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Pierre Mérot rempile

La suite tout aussi poignante de Mammifères, où le personnage principal s’adapte à sa nouvelle vie de soixantenaire.


Couverture de « Mammifères II »

Vingt-deux ans après Mammifères, prix de Flore 2003, réédité en poche par Rivages, Pierre Mérot, auteur d’une dizaine de romans, propose la suite des aventures du personnage de l’oncle. On pourrait appeler ce livre les presque-mémoires de l’oncle qui ressemble par certains côtés à l’auteur, sans vouloir l’offenser, car sa vie, celle de l’oncle, n’est guère reluisante… Il n’a pas la soixantaine triomphante. Ça bande mou et mal. Et le personnage féminin, Sandy, n’est pas très avenant. Quant à l’application Tinder, à laquelle il a recours, elle nous introduit dans l’univers de la misère sexuelle. On frise même le pathétique.

Voltaire sous Prozac

Mammifères II débute par la mère morte. C’est assez salé comme entrée en matière. La scène est d’une grande tristesse avec la description de la chambre mortuaire de l’hôpital Bichat. Bichat, il faut être solide pour ne pas en ressortir déprimé ; surtout l’hiver quand le périph se confond avec le gris du ciel, sous le regard impavide de la cheminée du crématorium. On brûle tout à Bichat, surtout l’espoir.

Ça ne s’arrange pas avec l’évocation du père placé en EHPAD situé dans l’hôpital Fernand-Widal, antichambre des pires cauchemars. Il est mort depuis, avec sa retraite de 4000 euros qui ne lui aura pas permis de respirer le parfum des mimosas de la côte d’Azur. Mérot décrit toujours avec justesse. Ça touche là où la blessure boursoufle. L’ironie est voltairienne, mais elle émane d’un Voltaire sous Prozac, sans perruque ni bas de soie, seulement des bas de contention.

Lose tendance Houellebecq

L’oncle va devoir déménager. Il est foutu à la porte de son studio par le proprio qui souhaite l’occuper. Le studio est crade, car l’oncle picole et maltraite les portes quand il est ivre ; sans oublier qu’il fume beaucoup. Il a des problèmes de santé, vous vous en doutez, et fréquente la clinique de Turin pour passer un coroscanner. Le nouveau logement sera en banlieue chic. Il évoque le seul meuble auquel il se raccroche : son bureau d’écrivain – le radeau de la Méduse, en quelque sorte. Malgré la débine permanente, l’oncle n’a rien perdu de son humour décapant, pas trop méchant, mais sans concession avec notre époque où les individus semblent avoir douze ans d’âge mental.

À lire aussi : Tout le monde aime David Foenkinos?

Bon, le problème de l’oncle, c’est sa mère. C’est pour cela que le livre démarre sur elle, à l’horizontale et roide. Il y a un beau passage, très bataillien, que nous propose l’auteur. C’est cru, édifiant – page 87 – avec le résumé suivant : « (…) en perdant sa mère il a perdu un ennemi fondamental mais aussi un angle d’attaque contre le monde et plus prosaïquement son fonds de commerce. »

Vingt-deux ans après, donc, Pierre Mérot continue de nous régaler avec cet oncle qu’on ne parvient pas à rejeter malgré sa lose tendance Houellebecq – l’auteur règle ses comptes avec lui, en passant.

Un mauvais point, cependant, attribué au professeur Mérot. La description de certains profs du lycée Stéphanie-de-Monaco m’a crispé. C’est une description naturaliste qui m’a ramené dix ans en arrière, avant ma démission. Ça m’a crispé car c’est tellement vrai. Comme son livre plein de sensibilité.

Mammifères II

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Sacré Charlemagne !

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


« Souviens-toi la dernière fois que tu as fais quelque chose pour la première fois. » Lue dans les toilettes d’un bar d’une ville du Nord de la France, cette inscription, d’abord, m’interpelle.

Pour tout dire, elle me plaît. Je la trouve mignonne, intelligente, vive ; elle change surtout des sempiternelles et redondantes « Nique la police ! », « Laetitia, je te baise ! », « Cherche mec pour amitié virile et plus si affinité. 06 (…) Dylan. ». J’en passe et des meilleures.

Je la relis ; je commence à jouer le jeu, à chercher dans ma vieille mémoire plus usée qu’un Kleenex dans la poche d’un covidé. Soudain, je m’arrête ; je me rends compte qu’il y a quelque chose qui cloche. Bon Dieu, mais c’est bien sûr ! fis-je, tel un Bourrel amiénois. Cette faute d’orthographe, magnifique, imparable, sublime dans sa laideur : « (…) que tu as fais quelque chose (…) » au lieu de « (…) que tu as fait quelque chose (…) ». Des fautes, c’est vrai, on en fait tous.

Et qui suis-je pour me permettre de corriger ce ou cette Restif de La Bretonne du grand Nord ? Mais là, tout de même. Ecrire sur les murs des toilettes, ce n’est pas anodin ; il faut un élan, un élan du cœur, de l’esprit. Une pensée. C’est comme si je me mettais à écrire sur la porte du WC d’un bistrot d’Amiens : « Pascale, ma sauvageone, je t’aime ! » Je ne suis peut-être qu’un boomer, qu’un vieillard de 69 ans, un mec à l’ancienne, mais je trouve que lestée de cette faute, mon inscription perdrait de sa puissance, de son intention. Et ne me dites surtout pas que trop de « n » tue l’amour !

À lire aussi, Philippe Lacoche : Alphonse défonce le chômage

Alors, perturbé par le « que tu as fais », j’en perds mon idée initiale et me mets à penser à ma première journée d’école. C’était en septembre 1959 ; j’avais trois ans. Je me souviens encore de ce jour de rentrée dans les bâtiments provisoires et tout gris de l’école maternelle de la cité Roosevelt, à Tergnier (Aisne). L’institutrice s’appelait Mme Magnier. Elle était blonde, la trentaine. J’avais refusé de m’asseoir, furieux que Charlemagne et sa fichue idée m’eussent extirpé de l’univers merveilleux de mes jeux d’enfants. Mme Magnier ne savait plus quoi faire ; elle était désolée. Quand mon grand-père Alfred, un ancien Poilu, aux moustaches sévères et de neige, mais au cœur tendre, vint me rechercher vers 11h30, elle lui dit :

Je ne sais pas ce qu’on va en faire !

Il avait dû rigoler, Pépère ; peut-être qu’il se souvenait que l’obtention de son grade de caporal, en 1914, il la devait au fait qu’il sût lire, écrire et compter. Il nous racontait qu’il faisait ses devoirs, éclairé d’une chandelle, après avoir donné un coup de main à la ferme de ses parents, à Catillon-sur-Sambre, dans le Nord. L’après-midi, je consentis à m’asseoir. Le soir, Mme Magnier avait retrouvé le sourire. Et mon caporal de grand-père, aussi.

Thé glacial à la Maison-Blanche

Lors d’une rencontre tendue vendredi au bureau ovale, MM. Trump et Vance ont tenté de soumettre le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Un traquenard dénoncé par les chancelleries occidentales


Se référant à la tradition diplomatique la plus constante, on se plairait à croire que le célèbre bureau ovale de la Maison-Blanche est le lieu par excellence où on s’emploierait à arrondir les angles. Voilà donc une idée reçue qui aura fait long feu, tant il est vrai qu’avec l’hôte actuel de l’endroit rien ne se passe comme prévu.

M. Zelensky, le président ukrainien, n’était pas venu là pour prendre le thé, bien que l’heure s’y prêtât, mais pour parler de négociations de paix, d’arrangements en vue d’un éventuel cessez-le-feu. 

En fait, trente-six heures plus tôt, le président Trump voulait annuler la rencontre. Il en aurait été dissuadé par le président français, Emmanuel Macron, qui, au téléphone, à force d’insister, aurait réussi à le persuader de maintenir le rendez-vous. Sans verser dans une psychologie bas de gamme, on peut donc se dire que ce n’était pas dans l’enthousiasme ni submergé d’un total esprit de bienveillance que le numéro 1 américain ouvrait les portes de son bureau présidentiel. 

On avait pris place dans des fauteuils comme pour faire salon et dans les premiers moments on put croire que tout se passerait selon les convenances diplomatiques et protocolaires en usage. 

Mais soudain, voilà que ce qui fâche remonte à la surface ! Et ce qui aurait dû être débattu, liquidé en coulisses se trouve déballé devant les caméras. L’Ukrainien veut plus de soutien, plus d’aides, plus d’appui et l’Américain attend quant à lui plus de mercis, de reconnaissance, de manifestation d’allégeance, peut-être aussi. L’un s’inscrit dans la continuité de sa guerre de libération, l’autre dans l’après, dans l’amorce d’une paix fabriquée à sa main, bien dans sa manière de milliardaire made in USA. La paix par le business. C’est sa logique, il y revient toujours. 

À l’issue de la rencontre, un accord devait être signé portant notamment sur l’exploitation de ce qu’on appelle les terres rares : le manganèse, le titane, le graphite et notamment le lithium dont l’Ukraine détiendrait la plus grande ressource en Europe. Gisements non encore exploités, ce qui supposerait des investissements colossaux, d’où l’avantage qu’il y aurait à faire entrer l’Oncle Sam et ses montagnes de dollars dans la boucle. Pour Trump, l’intérêt est double : se rembourser des milliards d’aide apportés à l’Ukraine dans la guerre, et s’offrir un réel pactole d’avenir. En échange, il apporterait la sécurité aux Ukrainiens. Une sécurité qu’il qualifie d’automatique (sic) puisqu’elle serait garantie par le simple fait que des personnels, des travailleurs, des ingénieurs américains seraient amenés à travailler sur le sol ukrainien. En gros – en très gros – son message est le suivant : « Vous arrêtez les grosses bêtises (la guerre) et nous autres, toi, Volodymyr et moi, on se fait du gros pognon, du très gros pognon. De quoi troquer ta tenue paramilitaire qui me met les nerfs pour le costume trois pièces façon Wall Street. »

Tel était – encore une fois à très gros traits – l’objet initial de la rencontre. Elle a tourné vinaigre. C’est certain. Est-ce si grave ? Les conséquences seront-elles si dommageables ? Combien de fois n’avons-nous pas pu constater, dans la vie privée comme dans la vie publique, que purger une bonne fois le ressentiment permettait au fond, à terme, de faire avancer les choses ? Le fait est qu’on ne peut en rester là. Il faut donc bouger. Trump est un businessman. Zelensky un animal politique. Or chez Picsou comme chez Machiavel, tout s’efface devant le pragmatisme, l’obsession du résultat. Tout, la morale, les blessures d’ego, la vérité, le mensonge. Tout. On peut parier que c’est ce qui prévaudra ici encore.

Il reste toutefois à espérer que ce ne soit pas sur le dos du peuple ukrainien que s’écrive la suite de ce moment « de bonne télévision » comme Trump lui-même s’est plu à minimiser l’incident. Et si l’Europe a un rôle à jouer dans cette affaire, c’est bien d’y veiller, de se montrer vigilante et intransigeante dans la défense de ce peuple héroïque, meurtri et de ses intérêts.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Ce que Freud pourrait nous dire sur l’élection de Donald Trump

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Petite psychologie de l’Amérique contemporaine


Précisons tout de suite : pas question, dans cet article, de faire une « psychanalyse » du président américain, ni même, de parler de lui, de sa personnalité, de son style, de ses premières décisions. L’exercice n’est pas impossible, même s’il est prématuré, et Freud l’a tenté, avec un joli succès, en faisant le « portrait psychologique », d’un autre président américain, T.W.Wilson, qui a exercé deux mandats entre 1913 et 1921 .

La question posée ici est plutôt celle de savoir pourquoi il a été élu, avec une confortable majorité, et avec un solide noyau électoral en sa faveur. Et j’exclus immédiatement l’explication, intellectuellement paresseuse et un brin méprisante, selon laquelle ceux qui l’ont élu sont stupides, incultes, red neck, issus du patriarcat blanc, racistes, complotistes et fascisants. Il y en a, encore que ceux-là votent peu, mais ce n’est pas la masse, loin de là.

Je fais l’hypothèse que l’élection de Donald Trump est le produit d’un mouvement de fond dans la société américaine, mouvement dont il est le produit et qu’il a su incarner, non pas tant grâce à sa personnalité, mais souvent malgré sa personnalité. La majorité de ses électeurs ne se font aucune illusion sur le côté fantasque, imprévisible et souvent superficiel, sur les sujets qu’il aborde. Mais ce qu’il incarne est plus fort que ce qu’il est.

Commençons par deux constats. Le premier est économique, le second psychologique.

Donald Trump visé par un tireur à Butler, Pennsylvanie, 13 juillet 2024 © Gene J. Puskar/AP/SIPA

Premier constat, alors qu’il n’avait cessé d’augmenter tout au long du XXème siècle, le niveau de vie, celui des classes moyennes, qui forment une large majorité de la population, n’a cessé de décroître depuis, avec une pente accentuée à partir des années 2010. Le consommateur épanoui, icône de l’American way of life, avec un bon emploi, rémunérateur, une maison bien équipée, une voiture puissante, n’existe pratiquement plus. L’Américain moyen aujourd’hui doit se restreindre sévèrement, souvent simplement pour survivre. Son plaisir de vivre ne trouve plus de point d’appui économique. D’autant que ce plaisir était articulé, depuis le début du XXème siècle, sur la consommation.

Le deuxième constat est que le psychisme de nombreux Américains a été envahi, disons, ces quinze dernières années, par une angoisse sans nom, qui a pris des formes diverses, qui s’est exprimée à travers de nombreux affects, dont le moindre n’est pas la tentation de basculer dans des « paradis artificiels », comme en témoignent les centaines de milliers de morts par overdose, notamment d’opioïdes. Au delà des drogues et de l’alcool, c’est une véritable épidémie, meurtrière, de ce que Peter Turchin appelle les « morts par désespoir » (dans son remarquable ouvrage : Le chaos qui vient, élites, contre-élites, et la voie de la désintégration politique, Le cherche midi, 2024). Les femmes, longtemps et universellement écartées de ce schéma d’auto destruction, l’ont rejoint, à égalité. Tout se passe comme si l’individu, référence majeure de la culture américaine, ne se supportait plus.

Ces deux constats s’appuient sur nombre de données objectives. La taille moyenne des Américains, par exemple, longtemps la plus haute du monde, a désormais cessé d’augmenter (contrairement à celle des habitants de la plupart des autres pays occidentaux). L’espérance de vie des classes moyennes a baissé. En six ans, de 2014 à 2020, elle a perdu 1,6 année. En termes de santé mentale, la situation est catastrophique. La « détresse extrême », indicateur de la dégradation massive du « bien-être subjectif », a doublé de 1993 à 2019. Une enquête de politologie a d’ailleurs montré que cette dégradation était un facteur prédictif du premier vote Trump.

À lire aussi, Philippe Bilger : Comment je me suis trompé sur Donald Trump…

Un puissant courant

Un mouvement de fond a touché la société américaine, en son cœur, celui de ses travailleurs, de l’immense majorité de sa population. Il est si profond et si puissant qu’il a conduit une partie de l’élite américaine (qui, globalement, s’est enrichie pendant cette période, soutenue tour à tour par les Républicains et les Démocrates) à virer de bord. Par crainte de perdre ses privilèges, et sentant la révolte gronder, une partie des milliardaires s’est ralliée à cette lame de fond en soutenant Trump, notamment, mais pas seulement, l’élite récente qui a construit ses fortunes sur les nouvelles technologies.

Comment caractériser ce puissant courant qui s’est levé et a bousculé non seulement la politique américaine et bientôt peut-être sa culture toute entière, mais aussi la politique internationale ? C’est à ce point du raisonnement qu’il faut se souvenir des contributions de Freud, et de la psychanalyse, à la compréhension de la culture et de la dynamique des sociétés. Je résume en quelques mots l’apport essentiel de Freud, tel qu’il le formule dans Malaise dans la culture, ouvrage écrit à l’été 1929, autre période de grands bouleversements politiques et sociaux.

Pour Freud, l’humanité, l’homme et sa capacité de faire-société, est née d’une opération de restriction pulsionnelle, notamment de ses pulsions d’agression, dont il ne peut pas se séparer, mais qu’il peut, par contre, réprimer. Pour sortir de l’animalité qui nous guette en permanence, il nous faut donc nous empêcher de ce que nous commettrions naturellement : le meurtre, la violence, l’inceste, le viol, l’agression. Nous n’arrivons à faire société, à vivre, qu’en retournant contre nous, pour en épargner les autres, cette pulsion d’agression qui pousse sans fin, mais, du coup, en nous sentant coupable de l’éprouver et d’avoir ne serait-ce que l’intention de l’exercer. C’est ce que Freud appelle le « malaise », cette angoisse, cette culpabilité, qui accompagne obligatoirement la possibilité de faire société et rend difficile, selon lui, toute accession au bonheur.

L’Amérique et la restriction pulsionnelle

La société américaine est particulièrement concernée par ce mécanisme de restriction pulsionnelle. Toute son histoire, depuis l’état de violence initiale dans laquelle elle s’est trouvée au départ de la colonisation de l’Amérique du Nord (domination des bandes criminelles, génocide des indiens, larges territoires soumis à la loi du plus fort), a été marquée par la progression laborieuse de cette restriction des pulsions d’agression. La tentative récurrente de purger la culture de la vengeance, comme organisatrice des rapports sociaux, en est un des signes les plus manifestes. Une telle entreprise de renoncement de la violence ne s’est faite pas sans une augmentation corrélative de l’angoisse, de l’angoisse de culpabilité, partagée, à sa manière, par chacun.

Les dernières avancées de la culture qui étaient portée par l’idéologie des élites économiques, médiatiques, universitaires et en partie politiques (surtout démocrates), allaient dans le sens d’exiger encore plus de restrictions dans le domaine de la morale et des mœurs quotidiennes : l’expression de la sexualité mise sous surveillance, la virilité protectrice comme mode d’expression tempérée de la capacité d’agression dévalorisée, voire délictualisée, la masculinité découplée de la biologie. L’irruption de l’exigence écologique a permis une pénétration accrue des normes sociales dans l’espace privé, en régulant les comportements intimes : réduire la consommation, les voyages, le nombre d’enfants, jusqu’à la fréquence des douches.

En un peu plus d’une décennie la société américaine a produit, sur toutes les bases qui viennent d’être décrites, un immense et pesant « surmoi culturel », comme dit Freud, dont on ne compte plus les interdictions qu’il édicte. L’immense emprise du sentiment de culpabilité qu’il génère est vécu, par les élites qui sont à l’origine de ce surmoi culturel, comme si puissant qu’il valorise les comportements vertueux, dont Freud a bien décrit le mécanisme d’emballement. Cette exigence de vertu oblige à trouver des débouchés dans une culture de l’excuse qui va s’exprimer par des thématiques politiques toutes liées à la critique radicale de la toxicité congénitale de « l’homme blanc », du colonialisme, du racisme « systémique ».

Mais là où les élites, notamment médiatiques, associatives et universitaires, qui ont d’autres avantages, semblent souffrir délicieusement de la culpabilité qu’elles ont engendrée, le reste de la population ne semble pas déterminée à ajouter un fardeau de plus à leur situation déjà difficile.

Lorsqu’une société en vient à pratiquer trop avant la restriction pulsionnelle, elle fait peser un poids très lourd sur les épaules de tous, qu’ils fassent partie de l’élite, ou des classes travailleuses. Lorsque s’abat, sur ces dernières, d’autres soucis, comme la baisse du revenu, les difficultés à se soigner, à se loger, la difficulté à trouver un plaisir à vivre, ces classes travailleuses se trouvent déjà en position insupportable de restriction tout azimut. Les possibilités qu’offre le déploiement du principe de plaisir dans la vie quotidienne en sont d’autant limitées et la recherche du bonheur se transforme en lutte pour la survie.

En ajoutant à cela l’apologie de l’immigration, non seulement pour continuer encore plus à peser sur les salaires pour les faire baisser, mais pour faire la promotion du remplacement des anciennes populations, coupables, par de nouvelles, vertueuses par nature puisque présentées comme « victimes ». Le Parti démocrate en a fait sa politique. Son exigence en matière de mœurs servant par ailleurs à masquer son soutien la poursuite de l’enrichissement des élites au détriment des classes moyennes.

À lire aussi, Pierre Pimpie : Trump et le protectionnisme: mettre fin à la passivité européenne

Cela ne pouvait plus durer

A l’insupportable restriction économique qui frappent les classes moyennes de plein fouet, à la culpabilité accumulée pour purger le pays d’une violence toujours résurgente, les Démocrates et les élites universitaires ont ajouté l’insupportable exigence d’une révolution vertueuse des mœurs. C’était trop, et cela ne pouvait durer. A trop comprimer le psychisme de l’Américain, dans un contexte de restriction des plaisirs de la consommation, l’explosion était inévitable. Comme dit Freud, un jour  « le sentiment de culpabilité sera si fort qu’il sera difficile à supporter ».

Le premier homme politique, et ici ce n’est pas le moindre, qui est passé par là et qui a promis la fin de ces exigences de renoncement pulsionnel, devait être élu d’office, quelque soit sa personnalité, et encore mieux s’il montre l’exemple d’un déchaînement personnel. A regarder de près son programme et ses premières décisions, Trump ne fait rien d’autre que d’appeler, tous azimuts, à la fin des restrictions à la fois économiques et pulsionnelles. C’est le fil rouge de sa présence et la raison de sa popularité.

Voilà ce que Freud nous permet de comprendre : la promesse de réduction de l’angoisse que génère le renoncement et la vertu fait gagner les élections. Nul doute que cela a commencé à donner des idées à bien d’autres politiciens, notamment dans une Europe rongée par les normes et la vertu.

Introduction à la psychanalyse

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LE SILENCE ET LA PAROLE

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Des morts illustres… et un grand historien

Michel Winock publie Pompes funèbres, galerie de portraits d’une vingtaine de « figures de proue » (Michelet, Zola, Jaurès, Hugo, Renan, Péguy, etc.) – de 1871 à 1914. Occasion d’un hommage au grand historien.


Michel Winock est un homme modeste – et généreux. Il suffit de l’avoir croisé une ou deux fois dans sa vie pour comprendre : son catholicisme social qui ne se paie pas de mots, son goût des autres, sa curiosité intellectuelle insatiable, son optimisme – « en dépit de » – qui contraste avec les passions tristes de l’époque, son Nord qu’il a chevillé à l’âme et au corps. Tout cela a l’air banal lorsque les mots ne résonnent pas. Avec le grand historien, professeur émérite à Sciences-Po Paris, ils résonnent.

Son catholicisme et son goût des idées lui ont recommandé d’écrire sa thèse sur la revue ESPRIT. C’est le premier livre de lui que nous avons lu (il y a plus de 35 ans), il figure toujours dans notre bibliothèque : bon test, la présence, ou non, d’un livre dans la bibliothèque d’un (gros) lecteur, constamment obligé de trier, donc d’éliminer… et d’élire.

Cette thèse figure depuis 1975 (!), et bienheureusement, dans une collection cocréée par Michel Winock et Jacques Julliard, « L’Univers Historique » au Seuil – qui pendant 40 ans s’est illustrée par la qualité de ses publications. Tout étudiant, en Histoire en particulier, des années 1975-20215 s’en souvient – donc beaucoup.

Autres faits d’armes – parmi une pléthore : la création de la collection « Points-Histoire » (toujours au Seuil) – inestimable ; les légendaires, et collectives, « Histoire de la France rurale », « Histoire de la France urbaine », « Histoire de la Vie privée », etc. ; l’invention d’une revue devenue, elle aussi, une référence : la revue L’Histoire.

À lire aussi : Se fondre dans l’histoire

Et le goût, tôt, de la disputatio avec, par exemple, un historien dont il partageait peu les « opinions » ou « a priori », mais que leurs intelligences respectives rendirent complices : Philippe Ariès, venu de l’Action française, catholique, premier éditeur de Michel Foucault chez Plon (après un refus chez Gallimard), recommandé par Pierre Vidal-Naquet et Michèle Perrot à l’EHESS, etc. Passionnant Ariès. Leur livre d’entretiens – Un historien du dimanche (1980) est une merveille, qui figure, elle aussi, toujours dans notre bibliothèque. Déjà en 1980, le souci des autres chez Winock, l’absence d’ornières, la volonté de comprendre – donc le choix de la complexité, de l’élaboration.

Cela pour dire l’importance de ce genre de personnages, rares, qui se distinguent par leur persévérance, leur goût de l’effort, leurs scrupules de pensée et cette conception du travail comme valeur, qui les honore et nous édifie, voire encourage. Des exemples, en somme.

Résultat – quand même : une cinquantaine de livres (!) – consacrés en particulier à l’histoire politique et intellectuelle des XIXème et XXème siècles.

Champs parcourus : le nationalisme, le fascisme, la Commune, la République, la Gauche, la Droite, l’antisémitisme, la « décadence fin de siècle », Boulanger, etc. ; des biographies (Mendès France, Mitterrand, Hugo, Flaubert, Madame de Staël – prix Goncourt de la biographie, etc.), l’histoire des intellectuels (Le Siècle des intellectuels, prix Médicis essai), etc.

Sa probité et sa kolossale érudition lui permettent aujourd’hui de livrer une histoire (partielle) de la IIIème République « par les fins, à travers l’histoire des décès et enterrements de ses figures de proue, de 1871 à 1914 » – une délicate balade, où rien ne pèse, où tout enchante, tant l’écriture de Winock est élégante, cursive, vive (« Le style, c’est l’homme » – illustration, donc).

« Figures de proue » ? Au choix : Rossel, Michelet, George Sand, Thiers, Louise Michel, Zola, Pasteur, Gambetta, Vallès, Renan (merveilleux portrait d’un génie), Péguy, etc.

À lire aussi : Moix, plongeur de combat

Points forts : les angles originaux (nécessaires, à propos de figures souvent revisitées) – et les citations parfaites, pour illustrer le propos.

L’une nous a fait sourire : « Peut-être a-t-il des moments où il est las de son rôle d’insulteur et d’énergumène, où lui-même ne croit plus guère à ses haines, où l’envie le prend d’être équitable ou simplement indifférent, comme tout le monde (…). La démagogie est une galère dont il est le forçat. Il reprend la plume, il insulte, par habitude, il calomnie sans y trouver le moindre plaisir, parce qu’il faut vivre. Horrible métier, bien digne de compassion. » Qui ? Mélenchon ? Non : Henri Rochefort, par Jules Lemaître.

Un autre portrait nous a touché : celui de Jaurès. Il fallait oser « refaire » la mort de Jaurès, etc. Comme pour chacun des portraits, Winock ose car il invente une perspective. Ici, et c’est très beau : la mort de Jaurès, au prisme de l’émotion de Barrès.

Ces deux-là se respectaient, s’estimaient. Barrès est l’un des premiers à se rendre au domicile du socialiste assassiné (il assistera à ses obsèques).

Ses mots à la fille de Jaurès : « J’aimais votre père, j’ai toujours souffert de devoir être séparé de lui… »« car les défauts n’empêchent rien, un noble homme, ma foi oui, un grand homme. » Voilà, Barrès et Jaurès – et plus généralement, la tonalité de ce beau livre, qui rend hommage à de grands personnages, hommes et femmes, qui exaltent et « donnent envie » – de vivre, de faire, d’être. Merci, cher Michel Winock.


Pompes funèbres – Les morts illustres 1871-1914, de Michel Winock, Perrin, 350 pages .

Et toujours : Bréviaire capricieux de littérature contemporaine pour lecteurs déconcertés, désorientés, désemparés, de François Kasbi, Éditions de Paris-Max Chaleil, 2018 – à propos de 600 écrivains, femmes et hommes, de France ou d’ailleurs.

Promesse tenue…

Encore un livre sur l’emprise et les pervers narcissiques ?! Pas tout à fait. Car l’ouvrage que Camille Laurens a publié en décembre 2024, Ta promesse, s’il met en scène effectivement ces deux notions, est un livre de littérature. Qu’est-ce à dire ? Que l’histoire qui nous est contée est une quête éperdue de vérité et d’élucidation qui ne saurait se réduire à des schémas. Livre sur l’amour donc, et sur la progression tenace d’une compréhension, dans une langue vivante aux registres multiples…


Couverture du livre « Ta promesse »

La narratrice commence par la fin, mais une fin qui ne dit pas tout puisqu’il faudra le livre en entier pour savoir. Et l’on peut, d’ailleurs, relire à la fin ce prologue qui donne une clef essentielle mais dont on ne pouvait alors savoir à quoi elle servirait. Cependant, une chose est sûre, la quête de la vérité, aussi partielle soit-elle, est le moteur de l’histoire et l’unique possibilité pour la narratrice de refaire surface. « Car la vérité existe, n’en déplaise aux hérauts de la nuance, aux champions de l’ambivalence, aux tenants de la fiction universelle. À un moment, dans le champ de la vie, quelque chose est vrai ou faux, fait ou fable. Cela ne dure peut-être qu’un moment, mais c’est un moment de vérité. » Et la narratrice n’hésite pas à dire que la littérature a nécessairement rapport à cela.

Manque d’empathie contemporain

Donc Claire et Gilles, les deux personnages essentiels, s’embarquent pour Cythère à la cinquantaine. L’homme est doux, prévenant, et sait écouter. Marionnettiste de son métier, il tirera bientôt les ficelles d’une aventure où la femme, qui redécouvrait ce qui va dans le meilleur des cas avec l’amour, la confiance, va très progressivement perdre pied. Et ce qui va constituer l’élément déclencheur sera le langage ; ce qui est évident pour Claire qui est une autrice, de surcroît connue et reconnue, ce qui aura une importance certaine pour l’histoire. Car si Gilles est tout à fait capable de disserter sur Kleist, il se révèle « incapable d’exprimer non seulement des émotions personnelles mais même des pensées organisées sur la vie. L’étape où son raisonnement devenait filandreux, indigent, voire incohérent arrivait assez vite dans l’échange. C’était comme des phrases où manqueraient des conjonctions de coordination. Le fil était cassé, il n’y avait pas de logique. Ou alors il parlait par idées toutes faites, binaires – bon, mauvais, content, mécontent – qui oscillaient comme sur des roues crevées. Il cherchait tous ses mots à l’extérieur de lui-même. » Et c’est là, entre autres, que ce roman est passionnant, car il montre un phénomène d’époque par-delà le cas singulier ; la désincarnation d’individus privés de subjectivité, d’une langue émotionnelle et de la capacité logique qui tient compte d’autrui, ce qui les fait immanquablement manquer d’empathie. Pour autant, ce roman n’est en rien sociologique, il laisse à son personnage sa singularité et lui donnera même la parole dans un chapitre inattendu où Gilles déroulera sa façon behaviouriste de se comporter dans l’existence.

Quand le mensonge s’invite dans le couple

Ici, les coups et blessures sont linguistiques, la langue devient fausse, le faux devient le vrai, on incite quelqu’un à faire quelque chose et on lui reproche ensuite de l’avoir fait ; l’inversion et le mensonge s’invitent à la table. Et c’est là que ça vacille sérieusement pour Claire dont le chaos donne lieu à des vers libres qui ponctuent le roman, et qui sont autant de manifestations de son désarroi que des bouées de secours. La loyauté verbale qui assurait un sol à ses pieds n’est plus ; Gilles, tout à son obsession de « ne pas souffrir » et de « ne pas se sentir coupable » car seule compte l’image de soi, va charger l’autre de le faire à sa place. Mais Claire est vaillante, et son besoin de comprendre la confrontera au pire mais lui permettra également de prendre le large. Ainsi, l’élucidation progressive de ce qui lui arrive est une ode à la connaissance qui délivre. Oh, pas du chagrin, certes non, mais de la destruction. Aidée par une amie au verbe haut en couleur, ce qui nous vaut des passages très drôles sur la mère » forcément toxique », elle confrontera finalement « l’adversaire » à sa fausseté, et ce, grâce à l’élément végétal qui conclut le roman sur une scène magnifique d’un champ de mimosa.

Dans ce roman des ténèbres qui dissolvent mais aussi de la lumière qui éclaire, le jaune l’emporte haut la main, et la lectrice salue Camille Laurens pour cet exploit, d’autant qu’elle a toujours eu un faible pour cet arbre…

Ta promesse de Camille Laurens, Editions Gallimard, décembre 2024, 368 pages

La météo, c’était mieux avant!

Trop occupés à nous parler du réchauffement climatique et à diffuser la bonne parole écolo, les animateurs télé des temps nouveaux sont toujours incapables de nous dire quel temps il va faire demain. Mais en plus, ils ne savent même plus décrire le temps qu’il fait en ouvrant la fenêtre ! s’amuse notre chroniqueur. Une chronique médias de Didier Desrimais…


Catherine Laborde nous a quittés le 28 janvier, à l’âge de 73 ans. Elle présenta, de 1988 à 2017, le bulletin météorologique sur TF1. Madame Météo était connue pour son extrême gentillesse et pour sa bienveillance, qualités qui crevaient l’écran lorsqu’elle apparaissait, le sourire aux lèvres pour annoncer le retour des premières chaleurs printanières, la voix parfois un peu tremblante au moment de mettre en garde contre des pluies torrentielles ou des températures « particulièrement basses pour la saison ». Durant ces 28 années, elle nous parla de la pluie et du beau temps avec la simplicité, la modestie et l’élégance d’une femme consciente à la fois de la frivolité et de la nécessité de sa tâche. Le 1er janvier 2017, après son dernier bulletin météo, c’est avec une infinie délicatesse qu’elle déclara son amour aux téléspectateurs et confessa son bonheur d’avoir pu partager avec eux, durant presque trois décennies, les aléas du temps qu’il fait, ceux du temps qui passe. Catherine Laborde fait définitivement partie des grandes dames du petit écran.  

Écologisme…

C’était mieux avant. La télévision publique a transformé le bulletin météo en un programme manipulateur au titre ronflant : Journal Météo Climat. Vendredi 31 janvier, sur France 2, durant la mi-temps du match de rugby France-Galles, un jeune bellâtre est apparu à l’écran et, nous prenant pour plus demeurés que lui, nous a récité le credo écolo sur le climat en exhibant un misérable graphique censé démontrer « le réchauffement depuis 1884 ». Graphique très médiocrement stylisé, avec de larges traits de couleur pour épater les neuneus. « Plus c’est rouge, plus c’est anormalement chaud », a affirmé le mirliflore sans s’appesantir. Et pour cause : « anormalement chaud » ne veut strictement rien dire, surtout si l’on compare les températures actuelles à celle de la « période pré-industrielle » – ce que font systématiquement les écologistes pour faire avaler le fameux concept d’Anthropocène. Cette période est englobée dans celle du « petit âge glaciaire » qui a été une catastrophe pour l’agriculture, l’élevage, la viticulture et le commerce, et a vu des millions d’Européens mourir de froid ou de faim. Ce « petit âge glaciaire » a débuté à la fin du XIIIe siècle, connu de fortes amplitudes thermiques et de nombreux épisodes extrêmes, notamment des températures très basses en hiver, et s’est achevé au cours de la première moitié du XIXe siècle. Dès lors, les températures ont progressivement augmenté pour atteindre le niveau de celles que connut notre planète durant la période précédente, un « optimum climatique médiéval » lui-même traversé de courts épisodes extrêmes de refroidissement ou de réchauffement. Il n’est pas impossible que nous connaissions un tel épisode aujourd’hui – pourtant, incriminer les seules activités humaines est allé un peu vite en besogne, selon certains scientifiques. Tout est fait cependant pour culpabiliser l’espèce humaine et convaincre les masses qu’il devient impératif de changer sa voiture thermique pour une onéreuse voiture électrique tout en n’oubliant pas de privilégier les transports en commun, de manger moins de viande, d’acheter des vêtements d’occasion et de passer moins de temps sous la douche – autant de contraintes imposées par une oligarchie techno-bureaucratique qui a su, elle, se mettre à l’abri du besoin et de ses oukases, et qui n’hésite pas à prendre l’avion pour se rendre chaque année à Davos ou dans de lointaines et coûteuses COP.

A lire aussi, du même auteur : De Jacques Weber à Solann, Oh ! les belles âmes

Le Journal Météo Climat de France 2 répand la propagande du GIEC et de ses alliés de l’écologie radicale. Aucun écart n’est autorisé. En 2015, pour avoir écrit un livre (1) dévoilant les liens dangereux entre scientifiques, politiques, lobbies économiques et ONG environnementales au sujet du climat, Philippe Verdier, présentateur Météo sur France 2 à l’époque, a été viré. Depuis, « France Télévisions s’engage », peut-on lire sur son site, pour une « accélération de la transition écologique » afin de « lutter contre le dérèglement climatique ». [Il faudra, un jour, analyser sérieusement la novlangue écolo – analyse qui confirmera, à n’en pas douter, celle d’Orwell sur la manipulation du langage par l’idéologie]. France Télévisions n’est pas peu fière de rappeler que la série “Un si grand soleil” a obtenu le label Ecoprod « pour avoir réduit son impact environnemental » et que le Journal Météo Climat a été récompensé en juillet 2024 par l’ONG Covering Climate Now. Sur son site, cette ONG affirme être heureuse de « collaborer avec des journalistes et des rédactions pour produire d’urgentes [et très anxiogènes, faut-il préciser] histoires climatiques et pour intégrer le climat à chaque sujet de rédaction – de la politique à la météo en passant par la finance et la culture – afin de produire une couverture climatique rigoureuse [assujettie au dernier rapport du GIEC, dois-je ajouter] qui engage [c’est-à-dire rééduque] le public ». Elle forme à cet effet les journalistes, dont ceux des grandes agences de presse Reuters, Bloomberg et l’AFP, de 60 pays. Le présentateur météo de France 2 a vraisemblablement suivi cette formation. Après son topo sur le climat aligné sur le dogme, le voici incapable de parler simplement de la météo, comme le prouve sa description du ciel au-dessus du Stade de France : « Un ciel bien bâché (sic), mais un ciel sec (resic), ça c’est essentiel notamment du point de vue des crues (et sic de der). » L’idéologie rend aveugle : ce jeune homme catéchise les foules avec de ridicules graphiques cramoisis mais ne voit pas le temps qu’il fait à quelques centaines de mètres de lui : au moment où il décrit un « ciel bâché et sec »au-dessus du Stade de France, et donc « un temps idéal pour jouer au rugby », il pleut sur le terrain où nos joueurs sont en train de martyriser les Gallois…

Météo et climat

Le Journal Météo Climat fait partie du plan de rééducation des masses et mélange intentionnellement deux phénomènes distincts : la météo et le climat. Aucun événement météorologique n’échappe plus au récit mythologique et religieux d’un climat « déréglé » à cause des hommes et ce bien que l’Organisation Météorologique Mondiale ait affirmé en 2020 que « dans l’état actuel des connaissances scientifiques, aucun événement individuel, comme un cyclone tropical sévère, ne saurait être attribué à un changement climatique induit par les activités humaines » (cité par Steven E. Koonin dans Climat, la part d’incertitude). Le Journal Météo Climat de France 2 relève de la manipulation et participe à la propagande d’une idéologie qui a mené l’Europe à sa ruine en lui imposant des normes, des limites, des obligations délirantes via un Pacte vert qui s’est avéré rien moins que désastreux. En 2019, ce Pacte vert ayant pour objectif la « neutralité climatique (sic) à l’horizon 2050 » était présenté par Mme von der Leyen comme « la nouvelle stratégie de croissance de l’UE ». On voit aujourd’hui les résultats… De l’autre côté de l’Atlantique, le président américain vient de proclamer la fin du Green New Deal initié par son prédécesseur, ce qui a eu pour conséquence d’accélérer le retrait des géants de Wall Street de l’alliance bancaire mondiale pour le climat – l’argent ainsi récupéré va être réinvesti massivement dans l’économie américaine. L’UE, elle, continue son travail de sape économique en imposant des « énergies renouvelables » pas si écologiques que ça et générant des prix de l’électricité insupportables, des normes en veux-tu en voilà, des diktats qui asphyxient les entreprises artisanales, le commerce et l’industrie – le déclin de l’industrie automobile européenne restera comme l’exemple parfait d’un désastre annoncé que rien n’est venu empêcher, bien au contraire. Une partie du Parlement européen a beau réclamer un examen critique, voire une suspension du Pacte vert, la Commission de Mme von der Leyen semble décidée à « renforcer la compétitivité de l’industrie européenne à zéro émission nette en favorisant le développement des technologies vertes ». Au regard des premiers résultats obtenus par cette feuille de route plus idéologique qu’autre chose, il n’est pas certain que l’Europe, si elle persévère sur cette voie, puisse retrouver un jour le chemin de la croissance. Pendant ce temps, les États-Unis, la Chine, l’Inde…       

(1) Philippe Verdier, Climat Investigation, 2015, Ring.

École: l’universel contre la radicalisation

Des ateliers pédagogiques de lecture et d’écriture menés auprès d’élèves en difficulté démontrent la capacité des adolescents, lorsqu’ils sont correctement encadrés, à comprendre puis à s’ouvrir à la pensée d’autrui.


Nous devons comprendre que les « leçons de morale » n’ont pas la moindre chance de l’emporter contre le chant des sirènes sectaires qui promettent aux élèves un entre soi chaleureux, une solidarité communautaire et une consolation confessionnelle, à condition qu’ils renoncent à leur liberté de penser. L’École doit au contraire les convaincre que ce qui unit les humains est plus fort que ce qui les divise ; c’est ainsi qu’elle leur donnera le goût de l’ouverture, du partage et de la culture universelle.

Une pédagogie émancipatrice au service des élèves

Depuis trois ans, nous invitons des élèves fragiles en langue française, à questionner des textes fondateurs, à débattre sur les sujets universels qu’ils évoquent et à produire eux-mêmes des récits. En d’autres termes, atelier après atelier, ces élèves, portés par une pédagogie émancipatrice, améliorent considérablement leurs compétences de lecture et d’écriture, mais surtout, apprennent que, quelle que soit la nature d’un texte, quelle que soit la langue qui le porte, chacun d’entre eux a le droit de l’interpréter : leur droit de comprendre est imprescriptible.

Février 2023, nous sommes donc dans une classe de SEGPA[1]. Le maître lit successivement à haute voix deux textes, le Sacrifice d’Abraham d’une part et Iphigénie d’autre part. L’un est sacré, l’autre profane, l’un appartient à la Grèce antique, l’autre à l’Ancien Testament et au Coran ; leurs origines respectives sont dûment explicitées.

Rappelons-nous ces deux histoires venues de temps et d’univers très éloignés l’un de l’autre et qui pourtant posent chacune devant « le tribunal des hommes » la même question : peut-on sacrifier son enfant pour plaire à /aux dieu(x) ? 

1er texte : Iphigénie est la fille préférée d’Agamemnon et de Clytemnestre. Agamemnon est le chef de la coalition grecque rassemblée à Aulis pour reprendre Hélène, femme de Ménélas, roi de Sparte, enlevée par Pâris, fils du roi de Troie, Priam. Lors d’une chasse, Agamemnon tue une biche, animal préféré de la déesse Artémis, se vantant même d’être meilleur chasseur que la déesse. Outragée, Artémis retient les vents empêchant ainsi la flotte grecque de faire voile vers Troie. Consulté, le devin Calchas révèle que la déesse exigeait, pour être apaisée, qu’Agamemnon lui sacrifie son plus beau trésor, sa fille Iphigénie.  

Malgré la douleur de Clytemnestre, les supplications d’Iphigénie et les remords d’Agamemnon, les Grecs exigent ce sacrifice pour pouvoir enfin rejoindre Troie, la piller et revenir riches de gloire et de butins. Iphigénie accepte son destin par amour pour son père et pour le bien des Grecs. Mais Artémis, émue par cette grandeur d’âme, substitue au dernier moment une biche à Iphigénie.

2e texte : Alors que les promesses que Dieu avait faites à Abraham semblent s’être réalisées, il lui demande de prendre son fils unique aimé, Isaac, et de l’offrir en holocauste. Tôt le lendemain, Abraham sangle son âne, coupe le bois pour l’offrande et fait route avec ses deux serviteurs et Isaac. Arrivés sur le lieu prévu, il prend la pierre à feu, son couteau, et Isaac porte le bois. Lorsque ce dernier demande à Abraham où est le bélier pour l’offrande en holocauste, Abraham répond que « Dieu y pourvoira ». Mais après avoir construit l’autel, Abraham lie Isaac, l’étend, et s’apprête à l’abattre. Un ange de Dieu l’arrête, lui disant de ne pas lever la main contre son fils (« Ne porte pas la main sur ce jeune homme, ne lui fais aucun mal !… ton fils, ton fils unique ! » ). À présent, Dieu sait qu’Abraham le craint, car il ne lui a pas dérobé son fils. Un bélier qui s’était pris les cornes dans un buisson est sacrifié sur le lieu. Abraham est béni d’une descendance nombreuse et victorieuse, et toutes les nations de la Terre seront bénies par ses descendants.

À lire aussi, Jean-Paul Brighelli : « Moi, proviseure… »: les lettres de noblesse de l’enseignement professionnel

Lecture, débat et construction collective du sens

Après chaque lecture, le maître invite son groupe de huit élèves à dégager avec précision le sens de chacun des deux récits, en suivant le protocole des Ateliers de Compréhension de Textes (ACT) : recueil des interprétations de chaque élève ; validation par le texte ; reprise de l’histoire dans sa cohérence narrative.

Ensuite, le maître leur fait découvrir que les deux textes posent tous les deux la même question : doit-on sacrifier son enfant pour manifester sa soumission à ou aux dieux ? C’est cette question qui donne lieu à un débat dont les règles sont clairement posées (ou imposées). Même s’ils ne sont pas d’emblée d’accord, les élèves apprennent progressivement à argumenter et à écouter les arguments des autres. Au début, se heurtent des croyances antagonistes (« tout le monde sait qu’Isaac est un martyr »), des arguments d’autorité se bousculent (« d’abord mon père il m’a dit que… ») ; ces disputes laissent peu à peu la place à une réflexion plus générale, à une écoute plus attentive des propositions des autres. Mais surtout, les élèves prennent conscience que des gens de religions différentes, appartenant à des civilisations différentes peuvent, parce que ce sont des humains, se poser les mêmes questions. 

Lecture collective, débats fermes mais apaisés ouvrent alors à un troisième temps tout aussi important : l’écriture collective d’un récit qui portera les mêmes interrogations, qui illustrera la même question universelle que les textes précédemment fréquentés. La preuve est ainsi faite que des élèves, pourtant peu portés à la lecture et à l’écriture, sont capables de produire un récit de qualité. Le « nourrissage culturel » qui leur est offert en amont de l’écriture leur permet de laisser ensemble une magnifique trace de leur intelligence collective.

J’entends déjà les « pleutres » nous dire : « pourquoi prendre de tels risques ? Gardons-nous à l’école des sujets trop sensibles !» Mais ces questions que ces « résignés » qualifient de « sensibles » sont justement celles qui ont la meilleure chance de tisser des liens entre des élèves de cultures et d’origines sociales différentes parce qu’elles exigent que chacun regarde plus haut, que chacun pense plus loin que sa seule appartenance. Comprendre, débattre, écrire, c’est sans doute la façon la plus efficace de se défendre contre ces faux prophètes qui, confondant lecture avec récitation servile, refusent à leurs « disciples » le droit de questionner et de construire le sens des écrits. Le juste respect dû au texte se changeant alors en soumission craintive, au point que l’idée même de comprendre et d’exprimer sa pensée devient inconvenante, insolente et sacrilège.


[1] Segpa : Section d’enseignement général et professionnel adapté accueille les jeunes de la 6e à la 3e présentant des difficultés scolaires importantes. 

Pour les « Reds », Darmanin est ministre de l’Injustice !

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Après le fiasco de l’organisation de la finale de la Ligue des Champions 2022 et le calvaire vécu par les célèbres « supporters anglais » – privés d’accès au stade, gazés aux lacrymogènes et victimes de vols aux abords du Stade de France –, comment appréhendent-ils leur prochain déplacement dans la capitale française?


Mercredi 5 mars, en 8e de finale de la Ligue des Champions, le PSG reçoit le Liverpool FC, qui revient à Paris avec en tête de très mauvais souvenirs…

La dernière fois que l’équipe anglaise s’est déplacée en Ile-de-France, c’était le 28 mai 2022, au Stade de France à Saint-Denis, pour disputer la finale de la Ligue des Champions, une soirée qui avait tourné au cauchemar. Non seulement les Reds, surnom des joueurs de Liverpool, avaient perdu (victoire du Real Madrid 1 à 0) mais, surtout, leurs supporteurs étaient tombés dans des embuscades tendues par les cailleras du 9.3, profitant de l’événement pour faire la razzia.

Le comble, c’est que ces racailles avaient obtenu l’absolution du ministre de l’Intérieur français qui sans recul avançait alors que les Anglais avaient tiré les premiers, en se comportant comme des vandales. Sur X / Twitter, il nous en fichait son billet: « Des milliers de «supporters » britanniques, sans billet ou avec des faux billets ont forcé les entrées et, parfois, violenté les stadiers. »

Ce ministre était Gérald Darmanin…

À lire aussi : PSG: quand tifo allié (au Hamas)…

En février 2023, une commission d’experts indépendants rétablissait la vérité et démontrait que le premier fauteur de troubles était la police française, qui mal dirigée et encadrée, avait laissé les racailles se livrer à leurs exactions en toute impunité. Et qu’en conséquence les allégations de Gérald Darmanin n’étaient que des mensonges éhontés.

Dès le match suivant à Anfield, le temple du Liverpool FC, les fans des Reds brandissaient des banderoles où Darmanin (en compagnie de la ministre des sports Amélie Oudéa-Castéra) était caricaturé en Pinocchio.

Aujourd’hui, les supporteurs anglais sont donc de retour à Paris (mais moins nombreux qu’à l’accoutumée car certains ont décidé de boycotter la France…) et en haut-lieu on redoute qu’au Parc des Princes les sujets du roi Charles III fassent éclater leur ressentiment envers Darmanin… nouveau garde des Sceaux pour les Français, mais pour les Anglais éternel ministre de l’Injustice.

Un dandy nommé Eudeline

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Critique de rock éclairé, talentueux romancier, auteur-compositeur singulier, Patrick Eudeline signe un superbe récit autobiographique dans lequel il dévoile tout : sa famille, ses amis, ses fêlures et ses galères…


Perdu pour la France, Patrick Eudeline, Séguier, 2024.

On le savait critique de rock inspiré, avant-gardiste abordable et non poseur, capable d’exhumer raretés oubliées ou de réhabiliter des perles trop longtemps méprisées (ses articles dans le regretté Best le confirment) ; on l’a découvert auteur-compositeur précurseur (avec son groupe Asphalt Jungle) ; puis écrivain avec le manifeste essentiel – manière de Grognard & hussards, de Bernard Frank – du mouvement punk des seventies (L’Aventure punk, Le Sagittaire, 1977 ; Grasset, 2004) mais surtout avec de sublimes romans dans lesquels il aiguise sa plume surprenante (Dansons sous les bombes, Grasset, 2002 ; Rue des Martyrs, Grasset 2009) ; aujourd’hui, il nous surprend avec un récit autobiographique et inattendu : Perdu pour la France, dans lequel il dit tout, tout sur lui, sur sa vie, sur ses peurs, ses doutes, ses galères, sa famille, avec une désarmante et presque innocente sincérité. C’est beau comme quand un jour de 1974, Kléber Haedens nous donna à lire Adios. On comprend alors que Patrick Eudeline n’est pas seulement un sacré écrivain ; on comprend aussi que c’est un sacré bonhomme, authentique, hanté, fêlé comme un baron Corvo, loin, si loin, des frimeurs surestimés de la rock critic.

Lorsqu’on l’interroge sur le pourquoi de cet opus, il répond tout de go : « Parce que le temps était venu ! J’ai refusé plusieurs propositions d’autobiographies. Je n’aime pas le format. Mais un livre de souvenirs… oui ! C’est aussi un essai sur le Monde d’Avant. Plus intéressant de raconter les scouts et le collège Stanislas, le Pigalle d’alors et d’aujourd’hui que mes rencontres avec Mick Jagger ! La dope avec Sid Vicious, ça oui c’était marrant à raconter ! » Quant au pourquoi du titre énigmatique Perdu pour la France, il lâche : « Les bons titres sont des valises et des punchlines. Tu y mets ce que tu veux… »

 « Mon père, le vrai, était peut-être juif »

Des confidences intimes, il en pleut. Saviez-vous que jeune adolescent, il publia son premier article dans le bulletin Mon VI, micro-journal du VIe arrondissement édité par Tibéri (son père retapait l’un des nombreux appartements de l’inénarrable politicien). Titre des deux feuillets ? « L’art de l’esquive ou les basses manœuvres du Florentin » ; est-il utile de préciser que Mitterrand en prenait pour son grade ?

À lire aussi, Emmanuel Domont : Patrick Eudeline, le rock à l’âme

Le père de Patrick, parlons-en ! Il se prénomme Robert et fait croire à sa famille qu’il a quasiment libéré seul la ville du Havre du joug nazi. Du pipeau. Qui était-il pour lui ? « Ouh la ! L’image et l’origine même de mes contradictions. Un gaulliste prolétaire, hâbleur, et quelque peu inculte qui rêvait de bourgeoisie sans la comprendre. Le beauf de Cabu… un produit de la guerre etc., etc. » Il laisse même entendre qu’il pourrait ne pas être son propre géniteur : « Je ne saurais jamais. Mon père, le vrai, était peut-être juif. J’aimerais bien… je raconte tout ça. » En revanche, de son frère Christian, aujourd’hui critique de rock et écrivain, il en parle peu : « Pas envie et peur de la polémique, de le heurter. Je ne parle pas non plus de la seule femme que j’ai épousé, mais le livre lui est dédié. » Il en est de même de ses années Best : « Tellement de choses à raconter. Je suis allé au plus signifiant ou spectaculaire. Faudrait un second tome ! Mais non… » Il est plus disert à l’endroit du collège Stanislas, institution privée pour fils de bonnes familles, qui l’a marqué : « Ce sont mes racines, mes contradictions, ma culture. Comme disait Gainsbourg, l’érotisme comme la provocation ne se conçoivent que dans la langue de Bossuet. Comprenne qui pourra. » Il raconte même qu’adolescent, il a mis enceinte une fille de son âge. Un petit Eudeline existerait-il sur terre ? « Non malheureusement… Tout est vrai, évidemment. Sinon à quoi bon ? Le petit Eudeline a fini à Londres. Avortement, bien sûr. Grande famille ! J’avais quinze ans, et elle aussi. » Plus surprenant également, il cite Cloclo, Sheila et Enrico, et pas pour en dire du mal, loin de là. Et lâche cette belle phrase : « Puisque la France qu’ils chantent est celle qui me manque chaque jour. » Nostalgique des sixties et des seventies ? Bien sûr ; on est en droit de dire que l’époque actuelle le dégoûte. Que lui reproche-t-il ? « Euh… tout ! C’est la fin d’un monde. Une dégringolade dans un terrifiant Moyen Âge. » Suffisant pour se faire qualifier de droitard et de réac sur les réseaux sociaux : « Aujourd’hui il faut choisir son camp. Pour ce livre j’ai eu toute la presse et médias de droite, sauf CNews ! Et seulement France Inter à gauche. Un grand journal de gauche m’a avoué adorer le livre, mais comme Causeur, Le Figaro et le JDD en parlent…. Blackliste ! » Sur le plan de la musique, il balance, Patrick ; il balance tout. Lui, le précurseur du punk en France, confie avoir été marqué par le progressif rock français des années 70. D’autres, de sa génération, devenus rock’n’rollers tardifs, ont tout fait, eux, pour le dissimuler. Une sincérité qui l’honore : « J’aime la musique et son histoire, tout simplement. Je suis autant passionné par Puccini que par le blues crade ou la pop sixties. Les chapelles rock, c’est de l’ignorance en barre. »

 « Je suis une erreur sociale »

Il en est de même lorsqu’il concède que la haute bourgeoisie l’a toujours fasciné : « J’aime l’élégance, les grandes bibliothèques et… je suis une erreur sociale. Wilde est mort pauvre. Baudelaire…. ma hantise… Le dandysme est une philosophie, un désespoir. Le fétichisme des choses et des codes, la haine de la nature. Une transcendance ! Et puis ça occupe. Trouver le bon jean, rien que ça ! Bon, cadeau aux lecteurs : Lévis 505 ou rien ! ». Ses projets ? « Je me consacre à un livre… Totalement inattendu. Un thriller dystopique et grand public ! Je n’en dirais pas plus. Veilleuse sur la musique, sauf si propositions alléchantes. Que j’espère plus coté presse ou radio, d’ailleurs. Mon côté bon client ne demande qu’à s’épanouir. Le livre… le prochain… Il y a déjà des éditeurs très intéressés. Marre du côté poète maudit. Jamais été mon idéal ! » 

Même s’il chaloupe – à l’instar de Daniel Darc et Johnny Thunders –, Patrick Eudeline est toujours en marche. C’est bon signe pour nous, ses lecteurs passionnés.

Perdu pour la France

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Pierre Mérot rempile

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Pierre Mérot © Audrey Dufer

La suite tout aussi poignante de Mammifères, où le personnage principal s’adapte à sa nouvelle vie de soixantenaire.


Couverture de « Mammifères II »

Vingt-deux ans après Mammifères, prix de Flore 2003, réédité en poche par Rivages, Pierre Mérot, auteur d’une dizaine de romans, propose la suite des aventures du personnage de l’oncle. On pourrait appeler ce livre les presque-mémoires de l’oncle qui ressemble par certains côtés à l’auteur, sans vouloir l’offenser, car sa vie, celle de l’oncle, n’est guère reluisante… Il n’a pas la soixantaine triomphante. Ça bande mou et mal. Et le personnage féminin, Sandy, n’est pas très avenant. Quant à l’application Tinder, à laquelle il a recours, elle nous introduit dans l’univers de la misère sexuelle. On frise même le pathétique.

Voltaire sous Prozac

Mammifères II débute par la mère morte. C’est assez salé comme entrée en matière. La scène est d’une grande tristesse avec la description de la chambre mortuaire de l’hôpital Bichat. Bichat, il faut être solide pour ne pas en ressortir déprimé ; surtout l’hiver quand le périph se confond avec le gris du ciel, sous le regard impavide de la cheminée du crématorium. On brûle tout à Bichat, surtout l’espoir.

Ça ne s’arrange pas avec l’évocation du père placé en EHPAD situé dans l’hôpital Fernand-Widal, antichambre des pires cauchemars. Il est mort depuis, avec sa retraite de 4000 euros qui ne lui aura pas permis de respirer le parfum des mimosas de la côte d’Azur. Mérot décrit toujours avec justesse. Ça touche là où la blessure boursoufle. L’ironie est voltairienne, mais elle émane d’un Voltaire sous Prozac, sans perruque ni bas de soie, seulement des bas de contention.

Lose tendance Houellebecq

L’oncle va devoir déménager. Il est foutu à la porte de son studio par le proprio qui souhaite l’occuper. Le studio est crade, car l’oncle picole et maltraite les portes quand il est ivre ; sans oublier qu’il fume beaucoup. Il a des problèmes de santé, vous vous en doutez, et fréquente la clinique de Turin pour passer un coroscanner. Le nouveau logement sera en banlieue chic. Il évoque le seul meuble auquel il se raccroche : son bureau d’écrivain – le radeau de la Méduse, en quelque sorte. Malgré la débine permanente, l’oncle n’a rien perdu de son humour décapant, pas trop méchant, mais sans concession avec notre époque où les individus semblent avoir douze ans d’âge mental.

À lire aussi : Tout le monde aime David Foenkinos?

Bon, le problème de l’oncle, c’est sa mère. C’est pour cela que le livre démarre sur elle, à l’horizontale et roide. Il y a un beau passage, très bataillien, que nous propose l’auteur. C’est cru, édifiant – page 87 – avec le résumé suivant : « (…) en perdant sa mère il a perdu un ennemi fondamental mais aussi un angle d’attaque contre le monde et plus prosaïquement son fonds de commerce. »

Vingt-deux ans après, donc, Pierre Mérot continue de nous régaler avec cet oncle qu’on ne parvient pas à rejeter malgré sa lose tendance Houellebecq – l’auteur règle ses comptes avec lui, en passant.

Un mauvais point, cependant, attribué au professeur Mérot. La description de certains profs du lycée Stéphanie-de-Monaco m’a crispé. C’est une description naturaliste qui m’a ramené dix ans en arrière, avant ma démission. Ça m’a crispé car c’est tellement vrai. Comme son livre plein de sensibilité.

Mammifères II

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Sacré Charlemagne !

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Notre chroniqueur sort son petit appareil dans les toilettes d’un bar d’une ville du Nord de la France. D.R.

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


« Souviens-toi la dernière fois que tu as fais quelque chose pour la première fois. » Lue dans les toilettes d’un bar d’une ville du Nord de la France, cette inscription, d’abord, m’interpelle.

Pour tout dire, elle me plaît. Je la trouve mignonne, intelligente, vive ; elle change surtout des sempiternelles et redondantes « Nique la police ! », « Laetitia, je te baise ! », « Cherche mec pour amitié virile et plus si affinité. 06 (…) Dylan. ». J’en passe et des meilleures.

Je la relis ; je commence à jouer le jeu, à chercher dans ma vieille mémoire plus usée qu’un Kleenex dans la poche d’un covidé. Soudain, je m’arrête ; je me rends compte qu’il y a quelque chose qui cloche. Bon Dieu, mais c’est bien sûr ! fis-je, tel un Bourrel amiénois. Cette faute d’orthographe, magnifique, imparable, sublime dans sa laideur : « (…) que tu as fais quelque chose (…) » au lieu de « (…) que tu as fait quelque chose (…) ». Des fautes, c’est vrai, on en fait tous.

Et qui suis-je pour me permettre de corriger ce ou cette Restif de La Bretonne du grand Nord ? Mais là, tout de même. Ecrire sur les murs des toilettes, ce n’est pas anodin ; il faut un élan, un élan du cœur, de l’esprit. Une pensée. C’est comme si je me mettais à écrire sur la porte du WC d’un bistrot d’Amiens : « Pascale, ma sauvageone, je t’aime ! » Je ne suis peut-être qu’un boomer, qu’un vieillard de 69 ans, un mec à l’ancienne, mais je trouve que lestée de cette faute, mon inscription perdrait de sa puissance, de son intention. Et ne me dites surtout pas que trop de « n » tue l’amour !

À lire aussi, Philippe Lacoche : Alphonse défonce le chômage

Alors, perturbé par le « que tu as fais », j’en perds mon idée initiale et me mets à penser à ma première journée d’école. C’était en septembre 1959 ; j’avais trois ans. Je me souviens encore de ce jour de rentrée dans les bâtiments provisoires et tout gris de l’école maternelle de la cité Roosevelt, à Tergnier (Aisne). L’institutrice s’appelait Mme Magnier. Elle était blonde, la trentaine. J’avais refusé de m’asseoir, furieux que Charlemagne et sa fichue idée m’eussent extirpé de l’univers merveilleux de mes jeux d’enfants. Mme Magnier ne savait plus quoi faire ; elle était désolée. Quand mon grand-père Alfred, un ancien Poilu, aux moustaches sévères et de neige, mais au cœur tendre, vint me rechercher vers 11h30, elle lui dit :

Je ne sais pas ce qu’on va en faire !

Il avait dû rigoler, Pépère ; peut-être qu’il se souvenait que l’obtention de son grade de caporal, en 1914, il la devait au fait qu’il sût lire, écrire et compter. Il nous racontait qu’il faisait ses devoirs, éclairé d’une chandelle, après avoir donné un coup de main à la ferme de ses parents, à Catillon-sur-Sambre, dans le Nord. L’après-midi, je consentis à m’asseoir. Le soir, Mme Magnier avait retrouvé le sourire. Et mon caporal de grand-père, aussi.

Thé glacial à la Maison-Blanche

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Le président ukrainien Volodymyr Zelensky et le président américain Donald Trump, Washington, 28 février 2025 © CNP/NEWSCOM/SIPA

Lors d’une rencontre tendue vendredi au bureau ovale, MM. Trump et Vance ont tenté de soumettre le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Un traquenard dénoncé par les chancelleries occidentales


Se référant à la tradition diplomatique la plus constante, on se plairait à croire que le célèbre bureau ovale de la Maison-Blanche est le lieu par excellence où on s’emploierait à arrondir les angles. Voilà donc une idée reçue qui aura fait long feu, tant il est vrai qu’avec l’hôte actuel de l’endroit rien ne se passe comme prévu.

M. Zelensky, le président ukrainien, n’était pas venu là pour prendre le thé, bien que l’heure s’y prêtât, mais pour parler de négociations de paix, d’arrangements en vue d’un éventuel cessez-le-feu. 

En fait, trente-six heures plus tôt, le président Trump voulait annuler la rencontre. Il en aurait été dissuadé par le président français, Emmanuel Macron, qui, au téléphone, à force d’insister, aurait réussi à le persuader de maintenir le rendez-vous. Sans verser dans une psychologie bas de gamme, on peut donc se dire que ce n’était pas dans l’enthousiasme ni submergé d’un total esprit de bienveillance que le numéro 1 américain ouvrait les portes de son bureau présidentiel. 

On avait pris place dans des fauteuils comme pour faire salon et dans les premiers moments on put croire que tout se passerait selon les convenances diplomatiques et protocolaires en usage. 

Mais soudain, voilà que ce qui fâche remonte à la surface ! Et ce qui aurait dû être débattu, liquidé en coulisses se trouve déballé devant les caméras. L’Ukrainien veut plus de soutien, plus d’aides, plus d’appui et l’Américain attend quant à lui plus de mercis, de reconnaissance, de manifestation d’allégeance, peut-être aussi. L’un s’inscrit dans la continuité de sa guerre de libération, l’autre dans l’après, dans l’amorce d’une paix fabriquée à sa main, bien dans sa manière de milliardaire made in USA. La paix par le business. C’est sa logique, il y revient toujours. 

À l’issue de la rencontre, un accord devait être signé portant notamment sur l’exploitation de ce qu’on appelle les terres rares : le manganèse, le titane, le graphite et notamment le lithium dont l’Ukraine détiendrait la plus grande ressource en Europe. Gisements non encore exploités, ce qui supposerait des investissements colossaux, d’où l’avantage qu’il y aurait à faire entrer l’Oncle Sam et ses montagnes de dollars dans la boucle. Pour Trump, l’intérêt est double : se rembourser des milliards d’aide apportés à l’Ukraine dans la guerre, et s’offrir un réel pactole d’avenir. En échange, il apporterait la sécurité aux Ukrainiens. Une sécurité qu’il qualifie d’automatique (sic) puisqu’elle serait garantie par le simple fait que des personnels, des travailleurs, des ingénieurs américains seraient amenés à travailler sur le sol ukrainien. En gros – en très gros – son message est le suivant : « Vous arrêtez les grosses bêtises (la guerre) et nous autres, toi, Volodymyr et moi, on se fait du gros pognon, du très gros pognon. De quoi troquer ta tenue paramilitaire qui me met les nerfs pour le costume trois pièces façon Wall Street. »

Tel était – encore une fois à très gros traits – l’objet initial de la rencontre. Elle a tourné vinaigre. C’est certain. Est-ce si grave ? Les conséquences seront-elles si dommageables ? Combien de fois n’avons-nous pas pu constater, dans la vie privée comme dans la vie publique, que purger une bonne fois le ressentiment permettait au fond, à terme, de faire avancer les choses ? Le fait est qu’on ne peut en rester là. Il faut donc bouger. Trump est un businessman. Zelensky un animal politique. Or chez Picsou comme chez Machiavel, tout s’efface devant le pragmatisme, l’obsession du résultat. Tout, la morale, les blessures d’ego, la vérité, le mensonge. Tout. On peut parier que c’est ce qui prévaudra ici encore.

Il reste toutefois à espérer que ce ne soit pas sur le dos du peuple ukrainien que s’écrive la suite de ce moment « de bonne télévision » comme Trump lui-même s’est plu à minimiser l’incident. Et si l’Europe a un rôle à jouer dans cette affaire, c’est bien d’y veiller, de se montrer vigilante et intransigeante dans la défense de ce peuple héroïque, meurtri et de ses intérêts.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Ce que Freud pourrait nous dire sur l’élection de Donald Trump

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Des militants pro-trump écoutant le discours de Donald Trump, le jeudi 31 octobre 2024, à Henderson, Nevada © Julia Demaree Nikhinson/AP/SIPA

Petite psychologie de l’Amérique contemporaine


Précisons tout de suite : pas question, dans cet article, de faire une « psychanalyse » du président américain, ni même, de parler de lui, de sa personnalité, de son style, de ses premières décisions. L’exercice n’est pas impossible, même s’il est prématuré, et Freud l’a tenté, avec un joli succès, en faisant le « portrait psychologique », d’un autre président américain, T.W.Wilson, qui a exercé deux mandats entre 1913 et 1921 .

La question posée ici est plutôt celle de savoir pourquoi il a été élu, avec une confortable majorité, et avec un solide noyau électoral en sa faveur. Et j’exclus immédiatement l’explication, intellectuellement paresseuse et un brin méprisante, selon laquelle ceux qui l’ont élu sont stupides, incultes, red neck, issus du patriarcat blanc, racistes, complotistes et fascisants. Il y en a, encore que ceux-là votent peu, mais ce n’est pas la masse, loin de là.

Je fais l’hypothèse que l’élection de Donald Trump est le produit d’un mouvement de fond dans la société américaine, mouvement dont il est le produit et qu’il a su incarner, non pas tant grâce à sa personnalité, mais souvent malgré sa personnalité. La majorité de ses électeurs ne se font aucune illusion sur le côté fantasque, imprévisible et souvent superficiel, sur les sujets qu’il aborde. Mais ce qu’il incarne est plus fort que ce qu’il est.

Commençons par deux constats. Le premier est économique, le second psychologique.

Donald Trump visé par un tireur à Butler, Pennsylvanie, 13 juillet 2024 © Gene J. Puskar/AP/SIPA

Premier constat, alors qu’il n’avait cessé d’augmenter tout au long du XXème siècle, le niveau de vie, celui des classes moyennes, qui forment une large majorité de la population, n’a cessé de décroître depuis, avec une pente accentuée à partir des années 2010. Le consommateur épanoui, icône de l’American way of life, avec un bon emploi, rémunérateur, une maison bien équipée, une voiture puissante, n’existe pratiquement plus. L’Américain moyen aujourd’hui doit se restreindre sévèrement, souvent simplement pour survivre. Son plaisir de vivre ne trouve plus de point d’appui économique. D’autant que ce plaisir était articulé, depuis le début du XXème siècle, sur la consommation.

Le deuxième constat est que le psychisme de nombreux Américains a été envahi, disons, ces quinze dernières années, par une angoisse sans nom, qui a pris des formes diverses, qui s’est exprimée à travers de nombreux affects, dont le moindre n’est pas la tentation de basculer dans des « paradis artificiels », comme en témoignent les centaines de milliers de morts par overdose, notamment d’opioïdes. Au delà des drogues et de l’alcool, c’est une véritable épidémie, meurtrière, de ce que Peter Turchin appelle les « morts par désespoir » (dans son remarquable ouvrage : Le chaos qui vient, élites, contre-élites, et la voie de la désintégration politique, Le cherche midi, 2024). Les femmes, longtemps et universellement écartées de ce schéma d’auto destruction, l’ont rejoint, à égalité. Tout se passe comme si l’individu, référence majeure de la culture américaine, ne se supportait plus.

Ces deux constats s’appuient sur nombre de données objectives. La taille moyenne des Américains, par exemple, longtemps la plus haute du monde, a désormais cessé d’augmenter (contrairement à celle des habitants de la plupart des autres pays occidentaux). L’espérance de vie des classes moyennes a baissé. En six ans, de 2014 à 2020, elle a perdu 1,6 année. En termes de santé mentale, la situation est catastrophique. La « détresse extrême », indicateur de la dégradation massive du « bien-être subjectif », a doublé de 1993 à 2019. Une enquête de politologie a d’ailleurs montré que cette dégradation était un facteur prédictif du premier vote Trump.

À lire aussi, Philippe Bilger : Comment je me suis trompé sur Donald Trump…

Un puissant courant

Un mouvement de fond a touché la société américaine, en son cœur, celui de ses travailleurs, de l’immense majorité de sa population. Il est si profond et si puissant qu’il a conduit une partie de l’élite américaine (qui, globalement, s’est enrichie pendant cette période, soutenue tour à tour par les Républicains et les Démocrates) à virer de bord. Par crainte de perdre ses privilèges, et sentant la révolte gronder, une partie des milliardaires s’est ralliée à cette lame de fond en soutenant Trump, notamment, mais pas seulement, l’élite récente qui a construit ses fortunes sur les nouvelles technologies.

Comment caractériser ce puissant courant qui s’est levé et a bousculé non seulement la politique américaine et bientôt peut-être sa culture toute entière, mais aussi la politique internationale ? C’est à ce point du raisonnement qu’il faut se souvenir des contributions de Freud, et de la psychanalyse, à la compréhension de la culture et de la dynamique des sociétés. Je résume en quelques mots l’apport essentiel de Freud, tel qu’il le formule dans Malaise dans la culture, ouvrage écrit à l’été 1929, autre période de grands bouleversements politiques et sociaux.

Pour Freud, l’humanité, l’homme et sa capacité de faire-société, est née d’une opération de restriction pulsionnelle, notamment de ses pulsions d’agression, dont il ne peut pas se séparer, mais qu’il peut, par contre, réprimer. Pour sortir de l’animalité qui nous guette en permanence, il nous faut donc nous empêcher de ce que nous commettrions naturellement : le meurtre, la violence, l’inceste, le viol, l’agression. Nous n’arrivons à faire société, à vivre, qu’en retournant contre nous, pour en épargner les autres, cette pulsion d’agression qui pousse sans fin, mais, du coup, en nous sentant coupable de l’éprouver et d’avoir ne serait-ce que l’intention de l’exercer. C’est ce que Freud appelle le « malaise », cette angoisse, cette culpabilité, qui accompagne obligatoirement la possibilité de faire société et rend difficile, selon lui, toute accession au bonheur.

L’Amérique et la restriction pulsionnelle

La société américaine est particulièrement concernée par ce mécanisme de restriction pulsionnelle. Toute son histoire, depuis l’état de violence initiale dans laquelle elle s’est trouvée au départ de la colonisation de l’Amérique du Nord (domination des bandes criminelles, génocide des indiens, larges territoires soumis à la loi du plus fort), a été marquée par la progression laborieuse de cette restriction des pulsions d’agression. La tentative récurrente de purger la culture de la vengeance, comme organisatrice des rapports sociaux, en est un des signes les plus manifestes. Une telle entreprise de renoncement de la violence ne s’est faite pas sans une augmentation corrélative de l’angoisse, de l’angoisse de culpabilité, partagée, à sa manière, par chacun.

Les dernières avancées de la culture qui étaient portée par l’idéologie des élites économiques, médiatiques, universitaires et en partie politiques (surtout démocrates), allaient dans le sens d’exiger encore plus de restrictions dans le domaine de la morale et des mœurs quotidiennes : l’expression de la sexualité mise sous surveillance, la virilité protectrice comme mode d’expression tempérée de la capacité d’agression dévalorisée, voire délictualisée, la masculinité découplée de la biologie. L’irruption de l’exigence écologique a permis une pénétration accrue des normes sociales dans l’espace privé, en régulant les comportements intimes : réduire la consommation, les voyages, le nombre d’enfants, jusqu’à la fréquence des douches.

En un peu plus d’une décennie la société américaine a produit, sur toutes les bases qui viennent d’être décrites, un immense et pesant « surmoi culturel », comme dit Freud, dont on ne compte plus les interdictions qu’il édicte. L’immense emprise du sentiment de culpabilité qu’il génère est vécu, par les élites qui sont à l’origine de ce surmoi culturel, comme si puissant qu’il valorise les comportements vertueux, dont Freud a bien décrit le mécanisme d’emballement. Cette exigence de vertu oblige à trouver des débouchés dans une culture de l’excuse qui va s’exprimer par des thématiques politiques toutes liées à la critique radicale de la toxicité congénitale de « l’homme blanc », du colonialisme, du racisme « systémique ».

Mais là où les élites, notamment médiatiques, associatives et universitaires, qui ont d’autres avantages, semblent souffrir délicieusement de la culpabilité qu’elles ont engendrée, le reste de la population ne semble pas déterminée à ajouter un fardeau de plus à leur situation déjà difficile.

Lorsqu’une société en vient à pratiquer trop avant la restriction pulsionnelle, elle fait peser un poids très lourd sur les épaules de tous, qu’ils fassent partie de l’élite, ou des classes travailleuses. Lorsque s’abat, sur ces dernières, d’autres soucis, comme la baisse du revenu, les difficultés à se soigner, à se loger, la difficulté à trouver un plaisir à vivre, ces classes travailleuses se trouvent déjà en position insupportable de restriction tout azimut. Les possibilités qu’offre le déploiement du principe de plaisir dans la vie quotidienne en sont d’autant limitées et la recherche du bonheur se transforme en lutte pour la survie.

En ajoutant à cela l’apologie de l’immigration, non seulement pour continuer encore plus à peser sur les salaires pour les faire baisser, mais pour faire la promotion du remplacement des anciennes populations, coupables, par de nouvelles, vertueuses par nature puisque présentées comme « victimes ». Le Parti démocrate en a fait sa politique. Son exigence en matière de mœurs servant par ailleurs à masquer son soutien la poursuite de l’enrichissement des élites au détriment des classes moyennes.

À lire aussi, Pierre Pimpie : Trump et le protectionnisme: mettre fin à la passivité européenne

Cela ne pouvait plus durer

A l’insupportable restriction économique qui frappent les classes moyennes de plein fouet, à la culpabilité accumulée pour purger le pays d’une violence toujours résurgente, les Démocrates et les élites universitaires ont ajouté l’insupportable exigence d’une révolution vertueuse des mœurs. C’était trop, et cela ne pouvait durer. A trop comprimer le psychisme de l’Américain, dans un contexte de restriction des plaisirs de la consommation, l’explosion était inévitable. Comme dit Freud, un jour  « le sentiment de culpabilité sera si fort qu’il sera difficile à supporter ».

Le premier homme politique, et ici ce n’est pas le moindre, qui est passé par là et qui a promis la fin de ces exigences de renoncement pulsionnel, devait être élu d’office, quelque soit sa personnalité, et encore mieux s’il montre l’exemple d’un déchaînement personnel. A regarder de près son programme et ses premières décisions, Trump ne fait rien d’autre que d’appeler, tous azimuts, à la fin des restrictions à la fois économiques et pulsionnelles. C’est le fil rouge de sa présence et la raison de sa popularité.

Voilà ce que Freud nous permet de comprendre : la promesse de réduction de l’angoisse que génère le renoncement et la vertu fait gagner les élections. Nul doute que cela a commencé à donner des idées à bien d’autres politiciens, notamment dans une Europe rongée par les normes et la vertu.

Introduction à la psychanalyse

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LE SILENCE ET LA PAROLE

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Des morts illustres… et un grand historien

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Michel Winock, auteur et historien francais, Saint-Maur, 1 février 2018 © BALTEL/SIPA

Michel Winock publie Pompes funèbres, galerie de portraits d’une vingtaine de « figures de proue » (Michelet, Zola, Jaurès, Hugo, Renan, Péguy, etc.) – de 1871 à 1914. Occasion d’un hommage au grand historien.


Michel Winock est un homme modeste – et généreux. Il suffit de l’avoir croisé une ou deux fois dans sa vie pour comprendre : son catholicisme social qui ne se paie pas de mots, son goût des autres, sa curiosité intellectuelle insatiable, son optimisme – « en dépit de » – qui contraste avec les passions tristes de l’époque, son Nord qu’il a chevillé à l’âme et au corps. Tout cela a l’air banal lorsque les mots ne résonnent pas. Avec le grand historien, professeur émérite à Sciences-Po Paris, ils résonnent.

Son catholicisme et son goût des idées lui ont recommandé d’écrire sa thèse sur la revue ESPRIT. C’est le premier livre de lui que nous avons lu (il y a plus de 35 ans), il figure toujours dans notre bibliothèque : bon test, la présence, ou non, d’un livre dans la bibliothèque d’un (gros) lecteur, constamment obligé de trier, donc d’éliminer… et d’élire.

Cette thèse figure depuis 1975 (!), et bienheureusement, dans une collection cocréée par Michel Winock et Jacques Julliard, « L’Univers Historique » au Seuil – qui pendant 40 ans s’est illustrée par la qualité de ses publications. Tout étudiant, en Histoire en particulier, des années 1975-20215 s’en souvient – donc beaucoup.

Autres faits d’armes – parmi une pléthore : la création de la collection « Points-Histoire » (toujours au Seuil) – inestimable ; les légendaires, et collectives, « Histoire de la France rurale », « Histoire de la France urbaine », « Histoire de la Vie privée », etc. ; l’invention d’une revue devenue, elle aussi, une référence : la revue L’Histoire.

À lire aussi : Se fondre dans l’histoire

Et le goût, tôt, de la disputatio avec, par exemple, un historien dont il partageait peu les « opinions » ou « a priori », mais que leurs intelligences respectives rendirent complices : Philippe Ariès, venu de l’Action française, catholique, premier éditeur de Michel Foucault chez Plon (après un refus chez Gallimard), recommandé par Pierre Vidal-Naquet et Michèle Perrot à l’EHESS, etc. Passionnant Ariès. Leur livre d’entretiens – Un historien du dimanche (1980) est une merveille, qui figure, elle aussi, toujours dans notre bibliothèque. Déjà en 1980, le souci des autres chez Winock, l’absence d’ornières, la volonté de comprendre – donc le choix de la complexité, de l’élaboration.

Cela pour dire l’importance de ce genre de personnages, rares, qui se distinguent par leur persévérance, leur goût de l’effort, leurs scrupules de pensée et cette conception du travail comme valeur, qui les honore et nous édifie, voire encourage. Des exemples, en somme.

Résultat – quand même : une cinquantaine de livres (!) – consacrés en particulier à l’histoire politique et intellectuelle des XIXème et XXème siècles.

Champs parcourus : le nationalisme, le fascisme, la Commune, la République, la Gauche, la Droite, l’antisémitisme, la « décadence fin de siècle », Boulanger, etc. ; des biographies (Mendès France, Mitterrand, Hugo, Flaubert, Madame de Staël – prix Goncourt de la biographie, etc.), l’histoire des intellectuels (Le Siècle des intellectuels, prix Médicis essai), etc.

Sa probité et sa kolossale érudition lui permettent aujourd’hui de livrer une histoire (partielle) de la IIIème République « par les fins, à travers l’histoire des décès et enterrements de ses figures de proue, de 1871 à 1914 » – une délicate balade, où rien ne pèse, où tout enchante, tant l’écriture de Winock est élégante, cursive, vive (« Le style, c’est l’homme » – illustration, donc).

« Figures de proue » ? Au choix : Rossel, Michelet, George Sand, Thiers, Louise Michel, Zola, Pasteur, Gambetta, Vallès, Renan (merveilleux portrait d’un génie), Péguy, etc.

À lire aussi : Moix, plongeur de combat

Points forts : les angles originaux (nécessaires, à propos de figures souvent revisitées) – et les citations parfaites, pour illustrer le propos.

L’une nous a fait sourire : « Peut-être a-t-il des moments où il est las de son rôle d’insulteur et d’énergumène, où lui-même ne croit plus guère à ses haines, où l’envie le prend d’être équitable ou simplement indifférent, comme tout le monde (…). La démagogie est une galère dont il est le forçat. Il reprend la plume, il insulte, par habitude, il calomnie sans y trouver le moindre plaisir, parce qu’il faut vivre. Horrible métier, bien digne de compassion. » Qui ? Mélenchon ? Non : Henri Rochefort, par Jules Lemaître.

Un autre portrait nous a touché : celui de Jaurès. Il fallait oser « refaire » la mort de Jaurès, etc. Comme pour chacun des portraits, Winock ose car il invente une perspective. Ici, et c’est très beau : la mort de Jaurès, au prisme de l’émotion de Barrès.

Ces deux-là se respectaient, s’estimaient. Barrès est l’un des premiers à se rendre au domicile du socialiste assassiné (il assistera à ses obsèques).

Ses mots à la fille de Jaurès : « J’aimais votre père, j’ai toujours souffert de devoir être séparé de lui… »« car les défauts n’empêchent rien, un noble homme, ma foi oui, un grand homme. » Voilà, Barrès et Jaurès – et plus généralement, la tonalité de ce beau livre, qui rend hommage à de grands personnages, hommes et femmes, qui exaltent et « donnent envie » – de vivre, de faire, d’être. Merci, cher Michel Winock.


Pompes funèbres – Les morts illustres 1871-1914, de Michel Winock, Perrin, 350 pages .

Et toujours : Bréviaire capricieux de littérature contemporaine pour lecteurs déconcertés, désorientés, désemparés, de François Kasbi, Éditions de Paris-Max Chaleil, 2018 – à propos de 600 écrivains, femmes et hommes, de France ou d’ailleurs.

Promesse tenue…

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Camille Laurens © Francesca Mantovani

Encore un livre sur l’emprise et les pervers narcissiques ?! Pas tout à fait. Car l’ouvrage que Camille Laurens a publié en décembre 2024, Ta promesse, s’il met en scène effectivement ces deux notions, est un livre de littérature. Qu’est-ce à dire ? Que l’histoire qui nous est contée est une quête éperdue de vérité et d’élucidation qui ne saurait se réduire à des schémas. Livre sur l’amour donc, et sur la progression tenace d’une compréhension, dans une langue vivante aux registres multiples…


Couverture du livre « Ta promesse »

La narratrice commence par la fin, mais une fin qui ne dit pas tout puisqu’il faudra le livre en entier pour savoir. Et l’on peut, d’ailleurs, relire à la fin ce prologue qui donne une clef essentielle mais dont on ne pouvait alors savoir à quoi elle servirait. Cependant, une chose est sûre, la quête de la vérité, aussi partielle soit-elle, est le moteur de l’histoire et l’unique possibilité pour la narratrice de refaire surface. « Car la vérité existe, n’en déplaise aux hérauts de la nuance, aux champions de l’ambivalence, aux tenants de la fiction universelle. À un moment, dans le champ de la vie, quelque chose est vrai ou faux, fait ou fable. Cela ne dure peut-être qu’un moment, mais c’est un moment de vérité. » Et la narratrice n’hésite pas à dire que la littérature a nécessairement rapport à cela.

Manque d’empathie contemporain

Donc Claire et Gilles, les deux personnages essentiels, s’embarquent pour Cythère à la cinquantaine. L’homme est doux, prévenant, et sait écouter. Marionnettiste de son métier, il tirera bientôt les ficelles d’une aventure où la femme, qui redécouvrait ce qui va dans le meilleur des cas avec l’amour, la confiance, va très progressivement perdre pied. Et ce qui va constituer l’élément déclencheur sera le langage ; ce qui est évident pour Claire qui est une autrice, de surcroît connue et reconnue, ce qui aura une importance certaine pour l’histoire. Car si Gilles est tout à fait capable de disserter sur Kleist, il se révèle « incapable d’exprimer non seulement des émotions personnelles mais même des pensées organisées sur la vie. L’étape où son raisonnement devenait filandreux, indigent, voire incohérent arrivait assez vite dans l’échange. C’était comme des phrases où manqueraient des conjonctions de coordination. Le fil était cassé, il n’y avait pas de logique. Ou alors il parlait par idées toutes faites, binaires – bon, mauvais, content, mécontent – qui oscillaient comme sur des roues crevées. Il cherchait tous ses mots à l’extérieur de lui-même. » Et c’est là, entre autres, que ce roman est passionnant, car il montre un phénomène d’époque par-delà le cas singulier ; la désincarnation d’individus privés de subjectivité, d’une langue émotionnelle et de la capacité logique qui tient compte d’autrui, ce qui les fait immanquablement manquer d’empathie. Pour autant, ce roman n’est en rien sociologique, il laisse à son personnage sa singularité et lui donnera même la parole dans un chapitre inattendu où Gilles déroulera sa façon behaviouriste de se comporter dans l’existence.

Quand le mensonge s’invite dans le couple

Ici, les coups et blessures sont linguistiques, la langue devient fausse, le faux devient le vrai, on incite quelqu’un à faire quelque chose et on lui reproche ensuite de l’avoir fait ; l’inversion et le mensonge s’invitent à la table. Et c’est là que ça vacille sérieusement pour Claire dont le chaos donne lieu à des vers libres qui ponctuent le roman, et qui sont autant de manifestations de son désarroi que des bouées de secours. La loyauté verbale qui assurait un sol à ses pieds n’est plus ; Gilles, tout à son obsession de « ne pas souffrir » et de « ne pas se sentir coupable » car seule compte l’image de soi, va charger l’autre de le faire à sa place. Mais Claire est vaillante, et son besoin de comprendre la confrontera au pire mais lui permettra également de prendre le large. Ainsi, l’élucidation progressive de ce qui lui arrive est une ode à la connaissance qui délivre. Oh, pas du chagrin, certes non, mais de la destruction. Aidée par une amie au verbe haut en couleur, ce qui nous vaut des passages très drôles sur la mère » forcément toxique », elle confrontera finalement « l’adversaire » à sa fausseté, et ce, grâce à l’élément végétal qui conclut le roman sur une scène magnifique d’un champ de mimosa.

Dans ce roman des ténèbres qui dissolvent mais aussi de la lumière qui éclaire, le jaune l’emporte haut la main, et la lectrice salue Camille Laurens pour cet exploit, d’autant qu’elle a toujours eu un faible pour cet arbre…

Ta promesse de Camille Laurens, Editions Gallimard, décembre 2024, 368 pages

Ta promesse

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La météo, c’était mieux avant!

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L'animatrice Catherine Laborde, décédée récemment, présente la météo sur TF1 en juillet 1992. DR.

Trop occupés à nous parler du réchauffement climatique et à diffuser la bonne parole écolo, les animateurs télé des temps nouveaux sont toujours incapables de nous dire quel temps il va faire demain. Mais en plus, ils ne savent même plus décrire le temps qu’il fait en ouvrant la fenêtre ! s’amuse notre chroniqueur. Une chronique médias de Didier Desrimais…


Catherine Laborde nous a quittés le 28 janvier, à l’âge de 73 ans. Elle présenta, de 1988 à 2017, le bulletin météorologique sur TF1. Madame Météo était connue pour son extrême gentillesse et pour sa bienveillance, qualités qui crevaient l’écran lorsqu’elle apparaissait, le sourire aux lèvres pour annoncer le retour des premières chaleurs printanières, la voix parfois un peu tremblante au moment de mettre en garde contre des pluies torrentielles ou des températures « particulièrement basses pour la saison ». Durant ces 28 années, elle nous parla de la pluie et du beau temps avec la simplicité, la modestie et l’élégance d’une femme consciente à la fois de la frivolité et de la nécessité de sa tâche. Le 1er janvier 2017, après son dernier bulletin météo, c’est avec une infinie délicatesse qu’elle déclara son amour aux téléspectateurs et confessa son bonheur d’avoir pu partager avec eux, durant presque trois décennies, les aléas du temps qu’il fait, ceux du temps qui passe. Catherine Laborde fait définitivement partie des grandes dames du petit écran.  

Écologisme…

C’était mieux avant. La télévision publique a transformé le bulletin météo en un programme manipulateur au titre ronflant : Journal Météo Climat. Vendredi 31 janvier, sur France 2, durant la mi-temps du match de rugby France-Galles, un jeune bellâtre est apparu à l’écran et, nous prenant pour plus demeurés que lui, nous a récité le credo écolo sur le climat en exhibant un misérable graphique censé démontrer « le réchauffement depuis 1884 ». Graphique très médiocrement stylisé, avec de larges traits de couleur pour épater les neuneus. « Plus c’est rouge, plus c’est anormalement chaud », a affirmé le mirliflore sans s’appesantir. Et pour cause : « anormalement chaud » ne veut strictement rien dire, surtout si l’on compare les températures actuelles à celle de la « période pré-industrielle » – ce que font systématiquement les écologistes pour faire avaler le fameux concept d’Anthropocène. Cette période est englobée dans celle du « petit âge glaciaire » qui a été une catastrophe pour l’agriculture, l’élevage, la viticulture et le commerce, et a vu des millions d’Européens mourir de froid ou de faim. Ce « petit âge glaciaire » a débuté à la fin du XIIIe siècle, connu de fortes amplitudes thermiques et de nombreux épisodes extrêmes, notamment des températures très basses en hiver, et s’est achevé au cours de la première moitié du XIXe siècle. Dès lors, les températures ont progressivement augmenté pour atteindre le niveau de celles que connut notre planète durant la période précédente, un « optimum climatique médiéval » lui-même traversé de courts épisodes extrêmes de refroidissement ou de réchauffement. Il n’est pas impossible que nous connaissions un tel épisode aujourd’hui – pourtant, incriminer les seules activités humaines est allé un peu vite en besogne, selon certains scientifiques. Tout est fait cependant pour culpabiliser l’espèce humaine et convaincre les masses qu’il devient impératif de changer sa voiture thermique pour une onéreuse voiture électrique tout en n’oubliant pas de privilégier les transports en commun, de manger moins de viande, d’acheter des vêtements d’occasion et de passer moins de temps sous la douche – autant de contraintes imposées par une oligarchie techno-bureaucratique qui a su, elle, se mettre à l’abri du besoin et de ses oukases, et qui n’hésite pas à prendre l’avion pour se rendre chaque année à Davos ou dans de lointaines et coûteuses COP.

A lire aussi, du même auteur : De Jacques Weber à Solann, Oh ! les belles âmes

Le Journal Météo Climat de France 2 répand la propagande du GIEC et de ses alliés de l’écologie radicale. Aucun écart n’est autorisé. En 2015, pour avoir écrit un livre (1) dévoilant les liens dangereux entre scientifiques, politiques, lobbies économiques et ONG environnementales au sujet du climat, Philippe Verdier, présentateur Météo sur France 2 à l’époque, a été viré. Depuis, « France Télévisions s’engage », peut-on lire sur son site, pour une « accélération de la transition écologique » afin de « lutter contre le dérèglement climatique ». [Il faudra, un jour, analyser sérieusement la novlangue écolo – analyse qui confirmera, à n’en pas douter, celle d’Orwell sur la manipulation du langage par l’idéologie]. France Télévisions n’est pas peu fière de rappeler que la série “Un si grand soleil” a obtenu le label Ecoprod « pour avoir réduit son impact environnemental » et que le Journal Météo Climat a été récompensé en juillet 2024 par l’ONG Covering Climate Now. Sur son site, cette ONG affirme être heureuse de « collaborer avec des journalistes et des rédactions pour produire d’urgentes [et très anxiogènes, faut-il préciser] histoires climatiques et pour intégrer le climat à chaque sujet de rédaction – de la politique à la météo en passant par la finance et la culture – afin de produire une couverture climatique rigoureuse [assujettie au dernier rapport du GIEC, dois-je ajouter] qui engage [c’est-à-dire rééduque] le public ». Elle forme à cet effet les journalistes, dont ceux des grandes agences de presse Reuters, Bloomberg et l’AFP, de 60 pays. Le présentateur météo de France 2 a vraisemblablement suivi cette formation. Après son topo sur le climat aligné sur le dogme, le voici incapable de parler simplement de la météo, comme le prouve sa description du ciel au-dessus du Stade de France : « Un ciel bien bâché (sic), mais un ciel sec (resic), ça c’est essentiel notamment du point de vue des crues (et sic de der). » L’idéologie rend aveugle : ce jeune homme catéchise les foules avec de ridicules graphiques cramoisis mais ne voit pas le temps qu’il fait à quelques centaines de mètres de lui : au moment où il décrit un « ciel bâché et sec »au-dessus du Stade de France, et donc « un temps idéal pour jouer au rugby », il pleut sur le terrain où nos joueurs sont en train de martyriser les Gallois…

Météo et climat

Le Journal Météo Climat fait partie du plan de rééducation des masses et mélange intentionnellement deux phénomènes distincts : la météo et le climat. Aucun événement météorologique n’échappe plus au récit mythologique et religieux d’un climat « déréglé » à cause des hommes et ce bien que l’Organisation Météorologique Mondiale ait affirmé en 2020 que « dans l’état actuel des connaissances scientifiques, aucun événement individuel, comme un cyclone tropical sévère, ne saurait être attribué à un changement climatique induit par les activités humaines » (cité par Steven E. Koonin dans Climat, la part d’incertitude). Le Journal Météo Climat de France 2 relève de la manipulation et participe à la propagande d’une idéologie qui a mené l’Europe à sa ruine en lui imposant des normes, des limites, des obligations délirantes via un Pacte vert qui s’est avéré rien moins que désastreux. En 2019, ce Pacte vert ayant pour objectif la « neutralité climatique (sic) à l’horizon 2050 » était présenté par Mme von der Leyen comme « la nouvelle stratégie de croissance de l’UE ». On voit aujourd’hui les résultats… De l’autre côté de l’Atlantique, le président américain vient de proclamer la fin du Green New Deal initié par son prédécesseur, ce qui a eu pour conséquence d’accélérer le retrait des géants de Wall Street de l’alliance bancaire mondiale pour le climat – l’argent ainsi récupéré va être réinvesti massivement dans l’économie américaine. L’UE, elle, continue son travail de sape économique en imposant des « énergies renouvelables » pas si écologiques que ça et générant des prix de l’électricité insupportables, des normes en veux-tu en voilà, des diktats qui asphyxient les entreprises artisanales, le commerce et l’industrie – le déclin de l’industrie automobile européenne restera comme l’exemple parfait d’un désastre annoncé que rien n’est venu empêcher, bien au contraire. Une partie du Parlement européen a beau réclamer un examen critique, voire une suspension du Pacte vert, la Commission de Mme von der Leyen semble décidée à « renforcer la compétitivité de l’industrie européenne à zéro émission nette en favorisant le développement des technologies vertes ». Au regard des premiers résultats obtenus par cette feuille de route plus idéologique qu’autre chose, il n’est pas certain que l’Europe, si elle persévère sur cette voie, puisse retrouver un jour le chemin de la croissance. Pendant ce temps, les États-Unis, la Chine, l’Inde…       

(1) Philippe Verdier, Climat Investigation, 2015, Ring.

École: l’universel contre la radicalisation

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Cours de francais à l'internat d'excellence de Sourdun (77), le 11 avril 2010 © VALINCO/SIPA

Des ateliers pédagogiques de lecture et d’écriture menés auprès d’élèves en difficulté démontrent la capacité des adolescents, lorsqu’ils sont correctement encadrés, à comprendre puis à s’ouvrir à la pensée d’autrui.


Nous devons comprendre que les « leçons de morale » n’ont pas la moindre chance de l’emporter contre le chant des sirènes sectaires qui promettent aux élèves un entre soi chaleureux, une solidarité communautaire et une consolation confessionnelle, à condition qu’ils renoncent à leur liberté de penser. L’École doit au contraire les convaincre que ce qui unit les humains est plus fort que ce qui les divise ; c’est ainsi qu’elle leur donnera le goût de l’ouverture, du partage et de la culture universelle.

Une pédagogie émancipatrice au service des élèves

Depuis trois ans, nous invitons des élèves fragiles en langue française, à questionner des textes fondateurs, à débattre sur les sujets universels qu’ils évoquent et à produire eux-mêmes des récits. En d’autres termes, atelier après atelier, ces élèves, portés par une pédagogie émancipatrice, améliorent considérablement leurs compétences de lecture et d’écriture, mais surtout, apprennent que, quelle que soit la nature d’un texte, quelle que soit la langue qui le porte, chacun d’entre eux a le droit de l’interpréter : leur droit de comprendre est imprescriptible.

Février 2023, nous sommes donc dans une classe de SEGPA[1]. Le maître lit successivement à haute voix deux textes, le Sacrifice d’Abraham d’une part et Iphigénie d’autre part. L’un est sacré, l’autre profane, l’un appartient à la Grèce antique, l’autre à l’Ancien Testament et au Coran ; leurs origines respectives sont dûment explicitées.

Rappelons-nous ces deux histoires venues de temps et d’univers très éloignés l’un de l’autre et qui pourtant posent chacune devant « le tribunal des hommes » la même question : peut-on sacrifier son enfant pour plaire à /aux dieu(x) ? 

1er texte : Iphigénie est la fille préférée d’Agamemnon et de Clytemnestre. Agamemnon est le chef de la coalition grecque rassemblée à Aulis pour reprendre Hélène, femme de Ménélas, roi de Sparte, enlevée par Pâris, fils du roi de Troie, Priam. Lors d’une chasse, Agamemnon tue une biche, animal préféré de la déesse Artémis, se vantant même d’être meilleur chasseur que la déesse. Outragée, Artémis retient les vents empêchant ainsi la flotte grecque de faire voile vers Troie. Consulté, le devin Calchas révèle que la déesse exigeait, pour être apaisée, qu’Agamemnon lui sacrifie son plus beau trésor, sa fille Iphigénie.  

Malgré la douleur de Clytemnestre, les supplications d’Iphigénie et les remords d’Agamemnon, les Grecs exigent ce sacrifice pour pouvoir enfin rejoindre Troie, la piller et revenir riches de gloire et de butins. Iphigénie accepte son destin par amour pour son père et pour le bien des Grecs. Mais Artémis, émue par cette grandeur d’âme, substitue au dernier moment une biche à Iphigénie.

2e texte : Alors que les promesses que Dieu avait faites à Abraham semblent s’être réalisées, il lui demande de prendre son fils unique aimé, Isaac, et de l’offrir en holocauste. Tôt le lendemain, Abraham sangle son âne, coupe le bois pour l’offrande et fait route avec ses deux serviteurs et Isaac. Arrivés sur le lieu prévu, il prend la pierre à feu, son couteau, et Isaac porte le bois. Lorsque ce dernier demande à Abraham où est le bélier pour l’offrande en holocauste, Abraham répond que « Dieu y pourvoira ». Mais après avoir construit l’autel, Abraham lie Isaac, l’étend, et s’apprête à l’abattre. Un ange de Dieu l’arrête, lui disant de ne pas lever la main contre son fils (« Ne porte pas la main sur ce jeune homme, ne lui fais aucun mal !… ton fils, ton fils unique ! » ). À présent, Dieu sait qu’Abraham le craint, car il ne lui a pas dérobé son fils. Un bélier qui s’était pris les cornes dans un buisson est sacrifié sur le lieu. Abraham est béni d’une descendance nombreuse et victorieuse, et toutes les nations de la Terre seront bénies par ses descendants.

À lire aussi, Jean-Paul Brighelli : « Moi, proviseure… »: les lettres de noblesse de l’enseignement professionnel

Lecture, débat et construction collective du sens

Après chaque lecture, le maître invite son groupe de huit élèves à dégager avec précision le sens de chacun des deux récits, en suivant le protocole des Ateliers de Compréhension de Textes (ACT) : recueil des interprétations de chaque élève ; validation par le texte ; reprise de l’histoire dans sa cohérence narrative.

Ensuite, le maître leur fait découvrir que les deux textes posent tous les deux la même question : doit-on sacrifier son enfant pour manifester sa soumission à ou aux dieux ? C’est cette question qui donne lieu à un débat dont les règles sont clairement posées (ou imposées). Même s’ils ne sont pas d’emblée d’accord, les élèves apprennent progressivement à argumenter et à écouter les arguments des autres. Au début, se heurtent des croyances antagonistes (« tout le monde sait qu’Isaac est un martyr »), des arguments d’autorité se bousculent (« d’abord mon père il m’a dit que… ») ; ces disputes laissent peu à peu la place à une réflexion plus générale, à une écoute plus attentive des propositions des autres. Mais surtout, les élèves prennent conscience que des gens de religions différentes, appartenant à des civilisations différentes peuvent, parce que ce sont des humains, se poser les mêmes questions. 

Lecture collective, débats fermes mais apaisés ouvrent alors à un troisième temps tout aussi important : l’écriture collective d’un récit qui portera les mêmes interrogations, qui illustrera la même question universelle que les textes précédemment fréquentés. La preuve est ainsi faite que des élèves, pourtant peu portés à la lecture et à l’écriture, sont capables de produire un récit de qualité. Le « nourrissage culturel » qui leur est offert en amont de l’écriture leur permet de laisser ensemble une magnifique trace de leur intelligence collective.

J’entends déjà les « pleutres » nous dire : « pourquoi prendre de tels risques ? Gardons-nous à l’école des sujets trop sensibles !» Mais ces questions que ces « résignés » qualifient de « sensibles » sont justement celles qui ont la meilleure chance de tisser des liens entre des élèves de cultures et d’origines sociales différentes parce qu’elles exigent que chacun regarde plus haut, que chacun pense plus loin que sa seule appartenance. Comprendre, débattre, écrire, c’est sans doute la façon la plus efficace de se défendre contre ces faux prophètes qui, confondant lecture avec récitation servile, refusent à leurs « disciples » le droit de questionner et de construire le sens des écrits. Le juste respect dû au texte se changeant alors en soumission craintive, au point que l’idée même de comprendre et d’exprimer sa pensée devient inconvenante, insolente et sacrilège.


[1] Segpa : Section d’enseignement général et professionnel adapté accueille les jeunes de la 6e à la 3e présentant des difficultés scolaires importantes. 

Pour les « Reds », Darmanin est ministre de l’Injustice !

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Les supporters de Liverpool brandissent une banderole critiquant Gérald Darmanin et Amélie Oudéa-Castéra, Liverpool, 21 février 2023 © Paul Greenwood/Colorsport/Shutte/SIPA

Après le fiasco de l’organisation de la finale de la Ligue des Champions 2022 et le calvaire vécu par les célèbres « supporters anglais » – privés d’accès au stade, gazés aux lacrymogènes et victimes de vols aux abords du Stade de France –, comment appréhendent-ils leur prochain déplacement dans la capitale française?


Mercredi 5 mars, en 8e de finale de la Ligue des Champions, le PSG reçoit le Liverpool FC, qui revient à Paris avec en tête de très mauvais souvenirs…

La dernière fois que l’équipe anglaise s’est déplacée en Ile-de-France, c’était le 28 mai 2022, au Stade de France à Saint-Denis, pour disputer la finale de la Ligue des Champions, une soirée qui avait tourné au cauchemar. Non seulement les Reds, surnom des joueurs de Liverpool, avaient perdu (victoire du Real Madrid 1 à 0) mais, surtout, leurs supporteurs étaient tombés dans des embuscades tendues par les cailleras du 9.3, profitant de l’événement pour faire la razzia.

Le comble, c’est que ces racailles avaient obtenu l’absolution du ministre de l’Intérieur français qui sans recul avançait alors que les Anglais avaient tiré les premiers, en se comportant comme des vandales. Sur X / Twitter, il nous en fichait son billet: « Des milliers de «supporters » britanniques, sans billet ou avec des faux billets ont forcé les entrées et, parfois, violenté les stadiers. »

Ce ministre était Gérald Darmanin…

À lire aussi : PSG: quand tifo allié (au Hamas)…

En février 2023, une commission d’experts indépendants rétablissait la vérité et démontrait que le premier fauteur de troubles était la police française, qui mal dirigée et encadrée, avait laissé les racailles se livrer à leurs exactions en toute impunité. Et qu’en conséquence les allégations de Gérald Darmanin n’étaient que des mensonges éhontés.

Dès le match suivant à Anfield, le temple du Liverpool FC, les fans des Reds brandissaient des banderoles où Darmanin (en compagnie de la ministre des sports Amélie Oudéa-Castéra) était caricaturé en Pinocchio.

Aujourd’hui, les supporteurs anglais sont donc de retour à Paris (mais moins nombreux qu’à l’accoutumée car certains ont décidé de boycotter la France…) et en haut-lieu on redoute qu’au Parc des Princes les sujets du roi Charles III fassent éclater leur ressentiment envers Darmanin… nouveau garde des Sceaux pour les Français, mais pour les Anglais éternel ministre de l’Injustice.

Un dandy nommé Eudeline

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PatricK Eudeline © Philippe Lacoche

Critique de rock éclairé, talentueux romancier, auteur-compositeur singulier, Patrick Eudeline signe un superbe récit autobiographique dans lequel il dévoile tout : sa famille, ses amis, ses fêlures et ses galères…


Perdu pour la France, Patrick Eudeline, Séguier, 2024.

On le savait critique de rock inspiré, avant-gardiste abordable et non poseur, capable d’exhumer raretés oubliées ou de réhabiliter des perles trop longtemps méprisées (ses articles dans le regretté Best le confirment) ; on l’a découvert auteur-compositeur précurseur (avec son groupe Asphalt Jungle) ; puis écrivain avec le manifeste essentiel – manière de Grognard & hussards, de Bernard Frank – du mouvement punk des seventies (L’Aventure punk, Le Sagittaire, 1977 ; Grasset, 2004) mais surtout avec de sublimes romans dans lesquels il aiguise sa plume surprenante (Dansons sous les bombes, Grasset, 2002 ; Rue des Martyrs, Grasset 2009) ; aujourd’hui, il nous surprend avec un récit autobiographique et inattendu : Perdu pour la France, dans lequel il dit tout, tout sur lui, sur sa vie, sur ses peurs, ses doutes, ses galères, sa famille, avec une désarmante et presque innocente sincérité. C’est beau comme quand un jour de 1974, Kléber Haedens nous donna à lire Adios. On comprend alors que Patrick Eudeline n’est pas seulement un sacré écrivain ; on comprend aussi que c’est un sacré bonhomme, authentique, hanté, fêlé comme un baron Corvo, loin, si loin, des frimeurs surestimés de la rock critic.

Lorsqu’on l’interroge sur le pourquoi de cet opus, il répond tout de go : « Parce que le temps était venu ! J’ai refusé plusieurs propositions d’autobiographies. Je n’aime pas le format. Mais un livre de souvenirs… oui ! C’est aussi un essai sur le Monde d’Avant. Plus intéressant de raconter les scouts et le collège Stanislas, le Pigalle d’alors et d’aujourd’hui que mes rencontres avec Mick Jagger ! La dope avec Sid Vicious, ça oui c’était marrant à raconter ! » Quant au pourquoi du titre énigmatique Perdu pour la France, il lâche : « Les bons titres sont des valises et des punchlines. Tu y mets ce que tu veux… »

 « Mon père, le vrai, était peut-être juif »

Des confidences intimes, il en pleut. Saviez-vous que jeune adolescent, il publia son premier article dans le bulletin Mon VI, micro-journal du VIe arrondissement édité par Tibéri (son père retapait l’un des nombreux appartements de l’inénarrable politicien). Titre des deux feuillets ? « L’art de l’esquive ou les basses manœuvres du Florentin » ; est-il utile de préciser que Mitterrand en prenait pour son grade ?

À lire aussi, Emmanuel Domont : Patrick Eudeline, le rock à l’âme

Le père de Patrick, parlons-en ! Il se prénomme Robert et fait croire à sa famille qu’il a quasiment libéré seul la ville du Havre du joug nazi. Du pipeau. Qui était-il pour lui ? « Ouh la ! L’image et l’origine même de mes contradictions. Un gaulliste prolétaire, hâbleur, et quelque peu inculte qui rêvait de bourgeoisie sans la comprendre. Le beauf de Cabu… un produit de la guerre etc., etc. » Il laisse même entendre qu’il pourrait ne pas être son propre géniteur : « Je ne saurais jamais. Mon père, le vrai, était peut-être juif. J’aimerais bien… je raconte tout ça. » En revanche, de son frère Christian, aujourd’hui critique de rock et écrivain, il en parle peu : « Pas envie et peur de la polémique, de le heurter. Je ne parle pas non plus de la seule femme que j’ai épousé, mais le livre lui est dédié. » Il en est de même de ses années Best : « Tellement de choses à raconter. Je suis allé au plus signifiant ou spectaculaire. Faudrait un second tome ! Mais non… » Il est plus disert à l’endroit du collège Stanislas, institution privée pour fils de bonnes familles, qui l’a marqué : « Ce sont mes racines, mes contradictions, ma culture. Comme disait Gainsbourg, l’érotisme comme la provocation ne se conçoivent que dans la langue de Bossuet. Comprenne qui pourra. » Il raconte même qu’adolescent, il a mis enceinte une fille de son âge. Un petit Eudeline existerait-il sur terre ? « Non malheureusement… Tout est vrai, évidemment. Sinon à quoi bon ? Le petit Eudeline a fini à Londres. Avortement, bien sûr. Grande famille ! J’avais quinze ans, et elle aussi. » Plus surprenant également, il cite Cloclo, Sheila et Enrico, et pas pour en dire du mal, loin de là. Et lâche cette belle phrase : « Puisque la France qu’ils chantent est celle qui me manque chaque jour. » Nostalgique des sixties et des seventies ? Bien sûr ; on est en droit de dire que l’époque actuelle le dégoûte. Que lui reproche-t-il ? « Euh… tout ! C’est la fin d’un monde. Une dégringolade dans un terrifiant Moyen Âge. » Suffisant pour se faire qualifier de droitard et de réac sur les réseaux sociaux : « Aujourd’hui il faut choisir son camp. Pour ce livre j’ai eu toute la presse et médias de droite, sauf CNews ! Et seulement France Inter à gauche. Un grand journal de gauche m’a avoué adorer le livre, mais comme Causeur, Le Figaro et le JDD en parlent…. Blackliste ! » Sur le plan de la musique, il balance, Patrick ; il balance tout. Lui, le précurseur du punk en France, confie avoir été marqué par le progressif rock français des années 70. D’autres, de sa génération, devenus rock’n’rollers tardifs, ont tout fait, eux, pour le dissimuler. Une sincérité qui l’honore : « J’aime la musique et son histoire, tout simplement. Je suis autant passionné par Puccini que par le blues crade ou la pop sixties. Les chapelles rock, c’est de l’ignorance en barre. »

 « Je suis une erreur sociale »

Il en est de même lorsqu’il concède que la haute bourgeoisie l’a toujours fasciné : « J’aime l’élégance, les grandes bibliothèques et… je suis une erreur sociale. Wilde est mort pauvre. Baudelaire…. ma hantise… Le dandysme est une philosophie, un désespoir. Le fétichisme des choses et des codes, la haine de la nature. Une transcendance ! Et puis ça occupe. Trouver le bon jean, rien que ça ! Bon, cadeau aux lecteurs : Lévis 505 ou rien ! ». Ses projets ? « Je me consacre à un livre… Totalement inattendu. Un thriller dystopique et grand public ! Je n’en dirais pas plus. Veilleuse sur la musique, sauf si propositions alléchantes. Que j’espère plus coté presse ou radio, d’ailleurs. Mon côté bon client ne demande qu’à s’épanouir. Le livre… le prochain… Il y a déjà des éditeurs très intéressés. Marre du côté poète maudit. Jamais été mon idéal ! » 

Même s’il chaloupe – à l’instar de Daniel Darc et Johnny Thunders –, Patrick Eudeline est toujours en marche. C’est bon signe pour nous, ses lecteurs passionnés.

Perdu pour la France

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