Photo : johninnit

Depuis une quinzaine d’années, de nombreuses enquêtes de presse et des rapports officiels plus ou moins passés sous silence corroborent un certain sentiment d’opacité dans le financement de la vie syndicale française. Face à ce marronnier politico-médiatique, les hommes politiques adoptent le même credo que vis-à-vis des intermittents du spectacle : y penser toujours, n’en parler jamais. Pourtant, nos responsables politiques pourraient décider de rendre plus transparent le dispositif de financement des syndicats comme ils l’ont déjà fait pour les partis politiques. Mais si l’on remettait en cause leurs avantages corporatistes, les syndicats pourraient déclarer la guerre à l’autorité politique en place, leur capacité de nuisance restant très efficace. L’équilibre de la terreur fait ainsi son effet : les militaires appellent ça la « destruction mutuelle assurée ». D’autres parleraient de scandale.

Le très polémique rapport Perruchot vient de sortir clandestinement alors que tout avait été fait pour interdire sa diffusion. A moins d’une surprise, on ne devrait pas trop en parler, à peine assez pour ne pas pouvoir dire que le sujet n’a pas été traité. Souvenez-vous : il y a quelques mois, plusieurs témoignages avaient dénoncé ce qu’on appellera poliment des  » anomalies  » dans la gestion des syndicats portuaires français, alors en grève depuis plusieurs mois. Depuis, plus de nouvelles. Et surtout pas de réforme. L’immobilisme est en marche, pour reprendre le bon mot d’André Santini.

Aux dernières nouvelles, c’est Ségolène Royal, Présidente de la région Poitou-Charentes, qui vient de s’attirer des critiques jusque dans sa propre majorité. Le 13 février dernier, elle a en effet fait voter une subvention régionale de 400 000 euros aux syndicats. L’opposition s’en est étonnée. On ne sait pas comment l’argent a été réparti entre les syndicats. Chaque somme versée correspond à un projet plus ou moins justifié, couvrant probablement des frais de fonctionnement au lieu de développer de vrais projets d’intérêts régionaux. Aucun contrôle a posteriori de l’utilisation de cet argent ne sera effectué, contrairement à ce qui se passe lorsque la région subventionne une entreprise.
Gênée par les objections de certains membres de sa majorité régionale, Ségolène Royal s’est mue en présidente autoritaire. Elle est allée jusqu’à couper le micro de Philippe Rabit, conseiller régional UMP, au prétexte que ses propos étaient infondés et qu’il était un « gros macho mal élevé ». Depuis, l’élu se réserve le droit de porter plainte.

Il n’y a pas si longtemps, en 2009, le conseil régional du Nord-Pas-de-Calais avait lui aussi versé 850 000 euros aux syndicats de salariés, malgré la colère de certains élus. Déjà, à l’époque, des conventions cadraient très clairement le périmètre des subventions : « la participation régionale s’entend dans le cadre de l’intérêt du développement économique et social régional à l’exclusion de tous motifs ou buts d’ordre politique ou de participation aux conflits de travail au profit de l’une ou l’autre partie ». Comme si les syndicats n’avaient aucun rôle politique ou n’étaient pas concernés par les conflits de travail…

Avec tous ces précédents, il est permis de penser que 2012 sera une année agréable pour les grandes centrales syndicales, le cours de la paix sociale restant très haut sur les marchés politiques. Il en coûte déjà 4 milliards d’euros par an à la France alors que seuls 7,5%[1. Ce chiffre inclut près de 200 000 retraités, ex-salariés, ainsi que les militants fictifs que les syndicats déclarent « sur l’honneur » pour grossir leurs rangs.] des salariés sont syndiqués. Un petit calcul trivial révèle qu’un salarié syndiqué paie environ 70 euros par an quand l’Etat subventionne son militantisme individuel à hauteur de 4000 euros annuels !

François Hollande a pris conscience de ces problèmes. Il a donc invité tous les leaders syndicaux à l’inauguration de son QG de campagne et affirmé publiquement qu’il constitutionnaliserait leurs statuts, leur indépendance et le fourre-tout du dialogue social, bien connu pour son efficacité. Après tout, pourquoi changer une équipe qui perd ? Hollande l’a dit lui-même un jour : « c’est en tranchant qu’on finit par se couper »…

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