Photo : Shirley Two Feathers.

JE DETESTE décembre. On n’a le temps de rien faire. Voyez : ça fait dix jours que j’essaie de trouver cinq minutes pour écrire à Angie Merkel et lui faire part des solutions auxquelles elle n’a pas songé pour sauver la zone euro d’un désastre imminent. C’est d’une simplicité telle que ça en devient gênant : la solution est sous ses yeux, mais elle ne la voit pas. Enfin, cette lettre attendra. Impossible de l’écrire. Je me mets à peine à la table de travail que Willy, mon mari, apparaît et me dit d’un air tendre : « Es gibt kein Christstollen mehr… » (Il n’y a plus de gâteau de Noël…) Dans la crèche, à Bethléem, je devais faire l’âne ou bien le bœuf ou le mouton. Enfin non, pas le mouton, car ça pue. Je me suis réincarnée en je-ne-sais quoi, mais Dieu que je suis un animal de femme docile ! Et me voilà, les mains dans la farine, à pétrir la pâte avec les raisins de Corinthe, qui, quoique grecs, ne sont pas ceux de la colère. Je ne sais pas ce que Willy peut bien faire de tous les Christstollen qu’il ingurgite. Un par jour en ce moment ! Vu le sucre et le beurre que j’y mets, j’ai fait le calcul : le 25 décembre, soit je serai veuve, soit je serai l’épouse d’un bébé éléphant diabétique.

Là, j’arrête ! Je veux bien que Bécaud ait chanté les mains d’une femme dans la farine. Mais moi je peux les coller ailleurs mes mains. La situation est grave, voire désespérée : Greenpeace, ai-je appris à la radio, a envoyé des commandos dans plusieurs centrales nucléaires françaises et ils n’ont pas été interpellés sur-le-champ. C’est navrant, d’autant plus que je vois très bien à quoi peut ressembler un commando de Greenpeace : Willy en fait partie. Ça bouffe, mais ça bouffe bio. Ça ne ferait pas de mal à une mouche, ni à une femme…

Moi je dis : bravo, Greenpeace ! Il faudrait un peu que le gouvernement français se remue et que Claude Guéant, le ministre de l’Intérieur, se bouge s’il ne veut pas se faire baisser, par Standard & Poor’s, sa note, qui par miracle, est encore de trois K. Je serais à sa place, j’écouterais sérieusement le cri alarmant de Greenpeace et je prendrais des mesures.

Ceux qui n’y connaissent rien vont y aller de leurs solutions à deux sous. Les uns préconisant de répandre de la mort aux rats autour du cœur des réacteurs. N’importe quoi ! L’activiste de Greenpeace, en bon écologiste, ne se nourrit que de produit dont la traçabilité est avérée. On peut toujours espérer le tromper en plaçant à côté des petits tas de poison de petites notices stipulant le caractère bio de la bouffe proposée. C’est pas sûr que ça marche.

La solution la plus rapide serait de disposer des pièges à loup autour des centrales nucléaires françaises. Economiques et pas cher, ça ne pardonne pas : un pied dedans et le type se met à parler comme Eva Joly (je suis allemande depuis 65 ans maintenant et je ne suis jamais parvenue à avoir l’accent qu’elle a quand je parle français ; moi qui le trouvais pourtant mignon, le petit Besson – et fortuné vu tout ce qu’il écrit). On pourrait aussi imaginer de poser des barbelés électrifiés autour des sites nucléaires français. Mais toute l’énergie produite par les centrales filerait là-dedans et on serait obligé de construire des éoliennes pour alimenter les barbelés. Totale gabegie !

Non, ce qui me semble le mieux convenir, c’est de recruter des emplois-jeunes, de leur donner une arme et un permis de tirer à vue. Ça créerait des petits boulots et, surtout, ça rassurerait Greenpeace, qui pourrait enfin publier de tels communiqués : « Cette nuit, vingt-quatre militants antinucléaires ont été abattus froidement par des emplois-jeunes. Nous nous réjouissons du niveau de sécurité élevé des centrales nucléaires françaises. C’est du bon boulot. Bravo les gars ! ».

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