Bataille d'éléphants de mer. Photo : mikebaird.

Je ne sais pas si nous sommes « au bord du précipice », comme l’a affirmé le Président de la République, mais ces jours-ci, nos dirigeants et ceux qui aspirent à le devenir évoquent plus une bande de galopins que des adultes responsables soucieux de conduire le pays dans la tempête. L’actualité ressemble à la chronique d’une cour de récré – et pas au collège, à l’école maternelle. Tricheur ! Menteur ! Cafteur ! Fayot ! Je vais le dire à la maîtresse ! Je vais t’en coller une ! M’dame, il a piqué des bonbons !
Chez les Verts, on avait l’habitude de ces bagarres. Alors cette fois, ils ont choisi la maitresse comme déléguée de classe et elle n’est pas commode. Résultat, ils passent leur temps à dire des vacheries sur elle, mais devant, ils filent doux et on les comprend. Moi quand je vois Eva Joly, j’ai l’impression d’être mise en examen.

Vous me direz qu’au PS aussi, la joyeuse ambiance de cour d’école ne date pas d’hier. Mais enfin, ça faisait longtemps qu’ils n’en étaient pas venus aux mains. Sur la photo de classe prise le soir des primaires, ils avaient tous l’air de gentils enfants sages. Et puis, ils avaient juré de ne plus recommencer et de se comporter en bons camarades. Et voilà que c’est reparti. Arnaud accuse Jack d’avoir mis les doigts dans la confiture, Jack, en guise de réponse, lui promet une bonne paire de claques. Du coup, la maitresse fiche Jack au piquet : privé de dessert électoral le petit, de toute façon on ne va pas le faire redoubler éternellement celui-là. Mais en même temps, Martine colle un zéro à Arnaud pour avoir semé la pagaille. « C’est celle qui dit qu’y est », réplique Arnaud. C’est dire si Martine « tient » sa classe.

À l’école UMP, ce n’est pas plus glorieux. Rachida se permet de donner une leçon de morale à François, qui est pourtant prof principal. « Même pas cap de te faire élire en zone difficile, c’est nul », qu’elle lui balance. Du coup, elle frôle l’exclusion mais François et le surgé Jean-François décident de lui laisser une chance. Pendant ce temps, le petit Luc se paye la tête de Dominique, vous savez le grand blond qui se la joue quand il récite des poèmes. Et Dominique, il n’aime pas, mais pas du tout, qu’on se foute de lui. Surtout un minot qui est encore en classe tétine alors que Dominique, lui, est passé chez les grands. Et il chope Luc à la sortie : « Eh dis donc, toi, un peu de respect pour les aînés, quand même ! »

Alors d’accord, on s’amuse bien. Mais pendant ce temps on ne fait pas le programme et les examens approchent. Je sais bien que le dirlo est très occupé et qu’il voyage beaucoup avec sa nouvelle copine Angela, parce que les cancres européens, ce n’est pas de la tarte non plus, mais il ne faudrait pas qu’il en oublie sa petite école française. Quant à François, celui qui essaie de lui piquer la place, on ne l’entend pas beaucoup. Il parait qu’il est au-dessus de tout ça, tant mieux pour lui. En attendant, nous on est toujours au bord du précipice et si ça se trouve on est tombés dedans sans s’en rendre compte. Il est peut-être temps de siffler la fin de la récré.

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