La semaine dernière, sur le plateau du vingt heures de France 2, surfant sur l’émotion suscitée par le massacre de Houla en Syrie, François Hollande affirmait, non sans une certaine légèreté, qu’une intervention militaire en Syrie n’était « pas exclue à condition qu’elle se fasse dans le respect du droit international, c’est-à-dire par une délibération du Conseil de sécurité » de l’ONU. Il ajoutait qu’il lui revenait « de convaincre Russes et Chinois ». Vendredi, le Président de la République recevait Vladimir Poutine et nous allions donc voir ce que nous allions voir. Finalement, François Hollande n’a évidemment pas réussi à convaincre le président russe du bien-fondé d’une intervention en Syrie. On sentait Vladimir Poutine remonté, se souvenant sans doute des déclarations de Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole de François Hollande pendant la campagne présidentielle et aujourd’hui ministre, qui avait comparé en février dernier Nicolas Sarkozy à un « mélange de Silvio Berlusconi et de Vladimir Poutine, avec le vide idéologique de l’un et la brutalité des méthodes de l’autre ». Aussi Poutine s’est-il montré particulièrement cassant : « Regardez, l’Irak, la Libye, est-ce que c’est le bonheur, est-ce que ces pays sont en sécurité aujourd’hui ? Nous savions tous que Kadhafi était un tyran. Mais pourquoi n’écrivez-vous pas ce qui s’est passé après sa chute, à Syrte notamment ? ». Hollande a accusé le coup et s’est contenté de conclure avec l’une de ces formules creuses dont il a le secret : pour lui, il n’y aurait « pas de solution possible sans le départ d’Assad ». Imagine-t-on Roosevelt, en 1941, expliquer qu’il n’y a « pas de solution possible en Allemagne sans le départ d’Adolf Hitler » ? N’est-il parfois pas préférable de se taire ?

Et si Sarkozy s’était ainsi fait rembarrer par Poutine, que n’aurait-on entendu ! Mais les médias français, qui nous ont vendu le candidat Hollande, assurent désormais le service après-vente et, toujours à la limite de l’extase, ils n’ont rien trouvé à redire. Il nous restait donc à chercher des analyses crédibles dans la presse étrangère. Et là, surprise : c’est comme si Vladimir Poutine n’était jamais venu à Paris. On découvre à quel point les grands journaux européens ont tourné la page de la présidence Sarkozy : ils ne parlent plus de la France, dont la position était hier encore incontournable sur les questions européennes et internationales. Ainsi, le quotidien espagnol El País, un journal de gauche qui a toujours loué le volontarisme de Nicolas Sarkozy, n’a évoqué que la rencontre entre Vladimir Poutine et Angela Merkel. Dans The Guardian de vendredi dernier, on passait également la rencontre de Paris sous silence en préférant insister sur la position de la Russie et de la Chine vis-à-vis du régime de Bachar Al-Assad. Il semble loin le temps où tous les regards étaient braqués sur la France, quand Nicolas Sarkozy intervenait avec succès pour arrêter la riposte russe à une offensive géorgienne en Ossétie du Nord. De la libération des infirmières bulgares à la reconnaissance du Conseil National de Transition en Libye, Nicolas Sarkozy avait su renforcer l’influence de la France dans le monde, montrant ainsi qu’il possédait l’envergure et les qualités d’un chef d’État.

En quelques semaines, les médias étrangers ont compris que la politique extérieure de François Hollande n’était que gesticulation tournée vers la politique intérieure. D’abord, lors du G8, à Camp David, François Hollande n’a cessé d’invoquer la croissance comme si les autres chefs d’État n’y avaient jamais pensé auparavant. À l’issue du G8, François Hollande s’est même vanté d’avoir imposé la question de la croissance au coeur des discussions. En réalité, Barack Obama et Angela Merkel l’ont remis à sa place en lui rappelant que la recherche de la croissance passait nécessairement par la lutte contre les déficits. Ensuite, lors du sommet de l’OTAN, en annonçant le retrait des troupes françaises d’Afghanistan dès la fin de l’année 2012, il a nui à la crédibilité de la France. D’autant plus qu’il a finalement reculé : 1400 soldats français resteront en Afghanistan au-delà de 2012, pour assurer le rapatriement du matériel et poursuivre la formation de l’armée et de la police afghanes. Enfin, comme Pierre Lellouche l’expliquait dans une tribune parue dans le Journal Du Dimanche, l’évocation d’une intervention militaire en Syrie, fort imprudente, peut embarrasser les alliés de la France qui craignent un conflit multiconfessionnel à Damas.

On savait que François Hollande méconnaissait totalement les dossiers internationaux. Aujourd’hui, en pleine campagne législative, il essaie de jouer les gros bras sur la scène internationale pour impressionner l’électorat de gauche. Mais ses gesticulations sont vaines. Du coup, la voix de la France perd de son crédit. François Hollande pourra répéter à cor et à cri, comme pour s’en convaincre, que « la France est un grand pays », il semble s’en apercevoir un peu tard.

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