Accueil Site Page 2742

Seine-Saint-Denis : l’ascenseur social est en panne

Si François Hollande gagne l’élection présidentielle, un retour de Martine Aubry sur le devant de la scène est fort à craindre. Martine Aubry et son tropisme nordiste qui fait rêver. Martine Aubry et son papa (Jacques Delors). Martine Aubry et son autre papa (Pierre Mauroy). Martine Aubry et ses emplois jeunes aux libellés légendaires… Aidons donc Martine Aubry a bien réussir son retour aux affaires, en lui suggérant un « nouveau métier » inédit qui pourrait bien rencontrer un vif succès en temps de crise, et dont l’AFP nous apprend l’existence surréelle : celui d’« agent de portage ». Attention, là nous ne parlons pas des porteurs d’eau qui suivaient les aventuriers dans les jongles inexplorées, ni des porteurs de valises SNCF de jadis, qui aidaient les voyageurs à voyager, moyennant quelques anciens francs.

L’« agent de portage » c’est un tout autre univers. C’est un porteur de proximité, voire un porteur citoyen en zone urbaine. On apprend ainsi que la municipalité de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) a engagé quatre de ces sherpas postmodernes afin d’aider les habitants de la cité du Chêne-Pointu à remonter – dans les dix étages du bâtiment – courses, poussettes-avec-enfants et autres fardeaux du même acabit. La raison ? La condamnation des ascenseurs, fin janvier, pour des questions de sécurité liées à un défaut de maintenance. Dans cette copropriété à la dérive, 70% des familles vivent en-dessous du seuil de pauvreté. L’un des habitants, qui a déjà mis en œuvre un système de monte-charges artisanal avec cordes et poulies, pour déjouer les pannes à répétions des ascenseurs à l’abandon, souligne que « c’est un problème parmi d’autres ici ». Il y a eu récemment, en effet, une épidémie de tuberculose…

La municipalité nous rassure, cette mesure folklorique d’aide au franchissement de paliers, vise à « pallier l’urgence » et se veut temporaire. D’ailleurs le maire PS voit cette opération « agents de portages » post-nouveaux métiers comme une expérimentation, pour laquelle il a très sérieusement demandé un financement de l’État. « L’opération coûte 7.000 euros par mois à la ville, dit-il. Nous ne pourrons pas l’assumer seuls ». On ne peut s’empêcher, songeant à ces quatre créateurs professionnels de lien social en gilets fluo et aux mollets musclés, au mythique Sisyphe condamné à rouler éternellement un rocher en haut d’une colline, le laisser tomber, puis recommencer l’opération. Quand tous les ascenseurs de toutes les tours délabrées seront tombés en panne, l’« agent de portage » se généralisera t-il ? Les nouveaux métiers de Martine Aubry, dans les années 90, ne servaient pas à grand chose, mais pouvaient prêter à rire. Ceux de la nouvelle décennie seront peut-être moins drôles.

Les médias victimes de troubles bipolaires

10
Couverture de Paris-Match 17 mars 2005

Depuis dimanche et le vrai lancement de la campagne du candidat président à Marseille, aux dires des éditorialistes autorisés, nous serions en train d’assister à une rebipolarisation du combat présidentiel. A ma droite Nicolas Sarkozy, à ma gauche François Hollande. Les autres… Mais quels autres candidats ? Disons-le tout net, il y a là un vrai problème : pour la plupart des gens, ceux qui ne consomment en politique que du Pernaut ou du Pujadas, les autres sont là pour la figuration ou pire, n’existent tout simplement pas, et n’existeront pas jusqu’au 18 mars, date de la mise en place d’une très hypothétique égalité du temps de parole médiatique.

En attendant, on se repaîtra de sondages, d’analyses, de comparatifs déversés parlant d’un match obligé de second tour, écrit d’avance dans sa composition, mais aussi dans son résultat. Ça n’est certes pas illogique, ni absurde, personne ne s’attend sérieusement à un second tour Dupont-Aignan vs Poutou, au grand regret de mes amis Desgouilles et Cohen. Mais on peut se demander pourquoi le président sortant revient autant en force dans les analyses, alors même qu’on s’évertue à dire partout qu’il n’a pas fait un si bon début de campagne que ça.

Si ça se trouve, Nicolas Sarkozy revient dans le match parce qu’il n’a pas fait un si mauvais début de campagne que ça. Je ne parle pas du fond : dans le tourbillon d’attaques, de suivez-mon-regard, de tacles et de référendums, il est parfois difficile de savoir de quoi on parle vraiment. Mais sur la forme, le retour énergique du Monsieur 100 000 volts de 2006-2007 est, vu d’ici, plutôt convaincant. Si Sarkozy sait faire une chose, c’est bien faire campagne. Et tant pis pour les grincheux qui trouvent qu’il a perdu ceci, qu’il fait moins cela. J’attends le moment de bravoure du meeting dans une zone ouvrière avec un discours beau comme l’antique sur l’industrie, la France et ses élites, ses corps intermédiaires qui étouffent le pays. Et bilan ou pas bilan, Gandrange ou pas Gandrange, je sais d’avance qu’il sera bon.

Sarko revient aussi parce qu’à y regarder de plus près, les chiffres des sondages du premier tour se resserrent peu à peu avec François Hollande. Trois points ici, cinq là. En vérité, pas grand-chose mais le « trend » est là : le sortant grignote son challenger piano mais sano. Certes, au vu des mêmes sondages, le second tour a toujours des allures de référendum nord-coréen. A ceci près qu’avant de construire des châteaux à Pyongyang, il faudra d’abord dépouiller à Montluçon et Saint-Dié. Et là, c’est pas tout cuit.

Le journaliste, à la lecture des chiffres de la première semaine de la campagne Sarkozy, redevient alors subitement prudent. Et si on l’avait enterré un peu vite, le méchant président sortant ? Et hop, coup de barre à droite, circonvolutions et retour à la théorie de la bipolarisation très Vème République flamboyante.

Ce faisant, on commet peut-être une erreur. Il n’y a pas de proportionnelle, il n’y en aura pas d’ici trois mois, et les législatives se solderont dans bien des cas par des échecs cuisants pour les candidats alignés sur un troisième homme ou une troisième femme de la présidentielle. Mais on ne peut sans doute pas rayer Marine le Pen, François Bayrou, ou Jean-Luc Mélenchon de la carte car tous trois pèsent lourd, idéologiquement et électoralement, dans la campagne. C’est à se demander si à force de les reléguer dans des postures de candidats pas sérieux (au sens où il ne peuvent prétendre au référendum du second tour) on ne renforce pas la volonté de certains électeurs mécontents. Le vote utile ne fait guère envie, alors si les médias rabâchent que tout est joué d’avance… J’exagère ? Demandez donc à Balladur ou à Jospin ce qu’ils en pensent …

Je ne vous dis pas merci, Monsieur Fillon

58
Image : Osez le Féminisme- madameoumadame.fr

Pendant que le Mécanisme Européen de Stabilité est adopté dans la quasi-indifférence générale, le gouvernement travaille sur d’autres dossiers autrement plus décisifs. Ainsi, François Fillon, patron de l’administration française, vient de décider que Mademoiselle disparaîtrait des formulaires administratifs ainsi que les mentions « nom d’épouse » et « nom de jeune fille ». Si le PS s’est, à l’exception de quelques mohicans, piteusement abstenu sur le MES[1. Alors que son candidat propose de renégocier l’usine à gaz dangereux montée par Angela Merkel et acceptée par Nicolas Sarkozy.], rue de Solférino, on doit applaudir à cette révolution féministo-administrative.

Notons que Caroline de Haas, fondatrice de l’association Osez le féminisme, est aussi l’une des collaboratrices de Benoît Hamon. Mon excellente consoeur Coralie qui avait moqué la campagne « Mademoiselle, la case en trop » en septembre dernier, essuie aujourd’hui une défaite politique puisque le gouvernement vient de donner raison à l’association néo-féministe dont Magali de Haas, la petite soeur, occupe dorénavant le porte-parolat. Sur twitter, Caroline de Haas défend avec ardeur la décision gouvernementale et ne se place plus seulement sur le terrain de la sacrosainte égalité Femmes-Hommes, justifiant qu’aucun terme de damoiseau ne vienne stigmatiser l’homme célibataire dans les formulaires administratifs. Désormais, elle utilise aussi l’argument du respect de la vie privée. « Bizarre ce besoin que le statut conjugal des femmes soit affiché partout. Ça regarde qui ? À part moi et mon/ma conjoint-e ? », twittait-elle ainsi mardi soir. Ce soudain souci de la vie privée ne laisse pas de nous étonner. N’est ce pas cette dame qui a fait du partage obligatoire des tâches domestiques une cause nationale, à tel point qu’Elisabeth Lévy lui avait demandé si elle comptait créer une brigade des plumeaux ?

Ce qui insupporte Osez le féminisme, c’est donc l’affichage du statut conjugal, et en particulier celui des femmes. Aussi suggéré-je à l’honorable association une autre batterie de mesures urgentissimes. La publication obligatoire des bans devant chaque mairie devant célébrer un mariage doit donc être d’urgence supprimée. Ne s’agit-il pas d’une stigmatisation insupportable désignant le fait qu’une jeune fille – pardon, une dame – passe de la propriété de son père à celle de son futur mari ? Une campagne que l’on nommerait avantageusement « Stop les alliances ! » pourrait aussi être lancée par l’association. Après tout, ne s’agit-il pas là aussi de montrer qu’une femme est prise en main ? Et que faire des femmes qui apprécient qu’on les nomme encore mademoiselle ou s’acharnent à porter une alliance[2. Je ne vous parle même pas de celles qui portent une bague de fiancée. La notion de « promise » rappelle les heures les plus sombres du patriarcat. ]? Dans un premier temps, on privilégierait des campagnes de persuasion telles que l’immémoriale « Osez le clito ». Puis on attendra que Caroline de Haas devienne ministre d’Etat, ministre de l’Egalité entre les genres chargée de la lutte contre le Patriarcat, pour que, enfin, l’alliance soit complètement prohibée sous peine de tranchage de l’annulaire, dont on aura évidemment changé le nom entre temps.

Trêve de plaisanterie. Que des associations mènent ce genre de combat, passe encore. Bernard Pivot, toujours sur twitter, les a exécutées de la plus belle manière en se demandant si « les libellules vont demander qu’on ne les appelle plus des « demoiselles » ? Mais le Premier Ministre ! Le gouvernement de la France ! Ne peuvent-ils pas considérer que, depuis longtemps, les femmes choisissent à leur gré de cocher Mademoiselle ou Madame et que cela correspond au moins autant à leur propre décision qu’à leur statut conjugal ? Combien de femmes ont-elles été condamnées par la justice parce qu’elles cochaient Madame alors qu’elles n’étaient passées ni devant monsieur le maire, ni devant monsieur le curé ? Y avait-il urgence à priver toutes les femmes de cette liberté ?

Monsieur le Premier Ministre, sous l’amicale pression de Roselyne Bachelot, a donc cédé. A cet égard, il n’est pas complètement incongru de rappeler le discours du candidat Sarkozy à Marseille, lequel fustigeait ceux qui allaient dans le sens de la mode, en matière sociétale. Vous avez dit « campagne sur les valeurs ? »

Demoiselles d’horreur

13

On nous dit que l’entrée « mademoiselle » sera rayée de l’ensemble des formulaires administratifs. Because discrimination nous expliquent les associations féministes car, c’est bien connu, pour nos dames patronnesses qui n’ont pas lu Claude Habib, qui dit distinction homme/femme, différence, galanterie et tutti quanti dit stigmatisation.

Je veux bien que seules les femmes changent de nom et de statut en se mariant, mais si l’inégalité de traitement n’a plus cours dans la paperasse, où aura-t-elle encore droit de cité ?

En privé ? Raté : l’hétaïre repentie Marthe Richard a criminalisé les maisons closes, au grand dam de Jean Yanne, auquel elle inspira un bel hymne à la liberté.

Dans de scabreuses blagues et chansons à boire ? Attention, nos bonnes consciences veillent, et l’outrage à la femme sera bientôt sanctionné au même titre que la remise en cause du génocide arménien ou l’homophobie décrétée par Act Up.

Mais avant qu’il ne soit trop tard, il est encore temps de savourer ce trait d’esprit de Patrick Timsit, qui tombera sans doute sous le coup de la loi d’ici quelques années : « Les féministes boivent comme des hommes, conduisent comme des hommes, parlent comme des hommes… et après elles s’étonnent qu’on les encule ! »

Timsit, au trou !

Ne touchez pas au Poilu !

28

Le législatif ne pouvant plus légiférer sur grand-chose de ce qui fait le quotidien des Français, il a trouvé, depuis deux décennies, un nouveau terrain de jeu : la mémoire et l’Histoire. Il est vrai que l’idée est venue du Président. Est-ce l’effet d’un mimétisme américanophile qui le ferait rêver d’un Memorial Day à la française ? En tout cas, il a fait part de son désir de transformer le 11-Novembre en journée de « tous les morts pour la France ».
Le 24 janvier 2012, le Sénat a donc adopté un projet de loi dont l’objectif est, selon Marcel-Pierre Cléach, sénateur UMP de la Sarthe, de « rassembler dans un même hommage tous les morts pour la France, quelle que soit la localisation du conflit ou la génération du feu concernée ». Quant à la gauche, à l’exception du groupe communiste, elle s’est ralliée à un improbable « principe de non-discrimination des morts pour la France permettant d’intégrer ces soldats ayant perdu la vie en opérations extérieures ».

Je ne veux pas savoir si c’est par électoralisme ou parce qu’il était sous le coup d’une émotion sincère que Nicolas Sarkozy a voulu rendre hommage à nos soldats tués dans un combat douteux en Afghanistan. Je ne veux pas savoir si c’est au nom d’un vieux tropisme pacifiste en vertu duquel tous les morts de toutes les guerres se valent, au bout du compte, que la gauche a approuvé ce texte.[access capability= »lire_inedits »]

Ce dont je suis certain, c’est qu’il y a une unicité de la Grande Guerre : si elle travaille en profondeur l’imaginaire français, c’est parce qu’elle est radicalement différente de celles qui ont suivi, y compris l’effondrement de mai-juin 1940.
Je vis dans une région, le Nord, où il y a autant de cimetières militaires de la guerre de 1914-1918 que d’estaminets, où les monuments aux morts de petites communes minières oubliées sont d’une splendeur bouleversante, démesurée comme le chagrin, où les nécropoles allemandes côtoient le carré musulman à Notre-Dame-de-Lorette, où les tombes des Tommies du Yorkshire se mêlent à celle des fermiers australiens, des Gurkhas népalais et des démineurs chinois.

À Ypres, en Belgique, tous les soirs, à 20 heures précises, trois pompiers interrompent la circulation sous la Porte de Menin et, pendant cinq minutes, jouent The Last Post, l’air de la dernière relève de l’armée britannique, celui qui veut faire revenir les morts à la maison. Cette cérémonie aura lieu tant que tous les soldats dormant sous les tombes blanches marquées Unknown ne seront pas associés précisément aux milliers de noms des disparus inscrits dans le marbre de la Porte. Autant dire qu’elle ne s’arrêtera jamais.

C’est que le temps ne fait rien à l’affaire, comme si on voulait que cet horrible passé ne passe pas. Chaque année, la « guerre de 14 » est le sujet de films ou de romans qui rencontrent, en général, un grand succès : Un long dimanche de fiançailles, Joyeux Noël, Les Âmes grises, Capitaine Conan, La Vie et rien d’autre… Chaque 11-Novembre, tant qu’il y avait des Poilus encore vivants, les journaux télé s’ouvraient sur ces hommes, les derniers, qui avaient connu les tranchées, le gaz, la peur et les charges à la baïonnette. Jusqu’à ce que le dernier, Lazare Ponticelli, tire sa révérence en… 2008 ! Au secrétariat d’État aux Anciens combattants, on reçoit un nombre croissant de demandes de simples citoyens qui veulent savoir où et comment s’est battu l’aïeul qui les faisait sauter sur ses genoux, ou comment est mort l’arrière grand-père dont la photo jaunit dans un vieil album de famille. Enfin, l’historiographie française est particulièrement active, comme les montrent les travaux de Stéphane Audoin-Rouzeau ou d’Annette Becker.

Il y a presque un siècle, les hommes de France quittaient femmes et mères, sœurs et enfants. Ils étaient d’autant plus héroïques que, contrairement à ce que racontent les images d’Épinal, on sait maintenant qu’ils n’avaient guère d’illusions sur ce qui les attendait. Si la mémoire de cette boucherie est aussi vive et même à vif[1. La question de la réhabilitation des mutins de 1917 fit tanguer le gouvernement Jospin en 1998.], c’est qu’elle à quelque chose à voir avec l’identité de la France, ici et maintenant. Le 11-Novembre, nous commémorons la fin de la première guerre menée par et pour la République française, avec la mobilisation totale de toutes les classes sociales sur tout le territoire. Mais elle fut aussi la matrice du pire : en érigeant en norme la « brutalisation », selon la formule de l’historien Georges L. Mosse, la Grande Guerre inaugure le « Siècle de fer ».

Vouloir célébrer indistinctement et le même jour le Poilu du chemin des Dames et de Verdun, le cadet de Saumur qui tenait son pont sur la Loire en 1940, le résistant des Glières, le para de Dien-Bien-Phu, l’appelé égorgé dans les Aurès ou le chasseur alpin victime d’un attentat en Kapisa, c’est décidément commettre un profond contresens. Il ne s’agit évidemment pas d’établir une hiérarchie entre ceux qui sont morts pour la France. Mais confondre leurs mémoires dans la même condamnation abstraite de la guerre, le même hommage au sacrifice ultime, ce serait presque leur faire injure. Le sang versé mérite mieux qu’une vision molle et aseptisée de l’Histoire.[/access]

Acheter ce numéro  /  Souscrire à l’offre Découverte (ce n° + les 2 suivants)  /  S’abonner à Causeur

 

Il a dit « Pédés » ! Carton rose pour Mourinho ?

54

Le légendaire José Mourinho, entraineur du Real Madrid, s’est rendu coupable d’un délit puni par nos lois : l’homophobie.

Non, rassurez-vous, il ne s’est rendu coupable de rien du tout. Certes, il a bien qualifié de « maricones » les officiels de l’UEFA, mais il l’a fait lors d’une conversation privée, filmée à son insu par les reporters de la chaine de TV espagnole Cuatro, qui eux ont commis un délit, ou au moins une grave faute de goût en violant l’intimité d’une conversation privée à laquelle ils n’étaient pas conviés.

Mais que pèse le secret de la correspondance face à un crime aussi monstrueux que l’homophobie ? Après le scalp de Vanneste, les fondamentalistes LGBT réclament la tête de José Mourinho.

Ainsi Pascal Brethes, responsable du Paris Foot Gay, estime que les faits sont très graves, comme un témoigne ce best of issu de l’interview approfondie qu’il a donnée à nos confrères de France-Soir:

« Il est vraiment regrettable qu’un éducateur aussi important tienne des propos à caractère homophobe. Il est tout aussi navrant de constater qu’il n’y a aucune réaction, sur le plateau de la chaîne Cuatro, pour s’indigner de cette sortie. »

« Pédés, cela reste une insulte qu’on ne peut pas accepter (…) Si on laisse passer des propos homophobes, alors on laissera passer l’homophobie… »

« Seule la Ligue de football professionnel s’investit. C’est avec elle, d’ailleurs, que nous institutionnaliserons dès la saison prochaine une journée contre l’homophobie dans le football. »

Reste une question que France-Soir n’a pas posé à ce gay vigilant : quid des centaines de milliers de supporters qui à chaque soirée de Ligue 1 ou 2, de Coupe de France ou de la Ligue, de National, de CFA, et probablement même de foot féminin, accueillent immanquablement les joueurs adverses à leur entrée sur le stade aux cris répétés d’« enculés » ? On les emmène tous au poste illico ou bien on attend la fin du match ?

Maximum syndical

11
Photo : johninnit

Depuis une quinzaine d’années, de nombreuses enquêtes de presse et des rapports officiels plus ou moins passés sous silence corroborent un certain sentiment d’opacité dans le financement de la vie syndicale française. Face à ce marronnier politico-médiatique, les hommes politiques adoptent le même credo que vis-à-vis des intermittents du spectacle : y penser toujours, n’en parler jamais. Pourtant, nos responsables politiques pourraient décider de rendre plus transparent le dispositif de financement des syndicats comme ils l’ont déjà fait pour les partis politiques. Mais si l’on remettait en cause leurs avantages corporatistes, les syndicats pourraient déclarer la guerre à l’autorité politique en place, leur capacité de nuisance restant très efficace. L’équilibre de la terreur fait ainsi son effet : les militaires appellent ça la « destruction mutuelle assurée ». D’autres parleraient de scandale.

Le très polémique rapport Perruchot vient de sortir clandestinement alors que tout avait été fait pour interdire sa diffusion. A moins d’une surprise, on ne devrait pas trop en parler, à peine assez pour ne pas pouvoir dire que le sujet n’a pas été traité. Souvenez-vous : il y a quelques mois, plusieurs témoignages avaient dénoncé ce qu’on appellera poliment des  » anomalies  » dans la gestion des syndicats portuaires français, alors en grève depuis plusieurs mois. Depuis, plus de nouvelles. Et surtout pas de réforme. L’immobilisme est en marche, pour reprendre le bon mot d’André Santini.

Aux dernières nouvelles, c’est Ségolène Royal, Présidente de la région Poitou-Charentes, qui vient de s’attirer des critiques jusque dans sa propre majorité. Le 13 février dernier, elle a en effet fait voter une subvention régionale de 400 000 euros aux syndicats. L’opposition s’en est étonnée. On ne sait pas comment l’argent a été réparti entre les syndicats. Chaque somme versée correspond à un projet plus ou moins justifié, couvrant probablement des frais de fonctionnement au lieu de développer de vrais projets d’intérêts régionaux. Aucun contrôle a posteriori de l’utilisation de cet argent ne sera effectué, contrairement à ce qui se passe lorsque la région subventionne une entreprise.
Gênée par les objections de certains membres de sa majorité régionale, Ségolène Royal s’est mue en présidente autoritaire. Elle est allée jusqu’à couper le micro de Philippe Rabit, conseiller régional UMP, au prétexte que ses propos étaient infondés et qu’il était un « gros macho mal élevé ». Depuis, l’élu se réserve le droit de porter plainte.

Il n’y a pas si longtemps, en 2009, le conseil régional du Nord-Pas-de-Calais avait lui aussi versé 850 000 euros aux syndicats de salariés, malgré la colère de certains élus. Déjà, à l’époque, des conventions cadraient très clairement le périmètre des subventions : « la participation régionale s’entend dans le cadre de l’intérêt du développement économique et social régional à l’exclusion de tous motifs ou buts d’ordre politique ou de participation aux conflits de travail au profit de l’une ou l’autre partie ». Comme si les syndicats n’avaient aucun rôle politique ou n’étaient pas concernés par les conflits de travail…

Avec tous ces précédents, il est permis de penser que 2012 sera une année agréable pour les grandes centrales syndicales, le cours de la paix sociale restant très haut sur les marchés politiques. Il en coûte déjà 4 milliards d’euros par an à la France alors que seuls 7,5%[1. Ce chiffre inclut près de 200 000 retraités, ex-salariés, ainsi que les militants fictifs que les syndicats déclarent « sur l’honneur » pour grossir leurs rangs.] des salariés sont syndiqués. Un petit calcul trivial révèle qu’un salarié syndiqué paie environ 70 euros par an quand l’Etat subventionne son militantisme individuel à hauteur de 4000 euros annuels !

François Hollande a pris conscience de ces problèmes. Il a donc invité tous les leaders syndicaux à l’inauguration de son QG de campagne et affirmé publiquement qu’il constitutionnaliserait leurs statuts, leur indépendance et le fourre-tout du dialogue social, bien connu pour son efficacité. Après tout, pourquoi changer une équipe qui perd ? Hollande l’a dit lui-même un jour : « c’est en tranchant qu’on finit par se couper »…

La mariée mise à nu

9
"Brisez les chaînes de la dette grecque". Photo : Manolis Gleizos

La Grèce et la Troïka (UE, BCE, FMI) rappellent l’une des œuvres les plus connues de Marcel Duchamp, après son Urinoir : La mariée mise à nu par ses fiancés, même. On ne cesse de la dépouiller mais on ne veut pas s’en séparer, apparemment. Sinon comment expliquer que des solutions soient toujours trouvées au dernier moment, c’est-à-dire après des journées d’émeutes de plus en plus violentes et une situation de plus en plus incontrôlable sur le terrain ?

La mariée mise à nu par ses fiancés, même de Duchamp a suscité des interprétations multiples et a donné une des plus importantes littérature théorique qui soit sur une œuvre d’art, tant elle paraît mystérieuse, voire incompréhensible avec ses feuilles de plomb découpées en formes étranges et coincées entre deux panneaux de verre. Mais ces interprétations sont très bien résumées par Marcel Duchamp lui-même qui a parlé de l’illustration d’un « processus mental délirant et minutieux ».

Ces deux derniers adjectifs conviennent très bien au traitement imposé à la Grèce. En ce qui concerne le « minutieux », il y a déjà belle lurette que des fonctionnaires bruxellois tatillons vérifient l’emploi du moindre centime d’euro généreusement prêté à chaque ministère grec. Alors, quand on parle d’administrer directement la Grèce depuis Bruxelles, il n’y aura rien de très nouveau, sinon symboliquement.
Et on sait que les symboles font mal. Par exemple, en Grèce, Manolis Gleizos, 90 ans aux prunes, est un symbole. Cet ancien membre du parti communiste grec, une nuit de décembre 1941, en pleine occupation allemande, a retiré le drapeau à la croix gammée flottant sur l’Acropole pour le remplacer par le drapeau national. Depuis la crise, ce poète et écrivain est de tous les rassemblements sur la place Syntagma, devant le parlement. Et c’est lui qui vient de rappeler un fait historique gênant. Pendant l’Occupation, les nazis ont méthodiquement pillé la Grèce et notamment les réserves d’or de la banque nationale. Petit problème, contrairement à d’autre pays, la Grèce sera oubliée par l’accord de Londres en 1953 qui a fixé les réparations. L’air de rien, certains experts parlent, avec les intérêts, de 162 milliards d’euros, ce qui est à mettre en regard avec les 350 milliards d’euros de la dette grecque.

Toujours dans le minutieux, on rappellera qu’on en est au neuvième plan imposé au pays en moins de deux ans, en comptant celui qui va être discuté le lundi 20 février. Le neuvième, si, si… Et qui repose toujours sur la même logique. Se tailler des livres de chair sur un corps de plus en plus décharné en lui ordonnant dans le même temps de retrouver des forces, et plus vite que ça, pour rembourser les 350 milliards en question, somme que tout le monde sait tellement énorme et irremboursable.

Et là on atteint le « délirant ». La psychanalyse freudienne nous apprend en effet qu’on appelle joliment « névrose de destinée » le fait de répéter des scénarios malheureux tout en sachant qu’ils vous amènent à l’échec. Quand on demande neuf fois la même chose à la même personne en sachant que l’on ne peut pas obtenir satisfaction, on est effectivement dans la névrose qui se caractérise, parmi d’autres symptômes, par l’agressivité, l’hébétude ou encore la confusion mentale, ce qui semble tracer un portrait assez juste de la politique européenne à l’égard de la Grèce, mariée mise à nu, toujours plus à nu, par ses fiancés, même.

L’euthanasie selon Saint Hollande

59

 » Le suicide est un moyen d’indépendance et, à cet égard, tous les pouvoirs le haïssent « , disait Benjamin Constant. Aussi avais-je été agréablement surpris quand François Hollande, encouragé par Manuel Valls et Laurent Fabius, avait inscrit le droit à l’euthanasie dans les soixante engagements qu’il tiendrait s’il était élu.

À défaut de pouvoir aider les gens à vivre mieux, on peut toujours rendre leur mort moins cruelle s’ils en formulent l’intention. De Maupassant à Michel Foucault et Thomas Szasz, nombreux sont les médecins et les psychiatres, sans oublier les modestes citoyens, à avoir formulé cette requête. Elle a l’immense avantage de ne rien coûter et d’être immédiatement applicable. Elle consacre enfin l’idée que l’individu n’appartient ni à une Église, ni à un État, mais à lui-même et que, s’il le désire, il convient de lui faciliter les conditions de sa fin. C’est même à cela qu’on reconnaît un pays civilisé : le droit à l’avortement ou à un suicide assisté va de soi.

Nicolas Sarkozy dans la proclamation des valeurs de la France auxquelles il adhère, s’est prononcé contre l’euthanasie. Mais quelle valeur y a-t-il à prolonger la vie d’un citoyen qui, pour des raisons qui n’appartiennent qu’à lui, décide de s’y soustraire ?

J’étais donc résolu à voter pour François Hollande lorsque j’ai appris qu’il s’était livré à un exercice de rétropédalage dans Marianne.  » L’euthanasie, je n’y suis pas favorable « , a-t-il déclaré. Décidément, cet homme n’est pas très fiable : est-il gros ? Est-il mince ? Est-il pour les marchés financiers ? Est-il contre ? Pour la mort volontaire ou la vie à n’importe quel prix ? Je ne sais plus. Certes, il souhaite que chacun meure dans la dignité (qui ne le souhaiterait ?, ne serait-ce que pour ne pas embarrasser ses proches ou ses voisins …), mais cela n’est qu’un vœu pieux. Il refuse de céder aux lobbies de l’euthanasie et veut protéger la vie. Exactement comme Sarkozy. On concédera des soins palliatifs pour se donner bonne conscience, comme une aumône à un miséreux.

Pourrait-on leur conseiller à l’un comme à l’autre de prendre exemple (une fois n’est pas coutume) sur un canton suisse, le canton de Vaud en l’occurrence, où les citoyens décideront dans les urnes de l’aide au suicide dans les maisons de retraite comme dans les hôpitaux ? D’après tous les sondages, le suicide assisté devrait trouver asile en terre romande. Dans ce cas, comme l’annonce fièrement Le Temps, Vaud fera œuvre de pionnier en se dotant d’une réglementation en la matière. Les Français n’auraient-ils pas, eux aussi, le droit de se prononcer sur le sujet, puisque le seul candidat à avoir fait un pas dans cette direction, s’est aussitôt rétracté. Et pourtant, élu ou non, lui aussi mourra.

France-Allemagne : le laboratoire helvétique

3
Image : http://resistanceinventerre.files.wordpress.com

Allemagne, je dis ton nom. Dans son épître cathodique aux Français, le 29 janvier, ce nom, Nicolas Sarkozy l’a prononcé une vingtaine de fois. L’an prochain à Berlin ? Cette fascination pour le voisin allemand, qui tient de la génuflexion, semble entériner l’abdication béate du « modèle français » face à l’impériale réussite germanique. L’empire, Morphée des nations fatiguées, aura peut-être bientôt le visage de l’Europe fédérale. Or, toute structure fédérale est faite de majoritaires et de minoritaires, de vainqueurs et de vaincus. Les Suisses en savent quelque chose : chez eux, le fédéralisme est né, dans sa forme moderne, en 1848, au terme d’une guerre civile gagnée par les libéraux-radicaux, les progressistes de l’époque, contre les catholiques conservateurs (opposition qui ne recoupait pas les frontières linguistiques).

« Les sous-ensembles dans les grands ensembles s’assemblent, la Belle et le Bad boy. » Ainsi rappait MC Solaar. C’était bien vu. Telles sont la tendance et la logique aujourd’hui à l’œuvre entre Berlin et Paris. Il va presque de soi, dans le contexte économique, que l’Allemagne est la Belle et la France le Bad boy. Ce qui évoque furieusement le partage des rôles et la nature des relations entre ces deux sous-ensembles différents par la taille et par la puissance que sont la Suisse alémanique (germanophone) et la Suisse romande (francophone).

Forte de sa supériorité numérique, la partie alémanique a longtemps tenu son voisin romand pour un garnement sympathique, quoique fêtard et dépensier. Et cette inclination n’a pas tout à fait disparu. En grande sœur convaincue de savoir mieux que son cadet, elle le traitait comme on traite un enfant – conjuguant amour et sévérité. Elle lui a appris la vie, et avant toute chose qu’un centime est un centime.[access capability= »lire_inedits »]

Les Suisses allemands, comme on les appelle communément, ont donc usé de leur statut de majoritaires pour faire entendre raison aux « Welsches », terme qui désigne les Suisses romands dans le jargon populaire alémanique[1. L’expression « Suisses allemands » a, en français, une touche dépréciative. Il est plus correct de dire « Suisses alémaniques » (du nom d’une ancienne tribu germanique, les Alamans), ces derniers tenant en toute circonstance à se démarquer de l’Allemagne. Le mot « Welsche », référence à l’époque romane, est empreint de condescendance à l’égard des Suisses romands.]. Il y eut des révoltes et des frondes, canalisées par le processus référendaire. Elles se soldèrent, pour les francophones, par autant de défaites. Il leur fallut des décennies pour imposer l’idée d’un congé-maternité et la loi afférente, entrée en vigueur en 2005 − la grossesse relevait jusque-là de la seule assurance-maladie.
Dans les années 1970, 1980 et 1990, on eut parfois l’impression que les deux communautés étaient séparées par une frontière infranchissable, bien que dotée d’un nom chatoyant : le röstigraben ou « barrière du rösti », doit son nom à une galette de pommes de terre qui est une insulte à la diététique, les Alémaniques étant très « patates » et les Romands très « vin blanc ».

Et puis tout s’est apaisé. Que s’est-il passé ? L’Europe ! L’Europe politique et monétaire a réconcilié les Suisses. Contre elle. Au début, les Romands étaient, contre l’avis de la majorité alémanique, de farouches défenseurs de l’intégration par étapes de la Suisse à l’Union européenne. Non seulement ils ont échoué à convaincre leurs concitoyens germanophones mais ils ont, de surcroît, fini par se rallier à leur volonté. Autant dire qu’ils se sont soumis. C’est qu’ils ont réalisé − ou en tout cas, c’est ce qu’ils se sont dit − que l’entrée de leur pays dans l’Union sonnerait la fin de la démocratie directe et du secret bancaire − cette laïcité d’argent qui fonde, en partie, l’identité suisse.

Et peu à peu, l’impossible est arrivé : dans cette construction fédérale compartimentée, on a vu émerger un véritable sentiment national. Les Suisses sont devenus plus suisses. L’un des symptômes de cette évolution est la progression, y compris en Romandie, de l’Union démocratique du centre (UDC), dont le leader, Christoph Blocher, est cité en exemple par Marine Le Pen. Les élections parlementaires de 2011 ont mis un terme à l’avancée de ce parti de droite. Ce ne sont pas ses accents xénophobes ni ses affiches islamo-incompatibles que les électeurs romands ont sanctionné, mais plutôt ses manquements répétés aux règles de la collégialité gouvernementale. Horrifiés par le désolant spectacle qui se joue sur la scène européenne, les Suisses sont de moins en moins décidés à brader ce qu’ils considèrent comme relevant de leur souveraineté.

Pourtant, les rapports orageux entre la majorité et la minorité auraient pu dégénérer en drame si le système politique suisse n’accordait pas des droits spécifiques aux minorités. Or, si la Suisse n’est pas tout à fait une nation, on conviendra que l’Europe des 27 est plus éloignée encore de la Terre promise.
Français et Allemands devraient donc méditer l’exemple helvétique pour définir les modalités des relations entre « groupes » dans un ensemble fédéral démocratique. Pour éviter que ces relations soient régies par les seuls rapports de force, il faut que des dispositions constitutionnelles protègent les « petits » des appétits des « gros ».

Rappelons, en attendant, que l’équipage helvétique a su resserrer ses liens face au grand requin blanc bruxellois. Qu’ils soient souverainistes ou fédéralistes, les Européens pourraient faire front commun pour combattre le dragon chinois. Après tout, les mauvaises conjonctures peuvent faire de bonnes alliances. Ainsi va, dans l’Europe fédérale naissante, le bismarcko-bonapartisme.[/access]

Acheter ce numéro  /  Souscrire à l’offre Découverte (ce n° + les 2 suivants)  /  S’abonner à Causeur

 

Seine-Saint-Denis : l’ascenseur social est en panne

12

Si François Hollande gagne l’élection présidentielle, un retour de Martine Aubry sur le devant de la scène est fort à craindre. Martine Aubry et son tropisme nordiste qui fait rêver. Martine Aubry et son papa (Jacques Delors). Martine Aubry et son autre papa (Pierre Mauroy). Martine Aubry et ses emplois jeunes aux libellés légendaires… Aidons donc Martine Aubry a bien réussir son retour aux affaires, en lui suggérant un « nouveau métier » inédit qui pourrait bien rencontrer un vif succès en temps de crise, et dont l’AFP nous apprend l’existence surréelle : celui d’« agent de portage ». Attention, là nous ne parlons pas des porteurs d’eau qui suivaient les aventuriers dans les jongles inexplorées, ni des porteurs de valises SNCF de jadis, qui aidaient les voyageurs à voyager, moyennant quelques anciens francs.

L’« agent de portage » c’est un tout autre univers. C’est un porteur de proximité, voire un porteur citoyen en zone urbaine. On apprend ainsi que la municipalité de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) a engagé quatre de ces sherpas postmodernes afin d’aider les habitants de la cité du Chêne-Pointu à remonter – dans les dix étages du bâtiment – courses, poussettes-avec-enfants et autres fardeaux du même acabit. La raison ? La condamnation des ascenseurs, fin janvier, pour des questions de sécurité liées à un défaut de maintenance. Dans cette copropriété à la dérive, 70% des familles vivent en-dessous du seuil de pauvreté. L’un des habitants, qui a déjà mis en œuvre un système de monte-charges artisanal avec cordes et poulies, pour déjouer les pannes à répétions des ascenseurs à l’abandon, souligne que « c’est un problème parmi d’autres ici ». Il y a eu récemment, en effet, une épidémie de tuberculose…

La municipalité nous rassure, cette mesure folklorique d’aide au franchissement de paliers, vise à « pallier l’urgence » et se veut temporaire. D’ailleurs le maire PS voit cette opération « agents de portages » post-nouveaux métiers comme une expérimentation, pour laquelle il a très sérieusement demandé un financement de l’État. « L’opération coûte 7.000 euros par mois à la ville, dit-il. Nous ne pourrons pas l’assumer seuls ». On ne peut s’empêcher, songeant à ces quatre créateurs professionnels de lien social en gilets fluo et aux mollets musclés, au mythique Sisyphe condamné à rouler éternellement un rocher en haut d’une colline, le laisser tomber, puis recommencer l’opération. Quand tous les ascenseurs de toutes les tours délabrées seront tombés en panne, l’« agent de portage » se généralisera t-il ? Les nouveaux métiers de Martine Aubry, dans les années 90, ne servaient pas à grand chose, mais pouvaient prêter à rire. Ceux de la nouvelle décennie seront peut-être moins drôles.

Les médias victimes de troubles bipolaires

10
Couverture de Paris-Match 17 mars 2005

Depuis dimanche et le vrai lancement de la campagne du candidat président à Marseille, aux dires des éditorialistes autorisés, nous serions en train d’assister à une rebipolarisation du combat présidentiel. A ma droite Nicolas Sarkozy, à ma gauche François Hollande. Les autres… Mais quels autres candidats ? Disons-le tout net, il y a là un vrai problème : pour la plupart des gens, ceux qui ne consomment en politique que du Pernaut ou du Pujadas, les autres sont là pour la figuration ou pire, n’existent tout simplement pas, et n’existeront pas jusqu’au 18 mars, date de la mise en place d’une très hypothétique égalité du temps de parole médiatique.

En attendant, on se repaîtra de sondages, d’analyses, de comparatifs déversés parlant d’un match obligé de second tour, écrit d’avance dans sa composition, mais aussi dans son résultat. Ça n’est certes pas illogique, ni absurde, personne ne s’attend sérieusement à un second tour Dupont-Aignan vs Poutou, au grand regret de mes amis Desgouilles et Cohen. Mais on peut se demander pourquoi le président sortant revient autant en force dans les analyses, alors même qu’on s’évertue à dire partout qu’il n’a pas fait un si bon début de campagne que ça.

Si ça se trouve, Nicolas Sarkozy revient dans le match parce qu’il n’a pas fait un si mauvais début de campagne que ça. Je ne parle pas du fond : dans le tourbillon d’attaques, de suivez-mon-regard, de tacles et de référendums, il est parfois difficile de savoir de quoi on parle vraiment. Mais sur la forme, le retour énergique du Monsieur 100 000 volts de 2006-2007 est, vu d’ici, plutôt convaincant. Si Sarkozy sait faire une chose, c’est bien faire campagne. Et tant pis pour les grincheux qui trouvent qu’il a perdu ceci, qu’il fait moins cela. J’attends le moment de bravoure du meeting dans une zone ouvrière avec un discours beau comme l’antique sur l’industrie, la France et ses élites, ses corps intermédiaires qui étouffent le pays. Et bilan ou pas bilan, Gandrange ou pas Gandrange, je sais d’avance qu’il sera bon.

Sarko revient aussi parce qu’à y regarder de plus près, les chiffres des sondages du premier tour se resserrent peu à peu avec François Hollande. Trois points ici, cinq là. En vérité, pas grand-chose mais le « trend » est là : le sortant grignote son challenger piano mais sano. Certes, au vu des mêmes sondages, le second tour a toujours des allures de référendum nord-coréen. A ceci près qu’avant de construire des châteaux à Pyongyang, il faudra d’abord dépouiller à Montluçon et Saint-Dié. Et là, c’est pas tout cuit.

Le journaliste, à la lecture des chiffres de la première semaine de la campagne Sarkozy, redevient alors subitement prudent. Et si on l’avait enterré un peu vite, le méchant président sortant ? Et hop, coup de barre à droite, circonvolutions et retour à la théorie de la bipolarisation très Vème République flamboyante.

Ce faisant, on commet peut-être une erreur. Il n’y a pas de proportionnelle, il n’y en aura pas d’ici trois mois, et les législatives se solderont dans bien des cas par des échecs cuisants pour les candidats alignés sur un troisième homme ou une troisième femme de la présidentielle. Mais on ne peut sans doute pas rayer Marine le Pen, François Bayrou, ou Jean-Luc Mélenchon de la carte car tous trois pèsent lourd, idéologiquement et électoralement, dans la campagne. C’est à se demander si à force de les reléguer dans des postures de candidats pas sérieux (au sens où il ne peuvent prétendre au référendum du second tour) on ne renforce pas la volonté de certains électeurs mécontents. Le vote utile ne fait guère envie, alors si les médias rabâchent que tout est joué d’avance… J’exagère ? Demandez donc à Balladur ou à Jospin ce qu’ils en pensent …

Je ne vous dis pas merci, Monsieur Fillon

58
Image : Osez le Féminisme- madameoumadame.fr

Pendant que le Mécanisme Européen de Stabilité est adopté dans la quasi-indifférence générale, le gouvernement travaille sur d’autres dossiers autrement plus décisifs. Ainsi, François Fillon, patron de l’administration française, vient de décider que Mademoiselle disparaîtrait des formulaires administratifs ainsi que les mentions « nom d’épouse » et « nom de jeune fille ». Si le PS s’est, à l’exception de quelques mohicans, piteusement abstenu sur le MES[1. Alors que son candidat propose de renégocier l’usine à gaz dangereux montée par Angela Merkel et acceptée par Nicolas Sarkozy.], rue de Solférino, on doit applaudir à cette révolution féministo-administrative.

Notons que Caroline de Haas, fondatrice de l’association Osez le féminisme, est aussi l’une des collaboratrices de Benoît Hamon. Mon excellente consoeur Coralie qui avait moqué la campagne « Mademoiselle, la case en trop » en septembre dernier, essuie aujourd’hui une défaite politique puisque le gouvernement vient de donner raison à l’association néo-féministe dont Magali de Haas, la petite soeur, occupe dorénavant le porte-parolat. Sur twitter, Caroline de Haas défend avec ardeur la décision gouvernementale et ne se place plus seulement sur le terrain de la sacrosainte égalité Femmes-Hommes, justifiant qu’aucun terme de damoiseau ne vienne stigmatiser l’homme célibataire dans les formulaires administratifs. Désormais, elle utilise aussi l’argument du respect de la vie privée. « Bizarre ce besoin que le statut conjugal des femmes soit affiché partout. Ça regarde qui ? À part moi et mon/ma conjoint-e ? », twittait-elle ainsi mardi soir. Ce soudain souci de la vie privée ne laisse pas de nous étonner. N’est ce pas cette dame qui a fait du partage obligatoire des tâches domestiques une cause nationale, à tel point qu’Elisabeth Lévy lui avait demandé si elle comptait créer une brigade des plumeaux ?

Ce qui insupporte Osez le féminisme, c’est donc l’affichage du statut conjugal, et en particulier celui des femmes. Aussi suggéré-je à l’honorable association une autre batterie de mesures urgentissimes. La publication obligatoire des bans devant chaque mairie devant célébrer un mariage doit donc être d’urgence supprimée. Ne s’agit-il pas d’une stigmatisation insupportable désignant le fait qu’une jeune fille – pardon, une dame – passe de la propriété de son père à celle de son futur mari ? Une campagne que l’on nommerait avantageusement « Stop les alliances ! » pourrait aussi être lancée par l’association. Après tout, ne s’agit-il pas là aussi de montrer qu’une femme est prise en main ? Et que faire des femmes qui apprécient qu’on les nomme encore mademoiselle ou s’acharnent à porter une alliance[2. Je ne vous parle même pas de celles qui portent une bague de fiancée. La notion de « promise » rappelle les heures les plus sombres du patriarcat. ]? Dans un premier temps, on privilégierait des campagnes de persuasion telles que l’immémoriale « Osez le clito ». Puis on attendra que Caroline de Haas devienne ministre d’Etat, ministre de l’Egalité entre les genres chargée de la lutte contre le Patriarcat, pour que, enfin, l’alliance soit complètement prohibée sous peine de tranchage de l’annulaire, dont on aura évidemment changé le nom entre temps.

Trêve de plaisanterie. Que des associations mènent ce genre de combat, passe encore. Bernard Pivot, toujours sur twitter, les a exécutées de la plus belle manière en se demandant si « les libellules vont demander qu’on ne les appelle plus des « demoiselles » ? Mais le Premier Ministre ! Le gouvernement de la France ! Ne peuvent-ils pas considérer que, depuis longtemps, les femmes choisissent à leur gré de cocher Mademoiselle ou Madame et que cela correspond au moins autant à leur propre décision qu’à leur statut conjugal ? Combien de femmes ont-elles été condamnées par la justice parce qu’elles cochaient Madame alors qu’elles n’étaient passées ni devant monsieur le maire, ni devant monsieur le curé ? Y avait-il urgence à priver toutes les femmes de cette liberté ?

Monsieur le Premier Ministre, sous l’amicale pression de Roselyne Bachelot, a donc cédé. A cet égard, il n’est pas complètement incongru de rappeler le discours du candidat Sarkozy à Marseille, lequel fustigeait ceux qui allaient dans le sens de la mode, en matière sociétale. Vous avez dit « campagne sur les valeurs ? »

Demoiselles d’horreur

13

On nous dit que l’entrée « mademoiselle » sera rayée de l’ensemble des formulaires administratifs. Because discrimination nous expliquent les associations féministes car, c’est bien connu, pour nos dames patronnesses qui n’ont pas lu Claude Habib, qui dit distinction homme/femme, différence, galanterie et tutti quanti dit stigmatisation.

Je veux bien que seules les femmes changent de nom et de statut en se mariant, mais si l’inégalité de traitement n’a plus cours dans la paperasse, où aura-t-elle encore droit de cité ?

En privé ? Raté : l’hétaïre repentie Marthe Richard a criminalisé les maisons closes, au grand dam de Jean Yanne, auquel elle inspira un bel hymne à la liberté.

Dans de scabreuses blagues et chansons à boire ? Attention, nos bonnes consciences veillent, et l’outrage à la femme sera bientôt sanctionné au même titre que la remise en cause du génocide arménien ou l’homophobie décrétée par Act Up.

Mais avant qu’il ne soit trop tard, il est encore temps de savourer ce trait d’esprit de Patrick Timsit, qui tombera sans doute sous le coup de la loi d’ici quelques années : « Les féministes boivent comme des hommes, conduisent comme des hommes, parlent comme des hommes… et après elles s’étonnent qu’on les encule ! »

Timsit, au trou !

Ne touchez pas au Poilu !

28

Le législatif ne pouvant plus légiférer sur grand-chose de ce qui fait le quotidien des Français, il a trouvé, depuis deux décennies, un nouveau terrain de jeu : la mémoire et l’Histoire. Il est vrai que l’idée est venue du Président. Est-ce l’effet d’un mimétisme américanophile qui le ferait rêver d’un Memorial Day à la française ? En tout cas, il a fait part de son désir de transformer le 11-Novembre en journée de « tous les morts pour la France ».
Le 24 janvier 2012, le Sénat a donc adopté un projet de loi dont l’objectif est, selon Marcel-Pierre Cléach, sénateur UMP de la Sarthe, de « rassembler dans un même hommage tous les morts pour la France, quelle que soit la localisation du conflit ou la génération du feu concernée ». Quant à la gauche, à l’exception du groupe communiste, elle s’est ralliée à un improbable « principe de non-discrimination des morts pour la France permettant d’intégrer ces soldats ayant perdu la vie en opérations extérieures ».

Je ne veux pas savoir si c’est par électoralisme ou parce qu’il était sous le coup d’une émotion sincère que Nicolas Sarkozy a voulu rendre hommage à nos soldats tués dans un combat douteux en Afghanistan. Je ne veux pas savoir si c’est au nom d’un vieux tropisme pacifiste en vertu duquel tous les morts de toutes les guerres se valent, au bout du compte, que la gauche a approuvé ce texte.[access capability= »lire_inedits »]

Ce dont je suis certain, c’est qu’il y a une unicité de la Grande Guerre : si elle travaille en profondeur l’imaginaire français, c’est parce qu’elle est radicalement différente de celles qui ont suivi, y compris l’effondrement de mai-juin 1940.
Je vis dans une région, le Nord, où il y a autant de cimetières militaires de la guerre de 1914-1918 que d’estaminets, où les monuments aux morts de petites communes minières oubliées sont d’une splendeur bouleversante, démesurée comme le chagrin, où les nécropoles allemandes côtoient le carré musulman à Notre-Dame-de-Lorette, où les tombes des Tommies du Yorkshire se mêlent à celle des fermiers australiens, des Gurkhas népalais et des démineurs chinois.

À Ypres, en Belgique, tous les soirs, à 20 heures précises, trois pompiers interrompent la circulation sous la Porte de Menin et, pendant cinq minutes, jouent The Last Post, l’air de la dernière relève de l’armée britannique, celui qui veut faire revenir les morts à la maison. Cette cérémonie aura lieu tant que tous les soldats dormant sous les tombes blanches marquées Unknown ne seront pas associés précisément aux milliers de noms des disparus inscrits dans le marbre de la Porte. Autant dire qu’elle ne s’arrêtera jamais.

C’est que le temps ne fait rien à l’affaire, comme si on voulait que cet horrible passé ne passe pas. Chaque année, la « guerre de 14 » est le sujet de films ou de romans qui rencontrent, en général, un grand succès : Un long dimanche de fiançailles, Joyeux Noël, Les Âmes grises, Capitaine Conan, La Vie et rien d’autre… Chaque 11-Novembre, tant qu’il y avait des Poilus encore vivants, les journaux télé s’ouvraient sur ces hommes, les derniers, qui avaient connu les tranchées, le gaz, la peur et les charges à la baïonnette. Jusqu’à ce que le dernier, Lazare Ponticelli, tire sa révérence en… 2008 ! Au secrétariat d’État aux Anciens combattants, on reçoit un nombre croissant de demandes de simples citoyens qui veulent savoir où et comment s’est battu l’aïeul qui les faisait sauter sur ses genoux, ou comment est mort l’arrière grand-père dont la photo jaunit dans un vieil album de famille. Enfin, l’historiographie française est particulièrement active, comme les montrent les travaux de Stéphane Audoin-Rouzeau ou d’Annette Becker.

Il y a presque un siècle, les hommes de France quittaient femmes et mères, sœurs et enfants. Ils étaient d’autant plus héroïques que, contrairement à ce que racontent les images d’Épinal, on sait maintenant qu’ils n’avaient guère d’illusions sur ce qui les attendait. Si la mémoire de cette boucherie est aussi vive et même à vif[1. La question de la réhabilitation des mutins de 1917 fit tanguer le gouvernement Jospin en 1998.], c’est qu’elle à quelque chose à voir avec l’identité de la France, ici et maintenant. Le 11-Novembre, nous commémorons la fin de la première guerre menée par et pour la République française, avec la mobilisation totale de toutes les classes sociales sur tout le territoire. Mais elle fut aussi la matrice du pire : en érigeant en norme la « brutalisation », selon la formule de l’historien Georges L. Mosse, la Grande Guerre inaugure le « Siècle de fer ».

Vouloir célébrer indistinctement et le même jour le Poilu du chemin des Dames et de Verdun, le cadet de Saumur qui tenait son pont sur la Loire en 1940, le résistant des Glières, le para de Dien-Bien-Phu, l’appelé égorgé dans les Aurès ou le chasseur alpin victime d’un attentat en Kapisa, c’est décidément commettre un profond contresens. Il ne s’agit évidemment pas d’établir une hiérarchie entre ceux qui sont morts pour la France. Mais confondre leurs mémoires dans la même condamnation abstraite de la guerre, le même hommage au sacrifice ultime, ce serait presque leur faire injure. Le sang versé mérite mieux qu’une vision molle et aseptisée de l’Histoire.[/access]

Acheter ce numéro  /  Souscrire à l’offre Découverte (ce n° + les 2 suivants)  /  S’abonner à Causeur

 

Il a dit « Pédés » ! Carton rose pour Mourinho ?

54

Le légendaire José Mourinho, entraineur du Real Madrid, s’est rendu coupable d’un délit puni par nos lois : l’homophobie.

Non, rassurez-vous, il ne s’est rendu coupable de rien du tout. Certes, il a bien qualifié de « maricones » les officiels de l’UEFA, mais il l’a fait lors d’une conversation privée, filmée à son insu par les reporters de la chaine de TV espagnole Cuatro, qui eux ont commis un délit, ou au moins une grave faute de goût en violant l’intimité d’une conversation privée à laquelle ils n’étaient pas conviés.

Mais que pèse le secret de la correspondance face à un crime aussi monstrueux que l’homophobie ? Après le scalp de Vanneste, les fondamentalistes LGBT réclament la tête de José Mourinho.

Ainsi Pascal Brethes, responsable du Paris Foot Gay, estime que les faits sont très graves, comme un témoigne ce best of issu de l’interview approfondie qu’il a donnée à nos confrères de France-Soir:

« Il est vraiment regrettable qu’un éducateur aussi important tienne des propos à caractère homophobe. Il est tout aussi navrant de constater qu’il n’y a aucune réaction, sur le plateau de la chaîne Cuatro, pour s’indigner de cette sortie. »

« Pédés, cela reste une insulte qu’on ne peut pas accepter (…) Si on laisse passer des propos homophobes, alors on laissera passer l’homophobie… »

« Seule la Ligue de football professionnel s’investit. C’est avec elle, d’ailleurs, que nous institutionnaliserons dès la saison prochaine une journée contre l’homophobie dans le football. »

Reste une question que France-Soir n’a pas posé à ce gay vigilant : quid des centaines de milliers de supporters qui à chaque soirée de Ligue 1 ou 2, de Coupe de France ou de la Ligue, de National, de CFA, et probablement même de foot féminin, accueillent immanquablement les joueurs adverses à leur entrée sur le stade aux cris répétés d’« enculés » ? On les emmène tous au poste illico ou bien on attend la fin du match ?

Maximum syndical

11
Photo : johninnit

Depuis une quinzaine d’années, de nombreuses enquêtes de presse et des rapports officiels plus ou moins passés sous silence corroborent un certain sentiment d’opacité dans le financement de la vie syndicale française. Face à ce marronnier politico-médiatique, les hommes politiques adoptent le même credo que vis-à-vis des intermittents du spectacle : y penser toujours, n’en parler jamais. Pourtant, nos responsables politiques pourraient décider de rendre plus transparent le dispositif de financement des syndicats comme ils l’ont déjà fait pour les partis politiques. Mais si l’on remettait en cause leurs avantages corporatistes, les syndicats pourraient déclarer la guerre à l’autorité politique en place, leur capacité de nuisance restant très efficace. L’équilibre de la terreur fait ainsi son effet : les militaires appellent ça la « destruction mutuelle assurée ». D’autres parleraient de scandale.

Le très polémique rapport Perruchot vient de sortir clandestinement alors que tout avait été fait pour interdire sa diffusion. A moins d’une surprise, on ne devrait pas trop en parler, à peine assez pour ne pas pouvoir dire que le sujet n’a pas été traité. Souvenez-vous : il y a quelques mois, plusieurs témoignages avaient dénoncé ce qu’on appellera poliment des  » anomalies  » dans la gestion des syndicats portuaires français, alors en grève depuis plusieurs mois. Depuis, plus de nouvelles. Et surtout pas de réforme. L’immobilisme est en marche, pour reprendre le bon mot d’André Santini.

Aux dernières nouvelles, c’est Ségolène Royal, Présidente de la région Poitou-Charentes, qui vient de s’attirer des critiques jusque dans sa propre majorité. Le 13 février dernier, elle a en effet fait voter une subvention régionale de 400 000 euros aux syndicats. L’opposition s’en est étonnée. On ne sait pas comment l’argent a été réparti entre les syndicats. Chaque somme versée correspond à un projet plus ou moins justifié, couvrant probablement des frais de fonctionnement au lieu de développer de vrais projets d’intérêts régionaux. Aucun contrôle a posteriori de l’utilisation de cet argent ne sera effectué, contrairement à ce qui se passe lorsque la région subventionne une entreprise.
Gênée par les objections de certains membres de sa majorité régionale, Ségolène Royal s’est mue en présidente autoritaire. Elle est allée jusqu’à couper le micro de Philippe Rabit, conseiller régional UMP, au prétexte que ses propos étaient infondés et qu’il était un « gros macho mal élevé ». Depuis, l’élu se réserve le droit de porter plainte.

Il n’y a pas si longtemps, en 2009, le conseil régional du Nord-Pas-de-Calais avait lui aussi versé 850 000 euros aux syndicats de salariés, malgré la colère de certains élus. Déjà, à l’époque, des conventions cadraient très clairement le périmètre des subventions : « la participation régionale s’entend dans le cadre de l’intérêt du développement économique et social régional à l’exclusion de tous motifs ou buts d’ordre politique ou de participation aux conflits de travail au profit de l’une ou l’autre partie ». Comme si les syndicats n’avaient aucun rôle politique ou n’étaient pas concernés par les conflits de travail…

Avec tous ces précédents, il est permis de penser que 2012 sera une année agréable pour les grandes centrales syndicales, le cours de la paix sociale restant très haut sur les marchés politiques. Il en coûte déjà 4 milliards d’euros par an à la France alors que seuls 7,5%[1. Ce chiffre inclut près de 200 000 retraités, ex-salariés, ainsi que les militants fictifs que les syndicats déclarent « sur l’honneur » pour grossir leurs rangs.] des salariés sont syndiqués. Un petit calcul trivial révèle qu’un salarié syndiqué paie environ 70 euros par an quand l’Etat subventionne son militantisme individuel à hauteur de 4000 euros annuels !

François Hollande a pris conscience de ces problèmes. Il a donc invité tous les leaders syndicaux à l’inauguration de son QG de campagne et affirmé publiquement qu’il constitutionnaliserait leurs statuts, leur indépendance et le fourre-tout du dialogue social, bien connu pour son efficacité. Après tout, pourquoi changer une équipe qui perd ? Hollande l’a dit lui-même un jour : « c’est en tranchant qu’on finit par se couper »…

La mariée mise à nu

9
"Brisez les chaînes de la dette grecque". Photo : Manolis Gleizos

La Grèce et la Troïka (UE, BCE, FMI) rappellent l’une des œuvres les plus connues de Marcel Duchamp, après son Urinoir : La mariée mise à nu par ses fiancés, même. On ne cesse de la dépouiller mais on ne veut pas s’en séparer, apparemment. Sinon comment expliquer que des solutions soient toujours trouvées au dernier moment, c’est-à-dire après des journées d’émeutes de plus en plus violentes et une situation de plus en plus incontrôlable sur le terrain ?

La mariée mise à nu par ses fiancés, même de Duchamp a suscité des interprétations multiples et a donné une des plus importantes littérature théorique qui soit sur une œuvre d’art, tant elle paraît mystérieuse, voire incompréhensible avec ses feuilles de plomb découpées en formes étranges et coincées entre deux panneaux de verre. Mais ces interprétations sont très bien résumées par Marcel Duchamp lui-même qui a parlé de l’illustration d’un « processus mental délirant et minutieux ».

Ces deux derniers adjectifs conviennent très bien au traitement imposé à la Grèce. En ce qui concerne le « minutieux », il y a déjà belle lurette que des fonctionnaires bruxellois tatillons vérifient l’emploi du moindre centime d’euro généreusement prêté à chaque ministère grec. Alors, quand on parle d’administrer directement la Grèce depuis Bruxelles, il n’y aura rien de très nouveau, sinon symboliquement.
Et on sait que les symboles font mal. Par exemple, en Grèce, Manolis Gleizos, 90 ans aux prunes, est un symbole. Cet ancien membre du parti communiste grec, une nuit de décembre 1941, en pleine occupation allemande, a retiré le drapeau à la croix gammée flottant sur l’Acropole pour le remplacer par le drapeau national. Depuis la crise, ce poète et écrivain est de tous les rassemblements sur la place Syntagma, devant le parlement. Et c’est lui qui vient de rappeler un fait historique gênant. Pendant l’Occupation, les nazis ont méthodiquement pillé la Grèce et notamment les réserves d’or de la banque nationale. Petit problème, contrairement à d’autre pays, la Grèce sera oubliée par l’accord de Londres en 1953 qui a fixé les réparations. L’air de rien, certains experts parlent, avec les intérêts, de 162 milliards d’euros, ce qui est à mettre en regard avec les 350 milliards d’euros de la dette grecque.

Toujours dans le minutieux, on rappellera qu’on en est au neuvième plan imposé au pays en moins de deux ans, en comptant celui qui va être discuté le lundi 20 février. Le neuvième, si, si… Et qui repose toujours sur la même logique. Se tailler des livres de chair sur un corps de plus en plus décharné en lui ordonnant dans le même temps de retrouver des forces, et plus vite que ça, pour rembourser les 350 milliards en question, somme que tout le monde sait tellement énorme et irremboursable.

Et là on atteint le « délirant ». La psychanalyse freudienne nous apprend en effet qu’on appelle joliment « névrose de destinée » le fait de répéter des scénarios malheureux tout en sachant qu’ils vous amènent à l’échec. Quand on demande neuf fois la même chose à la même personne en sachant que l’on ne peut pas obtenir satisfaction, on est effectivement dans la névrose qui se caractérise, parmi d’autres symptômes, par l’agressivité, l’hébétude ou encore la confusion mentale, ce qui semble tracer un portrait assez juste de la politique européenne à l’égard de la Grèce, mariée mise à nu, toujours plus à nu, par ses fiancés, même.

L’euthanasie selon Saint Hollande

59

 » Le suicide est un moyen d’indépendance et, à cet égard, tous les pouvoirs le haïssent « , disait Benjamin Constant. Aussi avais-je été agréablement surpris quand François Hollande, encouragé par Manuel Valls et Laurent Fabius, avait inscrit le droit à l’euthanasie dans les soixante engagements qu’il tiendrait s’il était élu.

À défaut de pouvoir aider les gens à vivre mieux, on peut toujours rendre leur mort moins cruelle s’ils en formulent l’intention. De Maupassant à Michel Foucault et Thomas Szasz, nombreux sont les médecins et les psychiatres, sans oublier les modestes citoyens, à avoir formulé cette requête. Elle a l’immense avantage de ne rien coûter et d’être immédiatement applicable. Elle consacre enfin l’idée que l’individu n’appartient ni à une Église, ni à un État, mais à lui-même et que, s’il le désire, il convient de lui faciliter les conditions de sa fin. C’est même à cela qu’on reconnaît un pays civilisé : le droit à l’avortement ou à un suicide assisté va de soi.

Nicolas Sarkozy dans la proclamation des valeurs de la France auxquelles il adhère, s’est prononcé contre l’euthanasie. Mais quelle valeur y a-t-il à prolonger la vie d’un citoyen qui, pour des raisons qui n’appartiennent qu’à lui, décide de s’y soustraire ?

J’étais donc résolu à voter pour François Hollande lorsque j’ai appris qu’il s’était livré à un exercice de rétropédalage dans Marianne.  » L’euthanasie, je n’y suis pas favorable « , a-t-il déclaré. Décidément, cet homme n’est pas très fiable : est-il gros ? Est-il mince ? Est-il pour les marchés financiers ? Est-il contre ? Pour la mort volontaire ou la vie à n’importe quel prix ? Je ne sais plus. Certes, il souhaite que chacun meure dans la dignité (qui ne le souhaiterait ?, ne serait-ce que pour ne pas embarrasser ses proches ou ses voisins …), mais cela n’est qu’un vœu pieux. Il refuse de céder aux lobbies de l’euthanasie et veut protéger la vie. Exactement comme Sarkozy. On concédera des soins palliatifs pour se donner bonne conscience, comme une aumône à un miséreux.

Pourrait-on leur conseiller à l’un comme à l’autre de prendre exemple (une fois n’est pas coutume) sur un canton suisse, le canton de Vaud en l’occurrence, où les citoyens décideront dans les urnes de l’aide au suicide dans les maisons de retraite comme dans les hôpitaux ? D’après tous les sondages, le suicide assisté devrait trouver asile en terre romande. Dans ce cas, comme l’annonce fièrement Le Temps, Vaud fera œuvre de pionnier en se dotant d’une réglementation en la matière. Les Français n’auraient-ils pas, eux aussi, le droit de se prononcer sur le sujet, puisque le seul candidat à avoir fait un pas dans cette direction, s’est aussitôt rétracté. Et pourtant, élu ou non, lui aussi mourra.

France-Allemagne : le laboratoire helvétique

3
Image : http://resistanceinventerre.files.wordpress.com

Allemagne, je dis ton nom. Dans son épître cathodique aux Français, le 29 janvier, ce nom, Nicolas Sarkozy l’a prononcé une vingtaine de fois. L’an prochain à Berlin ? Cette fascination pour le voisin allemand, qui tient de la génuflexion, semble entériner l’abdication béate du « modèle français » face à l’impériale réussite germanique. L’empire, Morphée des nations fatiguées, aura peut-être bientôt le visage de l’Europe fédérale. Or, toute structure fédérale est faite de majoritaires et de minoritaires, de vainqueurs et de vaincus. Les Suisses en savent quelque chose : chez eux, le fédéralisme est né, dans sa forme moderne, en 1848, au terme d’une guerre civile gagnée par les libéraux-radicaux, les progressistes de l’époque, contre les catholiques conservateurs (opposition qui ne recoupait pas les frontières linguistiques).

« Les sous-ensembles dans les grands ensembles s’assemblent, la Belle et le Bad boy. » Ainsi rappait MC Solaar. C’était bien vu. Telles sont la tendance et la logique aujourd’hui à l’œuvre entre Berlin et Paris. Il va presque de soi, dans le contexte économique, que l’Allemagne est la Belle et la France le Bad boy. Ce qui évoque furieusement le partage des rôles et la nature des relations entre ces deux sous-ensembles différents par la taille et par la puissance que sont la Suisse alémanique (germanophone) et la Suisse romande (francophone).

Forte de sa supériorité numérique, la partie alémanique a longtemps tenu son voisin romand pour un garnement sympathique, quoique fêtard et dépensier. Et cette inclination n’a pas tout à fait disparu. En grande sœur convaincue de savoir mieux que son cadet, elle le traitait comme on traite un enfant – conjuguant amour et sévérité. Elle lui a appris la vie, et avant toute chose qu’un centime est un centime.[access capability= »lire_inedits »]

Les Suisses allemands, comme on les appelle communément, ont donc usé de leur statut de majoritaires pour faire entendre raison aux « Welsches », terme qui désigne les Suisses romands dans le jargon populaire alémanique[1. L’expression « Suisses allemands » a, en français, une touche dépréciative. Il est plus correct de dire « Suisses alémaniques » (du nom d’une ancienne tribu germanique, les Alamans), ces derniers tenant en toute circonstance à se démarquer de l’Allemagne. Le mot « Welsche », référence à l’époque romane, est empreint de condescendance à l’égard des Suisses romands.]. Il y eut des révoltes et des frondes, canalisées par le processus référendaire. Elles se soldèrent, pour les francophones, par autant de défaites. Il leur fallut des décennies pour imposer l’idée d’un congé-maternité et la loi afférente, entrée en vigueur en 2005 − la grossesse relevait jusque-là de la seule assurance-maladie.
Dans les années 1970, 1980 et 1990, on eut parfois l’impression que les deux communautés étaient séparées par une frontière infranchissable, bien que dotée d’un nom chatoyant : le röstigraben ou « barrière du rösti », doit son nom à une galette de pommes de terre qui est une insulte à la diététique, les Alémaniques étant très « patates » et les Romands très « vin blanc ».

Et puis tout s’est apaisé. Que s’est-il passé ? L’Europe ! L’Europe politique et monétaire a réconcilié les Suisses. Contre elle. Au début, les Romands étaient, contre l’avis de la majorité alémanique, de farouches défenseurs de l’intégration par étapes de la Suisse à l’Union européenne. Non seulement ils ont échoué à convaincre leurs concitoyens germanophones mais ils ont, de surcroît, fini par se rallier à leur volonté. Autant dire qu’ils se sont soumis. C’est qu’ils ont réalisé − ou en tout cas, c’est ce qu’ils se sont dit − que l’entrée de leur pays dans l’Union sonnerait la fin de la démocratie directe et du secret bancaire − cette laïcité d’argent qui fonde, en partie, l’identité suisse.

Et peu à peu, l’impossible est arrivé : dans cette construction fédérale compartimentée, on a vu émerger un véritable sentiment national. Les Suisses sont devenus plus suisses. L’un des symptômes de cette évolution est la progression, y compris en Romandie, de l’Union démocratique du centre (UDC), dont le leader, Christoph Blocher, est cité en exemple par Marine Le Pen. Les élections parlementaires de 2011 ont mis un terme à l’avancée de ce parti de droite. Ce ne sont pas ses accents xénophobes ni ses affiches islamo-incompatibles que les électeurs romands ont sanctionné, mais plutôt ses manquements répétés aux règles de la collégialité gouvernementale. Horrifiés par le désolant spectacle qui se joue sur la scène européenne, les Suisses sont de moins en moins décidés à brader ce qu’ils considèrent comme relevant de leur souveraineté.

Pourtant, les rapports orageux entre la majorité et la minorité auraient pu dégénérer en drame si le système politique suisse n’accordait pas des droits spécifiques aux minorités. Or, si la Suisse n’est pas tout à fait une nation, on conviendra que l’Europe des 27 est plus éloignée encore de la Terre promise.
Français et Allemands devraient donc méditer l’exemple helvétique pour définir les modalités des relations entre « groupes » dans un ensemble fédéral démocratique. Pour éviter que ces relations soient régies par les seuls rapports de force, il faut que des dispositions constitutionnelles protègent les « petits » des appétits des « gros ».

Rappelons, en attendant, que l’équipage helvétique a su resserrer ses liens face au grand requin blanc bruxellois. Qu’ils soient souverainistes ou fédéralistes, les Européens pourraient faire front commun pour combattre le dragon chinois. Après tout, les mauvaises conjonctures peuvent faire de bonnes alliances. Ainsi va, dans l’Europe fédérale naissante, le bismarcko-bonapartisme.[/access]

Acheter ce numéro  /  Souscrire à l’offre Découverte (ce n° + les 2 suivants)  /  S’abonner à Causeur