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Punkachien not dead : Le Grand Soir, c’est maintenant

Jean-Pierre et Benoît sont deux frères que tout sépare. L’un, interprété par Albert Dupontel, incarne l’idéal-type du cadre quadra stressé et dynamique, vendeur de literie obsédé par la norme, la sécurité et l’insertion dans la société de consommation. L’autre, campé par un Benoît Poelvoorde que l’on n’avait pas vu aussi convaincant depuis le sanglant C’est arrivé près de chez vous, se targue d’être « le plus vieux punkachien d’Europe », rebaptisé « Not » depuis qu’il s’est trouvé une vocation de marginal à crête. Tous deux se retrouvent régulièrement à dîner chez leurs parents, gérants du restaurant d’autoroute La Pataterie, dans le décor glauque d’une salle à manger pour routiers de passage.

Un jour, le patron de Jean-Pierre lui annonce qu’il est en retard. En retard sur ses chiffres de vente. Suit un furieux contre-la-montre qui conduira le frère du punk aux frontières de l’hystérie, dans un pétage de plombs qui achèvera de consommer son divorce et consumera tous les espoirs qu’il plaçait dans le doux train-train d’une vie salariée. Licencié, Jean-Pierre va découvrir la liberté et emprunter les chemins sinueux de la marge, avec la complicité active de « Not », ravi de rebaptiser son frérot « Dead » après le passage rituel par le rasoir électrique et la scarification frontale. Tout au long de leurs pérégrinations péri-urbaines, les époustouflants Poelvoorde et Dupontel crèvent l’écran dans un numéro de duettistes transfigurés par la recherche d’un contre-monde.

Le changement, le vrai, devra se situer ici et maintenant. Hier aveugle mouton de Panurge d’un système de surveillance généralisée, « Dead » réalisera sa destinée de punkachien. Dans la zone commerciale qui sert de huis-clos au film, Not et Dead feront bien évidemment la manche pour survivre mais voudront surtout accomplir le dessein naguère si bien célébré par Trust : « donner des yeux à la justice ». Armés de leur poésie du coin de la rue, ils se lancent dans un road-trip de bac à sable, où il s’agit moins d’ « écraser les gens » que de réveiller des zombies abrutis par l’inconfort petit-bourgeois. A travers leur irrépressible quête de liberté, nos deux compères renoueront avec leurs liens filiaux, poursuivant le destin hier tracé par leur mère délurée, rôle qui va comme un gant à la fantasque Brigitte Fontaine, et poussant malgré eux leur père au sursaut.

Dans la lignée du meilleur Groland[1. Pour ceux qui l’ignorent encore, cette bande de joyeux drilles à l’humour ultra-noir sévit le samedi soir en clair sur Canal +.], Benoît Delépine (alias Michael Kael dans la présipauté) et Gustave Kervern nous livrent un film complètement foutraque, assaisonné de morceaux des Wampas, et jalonné de clins d’œil malicieux à leur œuvre déjà fournie : le truculent Depardieu de Mammouth lit l’avenir dans un verre à saké plein d’eau-de-vie, le Bouli Lanners de Louise Michel joue un vigile bienveillant… La petite minorité d’inconditionnels de Groland n’ayant jamais séjourné en hôpital psychiatrique se souviendra avec jubilation des courts métrages que ce même tandem de réalisateurs signait au début des années 2000. Ces Don Quichotte et Sancho Pança repeints en pieds nickelés de l’anticapitalisme y filmaient déjà leurs aventures drolatiques dans des saynètes qui tenaient moins de l’apologue moralisateur que de la pasquinade de rebelles en peau de lapin.

Ne vous fiez surtout pas au titre (trompeur) du film : malgré une référence appuyée à L’insurrection qui vient, Dupontel et Poelvoorde attendent moins Le Grand Soir que la réaction générale, la rébellion des masses d’individus qui n’en peuvent plus de jongler d’un télécran l’autre, des caméras de surveillance à leurs infâmes tablettes téléphoniques. Pour être punks, ces deux larrons n’en sont pas moins « décents » : leur hymne à l’inadaptation et au non-travail ne s’entache d’aucune violence, nier et combattre la propriété en SDF se résume à pouvoir marcher où l’on veut, sans autre forme de respect pour les banques qui vous achètent à coups de PEL.

Loin des films de propagande pseudo marxiste compassée, Le Grand Soir ne se repaît pas de la misère des petites gens. L’air de rien, Delépine et Kerven ont confectionné un petit bijou de satire sociale, une ode anar au lumpen-prolétariat, ce vestige de l’ancienne société qui ne s’est toujours pas adapté aux mutations de l’économie et ne se résout parfois pas à servir de Cerbère à l’ordre marchand. Par petites touches pointillistes, les auteurs grolandais ont su distiller leur regard acerbe sur le petit peuple de l’autoroute, ces petits managers en costumes serrés et ces petits syndicalistes sclérosés dans leurs revendications purement matérielles. Si les lecteurs de Naomi Klein sauront apprécier la revigorante chute finale, les spectateurs en mal de féérie ordinaire n’en seront pas moins repus.

La Palestine, tu l’aimes ou tu la quittes !

Les journalistes arabes travaillant en Palestine sont harcelés depuis février, à moins qu’ils acceptent de s’en tenir au mot d’ordre officiel : les seules critiques permises sont celles contre Israël.

Dans les territoires contrôlés par l’Autorité palestinienne, campagnes d’intimidation, pressions, menaces et boycotts (fermetures de sites d’info web palestiniens critiquant les leaders de l’AP ou dénonçant des faits de corruption) ont repris après une accalmie de deux semaines suite aux déclarations et promesses de Mahmoud Abbas.

Un journaliste arabe israélien indique que « les Services de renseignement et de sécurité préventive palestiniens (le) suivent sur Twitter et Facebook ». Humour involontaire d’espions qui déclinent leur identité, ou causticité de notre confrère, le résultat est là : au moins neuf journalistes et blogueurs ont été interrogés et/ou arrêtés et cinq d’entre eux seraient encore détenus pour avoir critiqué le leadership palestinien dans des articles publiés sur Facebook, quand ce n’est pas pour avoir reçu un commentaire jugé répréhensible sur leur mur.

Mais comme le préconise finement un diplomate occidental en poste à Ramallah : « Les journalistes ne devraient pas critiquer le leadership palestinien, et sûrement pas en public, parce que les Israéliens pourraient s’en servir contre les Palestiniens ». Vive le journalisme préventif, qu’apprécie aussi cet officier du renseignement palestinien : « Les journalistes ne devraient parler que de l’occupation. Si vous insultez notre président, ne venez pas en Palestine ».

Comment j’ai été exclu du PS par Christophe Borgel

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David Desgouilles. Vous avez reçu une lettre vous signifiant que vous étiez exclu du Parti Socialiste après avoir accepté d’être suppléant du candidat MRC (chevènementiste) Arnaud Deborne alors que votre parti a investi une candidate. Normal, non ?

Jean-Philippe Huelin. Oui, cela redevient normal au sens du respect des statuts mais rien ne l’a été depuis bien longtemps dans cette fédération. Je ne crie pas au scandale, je savais ce que je faisais mais je note simplement que le PS applique ses statuts à géométrie variable.

DD. Nous avons déjà parlé dans ces colonnes de la personnalité du nouveau président du Conseil Général et de l’histoire incroyable du maintien des candidates socialistes, notamment dans la circonscription de Lons-le-Saunier qui nous occupe, candidatures qui ont toutes les chances d’être invalidées en cas d’élection. Mais généralement, les partis ne plaisantent pas avec les candidatures dissidentes. Le Jura ne déroge quand même pas à la règle ?

J-PH. Ma dissidence -qui n’est qu’une suppléance- aurait dû éveiller les esprits de mes camarades puisque je ne me serais pas présenté sans cette affaire qui va à l’encontre de la « République exemplaire » voulue par notre nouveau président. Le PS national fait l’autruche car au fond, il ne considère pas cette circonscription comme gagnable sinon il n’aurait pas donné son quitus à deux candidates invalidables (j’adjoins ici Sylvie Laroche dans la 3e circonscription qui encourt le même risque). Au-delà des statuts, il y a des principes et des valeurs mais beaucoup au PS, ici comme ailleurs, semblent ne plus s’en soucier. Que ce soit Christophe Borgel qui me signifie mon exclusion est pour moi le signe d’une défaillance profonde du PS.

DD. Vous avez co-écrit des ouvrages avec Gaël Brustier sur le rapport de la gauche au peuple[1. Recherche le Peuple désespérément, Bourin Editeur.] ou sur la droitisation des sociétés européennes[2. Voyage au bout de la droite, Mille et une nuits.]. Vous avez aussi travaillé sur la notion de bouclier rural. Au-delà de votre mésaventure, pensez-vous que vos analyses ont été prises en compte par le PS, le Président Hollande et le gouvernement de Jean-Marc Ayrault ?

J-PH. Les livres ont été lus par certains dirigeants du PS, pas par tous, loin de là. Le bouclier rural est pour l’instant le parent pauvre puisqu’il n’y a même pas un ministère délégué à la ruralité au gouvernement et que je compte peu sur Cécile Duflot pour faire reculer cette inégalité territoriale-là.
Mais au-delà de mes propres productions, ce qui m’afflige dans ce PS c’est son incapacité à réfléchir collectivement. Quand mon ami Laurent Bouvet parle des deux corps du PS, force est de constater que le corps-élection a absorbé le corps-doctrine. Le PS est devenu localement une agence de placement pour aspirants élus qui n’ont jamais pris le temps de réfléchir à ce que pouvait être le socialisme.
Quand on écrit, quand on lit, on se fait donner une leçon de discipline par des fripouilles ou de jeunes ambitieux qui n’ont pas le bac ! Plus le PS se social-libéralise idéologiquement, plus il se stalinise dans son organisation.
Cette exclusion ne change rien pour moi. Dans la 1ère circonscription du Jura, la candidature d’Arnaud Deborne est la plus intéressante et la plus porteuse d’avenir pour le Jura et pour l’actuelle majorité présidentielle. Nationalement, je retrouve une liberté de critique qui me convient sans doute mieux. Le Président Hollande et son gouvernement ont davantage besoin de vigies scrupuleuses que de béni-oui-oui arrivistes.
 
*Photo : Sara∞

Quelle sera la place de Hollande dans le monde ?

La semaine dernière, sur le plateau du vingt heures de France 2, surfant sur l’émotion suscitée par le massacre de Houla en Syrie, François Hollande affirmait, non sans une certaine légèreté, qu’une intervention militaire en Syrie n’était « pas exclue à condition qu’elle se fasse dans le respect du droit international, c’est-à-dire par une délibération du Conseil de sécurité » de l’ONU. Il ajoutait qu’il lui revenait « de convaincre Russes et Chinois ». Vendredi, le Président de la République recevait Vladimir Poutine et nous allions donc voir ce que nous allions voir. Finalement, François Hollande n’a évidemment pas réussi à convaincre le président russe du bien-fondé d’une intervention en Syrie. On sentait Vladimir Poutine remonté, se souvenant sans doute des déclarations de Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole de François Hollande pendant la campagne présidentielle et aujourd’hui ministre, qui avait comparé en février dernier Nicolas Sarkozy à un « mélange de Silvio Berlusconi et de Vladimir Poutine, avec le vide idéologique de l’un et la brutalité des méthodes de l’autre ». Aussi Poutine s’est-il montré particulièrement cassant : « Regardez, l’Irak, la Libye, est-ce que c’est le bonheur, est-ce que ces pays sont en sécurité aujourd’hui ? Nous savions tous que Kadhafi était un tyran. Mais pourquoi n’écrivez-vous pas ce qui s’est passé après sa chute, à Syrte notamment ? ». Hollande a accusé le coup et s’est contenté de conclure avec l’une de ces formules creuses dont il a le secret : pour lui, il n’y aurait « pas de solution possible sans le départ d’Assad ». Imagine-t-on Roosevelt, en 1941, expliquer qu’il n’y a « pas de solution possible en Allemagne sans le départ d’Adolf Hitler » ? N’est-il parfois pas préférable de se taire ?

Et si Sarkozy s’était ainsi fait rembarrer par Poutine, que n’aurait-on entendu ! Mais les médias français, qui nous ont vendu le candidat Hollande, assurent désormais le service après-vente et, toujours à la limite de l’extase, ils n’ont rien trouvé à redire. Il nous restait donc à chercher des analyses crédibles dans la presse étrangère. Et là, surprise : c’est comme si Vladimir Poutine n’était jamais venu à Paris. On découvre à quel point les grands journaux européens ont tourné la page de la présidence Sarkozy : ils ne parlent plus de la France, dont la position était hier encore incontournable sur les questions européennes et internationales. Ainsi, le quotidien espagnol El País, un journal de gauche qui a toujours loué le volontarisme de Nicolas Sarkozy, n’a évoqué que la rencontre entre Vladimir Poutine et Angela Merkel. Dans The Guardian de vendredi dernier, on passait également la rencontre de Paris sous silence en préférant insister sur la position de la Russie et de la Chine vis-à-vis du régime de Bachar Al-Assad. Il semble loin le temps où tous les regards étaient braqués sur la France, quand Nicolas Sarkozy intervenait avec succès pour arrêter la riposte russe à une offensive géorgienne en Ossétie du Nord. De la libération des infirmières bulgares à la reconnaissance du Conseil National de Transition en Libye, Nicolas Sarkozy avait su renforcer l’influence de la France dans le monde, montrant ainsi qu’il possédait l’envergure et les qualités d’un chef d’État.

En quelques semaines, les médias étrangers ont compris que la politique extérieure de François Hollande n’était que gesticulation tournée vers la politique intérieure. D’abord, lors du G8, à Camp David, François Hollande n’a cessé d’invoquer la croissance comme si les autres chefs d’État n’y avaient jamais pensé auparavant. À l’issue du G8, François Hollande s’est même vanté d’avoir imposé la question de la croissance au coeur des discussions. En réalité, Barack Obama et Angela Merkel l’ont remis à sa place en lui rappelant que la recherche de la croissance passait nécessairement par la lutte contre les déficits. Ensuite, lors du sommet de l’OTAN, en annonçant le retrait des troupes françaises d’Afghanistan dès la fin de l’année 2012, il a nui à la crédibilité de la France. D’autant plus qu’il a finalement reculé : 1400 soldats français resteront en Afghanistan au-delà de 2012, pour assurer le rapatriement du matériel et poursuivre la formation de l’armée et de la police afghanes. Enfin, comme Pierre Lellouche l’expliquait dans une tribune parue dans le Journal Du Dimanche, l’évocation d’une intervention militaire en Syrie, fort imprudente, peut embarrasser les alliés de la France qui craignent un conflit multiconfessionnel à Damas.

On savait que François Hollande méconnaissait totalement les dossiers internationaux. Aujourd’hui, en pleine campagne législative, il essaie de jouer les gros bras sur la scène internationale pour impressionner l’électorat de gauche. Mais ses gesticulations sont vaines. Du coup, la voix de la France perd de son crédit. François Hollande pourra répéter à cor et à cri, comme pour s’en convaincre, que « la France est un grand pays », il semble s’en apercevoir un peu tard.

SNCF, la troisième classe est de retour

Confrontée depuis un certain temps déjà à une logique purement financière qui n’a plus grand chose à voir avec ses missions de service public (n’oublions pas que nous ne sommes plus des usagers mais des clients), la SNCF a décidé, comme un bon nombre de compagnies aériennes avec des sous-marques où le pilote fait le ménage en cabine entre deux vols, d’ouvrir des TGV low-cost à classe unique. C’est-à-dire quelque chose qui va osciller entre la bétaillère roulant à 300 kilomètres heures et le retour à la troisième classe disparue en 1956.

Pour commencer, il faudra se présenter 45 minutes avant le départ et avec un bagage unique, sinon il faudra payer un supplément. Quant à la restauration à bord, elle aura purement et simplement disparu. Mais qu’importe puisque les voitures auront toujours pour designer Christian Lacroix.

Bref, assez cyniquement, la SNCF qui pratique des prix de plus en plus prohibitifs alors qu’elle est bénéficiaire (230 millions d’euros seront redistribués à l’Etat en 2012) a décidé d’accroître encore sa marge en inventant les TGV spécialement prévus pour les pauvres et les pouilleux. Ce qui lui permettra aussi de conquérir de nouvelles parts de marché quand elle va s’ouvrir à la merveilleuse concurrence étrangère, libre et non faussée imposée par Bruxelles.

SNCF, à nous de vous faire préférer une bonne renationalisation.

Législatives : les cocotiers du Mont-Blanc

Le cocotier (Cocos nucifera) n’est pas une espèce d’arbre répandue en Haute-Savoie. Quelques palmiers, importés à grand frais, tentent de survivre aux rigueurs de l’hiver dans les résidences luxueuses de rentiers du pétrole des rives du lac d’Annecy, et c’est à peu près tout ce qu’on peut trouver par ici dans le genre. En revanche, le cocotier métaphorique (Cocos metaphorica) − celui que l’on secoue après avoir incité un vieillard improductif à y grimper − fait l’objet actuellement d’un engouement exceptionnel dans le petit monde politique s’activant entre Mont-Blanc et Léman. L’élection de François Hollande à l’Élysée sera ainsi l’occasion d’un petit jeu passablement cruel qui verra s’affronter les vieux caciques et les jeunes loups affamés.[access capability= »lire_inedits »]

Ici, l’élection présidentielle est loin d’être le scrutin majeur. La Haute-Savoie a été, est et restera majoritairement à droite, disputant au Bas-Rhin et aux Hauts-de-Seine la première marche sur le podium des départements ayant accordé le plus grand nombre de suffrages à Nicolas Sarkozy. Normalement, si l’on regarde les chiffres du premier tour, les six députés appelés à faire entendre la voix des alpages au Palais-Bourbon devraient être issus de l’UMP, pour autant que cette formation politique survive jusqu’aux élections législatives des 10 et 17 juin. De doctes mémoires de sciences politiques ont été écrits pour expliquer cet ancrage droitier du département : terre de Contre-Réforme, le poids du clergé y fut longtemps prédominant, tandis que les radicaux de la IIIe République, qui taillaient des croupières aux cléricaux entre les deux guerres, se sont déconsidérés pour cause de compromission des notables de ce parti avec le régime de Vichy.
La gauche, depuis l’avènement de la Ve République, n’a jamais dépassé le seuil de 35% des voix lors des scrutins nationaux, et ne constitue donc pas, en principe, un danger pour les sièges de députés ou de sénateurs dévolus au département.

Jusqu’au 6 mai, le patron incontesté de la droite départementale s’appelait Bernard Accoyer, 67 ans, vieux grognard du gaullisme, puis du chiraquisme, qui a trouvé dans sa giberne son bâton de maréchal : la présidence de l’Assemblée nationale. Une présidence qu’il exerça à la savoyarde : sans éclat ni paillettes, mais avec une efficacité reconnue sur tous les bancs, qui a maintenu un fonctionnement acceptable de l’institution parlementaire face à un exécutif qui lui en faisait voir de dures. Bernard Accoyer est peut-être le dernier homme politique de premier plan à pouvoir se targuer de n’être pas un professionnel de la profession. Entré tard en politique, à 44 ans, il a poursuivi très longtemps ses activités de chirurgien ORL avant de se consacrer exclusivement à ses mandats de maire d’Annecy-le-Vieux et de député de la 1ère circonscription de la Haute-Savoie. Il avait établi son hégémonie, au début des années 1990, en s’imposant face au centriste Bernard Bosson, maire d’Annecy, plusieurs fois ministre, mais victime de la lente érosion de l’influence démocrate-chrétienne dans le département. Il bénéficie du soutien d’une cohorte imposante de notables de sa génération, députés, sénateurs, maires de villes moyennes, conseillers généraux inamovibles.

Cependant, depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, on a pu observer que deux députés UMP, Lionel Tardy (45 ans) et Martial Saddier (42 ans) ne se contentaient pas de prospérer à l’ombre du parrain Accoyer. Le premier, tombeur de Bernard Bosson lors des législatives de 2007, mais ne disposant d’aucun mandat local, ne conteste pas frontalement l’autorité du président de l’Assemblée nationale. Mais il s’est rapidement acquis une notoriété au-delà du département comme twitteur compulsif (il fut le premier à twitter en direct des commissions parlementaires à huis clos) et comme l’un des rares élus de droite à s’opposer à la loi Hadopi. Ce « geek » annécien se verrait bien ministre des nouvelles technologies lorsque le sort des urnes redeviendra favorable à la droite à l’échelle nationale.

En revanche, Martial Saddier, député-maire de Bonneville, ne cache pas son ambition de devenir calife à la place du calife. Il ne manque pas une occasion de marquer publiquement sa différence avec Bernard Accoyer. Il se permit même, à l’issue des élections régionales de 2009, dont le résultat fut assez piteux pour la droite départementale, de faire porter la responsabilité de cet échec à ce dernier, en des termes à peine polis. On ne peut pas dire que la défaite de Nicolas Sarkozy chagrine Saddier outre mesure : elle ne met aucunement en danger sa réélection à l’Assemblée, car même un âne pourvu d’une étiquette de droite serait élu dans sa circonscription. Cette défaite présente pour lui l’avantage de ramener Bernard Accoyer à la base. Au cas, fort probable, où une victoire électorale de la gauche viendrait confirmer le résultat de la présidentielle, ce dernier redescendrait de son perchoir pour regagner les bancs moins moelleux des députés de l’opposition. Depuis plusieurs années, avec l’obstination de l’ambitieux dont le principal talent consiste à tisser des réseaux d’influence, Saddier s’attache à miner l’autorité du « parrain », sachant que le temps, son meilleur allié, travaille pour lui. Il n’a pas digéré l’humiliation que lui a fait subir Accoyer en faisant sauter un préfet qui s’était montré un peu trop favorable à son projet d’extension de sa communauté de communes à des municipalités (dont la mienne) qui ne le souhaitaient nullement. Martial Saddier est tout à fait représentatif de cette nouvelle génération de notables locaux de droite dont la progression vers les sommets du pouvoir n’est pas ralentie par un bagage idéologique trop lourd. Leurs références aux grands ancêtres relèvent plus du rituel obligé pour faire voter les vieux que d’une solide culture historique et politique. Auraient-ils vu le jour dans un terroir fermement ancré à gauche qu’ils n’auraient sans doute pas hésité à tracer leur route dans la jungle du PS[1. On n’aura aucun mal à trouver, dans les bastions socialistes, des ambitieux de la même farine.]. Et ils n’ont pas besoin de loucher du côté du FN, qui réalise pourtant des scores supérieurs à la moyenne nationale dans la vallée industrielle de l’Arve, pour conserver leurs mandats.

Mais si leur maintien en place dépendait d’un accord avec les amis de Marine Le Pen, ils n’auraient aucun état d’âme : leurs aînés leur ont montré la voie en 1999, en soutenant Charles Millon, qui conquit la présidence de la région Rhône-Alpes grâce au soutien des lepénistes. C’est dans ce contexte que l’on a vu surgir des candidats UMP dissidents dans trois des six circonscriptions de la Haute-Savoie. Dans deux d’entre elles, Thonon et Annemasse, ils visent directement les amis de Bernard Accoyer, le député sortant Marc Francina, maire d’Évian, dans la première, et une nouvelle candidate, Virginie Müller, à Annemasse, désignée par le parti par succéder à Claude Birraux (huit mandats au compteur), dont elle fut l’attachée parlementaire. Quant à la 6e circonscription, celle du Mont-Blanc, nouvellement créée, c’est la foire d’empoigne générale. L’UMP nationale a investi Sophie Dion, conseillère de Nicolas Sarkozy pour les sports, pour représenter ce terroir qui va de Chamonix au bassin clusien. Ce parachutage a fortement déplu aux notables locaux qui se bousculent pour avoir l’honneur et le privilège de faire mordre la poussière à l’arrogante parisienne, pourtant native de Morzine. Par ordre d’entrée en scène, on a vu arriver dans l’arène Jean-Marc Peillex, maire et conseiller général de Saint-Gervais, doté de l’étiquette radicale tendance Borloo, Philippe Deparis, animateur de l’émission culte « La Place du village » sur la chaîne régionale TV8 Mont-Blanc, connu dans le coin comme le loup de la même couleur, qui se déclare démocrate-chrétien, le jeune maire de Marnaz Loïc Hervé, encarté au Nouveau Centre, qui ne céderait sa place sous aucun prétexte. Enfin, le conseiller général, maire de Sallanches (deuxième ville de la circonscription), Georges Morand, proche de l’UMP, s’est dit que, ma foi, il n’avait aucune raison de ne pas y aller, d’autant plus que son ami Martial Saddier a aimablement autorisé son attachée parlementaire à lui servir de suppléante. Si ce casting demeure en l’état après le 16 mai, date limite de dépôt des candidatures, la situation peut devenir cocasse. Privée de son protecteur élyséen, Sophie Dion aura bien du mal à faire rentrer dans le rang ceux qui estiment avoir beaucoup à gagner et peu à perdre en cas d’échec. Cette dispersion aurait alors pour conséquence de provoquer, au deuxième tour, un duel entre la radicale de gauche Marie-France Marcos et le FN Dominique Martin, responsable national aux élections auprès de Marine Le Pen. Les appels pathétiques réitérés à l’union de la droite pour les législatives de juin, lancés par les dirigeants de l’UMP dès dimanche 6 mai au soir, n’étaient donc pas de la rhétorique convenue : quand le prof a quitté la chaire, le souk se déchaîne dans la classe. Et pas seulement en Haute-Savoie.[/access]

Plus vite, chauffeur ! Les excès de Hollande

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De même que j’avais été hérissé par l’antisarkozysme primaire de rigueur chez les bonnes âmes sous le quinquennat précédent, je suis passablement agacé par le monceau de bêtises déversées sur le nouveau locataire de l’Elysée.

Une différence, toutefois : si j’ai combattu l’antisarkozyme gogoloïde, je n’ai jamais trouvé l’Ex plus défendable pour cela. Banale question de mauvais feeling en dernier ressort. Un jugement qu’on pourra trouver injuste, but who cares? Je ne demande à personne de le partager et je cherche encore moins à convaincre de la justesse de mes propos des gens que je ne connais pas : je ne suis pas candidat aux prochaines législatives, Dieu merci.

Tout ça pour dire que plus je lis des méchancetés sur lui, plus je trouve Hollande sympathique. Depuis le 6 mai, on a eu droit, de mémoire, aux gesticulations sur le provincialisme du discours de Tulle, sur la ringarditude de l’accordéon, sur la floraison de drapeaux allogènes à la Bastille (qui m’a peiné aussi, mais c’est pas lui qui les y a plantés, non ?), sur sa manche droite qui dépasse à Camp David, sur sa volonté persistante à vouloir serrer des mains partout où il passe, etc. On évoquera aussi la campagne lourdingue des Guignols, qui depuis un mois filent le même gag éculé, celui d’un président consort téléguidé et tenu en laisse par Valérie Trierweiler. En revanche, on n’évoquera pas les interprétations surex de la photo officielle, j’ai bien trop peur de faire taper par Isabelle, à qui je rends bien trente centimètres. Tout ça pour dire que l’abonné au Figaro ou le surfeur d’Atlantico croit aussi dur que Jean-Luc Mélenchon à la fable du capitaine de pédalo.

Dernière cabalette en date, les frémissements d’horreur poussés çà et là, y compris à ma gauche, après que la voiture présidentielle a été mesurée à 160 km/h sur l’autoroute de Normandie. Assurément une affaire d’état, quelque part entre le krach du Crédit Lyonnais et le supposé Karachigate. Rendez-vous compte, on tient la preuve que le président normal ne l’est même pas, nanananère. Sauf qu’on a vu mieux comme smoking gun, bande d’ânes. D’où par où[1. Pour ceux qui ne parleraient pas couramment le franco-égyptien, l’expression « d’où par où » signifie « mais pour quelle raison » en beaucoup plus excité.] un homme normal ne fait-il que des choses normales ?

L’homme normal, le vrai, c’est l’homme qui regarde parfois avec concupiscence l’arrière-train rebondi d’une inconnue dans le métro, oublie à l’occasion de se laver les mains après la petite commission, fait croire à madame qu’il a du rab de taf ce soir, alors qu’il casanisse avec ses potes, et dépasse à l’occasion les 130 à l’heure sur l’autoroute. La femme normale fait à peu près le même genre de trucs, sauf qu’en plus elle fait croire à son mari que le pot qui traine sur l’étagère du lavabo de Crème Cellulaire Platine Rare pour le contour des yeux de chez la Prairie ne lui a pas coûté plus d’une quinzaine d’euros, ce à quoi le mari normal répondra hypocritement « Quand même, quinze euros, c’est pas donné pour vingt millilitres», parce qu’il sait que la paix conjugale n’a pas de prix…

Bref, ce dépassement de vitesse prouve que notre président est normal de chez normal, point barre. Il prouve aussi, de façon ne peut moins scientifique, que le sentiment partagé par l’excellent Franz-Olivier Giesbert, Basile de Koch et moi-même est indubitablement vrai : il y a du Pompidou chez ce Hollande-là. Se souvient-on que le plus finaud de nos chefs de l’Etat était totalement hostile aux limitations de vitesse ? Lui-même roulait volontiers en Porsche 356, comme le rappelait en 2004 Madame Pompidou au Figaro : « Mon mari aimait conduire vite. Cela faisait partie de la modernité. La Porsche, il s’en est peu servi finalement car il est devenu Premier ministre alors que la livraison se faisait attendre plusieurs mois. Il m’en a fait cadeau, ce qui explique que la carte grise soit à mon nom. Il adorait tellement conduire et moi aussi que nous avions passé un accord pour aller à Cajarc. Il faisait la moitié de la route et moi l’autre moitié. Et on se préoccupait peu de l’officier de sécurité qui était dans la voiture suiveuse. Il avait la plus grande peine à ne pas se laisser distancer. Évidemment, cela paraît impensable aujourd’hui »

On notera que le Premier ministre sort clope au bec de sa Porsche, ce qui avait le don d'exaspérer le Général

Toujours au rayon des analogies Pompidou/Hollande, on notera la Massif Central attitude un rien populiste, le goût des bonnes choses contrarié par une prédisposition à l’embonpoint, le talent pour la litote qui tue, sans oublier un certain tropisme autour des chevelures féminines soigneusement mises en plis…

Bref, Pompidou revient et on est très content.

Les mauvais choix afghans du président

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Il y a deux semaines, François Hollande se rendait en Afghanistan. En tant que chef des armées, le président de la République a tout à fait le droit, sinon le devoir, de se rendre sur le terrain des opérations auprès de nos troupes, sans être accusé de faire campagne pour un parti. Mais en pleine campagne législative, ce déplacement reste lié à l’une de ses promesses de candidat : le retrait de toutes les troupes françaises d’Afghanistan. Cet engagement est l’un de ceux qui devaient marquer la rupture avec le sarkozysme, critiqué pour son atlantisme et son supposé alignement sur la politique étrangère américaine. Or, dans ce domaine on ne peut plus régalien, François Hollande s’est, une fois de plus, fait le chantre de l’ambiguïté. Ainsi aux troupes françaises déployées en Afghanistan et aux électeurs français, le Président-qui-n’est-pas-le-chef-de-la-majorité a annoncé qu’avant la fin de l’année, les « forces combattantes » auront quitté le sol afghan. Afin d’éviter un reniement trop rapide et flagrant de sa promesse électorale, François Hollande a mis en avant un nouveau concept, celui de retrait des « forces combattantes ». La logique du discours de Hollande est simple. Peu importe la formulation exacte de ses déclarations pendant la campagne, ce que les électeurs ont entendu est clair : plus aucun français ne sera envoyé en Afghanistan pour rentrer chez lui dans un cercueil. Puis tout d’un coup, on parle de « combattants » ! Ainsi, les militaires qui se battent contre les Talibans rentreront dans leurs casernes mais tous les accompagnateurs et instructeurs qui aident les forces et le gouvernement afghans, en uniforme ou en civil, continueront leur mission.

Que c’est beau « l’aide au développement » ! Le seul petit bémol à cette idylle est le fait que depuis quelques mois – depuis que la fin de la guerre et la victoire des Talibans ne font plus mystère – ce sont justement ces instructeurs et autres consultants[1. Notamment en matière d’enseignement militaire, de gouvernance et de police.] qui sont pris pour cible par des Afghans soucieux de se construire un « alibi » anti-occidental en vue de l’après retraite américaine.
Les deux attaques contre les forces françaises des 29 décembre 2011 et 20 janvier 2012 ont coûté la vie à sept de nos soldats et ont été perpétrées par des membres de l’Armée nationale afghane, auxquels la France avait ouvert les portes de ses camps pour les former. Dans les deux cas, les soldats n’étaient pas en posture combattante. Contrairement à un passé récent, le danger vient donc aujourd’hui des hommes que l’on accompagne, que l’on encadre et que l’on forme pacifiquement.

Sans doute celui qui faisait croire qu’il allait imposer un nouveau rapport de force à Angela Merkel et annoncer à ses alliés un changement dans l’engagement militaire français en Afghanistan a découvert l’écart entre l’omnipotence de la parole et les contraintes du réel. N’empêche, ses derniers gestes diplomatiques démontrent que seul compte le message adressé à sa base électorale. Elle qui voit dans l’action extérieure de la France autant de missions inutiles que de pertes superflues.

Ce tour de passe-passe qui confine à la politique-spectacle, si vivement critiquée au cours de la présidence précédente, est symptomatique du double langage de Hollande. Sa méthode consiste à envoyer des messages ambigus de façon à ne jamais dire la vérité sans pour autant mentir formellement. Tiraillé entre une opinion publique hostile au conflit afghan et les engagements de la France vis-à-vis de ses alliés, Hollande a choisi une des « synthèses » dont il a le secret depuis ses années à Solferino. En n’ayant jamais montré qu’un visage lisse, sans clarifier aucune de ses positions, il ne peut être pris en défaut que par ceux qui ne lui ont pas accordé leur confiance. C’est une arme politique redoutable que ce style présidentiel… jusqu’au moment où, à force d’essayer de contenter les uns et les autres, Hollande finira par décevoir tout le monde.

Cécilia, le retour

Au lendemain de l’élection présidentielle, Le Monde affichait en « une » la photo du nouveau président au côté de sa compagne, comme si les Français avaient voté pour le ticket Hollande-Trierweiler. Il est vrai que l’intéressée ne dit pas non : à en croire ses premières déclarations, notre première dame semble penser qu’elle a, autant que son « compagnon », été adoubée par le peuple souverain.[access capability= »lire_inedits »]

Dans le portrait élogieux brossé par son amie et consœur, Anne Fulda, aussi bien que dans les colonnes de Match ou du Time, elle dévoile sans ambages sa volonté « d’inventer la fonction et peut-être une autre expression que celle de « première dame » » − le concours est ouvert, chers lecteurs. Certes, elle veut bien « représenter l’image de la France, faire des sourires nécessaires, être bien habillée » (trop cool !), mais attention, « il ne faudra pas que ça s’arrête à cela ». Bref, pas question de jouer les « potiches ». Première dame, c’est trop ringard pour une femme moderne, trop étriqué pour une femme libre, trop plan-plan pour une femme d’action.

Et pourtant, qu’elle le veuille ou non, potiche, elle le sera forcément un peu parce que, sans vouloir offenser personne, c’est quand même une partie du job. Désolée, mais ce n’est pas moi qui vais inaugurer l’arbre de Noël à l’Élysée ou faire la causette avec les autres potiches à Buckingham ou Camp David.

Mais reprenons son propos. On suppose que, malgré son amour pour le plus beau métier du monde, elle n’osera pas reprendre ses activités de journaliste en jouant l’air « Lui c’est lui, moi c’est moi » − dans le style, elle serait plutôt « Lui c’est lui, moi c’est lui »… Passons. En dehors de l’incongruité qu’il y a à vouloir dépoussiérer une fonction qui n’existe pas, ce qui frappe, c’est son aspiration à la politiser. Lorsqu’elle a viré Julien Dray, qui était pourtant invité, du QG de campagne où se déroulait la mue du candidat en président, toute la France, sans distinction d’opinion, a pensé : « De quoi j’me mêle ? » L’empressement avec lequel elle a revendiqué cette action héroïque laisse penser que Valérie Trierweiler ne sera pas une femme de l’ombre. Son comportement rappelle furieusement celui de Cécilia black-listant celui-ci et pistonnant celle-là. À ceci près que, pour des raisons qui ne nous regardent pas, cet interventionnisme se déploya surtout avant l’élection de 2007.

La présidente fait le ménage, donc. Julien Dray n’aura pas eu le temps de demander pardon pour sa légèreté : dehors ! On se demande si notre First Lady a barré de la liste les noms des ministres putatifs qui avaient eu le malheur de lui déplaire. Ou si elle s’envolera prochainement pour Mexico afin d’arracher Florence Cassez à sa prison. On imagine qu’en ce cas, Benoît Hamon, qui avait été ulcéré par l’intervention de Cécilia dans le dossier des infirmières bulgares, ne mâcherait pas ses mots. Quant à Arnaud Montebourg, recyclerait-il son aimable formule de 2007 en s’exclamant : « Le problème de Hollande, c’est sa compagne… » ?[1. Le 18 janvier 2007, au « Grand Journal » de Canal+, Arnaud Montebourg, alors porte-parole de Ségolène Royal (alors compagne de François Hollande), avait lancé cette phrase à son propos : « Son principal défaut, c’est son compagnon. »]. Bien sûr, rien de tel ne se produirait, puisque le changement a eu lieu et que tout ce qui était condamnable en Sarkozie deviendra admirable en Hollandie. En tout cas, notre nouveau président est peut-être vraiment normal : un homme qui a peur de sa femme. Ou qui la laisse parler pour avoir la paix.[/access]

Super-Docteur-Mario et les matches truqués

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Depuis quelques jours, l’Italie vit un nouveau scandale qui touche la première religion du pays : le football. Trente ans après le Totonero, sept ans après le Calciopoli, c’est encore une histoire de matches truqués sur fonds de paris sportifs qui touche un pays qui a pourtant d’autres chats à fouetter, au point d’avoir changé de gouvernement sans passer par la case « élections ».

C’est d’ailleurs le gouvernement transalpin, par la voix de son chef, le joyeux drille Mario Monti, qui a décidé de frapper un grand coup en menaçant les Italiens d’une calamité qu’ils n’auraient jusque-là jamais imaginée : l’arrêt pendant deux ou trois années de leur championnat de football professionnel. Autant priver les Belges de bière, les Français de blanquette de veau et les Anglais de Sa gracieuse Majesté. Ce coup de semonce a en tout cas traumatisé tous les tifosi qui se demandent si Monti envoie cette menace en l’air ou s’il est aussi sérieux qu’en matière de coupes budgétaires. Bien joué, Super-Mario, me diront peut-être certains d’entre vous, s’appuyant sur l’exemple anglais de l’après-Heysel, lorsque les clubs d’outre-Manche furent boutés hors des compétitions européennes, ce qui eut pour résultat sinon d’éradiquer, du moins de limiter très sérieusement le hooliganisme dans le foot pro britannique. Les Anglais furent ainsi les premiers à installer des caméras dans les stades, à engager des physionomistes – comme dans nos casinos – pour repérer les spectateurs connus des services, à pratiquer des interdictions de stade etc… Hélas, c’est surtout la politique tarifaire qui a abouti à un changement total de la sociologie des stades anglais. Car si les hooligans sont souvent pauvres, tous les pauvres ne sont pas hooligans et n’ont plus les moyens de se payer des places.

Comme au Royaume-Uni, Monti voudrait appliquer un traitement de choc en supprimant les compétitions professionnelles de foot pour tout remettre à plat et redémarrer le championnat italien sur des bases saines. L’homme apprécie visiblement les remèdes de cheval.

Le problème, c’est que le docteur en question, qui se fait passer pour un homme raisonnable dans le domaine des finances publiques comme de la purification du foot, n’est pas pour rien dans le trucage des matches. L’Italie possédait en effet il y a une dizaine d’années l’une des réglementations les plus sévères en terme de paris sportifs. Le précédent du Totonero ayant échaudé le pays, l’Etat tentait de sérieusement limiter l’accès aux paris. Or, la directive européenne « Information society services » s’est imposée à l’ensemble des pays de l’UE, les obligeant à libéraliser le secteur des paris sportifs. Par ce biais, le monopole de la Française des Jeux a volé en éclats en France, pays qui y résistait depuis des années. Alors que l’Etat pouvait contrôler les paris sportifs de très près, ce n’est plus le cas aujourd’hui, ni en Italie, ni en France.

Désormais, en Europe, on parie non seulement sur le résultat des matches, mais aussi le nombre de buts, le nom des buteurs et sur bien d’autres faits de match. Dès lors, l’incitation à approcher joueurs et arbitres pour truquer les matches et se faire de l’argent facilement se démultiplie. Au fait, qui bossait à la Commission européenne et fut successivement chargé du marché intérieur puis de la concurrence au moment où cette directive était mise en place ?

Je crois que vous avez trouvé.

 
*Photo : Forum PA

Punkachien not dead : Le Grand Soir, c’est maintenant

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Jean-Pierre et Benoît sont deux frères que tout sépare. L’un, interprété par Albert Dupontel, incarne l’idéal-type du cadre quadra stressé et dynamique, vendeur de literie obsédé par la norme, la sécurité et l’insertion dans la société de consommation. L’autre, campé par un Benoît Poelvoorde que l’on n’avait pas vu aussi convaincant depuis le sanglant C’est arrivé près de chez vous, se targue d’être « le plus vieux punkachien d’Europe », rebaptisé « Not » depuis qu’il s’est trouvé une vocation de marginal à crête. Tous deux se retrouvent régulièrement à dîner chez leurs parents, gérants du restaurant d’autoroute La Pataterie, dans le décor glauque d’une salle à manger pour routiers de passage.

Un jour, le patron de Jean-Pierre lui annonce qu’il est en retard. En retard sur ses chiffres de vente. Suit un furieux contre-la-montre qui conduira le frère du punk aux frontières de l’hystérie, dans un pétage de plombs qui achèvera de consommer son divorce et consumera tous les espoirs qu’il plaçait dans le doux train-train d’une vie salariée. Licencié, Jean-Pierre va découvrir la liberté et emprunter les chemins sinueux de la marge, avec la complicité active de « Not », ravi de rebaptiser son frérot « Dead » après le passage rituel par le rasoir électrique et la scarification frontale. Tout au long de leurs pérégrinations péri-urbaines, les époustouflants Poelvoorde et Dupontel crèvent l’écran dans un numéro de duettistes transfigurés par la recherche d’un contre-monde.

Le changement, le vrai, devra se situer ici et maintenant. Hier aveugle mouton de Panurge d’un système de surveillance généralisée, « Dead » réalisera sa destinée de punkachien. Dans la zone commerciale qui sert de huis-clos au film, Not et Dead feront bien évidemment la manche pour survivre mais voudront surtout accomplir le dessein naguère si bien célébré par Trust : « donner des yeux à la justice ». Armés de leur poésie du coin de la rue, ils se lancent dans un road-trip de bac à sable, où il s’agit moins d’ « écraser les gens » que de réveiller des zombies abrutis par l’inconfort petit-bourgeois. A travers leur irrépressible quête de liberté, nos deux compères renoueront avec leurs liens filiaux, poursuivant le destin hier tracé par leur mère délurée, rôle qui va comme un gant à la fantasque Brigitte Fontaine, et poussant malgré eux leur père au sursaut.

Dans la lignée du meilleur Groland[1. Pour ceux qui l’ignorent encore, cette bande de joyeux drilles à l’humour ultra-noir sévit le samedi soir en clair sur Canal +.], Benoît Delépine (alias Michael Kael dans la présipauté) et Gustave Kervern nous livrent un film complètement foutraque, assaisonné de morceaux des Wampas, et jalonné de clins d’œil malicieux à leur œuvre déjà fournie : le truculent Depardieu de Mammouth lit l’avenir dans un verre à saké plein d’eau-de-vie, le Bouli Lanners de Louise Michel joue un vigile bienveillant… La petite minorité d’inconditionnels de Groland n’ayant jamais séjourné en hôpital psychiatrique se souviendra avec jubilation des courts métrages que ce même tandem de réalisateurs signait au début des années 2000. Ces Don Quichotte et Sancho Pança repeints en pieds nickelés de l’anticapitalisme y filmaient déjà leurs aventures drolatiques dans des saynètes qui tenaient moins de l’apologue moralisateur que de la pasquinade de rebelles en peau de lapin.

Ne vous fiez surtout pas au titre (trompeur) du film : malgré une référence appuyée à L’insurrection qui vient, Dupontel et Poelvoorde attendent moins Le Grand Soir que la réaction générale, la rébellion des masses d’individus qui n’en peuvent plus de jongler d’un télécran l’autre, des caméras de surveillance à leurs infâmes tablettes téléphoniques. Pour être punks, ces deux larrons n’en sont pas moins « décents » : leur hymne à l’inadaptation et au non-travail ne s’entache d’aucune violence, nier et combattre la propriété en SDF se résume à pouvoir marcher où l’on veut, sans autre forme de respect pour les banques qui vous achètent à coups de PEL.

Loin des films de propagande pseudo marxiste compassée, Le Grand Soir ne se repaît pas de la misère des petites gens. L’air de rien, Delépine et Kerven ont confectionné un petit bijou de satire sociale, une ode anar au lumpen-prolétariat, ce vestige de l’ancienne société qui ne s’est toujours pas adapté aux mutations de l’économie et ne se résout parfois pas à servir de Cerbère à l’ordre marchand. Par petites touches pointillistes, les auteurs grolandais ont su distiller leur regard acerbe sur le petit peuple de l’autoroute, ces petits managers en costumes serrés et ces petits syndicalistes sclérosés dans leurs revendications purement matérielles. Si les lecteurs de Naomi Klein sauront apprécier la revigorante chute finale, les spectateurs en mal de féérie ordinaire n’en seront pas moins repus.

La Palestine, tu l’aimes ou tu la quittes !

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Les journalistes arabes travaillant en Palestine sont harcelés depuis février, à moins qu’ils acceptent de s’en tenir au mot d’ordre officiel : les seules critiques permises sont celles contre Israël.

Dans les territoires contrôlés par l’Autorité palestinienne, campagnes d’intimidation, pressions, menaces et boycotts (fermetures de sites d’info web palestiniens critiquant les leaders de l’AP ou dénonçant des faits de corruption) ont repris après une accalmie de deux semaines suite aux déclarations et promesses de Mahmoud Abbas.

Un journaliste arabe israélien indique que « les Services de renseignement et de sécurité préventive palestiniens (le) suivent sur Twitter et Facebook ». Humour involontaire d’espions qui déclinent leur identité, ou causticité de notre confrère, le résultat est là : au moins neuf journalistes et blogueurs ont été interrogés et/ou arrêtés et cinq d’entre eux seraient encore détenus pour avoir critiqué le leadership palestinien dans des articles publiés sur Facebook, quand ce n’est pas pour avoir reçu un commentaire jugé répréhensible sur leur mur.

Mais comme le préconise finement un diplomate occidental en poste à Ramallah : « Les journalistes ne devraient pas critiquer le leadership palestinien, et sûrement pas en public, parce que les Israéliens pourraient s’en servir contre les Palestiniens ». Vive le journalisme préventif, qu’apprécie aussi cet officier du renseignement palestinien : « Les journalistes ne devraient parler que de l’occupation. Si vous insultez notre président, ne venez pas en Palestine ».

Comment j’ai été exclu du PS par Christophe Borgel

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David Desgouilles. Vous avez reçu une lettre vous signifiant que vous étiez exclu du Parti Socialiste après avoir accepté d’être suppléant du candidat MRC (chevènementiste) Arnaud Deborne alors que votre parti a investi une candidate. Normal, non ?

Jean-Philippe Huelin. Oui, cela redevient normal au sens du respect des statuts mais rien ne l’a été depuis bien longtemps dans cette fédération. Je ne crie pas au scandale, je savais ce que je faisais mais je note simplement que le PS applique ses statuts à géométrie variable.

DD. Nous avons déjà parlé dans ces colonnes de la personnalité du nouveau président du Conseil Général et de l’histoire incroyable du maintien des candidates socialistes, notamment dans la circonscription de Lons-le-Saunier qui nous occupe, candidatures qui ont toutes les chances d’être invalidées en cas d’élection. Mais généralement, les partis ne plaisantent pas avec les candidatures dissidentes. Le Jura ne déroge quand même pas à la règle ?

J-PH. Ma dissidence -qui n’est qu’une suppléance- aurait dû éveiller les esprits de mes camarades puisque je ne me serais pas présenté sans cette affaire qui va à l’encontre de la « République exemplaire » voulue par notre nouveau président. Le PS national fait l’autruche car au fond, il ne considère pas cette circonscription comme gagnable sinon il n’aurait pas donné son quitus à deux candidates invalidables (j’adjoins ici Sylvie Laroche dans la 3e circonscription qui encourt le même risque). Au-delà des statuts, il y a des principes et des valeurs mais beaucoup au PS, ici comme ailleurs, semblent ne plus s’en soucier. Que ce soit Christophe Borgel qui me signifie mon exclusion est pour moi le signe d’une défaillance profonde du PS.

DD. Vous avez co-écrit des ouvrages avec Gaël Brustier sur le rapport de la gauche au peuple[1. Recherche le Peuple désespérément, Bourin Editeur.] ou sur la droitisation des sociétés européennes[2. Voyage au bout de la droite, Mille et une nuits.]. Vous avez aussi travaillé sur la notion de bouclier rural. Au-delà de votre mésaventure, pensez-vous que vos analyses ont été prises en compte par le PS, le Président Hollande et le gouvernement de Jean-Marc Ayrault ?

J-PH. Les livres ont été lus par certains dirigeants du PS, pas par tous, loin de là. Le bouclier rural est pour l’instant le parent pauvre puisqu’il n’y a même pas un ministère délégué à la ruralité au gouvernement et que je compte peu sur Cécile Duflot pour faire reculer cette inégalité territoriale-là.
Mais au-delà de mes propres productions, ce qui m’afflige dans ce PS c’est son incapacité à réfléchir collectivement. Quand mon ami Laurent Bouvet parle des deux corps du PS, force est de constater que le corps-élection a absorbé le corps-doctrine. Le PS est devenu localement une agence de placement pour aspirants élus qui n’ont jamais pris le temps de réfléchir à ce que pouvait être le socialisme.
Quand on écrit, quand on lit, on se fait donner une leçon de discipline par des fripouilles ou de jeunes ambitieux qui n’ont pas le bac ! Plus le PS se social-libéralise idéologiquement, plus il se stalinise dans son organisation.
Cette exclusion ne change rien pour moi. Dans la 1ère circonscription du Jura, la candidature d’Arnaud Deborne est la plus intéressante et la plus porteuse d’avenir pour le Jura et pour l’actuelle majorité présidentielle. Nationalement, je retrouve une liberté de critique qui me convient sans doute mieux. Le Président Hollande et son gouvernement ont davantage besoin de vigies scrupuleuses que de béni-oui-oui arrivistes.
 
*Photo : Sara∞

Quelle sera la place de Hollande dans le monde ?

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La semaine dernière, sur le plateau du vingt heures de France 2, surfant sur l’émotion suscitée par le massacre de Houla en Syrie, François Hollande affirmait, non sans une certaine légèreté, qu’une intervention militaire en Syrie n’était « pas exclue à condition qu’elle se fasse dans le respect du droit international, c’est-à-dire par une délibération du Conseil de sécurité » de l’ONU. Il ajoutait qu’il lui revenait « de convaincre Russes et Chinois ». Vendredi, le Président de la République recevait Vladimir Poutine et nous allions donc voir ce que nous allions voir. Finalement, François Hollande n’a évidemment pas réussi à convaincre le président russe du bien-fondé d’une intervention en Syrie. On sentait Vladimir Poutine remonté, se souvenant sans doute des déclarations de Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole de François Hollande pendant la campagne présidentielle et aujourd’hui ministre, qui avait comparé en février dernier Nicolas Sarkozy à un « mélange de Silvio Berlusconi et de Vladimir Poutine, avec le vide idéologique de l’un et la brutalité des méthodes de l’autre ». Aussi Poutine s’est-il montré particulièrement cassant : « Regardez, l’Irak, la Libye, est-ce que c’est le bonheur, est-ce que ces pays sont en sécurité aujourd’hui ? Nous savions tous que Kadhafi était un tyran. Mais pourquoi n’écrivez-vous pas ce qui s’est passé après sa chute, à Syrte notamment ? ». Hollande a accusé le coup et s’est contenté de conclure avec l’une de ces formules creuses dont il a le secret : pour lui, il n’y aurait « pas de solution possible sans le départ d’Assad ». Imagine-t-on Roosevelt, en 1941, expliquer qu’il n’y a « pas de solution possible en Allemagne sans le départ d’Adolf Hitler » ? N’est-il parfois pas préférable de se taire ?

Et si Sarkozy s’était ainsi fait rembarrer par Poutine, que n’aurait-on entendu ! Mais les médias français, qui nous ont vendu le candidat Hollande, assurent désormais le service après-vente et, toujours à la limite de l’extase, ils n’ont rien trouvé à redire. Il nous restait donc à chercher des analyses crédibles dans la presse étrangère. Et là, surprise : c’est comme si Vladimir Poutine n’était jamais venu à Paris. On découvre à quel point les grands journaux européens ont tourné la page de la présidence Sarkozy : ils ne parlent plus de la France, dont la position était hier encore incontournable sur les questions européennes et internationales. Ainsi, le quotidien espagnol El País, un journal de gauche qui a toujours loué le volontarisme de Nicolas Sarkozy, n’a évoqué que la rencontre entre Vladimir Poutine et Angela Merkel. Dans The Guardian de vendredi dernier, on passait également la rencontre de Paris sous silence en préférant insister sur la position de la Russie et de la Chine vis-à-vis du régime de Bachar Al-Assad. Il semble loin le temps où tous les regards étaient braqués sur la France, quand Nicolas Sarkozy intervenait avec succès pour arrêter la riposte russe à une offensive géorgienne en Ossétie du Nord. De la libération des infirmières bulgares à la reconnaissance du Conseil National de Transition en Libye, Nicolas Sarkozy avait su renforcer l’influence de la France dans le monde, montrant ainsi qu’il possédait l’envergure et les qualités d’un chef d’État.

En quelques semaines, les médias étrangers ont compris que la politique extérieure de François Hollande n’était que gesticulation tournée vers la politique intérieure. D’abord, lors du G8, à Camp David, François Hollande n’a cessé d’invoquer la croissance comme si les autres chefs d’État n’y avaient jamais pensé auparavant. À l’issue du G8, François Hollande s’est même vanté d’avoir imposé la question de la croissance au coeur des discussions. En réalité, Barack Obama et Angela Merkel l’ont remis à sa place en lui rappelant que la recherche de la croissance passait nécessairement par la lutte contre les déficits. Ensuite, lors du sommet de l’OTAN, en annonçant le retrait des troupes françaises d’Afghanistan dès la fin de l’année 2012, il a nui à la crédibilité de la France. D’autant plus qu’il a finalement reculé : 1400 soldats français resteront en Afghanistan au-delà de 2012, pour assurer le rapatriement du matériel et poursuivre la formation de l’armée et de la police afghanes. Enfin, comme Pierre Lellouche l’expliquait dans une tribune parue dans le Journal Du Dimanche, l’évocation d’une intervention militaire en Syrie, fort imprudente, peut embarrasser les alliés de la France qui craignent un conflit multiconfessionnel à Damas.

On savait que François Hollande méconnaissait totalement les dossiers internationaux. Aujourd’hui, en pleine campagne législative, il essaie de jouer les gros bras sur la scène internationale pour impressionner l’électorat de gauche. Mais ses gesticulations sont vaines. Du coup, la voix de la France perd de son crédit. François Hollande pourra répéter à cor et à cri, comme pour s’en convaincre, que « la France est un grand pays », il semble s’en apercevoir un peu tard.

SNCF, la troisième classe est de retour

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Confrontée depuis un certain temps déjà à une logique purement financière qui n’a plus grand chose à voir avec ses missions de service public (n’oublions pas que nous ne sommes plus des usagers mais des clients), la SNCF a décidé, comme un bon nombre de compagnies aériennes avec des sous-marques où le pilote fait le ménage en cabine entre deux vols, d’ouvrir des TGV low-cost à classe unique. C’est-à-dire quelque chose qui va osciller entre la bétaillère roulant à 300 kilomètres heures et le retour à la troisième classe disparue en 1956.

Pour commencer, il faudra se présenter 45 minutes avant le départ et avec un bagage unique, sinon il faudra payer un supplément. Quant à la restauration à bord, elle aura purement et simplement disparu. Mais qu’importe puisque les voitures auront toujours pour designer Christian Lacroix.

Bref, assez cyniquement, la SNCF qui pratique des prix de plus en plus prohibitifs alors qu’elle est bénéficiaire (230 millions d’euros seront redistribués à l’Etat en 2012) a décidé d’accroître encore sa marge en inventant les TGV spécialement prévus pour les pauvres et les pouilleux. Ce qui lui permettra aussi de conquérir de nouvelles parts de marché quand elle va s’ouvrir à la merveilleuse concurrence étrangère, libre et non faussée imposée par Bruxelles.

SNCF, à nous de vous faire préférer une bonne renationalisation.

Législatives : les cocotiers du Mont-Blanc

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Le cocotier (Cocos nucifera) n’est pas une espèce d’arbre répandue en Haute-Savoie. Quelques palmiers, importés à grand frais, tentent de survivre aux rigueurs de l’hiver dans les résidences luxueuses de rentiers du pétrole des rives du lac d’Annecy, et c’est à peu près tout ce qu’on peut trouver par ici dans le genre. En revanche, le cocotier métaphorique (Cocos metaphorica) − celui que l’on secoue après avoir incité un vieillard improductif à y grimper − fait l’objet actuellement d’un engouement exceptionnel dans le petit monde politique s’activant entre Mont-Blanc et Léman. L’élection de François Hollande à l’Élysée sera ainsi l’occasion d’un petit jeu passablement cruel qui verra s’affronter les vieux caciques et les jeunes loups affamés.[access capability= »lire_inedits »]

Ici, l’élection présidentielle est loin d’être le scrutin majeur. La Haute-Savoie a été, est et restera majoritairement à droite, disputant au Bas-Rhin et aux Hauts-de-Seine la première marche sur le podium des départements ayant accordé le plus grand nombre de suffrages à Nicolas Sarkozy. Normalement, si l’on regarde les chiffres du premier tour, les six députés appelés à faire entendre la voix des alpages au Palais-Bourbon devraient être issus de l’UMP, pour autant que cette formation politique survive jusqu’aux élections législatives des 10 et 17 juin. De doctes mémoires de sciences politiques ont été écrits pour expliquer cet ancrage droitier du département : terre de Contre-Réforme, le poids du clergé y fut longtemps prédominant, tandis que les radicaux de la IIIe République, qui taillaient des croupières aux cléricaux entre les deux guerres, se sont déconsidérés pour cause de compromission des notables de ce parti avec le régime de Vichy.
La gauche, depuis l’avènement de la Ve République, n’a jamais dépassé le seuil de 35% des voix lors des scrutins nationaux, et ne constitue donc pas, en principe, un danger pour les sièges de députés ou de sénateurs dévolus au département.

Jusqu’au 6 mai, le patron incontesté de la droite départementale s’appelait Bernard Accoyer, 67 ans, vieux grognard du gaullisme, puis du chiraquisme, qui a trouvé dans sa giberne son bâton de maréchal : la présidence de l’Assemblée nationale. Une présidence qu’il exerça à la savoyarde : sans éclat ni paillettes, mais avec une efficacité reconnue sur tous les bancs, qui a maintenu un fonctionnement acceptable de l’institution parlementaire face à un exécutif qui lui en faisait voir de dures. Bernard Accoyer est peut-être le dernier homme politique de premier plan à pouvoir se targuer de n’être pas un professionnel de la profession. Entré tard en politique, à 44 ans, il a poursuivi très longtemps ses activités de chirurgien ORL avant de se consacrer exclusivement à ses mandats de maire d’Annecy-le-Vieux et de député de la 1ère circonscription de la Haute-Savoie. Il avait établi son hégémonie, au début des années 1990, en s’imposant face au centriste Bernard Bosson, maire d’Annecy, plusieurs fois ministre, mais victime de la lente érosion de l’influence démocrate-chrétienne dans le département. Il bénéficie du soutien d’une cohorte imposante de notables de sa génération, députés, sénateurs, maires de villes moyennes, conseillers généraux inamovibles.

Cependant, depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, on a pu observer que deux députés UMP, Lionel Tardy (45 ans) et Martial Saddier (42 ans) ne se contentaient pas de prospérer à l’ombre du parrain Accoyer. Le premier, tombeur de Bernard Bosson lors des législatives de 2007, mais ne disposant d’aucun mandat local, ne conteste pas frontalement l’autorité du président de l’Assemblée nationale. Mais il s’est rapidement acquis une notoriété au-delà du département comme twitteur compulsif (il fut le premier à twitter en direct des commissions parlementaires à huis clos) et comme l’un des rares élus de droite à s’opposer à la loi Hadopi. Ce « geek » annécien se verrait bien ministre des nouvelles technologies lorsque le sort des urnes redeviendra favorable à la droite à l’échelle nationale.

En revanche, Martial Saddier, député-maire de Bonneville, ne cache pas son ambition de devenir calife à la place du calife. Il ne manque pas une occasion de marquer publiquement sa différence avec Bernard Accoyer. Il se permit même, à l’issue des élections régionales de 2009, dont le résultat fut assez piteux pour la droite départementale, de faire porter la responsabilité de cet échec à ce dernier, en des termes à peine polis. On ne peut pas dire que la défaite de Nicolas Sarkozy chagrine Saddier outre mesure : elle ne met aucunement en danger sa réélection à l’Assemblée, car même un âne pourvu d’une étiquette de droite serait élu dans sa circonscription. Cette défaite présente pour lui l’avantage de ramener Bernard Accoyer à la base. Au cas, fort probable, où une victoire électorale de la gauche viendrait confirmer le résultat de la présidentielle, ce dernier redescendrait de son perchoir pour regagner les bancs moins moelleux des députés de l’opposition. Depuis plusieurs années, avec l’obstination de l’ambitieux dont le principal talent consiste à tisser des réseaux d’influence, Saddier s’attache à miner l’autorité du « parrain », sachant que le temps, son meilleur allié, travaille pour lui. Il n’a pas digéré l’humiliation que lui a fait subir Accoyer en faisant sauter un préfet qui s’était montré un peu trop favorable à son projet d’extension de sa communauté de communes à des municipalités (dont la mienne) qui ne le souhaitaient nullement. Martial Saddier est tout à fait représentatif de cette nouvelle génération de notables locaux de droite dont la progression vers les sommets du pouvoir n’est pas ralentie par un bagage idéologique trop lourd. Leurs références aux grands ancêtres relèvent plus du rituel obligé pour faire voter les vieux que d’une solide culture historique et politique. Auraient-ils vu le jour dans un terroir fermement ancré à gauche qu’ils n’auraient sans doute pas hésité à tracer leur route dans la jungle du PS[1. On n’aura aucun mal à trouver, dans les bastions socialistes, des ambitieux de la même farine.]. Et ils n’ont pas besoin de loucher du côté du FN, qui réalise pourtant des scores supérieurs à la moyenne nationale dans la vallée industrielle de l’Arve, pour conserver leurs mandats.

Mais si leur maintien en place dépendait d’un accord avec les amis de Marine Le Pen, ils n’auraient aucun état d’âme : leurs aînés leur ont montré la voie en 1999, en soutenant Charles Millon, qui conquit la présidence de la région Rhône-Alpes grâce au soutien des lepénistes. C’est dans ce contexte que l’on a vu surgir des candidats UMP dissidents dans trois des six circonscriptions de la Haute-Savoie. Dans deux d’entre elles, Thonon et Annemasse, ils visent directement les amis de Bernard Accoyer, le député sortant Marc Francina, maire d’Évian, dans la première, et une nouvelle candidate, Virginie Müller, à Annemasse, désignée par le parti par succéder à Claude Birraux (huit mandats au compteur), dont elle fut l’attachée parlementaire. Quant à la 6e circonscription, celle du Mont-Blanc, nouvellement créée, c’est la foire d’empoigne générale. L’UMP nationale a investi Sophie Dion, conseillère de Nicolas Sarkozy pour les sports, pour représenter ce terroir qui va de Chamonix au bassin clusien. Ce parachutage a fortement déplu aux notables locaux qui se bousculent pour avoir l’honneur et le privilège de faire mordre la poussière à l’arrogante parisienne, pourtant native de Morzine. Par ordre d’entrée en scène, on a vu arriver dans l’arène Jean-Marc Peillex, maire et conseiller général de Saint-Gervais, doté de l’étiquette radicale tendance Borloo, Philippe Deparis, animateur de l’émission culte « La Place du village » sur la chaîne régionale TV8 Mont-Blanc, connu dans le coin comme le loup de la même couleur, qui se déclare démocrate-chrétien, le jeune maire de Marnaz Loïc Hervé, encarté au Nouveau Centre, qui ne céderait sa place sous aucun prétexte. Enfin, le conseiller général, maire de Sallanches (deuxième ville de la circonscription), Georges Morand, proche de l’UMP, s’est dit que, ma foi, il n’avait aucune raison de ne pas y aller, d’autant plus que son ami Martial Saddier a aimablement autorisé son attachée parlementaire à lui servir de suppléante. Si ce casting demeure en l’état après le 16 mai, date limite de dépôt des candidatures, la situation peut devenir cocasse. Privée de son protecteur élyséen, Sophie Dion aura bien du mal à faire rentrer dans le rang ceux qui estiment avoir beaucoup à gagner et peu à perdre en cas d’échec. Cette dispersion aurait alors pour conséquence de provoquer, au deuxième tour, un duel entre la radicale de gauche Marie-France Marcos et le FN Dominique Martin, responsable national aux élections auprès de Marine Le Pen. Les appels pathétiques réitérés à l’union de la droite pour les législatives de juin, lancés par les dirigeants de l’UMP dès dimanche 6 mai au soir, n’étaient donc pas de la rhétorique convenue : quand le prof a quitté la chaire, le souk se déchaîne dans la classe. Et pas seulement en Haute-Savoie.[/access]

Plus vite, chauffeur ! Les excès de Hollande

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De même que j’avais été hérissé par l’antisarkozysme primaire de rigueur chez les bonnes âmes sous le quinquennat précédent, je suis passablement agacé par le monceau de bêtises déversées sur le nouveau locataire de l’Elysée.

Une différence, toutefois : si j’ai combattu l’antisarkozyme gogoloïde, je n’ai jamais trouvé l’Ex plus défendable pour cela. Banale question de mauvais feeling en dernier ressort. Un jugement qu’on pourra trouver injuste, but who cares? Je ne demande à personne de le partager et je cherche encore moins à convaincre de la justesse de mes propos des gens que je ne connais pas : je ne suis pas candidat aux prochaines législatives, Dieu merci.

Tout ça pour dire que plus je lis des méchancetés sur lui, plus je trouve Hollande sympathique. Depuis le 6 mai, on a eu droit, de mémoire, aux gesticulations sur le provincialisme du discours de Tulle, sur la ringarditude de l’accordéon, sur la floraison de drapeaux allogènes à la Bastille (qui m’a peiné aussi, mais c’est pas lui qui les y a plantés, non ?), sur sa manche droite qui dépasse à Camp David, sur sa volonté persistante à vouloir serrer des mains partout où il passe, etc. On évoquera aussi la campagne lourdingue des Guignols, qui depuis un mois filent le même gag éculé, celui d’un président consort téléguidé et tenu en laisse par Valérie Trierweiler. En revanche, on n’évoquera pas les interprétations surex de la photo officielle, j’ai bien trop peur de faire taper par Isabelle, à qui je rends bien trente centimètres. Tout ça pour dire que l’abonné au Figaro ou le surfeur d’Atlantico croit aussi dur que Jean-Luc Mélenchon à la fable du capitaine de pédalo.

Dernière cabalette en date, les frémissements d’horreur poussés çà et là, y compris à ma gauche, après que la voiture présidentielle a été mesurée à 160 km/h sur l’autoroute de Normandie. Assurément une affaire d’état, quelque part entre le krach du Crédit Lyonnais et le supposé Karachigate. Rendez-vous compte, on tient la preuve que le président normal ne l’est même pas, nanananère. Sauf qu’on a vu mieux comme smoking gun, bande d’ânes. D’où par où[1. Pour ceux qui ne parleraient pas couramment le franco-égyptien, l’expression « d’où par où » signifie « mais pour quelle raison » en beaucoup plus excité.] un homme normal ne fait-il que des choses normales ?

L’homme normal, le vrai, c’est l’homme qui regarde parfois avec concupiscence l’arrière-train rebondi d’une inconnue dans le métro, oublie à l’occasion de se laver les mains après la petite commission, fait croire à madame qu’il a du rab de taf ce soir, alors qu’il casanisse avec ses potes, et dépasse à l’occasion les 130 à l’heure sur l’autoroute. La femme normale fait à peu près le même genre de trucs, sauf qu’en plus elle fait croire à son mari que le pot qui traine sur l’étagère du lavabo de Crème Cellulaire Platine Rare pour le contour des yeux de chez la Prairie ne lui a pas coûté plus d’une quinzaine d’euros, ce à quoi le mari normal répondra hypocritement « Quand même, quinze euros, c’est pas donné pour vingt millilitres», parce qu’il sait que la paix conjugale n’a pas de prix…

Bref, ce dépassement de vitesse prouve que notre président est normal de chez normal, point barre. Il prouve aussi, de façon ne peut moins scientifique, que le sentiment partagé par l’excellent Franz-Olivier Giesbert, Basile de Koch et moi-même est indubitablement vrai : il y a du Pompidou chez ce Hollande-là. Se souvient-on que le plus finaud de nos chefs de l’Etat était totalement hostile aux limitations de vitesse ? Lui-même roulait volontiers en Porsche 356, comme le rappelait en 2004 Madame Pompidou au Figaro : « Mon mari aimait conduire vite. Cela faisait partie de la modernité. La Porsche, il s’en est peu servi finalement car il est devenu Premier ministre alors que la livraison se faisait attendre plusieurs mois. Il m’en a fait cadeau, ce qui explique que la carte grise soit à mon nom. Il adorait tellement conduire et moi aussi que nous avions passé un accord pour aller à Cajarc. Il faisait la moitié de la route et moi l’autre moitié. Et on se préoccupait peu de l’officier de sécurité qui était dans la voiture suiveuse. Il avait la plus grande peine à ne pas se laisser distancer. Évidemment, cela paraît impensable aujourd’hui »

On notera que le Premier ministre sort clope au bec de sa Porsche, ce qui avait le don d'exaspérer le Général

Toujours au rayon des analogies Pompidou/Hollande, on notera la Massif Central attitude un rien populiste, le goût des bonnes choses contrarié par une prédisposition à l’embonpoint, le talent pour la litote qui tue, sans oublier un certain tropisme autour des chevelures féminines soigneusement mises en plis…

Bref, Pompidou revient et on est très content.

Les mauvais choix afghans du président

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Il y a deux semaines, François Hollande se rendait en Afghanistan. En tant que chef des armées, le président de la République a tout à fait le droit, sinon le devoir, de se rendre sur le terrain des opérations auprès de nos troupes, sans être accusé de faire campagne pour un parti. Mais en pleine campagne législative, ce déplacement reste lié à l’une de ses promesses de candidat : le retrait de toutes les troupes françaises d’Afghanistan. Cet engagement est l’un de ceux qui devaient marquer la rupture avec le sarkozysme, critiqué pour son atlantisme et son supposé alignement sur la politique étrangère américaine. Or, dans ce domaine on ne peut plus régalien, François Hollande s’est, une fois de plus, fait le chantre de l’ambiguïté. Ainsi aux troupes françaises déployées en Afghanistan et aux électeurs français, le Président-qui-n’est-pas-le-chef-de-la-majorité a annoncé qu’avant la fin de l’année, les « forces combattantes » auront quitté le sol afghan. Afin d’éviter un reniement trop rapide et flagrant de sa promesse électorale, François Hollande a mis en avant un nouveau concept, celui de retrait des « forces combattantes ». La logique du discours de Hollande est simple. Peu importe la formulation exacte de ses déclarations pendant la campagne, ce que les électeurs ont entendu est clair : plus aucun français ne sera envoyé en Afghanistan pour rentrer chez lui dans un cercueil. Puis tout d’un coup, on parle de « combattants » ! Ainsi, les militaires qui se battent contre les Talibans rentreront dans leurs casernes mais tous les accompagnateurs et instructeurs qui aident les forces et le gouvernement afghans, en uniforme ou en civil, continueront leur mission.

Que c’est beau « l’aide au développement » ! Le seul petit bémol à cette idylle est le fait que depuis quelques mois – depuis que la fin de la guerre et la victoire des Talibans ne font plus mystère – ce sont justement ces instructeurs et autres consultants[1. Notamment en matière d’enseignement militaire, de gouvernance et de police.] qui sont pris pour cible par des Afghans soucieux de se construire un « alibi » anti-occidental en vue de l’après retraite américaine.
Les deux attaques contre les forces françaises des 29 décembre 2011 et 20 janvier 2012 ont coûté la vie à sept de nos soldats et ont été perpétrées par des membres de l’Armée nationale afghane, auxquels la France avait ouvert les portes de ses camps pour les former. Dans les deux cas, les soldats n’étaient pas en posture combattante. Contrairement à un passé récent, le danger vient donc aujourd’hui des hommes que l’on accompagne, que l’on encadre et que l’on forme pacifiquement.

Sans doute celui qui faisait croire qu’il allait imposer un nouveau rapport de force à Angela Merkel et annoncer à ses alliés un changement dans l’engagement militaire français en Afghanistan a découvert l’écart entre l’omnipotence de la parole et les contraintes du réel. N’empêche, ses derniers gestes diplomatiques démontrent que seul compte le message adressé à sa base électorale. Elle qui voit dans l’action extérieure de la France autant de missions inutiles que de pertes superflues.

Ce tour de passe-passe qui confine à la politique-spectacle, si vivement critiquée au cours de la présidence précédente, est symptomatique du double langage de Hollande. Sa méthode consiste à envoyer des messages ambigus de façon à ne jamais dire la vérité sans pour autant mentir formellement. Tiraillé entre une opinion publique hostile au conflit afghan et les engagements de la France vis-à-vis de ses alliés, Hollande a choisi une des « synthèses » dont il a le secret depuis ses années à Solferino. En n’ayant jamais montré qu’un visage lisse, sans clarifier aucune de ses positions, il ne peut être pris en défaut que par ceux qui ne lui ont pas accordé leur confiance. C’est une arme politique redoutable que ce style présidentiel… jusqu’au moment où, à force d’essayer de contenter les uns et les autres, Hollande finira par décevoir tout le monde.

Cécilia, le retour

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Au lendemain de l’élection présidentielle, Le Monde affichait en « une » la photo du nouveau président au côté de sa compagne, comme si les Français avaient voté pour le ticket Hollande-Trierweiler. Il est vrai que l’intéressée ne dit pas non : à en croire ses premières déclarations, notre première dame semble penser qu’elle a, autant que son « compagnon », été adoubée par le peuple souverain.[access capability= »lire_inedits »]

Dans le portrait élogieux brossé par son amie et consœur, Anne Fulda, aussi bien que dans les colonnes de Match ou du Time, elle dévoile sans ambages sa volonté « d’inventer la fonction et peut-être une autre expression que celle de « première dame » » − le concours est ouvert, chers lecteurs. Certes, elle veut bien « représenter l’image de la France, faire des sourires nécessaires, être bien habillée » (trop cool !), mais attention, « il ne faudra pas que ça s’arrête à cela ». Bref, pas question de jouer les « potiches ». Première dame, c’est trop ringard pour une femme moderne, trop étriqué pour une femme libre, trop plan-plan pour une femme d’action.

Et pourtant, qu’elle le veuille ou non, potiche, elle le sera forcément un peu parce que, sans vouloir offenser personne, c’est quand même une partie du job. Désolée, mais ce n’est pas moi qui vais inaugurer l’arbre de Noël à l’Élysée ou faire la causette avec les autres potiches à Buckingham ou Camp David.

Mais reprenons son propos. On suppose que, malgré son amour pour le plus beau métier du monde, elle n’osera pas reprendre ses activités de journaliste en jouant l’air « Lui c’est lui, moi c’est moi » − dans le style, elle serait plutôt « Lui c’est lui, moi c’est lui »… Passons. En dehors de l’incongruité qu’il y a à vouloir dépoussiérer une fonction qui n’existe pas, ce qui frappe, c’est son aspiration à la politiser. Lorsqu’elle a viré Julien Dray, qui était pourtant invité, du QG de campagne où se déroulait la mue du candidat en président, toute la France, sans distinction d’opinion, a pensé : « De quoi j’me mêle ? » L’empressement avec lequel elle a revendiqué cette action héroïque laisse penser que Valérie Trierweiler ne sera pas une femme de l’ombre. Son comportement rappelle furieusement celui de Cécilia black-listant celui-ci et pistonnant celle-là. À ceci près que, pour des raisons qui ne nous regardent pas, cet interventionnisme se déploya surtout avant l’élection de 2007.

La présidente fait le ménage, donc. Julien Dray n’aura pas eu le temps de demander pardon pour sa légèreté : dehors ! On se demande si notre First Lady a barré de la liste les noms des ministres putatifs qui avaient eu le malheur de lui déplaire. Ou si elle s’envolera prochainement pour Mexico afin d’arracher Florence Cassez à sa prison. On imagine qu’en ce cas, Benoît Hamon, qui avait été ulcéré par l’intervention de Cécilia dans le dossier des infirmières bulgares, ne mâcherait pas ses mots. Quant à Arnaud Montebourg, recyclerait-il son aimable formule de 2007 en s’exclamant : « Le problème de Hollande, c’est sa compagne… » ?[1. Le 18 janvier 2007, au « Grand Journal » de Canal+, Arnaud Montebourg, alors porte-parole de Ségolène Royal (alors compagne de François Hollande), avait lancé cette phrase à son propos : « Son principal défaut, c’est son compagnon. »]. Bien sûr, rien de tel ne se produirait, puisque le changement a eu lieu et que tout ce qui était condamnable en Sarkozie deviendra admirable en Hollandie. En tout cas, notre nouveau président est peut-être vraiment normal : un homme qui a peur de sa femme. Ou qui la laisse parler pour avoir la paix.[/access]

Super-Docteur-Mario et les matches truqués

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Depuis quelques jours, l’Italie vit un nouveau scandale qui touche la première religion du pays : le football. Trente ans après le Totonero, sept ans après le Calciopoli, c’est encore une histoire de matches truqués sur fonds de paris sportifs qui touche un pays qui a pourtant d’autres chats à fouetter, au point d’avoir changé de gouvernement sans passer par la case « élections ».

C’est d’ailleurs le gouvernement transalpin, par la voix de son chef, le joyeux drille Mario Monti, qui a décidé de frapper un grand coup en menaçant les Italiens d’une calamité qu’ils n’auraient jusque-là jamais imaginée : l’arrêt pendant deux ou trois années de leur championnat de football professionnel. Autant priver les Belges de bière, les Français de blanquette de veau et les Anglais de Sa gracieuse Majesté. Ce coup de semonce a en tout cas traumatisé tous les tifosi qui se demandent si Monti envoie cette menace en l’air ou s’il est aussi sérieux qu’en matière de coupes budgétaires. Bien joué, Super-Mario, me diront peut-être certains d’entre vous, s’appuyant sur l’exemple anglais de l’après-Heysel, lorsque les clubs d’outre-Manche furent boutés hors des compétitions européennes, ce qui eut pour résultat sinon d’éradiquer, du moins de limiter très sérieusement le hooliganisme dans le foot pro britannique. Les Anglais furent ainsi les premiers à installer des caméras dans les stades, à engager des physionomistes – comme dans nos casinos – pour repérer les spectateurs connus des services, à pratiquer des interdictions de stade etc… Hélas, c’est surtout la politique tarifaire qui a abouti à un changement total de la sociologie des stades anglais. Car si les hooligans sont souvent pauvres, tous les pauvres ne sont pas hooligans et n’ont plus les moyens de se payer des places.

Comme au Royaume-Uni, Monti voudrait appliquer un traitement de choc en supprimant les compétitions professionnelles de foot pour tout remettre à plat et redémarrer le championnat italien sur des bases saines. L’homme apprécie visiblement les remèdes de cheval.

Le problème, c’est que le docteur en question, qui se fait passer pour un homme raisonnable dans le domaine des finances publiques comme de la purification du foot, n’est pas pour rien dans le trucage des matches. L’Italie possédait en effet il y a une dizaine d’années l’une des réglementations les plus sévères en terme de paris sportifs. Le précédent du Totonero ayant échaudé le pays, l’Etat tentait de sérieusement limiter l’accès aux paris. Or, la directive européenne « Information society services » s’est imposée à l’ensemble des pays de l’UE, les obligeant à libéraliser le secteur des paris sportifs. Par ce biais, le monopole de la Française des Jeux a volé en éclats en France, pays qui y résistait depuis des années. Alors que l’Etat pouvait contrôler les paris sportifs de très près, ce n’est plus le cas aujourd’hui, ni en Italie, ni en France.

Désormais, en Europe, on parie non seulement sur le résultat des matches, mais aussi le nombre de buts, le nom des buteurs et sur bien d’autres faits de match. Dès lors, l’incitation à approcher joueurs et arbitres pour truquer les matches et se faire de l’argent facilement se démultiplie. Au fait, qui bossait à la Commission européenne et fut successivement chargé du marché intérieur puis de la concurrence au moment où cette directive était mise en place ?

Je crois que vous avez trouvé.

 
*Photo : Forum PA