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Thomas et Bernard

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Les critiques de Causeur ont le nez creux. Notre ami Thomas Morales, auteur par ailleurs d’un excellent essai sur la voiture comme témoin et révélateur de notre histoire nationale, Mythologies automobiles (L’Editeur) a dit récemment dans nos colonnes, tout le bien qu’il pensait du dernier roman de Bernard Chapuis, Onze ans avec Lou, paru chez Stock. Cette histoire, retraçant à travers le regard d’un petit garçon, les contradictions et les malaises d’une rêveuse bourgeoisie dans les beaux quartier de l’Ouest Parisien durant les années cinquante vient de recevoir le prix Jean-Freustié 2012.

Le prix Jean-Freustié est remis depuis 1987 et porte le nom de l’écrivain médecin décédé en 1983 à qui on doit quelques chefs d’œuvre trop peu lus aujourd’hui comme Isabelle ou l’Arrière saison (prix Renaudot 1970). Egalement critique au Nouvel Observateur, Freustié avait été l’ami de Paul Morand comme de Bernard Frank et montrait une absence totale de préjugés quand il s’agissait de parler de littérature, se fiant aux seules impulsions de son goût. C’est d’ailleurs la même liberté qui a souvent guidé le jury du prix dont les membres n’ont pas hésité à couronner par le passé des écrivains aussi différents que Gérard Guégan, Philippe Djian, Edouard Limonov ou encore notre ami François Taillandier.

Faut qu’ça saigne

Il n’aime pas la viande. Question de sensiblerie ? Même pas. Pour Franz-Olivier Giesbert, c’est une question quasi métaphysique, témoignant d’un rapport au monde où l’homme n’est, selon la formule de Pascal, qu’ « un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant ». Dans son dernier livre, très personnel, Dieu, ma mère et moi, le patron du Point consacre quelques belles pages aux animaux et à la consommation de leur chair. Disciple scrupuleux d’Elisabeth de Fontenay et de saint François d’Assise réunis, il critique évidemment Descartes et la théorie des animaux-machines, selon laquelle les bêtes dépourvues de conscience et de pensée ne souffriraient pas – thèse balayée très tôt par Gassendi. Il cite Adorno qui écrit dans Minima Moralia : « L’obstination avec laquelle l’homme repousse ce regard – “ce n’est qu’un animal” – réapparaît irrésistiblement dans les cruautés commises sur les hommes dont les auteurs doivent constamment se confirmer que ce n’est qu’un animal », suivi d’un Isaac Bashevis Singer qui, dans Ennemies, met en scène un rescapé des camps qui professe que « ce que les nazis avaient fait aux Juifs, l’homme le faisait à l’animal ».[access capability= »lire_inedits »]

Ce genre de comparaison nous semble déplacé, pour ne pas dire scandaleux. Pour autant, Giesbert pose de bonnes questions : jamais les sociétés développées n’auront consommé autant de viande. L’homme qui, pour s’en procurer, avait pris l’habitude depuis trente mille ans de se faire chasseur ou de domestiquer du bétail pour sa propre consommation, a industrialisé la production carnée après la Seconde Guerre mondiale. Stabulations, batteries, taylorisme appliqué à l’étourdissement, à l’abattage, au dépeçage des bestiaux. Boris Vian a mis en musique notre époque servie par de Joyeux bouchers : « Faut qu’ça saigne / Faut qu’les gens aient à bouffer / Faut qu’les gros puissent se goinfrer / Faut qu’les petits puissent engraisser / Faut qu’ça saigne… »

« Et je ne parle pas, écrit Giesbert, de l’abattage rituel où la bêtise le dispute à l’ignominie, quand on refuse d’étourdir ou d’anesthésier l’animal avant de le saigner, pour s’assurer qu’il souffrira davantage, au nom de Dieu, de ses prétendues lois et de ses douteux plaisirs. Mâcher pareilles viandes, c’est mâcher de la douleur à l’état pur. Une vache saignée met une vingtaine de minutes à mourir, bien plus que le gibier chassé ou le taureau dans l’arène qui au moins a eu sa chance, même si elle était faible. »
Mais le gros du problème tient-il seulement à ces « traditions » critiquées par François Fillon et Franz-Olivier Giesbert ? Ne réside-t-il pas simplement dans l’irruption très récente dans l’histoire humaine d’une consommation carnée qui jamais n’a été aussi élevée ? Ce soir, promis, c’est salade.[/access]
 

Franz-Olivier Giesbert, Dieu, ma mère et moi, Gallimard, 2012.

Alain Delon va bien, Claude Miller est mort

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« Je vais bien, très bien, rassurez-vous. Et cessez de dire n’importe quoi!». Voilà ce qu’a voulu signifier Alain Delon, 76 ans , jeudi matin, à peine sorti de l’Hôpital américain, à Neuilly, après avoir subi une légère intervention destinée à corriger son arythmie cardiaque.
Mais rien ne va plus pour Claude Miller, dont on a annoncé la mort, le même jour. Miller, excellent cinéaste, inscrit dans la tradition du cinéma français « de qualité », autrefois honni par François Truffaut, plaçait dans ses films, souvent, un trait de pessimisme, voire de cruauté, qui leur donnait un vrai relief. Claude Miller aurait sans doute pu offrir à Delon un rôle aussi fort que celui de Michel Serrault, dans Garde à vue. Cela ne se fera pas.

Delon, contrairement à ce que vont répétant les imbéciles, est un homme qui n’aime rien tant qu’admirer ses pairs. il aurait volontiers tourné un petit rôle auprès de Marlon Brando, pour le bonheur de l’accompagner. il a toujours proclamé sa fierté d’avoir joué sous la direction de Jean-Pierre Melville, Joseph Losey, Alain Cavalier, Louis Malle, Luchino Visconti, Jean-Luc Godard, René Clément, Bertrand Blier, et d’avoir donné la réplique à Jean Gabin, Lino Ventura, Burt Lancaster, Maurice Ronet… Il est vrai que, par la suite, son affaire se compliqua quelque peu ; si l’on regrette l’insuccès de l’excellent Retour de Casanova (Edouard Niermans), ou oublie volontiers L’Ours en peluche ainsi que Le jour et la nuit.

Il est sans emploi digne de lui, depuis plusieurs années. Quel scénariste, quel metteur en scène, quel producteur s’uniront pour lui donner le dernier grand rôle de son crépuscule ? Delon, c’était hier. Et aujourd’hui, qui donc est « bancable » ? En France, Michaël Youn, Jean Reno, Franck Dubosc ! En Amérique, Justin Timberlake : l’allure et l’arrogance d’un type qui vient de placer un crédit subprime à une famille surendettée : rien de mystérieux, le corps plat, habillé et conseillé par un gourou hollywoodien de la psychologie et de la diététique réunies. Timberlake, des petits yeux, une bouche étroite, des lèvres courtes, qui le font vaguement ressembler à Dechavanne jeune. Voilà nos « stars » ! Hier, le samouraï, aujourd’hui, un trader. Et demain ?

Sciences Po : qui a peur de Marine Le Pen ?

Comme en 2007, et malgré le contexte agité qui secoue actuellement l’institution, Sciences Po Paris a accueilli le Forum Elle pour la femme qui donne la parole à tous les candidats. Et comme son père en 2007, Le Pen (Marine) a été accueillie sous les huées d’étudiants bien intentionnés. En montrant des affiches « I’m Muslim Don’t Panik » (sic) et en scandant l’éternel slogan « Nous sommes tous des enfants d’immigrés », quelques dizaines de pipoteurs ont eu droit à leur quart d’heure de célébrité warholien.

Ne nous éternisons pas sur l’invasion de la tribune en pleine intervention de la candidate frontiste par des groupes « anti-négrophobie » ou le collectif « La Barbe » (qui singe le MLF en habillant ses militantes de postiches…). Passons sur les quelques hourras d’encouragement qui ont pu ponctuer l’allocution de la peste blonde. Ne nous attardons même pas sur les positions marinistes quant à « l’avortement de confort » ou la parité hommes-femmes.

Concentrons-nous sur la technique adoptée par les adversaires revendiqués de Marine Le Pen pour lesquels elle représente une menace à l’encontre de la démocratie, des libertés, des droits de la femme[1. On notera avec amusement que lors de ce même forum, pas une féministe n’a tenté de couper le micro de François Bayrou quand il a réitéré son soutien aux créneaux non-mixtes dans les piscines publiques au nom de la lutte contre la stigmatisation … des femmes obèses !], etc.

Leur analyse – certes très contestable- leur appartient et il serait malvenu de leur dénier le sacrosaint droit à se forger une opinion – a fortiori dans un Institut d’Etudes Politiques ! Mais mettons-nous de leur point de vue. Sachant qu’au moins 10% des Français, pour prendre la fourchette basse des sondages, envisagent de voter FN à la présidentielle et que Sciences Po ne représente pas vraiment l’échantillon-type du corps électoral, une stratégie plus subtile aurait peut-être été de mise.

La réponse téléphonée de Marine Le Pen (« nous sommes tous des enfants de bourgeois ») à ses contradicteurs a beau être caricaturale, elle traduit la perception d’une majorité de Français, y compris celle de méchants électeurs « populistes » du Front de gauche ! En refusant a priori de lui répliquer sur le fond (une tactique autrement plus difficile et laborieuse, j’en conviens..), ces braves étudiants expriment la maladie infantile de l’antifascisme : en faire trop pour la gloriole et se faire plaisir devant les caméras sans aucun impact sur les brebis égarées qu’on entend remettre dans le droit chemin.

Bref, lorsqu’antifascisme virtuel rime avec onanisme intellectuel, la science politique n’est pas franchement à la fête….

Foucault goes to Beijing

En cette période de vaches maigres pour les exportations françaises, peut-être faut-il s’en réjouir : la French Theory triomphe en Chine ! Sa contribution en devises est certes limitée, mais il n’y a pas que l’argent qui compte dans la vie. Pour l’ego national, soumis à dure épreuve ces derniers temps, l’écho que rencontre l’intelligence française, notamment à travers l’œuvre de Michel Foucault, dans le monde intellectuel chinois et, de façon plus surprenante, dans la pensée officielle, ne laisse pas d’être réconfortant.
Les rabat-joie ne manqueront pas de remarquer que cette French Theory, comme son nom l’indique, est assez peu française – c’est généralement en langue anglaise que Foucault est lu à Pékin. Ce sont là les aléas de la mondialisation. Il n’y aurait que matière à se réjouir pour le rayonnement culturel de notre pays si l’œuvre de Michel Foucault n’était pas soumise à une lecture adaptée aux « caractéristiques chinoises » qui en révèle des aspects inquiétants – et éventuellement dommageables à notre rayonnement culturel.[access capability= »lire_inedits »]

Il faut préciser que les intellectuels qui fréquentent les salons chics de la nouvelle Chine, où ils se tiennent au courant de ce qui se fait de plus avancé dans la pensée occidentale, sont également ceux qui sont influents dans les cercles du pouvoir. Adoubé depuis longtemps par le courant le plus critique du monde universitaire américain[1. « Critique » signifie en l’occurrence critique des États-Unis, car les mêmes sont souvent d’une complaisance stupéfiante à l’égard des gouvernements des « pays émergents », Chine en tête.], Foucault a été intégré à la panoplie que des chercheurs s’efforcent de vendre au Parti communiste pour lui permettre de développer le soft power de la Chine sur la scène mondiale, tout en luttant contre l’occidentalisation du pays.

Dans les années 2000, on espérait à Pékin que la puissance économique du pays se traduirait mécaniquement en influence culturelle. L’effort consenti par l’État, avec la création des Institut Confucius à l’étranger ou le financement de blockbusters, devait permettre à une culture assise sur la mythologie de « cinq mille ans d’histoire » d’obtenir le rayonnement qu’elle mérite jusqu’à détrôner Hollywood et, a fortiori, Bollywood. En 2004, le président Hu Jintao, enivré le projet d’« émergence pacifique » de la Chine, déclarait que la culture chinoise était bonne pour les Chinois, comme pour le reste du monde.

Aujourd’hui on déchante à Pékin. Les blockbusters subventionnés font des flops, et si les Institut Confucius ne désemplissent pas, ils n’attirent guère de sympathie au régime. Hu Jintao, qui s’apprête à prendre une retraite méritée, a récemment lancé une diatribe contre les « forces hostiles » qui cherchent à « occidentaliser » et à « diviser » la Chine avant d’entamer un vigoureux plaidoyer pour la défense de la « culture socialiste » chinoise. Ce discours musclé, assez inhabituel dans la bouche d’un leader qui a tout fait au cours de ses dix ans au pouvoir en Chine pour ne heurter personne (au moins en paroles), a de quoi inquiéter ceux qui scrutent la transition en cours.

La « Nouvelle Gauche », qui conjugue néo-maoïsme victimaire et nationalisme virulent pour taper à bras raccourcis sur l’Occident, trouve dans la pensée de Foucault des instruments permettant à la fois de « déconstruire » la puissance culturelle occidentale dominante et d’élaborer, sur les ruines de la Révolution culturelle et de trente ans de capitalisme d’État qui ont éradiqué la tradition et démonétisé la rhétorique marxiste, un discours de légitimation d’un régime dont la seule ambition est sa propre pérennité.

Dans sa définition du soft power, Joseph Nye met l’accent sur l’assentiment des peuples à des valeurs véhiculées par des systèmes politiques attractifs. Pour les Chinois, cette conception de la propagande politique est un peu trop… soft. En dévoilant le caractère arbitraire des constructions culturelles, Foucault met au jour un dispositif politique global dans lequel le langage façonne la réalité, privant les individus de toute liberté réelle. Ce qui intéresse le pouvoir chinois dans cette affaire, c’est la mise entre parenthèse de la réalité (de l’oppression par exemple), recouverte par un discours qui l’occulte tout en la justifiant. À partir du moment où tout régime politique est un système de domination qui s’appuie sur un monopole du discours, alors peu importent les formes politiques concrètes : anything goes, comme on dit en bon chinois, et la démocratie n’est qu’un système de domination parmi d’autres, tout comme l’autocratie chinoise. En clair, le succès de Foucault dans les cercles dirigeants chinois est un profond nihilisme intellectuel.

Wei Aoyu, un philosophe chinois installé en France, a été le premier à remarquer, dès 2001, l’étrange destin de la French Theory passée à la moulinette chinoise, qu’il attribuait à « la capacité hautement performante des pouvoirs […] chinois de récupérer et de détourner des pensées subversives ». Mais on ne saurait exclure que, dans son mépris de la question classique du « bon régime », la French Theory ouvre la voie au relativisme qui permet, selon les termes de Wei Aoyu, de transformer une « théorie anti-pouvoir » en théorie du pouvoir. Aussi redoutable soit le fatras des gender studies et autres cultural studies qui occupe une partie de la recherche française, il n’est peut-être pas la partie la plus nocive de la postérité de la French Theory.[/access]
 

Le sextoy peut-il être éthique ?

Jamais en retard d’une innovation high-tech, Libération nous apprend qu’il existe « des godemichés bio pour respecter les animaux ». Non, ceci ce n’est pas une incitation à la zoophilie mais la dernière trouvaille de l’industrie verte pour pratiquer des cochoncetés en gardant la conscience (écolo) tranquille. Surfant sur la mode du « vegan », qui connaît un grand succès outre-Manche, un sex-shop berlinois multiplie les offres commerciales garanties sans matière animale ni test sur la faune.

Les autres détails se passent de commentaires : « Les fouets vendus dans ce magasin du quartier turc et alternatif de Kreuzberg, à Berlin, ne sont pas en cuir, mais en matériaux recyclés, le plus souvent des pneus de vélo ». Ah si, on relèvera le credo démondialisateur de la patronne des lieux : « Aux sex-toys en plastique fabriqués dans les usines chinoises, les clients de Mme Schindler et de son associée canadienne préfèrent les vibromasseurs de petite production locale. » explique la probable future adhérente de La Rose et le Réséda. « C’est une niche » conclut le plus sérieusement du monde la sémillante chef d’entreprise de 31 ans, percée et tatouée mais non moins végétarienne.

On imagine que si ce genre de novation se généralise dans les milieux libertins, cela conduira à un divorce entre les adeptes du cuir et ceux du latex, qui jusque là entretenaient des rapports cordiaux – et plus si entente.

Bayrou à Matignon ?

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Bayrou premier ministre de Nicolas Sarkozy après sa réélection ? Pour Jean-Pierre Raffarin, démineur en chef de l’UMP, « s’il y a accord politique » avec le centriste et si celui-ci contribue d’une manière décisive à la victoire – ce qui traduit du patois raffarinien veut dire « s’il appelle à voter Sarkozy au deuxième tour, et pas du bout des lèvres » – l’hypothèse est tout à fait envisageable, voire souhaitable.

Ce ballon d’essai, déjà lâché il y a une dizaine de jours par Valérie Pécresse, a immédiatement déclenché un tir nourri de Jean-François Copé, qui a rappelé sur le plateau de LCI que, selon la tradition de la Cinquième République « le président nouvellement élu, généralement, choisit le Premier ministre issu de la famille la plus importante de l’Assemblée nationale ». Bientôt Copé, nous expliquera carrément que dans une Cinquième République déringardisée, la tradition veut que le président demande au secrétaire général du parti le plus puissant de sa majorité s’il veut bien occuper l’Hôtel Matignon…

Au-delà des calculs politiciens – on sait bien que le report des voix centristes jouera un rôle capital au second tour- et des paradoxes arithmétiques cocasses (on sent déjà que les 10 % du Bayrou de 2012 vaudront plus cher que ses 17 % de 2007), la possibilité que dans l’entre-deux tours Matignon soit négocié en échange du soutien d’un parti politique démontre, pour ceux qui en doutaient, que l’actuelle république n’a plus de cinquième que le nom.

L’idée que Matignon devienne une forteresse occupée par un baron indépendant ne devant qu’hommage formel au suzerain du Château va radicalement à l’encontre de l’esprit même du régime actuel. Les cohabitations ont déjà mis à rude épreuve la logique de nos institutions et le passage du septennat au quinquennat a rendu ce phénomène un peu moins probable. Le ras-le-bol général et le manque d’enthousiasme que suscitent les candidats risquent de contredire la tradition qui veut que ceux qui ont voté pour un président lui donnent une majorité parlementaire quelques semaines plus tard. A une époque où les citoyens ont plutôt envie de s’abstenir ou de jouer des tours à leurs dirigeants, il est hasardeux de compter sur le « bon sens » des Français.

Céder Matignon à un allié politique de circonstance et par définition volatile, ce serait installer une sorte de « cohabitation perpétuelle » entre un président élu au suffrage universel et un premier ministre qu’on ne peut virer sans risquer de perdre le soutien de l’Assemblée. Pas besoin de voter Mélenchon si vous ne voulez plus entendre parler de la Cinquième République : dans les faits, elle risque fort de ne pas passer l’été…

Fenêtre sur Cour

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Le nouveau film de Benoît Jacquot nous conte la relation de la reine Marie-Antoinette avec sa lectrice, Sidonie Laborde, une orpheline instruite et cultivée. L’action se déroule pendant quatre jours à la cour de Versailles du 13 au 16 juillet 1789, au moment où des événements dramatiques sans précèdent secouent le royaume de France. Sidonie Laborde est chargée de lire à la reine des pages de littérature, mais aussi de la servir de quelque manière que ce soit, en réalisant une broderie, en écoutant ses confidences amoureuses ou politiques. Approchant chaque jour l’intimité des souverains, Sidonie entre dans les secrets d’amour et d’Etat de la cour. Vouant un amour fidèle et un dévouement sans faille à sa maitresse, Sidonie va se plier à son désir le plus impitoyable : jouer le rôle de la duchesse de Polignac, l’amante de la reine, dans la fuite organisée des époux Polignac, eux-mêmes déguisés en valets, pour la Suisse.

Servi par une troupe de comédiens et surtout de comédiennes de haut vol, Diane Kruger (Marie-Antoinette), Léa Seydoux (Sidonie Laborde), Virginie Ledoyen (Gabrielle de Polignac), Noémie Lovsky (Madame Campan) ou encore Xavier Beauvois (Louis XVI), Benoît Jacquot nous montre la souffrance d’une reine, la solitude du pouvoir, la peur de l’aristocratie, alors que gronde aux murs du palais la révolution des gueux et des sans-culottes dirigée par la bourgeoisie avide de prendre le pouvoir. Le 15 juillet au matin, la rumeur enfle : la prison de la Bastille est tombée aux mains du peuple, des têtes on été coupées, l’effroi commence à gagner la cour, une liste de 286 noms de nobles à décapiter circule.

Au détour des couloirs, à l’aune des conversations entendues par Sidonie, nous comprenons la panique qui s’empare de la cour devant les menaces imminentes de la mort, la propagation des idées révolutionnaires, les lâches retournements politiques de certains, les fuites à l’étranger d’une partie de la noblesse. Les Adieux à la Reine dresse un amer et effrayant portrait d’une France où la cour vivait dans la frivolité et l’opulence inconsciente au moment où le pays et son peuple vivaient dans la pauvreté. Le Roi prenant conscience de la gravité de la situation se rend à Paris au grand désespoir de la Reine qui souhaitait fuir pour Metz. On pressent dans la détresse des nobles et de leurs serviteurs l’imminence de l’effondrement d’un monde et la fureur barbare qui va advenir. La chute de la monarchie est vue au travers du regard de Sidonie qui est littéralement folle d’amour et de dévouement pour sa souveraine. Maîtresses et servantes sont somptueusement filmées par le cinéaste qui montre à la fois la puissance du désir qui circule, la volupté des corps et la souffrance des femmes à la cour.

Le film est une ode au dévouement féminin, bien souvent d’ordre amoureux et érotique. Les scènes entre Marie-Antoinette, La duchesse de Polignac et Sidonie la lectrice sont d’une très grande sensualité. Le dénouement, impérial, nous révèle jusqu’où ce dévouement sans limite peut conduire. Cadre rigoureux, lumière sophistiquée et oppressante font de cette œuvre adaptée du roman de Chantal Thomas une superbe réussite.

Tunisie : pas de printemps pour Jabeur Mejri et Ghazi Béji

Jabeur Mejri et Ghazi Béji ont tous deux 28 ans. Ils sont Tunisiens et athées. Pour cette raison, ils viennent d’être condamnés à sept ans et demi de prison ferme par le tribunal de Mahdia, peines assorties d’une amende de 1200 dinars.

Cinq ans pour trouble à l’ordre public et transgression de la morale, deux pour avoir porté préjudice aux tiers à travers les réseaux publics de communication, et six mois pour transgression de la morale : c’est la sanction qui s’est abattue sur ces deux jeunes blogueurs coupables d’avoir publié des écrits anti-islamiques et des photographies caricaturant le Prophète en pédophile.

Avant que plusieurs plaintes ne conduisent à une enquête de police à leur encontre, les deux amis ont essuyé des licenciements abusifs, des insultes et des menaces. Jabeur a été arrêté et emprisonné à Mahdia. Ghazi s’est enfui En ce moment même, il survit clandestinement dans un pays d’Europe qu’il a gagné à la nage après, selon ses dires, avoir demandé protection au bureau de l’ONU pour les réfugiés en Algérie. Et avoir simplement été interrogé sur les raisons pour lesquelles il a commis ce brûlot. Ecrite et publiée après la révolution, sa nouvelle intitulée « L’illusion de l’islam » lui a valu le 12 mars le procès-verbal suivant : « Doute de l’existence de Dieu, doute de l’existence d’une religion nommée Islam, doute de l’existence du Prophète Mohamed (QSSL) avec justificatifs du doute comme y insiste l’auteur ».

Selon Le Courrier de l’Atlas, « les lois en vertu desquelles les jeunes internautes ont été jugés n’étaient que rarement appliquées dans l’ère Ben Ali, essentiellement dans les procès d’opposants politiques ».

Mélenchon vu du PS : vieux pote ou Pol Pot ?

Mélenchon est notre meilleur ami. Voilà ce qu’on répète en chœur au Parti socialiste. En faisant mine de ne pas s’inquiéter de la montée du tribun rouge dans les sondages. Au contraire, il paraît même que le leader du parti de gauche est un aspirateur à voix frontistes, populaires et abstentionnistes. Qu’il cimente le socle de gauche qui verra triompher la social-démocratie normale, comme le candidat du même métal, dès le 6 mai prochain.
Voilà pour la jolie fable pour enfants. Mais les ennuis commencent à être indexés sur la courbe de popularité de camarade Jean-Luc.

Ça craque chez Gérard Collomb, le député maire de Lyon qui entonne le chant des communiss et leurs alliés qui ont tué des millions de gens dans Le Figaro le 29 mars : « Le modèle qu’il défend, on l’a essayé en URSS, au Cambodge, ça ne marche pas. » « Son programme n’est pas fait pour être appliqué mais pour frapper les esprits », poursuit le maire de Lyon. La réaction de Mélenchon on s’en doute , ne s’est pas fait attendre « Me comparer à Pol Pot est une nouveauté dans l’infamie que je ne suis pas prêt d’oublier (…) J’attends le socialiste qui inviterait Collomb à réserver ses coups à l’extrême droite ».
Après Collomb et ses exagérations -peu respectueuses, disons-le au passage, des vraies victimes du vrai génocide cambodgien, le PS a délégué Arnaud Montebourg. pour approcher, flatter et finalement tacler le candidat du Front de gauche. Résultat, le député de Saône et Loire qualifie JLM de « Georges Marchais des temps modernes », en saluant son verbe et ses sorties. Mais appelle à voter Hollande dès le premier tour, rappelant perfidement que si en 1981 Marchais avait devancé Mitterrand au soir du premier tour, Giscard aurait été réélu dans un fauteuil quinze jours plus tard.

Bref, à gauche les coups bas entretiennent l’amitié, d’autant que Mélenchon ne se prive pas, lui non plus, de pourrir ses ex-camarades de parti : ici, il parle « d’un gouvernement Hollandréou » où il n’aura pas sa place. Là, il dénonce le programme du candidat PS, accusé d’être aligné sur celui de Sarkozy en matière d’Europe, de dette ou de retraite à 60 ans.

Non, Mélenchon n’oubliera rien et si ça se trouve, n’aura rien en dépit de son bon score. Voilà Hollande coincé entre des concessions au Front de gauche et des yeux doux aux centristes qui pourraient voter pour lui contre Sarkozy. Comment concilier les deux ?

D’un côté le candidat qui a « un ennemi, la finance » et veut taxer les millions à 75%. De l’autre, celui qui veut lutter contre les déficits, éventuellement renégocier le Mécanisme Européen de Stabilité et ne veut pas effaroucher les marchés. Sans compter que les Verts d’Europe Ecologie ont déjà dealé avec le PS 20 sièges de députés. Clause non assortie d’une revoyure en cas de crash à la présidentielle. Le Front de gauche n’en est pas là, mais son appétit grandit.

Outre ces problèmes de boutiquiers d’Assemblée Nationale, comment imaginer gouverner sans le troisième homme ? Comme dit un socialiste : « On pensait avoir fait taire Hamon et Aubry et les gauchistes du PS, on se retrouve avec un gauchiste de l’extérieur qui vient de chez nous. »

Dans ces conditions, comment radoucir Mélenchon, qui annonce déjà que rien ne calmera sa fureur révolutionnaire citoyenne ? Offrir quelques ministères à des communistes à qui on souhaite d’avance bien du courage ? Snober le gauchiste au nom de la responsabilité et des devoirs et du sang et des larmes qui s’annoncent ? Rien n’a l’air arrêté, Hollande semble vouloir jouer la fermeté. La preuve, il parle plus fort lors de ses discours. Quitte à se mettre à dos l’ensemble des fonctionnaires territoriaux, bobos des villes, artistes maudits, vieux communistes et profs FSU qui voteront pour Mélenchon le 22 avril. Les ouvriers, de toute façon, voteront Le Pen ou iront taquiner l’ablette et le gardon.

Dernière possibilité, la divine surprise, certains dignitaires du PS suggèrent que ce troisième homme fera peut-être pschitt, ce qui n’est pas à exclure. Et d’attendre que Mélenchon au nom de la lutte contre Sarkozy vienne déposer ses voix, comme un seul homme au soir du premier tour, façon Vercingétorix à Solférino. Même contre rien, sans quoi on lui collerait une affreuse responsabilité historique sur le dos, alors que Philippe Poutou de feu le NPA appelle déjà de facto à voter Hollande le 6 mai. Bref, y’a qu’ à attendre la transformation du tigre révolutionnaire en tribun de salon, décoratif, amusant. Et pas très encombrant.

Thomas et Bernard

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Les critiques de Causeur ont le nez creux. Notre ami Thomas Morales, auteur par ailleurs d’un excellent essai sur la voiture comme témoin et révélateur de notre histoire nationale, Mythologies automobiles (L’Editeur) a dit récemment dans nos colonnes, tout le bien qu’il pensait du dernier roman de Bernard Chapuis, Onze ans avec Lou, paru chez Stock. Cette histoire, retraçant à travers le regard d’un petit garçon, les contradictions et les malaises d’une rêveuse bourgeoisie dans les beaux quartier de l’Ouest Parisien durant les années cinquante vient de recevoir le prix Jean-Freustié 2012.

Le prix Jean-Freustié est remis depuis 1987 et porte le nom de l’écrivain médecin décédé en 1983 à qui on doit quelques chefs d’œuvre trop peu lus aujourd’hui comme Isabelle ou l’Arrière saison (prix Renaudot 1970). Egalement critique au Nouvel Observateur, Freustié avait été l’ami de Paul Morand comme de Bernard Frank et montrait une absence totale de préjugés quand il s’agissait de parler de littérature, se fiant aux seules impulsions de son goût. C’est d’ailleurs la même liberté qui a souvent guidé le jury du prix dont les membres n’ont pas hésité à couronner par le passé des écrivains aussi différents que Gérard Guégan, Philippe Djian, Edouard Limonov ou encore notre ami François Taillandier.

Faut qu’ça saigne

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Il n’aime pas la viande. Question de sensiblerie ? Même pas. Pour Franz-Olivier Giesbert, c’est une question quasi métaphysique, témoignant d’un rapport au monde où l’homme n’est, selon la formule de Pascal, qu’ « un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant ». Dans son dernier livre, très personnel, Dieu, ma mère et moi, le patron du Point consacre quelques belles pages aux animaux et à la consommation de leur chair. Disciple scrupuleux d’Elisabeth de Fontenay et de saint François d’Assise réunis, il critique évidemment Descartes et la théorie des animaux-machines, selon laquelle les bêtes dépourvues de conscience et de pensée ne souffriraient pas – thèse balayée très tôt par Gassendi. Il cite Adorno qui écrit dans Minima Moralia : « L’obstination avec laquelle l’homme repousse ce regard – “ce n’est qu’un animal” – réapparaît irrésistiblement dans les cruautés commises sur les hommes dont les auteurs doivent constamment se confirmer que ce n’est qu’un animal », suivi d’un Isaac Bashevis Singer qui, dans Ennemies, met en scène un rescapé des camps qui professe que « ce que les nazis avaient fait aux Juifs, l’homme le faisait à l’animal ».[access capability= »lire_inedits »]

Ce genre de comparaison nous semble déplacé, pour ne pas dire scandaleux. Pour autant, Giesbert pose de bonnes questions : jamais les sociétés développées n’auront consommé autant de viande. L’homme qui, pour s’en procurer, avait pris l’habitude depuis trente mille ans de se faire chasseur ou de domestiquer du bétail pour sa propre consommation, a industrialisé la production carnée après la Seconde Guerre mondiale. Stabulations, batteries, taylorisme appliqué à l’étourdissement, à l’abattage, au dépeçage des bestiaux. Boris Vian a mis en musique notre époque servie par de Joyeux bouchers : « Faut qu’ça saigne / Faut qu’les gens aient à bouffer / Faut qu’les gros puissent se goinfrer / Faut qu’les petits puissent engraisser / Faut qu’ça saigne… »

« Et je ne parle pas, écrit Giesbert, de l’abattage rituel où la bêtise le dispute à l’ignominie, quand on refuse d’étourdir ou d’anesthésier l’animal avant de le saigner, pour s’assurer qu’il souffrira davantage, au nom de Dieu, de ses prétendues lois et de ses douteux plaisirs. Mâcher pareilles viandes, c’est mâcher de la douleur à l’état pur. Une vache saignée met une vingtaine de minutes à mourir, bien plus que le gibier chassé ou le taureau dans l’arène qui au moins a eu sa chance, même si elle était faible. »
Mais le gros du problème tient-il seulement à ces « traditions » critiquées par François Fillon et Franz-Olivier Giesbert ? Ne réside-t-il pas simplement dans l’irruption très récente dans l’histoire humaine d’une consommation carnée qui jamais n’a été aussi élevée ? Ce soir, promis, c’est salade.[/access]
 

Franz-Olivier Giesbert, Dieu, ma mère et moi, Gallimard, 2012.

Alain Delon va bien, Claude Miller est mort

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« Je vais bien, très bien, rassurez-vous. Et cessez de dire n’importe quoi!». Voilà ce qu’a voulu signifier Alain Delon, 76 ans , jeudi matin, à peine sorti de l’Hôpital américain, à Neuilly, après avoir subi une légère intervention destinée à corriger son arythmie cardiaque.
Mais rien ne va plus pour Claude Miller, dont on a annoncé la mort, le même jour. Miller, excellent cinéaste, inscrit dans la tradition du cinéma français « de qualité », autrefois honni par François Truffaut, plaçait dans ses films, souvent, un trait de pessimisme, voire de cruauté, qui leur donnait un vrai relief. Claude Miller aurait sans doute pu offrir à Delon un rôle aussi fort que celui de Michel Serrault, dans Garde à vue. Cela ne se fera pas.

Delon, contrairement à ce que vont répétant les imbéciles, est un homme qui n’aime rien tant qu’admirer ses pairs. il aurait volontiers tourné un petit rôle auprès de Marlon Brando, pour le bonheur de l’accompagner. il a toujours proclamé sa fierté d’avoir joué sous la direction de Jean-Pierre Melville, Joseph Losey, Alain Cavalier, Louis Malle, Luchino Visconti, Jean-Luc Godard, René Clément, Bertrand Blier, et d’avoir donné la réplique à Jean Gabin, Lino Ventura, Burt Lancaster, Maurice Ronet… Il est vrai que, par la suite, son affaire se compliqua quelque peu ; si l’on regrette l’insuccès de l’excellent Retour de Casanova (Edouard Niermans), ou oublie volontiers L’Ours en peluche ainsi que Le jour et la nuit.

Il est sans emploi digne de lui, depuis plusieurs années. Quel scénariste, quel metteur en scène, quel producteur s’uniront pour lui donner le dernier grand rôle de son crépuscule ? Delon, c’était hier. Et aujourd’hui, qui donc est « bancable » ? En France, Michaël Youn, Jean Reno, Franck Dubosc ! En Amérique, Justin Timberlake : l’allure et l’arrogance d’un type qui vient de placer un crédit subprime à une famille surendettée : rien de mystérieux, le corps plat, habillé et conseillé par un gourou hollywoodien de la psychologie et de la diététique réunies. Timberlake, des petits yeux, une bouche étroite, des lèvres courtes, qui le font vaguement ressembler à Dechavanne jeune. Voilà nos « stars » ! Hier, le samouraï, aujourd’hui, un trader. Et demain ?

Sciences Po : qui a peur de Marine Le Pen ?

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Comme en 2007, et malgré le contexte agité qui secoue actuellement l’institution, Sciences Po Paris a accueilli le Forum Elle pour la femme qui donne la parole à tous les candidats. Et comme son père en 2007, Le Pen (Marine) a été accueillie sous les huées d’étudiants bien intentionnés. En montrant des affiches « I’m Muslim Don’t Panik » (sic) et en scandant l’éternel slogan « Nous sommes tous des enfants d’immigrés », quelques dizaines de pipoteurs ont eu droit à leur quart d’heure de célébrité warholien.

Ne nous éternisons pas sur l’invasion de la tribune en pleine intervention de la candidate frontiste par des groupes « anti-négrophobie » ou le collectif « La Barbe » (qui singe le MLF en habillant ses militantes de postiches…). Passons sur les quelques hourras d’encouragement qui ont pu ponctuer l’allocution de la peste blonde. Ne nous attardons même pas sur les positions marinistes quant à « l’avortement de confort » ou la parité hommes-femmes.

Concentrons-nous sur la technique adoptée par les adversaires revendiqués de Marine Le Pen pour lesquels elle représente une menace à l’encontre de la démocratie, des libertés, des droits de la femme[1. On notera avec amusement que lors de ce même forum, pas une féministe n’a tenté de couper le micro de François Bayrou quand il a réitéré son soutien aux créneaux non-mixtes dans les piscines publiques au nom de la lutte contre la stigmatisation … des femmes obèses !], etc.

Leur analyse – certes très contestable- leur appartient et il serait malvenu de leur dénier le sacrosaint droit à se forger une opinion – a fortiori dans un Institut d’Etudes Politiques ! Mais mettons-nous de leur point de vue. Sachant qu’au moins 10% des Français, pour prendre la fourchette basse des sondages, envisagent de voter FN à la présidentielle et que Sciences Po ne représente pas vraiment l’échantillon-type du corps électoral, une stratégie plus subtile aurait peut-être été de mise.

La réponse téléphonée de Marine Le Pen (« nous sommes tous des enfants de bourgeois ») à ses contradicteurs a beau être caricaturale, elle traduit la perception d’une majorité de Français, y compris celle de méchants électeurs « populistes » du Front de gauche ! En refusant a priori de lui répliquer sur le fond (une tactique autrement plus difficile et laborieuse, j’en conviens..), ces braves étudiants expriment la maladie infantile de l’antifascisme : en faire trop pour la gloriole et se faire plaisir devant les caméras sans aucun impact sur les brebis égarées qu’on entend remettre dans le droit chemin.

Bref, lorsqu’antifascisme virtuel rime avec onanisme intellectuel, la science politique n’est pas franchement à la fête….

Foucault goes to Beijing

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En cette période de vaches maigres pour les exportations françaises, peut-être faut-il s’en réjouir : la French Theory triomphe en Chine ! Sa contribution en devises est certes limitée, mais il n’y a pas que l’argent qui compte dans la vie. Pour l’ego national, soumis à dure épreuve ces derniers temps, l’écho que rencontre l’intelligence française, notamment à travers l’œuvre de Michel Foucault, dans le monde intellectuel chinois et, de façon plus surprenante, dans la pensée officielle, ne laisse pas d’être réconfortant.
Les rabat-joie ne manqueront pas de remarquer que cette French Theory, comme son nom l’indique, est assez peu française – c’est généralement en langue anglaise que Foucault est lu à Pékin. Ce sont là les aléas de la mondialisation. Il n’y aurait que matière à se réjouir pour le rayonnement culturel de notre pays si l’œuvre de Michel Foucault n’était pas soumise à une lecture adaptée aux « caractéristiques chinoises » qui en révèle des aspects inquiétants – et éventuellement dommageables à notre rayonnement culturel.[access capability= »lire_inedits »]

Il faut préciser que les intellectuels qui fréquentent les salons chics de la nouvelle Chine, où ils se tiennent au courant de ce qui se fait de plus avancé dans la pensée occidentale, sont également ceux qui sont influents dans les cercles du pouvoir. Adoubé depuis longtemps par le courant le plus critique du monde universitaire américain[1. « Critique » signifie en l’occurrence critique des États-Unis, car les mêmes sont souvent d’une complaisance stupéfiante à l’égard des gouvernements des « pays émergents », Chine en tête.], Foucault a été intégré à la panoplie que des chercheurs s’efforcent de vendre au Parti communiste pour lui permettre de développer le soft power de la Chine sur la scène mondiale, tout en luttant contre l’occidentalisation du pays.

Dans les années 2000, on espérait à Pékin que la puissance économique du pays se traduirait mécaniquement en influence culturelle. L’effort consenti par l’État, avec la création des Institut Confucius à l’étranger ou le financement de blockbusters, devait permettre à une culture assise sur la mythologie de « cinq mille ans d’histoire » d’obtenir le rayonnement qu’elle mérite jusqu’à détrôner Hollywood et, a fortiori, Bollywood. En 2004, le président Hu Jintao, enivré le projet d’« émergence pacifique » de la Chine, déclarait que la culture chinoise était bonne pour les Chinois, comme pour le reste du monde.

Aujourd’hui on déchante à Pékin. Les blockbusters subventionnés font des flops, et si les Institut Confucius ne désemplissent pas, ils n’attirent guère de sympathie au régime. Hu Jintao, qui s’apprête à prendre une retraite méritée, a récemment lancé une diatribe contre les « forces hostiles » qui cherchent à « occidentaliser » et à « diviser » la Chine avant d’entamer un vigoureux plaidoyer pour la défense de la « culture socialiste » chinoise. Ce discours musclé, assez inhabituel dans la bouche d’un leader qui a tout fait au cours de ses dix ans au pouvoir en Chine pour ne heurter personne (au moins en paroles), a de quoi inquiéter ceux qui scrutent la transition en cours.

La « Nouvelle Gauche », qui conjugue néo-maoïsme victimaire et nationalisme virulent pour taper à bras raccourcis sur l’Occident, trouve dans la pensée de Foucault des instruments permettant à la fois de « déconstruire » la puissance culturelle occidentale dominante et d’élaborer, sur les ruines de la Révolution culturelle et de trente ans de capitalisme d’État qui ont éradiqué la tradition et démonétisé la rhétorique marxiste, un discours de légitimation d’un régime dont la seule ambition est sa propre pérennité.

Dans sa définition du soft power, Joseph Nye met l’accent sur l’assentiment des peuples à des valeurs véhiculées par des systèmes politiques attractifs. Pour les Chinois, cette conception de la propagande politique est un peu trop… soft. En dévoilant le caractère arbitraire des constructions culturelles, Foucault met au jour un dispositif politique global dans lequel le langage façonne la réalité, privant les individus de toute liberté réelle. Ce qui intéresse le pouvoir chinois dans cette affaire, c’est la mise entre parenthèse de la réalité (de l’oppression par exemple), recouverte par un discours qui l’occulte tout en la justifiant. À partir du moment où tout régime politique est un système de domination qui s’appuie sur un monopole du discours, alors peu importent les formes politiques concrètes : anything goes, comme on dit en bon chinois, et la démocratie n’est qu’un système de domination parmi d’autres, tout comme l’autocratie chinoise. En clair, le succès de Foucault dans les cercles dirigeants chinois est un profond nihilisme intellectuel.

Wei Aoyu, un philosophe chinois installé en France, a été le premier à remarquer, dès 2001, l’étrange destin de la French Theory passée à la moulinette chinoise, qu’il attribuait à « la capacité hautement performante des pouvoirs […] chinois de récupérer et de détourner des pensées subversives ». Mais on ne saurait exclure que, dans son mépris de la question classique du « bon régime », la French Theory ouvre la voie au relativisme qui permet, selon les termes de Wei Aoyu, de transformer une « théorie anti-pouvoir » en théorie du pouvoir. Aussi redoutable soit le fatras des gender studies et autres cultural studies qui occupe une partie de la recherche française, il n’est peut-être pas la partie la plus nocive de la postérité de la French Theory.[/access]
 

Le sextoy peut-il être éthique ?

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Jamais en retard d’une innovation high-tech, Libération nous apprend qu’il existe « des godemichés bio pour respecter les animaux ». Non, ceci ce n’est pas une incitation à la zoophilie mais la dernière trouvaille de l’industrie verte pour pratiquer des cochoncetés en gardant la conscience (écolo) tranquille. Surfant sur la mode du « vegan », qui connaît un grand succès outre-Manche, un sex-shop berlinois multiplie les offres commerciales garanties sans matière animale ni test sur la faune.

Les autres détails se passent de commentaires : « Les fouets vendus dans ce magasin du quartier turc et alternatif de Kreuzberg, à Berlin, ne sont pas en cuir, mais en matériaux recyclés, le plus souvent des pneus de vélo ». Ah si, on relèvera le credo démondialisateur de la patronne des lieux : « Aux sex-toys en plastique fabriqués dans les usines chinoises, les clients de Mme Schindler et de son associée canadienne préfèrent les vibromasseurs de petite production locale. » explique la probable future adhérente de La Rose et le Réséda. « C’est une niche » conclut le plus sérieusement du monde la sémillante chef d’entreprise de 31 ans, percée et tatouée mais non moins végétarienne.

On imagine que si ce genre de novation se généralise dans les milieux libertins, cela conduira à un divorce entre les adeptes du cuir et ceux du latex, qui jusque là entretenaient des rapports cordiaux – et plus si entente.

Bayrou à Matignon ?

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Bayrou premier ministre de Nicolas Sarkozy après sa réélection ? Pour Jean-Pierre Raffarin, démineur en chef de l’UMP, « s’il y a accord politique » avec le centriste et si celui-ci contribue d’une manière décisive à la victoire – ce qui traduit du patois raffarinien veut dire « s’il appelle à voter Sarkozy au deuxième tour, et pas du bout des lèvres » – l’hypothèse est tout à fait envisageable, voire souhaitable.

Ce ballon d’essai, déjà lâché il y a une dizaine de jours par Valérie Pécresse, a immédiatement déclenché un tir nourri de Jean-François Copé, qui a rappelé sur le plateau de LCI que, selon la tradition de la Cinquième République « le président nouvellement élu, généralement, choisit le Premier ministre issu de la famille la plus importante de l’Assemblée nationale ». Bientôt Copé, nous expliquera carrément que dans une Cinquième République déringardisée, la tradition veut que le président demande au secrétaire général du parti le plus puissant de sa majorité s’il veut bien occuper l’Hôtel Matignon…

Au-delà des calculs politiciens – on sait bien que le report des voix centristes jouera un rôle capital au second tour- et des paradoxes arithmétiques cocasses (on sent déjà que les 10 % du Bayrou de 2012 vaudront plus cher que ses 17 % de 2007), la possibilité que dans l’entre-deux tours Matignon soit négocié en échange du soutien d’un parti politique démontre, pour ceux qui en doutaient, que l’actuelle république n’a plus de cinquième que le nom.

L’idée que Matignon devienne une forteresse occupée par un baron indépendant ne devant qu’hommage formel au suzerain du Château va radicalement à l’encontre de l’esprit même du régime actuel. Les cohabitations ont déjà mis à rude épreuve la logique de nos institutions et le passage du septennat au quinquennat a rendu ce phénomène un peu moins probable. Le ras-le-bol général et le manque d’enthousiasme que suscitent les candidats risquent de contredire la tradition qui veut que ceux qui ont voté pour un président lui donnent une majorité parlementaire quelques semaines plus tard. A une époque où les citoyens ont plutôt envie de s’abstenir ou de jouer des tours à leurs dirigeants, il est hasardeux de compter sur le « bon sens » des Français.

Céder Matignon à un allié politique de circonstance et par définition volatile, ce serait installer une sorte de « cohabitation perpétuelle » entre un président élu au suffrage universel et un premier ministre qu’on ne peut virer sans risquer de perdre le soutien de l’Assemblée. Pas besoin de voter Mélenchon si vous ne voulez plus entendre parler de la Cinquième République : dans les faits, elle risque fort de ne pas passer l’été…

Fenêtre sur Cour

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Le nouveau film de Benoît Jacquot nous conte la relation de la reine Marie-Antoinette avec sa lectrice, Sidonie Laborde, une orpheline instruite et cultivée. L’action se déroule pendant quatre jours à la cour de Versailles du 13 au 16 juillet 1789, au moment où des événements dramatiques sans précèdent secouent le royaume de France. Sidonie Laborde est chargée de lire à la reine des pages de littérature, mais aussi de la servir de quelque manière que ce soit, en réalisant une broderie, en écoutant ses confidences amoureuses ou politiques. Approchant chaque jour l’intimité des souverains, Sidonie entre dans les secrets d’amour et d’Etat de la cour. Vouant un amour fidèle et un dévouement sans faille à sa maitresse, Sidonie va se plier à son désir le plus impitoyable : jouer le rôle de la duchesse de Polignac, l’amante de la reine, dans la fuite organisée des époux Polignac, eux-mêmes déguisés en valets, pour la Suisse.

Servi par une troupe de comédiens et surtout de comédiennes de haut vol, Diane Kruger (Marie-Antoinette), Léa Seydoux (Sidonie Laborde), Virginie Ledoyen (Gabrielle de Polignac), Noémie Lovsky (Madame Campan) ou encore Xavier Beauvois (Louis XVI), Benoît Jacquot nous montre la souffrance d’une reine, la solitude du pouvoir, la peur de l’aristocratie, alors que gronde aux murs du palais la révolution des gueux et des sans-culottes dirigée par la bourgeoisie avide de prendre le pouvoir. Le 15 juillet au matin, la rumeur enfle : la prison de la Bastille est tombée aux mains du peuple, des têtes on été coupées, l’effroi commence à gagner la cour, une liste de 286 noms de nobles à décapiter circule.

Au détour des couloirs, à l’aune des conversations entendues par Sidonie, nous comprenons la panique qui s’empare de la cour devant les menaces imminentes de la mort, la propagation des idées révolutionnaires, les lâches retournements politiques de certains, les fuites à l’étranger d’une partie de la noblesse. Les Adieux à la Reine dresse un amer et effrayant portrait d’une France où la cour vivait dans la frivolité et l’opulence inconsciente au moment où le pays et son peuple vivaient dans la pauvreté. Le Roi prenant conscience de la gravité de la situation se rend à Paris au grand désespoir de la Reine qui souhaitait fuir pour Metz. On pressent dans la détresse des nobles et de leurs serviteurs l’imminence de l’effondrement d’un monde et la fureur barbare qui va advenir. La chute de la monarchie est vue au travers du regard de Sidonie qui est littéralement folle d’amour et de dévouement pour sa souveraine. Maîtresses et servantes sont somptueusement filmées par le cinéaste qui montre à la fois la puissance du désir qui circule, la volupté des corps et la souffrance des femmes à la cour.

Le film est une ode au dévouement féminin, bien souvent d’ordre amoureux et érotique. Les scènes entre Marie-Antoinette, La duchesse de Polignac et Sidonie la lectrice sont d’une très grande sensualité. Le dénouement, impérial, nous révèle jusqu’où ce dévouement sans limite peut conduire. Cadre rigoureux, lumière sophistiquée et oppressante font de cette œuvre adaptée du roman de Chantal Thomas une superbe réussite.

Tunisie : pas de printemps pour Jabeur Mejri et Ghazi Béji

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Jabeur Mejri et Ghazi Béji ont tous deux 28 ans. Ils sont Tunisiens et athées. Pour cette raison, ils viennent d’être condamnés à sept ans et demi de prison ferme par le tribunal de Mahdia, peines assorties d’une amende de 1200 dinars.

Cinq ans pour trouble à l’ordre public et transgression de la morale, deux pour avoir porté préjudice aux tiers à travers les réseaux publics de communication, et six mois pour transgression de la morale : c’est la sanction qui s’est abattue sur ces deux jeunes blogueurs coupables d’avoir publié des écrits anti-islamiques et des photographies caricaturant le Prophète en pédophile.

Avant que plusieurs plaintes ne conduisent à une enquête de police à leur encontre, les deux amis ont essuyé des licenciements abusifs, des insultes et des menaces. Jabeur a été arrêté et emprisonné à Mahdia. Ghazi s’est enfui En ce moment même, il survit clandestinement dans un pays d’Europe qu’il a gagné à la nage après, selon ses dires, avoir demandé protection au bureau de l’ONU pour les réfugiés en Algérie. Et avoir simplement été interrogé sur les raisons pour lesquelles il a commis ce brûlot. Ecrite et publiée après la révolution, sa nouvelle intitulée « L’illusion de l’islam » lui a valu le 12 mars le procès-verbal suivant : « Doute de l’existence de Dieu, doute de l’existence d’une religion nommée Islam, doute de l’existence du Prophète Mohamed (QSSL) avec justificatifs du doute comme y insiste l’auteur ».

Selon Le Courrier de l’Atlas, « les lois en vertu desquelles les jeunes internautes ont été jugés n’étaient que rarement appliquées dans l’ère Ben Ali, essentiellement dans les procès d’opposants politiques ».

Mélenchon vu du PS : vieux pote ou Pol Pot ?

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Mélenchon est notre meilleur ami. Voilà ce qu’on répète en chœur au Parti socialiste. En faisant mine de ne pas s’inquiéter de la montée du tribun rouge dans les sondages. Au contraire, il paraît même que le leader du parti de gauche est un aspirateur à voix frontistes, populaires et abstentionnistes. Qu’il cimente le socle de gauche qui verra triompher la social-démocratie normale, comme le candidat du même métal, dès le 6 mai prochain.
Voilà pour la jolie fable pour enfants. Mais les ennuis commencent à être indexés sur la courbe de popularité de camarade Jean-Luc.

Ça craque chez Gérard Collomb, le député maire de Lyon qui entonne le chant des communiss et leurs alliés qui ont tué des millions de gens dans Le Figaro le 29 mars : « Le modèle qu’il défend, on l’a essayé en URSS, au Cambodge, ça ne marche pas. » « Son programme n’est pas fait pour être appliqué mais pour frapper les esprits », poursuit le maire de Lyon. La réaction de Mélenchon on s’en doute , ne s’est pas fait attendre « Me comparer à Pol Pot est une nouveauté dans l’infamie que je ne suis pas prêt d’oublier (…) J’attends le socialiste qui inviterait Collomb à réserver ses coups à l’extrême droite ».
Après Collomb et ses exagérations -peu respectueuses, disons-le au passage, des vraies victimes du vrai génocide cambodgien, le PS a délégué Arnaud Montebourg. pour approcher, flatter et finalement tacler le candidat du Front de gauche. Résultat, le député de Saône et Loire qualifie JLM de « Georges Marchais des temps modernes », en saluant son verbe et ses sorties. Mais appelle à voter Hollande dès le premier tour, rappelant perfidement que si en 1981 Marchais avait devancé Mitterrand au soir du premier tour, Giscard aurait été réélu dans un fauteuil quinze jours plus tard.

Bref, à gauche les coups bas entretiennent l’amitié, d’autant que Mélenchon ne se prive pas, lui non plus, de pourrir ses ex-camarades de parti : ici, il parle « d’un gouvernement Hollandréou » où il n’aura pas sa place. Là, il dénonce le programme du candidat PS, accusé d’être aligné sur celui de Sarkozy en matière d’Europe, de dette ou de retraite à 60 ans.

Non, Mélenchon n’oubliera rien et si ça se trouve, n’aura rien en dépit de son bon score. Voilà Hollande coincé entre des concessions au Front de gauche et des yeux doux aux centristes qui pourraient voter pour lui contre Sarkozy. Comment concilier les deux ?

D’un côté le candidat qui a « un ennemi, la finance » et veut taxer les millions à 75%. De l’autre, celui qui veut lutter contre les déficits, éventuellement renégocier le Mécanisme Européen de Stabilité et ne veut pas effaroucher les marchés. Sans compter que les Verts d’Europe Ecologie ont déjà dealé avec le PS 20 sièges de députés. Clause non assortie d’une revoyure en cas de crash à la présidentielle. Le Front de gauche n’en est pas là, mais son appétit grandit.

Outre ces problèmes de boutiquiers d’Assemblée Nationale, comment imaginer gouverner sans le troisième homme ? Comme dit un socialiste : « On pensait avoir fait taire Hamon et Aubry et les gauchistes du PS, on se retrouve avec un gauchiste de l’extérieur qui vient de chez nous. »

Dans ces conditions, comment radoucir Mélenchon, qui annonce déjà que rien ne calmera sa fureur révolutionnaire citoyenne ? Offrir quelques ministères à des communistes à qui on souhaite d’avance bien du courage ? Snober le gauchiste au nom de la responsabilité et des devoirs et du sang et des larmes qui s’annoncent ? Rien n’a l’air arrêté, Hollande semble vouloir jouer la fermeté. La preuve, il parle plus fort lors de ses discours. Quitte à se mettre à dos l’ensemble des fonctionnaires territoriaux, bobos des villes, artistes maudits, vieux communistes et profs FSU qui voteront pour Mélenchon le 22 avril. Les ouvriers, de toute façon, voteront Le Pen ou iront taquiner l’ablette et le gardon.

Dernière possibilité, la divine surprise, certains dignitaires du PS suggèrent que ce troisième homme fera peut-être pschitt, ce qui n’est pas à exclure. Et d’attendre que Mélenchon au nom de la lutte contre Sarkozy vienne déposer ses voix, comme un seul homme au soir du premier tour, façon Vercingétorix à Solférino. Même contre rien, sans quoi on lui collerait une affreuse responsabilité historique sur le dos, alors que Philippe Poutou de feu le NPA appelle déjà de facto à voter Hollande le 6 mai. Bref, y’a qu’ à attendre la transformation du tigre révolutionnaire en tribun de salon, décoratif, amusant. Et pas très encombrant.