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Biathlon: saisie record des Douanes françaises!

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Lors des championnats du monde de biathlon (sport qui conjugue ski nordique et tir à la carabine), clôturés dimanche 23 février, la France a brillé et remporté 13 médailles en 12 courses. Grâce à ses douaniers et douanières, bien épaulés par l’Armée…


Il y a un siècle, quand on apercevait sur les sommets enneigés un skieur en uniforme avec un fusil à l’épaule, c’était un douanier qui pourchassait les contrebandiers… Aujourd’hui quand on voit à la télé un skieur en combinaison moulante avec une carabine en bandoulière, c’est souvent un douanier, mais parti à la chasse aux médailles… La surveillance des frontières étant devenue une activité très limitée par les accords de libre circulation de l’Union Européenne, certains douaniers sont devenus biathlètes, des sportifs de haut niveau qui, fonctionnaires du ministère du Budget, rapportent de l’or et de l’argent, denrées rares par les temps qui courent à Bercy.

Lors des championnats du monde de Lenzerheide en Suisse, la France a ainsi fait un carton en saisissant 13 médailles (6 d’or, 2 d’argent, 5 de bronze). Avec une contribution directe (5 médailles individuelles) et indirecte (4 médailles en relais), mention spéciale aux Douanes, représentées par Emilien Jacquelin, Quentin Fillon-Maillet, Julia Simon et Justine Braisaz-Bouchet, ces deux dernières (mais jamais en course) étant licenciées en Savoie au Club des Sports des Saisies, cela ne s’invente pas.

Le palmarès est complété avec le renfort de l’Armée (3 médailles en relais, 3 médailles individuelles) qui au lever des couleurs présentait le sergent Lou Jeanmonnot, le sergent Eric Perrot et deux frangins des Vosges, le sergent Fabien Claude et le caporal Emilien Claude.

À lire aussi du même auteur : XV de France: pas encore au point!

Et la relève est assurée avec une jeune étudiante en Sciences du sport, Océane Michelon, 22 ans et 2 médailles, l’or en relais dames et l’argent lors de la Mass-star, la course des courses.1

De cette performance exceptionnelle une presse jamais enchantée par les collectifs non métissés ne fera pas forcément ses gros titres, parce que le biathlon, discipline de ski nordique, n’est pas un sport multiculturel mais une discipline «uniforme ». C’est un sport de Blancs sur fond blanc. Il ne doit rien à l’immigration. La seule neige qui tombe sur les banlieues n’est pas pour skier mais à sniffer, et le seul tir qui y est pratiqué n’est pas sportif mais criminel, avec uniquement des courses poursuites avec la police.

L’exploit est pourtant là : au tableau des médailles, la France a devancé la Suède, l’Allemagne, les États-Unis, l’Italie… et dominé la Norvège (seulement 9 médailles), nation reine qui pour le coup a perdu la tête. Avant les championnats, pressentant les succès français, l’ancien grand champion norvégien Ole Einar Bjoerndalen avait déjà dédouané ses compatriotes : « Chez nous il n’y a pas l’armée ou les douanes pour nous aider, on n’a pas de sécurité ». Mauvais perdant, il oublie que tous les Norvégiens naissent avec des skis aux pieds.


  1. ↩︎

Le détail des médaillés

DOUANES

Quentin FILLON MAILLET (l’or en relais simple, l’argent en relais hommes et deux médailles de bronze individuelles)
Émilien JACQUELIN (l’or en relais mixte)

Justine BRAISAZ-BOUCHET (l’or en relais dames, une médaille d’or et une médaille de bronze à titre individuel)
Julia SIMON (l’or en relais mixte, relais simple et relais dames, et une médaille d’or individuelle)

ARMEE

Éric PERROT – (l’or en relais mixte, l’argent en relais hommes, l’or et le bronze en individuel)

Émilien CLAUDE (l’argent en relais hommes)

Fabien CLAUDE (l’argent en relais hommes)

Lou JEANMONNOT (l’or en relais mixte et relais dames, le bronze à titre individuel)

STAGIAIRE

Océane MICHELON (l’or en relais dames, l’argent en individuel)

Mauvais geste

Jordan Bardella a annulé son intervention à la CPAC de Washington après qu’un geste assimilé à un salut nazi a été effectué par Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump. En réponse, Bannon s’est emporté et a violemment critiqué Bardella : « Jordan Bardella est une petite fille et un lâche. Il ne dirigera jamais la France. Il est pire que Macron. »


Nous avions eu celui d’Elon Musk en marge des célébrations de l’investiture présidentielle de Donald Trump. Nous avons eu, vendredi dernier, celui de Steve Bannon, à la tribune d’un rassemblement  international de conservateurs. Bras tendu, paume vers le bas dans l’un et l’autre cas. Également dans l’un et l’autre cas, on aura prétendu qu’il ne fallait y voir rien de plus qu’un coucou au public. Cependant, il y a maintes et maintes manières de saluer la foule. Depuis la chute du nazisme en 1945, des centaines, des milliers d’orateurs politiques de par le monde ont, dans la fièvre des meetings, salué du geste leurs militants. Une constante : tous avaient soin d’éviter une éventuelle assimilation au salut nazi. Manifestement, on n’en est plus exactement là. On s’y risque, on ose, on s’autorise la transgression. Comme si on cherchait à tester la recevabilité populaire de cette gestuelle si puissamment, si violemment connotée. On lâche le geste, une première fois, puis une seconde. On prétend qu’il ne s’agit nullement de ce qu’on croit, qu’on se méprend. Et on affirme que ceux qui trouvent à y redire, tel Jordan Bardella qui a renoncé à prendre la parole lors de ce rassemblement, ne sont que des « lâches », des fillettes, des petits garçons qui font pipi dans leur culotte. Bref des sous-hommes – pendant que nous y sommes, allons-y! – , oui des sous-hommes ceux-là mêmes que M. Bannon se fait un plaisir « d’emmerder » (sic). Et c’est bien là que le masque tombe. Parce que si certains peuvent encore feindre de croire à l’innocence du geste, le réquisitoire suscité par la prise de distance du président du R.N, lui, s’inscrit dans le droit fil de la rhétorique nazie. Tout y est : ne pas adhérer, ne pas souscrire, ne pas se soumettre c’est être un lâche. Quant à la lâcheté elle serait par essence une tare féminine, une déficience de fillette, une débilité de mioche qui pisse sous lui. Alors que le mâle, le vrai, le mâle de race – mais oui, puisque nous y voilà allons-y gaiement cette fois encore ! – ne se pose pas la moindre question et souscrit.

Je suis de ceux à qui ces gestes-là soulèvent le cœur, glacent les reins, vrillent l’esprit. Ils ne passent pas. (Pour autant, il ne me semble pas que j’en sois encore à m’oublier sous moi ?…) 

La droite doit, selon moi, se montrer désormais extrêmement vigilante, impitoyablement intransigeante sur ces écarts qui ne sont insignifiants qu’en apparence. La gauche s’est laissé gangrener par la lèpre d’une radicalisation sournoise et délétère qui l’a débordée et dont elle ne parvient plus à maîtriser les dérives. Si elle n’y prend garde – de geste esquissé en geste assumé qui de la tribune gagne petit à petit la salle – la droite peut se trouver polluée, engluée dans ces immondes scories, entraînée dans une identique et tout aussi tragique impasse. Aussi, en un mot comme en cent : à mon humble avis, un salutaire et vigoureux coup de pompe dans le train des fauteurs de mauvais geste s’impose. Dès maintenant.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Ces chaînes qu’on abat: petit mode d’emploi

Les éventuels scandales ou dérapages à l’antenne ne sont que des prétextes : un système politique et médiatique endogame est ravi de pouvoir faire taire les esprits trop libres s’exprimant sur C8. Une minable comédie totalitaire, observe notre chroniqueur


L’Arcom est un obstacle à la démocratie et à la liberté d’expression. L’autorité de régulation de l’audiovisuel, qui a obtenu du Conseil d’Etat, mercredi, la confirmation de l’éviction de C8 et de NRJ 12 de la TNT à la fin de ce mois, est un instrument politique au service de la pensée officielle. Son président, qui fait surveiller le contenu des débats télévisés, est d’ailleurs choisi par le chef de l’Etat.

Rappels à l’ordre

En l’occurrence, s’agissant de C8 (400 salariés), l’Arcom a voulu punir une des chaînes du groupe Bolloré, coupable d’excès de liberté à travers Cyril Hanouna. Or, comme j’ai pu le mesurer pour avoir été la cible de quelques-uns de ses « rappels à l’ordre » pour des propos sur CNews, la manipulation des faits, l’intimidation, la censure sont des procédés de voyous qu’applique cette officine militante. Je les rappelle ici, en illustration du conseil de Taine : « Tenez-vous en à l’essentiel, c’est-à-dire à l’anecdote ». Car la malhonnêteté des manœuvres témoigne, au-delà de mon cas, d’une volonté de salir la chaîne. Je passe sur mon exclusion, sous la pression de l’Arcom, de l’antenne de CNews durant quatre semaines en juin dernier, au nom d’un équilibre des temps de paroles pour les législatives. Surtout, par deux fois, ce même tribunal arbitraire a usé d’accusations fabriquées par des groupes de pression. Je rappelle rapidement la première fausse « polémique » : elle avait été créée parce que j’avais en effet déclaré, le 21 avril 2017, que 50% des jeunes musulmans (15-25 ans) se réclamaient, en France, de la loi islamique (la charia), appliquée par l’Etat islamique. J’avais été accusé de mensonge et d’islamophobie. Or, je commentais un sondage de l’Institut Montaigne de septembre 2016. Ce pourcentage a depuis largement augmenté. L’Arcom avait choisi de ne suivre que l’islamosphère, sans regarder les éléments de mon commentaire. J’avais été présumé coupable.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: L’État de droit, c’est de gauche!

Minable comédie totalitaire

La deuxième accusation portée par l’Arcom est plus grave. Elle concerne une déformation malveillante d’une analyse tenue dans L’Heure des pros 2, le 2 février 2022. Je m’en suis déjà expliqué. Le Monde daté de vendredi avalise à nouveau ce travail de faussaire, sous la signature d’Aude Dassonville. A l’époque, je voulais rappeler, dans une critique des excès de la politique hygiéniste sur le Covid et en réponse à un parallèle fait par Didier Raoult sur un risque de dérive concentrationnaire, que le ghetto de Varsovie avait été créé en 1940 par les nazis au prétexte d’instituer une « zone d’épidémie ». Ce fait historique est incontestable. Mais l’Arcom, emboitant le pas à une cabale lancée par un journaliste de Télérama à cause de mes critiques contre les vaccins expérimentaux, avait feint de croire que je justifiais la politique nazie, sans rien vouloir entendre du sens de ma démonstration ni même de mes clarifications écrites. Elle en profitait pour accuser CNews de manque « d’honnêteté et de rigueur » dans la conduite du débat. Or la Cour européenne des droits de l’homme, dans une décision du 6 février rejetant un recours de CNews sur cette affaire, est venue elle aussi cautionner cette manipulation de mes propos, en les jugeant même « sans ambiguïté » et en introduisant de surcroit une suggestion diffamante sur une possible « négation de faits historiques ». Les procès staliniens procédaient de la sorte. Certes, je n’ai été condamné à rien dans cette minable comédie totalitaire. Mais les bidouillages du système démontrent que CNews reste la chaîne à abattre. Tous les coups restent permis.

Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

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Beat Generation

La Philharmonie de Paris pousse les meubles, accroche une boule à facette au plafond et monte le son pour une exposition consacrée à la Disco jusqu’au 17 août 2025. Des rues de New-York aux platines, quand cette musique issue des minorités était majoritaire et populaire…


Il y eut bien quelques mauvais coucheurs dans le courant des années 1970. Réfractaires au beat et à la simplicité métronomique. Arcboutés à leur rock croulant et jaloux de leur pré-carré musical, comme avant eux, les puristes du jazz se disloquèrent en chapelles assassines. Certains allèrent même jusqu’à brûler les disques disco car ils avaient perdu la bataille commerciale, notamment sur les ondes américaines. La radio avait choisi son camp, les corps qui ondulent et les peaux qui se frôlent dans un feulement érotique, sous la chaleur d’un club enfumé, avec comme seule destinée, le petit matin. La joie de sortir d’une discothèque, huileux, en sueur et heureux, et puis de reprendre son boulot alimentaire, dans une administration tatillonne ou une grande entreprise prédatrice.

Dernière extase avant la globalisation

La Disco avait anticipé le spleen de la globalisation, elle était son remède, cette porte de sortie éphémère qui accepte la veulerie du monde mais nous réserve quelques heures d’extase. La nuit, tout est permis. Car la Disco est sexuelle et cathartique. Elle ne minaude pas comme le rock puritain qui se pratique dans des garages entre garçons empêchés. Explicite, démonstrative, charnelle, voyeuriste, sans dessein politique si ce n’est faire la fête, courtermiste, ne promettant pas de jours meilleurs, plutôt une accalmie passagère. La Disco est une musique de l’instant, du partage, en compagnie d’inconnus, elle rebat les cartes, le temps d’une soirée. Elle raccommode les âmes esseulées sur des sons trafiqués et des voix perchées ; les aigus, les paillettes, les talons, les frasques, les divas et les bannis ne lui font pas peur. Tous les faux rebelles en blouson clouté, lourdaud avec leur purée électrique à saturation, martyrs en carton-pâte, en prirent pour cinq ans.

A lire aussi, du même auteur: La fin du Macumba

Entre 1975 et 1980, ils disparurent du paysage. Tous les groupes de rock, des Rolling Stones à Blondie firent allégeance à la Disco, ils obtinrent même à cette occasion leur plus grand succès. La Disco était bénéficiaire, trop bénéficiaire, la crue était prévisible, le cinéma, la mode, les corn flakes, tout se vendait sous le label Disco. On dansait Disco, on s’habillait Disco, on se divertissait Disco. La surproduction lui coupa les ailes et aussi, elle fut victime d’un délit de sale gueule. La Disco n’était pas assez sérieuse, elle était l’avatar d’un consumérisme sans fin, les raisonneurs la prirent en grippe, on devait avoir un peu honte d’être Disco, elle était trop populaire pour être idéologiquement crédible.

Pas sectaire, pas communautariste

La Philharmonie revient sur ses origines, elle retrace son explosion dans une « Grosse Pomme » en crise budgétaire, sécuritaire et complètement à l’abandon, dans une Amérique parcellisée où les communautés homosexuelles se cachaient pour s’aimer et danser ensemble. La Disco est née dans les quartiers pauvres, chez les afro-américains par l’entremise de DJ latinos et italiens ; pas sectaire, pas bégueule, elle n’avait pas vocation à rester dans l’entre-soi. L’exposition n’oublie pas ses racines françaises. Nous n’avons pas de pétrole mais nous avons inventé la discothèque après-guerre. De Cerrone à Patrick Juvet, des visionnaires Jacques Morali et Henri Belolo, sans oublier la Queen Sheila et son indétrônable « Spacer », les Français ont apporté à la Disco, un son que, je qualifierais, de boulevardier, avec des relents de bords de Marne, un populisme gouailleur et entraînant.

L’exposition ne manque pas de charme dans un décor éclairé au stroboscope, elle présente des costumes de scènes, l’évolution du matériel audio (Revox), des photos du Studio 54 et des fiertés militantes ; bien sûr, il y a Travolta, Donna et Diana, l’extatique Sylvester et le non moins charismatique Teddy Pendergrass. À voir également la belle série Paradise Discothèque du Turinois Antonio La Grotta qui a photographié les ruines des boîtes-usines italiennes des années 1980 : Colosseo, Divina, Egyptia, Ultimo Impero…Et surtout la bande-son permanente est un appel démoniaque à danser ; quand vous entrez dans une expo et que les voix de Thelma Houston et de Eartha Kitt résonnent, vous avez le sourire et une pêche d’enfer.

Informations pratiques: https://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/exposition/27966-disco

Monsieur Nostalgie

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Les joyaux de l’Opéra

La bibliothèque-musée de l’Opéra de Paris dévoile une partie de son éblouissante collection de bijoux de scène. Des pièces d’orfèvrerie qui relèvent de la haute joaillerie et qui, pour certaines, remontent à la Restauration. L’histoire de ces tiares, diadèmes, couronnes et colliers regorgeant de perles et de brillants est, en soi, un conte de fées.


Il était une fois un puissant royaume dont le roi se nommait Opéra et la reine s’appelait Danse. Ils régnaient dans un splendide palais au sein duquel existait une salle fort retirée, enfouie dans les brumes de l’oubli. Personne à la Cour n’en savait la destination et nul depuis des lustres n’aurait pensé s’y hasarder. Or, il advint que la clef de cette chambre mystérieuse fut un jour remise à une noble dame nouvellement arrivée et qui reçut le commandement d’en retirer tout ce qui s’y pouvait receler. C’était une bien étrange aventure qui survenait là. La dame n’avait nulle conscience de la tâche dont on la chargeait. Et quand il lui fut enfin donné d’ouvrir cette porte, elle pensa sur le seuil défaillir d’étonnement : dans les vitrines qui tapissaient les murailles, sur des tables immenses, dans les armoires, ce n’était que ruissellement de couronnes, de diadèmes, de tiares, de colliers, de pectoraux, de bracelets, de broches, de pendentifs ; que cascades de diamants, d’émeraudes, de rubis, de saphirs, d’améthystes et de perles fines.

Si l’on écrivait encore des contes à la manière de jadis, voilà comment on pourrait relater l’extraordinaire aventure qui advint en 1980 à une dame détachée, à sa demande, par l’Éducation nationale, auprès de l’Opéra de Paris. À peine installée dans les murs de l’institution, Danièle Fouache fut effectivement chargée de libérer une vaste pièce perdue dans l’immensité du Palais Garnier afin de ménager un nouvel espace qu’on destinait aux ateliers de confection de costumes, et d’en déposer pêle-mêle le contenu dans les combles. « On m’avait donc confié la clef de la mystérieuse chambre et tout comme l’héroïne de Barbe bleue, j’en ouvris la porte dans une parfaite ignorance de ce qui m’attendait. Et comme je suis émotive, je faillis m’évanouir en découvrant le contenu ! »

À lire aussi, Raphaël de Gubernatis : Le « Boléro », les mystères d’un chef-d’œuvre

Près de 10 000 joyaux étaient accumulés là sans que nul, alors, ne s’en soucie : des ornements accumulés depuis l’inauguration de l’Opéra en 1875 et qu’avaient portés toutes les impératrices, les princesses, les rois, les tsars, les princes, les courtisanes, les bayadères des opéras et des ballets du répertoire. « L’Opéra n’était en ce temps qu’une maison de production, soupire Danièle Fouache. On y vivait au rythme de la saison lyrique et chorégraphique et on n’y avait pas encore acquis la notion de conservation du patrimoine. » Tout était relégué là sans qu’il n’y ait personne pour soupçonner la richesse, l’ampleur et l’intérêt de ces merveilles. Ainsi s’était assoupi un fabuleux trésor sur lequel ne veillait nul terrible dragon, et dans lequel, parfois, des costumiers barbares s’en allaient puiser, démontant, saccageant sans vergogne ces merveilles de la joaillerie pour créer à moindres frais de nouveaux ornements.

Des bijoux dignes des maisons royales

Ces bijoux magnifiques, destinés à exalter des personnages hors norme et à resplendir de loin, avaient été dessinés par des décorateurs, des costumiers fameux et façonnés par les orfèvres des quartiers du Marais, ceux-là mêmes qui œuvraient pour les grands joailliers de la place Vendôme. Puis, dès les années 1930, par souci d’économie et parce que le goût avait changé, par les ateliers mêmes de l’Opéra.

Certes, à l’exception de la turquoise, de l’opale ou du corail, les pierreries sont fausses, les perles sont faites de verre soufflé dans lequel on a instillé quelque liquide afin de leur conférer le plus bel orient. Mais le raffinement et la splendeur des parures créées par les ateliers d’orfèvres étaient parfaitement semblables aux ouvrages de la haute joaillerie. Avec des bijoux de scène dont les plus anciens datent peut-être de la Restauration, l’ensemble est unique au monde. Et personne n’en avait conscience. Comme on n’avait pas eu conscience, au début de la Troisième République, de l’immense valeur historique et vénale que représentait l’ensemble des joyaux de la Couronne : 77 486 pierres et perles composant des chefs-d’œuvre furent dispersées, vendues à perte en 1887 par haine de la monarchie et par mépris républicain du patrimoine.

Et comment les faire resplendir…

En 2004, un quart de siècle après cette découverte, lors d’une exposition malicieusement titrée « L’Air des bijoux » (on avait encore quelque esprit), près de 400 pièces d’orfèvrerie ont été présentées dans la rotonde des abonnés, à l’Opéra, caverne idéale pour abriter de tels trésors et qui s’est fait l’écho, durant six mois, de celle d’Ali Baba. Des trésors alors restaurés par les élèves du lycée de la bijouterie Nicolas-Flamel, à Paris.

A lire aussi: Le plaisir d’être trompé

Vingt ans plus tard, alors que 4 000 de ces ornements sont désormais sous la sauvegarde de la bibliothèque-musée de l’Opéra, et donc de la Bibliothèque nationale, on ne montre que 70 pièces de ce trésor de légende. Un rien dans cette immensité qui fait immanquablement penser aux présents qu’offre l’Inca à Tintin dans Le Temple du soleil avant de lui découvrir, pour taire ses scrupules, les centaines de jarres débordantes d’or et de pierreries alignées dans une gigantesque salle souterraine ; mais un rien d’un luxe inouï, digne d’être confronté aux joyaux des maisons souveraines d’Europe, et porté par tous les héros et les héroïnes du répertoire.

Jusque-là, leur seule magnificence avait suffi pour exposer ces joyaux. Avec le temps est apparue la nécessité d’étoffer le propos : les 70 ornements sont présentés dans un tout autre esprit. Aujourd’hui, des recherches poussées les resituent au cœur des ouvrages lyriques ou chorégraphiques pour lesquels ils ont été créés et rappellent les artistes qui les ont portés. Et grâce aux maquettes de décors, aux affiches, aux vidéos, on les redécouvre dans le cadre au sein duquel ils ont resplendi.

« Bijoux de scène de l’Opéra de Paris ». Jusqu’au 28 mars 2025, bibliothèque-musée de l’Opéra de Paris.

Adieu, Daniel !

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Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


Le peintre amiénois Daniel Grardel est décédé, au cours de la nuit du samedi 15 au dimanche 16 février ; son corps a été retrouvé par un promeneur, dimanche matin, sur une plage de Concarneau (Finistère). Il était mon ami. Daniel était un homme épatant, généreux, drôle, terriblement littéraire et rock’n’roll.

Toute sa carrière professionnelle avait été celle d’un instituteur (il aimait ce mot qui représentait une autre époque au cours de laquelle la République tenait encore un rôle primordial dans la société française) ; il avait enseigné à Aubigny, à Corbie, puis à Amiens. Mais la grande passion de sa vie, c’était la peinture. Il s’y adonnait avec une gourmandise et une volupté rares.

A l’instar d’un Clovis Trouille, ses toiles pouvaient être provocatrices ; on y voyait des filles peu vêtues, souvent en galantes compagnies et/ou en capiteuses positions. Il se moquait du puritanisme désolant et castrateur, de l’ultra-féminisme navrant et imbécile, du wokisme buté et intolérant. Il vénérait le vrai rock’n’roll, celui de sixties et seventies, la chanson française qui n’avait pas froid aux moustaches. Tout cela l’avait conduit à se lier d’une forte amitié au chanteur Lucky Blondo à qui il rendait souvent visite à Concarneau. (C’était le cas en ce funeste week-end.)

Toutes ces passions et ces valeurs, nous réunissaient également ; elles consolidaient notre vieille connivence. Lorsqu’en 2009, il avait fallu illustrer mon recueil de nouvelles assez épicées, Petite garce, Jean-Yves Reuzeau, éditeur du Castor astral, et moi-même, avions tout naturellement fait appel à son talent ; il nous avait peint une adorable brune en nuisette, posant de dos sous le regard émerveillé d’un homme qui ressemblait fort à Serge Gainsbourg.

C’est encore lui qui, fin 2023, avait adapté trois de mes nouvelles en bandes dessinées pour le recueil L’Hibernation (éditions des Soleils bleus). Ce fut l’occasion de rencontres rigolotes et festives. Il y avait aussi, entre nous, des coïncidences qui nous faisaient sourire : lorsque ma chronique Les Dessous chics quitta les colonnes du Courrier picard pour être hébergées par le site web de Causeur, le premier texte que je livrai lui était consacré.

Il avait eu la bonne idée de réunir à la galerie de La Dodane, dans le quartier Saint-Leu, à Amiens, quelques-unes de ses œuvres, et des écrivains qui, chaque jour, venaient signer leurs ouvrages et rencontrer les lecteurs. Je faisais bien sûr partie de l’événement qui connut un vif succès.

Or, en 2005, quand je lançais mon prône dominical dans le quotidien de Picardie, dans ce premier article j’évoquais mon Daniel et sa rencontre manquée, au cours de l’été 1998, avec l’une de ses idoles, Nino Ferrer, qui venait de choisir de passer à l’Orient éternel des bluesmen blancs. Aujourd’hui, c’est toi, l’ami, qui nous quitte. Ta peinture foraine, colorée et sensuelle reste avec nous, imparable, singulière et forte. Tu nous manques déjà. Je ne t’oublierai pas.

Sur l’élégance masculine (donc anglaise…)

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Savoir s’habiller avec classe et élégance, c’est tout un art ! Le Guide du style classique et sartorial nous propose une claire synthèse sur les fondamentaux de l’élégance masculine, du costume aux chaussures, en passant par la cravate.


Au milieu d’un avachissement devenu la règle, avec cette peur panique, si générale, de sortir du lot grisâtre et synthétique, tâcher d’incarner un idéal d’excellence et d’autonomie, incarner chacun à sa manière la rébellion du gentilhomme contre la barbarie contemporaine me semblent de jolis défis pour les Insulaires d’aujourd’hui. Offrir aux regards une silhouette intemporelle, avec juste assez de désinvolture, n’est-ce pas pratiquer une diététique pour lutter contre la douleur que suscite le monde moderne ? Par sa posture, incarner le vestige, le revenant, celui qui, debout au milieu des ruines, témoigne de sa différence, quel exaltant programme ! Cette posture a été illustrée par quelques essais classiques : les introuvables De l’Élégance masculine, de la regrettée Tatiana Tolstoï, et Le Chic anglais, de l’illustre James Darwen (1990 ; les livres illustrés de l’Américain Bruce Boyer, du Britannique James Sherwood ou du Français Julien Scavini, lui-même tailleur. Sans oublier le Chouan des villes, dont j’ai parlé ailleurs).

A lire aussi du même auteur: L’élégance masculine, ce savoir-vivre

Voilà qu’un collectif regroupé autour des éditions de l’Honnête Homme – tout un programme ! – nous propose une claire synthèse sur les fondamentaux de l’élégance masculine, celle, classique au suprême du gentleman d’aujourd’hui. Après avoir défini le style classique comme une discipline, voire comme une ascèse, à mille lieues de la mode qui vieillit si vite (et coûte un bras pour des résultats parfois pitoyables), nos mystérieux rédacteurs réunis en soviet étudient les pièces de la garde-robe classique, sobre à souhait et adaptée à toutes les situations. Le modèle ? L’ancien Prince de Galles, devenu Charles III, bien entendu ! Comment choisir un costume ? Anglais ou italien (je connais ma réponse) ? Et la cravate ? Les chaussures ? Le pardessus ? Par trop française, leur vision manque parfois de cette fantaisie, de cette touche d’humour British qui font la différence. Rien sur les chapeaux ni sur les bijoux (mais un gentilhomme porte-t-il des bijoux ?). En revanche, un précieux annuaire des grandes maisons et des tuyaux pour trouver de belles pièces en seconde main, car l’élégance n’est pas une question d’argent, mais bien de goût et de méthode. L’allusion au port du scapulaire, tout à la fin, étonne par son caractère un tantinet incongru… ne manquant pas d’une sorte de panache.


Le Guide du style classique et sartorial, Editions de l’Honnête Homme, 250 pages.

De l'elegance masculine

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Le chic anglais

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Les nobles voyageurs: Journal de lectures

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Mime la mort

Avec Thanatose, Frédéric Bécourt signe un roman acide sur une époque où la virtualité l’emporte sur le réel.


Frédéric Bécourt publie un roman tous les deux ans ; c’est un rythme élevé que je lui souhaite de tenir. Je m’étais fait l’écho – enthousiaste – de ses deux premiers romans, dans Causeur, où son univers, proche de Michel Houellebecq, n’était pas tendre avec notre époque, c’est le moins que l’on puisse écrire. Ses héros n’étaient pas au mieux de leur forme, et le gris était la couleur dominante. Avec Thanatose, Guillaume Labarthe, le personnage principal, est même carrément mort. Enfin, pas tout à fait. Il simule la mort, semble-t-il malgré lui. C’est un phénomène assez rare, observé chez quelques espèces animales, notamment l’araignée, désigné sous le vocable scientifique de « thanatose ».

Époque épatante

Guillaume est un garçon falot, sans colonne vertébrale, comme il en existe tant de nos jours. À bientôt trente ans, il vit encore chez sa mère, l’acariâtre Mina, autocentrée, heureuse de « posséder » encore sa progéniture. Le père est mort, il ne sera nommé « papa » qu’à la dernière page du roman. Dire que le contexte familial est peu épanouissant relève de la litote. Il sort rarement, car il gagne sa vie sur internet, comme coach en jeux vidéo. L’époque est épatante, non ? Il a cependant une compagne, Alice. Un jour, elle lui propose de participer à une distribution de colis alimentaires à la permanence du Secours Catholique, située dans le quatorzième arrondissement de la capitale. Ça part d’un bon sentiment tout ça. Mais un marginal, sans volonté terroriste religieuse revendiquée, je le précise, entre dans la petite permanence et tire dans le tas. Bilan : quatre morts, dont la gentille Alice. Guillaume, quant à lui, il tombe, même pas mort, juste « sans vie », le coup de la thanatose.

À lire aussi, Pascal Louvrier : Frédéric Bécourt ou le vent printanier

Sorti de l’hôpital, il recommence son petit train train quotidien, égoïste et porté sur le virtuel. Dans le métaverse, il va retrouver le double de sa compagne, bien morte elle, sous la forme de l’avatar « calisson2803 », le surnom que lui donnait son père quand elle était une gamine. Il y a alors des échanges nocturnes sur la toile. L’avatar sait taper là où la cicatrice reste douloureuse. « Si t’étais un homme tu serais mort à ma place », balance « calisson2803 ».

Réalité parallèle

Bécourt se lance alors dans une critique aigre-douce du monde contemporain dominé paradoxalement par la virtualité et le rationalisme. La clé de ce dialogue virtuel est peut-être donnée par le Dr Hamani, une « jolie brune un peu trop maigre », psy de quarante ans. Extrait : « (…) votre psychisme, déclare doctement Hamani, refuse de traiter ce qui vous est arrivé. Il ne nie pas les événements, si vous voulez, mais il les repousse en fabriquant une autre réalité. » Et encore : « En réalité, il s’agit d’une question de survie pour lui : il n’a pas la faculté de s’adapter, alors il se ment. »

Bécourt, en prenant soudain de l’altitude, souligne ce qui est en train de gravement nuire à notre civilisation.

Frédéric Bécourt, Thanatose, Héliopoles. 258 pages

Thanatose

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Tant qu’il y aura des films

Un immense cinéaste français qu’il faut sans cesse redécouvrir, un film monstre sur un architecte de génie et un film intransigeant sur la Corse : demandez le programme !


Cinq films de Julien Duvivier. Sortie le 26 février

Conteur

Julien Duvivier retrouve les salles avec cinq films restaurés, témoins de son génie sombre et romanesque. Une occasion rêvée de redécouvrir un maître du cinéma français.


« J’aime passionnément les films de Julien Duvivier. Parce qu’ils véhiculent un pessimisme magnifique qui me convient, des noirceurs romanesques qui me touchent infiniment. Le plus beau est sans nul doute Pépé le Moko, qui est d’ailleurs un de mes films préférés. » Cette déclaration d’amour cinéphile enflammée, on la doit à Patrice Leconte dans les colonnes de L’Avant-Scène Cinéma. Le réalisateur de Monsieur Hire sait d’autant mieux de qui et de quoi il parle que son film, sorti en 1989, était adapté d’un roman de Georges Simenon, Les Fiançailles de Monsieur Hire, que Duvivier avait déjà porté à l’écran en 1947 sous le titre Panique. La société de distribution Les Acacias a l’excellente idée de ressortir sur les écrans en version restaurée cinq films de Duvivier :  David Golder (1931), Les Cinq Gentlemen maudits (1932), Poil de carotte (1932), La Tête d’un homme, tous les quatre avec le génial Harry Baur dans le rôle principal, et Pépé le Moko (1937), ce chef-d’œuvre avec Jean Gabin, aux côtés de la sulfureuse Mireille Balin.

Soit un quintette de films fort différents, mais tous passionnants et réussis. Ce qui donne l’occasion de revenir sur le bel éclectisme de la riche filmographie de Duvivier (70 films, de 1919 à 1967). Le réalisateur a commencé sa carrière alors que le cinéma était encore muet, en 1919 avec Haceldama ou le Prix du sang. Durant cette période « muette », il réalise pas moins de 20 films dont une première version de Poil de carotte, d’après Jules Renard, ainsi qu’une talentueuse adaptation du roman de Zola, Au bonheur des dames. Les cinq films qui ressortent appartiennent à la période suivante, de 1931 à 1945, que l’on peut regrouper sous l’appellation « les parlants d’avant-guerre ».

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Le premier est plutôt une rareté : David Golder, adapté du roman d’Irène Némirovsky, est le premier film parlant du cinéaste et sa première collaboration avec l’immense acteur Harry Baur. Dans Les Cinq Gentlemen maudits, adapté d’un roman d’André Reuze sur la malédiction des pharaons, il donne la réplique à René Lefèvre et Robert Le Vigan. Fait assez rare, Duvivier adapta deux fois un même roman à six ans d’intervalle. Après la version muette de Poil de carotte, il confie à Harry Baur, en 1932, le rôle de Monsieur Lepic.

C’est une lecture absolument juste et bouleversante du terrible récit de Renard, avec sa fameuse formule : « Les orphelins ne connaissent pas leur bonheur… » Dans La Tête d’un homme, adaptation du roman de Simenon, Duvivier donne à Harry Baur la lourde tâche d’incarner le commissaire Jules Maigret, et modifie la chronologie du récit : son scénario, à l’inverse du roman, s’ouvre sur le crime et nous dévoile le coupable. C’est à l’époque la troisième adaptation cinématographique d’un livre de Simenon qui deviendra par la suite l’un des écrivains les plus portés à l’écran. L’ultime film du programme est assurément le plus connu, notamment parce qu’il est l’un des plus grands rôles de Jean Gabin. Ce dernier y incarne le rôle-titre : le « Mocco » ou « Moko », nom que donnaient les marins bretons à leurs collègues toulonnais, notamment pour singer l’une de leurs expressions provençales favorites « em’aco » (« et avec ça » en français).

Cinq Duvivier pour bien commencer l’année, sinon rien.

Pour en finir avec le « e féminisant »

Lassé de trouver dans la presse — et souvent dans des livres — ces barbarismes affreux que sont « auteure », « professeure » ou « docteure », notre chroniqueur a entrepris d’expliquer une fois pour toutes ce que sont les règles de féminisation des noms. Et quelles sont les sources de tant de formes inappropriées, imposées par des rédactions wokistes ou apeurées à des lecteurs qui méritent mieux.


Donc, « petit » => « petite ». Parfait. Nous avons tous appris il y a lurette la formation des adjectifs au féminin, par adjonction d’un -e, précédé parfois d’une variable combinatoire : moteur => motrice.

À noter qu’il existe aussi des faux-amis cocasses. Ainsi, « salope » n’est pas le féminin de « salaud ». Un féminin « salaude » a existé — Apollinaire l’emploie dans Les Onze mille verges —, mais il a été supplanté par cette « salope » issue du croisement de « sale » et de « hoppe », forme dialectale de « huppe », cet oiseau ayant la réputation d’être très sale… Par dérivation, on trouve parfois le masculin « salop » — chez Flaubert, par exemple.

Pourquoi le -e féminise-t-il l’adjectif ? Parce qu’il est issu d’un -a latin, marque du féminin dans nombre d’adjectifs — cf. bonus, bona, bonum. L’accusatif bonum a donné la forme masculine, et bona(m) a induit le féminin correspondant.

Le féminin, et non le femelle. Il faut être aussi inculte qu’Eliane Viennot, professeur émérite des ânes et de Clermont-Ferrand, pour confondre les deux. Ou alors il faut admettre que verge et bite, deux termes indiscutablement féminins du point de vue de la grammaire, sont femelles par essentialisation.

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C’est le même genre d’erreur, entre homo (l’être humain) et vir (l’homme par opposition à la femme) qui a conduit Olympe de Gouges à l’échafaud, après la parution de ses Droits de la femme et de la citoyenne. On ne plaisantait pas avec les contresens, à l’époque.

En s’appuyant sur cette tradition lexicale, des imbéciles qui ont trouvé leur Bac dans une pochette-surprise commercialisée par Lionel Jospin, Philippe Meirieu et Najat Vallaud-Belkacem, phares de la pensée moderne, ont stipulé qu’il suffisait d’ajouter un -e à des mots épicènes pour les « féminiser » — au sens sexualisé cette fois. « Professeur » / « professeure » — ce que j’appelle la finale marseillaise : « Tu fais quoi dans la vie » « Je suis professeureu, con ! »

Quitte — vous dire s’ils sont bêtes — à remplacer des mots implantés depuis des lustres par ces aberrations lexicales. « Docteure » tend ainsi à remplacer le très français « doctoresse ».

Quelques demi-habiles prétendent que de telles féminisations avaient cours au Moyen-Âge. Mais quel Moyen-Âge ? Quelle langue ? Le picard d’Adam de la Halle ? La norme anglo-normande de Marie de France ? Le francilien mâtiné de dialecte champenois de Chrétien de Troyes ? Ces demi-habiles savent-ils qu’au Moyen-Âge, l’adjectif au féminin ne prenait pas forcément de -e — d’où grand-mère

Le français a commencé à se fixer au XVIe siècle, et a été réglementé au XVIIe. Depuis, les modifications (les imparfaits en -oi — passés à la graphie -ai-, correspondant à la prononciation parisienne) furent à peine des ravalements de façade.

Sans compter qu’il y a des règles intangibles, et aucune pseudo-« modernité » ne peut durablement heurter les principes linguistiques issus du génie d’une langue. Les noms de métiers se féminisent aisément, le « marchand » s’accouple avec la « marchande » et le « docteur » avec la « doctoresse » — fort bien.

Mais les titres sont par nature épicènes (ils n’ont ni masculin, ni féminin). Un « maître de conférence » n’est pas une « maîtresse ». Je n’en veux pour preuve que le « Maître » des cours de justice, qui, malgré l’extrême féminisation des professions judiciaires, est resté inchangé, quel que soit le sexe du juriste. Si vous appelez « maîtresse » votre avocate (qui n’est pas un titre mais une fonction), comment la distinguerez-vous de celle avec qui vous jouez à la bête à deux dos ?

C’est ce qui fait qu’une péripatéticienne n’est pas exactement le pendant femelle d’un philosophe péripatéticien…

Dans Le Gendarme se marie, ineffable pellicule due à Jean Girault (1968), l’adjudant Gerber (joué par Michel Galabru), qui connaît la langue et le règlement sur le bout des doigts, donne du « madame la colonelle » à Claude Gensac, veuve d’un colonel de gendarmerie de Normandie. Une « colonelle » est, en français, l’épouse d’un colonel. Et Brigitte Macron doit être appelée « Madame la Présidente » en tant qu’épouse d’un Président. Si par aventure elle remplaçait son époux dans ses fonctions suprêmes, on devrait l’appeler « Madame le Président ».
C’est pour cette raison que dans Les Liaisons dangereuses, Madame de Tourvel est « la divine Présidente », parce qu’elle est la femme d’un Président de Parlement régional, futur cocu de l’histoire. Et pas parce qu’elle préside quoi que ce soit.

Ainsi, Anne Hidalgo est maire de Paris. On peut la désigner du doux vocable de « mairesse », autrefois utilisé pour désigner l’épouse d’un maire, mais qui a été utilisé pour désigner la fonction dans les années 1960. Evitez de dire « la maire », cela nous amènerait à des combinaisons inextricables où un frère et une sœur seraient issus de la même mère et de la même paire, mais pas forcément, s’ils se mariaient un jour, de la même maire.

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Quand la langue a forgé un féminin, autant l’utiliser. « Autrice » est préféré par l’Académie et par les Québécois, selon la féminisation des noms masculins en -teur (acteur / actrice) — et parce que la forme existe en latin (auctricem). Mais certainement pas « auteure ».

L’adjonction de ce -e n’existe d’ailleurs que pour les yeux, il ne peut être entendu, sauf sur la Canebière, puisqu’il est dit « muet ». C’est le même principe qui signe a priori la mort de l’écriture « inclusive », fort employée dans les universités, qui n’hésitent pas à s’adresser aux « étudiant·e·s » sans se soucier de la façon dont on pourrait (on ne peut pas) lire cet hippogriffe lexical à voix haute.

Ce qui nous amène à la cause profonde de ces féminisations absurdes.

Vous vous rappelez sans doute avoir appris qu’il existe en français des rimes féminines (qui se terminent par un -e muet), et des rimes masculines — toutes les autres. Rien à voir avec la « féminité » de ce qu’évoque le mot : « vagin » est masculin selon les règles de prosodie, et « couille » est féminin. S’il y a quelqu’un que cela gêne, c’est qu’il n’a pas dépassé le niveau du ricanement bête que l’on entend parfois dans les petites classes et chez les demeurés.

Je crains que les crétins qui féminisent des mots qui ne leur ont rien fait, sous prétexte de « désinvisibiliser » les femmes, se trompent de combat. Les hommes qui pratiquent des accouchements ne ronchonnent pas si on les appelle « sages-femmes », le mot étant depuis longtemps senti comme concaténé.

Et les marins-pompiers supportent-ils dans leurs rangs des « marines-pompières » ?

« Le maître de la langue, c’est l’usage », disait Vaugelas. L’usage général, celui de la majorité — pas celui des petits-maîtres de la presse de gauche. Après une légère hésitation, Le Figaro est revenu à un usage classique de la langue, et les autres y viendront : il suffira pour cela que quelques patrons un peu chatouilleux sur l’expression leur expliquent de quel côté souffle le vent de leur intérêt. On laissera alors Mediapart persister à écrire « professeure », ce qui participera de sa déconsidération générale.

L'école sous emprise

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Biathlon: saisie record des Douanes françaises!

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Le Français Eric Perrot, au centre, dirige un groupe d'athlètes lors de la course de départ en masse masculine lors des Championnats du monde de biathlon, le dimanche 23 février 2025, à Lenzerheide, en Suisse © Gian Ehrenzeller/AP/SIPA

Lors des championnats du monde de biathlon (sport qui conjugue ski nordique et tir à la carabine), clôturés dimanche 23 février, la France a brillé et remporté 13 médailles en 12 courses. Grâce à ses douaniers et douanières, bien épaulés par l’Armée…


Il y a un siècle, quand on apercevait sur les sommets enneigés un skieur en uniforme avec un fusil à l’épaule, c’était un douanier qui pourchassait les contrebandiers… Aujourd’hui quand on voit à la télé un skieur en combinaison moulante avec une carabine en bandoulière, c’est souvent un douanier, mais parti à la chasse aux médailles… La surveillance des frontières étant devenue une activité très limitée par les accords de libre circulation de l’Union Européenne, certains douaniers sont devenus biathlètes, des sportifs de haut niveau qui, fonctionnaires du ministère du Budget, rapportent de l’or et de l’argent, denrées rares par les temps qui courent à Bercy.

Lors des championnats du monde de Lenzerheide en Suisse, la France a ainsi fait un carton en saisissant 13 médailles (6 d’or, 2 d’argent, 5 de bronze). Avec une contribution directe (5 médailles individuelles) et indirecte (4 médailles en relais), mention spéciale aux Douanes, représentées par Emilien Jacquelin, Quentin Fillon-Maillet, Julia Simon et Justine Braisaz-Bouchet, ces deux dernières (mais jamais en course) étant licenciées en Savoie au Club des Sports des Saisies, cela ne s’invente pas.

Le palmarès est complété avec le renfort de l’Armée (3 médailles en relais, 3 médailles individuelles) qui au lever des couleurs présentait le sergent Lou Jeanmonnot, le sergent Eric Perrot et deux frangins des Vosges, le sergent Fabien Claude et le caporal Emilien Claude.

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Et la relève est assurée avec une jeune étudiante en Sciences du sport, Océane Michelon, 22 ans et 2 médailles, l’or en relais dames et l’argent lors de la Mass-star, la course des courses.1

De cette performance exceptionnelle une presse jamais enchantée par les collectifs non métissés ne fera pas forcément ses gros titres, parce que le biathlon, discipline de ski nordique, n’est pas un sport multiculturel mais une discipline «uniforme ». C’est un sport de Blancs sur fond blanc. Il ne doit rien à l’immigration. La seule neige qui tombe sur les banlieues n’est pas pour skier mais à sniffer, et le seul tir qui y est pratiqué n’est pas sportif mais criminel, avec uniquement des courses poursuites avec la police.

L’exploit est pourtant là : au tableau des médailles, la France a devancé la Suède, l’Allemagne, les États-Unis, l’Italie… et dominé la Norvège (seulement 9 médailles), nation reine qui pour le coup a perdu la tête. Avant les championnats, pressentant les succès français, l’ancien grand champion norvégien Ole Einar Bjoerndalen avait déjà dédouané ses compatriotes : « Chez nous il n’y a pas l’armée ou les douanes pour nous aider, on n’a pas de sécurité ». Mauvais perdant, il oublie que tous les Norvégiens naissent avec des skis aux pieds.


  1. ↩︎

Le détail des médaillés

DOUANES

Quentin FILLON MAILLET (l’or en relais simple, l’argent en relais hommes et deux médailles de bronze individuelles)
Émilien JACQUELIN (l’or en relais mixte)

Justine BRAISAZ-BOUCHET (l’or en relais dames, une médaille d’or et une médaille de bronze à titre individuel)
Julia SIMON (l’or en relais mixte, relais simple et relais dames, et une médaille d’or individuelle)

ARMEE

Éric PERROT – (l’or en relais mixte, l’argent en relais hommes, l’or et le bronze en individuel)

Émilien CLAUDE (l’argent en relais hommes)

Fabien CLAUDE (l’argent en relais hommes)

Lou JEANMONNOT (l’or en relais mixte et relais dames, le bronze à titre individuel)

STAGIAIRE

Océane MICHELON (l’or en relais dames, l’argent en individuel)

Mauvais geste

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Steve Bannon, Washington, 20 février 2025 © UPI/Newscom/SIPA

Jordan Bardella a annulé son intervention à la CPAC de Washington après qu’un geste assimilé à un salut nazi a été effectué par Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump. En réponse, Bannon s’est emporté et a violemment critiqué Bardella : « Jordan Bardella est une petite fille et un lâche. Il ne dirigera jamais la France. Il est pire que Macron. »


Nous avions eu celui d’Elon Musk en marge des célébrations de l’investiture présidentielle de Donald Trump. Nous avons eu, vendredi dernier, celui de Steve Bannon, à la tribune d’un rassemblement  international de conservateurs. Bras tendu, paume vers le bas dans l’un et l’autre cas. Également dans l’un et l’autre cas, on aura prétendu qu’il ne fallait y voir rien de plus qu’un coucou au public. Cependant, il y a maintes et maintes manières de saluer la foule. Depuis la chute du nazisme en 1945, des centaines, des milliers d’orateurs politiques de par le monde ont, dans la fièvre des meetings, salué du geste leurs militants. Une constante : tous avaient soin d’éviter une éventuelle assimilation au salut nazi. Manifestement, on n’en est plus exactement là. On s’y risque, on ose, on s’autorise la transgression. Comme si on cherchait à tester la recevabilité populaire de cette gestuelle si puissamment, si violemment connotée. On lâche le geste, une première fois, puis une seconde. On prétend qu’il ne s’agit nullement de ce qu’on croit, qu’on se méprend. Et on affirme que ceux qui trouvent à y redire, tel Jordan Bardella qui a renoncé à prendre la parole lors de ce rassemblement, ne sont que des « lâches », des fillettes, des petits garçons qui font pipi dans leur culotte. Bref des sous-hommes – pendant que nous y sommes, allons-y! – , oui des sous-hommes ceux-là mêmes que M. Bannon se fait un plaisir « d’emmerder » (sic). Et c’est bien là que le masque tombe. Parce que si certains peuvent encore feindre de croire à l’innocence du geste, le réquisitoire suscité par la prise de distance du président du R.N, lui, s’inscrit dans le droit fil de la rhétorique nazie. Tout y est : ne pas adhérer, ne pas souscrire, ne pas se soumettre c’est être un lâche. Quant à la lâcheté elle serait par essence une tare féminine, une déficience de fillette, une débilité de mioche qui pisse sous lui. Alors que le mâle, le vrai, le mâle de race – mais oui, puisque nous y voilà allons-y gaiement cette fois encore ! – ne se pose pas la moindre question et souscrit.

Je suis de ceux à qui ces gestes-là soulèvent le cœur, glacent les reins, vrillent l’esprit. Ils ne passent pas. (Pour autant, il ne me semble pas que j’en sois encore à m’oublier sous moi ?…) 

La droite doit, selon moi, se montrer désormais extrêmement vigilante, impitoyablement intransigeante sur ces écarts qui ne sont insignifiants qu’en apparence. La gauche s’est laissé gangrener par la lèpre d’une radicalisation sournoise et délétère qui l’a débordée et dont elle ne parvient plus à maîtriser les dérives. Si elle n’y prend garde – de geste esquissé en geste assumé qui de la tribune gagne petit à petit la salle – la droite peut se trouver polluée, engluée dans ces immondes scories, entraînée dans une identique et tout aussi tragique impasse. Aussi, en un mot comme en cent : à mon humble avis, un salutaire et vigoureux coup de pompe dans le train des fauteurs de mauvais geste s’impose. Dès maintenant.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Ces chaînes qu’on abat: petit mode d’emploi

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Le journaliste et polémiste Ivan Rioufol © Hannah Assouline

Les éventuels scandales ou dérapages à l’antenne ne sont que des prétextes : un système politique et médiatique endogame est ravi de pouvoir faire taire les esprits trop libres s’exprimant sur C8. Une minable comédie totalitaire, observe notre chroniqueur


L’Arcom est un obstacle à la démocratie et à la liberté d’expression. L’autorité de régulation de l’audiovisuel, qui a obtenu du Conseil d’Etat, mercredi, la confirmation de l’éviction de C8 et de NRJ 12 de la TNT à la fin de ce mois, est un instrument politique au service de la pensée officielle. Son président, qui fait surveiller le contenu des débats télévisés, est d’ailleurs choisi par le chef de l’Etat.

Rappels à l’ordre

En l’occurrence, s’agissant de C8 (400 salariés), l’Arcom a voulu punir une des chaînes du groupe Bolloré, coupable d’excès de liberté à travers Cyril Hanouna. Or, comme j’ai pu le mesurer pour avoir été la cible de quelques-uns de ses « rappels à l’ordre » pour des propos sur CNews, la manipulation des faits, l’intimidation, la censure sont des procédés de voyous qu’applique cette officine militante. Je les rappelle ici, en illustration du conseil de Taine : « Tenez-vous en à l’essentiel, c’est-à-dire à l’anecdote ». Car la malhonnêteté des manœuvres témoigne, au-delà de mon cas, d’une volonté de salir la chaîne. Je passe sur mon exclusion, sous la pression de l’Arcom, de l’antenne de CNews durant quatre semaines en juin dernier, au nom d’un équilibre des temps de paroles pour les législatives. Surtout, par deux fois, ce même tribunal arbitraire a usé d’accusations fabriquées par des groupes de pression. Je rappelle rapidement la première fausse « polémique » : elle avait été créée parce que j’avais en effet déclaré, le 21 avril 2017, que 50% des jeunes musulmans (15-25 ans) se réclamaient, en France, de la loi islamique (la charia), appliquée par l’Etat islamique. J’avais été accusé de mensonge et d’islamophobie. Or, je commentais un sondage de l’Institut Montaigne de septembre 2016. Ce pourcentage a depuis largement augmenté. L’Arcom avait choisi de ne suivre que l’islamosphère, sans regarder les éléments de mon commentaire. J’avais été présumé coupable.

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Minable comédie totalitaire

La deuxième accusation portée par l’Arcom est plus grave. Elle concerne une déformation malveillante d’une analyse tenue dans L’Heure des pros 2, le 2 février 2022. Je m’en suis déjà expliqué. Le Monde daté de vendredi avalise à nouveau ce travail de faussaire, sous la signature d’Aude Dassonville. A l’époque, je voulais rappeler, dans une critique des excès de la politique hygiéniste sur le Covid et en réponse à un parallèle fait par Didier Raoult sur un risque de dérive concentrationnaire, que le ghetto de Varsovie avait été créé en 1940 par les nazis au prétexte d’instituer une « zone d’épidémie ». Ce fait historique est incontestable. Mais l’Arcom, emboitant le pas à une cabale lancée par un journaliste de Télérama à cause de mes critiques contre les vaccins expérimentaux, avait feint de croire que je justifiais la politique nazie, sans rien vouloir entendre du sens de ma démonstration ni même de mes clarifications écrites. Elle en profitait pour accuser CNews de manque « d’honnêteté et de rigueur » dans la conduite du débat. Or la Cour européenne des droits de l’homme, dans une décision du 6 février rejetant un recours de CNews sur cette affaire, est venue elle aussi cautionner cette manipulation de mes propos, en les jugeant même « sans ambiguïté » et en introduisant de surcroit une suggestion diffamante sur une possible « négation de faits historiques ». Les procès staliniens procédaient de la sorte. Certes, je n’ai été condamné à rien dans cette minable comédie totalitaire. Mais les bidouillages du système démontrent que CNews reste la chaîne à abattre. Tous les coups restent permis.

Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

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Beat Generation

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Aquarius 2014 (Détail) © François Prost

La Philharmonie de Paris pousse les meubles, accroche une boule à facette au plafond et monte le son pour une exposition consacrée à la Disco jusqu’au 17 août 2025. Des rues de New-York aux platines, quand cette musique issue des minorités était majoritaire et populaire…


Il y eut bien quelques mauvais coucheurs dans le courant des années 1970. Réfractaires au beat et à la simplicité métronomique. Arcboutés à leur rock croulant et jaloux de leur pré-carré musical, comme avant eux, les puristes du jazz se disloquèrent en chapelles assassines. Certains allèrent même jusqu’à brûler les disques disco car ils avaient perdu la bataille commerciale, notamment sur les ondes américaines. La radio avait choisi son camp, les corps qui ondulent et les peaux qui se frôlent dans un feulement érotique, sous la chaleur d’un club enfumé, avec comme seule destinée, le petit matin. La joie de sortir d’une discothèque, huileux, en sueur et heureux, et puis de reprendre son boulot alimentaire, dans une administration tatillonne ou une grande entreprise prédatrice.

Dernière extase avant la globalisation

La Disco avait anticipé le spleen de la globalisation, elle était son remède, cette porte de sortie éphémère qui accepte la veulerie du monde mais nous réserve quelques heures d’extase. La nuit, tout est permis. Car la Disco est sexuelle et cathartique. Elle ne minaude pas comme le rock puritain qui se pratique dans des garages entre garçons empêchés. Explicite, démonstrative, charnelle, voyeuriste, sans dessein politique si ce n’est faire la fête, courtermiste, ne promettant pas de jours meilleurs, plutôt une accalmie passagère. La Disco est une musique de l’instant, du partage, en compagnie d’inconnus, elle rebat les cartes, le temps d’une soirée. Elle raccommode les âmes esseulées sur des sons trafiqués et des voix perchées ; les aigus, les paillettes, les talons, les frasques, les divas et les bannis ne lui font pas peur. Tous les faux rebelles en blouson clouté, lourdaud avec leur purée électrique à saturation, martyrs en carton-pâte, en prirent pour cinq ans.

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Entre 1975 et 1980, ils disparurent du paysage. Tous les groupes de rock, des Rolling Stones à Blondie firent allégeance à la Disco, ils obtinrent même à cette occasion leur plus grand succès. La Disco était bénéficiaire, trop bénéficiaire, la crue était prévisible, le cinéma, la mode, les corn flakes, tout se vendait sous le label Disco. On dansait Disco, on s’habillait Disco, on se divertissait Disco. La surproduction lui coupa les ailes et aussi, elle fut victime d’un délit de sale gueule. La Disco n’était pas assez sérieuse, elle était l’avatar d’un consumérisme sans fin, les raisonneurs la prirent en grippe, on devait avoir un peu honte d’être Disco, elle était trop populaire pour être idéologiquement crédible.

Pas sectaire, pas communautariste

La Philharmonie revient sur ses origines, elle retrace son explosion dans une « Grosse Pomme » en crise budgétaire, sécuritaire et complètement à l’abandon, dans une Amérique parcellisée où les communautés homosexuelles se cachaient pour s’aimer et danser ensemble. La Disco est née dans les quartiers pauvres, chez les afro-américains par l’entremise de DJ latinos et italiens ; pas sectaire, pas bégueule, elle n’avait pas vocation à rester dans l’entre-soi. L’exposition n’oublie pas ses racines françaises. Nous n’avons pas de pétrole mais nous avons inventé la discothèque après-guerre. De Cerrone à Patrick Juvet, des visionnaires Jacques Morali et Henri Belolo, sans oublier la Queen Sheila et son indétrônable « Spacer », les Français ont apporté à la Disco, un son que, je qualifierais, de boulevardier, avec des relents de bords de Marne, un populisme gouailleur et entraînant.

L’exposition ne manque pas de charme dans un décor éclairé au stroboscope, elle présente des costumes de scènes, l’évolution du matériel audio (Revox), des photos du Studio 54 et des fiertés militantes ; bien sûr, il y a Travolta, Donna et Diana, l’extatique Sylvester et le non moins charismatique Teddy Pendergrass. À voir également la belle série Paradise Discothèque du Turinois Antonio La Grotta qui a photographié les ruines des boîtes-usines italiennes des années 1980 : Colosseo, Divina, Egyptia, Ultimo Impero…Et surtout la bande-son permanente est un appel démoniaque à danser ; quand vous entrez dans une expo et que les voix de Thelma Houston et de Eartha Kitt résonnent, vous avez le sourire et une pêche d’enfer.

Informations pratiques: https://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/exposition/27966-disco

Monsieur Nostalgie

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Les joyaux de l’Opéra

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Broche pour Lohengrin et la princesse lointaine, 1912 © Charles Duprat, OnP

La bibliothèque-musée de l’Opéra de Paris dévoile une partie de son éblouissante collection de bijoux de scène. Des pièces d’orfèvrerie qui relèvent de la haute joaillerie et qui, pour certaines, remontent à la Restauration. L’histoire de ces tiares, diadèmes, couronnes et colliers regorgeant de perles et de brillants est, en soi, un conte de fées.


Il était une fois un puissant royaume dont le roi se nommait Opéra et la reine s’appelait Danse. Ils régnaient dans un splendide palais au sein duquel existait une salle fort retirée, enfouie dans les brumes de l’oubli. Personne à la Cour n’en savait la destination et nul depuis des lustres n’aurait pensé s’y hasarder. Or, il advint que la clef de cette chambre mystérieuse fut un jour remise à une noble dame nouvellement arrivée et qui reçut le commandement d’en retirer tout ce qui s’y pouvait receler. C’était une bien étrange aventure qui survenait là. La dame n’avait nulle conscience de la tâche dont on la chargeait. Et quand il lui fut enfin donné d’ouvrir cette porte, elle pensa sur le seuil défaillir d’étonnement : dans les vitrines qui tapissaient les murailles, sur des tables immenses, dans les armoires, ce n’était que ruissellement de couronnes, de diadèmes, de tiares, de colliers, de pectoraux, de bracelets, de broches, de pendentifs ; que cascades de diamants, d’émeraudes, de rubis, de saphirs, d’améthystes et de perles fines.

Si l’on écrivait encore des contes à la manière de jadis, voilà comment on pourrait relater l’extraordinaire aventure qui advint en 1980 à une dame détachée, à sa demande, par l’Éducation nationale, auprès de l’Opéra de Paris. À peine installée dans les murs de l’institution, Danièle Fouache fut effectivement chargée de libérer une vaste pièce perdue dans l’immensité du Palais Garnier afin de ménager un nouvel espace qu’on destinait aux ateliers de confection de costumes, et d’en déposer pêle-mêle le contenu dans les combles. « On m’avait donc confié la clef de la mystérieuse chambre et tout comme l’héroïne de Barbe bleue, j’en ouvris la porte dans une parfaite ignorance de ce qui m’attendait. Et comme je suis émotive, je faillis m’évanouir en découvrant le contenu ! »

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Près de 10 000 joyaux étaient accumulés là sans que nul, alors, ne s’en soucie : des ornements accumulés depuis l’inauguration de l’Opéra en 1875 et qu’avaient portés toutes les impératrices, les princesses, les rois, les tsars, les princes, les courtisanes, les bayadères des opéras et des ballets du répertoire. « L’Opéra n’était en ce temps qu’une maison de production, soupire Danièle Fouache. On y vivait au rythme de la saison lyrique et chorégraphique et on n’y avait pas encore acquis la notion de conservation du patrimoine. » Tout était relégué là sans qu’il n’y ait personne pour soupçonner la richesse, l’ampleur et l’intérêt de ces merveilles. Ainsi s’était assoupi un fabuleux trésor sur lequel ne veillait nul terrible dragon, et dans lequel, parfois, des costumiers barbares s’en allaient puiser, démontant, saccageant sans vergogne ces merveilles de la joaillerie pour créer à moindres frais de nouveaux ornements.

Des bijoux dignes des maisons royales

Ces bijoux magnifiques, destinés à exalter des personnages hors norme et à resplendir de loin, avaient été dessinés par des décorateurs, des costumiers fameux et façonnés par les orfèvres des quartiers du Marais, ceux-là mêmes qui œuvraient pour les grands joailliers de la place Vendôme. Puis, dès les années 1930, par souci d’économie et parce que le goût avait changé, par les ateliers mêmes de l’Opéra.

Certes, à l’exception de la turquoise, de l’opale ou du corail, les pierreries sont fausses, les perles sont faites de verre soufflé dans lequel on a instillé quelque liquide afin de leur conférer le plus bel orient. Mais le raffinement et la splendeur des parures créées par les ateliers d’orfèvres étaient parfaitement semblables aux ouvrages de la haute joaillerie. Avec des bijoux de scène dont les plus anciens datent peut-être de la Restauration, l’ensemble est unique au monde. Et personne n’en avait conscience. Comme on n’avait pas eu conscience, au début de la Troisième République, de l’immense valeur historique et vénale que représentait l’ensemble des joyaux de la Couronne : 77 486 pierres et perles composant des chefs-d’œuvre furent dispersées, vendues à perte en 1887 par haine de la monarchie et par mépris républicain du patrimoine.

Et comment les faire resplendir…

En 2004, un quart de siècle après cette découverte, lors d’une exposition malicieusement titrée « L’Air des bijoux » (on avait encore quelque esprit), près de 400 pièces d’orfèvrerie ont été présentées dans la rotonde des abonnés, à l’Opéra, caverne idéale pour abriter de tels trésors et qui s’est fait l’écho, durant six mois, de celle d’Ali Baba. Des trésors alors restaurés par les élèves du lycée de la bijouterie Nicolas-Flamel, à Paris.

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Vingt ans plus tard, alors que 4 000 de ces ornements sont désormais sous la sauvegarde de la bibliothèque-musée de l’Opéra, et donc de la Bibliothèque nationale, on ne montre que 70 pièces de ce trésor de légende. Un rien dans cette immensité qui fait immanquablement penser aux présents qu’offre l’Inca à Tintin dans Le Temple du soleil avant de lui découvrir, pour taire ses scrupules, les centaines de jarres débordantes d’or et de pierreries alignées dans une gigantesque salle souterraine ; mais un rien d’un luxe inouï, digne d’être confronté aux joyaux des maisons souveraines d’Europe, et porté par tous les héros et les héroïnes du répertoire.

Jusque-là, leur seule magnificence avait suffi pour exposer ces joyaux. Avec le temps est apparue la nécessité d’étoffer le propos : les 70 ornements sont présentés dans un tout autre esprit. Aujourd’hui, des recherches poussées les resituent au cœur des ouvrages lyriques ou chorégraphiques pour lesquels ils ont été créés et rappellent les artistes qui les ont portés. Et grâce aux maquettes de décors, aux affiches, aux vidéos, on les redécouvre dans le cadre au sein duquel ils ont resplendi.

« Bijoux de scène de l’Opéra de Paris ». Jusqu’au 28 mars 2025, bibliothèque-musée de l’Opéra de Paris.

Adieu, Daniel !

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Daniel Grardel, peintre amiénois © D.R.

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


Le peintre amiénois Daniel Grardel est décédé, au cours de la nuit du samedi 15 au dimanche 16 février ; son corps a été retrouvé par un promeneur, dimanche matin, sur une plage de Concarneau (Finistère). Il était mon ami. Daniel était un homme épatant, généreux, drôle, terriblement littéraire et rock’n’roll.

Toute sa carrière professionnelle avait été celle d’un instituteur (il aimait ce mot qui représentait une autre époque au cours de laquelle la République tenait encore un rôle primordial dans la société française) ; il avait enseigné à Aubigny, à Corbie, puis à Amiens. Mais la grande passion de sa vie, c’était la peinture. Il s’y adonnait avec une gourmandise et une volupté rares.

A l’instar d’un Clovis Trouille, ses toiles pouvaient être provocatrices ; on y voyait des filles peu vêtues, souvent en galantes compagnies et/ou en capiteuses positions. Il se moquait du puritanisme désolant et castrateur, de l’ultra-féminisme navrant et imbécile, du wokisme buté et intolérant. Il vénérait le vrai rock’n’roll, celui de sixties et seventies, la chanson française qui n’avait pas froid aux moustaches. Tout cela l’avait conduit à se lier d’une forte amitié au chanteur Lucky Blondo à qui il rendait souvent visite à Concarneau. (C’était le cas en ce funeste week-end.)

Toutes ces passions et ces valeurs, nous réunissaient également ; elles consolidaient notre vieille connivence. Lorsqu’en 2009, il avait fallu illustrer mon recueil de nouvelles assez épicées, Petite garce, Jean-Yves Reuzeau, éditeur du Castor astral, et moi-même, avions tout naturellement fait appel à son talent ; il nous avait peint une adorable brune en nuisette, posant de dos sous le regard émerveillé d’un homme qui ressemblait fort à Serge Gainsbourg.

C’est encore lui qui, fin 2023, avait adapté trois de mes nouvelles en bandes dessinées pour le recueil L’Hibernation (éditions des Soleils bleus). Ce fut l’occasion de rencontres rigolotes et festives. Il y avait aussi, entre nous, des coïncidences qui nous faisaient sourire : lorsque ma chronique Les Dessous chics quitta les colonnes du Courrier picard pour être hébergées par le site web de Causeur, le premier texte que je livrai lui était consacré.

Il avait eu la bonne idée de réunir à la galerie de La Dodane, dans le quartier Saint-Leu, à Amiens, quelques-unes de ses œuvres, et des écrivains qui, chaque jour, venaient signer leurs ouvrages et rencontrer les lecteurs. Je faisais bien sûr partie de l’événement qui connut un vif succès.

Or, en 2005, quand je lançais mon prône dominical dans le quotidien de Picardie, dans ce premier article j’évoquais mon Daniel et sa rencontre manquée, au cours de l’été 1998, avec l’une de ses idoles, Nino Ferrer, qui venait de choisir de passer à l’Orient éternel des bluesmen blancs. Aujourd’hui, c’est toi, l’ami, qui nous quitte. Ta peinture foraine, colorée et sensuelle reste avec nous, imparable, singulière et forte. Tu nous manques déjà. Je ne t’oublierai pas.

Sur l’élégance masculine (donc anglaise…)

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Le prince de Galles enfile une chemise et une cravate après un match de polo à Windsor, 1 janvier 1970 © HUSSEIN ANWAR/SIPA

Savoir s’habiller avec classe et élégance, c’est tout un art ! Le Guide du style classique et sartorial nous propose une claire synthèse sur les fondamentaux de l’élégance masculine, du costume aux chaussures, en passant par la cravate.


Au milieu d’un avachissement devenu la règle, avec cette peur panique, si générale, de sortir du lot grisâtre et synthétique, tâcher d’incarner un idéal d’excellence et d’autonomie, incarner chacun à sa manière la rébellion du gentilhomme contre la barbarie contemporaine me semblent de jolis défis pour les Insulaires d’aujourd’hui. Offrir aux regards une silhouette intemporelle, avec juste assez de désinvolture, n’est-ce pas pratiquer une diététique pour lutter contre la douleur que suscite le monde moderne ? Par sa posture, incarner le vestige, le revenant, celui qui, debout au milieu des ruines, témoigne de sa différence, quel exaltant programme ! Cette posture a été illustrée par quelques essais classiques : les introuvables De l’Élégance masculine, de la regrettée Tatiana Tolstoï, et Le Chic anglais, de l’illustre James Darwen (1990 ; les livres illustrés de l’Américain Bruce Boyer, du Britannique James Sherwood ou du Français Julien Scavini, lui-même tailleur. Sans oublier le Chouan des villes, dont j’ai parlé ailleurs).

A lire aussi du même auteur: L’élégance masculine, ce savoir-vivre

Voilà qu’un collectif regroupé autour des éditions de l’Honnête Homme – tout un programme ! – nous propose une claire synthèse sur les fondamentaux de l’élégance masculine, celle, classique au suprême du gentleman d’aujourd’hui. Après avoir défini le style classique comme une discipline, voire comme une ascèse, à mille lieues de la mode qui vieillit si vite (et coûte un bras pour des résultats parfois pitoyables), nos mystérieux rédacteurs réunis en soviet étudient les pièces de la garde-robe classique, sobre à souhait et adaptée à toutes les situations. Le modèle ? L’ancien Prince de Galles, devenu Charles III, bien entendu ! Comment choisir un costume ? Anglais ou italien (je connais ma réponse) ? Et la cravate ? Les chaussures ? Le pardessus ? Par trop française, leur vision manque parfois de cette fantaisie, de cette touche d’humour British qui font la différence. Rien sur les chapeaux ni sur les bijoux (mais un gentilhomme porte-t-il des bijoux ?). En revanche, un précieux annuaire des grandes maisons et des tuyaux pour trouver de belles pièces en seconde main, car l’élégance n’est pas une question d’argent, mais bien de goût et de méthode. L’allusion au port du scapulaire, tout à la fin, étonne par son caractère un tantinet incongru… ne manquant pas d’une sorte de panache.


Le Guide du style classique et sartorial, Editions de l’Honnête Homme, 250 pages.

De l'elegance masculine

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Le chic anglais

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Les nobles voyageurs: Journal de lectures

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Mime la mort

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Frédéric Bécourt © Olivier Allard

Avec Thanatose, Frédéric Bécourt signe un roman acide sur une époque où la virtualité l’emporte sur le réel.


Frédéric Bécourt publie un roman tous les deux ans ; c’est un rythme élevé que je lui souhaite de tenir. Je m’étais fait l’écho – enthousiaste – de ses deux premiers romans, dans Causeur, où son univers, proche de Michel Houellebecq, n’était pas tendre avec notre époque, c’est le moins que l’on puisse écrire. Ses héros n’étaient pas au mieux de leur forme, et le gris était la couleur dominante. Avec Thanatose, Guillaume Labarthe, le personnage principal, est même carrément mort. Enfin, pas tout à fait. Il simule la mort, semble-t-il malgré lui. C’est un phénomène assez rare, observé chez quelques espèces animales, notamment l’araignée, désigné sous le vocable scientifique de « thanatose ».

Époque épatante

Guillaume est un garçon falot, sans colonne vertébrale, comme il en existe tant de nos jours. À bientôt trente ans, il vit encore chez sa mère, l’acariâtre Mina, autocentrée, heureuse de « posséder » encore sa progéniture. Le père est mort, il ne sera nommé « papa » qu’à la dernière page du roman. Dire que le contexte familial est peu épanouissant relève de la litote. Il sort rarement, car il gagne sa vie sur internet, comme coach en jeux vidéo. L’époque est épatante, non ? Il a cependant une compagne, Alice. Un jour, elle lui propose de participer à une distribution de colis alimentaires à la permanence du Secours Catholique, située dans le quatorzième arrondissement de la capitale. Ça part d’un bon sentiment tout ça. Mais un marginal, sans volonté terroriste religieuse revendiquée, je le précise, entre dans la petite permanence et tire dans le tas. Bilan : quatre morts, dont la gentille Alice. Guillaume, quant à lui, il tombe, même pas mort, juste « sans vie », le coup de la thanatose.

À lire aussi, Pascal Louvrier : Frédéric Bécourt ou le vent printanier

Sorti de l’hôpital, il recommence son petit train train quotidien, égoïste et porté sur le virtuel. Dans le métaverse, il va retrouver le double de sa compagne, bien morte elle, sous la forme de l’avatar « calisson2803 », le surnom que lui donnait son père quand elle était une gamine. Il y a alors des échanges nocturnes sur la toile. L’avatar sait taper là où la cicatrice reste douloureuse. « Si t’étais un homme tu serais mort à ma place », balance « calisson2803 ».

Réalité parallèle

Bécourt se lance alors dans une critique aigre-douce du monde contemporain dominé paradoxalement par la virtualité et le rationalisme. La clé de ce dialogue virtuel est peut-être donnée par le Dr Hamani, une « jolie brune un peu trop maigre », psy de quarante ans. Extrait : « (…) votre psychisme, déclare doctement Hamani, refuse de traiter ce qui vous est arrivé. Il ne nie pas les événements, si vous voulez, mais il les repousse en fabriquant une autre réalité. » Et encore : « En réalité, il s’agit d’une question de survie pour lui : il n’a pas la faculté de s’adapter, alors il se ment. »

Bécourt, en prenant soudain de l’altitude, souligne ce qui est en train de gravement nuire à notre civilisation.

Frédéric Bécourt, Thanatose, Héliopoles. 258 pages

Thanatose

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Tant qu’il y aura des films

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Jean Gabin © Les Acacias

Un immense cinéaste français qu’il faut sans cesse redécouvrir, un film monstre sur un architecte de génie et un film intransigeant sur la Corse : demandez le programme !


Cinq films de Julien Duvivier. Sortie le 26 février

Conteur

Julien Duvivier retrouve les salles avec cinq films restaurés, témoins de son génie sombre et romanesque. Une occasion rêvée de redécouvrir un maître du cinéma français.


« J’aime passionnément les films de Julien Duvivier. Parce qu’ils véhiculent un pessimisme magnifique qui me convient, des noirceurs romanesques qui me touchent infiniment. Le plus beau est sans nul doute Pépé le Moko, qui est d’ailleurs un de mes films préférés. » Cette déclaration d’amour cinéphile enflammée, on la doit à Patrice Leconte dans les colonnes de L’Avant-Scène Cinéma. Le réalisateur de Monsieur Hire sait d’autant mieux de qui et de quoi il parle que son film, sorti en 1989, était adapté d’un roman de Georges Simenon, Les Fiançailles de Monsieur Hire, que Duvivier avait déjà porté à l’écran en 1947 sous le titre Panique. La société de distribution Les Acacias a l’excellente idée de ressortir sur les écrans en version restaurée cinq films de Duvivier :  David Golder (1931), Les Cinq Gentlemen maudits (1932), Poil de carotte (1932), La Tête d’un homme, tous les quatre avec le génial Harry Baur dans le rôle principal, et Pépé le Moko (1937), ce chef-d’œuvre avec Jean Gabin, aux côtés de la sulfureuse Mireille Balin.

Soit un quintette de films fort différents, mais tous passionnants et réussis. Ce qui donne l’occasion de revenir sur le bel éclectisme de la riche filmographie de Duvivier (70 films, de 1919 à 1967). Le réalisateur a commencé sa carrière alors que le cinéma était encore muet, en 1919 avec Haceldama ou le Prix du sang. Durant cette période « muette », il réalise pas moins de 20 films dont une première version de Poil de carotte, d’après Jules Renard, ainsi qu’une talentueuse adaptation du roman de Zola, Au bonheur des dames. Les cinq films qui ressortent appartiennent à la période suivante, de 1931 à 1945, que l’on peut regrouper sous l’appellation « les parlants d’avant-guerre ».

A lire aussi: Se fondre dans l’histoire

Le premier est plutôt une rareté : David Golder, adapté du roman d’Irène Némirovsky, est le premier film parlant du cinéaste et sa première collaboration avec l’immense acteur Harry Baur. Dans Les Cinq Gentlemen maudits, adapté d’un roman d’André Reuze sur la malédiction des pharaons, il donne la réplique à René Lefèvre et Robert Le Vigan. Fait assez rare, Duvivier adapta deux fois un même roman à six ans d’intervalle. Après la version muette de Poil de carotte, il confie à Harry Baur, en 1932, le rôle de Monsieur Lepic.

C’est une lecture absolument juste et bouleversante du terrible récit de Renard, avec sa fameuse formule : « Les orphelins ne connaissent pas leur bonheur… » Dans La Tête d’un homme, adaptation du roman de Simenon, Duvivier donne à Harry Baur la lourde tâche d’incarner le commissaire Jules Maigret, et modifie la chronologie du récit : son scénario, à l’inverse du roman, s’ouvre sur le crime et nous dévoile le coupable. C’est à l’époque la troisième adaptation cinématographique d’un livre de Simenon qui deviendra par la suite l’un des écrivains les plus portés à l’écran. L’ultime film du programme est assurément le plus connu, notamment parce qu’il est l’un des plus grands rôles de Jean Gabin. Ce dernier y incarne le rôle-titre : le « Mocco » ou « Moko », nom que donnaient les marins bretons à leurs collègues toulonnais, notamment pour singer l’une de leurs expressions provençales favorites « em’aco » (« et avec ça » en français).

Cinq Duvivier pour bien commencer l’année, sinon rien.

Pour en finir avec le « e féminisant »

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Eliane Viennot. Capture YouTube.

Lassé de trouver dans la presse — et souvent dans des livres — ces barbarismes affreux que sont « auteure », « professeure » ou « docteure », notre chroniqueur a entrepris d’expliquer une fois pour toutes ce que sont les règles de féminisation des noms. Et quelles sont les sources de tant de formes inappropriées, imposées par des rédactions wokistes ou apeurées à des lecteurs qui méritent mieux.


Donc, « petit » => « petite ». Parfait. Nous avons tous appris il y a lurette la formation des adjectifs au féminin, par adjonction d’un -e, précédé parfois d’une variable combinatoire : moteur => motrice.

À noter qu’il existe aussi des faux-amis cocasses. Ainsi, « salope » n’est pas le féminin de « salaud ». Un féminin « salaude » a existé — Apollinaire l’emploie dans Les Onze mille verges —, mais il a été supplanté par cette « salope » issue du croisement de « sale » et de « hoppe », forme dialectale de « huppe », cet oiseau ayant la réputation d’être très sale… Par dérivation, on trouve parfois le masculin « salop » — chez Flaubert, par exemple.

Pourquoi le -e féminise-t-il l’adjectif ? Parce qu’il est issu d’un -a latin, marque du féminin dans nombre d’adjectifs — cf. bonus, bona, bonum. L’accusatif bonum a donné la forme masculine, et bona(m) a induit le féminin correspondant.

Le féminin, et non le femelle. Il faut être aussi inculte qu’Eliane Viennot, professeur émérite des ânes et de Clermont-Ferrand, pour confondre les deux. Ou alors il faut admettre que verge et bite, deux termes indiscutablement féminins du point de vue de la grammaire, sont femelles par essentialisation.

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C’est le même genre d’erreur, entre homo (l’être humain) et vir (l’homme par opposition à la femme) qui a conduit Olympe de Gouges à l’échafaud, après la parution de ses Droits de la femme et de la citoyenne. On ne plaisantait pas avec les contresens, à l’époque.

En s’appuyant sur cette tradition lexicale, des imbéciles qui ont trouvé leur Bac dans une pochette-surprise commercialisée par Lionel Jospin, Philippe Meirieu et Najat Vallaud-Belkacem, phares de la pensée moderne, ont stipulé qu’il suffisait d’ajouter un -e à des mots épicènes pour les « féminiser » — au sens sexualisé cette fois. « Professeur » / « professeure » — ce que j’appelle la finale marseillaise : « Tu fais quoi dans la vie » « Je suis professeureu, con ! »

Quitte — vous dire s’ils sont bêtes — à remplacer des mots implantés depuis des lustres par ces aberrations lexicales. « Docteure » tend ainsi à remplacer le très français « doctoresse ».

Quelques demi-habiles prétendent que de telles féminisations avaient cours au Moyen-Âge. Mais quel Moyen-Âge ? Quelle langue ? Le picard d’Adam de la Halle ? La norme anglo-normande de Marie de France ? Le francilien mâtiné de dialecte champenois de Chrétien de Troyes ? Ces demi-habiles savent-ils qu’au Moyen-Âge, l’adjectif au féminin ne prenait pas forcément de -e — d’où grand-mère

Le français a commencé à se fixer au XVIe siècle, et a été réglementé au XVIIe. Depuis, les modifications (les imparfaits en -oi — passés à la graphie -ai-, correspondant à la prononciation parisienne) furent à peine des ravalements de façade.

Sans compter qu’il y a des règles intangibles, et aucune pseudo-« modernité » ne peut durablement heurter les principes linguistiques issus du génie d’une langue. Les noms de métiers se féminisent aisément, le « marchand » s’accouple avec la « marchande » et le « docteur » avec la « doctoresse » — fort bien.

Mais les titres sont par nature épicènes (ils n’ont ni masculin, ni féminin). Un « maître de conférence » n’est pas une « maîtresse ». Je n’en veux pour preuve que le « Maître » des cours de justice, qui, malgré l’extrême féminisation des professions judiciaires, est resté inchangé, quel que soit le sexe du juriste. Si vous appelez « maîtresse » votre avocate (qui n’est pas un titre mais une fonction), comment la distinguerez-vous de celle avec qui vous jouez à la bête à deux dos ?

C’est ce qui fait qu’une péripatéticienne n’est pas exactement le pendant femelle d’un philosophe péripatéticien…

Dans Le Gendarme se marie, ineffable pellicule due à Jean Girault (1968), l’adjudant Gerber (joué par Michel Galabru), qui connaît la langue et le règlement sur le bout des doigts, donne du « madame la colonelle » à Claude Gensac, veuve d’un colonel de gendarmerie de Normandie. Une « colonelle » est, en français, l’épouse d’un colonel. Et Brigitte Macron doit être appelée « Madame la Présidente » en tant qu’épouse d’un Président. Si par aventure elle remplaçait son époux dans ses fonctions suprêmes, on devrait l’appeler « Madame le Président ».
C’est pour cette raison que dans Les Liaisons dangereuses, Madame de Tourvel est « la divine Présidente », parce qu’elle est la femme d’un Président de Parlement régional, futur cocu de l’histoire. Et pas parce qu’elle préside quoi que ce soit.

Ainsi, Anne Hidalgo est maire de Paris. On peut la désigner du doux vocable de « mairesse », autrefois utilisé pour désigner l’épouse d’un maire, mais qui a été utilisé pour désigner la fonction dans les années 1960. Evitez de dire « la maire », cela nous amènerait à des combinaisons inextricables où un frère et une sœur seraient issus de la même mère et de la même paire, mais pas forcément, s’ils se mariaient un jour, de la même maire.

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Quand la langue a forgé un féminin, autant l’utiliser. « Autrice » est préféré par l’Académie et par les Québécois, selon la féminisation des noms masculins en -teur (acteur / actrice) — et parce que la forme existe en latin (auctricem). Mais certainement pas « auteure ».

L’adjonction de ce -e n’existe d’ailleurs que pour les yeux, il ne peut être entendu, sauf sur la Canebière, puisqu’il est dit « muet ». C’est le même principe qui signe a priori la mort de l’écriture « inclusive », fort employée dans les universités, qui n’hésitent pas à s’adresser aux « étudiant·e·s » sans se soucier de la façon dont on pourrait (on ne peut pas) lire cet hippogriffe lexical à voix haute.

Ce qui nous amène à la cause profonde de ces féminisations absurdes.

Vous vous rappelez sans doute avoir appris qu’il existe en français des rimes féminines (qui se terminent par un -e muet), et des rimes masculines — toutes les autres. Rien à voir avec la « féminité » de ce qu’évoque le mot : « vagin » est masculin selon les règles de prosodie, et « couille » est féminin. S’il y a quelqu’un que cela gêne, c’est qu’il n’a pas dépassé le niveau du ricanement bête que l’on entend parfois dans les petites classes et chez les demeurés.

Je crains que les crétins qui féminisent des mots qui ne leur ont rien fait, sous prétexte de « désinvisibiliser » les femmes, se trompent de combat. Les hommes qui pratiquent des accouchements ne ronchonnent pas si on les appelle « sages-femmes », le mot étant depuis longtemps senti comme concaténé.

Et les marins-pompiers supportent-ils dans leurs rangs des « marines-pompières » ?

« Le maître de la langue, c’est l’usage », disait Vaugelas. L’usage général, celui de la majorité — pas celui des petits-maîtres de la presse de gauche. Après une légère hésitation, Le Figaro est revenu à un usage classique de la langue, et les autres y viendront : il suffira pour cela que quelques patrons un peu chatouilleux sur l’expression leur expliquent de quel côté souffle le vent de leur intérêt. On laissera alors Mediapart persister à écrire « professeure », ce qui participera de sa déconsidération générale.

L'école sous emprise

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