1. J’ai du mal à croire en la bonne foi d’un Manuel Valls qui prétend que ses services prévoyaient la présence de 100 000 personnes à la Manif Pour Tous. Nous avons en France d’excellents services de renseignements, capables de déjouer des attentats et de réagir très rapidement quand des chaînes de SMS qu’ils interceptent donnent des rendez-vous de dernière minutes à des bandes de casseurs. J’ai du mal à comprendre comment des milliers et des milliers de réservations de bus ou de train ont pu passer totalement inaperçues. J’ai du mal à comprendre comment ce chiffre ridicule de 100 000 personnes a pu être obtenu par l’observation des médias, de la blogosphère, de Facebook, des forums en ligne, des dizaines de conférences données à travers la France pour expliquer les enjeux de la PMA ou de la GPA et pour inviter à revenir manifester.
Mon avis – peut-être un peu conspirationniste, je ne sais pas – c’est que les Renseignements ont très bien fait leur boulot, ont bien transmis leurs prévisions d’un afflux massif, mais que le Ministère de l’Intérieur n’a pas voulu y croire ou n’a pas voulu s’y résoudre par aveuglement. Effet collatéral gagnant : les forces de l’ordre étant dépassées par la foule, on peut alors facilement arguer de « débordements » et accuser le peuple de comportements violents, donc illégitimes. Ce qui est quand même une grosse blague : essayez de verser 1400 litres dans une baignoire de 100 litres, eh bien ça déborde, et ce n’est ni la faute de l’eau, ni la faute de la baignoire. C’est juste que vous êtes trop con de ne pas savoir adapter le contenant au contenu. Il faut alors changer de lunettes. Ou changer de métier. Et je veux voir les images tournées depuis l’hélicoptère qui survolait Paris.

2. J’ignore ce qui a provoqué la riposte aux lacrymos. Ce qui est sûr, c’est que des enfants s’en sont pris en plein visage, et j’ai énormément de mal à croire que des enfants aient pu être au cœur d’un mouvement de poussée sur les barrières. Un tel mouvement, pour qu’il fasse réagir la police, a intérêt à être musclé et déterminé, c’est-à-dire sûrement pas avec des enfants. La police a donc balancé du gaz sans distinction, et de braves retraités en ont également fait les frais, ce qui est inacceptable.
S’il a bien eu des tentatives pour forcer le passage vers les Champs, c’est de toute façon une excellente chose : la Manif Pour Tous étant massivement composée du terreau de la « France bien élevée », il est bon que son image de mouvement gentil et inoffensif prenne un tour un peu plus menaçant et déterminé. Rien ne fait plus peur à un pouvoir qu’une foule hostile et incontrôlable. Des gens qui tiennent la porte aux dames et ramassent leurs papiers gras n’inspirent absolument aucune crainte chez les décideurs. Brûlez des voitures et des commissariats, dans les 24 heures vous avez des Plans Banlieue d’un milliard d’euro, des têtes qui tombent dans les ministères, bref, des lignes qui bougent.

3. « Pas d’a-mal-ga-me ! » vous vous souvenez ? Il ne faut JAMAIS faire d’amalgame. Jamais. Chantal Delsol expliquait la semaine dernière, avec raison, qu’il y a une énorme différence entre « être raciste » et « penser qu’il y a trop d’immigrés en France ». Le racisme, c’est penser que les groupes humains sont inégaux en soi, c’est haïr une ethnie par le simple fait de sa différence. Cohn-Bendit ne comprenait pas la nécessité de faire le distinguo. Pourtant, quand un gauchiste exprime son « Free Tibet ! », il ne dit rien d’autre que « Il y a trop d’étrangers au Tibet », les « étrangers » étant identifiés comme les « Chinois ». Or ce même gauchiste n’a rien d’un raciste pour autant. 
Les enjeux des patries sont exactement les mêmes que ceux de la famille. Les souverainetés traditionnelles sont dynamitées, les individus atomisés, les attachements ne sont plus ceux de la chair mais ceux du seul désir. Ainsi, quand on est contre le mariage et le recours à l’adoption, à la PMA, à la GPA pour les homosexuels, l’amalgame vous tombe dessus : on est homophobe.
Les mots ont un sens : être homophobe, c’est être atteint d’un trouble psychiatrique grave (la phobie) qui vous rend dingue dès que vous croisez un homosexuel. Soyons sérieux deux minutes : si l’homosexualité rencontre encore, en effet, de la désapprobation plus ou moins violente (qui tend à disparaître de plus en plus, soyons honnêtes deux minutes), on est quand même très très loin du phénomène de la chasse au pédé généralisée et de la police des mœurs qui débarque chez vous à 5 heures du matin.
Donc, l’amalgame « contre le mariage homo = homophobie » est un mensonge intellectuel extrêmement grave, qu’il faut s’appliquer à démolir consciencieusement et fermement.
J’ai lu une bonne pancarte dimanche : « La grossesse n’est pas un CDD ». Eh bien voilà un excellent résumé : je me fous de la vie sexuelle des gens ; mais j’ai envie que la vie d’un enfant échappe au supermarché mondial, aux désirs égoïstes, à la consommation, au trafic, aux contrats de bonne livraison et de bonne conformité. La meilleure place pour un enfant, c’est entre son père et sa mère, et il faut toujours privilégier ce modèle.

4. Je suis quelque peu en colère contre la droite française, qui a regardé la première Manif avec méfiance et circonspection, qui a eu du mal à la soutenir franchement. Soudain, le mouvement prenant du poids, des gens comme Copé se réveillent et se posent en soutiens indéfectibles des valeurs traditionnelles.Décidément, ils font vraiment tout pour alimenter les thèses du « tous pourris ».

*Photo : Mon_Tours.

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