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Tragédie en vue à Monte-Carlo

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Lequel des deux est le moins amoureux de l’autre ? Telle est la seule question qu’il nous aura été donnée de trancher lors des cérémonies qui virent s’unir, à Monaco, deux des plus navrants tourtereaux de l’année. J’ai longtemps cru que cette question psychologique dépassait les capacités d’un pauvre chroniqueur royal comme moi, mais avec le recul, je donnerais volontiers l’avantage à Albert. Si le regard de Mademoiselle Wittstock s’est souvent égaré dans la contemplation béate des nuages (ces fameux nuages dont nous parle Baudelaire), l’époux fut, et de loin, le plus indifférent aux charmes de sa femme. Charlène a certainement un corps de rêve, mais ce n’est pas le sien.

Le plus frappant est la résignation avec laquelle l’épouse en a pris son parti. Lady Di était peut-être un peu niaise, mais elle avait au moins un sentiment très vif de sa solitude avec laquelle il ne lui déplaisait pas d’éclabousser la Couronne d’Angleterre. Une fois la lune de miel passée, Charlène aura-t-elle le front de tromper son mari avec le fils d’un marchand de canons ? Aura-t-elle seulement l’audace de balancer ses jambes assise sur le plongeoir d’un yacht ? On aimerait en avoir la certitude, seulement rien n’est moins sûr. Je sais que la princesse est entourée de conseillers qui lui veulent du bien, autrement dit du mal, et je ne serai pas étonné d’apprendre que ce mariage asexué évolue vers la tragédie la plus complète.

Il faut ajouter qu’hormis quelques brefs moments d’agacements (dont la scène du baiser) Albert n’a cessé de la regarder en chien de faïence, lui aussi. En ce sens, mais en ce sens seulement, on peut dire qu’ils sont faits l’un pour l’autre.

Un tombeau pour Jean Dutourd

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Le Père Dutourd, les lecteurs de Causeur en ont eu la primeur dans la nécrologie que François Taillandier consacra, ici même, à l’auteur du Bon Beurre, disparu en janvier. C’est maintenant un petit livre brillant et émouvant qui occupera dans l’oeuvre de Taillandier une place similaire à celle de La Vie de Rancé dans celle de Chateaubriand. Dans ce brillant exercicespirituel, le vicomte, tout en rendant hommage au réformateur de La Trappe, évoquait surtout son propre rapport au Temps, à Dieu, à la France.

Le Père Dutourd nous en apprend autant sur François Taillandier que sur Jean Dutourd. Ne pouvoir se comprendre qu’au travers d’un autre écrivain qui fut un maître et un ami est une belle preuve d’humilité. Se souvenir de Dutourd, pour Taillandier, c’est d’abord se rappeler sa jeunesse clermontoise au début des années 1970, dans une famille qui lisait beaucoup. C’est aussi se souvenir que Dutourd était « l’écrivain des parents », un réac patenté terriblement démodé dans une période prétendument libérée qui préparait la servitude libérale-libertaire d’aujourd’hui.

Un soir de désoeuvrement dans sa chambre d’adolescent, le hasard, dont Bloy disait qu’il est la providence des imbéciles, fit lire Le Printemps de la vie, de Dutourd, à François Taillandier. Dès lors, son système immunitaire contre l’imbécillité présente se mit en marche.[access capability= »lire_inedits »]

Auprès de Dutourd, Taillandier a compris qu’il ne serait jamais de son temps

Taillandier n’avait pas tant trouvé un modèle qu’un début de confirmation de la dissidence intérieure qui fut la sienne dès sa jeunesse, cette certitude qu’il lui serait impossible d’adhérer totalement à quoi que ce soit, bref qu’il ne pourrait jamais, selon l’expression consacrée, « être de son temps ».

« C’est que j’ai mes secrets. Cela doit venir de l’enfance. Le monde est trop dur. Ou décevant. Alors je me retire, je me cache, je vais retrouver ces secrets qui me font vivre, me donnent de la force. Ce sont des pensées, des chansons. Des rêveries. Des souvenirs. Pour vous, je suis ceci, cela, j’ai l’air de tel genre de type, je ne sais pas quoi. Je ne sais pas, je ne sais jamais “à quoi je ressemble”. Dans les rapports sociaux, je ne me “vois” pas. Mais il y a un dialogue entre moi et mon ombre. L’ombre que je n’ai laissée nulle part. Cela ne regarde qu’elle et moi, depuis qu’il a bien fallu vivre (d’après ce qu’on me dit, cela empire, en vieillissant). »

Et là, Dutourd intervient. Celui qui aide à la publication du premier roman avec une discrétion bourrue, qui lui apprend que le style en littérature peut permettre d’être de gauche et « passionnément d’accord » avec des écrivains de droite ou l’inverse lorsqu’il s’agit d’aimer Aragon pour un vieux gaullo-monarchiste indéfectible.

Taillandier recherche désespérément Dutourd comme on recherche la grâce : « Vous êtes là, en tout cas, et, je le crois, cela vous fait plaisir de me voir gratter du papier, m’acheminant peut-être moins vers votre éloge que vers une part de ma propre vérité. »[/access]

Le père Dutourd

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Dessine-moi une petite princesse

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Isabelle Huppert (Hannah) et Anamaria Vartolomei (Violetta)

Rien n’est plus gracieux qu’une fillette impubère, mais la photographier serait déjà la souiller. Tout au moins est-ce depuis une vingtaine d’années une règle intangible. Comme elle semble lointaine l’époque où Gabriel Matzneff était encensé pour Les Moins de Seize Ans et où je pouvais défendre Tony Duvert dans les colonnes du Monde. La thématique de l’enfance était alors présente dans toutes les expositions et Irina Ionesco, tout comme Jock Sturges, David Hamilton, Annelies Strba ou Graham Ovenden ne subissaient pas encore les foudres de la justice. Tout le monde a encore en mémoire la photo de Brooke Shields, dix ans, maquillée comme une adulte et posant nue dans une baignoire, le corps luisant. Cette photo signée Gary Cross fera la une de Photo Magazine en juillet 1978 et servira à la promotion du film de Louis Malle Pretty Baby.

Aujourd’hui, même les mises en scène délectables de Lewis Caroll suscitent un malaise : le portrait de la petite Alice Liddell en mendiante serait la preuve de son caractère pervers et immoral. Et d’ailleurs pourquoi aurait-il détruit sans explication à la fin de sa vie une partie de ses photos et supprimé des pages de son journal, s’il n’était pas coupable ? Il faut l’être pour immortaliser dans des poses indécentes d’innocentes enfants….

Qu’une mère, oui vous avez bien lu, une « mmaman », jette en pâture sa petite princesse aux voyeurs et aux prédateurs, voilà qui dépasse l’entendement. C’est pourtant ce qu’ont fait Irina Ionesco et Annelies Strba, pour ne citer qu’elles, dans les années soixante. J’avoue avoir pris un certain plaisir à regarder ces photos d’Irina Ionesco d’un kitsch volontairement assumé et d’une morbidité rafraîchissante même si je préférais l’austérité puritaine des clichés de Jock Sturges qui me rappelaient la statue d’une fillette nue en plein cœur de la Cité de Calvin.

Mais qu’éprouvaient les jeunes modèles à être ainsi exhibées par leur propre mère, trahies dans la confiance qu’elles leur accordaient, métamorphosées en petites madones vicieuses ? C’est le sujet du film : My Little Princess d’Eva Ionesco qui règle ses comptes avec sa putain de génitrice, ici incarnée non sans outrance par Isabelle Huppert.

Entre l’insouciance bohème de la mère et l’hystérie vindicative de la fille, nous préférons encore la mère. Rendons hommage néanmoins à Anamaria Vartolomei, la jeune actrice qui rechigne à entrer dans les délires érotiques et esthétiques qu’on cherche à lui imposer. Sans doute aura-t-elle, elle aussi, dans une vingtaine d’années, envie de dénoncer les procédés tortueux utilisés par la réalisatrice pour dénoncer ce qu’elle a subi. Les histoires de fillettes abusées, nous le savons depuis Freud, sont tout à la fois les plus tristement banales et celles dont le public est le plus friand. Comme My Little Princess, elles laissent néanmoins un goût amer après coup.

DSK : Saint-Claude, priez pour eux !

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Priez pour Bernard Debré, procureur improvisé, se réjouissant par avance des longues années de détention et d’opprobre, qui devaient sanctionner le « violeur » récidiviste !

Priez pour les légions de blogs et autres sites, où s’acharne l’habituelle crapule numérisée, toujours affolée à nuire et à dénoncer avec le courage de l’anonymat !

Priez pour les féministes énervées, ménagères maussades et jardinières zélées, promptes à brandir le sécateur !

Priez pour les Américains, qui n’osent pas emprunter un ascenseur dès lors que s’y trouve une femme seule !

Priez pour les Américaines, qui persistent à ignorer la jolie formule d’Oscar Wilde : « L’amour est un sacrement qui se reçoit à genoux. »

Priez aussi pour les socialistes, qui vont subir les foudres de Michèle Saban, plus démontée que l’Atlantique pendant une marée d’équinoxe !

Priez encore pour les séducteurs, que l’on a voulu comparer à un bedonnant pinceur de fesses.

Priez enfin pour la France et pour les Français, pauvres pécheurs, moins pervers que ne le soutenait hier encore l’ignoble presse américaine, saisie d’hystérie.

Ainsi placés sous votre protection, Saint-Claude, nous détournerons, en rougissant un peu, la fière formule cartésienne, qui fit notre réputation : « Libido ergo sum ».

Woody est une fête

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Que nous autres, humains, soyons des animaux de temps – que nos corps mystérieusement voués à être émus ne soient rien d’autre que d’irrésistibles et très naturelles machines à voyager dans le temps – voilà, ma foi, un miracle tout ce qu’il y a de plus réel. Midnight in Paris, de Woody Allen, est donc assurément un conte de fées d’un vigoureux réalisme. Un vrai conte de fées, un robuste et ordinaire soulier magique conçu sur mesure pour le pied géant du cher bon vieux Chesterton.

Dans La Morale des elfes, notre bon maître nous rappelait en effet que le seul réalisme digne de ce nom est celui qui se tient à hauteur de la féérie du réel. Gil, le héros de Midnight in Paris, est un jeune américain nostalgique et francophile en voyage à Paris – le frère jumeau du David du Voyage en France, de Benoît Duteurtre. Ce personnage très attachant, égaré et bien vivant, est interprété avec
talent par Owen Wilson. Les portes du temps s’ouvrent pour lui invariablement lorsque, assis sur de vieilles pierres, il entend sonner les douze coups de minuit.

Le son lointain et charnel de la cloche de minuit, et lui seul, fait paraître l’antique cabriolet qui le conduit à toute bringue et à toutes joies au lieu même de son désir, au lieu même où naît son être présent comme une fontaine jaillissante : le Paris artistique et cosmopolite des années 1920, celui d’Hemingway et de Fitzgerald, celui de Gertrude Stein et des surréalistes, cet espace-temps englouti, d’une ahurissante vitalité, où la liberté n’était pas un vain mot et un claquement qu’on fait avec la langue. A woodyble feast ![access capability= »lire_inedits »]

Gil, heureux athlète de la nostalgie

Ses aventures féériques ne divergent qu’en un seul point de la vie ordinaire : nous ignorons l’heure où s’ouvriront dans notre chair les portes du temps, ouvrant en nous une ardente présence ; la cloche de minuit peut sonner à toute heure. Mais comme Gil, nous le savons : c’est d’un seul et même acte, en deçà de tout agir, que se donnent soudain en nous la présence du passé et la présence du présent.

Je ne partage pas les réserves d’Isabelle Marchandier. Woody Allen me semble jouer avec les clichés sur Paris avec un art et un humour très avisés. Il découvre même la part de vrai logée dans le creux des clichés. Midnight in Paris me semble être, aux côtés de Zelig notamment, l’une de ses comédies les plus drôles et délectables, c’est-à-dire les plus profondes. Je n’oublierai jamais le regard de Gil lors de son tout premier voyage, lorsqu’après l’ébahissement et la stupeur, il comprend en quel lieu il est arrivé et consent enfin à s’y abandonner de tout son être. Ce regard exténué par le plaisir, par la joie pure.

Pourtant, le tour de force du film réside peut-être dans sa dernière partie, lorsque s’approfondit encore une virtuose et très singulière comédie de la nostalgie et que Woody Allen explore le jeu des rivalités entre les nostalgies. Mais ce que Gil éprouve au plus profond de son être n’est peut-être pas la nostalgie, la « douleur du retour » : c’est la « joie du retour », une joie sans nom. Pour le dire à la manière de Sloterdijk : Gil est un acrobate du temps, un vigoureux et heureux athlète de la « nostalgie ». La seule réponse possible et « honnête » à l’excellence du passé, c’est l’urgente excellence du présent. Non, Paris n’a pas encore été une fête.[/access]

Le passeur a passé

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photo : Hannah

Dans les Années 1980, Vladimir Dimitrijevic, que ses amis – et même quelques ennemis – appelaient Dimitri et Pierre Gripari Mitia, fut l’enfant chéri de l’édition parisienne : « grand éditeur », courageux, on ne lui épargna pas les banalités.

Du courage, il en avait eu en quittant la Yougoslavie communiste à vingt ans en sachant que cela condamnait son père à la prison (qui se retrouva en cellule avec le célèbre dissident Milovan Djilas). Il traversa la frontière en chantant intérieurement Moulin Rouge de Georges Auric. Arrivé en Suisse, il fut d’abord footballeur – heureusement sans insister – libraire et fondateur des éditions L’Âge d’Homme (lui demander si cette enseigne avait pour origine un texte de Leiris amenait un sourire narquois, voire méprisant, sur ses lèvres).

Dans la décennie 1980, l’anticommunisme est à la mode : Dimitri est fêté pour oser publier Zinoviev, Grossman et Volkoff, fournissant ainsi des arguments et des armes de talent – et quel talent chez les trois ! – contre l’ « Empire du mal » soviétique. On lui doit notamment la découverte de l’immense Vie et Destin. Le reste de son catalogue est pourtant tout aussi remarquable, mais on a plus de mal – à cause du manque caractérisé de curiosité de la gent littéraire et aussi, il faut bien le dire, d’une diffusion quelque peu artisanale et même farceuse – à distinguer Haldas et les (auteurs ?) suisses, la traduction enfin intégrale de Oblomov et de nombreux slaves bien moins connus à l’époque : Biély, Leonov, Tisma, etc. Pour prix de ce qu’il apporte au combat antisoviétique, on le laisse publier le sulfureux Gripari[1. Pierre Gripari (1925-90), écrivain, ancien communiste qui fut proche de la Nouvelle Droite].

Dès la chute du Mur, Zinoviev et Dimitri découvrent le pot-aux-roses. Ils réalisent que l’empire du Bien ne voulait pas la chute du communisme, mais celle de la Russie et de son formidable potentiel heureusement bridé par le système. Zinoviev, Volkoff, Dimitrijevic et même Soljenitsyne sont démonétisés par ce que Revel a appelé « le regain démocratique ».

Démonétisé puis diabolisé, pour avoir eu le culot de défendre son peuple contre la destruction de la Yougoslavie par l’Allemagne, « le Vatican » ajoutait Dimitri l’orthodoxe, Vladimir persiste en continuant de publier des classiques slaves, des auteurs suisses et d’autres, de tous pays, de toutes confessions, et de toutes opinions. Oui ! Il a même publié des récits staliniens des années 1930 et 1940, quand cela servait la connaissance du monde slave. Envolé le « grand éditeur courageux », exit le « passeur ». Il n’est plus ne reste qu’un « épurateur ethnique », « un nationaliste serbe de la pire espèce ». Certes, les Serbes n’avaient aucun don pour la contre-désinformation, mais on aurait aimé que le « milieu » médiatique et littéraire (comme on parle du « milieu » corse » ou marseillais) s’intéressent, non seulement à la situation sur le terrain, mais encore au catalogue qui continuait de s’édifier.

Heureusement, de grands écrivains apportèrent leur soutien à Dimitri dans des livres collectifs que j’ai eu l’honneur de diriger.

Il est mort et l’on pardonne beaucoup aux morts. Je crois que, de nouveau, le catalogue de L’Âge d’Homme sera scruté et exploré par ce qui reste de francophones curieux.

Comment constitua-t-il ce catalogue ? En lisant. En lisant encore et encore, en étant lui-même curieux, et surtout, fait rare dans l’édition, en acceptant de recevoir, pendant ses courts passages à Paris, qui en faisait la demande.

Vladimir Dimitrijevic avait beaucoup de défauts mais ils étaient consubstantiels à sa passion d’éditer. Je ne lui en reproche qu’un seul : il aimait le football. Ce n’est rien par rapport au monument à la littérature européenne qu’il a érigé de son vivant. Et en mourant le jour de l’anniversaire de la bataille de Kosovo, il a confirmé la dimension mythique de son œuvre et de sa vie.

Les sondages de Monsieur Hulot

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C’est une drogue dure et néanmoins légale. Nous sommes accros aux sondages. Nous avons beau savoir qu’ils ne nous font aucun bien, nous en redemandons jusqu’à l’écœurement. Il est vrai que, la plupart du temps, ils ne nous font pas grand-mal, se contentant d’enfiler des perles et d’annoncer qu’il fera froid en hiver, genre « les Français ont peur du chômage ». Pas possible !

Bien sûr, régulièrement, ils se prennent une gamelle magistrale en ratant totalement ce qui est en train de se passer, la montée de Jean-Marie Le Pen en 2002 comme celle d’Eva Joly cette semaine. Peu importe, nous reprenons notre dose. Nous sommes accros, vous dis-je. Il faut dire qu’il y a de quoi. Grâce aux sondeurs, les gouvernants ont l’illusion de connaître les gouvernés. Et scientifiquement avec ça. C’est que les pauvrets n’ont plus d’autres moyens de comprendre la société que des réponses à des questionnaires – entre nous, feraient mieux de s’abonner à Causeur. Nos dirigeants et ceux qui aspirent à le devenir payent donc à longueur d’années – parfois avec nos sous mais ne soyons pas mesquins – pour savoir ce que les Français veulent entendre. Après, ils nous le disent. Le faire, c’est autre chose, et ça les sondages ne donnent pas la recette.

Mais vous et moi ne sommes pas en reste : après tout, les sondages nous apprennent qui nous sommes, ce n’est pas rien. Ils nous disent pour qui nous voulons voter, qui nous choisissons pour diriger l’équipe de France de foot ou présenter le JT de TF1. Sachez donc, chers lecteurs que notre chaîne de télé préférée est Arte. Evidemment, c’est un peu plus ennuyeux quand ils nous disent non pas ce que nous pensons mais ce que nous devons penser et que nous finissons par penser ou, au minimum, par dire que nous le pensons. C’est ce que mon ami Gilles Casanova appelle l’autoréférentialité. C’est ainsi que l’immigration arrive régulièrement parmi les derniers sujets de préoccupation des électeurs, notamment de gauche. Ou que nous sommes massivement pour le mariage gay. Bien sûr, à d’autres moments, il faut rappeler au bon peuple qu’il est très mauvais et les mêmes sondeurs produisent des études démontrant par A+B que le racisme, l’intolérance et le pétainisme progressent, ce qui permet aux journaux qui les publient de dispenser d’édifiantes leçons de morale.

On ne va pas reprocher aux sondeurs de vendre leur came. D’ailleurs, ils ont toujours d’excellentes raisons d’avoir tort. Les sondés mentent ou changent d’avis, parfois même sous l’influence des sondages. Ainsi, selon Jérôme Fourest de l’IFOP cité par Mediapart, « Nicolas Hulot était un candidat médiatique qui devait assurer un score à deux chiffres. Au début, certains sympathisants verts, alors que leur tropisme idéologique aurait dû les conduire à voter pour Eva Joly, se disaient qu’un carton électoral valait bien quelques entorses idéologiques. » Appâtés par les sondeurs, ils ont promis aux sondeurs qu’ils choisiraient Hulot. Seulement, les derniers sondages ayant montré Nicolas Hulot ne ferait pas un meilleur score qu’Eva Joly à l’élection, l’électeur vert est retourné à ses premières amours – vache. Il y a cinq ans, à force d’entendre répéter que Ségolène Royal était la seule à pouvoir battre Sarkozy, les militants socialistes ont été convaincus qu’ils la désiraient depuis toujours. Il est assez drôle aujourd’hui d’entendre la madone poitevine, autrefois sacrée par les sondages et des médias, qu’un sondage ne fait pas l’élection.

Dans ce commerce triangulaire, les journalistes ont en effet le privilège d’être à la fois dealers et consommateurs. Car enfin, pour qu’un sondage soit l’événement de la semaine comme on le voit régulièrement il faut bien que les médias en parlent. Et nous en parlons. Nous en achetons, nous en publions, nous les commentons comme s’ils contenaient des vérités révélées. Faut-il en conclure que nous, les journalistes, nous ne connaissons pas mieux la France que les politiques ? Je préfère laisser cette question en suspens et vous offrir un sondage de mon cru : 100 % des Français sont contents de la libération de nos deux otages.

Violer une menteuse, qui le croirait ?

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Coup de théâtre dans « l’affaire DSK » : ainsi donc la victime putative serait une affabulatrice doublée d’une quasi-trafiquante de drogue !

La justice américaine, hier conspuée, devient soudain un modèle d’équité. Car le procureur Cyrus Vance, propulsé tout à trac en tête du Top Ten des parangons de vertu, a eu le bon goût de faire son travail. En enquêtant à charge, mais aussi à décharge, il a conçu des doutes sur la crédibilité de la douce « Ophélia ». Voilà qui doit revigorer les inconditionnels français de la mise au rebut du juge d’instruction.

Quant aux quelques strausskahniens, demeurés fidèles à leur douzième imam, tout espoir leur est désormais permis : l’homme providentiel sera bientôt de retour. Auréolé du prestige de ceux qui ont souffert pour rien, il renverra le couple Ghesquière-Taponier et leurs 18 mois de détention aux oubliettes de l’histoire. On lui fera des excuses, et on criera –certains ont pris de l’avance- à « l’affaire Dreyfus-bis ». Quant au dédommagement pour le « meurtre médiatique d’un homme », nul doute qu’il sera à la hauteur du préjudice subi, et l’on se demande déjà si une élection à la présidence de la République pourra suffire.

Ainsi, pour nombre de « commentateurs », l’affaire est entendue: Nafissatou Diallo est une délinquante à peine présumée, donc le viol n’a pas eu lieu. Nonobstant les traces d’ADN découvertes sur sa personne, qui plaident sans l’ombre d’un doute pour la fameuse « relation consentie», .

Exit, donc, toute idée de culpabilité de l’ex-patron du FMI. Apparemment, le viol d’une menteuse semble tout à fait inenvisageable. A moins qu’il soit supposé… tolérable ?

Voilà en tout cas une paire de questions dont les féministes tendance de Haas devraient rapidement se saisir, sous peine d’être disqualifiées au sein de ce débat. Quitte à remballer promptement plumeaux et clito.

Osons la branlette !

Un collectif d’intellectuels éminents et anonymes nous a adressé hier ce texte important. Compte tenu des circonstances, il nous a semblé apporter une utile contribution au débat et, éventuellement, à la réhabilitation des branleurs et à la lutte contre la branlophobie, causes auxquelles Causeur ne saurait être indifférent. EL

Un mouvement de jeunes féministes lance une campagne : « Osez le clitoris ».

Elles ont leur clito, que nous respectons. Nous avons notre gland. Nous ne demandons rien d’autre que le respect. Pour enfin vivre ensemble avec nos différences, proposons la création d’un mouvement frère : « Osons la branlette ! ».

Clitoridiennes et branleurs, nous avons un ennemi commun : le mensonge vaginal, le plus grand mensonge de tous les siècles, et l’idéologie qui l’accompagne, le vaginalisme.

Nous exigeons des pouvoirs publics que chacun puisse jouir de sa propre personne sans se cacher. Nous en appelons à la justice pour qu’elle agisse avec sévérité contre les manifestations de branlophobie qui empoisonnent les relations entre soi et soi. Nous demandons la constitution immédiate d’un « Haut Conseil de la Branlophobie » chargé de recenser et de réprimer tout comportement branlophobe.

Il est temps de relever le gland ! Ras le gland des clitorophobes ! Ras le gland des branlophobes !

Pour le vivre ensemble avec soi-même, ne restez pas les doigts croisés ! Indignez-vous !

Indignez-vous, contre la stigmatisation qui pèse depuis Onan sur cette population qui jouit de se polir le gland. « Osons la branlette », pour que les branleurs ne soient plus jamais considérés comme des branleurs. Ni les glandeurs comme de simples glandeurs.

Indignez-vous pour que l’obligation de raser les murs cesse d’être le lot de cette minorité encore stigmatisée. Elle ne veut plus se cacher, elle a vocation à devenir une majorité visible, et même ultra-visible.

« Osons la branlette » est la réponse à la dépendance à l’égard de l’autre abusif.
« Osons la branlette » est la réponse radicale au harcèlement sexuel.

« Osons la branlette » protège la longévité élective de nos représentants. Dominique Strauss-Kahn et Georges Tron sont des enfants perdus (quoique très présumés) de la branlette. Il n’est pas besoin de dire que s’ils avaient appliqué nos principes, leur vit en eût été changé. Il est grand temps d’entrer dans l’ère des fiertés onanistes.

Nous nous prononçons pour un juste partage des plaisirs du gland. La question du gland commun est aujourd’hui au centre de nos préoccupations citoyennes. Indigènes de la République, paysans sans terre, étudiants sans diplômes et vous aussi, djihadistes de bonne volonté, rejoignez-nous!

Exigez la constitution de quotas de fiers branleurs chez les présentateurs télé, les journalistes et les hommes politiques ! Sans oublier les économistes, ni même les policiers. Ouvrons l’Université populaire de la libre branlette ! Mettons la pensée en branle ! L’avenir de la philosophie est entre vos doigts !

Branleurs de tous les pays, relevez-vous, rejoignez la « Flotille de la Branlette » et son équipage de jeunes Norvégiens blonds armé par le collectif « Tous ensem-ble, Tous ensem–ble, So-li–taire(s) » composé de 844 associations actives dans la société si vile. Quelques archevêques, des artistes conceptuels de renom, des Verts et des Pas mûrs sont d’ores et déjà prêts à forcer le blocus des maternités qui pratiquent l’apartheid en restreignant leur mission de service public aux seules futures mamans. Les maternités appartiennent à tou–t–es. Nous n’acceptons pas la mainmise des mères sur les maternités. Les mâles branleurs ne resteront pas des « sans doigts ».

« Osons la branlette » est un mouvement ouvert à tou–te–s, ainsi qu’aux autres. Nul n’est besoin en ce domaine d’être pratiquant. Il suffit d’être tolérant et favorable à l’élargissement des doigts. De tous les doigts.

Pour la Section française du MVAB (« Mouvement contre le vaginalisme et pour l’amitié entre les branleurs »)
Le Bureau national
Le 27 juin 2011

Albert de Monaco et Charlène Wittstock, dernières victimes collatérales de l’affaire DSK ?

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Alors qu’on entonne partout au PS le grand air du « Je vous l’avais bien dit » (ce qui est vrai pour certains, mais pas exactement pour tous), on se plait à imaginer DSK faisant de petites croix dans sur son carnet Moleskine : X, s’est bien tenu ; Y, penser à lui arracher les yeux dès mon retour à Paris.

Peut-être aura-t-il aussi une pensée émue pour son collègue Georges Tron qui à la suite de ce feuilleton judiciaire américain indépendant de sa volonté a dû échanger son fauteuil de ministre contre un siège éjectable à l’Assemblée Nationale ? Ou pour tous les anciens ministres qui se mordent les doigts d’avoir fréquenté la Mamounia sans se douter qu’une banale faute de goût dans le choix d’un hôtel pouvait entrainer les pires soupçons sur leur moralité ?

Mais la vraie victime de ce deus ex machina newyorkais, n’est pas à chercher dans notre classe politique. En effet, c’est à l’heure où tous les projecteurs seront braqués sur le fameux tribunal de Manhattan qu’on célébrera le mariage civil d’Albert II de Monaco et Charlène Wittstock. Et je veux bien parier ma paye contre celle de Son Altesse Sérénissime que les JT de 20h n’ouvriront pas leurs éditions sur les noces principautaires, alors que j’aurais volontiers parié l’inverse hier soir…

Si ça, ce n’est pas un complot, moi je dis que ça y ressemble…

Tragédie en vue à Monte-Carlo

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Lequel des deux est le moins amoureux de l’autre ? Telle est la seule question qu’il nous aura été donnée de trancher lors des cérémonies qui virent s’unir, à Monaco, deux des plus navrants tourtereaux de l’année. J’ai longtemps cru que cette question psychologique dépassait les capacités d’un pauvre chroniqueur royal comme moi, mais avec le recul, je donnerais volontiers l’avantage à Albert. Si le regard de Mademoiselle Wittstock s’est souvent égaré dans la contemplation béate des nuages (ces fameux nuages dont nous parle Baudelaire), l’époux fut, et de loin, le plus indifférent aux charmes de sa femme. Charlène a certainement un corps de rêve, mais ce n’est pas le sien.

Le plus frappant est la résignation avec laquelle l’épouse en a pris son parti. Lady Di était peut-être un peu niaise, mais elle avait au moins un sentiment très vif de sa solitude avec laquelle il ne lui déplaisait pas d’éclabousser la Couronne d’Angleterre. Une fois la lune de miel passée, Charlène aura-t-elle le front de tromper son mari avec le fils d’un marchand de canons ? Aura-t-elle seulement l’audace de balancer ses jambes assise sur le plongeoir d’un yacht ? On aimerait en avoir la certitude, seulement rien n’est moins sûr. Je sais que la princesse est entourée de conseillers qui lui veulent du bien, autrement dit du mal, et je ne serai pas étonné d’apprendre que ce mariage asexué évolue vers la tragédie la plus complète.

Il faut ajouter qu’hormis quelques brefs moments d’agacements (dont la scène du baiser) Albert n’a cessé de la regarder en chien de faïence, lui aussi. En ce sens, mais en ce sens seulement, on peut dire qu’ils sont faits l’un pour l’autre.

Un tombeau pour Jean Dutourd

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Le Père Dutourd, les lecteurs de Causeur en ont eu la primeur dans la nécrologie que François Taillandier consacra, ici même, à l’auteur du Bon Beurre, disparu en janvier. C’est maintenant un petit livre brillant et émouvant qui occupera dans l’oeuvre de Taillandier une place similaire à celle de La Vie de Rancé dans celle de Chateaubriand. Dans ce brillant exercicespirituel, le vicomte, tout en rendant hommage au réformateur de La Trappe, évoquait surtout son propre rapport au Temps, à Dieu, à la France.

Le Père Dutourd nous en apprend autant sur François Taillandier que sur Jean Dutourd. Ne pouvoir se comprendre qu’au travers d’un autre écrivain qui fut un maître et un ami est une belle preuve d’humilité. Se souvenir de Dutourd, pour Taillandier, c’est d’abord se rappeler sa jeunesse clermontoise au début des années 1970, dans une famille qui lisait beaucoup. C’est aussi se souvenir que Dutourd était « l’écrivain des parents », un réac patenté terriblement démodé dans une période prétendument libérée qui préparait la servitude libérale-libertaire d’aujourd’hui.

Un soir de désoeuvrement dans sa chambre d’adolescent, le hasard, dont Bloy disait qu’il est la providence des imbéciles, fit lire Le Printemps de la vie, de Dutourd, à François Taillandier. Dès lors, son système immunitaire contre l’imbécillité présente se mit en marche.[access capability= »lire_inedits »]

Auprès de Dutourd, Taillandier a compris qu’il ne serait jamais de son temps

Taillandier n’avait pas tant trouvé un modèle qu’un début de confirmation de la dissidence intérieure qui fut la sienne dès sa jeunesse, cette certitude qu’il lui serait impossible d’adhérer totalement à quoi que ce soit, bref qu’il ne pourrait jamais, selon l’expression consacrée, « être de son temps ».

« C’est que j’ai mes secrets. Cela doit venir de l’enfance. Le monde est trop dur. Ou décevant. Alors je me retire, je me cache, je vais retrouver ces secrets qui me font vivre, me donnent de la force. Ce sont des pensées, des chansons. Des rêveries. Des souvenirs. Pour vous, je suis ceci, cela, j’ai l’air de tel genre de type, je ne sais pas quoi. Je ne sais pas, je ne sais jamais “à quoi je ressemble”. Dans les rapports sociaux, je ne me “vois” pas. Mais il y a un dialogue entre moi et mon ombre. L’ombre que je n’ai laissée nulle part. Cela ne regarde qu’elle et moi, depuis qu’il a bien fallu vivre (d’après ce qu’on me dit, cela empire, en vieillissant). »

Et là, Dutourd intervient. Celui qui aide à la publication du premier roman avec une discrétion bourrue, qui lui apprend que le style en littérature peut permettre d’être de gauche et « passionnément d’accord » avec des écrivains de droite ou l’inverse lorsqu’il s’agit d’aimer Aragon pour un vieux gaullo-monarchiste indéfectible.

Taillandier recherche désespérément Dutourd comme on recherche la grâce : « Vous êtes là, en tout cas, et, je le crois, cela vous fait plaisir de me voir gratter du papier, m’acheminant peut-être moins vers votre éloge que vers une part de ma propre vérité. »[/access]

Le père Dutourd

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Dessine-moi une petite princesse

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Isabelle Huppert (Hannah) et Anamaria Vartolomei (Violetta)

Rien n’est plus gracieux qu’une fillette impubère, mais la photographier serait déjà la souiller. Tout au moins est-ce depuis une vingtaine d’années une règle intangible. Comme elle semble lointaine l’époque où Gabriel Matzneff était encensé pour Les Moins de Seize Ans et où je pouvais défendre Tony Duvert dans les colonnes du Monde. La thématique de l’enfance était alors présente dans toutes les expositions et Irina Ionesco, tout comme Jock Sturges, David Hamilton, Annelies Strba ou Graham Ovenden ne subissaient pas encore les foudres de la justice. Tout le monde a encore en mémoire la photo de Brooke Shields, dix ans, maquillée comme une adulte et posant nue dans une baignoire, le corps luisant. Cette photo signée Gary Cross fera la une de Photo Magazine en juillet 1978 et servira à la promotion du film de Louis Malle Pretty Baby.

Aujourd’hui, même les mises en scène délectables de Lewis Caroll suscitent un malaise : le portrait de la petite Alice Liddell en mendiante serait la preuve de son caractère pervers et immoral. Et d’ailleurs pourquoi aurait-il détruit sans explication à la fin de sa vie une partie de ses photos et supprimé des pages de son journal, s’il n’était pas coupable ? Il faut l’être pour immortaliser dans des poses indécentes d’innocentes enfants….

Qu’une mère, oui vous avez bien lu, une « mmaman », jette en pâture sa petite princesse aux voyeurs et aux prédateurs, voilà qui dépasse l’entendement. C’est pourtant ce qu’ont fait Irina Ionesco et Annelies Strba, pour ne citer qu’elles, dans les années soixante. J’avoue avoir pris un certain plaisir à regarder ces photos d’Irina Ionesco d’un kitsch volontairement assumé et d’une morbidité rafraîchissante même si je préférais l’austérité puritaine des clichés de Jock Sturges qui me rappelaient la statue d’une fillette nue en plein cœur de la Cité de Calvin.

Mais qu’éprouvaient les jeunes modèles à être ainsi exhibées par leur propre mère, trahies dans la confiance qu’elles leur accordaient, métamorphosées en petites madones vicieuses ? C’est le sujet du film : My Little Princess d’Eva Ionesco qui règle ses comptes avec sa putain de génitrice, ici incarnée non sans outrance par Isabelle Huppert.

Entre l’insouciance bohème de la mère et l’hystérie vindicative de la fille, nous préférons encore la mère. Rendons hommage néanmoins à Anamaria Vartolomei, la jeune actrice qui rechigne à entrer dans les délires érotiques et esthétiques qu’on cherche à lui imposer. Sans doute aura-t-elle, elle aussi, dans une vingtaine d’années, envie de dénoncer les procédés tortueux utilisés par la réalisatrice pour dénoncer ce qu’elle a subi. Les histoires de fillettes abusées, nous le savons depuis Freud, sont tout à la fois les plus tristement banales et celles dont le public est le plus friand. Comme My Little Princess, elles laissent néanmoins un goût amer après coup.

DSK : Saint-Claude, priez pour eux !

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Priez pour Bernard Debré, procureur improvisé, se réjouissant par avance des longues années de détention et d’opprobre, qui devaient sanctionner le « violeur » récidiviste !

Priez pour les légions de blogs et autres sites, où s’acharne l’habituelle crapule numérisée, toujours affolée à nuire et à dénoncer avec le courage de l’anonymat !

Priez pour les féministes énervées, ménagères maussades et jardinières zélées, promptes à brandir le sécateur !

Priez pour les Américains, qui n’osent pas emprunter un ascenseur dès lors que s’y trouve une femme seule !

Priez pour les Américaines, qui persistent à ignorer la jolie formule d’Oscar Wilde : « L’amour est un sacrement qui se reçoit à genoux. »

Priez aussi pour les socialistes, qui vont subir les foudres de Michèle Saban, plus démontée que l’Atlantique pendant une marée d’équinoxe !

Priez encore pour les séducteurs, que l’on a voulu comparer à un bedonnant pinceur de fesses.

Priez enfin pour la France et pour les Français, pauvres pécheurs, moins pervers que ne le soutenait hier encore l’ignoble presse américaine, saisie d’hystérie.

Ainsi placés sous votre protection, Saint-Claude, nous détournerons, en rougissant un peu, la fière formule cartésienne, qui fit notre réputation : « Libido ergo sum ».

Woody est une fête

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Que nous autres, humains, soyons des animaux de temps – que nos corps mystérieusement voués à être émus ne soient rien d’autre que d’irrésistibles et très naturelles machines à voyager dans le temps – voilà, ma foi, un miracle tout ce qu’il y a de plus réel. Midnight in Paris, de Woody Allen, est donc assurément un conte de fées d’un vigoureux réalisme. Un vrai conte de fées, un robuste et ordinaire soulier magique conçu sur mesure pour le pied géant du cher bon vieux Chesterton.

Dans La Morale des elfes, notre bon maître nous rappelait en effet que le seul réalisme digne de ce nom est celui qui se tient à hauteur de la féérie du réel. Gil, le héros de Midnight in Paris, est un jeune américain nostalgique et francophile en voyage à Paris – le frère jumeau du David du Voyage en France, de Benoît Duteurtre. Ce personnage très attachant, égaré et bien vivant, est interprété avec
talent par Owen Wilson. Les portes du temps s’ouvrent pour lui invariablement lorsque, assis sur de vieilles pierres, il entend sonner les douze coups de minuit.

Le son lointain et charnel de la cloche de minuit, et lui seul, fait paraître l’antique cabriolet qui le conduit à toute bringue et à toutes joies au lieu même de son désir, au lieu même où naît son être présent comme une fontaine jaillissante : le Paris artistique et cosmopolite des années 1920, celui d’Hemingway et de Fitzgerald, celui de Gertrude Stein et des surréalistes, cet espace-temps englouti, d’une ahurissante vitalité, où la liberté n’était pas un vain mot et un claquement qu’on fait avec la langue. A woodyble feast ![access capability= »lire_inedits »]

Gil, heureux athlète de la nostalgie

Ses aventures féériques ne divergent qu’en un seul point de la vie ordinaire : nous ignorons l’heure où s’ouvriront dans notre chair les portes du temps, ouvrant en nous une ardente présence ; la cloche de minuit peut sonner à toute heure. Mais comme Gil, nous le savons : c’est d’un seul et même acte, en deçà de tout agir, que se donnent soudain en nous la présence du passé et la présence du présent.

Je ne partage pas les réserves d’Isabelle Marchandier. Woody Allen me semble jouer avec les clichés sur Paris avec un art et un humour très avisés. Il découvre même la part de vrai logée dans le creux des clichés. Midnight in Paris me semble être, aux côtés de Zelig notamment, l’une de ses comédies les plus drôles et délectables, c’est-à-dire les plus profondes. Je n’oublierai jamais le regard de Gil lors de son tout premier voyage, lorsqu’après l’ébahissement et la stupeur, il comprend en quel lieu il est arrivé et consent enfin à s’y abandonner de tout son être. Ce regard exténué par le plaisir, par la joie pure.

Pourtant, le tour de force du film réside peut-être dans sa dernière partie, lorsque s’approfondit encore une virtuose et très singulière comédie de la nostalgie et que Woody Allen explore le jeu des rivalités entre les nostalgies. Mais ce que Gil éprouve au plus profond de son être n’est peut-être pas la nostalgie, la « douleur du retour » : c’est la « joie du retour », une joie sans nom. Pour le dire à la manière de Sloterdijk : Gil est un acrobate du temps, un vigoureux et heureux athlète de la « nostalgie ». La seule réponse possible et « honnête » à l’excellence du passé, c’est l’urgente excellence du présent. Non, Paris n’a pas encore été une fête.[/access]

Le passeur a passé

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photo : Hannah

Dans les Années 1980, Vladimir Dimitrijevic, que ses amis – et même quelques ennemis – appelaient Dimitri et Pierre Gripari Mitia, fut l’enfant chéri de l’édition parisienne : « grand éditeur », courageux, on ne lui épargna pas les banalités.

Du courage, il en avait eu en quittant la Yougoslavie communiste à vingt ans en sachant que cela condamnait son père à la prison (qui se retrouva en cellule avec le célèbre dissident Milovan Djilas). Il traversa la frontière en chantant intérieurement Moulin Rouge de Georges Auric. Arrivé en Suisse, il fut d’abord footballeur – heureusement sans insister – libraire et fondateur des éditions L’Âge d’Homme (lui demander si cette enseigne avait pour origine un texte de Leiris amenait un sourire narquois, voire méprisant, sur ses lèvres).

Dans la décennie 1980, l’anticommunisme est à la mode : Dimitri est fêté pour oser publier Zinoviev, Grossman et Volkoff, fournissant ainsi des arguments et des armes de talent – et quel talent chez les trois ! – contre l’ « Empire du mal » soviétique. On lui doit notamment la découverte de l’immense Vie et Destin. Le reste de son catalogue est pourtant tout aussi remarquable, mais on a plus de mal – à cause du manque caractérisé de curiosité de la gent littéraire et aussi, il faut bien le dire, d’une diffusion quelque peu artisanale et même farceuse – à distinguer Haldas et les (auteurs ?) suisses, la traduction enfin intégrale de Oblomov et de nombreux slaves bien moins connus à l’époque : Biély, Leonov, Tisma, etc. Pour prix de ce qu’il apporte au combat antisoviétique, on le laisse publier le sulfureux Gripari[1. Pierre Gripari (1925-90), écrivain, ancien communiste qui fut proche de la Nouvelle Droite].

Dès la chute du Mur, Zinoviev et Dimitri découvrent le pot-aux-roses. Ils réalisent que l’empire du Bien ne voulait pas la chute du communisme, mais celle de la Russie et de son formidable potentiel heureusement bridé par le système. Zinoviev, Volkoff, Dimitrijevic et même Soljenitsyne sont démonétisés par ce que Revel a appelé « le regain démocratique ».

Démonétisé puis diabolisé, pour avoir eu le culot de défendre son peuple contre la destruction de la Yougoslavie par l’Allemagne, « le Vatican » ajoutait Dimitri l’orthodoxe, Vladimir persiste en continuant de publier des classiques slaves, des auteurs suisses et d’autres, de tous pays, de toutes confessions, et de toutes opinions. Oui ! Il a même publié des récits staliniens des années 1930 et 1940, quand cela servait la connaissance du monde slave. Envolé le « grand éditeur courageux », exit le « passeur ». Il n’est plus ne reste qu’un « épurateur ethnique », « un nationaliste serbe de la pire espèce ». Certes, les Serbes n’avaient aucun don pour la contre-désinformation, mais on aurait aimé que le « milieu » médiatique et littéraire (comme on parle du « milieu » corse » ou marseillais) s’intéressent, non seulement à la situation sur le terrain, mais encore au catalogue qui continuait de s’édifier.

Heureusement, de grands écrivains apportèrent leur soutien à Dimitri dans des livres collectifs que j’ai eu l’honneur de diriger.

Il est mort et l’on pardonne beaucoup aux morts. Je crois que, de nouveau, le catalogue de L’Âge d’Homme sera scruté et exploré par ce qui reste de francophones curieux.

Comment constitua-t-il ce catalogue ? En lisant. En lisant encore et encore, en étant lui-même curieux, et surtout, fait rare dans l’édition, en acceptant de recevoir, pendant ses courts passages à Paris, qui en faisait la demande.

Vladimir Dimitrijevic avait beaucoup de défauts mais ils étaient consubstantiels à sa passion d’éditer. Je ne lui en reproche qu’un seul : il aimait le football. Ce n’est rien par rapport au monument à la littérature européenne qu’il a érigé de son vivant. Et en mourant le jour de l’anniversaire de la bataille de Kosovo, il a confirmé la dimension mythique de son œuvre et de sa vie.

Les sondages de Monsieur Hulot

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C’est une drogue dure et néanmoins légale. Nous sommes accros aux sondages. Nous avons beau savoir qu’ils ne nous font aucun bien, nous en redemandons jusqu’à l’écœurement. Il est vrai que, la plupart du temps, ils ne nous font pas grand-mal, se contentant d’enfiler des perles et d’annoncer qu’il fera froid en hiver, genre « les Français ont peur du chômage ». Pas possible !

Bien sûr, régulièrement, ils se prennent une gamelle magistrale en ratant totalement ce qui est en train de se passer, la montée de Jean-Marie Le Pen en 2002 comme celle d’Eva Joly cette semaine. Peu importe, nous reprenons notre dose. Nous sommes accros, vous dis-je. Il faut dire qu’il y a de quoi. Grâce aux sondeurs, les gouvernants ont l’illusion de connaître les gouvernés. Et scientifiquement avec ça. C’est que les pauvrets n’ont plus d’autres moyens de comprendre la société que des réponses à des questionnaires – entre nous, feraient mieux de s’abonner à Causeur. Nos dirigeants et ceux qui aspirent à le devenir payent donc à longueur d’années – parfois avec nos sous mais ne soyons pas mesquins – pour savoir ce que les Français veulent entendre. Après, ils nous le disent. Le faire, c’est autre chose, et ça les sondages ne donnent pas la recette.

Mais vous et moi ne sommes pas en reste : après tout, les sondages nous apprennent qui nous sommes, ce n’est pas rien. Ils nous disent pour qui nous voulons voter, qui nous choisissons pour diriger l’équipe de France de foot ou présenter le JT de TF1. Sachez donc, chers lecteurs que notre chaîne de télé préférée est Arte. Evidemment, c’est un peu plus ennuyeux quand ils nous disent non pas ce que nous pensons mais ce que nous devons penser et que nous finissons par penser ou, au minimum, par dire que nous le pensons. C’est ce que mon ami Gilles Casanova appelle l’autoréférentialité. C’est ainsi que l’immigration arrive régulièrement parmi les derniers sujets de préoccupation des électeurs, notamment de gauche. Ou que nous sommes massivement pour le mariage gay. Bien sûr, à d’autres moments, il faut rappeler au bon peuple qu’il est très mauvais et les mêmes sondeurs produisent des études démontrant par A+B que le racisme, l’intolérance et le pétainisme progressent, ce qui permet aux journaux qui les publient de dispenser d’édifiantes leçons de morale.

On ne va pas reprocher aux sondeurs de vendre leur came. D’ailleurs, ils ont toujours d’excellentes raisons d’avoir tort. Les sondés mentent ou changent d’avis, parfois même sous l’influence des sondages. Ainsi, selon Jérôme Fourest de l’IFOP cité par Mediapart, « Nicolas Hulot était un candidat médiatique qui devait assurer un score à deux chiffres. Au début, certains sympathisants verts, alors que leur tropisme idéologique aurait dû les conduire à voter pour Eva Joly, se disaient qu’un carton électoral valait bien quelques entorses idéologiques. » Appâtés par les sondeurs, ils ont promis aux sondeurs qu’ils choisiraient Hulot. Seulement, les derniers sondages ayant montré Nicolas Hulot ne ferait pas un meilleur score qu’Eva Joly à l’élection, l’électeur vert est retourné à ses premières amours – vache. Il y a cinq ans, à force d’entendre répéter que Ségolène Royal était la seule à pouvoir battre Sarkozy, les militants socialistes ont été convaincus qu’ils la désiraient depuis toujours. Il est assez drôle aujourd’hui d’entendre la madone poitevine, autrefois sacrée par les sondages et des médias, qu’un sondage ne fait pas l’élection.

Dans ce commerce triangulaire, les journalistes ont en effet le privilège d’être à la fois dealers et consommateurs. Car enfin, pour qu’un sondage soit l’événement de la semaine comme on le voit régulièrement il faut bien que les médias en parlent. Et nous en parlons. Nous en achetons, nous en publions, nous les commentons comme s’ils contenaient des vérités révélées. Faut-il en conclure que nous, les journalistes, nous ne connaissons pas mieux la France que les politiques ? Je préfère laisser cette question en suspens et vous offrir un sondage de mon cru : 100 % des Français sont contents de la libération de nos deux otages.

Violer une menteuse, qui le croirait ?

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Coup de théâtre dans « l’affaire DSK » : ainsi donc la victime putative serait une affabulatrice doublée d’une quasi-trafiquante de drogue !

La justice américaine, hier conspuée, devient soudain un modèle d’équité. Car le procureur Cyrus Vance, propulsé tout à trac en tête du Top Ten des parangons de vertu, a eu le bon goût de faire son travail. En enquêtant à charge, mais aussi à décharge, il a conçu des doutes sur la crédibilité de la douce « Ophélia ». Voilà qui doit revigorer les inconditionnels français de la mise au rebut du juge d’instruction.

Quant aux quelques strausskahniens, demeurés fidèles à leur douzième imam, tout espoir leur est désormais permis : l’homme providentiel sera bientôt de retour. Auréolé du prestige de ceux qui ont souffert pour rien, il renverra le couple Ghesquière-Taponier et leurs 18 mois de détention aux oubliettes de l’histoire. On lui fera des excuses, et on criera –certains ont pris de l’avance- à « l’affaire Dreyfus-bis ». Quant au dédommagement pour le « meurtre médiatique d’un homme », nul doute qu’il sera à la hauteur du préjudice subi, et l’on se demande déjà si une élection à la présidence de la République pourra suffire.

Ainsi, pour nombre de « commentateurs », l’affaire est entendue: Nafissatou Diallo est une délinquante à peine présumée, donc le viol n’a pas eu lieu. Nonobstant les traces d’ADN découvertes sur sa personne, qui plaident sans l’ombre d’un doute pour la fameuse « relation consentie», .

Exit, donc, toute idée de culpabilité de l’ex-patron du FMI. Apparemment, le viol d’une menteuse semble tout à fait inenvisageable. A moins qu’il soit supposé… tolérable ?

Voilà en tout cas une paire de questions dont les féministes tendance de Haas devraient rapidement se saisir, sous peine d’être disqualifiées au sein de ce débat. Quitte à remballer promptement plumeaux et clito.

Osons la branlette !

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Un collectif d’intellectuels éminents et anonymes nous a adressé hier ce texte important. Compte tenu des circonstances, il nous a semblé apporter une utile contribution au débat et, éventuellement, à la réhabilitation des branleurs et à la lutte contre la branlophobie, causes auxquelles Causeur ne saurait être indifférent. EL

Un mouvement de jeunes féministes lance une campagne : « Osez le clitoris ».

Elles ont leur clito, que nous respectons. Nous avons notre gland. Nous ne demandons rien d’autre que le respect. Pour enfin vivre ensemble avec nos différences, proposons la création d’un mouvement frère : « Osons la branlette ! ».

Clitoridiennes et branleurs, nous avons un ennemi commun : le mensonge vaginal, le plus grand mensonge de tous les siècles, et l’idéologie qui l’accompagne, le vaginalisme.

Nous exigeons des pouvoirs publics que chacun puisse jouir de sa propre personne sans se cacher. Nous en appelons à la justice pour qu’elle agisse avec sévérité contre les manifestations de branlophobie qui empoisonnent les relations entre soi et soi. Nous demandons la constitution immédiate d’un « Haut Conseil de la Branlophobie » chargé de recenser et de réprimer tout comportement branlophobe.

Il est temps de relever le gland ! Ras le gland des clitorophobes ! Ras le gland des branlophobes !

Pour le vivre ensemble avec soi-même, ne restez pas les doigts croisés ! Indignez-vous !

Indignez-vous, contre la stigmatisation qui pèse depuis Onan sur cette population qui jouit de se polir le gland. « Osons la branlette », pour que les branleurs ne soient plus jamais considérés comme des branleurs. Ni les glandeurs comme de simples glandeurs.

Indignez-vous pour que l’obligation de raser les murs cesse d’être le lot de cette minorité encore stigmatisée. Elle ne veut plus se cacher, elle a vocation à devenir une majorité visible, et même ultra-visible.

« Osons la branlette » est la réponse à la dépendance à l’égard de l’autre abusif.
« Osons la branlette » est la réponse radicale au harcèlement sexuel.

« Osons la branlette » protège la longévité élective de nos représentants. Dominique Strauss-Kahn et Georges Tron sont des enfants perdus (quoique très présumés) de la branlette. Il n’est pas besoin de dire que s’ils avaient appliqué nos principes, leur vit en eût été changé. Il est grand temps d’entrer dans l’ère des fiertés onanistes.

Nous nous prononçons pour un juste partage des plaisirs du gland. La question du gland commun est aujourd’hui au centre de nos préoccupations citoyennes. Indigènes de la République, paysans sans terre, étudiants sans diplômes et vous aussi, djihadistes de bonne volonté, rejoignez-nous!

Exigez la constitution de quotas de fiers branleurs chez les présentateurs télé, les journalistes et les hommes politiques ! Sans oublier les économistes, ni même les policiers. Ouvrons l’Université populaire de la libre branlette ! Mettons la pensée en branle ! L’avenir de la philosophie est entre vos doigts !

Branleurs de tous les pays, relevez-vous, rejoignez la « Flotille de la Branlette » et son équipage de jeunes Norvégiens blonds armé par le collectif « Tous ensem-ble, Tous ensem–ble, So-li–taire(s) » composé de 844 associations actives dans la société si vile. Quelques archevêques, des artistes conceptuels de renom, des Verts et des Pas mûrs sont d’ores et déjà prêts à forcer le blocus des maternités qui pratiquent l’apartheid en restreignant leur mission de service public aux seules futures mamans. Les maternités appartiennent à tou–t–es. Nous n’acceptons pas la mainmise des mères sur les maternités. Les mâles branleurs ne resteront pas des « sans doigts ».

« Osons la branlette » est un mouvement ouvert à tou–te–s, ainsi qu’aux autres. Nul n’est besoin en ce domaine d’être pratiquant. Il suffit d’être tolérant et favorable à l’élargissement des doigts. De tous les doigts.

Pour la Section française du MVAB (« Mouvement contre le vaginalisme et pour l’amitié entre les branleurs »)
Le Bureau national
Le 27 juin 2011

Albert de Monaco et Charlène Wittstock, dernières victimes collatérales de l’affaire DSK ?

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Alors qu’on entonne partout au PS le grand air du « Je vous l’avais bien dit » (ce qui est vrai pour certains, mais pas exactement pour tous), on se plait à imaginer DSK faisant de petites croix dans sur son carnet Moleskine : X, s’est bien tenu ; Y, penser à lui arracher les yeux dès mon retour à Paris.

Peut-être aura-t-il aussi une pensée émue pour son collègue Georges Tron qui à la suite de ce feuilleton judiciaire américain indépendant de sa volonté a dû échanger son fauteuil de ministre contre un siège éjectable à l’Assemblée Nationale ? Ou pour tous les anciens ministres qui se mordent les doigts d’avoir fréquenté la Mamounia sans se douter qu’une banale faute de goût dans le choix d’un hôtel pouvait entrainer les pires soupçons sur leur moralité ?

Mais la vraie victime de ce deus ex machina newyorkais, n’est pas à chercher dans notre classe politique. En effet, c’est à l’heure où tous les projecteurs seront braqués sur le fameux tribunal de Manhattan qu’on célébrera le mariage civil d’Albert II de Monaco et Charlène Wittstock. Et je veux bien parier ma paye contre celle de Son Altesse Sérénissime que les JT de 20h n’ouvriront pas leurs éditions sur les noces principautaires, alors que j’aurais volontiers parié l’inverse hier soir…

Si ça, ce n’est pas un complot, moi je dis que ça y ressemble…