Sauf surprise, l’Assemblée nationale lèvera cette semaine l’interdiction d’utiliser des embryons humains dans la recherche médicale. Le comité de bioéthique n’a pas été consulté, lit-on dans l’éditorial de La Croix du lundi 20 mars, qui pointe le silence dont a été entouré ce projet de loi[1. Dominique Quinio, « La recherche sur l’embryon humain bientôt autorisée ? », 20/03/2013.]. Jusqu’à présent, des dérogations étaient possibles, pourvu qu’une possibilité thérapeutique puisse être invoquée. Cela a été le cas pour la recherche sur les cellules souches. Désormais, il ne sera plus nécessaire de les demander. Cependant, contrairement à ce que semble croire l’éditorialiste, l’enjeu ne concerne plus seulement la recherche scientifique.
L’Office Parlementaire d’Évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques (OPECST), qui a officiellement pour mission « d’informer le Parlement des conséquences des choix de caractère scientifique et technologique afin d’éclairer ses décisions », indique dans une étude de 2011, que l’autorisation d’utiliser les cellules souches d’embryons humains « permettrait, à terme, de diminuer le coût de fabrication des médicaments, limiter les essais sur les animaux et les hommes »[2. Rapport sur l’évaluation de l’application de la loi n° 2004‐800 du 6 août 2004 relative à la bioéthique (2011), cité dans Jean-René Binet, « Recherche sur l’embryon : loi de bioéthique ou loi de marché ? », Revue Lamy Droit Civil, n°102, mars 2013, p. 71.].
Voir l’embryon humain comme matière première vivante de choix pour les tests de l’industrie pharmaceutique, c’est, au-delà de la recherche scientifique, voir l’enjeu d’une rentabilité commerciale dans un processus industriel.
Alors pas besoin de s’interroger longtemps sur les motifs qui font court-circuiter l’avis du comité de bioéthique, ni sur les motifs qui ont fait enclencher le processus législatif à l’opposé des dispositions de la législation actuelle, la loi du 7 juillet 2011, qui posait, comme condition à ses modifications ultérieures, la tenue d’États Généraux[3. Coline Garré, « Recherche sur l’embryon : l’Assemblée nationale dit oui en commission, malgré des oppositions », Le quotidien du médecin, 20/03/2013.]. Où la gauche morale est-elle donc passée ?
Adieu États Généraux… Adieu débats… Adieu bioéthique…
Bonjour le biofric. C’est ça, maintenant, le changement.
Biofric et embryons humains : c’est ça, maintenant, le changement
Mariage pour tous les conseillers généraux !

S’il existe, en France, une institution politique qui fonctionne à la satisfaction générale, ce sont bien les assemblées départementales, dits Conseils généraux depuis la loi du 28 Pluviôse de l’an VIII, promulguée en un temps où Napoléon perçait sous Bonaparte… Si l’on veut bien considérer comme exceptionnelles les turpitudes altoséquanaises, buccorhodaniennes ou ultramarines qui ont, ces derniers temps, défrayé la chronique, on peut considérer les départements comme un échelon plutôt vertueux de la démocratie locale. Composés de notables locaux ancrés dans leur territoire, les Conseils généraux s’occupent des routes départementales, des collèges, des personnes âgées, de l’aide sociale. Les lois de décentralisation successives depuis 1982 leur ont accordé des pouvoirs et des compétences détenus jusque-là par le préfet représentant l’État. Tout cela ne marche pas trop mal : les étrangers de passage sont admiratifs du bon état de notre réseau routier secondaire, les vieux trouvent un abri lorsque le grand âge les rend dépendants. Les enseignants des collèges vont très rarement demander « Des sous ! » sur l’air des lampions devant l’Hôtel du département. Ces bâtiments, soit dit en passant, n’ont pas, pour la plupart, versé dans l’ostentation mégalomaniaque des sièges de Conseils régionaux, par lesquels leurs présidents veulent montrer qu’ils en ont, eux, du pouvoir…[access capability= »lire_inedits »]
Que fait un énarque membre de cabinet ministériel lorsqu’il constate qu’une institution travaille bien sans être totalement sous la coupe de la caste des hauts fonctionnaires surdiplômés ? Il s’efforce de trouver un moyen de faire cesser ce scandale, et de déstabiliser ces élus locaux qui ont le toupet de se faire régulièrement réélire par des citoyens estimant que la plupart d’entre eux ont rempli leur mandat de manière satisfaisante. La droite sarkozyste avait imaginé de faire fusionner les Conseils généraux avec les Conseils régionaux, éloignant ainsi le pouvoir local des administrés. La gauche, dès son arrivée au pouvoir en mai 2012, passe à la trappe ce projet de réforme, mais ne renonce pas à dynamiter l’institution départementale. Cette dernière présente, aux yeux des faiseurs patentés de l’air du temps, un vice rédhibitoire : la parité homme-femme, ce n’est pas son truc, et les conseillères générales ne constituent que 13,4% de l’effectif. Il fallait donc trouver une mesure radicale pour mettre un terme à cette scandaleuse anomalie, tout en maintenant le lien des élus avec leur territoire, ce qui interdit le scrutin proportionnel départemental. L’imagination énarchique étant sans rivale lorsqu’il s’agit de construire des machines à compliquer les choses, les grosses têtes du pouvoir socialiste ont sorti de leur sac à malices le scrutin le plus baroque jamais conçu dans notre République. Les élections cantonales de 2015 se feront au scrutin duonominal à deux tours. Comment ça marche ? Chaque canton sera représenté par deux conseillers généraux élus solidairement au scrutin majoritaire, chaque paire étant obligatoirement composée d’un homme et d’une femme. Pour cela, on supprimera la moitié des cantons, pour ne pas faire augmenter le nombre des élus. Il suffira donc d’une seule élection cantonale pour tripler, au minimum, le nombre de dames dans les Conseils généraux, et d’éjecter simultanément un nombre équivalent de messieurs qui auraient, dans l’ancien système, pour la plupart retrouvé leur siège. Mais à malin, malin et demi : il me parvient, dans ma montagne, que des conseillers généraux sortants envisagent de se marier électoralement, qui avec sa maîtresse, qui avec sa secrétaire ou encore avec sa belle-sœur pour pouvoir demeurer le baron du canton sans que la baronne ne vienne lui disputer la prééminence.
Résultat : un certain nombre de potiches décoratives viendront remplacer des élus expérimentés, dont le seul défaut est d’être pourvu d’une paire de chromosomes XY. Peu importe, car la cause des femmes doit avancer, et vite, même au prix d’un affaiblissement de la puissance publique.[/access]
*Photo : Gertjan Baarda.
Plus coûteux que la défense européenne : la défense de l’idée européenne
Alors qu’il ne reste plus guère que 30% de citoyens européens pour faire confiance à l’Union Européenne, nous assistons médusés à une contre-offensive de Bruxelles pour défendre ses intérêts. Ainsi, l’an passé, deux milliards et demi d’euros ont été dépensés pour ses relations publiques, soit davantage que Coca-Cola pour ses dépenses publicitaires mondiales. Il est vrai que Coca-Cola a plus d’attrait qu’une politique bureaucratique et boursoufflée qui impose une austérité qu’elle ne s’applique pas.
Pour redorer le blason de l’Union Européenne, rien de tel que de faire appel aux ONG, surtout celles de gauche, dont le financement, à l’exception de Greenpeace, a pour but de porter, à travers un langage commun à Bruxelles, une vision du monde qui est celle de l’Union Européenne. La conclusion est que « des groupes d’intérêt non élus ont transféré de plus en plus de pouvoirs à une Commission européenne non élue au détriment du citoyen », comme l’affirme Christopher Snowdon, un essayiste britannique réputé, au terme de son enquête : » Europuppets, The European Commission remaking of civil Society « dans une récente livraison des précieux « IEA Discussion Papers ». Il voit dans cette opération de marketing pro-européen une tentative de soutien coûteux et fort peu démocratique pour des causes impopulaires.
Je me suis souvent demandé pourquoi les prétendus experts qui se succèdent sur le plateau de » C’est dans l’air » de mon ami Yves Calvi défendent avec une telle fougue la zone euro. Christopher Snowdon me souffle une réponse…..
Venezuela : le devoir d’inventaire du successeur naturel

L’histoire s’accélère au Venezuela. Trois semaines après la mort du Comandante, le pays de l’or noir sèche ses larmes. Le premier cercle du pouvoir chaviste est déjà en campagne pour la succession de Chavez, réélu en octobre dernier avant d’être emporté par son cancer début mars. Son dauphin désigné s’appelle Nicolas Maduro. L’ancien syndicaliste, qui envie le charisme d’un Bernard Thibault, ne s’est pas contenté de saluer le destin christique de son mentor. Après l’élection du pape argentin Bergoglio, il a carrément vendu la mèche : dans les cieux, Hugo Chavez aurait soufflé au conclave le choix du premier pontife sud-américain.
Le hic pour Maduro, toute considération mystique mise à part, c’est que le bilan social et sécuritaire de Chavez ne correspond pas tout à fait au portrait idyllique qu’en dresse Jean-Luc Mélenchon. Pour une revue détaillée, rendez-vous en kiosque le 4 avril, un excellent mensuel causant vous montrera le vrai visage du bolivarisme, sans diabolisation ni idéalisation. En attendant, sachez que tout n’est pas rose au pays du bolivarisme réel : les fonctionnaires sont embauchés en CDD (histoire de les faire participer de bon coeur aux manifestations de foule du parti chaviste), les employés d’usine sous-payés, les syndicalistes dissidents réprimés pendant que le mal-logement gagne du terrain. Malgré les progrès réalisés dans l’accès aux soins médicaux ou le combat contre l’extrême pauvreté, il est au moins un domaine où le Parti Socialiste Unifié du Venezuela fait profil bas : la sécurité. Ou plutôt l’insécurité, si l’on veut rendre justice aux dizaines de milliers de victimes d’assassinats qui font tâche dans la contrée de l’égalité proclamée. C’est simple : depuis l’accession au pouvoir de Chavez fin 1998, le nombre de crimes de sang a plus que doublé. Pire, le taux d’homicides vénézuélien est le plus élevé du continent latino-américain et équivaut à huit fois la moyenne mondiale définie par l’ONU. De quoi faire passer les favelas brésiliennes pour des annexes du Club Med…
Conscient de ce talon d’Achille, Nicolas Maduro promet de « libérer » le pays de « la violence, la criminalité et la délinquance », tous ces fléaux qu’engendrerait le « capitalisme ». Soit dit en passant, y compris aux amateurs de Mises et Hayek, l’explication paraîtra moins capillotractée qu’il n’y paraît : c’est de son insertion dans l’économie globalisée que Caracas tire l’essentiel de ses revenus, sitôt transformés en prébendes pour oligarques chavistes parfois de mèche avec le crime organisé[1. Private joke aux camarades Mélenchon et Corbière : comment se fait-il qu’un pays si égalitaire voit sa criminalité flamber ? La violence n’est-elle pas corrélée au niveau des inégalités ? Ou bien la révolution bolivarienne serait imparfaite. Bref, on m’aurait menti ?].
Face à l’incurie sécuritaire, le flegmatique Maduro multiplie les coups de menton. « Je prendrai la responsabilité de ce sujet, de la vie, du combat contre la criminalité » pour en faire « le thème central de tout ce que nous faisons » pérore-t-il entre deux rodomontades. Caramba : On dirait du Sarkozy dans le texte ! Mine de rien, c’est la quadrature du cercle pour celui qui doit assumer l’héritage de Chavez tout en constatant l’indigence de sa politique sécuritaire. Un exercice d’équilibriste qui fit les fortunes d’un autre Nicolas en 2007 : responsable de la sécurité des Français depuis cinq ans, Sarkozy avait alors su maquiller ses propres échecs derrière la vigueur de son projet présidentiel. Or, pour refaire le coup de la rupture tranquille face à une opposition remontée à bloc, Maduro devra avant tout miser sur ses qualités personnelles, indépendamment de son dossard chaviste. Mais n’est pas Sarko qui veut. Verdict le 14 avril.
*Photo : chavezcandanga.
Jean-Marc Roberts est mort
On aurait bien aimé ne rien rajouter à nos mots sur Deux vies valent mieux qu’une de Jean-Marc Roberts. Un ami, pourtant, nous annonce que Jean-Marc est mort. Le crabe, à la fin, remporte toujours la mise. On ne le connaissait pas, l’ayant juste interviouvé une fois longuement pour un journal du Sud-ouest et ayant reçu une lettre de refus pour un manuscrit qu’il avait aimé. Les deux fois : un homme charmant. On savait juste que, au Seuil, chez Fayard ou chez Stock, il avait édité de nombreux écrivains que nous considérons parmi les meilleurs : Christopher Frank, Christian Authier, Sébastien Lapaque, Franck Maubert, Stéphane Guibourgé, Gérard Guégan par exemple. D’autres que nous aimons moins, mais peu importe. Son dernier coup fut la publication de Belle et bête de Marcela Iacub.
Chez Roberts, le goût des jolies femmes, toujours. Ne pas oublier, également, qu’il obtint le prix Renaudot en 1979 pour Affaires étrangères, roman qu’il adapta au cinéma pour Granier-Deferre comme il scénarisa l’excellent Que les gros salaires lèvent le doigt, avec Jean Poiret, Daniel Auteuil et Marie Laforêt, un film à revoir sans fin dans les tristes temps où nous vivons. Que dire d’autre ? Il fut l’un des seuls à défendre son ami François-Marie Banier quand tout le monde lui crachait dessus ; il aimait la regrettée Muriel Cerf et les jeunes filles en bikini sur les plages italiennes ; il était injuste, brillant, léger et profond à la fois quand il écrivait. Il était de « la race des seigneurs ». Jean-Marc Roberts nous bouleversait et nous rendait heureux : il nous manque déjà.
Aider le Mali, pas ceux qui l’ont détruit !

Si les élections législatives et présidentielle ont bien lieu, comme prévu, au Mali les 7 et 21 juillet, la France pourra légitimement se féliciter du rôle qu’elle aura joué dans ce processus en libérant les grandes villes du Nord de la coupe des islamistes qui les terrorisaient.
Pourtant, le plus dur reste à faire : il faut maintenant déloger les fous de Dieu des montagnes de la région de Kidal où ils se sont réfugiés, sécuriser les villes et les campagnes, accompagner le retour des réfugiés et des déplacés, enfin aider le pays à se reconstruire. Vaste programme pour lequel le Mali aura besoin d’autres soutiens que celui de la seule France. Organiser des élections dans un pays divisé, où l’insécurité règne encore dans de vastes régions, est indispensable pour que le Mali prouve le retour de sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire, mais ne sera pas chose aisée. Car les autorités maliennes et leurs forces armées sont aujourd’hui exclues d’une région entière du pays par un mouvement indépendantiste, autoproclamé « libérateur » du Nord. Et cela avec la bénédiction, sinon la complicité, de la France.[access capability= »lire_inedits »]
Rappel historique : les régions de Gao, Tombouctou et Kidal sont une mosaïque de diverses populations interdépendantes les unes des autres. Arabes, Touareg, Peul, Songhay vivent ensemble, pas toujours pacifiquement, sur le même territoire depuis des siècles. En 1958, une partie des chefs et des notables touareg avait écrit au général de Gaulle (« Sa Majesté Monsieur le Président de la République française ») pour refuser toute idée d’indépendance et, surtout, toute perspective de destin commun avec les populations noires, majoritaires dans le Sud du pays, comme dans le Nord d’ailleurs. La question était clairement posée en termes ethniques, cette lettre affirmant leur refus d’être gouvernés « par une majorité noire dont l’éthique, les intérêts et les aspirations ne sont pas mêmes que les [leurs]» et leur désir d’être intégrés « au Sahara Français dont [ils font] partie historiquement et ethniquement ».
Depuis 1963, une partie des Touareg affronte régulièrement les forces de Bamako pour obtenir l’autonomie de l’Azawad, nom qu’ils ont donné au Nord du Mali et qui ne correspond à aucune réalité géographique, sociale ou historique. De « pacte national » en « cérémonie de la flamme de la paix », les négociations, désarmements, accords violés par l’une ou l’autre partie se sont succédé sans jamais régler la question.
Tout change en octobre 2011 avec la création du MNLA − le Mouvement national de libération de l’Azawad − né de la fusion de trois principales forces : les rebelles historiques du MNA, le Mouvement national de l’Azawad d’Ibrahim ag Bahanga, disparu quelques mois plus tôt ; une poignée d’intellectuels actifs en France et en Suisse ; et des centaines de combattants revenus de Libye avec armes et bagages sous la direction du colonel Mohamed ag Najim. La France croit alors naïvement que le MNLA peut régler le problème d’AQMI en boutant les islamistes hors du désert. Las, la marionnette échappe aux mains de ses créateurs et, au lieu de s’en prendre aux narcoterroristes algériens, décide de s’attaquer au Mali. Pour la première fois, les rebelles réclament l’indépendance et non plus l’autonomie : le rapport de force leur est d’apparence favorable, puisqu’ils bénéficient d’un armement conséquent et de guerriers aguerris et motivés pour affronter une armée malienne en pleine déliquescence. Les 17 et 18 janvier 2012, ils attaquent Menaka, Aguelhok et Tessalit, avec l’aide des salafistes touareg du mouvement Ansar Dine d’Iyad ag Ghali. Bientôt, en compagnie d’AQMI et du Mujao − Mouvement pour l’unicité du djihad en Afrique de l’Ouest −, ils prennent progressivement le contrôle du Nord du pays. Et le 6 avril, le MNLA proclame fièrement l’indépendance de l’Azawad. En réalité, il a seulement ouvert la boîte de Pandore, et sera rapidement évincé par ses encombrants alliés. Le 28 juin, il est ainsi chassé de Gao par le Mujao, au grand soulagement, d’ailleurs, de la population locale, victime de ses crimes, viols et exactions en tous genres.
Aujourd’hui, profitant de la fuite des islamistes devant la fulgurante avancée des troupes françaises, le MNLA affirme avoir libéré Kidal et assure coordonner ses activités avec celles de l’opération « Serval ». Mieux, avec la bénédiction de Paris, il prétend interdire l’accès de la région à l’armée malienne. De qui se moque-t-on ?
En vérité, le MNLA ne pèse rien. Ses hommes, qui se sont fait tailler en pièces à chaque fois qu’ils ont été opposés aux islamistes, seraient encore incapables, aujourd’hui, des les extirper des montagnes de Kidal. Il n’a en fait aucune légitimité pour parler au nom des populations du Nord du Mali : c’est lui qui a déclenché les hostilités dans la région, massacré des dizaines de soldats maliens à Aguelhok, le 24 janvier, s’est allié avec les islamistes d’Ansar Dine avant de se raviser, et n’a en rien renoncé à l’indépendance, comme le déclarait encore, le 6 février, Mossa ag Attaher à Charlie Hebdo. Cela en fait-il aujourd’hui un interlocuteur à privilégier à la table des négociations ?
La France doit clarifier sa position. L’intervention française a été unanimement célébrée par la population malienne, comme l’a montré l’accueil enthousiaste réservé à François Hollande à Tombouctou et à Bamako. Mais il appartiendra ensuite aux Maliens seuls de définir les termes du règlement de la question du Nord du pays. En soutenant complaisamment l’irrédentisme d’un mouvement armé capable de toutes les alliances et de toutes les compromissions, la France bafouerait la souveraineté du Mali, s’immiscerait dans les problèmes intérieurs d’un État ami et se mettrait à dos une population qui ne demande qu’à l’aimer. Le « plus beau jour » de la vie politique de François Hollande aurait alors engendré un cauchemar.[/access]
*Photo : Magharebia.
Sarkozy et Mélenchon sont furieux. Il y a de quoi

Nicolas Sarkozy et Jean-Luc Mélenchon ont au moins un point commun : ils se mettent facilement en rogne. La colère n’est pas forcément, d’ailleurs, une mauvaise chose en politique. Elle est un excès et l’excès réveille. Que cette colère soit sincère, feinte, surjouée, peu importe finalement. L’homme politique moderne, qui se doit d’être un animal médiatique, rencontre le même problème que le comédien et son paradoxe chez Diderot. Diderot distinguait ceux qui « jouaient d’âme » et ceux qui « jouaient d’intelligence », ceux qui ressentaient les émotions qu’ils devaient donner à voir et ceux qui ne les ressentaient pas.
On a l’impression que ce qui fait que Sarkozy et Mélenchon « passent », c’est que chez eux, les deux jeux se mélangent, s’imbriquent et qu’ils sont constamment en équilibre, à la merci d’un dérapage plus ou moins contrôlé.
Nicolas Sarkozy et Jean-Luc Mélenchon ont éprouvé récemment deux grosses colères. Sarkozy parce qu’il a été mis en examen dans le cadre de l’affaire Bettencourt pour « abus de faiblesse » et Mélenchon parce que sa charge virulente contre Pierre Moscovici a été interprétée comme… de l’antisémitisme ! Oui, rien que ça…
On peut penser que Nicolas Sarkozy a trouvé extrêmement désagréable cette qualification d’« abus de faiblesse ». Les images que cela suscite ne sont pas glorieuses, c’est vrai. On se croirait dans un roman de Balzac ou une comédie italienne quand les personnages s’agitent autour de vieillards fortunés par des manœuvres qui provoquent le rire ou le dégoût. On peut comprendre que ça énerve. Mais ce qui a dû encore plus mettre en difficulté l’ex-président, c’est l’excès de zèle de ses amis. Les seconds rôles ont tapé avec une telle force que la colère de Sarkozy s’est retrouvée dépassée d’une manière que l’ancien président n’aurait peut-être pas souhaité tant elle a été excessive.
Ceci dit, dans le contexte actuel de la société française, l’accusation d’abus de faiblesse, à côté de celle d’antisémitisme, c’est presque de la petite bière. En cas d’innocence, Sarko sera blanchi par la justice qui l’a mis en cause.
L’antisémitisme en revanche, comme la pédophilie, est la saloperie la plus disqualifiante que l’on puisse imaginer quand on veut éliminer un artiste, un penseur ou un homme politique de l’espace public. On rappellera comment cela est tombé sur le dos de Mélenchon. Lors du congrès du Parti de Gauche, ce week-end, il a piqué une colère à propos de la politique de Moscovici, notamment vis-à-vis de l’UE : « Donc c’est un comportement irresponsable. Ou plus exactement c’est un comportement de quelqu’un qui ne pense plus en français… qui pense dans la langue de la finance internationale. »
Aussitôt, les grands amis du Front de gauche que sont Jean-Michel Aphatie et Jean Quatremer parlent de « tournant nationaliste » pour le premier et de « sifflet à ultra-sons antisémites » pour le second. Vient se rajouter une retranscription fautive de l’AFP : « Un comportement de quelqu’un qui ne pense pas français, qui pense finance internationale ». Vous voyez, il suffit d’une petite préposition entre « penser » et « français » pour transformer un discours anticapitaliste en crapulerie maurassienne. Du côté du PS, l’occasion est trop belle : il faut dire qu’un Mélenchon antisémite serait tellement plus facile à combattre qu’un Méluche rappelant à la gauche de gouvernement ses reniements toujours plus grands.
Harlem Désir va y aller très fort : « C’est un vocabulaire des années 30 que l’on ne pensait plus entendre de la bouche d’un républicain et encore moins d’un dirigeant de gauche ». En gros, Mélenchon, c’est Doriot en pire. On aurait beau jeu de faire remarquer à ses accusateurs qu’assimiler la finance internationale aux Juifs n’est pas forcément très malin.
Plus généralement, l’imputation d’antisémitisme à toute personne ayant tendance à trouver que la finance et les banques imposent leur ordre sans que les peuples aient leur mot à dire a une fâcheuse tendance à se généraliser, comme si les arguments manquaient dans le camp d’en face. Si on est aussi sûr de son coup, du côté de la Troïka et du mainstream libéral des partis de gouvernements, pourquoi en arrive-t-on à ce genre de mise en cause ?
On a reproché aux antisarkozystes d’avoir comparé sans vergogne leur bête noire à Pétain. C’était effectivement pour le moins approximatif et idiot. Mais taxer d’antisémitisme une colère antilibérale est tout aussi abject et inconséquent.
*Photo : Remi Noyon.
Retour de manif
Ils n’en peuvent plus, les pauvres. Partis vers la « manif pour tous » après la messe, ils se sont pris des effluves de lacrymo. Leur surprise indignée n’a rien d’étonnant, car battre le pavé n’est pas dans la culture de droite. On croit que c’est la fête, que les gentils policiers qui vous protègent ordinairement des voyous vont fraterniser, quelle surprise de les voir contre soi ! Sans parler de ces jeunes excités qui viennent toujours gâcher le tableau… À gauche, on connaît ça par coeur, surtout si papa ou maman travaille à l’Education nationale ou émarge à la CGT. Les lycéens, c’est pareil, ils savent que ça bastonne toujours quelque part, ceux qui manifestaient contre le CPE en ont fait l’amère expérience, ils s’en souviendront longtemps.
De retour après la manif, le téléphone a chauffé : on est en dictature ! Ils s’en prennent aux enfants ! In petto, grand-père était d’avis que c’était une erreur d’emmener les plus jeunes, mais il n’a plus droit à la parole depuis qu’il s’est permis des réflexions déplacées sur les jambes de Frigide Barjot. Pour se défouler de sa frustration, il vitupère contre le comptage éhonté des manifestants par la préfecture de police. Ils sont de mèche, justice, police, gouvernement, vous dis-je, pauvre France ! Pôvre, pôvre France !
Dans les médias, les larmes de crocodile ont pris le relais des gaz. Jean-François Copé se plaint à l’AFP, il a tout vu, personnellement, je vous jure, même s’il n’y était pas mais c’est tout comme. Laurent Wauquier zozote son indignation contre le-gazage-des-femmes-z-et-des-enfants-z-en-bas-z-âge. Il y va un peu fort le Lolo, il nous fait le coup de la poussette dans « le cuirassé Potemkine ». On parle d’yeux qui piquent, pas de morts ni de blessés. D’ailleurs, si une vraie bombe il y avait eu, Pierre Bergé n’aurait même pas pleuré, na, il l’a dit sur Twitter (ou l’a repris à son compte, on s’en fout). Pépé la fripe de luxe n’en rate pas une contre son camp, avec ses gracieusetés… Mention spéciale à Christine Boutin, qui a dû tomber sur un CRS en couple avec un gendarme – si, si, ça doit exister. Pour la remettre de ses émotions, je propose de muter le préfet de police de Paris en Lozère. Faudra au moins ça.
Moi, celui que je préfère, c’est Hervé Mariton, ancien ministre de l’Outre-mer dans le gouvernement Villepin (où il ne manquait pas de rencontrer une députée de la Guyane nommée Christiane Taubira). Au premier rang des opposants au projet de loi, c’est aussi un des plus courtois. Mais une chose est de multiplier les rappels au règlement à l’Assemblée nationale, une autre de ramener le calme parmi les manifestants les plus remontés, comme il a tenté en vain de le faire. En réponse, il a récolté lazzis et bousculade. Qu’allait-il faire dans cette galère ? Cher Hervé Mariton, dont le nom ressemble à une question. Marie-t-on ? Mais oui, Hervé, du calme, on va se marier. Enfin, pas vous et moi, mais…
Pécresse sur le terrain

Valérie Pécresse était de passage samedi soir près de Besançon, en tant qu’invitée d’honneur de la fête départementale de la fédération UMP du Doubs. Juste avant d’intervenir devant les militants, elle tenait un point-presse auquel j’ai bien volontiers participé, avec la lourde charge d’y représenter Causeur. Au menu, deux thèmes et un fil rouge : la nécessité de ressouder l’UMP après le psychodrame de l’automne dernier, les élections municipales et enfin, le gouvernement « qui mène le pays dans le mur », selon l’expression consacrée par tous les secrétaires généraux de partis d’opposition depuis qu’il existe des partis d’opposition.
Rassurer les militants et travailler sur de bons statuts pour l’UMP, tel est le premier objectif de Valérie Pécresse. « Les militants ont été traumatisés et beaucoup d’entre eux craignent même un nouveau vote », nous explique-t-elle. Il faut vraiment les avoir énormément traumatisés pour que des militants politiques, c’est à dire des gens a priori passionnés par l’exercice du vote, soient à ce point craintifs. Mais tout est fait pour les rassurer, explique-t-elle. Les nouveaux statuts de l’UMP sont en passe d’être approuvés. Il n’y aura pas de vote par procuration. On ne devrait pas voter pour un ticket de trois personnes comme c’était le cas précédemment, mais pour le seul président, ce qui permettra à ce dernier de rassembler en nommant des personnalités du camp d’en face en n°2 ou n°3. Enfin, les conditions pour être candidat à la présidence seront réformées. Le seuil des parrainages de militants sera abaissé mais on veillera tout de même à ne pas favoriser des candidatures fantaisistes en exigeant parallèlement des signatures de parlementaires. François Fillon, dont Pécresse est très proche, sera-t-il à nouveau candidat ? « Ce n’est pas qu’elle veut faire de la langue de bois », répond-elle mais, tout de même, ce n’est pas le moment de répondre à cette question. Nous l’interrogeons enfin sur les révélations du site Atlantico selon lesquelles Brice Hortefeux et quelques autres « amis de Nicolas Sarkozy » souhaiteraient inclure une clause dans les statuts supprimant les primaires à droite en cas de candidature d’un ancien président de la République. Il n’est pas question des primaires, pour l’heure, dans la réforme des statuts mais seulement de l’élection à la présidence de l’UMP. S’agit-il d’une manière de ne pas nous répondre, ou de dire à Hortefeux que cette initiative ne recueille pas son assentiment ?
Lorsqu’elle s’exprime sur les élections municipales et notamment celles du Doubs, Valérie Pécresse se prend légèrement les pieds dans le tapis. « La commission d’investiture se réunit pour statuer la semaine prochaine », explique-t-elle avant de déclarer que « les candidats pour les villes de Besançon et Montbéliard sont excellents ». Connaît-elle déjà les résultats de la commission d’investiture pour être aussi affirmative sur leur qualité ? Pirouette de Valérie. Bien évidemment non, mais « tous les candidats à la candidature sont déjà excellents ». Ouf ! D’ailleurs, aucune demande de parachutage n’a été formulée par la fédération car le Doubs dispose d’élus de qualité, confirme le secrétaire départemental de l’UMP, qui pose affectueusement les mains sur les épaules de Jacques Grosperrin, député battu en juin dernier, lequel brigue l’investiture pour Besançon. Indice révélateur, les deux rivaux de ce dernier, dont le filloniste Pascal Bonnet, n’assistent pas à la conférence de presse. Valérie Pécresse insiste sur la nécessité de prendre des villes dans le département du ministre des finances qui mise sur le « tout-fiscal ». Mais les municipales ne concernent pas que les deux grandes villes du département, il faut des candidats partout, y compris dans les villages. On s’étonne alors que l’UMP souhaite politiser les élections dans des petites communes où, bien souvent, les listes sont apolitiques. « C’est la responsabilité du gouvernement socialiste » qui modifie tous les modes de scrutin et souhaite notamment que le scrutin de liste proportionnel et paritaire soit étendu aux communes comptant entre 500 et 3500 habitants[1. Actuellement, seules les communes de plus de 3500 habitants ont un tel mode de scrutin. En dessous de ce seuil, c’est le scrutin de liste majoritaire qui était jusque-là en vigueur, avec possibilité de panachage jusqu’à 2500 habitants. ]. Et l’attitude à adopter vis-à-vis du FN ? Pécresse est claire. C’est le ni-ni qui l’emporte. D’un côté, ceux qui, localement, seraient tentés par des alliances avec le Front National seront désavoués et« sanctionnés » ! Mais en cas de duels PS-FN, « pas question d’appeler à voter pour un PS qui s’allie avec l’extrême gauche de Mélenchon, lequel appelle à la violence sociale ». Du vrai Copé dans le texte. François Fillon, dont elle est proche, était moins catégorique, et NKM aussi, lui fait-on remarquer. « NKM n’est pas présidente de l’UMP ! ». Réponse curieuse. L’élection à la présidence de l’UMP aura lieu en septembre, soit six mois avant les élections municipales. La secrétaire générale déléguée de l’UMP considère- t-elle que le scrutin constituera une promenade de santé pour Jean-François Copé ?
La conférence de presse se termine et Valérie Pécresse évoque la mise en examen de Nicolas Sarkozy. Tout en précisant qu’elle « respecte l’indépendance des magistrats », elle qualifie cette décision de« surprenante et incompréhensible », reprenant le registre choisi par Copé et Fillon mais délaissant celui de l’indignité exprimé par Claude Guéant et surtout Henri Guaino. Il y a ceux qui veulent encore croire à la candidature de l’ex-président et qui ont du mal à maîtriser leur colère devant cet obstacle, et il y a ceux qui n’y croient plus et assurent le service minimum. On aura compris que Valérie Pécresse faisait partie de la seconde catégorie.
Biofric et embryons humains : c’est ça, maintenant, le changement
Sauf surprise, l’Assemblée nationale lèvera cette semaine l’interdiction d’utiliser des embryons humains dans la recherche médicale. Le comité de bioéthique n’a pas été consulté, lit-on dans l’éditorial de La Croix du lundi 20 mars, qui pointe le silence dont a été entouré ce projet de loi[1. Dominique Quinio, « La recherche sur l’embryon humain bientôt autorisée ? », 20/03/2013.]. Jusqu’à présent, des dérogations étaient possibles, pourvu qu’une possibilité thérapeutique puisse être invoquée. Cela a été le cas pour la recherche sur les cellules souches. Désormais, il ne sera plus nécessaire de les demander. Cependant, contrairement à ce que semble croire l’éditorialiste, l’enjeu ne concerne plus seulement la recherche scientifique.
L’Office Parlementaire d’Évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques (OPECST), qui a officiellement pour mission « d’informer le Parlement des conséquences des choix de caractère scientifique et technologique afin d’éclairer ses décisions », indique dans une étude de 2011, que l’autorisation d’utiliser les cellules souches d’embryons humains « permettrait, à terme, de diminuer le coût de fabrication des médicaments, limiter les essais sur les animaux et les hommes »[2. Rapport sur l’évaluation de l’application de la loi n° 2004‐800 du 6 août 2004 relative à la bioéthique (2011), cité dans Jean-René Binet, « Recherche sur l’embryon : loi de bioéthique ou loi de marché ? », Revue Lamy Droit Civil, n°102, mars 2013, p. 71.].
Voir l’embryon humain comme matière première vivante de choix pour les tests de l’industrie pharmaceutique, c’est, au-delà de la recherche scientifique, voir l’enjeu d’une rentabilité commerciale dans un processus industriel.
Alors pas besoin de s’interroger longtemps sur les motifs qui font court-circuiter l’avis du comité de bioéthique, ni sur les motifs qui ont fait enclencher le processus législatif à l’opposé des dispositions de la législation actuelle, la loi du 7 juillet 2011, qui posait, comme condition à ses modifications ultérieures, la tenue d’États Généraux[3. Coline Garré, « Recherche sur l’embryon : l’Assemblée nationale dit oui en commission, malgré des oppositions », Le quotidien du médecin, 20/03/2013.]. Où la gauche morale est-elle donc passée ?
Adieu États Généraux… Adieu débats… Adieu bioéthique…
Bonjour le biofric. C’est ça, maintenant, le changement.
Mariage pour tous les conseillers généraux !

S’il existe, en France, une institution politique qui fonctionne à la satisfaction générale, ce sont bien les assemblées départementales, dits Conseils généraux depuis la loi du 28 Pluviôse de l’an VIII, promulguée en un temps où Napoléon perçait sous Bonaparte… Si l’on veut bien considérer comme exceptionnelles les turpitudes altoséquanaises, buccorhodaniennes ou ultramarines qui ont, ces derniers temps, défrayé la chronique, on peut considérer les départements comme un échelon plutôt vertueux de la démocratie locale. Composés de notables locaux ancrés dans leur territoire, les Conseils généraux s’occupent des routes départementales, des collèges, des personnes âgées, de l’aide sociale. Les lois de décentralisation successives depuis 1982 leur ont accordé des pouvoirs et des compétences détenus jusque-là par le préfet représentant l’État. Tout cela ne marche pas trop mal : les étrangers de passage sont admiratifs du bon état de notre réseau routier secondaire, les vieux trouvent un abri lorsque le grand âge les rend dépendants. Les enseignants des collèges vont très rarement demander « Des sous ! » sur l’air des lampions devant l’Hôtel du département. Ces bâtiments, soit dit en passant, n’ont pas, pour la plupart, versé dans l’ostentation mégalomaniaque des sièges de Conseils régionaux, par lesquels leurs présidents veulent montrer qu’ils en ont, eux, du pouvoir…[access capability= »lire_inedits »]
Que fait un énarque membre de cabinet ministériel lorsqu’il constate qu’une institution travaille bien sans être totalement sous la coupe de la caste des hauts fonctionnaires surdiplômés ? Il s’efforce de trouver un moyen de faire cesser ce scandale, et de déstabiliser ces élus locaux qui ont le toupet de se faire régulièrement réélire par des citoyens estimant que la plupart d’entre eux ont rempli leur mandat de manière satisfaisante. La droite sarkozyste avait imaginé de faire fusionner les Conseils généraux avec les Conseils régionaux, éloignant ainsi le pouvoir local des administrés. La gauche, dès son arrivée au pouvoir en mai 2012, passe à la trappe ce projet de réforme, mais ne renonce pas à dynamiter l’institution départementale. Cette dernière présente, aux yeux des faiseurs patentés de l’air du temps, un vice rédhibitoire : la parité homme-femme, ce n’est pas son truc, et les conseillères générales ne constituent que 13,4% de l’effectif. Il fallait donc trouver une mesure radicale pour mettre un terme à cette scandaleuse anomalie, tout en maintenant le lien des élus avec leur territoire, ce qui interdit le scrutin proportionnel départemental. L’imagination énarchique étant sans rivale lorsqu’il s’agit de construire des machines à compliquer les choses, les grosses têtes du pouvoir socialiste ont sorti de leur sac à malices le scrutin le plus baroque jamais conçu dans notre République. Les élections cantonales de 2015 se feront au scrutin duonominal à deux tours. Comment ça marche ? Chaque canton sera représenté par deux conseillers généraux élus solidairement au scrutin majoritaire, chaque paire étant obligatoirement composée d’un homme et d’une femme. Pour cela, on supprimera la moitié des cantons, pour ne pas faire augmenter le nombre des élus. Il suffira donc d’une seule élection cantonale pour tripler, au minimum, le nombre de dames dans les Conseils généraux, et d’éjecter simultanément un nombre équivalent de messieurs qui auraient, dans l’ancien système, pour la plupart retrouvé leur siège. Mais à malin, malin et demi : il me parvient, dans ma montagne, que des conseillers généraux sortants envisagent de se marier électoralement, qui avec sa maîtresse, qui avec sa secrétaire ou encore avec sa belle-sœur pour pouvoir demeurer le baron du canton sans que la baronne ne vienne lui disputer la prééminence.
Résultat : un certain nombre de potiches décoratives viendront remplacer des élus expérimentés, dont le seul défaut est d’être pourvu d’une paire de chromosomes XY. Peu importe, car la cause des femmes doit avancer, et vite, même au prix d’un affaiblissement de la puissance publique.[/access]
*Photo : Gertjan Baarda.
Plus coûteux que la défense européenne : la défense de l’idée européenne
Alors qu’il ne reste plus guère que 30% de citoyens européens pour faire confiance à l’Union Européenne, nous assistons médusés à une contre-offensive de Bruxelles pour défendre ses intérêts. Ainsi, l’an passé, deux milliards et demi d’euros ont été dépensés pour ses relations publiques, soit davantage que Coca-Cola pour ses dépenses publicitaires mondiales. Il est vrai que Coca-Cola a plus d’attrait qu’une politique bureaucratique et boursoufflée qui impose une austérité qu’elle ne s’applique pas.
Pour redorer le blason de l’Union Européenne, rien de tel que de faire appel aux ONG, surtout celles de gauche, dont le financement, à l’exception de Greenpeace, a pour but de porter, à travers un langage commun à Bruxelles, une vision du monde qui est celle de l’Union Européenne. La conclusion est que « des groupes d’intérêt non élus ont transféré de plus en plus de pouvoirs à une Commission européenne non élue au détriment du citoyen », comme l’affirme Christopher Snowdon, un essayiste britannique réputé, au terme de son enquête : » Europuppets, The European Commission remaking of civil Society « dans une récente livraison des précieux « IEA Discussion Papers ». Il voit dans cette opération de marketing pro-européen une tentative de soutien coûteux et fort peu démocratique pour des causes impopulaires.
Je me suis souvent demandé pourquoi les prétendus experts qui se succèdent sur le plateau de » C’est dans l’air » de mon ami Yves Calvi défendent avec une telle fougue la zone euro. Christopher Snowdon me souffle une réponse…..
Venezuela : le devoir d’inventaire du successeur naturel

L’histoire s’accélère au Venezuela. Trois semaines après la mort du Comandante, le pays de l’or noir sèche ses larmes. Le premier cercle du pouvoir chaviste est déjà en campagne pour la succession de Chavez, réélu en octobre dernier avant d’être emporté par son cancer début mars. Son dauphin désigné s’appelle Nicolas Maduro. L’ancien syndicaliste, qui envie le charisme d’un Bernard Thibault, ne s’est pas contenté de saluer le destin christique de son mentor. Après l’élection du pape argentin Bergoglio, il a carrément vendu la mèche : dans les cieux, Hugo Chavez aurait soufflé au conclave le choix du premier pontife sud-américain.
Le hic pour Maduro, toute considération mystique mise à part, c’est que le bilan social et sécuritaire de Chavez ne correspond pas tout à fait au portrait idyllique qu’en dresse Jean-Luc Mélenchon. Pour une revue détaillée, rendez-vous en kiosque le 4 avril, un excellent mensuel causant vous montrera le vrai visage du bolivarisme, sans diabolisation ni idéalisation. En attendant, sachez que tout n’est pas rose au pays du bolivarisme réel : les fonctionnaires sont embauchés en CDD (histoire de les faire participer de bon coeur aux manifestations de foule du parti chaviste), les employés d’usine sous-payés, les syndicalistes dissidents réprimés pendant que le mal-logement gagne du terrain. Malgré les progrès réalisés dans l’accès aux soins médicaux ou le combat contre l’extrême pauvreté, il est au moins un domaine où le Parti Socialiste Unifié du Venezuela fait profil bas : la sécurité. Ou plutôt l’insécurité, si l’on veut rendre justice aux dizaines de milliers de victimes d’assassinats qui font tâche dans la contrée de l’égalité proclamée. C’est simple : depuis l’accession au pouvoir de Chavez fin 1998, le nombre de crimes de sang a plus que doublé. Pire, le taux d’homicides vénézuélien est le plus élevé du continent latino-américain et équivaut à huit fois la moyenne mondiale définie par l’ONU. De quoi faire passer les favelas brésiliennes pour des annexes du Club Med…
Conscient de ce talon d’Achille, Nicolas Maduro promet de « libérer » le pays de « la violence, la criminalité et la délinquance », tous ces fléaux qu’engendrerait le « capitalisme ». Soit dit en passant, y compris aux amateurs de Mises et Hayek, l’explication paraîtra moins capillotractée qu’il n’y paraît : c’est de son insertion dans l’économie globalisée que Caracas tire l’essentiel de ses revenus, sitôt transformés en prébendes pour oligarques chavistes parfois de mèche avec le crime organisé[1. Private joke aux camarades Mélenchon et Corbière : comment se fait-il qu’un pays si égalitaire voit sa criminalité flamber ? La violence n’est-elle pas corrélée au niveau des inégalités ? Ou bien la révolution bolivarienne serait imparfaite. Bref, on m’aurait menti ?].
Face à l’incurie sécuritaire, le flegmatique Maduro multiplie les coups de menton. « Je prendrai la responsabilité de ce sujet, de la vie, du combat contre la criminalité » pour en faire « le thème central de tout ce que nous faisons » pérore-t-il entre deux rodomontades. Caramba : On dirait du Sarkozy dans le texte ! Mine de rien, c’est la quadrature du cercle pour celui qui doit assumer l’héritage de Chavez tout en constatant l’indigence de sa politique sécuritaire. Un exercice d’équilibriste qui fit les fortunes d’un autre Nicolas en 2007 : responsable de la sécurité des Français depuis cinq ans, Sarkozy avait alors su maquiller ses propres échecs derrière la vigueur de son projet présidentiel. Or, pour refaire le coup de la rupture tranquille face à une opposition remontée à bloc, Maduro devra avant tout miser sur ses qualités personnelles, indépendamment de son dossard chaviste. Mais n’est pas Sarko qui veut. Verdict le 14 avril.
*Photo : chavezcandanga.
Jean-Marc Roberts est mort
On aurait bien aimé ne rien rajouter à nos mots sur Deux vies valent mieux qu’une de Jean-Marc Roberts. Un ami, pourtant, nous annonce que Jean-Marc est mort. Le crabe, à la fin, remporte toujours la mise. On ne le connaissait pas, l’ayant juste interviouvé une fois longuement pour un journal du Sud-ouest et ayant reçu une lettre de refus pour un manuscrit qu’il avait aimé. Les deux fois : un homme charmant. On savait juste que, au Seuil, chez Fayard ou chez Stock, il avait édité de nombreux écrivains que nous considérons parmi les meilleurs : Christopher Frank, Christian Authier, Sébastien Lapaque, Franck Maubert, Stéphane Guibourgé, Gérard Guégan par exemple. D’autres que nous aimons moins, mais peu importe. Son dernier coup fut la publication de Belle et bête de Marcela Iacub.
Chez Roberts, le goût des jolies femmes, toujours. Ne pas oublier, également, qu’il obtint le prix Renaudot en 1979 pour Affaires étrangères, roman qu’il adapta au cinéma pour Granier-Deferre comme il scénarisa l’excellent Que les gros salaires lèvent le doigt, avec Jean Poiret, Daniel Auteuil et Marie Laforêt, un film à revoir sans fin dans les tristes temps où nous vivons. Que dire d’autre ? Il fut l’un des seuls à défendre son ami François-Marie Banier quand tout le monde lui crachait dessus ; il aimait la regrettée Muriel Cerf et les jeunes filles en bikini sur les plages italiennes ; il était injuste, brillant, léger et profond à la fois quand il écrivait. Il était de « la race des seigneurs ». Jean-Marc Roberts nous bouleversait et nous rendait heureux : il nous manque déjà.
Aider le Mali, pas ceux qui l’ont détruit !

Si les élections législatives et présidentielle ont bien lieu, comme prévu, au Mali les 7 et 21 juillet, la France pourra légitimement se féliciter du rôle qu’elle aura joué dans ce processus en libérant les grandes villes du Nord de la coupe des islamistes qui les terrorisaient.
Pourtant, le plus dur reste à faire : il faut maintenant déloger les fous de Dieu des montagnes de la région de Kidal où ils se sont réfugiés, sécuriser les villes et les campagnes, accompagner le retour des réfugiés et des déplacés, enfin aider le pays à se reconstruire. Vaste programme pour lequel le Mali aura besoin d’autres soutiens que celui de la seule France. Organiser des élections dans un pays divisé, où l’insécurité règne encore dans de vastes régions, est indispensable pour que le Mali prouve le retour de sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire, mais ne sera pas chose aisée. Car les autorités maliennes et leurs forces armées sont aujourd’hui exclues d’une région entière du pays par un mouvement indépendantiste, autoproclamé « libérateur » du Nord. Et cela avec la bénédiction, sinon la complicité, de la France.[access capability= »lire_inedits »]
Rappel historique : les régions de Gao, Tombouctou et Kidal sont une mosaïque de diverses populations interdépendantes les unes des autres. Arabes, Touareg, Peul, Songhay vivent ensemble, pas toujours pacifiquement, sur le même territoire depuis des siècles. En 1958, une partie des chefs et des notables touareg avait écrit au général de Gaulle (« Sa Majesté Monsieur le Président de la République française ») pour refuser toute idée d’indépendance et, surtout, toute perspective de destin commun avec les populations noires, majoritaires dans le Sud du pays, comme dans le Nord d’ailleurs. La question était clairement posée en termes ethniques, cette lettre affirmant leur refus d’être gouvernés « par une majorité noire dont l’éthique, les intérêts et les aspirations ne sont pas mêmes que les [leurs]» et leur désir d’être intégrés « au Sahara Français dont [ils font] partie historiquement et ethniquement ».
Depuis 1963, une partie des Touareg affronte régulièrement les forces de Bamako pour obtenir l’autonomie de l’Azawad, nom qu’ils ont donné au Nord du Mali et qui ne correspond à aucune réalité géographique, sociale ou historique. De « pacte national » en « cérémonie de la flamme de la paix », les négociations, désarmements, accords violés par l’une ou l’autre partie se sont succédé sans jamais régler la question.
Tout change en octobre 2011 avec la création du MNLA − le Mouvement national de libération de l’Azawad − né de la fusion de trois principales forces : les rebelles historiques du MNA, le Mouvement national de l’Azawad d’Ibrahim ag Bahanga, disparu quelques mois plus tôt ; une poignée d’intellectuels actifs en France et en Suisse ; et des centaines de combattants revenus de Libye avec armes et bagages sous la direction du colonel Mohamed ag Najim. La France croit alors naïvement que le MNLA peut régler le problème d’AQMI en boutant les islamistes hors du désert. Las, la marionnette échappe aux mains de ses créateurs et, au lieu de s’en prendre aux narcoterroristes algériens, décide de s’attaquer au Mali. Pour la première fois, les rebelles réclament l’indépendance et non plus l’autonomie : le rapport de force leur est d’apparence favorable, puisqu’ils bénéficient d’un armement conséquent et de guerriers aguerris et motivés pour affronter une armée malienne en pleine déliquescence. Les 17 et 18 janvier 2012, ils attaquent Menaka, Aguelhok et Tessalit, avec l’aide des salafistes touareg du mouvement Ansar Dine d’Iyad ag Ghali. Bientôt, en compagnie d’AQMI et du Mujao − Mouvement pour l’unicité du djihad en Afrique de l’Ouest −, ils prennent progressivement le contrôle du Nord du pays. Et le 6 avril, le MNLA proclame fièrement l’indépendance de l’Azawad. En réalité, il a seulement ouvert la boîte de Pandore, et sera rapidement évincé par ses encombrants alliés. Le 28 juin, il est ainsi chassé de Gao par le Mujao, au grand soulagement, d’ailleurs, de la population locale, victime de ses crimes, viols et exactions en tous genres.
Aujourd’hui, profitant de la fuite des islamistes devant la fulgurante avancée des troupes françaises, le MNLA affirme avoir libéré Kidal et assure coordonner ses activités avec celles de l’opération « Serval ». Mieux, avec la bénédiction de Paris, il prétend interdire l’accès de la région à l’armée malienne. De qui se moque-t-on ?
En vérité, le MNLA ne pèse rien. Ses hommes, qui se sont fait tailler en pièces à chaque fois qu’ils ont été opposés aux islamistes, seraient encore incapables, aujourd’hui, des les extirper des montagnes de Kidal. Il n’a en fait aucune légitimité pour parler au nom des populations du Nord du Mali : c’est lui qui a déclenché les hostilités dans la région, massacré des dizaines de soldats maliens à Aguelhok, le 24 janvier, s’est allié avec les islamistes d’Ansar Dine avant de se raviser, et n’a en rien renoncé à l’indépendance, comme le déclarait encore, le 6 février, Mossa ag Attaher à Charlie Hebdo. Cela en fait-il aujourd’hui un interlocuteur à privilégier à la table des négociations ?
La France doit clarifier sa position. L’intervention française a été unanimement célébrée par la population malienne, comme l’a montré l’accueil enthousiaste réservé à François Hollande à Tombouctou et à Bamako. Mais il appartiendra ensuite aux Maliens seuls de définir les termes du règlement de la question du Nord du pays. En soutenant complaisamment l’irrédentisme d’un mouvement armé capable de toutes les alliances et de toutes les compromissions, la France bafouerait la souveraineté du Mali, s’immiscerait dans les problèmes intérieurs d’un État ami et se mettrait à dos une population qui ne demande qu’à l’aimer. Le « plus beau jour » de la vie politique de François Hollande aurait alors engendré un cauchemar.[/access]
*Photo : Magharebia.
Sarkozy et Mélenchon sont furieux. Il y a de quoi

Nicolas Sarkozy et Jean-Luc Mélenchon ont au moins un point commun : ils se mettent facilement en rogne. La colère n’est pas forcément, d’ailleurs, une mauvaise chose en politique. Elle est un excès et l’excès réveille. Que cette colère soit sincère, feinte, surjouée, peu importe finalement. L’homme politique moderne, qui se doit d’être un animal médiatique, rencontre le même problème que le comédien et son paradoxe chez Diderot. Diderot distinguait ceux qui « jouaient d’âme » et ceux qui « jouaient d’intelligence », ceux qui ressentaient les émotions qu’ils devaient donner à voir et ceux qui ne les ressentaient pas.
On a l’impression que ce qui fait que Sarkozy et Mélenchon « passent », c’est que chez eux, les deux jeux se mélangent, s’imbriquent et qu’ils sont constamment en équilibre, à la merci d’un dérapage plus ou moins contrôlé.
Nicolas Sarkozy et Jean-Luc Mélenchon ont éprouvé récemment deux grosses colères. Sarkozy parce qu’il a été mis en examen dans le cadre de l’affaire Bettencourt pour « abus de faiblesse » et Mélenchon parce que sa charge virulente contre Pierre Moscovici a été interprétée comme… de l’antisémitisme ! Oui, rien que ça…
On peut penser que Nicolas Sarkozy a trouvé extrêmement désagréable cette qualification d’« abus de faiblesse ». Les images que cela suscite ne sont pas glorieuses, c’est vrai. On se croirait dans un roman de Balzac ou une comédie italienne quand les personnages s’agitent autour de vieillards fortunés par des manœuvres qui provoquent le rire ou le dégoût. On peut comprendre que ça énerve. Mais ce qui a dû encore plus mettre en difficulté l’ex-président, c’est l’excès de zèle de ses amis. Les seconds rôles ont tapé avec une telle force que la colère de Sarkozy s’est retrouvée dépassée d’une manière que l’ancien président n’aurait peut-être pas souhaité tant elle a été excessive.
Ceci dit, dans le contexte actuel de la société française, l’accusation d’abus de faiblesse, à côté de celle d’antisémitisme, c’est presque de la petite bière. En cas d’innocence, Sarko sera blanchi par la justice qui l’a mis en cause.
L’antisémitisme en revanche, comme la pédophilie, est la saloperie la plus disqualifiante que l’on puisse imaginer quand on veut éliminer un artiste, un penseur ou un homme politique de l’espace public. On rappellera comment cela est tombé sur le dos de Mélenchon. Lors du congrès du Parti de Gauche, ce week-end, il a piqué une colère à propos de la politique de Moscovici, notamment vis-à-vis de l’UE : « Donc c’est un comportement irresponsable. Ou plus exactement c’est un comportement de quelqu’un qui ne pense plus en français… qui pense dans la langue de la finance internationale. »
Aussitôt, les grands amis du Front de gauche que sont Jean-Michel Aphatie et Jean Quatremer parlent de « tournant nationaliste » pour le premier et de « sifflet à ultra-sons antisémites » pour le second. Vient se rajouter une retranscription fautive de l’AFP : « Un comportement de quelqu’un qui ne pense pas français, qui pense finance internationale ». Vous voyez, il suffit d’une petite préposition entre « penser » et « français » pour transformer un discours anticapitaliste en crapulerie maurassienne. Du côté du PS, l’occasion est trop belle : il faut dire qu’un Mélenchon antisémite serait tellement plus facile à combattre qu’un Méluche rappelant à la gauche de gouvernement ses reniements toujours plus grands.
Harlem Désir va y aller très fort : « C’est un vocabulaire des années 30 que l’on ne pensait plus entendre de la bouche d’un républicain et encore moins d’un dirigeant de gauche ». En gros, Mélenchon, c’est Doriot en pire. On aurait beau jeu de faire remarquer à ses accusateurs qu’assimiler la finance internationale aux Juifs n’est pas forcément très malin.
Plus généralement, l’imputation d’antisémitisme à toute personne ayant tendance à trouver que la finance et les banques imposent leur ordre sans que les peuples aient leur mot à dire a une fâcheuse tendance à se généraliser, comme si les arguments manquaient dans le camp d’en face. Si on est aussi sûr de son coup, du côté de la Troïka et du mainstream libéral des partis de gouvernements, pourquoi en arrive-t-on à ce genre de mise en cause ?
On a reproché aux antisarkozystes d’avoir comparé sans vergogne leur bête noire à Pétain. C’était effectivement pour le moins approximatif et idiot. Mais taxer d’antisémitisme une colère antilibérale est tout aussi abject et inconséquent.
*Photo : Remi Noyon.
Retour de manif
Ils n’en peuvent plus, les pauvres. Partis vers la « manif pour tous » après la messe, ils se sont pris des effluves de lacrymo. Leur surprise indignée n’a rien d’étonnant, car battre le pavé n’est pas dans la culture de droite. On croit que c’est la fête, que les gentils policiers qui vous protègent ordinairement des voyous vont fraterniser, quelle surprise de les voir contre soi ! Sans parler de ces jeunes excités qui viennent toujours gâcher le tableau… À gauche, on connaît ça par coeur, surtout si papa ou maman travaille à l’Education nationale ou émarge à la CGT. Les lycéens, c’est pareil, ils savent que ça bastonne toujours quelque part, ceux qui manifestaient contre le CPE en ont fait l’amère expérience, ils s’en souviendront longtemps.
De retour après la manif, le téléphone a chauffé : on est en dictature ! Ils s’en prennent aux enfants ! In petto, grand-père était d’avis que c’était une erreur d’emmener les plus jeunes, mais il n’a plus droit à la parole depuis qu’il s’est permis des réflexions déplacées sur les jambes de Frigide Barjot. Pour se défouler de sa frustration, il vitupère contre le comptage éhonté des manifestants par la préfecture de police. Ils sont de mèche, justice, police, gouvernement, vous dis-je, pauvre France ! Pôvre, pôvre France !
Dans les médias, les larmes de crocodile ont pris le relais des gaz. Jean-François Copé se plaint à l’AFP, il a tout vu, personnellement, je vous jure, même s’il n’y était pas mais c’est tout comme. Laurent Wauquier zozote son indignation contre le-gazage-des-femmes-z-et-des-enfants-z-en-bas-z-âge. Il y va un peu fort le Lolo, il nous fait le coup de la poussette dans « le cuirassé Potemkine ». On parle d’yeux qui piquent, pas de morts ni de blessés. D’ailleurs, si une vraie bombe il y avait eu, Pierre Bergé n’aurait même pas pleuré, na, il l’a dit sur Twitter (ou l’a repris à son compte, on s’en fout). Pépé la fripe de luxe n’en rate pas une contre son camp, avec ses gracieusetés… Mention spéciale à Christine Boutin, qui a dû tomber sur un CRS en couple avec un gendarme – si, si, ça doit exister. Pour la remettre de ses émotions, je propose de muter le préfet de police de Paris en Lozère. Faudra au moins ça.
Moi, celui que je préfère, c’est Hervé Mariton, ancien ministre de l’Outre-mer dans le gouvernement Villepin (où il ne manquait pas de rencontrer une députée de la Guyane nommée Christiane Taubira). Au premier rang des opposants au projet de loi, c’est aussi un des plus courtois. Mais une chose est de multiplier les rappels au règlement à l’Assemblée nationale, une autre de ramener le calme parmi les manifestants les plus remontés, comme il a tenté en vain de le faire. En réponse, il a récolté lazzis et bousculade. Qu’allait-il faire dans cette galère ? Cher Hervé Mariton, dont le nom ressemble à une question. Marie-t-on ? Mais oui, Hervé, du calme, on va se marier. Enfin, pas vous et moi, mais…
Pécresse sur le terrain

Valérie Pécresse était de passage samedi soir près de Besançon, en tant qu’invitée d’honneur de la fête départementale de la fédération UMP du Doubs. Juste avant d’intervenir devant les militants, elle tenait un point-presse auquel j’ai bien volontiers participé, avec la lourde charge d’y représenter Causeur. Au menu, deux thèmes et un fil rouge : la nécessité de ressouder l’UMP après le psychodrame de l’automne dernier, les élections municipales et enfin, le gouvernement « qui mène le pays dans le mur », selon l’expression consacrée par tous les secrétaires généraux de partis d’opposition depuis qu’il existe des partis d’opposition.
Rassurer les militants et travailler sur de bons statuts pour l’UMP, tel est le premier objectif de Valérie Pécresse. « Les militants ont été traumatisés et beaucoup d’entre eux craignent même un nouveau vote », nous explique-t-elle. Il faut vraiment les avoir énormément traumatisés pour que des militants politiques, c’est à dire des gens a priori passionnés par l’exercice du vote, soient à ce point craintifs. Mais tout est fait pour les rassurer, explique-t-elle. Les nouveaux statuts de l’UMP sont en passe d’être approuvés. Il n’y aura pas de vote par procuration. On ne devrait pas voter pour un ticket de trois personnes comme c’était le cas précédemment, mais pour le seul président, ce qui permettra à ce dernier de rassembler en nommant des personnalités du camp d’en face en n°2 ou n°3. Enfin, les conditions pour être candidat à la présidence seront réformées. Le seuil des parrainages de militants sera abaissé mais on veillera tout de même à ne pas favoriser des candidatures fantaisistes en exigeant parallèlement des signatures de parlementaires. François Fillon, dont Pécresse est très proche, sera-t-il à nouveau candidat ? « Ce n’est pas qu’elle veut faire de la langue de bois », répond-elle mais, tout de même, ce n’est pas le moment de répondre à cette question. Nous l’interrogeons enfin sur les révélations du site Atlantico selon lesquelles Brice Hortefeux et quelques autres « amis de Nicolas Sarkozy » souhaiteraient inclure une clause dans les statuts supprimant les primaires à droite en cas de candidature d’un ancien président de la République. Il n’est pas question des primaires, pour l’heure, dans la réforme des statuts mais seulement de l’élection à la présidence de l’UMP. S’agit-il d’une manière de ne pas nous répondre, ou de dire à Hortefeux que cette initiative ne recueille pas son assentiment ?
Lorsqu’elle s’exprime sur les élections municipales et notamment celles du Doubs, Valérie Pécresse se prend légèrement les pieds dans le tapis. « La commission d’investiture se réunit pour statuer la semaine prochaine », explique-t-elle avant de déclarer que « les candidats pour les villes de Besançon et Montbéliard sont excellents ». Connaît-elle déjà les résultats de la commission d’investiture pour être aussi affirmative sur leur qualité ? Pirouette de Valérie. Bien évidemment non, mais « tous les candidats à la candidature sont déjà excellents ». Ouf ! D’ailleurs, aucune demande de parachutage n’a été formulée par la fédération car le Doubs dispose d’élus de qualité, confirme le secrétaire départemental de l’UMP, qui pose affectueusement les mains sur les épaules de Jacques Grosperrin, député battu en juin dernier, lequel brigue l’investiture pour Besançon. Indice révélateur, les deux rivaux de ce dernier, dont le filloniste Pascal Bonnet, n’assistent pas à la conférence de presse. Valérie Pécresse insiste sur la nécessité de prendre des villes dans le département du ministre des finances qui mise sur le « tout-fiscal ». Mais les municipales ne concernent pas que les deux grandes villes du département, il faut des candidats partout, y compris dans les villages. On s’étonne alors que l’UMP souhaite politiser les élections dans des petites communes où, bien souvent, les listes sont apolitiques. « C’est la responsabilité du gouvernement socialiste » qui modifie tous les modes de scrutin et souhaite notamment que le scrutin de liste proportionnel et paritaire soit étendu aux communes comptant entre 500 et 3500 habitants[1. Actuellement, seules les communes de plus de 3500 habitants ont un tel mode de scrutin. En dessous de ce seuil, c’est le scrutin de liste majoritaire qui était jusque-là en vigueur, avec possibilité de panachage jusqu’à 2500 habitants. ]. Et l’attitude à adopter vis-à-vis du FN ? Pécresse est claire. C’est le ni-ni qui l’emporte. D’un côté, ceux qui, localement, seraient tentés par des alliances avec le Front National seront désavoués et« sanctionnés » ! Mais en cas de duels PS-FN, « pas question d’appeler à voter pour un PS qui s’allie avec l’extrême gauche de Mélenchon, lequel appelle à la violence sociale ». Du vrai Copé dans le texte. François Fillon, dont elle est proche, était moins catégorique, et NKM aussi, lui fait-on remarquer. « NKM n’est pas présidente de l’UMP ! ». Réponse curieuse. L’élection à la présidence de l’UMP aura lieu en septembre, soit six mois avant les élections municipales. La secrétaire générale déléguée de l’UMP considère- t-elle que le scrutin constituera une promenade de santé pour Jean-François Copé ?
La conférence de presse se termine et Valérie Pécresse évoque la mise en examen de Nicolas Sarkozy. Tout en précisant qu’elle « respecte l’indépendance des magistrats », elle qualifie cette décision de« surprenante et incompréhensible », reprenant le registre choisi par Copé et Fillon mais délaissant celui de l’indignité exprimé par Claude Guéant et surtout Henri Guaino. Il y a ceux qui veulent encore croire à la candidature de l’ex-président et qui ont du mal à maîtriser leur colère devant cet obstacle, et il y a ceux qui n’y croient plus et assurent le service minimum. On aura compris que Valérie Pécresse faisait partie de la seconde catégorie.

