» Le suicide est un moyen d’indépendance et, à cet égard, tous les pouvoirs le haïssent « , disait Benjamin Constant. Aussi avais-je été agréablement surpris quand François Hollande, encouragé par Manuel Valls et Laurent Fabius, avait inscrit le droit à l’euthanasie dans les soixante engagements qu’il tiendrait s’il était élu.

À défaut de pouvoir aider les gens à vivre mieux, on peut toujours rendre leur mort moins cruelle s’ils en formulent l’intention. De Maupassant à Michel Foucault et Thomas Szasz, nombreux sont les médecins et les psychiatres, sans oublier les modestes citoyens, à avoir formulé cette requête. Elle a l’immense avantage de ne rien coûter et d’être immédiatement applicable. Elle consacre enfin l’idée que l’individu n’appartient ni à une Église, ni à un État, mais à lui-même et que, s’il le désire, il convient de lui faciliter les conditions de sa fin. C’est même à cela qu’on reconnaît un pays civilisé : le droit à l’avortement ou à un suicide assisté va de soi.

Nicolas Sarkozy dans la proclamation des valeurs de la France auxquelles il adhère, s’est prononcé contre l’euthanasie. Mais quelle valeur y a-t-il à prolonger la vie d’un citoyen qui, pour des raisons qui n’appartiennent qu’à lui, décide de s’y soustraire ?

J’étais donc résolu à voter pour François Hollande lorsque j’ai appris qu’il s’était livré à un exercice de rétropédalage dans Marianne.  » L’euthanasie, je n’y suis pas favorable « , a-t-il déclaré. Décidément, cet homme n’est pas très fiable : est-il gros ? Est-il mince ? Est-il pour les marchés financiers ? Est-il contre ? Pour la mort volontaire ou la vie à n’importe quel prix ? Je ne sais plus. Certes, il souhaite que chacun meure dans la dignité (qui ne le souhaiterait ?, ne serait-ce que pour ne pas embarrasser ses proches ou ses voisins …), mais cela n’est qu’un vœu pieux. Il refuse de céder aux lobbies de l’euthanasie et veut protéger la vie. Exactement comme Sarkozy. On concédera des soins palliatifs pour se donner bonne conscience, comme une aumône à un miséreux.

Pourrait-on leur conseiller à l’un comme à l’autre de prendre exemple (une fois n’est pas coutume) sur un canton suisse, le canton de Vaud en l’occurrence, où les citoyens décideront dans les urnes de l’aide au suicide dans les maisons de retraite comme dans les hôpitaux ? D’après tous les sondages, le suicide assisté devrait trouver asile en terre romande. Dans ce cas, comme l’annonce fièrement Le Temps, Vaud fera œuvre de pionnier en se dotant d’une réglementation en la matière. Les Français n’auraient-ils pas, eux aussi, le droit de se prononcer sur le sujet, puisque le seul candidat à avoir fait un pas dans cette direction, s’est aussitôt rétracté. Et pourtant, élu ou non, lui aussi mourra.

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