Des hommes qui battent leur(s) femme(s), qui les cocufient ou les répudient, ce sera bientôt de l’histoire ancienne. Chouette!
Figurez-vous qu’on a enfin trouvé le responsable, enfin plutôt la responsable ! Si le mari se comporte de cette façon, c’est évidemment la faute à madame. Pas assez obéissante, pas assez « divertissante » (je cite) pour son cher époux.
Menées tambour battant par une certaine Maznah Taufik[1. Maznah Taufik avait déjà créé le «Ikhwan Polygamy Club» pour vanter les mérites de la polygamie.], des femmes de Malaisie ayant fait ce constat ont lancé ce 4 juin le «Club des épouses obéissantes». Leur credo ? La Sourate An Nisa, verset 34: « Pour celles (les épouses) qui se montrent insubordonnées, commencez par les exhorter, puis ignorez-les dans votre lit conjugal et, si c’est nécessaire, frappez-les ! Mais dès qu’elles redeviennent raisonnables, ne leur cherchez plus querelle. Dieu est le Maître Souverain. »
Grâce à ce Club, les femmes apprendront enfin à se comporter comme il sied à une bonne épouse et éviteront ainsi à leur mari de s’énerver, ce qui est très mauvais pour son petit cœur.
Ce qui est très mauvais aussi pour son petit cœur, c’est d’avoir jusqu’à quatre épouses. Mais ça, c’est une autre histoire.
De Tunis au Caire, c’est en brandissant leur drapeau que les insurgés ont contesté les pouvoirs en place. « La Nation, c’est nous. Vous êtes des usurpateurs », proclamaient en substance les manifestants de la place Al-Tahrir et les foules tunisiennes. Mais paradoxalement, les révolutions arabes doivent chercher hors de leurs frontières un modèle national susceptible d’exportation. Ce modèle doit permettre de réaliser la synthèse entre la spécificité de chaque peuple et la référence islamique commune à tous. En effet, s’il était absurde hier de disqualifier le « Printemps arabe » en brandissant l’épouvantail islamiste, il serait imbécile aujourd’hui de prétendre que l’islam a disparu de l’imaginaire collectif des peuples révoltés. La référence musulmane demeure à l’évidence une composante essentielle de l’appartenance, seule une élite restreinte et largement coupée de la majorité rêvant de régimes laïques. Aussi l’intelligentsia islamiste est-elle appelée à jouer un rôle de premier plan dans la redéfinition des identités nationales d’où émergera le monde arabe de demain.
Il faut ajouter qu’après deux révolutions qui se sont avérées être des coups d’Etat « démocratiques », Le Caire et Tunis ne savent plus à quel saint se vouer. Lors des élections en Egypte et en Tunisie, on pourrait voir des millions de citoyens apparemment sécularisés basculer vers l’islam politique. Dans un tel contexte, les grands frères turc et persan peuvent apparaître comme les inspirateurs d’une alternative arabe à la démocratie occidentale d’autant plus que l’un et l’autre ont intérêt à enrayer le déclin de leur soft power idéologique.
Le voile noir de la Révolution iranienne
À Qom, les mollahs observent la vague avec circonspection tandis que les plus hautes autorités de l’Etat, Président de la République et Guide Suprême, glorifient l’élan arabe[1. Exception faite de la Syrie, alliance syro-iranienne oblige] comme le digne héritier de la Révolution de 1979. Cette récupération éhontée n’est pas entièrement usurpée. Certes, dans leur immense majorité, les masses arabes sont à des années-lumière du messianisme irano-chiite khomeiniste. Les partisans de la théologie politique iranienne – le velayat-e-faqih, dont le système pyramidal repose in fine sur le discernement d’un seul clerc – sont rares parmi les sunnites. Pourtant, ne serait-ce qu’à cause de la stabilité du régime né sur les cendres de la dynastie Pahlavi, la référence iranienne a un certain poids.
Il y a trente ans, Michel Foucault s’enflammait pour la promesse émancipatrice portée par l’alliance broussailleuse des nationalistes, islamistes et communistes. Uni par sa détestation du Shah, tout ce petit monde se retrouvait dans la phraséologie islamo-marxiste de l’imam Khomeini, qui avait su traduire en langage religieux le marxisme de l’intellectuel Ali Shari’ati, grand défenseur des déshérités devant l’Eternel. La gaine de religiosité enveloppant les revendications démocratiques des révolutionnaires iraniens permit à Khomeini de « confisquer » la révolution et de massacrer méthodiquement les factions contestant son joug autoritaire (communistes, Moudjahidine du Peuple, etc.). Avec l’aide indirecte de Saddam Hussein, le régime sacrifia une génération de jeunes martyrs révolutionnaires[2. Ce que fit la Révolution française en envoyant les sans-culottes au front]. Ainsi débarrassé de millions de jeunes hommes potentiellement contestataires, le pouvoir de Téhéran s’appuya sur la bourgeoisie pieuse, le Bazar et son appareil militaro-sécuritaire. Il fallut attendre la fin des années 1990 et l’émergence de la jeunesse réformatrice née avec la Révolution pour voir la République islamique vaciller sur ses bases.
À l’évidence, dans leur rapport ambigu à la démocratie, les islamistes arabes proches des Frères Musulmans gardent en tête le modèle iranien en tête, bien qu’ils ne sachent pas toujours quelle part d’universalité islamique et quelle part de spécificité irano-chiite il recèle. Quoi qu’il en soit, l’essoufflement de la théocratie iranienne devrait les convaincre que l’heure est davantage à la « moralisation » de la démocratie parlementaire qu’à des normes islamiques imposées par le haut. D’où l’intérêt de la « voie turque ».
La relative modération de la jeune génération des Frères Musulmans égyptiens, dont un porte-parole s’est engagé à respecter l’accord de paix avec Israël, et l’acceptation, par le parti islamiste tunisien Ennahda, d’un statut personnel régi par les lois civiles, rappellent en effet la stratégie qui a permis au Parti de la Justice et du Développement turc d’accéder au pouvoir. Sous l’impulsion d’Erdogan, l’AKP a peu ou prou reproduit le cheminement idéologique initié par Gianfranco Fini en Italie. Notons au passage qu’il est difficile de savoir qui, de Milli Gorüs, figure néo-ottomane des Frères Musulmans, ou de l’Italien néo-fasciste, est le plus antisémite.
Erdogan ou l’islamisme des notables
Or, à l’aube des années 2000, l’un comme l’autre ont réussi leur examen de passage démocratique. L’irrésistible ascension de l’AKP qui, depuis 2002, gagne élection après élection, encourage les islamistes arabes tentés par le jeu parlementaire. Tant que la sécurité et les menus plaisirs des touristes ne sont pas menacés par la « moralisation » de la vie quotidienne (lutte contre les débits d’alcool locaux, prédication en direction de la jeunesse, etc.), les milieux d’affaire turcs s’accommodent parfaitement du virage islamique de la République d’Atatürk. Et la croissance ininterrompue de l’économie garantit l’hégémonie de l’AKP. La synthèse turque entre l’islam, la nation et le libéralisme a de quoi séduire des islamistes arabes en quête de respectabilité. Il se murmure que les AKPistes turcs financent le parti islamo-conservateur tunisien de Rached Ghannouchi, rentré à Tunis après plus de vingt ans d’exil. En tout cas, le leader d’Ennahda (la Renaissance) ne cesse de vanter les mérites d’Erdogan.
Dans ces conditions, les pays arabes à la recherche d’eux-mêmes devraient-ils s’inspirer de la « démocratie islamique » à la turque ou de l’expérience révolutionnaire iranienne ? Ni l’un ni l’autre, a-t-on envie de répondre : quelle que soit sa forme, « l’islamo-nationalisme » est voué à l’échec, dès lors que ses deux composantes finissent inévitablement par entrer en collision. Ainsi, en Iran la tension monte entre les partisans du président Ahmadinejad, Gardiens de la Révolution ou islamistes séculiers soucieux de la légitimité des urnes ou en tout cas de son apparence[3. Urnes bourrées à souhait par le régime lorsqu’il le juge nécessaire], et les clercs proches de Khamenei, qui s’agacent des velléités d’indépendance de cette génération de vétérans de la guerre Iran/Irak. Quant à Erdogan, il pourrait aussi être confronté dans les années qui viennent aux effets de l’usure du pouvoir. La perspective d’une intégration à l’Union Européenne ne pourra pas indéfiniment servir de paravent à la réislamisation rampante de la société. Du reste, le refus probable de l’UE ne pourra que réveiller le nationalisme turc.
Avant même cette échéance, la Turquie doit affronter les conséquences immédiates des violences qui secouent la région. Alors que la Turquie kémaliste était l’adversaire presque naturel des nations arabes, la politique panislamiste menée par Ankara s’est notamment traduite par l’apaisement des relations avec Damas et le réchauffement des liens avec Ryad et Téhéran. Erdogan va devoir choisir entre les Frères Musulmans qui sont à la manœuvre en Syrie et le régime ami de Bachar el-Assad, c’est-à-dire entre la solidarité religieuse et l’alliance politique. Pour l’instant, le Premier ministre souffle le chaud et le froid, tançant son partenaire sans rompre les relations diplomatiques – politique qui ressemble fortement à celle qu’il mène vis-à-vis d’Israël. Mais cette ligne « chèvre et chou » ne pourra pas durer éternellement.
Dans la redistribution des cartes en cours, les protestataires n’ont pas encore à choisir entre islam et nation, arabité et identité islamique. Ce n’est pas en imitant l’Occident athée, l’islamo-libéralisme turc ou l’islam révolutionnaire iranien que les peuples construiront la démocratie arabo-musulmane de demain. À eux de trouver leur voie. Espérons qu’ils y parviendront sans arme, ni haine, ni violence.
Comme leurs alliés historiques français, les Ecossais sont devenus des adeptes du vote-sanction qui permet d’exprimer son ras-le-bol à peu de frais. Le 5 mai dernier, ils se sont offert une crise de nerfs qui effraie leur voisin anglais.
En offrant la majorité absolue des sièges du Parlement d’Edimbourg au Scottish National Party, les électeurs écossais ont contraint son leader et nouveau Premier ministre Alex Samond à tenir sa promesse : organiser un référendum sur l’indépendance de l’Ecosse à l’horizon 2016.
Au passage, ils en ont profité pour décocher de sévères uppercuts aux grands partis britanniques. Traditionnellement travaillistes à tout crin, les Ecossais n’ont pas digéré la dérive centriste-unioniste de Tony Blair et Gordon Brown. Leur incapacité à endiguer le chômage et la violence qui rongent les villes écossaises a aussi lourdement pesé sur la popularité locale du New Labour. Quant aux libéraux-démocrates, qui avaient enregistré une belle percée aux élections nationales de l’an dernier, leur coalition contre-nature avec les Conservateurs de David Cameron les a condamnés à la marginalité écossaise.
Loin d’être un feu isolé, la victoire du SNP prend place dans la longue histoire des rivalités anglo-écossaises. Car c’est peu dire que les Ecossais sont nationalistes et fiers de l’être, construits contre, tout contre l’Anglais, qui le leur rend bien.
Sa Gracieuse Majesté « l’Allemande »
D’ores et déjà, le Royaume Uni bruisse de mille rumeurs alarmistes amplifiées par les tabloïds. La Reine – que Salmond surnomme discrètement « l’Allemande » à cause de ses origines germaniques- n’en dormirait plus la nuit. C’est bien le moins. N’a-t-on pas tout à craindre de ces damned Scots ? Inspirés par le fantôme écartelé de William Wallace[1. William Wallace : Héros légendaire de l’indépendance écossaise immortalisé dans Braveheart par Mel Gibson. Lors de son exécution en 1305, il fut à moitié pendu, éventré puis décapité et découpé en morceaux], ils pourraient faire imploser le Royaume Uni en abolissant les Actes qui ont uni l’Angleterre et l’Ecosse en 1707. Un tel séisme ne manquerait pas de provoquer des répliques en Irlande et au Pats de Galles.
En votant massivement pour le SNP, les Ecossais entendent-ils pour autant couper définitivement le cordon avec Londres ? Rien n’est moins sûr. Les sondages n’accordent que 40% aux scissionnistes et les autres partis locaux, qui n’envisagent pas de quitter formellement le Royaume Uni, se contenteraient volontiers d’une autonomie plus étendue que celle que Tony Blair leur a accordée à contrecœur en 1999.
Surtout, s’ils décident déjà souverainement de leur politique en matière de santé, d’éducation, de culture et de monnaie, les cinq millions d’Ecossais savent qu’ils paieraient l’indépendance au prix fort. Lorsque la sécession était encore dans l’air du temps, Salmond faisait miroiter des lendemains qui chantent à ses compatriotes scottish. Aujourd’hui, la comparaison avec l’Irlande et l’Islande n’est pas très encourageante alors que les économies de ces petits pays comparables à l’Ecosse, naguère prospères et dynamiques, sont en miettes.
L’Europe cherche-t-elle à diviser pour mieux régner ?
À bien y réfléchir, on ne quitte pas le royaume de sa Très Gracieuse Majesté d’un claquement de doigts. Songeons aux conflits économiques qu’engendrerait l’indépendance. Les terres, les forêts et les industries « écossaises » appartiennent aux Anglais. Qui les indemnisera ? Et que faire du pétrole – certes presque épuisé – de la mer du Nord dont le statut juridique et la propriété font l’objet d’âpres discussions ?
Des nationalisations pures et simples équivaudraient à une déclaration de guerre. Or, on imagine d’autant moins les Highlanders ressortir leurs tartans rouges et leurs épées rouillées qu’avec un PIB par habitant de 30% inférieur à la moyenne européenne, ils n’en ont pas les moyens. L’indépendance n’étant pas un gage de prospérité, le sort de l’Ecosse paraît bel et bien scellé.
Une autre capitale européenne a fortement ressenti la secousse du 5 mai. Après avoir théorisé le régionalisme comme la première étape d’un fédéralisme plus ou moins assumé, Bruxelles s’intéresse au plus haut point aux états d’âme des Ecossais. Alors que la construction européenne a toujours reposé sur la coopération interétatique, le spectre de la fragmentation des nations en micros-Etats nous guette.
Au nom du chardon et de la tourbe, la sécession de l’Ecosse concrétiserait la stratégie bruxelloise du « diviser pour mieux régner ». Si cette hypothèse devenait réalité, l’indépendance écossaise serait beaucoup plus que l’indépendance écossaise…
On savait déjà depuis quelques que temps que l’Allemagne était devenue une nation de petits vieux grognons, sans enfants, qui construisent des machines outils et des voitures jusqu’à 70 ans. Après, ils meurent en célébrant avec leur maigre retraite les vertus du monétarisme féroce de leur chancelière. Comme ils n’ont plus assez d’argent et qu’ils cessent d’envahir comme chaque été l’Europe du Sud en rotant leur bière tiède sur l’Acropole ou les couloirs du Prado, ils se croient autorisés à railler les « pays club med » par la voix de Merkel qui, à la mi mai et devant la perspective d’une restructuration de la dette grecque, a encore daubé sur ces pays de feignasses surmutualisés qui prennent plus de vacances que les autres et arrêtent de travailler à 50 ans. Alors que l’Allemagne, elle, pétrie de valeurs protestantes, serait sérieuse et bosseuse.
Oui, mais non, c’est faux. Et ce n’est pas un affreux marxiste qui le dit, c’est Patrick Artus, économiste en chef chez Natexis. Il nous dit qu’un Allemand travaille en moyenne 1390 heures par an pour 2119 heures pour un grec. Quand même. Quant à la productivité horaire des allemands, elle est supérieure à la moyenne, mais pas à celle de la France. Ironie, elle plutôt est pile-poil celle du travailleur grec. Quant à l ‘âge effectif de la retraite et ce malgré la loi qui fixe le départ de l’Allemand à 65, puis 67 ans, dans les faits il part à 62, 2 ans quand les Grecs arrêtent à 61,5. Et c’est pour ces quelques mois que Madame Merkel voudrait voir Aphrodite mise à l’encan ?
Avant la conférence de presse du Front national consacrée au protectionnisme, sa présidente a répondu à Causeur sur son programme économique…et ses amis autrichiens
Daoud Boughezala : Vous prônez un protectionnisme national pour mettre l’industrie française à égalité avec ses concurrentes maghrébine ou asiatique. Seulement, les salariés délocalisés sont aussi des consommateurs accros aux smartphones et autres I-pads. Sans même parler des risques d’augmentation des prix, comment satisferez-vous leurs besoins ?
Marine Le Pen : L’ouverture totale des frontières, pratiquée en Europe plus que partout ailleurs dans le monde, est l’une des causes principales de la désindustrialisation de la France et du chômage de masse. Nous proposons de sortir de ce dogme imposé par l’Europe et de cesser de nous enferrer dans une idéologie absurde. Si nous proposons d’instaurer des protections nationales (droits de douane, quotas, normes sanitaires), c’est parce que l’Union Européenne n’acceptera jamais de défendre ses frontières économiques : son ADN est ultralibéral, ses Traités interdisent formellement les protections, et l’Allemagne n’en veut pas. De toute façon, un protectionnisme européen serait impuissant contre les délocalisations intra-européennes, de plus en plus répandues, en particulier vers l’Est. En créant des emplois, la ré-industrialisation engendrera une hausse des salaires qui se répercutera sur le pouvoir d’achat. Quant aux prix des biens importés, ils n’augmenteront pas dans la mesure où nous contrôlerons très sévèrement les marges de la grande distribution, un chantier qu’il est temps d’ouvrir. Chacun pourra continuer d’acheter ses I-phones « made in China ». Mais mon ambition est qu’on en fabrique en France ! La désindustrialisation n’est pas une fatalité.
D.B : Vous évacuez un peu légèrement le risque inflationniste et ses conséquences négatives sur le pouvoir d’achat. Surtout si on ajoute au protectionnisme le retour au franc…
MLP : Au contraire ! Le pouvoir d’achat dépend des prix et des salaires. Ce sont le libre-échange intégral et l’euro qui soumettent les salaires à une terrible pression à la baisse. Quant aux prix, je le répète, nous nous donnerons les moyens législatifs et réglementaires de mettre fin aux ententes et aux pratiques abusives de la grande distribution, qui captent 30% du pouvoir d’achat des Français. D’après une récente étude de l’économiste Jacques Sapir, une dévaluation compétitive de notre monnaie, d’environ 25 %, n’engendrerait qu’une faible inflation – estimée à 2% au plus -, mais donnerait une bouffée d’oxygène à notre économie qui en a bien besoin. Ce qui est certain, c’est que nous n’allons pas continuer à regarder passivement la France s’appauvrir au nom de dogmes absurdes. Cessons d’écouter les dogmatiques du laisser-faire dont les mensonges ont vocation à faire peur aux gens afin que rien ne change ! Le statu quo est leur intérêt, pas celui des Français.
D.B : Ne craignez-vous pas des mesures de rétorsion de la part de nos partenaires commerciaux ?
MLP : Pourquoi raisonner à l’envers ? C’est nous aujourd’hui qui sommes victimes de la léthargie de nos dirigeants, à commencer par Nicolas Sarkozy qui ne fait rien pour protéger notre économie. En établissant des protections intelligentes aux frontières, en utilisant tous les outils à notre disposition, comme l’ont fait nombre de pays extra-européens, souvent plus petits et plus pauvres que la France, nous reviendrons dans le jeu mondial à armes égales, et serons en mesure de bénéficier de la croissance mondiale. Rappelons-nous aussi que les partenaires de la France n’ont aucun intérêt à se fâcher avec elle : nous sommes la cinquième puissance économique mondiale – et un marché de 65 millions de consommateurs. Et réapprenons aussi à capitaliser notre influence politique mondiale ! J’appelle tous les Français à reprendre confiance dans la France et à se rappeler qu’elle est un puissant et grand pays.
D.B. : Hier, au Parlement européen, vous avez tenu une conférence de presse commune avec Heinz-Christian Strache, le leader de la droite radicale autrichienne (FPÖ) . Certes, son parti est en train de devenir la première force politique d’Autriche. Mais en vous affichant avec un personnage aussi sulfureux, ne ruinez-vous pas tous vos efforts pour dédiaboliser l’image du Front National ?
MLP : « Sulfureux » ? Cette affirmation parfaitement gratuite procède de la diabolisation des partis patriotes européens par des élites qui craignent pour la survie de leur système mondialisé. Je vous rappelle que le FPÖ est un grand parti qui a déjà participé au gouvernement autrichien. C’est aussi l’un des fers de lance de la lutte pour la liberté des nations contre l’Union Européenne. Pour ma part, je compte bien me rapprocher des partis patriotes belge, suisse, britannique, italien ou suédois pour proposer une alternative au funeste projet de l’UE.
C’est décidément très à la mode : les indicateurs économiques n’ayant pas le bon goût de nous montrer ce que nous souhaiterions qu’ils nous montrent – en l’espèce que tout vas de mal en pis et que cette affreuse mondialisation sauvage transforme la planète en champs de bataille mortifère – les technocrates qui nous gouvernent n’ont de cesse que de nous fournir des indices du bonheur national tous plus douteux les uns que les autres. Mais là, nous venons d’atteindre un sommet qui sera, je pense, difficile à surpasser : après l’indicateur du bien-être lancé par l’OCDE c’est au tour de la Corée du Nord de nous révéler son indice du bonheur et le classement mondial qui l’accompagne[1. Extrait sur Shanghaiist].
Publiés récemment par la télévision d’Etat nord coréenne (Chosun Central Television), les résultats indiquent que la Chine, avec un score de 100 sur 100, est le loin le pays où l’on est le plus heureux en ce bas monde puisqu’on y a déjà atteint le bonheur parfait. En seconde position, à tout seigneur tout honneur, la Corée du Nord obtient 98 points ; on imagine volontiers que les deux petits points perdus sont liés à quelques inconvénients mineurs comme les famines, l’absence totale de libertés civiles ou encore les quelques 200 000 prisonniers politiques enfermés dans des camps de concentrations[2. Selon Amnesty International]. Suivent ensuite quelques paradis notoires comme Cuba (93/100), l’Iran (88/100) et – bien sûr – le Venezuela (85/100) tandis que, loin derrière, on retrouve naturellement la Corée du sud (18/100) à la 152ème place du classement tandis que les Etats-Unis (rebaptisés pour l’occasion l’« Empire Américain ») finissent bons derniers avec seulement 3 points.
Pyongyang n’a pas révélé la technique de calcul de son indice mais a fait beaucoup plus que ça puisqu’au-delà des détails de cuisine interne, l’annonce de ces résultats expose toute la philosophie du bonheur totalitaire : les gens sont heureux quand l’Etat a dit qu’ils l’étaient.
L'Enlèvement des Sabines, Giuseppe Cesari 1568-1640
Un passage obscur de la Genèse (6, 1-4) a donné lieu à une exégèse frénétique des Pères de l’Église et des rédacteurs du Talmud qui se demandèrent comment, sous le règne du Dieu unique, apparurent soudainement sur Terre, juste avant le Déluge, des « fils de Dieu » dont on ne sait presque rien sinon qu’ils « trouvèrent que les filles des hommes leur convenaient » et qui en conséquence « prirent pour femmes toutes celles qu’il leur plût », sans leur demander leur avis. Faute de mieux, on les appela « anges », mais la Bible de Jérusalem souligne la similitude entre ce passage et la mythologie grecque, qui décrit abondamment les unions tumultueuses − et rarement consenties − entre les dieux et d’innombrables mortelles. Ces accouplements violents ne correspondent guère aux canons de notre civilisation qui, heureusement informée par la douceur évangélique, place le consentement au cœur des relations charnelles entre hommes et femmes et même, serait-on tenté d’ajouter, entre Dieu et la femme. C’est seulement après avoir pris acte du consentement de Marie − « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole » − que l’ange Gabriel la quitte. Jamais Marie n’est forcée, ni spirituellement, puisqu’on attend son assentiment, ni physiquement, puisqu’elle reste vierge. Reste que, même dans le Nouveau Testament, l’union du Ciel et de la Terre est spectaculairement mise en scène comme s’il s’agissait d’un invariant des sociétés humaines, tout en conservant bien sûr un caractère transgressif.[access capability= »lire_inedits »]
Par contraste, notre époque semble furieusement endogame, et les « fils de Dieu » contemporains − je veux dire les stars médiatiques, sportives et politiques − ne consentent plus guère à s’accoupler avec les humbles mortels que nous sommes. Tout en haut du ciel, douillettement installé à l’abri du peuple au cœur des premières classes des bolides transatlantiques, le Gotha mondial ne condescend plus à s’abaisser jusqu’aux classes laborieuses et dangereuses mais se contente d’une triste consanguinité qu’il cultive à l’abri de forteresses imprenables et vidéo-protégées. Que sont les satyres d’antan devenus ? On le sait, le peuple est quant à lui devenu infréquentable et les classes sociales, plus encore que les sexes, mourront chacune de leur côté.
C’est pourquoi, malgré l’horreur que m’inspire, comme à tout un chacun, l’acte que l’on attribue à Dominique Strauss-Kahn, je lui trouve aussi quelque chose de touchant. Touchant, ce goût désuet des amours ancillaires, touchante cette fougue qui pousserait ce petit dieu des séminaires de haut vol, ce very VIP d’aéroports ultrasécurisés à s’abandonner, jusqu’à la chute et au crime, à un désir qui le porte vers les plus humbles parmi les plus humbles. Par ce geste supposé, par cette kénose libidineuse, Strauss-Kahn abolit pour un instant toutes les frontières sociales que l’on croyait infranchissables, toutes les distances symboliques que l’on pensait impossible à combler. C’est, me semble-t-il, faire un contresens majeur que de voir dans cet acte la réaffirmation d’une domination sociale. C’est tout le contraire.
Le désir est révolutionnaire, donc violent
Le capitalisme contemporain se passe aisément d’un contact direct entre les personnes. Le développement contemporain de l’économie de marché consiste justement en cela : le dénouement de tous les liens directs entre classes que tissaient les sociétés traditionnelles (rendez-moi ma caissière !). Dans son dernier roman, Houellebecq décrit de façon à la fois comique et convaincante comment, aujourd’hui, un homme ayant parfaitement réussi sa vie professionnelle peut ne parler à personne tout en jouissant d’une parfaite aisance matérielle[1. « …Il se rendit compte qu’il n’avait pas prononcé une parole depuis presque un mois, à part le « Non » qu’il répétait tous les jours à la caissière (rarement la même, il est vrai) qui lui demandait s’il avait la carte Club Casino. »La Carte et le territoire, Flammarion, p.63. C’est la contraction du domaine de la lutte].
Le désir sexuel est sans doute une des dernières choses qui pousse parfois les uns vers les autres les représentants de classes sociales éloignées les unes des autres. Lorsqu’on l’aura complètement criminalisé, notamment sous sa forme masculine, comme cela en prend allègrement le chemin à la suite de cette affaire (j’entendais Clémentine Autain et Edwy Plenel dénoncer en chœur, sur le plateau de Frédéric Taddéï, la drague lourde et les gauloiseries des mâles placées dans le même sac qu’une tentative de viol), chacun ne copulera plus que dans son petit cercle à lui avec quelqu’un qui lui ressemblera parfaitement, voire, si l’on pousse la logique à son terme, se masturbera devant son écran, sans risque d’être accusé par son alter ego ou sa webcam de harcèlement ou de conduite inappropriée. Bien sûr que le désir est dangereux ! Il pousse à commettre des actes qui sortent de l’ordinaire, à prendre des risques, voire à commettre des crimes (que personne ici ne justifie), le contraire de cette fameuse domination sociale et symbolique qui ordonne le corps social, grave dans le marbre la distance hiérarchique et stabilise le pouvoir.
Deleuze le proclamait fièrement : le désir est révolutionnaire. C’est pour cela qu’il est violent. Quelle révolution se passe de violence ? Et c’est la seule révolution que DSK aura jamais mise en branle. Car l’acte qu’on lui attribue, par les affects populaires qu’il mobilise, devient dans sa répression même l’instrument de la vengeance du peuple contre les puissants. C’est seulement sous l’emprise de leurs pulsions sexuelles que les puissants dévoilent au peuple la faiblesse grâce à laquelle il pourra enfin s’emparer du corps de la divinité et satisfaire ses propres pulsions. C’est bien le corps menotté et fermement empoigné du dieu déchu par des représentants du peuple américain qui a fasciné la Terre entière et scandalisé ses pairs. En touchant une femme du peuple, Strauss-Kahn s’expose à la vindicte du commun qui peut ainsi, en exhibant comme un trophée de chasse cet être naguère inaccessible, crier justice. Noli me tangere.[/access]
L’affaire DSK n’en finit plus de secouer le PS. Certes, l’élimination du favori ouvre des perspectives inattendues aux autres candidats, mais tous subissent la dégradation de l’image de leur parti. Le scandale est devenu une métaphore des clivages ethniques et sociaux qui pourrait bien coûter une quatrième défaite présidentielle consécutive au PS. Celui-ci apparaît désormais comme le parti de l’homme blanc, riche, d’âge mûr, face accusé de crimes sexuels à l’encontre d’une mère célibataire, africaine d’immigration récente et musulmane de surcroît. La totale.
Haro sur la gauche caviar-Marrakech-Berluti
Dans un célèbre épisode du roman de Charles Dickens Le conte de deux cités, le carrosse du marquis de Saint-Evremond – caricature de l’aristocrate d’Ancien régime qui ne mérite de meilleur sort que la lanterne – écrase un fils d’un paysan – incarnation du « bon peuple ». Sans même s’excuser, le noble jette une pièce de monnaie au père endeuillé. Alors que la tradition dont ils font un usage rhétorique immodéré fait des socialistes les défenseurs naturels du paysan Gaspard, les voilà affublés des habits du marquis.
Si la réalité ressemblait au conte de fées raconté par « Terra Nova » – think-tank ex-strauss-kahnien – la gauche aurait pu faire oublier qu’elle avait enterré la lutte des classes sous les causes sociétales et mobiliser toutes ses réserves d’indignation et de bons sentiments droits-de-l’hommistes en soutenant Nafissatou Diallo.
Il aurait suffit que le coupable présumé fût Brice Hortefeux, Jean-Marie Le Pen ou Vincent Bolloré. On entend d’ici les accents de colère mal contenue qu’auraient eu les hiérarques socialistes si le grand méchant blanc de la suite 2805/2806 du Sofitel Manhattan avait été l’un de ceux-là. Ils auraient chanté l’air de « on vous l’avait bien dit », établissant un lien direct allant de la fortune à la prédation sexuelle en passant par le racisme d’Etat ordinaire, la politique sécuritaire et le mépris pour la victime. Mais rien n’avait préparé les chantres de la vertu anti-sarkozyste à cette situation dans laquelle le « méchant » présumé est l’un des leurs.
Quelques heures à peine après l’annonce de l’arrestation de DSK, Nicolas Sarkozy, président médiocre mais animal politique inimitable, confiait à ses proches que le PS venait de perdre la bataille de la morale. Au début, les socialistes ont pu se rassurer avec des sondages indiquant que leurs sympathisants n’avaient pas changé d’intentions de vote. Mais depuis, le débat s’est mué en empoignade morale sur laquelle planent l’ombre de la gauche caviar-Marrakech et le souvenir de chaussures Berluti à 11.000 balles.
Le candidat devra être une femme ou « divers »
C’est que le scandale pose des questions embarrassantes à un parti qui, de Paris à Toulouse en passant par Lyon, a réussi à conquérir les villes les plus bourgeoises de France sans qu’on remette en cause sa légitimité à représenter les faibles contre les forts. Comment peut-on être riche et socialiste ? L’appartenance à la gauche suppose-t-elle une éthique personnelle supérieure ? Ces questions vont surplomber une campagne présidentielle qui risque de se jouer « affaires contre affaires », sauf que les mœurs auront, sinon remplacé, au moins surpassé l’argent au palmarès des turpitudes.
Le cas du maire-sénateur PS de Neuilly-sur-Marne complique encore les choses. Il aura fallu deux ans après la confirmation par la Cour d’Appel de sa condamnation pour agressions sexuelles d’une employée municipale pour que le PS déclenche une procédure disciplinaire interne. Ce geste tardif risque de se révéler franchement insuffisant. De plus, il va falloir compter avec le nouvel avocat de Nafissatou Diallo, maître Kenneth Thompson, qui entend bien faire du procès une production à grand spectacle sur la lutte de classes, des races et des sexes. Pour déminer ce terrain mouvant, le PS doit apparaître non pas comme le porte-parole de la Victime mais comme sa seule personnification.
Dans ces conditions, le candidat idéal est une candidate ou un représentant de la « diversité » – la vraie, ce qui exclut les Juifs et, dans une moindre mesure, les Asiatiques – ou encore mieux, les deux à la fois. John Lennon ne disait-il pas que « la femme est le nègre du monde » ? Au PS, les « vieux-mâles-blancs » ont mangé leur pain de la même couleur.
Ainsi donc, DSK serait un obsessionnel compulsif et Georges Tron un fétichiste podophile. Ces révélations en cascade ont beau désoler les partisans d’une démocratie décente, elles constituent quand même une magnifique occasion de réviser nos connaissances en sexologie. Qui sait si la liste de tous ces dépravés qui « se vautrent dans le sexe », pour emprunter la phraséologie prudente du professeur Bernard Debré, n’est pas déjà épuisée ? Qui sait si ce grand déballage érotique ne va pas s’arrêter subitement ? Saisissons la balle au bond avant que la France honnête ne reprenne le dessus, et tâchons d’y voir plus clair entre ces différents travers.
Le fétichisme a ceci de pratique qu’il résume à lui seul la désolante insolence de la perversion masculine. Parmi les nombreux attributs d’une femme, le fétichiste ne retient que ce qui lui plaît. Sommé de faire l’amour à la femme tout entière, il préfère de beaucoup s’en tenir à des petits riens, petits riens dont l’insignifiance ne le gêne pas. C’est dire si le fétichiste n’a rien à faire en politique, où l’on ne s’occupe que des choses graves et de l’intérêt général.
Mais puisque l’heure est aux grands procès, précisons qu’une contradiction similaire se dégage entre le Droit, où l’on ne s’adresse jamais qu’à des personnes, et le fétichisme, où l’on ne s’adresse jamais qu’à des parties de ces personnes. C’est bien pourquoi défendre un fétichiste est impossible. L’avocat du fétichiste pourra toujours discréditer l’adversaire, il ne pourra jamais défendre son client positivement. Pourquoi devrait-on restaurer l’intégrité d’un homme au lieu de s’en tenir à la défense raisonnée de ses fixettes ? N’en doutons pas : dans cette bataille où les parties n’auront de cesse que de sauver la réputation du présumé coupable, l’âme de la perversion, elle, sera irrémédiablement perdue. Telle est la vertu bizarre du Droit. On ne peut pas défendre un fétichiste. On ne peut que défendre un homme.
Ceux qui ont regardé Ukraine-France jusqu’à la 75ème minute ont eu tort d’aller se coucher malgré l’ennui que suscitait le match. C’est en effet à ce moment là que Laurent Blanc a décidé de faire entrer en jeu le jeune Marvin Martin. Ce dernier, en un petit quart d’heure, a remercié son entraîneur de sa première sélection en inscrivant deux buts et offrant une passe décisive à un partenaire, faisant passer le score de 1/1 à 4/1.
De Marvin Martin il est question dans un article de Causeur n°36 , que nos abonnés trouveront prochainement dans leurs boîtes aux lettres. Avec ceux qui n’ont pas encore, pour des tas de mauvaises raisons, envoyé leur bulletin d’abonnement, je demeure bon prince et leur rappelle cette anecdote qui figure dans un article de ce numéro : ce joueur, originaire de la région parisienne, avait été refusé à l’INF Clairefontaine (« pôle espoir » de la Fédé de Foot) à cause d’une trop petite taille. Certes, le Franc-Comtois que je suis, supporteur du FC Sochaux, n’ a eu qu’à se féliciter de cette décision puisque Martin a dû s’exiler chez nous et y devenir, cette saison, le meilleur passeur du championnat de France et le second d’Europe derrière Messi.
Cette anecdote est révélatrice de la véritable discrimination qui a longtemps régné dans le football français, celle qui éliminait tous les petits gabarits. Laurent Blanc a souhaité y mettre fin. Martin lui a donné raison de la plus belle façon.
Des hommes qui battent leur(s) femme(s), qui les cocufient ou les répudient, ce sera bientôt de l’histoire ancienne. Chouette!
Figurez-vous qu’on a enfin trouvé le responsable, enfin plutôt la responsable ! Si le mari se comporte de cette façon, c’est évidemment la faute à madame. Pas assez obéissante, pas assez « divertissante » (je cite) pour son cher époux.
Menées tambour battant par une certaine Maznah Taufik[1. Maznah Taufik avait déjà créé le «Ikhwan Polygamy Club» pour vanter les mérites de la polygamie.], des femmes de Malaisie ayant fait ce constat ont lancé ce 4 juin le «Club des épouses obéissantes». Leur credo ? La Sourate An Nisa, verset 34: « Pour celles (les épouses) qui se montrent insubordonnées, commencez par les exhorter, puis ignorez-les dans votre lit conjugal et, si c’est nécessaire, frappez-les ! Mais dès qu’elles redeviennent raisonnables, ne leur cherchez plus querelle. Dieu est le Maître Souverain. »
Grâce à ce Club, les femmes apprendront enfin à se comporter comme il sied à une bonne épouse et éviteront ainsi à leur mari de s’énerver, ce qui est très mauvais pour son petit cœur.
Ce qui est très mauvais aussi pour son petit cœur, c’est d’avoir jusqu’à quatre épouses. Mais ça, c’est une autre histoire.
De Tunis au Caire, c’est en brandissant leur drapeau que les insurgés ont contesté les pouvoirs en place. « La Nation, c’est nous. Vous êtes des usurpateurs », proclamaient en substance les manifestants de la place Al-Tahrir et les foules tunisiennes. Mais paradoxalement, les révolutions arabes doivent chercher hors de leurs frontières un modèle national susceptible d’exportation. Ce modèle doit permettre de réaliser la synthèse entre la spécificité de chaque peuple et la référence islamique commune à tous. En effet, s’il était absurde hier de disqualifier le « Printemps arabe » en brandissant l’épouvantail islamiste, il serait imbécile aujourd’hui de prétendre que l’islam a disparu de l’imaginaire collectif des peuples révoltés. La référence musulmane demeure à l’évidence une composante essentielle de l’appartenance, seule une élite restreinte et largement coupée de la majorité rêvant de régimes laïques. Aussi l’intelligentsia islamiste est-elle appelée à jouer un rôle de premier plan dans la redéfinition des identités nationales d’où émergera le monde arabe de demain.
Il faut ajouter qu’après deux révolutions qui se sont avérées être des coups d’Etat « démocratiques », Le Caire et Tunis ne savent plus à quel saint se vouer. Lors des élections en Egypte et en Tunisie, on pourrait voir des millions de citoyens apparemment sécularisés basculer vers l’islam politique. Dans un tel contexte, les grands frères turc et persan peuvent apparaître comme les inspirateurs d’une alternative arabe à la démocratie occidentale d’autant plus que l’un et l’autre ont intérêt à enrayer le déclin de leur soft power idéologique.
Le voile noir de la Révolution iranienne
À Qom, les mollahs observent la vague avec circonspection tandis que les plus hautes autorités de l’Etat, Président de la République et Guide Suprême, glorifient l’élan arabe[1. Exception faite de la Syrie, alliance syro-iranienne oblige] comme le digne héritier de la Révolution de 1979. Cette récupération éhontée n’est pas entièrement usurpée. Certes, dans leur immense majorité, les masses arabes sont à des années-lumière du messianisme irano-chiite khomeiniste. Les partisans de la théologie politique iranienne – le velayat-e-faqih, dont le système pyramidal repose in fine sur le discernement d’un seul clerc – sont rares parmi les sunnites. Pourtant, ne serait-ce qu’à cause de la stabilité du régime né sur les cendres de la dynastie Pahlavi, la référence iranienne a un certain poids.
Il y a trente ans, Michel Foucault s’enflammait pour la promesse émancipatrice portée par l’alliance broussailleuse des nationalistes, islamistes et communistes. Uni par sa détestation du Shah, tout ce petit monde se retrouvait dans la phraséologie islamo-marxiste de l’imam Khomeini, qui avait su traduire en langage religieux le marxisme de l’intellectuel Ali Shari’ati, grand défenseur des déshérités devant l’Eternel. La gaine de religiosité enveloppant les revendications démocratiques des révolutionnaires iraniens permit à Khomeini de « confisquer » la révolution et de massacrer méthodiquement les factions contestant son joug autoritaire (communistes, Moudjahidine du Peuple, etc.). Avec l’aide indirecte de Saddam Hussein, le régime sacrifia une génération de jeunes martyrs révolutionnaires[2. Ce que fit la Révolution française en envoyant les sans-culottes au front]. Ainsi débarrassé de millions de jeunes hommes potentiellement contestataires, le pouvoir de Téhéran s’appuya sur la bourgeoisie pieuse, le Bazar et son appareil militaro-sécuritaire. Il fallut attendre la fin des années 1990 et l’émergence de la jeunesse réformatrice née avec la Révolution pour voir la République islamique vaciller sur ses bases.
À l’évidence, dans leur rapport ambigu à la démocratie, les islamistes arabes proches des Frères Musulmans gardent en tête le modèle iranien en tête, bien qu’ils ne sachent pas toujours quelle part d’universalité islamique et quelle part de spécificité irano-chiite il recèle. Quoi qu’il en soit, l’essoufflement de la théocratie iranienne devrait les convaincre que l’heure est davantage à la « moralisation » de la démocratie parlementaire qu’à des normes islamiques imposées par le haut. D’où l’intérêt de la « voie turque ».
La relative modération de la jeune génération des Frères Musulmans égyptiens, dont un porte-parole s’est engagé à respecter l’accord de paix avec Israël, et l’acceptation, par le parti islamiste tunisien Ennahda, d’un statut personnel régi par les lois civiles, rappellent en effet la stratégie qui a permis au Parti de la Justice et du Développement turc d’accéder au pouvoir. Sous l’impulsion d’Erdogan, l’AKP a peu ou prou reproduit le cheminement idéologique initié par Gianfranco Fini en Italie. Notons au passage qu’il est difficile de savoir qui, de Milli Gorüs, figure néo-ottomane des Frères Musulmans, ou de l’Italien néo-fasciste, est le plus antisémite.
Erdogan ou l’islamisme des notables
Or, à l’aube des années 2000, l’un comme l’autre ont réussi leur examen de passage démocratique. L’irrésistible ascension de l’AKP qui, depuis 2002, gagne élection après élection, encourage les islamistes arabes tentés par le jeu parlementaire. Tant que la sécurité et les menus plaisirs des touristes ne sont pas menacés par la « moralisation » de la vie quotidienne (lutte contre les débits d’alcool locaux, prédication en direction de la jeunesse, etc.), les milieux d’affaire turcs s’accommodent parfaitement du virage islamique de la République d’Atatürk. Et la croissance ininterrompue de l’économie garantit l’hégémonie de l’AKP. La synthèse turque entre l’islam, la nation et le libéralisme a de quoi séduire des islamistes arabes en quête de respectabilité. Il se murmure que les AKPistes turcs financent le parti islamo-conservateur tunisien de Rached Ghannouchi, rentré à Tunis après plus de vingt ans d’exil. En tout cas, le leader d’Ennahda (la Renaissance) ne cesse de vanter les mérites d’Erdogan.
Dans ces conditions, les pays arabes à la recherche d’eux-mêmes devraient-ils s’inspirer de la « démocratie islamique » à la turque ou de l’expérience révolutionnaire iranienne ? Ni l’un ni l’autre, a-t-on envie de répondre : quelle que soit sa forme, « l’islamo-nationalisme » est voué à l’échec, dès lors que ses deux composantes finissent inévitablement par entrer en collision. Ainsi, en Iran la tension monte entre les partisans du président Ahmadinejad, Gardiens de la Révolution ou islamistes séculiers soucieux de la légitimité des urnes ou en tout cas de son apparence[3. Urnes bourrées à souhait par le régime lorsqu’il le juge nécessaire], et les clercs proches de Khamenei, qui s’agacent des velléités d’indépendance de cette génération de vétérans de la guerre Iran/Irak. Quant à Erdogan, il pourrait aussi être confronté dans les années qui viennent aux effets de l’usure du pouvoir. La perspective d’une intégration à l’Union Européenne ne pourra pas indéfiniment servir de paravent à la réislamisation rampante de la société. Du reste, le refus probable de l’UE ne pourra que réveiller le nationalisme turc.
Avant même cette échéance, la Turquie doit affronter les conséquences immédiates des violences qui secouent la région. Alors que la Turquie kémaliste était l’adversaire presque naturel des nations arabes, la politique panislamiste menée par Ankara s’est notamment traduite par l’apaisement des relations avec Damas et le réchauffement des liens avec Ryad et Téhéran. Erdogan va devoir choisir entre les Frères Musulmans qui sont à la manœuvre en Syrie et le régime ami de Bachar el-Assad, c’est-à-dire entre la solidarité religieuse et l’alliance politique. Pour l’instant, le Premier ministre souffle le chaud et le froid, tançant son partenaire sans rompre les relations diplomatiques – politique qui ressemble fortement à celle qu’il mène vis-à-vis d’Israël. Mais cette ligne « chèvre et chou » ne pourra pas durer éternellement.
Dans la redistribution des cartes en cours, les protestataires n’ont pas encore à choisir entre islam et nation, arabité et identité islamique. Ce n’est pas en imitant l’Occident athée, l’islamo-libéralisme turc ou l’islam révolutionnaire iranien que les peuples construiront la démocratie arabo-musulmane de demain. À eux de trouver leur voie. Espérons qu’ils y parviendront sans arme, ni haine, ni violence.
Comme leurs alliés historiques français, les Ecossais sont devenus des adeptes du vote-sanction qui permet d’exprimer son ras-le-bol à peu de frais. Le 5 mai dernier, ils se sont offert une crise de nerfs qui effraie leur voisin anglais.
En offrant la majorité absolue des sièges du Parlement d’Edimbourg au Scottish National Party, les électeurs écossais ont contraint son leader et nouveau Premier ministre Alex Samond à tenir sa promesse : organiser un référendum sur l’indépendance de l’Ecosse à l’horizon 2016.
Au passage, ils en ont profité pour décocher de sévères uppercuts aux grands partis britanniques. Traditionnellement travaillistes à tout crin, les Ecossais n’ont pas digéré la dérive centriste-unioniste de Tony Blair et Gordon Brown. Leur incapacité à endiguer le chômage et la violence qui rongent les villes écossaises a aussi lourdement pesé sur la popularité locale du New Labour. Quant aux libéraux-démocrates, qui avaient enregistré une belle percée aux élections nationales de l’an dernier, leur coalition contre-nature avec les Conservateurs de David Cameron les a condamnés à la marginalité écossaise.
Loin d’être un feu isolé, la victoire du SNP prend place dans la longue histoire des rivalités anglo-écossaises. Car c’est peu dire que les Ecossais sont nationalistes et fiers de l’être, construits contre, tout contre l’Anglais, qui le leur rend bien.
Sa Gracieuse Majesté « l’Allemande »
D’ores et déjà, le Royaume Uni bruisse de mille rumeurs alarmistes amplifiées par les tabloïds. La Reine – que Salmond surnomme discrètement « l’Allemande » à cause de ses origines germaniques- n’en dormirait plus la nuit. C’est bien le moins. N’a-t-on pas tout à craindre de ces damned Scots ? Inspirés par le fantôme écartelé de William Wallace[1. William Wallace : Héros légendaire de l’indépendance écossaise immortalisé dans Braveheart par Mel Gibson. Lors de son exécution en 1305, il fut à moitié pendu, éventré puis décapité et découpé en morceaux], ils pourraient faire imploser le Royaume Uni en abolissant les Actes qui ont uni l’Angleterre et l’Ecosse en 1707. Un tel séisme ne manquerait pas de provoquer des répliques en Irlande et au Pats de Galles.
En votant massivement pour le SNP, les Ecossais entendent-ils pour autant couper définitivement le cordon avec Londres ? Rien n’est moins sûr. Les sondages n’accordent que 40% aux scissionnistes et les autres partis locaux, qui n’envisagent pas de quitter formellement le Royaume Uni, se contenteraient volontiers d’une autonomie plus étendue que celle que Tony Blair leur a accordée à contrecœur en 1999.
Surtout, s’ils décident déjà souverainement de leur politique en matière de santé, d’éducation, de culture et de monnaie, les cinq millions d’Ecossais savent qu’ils paieraient l’indépendance au prix fort. Lorsque la sécession était encore dans l’air du temps, Salmond faisait miroiter des lendemains qui chantent à ses compatriotes scottish. Aujourd’hui, la comparaison avec l’Irlande et l’Islande n’est pas très encourageante alors que les économies de ces petits pays comparables à l’Ecosse, naguère prospères et dynamiques, sont en miettes.
L’Europe cherche-t-elle à diviser pour mieux régner ?
À bien y réfléchir, on ne quitte pas le royaume de sa Très Gracieuse Majesté d’un claquement de doigts. Songeons aux conflits économiques qu’engendrerait l’indépendance. Les terres, les forêts et les industries « écossaises » appartiennent aux Anglais. Qui les indemnisera ? Et que faire du pétrole – certes presque épuisé – de la mer du Nord dont le statut juridique et la propriété font l’objet d’âpres discussions ?
Des nationalisations pures et simples équivaudraient à une déclaration de guerre. Or, on imagine d’autant moins les Highlanders ressortir leurs tartans rouges et leurs épées rouillées qu’avec un PIB par habitant de 30% inférieur à la moyenne européenne, ils n’en ont pas les moyens. L’indépendance n’étant pas un gage de prospérité, le sort de l’Ecosse paraît bel et bien scellé.
Une autre capitale européenne a fortement ressenti la secousse du 5 mai. Après avoir théorisé le régionalisme comme la première étape d’un fédéralisme plus ou moins assumé, Bruxelles s’intéresse au plus haut point aux états d’âme des Ecossais. Alors que la construction européenne a toujours reposé sur la coopération interétatique, le spectre de la fragmentation des nations en micros-Etats nous guette.
Au nom du chardon et de la tourbe, la sécession de l’Ecosse concrétiserait la stratégie bruxelloise du « diviser pour mieux régner ». Si cette hypothèse devenait réalité, l’indépendance écossaise serait beaucoup plus que l’indépendance écossaise…
On savait déjà depuis quelques que temps que l’Allemagne était devenue une nation de petits vieux grognons, sans enfants, qui construisent des machines outils et des voitures jusqu’à 70 ans. Après, ils meurent en célébrant avec leur maigre retraite les vertus du monétarisme féroce de leur chancelière. Comme ils n’ont plus assez d’argent et qu’ils cessent d’envahir comme chaque été l’Europe du Sud en rotant leur bière tiède sur l’Acropole ou les couloirs du Prado, ils se croient autorisés à railler les « pays club med » par la voix de Merkel qui, à la mi mai et devant la perspective d’une restructuration de la dette grecque, a encore daubé sur ces pays de feignasses surmutualisés qui prennent plus de vacances que les autres et arrêtent de travailler à 50 ans. Alors que l’Allemagne, elle, pétrie de valeurs protestantes, serait sérieuse et bosseuse.
Oui, mais non, c’est faux. Et ce n’est pas un affreux marxiste qui le dit, c’est Patrick Artus, économiste en chef chez Natexis. Il nous dit qu’un Allemand travaille en moyenne 1390 heures par an pour 2119 heures pour un grec. Quand même. Quant à la productivité horaire des allemands, elle est supérieure à la moyenne, mais pas à celle de la France. Ironie, elle plutôt est pile-poil celle du travailleur grec. Quant à l ‘âge effectif de la retraite et ce malgré la loi qui fixe le départ de l’Allemand à 65, puis 67 ans, dans les faits il part à 62, 2 ans quand les Grecs arrêtent à 61,5. Et c’est pour ces quelques mois que Madame Merkel voudrait voir Aphrodite mise à l’encan ?
Avant la conférence de presse du Front national consacrée au protectionnisme, sa présidente a répondu à Causeur sur son programme économique…et ses amis autrichiens
Daoud Boughezala : Vous prônez un protectionnisme national pour mettre l’industrie française à égalité avec ses concurrentes maghrébine ou asiatique. Seulement, les salariés délocalisés sont aussi des consommateurs accros aux smartphones et autres I-pads. Sans même parler des risques d’augmentation des prix, comment satisferez-vous leurs besoins ?
Marine Le Pen : L’ouverture totale des frontières, pratiquée en Europe plus que partout ailleurs dans le monde, est l’une des causes principales de la désindustrialisation de la France et du chômage de masse. Nous proposons de sortir de ce dogme imposé par l’Europe et de cesser de nous enferrer dans une idéologie absurde. Si nous proposons d’instaurer des protections nationales (droits de douane, quotas, normes sanitaires), c’est parce que l’Union Européenne n’acceptera jamais de défendre ses frontières économiques : son ADN est ultralibéral, ses Traités interdisent formellement les protections, et l’Allemagne n’en veut pas. De toute façon, un protectionnisme européen serait impuissant contre les délocalisations intra-européennes, de plus en plus répandues, en particulier vers l’Est. En créant des emplois, la ré-industrialisation engendrera une hausse des salaires qui se répercutera sur le pouvoir d’achat. Quant aux prix des biens importés, ils n’augmenteront pas dans la mesure où nous contrôlerons très sévèrement les marges de la grande distribution, un chantier qu’il est temps d’ouvrir. Chacun pourra continuer d’acheter ses I-phones « made in China ». Mais mon ambition est qu’on en fabrique en France ! La désindustrialisation n’est pas une fatalité.
D.B : Vous évacuez un peu légèrement le risque inflationniste et ses conséquences négatives sur le pouvoir d’achat. Surtout si on ajoute au protectionnisme le retour au franc…
MLP : Au contraire ! Le pouvoir d’achat dépend des prix et des salaires. Ce sont le libre-échange intégral et l’euro qui soumettent les salaires à une terrible pression à la baisse. Quant aux prix, je le répète, nous nous donnerons les moyens législatifs et réglementaires de mettre fin aux ententes et aux pratiques abusives de la grande distribution, qui captent 30% du pouvoir d’achat des Français. D’après une récente étude de l’économiste Jacques Sapir, une dévaluation compétitive de notre monnaie, d’environ 25 %, n’engendrerait qu’une faible inflation – estimée à 2% au plus -, mais donnerait une bouffée d’oxygène à notre économie qui en a bien besoin. Ce qui est certain, c’est que nous n’allons pas continuer à regarder passivement la France s’appauvrir au nom de dogmes absurdes. Cessons d’écouter les dogmatiques du laisser-faire dont les mensonges ont vocation à faire peur aux gens afin que rien ne change ! Le statu quo est leur intérêt, pas celui des Français.
D.B : Ne craignez-vous pas des mesures de rétorsion de la part de nos partenaires commerciaux ?
MLP : Pourquoi raisonner à l’envers ? C’est nous aujourd’hui qui sommes victimes de la léthargie de nos dirigeants, à commencer par Nicolas Sarkozy qui ne fait rien pour protéger notre économie. En établissant des protections intelligentes aux frontières, en utilisant tous les outils à notre disposition, comme l’ont fait nombre de pays extra-européens, souvent plus petits et plus pauvres que la France, nous reviendrons dans le jeu mondial à armes égales, et serons en mesure de bénéficier de la croissance mondiale. Rappelons-nous aussi que les partenaires de la France n’ont aucun intérêt à se fâcher avec elle : nous sommes la cinquième puissance économique mondiale – et un marché de 65 millions de consommateurs. Et réapprenons aussi à capitaliser notre influence politique mondiale ! J’appelle tous les Français à reprendre confiance dans la France et à se rappeler qu’elle est un puissant et grand pays.
D.B. : Hier, au Parlement européen, vous avez tenu une conférence de presse commune avec Heinz-Christian Strache, le leader de la droite radicale autrichienne (FPÖ) . Certes, son parti est en train de devenir la première force politique d’Autriche. Mais en vous affichant avec un personnage aussi sulfureux, ne ruinez-vous pas tous vos efforts pour dédiaboliser l’image du Front National ?
MLP : « Sulfureux » ? Cette affirmation parfaitement gratuite procède de la diabolisation des partis patriotes européens par des élites qui craignent pour la survie de leur système mondialisé. Je vous rappelle que le FPÖ est un grand parti qui a déjà participé au gouvernement autrichien. C’est aussi l’un des fers de lance de la lutte pour la liberté des nations contre l’Union Européenne. Pour ma part, je compte bien me rapprocher des partis patriotes belge, suisse, britannique, italien ou suédois pour proposer une alternative au funeste projet de l’UE.
C’est décidément très à la mode : les indicateurs économiques n’ayant pas le bon goût de nous montrer ce que nous souhaiterions qu’ils nous montrent – en l’espèce que tout vas de mal en pis et que cette affreuse mondialisation sauvage transforme la planète en champs de bataille mortifère – les technocrates qui nous gouvernent n’ont de cesse que de nous fournir des indices du bonheur national tous plus douteux les uns que les autres. Mais là, nous venons d’atteindre un sommet qui sera, je pense, difficile à surpasser : après l’indicateur du bien-être lancé par l’OCDE c’est au tour de la Corée du Nord de nous révéler son indice du bonheur et le classement mondial qui l’accompagne[1. Extrait sur Shanghaiist].
Publiés récemment par la télévision d’Etat nord coréenne (Chosun Central Television), les résultats indiquent que la Chine, avec un score de 100 sur 100, est le loin le pays où l’on est le plus heureux en ce bas monde puisqu’on y a déjà atteint le bonheur parfait. En seconde position, à tout seigneur tout honneur, la Corée du Nord obtient 98 points ; on imagine volontiers que les deux petits points perdus sont liés à quelques inconvénients mineurs comme les famines, l’absence totale de libertés civiles ou encore les quelques 200 000 prisonniers politiques enfermés dans des camps de concentrations[2. Selon Amnesty International]. Suivent ensuite quelques paradis notoires comme Cuba (93/100), l’Iran (88/100) et – bien sûr – le Venezuela (85/100) tandis que, loin derrière, on retrouve naturellement la Corée du sud (18/100) à la 152ème place du classement tandis que les Etats-Unis (rebaptisés pour l’occasion l’« Empire Américain ») finissent bons derniers avec seulement 3 points.
Pyongyang n’a pas révélé la technique de calcul de son indice mais a fait beaucoup plus que ça puisqu’au-delà des détails de cuisine interne, l’annonce de ces résultats expose toute la philosophie du bonheur totalitaire : les gens sont heureux quand l’Etat a dit qu’ils l’étaient.
L'Enlèvement des Sabines, Giuseppe Cesari 1568-1640
Un passage obscur de la Genèse (6, 1-4) a donné lieu à une exégèse frénétique des Pères de l’Église et des rédacteurs du Talmud qui se demandèrent comment, sous le règne du Dieu unique, apparurent soudainement sur Terre, juste avant le Déluge, des « fils de Dieu » dont on ne sait presque rien sinon qu’ils « trouvèrent que les filles des hommes leur convenaient » et qui en conséquence « prirent pour femmes toutes celles qu’il leur plût », sans leur demander leur avis. Faute de mieux, on les appela « anges », mais la Bible de Jérusalem souligne la similitude entre ce passage et la mythologie grecque, qui décrit abondamment les unions tumultueuses − et rarement consenties − entre les dieux et d’innombrables mortelles. Ces accouplements violents ne correspondent guère aux canons de notre civilisation qui, heureusement informée par la douceur évangélique, place le consentement au cœur des relations charnelles entre hommes et femmes et même, serait-on tenté d’ajouter, entre Dieu et la femme. C’est seulement après avoir pris acte du consentement de Marie − « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole » − que l’ange Gabriel la quitte. Jamais Marie n’est forcée, ni spirituellement, puisqu’on attend son assentiment, ni physiquement, puisqu’elle reste vierge. Reste que, même dans le Nouveau Testament, l’union du Ciel et de la Terre est spectaculairement mise en scène comme s’il s’agissait d’un invariant des sociétés humaines, tout en conservant bien sûr un caractère transgressif.[access capability= »lire_inedits »]
Par contraste, notre époque semble furieusement endogame, et les « fils de Dieu » contemporains − je veux dire les stars médiatiques, sportives et politiques − ne consentent plus guère à s’accoupler avec les humbles mortels que nous sommes. Tout en haut du ciel, douillettement installé à l’abri du peuple au cœur des premières classes des bolides transatlantiques, le Gotha mondial ne condescend plus à s’abaisser jusqu’aux classes laborieuses et dangereuses mais se contente d’une triste consanguinité qu’il cultive à l’abri de forteresses imprenables et vidéo-protégées. Que sont les satyres d’antan devenus ? On le sait, le peuple est quant à lui devenu infréquentable et les classes sociales, plus encore que les sexes, mourront chacune de leur côté.
C’est pourquoi, malgré l’horreur que m’inspire, comme à tout un chacun, l’acte que l’on attribue à Dominique Strauss-Kahn, je lui trouve aussi quelque chose de touchant. Touchant, ce goût désuet des amours ancillaires, touchante cette fougue qui pousserait ce petit dieu des séminaires de haut vol, ce very VIP d’aéroports ultrasécurisés à s’abandonner, jusqu’à la chute et au crime, à un désir qui le porte vers les plus humbles parmi les plus humbles. Par ce geste supposé, par cette kénose libidineuse, Strauss-Kahn abolit pour un instant toutes les frontières sociales que l’on croyait infranchissables, toutes les distances symboliques que l’on pensait impossible à combler. C’est, me semble-t-il, faire un contresens majeur que de voir dans cet acte la réaffirmation d’une domination sociale. C’est tout le contraire.
Le désir est révolutionnaire, donc violent
Le capitalisme contemporain se passe aisément d’un contact direct entre les personnes. Le développement contemporain de l’économie de marché consiste justement en cela : le dénouement de tous les liens directs entre classes que tissaient les sociétés traditionnelles (rendez-moi ma caissière !). Dans son dernier roman, Houellebecq décrit de façon à la fois comique et convaincante comment, aujourd’hui, un homme ayant parfaitement réussi sa vie professionnelle peut ne parler à personne tout en jouissant d’une parfaite aisance matérielle[1. « …Il se rendit compte qu’il n’avait pas prononcé une parole depuis presque un mois, à part le « Non » qu’il répétait tous les jours à la caissière (rarement la même, il est vrai) qui lui demandait s’il avait la carte Club Casino. »La Carte et le territoire, Flammarion, p.63. C’est la contraction du domaine de la lutte].
Le désir sexuel est sans doute une des dernières choses qui pousse parfois les uns vers les autres les représentants de classes sociales éloignées les unes des autres. Lorsqu’on l’aura complètement criminalisé, notamment sous sa forme masculine, comme cela en prend allègrement le chemin à la suite de cette affaire (j’entendais Clémentine Autain et Edwy Plenel dénoncer en chœur, sur le plateau de Frédéric Taddéï, la drague lourde et les gauloiseries des mâles placées dans le même sac qu’une tentative de viol), chacun ne copulera plus que dans son petit cercle à lui avec quelqu’un qui lui ressemblera parfaitement, voire, si l’on pousse la logique à son terme, se masturbera devant son écran, sans risque d’être accusé par son alter ego ou sa webcam de harcèlement ou de conduite inappropriée. Bien sûr que le désir est dangereux ! Il pousse à commettre des actes qui sortent de l’ordinaire, à prendre des risques, voire à commettre des crimes (que personne ici ne justifie), le contraire de cette fameuse domination sociale et symbolique qui ordonne le corps social, grave dans le marbre la distance hiérarchique et stabilise le pouvoir.
Deleuze le proclamait fièrement : le désir est révolutionnaire. C’est pour cela qu’il est violent. Quelle révolution se passe de violence ? Et c’est la seule révolution que DSK aura jamais mise en branle. Car l’acte qu’on lui attribue, par les affects populaires qu’il mobilise, devient dans sa répression même l’instrument de la vengeance du peuple contre les puissants. C’est seulement sous l’emprise de leurs pulsions sexuelles que les puissants dévoilent au peuple la faiblesse grâce à laquelle il pourra enfin s’emparer du corps de la divinité et satisfaire ses propres pulsions. C’est bien le corps menotté et fermement empoigné du dieu déchu par des représentants du peuple américain qui a fasciné la Terre entière et scandalisé ses pairs. En touchant une femme du peuple, Strauss-Kahn s’expose à la vindicte du commun qui peut ainsi, en exhibant comme un trophée de chasse cet être naguère inaccessible, crier justice. Noli me tangere.[/access]
L’affaire DSK n’en finit plus de secouer le PS. Certes, l’élimination du favori ouvre des perspectives inattendues aux autres candidats, mais tous subissent la dégradation de l’image de leur parti. Le scandale est devenu une métaphore des clivages ethniques et sociaux qui pourrait bien coûter une quatrième défaite présidentielle consécutive au PS. Celui-ci apparaît désormais comme le parti de l’homme blanc, riche, d’âge mûr, face accusé de crimes sexuels à l’encontre d’une mère célibataire, africaine d’immigration récente et musulmane de surcroît. La totale.
Haro sur la gauche caviar-Marrakech-Berluti
Dans un célèbre épisode du roman de Charles Dickens Le conte de deux cités, le carrosse du marquis de Saint-Evremond – caricature de l’aristocrate d’Ancien régime qui ne mérite de meilleur sort que la lanterne – écrase un fils d’un paysan – incarnation du « bon peuple ». Sans même s’excuser, le noble jette une pièce de monnaie au père endeuillé. Alors que la tradition dont ils font un usage rhétorique immodéré fait des socialistes les défenseurs naturels du paysan Gaspard, les voilà affublés des habits du marquis.
Si la réalité ressemblait au conte de fées raconté par « Terra Nova » – think-tank ex-strauss-kahnien – la gauche aurait pu faire oublier qu’elle avait enterré la lutte des classes sous les causes sociétales et mobiliser toutes ses réserves d’indignation et de bons sentiments droits-de-l’hommistes en soutenant Nafissatou Diallo.
Il aurait suffit que le coupable présumé fût Brice Hortefeux, Jean-Marie Le Pen ou Vincent Bolloré. On entend d’ici les accents de colère mal contenue qu’auraient eu les hiérarques socialistes si le grand méchant blanc de la suite 2805/2806 du Sofitel Manhattan avait été l’un de ceux-là. Ils auraient chanté l’air de « on vous l’avait bien dit », établissant un lien direct allant de la fortune à la prédation sexuelle en passant par le racisme d’Etat ordinaire, la politique sécuritaire et le mépris pour la victime. Mais rien n’avait préparé les chantres de la vertu anti-sarkozyste à cette situation dans laquelle le « méchant » présumé est l’un des leurs.
Quelques heures à peine après l’annonce de l’arrestation de DSK, Nicolas Sarkozy, président médiocre mais animal politique inimitable, confiait à ses proches que le PS venait de perdre la bataille de la morale. Au début, les socialistes ont pu se rassurer avec des sondages indiquant que leurs sympathisants n’avaient pas changé d’intentions de vote. Mais depuis, le débat s’est mué en empoignade morale sur laquelle planent l’ombre de la gauche caviar-Marrakech et le souvenir de chaussures Berluti à 11.000 balles.
Le candidat devra être une femme ou « divers »
C’est que le scandale pose des questions embarrassantes à un parti qui, de Paris à Toulouse en passant par Lyon, a réussi à conquérir les villes les plus bourgeoises de France sans qu’on remette en cause sa légitimité à représenter les faibles contre les forts. Comment peut-on être riche et socialiste ? L’appartenance à la gauche suppose-t-elle une éthique personnelle supérieure ? Ces questions vont surplomber une campagne présidentielle qui risque de se jouer « affaires contre affaires », sauf que les mœurs auront, sinon remplacé, au moins surpassé l’argent au palmarès des turpitudes.
Le cas du maire-sénateur PS de Neuilly-sur-Marne complique encore les choses. Il aura fallu deux ans après la confirmation par la Cour d’Appel de sa condamnation pour agressions sexuelles d’une employée municipale pour que le PS déclenche une procédure disciplinaire interne. Ce geste tardif risque de se révéler franchement insuffisant. De plus, il va falloir compter avec le nouvel avocat de Nafissatou Diallo, maître Kenneth Thompson, qui entend bien faire du procès une production à grand spectacle sur la lutte de classes, des races et des sexes. Pour déminer ce terrain mouvant, le PS doit apparaître non pas comme le porte-parole de la Victime mais comme sa seule personnification.
Dans ces conditions, le candidat idéal est une candidate ou un représentant de la « diversité » – la vraie, ce qui exclut les Juifs et, dans une moindre mesure, les Asiatiques – ou encore mieux, les deux à la fois. John Lennon ne disait-il pas que « la femme est le nègre du monde » ? Au PS, les « vieux-mâles-blancs » ont mangé leur pain de la même couleur.
Ainsi donc, DSK serait un obsessionnel compulsif et Georges Tron un fétichiste podophile. Ces révélations en cascade ont beau désoler les partisans d’une démocratie décente, elles constituent quand même une magnifique occasion de réviser nos connaissances en sexologie. Qui sait si la liste de tous ces dépravés qui « se vautrent dans le sexe », pour emprunter la phraséologie prudente du professeur Bernard Debré, n’est pas déjà épuisée ? Qui sait si ce grand déballage érotique ne va pas s’arrêter subitement ? Saisissons la balle au bond avant que la France honnête ne reprenne le dessus, et tâchons d’y voir plus clair entre ces différents travers.
Le fétichisme a ceci de pratique qu’il résume à lui seul la désolante insolence de la perversion masculine. Parmi les nombreux attributs d’une femme, le fétichiste ne retient que ce qui lui plaît. Sommé de faire l’amour à la femme tout entière, il préfère de beaucoup s’en tenir à des petits riens, petits riens dont l’insignifiance ne le gêne pas. C’est dire si le fétichiste n’a rien à faire en politique, où l’on ne s’occupe que des choses graves et de l’intérêt général.
Mais puisque l’heure est aux grands procès, précisons qu’une contradiction similaire se dégage entre le Droit, où l’on ne s’adresse jamais qu’à des personnes, et le fétichisme, où l’on ne s’adresse jamais qu’à des parties de ces personnes. C’est bien pourquoi défendre un fétichiste est impossible. L’avocat du fétichiste pourra toujours discréditer l’adversaire, il ne pourra jamais défendre son client positivement. Pourquoi devrait-on restaurer l’intégrité d’un homme au lieu de s’en tenir à la défense raisonnée de ses fixettes ? N’en doutons pas : dans cette bataille où les parties n’auront de cesse que de sauver la réputation du présumé coupable, l’âme de la perversion, elle, sera irrémédiablement perdue. Telle est la vertu bizarre du Droit. On ne peut pas défendre un fétichiste. On ne peut que défendre un homme.
Ceux qui ont regardé Ukraine-France jusqu’à la 75ème minute ont eu tort d’aller se coucher malgré l’ennui que suscitait le match. C’est en effet à ce moment là que Laurent Blanc a décidé de faire entrer en jeu le jeune Marvin Martin. Ce dernier, en un petit quart d’heure, a remercié son entraîneur de sa première sélection en inscrivant deux buts et offrant une passe décisive à un partenaire, faisant passer le score de 1/1 à 4/1.
De Marvin Martin il est question dans un article de Causeur n°36 , que nos abonnés trouveront prochainement dans leurs boîtes aux lettres. Avec ceux qui n’ont pas encore, pour des tas de mauvaises raisons, envoyé leur bulletin d’abonnement, je demeure bon prince et leur rappelle cette anecdote qui figure dans un article de ce numéro : ce joueur, originaire de la région parisienne, avait été refusé à l’INF Clairefontaine (« pôle espoir » de la Fédé de Foot) à cause d’une trop petite taille. Certes, le Franc-Comtois que je suis, supporteur du FC Sochaux, n’ a eu qu’à se féliciter de cette décision puisque Martin a dû s’exiler chez nous et y devenir, cette saison, le meilleur passeur du championnat de France et le second d’Europe derrière Messi.
Cette anecdote est révélatrice de la véritable discrimination qui a longtemps régné dans le football français, celle qui éliminait tous les petits gabarits. Laurent Blanc a souhaité y mettre fin. Martin lui a donné raison de la plus belle façon.