Ils n’en peuvent plus, les pauvres. Partis vers la « manif pour tous » après la messe, ils se sont pris des effluves de lacrymo. Leur surprise indignée n’a rien d’étonnant, car battre le pavé n’est pas dans la culture de droite. On croit que c’est la fête, que les gentils policiers qui vous protègent ordinairement des voyous vont fraterniser, quelle surprise de les voir contre soi ! Sans parler de ces jeunes excités qui viennent toujours gâcher le tableau… À gauche, on connaît ça par coeur, surtout si papa ou maman travaille à l’Education nationale ou émarge à la CGT. Les lycéens, c’est pareil, ils savent que ça bastonne toujours quelque part, ceux qui manifestaient contre le CPE en ont fait l’amère expérience, ils s’en souviendront longtemps.
De retour après la manif, le téléphone a chauffé : on est en dictature ! Ils s’en prennent aux enfants ! In petto, grand-père était d’avis que c’était une erreur d’emmener les plus jeunes, mais il n’a plus droit à la parole depuis qu’il s’est permis des réflexions déplacées sur les jambes de Frigide Barjot. Pour se défouler de sa frustration, il vitupère contre le comptage éhonté des manifestants par la préfecture de police. Ils sont de mèche, justice, police, gouvernement, vous dis-je, pauvre France ! Pôvre, pôvre France !
Dans les médias, les larmes de crocodile ont pris le relais des gaz. Jean-François Copé se plaint à l’AFP, il a tout vu, personnellement, je vous jure, même s’il n’y était pas mais c’est tout comme. Laurent Wauquier zozote son indignation contre le-gazage-des-femmes-z-et-des-enfants-z-en-bas-z-âge. Il y va un peu fort le Lolo, il nous fait le coup de la poussette dans « le cuirassé Potemkine ». On parle d’yeux qui piquent, pas de morts ni de blessés. D’ailleurs, si une vraie bombe il y avait eu, Pierre Bergé n’aurait même pas pleuré, na, il l’a dit sur Twitter (ou l’a repris à son compte, on s’en fout). Pépé la fripe de luxe n’en rate pas une contre son camp, avec ses gracieusetés… Mention spéciale à Christine Boutin, qui a dû tomber sur un CRS en couple avec un gendarme – si, si, ça doit exister. Pour la remettre de ses émotions, je propose de muter le préfet de police de Paris en Lozère. Faudra au moins ça.
Moi, celui que je préfère, c’est Hervé Mariton, ancien ministre de l’Outre-mer dans le gouvernement Villepin (où il ne manquait pas de rencontrer une députée de la Guyane nommée Christiane Taubira). Au premier rang des opposants au projet de loi, c’est aussi un des plus courtois. Mais une chose est de multiplier les rappels au règlement à l’Assemblée nationale, une autre de ramener le calme parmi les manifestants les plus remontés, comme il a tenté en vain de le faire. En réponse, il a récolté lazzis et bousculade. Qu’allait-il faire dans cette galère ? Cher Hervé Mariton, dont le nom ressemble à une question. Marie-t-on ? Mais oui, Hervé, du calme, on va se marier. Enfin, pas vous et moi, mais…

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