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La planète des singes : une fable anti-humaniste ?

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Chaque année, les vacances d’été amènent sur les écrans de cinéma leur lot de blockbusters bien plus sûrement que le réchauffement climatique n’amène la canicule. Et chaque année, l’effet de surprise est au rendez-vous, conséquence du progrès constant des effets spéciaux allié à une recherche du réalisme sans cesse renouvelée. C’est le cas de La planète des singes : les origines, de Rupert Wyatt. L’extrême frugalité de l’intrigue n’en fait certes pas un chef-d’œuvre. Mais la perfection des images de synthèse utilisées pour mettre en scène le héros simiesque nous donne à voir cet animal comme on se regarde dans un miroir. Elle nous rappelle combien la troublante question de la frontière entre l’homme et la bête a pu fasciner non seulement les cinéastes, mais aussi les écrivains.

La planète des singes : les origines, énième rejeton cinématographique du roman de Pierre Boulle ne brille certes pas par la qualité de son scénario, qui ne nous épargne aucun des poncifs nécessaires à la confection d’une superproduction. Il y a tout d’abord la dénonciation grossière de l’industrie pharmaceutique alliant l’âpreté au gain de l’homme d’affaires à l’inconscience d’un jeune et beau docteur Frankenstein, auquel sa créature – un chimpanzé rendu surdoué par une molécule de synthèse – va bien vite échapper. Suivent toutes les figures de style obligatoires et sans surprise: la problématique de l’altérité et la solitude du dissemblable, la prise de conscience collective, lente mais inexorable, d’un lumpenprolétariat animal qui finira par briser ses chaînes à l’appel d’un Spartacus quadrumane ayant appris à dire « Non », puis, enfin, le meurtre symbolique du père. Notre primate héroïque quitte en effet l’humain qui l’a élevé pour aller vivre sa vie de singe au sommet de sycomores millénaires, ce qui est tout de même plus éco responsable que dans un pavillon de banlieue avec cuisine en formica.

Finalement, c’est bien dans sa mise en œuvre remarquable des effets spéciaux que tient la réussite du film. L’usage de la « performance capture », déjà utilisée par James Cameron dans Avatar, et qui consiste à plaquer sur de véritables acteurs un « maquillage » de synthèse, humanise de façon surprenante les chimpanzés-héros. Leurs mimiques et leur regard permettent de jouer toute la gamme des émotions humaines, poussant jusqu’à son comble l’anthropomorphisme habituel de ces fictions qui arpentent avec fascination et depuis longtemps la ligne de démarcation entre humanité et animalité.

Cette précision de l’image conduit hélas à trancher un peu vite une question que la littérature, fort heureusement, a choisi de laisser irrésolue. Car pour Rupert Wyatt, les choses sont faciles. L’homme est monstrueux. Il torture l’animal en faisant sur lui des expériences scientifiques qui confinent à la folie et dont il cesse rapidement de maîtriser les conséquences. Ce faisant, il créée les conditions de sa propre destruction, et c’est bien fait. A l’inverse, le singe est humain. Il prend une juste revanche, sans haine, mais avec une intelligence et une détermination qui se lisent dans ses yeux. Paradoxalement, et parce que la qualité technique du film semble avoir utilisé la suggestivité d’un visage humain « avatarisé » pour gommer toute complexité, on se remémore aussitôt ces interrogations que quelques écrivains du milieu du XX° siècle avaient laissé en suspens.

Ainsi se rappellera-t-on une autre révolution animaliste, celle décrite par George Orwell dans La ferme des animaux. On évoquera aussi Robert Merle, qui sut attraper la difficile question de la communication homme/animal par tous les bouts : d’abord sous l’angle de la science-fiction, dans Un animal doué de raison, puis à la manière hyper réaliste de l’observateur scrupuleux d’une expérience scientifique dans Le propre de l’homme. Ce dernier ouvrage donne d’ailleurs à la question du langage animal une réponse exactement inverse à celle fournie par Wyatt. Même bercée depuis l’enfance par des bras humains, et quoiqu’ayant appris le langage des signes à l’instar du héros de La planète des singes, le chimpanzé Chloé ne prononcera jamais une parole. Enfin, on se souviendra du père Dillighan, ce bénédictin mis en mots par Vercors, qui rejoua dans le secret de sa conscience la controverse de Valladolid, et souffrit tant de ne pouvoir répondre à cette simple question : Les animaux dénaturés, ces « tropis » à mi chemin entre l’homme et la bête, ont-il une âme ?

Doit-on immédiatement conclure que seul l’écrit permet la nuance et que le cinéma, essentiellement préoccupé de produire des images spectaculaires, n’a à offrir que du manichéisme hollywoodien ? Rien n’est moins sûr. Boulle, Orwell, Merle et Vercors écrivaient pendant la Guerre Froide. Le monde s’ébrouait au sortir d’un conflit mondial qui avait vu des milliers d’hommes se « rhinocériser », comme le disait Ionesco. Cela amenait nécessairement la question suivante : l’être humain n’est-il pas le seul animal authentiquement bestial ?

Rupert Wyatt, lui, est un homme de notre époque, de cette modernité qui se caractérise, selon certains, par la fin des idéologies, et où d’autres voient dans l’écologie une utopie de substitution. Avec tout ce que cette dernière, au delà de sa doxa a priori sympathique, dissimule de défiance envers l’homme pour mieux aimer « le vivant », de suspicion pour la culture qui s’oppose trop à « la nature », autrement dit, et comme le pressentait Luc Ferry, dès le début des années 1990, d’antihumanisme. Dans ces conditions-là, prenons garde que les grands singes ne finissent effectivement par gagner cette (contre)révolution.

Le nouvel ordre écologique

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À la FFF, seule la bêtise est gratuite

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On savait le football professionnel pourri par le fric et la déraison. On ne pensait pas, en revanche, que ces règlements n’admettaient pas la moindre trace de philanthropie.

Ainsi, les joueurs du Dijon Football Côte d’Or qui viennent d’accéder à notre championnat de Ligue 1 ont dû, précipitamment changer de maillot quelques minutes avant le coup d’envoi du match qui les opposait à ceux du FC Lorient samedi dernier.

Celui qu’ils comptaient porter comprenait, notamment, deux logos d’associations « Coup d’pouce » et « Autour de Williams ». La Ligue de football professionnelle refusait ces deux petits flocages sur le maillot bourguignon non parce qu’il s’agissait d’associations subversives -elles ont pour objet de soutenir des enfants malades du cancer ou d’une maladie rare- mais parce qu’ils y figuraient à titre gracieux et, donc, non répertoriés comme partenaires officiels.

Le geste gratuit n’est donc plus seulement rare, il est désormais interdit par les instances du foot français. C’est plus clair comme ça, non ?

Euro-bonds, pourquoi Berlin n’en voudra jamais

Crédits photo : European Council

Face à la crise financière, les cabris du XXIe siècle sautent en répétant le dernier mot magique à la mode : euro obligations, euro obligations, euro obligations ! En fait de solution miracle, leur efficacité est sujet à débat, si tant est que l’Allemagne consente à leur application.

Dans une de ses dernières notes d’expert, Patrick Artus observe que la Banque Centrale Européenne ne pourra pas indéfiniment racheter de la dette espagnole et italienne afin de faire baisser les taux d’intérêt à dix ans de Madrid et Rome [1. Reconnaissons à la BCE d’avoir ramené leurs taux de 6% début août à environ 5% aujourd’hui]. Comme la Banque Centrale Européenne a déjà racheté pour plus de 90 milliards d’euros de dettes et que son appétit d’emprunt risque de se tarir devant les 2700 milliards de dettes souveraines italiennes et espagnoles, Artus conclut qu’« on ne pourra pas éviter les euro bonds ». A moins d’opter pour un renforcement du Fond Européen de Solidarité Financière, « la seule solution serait de sortir de l’euro et de monétiser les déficits publics sur une base nationale ».

Comment demander 4000 milliards à l’Allemagne ?

Compte tenu de la situation, beaucoup pensent que l’Allemagne surmontera ses réticences et acceptera les euro obligations pour sauver la monnaie unique. D’après le centre Bruegel, qui propose de mutualiser les dettes publiques à hauteur de 60% du PIB européen, la création d’une tranche « sénior » devrait instaurer une garantie solidaire collective pour la zone euro.

Puisque le PIB de la zone euro avoisine les 9400 milliards d’euros, dont 2600 imputables à la seule Allemagne, cela ferait de Berlin la caution solidaire d’environ 5600 milliards de dette collective dont seulement 1600 milliards lui reviennent. Ce mécanisme vicié mettrait de côté les 600 milliards environ de dette souveraine allemande qui se situent au-delà du seuil des 60% du PIB européen.

Les eurocrates qui ont imaginé ce système voudraient donc demander à l’Allemagne une garantie de 4000 milliards d’euros, soit 150% de son PIB !

Rien d’étonnant à ce que les Allemands toussent et refusent mordicus cette proposition depuis le début, surtout lorsque l’on sait que cette dette fourre-tout mutuelle risquerait d’augmenter les taux d’intérêt payés par nos voisins d’Outre-Rhin [2. La presse allemande fait état d’un surcoût de 17 milliards]. Pire, le reste de la dette européenne, émis au-delà des 60% du PIB commun, pourrait se payer très cher, y compris par une Allemagne qui se trouverait caution solidaire de plus de 5000 milliards de dettes…

Aussi, il est proprement hallucinant de voir et d’entendre les dirigeants socialistes français critiquer aussi vertement le refus allemand des euro obligations. Se rendent-ils seulement compte des sommes qu’ils demandent à Berlin de garantir ? Ces messieurs de Solférino accepteraient que la France soit elle aussi garante des 5600 milliards de dettes du dispositif. Quelle légèreté à dilapider l’argent public !
Il y a bien une justice dans tout cela : les euro obligations s’avèrent aussi inefficaces qu’iniques.

Certes, cette solution aurait l’avantage de sécuriser 60% du PIB européen, mais quid de la dette au-delà de ce seuil ? Dans le meilleur des cas, s’ils daignent financer des pays aussi endettés que l’Italie, les prêteurs exigeraient des taux confiscatoires sur la part de la dette non mutualisée.

Autrement dit, les euro obligations déplaceraient la spéculation sur les dettes souveraines non garanties par le pot commun européen. A la rigueur, seule une monétisation totale des dettes souveraines pourrait fonctionner, mais il faudrait alors décupler les ressources de la BCE ! Quand bien même nous agirions au cas par cas en monétisant des montants différents de dette pays par pays, nous offririons ainsi une prime aux Etats les plus endettés.

Devant pareil dilemme, on comprend parfaitement que l’Allemagne refuse les euro obligations. Si à tout hasard, il arrivait au SPD et aux Verts allemands de reprendre cette proposition irresponsable, je ne donnerais pas cher de leur peau lors des élections législatives de 2013. Ni de celle de la monnaie unique.

Zemmour la hyène, le MRAP a la haine

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Mouloud Aounit, président du MRAP.

En ces temps où Terra Nova suggère de suspendre les prolos au vestiaire, où les socialistes ne connaissent de Jaurès que la chanson de Pierre Bachelet, où la candidate verte veut faire tankiste à Tripoli, où les militantes trotskystes portent le hidjab et où le PCF, après avoir été à l’Est, est complètement à l’ouest, on accuse, souvent à juste titre, la gauche d’être oublieuse de son propre passé et d’avoir enterré ses meilleures traditions.

Un reproche qui ne pourra assurément pas être fait au MRAP, qui vient de ressusciter une tradition communiste que les moins de 80 ans ne peuvent pas connaître, sinon par les grimoires sur l’histoire du mouvement ouvrier international. Voici l’affiche que l’ex-mouvement antiraciste, devenu depuis assez longtemps un lobby ethniciste, a publié pour en appeler à la générosité de ses donateurs.

Brice Hortefeux y est donc représenté en vautour, et Eric Zemmour en hyène. Or, si le vautour n’a jamais totalement disparu du bestiaire politique de la gauche (les caricaturistes cossards l’utilisent souvent pour représenter les grands capitalistes), la hyène, elle, en était exclue depuis fort longtemps. Il faut dire qu’elle avait beaucoup servi, et pas forcément à bon escient. Un petit détour historique s’impose, ça tombe bien, les gars, on est encore en vacances…

Aux temps lointains de la Guerre froide, chaque tête de turc du Parti Communiste de l’Union Soviétique, et donc des partis frères et de leurs organisations satellites, avait droit à un gracieux surnom, souvent d’origine animale. On se souvient du fameux sobriquet de « vipère lubrique » attribué par Staline à Tito, mais il y eut aussi des « rats visqueux » et même, en version chinoise, des « tigres de papier ». Quant à la hyène, elle fut célébrissime durant les fifties grâce à Alexandre Fadeïev, un des romanciers officiels du régime stalinien, et pas un des pires – on lui doit notamment La Jeune garde, qui m’a fort ému dans mon adolescence, j’assume, moi, madame.

Président-fondateur de l’Union des Écrivains, titulaire du prix Staline, Fadeïev était aussi l’un des dirigeants du Conseil Mondial de la Paix, qui regroupait les compagnons de route du monde entier dans la lutte contre l’Otan, le Plan Marshall, le réarmement allemand, etc. Le CMP a été notamment à l’initiative du célèbre Appel de Stockholm, que fit signer le jeune Jacques Chirac.

Lors de la mise en place de ce bazar, en 1948, Fadeïev s’en était très vivement pris à l’auteur de La Nausée, coupable à ses yeux de renvoyer dos à dos USA et URSS dans les débuts de la Guerre Froide. Et c’est à cette occasion que l’écrivain moscovite avait affublé son collègue parisien d’un qualificatif qui allait immédiatement faire un buzz mondial, celui de « hyène dactylographe », comme quoi l’Inquisition n’empêche pas la fantaisie, voire le baroque flamboyant.

Le plus drôle dans tout ça, c’est que Jean-Paul Sartre n’en tiendra pas longtemps rigueur à ses procureurs soviétiques, puisque quatre ans plus tard, il se ralliera à ce même Conseil Mondial de la Paix, lors de son congrès de Vienne. Porté par son enthousiasme de fraîchement converti, c’est exactement à la même époque qu’il décrète que « tout anticommuniste est un chien », apportant ainsi sa petite contribution au bestiaire stalinien…

Ramadan : la techno est-elle halal ?

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La City Parade, grande fête techno, rassemble chaque année jusqu’à 300.000 personnes. Cette année, le 27 août, le cortège de cette joyeuse manifestation démarrera de la Gare du Nord de Bruxelles pour aboutir au centre ville.

Mais le plan de dispersion, prévoyant bien sûr l’itinéraire le plus facile ne pourra se faire comme prévu en la riante municipalité de Molenbeek-Saint-Jean, l’une des 19 communes de la région bruxelloise, située en son centre.

Pour cause de …Ramadan.

Philippe Moureau, le bourgmestre (maire) PS de cette entité à très forte densité de population musulmane a en effet énergiquement mis son veto et interdit tout fléchage de l’itinéraire de dispersion afin d’éviter tout passage du public sur son territoire. Public qui pourrait heurter la sensibilité de ses chers administrés. Des nouveaux panneaux de signalisation devront êtres fabriqués en dernière minute suite à cette interdiction et un chemin bien moins évident a dû être choisi.

Molenbeek-Saint-Jean, laboratoire de la tolérance religieuse ?

Bah, il nous restera toujours dans quelques années la Grand Place et deux trois rues adjacentes pour organiser ce genre de festivités par trop occidentales au cœur de l’Europe.

DSK en zone grise

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Crédits photo : FMI

Lors de mon premier stage en cabinet d’avocats, alors que j’étais tout jeune étudiant, mes collègues me soumirent les deux dossiers les plus glauques du cabinet, probablement pour tester ma résistance. La première affaire était un double meurtre perpétré par un médecin qui, par jalousie, avait arrosé d’essence puis mis le feu à son associé et à son épouse. Évidemment, le dossier comportait les photos de l’autopsie… qui n’évoquaient plus des corps humains que par une forme d’ensemble.

On me confia également une affaire de viol. Le billet d’Elisabeth Lévy évoquant l’affaire DSK et la « zone grise des rapports humains » me l’a remis en mémoire. Une jeune femme d’une naïveté confondante affirmait alors avoir été violée par un homme, qui se trouvait être un para en permission. Cliché, me direz-vous. Il n’empêche, la situation pouvait aussi illustrer l’affrontement de deux mondes : Blanche Neige contre « une femme qui dit non veut dire oui ». Pour parfaire le tout, le para imputait les lésions internes de la jeune femme à la taille remarquable de son pénis, de surcroît coudé à 45 degrés à partir du milieu. Là aussi, photos à l’appui. Bien sûr, ce dossier m’avait été soumis en raison de l’existence des photos dudit pénis, comme si je n’en avais jamais vu.

Pourquoi ce détour ? Parce qu’à l’époque, si le viol me semblait établi, j’avais néanmoins le sentiment d’être dans cette « zone grise », dans laquelle le viol pourrait presque résulter d’un choc sincère de cultures. « Presque » dis-je car le fait d’être un bourrin n’est pas une cause d’exonération pénale. Tenez-vous le pour dit.
Dans l’affaire DSK, le schéma est différent, ici. Elisabeth Lévy a raison : le scénario « d’une sainte violentée par un salaud » a fait long feu. Même une salope peut se faire violer. C’est d’ailleurs un message que l’on entend fréquemment. Ce n’est pas parce qu’une fille porte une mini-jupe qu’il s’agit un appel au viol. Ici, c’est une menteuse. Et parce que c’est une menteuse, son éventuel agresseur ne sera pas jugé.

On voudrait DSK « blanchi ». Il ne l’est pas. Il ne fait qu’échapper au procès. Certes, la motion to dismiss (en VO et en VF) du Procureur Vance relève les nombreux mensonges de Nafissatou Diallo. De ce fait, il ne pourra pas convaincre les douze jurés de la culpabilité de Dominique Strauss-Kahn « beyond any reasonable doubt » (au-delà du doute raisonnable). Diallo a menti sur le viol qu’elle aurait subi en Guinée, menti sur ses ressources financières (quoiqu’il s’agisse de celles de son fiancé), menti pour obtenir un logement social, menti sur ce qu’elle a fait immédiatement après le viol qu’elle dit avoir subi.

Mais le procureur ne dit pas qu’elle ait menti « sur l’incident ». Lorsqu’il mentionne « les incessants récits contradictoires de la plaignante sur l’incident », il n’évoque en réalité que ses versions contradictoires des faits postérieurs à l’incident. Compte tenu de l’application du procureur à relever les contradictions de Nafissatou Diallo, on en déduit que son récit de l’ « incident » stricto sensu, n’a pas varié[1. On pourrait également noter qu’après avoir annoncé que DSK ne pouvait pas se trouver sur les lieux, ses avocats ont eux aussi changé de version pour évoquer une relation consentie…].

Qui plus est, il n’y a pas de preuves médicales et scientifiques d’un rapport sexuel contraint. Par ailleurs, le procureur écarte un peu rapidement un autre point. Il observe ainsi que :

La relative brièveté de la rencontre entre l’accusé et la plaignante a d’abord suggéré que l’acte sexuel n’était probablement pas consentant. Spécifiquement, les enregistrements des passes d’accès à l’hôtel indiquaient que la plaignante avait d’abord pénétré dans la suite 2806 à 12h06. Les enregistrements téléphoniques ont montré plus tard que l’accusé avait téléphoné à sa fille à 12h13. Par conséquent, il apparaissait que, quoi qu’il se soit passé entre l’accusé et la plaignante, les événements s’étaient déroulés approximativement entre sept et neuf minutes. Mais à la lumière des défaillances de la plaignante à offrir un récit précis et constant de l’immédiat après-rencontre, il est impossible de déterminer la durée de la rencontre elle-même. Que l’accusé ait pu passer un bref coup de fil à 12h13 n’indique pas de manière infaillible quand la rencontre a eu lieu, quelle que soit sa durée, ni où se trouvait la plaignante entre 12h06 et 12h26. Toute déduction qui pourrait se concevoir quant à la chronologie de la rencontre est nécessairement affaiblie par l’impossibilité de consolider la chronologie elle-même.

Sept à neuf minutes pour convaincre une parfaite inconnue de succomber à votre charme et de vous faire une gâterie à titre gracieux, c’est en effet d’une « relative brièveté ». C’est d’ailleurs ce que fait valoir son avocat.
Que reste-t-il comme faits certains ? Nafissatou Diallo a pénétré dans la suite à 12h06. A 12h26, elle est entrée dans une autre suite. Dominique Strauss-Kahn a effectué son check-out à 12h28.

Certes, j’ai peut-être tort de ne me fier qu’à mon relatif pouvoir de séduction et néglige peut-être le goût des nigérianes pour les fellations inopinées. Or, même s’il s’agit de vingt minutes au lieu de neuf, pour convaincre une inconnue de vous en prodiguer une, caser un « hello » suivi d’un « would you be so kind as to suck my dick ? Vigorously please, my daughter is waiting for me and I have a flight afterwards » [2. Mais je vous l’accorde, les preuves médicales et scientifiques ne permettent pas d’établir qu’ils se soient trouvés dans l’obligation de parler.], pour vous rhabiller, prendre votre valise, l’ascenseur, et descendre à la réception faire votre check-out, cela me parait relativement bref, contrairement à l’opinion du procureur (certes probablement plus doué que moi avec les femmes).

Il faudrait aussi que Nafissatou Diallo se soit comportée en comédienne émérite à la présence d’esprit redoutable auprès de ses responsables hiérarchiques (qu’elle a immédiatement rencontrés), des médecins et psychologues qui l’ont examiné, et des enquêteurs, ce que la motion to dismiss du procureur ne laisse pas vraiment supposer, bien au contraire.
On pourrait avancer que 20 minutes suffisent à une relation tarifée. Mais malgré ses mensonges, aucun élément relevé par le procureur ne suggère que Nafissatou Diallo y soit disposée. Dominique Strauss-Kahn n’a jamais prétendu qu’il ait payé. Et il n’a jamais été dementi que Nafissatou Diallo se soit trouvée affectée par hasard au ménage de la suite 2806.

Alors, soit. Comme le relève le procureur, même si les preuves établissent l’existence d’un « acte sexuel précipité », « mis à part la plaignante et l’accusé, il n’y a pas d’autre témoin de l’incident ». Sans preuve, il reste les affirmations persistantes de la plaignante et une chronologie suspecte. Le procureur ne pourra pas convaincre l’ensemble des douze jurés au-delà de tout doute raisonnable mais, en l’absence de procès, il reste pour le moins un doute, qui n’a pas été levé.

Pourquoi en reparler ? Pourquoi remuer la fange ? Vous vous foutez de savoir que j’ai hésité, mais je vous le dis quand même. D’abord parce que je suis loin d’être convaincu par le classement de l’affaire et qu’en l’occurrence, une femme a peut-être été violée avant d’être humiliée publiquement. Pire, cette femme risque aujourd’hui de perdre son logement et d’être expulsée des Etats-Unis.
Enfin, il est odieux de constater que, à peine le non-lieu prononcé, certains se sont empressés d’envisager le retour de Dominique Strauss-Kahn en politique, ou de tirer des leçons grandiloquentes sur le sens de la justice.

De fait, il y a fort à parier qu’une fois encore un homme politique français va considérer qu’on peut toujours se refaire en politique.
Après avoir déjà exprimé son « immense joie » de voir la version de la plaignante mise à mal, l’absence de procès pour DSK a tiré ce commentaire à Martine Aubry : « c’est du bonheur »[3. Rejoignant en cela Jean-François Copé qui aurait été bien inspiré de respecter la consigne de retenue qu’il fait passer à ses troupes]. C’est l’évocation d’un « long cauchemar », celle d’« un soulagement » pour Manuel Valls, pour François Hollande, etc. sans parler de ses plus proches soutiens Le Guen et Cambadélis qui parlent carrément de « déni de justice » (à l’encontre de Dominique Strauss-Kahn).

Avec Philippe Bilger, on désespère de voir régner « un peu de pudeur ». Le quotidien britannique de gauche The Guardian ne s’y d’ailleurs est pas trompé, en titrant « Dominique Strauss-Kahn : left without honour » (DSK : la gauche sans honneur) et en s’interrogeant : « Dans quel monde vivent les dirigeants du parti socialiste ? Personne ne peut, en lisant les 25 pages de la demande du procureur, faire des remarques aussi imprudentes. (…) Il y avait des preuves médico-légales fiables d’une relation effective rapide et Nafissatou Diallo a rapidement rapporté l’incident. L’affaire s’est arrêtée parce qu’elle est devenue une affaire « parole contre parole » et que la fiabilité de Mme Diallo en tant que témoin s’est effondrée. (…) Abandonner l’affaire était toutefois la bonne décision judiciaire. Mais elle ne justifie pas le ton de victoire totalement inapproprié de tant de socialistes français ni la tendance des gouvernants français à débattre de l’affaire DSK comme d’une affaire purement politique dépourvue de portée morale. (…) Une réhabilitation de M. Strauss-Kahn déshonorerait la gauche française. Le parti socialiste a suffisamment de problèmes pour ne pas s’humilier d’une façon aussi dérangeante ».

Quand les riches veulent payer

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Jean Poiret, Que les gros salaires lèvent le doigt

Je m’en étais toujours douté, mais cette fois-ci ma religion est faite : ceux qui sont parvenus à se hisser jusqu’au sommet des entreprises du CAC 40 ne sont ni des imbéciles, ni des personnes dénuées de toute moralité, bien au contraire. La preuve décisive de leur élection (au sens transcendantal du terme) vient de nous être administrée par le manifeste signé par seize d’entre eux, et non des moindres, demandant humblement à l’Etat de les taxer plus.

Certes, cette idée de génie a atteint leur cerveau d’exception grâce à un vent favorable venus des Etats-Unis, où le détenteur de la deuxième fortune mondiale, Warren Buffet, réclame une ponction plus sévère de ses revenus par le fisc.
Mais la haute finance n’a rien a voir avec la littérature : dans ce milieu, le plagiat est admis, sinon recommandé, pour la bonne raison que la vertu n’est protégée par aucun brevet, et n’est cotée sur aucune place financière de la planète.

De plus, nos grands patrons ont su admirablement adapter à leur vieux pays perclus d’Histoire une initiative consistant, pour l’essentiel, à faire de nécessité vertu. A l’image de leurs ancêtres de l’Assemblée constituante de 1789, les privilégiés de notre siècle se rassemblent une avant garde iconoclaste dans un lieu symboliquement marqué, les colonnes du Nouvel Observateur. D’accord, ce n’est pas Versailles, mais c’est là où, en 1971, un manifeste célèbre, celui dit des « 343 salopes » donna l’impulsion décisive à la réforme de la loi sur l’interruption volontaire de grossesse.

La sincérité de certains des signataires de ce texte ne saurait être mise en doute : Maurice Lévy, Jean Peyrelevade, Louis Schweitzer, Frank Riboud ont toujours porté haut l’étendard de l’éthique patronale, par tradition familiale juive ou protestante, ou par leurs liens passés avec une gauche allergique à « l’argent qui corrompt tout ».

Mais ce n’est pas leur faire injure que de constater qu’en l’occurrence, ils l’ont vraiment joué très fine.
En cette fin d’été, le Tout-Paris politico-médiatique bruissait de rumeurs indiquant que les super-riches ne pouvaient plus échapper à l’équarrissage fiscal, seul moyen de faire admettre par les moins riches le tour de vis inéluctable. L’inflexibilité de madame Merkel, insensible aux câlins de Nicolas Sarkozy, interdisant le tour de passe-passe consistant à adosser la dette souveraine des pays de l’eurozone à la solvabilité d’airain de l’Allemagne, ne laissait aucune issue à la France. Les vautours[1. Quelle est la différence entre un vautour et une agence de notation ? Le vautour, parfois peut avoir un regard humain.] des agences de notation commençaient à planer en cercle au dessus de Paris. On tremble pour le « AAA », qualifié par Alain Minc de « trésor national ». Pour résumer, les carottes étaient cuites, même pour la bande du Fouquet’s. La CGPME (syndicat des petits patrons) risquait de faire front commun avec la CGT le 1er Mai 2012 si les cadors du CAC 40 continuaient à pratiquer « l’optimisation fiscale », un euphémisme pour la pratique d’un sport consistant à niquer Bercy dans les grandes largeurs.

Dans ces circonstances, il était préférable de prendre les devants : ce qu’on ne peut empêcher, on a tout intérêt à le favoriser.

La plus-value de jouissance engrangée en cette occasion par les grands patrons vaut bien quelques sacrifices en cash : couper, ne serait-ce qu’un bref moment, le sifflet de ceux qui ne cessent de brailler qu’il faut « faire payer les riches » est un plaisir rare et délicieux.

Quant aux petits bras de la classe moyenne, qui jonglent entre les minables plans d’épargne en actions, le livret A et l’assurance-vie à 3,90%, leur sort est confié à un type genre notaire de la Sarthe, actuellement logé à l’Hôtel de Matignon. Eux n’ont pas les moyens de porter leur vertu en étendard.

Kadhafi juif : une blague séfarade

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Toujours à la pointe de l’info sur les révoltes arabes, Al Jazeera nous apprend que le Guide libyen déchu conservait de nombreux ouvrages talmudiques dans son palais de Bab Aziziya.

Esprits conspis, tenez-vous prêts : bon sang mais c’est bien sûr, la rumeur sur l’ascendance juive de la grand-mère de Kadhafi serait fondée.

Lorsqu’on ajoute le chagrin des représentants de la communauté libyenne en Israël, plus aucun doute n’est permis : comme le président iranien, l’ancien mécène de Georges Habache serait un israélite masqué !

En redescendant sur terre, on s’aperçoit rapidement que son bilan contrasté en matière de préservation du patrimoine pluriséculaire des Juifs de Libye reflète bien les contradictions d’un despote hors du commun, dont la crise de delirium tremens politique aura duré quarante-deux ans.

Celui qui a dernièrement fait détruire une synagogue de deux mille ans d’âge peut par ailleurs se targuer d’avoir multiplié les échanges entre les diplomates de la Jamahiriyya (sa République des masses au décorum si austère qu’elle faisait passer Bokassa pour un jésuite) et des membres de la diaspora libyenne vivant en Israël.

Kadhafi restant introuvable, ne lui reste plus qu’à présenter son arbre généalogique pour effectuer son alyah vers la Terre promise. Mouammar pourra ainsi regarder le monde arabe s’embraser en bronzant tranquille sous les parasols d’Eilat…

La continence, orgasme du catho homo !

photo : One From RM, Flickr

Que faire quand on est à la fois catho, homo, et au printemps de sa vie ? L’Église catholique propose une solution bien scandaleuse pour notre époque, une grosse blague bien sérieuse qui s’appelle CONTINENCE. Un truc qui ne s’oppose pas strictement au couple homo (le meilleur n’est pas l’ennemi du bien), un choix de vie qui ne ravit pas les couples, y compris « hétéros » (qui sont loin d’être des modèles de vertu dans le domaine de la sexualité-engagement, c’est le moins qu’on puisse dire…), une réponse à l’homosexualité qui paraît tellement irréaliste que peu d’ecclésiastiques osent seulement prononcer le mot, de peur de passer une nouvelle fois pour les méchants-réacs-ennemis-du-plaisir-et-de-l’Amour. Mais bon, tant pis ! L’Église propose. Le Peuple sanctifié que nous sommes dispose ! Et de toute façon, l’institution vaticane n’est plus, actuellement, à une « énormité idéologique » près, surtout quand cette énormité, testée en vrai, procure un bonheur inédit et une joie d’exister qu’une vie de couple homo bien rangée ne donnera vraisemblablement jamais. J’en suis la preuve vivante, étant moi-même catholique, homosexuel et vraiment continent ![access capability= »lire_inedits »]

« Continence ». Qu’est-ce que c’est que ce mot barbare ? – vous demandez-vous. La nouvelle trouvaille angéliste d’une Église catho soucieuse d’imposer sous une forme plus moderne ses interdits moraux sur la sexualité ? Sûrement pas. Qu’on L’écoute un peu parler de sexe, et on s’aperçoit vite que l’Église aime tellement le corps, les plaisirs et le cul qu’Elle leur offre des limites ! Un rapport avec l’incontinence ? On chauffe, on chauffe… Pour faire dans le jeu de mots trivial et pédagogique, je dirais que l’incontinent, c’est celui qui pisse partout ; alors que le continent, c’est celui qui « peace » partout… c’est-à-dire qui offre sa sexualité à Dieu et aux autres pour mieux la vivre et lui donner sens, surtout quand il constate que le couple homosexuel, tout capable d’amour qu’il soit, est très limité, bancal, et peu idéal pour trouver le bonheur.

J’ose même dire que la continence dont l’Église parle est la voie royale proposée à des personnes qui, comme moi, ne se sentent appelées ni au mariage, ni au célibat consacré. Car il n’existe pas une seule et unique voie d’épanouissement sexuel dans ce bas monde. Et le célibat et l’abstinence ne sont pas des non-sexualités, mais au contraire d’autres expériences concrètes de la sexualité humaine, si riche et si diversifiée. Les enfants que nous avons tous été, les vieillards que nous serons peut-être, les célibataires que nous sommes universellement à un moment donné de notre vie ne me contrediront pas : nous vivons tous de sexualité, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, de la naissance jusqu’à la tombe. Et même à supposer que nous soyons tous appelés à donner notre vie à une personne élue, nous n’avons pas tous un destin de Roméo allant au restaurant avec sa « moitié » les jours de Saint-Valentin ou squattant les plateaux-télé en forme de camembert pour prouver au monde entier que l’amour-sentiment est plus fort que tout… et que l’Amour-engagement, éternel et unique, n’existe pas.

C’est parce que les cathos aiment le sexe qu’ils se privent parfois de cul

Alors si monsieur Tout-le-monde vous demande d’un air sceptico-bougon la définition de la continence, ne vous cassez pas trop la tête. Dites-lui d’abord tout ce qu’elle n’est pas : ni un appel à la chasteté (la chasteté n’est pas réductible à la continence : c’est la juste distance nécessaire à tout type de relation, y compris entre un homme et une femme, un artiste et son œuvre, un individus et ses amis, etc.), ni une sacralisation du célibat (le célibat en soi n’a pas de sens : il n’en trouve un que s’il est un don entier de son être à une autre personne UNIQUE, qu’on appellera Dieu ou individu de l’autre sexe), ni un synonyme d’abstinence (on peut s’abstenir de tout et n’importe quoi, et pas forcément dans des buts louables). La continence, elle, vise à s’abstenir POUR quelqu’un… qui plus est Quelqu’un avec un « Q » majuscule puisqu’il s’agit de Jésus ! Vous parviendrez ainsi à la définition véritable de la continence : un don entier de sa personne à Dieu.

Qu’on se le dise : la continence, ce n’est pas le bagne ni une demande impossible. Cela ne devient inhumain que si on ne la vit pas pleinement ! Ne nous leurrons pas : ceux qui prétendent se l’imposer à coup de martinet et de volontarisme de grenouille de bénitier ne la vivent pas : ils l’essaient mal, ou scolairement, et crient avant d’avoir mal ou de s’être laissé le temps d’y goûter avec leur cœur.

Regardons les faits. Laissons de côté les intentions. Croyez-moi si vous voulez. Les prophètes hédonistes de la jouissance sans entrave se foutent le doigt dans l’œil bien profond en pensant que les vrais coincés sont les cathos, que la sexualité-génitalité est une activité anodine, sans enjeu ni gravité (il est vrai que la joie de l’accueil d’un enfant, c’est de la bagatelle…), ou que la « réussite » en ce domaine est proportionnelle au nombre d’expériences amoureuses accumulées dans une vie. Je n’ai jamais vu d’individus plus frustrés sexuellement que ces bêtes de sexe qui enchaînent fiévreusement, sans liberté aucune, les « plans cul » et les aventures de six mois avec différents partenaires. Les cathos, continents ou pas, sont à mes yeux, les serial-baiseurs les moins frustrés sur Terre. Il n’y a qu’à voir le nombre d’enfants et d’amis sereins qui gravitent autour d’eux ! C’est parce que les cathos aiment vraiment le sexe qu’ils se privent parfois de cul. Il ne faut jamais abuser des bonnes choses… sinon, on n’y goûte plus à force de s’en goinfrer.[/access]

DSK, le criminel était presque parfait

"DSK misogyne"

D’accord, on ne saura sans doute jamais ce qui s’est passé au Sofitel de New York. Reste qu’on sait au moins une chose : le procureur Cyrus Vance, qui devait être motivé puisqu’il jouait peut-être sa réélection sur ce dossier, n’avait pas les biscuits pour se payer DSK. Cela signifie au minimum que le récit initial – auquel, répétons-le, nous avons tous cru – dans lequel une sainte était violentée par un salaud ne correspondait pas à la réalité. On n’est plus dans le noir et blanc mais dans la zone grise des rapports humains où les affects se mêlent aux rapports de force et aux intérêts.

Voilà qui ne fait pas l’affaire des féministes, en tout cas de celles qui croyaient tenir, avec cette affaire, la preuve de la justesse de leur combat contre les hommes. Femme, noire, pauvre, exilée, Nafissatou Diallo était la victime rêvée. Douter de sa parole, c’était insulter toutes les victimes. « Les victimes ne mentent pas », m’a dit un jour un confrère au Kosovo. Eh bien si, justement, les victimes mentent. Et il arrive même qu’elles soient des victimes imaginaires.

Répétons-le, j’ignore totalement si Nafissatou Diallo a menti un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout. La seule chose que l’on sache, c’est que l’homme qui avait le plus intérêt à accréditer sa version des faits a déclaré forfait. L’ennui, c’est qu’entre-temps, elle est devenue le symbole de la terrible condition des femmes en Occident. Reconnaître que ce cas était moins clair qu’il n’y paraissait, ce serait admettre que cette condition n’est pas si terrible. Les pleureuses qui se sont succédé sur les plateaux pour dénoncer, en vrac, le viol et la grivoiserie, le partage inégal des tâches ménagères et les écarts de salaire, les mains baladeuses et les regards déshabilleurs, ne l’entendent pas ainsi. Maintenant que ces pitbulls en jupettes ont planté leurs crocs dans les mollets de l’ex-patron du FMI, elles n’ont nullement l’intention de lâcher prise.

Aussi vouent-elles aux gémonies la justice américaine qu’elles trouvaient hier formidable. Si elles admettent que la victime n’est pas une sainte, elles n’envisagent pas un instant qu’elle ne soit pas victime. Que beaucoup de gens se réjouissent du dénouement ne fait que confirmer leurs intuitions : « C’est emblématique du sexisme ambiant qui règne dans la classe politique française », déclare Zyneb El Rhazoui, la porte-parole de « Ni putes ni soumises ». De son côté, le Dr Emmanuelle Piet, présidente du « Collectif féministe contre le viol », se désole : « Tout cela ne va malheureusement pas encourager, à l’avenir, les victimes à parler », redoute-t-elle. Et si « tout cela » décourageait les affabulatrices, faudrait-il s’en désoler ?

Les féministes américaines qui manifestaient lundi devant le tribunal n’en ont cure. Elles sont convaincues de la culpabilité de DSK. Doute raisonnable, connais pas ! Il est vrai que pour certaines, c’est le désir masculin qui est criminel par nature. Les arguments avancés par ces dames pour étayer leur certitude flanquent un peu la trouille : « Il est coupable, la preuve, c’est qu’il est soupçonné d’un autre viol en France », dit l’une. On ne va pas s’embarrasser de chichis comme la présomption d’innocence : le soupçon vaut condamnation. Mais la plus amusante est celle qui a déclaré en substance que DSK avait forcément violé Nafissatou Diallo puisqu’il avait publiquement avoué avoir trompé sa femme plusieurs fois. Autrement dit, tout homme adultère est un violeur en puissance. J’imagine, chers lecteurs mâles, que certains d’entre vous commencent à se sentir mal. Enfin, ça ne me regarde pas. En tout cas, quand de supposées progressistes que l’on prenait pour les filles de la libération sexuelle jouent les dames-patronnesses et que les mouvements féministes se transforment en ligues de vertu, on se dit que ça valait le coup de se débarrasser du pouvoir de l’Eglise.

Sur ce coup, cependant, il faut noter que la bêtise est également répartie entre les sexes. Depuis quelques semaines, tous les hommes de ma connaissance – à quelques exceptions près – m’infligent la même blague débile : « Il n’a pas pu la violer, elle est trop moche ». N’essayez pas de m’enfariner, chers lecteurs, je suis sûre que vous êtes un paquet à l’avoir dit ou pensé. Or, cet argument est d’une sottise crasse parce qu’il méconnaît absolument ce qu’est le désir. Désire-t-on en fonction de critères préétablis et fixés par les magazines ? Faut-il être « blonde avec des gros lolos notre cauchemar à toutes » pour éveiller la concupiscence masculine ? Quand vous dîtes d’une fille entrevue dans la rue qu’elle est « bonne », voulez-vous signifier qu’elle est jolie ? Les femmes que vous considérez comme laides sont-elles vouées à l’abstinence ? Si un joli minois suffisait à vous mettre en émoi, ça se saurait, non ? (Je tairai par charité chrétienne le nom de quelques consœurs absolument sublimes et dénuées, d’après les confidences que je reçois, de tout potentiel érotique, dieu existe).

Cet argument n’est pas seulement crétin, il est franchement inélégant – c’est le salon du camion, comme dit mon amie Béatrice. Alors, les mecs, permettez-moi un petit rappel : que vous ne fassiez pas la vaisselle, admettons, que vous soyez volages, c’est presque inévitable, que vous fassiez les hommes les vrais on est pas mal à aimer ça.

Mais un macho digne de ce nom doit être un gentleman.

La planète des singes : une fable anti-humaniste ?

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Chaque année, les vacances d’été amènent sur les écrans de cinéma leur lot de blockbusters bien plus sûrement que le réchauffement climatique n’amène la canicule. Et chaque année, l’effet de surprise est au rendez-vous, conséquence du progrès constant des effets spéciaux allié à une recherche du réalisme sans cesse renouvelée. C’est le cas de La planète des singes : les origines, de Rupert Wyatt. L’extrême frugalité de l’intrigue n’en fait certes pas un chef-d’œuvre. Mais la perfection des images de synthèse utilisées pour mettre en scène le héros simiesque nous donne à voir cet animal comme on se regarde dans un miroir. Elle nous rappelle combien la troublante question de la frontière entre l’homme et la bête a pu fasciner non seulement les cinéastes, mais aussi les écrivains.

La planète des singes : les origines, énième rejeton cinématographique du roman de Pierre Boulle ne brille certes pas par la qualité de son scénario, qui ne nous épargne aucun des poncifs nécessaires à la confection d’une superproduction. Il y a tout d’abord la dénonciation grossière de l’industrie pharmaceutique alliant l’âpreté au gain de l’homme d’affaires à l’inconscience d’un jeune et beau docteur Frankenstein, auquel sa créature – un chimpanzé rendu surdoué par une molécule de synthèse – va bien vite échapper. Suivent toutes les figures de style obligatoires et sans surprise: la problématique de l’altérité et la solitude du dissemblable, la prise de conscience collective, lente mais inexorable, d’un lumpenprolétariat animal qui finira par briser ses chaînes à l’appel d’un Spartacus quadrumane ayant appris à dire « Non », puis, enfin, le meurtre symbolique du père. Notre primate héroïque quitte en effet l’humain qui l’a élevé pour aller vivre sa vie de singe au sommet de sycomores millénaires, ce qui est tout de même plus éco responsable que dans un pavillon de banlieue avec cuisine en formica.

Finalement, c’est bien dans sa mise en œuvre remarquable des effets spéciaux que tient la réussite du film. L’usage de la « performance capture », déjà utilisée par James Cameron dans Avatar, et qui consiste à plaquer sur de véritables acteurs un « maquillage » de synthèse, humanise de façon surprenante les chimpanzés-héros. Leurs mimiques et leur regard permettent de jouer toute la gamme des émotions humaines, poussant jusqu’à son comble l’anthropomorphisme habituel de ces fictions qui arpentent avec fascination et depuis longtemps la ligne de démarcation entre humanité et animalité.

Cette précision de l’image conduit hélas à trancher un peu vite une question que la littérature, fort heureusement, a choisi de laisser irrésolue. Car pour Rupert Wyatt, les choses sont faciles. L’homme est monstrueux. Il torture l’animal en faisant sur lui des expériences scientifiques qui confinent à la folie et dont il cesse rapidement de maîtriser les conséquences. Ce faisant, il créée les conditions de sa propre destruction, et c’est bien fait. A l’inverse, le singe est humain. Il prend une juste revanche, sans haine, mais avec une intelligence et une détermination qui se lisent dans ses yeux. Paradoxalement, et parce que la qualité technique du film semble avoir utilisé la suggestivité d’un visage humain « avatarisé » pour gommer toute complexité, on se remémore aussitôt ces interrogations que quelques écrivains du milieu du XX° siècle avaient laissé en suspens.

Ainsi se rappellera-t-on une autre révolution animaliste, celle décrite par George Orwell dans La ferme des animaux. On évoquera aussi Robert Merle, qui sut attraper la difficile question de la communication homme/animal par tous les bouts : d’abord sous l’angle de la science-fiction, dans Un animal doué de raison, puis à la manière hyper réaliste de l’observateur scrupuleux d’une expérience scientifique dans Le propre de l’homme. Ce dernier ouvrage donne d’ailleurs à la question du langage animal une réponse exactement inverse à celle fournie par Wyatt. Même bercée depuis l’enfance par des bras humains, et quoiqu’ayant appris le langage des signes à l’instar du héros de La planète des singes, le chimpanzé Chloé ne prononcera jamais une parole. Enfin, on se souviendra du père Dillighan, ce bénédictin mis en mots par Vercors, qui rejoua dans le secret de sa conscience la controverse de Valladolid, et souffrit tant de ne pouvoir répondre à cette simple question : Les animaux dénaturés, ces « tropis » à mi chemin entre l’homme et la bête, ont-il une âme ?

Doit-on immédiatement conclure que seul l’écrit permet la nuance et que le cinéma, essentiellement préoccupé de produire des images spectaculaires, n’a à offrir que du manichéisme hollywoodien ? Rien n’est moins sûr. Boulle, Orwell, Merle et Vercors écrivaient pendant la Guerre Froide. Le monde s’ébrouait au sortir d’un conflit mondial qui avait vu des milliers d’hommes se « rhinocériser », comme le disait Ionesco. Cela amenait nécessairement la question suivante : l’être humain n’est-il pas le seul animal authentiquement bestial ?

Rupert Wyatt, lui, est un homme de notre époque, de cette modernité qui se caractérise, selon certains, par la fin des idéologies, et où d’autres voient dans l’écologie une utopie de substitution. Avec tout ce que cette dernière, au delà de sa doxa a priori sympathique, dissimule de défiance envers l’homme pour mieux aimer « le vivant », de suspicion pour la culture qui s’oppose trop à « la nature », autrement dit, et comme le pressentait Luc Ferry, dès le début des années 1990, d’antihumanisme. Dans ces conditions-là, prenons garde que les grands singes ne finissent effectivement par gagner cette (contre)révolution.

Le nouvel ordre écologique

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À la FFF, seule la bêtise est gratuite

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On savait le football professionnel pourri par le fric et la déraison. On ne pensait pas, en revanche, que ces règlements n’admettaient pas la moindre trace de philanthropie.

Ainsi, les joueurs du Dijon Football Côte d’Or qui viennent d’accéder à notre championnat de Ligue 1 ont dû, précipitamment changer de maillot quelques minutes avant le coup d’envoi du match qui les opposait à ceux du FC Lorient samedi dernier.

Celui qu’ils comptaient porter comprenait, notamment, deux logos d’associations « Coup d’pouce » et « Autour de Williams ». La Ligue de football professionnelle refusait ces deux petits flocages sur le maillot bourguignon non parce qu’il s’agissait d’associations subversives -elles ont pour objet de soutenir des enfants malades du cancer ou d’une maladie rare- mais parce qu’ils y figuraient à titre gracieux et, donc, non répertoriés comme partenaires officiels.

Le geste gratuit n’est donc plus seulement rare, il est désormais interdit par les instances du foot français. C’est plus clair comme ça, non ?

Euro-bonds, pourquoi Berlin n’en voudra jamais

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Crédits photo : European Council

Face à la crise financière, les cabris du XXIe siècle sautent en répétant le dernier mot magique à la mode : euro obligations, euro obligations, euro obligations ! En fait de solution miracle, leur efficacité est sujet à débat, si tant est que l’Allemagne consente à leur application.

Dans une de ses dernières notes d’expert, Patrick Artus observe que la Banque Centrale Européenne ne pourra pas indéfiniment racheter de la dette espagnole et italienne afin de faire baisser les taux d’intérêt à dix ans de Madrid et Rome [1. Reconnaissons à la BCE d’avoir ramené leurs taux de 6% début août à environ 5% aujourd’hui]. Comme la Banque Centrale Européenne a déjà racheté pour plus de 90 milliards d’euros de dettes et que son appétit d’emprunt risque de se tarir devant les 2700 milliards de dettes souveraines italiennes et espagnoles, Artus conclut qu’« on ne pourra pas éviter les euro bonds ». A moins d’opter pour un renforcement du Fond Européen de Solidarité Financière, « la seule solution serait de sortir de l’euro et de monétiser les déficits publics sur une base nationale ».

Comment demander 4000 milliards à l’Allemagne ?

Compte tenu de la situation, beaucoup pensent que l’Allemagne surmontera ses réticences et acceptera les euro obligations pour sauver la monnaie unique. D’après le centre Bruegel, qui propose de mutualiser les dettes publiques à hauteur de 60% du PIB européen, la création d’une tranche « sénior » devrait instaurer une garantie solidaire collective pour la zone euro.

Puisque le PIB de la zone euro avoisine les 9400 milliards d’euros, dont 2600 imputables à la seule Allemagne, cela ferait de Berlin la caution solidaire d’environ 5600 milliards de dette collective dont seulement 1600 milliards lui reviennent. Ce mécanisme vicié mettrait de côté les 600 milliards environ de dette souveraine allemande qui se situent au-delà du seuil des 60% du PIB européen.

Les eurocrates qui ont imaginé ce système voudraient donc demander à l’Allemagne une garantie de 4000 milliards d’euros, soit 150% de son PIB !

Rien d’étonnant à ce que les Allemands toussent et refusent mordicus cette proposition depuis le début, surtout lorsque l’on sait que cette dette fourre-tout mutuelle risquerait d’augmenter les taux d’intérêt payés par nos voisins d’Outre-Rhin [2. La presse allemande fait état d’un surcoût de 17 milliards]. Pire, le reste de la dette européenne, émis au-delà des 60% du PIB commun, pourrait se payer très cher, y compris par une Allemagne qui se trouverait caution solidaire de plus de 5000 milliards de dettes…

Aussi, il est proprement hallucinant de voir et d’entendre les dirigeants socialistes français critiquer aussi vertement le refus allemand des euro obligations. Se rendent-ils seulement compte des sommes qu’ils demandent à Berlin de garantir ? Ces messieurs de Solférino accepteraient que la France soit elle aussi garante des 5600 milliards de dettes du dispositif. Quelle légèreté à dilapider l’argent public !
Il y a bien une justice dans tout cela : les euro obligations s’avèrent aussi inefficaces qu’iniques.

Certes, cette solution aurait l’avantage de sécuriser 60% du PIB européen, mais quid de la dette au-delà de ce seuil ? Dans le meilleur des cas, s’ils daignent financer des pays aussi endettés que l’Italie, les prêteurs exigeraient des taux confiscatoires sur la part de la dette non mutualisée.

Autrement dit, les euro obligations déplaceraient la spéculation sur les dettes souveraines non garanties par le pot commun européen. A la rigueur, seule une monétisation totale des dettes souveraines pourrait fonctionner, mais il faudrait alors décupler les ressources de la BCE ! Quand bien même nous agirions au cas par cas en monétisant des montants différents de dette pays par pays, nous offririons ainsi une prime aux Etats les plus endettés.

Devant pareil dilemme, on comprend parfaitement que l’Allemagne refuse les euro obligations. Si à tout hasard, il arrivait au SPD et aux Verts allemands de reprendre cette proposition irresponsable, je ne donnerais pas cher de leur peau lors des élections législatives de 2013. Ni de celle de la monnaie unique.

Zemmour la hyène, le MRAP a la haine

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Mouloud Aounit, président du MRAP.

En ces temps où Terra Nova suggère de suspendre les prolos au vestiaire, où les socialistes ne connaissent de Jaurès que la chanson de Pierre Bachelet, où la candidate verte veut faire tankiste à Tripoli, où les militantes trotskystes portent le hidjab et où le PCF, après avoir été à l’Est, est complètement à l’ouest, on accuse, souvent à juste titre, la gauche d’être oublieuse de son propre passé et d’avoir enterré ses meilleures traditions.

Un reproche qui ne pourra assurément pas être fait au MRAP, qui vient de ressusciter une tradition communiste que les moins de 80 ans ne peuvent pas connaître, sinon par les grimoires sur l’histoire du mouvement ouvrier international. Voici l’affiche que l’ex-mouvement antiraciste, devenu depuis assez longtemps un lobby ethniciste, a publié pour en appeler à la générosité de ses donateurs.

Brice Hortefeux y est donc représenté en vautour, et Eric Zemmour en hyène. Or, si le vautour n’a jamais totalement disparu du bestiaire politique de la gauche (les caricaturistes cossards l’utilisent souvent pour représenter les grands capitalistes), la hyène, elle, en était exclue depuis fort longtemps. Il faut dire qu’elle avait beaucoup servi, et pas forcément à bon escient. Un petit détour historique s’impose, ça tombe bien, les gars, on est encore en vacances…

Aux temps lointains de la Guerre froide, chaque tête de turc du Parti Communiste de l’Union Soviétique, et donc des partis frères et de leurs organisations satellites, avait droit à un gracieux surnom, souvent d’origine animale. On se souvient du fameux sobriquet de « vipère lubrique » attribué par Staline à Tito, mais il y eut aussi des « rats visqueux » et même, en version chinoise, des « tigres de papier ». Quant à la hyène, elle fut célébrissime durant les fifties grâce à Alexandre Fadeïev, un des romanciers officiels du régime stalinien, et pas un des pires – on lui doit notamment La Jeune garde, qui m’a fort ému dans mon adolescence, j’assume, moi, madame.

Président-fondateur de l’Union des Écrivains, titulaire du prix Staline, Fadeïev était aussi l’un des dirigeants du Conseil Mondial de la Paix, qui regroupait les compagnons de route du monde entier dans la lutte contre l’Otan, le Plan Marshall, le réarmement allemand, etc. Le CMP a été notamment à l’initiative du célèbre Appel de Stockholm, que fit signer le jeune Jacques Chirac.

Lors de la mise en place de ce bazar, en 1948, Fadeïev s’en était très vivement pris à l’auteur de La Nausée, coupable à ses yeux de renvoyer dos à dos USA et URSS dans les débuts de la Guerre Froide. Et c’est à cette occasion que l’écrivain moscovite avait affublé son collègue parisien d’un qualificatif qui allait immédiatement faire un buzz mondial, celui de « hyène dactylographe », comme quoi l’Inquisition n’empêche pas la fantaisie, voire le baroque flamboyant.

Le plus drôle dans tout ça, c’est que Jean-Paul Sartre n’en tiendra pas longtemps rigueur à ses procureurs soviétiques, puisque quatre ans plus tard, il se ralliera à ce même Conseil Mondial de la Paix, lors de son congrès de Vienne. Porté par son enthousiasme de fraîchement converti, c’est exactement à la même époque qu’il décrète que « tout anticommuniste est un chien », apportant ainsi sa petite contribution au bestiaire stalinien…

Ramadan : la techno est-elle halal ?

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La City Parade, grande fête techno, rassemble chaque année jusqu’à 300.000 personnes. Cette année, le 27 août, le cortège de cette joyeuse manifestation démarrera de la Gare du Nord de Bruxelles pour aboutir au centre ville.

Mais le plan de dispersion, prévoyant bien sûr l’itinéraire le plus facile ne pourra se faire comme prévu en la riante municipalité de Molenbeek-Saint-Jean, l’une des 19 communes de la région bruxelloise, située en son centre.

Pour cause de …Ramadan.

Philippe Moureau, le bourgmestre (maire) PS de cette entité à très forte densité de population musulmane a en effet énergiquement mis son veto et interdit tout fléchage de l’itinéraire de dispersion afin d’éviter tout passage du public sur son territoire. Public qui pourrait heurter la sensibilité de ses chers administrés. Des nouveaux panneaux de signalisation devront êtres fabriqués en dernière minute suite à cette interdiction et un chemin bien moins évident a dû être choisi.

Molenbeek-Saint-Jean, laboratoire de la tolérance religieuse ?

Bah, il nous restera toujours dans quelques années la Grand Place et deux trois rues adjacentes pour organiser ce genre de festivités par trop occidentales au cœur de l’Europe.

DSK en zone grise

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Crédits photo : FMI

Lors de mon premier stage en cabinet d’avocats, alors que j’étais tout jeune étudiant, mes collègues me soumirent les deux dossiers les plus glauques du cabinet, probablement pour tester ma résistance. La première affaire était un double meurtre perpétré par un médecin qui, par jalousie, avait arrosé d’essence puis mis le feu à son associé et à son épouse. Évidemment, le dossier comportait les photos de l’autopsie… qui n’évoquaient plus des corps humains que par une forme d’ensemble.

On me confia également une affaire de viol. Le billet d’Elisabeth Lévy évoquant l’affaire DSK et la « zone grise des rapports humains » me l’a remis en mémoire. Une jeune femme d’une naïveté confondante affirmait alors avoir été violée par un homme, qui se trouvait être un para en permission. Cliché, me direz-vous. Il n’empêche, la situation pouvait aussi illustrer l’affrontement de deux mondes : Blanche Neige contre « une femme qui dit non veut dire oui ». Pour parfaire le tout, le para imputait les lésions internes de la jeune femme à la taille remarquable de son pénis, de surcroît coudé à 45 degrés à partir du milieu. Là aussi, photos à l’appui. Bien sûr, ce dossier m’avait été soumis en raison de l’existence des photos dudit pénis, comme si je n’en avais jamais vu.

Pourquoi ce détour ? Parce qu’à l’époque, si le viol me semblait établi, j’avais néanmoins le sentiment d’être dans cette « zone grise », dans laquelle le viol pourrait presque résulter d’un choc sincère de cultures. « Presque » dis-je car le fait d’être un bourrin n’est pas une cause d’exonération pénale. Tenez-vous le pour dit.
Dans l’affaire DSK, le schéma est différent, ici. Elisabeth Lévy a raison : le scénario « d’une sainte violentée par un salaud » a fait long feu. Même une salope peut se faire violer. C’est d’ailleurs un message que l’on entend fréquemment. Ce n’est pas parce qu’une fille porte une mini-jupe qu’il s’agit un appel au viol. Ici, c’est une menteuse. Et parce que c’est une menteuse, son éventuel agresseur ne sera pas jugé.

On voudrait DSK « blanchi ». Il ne l’est pas. Il ne fait qu’échapper au procès. Certes, la motion to dismiss (en VO et en VF) du Procureur Vance relève les nombreux mensonges de Nafissatou Diallo. De ce fait, il ne pourra pas convaincre les douze jurés de la culpabilité de Dominique Strauss-Kahn « beyond any reasonable doubt » (au-delà du doute raisonnable). Diallo a menti sur le viol qu’elle aurait subi en Guinée, menti sur ses ressources financières (quoiqu’il s’agisse de celles de son fiancé), menti pour obtenir un logement social, menti sur ce qu’elle a fait immédiatement après le viol qu’elle dit avoir subi.

Mais le procureur ne dit pas qu’elle ait menti « sur l’incident ». Lorsqu’il mentionne « les incessants récits contradictoires de la plaignante sur l’incident », il n’évoque en réalité que ses versions contradictoires des faits postérieurs à l’incident. Compte tenu de l’application du procureur à relever les contradictions de Nafissatou Diallo, on en déduit que son récit de l’ « incident » stricto sensu, n’a pas varié[1. On pourrait également noter qu’après avoir annoncé que DSK ne pouvait pas se trouver sur les lieux, ses avocats ont eux aussi changé de version pour évoquer une relation consentie…].

Qui plus est, il n’y a pas de preuves médicales et scientifiques d’un rapport sexuel contraint. Par ailleurs, le procureur écarte un peu rapidement un autre point. Il observe ainsi que :

La relative brièveté de la rencontre entre l’accusé et la plaignante a d’abord suggéré que l’acte sexuel n’était probablement pas consentant. Spécifiquement, les enregistrements des passes d’accès à l’hôtel indiquaient que la plaignante avait d’abord pénétré dans la suite 2806 à 12h06. Les enregistrements téléphoniques ont montré plus tard que l’accusé avait téléphoné à sa fille à 12h13. Par conséquent, il apparaissait que, quoi qu’il se soit passé entre l’accusé et la plaignante, les événements s’étaient déroulés approximativement entre sept et neuf minutes. Mais à la lumière des défaillances de la plaignante à offrir un récit précis et constant de l’immédiat après-rencontre, il est impossible de déterminer la durée de la rencontre elle-même. Que l’accusé ait pu passer un bref coup de fil à 12h13 n’indique pas de manière infaillible quand la rencontre a eu lieu, quelle que soit sa durée, ni où se trouvait la plaignante entre 12h06 et 12h26. Toute déduction qui pourrait se concevoir quant à la chronologie de la rencontre est nécessairement affaiblie par l’impossibilité de consolider la chronologie elle-même.

Sept à neuf minutes pour convaincre une parfaite inconnue de succomber à votre charme et de vous faire une gâterie à titre gracieux, c’est en effet d’une « relative brièveté ». C’est d’ailleurs ce que fait valoir son avocat.
Que reste-t-il comme faits certains ? Nafissatou Diallo a pénétré dans la suite à 12h06. A 12h26, elle est entrée dans une autre suite. Dominique Strauss-Kahn a effectué son check-out à 12h28.

Certes, j’ai peut-être tort de ne me fier qu’à mon relatif pouvoir de séduction et néglige peut-être le goût des nigérianes pour les fellations inopinées. Or, même s’il s’agit de vingt minutes au lieu de neuf, pour convaincre une inconnue de vous en prodiguer une, caser un « hello » suivi d’un « would you be so kind as to suck my dick ? Vigorously please, my daughter is waiting for me and I have a flight afterwards » [2. Mais je vous l’accorde, les preuves médicales et scientifiques ne permettent pas d’établir qu’ils se soient trouvés dans l’obligation de parler.], pour vous rhabiller, prendre votre valise, l’ascenseur, et descendre à la réception faire votre check-out, cela me parait relativement bref, contrairement à l’opinion du procureur (certes probablement plus doué que moi avec les femmes).

Il faudrait aussi que Nafissatou Diallo se soit comportée en comédienne émérite à la présence d’esprit redoutable auprès de ses responsables hiérarchiques (qu’elle a immédiatement rencontrés), des médecins et psychologues qui l’ont examiné, et des enquêteurs, ce que la motion to dismiss du procureur ne laisse pas vraiment supposer, bien au contraire.
On pourrait avancer que 20 minutes suffisent à une relation tarifée. Mais malgré ses mensonges, aucun élément relevé par le procureur ne suggère que Nafissatou Diallo y soit disposée. Dominique Strauss-Kahn n’a jamais prétendu qu’il ait payé. Et il n’a jamais été dementi que Nafissatou Diallo se soit trouvée affectée par hasard au ménage de la suite 2806.

Alors, soit. Comme le relève le procureur, même si les preuves établissent l’existence d’un « acte sexuel précipité », « mis à part la plaignante et l’accusé, il n’y a pas d’autre témoin de l’incident ». Sans preuve, il reste les affirmations persistantes de la plaignante et une chronologie suspecte. Le procureur ne pourra pas convaincre l’ensemble des douze jurés au-delà de tout doute raisonnable mais, en l’absence de procès, il reste pour le moins un doute, qui n’a pas été levé.

Pourquoi en reparler ? Pourquoi remuer la fange ? Vous vous foutez de savoir que j’ai hésité, mais je vous le dis quand même. D’abord parce que je suis loin d’être convaincu par le classement de l’affaire et qu’en l’occurrence, une femme a peut-être été violée avant d’être humiliée publiquement. Pire, cette femme risque aujourd’hui de perdre son logement et d’être expulsée des Etats-Unis.
Enfin, il est odieux de constater que, à peine le non-lieu prononcé, certains se sont empressés d’envisager le retour de Dominique Strauss-Kahn en politique, ou de tirer des leçons grandiloquentes sur le sens de la justice.

De fait, il y a fort à parier qu’une fois encore un homme politique français va considérer qu’on peut toujours se refaire en politique.
Après avoir déjà exprimé son « immense joie » de voir la version de la plaignante mise à mal, l’absence de procès pour DSK a tiré ce commentaire à Martine Aubry : « c’est du bonheur »[3. Rejoignant en cela Jean-François Copé qui aurait été bien inspiré de respecter la consigne de retenue qu’il fait passer à ses troupes]. C’est l’évocation d’un « long cauchemar », celle d’« un soulagement » pour Manuel Valls, pour François Hollande, etc. sans parler de ses plus proches soutiens Le Guen et Cambadélis qui parlent carrément de « déni de justice » (à l’encontre de Dominique Strauss-Kahn).

Avec Philippe Bilger, on désespère de voir régner « un peu de pudeur ». Le quotidien britannique de gauche The Guardian ne s’y d’ailleurs est pas trompé, en titrant « Dominique Strauss-Kahn : left without honour » (DSK : la gauche sans honneur) et en s’interrogeant : « Dans quel monde vivent les dirigeants du parti socialiste ? Personne ne peut, en lisant les 25 pages de la demande du procureur, faire des remarques aussi imprudentes. (…) Il y avait des preuves médico-légales fiables d’une relation effective rapide et Nafissatou Diallo a rapidement rapporté l’incident. L’affaire s’est arrêtée parce qu’elle est devenue une affaire « parole contre parole » et que la fiabilité de Mme Diallo en tant que témoin s’est effondrée. (…) Abandonner l’affaire était toutefois la bonne décision judiciaire. Mais elle ne justifie pas le ton de victoire totalement inapproprié de tant de socialistes français ni la tendance des gouvernants français à débattre de l’affaire DSK comme d’une affaire purement politique dépourvue de portée morale. (…) Une réhabilitation de M. Strauss-Kahn déshonorerait la gauche française. Le parti socialiste a suffisamment de problèmes pour ne pas s’humilier d’une façon aussi dérangeante ».

Quand les riches veulent payer

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Jean Poiret, Que les gros salaires lèvent le doigt

Je m’en étais toujours douté, mais cette fois-ci ma religion est faite : ceux qui sont parvenus à se hisser jusqu’au sommet des entreprises du CAC 40 ne sont ni des imbéciles, ni des personnes dénuées de toute moralité, bien au contraire. La preuve décisive de leur élection (au sens transcendantal du terme) vient de nous être administrée par le manifeste signé par seize d’entre eux, et non des moindres, demandant humblement à l’Etat de les taxer plus.

Certes, cette idée de génie a atteint leur cerveau d’exception grâce à un vent favorable venus des Etats-Unis, où le détenteur de la deuxième fortune mondiale, Warren Buffet, réclame une ponction plus sévère de ses revenus par le fisc.
Mais la haute finance n’a rien a voir avec la littérature : dans ce milieu, le plagiat est admis, sinon recommandé, pour la bonne raison que la vertu n’est protégée par aucun brevet, et n’est cotée sur aucune place financière de la planète.

De plus, nos grands patrons ont su admirablement adapter à leur vieux pays perclus d’Histoire une initiative consistant, pour l’essentiel, à faire de nécessité vertu. A l’image de leurs ancêtres de l’Assemblée constituante de 1789, les privilégiés de notre siècle se rassemblent une avant garde iconoclaste dans un lieu symboliquement marqué, les colonnes du Nouvel Observateur. D’accord, ce n’est pas Versailles, mais c’est là où, en 1971, un manifeste célèbre, celui dit des « 343 salopes » donna l’impulsion décisive à la réforme de la loi sur l’interruption volontaire de grossesse.

La sincérité de certains des signataires de ce texte ne saurait être mise en doute : Maurice Lévy, Jean Peyrelevade, Louis Schweitzer, Frank Riboud ont toujours porté haut l’étendard de l’éthique patronale, par tradition familiale juive ou protestante, ou par leurs liens passés avec une gauche allergique à « l’argent qui corrompt tout ».

Mais ce n’est pas leur faire injure que de constater qu’en l’occurrence, ils l’ont vraiment joué très fine.
En cette fin d’été, le Tout-Paris politico-médiatique bruissait de rumeurs indiquant que les super-riches ne pouvaient plus échapper à l’équarrissage fiscal, seul moyen de faire admettre par les moins riches le tour de vis inéluctable. L’inflexibilité de madame Merkel, insensible aux câlins de Nicolas Sarkozy, interdisant le tour de passe-passe consistant à adosser la dette souveraine des pays de l’eurozone à la solvabilité d’airain de l’Allemagne, ne laissait aucune issue à la France. Les vautours[1. Quelle est la différence entre un vautour et une agence de notation ? Le vautour, parfois peut avoir un regard humain.] des agences de notation commençaient à planer en cercle au dessus de Paris. On tremble pour le « AAA », qualifié par Alain Minc de « trésor national ». Pour résumer, les carottes étaient cuites, même pour la bande du Fouquet’s. La CGPME (syndicat des petits patrons) risquait de faire front commun avec la CGT le 1er Mai 2012 si les cadors du CAC 40 continuaient à pratiquer « l’optimisation fiscale », un euphémisme pour la pratique d’un sport consistant à niquer Bercy dans les grandes largeurs.

Dans ces circonstances, il était préférable de prendre les devants : ce qu’on ne peut empêcher, on a tout intérêt à le favoriser.

La plus-value de jouissance engrangée en cette occasion par les grands patrons vaut bien quelques sacrifices en cash : couper, ne serait-ce qu’un bref moment, le sifflet de ceux qui ne cessent de brailler qu’il faut « faire payer les riches » est un plaisir rare et délicieux.

Quant aux petits bras de la classe moyenne, qui jonglent entre les minables plans d’épargne en actions, le livret A et l’assurance-vie à 3,90%, leur sort est confié à un type genre notaire de la Sarthe, actuellement logé à l’Hôtel de Matignon. Eux n’ont pas les moyens de porter leur vertu en étendard.

Kadhafi juif : une blague séfarade

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Toujours à la pointe de l’info sur les révoltes arabes, Al Jazeera nous apprend que le Guide libyen déchu conservait de nombreux ouvrages talmudiques dans son palais de Bab Aziziya.

Esprits conspis, tenez-vous prêts : bon sang mais c’est bien sûr, la rumeur sur l’ascendance juive de la grand-mère de Kadhafi serait fondée.

Lorsqu’on ajoute le chagrin des représentants de la communauté libyenne en Israël, plus aucun doute n’est permis : comme le président iranien, l’ancien mécène de Georges Habache serait un israélite masqué !

En redescendant sur terre, on s’aperçoit rapidement que son bilan contrasté en matière de préservation du patrimoine pluriséculaire des Juifs de Libye reflète bien les contradictions d’un despote hors du commun, dont la crise de delirium tremens politique aura duré quarante-deux ans.

Celui qui a dernièrement fait détruire une synagogue de deux mille ans d’âge peut par ailleurs se targuer d’avoir multiplié les échanges entre les diplomates de la Jamahiriyya (sa République des masses au décorum si austère qu’elle faisait passer Bokassa pour un jésuite) et des membres de la diaspora libyenne vivant en Israël.

Kadhafi restant introuvable, ne lui reste plus qu’à présenter son arbre généalogique pour effectuer son alyah vers la Terre promise. Mouammar pourra ainsi regarder le monde arabe s’embraser en bronzant tranquille sous les parasols d’Eilat…

La continence, orgasme du catho homo !

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photo : One From RM, Flickr

Que faire quand on est à la fois catho, homo, et au printemps de sa vie ? L’Église catholique propose une solution bien scandaleuse pour notre époque, une grosse blague bien sérieuse qui s’appelle CONTINENCE. Un truc qui ne s’oppose pas strictement au couple homo (le meilleur n’est pas l’ennemi du bien), un choix de vie qui ne ravit pas les couples, y compris « hétéros » (qui sont loin d’être des modèles de vertu dans le domaine de la sexualité-engagement, c’est le moins qu’on puisse dire…), une réponse à l’homosexualité qui paraît tellement irréaliste que peu d’ecclésiastiques osent seulement prononcer le mot, de peur de passer une nouvelle fois pour les méchants-réacs-ennemis-du-plaisir-et-de-l’Amour. Mais bon, tant pis ! L’Église propose. Le Peuple sanctifié que nous sommes dispose ! Et de toute façon, l’institution vaticane n’est plus, actuellement, à une « énormité idéologique » près, surtout quand cette énormité, testée en vrai, procure un bonheur inédit et une joie d’exister qu’une vie de couple homo bien rangée ne donnera vraisemblablement jamais. J’en suis la preuve vivante, étant moi-même catholique, homosexuel et vraiment continent ![access capability= »lire_inedits »]

« Continence ». Qu’est-ce que c’est que ce mot barbare ? – vous demandez-vous. La nouvelle trouvaille angéliste d’une Église catho soucieuse d’imposer sous une forme plus moderne ses interdits moraux sur la sexualité ? Sûrement pas. Qu’on L’écoute un peu parler de sexe, et on s’aperçoit vite que l’Église aime tellement le corps, les plaisirs et le cul qu’Elle leur offre des limites ! Un rapport avec l’incontinence ? On chauffe, on chauffe… Pour faire dans le jeu de mots trivial et pédagogique, je dirais que l’incontinent, c’est celui qui pisse partout ; alors que le continent, c’est celui qui « peace » partout… c’est-à-dire qui offre sa sexualité à Dieu et aux autres pour mieux la vivre et lui donner sens, surtout quand il constate que le couple homosexuel, tout capable d’amour qu’il soit, est très limité, bancal, et peu idéal pour trouver le bonheur.

J’ose même dire que la continence dont l’Église parle est la voie royale proposée à des personnes qui, comme moi, ne se sentent appelées ni au mariage, ni au célibat consacré. Car il n’existe pas une seule et unique voie d’épanouissement sexuel dans ce bas monde. Et le célibat et l’abstinence ne sont pas des non-sexualités, mais au contraire d’autres expériences concrètes de la sexualité humaine, si riche et si diversifiée. Les enfants que nous avons tous été, les vieillards que nous serons peut-être, les célibataires que nous sommes universellement à un moment donné de notre vie ne me contrediront pas : nous vivons tous de sexualité, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, de la naissance jusqu’à la tombe. Et même à supposer que nous soyons tous appelés à donner notre vie à une personne élue, nous n’avons pas tous un destin de Roméo allant au restaurant avec sa « moitié » les jours de Saint-Valentin ou squattant les plateaux-télé en forme de camembert pour prouver au monde entier que l’amour-sentiment est plus fort que tout… et que l’Amour-engagement, éternel et unique, n’existe pas.

C’est parce que les cathos aiment le sexe qu’ils se privent parfois de cul

Alors si monsieur Tout-le-monde vous demande d’un air sceptico-bougon la définition de la continence, ne vous cassez pas trop la tête. Dites-lui d’abord tout ce qu’elle n’est pas : ni un appel à la chasteté (la chasteté n’est pas réductible à la continence : c’est la juste distance nécessaire à tout type de relation, y compris entre un homme et une femme, un artiste et son œuvre, un individus et ses amis, etc.), ni une sacralisation du célibat (le célibat en soi n’a pas de sens : il n’en trouve un que s’il est un don entier de son être à une autre personne UNIQUE, qu’on appellera Dieu ou individu de l’autre sexe), ni un synonyme d’abstinence (on peut s’abstenir de tout et n’importe quoi, et pas forcément dans des buts louables). La continence, elle, vise à s’abstenir POUR quelqu’un… qui plus est Quelqu’un avec un « Q » majuscule puisqu’il s’agit de Jésus ! Vous parviendrez ainsi à la définition véritable de la continence : un don entier de sa personne à Dieu.

Qu’on se le dise : la continence, ce n’est pas le bagne ni une demande impossible. Cela ne devient inhumain que si on ne la vit pas pleinement ! Ne nous leurrons pas : ceux qui prétendent se l’imposer à coup de martinet et de volontarisme de grenouille de bénitier ne la vivent pas : ils l’essaient mal, ou scolairement, et crient avant d’avoir mal ou de s’être laissé le temps d’y goûter avec leur cœur.

Regardons les faits. Laissons de côté les intentions. Croyez-moi si vous voulez. Les prophètes hédonistes de la jouissance sans entrave se foutent le doigt dans l’œil bien profond en pensant que les vrais coincés sont les cathos, que la sexualité-génitalité est une activité anodine, sans enjeu ni gravité (il est vrai que la joie de l’accueil d’un enfant, c’est de la bagatelle…), ou que la « réussite » en ce domaine est proportionnelle au nombre d’expériences amoureuses accumulées dans une vie. Je n’ai jamais vu d’individus plus frustrés sexuellement que ces bêtes de sexe qui enchaînent fiévreusement, sans liberté aucune, les « plans cul » et les aventures de six mois avec différents partenaires. Les cathos, continents ou pas, sont à mes yeux, les serial-baiseurs les moins frustrés sur Terre. Il n’y a qu’à voir le nombre d’enfants et d’amis sereins qui gravitent autour d’eux ! C’est parce que les cathos aiment vraiment le sexe qu’ils se privent parfois de cul. Il ne faut jamais abuser des bonnes choses… sinon, on n’y goûte plus à force de s’en goinfrer.[/access]

DSK, le criminel était presque parfait

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"DSK misogyne"

D’accord, on ne saura sans doute jamais ce qui s’est passé au Sofitel de New York. Reste qu’on sait au moins une chose : le procureur Cyrus Vance, qui devait être motivé puisqu’il jouait peut-être sa réélection sur ce dossier, n’avait pas les biscuits pour se payer DSK. Cela signifie au minimum que le récit initial – auquel, répétons-le, nous avons tous cru – dans lequel une sainte était violentée par un salaud ne correspondait pas à la réalité. On n’est plus dans le noir et blanc mais dans la zone grise des rapports humains où les affects se mêlent aux rapports de force et aux intérêts.

Voilà qui ne fait pas l’affaire des féministes, en tout cas de celles qui croyaient tenir, avec cette affaire, la preuve de la justesse de leur combat contre les hommes. Femme, noire, pauvre, exilée, Nafissatou Diallo était la victime rêvée. Douter de sa parole, c’était insulter toutes les victimes. « Les victimes ne mentent pas », m’a dit un jour un confrère au Kosovo. Eh bien si, justement, les victimes mentent. Et il arrive même qu’elles soient des victimes imaginaires.

Répétons-le, j’ignore totalement si Nafissatou Diallo a menti un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout. La seule chose que l’on sache, c’est que l’homme qui avait le plus intérêt à accréditer sa version des faits a déclaré forfait. L’ennui, c’est qu’entre-temps, elle est devenue le symbole de la terrible condition des femmes en Occident. Reconnaître que ce cas était moins clair qu’il n’y paraissait, ce serait admettre que cette condition n’est pas si terrible. Les pleureuses qui se sont succédé sur les plateaux pour dénoncer, en vrac, le viol et la grivoiserie, le partage inégal des tâches ménagères et les écarts de salaire, les mains baladeuses et les regards déshabilleurs, ne l’entendent pas ainsi. Maintenant que ces pitbulls en jupettes ont planté leurs crocs dans les mollets de l’ex-patron du FMI, elles n’ont nullement l’intention de lâcher prise.

Aussi vouent-elles aux gémonies la justice américaine qu’elles trouvaient hier formidable. Si elles admettent que la victime n’est pas une sainte, elles n’envisagent pas un instant qu’elle ne soit pas victime. Que beaucoup de gens se réjouissent du dénouement ne fait que confirmer leurs intuitions : « C’est emblématique du sexisme ambiant qui règne dans la classe politique française », déclare Zyneb El Rhazoui, la porte-parole de « Ni putes ni soumises ». De son côté, le Dr Emmanuelle Piet, présidente du « Collectif féministe contre le viol », se désole : « Tout cela ne va malheureusement pas encourager, à l’avenir, les victimes à parler », redoute-t-elle. Et si « tout cela » décourageait les affabulatrices, faudrait-il s’en désoler ?

Les féministes américaines qui manifestaient lundi devant le tribunal n’en ont cure. Elles sont convaincues de la culpabilité de DSK. Doute raisonnable, connais pas ! Il est vrai que pour certaines, c’est le désir masculin qui est criminel par nature. Les arguments avancés par ces dames pour étayer leur certitude flanquent un peu la trouille : « Il est coupable, la preuve, c’est qu’il est soupçonné d’un autre viol en France », dit l’une. On ne va pas s’embarrasser de chichis comme la présomption d’innocence : le soupçon vaut condamnation. Mais la plus amusante est celle qui a déclaré en substance que DSK avait forcément violé Nafissatou Diallo puisqu’il avait publiquement avoué avoir trompé sa femme plusieurs fois. Autrement dit, tout homme adultère est un violeur en puissance. J’imagine, chers lecteurs mâles, que certains d’entre vous commencent à se sentir mal. Enfin, ça ne me regarde pas. En tout cas, quand de supposées progressistes que l’on prenait pour les filles de la libération sexuelle jouent les dames-patronnesses et que les mouvements féministes se transforment en ligues de vertu, on se dit que ça valait le coup de se débarrasser du pouvoir de l’Eglise.

Sur ce coup, cependant, il faut noter que la bêtise est également répartie entre les sexes. Depuis quelques semaines, tous les hommes de ma connaissance – à quelques exceptions près – m’infligent la même blague débile : « Il n’a pas pu la violer, elle est trop moche ». N’essayez pas de m’enfariner, chers lecteurs, je suis sûre que vous êtes un paquet à l’avoir dit ou pensé. Or, cet argument est d’une sottise crasse parce qu’il méconnaît absolument ce qu’est le désir. Désire-t-on en fonction de critères préétablis et fixés par les magazines ? Faut-il être « blonde avec des gros lolos notre cauchemar à toutes » pour éveiller la concupiscence masculine ? Quand vous dîtes d’une fille entrevue dans la rue qu’elle est « bonne », voulez-vous signifier qu’elle est jolie ? Les femmes que vous considérez comme laides sont-elles vouées à l’abstinence ? Si un joli minois suffisait à vous mettre en émoi, ça se saurait, non ? (Je tairai par charité chrétienne le nom de quelques consœurs absolument sublimes et dénuées, d’après les confidences que je reçois, de tout potentiel érotique, dieu existe).

Cet argument n’est pas seulement crétin, il est franchement inélégant – c’est le salon du camion, comme dit mon amie Béatrice. Alors, les mecs, permettez-moi un petit rappel : que vous ne fassiez pas la vaisselle, admettons, que vous soyez volages, c’est presque inévitable, que vous fassiez les hommes les vrais on est pas mal à aimer ça.

Mais un macho digne de ce nom doit être un gentleman.