lors d’une réunion publique à Frangy, près de Seyssel, il fit un exposé brillant et pédagogique sur les quotas laitiers, les montants compensatoires et autres sujets arides censés intéresser un public d’éleveurs de bovins. Vint le moment des questions et la première qui fusa fut celle-ci « M’sieur Stra…Stro…, enfin j’arrive pas à y dire vot’nom, mais ma question elle est celle-là : pour vous, les vaches, elles ont les cornes devant ou derrière les oreilles ? ». N’ayant pas prévu la réponse à une question jamais posée au grand oral de l’ENA, et ne disposant d’aucun joker dans ce jeu électoral cruel, DSK quitta Frangy avec la ferme intention de ne plus jamais y remettre les pieds. Il fut tout de même élu député de la Haute Savoie, grâce à la proportionnelle instaurée cette année-là par François Mitterrand, mais lorsque revint le temps du scrutin majoritaire, il trouva à Sarcelles un fief électoral plus confortable, dépourvu de paysans et de bêtes à cornes.

Si l’UMP veut faire campagne pour son champion sur ce thème, elle a du souci à se faire, car la phrase de Christian Jacob vaut tout aussi bien pour Nicolas Sarkozy, dont l’ancrage dans la France rurale se limite aux quelques jardins établis par les monarques français dans l’actuel département des Hauts-de-Seine. Le procès en non-ruralité des hommes politiques est une vieille ficelle pour faire passer en douce des messages qu’il est malséant de transmettre en clair.

La sortie de Jacob contre Dominique Strauss-Kahn n’est pas fortuite : le même jour, sur une autre radio juive, RCJ, Pierre Lellouche, dont le lien au terroir est profondément ancré dans le VIIIème arrondissement de Paris le fustigea comme le représentant de la « gauche ultra-caviar ». D’accord, Pétrossian est dans le VIIème, mais la consommation d’œufs d’esturgeons aux alentours des Champs-Elysées, fief de Pierre Lellouche, doit être largement supérieure à la moyenne nationale…

Strauss-Kahn est prévenu : son entrée dans l’arène électorale française ne sera pas pour lui un chemin de roses. Il va avoir droit à tout ce que ce vieux pays recèle de vieilles rancœurs recuites vis-à-vis de ceux qui ne peuvent se prévaloir d’ancêtres vachers-porchers ou gardeuses d’oies. La première salve, pour laquelle Christian Jacob s’est porté volontaire, vise à tester la résolution du camp d’en face : le PS et plus largement la gauche est-elle prête à se battre pour DSK contre une bande de chiens ne reculant devant aucune infamie ? Ne préférera-t-elle pas se trouver un, ou une championne estampillée par Jean-Pierre Pernaut ? L’affaire, mine de rien, est grave.

Méditerranée cherche coprésident

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Dans son savoureux blog consacré à la vie politique française, l’universitaire américain Arthur Goldhammer a posé ce matin la question qui tue. Et ce, dès la première phrase de son papier, qui commence ainsi : « Remember l’Union pour la Méditerranée ? »

Oups, c’est vrai qu’on avait oublié jusqu’à son existence, à ce machin-là. Remarquez , c’est un peu normal, l’actualité de l’autre côté de la Méditerranée, c’est le train-train ces temps-ci…

De deux choses l’une : soit cette structure ne sert ontologiquement à que dalle, à tel point qu’on n’a même pas jugé utile de la réanimer quand elle aurait pu, au moins, faire semblant d’exister. Soit on a préféré ne pas la sortir de la naphtaline pour ne pas risquer de se faire rappeler par des impolis que, côté arabe, les principaux piliers de cette chimère étaient MM Ben Ali et Moubarak. Ce dernier assurait même, jusqu’au 12 février dernier, la coprésidence de l’UPM, l’autre coprésident étant, oui, oui, Nicolas Sarkozy…

Pourquoi Céline reste irrécupérable

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La récente décision de radier Louis-Ferdinand Céline du programme des Célébrations nationales était discutable : certes, on a tout lu, depuis, sur la nuance entre « célébration » et « commémoration » ; et nul n’affirmerait que le docteur Destouches puisse faire figure d’exemple « citoyen ». Mais il eût mieux valu y penser avant que de changer ainsi de cap, comme si l’on punissait un génial auteur, mort depuis cinquante ans, en polarisant à nouveau l’attention sur ses égarements.[access capability= »lire_inedits »]

Du point de vue littéraire, l’œuvre de Céline mérite incontestablement tous les hommages dont elle n’a d’ailleurs guère besoin. S’il s’agit de célébrer les gloires de l’art, de la culture ou de l’esprit français, il est à sa place plus que tout autre. Car chacun sait que Céline est d’abord un immense écrivain, un romancier capital dont Le Voyage au bout de la nuit est considéré, dans le monde entier, comme un des livres majeurs du XXe siècle (Trotsky lui-même, juif et communiste, ne manqua pas de saluer, dans cette œuvre, « la réelle richesse de la culture française »). Or c’est bien évidemment cet écrivain-là qu’on entendait saluer – non le pamphlétaire antisémite qui, d’ailleurs, n’intéresserait plus personne si Céline n’était pas l’auteur du Voyage ou de Mort à crédit.

Un grand écrivain peut être un cynique à la Flaubert comme une grande âme à la Hugo

Cette hiérarchie est importante et pourrait s’appliquer à quantité de grands artistes qui possèdent chacun, dans une moindre mesure, leur part de négatif. Wagner aussi a écrit des pages antisémites ; mais sa gloire ne vient pas de là, et ces égarements nous intéressent relativement peu (à moins d’être spécialiste, historien ou passionné), en regard de son génie musical. Pour la même raison, un Robert Brasillach ne pourrait guère figurer dans le calendrier des Célébrations nationales parce que, chez lui, à tort ou à raison, la figure du collaborateur a fini par l’emporter sur celle de l’écrivain, et qu’on risquerait d’honorer celle-ci en honorant celui-là.
Il n’est pas interdit, toutefois, de réfléchir à la complexité des destins ni à la possibilité d’avoir du talent tout en se fourvoyant politiquement ! Car, au bout du compte, cette fâcheuse affaire Céline souligne surtout le fait que, décidément, il n’y a aucun rapport entre les valeurs de l’art et celles de la République. Les premières sont esthétiques et pas du tout morales ; un grand écrivain peut être un juste ou un salaud, un cynique à la Flaubert comme une grande âme à la Hugo.

Or, la République agit au nom d’autres critères et ne comprend l’art que par le biais de la morale (aujourd’hui) ou du patriotisme (hier). C’est pourquoi elle doit soutenir les institutions culturelles, mais ne pas trop se mêler de choix esthétiques, car alors elle se trompe forcément, un peu ou beaucoup, dans la désignation de ceux qu’elle honore. Elle donnera ainsi plus d’importance à un André Malraux (qui, comme romancier, n’a évidemment pas la stature de Céline, en France ni dans le monde) ou à un Emile Zola qu’à Balzac ou Flaubert, plus difficiles à récupérer dans le discours du Bien public. Elle honorera les uns et panthéonisera les autres selon des critères étrangers à la littérature. Ces deux mondes-là ne sont pas faits pour aller ensemble, même s’ils cherchent souvent à tirer profit l’un de l’autre.
Céline, en ce sens, reste totalement irrécupérable.[/access]

A L'AGITE DU BOCAL

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Egypte : la prétendue impuissance d’Obama

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« Les désarrois de l’élève Obama au Proche-Orient » : c’est ainsi que le Monde a choisi de titrer son édito dans son numéro publié quelques heures avant la démission – alors jugée imminente – de Hosni Moubarak. Le texte est à l’avenant : les Etats-Unis sont impuissants, Obama n’a aucune influence sur Moubarak comme sur la rue égyptienne. Les Américains auraient-ils dû devancer les Égyptiens et pousser Moubarak dehors le soir même du 25 janvier, jour du premier rassemblement place Tahrir ? Envoyer les Marines après les premières élections truquées ? Eux à qui on a tant reproché, souvent à raison, de se mêler de tout, sont désormais montrés du doigt pour leur inaction.

L’ingérence, le mot d’ordre durant les années de la crise des Balkans tombé en disgrâce après la deuxième guerre du Golfe, semble donc revenir au goût du jour. L’enthousiasme pavlovien déclenché chaque fois le mot magique de Révolution est prononcé est-il la seule aune à laquelle il faut juger la politique étrangère d’une puissance mondiale ? Rappelons seulement au passage que la révolution nationale et socialiste en Egypte en 1952 et 1954 suivie par la nationalisation du canal du Suez avait été accueillie par certains avec le même lyrisme qui est aujourd’hui recyclé dans la dénonciation des dictatures nées de ces événements.

Reste l’accusation, formulée contre la France, les Etats-Unis et l’occident en général : vous n’avez rien vu venir. La réalité est que les Américains, sans connaître la date de l’explosion, l’ont anticipée depuis longtemps. Un exemple révélateur est fourni par les contacts noués avec le « mouvement du 6 avril », lancé au printemps 2008 par « la jeunesse Facebook » égyptienne pour soutenir un mouvement social des ouvriers de l’industrie textile dans le delta du Nil. L’ambassade américaine au Caire a repéré très rapidement ce nouvel acteur. Selon un télégramme qu’elle a envoyée en Egypte fin décembre 2008, les diplomates du State Department ont rapidement compris le potentiel de ce groupe de jeunes et leurs méthodes d’action. Huit mois après le lancement de leur page Facebook l’un de leurs leaders avait été invité en visite d’étude aux Etats-Unis aux frais du gouvernement !

Rappelons que ce mouvement a joué un rôle importent dans le déclenchement des événements en Egypte et que c’est aux Etats-Unis que les e-militants cairotes ont appris les méthodes permettant de contourner le blocage de Facebook, twitter et des réseaux de téléphonie mobile. Et le pire, c’est que tout cela se passait pendant l’ère honnie du président Bush !

Quant à l’attitude actuelle des Américains, que le Monde qualifie d’hésitante, il faut pourtant reconnaitre que le président Obama a pris très rapidement le parti de soutenir la contestation de la place Tahrir, le « loft » de la révolution égyptienne observée dans le monde entier comme un spectacle de reality show. Il savait, comme son prédécesseur, que Moubarak était assis sur une poudrière, pensait, comme lui, que le Raïs trainait les pieds et qu’il fallait aller plus vite vers la démocratisation de l’Egypte. Ses diplomates et sans doute une large proportion des 100.000 fonctionnaires et para-fonctionnaires US présents en Egypte étaient occupés sur le terrain à nouer des contacts et à aider les mouvements susceptibles de participer à une évolution pacifique du régime. Que pouvait-il faire de plus ? Qu’aurait-il dût faire de plus ? Envoyer ses marines déposer Moubarak ? On imagine les réactions indignées de ceux qui chipotent aujourd’hui sur la prétendue réserve américaine.

Contrairement à ce qu’on nous répète – peut-être pour se rassurer sur l’impuissance française dans la région, bien réelle – la politique américaine a sans doute été la plus adaptée à la situation. Le soutien officiel de Wahington aux forces démocratiques est un investissement à long terme. Les Américains n’en recueilleront pas les fruits tout de suite mais on citera encore ses premières déclarations dans des années – à moins, bien sûr, que le printemps arabe tourne à la glaciation : « Remember : nous étions à vos côtés quand vous étiez massés place Tahrir ! » Le président Obama a été à la hauteur de l’événement même s’il ne l’a pas organisé. Ce n’est pas si mal.

Au Nord, y’a les casinos…

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Eh non, le Nord n’est pas seulement la terre des corons, de la moule frite, de la bière et des beffrois. C’est aussi une terre de casinos. La preuve, on les braque. Après celui de Lille en novembre, c’est celui de Saint Amand les Eaux qui a été attaqué dans la nuit du dimanche 6 au lundi 7 février et enfin, les braqueurs ayant battu le tapis vert pendant qu’il était chaud, ils s’en prenaient dès la nuit suivante celui de Dunkerque où d’ailleurs plusieurs d’entre eux se sont faits arrêter par la police.

Bon, en même temps, il ne faut pas rêver. A Lille, les braqueurs ont ramené 20 000 euros et à Saint Amand 100 000. A peine de quoi amuser le tapis pour un joueur de baccarat moyen à Monte-Carlo ou à Deauville. En même temps, à quoi vouliez vous vous attendre dans un département qui est parmi les plus pauvres de France avec plus de 120 000 allocataires du RSA et 13% de chômeurs ? Sûrement pas à un remake de Goldfinger ? Ni même, hélas, à celui de celui de Robin des Bois

Une école n’est pas un spa

Après l’école lieu de vie, voici l’école du bien-vivre, du repos, du cocooning, du chez soi à l’école, bref voici venu le temps de l’école du bien-être. Exit donc l’école de l’apprentissage, de l’enseignement, de la transmission, exit l’école de l’effort.

En reprenant les conclusions du rapport remis par le comité de pilotage de la Conférence nationale sur les rythmes scolaires, le ministre de l’Education a souligné sur les antennes de France Info, que le temps scolaire devait être organisé autrement parce que c’est « le bien-être de l’enfant » qui en dépend.
Ah, « le bien-être de l’enfant » ! À entendre Luc Châtel, on aurait cru qu’il parlait du dernier spa à la mode. Détente, repos, bien-être sont les nouveaux services à la carte que l’école, cette pépinière maternante, doit offrir à l’enfant-roi. Parce que, vous comprenez, pour l’Education nationale, l’enfant n’est pas un être débordant d’énergie qui récupère à une vitesse grand V. Non, l’enfant est être vieillissant, qui est tellement fatigué par les rythmes de la vie moderne qu’il a du mal à ingurgiter les bribes de notions grammaticales balancées au détour d’un cours d’informatique.

Mais revenons donc au sacro-saint bien-être. Érigé en ultime critère pour juger de l’efficacité de l’aménagement des rythmes scolaires, « le bien-être de l’enfant » est la priorité des priorités. Rien n’importe plus que de ménager la santé et les neurones de nos chères têtes blondes !

D’après ce rapport, une journée idéale à l’école est « une journée moins lourde qui alterne suffisamment les activités pour respecter les biorythmes de l’enfant et éviter la fatigue ».
Ici, il faut donc parler d’enfant et non d’élève, comme si les élèves à instruire n’existaient plus, comme s’il n’y avait que des enfants à ne pas trop surmener et surtout à ne jamais sermonner.

Ce n’est plus l’élève et le souci de son instruction qui préoccupent l’école aujourd’hui, mais l’enfant et ses besoins biologiques. Ce serait par rapport aux impératifs de ses « rythmes biologiques et biopsychologiques » et non plus en fonction de la nature de la discipline enseignée, comprise d’ailleurs comme des activités à pratiquer et non plus comme des connaissances à transmettre, que la répartition des heures de classe se déterminerait.
Le temps où l’élève devait s’adapter à l’école et à ses exigences de savoir et de discipline est révolu. Aujourd’hui, c’est à l’école de s’adapter au rythme de l’enfant. Imaginez donc 25 lits pour 25 élèves et une sieste de 15 minutes toutes les deux heures !

On prétexte qu’un enfant fatigué est un élève qui apprend mal. Mais est-ce le rôle de l’école de se soucier du processus biologique de l’enfant ? Ne revient-il pas aux parents de faire en sorte que leur enfant arrive frais et dispo à l’école ? Et un enfant fatigué à 7 ans, n’est-il pas un vieillard avant l’âge ? Comment faisaient les générations de nos parents et de nos grands-parents qui, eux aussi, ont été des enfants, n’avaient ni les vacances de la Toussaint, ni les vacances de février et supportaient, de surcroît, des journées bien longues ? En tout cas, s’il y avait eu un classement PISA[1. Le Programme International pour le suivi des acquis des élèves est réalisé par l’OCDE. Le 7 décembre 2010, Luc Châtel a communiqué les résultats déplorables de la France pour l’année 2009] à leur époque, l’école française n’aurait jamais été classée à ce lamentable 22ième rang !

En vérité, il est étrange de ressasser que les élèves sont stressés et fatigués alors qu’ils n’ont plus raisons de l’être, alors que l’Education nationale a tout fait pour rendre l’école attractive avec ses méthodes d’apprentissages ludiques et ses « itinéraires de découverte », où les connaissances ne sont plus enseignées lors d’un cours magistral, puis apprises par des laborieux exercices de répétition et de mémorisation, mais tout simplement découvertes par l’élève lui-même. Cette autonomisation du savoir, soit dit en passant, pompe plus d’énergie que sa réception passive !

Mais parlons-en, des rythmes scolaires ! Le faible nombre d’heures consacrées à l’apprentissage des fondamentaux, le passage de 15 heures de français dans les années 1960 à 9 heures aujourd’hui ne sont-ils pas responsables du fait que 15% des écoliers ne savent pas lire du tout à leur arrivée en 6ième et que 40% ont de graves lacunes[2. Chiffres de novembre 2010] ? La vérité est que le changement des méthodes d’enseignement est aux racines de l’illettrisme et des fractures sociales qui minent la société aujourd’hui.

Le réaménagement des rythmes scolaires supposément favorable au « bien-être de l’enfant » serait donc la formule magique pour lutter contre l’échec scolaire. Quelle vaste hypocrisie !
Pas question de réduire ou d’éliminer les vacances intermédiaires pour mieux étaler le temps scolaire : elles sont bien trop juteuses pour les professionnels du tourisme et bien trop précieuses pour les enseignants. L’alternance entre sept semaines de classe et deux semaines de vacances[3. Les vacances d’été seraient raccourcies et les vacances de la Toussaint passeraient de 10 à 15 jours] arrange tout le monde, profs syndiqués, parents en RTT et enfants fatigués.

Mais l’élève, lui, y trouve-t-il son compte ? Où est donc le véritable intérêt de l’élève devant une année encore davantage saucissonnée, lorsqu’on sait combien il lui est difficile de se remettre dans le bain après une coupure de deux semaines et qu’une bonne concentration se fait sur le long terme ? Derrière le « bien-être de l’enfant », les intérêts économiques sont bichonnés au détriment du savoir qui se délite encore plus.

Le débat sur les rythmes scolaires ne fait donc que détourner l’attention des causes véritables de l’échec scolaire et de la panne de l’école comme moteur de l’intégration. (Faut-il rappeler que la maîtrise d’une langue commune est essentielle pour fédérer un peuple ?)

Le XXIème siècle progressiste pointe « la fatigue de l’enfant » pour mieux mettre au placard de la ringardise la notion d’effort, et promeut l’école du bien-être pour mieux faire oublier l’école du savoir, l’école républicaine, l’école des citoyens éclairés.

Souvenirs orduriers du Big Bang

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Au début, comment dire, c’était chaud et dense, si tu veux… On entendait rien de spécial. Les trous noirs, pénards, reluquaient les microquasars et les trouvaient franchement binaires, entre nous. Leur calvitie pépère ne se laissait pas émouvoir par les collisions entre deux branes à la con et sans membre, fût-il ekpyrotique. La nucléosynthèse primordiale, eux, ils en avaient rien à secouer. Le corps de Schwarzschild remuait à peine : il avait, comme qui dirait, les astres occlus. On attendait le moment cinétique : tout le monde s’emmerdait dru. Et en plus, il pleuvait sur les ergorégions. Ça se dilatait parfois vers le rouge et on avait franchement l’impression de perdre son temps.[access capability= »lire_inedits »]

Et puis soudain, on a tous pété un boulon à six pans creux. On en avait tous ras la nouille de la censure cosmique : c’était pesant. On a sifflé un ballon de lithium, le patron nous a remis ça à l’hélium. Il faisait une chaleur pas possible, on puait des aisselles à plusieurs encablures. La densité de photons et de baryons était à peine croyable. Mais pour tout dire, ça nous dilatait l’électron sans nous remuer vraiment le positron.

Le fond cosmologique de neutrinos était pas beau à voir non plus. Ils étaient pas brillants, les neutrinos. Lorsque le thermomètre a indiqué 1 mégaélectronvolt, ces raclures se sont soudain mises à se découpler sans raison, ce qui valait quand même toujours mieux qu’un accouplement. Y’avait de l’annihilation dans l’air et les positrons en menaient pas large. Les neutrinos en venaient à douter de leur propre existence, et y z’avaient pas tort… Faut dire qu’ils avaient forcé sur l’anisotropie. Nous redoutions tous le spectre continu de la désintégration bêta. On a pas été déçu.

On a entendu comme un crissement glaireux, un froissement constant et épileptique des nanosecondes. C’est alors que le trou noir primordial où on créchait nous autres s’est dévissé la rate et les vertèbres comme un vieux bidet qui renâcle. Après, il a carrément retroussé ses poumons de néant, inventant leur envers dans un vomissement, un arrachement insoutenable et soudain de la plèvre de tout. Dégueulis de protons et d’épilotrons à la charnière sanieuse du vivant. Fission de fission de pute ! Le trou noir d’où qu’on vient a retroussé sa poche à néant, il a avalé son cul dans son cul dans son cul et encore, jusqu’à l’annulation dernière du tout dernier trou de balle par un retournement imprévu de la situation. Avec un crissement de verre, le végétal s’est subitement arraché au minéral, et on arrivait pas trop à y croire. Faut dire, sur le coup, ça nous a tous fait reprendre du poil de l’anté-bête. À peine un peu plus tard a commencé la gloire du royaume, une pluie pas croyable de grâce et de désastres et cette putain d’épidémie de langage et de temps.[/access]

Année du lapin, chagrin

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Selon l’Asia Times, le prix du mètre carré à Pékin atteint désormais les 26 000 yuans – soit 3 036 euros, à peu près autant que dans une ville comme Lyon – alors que le revenu mensuel du Pékinois moyen ne dépasse pas 2 000 yuans (233.5 euros). La croissance des prix de l’immobilier dans les zones urbaines de l’Empire du milieu a été telle qu’une étude de l’Académie Chinoise des Sciences Sociales (CASS) conclut que, dans ces conditions, 85% des ménages urbains ne peuvent plus espérer devenir propriétaires de leur logement.

Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle n’est pas liée à une pénurie de logements – la Chine construit des logements et des bureaux à un rythme effréné depuis plusieurs années à tel point que l’industrie de la construction pèse environ un quart du PIB (comme en Irlande en 2008) et que la valeur du stock immobilier est évalué à 350 fois le PIB (comme au Japon en 1989). En revanche, un nombre impressionnant de ces logements ne sont pas habités : Yi Xianrong, un économiste de la CASS, estime – en se basant sur les relevés des compteurs d’électricité – que 64.5 millions de logements dans les zones urbaines sont inoccupés. Ce sont donc des centaines de milliers d’immeubles, et parfois des villes entières, qui ont été construits à des fins purement spéculatives, grâce à la faiblesse des taux d’intérêt due à la politique monétaire accommodante de la People’s Bank of China (PBoC), la Banque centrale, et du titanesque plan de relance mis en œuvre par Pékin pour tenter de compenser l’impact de la récession américaine.

Il y a une énorme bulle immobilière en Chine et les autorités chinoises l’ont parfaitement compris. La PBoC a augmenté le taux des réserves obligatoires pas moins de sept fois au cours des douze derniers mois et déjà fait monter deux fois les taux d’intérêt depuis le mois d’octobre dernier pour essayer de freiner la croissance des crédits bancaires. Si ces quelques éléments vous rappellent étrangement la situation des Etats-Unis ou de l’Irlande il y a trois ans, ce n’est pas un hasard : nous avons toutes les chances de connaître une crise des subprimes version chinoise (c’est-à-dire sans crédits subprimes, ni actifs toxiques mais avec juste l’essentiel : une Banque centrale et un gouvernement surdimensionné).

Le pyromane peut-il jouer les pompiers ?

Si vous avez bien suivi les épisodes précédents, vous avez certainement observé que quand une banque a prêté énormément d’argent fraîchement imprimé et que ses clients commencent à avoir du mal à rembourser, elle fait faillite ou menace de la faire. À cette même occasion, vous avez remarqué que quand une banque est au bord du dépôt de bilan, nos gouvernements – c’est-à-dire les contribuables, leurs enfants, petits-enfants et arrières petits-enfants (etc…) – volent immédiatement au secours de ses créanciers (et, en premier lieu, les déposants) et veillent à ce que ces derniers récupèrent jusqu’au dernier centime prêté à l’institution défaillante. En d’autres termes, les Etats ont cette fâcheuse habitude de se porter garants des dettes des banques et l’expérience récente de la zone Euro tend à démontrer que les finances publiques ne sont pas toujours en mesure de le supporter.

La bonne nouvelle, c’est qu’officiellement, la Chine est extrêmement peu endettée – la dette de l’Etat central pèserait environ 17.5% du PIB. La mauvaise c’est que tout le monde sait que ce chiffre est faux et il est faux – notamment – parce qu’il ne tient pas compte de la gestion calamiteuse des gouvernements régionaux. Pour ceux qui en doutaient encore, Yin Zhongqing – le directeur adjoint du comité économique et financier du Congrès chinois – a avoué en début d’année que lesdits gouvernements locaux avaient emprunté quelques 10 000 milliards de yuans (à la louche, on est à un milliard de yuan près) pour pouvoir continuer à jouer au petit jeu de l’apprenti planificateur malgré le peu de ressources accordées par Pékin. Et là, d’un coup, la dette publique chinoise pourrait bien peser plus de 50% du PIB – certains analystes avancent même le chiffre de 80%. Pour mémoire, on notera que la dette publique irlandaise ne pesait qu’un quart du PIB jusqu’en 2007…

Là où le cas chinois risque d’être assez intéressant c’est que les quatre plus grandes banques du pays – les big four – sont des banques publiques, détenue en majorité par l’Etat via la Central Huijin Investment ou plus directement par le ministère des finances : Bank of China est ainsi publique à 68%, la Industrial and Commercial Bank of China à 71%, la China Construction Bank à 60% et la Agricultural Bank of China à 81%. La conséquence, c’est que là où les garanties des gouvernements étasunien, irlandais[1. Dans le cas de l’Irlande, la garantie est devenue explicite en septembre 2008] ou espagnol (pour ne citer qu’eux) étaient implicites, la garantie du gouvernement chinois sur les dettes des big four est tout ce qu’il y a de plus explicite. Et c’est là que le bât risque de blesser : un rapide calcul de coin de table sur la base de leurs rapports trimestriels au 30 septembre 2010 permet d’évaluer leur dette à quelques 41 626 milliards de yuans (environ 4 861 milliards d’euros) soit 104% du PIB chinois en 2010 (et il ne s’agit que des quatre plus grosses…). En étant très optimiste, on peu donc estimer l’engagement financier réel du gouvernement chinois en ce début d’année du lapin à 150% du PIB.

Notre pain quotidien (5)

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Grande-Bretagne. Frédérique Andréani, correspondante à Londres du magazine Le Point, traverse la Manche avec un papier fort piquant au titre énigmatique : « Privé de sexe pour QI déficient ». On y apprend qu’« une cour de justice britannique a interdit à un homme adulte d’avoir des relations sexuelles pour cause de quotient intellectuel trop bas. » Alan plafonnait à 48, alors que le QI « standard » – nous rappelle la journaliste – est à 100. Notons que ces chiffres sont valables pour le Royaume-Uni. C’est petit.

Belgique. Le grand Benoît Poelvoorde – icône immortelle du film C’est arrivé près de chez vous – a lancé, il y a quelques jours, un défi à ses compatriotes Belges mâles : ne pas se raser la barbe en attendant que les wallons et les flamingants aient trouvé un constructif terrain d’entente. On nous signale aujourd’hui une nouvelle initiative : la grève-du-sexe. Marleen Temmerman, sénatrice flamande, a en effet invité toutes ses concitoyennes belgiennes à fermer les portes du sanctuaire sacré tant que les choses ne seront pas rentrées dans l’ordre au sommet de l’Etat. Hum… C’est encore plus petit.

USA. L’AFP, toujours en pointe sur les gros sujets, ose ceci : « Obama affirme qu’il ramasse lui-même les crottes de son chien »… Et toujours aucune info sur ses lapins nains ? On nous cache tout on nous dit rien ! Un tel manque de transparence est écœurant. Et en dit long.

Frits Bolkestein :

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*Propos recueillis à Amsterdam par Paulina Dalmayer

En décembre 2010, l’ex-commissaire européen Frits Bolkestein, connu en France pour avoir été à l’origine de la directive sur la libéralisation des services, invitait les juifs « reconnaissables » à quitter les Pays-Bas. Dans l’interview accordée à Causeur, il revient sur ses propos, qui ont suscité une vive polémique, et dresse le bilan du multiculturalisme.

Paulina Dalmayer. Vous voilà engagé dans le combat contre l’« islamisation de l’Europe ». D’ultralibéral, êtes-vous devenu un populiste d’extrême droite ?
Frits Bolkestein. Où ai-je parlé d’« islamisation de l’Europe » ? Je n’ai jamais dit cela. Au contraire, j’ai écrit que le seul défi, pour le monde occidental, venait du monde occidental.

En tout cas, vous dénoncez une emprise de plus en plus importante de la culture arabo- musulmane sur la culture européenne…
Non. Je me suis opposé au multiculturalisme, mais cela ne veut pas forcément dire que je m’oppose à l’islam. Il est vrai que lorsque j’ai lancé ce débat, en septembre 1991, je me suis fait traiter de « raciste » et autres noms d’oiseau. Mais depuis 2000, date à laquelle l’universitaire Paul Scheffer a publié dans NRC Handelsblad un article intitulé « La tragédie multiculturelle », qui a fait couler beaucoup d’encre, le débat est plus ouvert. Beaucoup de gens rejettent le multiculturalisme, tout simplement parce qu’il est difficile de nier les problèmes qu’il a engendrés. Pour autant, je répète que je ne crois pas à l’« islamisation de l’Europe ».[access capability= »lire_inedits »]

Admettons. Reste que, si on réfléchit aux problèmes de l’Europe, on ne peut pas faire impasse sur l’immigration et que, quand on parle des problèmes liés à l’immigration, c’est de l’immigration arabo-musulmane qu’il s’agit…
Les problèmes d’immigration aux Pays-Bas résultent des défaillances de l’intégration, et essentiellement de l’intégration des musulmans. Ces difficultés ont-elles pour cause leur religion ou leur culture ? En toute hypothèse, il serait plus judicieux de s’interroger sur leur comportement que sur leur religion.

Qu’entendez-vous exactement par « leur comportement » ?
Dans nombre de circonstances ils font preuve de leur méconnaissance de la société néerlandaise. Pour commencer, leur connaissance de la langue n’est pas satisfaisante.

D’accord, mais les comportements les plus controversés, comme le port du voile intégral, ont souvent partie liée avec la religion…
Je suis d’accord avec vous là-dessus. Il arrive aussi fréquemment que les relations entre les hommes et les femmes soient dictées par la charia.

Vous voyez bien que ce n’est pas le multiculturalisme ou l’intégration en tant que tels qui font débat, mais la pratique de l’islam. Nous n’avons pas de difficultés avec les Chinois, que je sache !
Vous avez raison. Nous avons aux Pays-Bas environ 100 000 Hindous qui vivent aux alentours de La Haye et dont l’intégration ne pose absolument aucun problème, alors que les immigrés arrivés de Somalie, d’Irak ou d’Iran, sans parler des gros bataillons de Turcs et de Marocains, posent problème. Or, ce sont tous des musulmans : il ne sert à rien de le nier.

Avec l’essor des partis populistes dans les différents pays européens, le débat intellectuel sur le multiculturalisme va-t-il se traduire en politiques concrètes en matière d’immigration ?
Le multiculturalisme est mort. Il n’a plus de défenseurs aux Pays-Bas. Quand j’ai commencé à écrire sur ce sujet, il y a vingt ans déjà, le gouvernement néerlandais estimait que l’intégration devait aller de pair avec la préservation de la culture d’origine. C’était absurde : je ne vois pas comment on peut s’intégrer en conservant sa culture d’origine. Mais à l’époque, tout le monde voulait y croire.

Mais si, d’une part, le rêve d’une société multiculturelle harmonieuse s’est effondré et que, d’autre part, on ne peut plus tabler sur la croissance économique pour apaiser les tensions, quel espoir reste-t-il ? Croyez-vous toujours à l’ultralibéralisme comme remède universel, vous qui avez déclaré dans le passé : « Plus l’économie est forte, plus le chômage et le déficit sont bas, et moins il y a d’inquiétude sur l’identité » ?
Les angoisses identitaires se manifestent quand on est faible. Quand l’économie prospère, personne ne se pose de questions identitaires. Il faut donc renforcer l’économie, autant en France qu’aux Pays-Bas. Cela dit, les immigrés doivent s’adapter à la culture de leur pays d’accueil. Autrement dit, la solution, c’est l’assimilation. Aujourd’hui, tout le monde est d’accord sur cela. En ce sens, le débat sur le multiculturalisme a eu une conséquence positive.

Vous êtes pourtant seul à penser que le capitalisme peut atténuer les tensions identitaires. En matière économique et sociale, l’extrême droite a, au contraire, tendance à marcher sur les plates-bandes de l’extrême gauche. Le parti de Geert Wilders bloque un train de mesures néolibérales dans le domaine de la santé publique…
C’est ce que j’appellerais une stratégie de compensation. Geert Wilders, qui est rangé à l’extrême droite sur les sujets identitaires, affiche une sensibilité de gauche sur le terrain économique et social.

Il s’agit donc simplement d’une stratégie politicienne…
Oui. En tout cas en ce qui concerne Wilders.

Vous avez invité, dans un livre, tous les juifs « conscients » à quitter les Pays-Bas pour émigrer vers Israël ou les Etats-Unis − puis vous avez précisé, dans un entretien au journal De Pars, que vous parliez des juifs « reconnaissables ». Geert Wilders vous a répondu que ce ne sont pas les juifs, mais les Marocains coupables d’antisémitisme qui devraient quitter le pays. Qui a raison ?
La proposition de Geert Wilders est simplement irréalisable. On ne peut pas dire à un demi-million de Marocains de s’en aller. D’ailleurs, l’économie néerlandaise a besoin d’immigrés. De surcroît, nous ne pouvons pas refuser d’accueillir des gens à cause de leur religion.

Mais on peut leur conseiller de partir en raison de leur religion ? Est-ce un aveu d’impuissance ?
Oui. L’antisémitisme est une réalité aux Pays-Bas. Récemment, je suis allé à Anvers en compagnie d’une étudiante juive prénommée Judith. À l’Université, elle se fait appeler Julie pour éviter les problèmes.

De la même manière, un jeune Marocain vous dirait qu’à cause de son patronyme arabe, il ne parvient pas à trouver un logement ou un emploi…
Oui, bon… Vous avez raison. En tout cas, l’antisémitisme est un vrai problème. Cela dit, j’aurais peut-être pu dire aux juifs qu’ils pouvaient aussi choisir l’Allemagne où, en raison de l’histoire, les juifs sont protégés. Les cris comme « Les juifs au gaz ! », que l’on entend dans les stades, ici, ne seraient pas tolérés là-bas.

Ces débordements antisémites ne reflètent-ils pas un phénomène autrement plus large, à savoir une brutalisation grandissante de la vie sociale et publique aux Pays-Bas ?
Sans doute. C’est un phénomène marquant depuis une quinzaine d’années…

Le Parti pour la liberté de Geert Wilders est-il pour quelque chose dans la montée de l’agressivité dans le débat politique ?
Oui. Et c’est regrettable.

Comment expliquez-vous que, dans un des pays les plus tolérants du monde, la violence verbale ou physique, avec plusieurs assassinats politiques, ait pris une telle ampleur ?
Il faut être prudent avec la tolérance. C’est très beau, la tolérance, mais bien souvent ce n’est rien d’autre que du je-m’en-foutisme. N’oubliez pas que 75 % des juifs hollandais ont été tués pendant la Seconde guerre mondiale. C’est une proportion plus élevée que dans tous les autres pays d’Europe, Allemagne comprise. Pourquoi ? C’est un grand débat. Mais la tolérance hollandaise est un peu un cliché.

En attendant, il y a vingt ans, il n’y avait pas de partis d’extrême droite aux Pays-Bas. Pourquoi y en a-t-il aujourd’hui ?
Les électeurs du Parti pour la liberté ne le choisissent pas uniquement à cause de son discours sur l’islam. Je compare souvent Wilders à Poujade. Leurs électeurs ou sympathisants sont des gens qui se sentent marginalisés par la société. Nombre des électeurs de Wilders ne partagent pas son anti-islamisme mais pensent qu’il est le seul homme politique à se préoccuper de leurs problèmes. Wilders lui-même est, me semble-t-il, sincèrement convaincu que le danger vient de l’islam. Ce n’est ni une phobie ni une obsession mais une conviction. Ce qui est malheureux, c’est qu’en posant les problèmes liés à l’immigration, Geert Wilders a obligé beaucoup de musulmans parfaitement intégrés, honnêtes et constructifs, à justifier en permanence leur présence ici. Le résultat, c’est que ce sont les immigrés les plus instruits et les plus impliqués dans la vie sociale néerlandaise qui envisagent de retourner dans leur pays d’origine. C’est notamment le cas de nombre d’immigrés turcs. Au contraire, les Marocains savent très bien qu’en dépit de tout, ici, c’est mieux qu’au Maroc.[/access]

DSK, candidat apatride?

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Je l’avoue : pas plus que Michèle Alliot-Marie n’avait vu venir la révolte tunisienne, je ne m’attendais à ce que sortent aussi rapidement, du côté UMP, les missiles visant Dominique Strauss-Kahn en raison de son manque d’enracinement dans la terre de France, celle qui, c’est bien connu, ne ment pas. Je pensais bien, qu’une fois candidat déclaré, DSK allait subir ce type d’attaques, où son train de vie, son appartenance à la jet-set mondialisée navigant entre Washington, Davos et Marrakech allaient être utilisés pour contrer les diatribes de la gauche contre le bling-bling sarkozien.

Prêtant à la droite française plus de subtilité qu’elle n’en possède en réalité, je croyais que nos stratèges UMPistes allaient laisser Marine Le Pen et ses soudards faire le boulot, quitte à en tirer plus tard les bénéfices électoraux sans se salir les mains. Eh bien, je me suis planté ! C’est Christian Jacob, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, agriculteur de son état, qui a dégainé le premier, se payant en outre le luxe de faire sa sortie contre DSK au micro de Radio J, un média qui ne s’adresse pas en priorité au monde rural…Pour M. Jacob, l’actuel directeur général du FMI : « n’incarne pas l’image de la France, l’image de la France rurale, l’image de la France des terroirs et des territoires, celle qu’on aime bien, celle à laquelle je suis attaché ».

Voilà, c’est dit. C’est moins brutal que Xavier Vallat interpellant Léon Blum lors du débat d’investiture du gouvernement de Front populaire[1. Le 6 juin 1936, Xavier Vallat député d’extrême droite, et futur commissaire de Vichy aux questions juives avait déclaré à la tribune de l’Assemblée nationale, à propos de Léon Blum « Votre arrivée au pouvoir marque incontestablement une date historique. Pour la première fois, ce vieux pays gallo-romain va être gouverné par un juif ! »], mais le cœur y est. Jacob le croquant, naturellement, poussera des hurlements si on ose murmurer que, peut-être, en y regardant bien on pourrait trouver dans ses propos quelque écho de la rhétorique antisémite de l’entre-deux guerres. Il a sans doute une tonne d’amis juifs dans sa besace prêts à témoigner en sa faveur. Et d’ailleurs son meilleur ami politique, celui à qui il doit son poste au Palais-Bourbon, n’est-il pas Jean-François Copé qui ne fait pas mystère de ses origines ?
Interpellé au sujet de la sortie de Jacob lundi matin sur France-Inter, ce dernier a bien tenté d’enfumer son monde en prétendant que c’était le trop long éloignement de France de DSK qui était en cause et non son rapport au terroir, mais, là il nous prend vraiment pour des imbéciles.

Soyons clair. Factuellement, Jacob a parfaitement raison : Strauss-Kahn n’incarne pas la France rurale, pas plus, d’ailleurs, que Nicolas Sarkozy, et il n’a pas le talent de Jacques Chirac ou François Mitterrand pour persuader les électeurs du contraire. J’ai pu le constater in situ en 1986, lorsque DSK, alors jeune expert économiste du PS, était venu en Haute-Savoie se chercher un point de chute électoral. Lors d’une réunion publique à Frangy, près de Seyssel, il fit un exposé brillant et pédagogique sur les quotas laitiers, les montants compensatoires et autres sujets arides censés intéresser un public d’éleveurs de bovins. Vint le moment des questions et la première qui fusa fut celle-ci « M’sieur Stra…Stro…, enfin j’arrive pas à y dire vot’nom, mais ma question elle est celle-là : pour vous, les vaches, elles ont les cornes devant ou derrière les oreilles ? ». N’ayant pas prévu la réponse à une question jamais posée au grand oral de l’ENA, et ne disposant d’aucun joker dans ce jeu électoral cruel, DSK quitta Frangy avec la ferme intention de ne plus jamais y remettre les pieds. Il fut tout de même élu député de la Haute Savoie, grâce à la proportionnelle instaurée cette année-là par François Mitterrand, mais lorsque revint le temps du scrutin majoritaire, il trouva à Sarcelles un fief électoral plus confortable, dépourvu de paysans et de bêtes à cornes.

Si l’UMP veut faire campagne pour son champion sur ce thème, elle a du souci à se faire, car la phrase de Christian Jacob vaut tout aussi bien pour Nicolas Sarkozy, dont l’ancrage dans la France rurale se limite aux quelques jardins établis par les monarques français dans l’actuel département des Hauts-de-Seine. Le procès en non-ruralité des hommes politiques est une vieille ficelle pour faire passer en douce des messages qu’il est malséant de transmettre en clair.

La sortie de Jacob contre Dominique Strauss-Kahn n’est pas fortuite : le même jour, sur une autre radio juive, RCJ, Pierre Lellouche, dont le lien au terroir est profondément ancré dans le VIIIème arrondissement de Paris le fustigea comme le représentant de la « gauche ultra-caviar ». D’accord, Pétrossian est dans le VIIème, mais la consommation d’œufs d’esturgeons aux alentours des Champs-Elysées, fief de Pierre Lellouche, doit être largement supérieure à la moyenne nationale…

Strauss-Kahn est prévenu : son entrée dans l’arène électorale française ne sera pas pour lui un chemin de roses. Il va avoir droit à tout ce que ce vieux pays recèle de vieilles rancœurs recuites vis-à-vis de ceux qui ne peuvent se prévaloir d’ancêtres vachers-porchers ou gardeuses d’oies. La première salve, pour laquelle Christian Jacob s’est porté volontaire, vise à tester la résolution du camp d’en face : le PS et plus largement la gauche est-elle prête à se battre pour DSK contre une bande de chiens ne reculant devant aucune infamie ? Ne préférera-t-elle pas se trouver un, ou une championne estampillée par Jean-Pierre Pernaut ? L’affaire, mine de rien, est grave.

Méditerranée cherche coprésident

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Dans son savoureux blog consacré à la vie politique française, l’universitaire américain Arthur Goldhammer a posé ce matin la question qui tue. Et ce, dès la première phrase de son papier, qui commence ainsi : « Remember l’Union pour la Méditerranée ? »

Oups, c’est vrai qu’on avait oublié jusqu’à son existence, à ce machin-là. Remarquez , c’est un peu normal, l’actualité de l’autre côté de la Méditerranée, c’est le train-train ces temps-ci…

De deux choses l’une : soit cette structure ne sert ontologiquement à que dalle, à tel point qu’on n’a même pas jugé utile de la réanimer quand elle aurait pu, au moins, faire semblant d’exister. Soit on a préféré ne pas la sortir de la naphtaline pour ne pas risquer de se faire rappeler par des impolis que, côté arabe, les principaux piliers de cette chimère étaient MM Ben Ali et Moubarak. Ce dernier assurait même, jusqu’au 12 février dernier, la coprésidence de l’UPM, l’autre coprésident étant, oui, oui, Nicolas Sarkozy…

Pourquoi Céline reste irrécupérable

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La récente décision de radier Louis-Ferdinand Céline du programme des Célébrations nationales était discutable : certes, on a tout lu, depuis, sur la nuance entre « célébration » et « commémoration » ; et nul n’affirmerait que le docteur Destouches puisse faire figure d’exemple « citoyen ». Mais il eût mieux valu y penser avant que de changer ainsi de cap, comme si l’on punissait un génial auteur, mort depuis cinquante ans, en polarisant à nouveau l’attention sur ses égarements.[access capability= »lire_inedits »]

Du point de vue littéraire, l’œuvre de Céline mérite incontestablement tous les hommages dont elle n’a d’ailleurs guère besoin. S’il s’agit de célébrer les gloires de l’art, de la culture ou de l’esprit français, il est à sa place plus que tout autre. Car chacun sait que Céline est d’abord un immense écrivain, un romancier capital dont Le Voyage au bout de la nuit est considéré, dans le monde entier, comme un des livres majeurs du XXe siècle (Trotsky lui-même, juif et communiste, ne manqua pas de saluer, dans cette œuvre, « la réelle richesse de la culture française »). Or c’est bien évidemment cet écrivain-là qu’on entendait saluer – non le pamphlétaire antisémite qui, d’ailleurs, n’intéresserait plus personne si Céline n’était pas l’auteur du Voyage ou de Mort à crédit.

Un grand écrivain peut être un cynique à la Flaubert comme une grande âme à la Hugo

Cette hiérarchie est importante et pourrait s’appliquer à quantité de grands artistes qui possèdent chacun, dans une moindre mesure, leur part de négatif. Wagner aussi a écrit des pages antisémites ; mais sa gloire ne vient pas de là, et ces égarements nous intéressent relativement peu (à moins d’être spécialiste, historien ou passionné), en regard de son génie musical. Pour la même raison, un Robert Brasillach ne pourrait guère figurer dans le calendrier des Célébrations nationales parce que, chez lui, à tort ou à raison, la figure du collaborateur a fini par l’emporter sur celle de l’écrivain, et qu’on risquerait d’honorer celle-ci en honorant celui-là.
Il n’est pas interdit, toutefois, de réfléchir à la complexité des destins ni à la possibilité d’avoir du talent tout en se fourvoyant politiquement ! Car, au bout du compte, cette fâcheuse affaire Céline souligne surtout le fait que, décidément, il n’y a aucun rapport entre les valeurs de l’art et celles de la République. Les premières sont esthétiques et pas du tout morales ; un grand écrivain peut être un juste ou un salaud, un cynique à la Flaubert comme une grande âme à la Hugo.

Or, la République agit au nom d’autres critères et ne comprend l’art que par le biais de la morale (aujourd’hui) ou du patriotisme (hier). C’est pourquoi elle doit soutenir les institutions culturelles, mais ne pas trop se mêler de choix esthétiques, car alors elle se trompe forcément, un peu ou beaucoup, dans la désignation de ceux qu’elle honore. Elle donnera ainsi plus d’importance à un André Malraux (qui, comme romancier, n’a évidemment pas la stature de Céline, en France ni dans le monde) ou à un Emile Zola qu’à Balzac ou Flaubert, plus difficiles à récupérer dans le discours du Bien public. Elle honorera les uns et panthéonisera les autres selon des critères étrangers à la littérature. Ces deux mondes-là ne sont pas faits pour aller ensemble, même s’ils cherchent souvent à tirer profit l’un de l’autre.
Céline, en ce sens, reste totalement irrécupérable.[/access]

A L'AGITE DU BOCAL

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Egypte : la prétendue impuissance d’Obama

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« Les désarrois de l’élève Obama au Proche-Orient » : c’est ainsi que le Monde a choisi de titrer son édito dans son numéro publié quelques heures avant la démission – alors jugée imminente – de Hosni Moubarak. Le texte est à l’avenant : les Etats-Unis sont impuissants, Obama n’a aucune influence sur Moubarak comme sur la rue égyptienne. Les Américains auraient-ils dû devancer les Égyptiens et pousser Moubarak dehors le soir même du 25 janvier, jour du premier rassemblement place Tahrir ? Envoyer les Marines après les premières élections truquées ? Eux à qui on a tant reproché, souvent à raison, de se mêler de tout, sont désormais montrés du doigt pour leur inaction.

L’ingérence, le mot d’ordre durant les années de la crise des Balkans tombé en disgrâce après la deuxième guerre du Golfe, semble donc revenir au goût du jour. L’enthousiasme pavlovien déclenché chaque fois le mot magique de Révolution est prononcé est-il la seule aune à laquelle il faut juger la politique étrangère d’une puissance mondiale ? Rappelons seulement au passage que la révolution nationale et socialiste en Egypte en 1952 et 1954 suivie par la nationalisation du canal du Suez avait été accueillie par certains avec le même lyrisme qui est aujourd’hui recyclé dans la dénonciation des dictatures nées de ces événements.

Reste l’accusation, formulée contre la France, les Etats-Unis et l’occident en général : vous n’avez rien vu venir. La réalité est que les Américains, sans connaître la date de l’explosion, l’ont anticipée depuis longtemps. Un exemple révélateur est fourni par les contacts noués avec le « mouvement du 6 avril », lancé au printemps 2008 par « la jeunesse Facebook » égyptienne pour soutenir un mouvement social des ouvriers de l’industrie textile dans le delta du Nil. L’ambassade américaine au Caire a repéré très rapidement ce nouvel acteur. Selon un télégramme qu’elle a envoyée en Egypte fin décembre 2008, les diplomates du State Department ont rapidement compris le potentiel de ce groupe de jeunes et leurs méthodes d’action. Huit mois après le lancement de leur page Facebook l’un de leurs leaders avait été invité en visite d’étude aux Etats-Unis aux frais du gouvernement !

Rappelons que ce mouvement a joué un rôle importent dans le déclenchement des événements en Egypte et que c’est aux Etats-Unis que les e-militants cairotes ont appris les méthodes permettant de contourner le blocage de Facebook, twitter et des réseaux de téléphonie mobile. Et le pire, c’est que tout cela se passait pendant l’ère honnie du président Bush !

Quant à l’attitude actuelle des Américains, que le Monde qualifie d’hésitante, il faut pourtant reconnaitre que le président Obama a pris très rapidement le parti de soutenir la contestation de la place Tahrir, le « loft » de la révolution égyptienne observée dans le monde entier comme un spectacle de reality show. Il savait, comme son prédécesseur, que Moubarak était assis sur une poudrière, pensait, comme lui, que le Raïs trainait les pieds et qu’il fallait aller plus vite vers la démocratisation de l’Egypte. Ses diplomates et sans doute une large proportion des 100.000 fonctionnaires et para-fonctionnaires US présents en Egypte étaient occupés sur le terrain à nouer des contacts et à aider les mouvements susceptibles de participer à une évolution pacifique du régime. Que pouvait-il faire de plus ? Qu’aurait-il dût faire de plus ? Envoyer ses marines déposer Moubarak ? On imagine les réactions indignées de ceux qui chipotent aujourd’hui sur la prétendue réserve américaine.

Contrairement à ce qu’on nous répète – peut-être pour se rassurer sur l’impuissance française dans la région, bien réelle – la politique américaine a sans doute été la plus adaptée à la situation. Le soutien officiel de Wahington aux forces démocratiques est un investissement à long terme. Les Américains n’en recueilleront pas les fruits tout de suite mais on citera encore ses premières déclarations dans des années – à moins, bien sûr, que le printemps arabe tourne à la glaciation : « Remember : nous étions à vos côtés quand vous étiez massés place Tahrir ! » Le président Obama a été à la hauteur de l’événement même s’il ne l’a pas organisé. Ce n’est pas si mal.

Au Nord, y’a les casinos…

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Eh non, le Nord n’est pas seulement la terre des corons, de la moule frite, de la bière et des beffrois. C’est aussi une terre de casinos. La preuve, on les braque. Après celui de Lille en novembre, c’est celui de Saint Amand les Eaux qui a été attaqué dans la nuit du dimanche 6 au lundi 7 février et enfin, les braqueurs ayant battu le tapis vert pendant qu’il était chaud, ils s’en prenaient dès la nuit suivante celui de Dunkerque où d’ailleurs plusieurs d’entre eux se sont faits arrêter par la police.

Bon, en même temps, il ne faut pas rêver. A Lille, les braqueurs ont ramené 20 000 euros et à Saint Amand 100 000. A peine de quoi amuser le tapis pour un joueur de baccarat moyen à Monte-Carlo ou à Deauville. En même temps, à quoi vouliez vous vous attendre dans un département qui est parmi les plus pauvres de France avec plus de 120 000 allocataires du RSA et 13% de chômeurs ? Sûrement pas à un remake de Goldfinger ? Ni même, hélas, à celui de celui de Robin des Bois

Une école n’est pas un spa

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Après l’école lieu de vie, voici l’école du bien-vivre, du repos, du cocooning, du chez soi à l’école, bref voici venu le temps de l’école du bien-être. Exit donc l’école de l’apprentissage, de l’enseignement, de la transmission, exit l’école de l’effort.

En reprenant les conclusions du rapport remis par le comité de pilotage de la Conférence nationale sur les rythmes scolaires, le ministre de l’Education a souligné sur les antennes de France Info, que le temps scolaire devait être organisé autrement parce que c’est « le bien-être de l’enfant » qui en dépend.
Ah, « le bien-être de l’enfant » ! À entendre Luc Châtel, on aurait cru qu’il parlait du dernier spa à la mode. Détente, repos, bien-être sont les nouveaux services à la carte que l’école, cette pépinière maternante, doit offrir à l’enfant-roi. Parce que, vous comprenez, pour l’Education nationale, l’enfant n’est pas un être débordant d’énergie qui récupère à une vitesse grand V. Non, l’enfant est être vieillissant, qui est tellement fatigué par les rythmes de la vie moderne qu’il a du mal à ingurgiter les bribes de notions grammaticales balancées au détour d’un cours d’informatique.

Mais revenons donc au sacro-saint bien-être. Érigé en ultime critère pour juger de l’efficacité de l’aménagement des rythmes scolaires, « le bien-être de l’enfant » est la priorité des priorités. Rien n’importe plus que de ménager la santé et les neurones de nos chères têtes blondes !

D’après ce rapport, une journée idéale à l’école est « une journée moins lourde qui alterne suffisamment les activités pour respecter les biorythmes de l’enfant et éviter la fatigue ».
Ici, il faut donc parler d’enfant et non d’élève, comme si les élèves à instruire n’existaient plus, comme s’il n’y avait que des enfants à ne pas trop surmener et surtout à ne jamais sermonner.

Ce n’est plus l’élève et le souci de son instruction qui préoccupent l’école aujourd’hui, mais l’enfant et ses besoins biologiques. Ce serait par rapport aux impératifs de ses « rythmes biologiques et biopsychologiques » et non plus en fonction de la nature de la discipline enseignée, comprise d’ailleurs comme des activités à pratiquer et non plus comme des connaissances à transmettre, que la répartition des heures de classe se déterminerait.
Le temps où l’élève devait s’adapter à l’école et à ses exigences de savoir et de discipline est révolu. Aujourd’hui, c’est à l’école de s’adapter au rythme de l’enfant. Imaginez donc 25 lits pour 25 élèves et une sieste de 15 minutes toutes les deux heures !

On prétexte qu’un enfant fatigué est un élève qui apprend mal. Mais est-ce le rôle de l’école de se soucier du processus biologique de l’enfant ? Ne revient-il pas aux parents de faire en sorte que leur enfant arrive frais et dispo à l’école ? Et un enfant fatigué à 7 ans, n’est-il pas un vieillard avant l’âge ? Comment faisaient les générations de nos parents et de nos grands-parents qui, eux aussi, ont été des enfants, n’avaient ni les vacances de la Toussaint, ni les vacances de février et supportaient, de surcroît, des journées bien longues ? En tout cas, s’il y avait eu un classement PISA[1. Le Programme International pour le suivi des acquis des élèves est réalisé par l’OCDE. Le 7 décembre 2010, Luc Châtel a communiqué les résultats déplorables de la France pour l’année 2009] à leur époque, l’école française n’aurait jamais été classée à ce lamentable 22ième rang !

En vérité, il est étrange de ressasser que les élèves sont stressés et fatigués alors qu’ils n’ont plus raisons de l’être, alors que l’Education nationale a tout fait pour rendre l’école attractive avec ses méthodes d’apprentissages ludiques et ses « itinéraires de découverte », où les connaissances ne sont plus enseignées lors d’un cours magistral, puis apprises par des laborieux exercices de répétition et de mémorisation, mais tout simplement découvertes par l’élève lui-même. Cette autonomisation du savoir, soit dit en passant, pompe plus d’énergie que sa réception passive !

Mais parlons-en, des rythmes scolaires ! Le faible nombre d’heures consacrées à l’apprentissage des fondamentaux, le passage de 15 heures de français dans les années 1960 à 9 heures aujourd’hui ne sont-ils pas responsables du fait que 15% des écoliers ne savent pas lire du tout à leur arrivée en 6ième et que 40% ont de graves lacunes[2. Chiffres de novembre 2010] ? La vérité est que le changement des méthodes d’enseignement est aux racines de l’illettrisme et des fractures sociales qui minent la société aujourd’hui.

Le réaménagement des rythmes scolaires supposément favorable au « bien-être de l’enfant » serait donc la formule magique pour lutter contre l’échec scolaire. Quelle vaste hypocrisie !
Pas question de réduire ou d’éliminer les vacances intermédiaires pour mieux étaler le temps scolaire : elles sont bien trop juteuses pour les professionnels du tourisme et bien trop précieuses pour les enseignants. L’alternance entre sept semaines de classe et deux semaines de vacances[3. Les vacances d’été seraient raccourcies et les vacances de la Toussaint passeraient de 10 à 15 jours] arrange tout le monde, profs syndiqués, parents en RTT et enfants fatigués.

Mais l’élève, lui, y trouve-t-il son compte ? Où est donc le véritable intérêt de l’élève devant une année encore davantage saucissonnée, lorsqu’on sait combien il lui est difficile de se remettre dans le bain après une coupure de deux semaines et qu’une bonne concentration se fait sur le long terme ? Derrière le « bien-être de l’enfant », les intérêts économiques sont bichonnés au détriment du savoir qui se délite encore plus.

Le débat sur les rythmes scolaires ne fait donc que détourner l’attention des causes véritables de l’échec scolaire et de la panne de l’école comme moteur de l’intégration. (Faut-il rappeler que la maîtrise d’une langue commune est essentielle pour fédérer un peuple ?)

Le XXIème siècle progressiste pointe « la fatigue de l’enfant » pour mieux mettre au placard de la ringardise la notion d’effort, et promeut l’école du bien-être pour mieux faire oublier l’école du savoir, l’école républicaine, l’école des citoyens éclairés.

Souvenirs orduriers du Big Bang

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Au début, comment dire, c’était chaud et dense, si tu veux… On entendait rien de spécial. Les trous noirs, pénards, reluquaient les microquasars et les trouvaient franchement binaires, entre nous. Leur calvitie pépère ne se laissait pas émouvoir par les collisions entre deux branes à la con et sans membre, fût-il ekpyrotique. La nucléosynthèse primordiale, eux, ils en avaient rien à secouer. Le corps de Schwarzschild remuait à peine : il avait, comme qui dirait, les astres occlus. On attendait le moment cinétique : tout le monde s’emmerdait dru. Et en plus, il pleuvait sur les ergorégions. Ça se dilatait parfois vers le rouge et on avait franchement l’impression de perdre son temps.[access capability= »lire_inedits »]

Et puis soudain, on a tous pété un boulon à six pans creux. On en avait tous ras la nouille de la censure cosmique : c’était pesant. On a sifflé un ballon de lithium, le patron nous a remis ça à l’hélium. Il faisait une chaleur pas possible, on puait des aisselles à plusieurs encablures. La densité de photons et de baryons était à peine croyable. Mais pour tout dire, ça nous dilatait l’électron sans nous remuer vraiment le positron.

Le fond cosmologique de neutrinos était pas beau à voir non plus. Ils étaient pas brillants, les neutrinos. Lorsque le thermomètre a indiqué 1 mégaélectronvolt, ces raclures se sont soudain mises à se découpler sans raison, ce qui valait quand même toujours mieux qu’un accouplement. Y’avait de l’annihilation dans l’air et les positrons en menaient pas large. Les neutrinos en venaient à douter de leur propre existence, et y z’avaient pas tort… Faut dire qu’ils avaient forcé sur l’anisotropie. Nous redoutions tous le spectre continu de la désintégration bêta. On a pas été déçu.

On a entendu comme un crissement glaireux, un froissement constant et épileptique des nanosecondes. C’est alors que le trou noir primordial où on créchait nous autres s’est dévissé la rate et les vertèbres comme un vieux bidet qui renâcle. Après, il a carrément retroussé ses poumons de néant, inventant leur envers dans un vomissement, un arrachement insoutenable et soudain de la plèvre de tout. Dégueulis de protons et d’épilotrons à la charnière sanieuse du vivant. Fission de fission de pute ! Le trou noir d’où qu’on vient a retroussé sa poche à néant, il a avalé son cul dans son cul dans son cul et encore, jusqu’à l’annulation dernière du tout dernier trou de balle par un retournement imprévu de la situation. Avec un crissement de verre, le végétal s’est subitement arraché au minéral, et on arrivait pas trop à y croire. Faut dire, sur le coup, ça nous a tous fait reprendre du poil de l’anté-bête. À peine un peu plus tard a commencé la gloire du royaume, une pluie pas croyable de grâce et de désastres et cette putain d’épidémie de langage et de temps.[/access]