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Ne courons pas sur le Coran !

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C’est le ToulouseBlog, amplement relayé ce matin par France Inter, qui nous apprend cette terrible nouvelle avec ses mots à lui : « Le Festival Printemps de Septembre et l’artiste Mounir Fatmi ont décidé d’arrêter la présentation à Toulouse d’une de ses œuvres en raison des protestations de musulmans blessés de voir des passants marcher sur des versets du Coran au sol. »

Plus précisément, il s’agirait d’une d’œuvres vidéo de l’artiste d’origine marocaine, intitulée « Technologia » ; laquelle incluait effectivement des versets d’un livre que les musulmans considèrent comme sacré, ainsi que des hadiths de celui que les mêmes croyants et certains journalistes pressés appellent le Prophète Mahomet.

Or ladite vidéo s’est retrouvée projetée sur le sol du Pont Neuf qui traverse la Garonne et ce, nous explique l’édition toulousaine de Libé, alors que, ouvrez les guillemets : « le dispositif de médiation prévu pour les week-ends n’était pas en place pour empêcher de marcher sur l’œuvre ou pour l’expliquer.»
Il semblerait qu’un attroupement plus ou moins spontané se soit formé devant le pont, une soixante de gardiens de la foi voulant empêcher qu’on piétinât l’impiétinable. Hélas, une jeune fille trop pressée (et qu’on imagine fanatisée par Charlie, Causeur ou autres néofachos) aurait néanmoins traversé le fleuve malgré le risque évident de blasphème.
Juste retour des choses, cette demoiselle aurait été, selon la police, dûment giflée par les fidèles, bien obligés de se faire justice eux-mêmes, faute d’une loi adéquate contre le blasphème dans notre pays. Et la preuve que ces manifestants étaient ontologiquement pacifiques et le seraient restés si on ne les avait provoqués, c’est qu’ils se sont dispersés sans heurts avec les forces de l’ordre dépêchées sur place, après qu’un imam les a appelés au calme…

Christopher Lasch, l’ami américain

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Christopher Lasch selon Philippe Raynaud

Christopher Lasch n’est pas et ne sera sans doute jamais à la mode, mais il a en France un public fidèle et dévoué, sensible aux harmoniques subtiles de son œuvre ; ce public est composé de gens divers, qui ne sont pas nécessairement portés à des révoltes spectaculaires, mais qui sont le plus souvent peu satisfaits du monde comme il va et qui se réclament volontiers d’un héritage républicain dont on sait bien qu’il est également oublié de la droite et de la gauche.»?

Ce succès est un brin paradoxal, quand on songe à tout ce qui semble éloigner Lasch des traditions politiques françaises, en particulier de celles de la gauche. Lasch ne croit pas au progrès, auquel il a consacré un beau livre critique[1. Christopher Lasch, Le seul et vrai paradis. Une histoire de l’idéologie du progrès et de ses critiques, Flammarion, coll. « Champs, 2006.], et cela seul suffit à l’éloigner de la culture dominante française, qui reste largement saint-simonienne ; pour Lasch, non seulement l’augmentation de la richesse matérielle ne libère pas de l’aliénation, mais les grandes réalisations modernes dans lesquelles se reconnaissent volontiers nos républicains participent elles-mêmes largement à la destruction du monde vécu.»?[access capability= »lire_inedits »] et, de ce point de vue, sa critique des « libéraux » américains touche aussi bien la gauche « traditionnelle » française que les courants plus modernes attachés aux « conquêtes » des années 1960 (ou, en France, de « Mai-68 ») : Lasch ne met pas seulement en cause les effets de la « permissivité » des années 1960 (y compris dans sa dimension féministe[2. Christopher Lasch, Les Femmes et la vie ordinaire, Paris, Climats, 2006.]), il s’en prend aussi aux effets déstructurants de l’État-providence et même à la démocratisation de l’enseignement secondaire ou supérieur (qui, selon lui, a abaissé l’idée de culture sans vraiment élever le niveau culturel des classes populaires).

Il me semble que Lasch plaît à ses admirateurs français par cela même qui le distingue de leur culture nationale : c’est un critique de l’Amérique, que nous aimons parce qu’il met en question des modèles culturels qui se sont imposés de manière assez brutale, mais c’est un critique américain, dont les références, les valeurs et les nostalgies nous obligent à entrer dans un univers très différent, tant par ses qualités que par ses défauts, de la France « républicaine ». Son œuvre a commencé à être connue dans les années 1980, à la belle époque « tocquevillienne » où l’épuisement du marxisme et de l’idéologie révolutionnaire conduisait quelques bons esprits à s’intéresser à la dynamique « individualiste » des sociétés démocratiques, et elle est apparue d’autant plus précieuse que Lasch était sensible aux nouvelles pathologies qui accompagnaient l’apparente émancipation des individus. Mais le charme de cette œuvre vient aussi de ce qu’elle mobilise tout un imaginaire américain d’origine protestante qui fait entrer le lecteur français dans un monde presque inconnu, où la communauté de base est plus importante que l’État, et où la morale civique s’exprime dans une grammaire traditionnelle qui n’est ni celle du catholicisme ni celle des Lumières françaises.
Un refuge dans ce monde impitoyable n’est sans doute pas le livre le plus brillant de Lasch, mais c’est un ouvrage solide et profond, où on retrouve toutes les qualités de l’auteur − ainsi que quelques-unes des difficultés que pose toujours sa pensée. Le lecteur français y trouvera d’abord une histoire très riche et complète de débats qui, à l’intersection des sciences sociales et de la pensée critique, ont posé des concepts et des problématiques qui jouent toujours un rôle majeur (on retiendra, par exemple, la riche discussion des relations entre la psychanalyse freudienne, les sciences sociales et le féminisme ou encore l’analyse des tensions, dans le couple moderne, entre le modèle « romantique » et celui du « compagnonnage »).

Mais on y voit bien aussi ce qui fait la difficulté de la position de Lasch, notamment dans la préface où il déplore les malentendus dont son livre a été l’objet : « Encensé par des critiques de droite incapables d’en saisir les implications politiques ; condamné par la gauche infantile ; accueilli par le centre avec un mélange de méfiance, de gêne et d’indignation, Un refuge dans ce monde impitoyable a dérouté les idéologies, toutes couleurs politiques confondues. (p. 33) » Lasch se félicite, certes, que son ouvrage ait été bien accueilli par les lecteurs soucieux de comprendre le problème posé (« l’érosion de la vie familiale dans la société contemporaine ») plutôt que « d’adapter mécaniquement leur approche du sujet à une doxa politique » (ibid.), mais on ne peut pas s’empêcher de penser que la perplexité de ses lecteurs (trop) « politiques » a aussi quelques bonnes raisons.

À sa manière, qui n’est pas celle du Kulturpessimismus européen, Lasch est un critique des Lumières, dont il retrace la « dialectique » en s’appuyant notamment sur une critique des effets déshumanisants d’une anthropologie utilitariste et matérialiste qui sape la responsabilité et donc la liberté pour mieux promouvoir la « libération » et qui généralise l’anxiété pour nous libérer de la culpabilité. Il est à cet égard significatif que son livre s’achève par une critique de Holbach et de Helvétius, dont l’ « idée de despotisme éclairé anticipait de si nombreux traits de l’État thérapeutique contemporain (p. 355)» : les deux philosophes voulaient réduire le poids de la contrainte sociale en exorcisant les interdits issus de la « superstition » et, pour le second du moins, étendre le bonheur public par une politique qui « anticipe » aussi sur les systèmes contemporains de protection sociale[3. On pourrait d’ailleurs ajouter ici Jean-Jacques Rousseau, dont l’anthropologie n’était pas celle d’Helvétius, mais dont l’Émile propose un modèle éducatif où la réduction de l’autorité n’est possible que par un contrôle rigoureux des actions de l’enfant.]. Pour Lasch, le déclin de la famille a évidemment partie liée avec celui de l’individu, de la « désintégration du moi » qui se cache sous les discours rassurants sur l’émancipation du désir et l’épanouissement de la personnalité[4. Christopher Lasch, Le Moi assiégé. Essai sur l’érosion de la personnalité, trad., Paris, Climats, 2008.], mais on ne sait pas trop, en le lisant, à partir de quel moment la sortie du modèle traditionnel est devenue vraiment périlleuse, pas plus que l’on ne voit comment les classes populaires auraient pu rester indifférentes aux sirènes de la société de consommation. L’histoire qu’écrit Lasch est celle d’une trahison ou d’une autodestruction du projet moderne d’émancipation, mais on ne peut pas s’empêcher, en le lisant, de penser qu’il est lui-même, comme nous tous, un héritier de ce projet.».[/access]

Syrie-Turquie : c’est pas moi, c’est lui !

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Ce n’est pas reparti comme en Quatorze, mais presque : l’armée turque a bombardé ce matin des positions de l’armée syrienne à la frontière entre les deux pays.

D’après un officiel turc interrogé par l’AFP, ce bombardement, qui risque fort d’en appeler d’autres aurait été déclenché « en représailles à des tirs d’obus syriens qui ont tué 5 civils turcs mercredi dans un village frontalier ».

Cette énième escalade fait suite à la lettre très virulente envoyée hier par le délégué turc aux Nations Unies, Ertugul Apakan, adressée au secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon et à l’ambassadeur du Guatemala Gert Rosenthal – dont le pays préside le Conseil de Sécurité en ce mois d’octobre.

Le représentant d’Ankara qualifie ce bombardement et les morts civiles qu’il a provoquées « d’acte d’agression de la Syrie contre la Turquie ». En conséquence de quoi Ankara demande au Conseil de « prendre les mesures nécessaires pour mettre un terme à de tels actes d’agression et garantir que la Syrie respecte la souveraineté, l’intégrité territoriale et la sécurité de la Turquie ».

Tout cela est fort argumenté, mais le représentant du gouvernement d’Erdogan a oublié un argument imparable. S’il s’agit de tuer bêtement des civils turcs (ou kurdes), l’armée turque le fait très bien toute seule, sans avoir besoin qu’Assad vienne lui montrer comment l’on fait…

Campements roms : Marseille donne un signal

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Manuel Valls et les roms de Marseille

L’équipe de Marseille a connu sa première défaite à Valenciennes : 4 à 1.

C’est dérisoire par rapport à la manière dont la belle cité phocéenne est entrée récemment dans le débat public et médiatique à la suite de la révolte de certains de ses habitants contre des Roms qui installés depuis quelques jours étaient soupçonnés d’avoir commis vols, déprédations et nuisances. La police est intervenue et à l’évidence n’a rien trouvé à redire à l’action de ces citoyens qui ont réagi en brûlant apparemment un modeste campement. Le parquet de Marseille a lui-même minimisé la portée de ces incidents et de leurs conséquences.

Le hasard fait qu’ayant participé à un colloque remarquablement organisé mais agité à Lyon au sujet de ce thème à peine provocant: Faut-il supprimer la prison ?, j’ai rencontré à cette occasion le procureur général Jacques Beaume, personnalité chaleureuse, lucide et passionnée par son métier, qui m’a appris que ses cinq années les plus stimulantes et en même temps les plus épuisantes s’étaient déroulées à Marseille où il avait été procureur. Je n’ai eu aucune difficulté à le croire.

La justice aujourd’hui à Marseille serait « à bout de souffle » (Journal du Dimanche).

Sans relier directement l’épisode des Roms à ce constat, il est évident que celui-là ne saurait être traité à la légère parce qu’il révèle au moins qu’à un certain moment des Marseillais exaspérés, plutôt que de faire appel à la police et aux institutions, ont préféré régler le « problème » eux-mêmes.

Il serait trop facile de traiter de haut, avec une sorte de condescendance vertueuse, ces comportements alors que personne, ne l’ayant pas vécu et subi, ne peut mesurer le poids d’un environnement destructeur au quotidien.

Marseille donne un signal. Il y aura forcément d’autres révoltes si ne sont pas suffisamment prises en compte doléances, réclamations, plaintes et exigences de tranquillité publique. On ne laisse pas en déshérence des appels au secours.

L’Etat est de retour, annonce Najat Vallaud Belkacem (Le Parisien). On pourrait faire de l’ironie si cette phrase au demeurant discutable avait prétendu s’appliquer à ces troubles marseillais.

Plus que jamais, le ministre de l’Intérieur, qui s’efforce de tenir les deux bouts de la chaîne – humanité et fermeté, un Etat qui protège et réprime quand il le faut, une démocratie qui se défend sans se renier – représente la vision équilibrée dont la République a besoin. Sans lui, sans elle, avec le soutien et la confiance du président, seraient à craindre de multiples « légitimes défenses » fondées sur un civisme dévoyé et à la fois désespéré. Une autre conception de la sécurité serait suicidaire: qu’il y ait un laxisme du Pouvoir, il y aura alors une France qui prendra tristement, dans ces domaines sensibles, en main son destin. Avec le pire à répétition.

Ecoutons le signal de Marseille.

*Photo : Parti socialiste.

Grèce : six ans de solitude

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La Grèce et ses six ans d'austérité

Même aux Etats-Unis, après la crise de 1929, au bout de six ans, ils avaient compris. Ils avaient déjà élu Roosevelt qui relançait son pays avec le New-Deal, une politique de type socialiste qui donnerait aujourd’hui des malaises vagaux à Mario Draghi. Ou aux habituels éditorialistes de C dans l’air qui disent la même chose que Mario Draghi. Mais tout le monde médiatique et politique ne dit-il pas, aujourd’hui en Europe, la même chose ? À part, peut-être les différents Fronts de Gauche, que ce soit ces temps-ci au Portugal (Bloco de Esquerda, PCP) où un million de personnes- dans un pays qui en compte dix ! – viennent de descendre dans la rue pour protester contre l’austérité et en Espagne (Izquierda Unida) où l’agitation sociale devient endémique et menace l’unité même de la « communauté de nations ».

Seulement, les Américains, en 1932, quand ils élirent Roosevelt et renvoyèrent à ses chères études le libéral Hoover, pouvaient encore voter pour qui leur plaisait et n’étaient pas sous la coupe d’instances supranationales et des amicales pressions qui vont avec. Ce qui fut encore le cas en Grèce, aux législatives du 17 juin 2012 quand la coalition Syriza, le Front de Gauche local, fut devancée de quelques décimales par Nouvelle Démocratie, le parti de droite qui bénéficia ainsi des cinquante sièges accordés en prime à la formation arrivée en tête et qui put faire alliance avec les socialistes du PASOK moribond et une petite formation de centre gauche.

La Grèce étant visiblement notre avenir proche comme elle fut notre passé lointain, trop lointain, on indiquera aimablement à la rue de Solferino et à Matignon qu’il arrive, quand une crise dure trop longtemps que les gens décident de ne plus respecter une alternance classique droite gauche mais se mettent tout simplement à voter… plus à gauche, ou pour formuler les choses autrement, pour une gauche qui se souvient qu’elle est de gauche. L’hégémonie du PS, à gauche, n’ira plus forcément de soi dans les années qui viennent.

Pour en revenir à la Grèce, les partis grecs partisans du mémorandum européen (mémorandum est un mot poli pour dire diktat en 2012) ont sauvé une majorité précaire de justesse, grâce notamment à l’attitude obsidionale du KKE, le parti communiste grec « old school », stalinien comme pas deux et enfermé dans sa logique bolchévique, un peu comme Lutte Ouvrière chez nous, à la différence qu’il peut encore faire élire entre dix et vingt députés.

Et c’est la même histoire depuis six longues années avec un gouvernement grec majoritaire au parlement et minoritaire dans l’opinion qui présente comme en France son projet de budget 2013. Avec pour la sixième fois les mêmes méthodes qui enfoncent un peu plus le pays dans une récession sans fin de plus en plus violente, générant au sein d’une population désespérée les pires pulsions. On se drogue et on se suicide beaucoup en Grèce, ces temps-ci. Et quand on ne retourne pas la violence contre soi-même, on la retourne contre l’immigré. Les agressions racistes et autres ratonnades sont devenues une spécialité dans les quartiers populaires d’Athènes ou Salonique. Il ne s’agit même plus uniquement des délires de quelques militants néo-nazis d’Aube Dorée mais d’un lumpenprolétariat qui s’attaque à ce qu’il a sous la main, un peu comme lors de ce nettoyage marseillais d’un camp rom par les habitants d’un quartier avec incendie à la clef, le tout sous surveillance policière, une des scènes les plus objectivement monstrueuses de cette rentrée si l’on prend le temps de réfléchir à ce que cela suppose en matière de désespérance et de fin d’un certain modèle républicain atomisé par le tout-marché.

Ce budget, bien entendu, comme le sera le nôtre si le Traité budgétaire est ratifié, s’élabore sous la tutelle de la troïka. Elle est composée de deux Allemands-(Matthias Mors (UE) et Klaus Masuch (BCE)-ainsi que du Danois Poul Thomsen du FMI. Evidemment, ils sont moins faciles à trouver que des clandestins albanais quand on est en colère.

Le gouvernement grec table sur une contraction de l’économie de 3,8 à 4% et le projet de budget prévoit 7,8 milliards d’euros de coupes en 2013. Pour trouver cet argent, le gouvernement va, comme d’habitude, tailler dans les retraites, les salaires des fonctionnaires (juges, universitaires, policiers ou pompiers) et les aides sociales. Pour les policiers, qu’ils fassent tout de même attention, le syndrome de la crosse en l’air est quelque chose qui arrive assez souvent dans ce genre de circonstances historiques. Encore une fois, l’église orthodoxe comme les armateurs ne sont pas prévus au programme. Pour les armateurs, l’actuelle équipe gouvernementale a sans doutetrop peur d’une réaction à la Bernard Arnault… Tout cela fait près de 3,5 milliards d’euros d’économies. Une saignée pour quoi faire ? Pour une aumône de 31,5 milliards accordée par la Troïka, qui ira directement recapitaliser les banques privées.

En face, la rue résiste comme elle peut, à coup de grèves générales comme mercredi dernier. Et le cauchemar continue depuis six ans. Six ans de solitude.

*Photo : odysseasgr

Assad-Hamas : le divorce est consommé

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Pendant de longues années, Damas a abrité le siège logistique du Hamas en exil. Depuis l’exfiltration de Khaled Mechaal de Jordanie, où il avait échappé in extremis à une tentative d’empoisonnement du Mossad, le terroriste en chef palestinien coulait en effet des jours heureux dans la capitale syrienne. Jusqu’au jour où la révolte grondant, comprenant que la répression massive syrienne n’était pas en odeur de sainteté dans le monde arabo-musulman, Mechaal a décidé de prendre la tangente et de quitter Damas pour une destination plus paisible du Golfe, cette partie du monde arabe où l’on pratique l’esclavagisme moderne contre les travailleurs étrangers mais où l’on ne se révolte pas, manne pétrolière aidant. L’an dernier, son acolyte gazaoui Ismaël Haniyeh avait officiellement condamné l’écrasement de l’insurrection syrienne et ainsi fait voler en éclats l’axe Hamas-Hezbollah, le mouvement chiite libanais de Hassan Nasrallah soutenant indéfectiblement son parrain syrien, sous l’œil bienveillant du grand frère iranien. Dans le même temps, Mechaal s’est rapproché du président égyptien Morsi, issu comme lui de la confrérie des Frères Musulmans.

Un juste retour des choses, diront certains. Il est vrai que l’alliance des chiites pro iraniens et des surgeons palestiniens des Frères avait quelque chose de stratégiquement et théologiquement contre nature.

Aujourd’hui, alors que les insurgés syriens essuient un nouveau revers à Alep, les propagandistes pro Bachar officialisent l’excommunication de Khaled Mechaal, ancien héraut de la « résistance » palestinienne soudainement devenu un traître à la cause arabe (le baathisme a ses raisons que la raison ignore…). Sous la plume assassine d’un certain Nasser Qandil, on lit un portrait au vitriol de Khaled Mechaal sur la page Facebook de Bachar Al-Assad : « ingrat », supplétif de l’axe « Oman-Doha-Ankara-Washington-Israël », parlant de l’Oumma islamique pour « prêter allégeance à l’Empire ottoman et non au Messager de Dieu ». Ne manquent plus que les classiques accusations de pédophilie et de racisme pour incarner un Méphistophélès fait homme.

Ah, on me signale que le chef du Hamas, actuellement sur le départ, aurait des litres de sang israélien sur les mains. Bizarrement, cela n’apparaît pas dans sa notice biographique made in Damascus…

Et ils devinrent mal élevés…

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Lasch rejoint Chesterton dans La famille assiégée

En guise d’introduction à l’excellente étude de Christopher Lasch sur la famille, je vous suggère ce fragment de Chevillard paru dans le dernier numéro du Tigre : « Les parents d’aujourd’hui trouvent leurs enfants généralement bien capricieux et autoritaires. Mais non, leur répondent les pédopsychiatres, ne vous affolez pas, c’est le développement normal de l’individu. Vous devez savoir que l’enfant passe par la phase du non qui le conduit à la phase de refus qui le mène à la phase d’opposition à laquelle succède la phase de rejet qui annonce la crise d’adolescence. Après quoi, il deviendra un adulte péremptoire et borné comme tous les autres. »?[access capability= »lire_inedits »]

Un refuge dans ce monde impitoyable raconte et pense la longue histoire qui nous a conduits à délier la vérité, l’autorité et l’amour. Il déploie les méandres des multiples interventions de l’État et du capitalisme au sein même de la famille. Ainsi en sommes-nous venus à douter de cette évidence anthropologique fondamentale : notre capacité et notre légitimité à élever nos propres enfants nous-mêmes. Avouons-le, frères post-modernes, avec le temps, la déception nous a déçus. Nous nous sommes lassés de la lassitude qui enchantait nos vertes années.

Christopher Lasch nous aide à comprendre ce qui nous est arrivé. Ce que nous avons fait. Il nous rappelle que seuls des femmes et des hommes peuvent écrire la vie humaine. Celle-ci est bien trop précieuse pour être confiée aux « professionnels de l’existence ». C’est nous-mêmes qui sommes appelés à élever nos enfants et non les doctes et impérieux « experts de l’enfance », armés jusqu’aux dents de bonnes intentions médicales et pédagogiques. Lasch nous invite à recouvrer la confiance en nos évidences sensibles, à crever le mol oreiller du soupçon et à nous désaffilier enfin de la désaffiliation.
Il y a un an, un soir d’hiver, j’entrai dans une boulangerie peu avant l’heure de la fermeture. L’instant d’après, un enfant obèse âgé de 12 ans y pénétra à son tour juché sur son vélo. Surprises, les deux boulangères lui demandèrent de manière affable et maternelle de ressortir pour garer son vélo au dehors. Entendant ces mots, le gros garçonnet ne bougea pas d’un millimètre et garda le silence. Son visage devint très dur. Il se transforma en un bloc d’hostilité pure, mutique et inamovible.

Dans son for intérieur − tout ce qu’il y a de plus obstinément intérieur et viscéralement rétif à l’altérité et au langage − il venait visiblement de subir de la part des deux boulangères une violente et incompréhensible agression, dont il était encore stupéfait. Son vélo semblait constituer une partie de son corps qu’on lui demandait de trancher.
Les traits de son visage n’étaient pas seulement dépourvus de candeur et de douceur enfantines. Ils n’étaient pas seulement dénués d’humilité et de joie. Son regard n’exprimait pas une indocilité espiègle et passagère. Son attitude ne manquait pas de respect envers les adultes : cela allait bien au-delà. De tout son être, avec un aplomb abject et glacé, ce garçonnet semblait nier l’existence même de la différence entre les générations. Son regard disait : « Vous n’êtes pas des adultes. Je ne suis pas un enfant. Vous n’existez pas. Et si vous existiez, vous m’infligeriez de ce seul fait une offense impardonnable. »

Les boulangères, cependant, continuaient inexplicablement à exister. La fureur de l’obscène roitelet ne parvenait pas à les pulvériser dans l’atmosphère. Elles insistaient de plus en plus fermement. Le garçonnet a finalement consenti à s’abaisser à leur adresser la parole. Quelques sommaires lambeaux de langage sont sortis de sa bouche, articulés avec dégoût et à grand-peine, dans une sorte de panique. Nous finîmes par comprendre enfin qu’il refusait d’obtempérer par crainte que quelqu’un ne lui vole son vélo. Il ajouta sur un ton buté et définitif que son père ou sa mère lui avait enseigné qu’il ne faut faire confiance à personne, en aucune circonstance.

Je lui adressai alors la parole pour la première fois, mais il m’interrompit immédiatement comme si je l’avais brûlé : « Je t’ai pas parlé !… Pourquoi tu me parles ?… » Je l’assurai que je n’avais pas besoin de son autorisation pour ouvrir la bouche. Je lui dis que personne ne pouvait vivre sans faire confiance aux autres. Et que lui-même, du reste, n’y échappait pas, puisqu’il était prêt à manger du pain fait par des inconnus sans craindre d’être empoisonné. Que sans le pain que sont les autres, en somme, il crèverait. M’éloignant de la boulangerie, je l’ai vu peu après passer sombrement à côté de moi sur son vélo en me lançant pour tout au revoir un dernier regard de tueur.
Je n’oublie pas ce regard et ce visage. En lisant le livre de Christopher Lasch, j’ai eu le sentiment que leur mystère s’éclaircissait peu à peu. Et qu’il racontait la longue histoire politique qui avait rendu possible l’émergence d’un tel visage.

La défense de la famille proposée par un Lasch que, contrairement à Daoud Boughezala, je crois encore fidèle à la gauche radicale, ne ressemble à aucune autre. À une exception près, cependant : celle esquissée par Chesterton en 1905 dans un chapitre d’Hérétiques. Je ne résiste pas au plaisir de faire entendre pour finir ce morceau de bravoure du vieux Chesterton, écrit certes dans un style et un contexte historique très différents : « On défend d’ordinaire la famille en affirmant qu’elle constitue, au milieu des tensions et des vicissitudes de la vie, un milieu paisible, agréable et homogène. Mais on peut la défendre d’une autre manière, qui me paraît évidente, en affirmant que la famille n’est ni paisible, ni agréable, ni homogène. »
Comme Lasch, Chesterton défend la famille contre les « groupes fondés sur la sympathie qui excluent plus brusquement le monde réel que les grilles d’un monastère », car ceux-ci se privent de « l’expérience des transactions amères et fortifiantes » et méconnaissent « les cruelles variétés et les divergences impitoyables de l’humanité ». Et Chesterton de conclure : « La famille est saine précisément parce qu’elle comporte tant de divergences et de variétés. La tante Élizabeth est déraisonnable comme le genre humain. Papa est irascible comme le genre humain. Notre frère cadet est malicieux comme le genre humain. Grand-père est stupide comme le monde. ».[/access]

*Photo : Jo! is me.

Pour le mariage, l’adoption et le bonheur de tous, pour tous, avec tous

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Vive le mariage gay contre Pasoli et Jean Genet

Rédacteur dans de nombreux journaux parisiens et grand habitué des raouts parisiens, Jean-Kevin Le Baptiste, 24 ans, titulaire d’un master de sociologie sur Judith Butler et Boy George, auteur d’un mémoire intitulé « Homogynéphilie et parentalitude ou pourquoi l’homopolyparentalité est une chance pour l’enfant unique », militant surengagé d’« Agis Debout » et de « Terre Neuve », nous livre ici ses réflexions de citoyen intersexuel. Quelques mauvaises langues prétendent qu’il n’est qu’un artefact auquel le taquin Pierre Cormary ne serait pas étranger.

Je préfère le dire tout de suite et au risque de faire grincer des dents : moi, je suis dans la Vie, et pas chez pépé. Pasolini, « pédé martyr », j’en ai rien à foutre. En 2012, l’heure n’est plus à la subversion par des classiques- d’ailleurs surestimés – de la littérature et du cinéma gays mais à la réforme progressiste des sexes et des identités. L’homoparentalité, ç’a toujours été l’avenir. Et l’avenir, c’est maintenant. Et maintenant, c’est tout de suite.

Pour les gens de ma génération qui ont eu la chance de naître à mon époque et qui ont très vite pris conscience de tout le mal que le passé a pu faire aux hommes et aux femmes de bonne volonté, l’urgence a toujours été d’abolir définitivement les anciens paradigmes. Oui, je le dis avec mes mots à moi, ces mots de citoyen du monde dont vous vous faites des gorges chaudes à Causeur, mais le bien, c’est l’antiracisme, l’antiracisme, c’est le goût des autres, et le goût des autres, c’est la fête – cette fête à laquelle vous avez déclaré la guerre, on se demande bien pourquoi. Quant au mal, y a pas photo, ç’a toujours été le passé. L’Histoire nous montre que plus l’on avance dans le temps, plus la justice et l’égalité triomphent. Moyen Âge < Renaissance. Ancien Régime < Révolution. Droite < gauche. TF1 < MTV. Imparable. Avant, c’était la peine de mort, la colonisation, l’esclavage, l’Inquisition, l’homophobie, l’hypocrisie bourgeoise, la prostitution permise, l’ignorance des pauvres à cause des riches, et tout cette littérature soi-disant « géniale » qui ne faisait qu’entériner la fracture sociale et la culture des possédants, ces Balzac, ces Proust, ces Céline (un vrai salaud, lui) que des gens comme moi ont bien raison de trouver illisibles et pire – nocifs.

D’ailleurs, la littérature, dont les snobs réacs disent qu’elle sert à exprimer le « Tragique » du monde, moi, ça ne m’intéresse pas, et je pense que ça n’intéresse personne. Au contraire, je suis sûr que moins on fera d’œuvres tragiques, moins il y aura de tragique dans le monde. Logique. Comme il y en a qui sont ni Dieu ni maître, moi, je suis ni Bible ni Freud. J’aime mes papas, j’aime mes mamans, j’aime mes frères et soeurs, y compris quand ils sont ensemble (car pour nous il n’y a que l’amour qui compte, et le seul droit valable, c’est le droit de l’amour), personne n’a jamais voulu faire l’amour de force avec personne, et je peux vous assurer qu’on est d’accord tous les quinze pour dire qu’on n’a vraiment pas besoin de Sophocle, ni d’Eschyle, ni de Saint Paul, ni de Shakespeare, ni de Pascal, ni de Sade, ni de Lévi-Strauss ou d’Elisabeth Lévy pour comprendre la vie. Nous ne sommes pas pécheurs, nous ne sommes pas castrés, nous ne sommes pas sadiques, nous n’avons jamais compris pourquoi des fleurs pouvaient avoir un quelconque rapport avec le « mal », comme un poète d’extrême droite du XIXème s’est complu à le dire, nous emmerdons tous les Oedipe et tous les Job de la terre, nous ne croyons pas aux structures élémentaires de la parenté, et nous plaignons de tout cœur ceux qui respectent encore ce genre de balivernes ou de superstitions. Car heureux et innocents, oui, nous le sommes…

Alors que M. Leroy parle de Pasolini et de Jean Genet avec des trémolos dans la voix, c’est son affaire, mais il se plante complètement quant au statut de l’homosexualité d’aujourd’hui. Toutes ces idoles des années 70 nous apparaissent comme les idiots utiles du pouvoir judéochrétien, et qui sous couvert de « subversion » renforçaient le fascisme conservateur le plus inique. C’est la libération des gays qui nous importe, et non la subversion du système qui est toujours un truc de dandy. Et c’est pourquoi il est pitié de constater que cette foutaise intellectuelle qui veut que l’on accepte les homosexuels qu’à la condition qu’ils s’appellent Marcel Proust, Reynaldo Hahn, Jean Genet, Jean Cocteau, Fassbinder ou… Pasolini, autrement dit qu’à la condition qu’ils soient d’inoffensifs esthètes, a encore de beaux jours devant elle. L’homosexualité tolérée comme singularité d’intellectuel raffiné destiné à provoquer les conventions sociales, la voilà, la vraie, et la plus ignoble, homophobie. Et c’est pourquoi nous aurions largement préféré que les Burroughs, Proust, Cocteau, et autre Francis Bacon militent de manière responsable pour le droit au mariage et à l’adoption pour tous plutôt que perdre leur temps à faire de la provocation littéraire ou pictural avec leur cul, entretenant une guerre bien inutile avec les clercs et au fond les servant.

Alors, comme tout le monde, je l’ai vu, le Salo de Pasolini, et n’en déplaise à vous autres, les intellos des années 70 sur le retour et pour qui ce film est le truc « ultimate » de tous les temps, franchement j’ai trouvé ça gerbant de bien-pensance et de puritanisme larvé. Il n’y a vraiment que les bourgeois et les ringards pour s’exciter sur un machin pareil. Un film aussi laid, stupide, puritain, antisocial, antilibertaire, qui tourne en bourrique tout ce que la modernité a pu nous apporter, et qui passe pour un « chef-d’œuvre » de la dérangeance – moi, j’aimerais bien qu’on m’explique. Que nous dit en effet le Salo de Pasolini ? Que le fascisme était abominable ? Bien sûr. Sauf que le fascisme, pour Pasolini, c’est le produit de l’anarchisme. « Nous autres fascistes sommes les seuls véritables anarchistes » ose déclarer l’un des quatre libertins. Ca, c’est le raisonnement typique réac des ganaches de droite. Pas étonnant que Le Figaro aime… Dès qu’on leur promet un peu de liberté et d’hédonisme, ils y voient une menace de fascisme, les réacs !
Mais voyons la suite. Que penser de ce règlement des quatre libertins qui prévoit que « les plus petits actes religieux soient punis par la mort » ? Bon sang mais c’est bien sûr, le fascisme, pour ce monsieur Pasolini, c’est l’anarchisme plus l’athéisme ! En voilà une idée qu’elle est bonne ! Sérieusement, moi, rien que là, j’avais envie d’arrêter. Dans ce film, les victimes, ce ne sont pas les libres penseurs, ce sont les religieux, attends, mais on rêve complètement, là ? Le voilà donc le message « subversif » de ce cinéaste italien qu’on aurait pu penser plus ouvert d’esprit vu son orientation sexuelle, et paraît-il son « marxisme », qui défend la religion et fait passer des anticléricaux pour des salauds ? C’est le monde à l’envers, vraiment…

Et puis, ça veut dire quoi toutes ces scènes immondes ? « Le cercle des manies » ? « Le cercle de la merde » ? « Le cercle du sang » ? Que la sexualité libre entre adultes consentants est forcément quelque chose de répugnant et de violent – une descente aux enfers, c’est ça ? Que « la jouissance sans entraves », ça mène à bouffer ses propres excréments ? La libération sexuelle amalgamée à la merde, c’est ça la subversion de votre cinéaste pédé martyr ? Un contempteur des corps désirants ? Un répressif qui trouve à redire de l’idéal queer ? Non, ça pue la morale judéo-chrétienne tout ça. Et je passe sur la scène du concours du plus beau cul comme s’il avait voulu se moquer, trente ans avant, de la Starac ou de Secret story ! Ce n’est pas un crime de vouloir être le plus beau ou la plus belle que je sache, non ? Monsieur Pasolini, si vous avez un problème avec la jeunesse, il faut le dire !
Mais le pire, ce sont les mariages homosexuels que monsieur l’artiste filme de la manière la plus dégueulasse qui soit. Un mariage entre mecs qui s’aiment, ça doit avoir l’air aussi grotesque ? C’est là que Salo devient réellement un film homophobe tant le cinéaste s’acharne à nous dégoûter de ce que pourrait être l’union entre deux êtres du même sexe. Il rend hideux et abject ce qui devrait être la plus belle chose du monde : la possibilité pour tous de se marier avec tous, une forme d’amour cosmique quand on y pense. Désolant.
Quant au final immonde, je préfère ne pas en parler. Car les tortures qui font rire et jouir les quatre types et qu’on dirait que les quatre types c’est nous, c’est moi, ça, je n’accepte pas. Je n’accepte pas qu’un prétendu artiste me manipule de manière aussi grossière, je n’accepte pas qu’on se complaise à montrer le pire visage de l’humanité sous prétexte qu’il y a des fous qui ont fait ce genre de choses, je n’accepte pas qu’un cinéaste fasse du salaud son propre spectateur (un peu comme cet ordure de Stanley Kubrick l’avait aussi fait aussi avec son Orange infecte), je n’accepte pas enfin qu’on fasse d’une communauté gay un camp de concentration ! Et c’est exactement ce que fait ce film indigne.

Alors, avec ma tribu, mon copain, mon autre copain, et le copain de mon père, mais aussi avec avec ma mère, sa sœur et leur petite fille, nous lançons un appel à la vigilance culturelle et artistique et refusons de toutes nos forces citoyennes qu’on dise, comme dans le Salo de Pasolini, que le fascisme est athée, hédoniste, anarchiste, libéral et gay !!! Parce que le fascisme, c’est exactement le contraire !! Et nous espérons que ce film répugnant disparaîtra au plus vite des ventes et des écrans ! Car un cinéaste qui déclare, et comme nous pouvons le lire dans une vieille interview de 1975 contenue dans le livret du DVD, des choses aussi abjectes que : « Nous vivons dans ce qui arrive aujourd’hui, la répression du pouvoir tolérant (putain, j’hallucine !) qui, de toutes les répressions, est la plus atroce (non, mais vraiment n’importe quoi !) Il n’y a plus rien de gai dans le sexe (si, mes amis et moi, et on t’emmerde !!!) » ou que « les jeunes gens sont laids ou désespérés, méchants ou vaincus », ne fait rien d’autre qu’insulter la jeunesse, inciter à la haine et, pire que tout, mettre en branle ce qui n’est rien d’autre qu’une régression sociale et morale, et tout ça sous couvert « artistique ».

On savait que ce Pasolini avait osé dire, en plein 68, que les vrais prolétaires, ce n’étaient pas les étudiants qui lançaient des pavés mais bien les CRS qui les recevaient (faut-il avoir une haine de la vie pour préférer un flic à un djeun ?), on sait désormais que l’auteur de Théorème n’a jamais été qu’un ennemi du progrès des moeurs. Non, l’homosexualité n’est plus, n’est pas, n’a jamais été une singularité. Et pour pour nous, gays du XXIème siècle, il ne s’agit plus de provoquer la société, mais d’en être, au même titre que les hétéros. Et vous pouvez faire tout ce que vous voulez, nous en serons bientôt, car la science, l’éthique et les sondages sont de notre côté. Contre tous les « pasoliniens » du monde, nous apporterons bientôt du bonheur et de la candeur.

*Photo : ataferner.

Qu’y a-t-il d’étonnant à ce qu’un économiste se trompe ?

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Il n’est pas nécessaire d’être de gauche pour constater l’inanité des prédictions économiques de droite. L’une des plus amusantes concerne l’explosion des taux d’intérêt sur la dette française, laquelle devait accompagner, pour ainsi dire mécaniquement, l’élection de François Hollande. Le président élu, l’effet mécanique n’a pas eu lieu. Cette prévision avait pourtant tous les atours de la technicité. Quant à son auteur, inutile de préciser qu’il continue de jouir d’une excellente réputation auprès de ses pairs. En somme, le seul problème de cette prédiction est sa fausseté, encore que parler de fausseté, ou de problème, paraît bien exagéré.

Qu’y a-t-il d’étonnant à ce qu’un économiste se trompe ? Les prédictions économiques sont si régulièrement fausses que nous ne prêtons plus à leur destin qu’une attention distraite. Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, et ce n’est pas l’automne qui me contredira.

La presse grecque chamboulée par la crise

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Les journaux grecs en pleine révolution

La tornade de l’austérité n’épargne personne en Grèce et surtout pas les médias. Plongés dans le marasme de la crise économique, de nombreux journaux ont tiré leur révérence, laissant plus de 5 000 personnes sans emploi, selon le syndicat des journalistes. Les quotidiens Apogevmatini, To Vima (centre droit) et Eleftherotypia (gauche) font partie des premières victimes. Face à la montée des journaux en ligne et aux réseaux sociaux, la presse écrite a perdu 15% de son lectorat au cours du premier semestre 2012, les quotidiens étant les plus touchés par cette crise.
Ceux qui survivent le paie au prix de lourds sacrifices : baisse sévère des salaires, retards de paiements, horaires sans fin et suppression des conventions collectives. Catastrophés, acculés et inquiets, les journalistes ne savent plus comment relayer et analyser l’actualité. D’autant que, depuis le début de la crise, les gouvernements successifs n’hésitent pas à utiliser la technique ancestrale du ballon d’essai pour exercer leur politique : laisser les informations les plus impopulaires fuiter dans la presse au lieu de les annoncer publiquement.

C’est dans ce contexte pour le moins inconfortable que nombre de confrères ont décidé de se serrer les coudes pour survivre. Ainsi, 120 journalistes et membres du personnel d’Eleftherotypia se sont attelés à faire revivre leur journal. Ce quotidien historique de gauche, dont le nom signifie « liberté de la presse », a vu le jour après la chute des colonels en 1974 et a toujours été une référence dans le paysage médiatique grec. D’ici l’automne, Eleftherotypia devrait donc revoir le jour avec le soutien de la majorité des intellectuels.

Suivant cet exemple, d’autres journaux se sont enhardis et ont fleuri en cette rentrée. I Ellada Avrio (La Grèce demain) s’est distingué en publiant le premier le sondage révélant que le parti néo-nazi Aube Dorée atteignait la troisième marche du podium des partis politiques avec 12% d’intentions de vote. Ce quotidien se veut indépendant tout en étant très critique sur la cure d’austérité imposée par l’Union européenne et le Fonds monétaire international.
La semaine suivante, c’était au tour d’Ergasia Tora (Travail maintenant). Un journal réservé aux demandeurs d’emplois. Avec un chômage qui touche près d’un Grec sur quatre et plus d’un jeune sur deux, les lecteurs étaient au rendez-vous.
Enfin il y a dix jours, la première édition de Parapolitika (Les coulisses de la politique) a fait son entrée dans les stands des Periptéros, les célèbres kiosques grecs. Des éditorialistes et écrivains satiriques y révèlent jour après jour les détails croustillants de la cacophonie politique qui règne en Grèce.

Ce nouveau souffle amorce-t-il le retour de la presse traditionnelle ou n’est-il qu’un effet conjoncturel éphémère ?
Loin des théories complotistes soutenant que ces nouveaux titres de presse servent des intérêts occultes, Stelios Papathanasopoulos, professeur de journalisme à l’Université d’Athènes y voit une conséquence des mutations de la classe politique, sur fond de crise économique. « Ces derniers mois, on a vu tout le système politique grec complètement chamboulé. Les deux partis traditionnels, le Pasok socialiste et la Nouvelle Démocratie, conservateur, se sont effondrés. À l’inverse, le petit parti Syriza, coalition de la gauche radicale, s’est retrouvé en deuxième position. De facto, un vide s’est créé. Jusqu’à présent la majorité de la presse était à gauche. Aujourd’hui, avec un gouvernement de grande coalition droite-gauche et l’émergence d’autres partis, la presse suit le même parcours » estime-t-il.

Le paysage médiatique grec, qui se caractérisait jusqu’alors par une forte concentration des médias entre les mains d’une poignée d’industriels serait donc en train de muter. Une chose est sûre, le courage des journalistes est salué par l’opinion publique qui ne voit toujours pas le bout du tunnel de la rigueur.

*Photo : Hinfrik S.

Ne courons pas sur le Coran !

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C’est le ToulouseBlog, amplement relayé ce matin par France Inter, qui nous apprend cette terrible nouvelle avec ses mots à lui : « Le Festival Printemps de Septembre et l’artiste Mounir Fatmi ont décidé d’arrêter la présentation à Toulouse d’une de ses œuvres en raison des protestations de musulmans blessés de voir des passants marcher sur des versets du Coran au sol. »

Plus précisément, il s’agirait d’une d’œuvres vidéo de l’artiste d’origine marocaine, intitulée « Technologia » ; laquelle incluait effectivement des versets d’un livre que les musulmans considèrent comme sacré, ainsi que des hadiths de celui que les mêmes croyants et certains journalistes pressés appellent le Prophète Mahomet.

Or ladite vidéo s’est retrouvée projetée sur le sol du Pont Neuf qui traverse la Garonne et ce, nous explique l’édition toulousaine de Libé, alors que, ouvrez les guillemets : « le dispositif de médiation prévu pour les week-ends n’était pas en place pour empêcher de marcher sur l’œuvre ou pour l’expliquer.»
Il semblerait qu’un attroupement plus ou moins spontané se soit formé devant le pont, une soixante de gardiens de la foi voulant empêcher qu’on piétinât l’impiétinable. Hélas, une jeune fille trop pressée (et qu’on imagine fanatisée par Charlie, Causeur ou autres néofachos) aurait néanmoins traversé le fleuve malgré le risque évident de blasphème.
Juste retour des choses, cette demoiselle aurait été, selon la police, dûment giflée par les fidèles, bien obligés de se faire justice eux-mêmes, faute d’une loi adéquate contre le blasphème dans notre pays. Et la preuve que ces manifestants étaient ontologiquement pacifiques et le seraient restés si on ne les avait provoqués, c’est qu’ils se sont dispersés sans heurts avec les forces de l’ordre dépêchées sur place, après qu’un imam les a appelés au calme…

Christopher Lasch, l’ami américain

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Christopher Lasch selon Philippe Raynaud

Christopher Lasch selon Philippe Raynaud

Christopher Lasch n’est pas et ne sera sans doute jamais à la mode, mais il a en France un public fidèle et dévoué, sensible aux harmoniques subtiles de son œuvre ; ce public est composé de gens divers, qui ne sont pas nécessairement portés à des révoltes spectaculaires, mais qui sont le plus souvent peu satisfaits du monde comme il va et qui se réclament volontiers d’un héritage républicain dont on sait bien qu’il est également oublié de la droite et de la gauche.»?

Ce succès est un brin paradoxal, quand on songe à tout ce qui semble éloigner Lasch des traditions politiques françaises, en particulier de celles de la gauche. Lasch ne croit pas au progrès, auquel il a consacré un beau livre critique[1. Christopher Lasch, Le seul et vrai paradis. Une histoire de l’idéologie du progrès et de ses critiques, Flammarion, coll. « Champs, 2006.], et cela seul suffit à l’éloigner de la culture dominante française, qui reste largement saint-simonienne ; pour Lasch, non seulement l’augmentation de la richesse matérielle ne libère pas de l’aliénation, mais les grandes réalisations modernes dans lesquelles se reconnaissent volontiers nos républicains participent elles-mêmes largement à la destruction du monde vécu.»?[access capability= »lire_inedits »] et, de ce point de vue, sa critique des « libéraux » américains touche aussi bien la gauche « traditionnelle » française que les courants plus modernes attachés aux « conquêtes » des années 1960 (ou, en France, de « Mai-68 ») : Lasch ne met pas seulement en cause les effets de la « permissivité » des années 1960 (y compris dans sa dimension féministe[2. Christopher Lasch, Les Femmes et la vie ordinaire, Paris, Climats, 2006.]), il s’en prend aussi aux effets déstructurants de l’État-providence et même à la démocratisation de l’enseignement secondaire ou supérieur (qui, selon lui, a abaissé l’idée de culture sans vraiment élever le niveau culturel des classes populaires).

Il me semble que Lasch plaît à ses admirateurs français par cela même qui le distingue de leur culture nationale : c’est un critique de l’Amérique, que nous aimons parce qu’il met en question des modèles culturels qui se sont imposés de manière assez brutale, mais c’est un critique américain, dont les références, les valeurs et les nostalgies nous obligent à entrer dans un univers très différent, tant par ses qualités que par ses défauts, de la France « républicaine ». Son œuvre a commencé à être connue dans les années 1980, à la belle époque « tocquevillienne » où l’épuisement du marxisme et de l’idéologie révolutionnaire conduisait quelques bons esprits à s’intéresser à la dynamique « individualiste » des sociétés démocratiques, et elle est apparue d’autant plus précieuse que Lasch était sensible aux nouvelles pathologies qui accompagnaient l’apparente émancipation des individus. Mais le charme de cette œuvre vient aussi de ce qu’elle mobilise tout un imaginaire américain d’origine protestante qui fait entrer le lecteur français dans un monde presque inconnu, où la communauté de base est plus importante que l’État, et où la morale civique s’exprime dans une grammaire traditionnelle qui n’est ni celle du catholicisme ni celle des Lumières françaises.
Un refuge dans ce monde impitoyable n’est sans doute pas le livre le plus brillant de Lasch, mais c’est un ouvrage solide et profond, où on retrouve toutes les qualités de l’auteur − ainsi que quelques-unes des difficultés que pose toujours sa pensée. Le lecteur français y trouvera d’abord une histoire très riche et complète de débats qui, à l’intersection des sciences sociales et de la pensée critique, ont posé des concepts et des problématiques qui jouent toujours un rôle majeur (on retiendra, par exemple, la riche discussion des relations entre la psychanalyse freudienne, les sciences sociales et le féminisme ou encore l’analyse des tensions, dans le couple moderne, entre le modèle « romantique » et celui du « compagnonnage »).

Mais on y voit bien aussi ce qui fait la difficulté de la position de Lasch, notamment dans la préface où il déplore les malentendus dont son livre a été l’objet : « Encensé par des critiques de droite incapables d’en saisir les implications politiques ; condamné par la gauche infantile ; accueilli par le centre avec un mélange de méfiance, de gêne et d’indignation, Un refuge dans ce monde impitoyable a dérouté les idéologies, toutes couleurs politiques confondues. (p. 33) » Lasch se félicite, certes, que son ouvrage ait été bien accueilli par les lecteurs soucieux de comprendre le problème posé (« l’érosion de la vie familiale dans la société contemporaine ») plutôt que « d’adapter mécaniquement leur approche du sujet à une doxa politique » (ibid.), mais on ne peut pas s’empêcher de penser que la perplexité de ses lecteurs (trop) « politiques » a aussi quelques bonnes raisons.

À sa manière, qui n’est pas celle du Kulturpessimismus européen, Lasch est un critique des Lumières, dont il retrace la « dialectique » en s’appuyant notamment sur une critique des effets déshumanisants d’une anthropologie utilitariste et matérialiste qui sape la responsabilité et donc la liberté pour mieux promouvoir la « libération » et qui généralise l’anxiété pour nous libérer de la culpabilité. Il est à cet égard significatif que son livre s’achève par une critique de Holbach et de Helvétius, dont l’ « idée de despotisme éclairé anticipait de si nombreux traits de l’État thérapeutique contemporain (p. 355)» : les deux philosophes voulaient réduire le poids de la contrainte sociale en exorcisant les interdits issus de la « superstition » et, pour le second du moins, étendre le bonheur public par une politique qui « anticipe » aussi sur les systèmes contemporains de protection sociale[3. On pourrait d’ailleurs ajouter ici Jean-Jacques Rousseau, dont l’anthropologie n’était pas celle d’Helvétius, mais dont l’Émile propose un modèle éducatif où la réduction de l’autorité n’est possible que par un contrôle rigoureux des actions de l’enfant.]. Pour Lasch, le déclin de la famille a évidemment partie liée avec celui de l’individu, de la « désintégration du moi » qui se cache sous les discours rassurants sur l’émancipation du désir et l’épanouissement de la personnalité[4. Christopher Lasch, Le Moi assiégé. Essai sur l’érosion de la personnalité, trad., Paris, Climats, 2008.], mais on ne sait pas trop, en le lisant, à partir de quel moment la sortie du modèle traditionnel est devenue vraiment périlleuse, pas plus que l’on ne voit comment les classes populaires auraient pu rester indifférentes aux sirènes de la société de consommation. L’histoire qu’écrit Lasch est celle d’une trahison ou d’une autodestruction du projet moderne d’émancipation, mais on ne peut pas s’empêcher, en le lisant, de penser qu’il est lui-même, comme nous tous, un héritier de ce projet.».[/access]

Syrie-Turquie : c’est pas moi, c’est lui !

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Ce n’est pas reparti comme en Quatorze, mais presque : l’armée turque a bombardé ce matin des positions de l’armée syrienne à la frontière entre les deux pays.

D’après un officiel turc interrogé par l’AFP, ce bombardement, qui risque fort d’en appeler d’autres aurait été déclenché « en représailles à des tirs d’obus syriens qui ont tué 5 civils turcs mercredi dans un village frontalier ».

Cette énième escalade fait suite à la lettre très virulente envoyée hier par le délégué turc aux Nations Unies, Ertugul Apakan, adressée au secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon et à l’ambassadeur du Guatemala Gert Rosenthal – dont le pays préside le Conseil de Sécurité en ce mois d’octobre.

Le représentant d’Ankara qualifie ce bombardement et les morts civiles qu’il a provoquées « d’acte d’agression de la Syrie contre la Turquie ». En conséquence de quoi Ankara demande au Conseil de « prendre les mesures nécessaires pour mettre un terme à de tels actes d’agression et garantir que la Syrie respecte la souveraineté, l’intégrité territoriale et la sécurité de la Turquie ».

Tout cela est fort argumenté, mais le représentant du gouvernement d’Erdogan a oublié un argument imparable. S’il s’agit de tuer bêtement des civils turcs (ou kurdes), l’armée turque le fait très bien toute seule, sans avoir besoin qu’Assad vienne lui montrer comment l’on fait…

Campements roms : Marseille donne un signal

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Manuel Valls et les roms de Marseille

Manuel Valls et les roms de Marseille

L’équipe de Marseille a connu sa première défaite à Valenciennes : 4 à 1.

C’est dérisoire par rapport à la manière dont la belle cité phocéenne est entrée récemment dans le débat public et médiatique à la suite de la révolte de certains de ses habitants contre des Roms qui installés depuis quelques jours étaient soupçonnés d’avoir commis vols, déprédations et nuisances. La police est intervenue et à l’évidence n’a rien trouvé à redire à l’action de ces citoyens qui ont réagi en brûlant apparemment un modeste campement. Le parquet de Marseille a lui-même minimisé la portée de ces incidents et de leurs conséquences.

Le hasard fait qu’ayant participé à un colloque remarquablement organisé mais agité à Lyon au sujet de ce thème à peine provocant: Faut-il supprimer la prison ?, j’ai rencontré à cette occasion le procureur général Jacques Beaume, personnalité chaleureuse, lucide et passionnée par son métier, qui m’a appris que ses cinq années les plus stimulantes et en même temps les plus épuisantes s’étaient déroulées à Marseille où il avait été procureur. Je n’ai eu aucune difficulté à le croire.

La justice aujourd’hui à Marseille serait « à bout de souffle » (Journal du Dimanche).

Sans relier directement l’épisode des Roms à ce constat, il est évident que celui-là ne saurait être traité à la légère parce qu’il révèle au moins qu’à un certain moment des Marseillais exaspérés, plutôt que de faire appel à la police et aux institutions, ont préféré régler le « problème » eux-mêmes.

Il serait trop facile de traiter de haut, avec une sorte de condescendance vertueuse, ces comportements alors que personne, ne l’ayant pas vécu et subi, ne peut mesurer le poids d’un environnement destructeur au quotidien.

Marseille donne un signal. Il y aura forcément d’autres révoltes si ne sont pas suffisamment prises en compte doléances, réclamations, plaintes et exigences de tranquillité publique. On ne laisse pas en déshérence des appels au secours.

L’Etat est de retour, annonce Najat Vallaud Belkacem (Le Parisien). On pourrait faire de l’ironie si cette phrase au demeurant discutable avait prétendu s’appliquer à ces troubles marseillais.

Plus que jamais, le ministre de l’Intérieur, qui s’efforce de tenir les deux bouts de la chaîne – humanité et fermeté, un Etat qui protège et réprime quand il le faut, une démocratie qui se défend sans se renier – représente la vision équilibrée dont la République a besoin. Sans lui, sans elle, avec le soutien et la confiance du président, seraient à craindre de multiples « légitimes défenses » fondées sur un civisme dévoyé et à la fois désespéré. Une autre conception de la sécurité serait suicidaire: qu’il y ait un laxisme du Pouvoir, il y aura alors une France qui prendra tristement, dans ces domaines sensibles, en main son destin. Avec le pire à répétition.

Ecoutons le signal de Marseille.

*Photo : Parti socialiste.

Grèce : six ans de solitude

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La Grèce et ses six ans d'austérité

La Grèce et ses six ans d'austérité

Même aux Etats-Unis, après la crise de 1929, au bout de six ans, ils avaient compris. Ils avaient déjà élu Roosevelt qui relançait son pays avec le New-Deal, une politique de type socialiste qui donnerait aujourd’hui des malaises vagaux à Mario Draghi. Ou aux habituels éditorialistes de C dans l’air qui disent la même chose que Mario Draghi. Mais tout le monde médiatique et politique ne dit-il pas, aujourd’hui en Europe, la même chose ? À part, peut-être les différents Fronts de Gauche, que ce soit ces temps-ci au Portugal (Bloco de Esquerda, PCP) où un million de personnes- dans un pays qui en compte dix ! – viennent de descendre dans la rue pour protester contre l’austérité et en Espagne (Izquierda Unida) où l’agitation sociale devient endémique et menace l’unité même de la « communauté de nations ».

Seulement, les Américains, en 1932, quand ils élirent Roosevelt et renvoyèrent à ses chères études le libéral Hoover, pouvaient encore voter pour qui leur plaisait et n’étaient pas sous la coupe d’instances supranationales et des amicales pressions qui vont avec. Ce qui fut encore le cas en Grèce, aux législatives du 17 juin 2012 quand la coalition Syriza, le Front de Gauche local, fut devancée de quelques décimales par Nouvelle Démocratie, le parti de droite qui bénéficia ainsi des cinquante sièges accordés en prime à la formation arrivée en tête et qui put faire alliance avec les socialistes du PASOK moribond et une petite formation de centre gauche.

La Grèce étant visiblement notre avenir proche comme elle fut notre passé lointain, trop lointain, on indiquera aimablement à la rue de Solferino et à Matignon qu’il arrive, quand une crise dure trop longtemps que les gens décident de ne plus respecter une alternance classique droite gauche mais se mettent tout simplement à voter… plus à gauche, ou pour formuler les choses autrement, pour une gauche qui se souvient qu’elle est de gauche. L’hégémonie du PS, à gauche, n’ira plus forcément de soi dans les années qui viennent.

Pour en revenir à la Grèce, les partis grecs partisans du mémorandum européen (mémorandum est un mot poli pour dire diktat en 2012) ont sauvé une majorité précaire de justesse, grâce notamment à l’attitude obsidionale du KKE, le parti communiste grec « old school », stalinien comme pas deux et enfermé dans sa logique bolchévique, un peu comme Lutte Ouvrière chez nous, à la différence qu’il peut encore faire élire entre dix et vingt députés.

Et c’est la même histoire depuis six longues années avec un gouvernement grec majoritaire au parlement et minoritaire dans l’opinion qui présente comme en France son projet de budget 2013. Avec pour la sixième fois les mêmes méthodes qui enfoncent un peu plus le pays dans une récession sans fin de plus en plus violente, générant au sein d’une population désespérée les pires pulsions. On se drogue et on se suicide beaucoup en Grèce, ces temps-ci. Et quand on ne retourne pas la violence contre soi-même, on la retourne contre l’immigré. Les agressions racistes et autres ratonnades sont devenues une spécialité dans les quartiers populaires d’Athènes ou Salonique. Il ne s’agit même plus uniquement des délires de quelques militants néo-nazis d’Aube Dorée mais d’un lumpenprolétariat qui s’attaque à ce qu’il a sous la main, un peu comme lors de ce nettoyage marseillais d’un camp rom par les habitants d’un quartier avec incendie à la clef, le tout sous surveillance policière, une des scènes les plus objectivement monstrueuses de cette rentrée si l’on prend le temps de réfléchir à ce que cela suppose en matière de désespérance et de fin d’un certain modèle républicain atomisé par le tout-marché.

Ce budget, bien entendu, comme le sera le nôtre si le Traité budgétaire est ratifié, s’élabore sous la tutelle de la troïka. Elle est composée de deux Allemands-(Matthias Mors (UE) et Klaus Masuch (BCE)-ainsi que du Danois Poul Thomsen du FMI. Evidemment, ils sont moins faciles à trouver que des clandestins albanais quand on est en colère.

Le gouvernement grec table sur une contraction de l’économie de 3,8 à 4% et le projet de budget prévoit 7,8 milliards d’euros de coupes en 2013. Pour trouver cet argent, le gouvernement va, comme d’habitude, tailler dans les retraites, les salaires des fonctionnaires (juges, universitaires, policiers ou pompiers) et les aides sociales. Pour les policiers, qu’ils fassent tout de même attention, le syndrome de la crosse en l’air est quelque chose qui arrive assez souvent dans ce genre de circonstances historiques. Encore une fois, l’église orthodoxe comme les armateurs ne sont pas prévus au programme. Pour les armateurs, l’actuelle équipe gouvernementale a sans doutetrop peur d’une réaction à la Bernard Arnault… Tout cela fait près de 3,5 milliards d’euros d’économies. Une saignée pour quoi faire ? Pour une aumône de 31,5 milliards accordée par la Troïka, qui ira directement recapitaliser les banques privées.

En face, la rue résiste comme elle peut, à coup de grèves générales comme mercredi dernier. Et le cauchemar continue depuis six ans. Six ans de solitude.

*Photo : odysseasgr

Assad-Hamas : le divorce est consommé

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Pendant de longues années, Damas a abrité le siège logistique du Hamas en exil. Depuis l’exfiltration de Khaled Mechaal de Jordanie, où il avait échappé in extremis à une tentative d’empoisonnement du Mossad, le terroriste en chef palestinien coulait en effet des jours heureux dans la capitale syrienne. Jusqu’au jour où la révolte grondant, comprenant que la répression massive syrienne n’était pas en odeur de sainteté dans le monde arabo-musulman, Mechaal a décidé de prendre la tangente et de quitter Damas pour une destination plus paisible du Golfe, cette partie du monde arabe où l’on pratique l’esclavagisme moderne contre les travailleurs étrangers mais où l’on ne se révolte pas, manne pétrolière aidant. L’an dernier, son acolyte gazaoui Ismaël Haniyeh avait officiellement condamné l’écrasement de l’insurrection syrienne et ainsi fait voler en éclats l’axe Hamas-Hezbollah, le mouvement chiite libanais de Hassan Nasrallah soutenant indéfectiblement son parrain syrien, sous l’œil bienveillant du grand frère iranien. Dans le même temps, Mechaal s’est rapproché du président égyptien Morsi, issu comme lui de la confrérie des Frères Musulmans.

Un juste retour des choses, diront certains. Il est vrai que l’alliance des chiites pro iraniens et des surgeons palestiniens des Frères avait quelque chose de stratégiquement et théologiquement contre nature.

Aujourd’hui, alors que les insurgés syriens essuient un nouveau revers à Alep, les propagandistes pro Bachar officialisent l’excommunication de Khaled Mechaal, ancien héraut de la « résistance » palestinienne soudainement devenu un traître à la cause arabe (le baathisme a ses raisons que la raison ignore…). Sous la plume assassine d’un certain Nasser Qandil, on lit un portrait au vitriol de Khaled Mechaal sur la page Facebook de Bachar Al-Assad : « ingrat », supplétif de l’axe « Oman-Doha-Ankara-Washington-Israël », parlant de l’Oumma islamique pour « prêter allégeance à l’Empire ottoman et non au Messager de Dieu ». Ne manquent plus que les classiques accusations de pédophilie et de racisme pour incarner un Méphistophélès fait homme.

Ah, on me signale que le chef du Hamas, actuellement sur le départ, aurait des litres de sang israélien sur les mains. Bizarrement, cela n’apparaît pas dans sa notice biographique made in Damascus…

Et ils devinrent mal élevés…

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Lasch rejoint Chesterton dans La famille assiégée

Lasch rejoint Chesterton dans La famille assiégée

En guise d’introduction à l’excellente étude de Christopher Lasch sur la famille, je vous suggère ce fragment de Chevillard paru dans le dernier numéro du Tigre : « Les parents d’aujourd’hui trouvent leurs enfants généralement bien capricieux et autoritaires. Mais non, leur répondent les pédopsychiatres, ne vous affolez pas, c’est le développement normal de l’individu. Vous devez savoir que l’enfant passe par la phase du non qui le conduit à la phase de refus qui le mène à la phase d’opposition à laquelle succède la phase de rejet qui annonce la crise d’adolescence. Après quoi, il deviendra un adulte péremptoire et borné comme tous les autres. »?[access capability= »lire_inedits »]

Un refuge dans ce monde impitoyable raconte et pense la longue histoire qui nous a conduits à délier la vérité, l’autorité et l’amour. Il déploie les méandres des multiples interventions de l’État et du capitalisme au sein même de la famille. Ainsi en sommes-nous venus à douter de cette évidence anthropologique fondamentale : notre capacité et notre légitimité à élever nos propres enfants nous-mêmes. Avouons-le, frères post-modernes, avec le temps, la déception nous a déçus. Nous nous sommes lassés de la lassitude qui enchantait nos vertes années.

Christopher Lasch nous aide à comprendre ce qui nous est arrivé. Ce que nous avons fait. Il nous rappelle que seuls des femmes et des hommes peuvent écrire la vie humaine. Celle-ci est bien trop précieuse pour être confiée aux « professionnels de l’existence ». C’est nous-mêmes qui sommes appelés à élever nos enfants et non les doctes et impérieux « experts de l’enfance », armés jusqu’aux dents de bonnes intentions médicales et pédagogiques. Lasch nous invite à recouvrer la confiance en nos évidences sensibles, à crever le mol oreiller du soupçon et à nous désaffilier enfin de la désaffiliation.
Il y a un an, un soir d’hiver, j’entrai dans une boulangerie peu avant l’heure de la fermeture. L’instant d’après, un enfant obèse âgé de 12 ans y pénétra à son tour juché sur son vélo. Surprises, les deux boulangères lui demandèrent de manière affable et maternelle de ressortir pour garer son vélo au dehors. Entendant ces mots, le gros garçonnet ne bougea pas d’un millimètre et garda le silence. Son visage devint très dur. Il se transforma en un bloc d’hostilité pure, mutique et inamovible.

Dans son for intérieur − tout ce qu’il y a de plus obstinément intérieur et viscéralement rétif à l’altérité et au langage − il venait visiblement de subir de la part des deux boulangères une violente et incompréhensible agression, dont il était encore stupéfait. Son vélo semblait constituer une partie de son corps qu’on lui demandait de trancher.
Les traits de son visage n’étaient pas seulement dépourvus de candeur et de douceur enfantines. Ils n’étaient pas seulement dénués d’humilité et de joie. Son regard n’exprimait pas une indocilité espiègle et passagère. Son attitude ne manquait pas de respect envers les adultes : cela allait bien au-delà. De tout son être, avec un aplomb abject et glacé, ce garçonnet semblait nier l’existence même de la différence entre les générations. Son regard disait : « Vous n’êtes pas des adultes. Je ne suis pas un enfant. Vous n’existez pas. Et si vous existiez, vous m’infligeriez de ce seul fait une offense impardonnable. »

Les boulangères, cependant, continuaient inexplicablement à exister. La fureur de l’obscène roitelet ne parvenait pas à les pulvériser dans l’atmosphère. Elles insistaient de plus en plus fermement. Le garçonnet a finalement consenti à s’abaisser à leur adresser la parole. Quelques sommaires lambeaux de langage sont sortis de sa bouche, articulés avec dégoût et à grand-peine, dans une sorte de panique. Nous finîmes par comprendre enfin qu’il refusait d’obtempérer par crainte que quelqu’un ne lui vole son vélo. Il ajouta sur un ton buté et définitif que son père ou sa mère lui avait enseigné qu’il ne faut faire confiance à personne, en aucune circonstance.

Je lui adressai alors la parole pour la première fois, mais il m’interrompit immédiatement comme si je l’avais brûlé : « Je t’ai pas parlé !… Pourquoi tu me parles ?… » Je l’assurai que je n’avais pas besoin de son autorisation pour ouvrir la bouche. Je lui dis que personne ne pouvait vivre sans faire confiance aux autres. Et que lui-même, du reste, n’y échappait pas, puisqu’il était prêt à manger du pain fait par des inconnus sans craindre d’être empoisonné. Que sans le pain que sont les autres, en somme, il crèverait. M’éloignant de la boulangerie, je l’ai vu peu après passer sombrement à côté de moi sur son vélo en me lançant pour tout au revoir un dernier regard de tueur.
Je n’oublie pas ce regard et ce visage. En lisant le livre de Christopher Lasch, j’ai eu le sentiment que leur mystère s’éclaircissait peu à peu. Et qu’il racontait la longue histoire politique qui avait rendu possible l’émergence d’un tel visage.

La défense de la famille proposée par un Lasch que, contrairement à Daoud Boughezala, je crois encore fidèle à la gauche radicale, ne ressemble à aucune autre. À une exception près, cependant : celle esquissée par Chesterton en 1905 dans un chapitre d’Hérétiques. Je ne résiste pas au plaisir de faire entendre pour finir ce morceau de bravoure du vieux Chesterton, écrit certes dans un style et un contexte historique très différents : « On défend d’ordinaire la famille en affirmant qu’elle constitue, au milieu des tensions et des vicissitudes de la vie, un milieu paisible, agréable et homogène. Mais on peut la défendre d’une autre manière, qui me paraît évidente, en affirmant que la famille n’est ni paisible, ni agréable, ni homogène. »
Comme Lasch, Chesterton défend la famille contre les « groupes fondés sur la sympathie qui excluent plus brusquement le monde réel que les grilles d’un monastère », car ceux-ci se privent de « l’expérience des transactions amères et fortifiantes » et méconnaissent « les cruelles variétés et les divergences impitoyables de l’humanité ». Et Chesterton de conclure : « La famille est saine précisément parce qu’elle comporte tant de divergences et de variétés. La tante Élizabeth est déraisonnable comme le genre humain. Papa est irascible comme le genre humain. Notre frère cadet est malicieux comme le genre humain. Grand-père est stupide comme le monde. ».[/access]

*Photo : Jo! is me.

Pour le mariage, l’adoption et le bonheur de tous, pour tous, avec tous

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Vive le mariage gay contre Pasoli et Jean Genet

Vive le mariage gay contre Pasoli et Jean Genet

Rédacteur dans de nombreux journaux parisiens et grand habitué des raouts parisiens, Jean-Kevin Le Baptiste, 24 ans, titulaire d’un master de sociologie sur Judith Butler et Boy George, auteur d’un mémoire intitulé « Homogynéphilie et parentalitude ou pourquoi l’homopolyparentalité est une chance pour l’enfant unique », militant surengagé d’« Agis Debout » et de « Terre Neuve », nous livre ici ses réflexions de citoyen intersexuel. Quelques mauvaises langues prétendent qu’il n’est qu’un artefact auquel le taquin Pierre Cormary ne serait pas étranger.

Je préfère le dire tout de suite et au risque de faire grincer des dents : moi, je suis dans la Vie, et pas chez pépé. Pasolini, « pédé martyr », j’en ai rien à foutre. En 2012, l’heure n’est plus à la subversion par des classiques- d’ailleurs surestimés – de la littérature et du cinéma gays mais à la réforme progressiste des sexes et des identités. L’homoparentalité, ç’a toujours été l’avenir. Et l’avenir, c’est maintenant. Et maintenant, c’est tout de suite.

Pour les gens de ma génération qui ont eu la chance de naître à mon époque et qui ont très vite pris conscience de tout le mal que le passé a pu faire aux hommes et aux femmes de bonne volonté, l’urgence a toujours été d’abolir définitivement les anciens paradigmes. Oui, je le dis avec mes mots à moi, ces mots de citoyen du monde dont vous vous faites des gorges chaudes à Causeur, mais le bien, c’est l’antiracisme, l’antiracisme, c’est le goût des autres, et le goût des autres, c’est la fête – cette fête à laquelle vous avez déclaré la guerre, on se demande bien pourquoi. Quant au mal, y a pas photo, ç’a toujours été le passé. L’Histoire nous montre que plus l’on avance dans le temps, plus la justice et l’égalité triomphent. Moyen Âge < Renaissance. Ancien Régime < Révolution. Droite < gauche. TF1 < MTV. Imparable. Avant, c’était la peine de mort, la colonisation, l’esclavage, l’Inquisition, l’homophobie, l’hypocrisie bourgeoise, la prostitution permise, l’ignorance des pauvres à cause des riches, et tout cette littérature soi-disant « géniale » qui ne faisait qu’entériner la fracture sociale et la culture des possédants, ces Balzac, ces Proust, ces Céline (un vrai salaud, lui) que des gens comme moi ont bien raison de trouver illisibles et pire – nocifs.

D’ailleurs, la littérature, dont les snobs réacs disent qu’elle sert à exprimer le « Tragique » du monde, moi, ça ne m’intéresse pas, et je pense que ça n’intéresse personne. Au contraire, je suis sûr que moins on fera d’œuvres tragiques, moins il y aura de tragique dans le monde. Logique. Comme il y en a qui sont ni Dieu ni maître, moi, je suis ni Bible ni Freud. J’aime mes papas, j’aime mes mamans, j’aime mes frères et soeurs, y compris quand ils sont ensemble (car pour nous il n’y a que l’amour qui compte, et le seul droit valable, c’est le droit de l’amour), personne n’a jamais voulu faire l’amour de force avec personne, et je peux vous assurer qu’on est d’accord tous les quinze pour dire qu’on n’a vraiment pas besoin de Sophocle, ni d’Eschyle, ni de Saint Paul, ni de Shakespeare, ni de Pascal, ni de Sade, ni de Lévi-Strauss ou d’Elisabeth Lévy pour comprendre la vie. Nous ne sommes pas pécheurs, nous ne sommes pas castrés, nous ne sommes pas sadiques, nous n’avons jamais compris pourquoi des fleurs pouvaient avoir un quelconque rapport avec le « mal », comme un poète d’extrême droite du XIXème s’est complu à le dire, nous emmerdons tous les Oedipe et tous les Job de la terre, nous ne croyons pas aux structures élémentaires de la parenté, et nous plaignons de tout cœur ceux qui respectent encore ce genre de balivernes ou de superstitions. Car heureux et innocents, oui, nous le sommes…

Alors que M. Leroy parle de Pasolini et de Jean Genet avec des trémolos dans la voix, c’est son affaire, mais il se plante complètement quant au statut de l’homosexualité d’aujourd’hui. Toutes ces idoles des années 70 nous apparaissent comme les idiots utiles du pouvoir judéochrétien, et qui sous couvert de « subversion » renforçaient le fascisme conservateur le plus inique. C’est la libération des gays qui nous importe, et non la subversion du système qui est toujours un truc de dandy. Et c’est pourquoi il est pitié de constater que cette foutaise intellectuelle qui veut que l’on accepte les homosexuels qu’à la condition qu’ils s’appellent Marcel Proust, Reynaldo Hahn, Jean Genet, Jean Cocteau, Fassbinder ou… Pasolini, autrement dit qu’à la condition qu’ils soient d’inoffensifs esthètes, a encore de beaux jours devant elle. L’homosexualité tolérée comme singularité d’intellectuel raffiné destiné à provoquer les conventions sociales, la voilà, la vraie, et la plus ignoble, homophobie. Et c’est pourquoi nous aurions largement préféré que les Burroughs, Proust, Cocteau, et autre Francis Bacon militent de manière responsable pour le droit au mariage et à l’adoption pour tous plutôt que perdre leur temps à faire de la provocation littéraire ou pictural avec leur cul, entretenant une guerre bien inutile avec les clercs et au fond les servant.

Alors, comme tout le monde, je l’ai vu, le Salo de Pasolini, et n’en déplaise à vous autres, les intellos des années 70 sur le retour et pour qui ce film est le truc « ultimate » de tous les temps, franchement j’ai trouvé ça gerbant de bien-pensance et de puritanisme larvé. Il n’y a vraiment que les bourgeois et les ringards pour s’exciter sur un machin pareil. Un film aussi laid, stupide, puritain, antisocial, antilibertaire, qui tourne en bourrique tout ce que la modernité a pu nous apporter, et qui passe pour un « chef-d’œuvre » de la dérangeance – moi, j’aimerais bien qu’on m’explique. Que nous dit en effet le Salo de Pasolini ? Que le fascisme était abominable ? Bien sûr. Sauf que le fascisme, pour Pasolini, c’est le produit de l’anarchisme. « Nous autres fascistes sommes les seuls véritables anarchistes » ose déclarer l’un des quatre libertins. Ca, c’est le raisonnement typique réac des ganaches de droite. Pas étonnant que Le Figaro aime… Dès qu’on leur promet un peu de liberté et d’hédonisme, ils y voient une menace de fascisme, les réacs !
Mais voyons la suite. Que penser de ce règlement des quatre libertins qui prévoit que « les plus petits actes religieux soient punis par la mort » ? Bon sang mais c’est bien sûr, le fascisme, pour ce monsieur Pasolini, c’est l’anarchisme plus l’athéisme ! En voilà une idée qu’elle est bonne ! Sérieusement, moi, rien que là, j’avais envie d’arrêter. Dans ce film, les victimes, ce ne sont pas les libres penseurs, ce sont les religieux, attends, mais on rêve complètement, là ? Le voilà donc le message « subversif » de ce cinéaste italien qu’on aurait pu penser plus ouvert d’esprit vu son orientation sexuelle, et paraît-il son « marxisme », qui défend la religion et fait passer des anticléricaux pour des salauds ? C’est le monde à l’envers, vraiment…

Et puis, ça veut dire quoi toutes ces scènes immondes ? « Le cercle des manies » ? « Le cercle de la merde » ? « Le cercle du sang » ? Que la sexualité libre entre adultes consentants est forcément quelque chose de répugnant et de violent – une descente aux enfers, c’est ça ? Que « la jouissance sans entraves », ça mène à bouffer ses propres excréments ? La libération sexuelle amalgamée à la merde, c’est ça la subversion de votre cinéaste pédé martyr ? Un contempteur des corps désirants ? Un répressif qui trouve à redire de l’idéal queer ? Non, ça pue la morale judéo-chrétienne tout ça. Et je passe sur la scène du concours du plus beau cul comme s’il avait voulu se moquer, trente ans avant, de la Starac ou de Secret story ! Ce n’est pas un crime de vouloir être le plus beau ou la plus belle que je sache, non ? Monsieur Pasolini, si vous avez un problème avec la jeunesse, il faut le dire !
Mais le pire, ce sont les mariages homosexuels que monsieur l’artiste filme de la manière la plus dégueulasse qui soit. Un mariage entre mecs qui s’aiment, ça doit avoir l’air aussi grotesque ? C’est là que Salo devient réellement un film homophobe tant le cinéaste s’acharne à nous dégoûter de ce que pourrait être l’union entre deux êtres du même sexe. Il rend hideux et abject ce qui devrait être la plus belle chose du monde : la possibilité pour tous de se marier avec tous, une forme d’amour cosmique quand on y pense. Désolant.
Quant au final immonde, je préfère ne pas en parler. Car les tortures qui font rire et jouir les quatre types et qu’on dirait que les quatre types c’est nous, c’est moi, ça, je n’accepte pas. Je n’accepte pas qu’un prétendu artiste me manipule de manière aussi grossière, je n’accepte pas qu’on se complaise à montrer le pire visage de l’humanité sous prétexte qu’il y a des fous qui ont fait ce genre de choses, je n’accepte pas qu’un cinéaste fasse du salaud son propre spectateur (un peu comme cet ordure de Stanley Kubrick l’avait aussi fait aussi avec son Orange infecte), je n’accepte pas enfin qu’on fasse d’une communauté gay un camp de concentration ! Et c’est exactement ce que fait ce film indigne.

Alors, avec ma tribu, mon copain, mon autre copain, et le copain de mon père, mais aussi avec avec ma mère, sa sœur et leur petite fille, nous lançons un appel à la vigilance culturelle et artistique et refusons de toutes nos forces citoyennes qu’on dise, comme dans le Salo de Pasolini, que le fascisme est athée, hédoniste, anarchiste, libéral et gay !!! Parce que le fascisme, c’est exactement le contraire !! Et nous espérons que ce film répugnant disparaîtra au plus vite des ventes et des écrans ! Car un cinéaste qui déclare, et comme nous pouvons le lire dans une vieille interview de 1975 contenue dans le livret du DVD, des choses aussi abjectes que : « Nous vivons dans ce qui arrive aujourd’hui, la répression du pouvoir tolérant (putain, j’hallucine !) qui, de toutes les répressions, est la plus atroce (non, mais vraiment n’importe quoi !) Il n’y a plus rien de gai dans le sexe (si, mes amis et moi, et on t’emmerde !!!) » ou que « les jeunes gens sont laids ou désespérés, méchants ou vaincus », ne fait rien d’autre qu’insulter la jeunesse, inciter à la haine et, pire que tout, mettre en branle ce qui n’est rien d’autre qu’une régression sociale et morale, et tout ça sous couvert « artistique ».

On savait que ce Pasolini avait osé dire, en plein 68, que les vrais prolétaires, ce n’étaient pas les étudiants qui lançaient des pavés mais bien les CRS qui les recevaient (faut-il avoir une haine de la vie pour préférer un flic à un djeun ?), on sait désormais que l’auteur de Théorème n’a jamais été qu’un ennemi du progrès des moeurs. Non, l’homosexualité n’est plus, n’est pas, n’a jamais été une singularité. Et pour pour nous, gays du XXIème siècle, il ne s’agit plus de provoquer la société, mais d’en être, au même titre que les hétéros. Et vous pouvez faire tout ce que vous voulez, nous en serons bientôt, car la science, l’éthique et les sondages sont de notre côté. Contre tous les « pasoliniens » du monde, nous apporterons bientôt du bonheur et de la candeur.

*Photo : ataferner.

Qu’y a-t-il d’étonnant à ce qu’un économiste se trompe ?

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Il n’est pas nécessaire d’être de gauche pour constater l’inanité des prédictions économiques de droite. L’une des plus amusantes concerne l’explosion des taux d’intérêt sur la dette française, laquelle devait accompagner, pour ainsi dire mécaniquement, l’élection de François Hollande. Le président élu, l’effet mécanique n’a pas eu lieu. Cette prévision avait pourtant tous les atours de la technicité. Quant à son auteur, inutile de préciser qu’il continue de jouir d’une excellente réputation auprès de ses pairs. En somme, le seul problème de cette prédiction est sa fausseté, encore que parler de fausseté, ou de problème, paraît bien exagéré.

Qu’y a-t-il d’étonnant à ce qu’un économiste se trompe ? Les prédictions économiques sont si régulièrement fausses que nous ne prêtons plus à leur destin qu’une attention distraite. Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, et ce n’est pas l’automne qui me contredira.

La presse grecque chamboulée par la crise

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Les journaux grecs en pleine révolution

Les journaux grecs en pleine révolution

La tornade de l’austérité n’épargne personne en Grèce et surtout pas les médias. Plongés dans le marasme de la crise économique, de nombreux journaux ont tiré leur révérence, laissant plus de 5 000 personnes sans emploi, selon le syndicat des journalistes. Les quotidiens Apogevmatini, To Vima (centre droit) et Eleftherotypia (gauche) font partie des premières victimes. Face à la montée des journaux en ligne et aux réseaux sociaux, la presse écrite a perdu 15% de son lectorat au cours du premier semestre 2012, les quotidiens étant les plus touchés par cette crise.
Ceux qui survivent le paie au prix de lourds sacrifices : baisse sévère des salaires, retards de paiements, horaires sans fin et suppression des conventions collectives. Catastrophés, acculés et inquiets, les journalistes ne savent plus comment relayer et analyser l’actualité. D’autant que, depuis le début de la crise, les gouvernements successifs n’hésitent pas à utiliser la technique ancestrale du ballon d’essai pour exercer leur politique : laisser les informations les plus impopulaires fuiter dans la presse au lieu de les annoncer publiquement.

C’est dans ce contexte pour le moins inconfortable que nombre de confrères ont décidé de se serrer les coudes pour survivre. Ainsi, 120 journalistes et membres du personnel d’Eleftherotypia se sont attelés à faire revivre leur journal. Ce quotidien historique de gauche, dont le nom signifie « liberté de la presse », a vu le jour après la chute des colonels en 1974 et a toujours été une référence dans le paysage médiatique grec. D’ici l’automne, Eleftherotypia devrait donc revoir le jour avec le soutien de la majorité des intellectuels.

Suivant cet exemple, d’autres journaux se sont enhardis et ont fleuri en cette rentrée. I Ellada Avrio (La Grèce demain) s’est distingué en publiant le premier le sondage révélant que le parti néo-nazi Aube Dorée atteignait la troisième marche du podium des partis politiques avec 12% d’intentions de vote. Ce quotidien se veut indépendant tout en étant très critique sur la cure d’austérité imposée par l’Union européenne et le Fonds monétaire international.
La semaine suivante, c’était au tour d’Ergasia Tora (Travail maintenant). Un journal réservé aux demandeurs d’emplois. Avec un chômage qui touche près d’un Grec sur quatre et plus d’un jeune sur deux, les lecteurs étaient au rendez-vous.
Enfin il y a dix jours, la première édition de Parapolitika (Les coulisses de la politique) a fait son entrée dans les stands des Periptéros, les célèbres kiosques grecs. Des éditorialistes et écrivains satiriques y révèlent jour après jour les détails croustillants de la cacophonie politique qui règne en Grèce.

Ce nouveau souffle amorce-t-il le retour de la presse traditionnelle ou n’est-il qu’un effet conjoncturel éphémère ?
Loin des théories complotistes soutenant que ces nouveaux titres de presse servent des intérêts occultes, Stelios Papathanasopoulos, professeur de journalisme à l’Université d’Athènes y voit une conséquence des mutations de la classe politique, sur fond de crise économique. « Ces derniers mois, on a vu tout le système politique grec complètement chamboulé. Les deux partis traditionnels, le Pasok socialiste et la Nouvelle Démocratie, conservateur, se sont effondrés. À l’inverse, le petit parti Syriza, coalition de la gauche radicale, s’est retrouvé en deuxième position. De facto, un vide s’est créé. Jusqu’à présent la majorité de la presse était à gauche. Aujourd’hui, avec un gouvernement de grande coalition droite-gauche et l’émergence d’autres partis, la presse suit le même parcours » estime-t-il.

Le paysage médiatique grec, qui se caractérisait jusqu’alors par une forte concentration des médias entre les mains d’une poignée d’industriels serait donc en train de muter. Une chose est sûre, le courage des journalistes est salué par l’opinion publique qui ne voit toujours pas le bout du tunnel de la rigueur.

*Photo : Hinfrik S.